samedi 2 avril 2016

"L'Agence secrète" de Alper Canigüz

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L'histoire : Bien sûr, les clowns m'amusent toujours beaucoup. Même les clowns assassins qui débarquent d'une autre planète.

Musa, jeune rédacteur publicitaire désœuvré, se fait recruter par un bien curieux employeur: l'Agence Secrète. Au même moment, une certaine École du Bonheur Intergalactique ouvre ses portes dans l'immeuble où vit Musa avec Saban, son colocataire dévot féru de magazines érotiques. Cette École se révèle l'unique client de l'Agence secrète. Puis un des responsables de l'agence disparaît. Une odeur de bizarre qui va enflammer les fanatsmes conspirationnistes de Musa. Commence alors une sorte d'OSS 117 à Istanbul...

La critique de Mr K : Attention, petit chef d’œuvre littéraire délirant en vue avec cet ouvrage de l'auteur turc Alper Canigüz dont Nelfe vous avait déjà parlé lors de sa chronique de L'assassinat d'Hicabi Bey, un roman drôle et caustique qui l'invitait à voyager loin, très loin dans l'imaginaire d'un auteur qui l'avait fortement séduite. C'est avec son dernier né que je me laissai embarquer à mon tour grâce notamment à une quatrième de couverture bien barrée comme je les aime. Je n'ai vraiment pas été déçu!

Musa est depuis peu sans travail, il traîne sa langueur et son dépit quand une rencontre impromptue va lui ouvrir les portes d'une mystérieuse agence où il retrouve un poste de rédacteur. Mais voila… le travail qu'il occupe est bien nébuleux, peu de choses lui ont été dites sur la nature de son activité et ce que l'on attend de lui. Rajoutez là dessus une séduisante collègue qui lui fait du rentre dedans, un chat aux capacités télépathiques, une voisines parano obnubilée par sa tranquillité et ses chouchous de chiens, le goût immodéré du héros pour l'alcool, le prince Charles, Superman, un collègue bigot et amateur de belles filles, vous mélangez le tout et obtenez un ovni littéraire virevoltant, frappadingue et qui touche juste et fort!

On rit beaucoup durant toute la lecture de ce court roman de 245 pages. On enchaîne les situations cocasses ou absurdes, l'auteur nous confrontant vraiment à une matière neuve et inventive entre toute. Si vous aimez être surpris, vous allez êtes servis. Loin de se contenter de rester dans le même type comique, on alterne ici détails triviaux, cas ubuesques et personnages truculents. Les révélations sont nombreuses, souvent abracadabrantesques mais une fois que l'on a accepté de se laisser porter par le souffle tragi-comique de l'ensemble (oui des passages sont plus tristes aussi!), c'est le gage de passer des moments inoubliables et vraiment rafraîchissants. Personnellement, dès les 10 premières pages, j'étais conquis.

Il faut dire que cet auteur est très doué pour caractériser un personnage en quelques paragraphes et décrire une situation complexe en un nombre de pages record. Musa est de suite attachant ainsi que son ami Saban, ils forment un duo atypique que rien ne semblait prédisposer à réunir. Les personnages secondaires ne sont pas en reste et en très peu de temps, un microcosme plus qu'intriguant navigue devant nos yeux, finesse et détournements nombreux sont au RDV donnant à l'ensemble un parfum et un charme très particulier au goût d'inédit savoureux. Plus on avance dans le récit, plus l'absurde devient prégnant mais loin de décrédibiliser l'ensemble, il met encore plus en valeur personnages et écriture ciselée d'un auteur vraiment incroyable.

Mais ce livre n'est pas seulement qu'une énorme farce, ce serait bien trop réducteur de le cantonner dans cette dimension. L'Agence secrète provoque aussi de beaux moments d'émotions et de réflexions qui nous renvoient à nous-mêmes et à nos existences plus conventionnelles. J'ai été par exemple très touché par les description d'un amour naissant avec notamment une scène de coup de foudre d'une rare intensité entre grandiloquence et émoi intérieur profond, un passage sur l'amitié indéfectible qui lie les deux jeunes hommes ou encore le deuil d'une personne qui nous est chère. Ce livre est la garantie d'un voyage dans le grand train des émotions d'une vie humaine, beaucoup de rires donc mais aussi des larmes et des regrets. J'en suis ressorti tout retourné je dois bien l'avouer. Félicitons au passage la traductrice qui a fait un travail remarquable pour pouvoir rendre accessible ce livre unique et jubilatoire.

