lundi 3 octobre 2016

"La Destiné, la Mort et moi, comment j'ai conjuré le sort" de S. G. Browne

La-destinée-la-mort-et-moiL'histoire : Incarnant le Sort depuis des millénaires, Sergio est en charge de l'attribution des heurs et malheurs qui frappent la plupart du genre humain, les 83% qui font toujours tout foirer.
Il doit en plus subir l'insupportable bonne humeur de Destinée qui, elle, guide les grands hommes vers la consécration d'un Prix Nobel ou d'un Oscar. Et pour finir d'aggraver les choses, il vient de tomber amoureux de sa voisine, une jeune mortelle promise à un avenir glorieux.
Entamer une relation avec elle viole la Règle n°1 et une bonne dizaine d'autres, ce qui pourrait bien pousser son supérieur hiérarchique Jerry - Dieu tout-puissant - à lui infliger un sort pire que la mort...

La critique Nelfesque : Avec un changement de maison d'édition, passant de Mirobole à Agullo, S. G. Browne revient en force avec ce troisième roman traduit en français. "La Destinée, la Mort et moi, comment j'ai conjuré le sort" est un petit bonbon d'humour et de second degré. Adepte des titres à rallonge dans leurs versions françaises, j'avais adoré son style dans "Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour" et "Le Jour où les zombies ont dévoré le Père Noël". Mélangeant loufoquerie et portrait de la société, cet auteur n'a pas son pareil pour dépeindre la nature humaine. Ce dernier opus ne déroge pas à la règle.

Le lecteur est invité ici à suivre le quotidien du Sort. Personnage fort important dans la vie de beaucoup d'humains sur la planète, il nous est pour autant inconnu. Et pour cause. Avec Destinée, Mortimer alias la Mort, Paresse, Gourmandise, Honnêteté, Sagesse, Vérité et bon nombre d'autres entités, il a pour vocation de régir nos vies. Chacun naissant avec un chemin bien tracé par Jerry (aka Dieu, rien que ça), tous passent leur éternité à s'assurer que tout se déroulera comme prévu dans nos petites vies préprogrammées. Une mécanique bien huilée en somme !

Sauf que... Le Sort commence à en avoir gros sur la patate de mener sa vie de Sort et de voir tous ses "clients" foirer leur vie alors que selon lui de légers changements permettraient de les placer sur la voie de la Destinée. Peu à peu, il commence à s'aventurer sur une pente glissante, celle de modifier le cours de la vie de certains des humains dont il a la charge, provoquant ainsi des réactions en chaîne mettant à mal l'avenir de l'humanité (l'effet papillon, tout ça). Non comptant de violer une des lois les plus importantes de Jerry (nom de lui-même !), il va tomber amoureux de sa nouvelle voisine humaine. Comment alors lui cacher ses activités, lui expliquer qu'elle couche avec une créature apparue en même temps que la vie sur Terre et envisager d'arrêter de se téléporter aux quatre coins de la planète sous peine de se faire pincer en apparaissant dans le plus simple appareil en plein milieu du salon.

Comme à son habitude, S. G. Browne utilise l'humour pour mettre en lumière des problématiques bien plus sérieuses. On peut passer complètement à côté en lisant ce roman comme un simple divertissement mais pour qui veut bien être attentif, c'est aussi l'occasion d'une double lecture. Avec un style inimitable et un titre improbable, l'auteur nous amène à réfléchir sur la condition humaine, sur les notions du sens de la vie, de la morale mais aussi sur ce qui caractérise l'Homme, les étapes importantes de sa vie. De la philosophie, de la théologie, un peu d'Histoire et de psychologie aussi.

"Tout un programme" me direz-vous ! Mais tout cela avec beaucoup d'humour, des situations cocasses et des dialogues savoureux. A ce prix là, vous reprendriez bien un peu de sciences sociales non !?


mardi 16 décembre 2014

"Le Jour où les zombies ont dévoré le Père Noël" de S. G. Browne

Le Jour où les zombiesL'histoire : Pauvre Andy Warner. L'ex-star contestataire des morts-vivants a passé une année entière soumis à des tests expérimentaux dans un laboratoire de recherches sur les zombies dans l'Oregon. Heureusement, un miracle se produit : à quelques jours de Noël, il parvient à s'échapper et fausse compagnie à ses poursuivants en enfilant un costume de Santa Claus. Le déguisement parfait... À deux réserves près : des collègues de décomposition le reconnaissent et exigent de lui qu'il soit leur chef ; et une adorable fillette solitaire le suit partout, convaincue qu'il est vraiment le père Noël...
Une comédie horriblement délicieuse à lire sous le sapin.

La critique Nelfesque : On ne pouvait pas rêver meilleure période pour lire "Le Jour où les zombies ont dévoré de Père Noël" de S. G. Browne que celle où le sapin trône fièrement dans le salon. Noël approche à grand pas et voici une lecture tout à fait de saison.

Dans ce présent