J'ai lu cet ouvrage en un temps record, impossible de relâcher le roman de Alper Canigüz tant il a une force narrative et immersive impressionnante. Très drôle, extrêmement fin dans son écriture et dans l'approche de ses personnages, ce livre est déjà un petit classique dans son genre, une friandise à déguster et re-déguster sans modération. Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

Posté par Mr K à 18:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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mardi 5 août 2014

"L'Assassinat d'Hicabi Bey" de Alper Canigüz

l'assassinat d'Hicabi BeyL'histoire: Alper Kamu est un curieux petit garçon qui s’est promis de résoudre un meurtre commis dans son quartier à Istanbul. Il a trouvé Ertan le Timbré à côté du cadavre encore chaud d’Hicabi Bey, policier à la retraite, la télévision allumée à plein volume, mais le cinglé du voisinage était plutôt là pour regarder l’équipe du Besiktas perdre en Ligue des champions. Déjà tête à claques d’existentialiste, Alper le désormais détective va sécher la maternelle et balader son revolver en plastique Dallas Gold dans une mégapole bigarrée, pleine d’amantes fatales, d’épiciers lyriques et de directeurs sournois...

La critique Nelfesque: Après "Des 1001 façons de quitter la Moldavie" de Vladimir Lortchenkov aux Editions Mirobole, j'avais fortement envie de me replonger dans un roman drôle et caustique qui m'emmène au delà des frontières françaises. Avec "L'Assassinat d'Hicabi Bey", j'ai été servie et je ne peux en préambule que souligner la cohérence du catalogue Mirobole qui sait décidément bien choisir ses publications.

Alper Canigüz est un auteur turque dont "L'assassinat d'Hicabi Bey" est le second roman. Côté littérature turque, je dois admettre que je ne suis pas une spécialiste. En revanche, côté thriller et roman à l'humour décalé, en tout modestie, je commence à toucher ma bille... Néanmoins, cet auteur a su me cueillir par son originalité, son écriture singulière et surtout son petit héros Alper. Je vais suivre dorénavant son actualité avec beaucoup d'intérêt !

Car oui, le gros potentiel de ce roman tient dans son personnage principal. Haut comme 3 pommes, âgé de 5 ans, Alper est un petit gars bien différent des autres enfants de son âge. Il a l'esprit d'un homme de 50 ans dans un petit corps d'un mètre dix et cela provoque de drôles de réactions chez ses interlocuteurs. "A cinq ans, on est au coeur de l'âge mûr. Ensuite commence la chute." sont les premières phrases de ce roman. Ca a le mérite d'annoncer la couleur ! D'ailleurs, connaissez-vous beaucoup de gamins de 5 ans passant leurs journées à lire du Dostoïevski et du Nietzsche "pour la rigolade (je plaisante, il sait de quoi il parle le moustachu - c'est fou ce que la poltronnerie peut rendre créatif !)" ? Les pensées d'Alper et sa répartie sont savoureux et j'ai passé 250 pages à rire !

Bien que cultivé et ayant un vocabulaire évolué (bien plus que certains adultes), Alper n'en reste pas moins un enfant et sa fraicheur et ses envolées grossières parfois redonnent un peu de réalisme à une oeuvre farfelue. Ne lisez pas "L'Assassinat d'Hicabi Bey" si vous souhaitez une histoire plausible, vous n'arrêterez pas de pester. Mais si vous êtes à la recherche d'une lecture peu commune mêlant humour, esprit critique et dépaysement, celui ci est fait pour vous.

Canigüs pousse ses lecteurs à la réflexion par le biais de la dérision. A la fois, l'histoire au premier degré est drôle et décalée mais c'est aussi une véritable critique de la Turquie d'aujourd'hui que nous propose l'auteur. Sans rentrer dans les détails, nous sommes ici dans un quartier d'Istanbul, loin des secteurs riches, où petites frappes, violence, drogue et chômage rodent. Sans parler de la critique des relations humaines et de ses limites : trahisons, mensonges, manigances, douleurs ...

Comme quoi ce n'est pas parce qu'un enfant a 5 ans qu'il n'a pas d'autres préoccupations que la composition de son quatre heures ou le dernier dessin animé à la TV. Un chemin que bon nombre d'adulte ferait bien de prendre ! "L'Assassinat d'Hicabi Bey" est à lire, assurément ! Original, drôle, caustique, décalé ! Vous faut-il d'autres arguments pour courir chez votre libraire !?

Posté par Nelfe à 19:55 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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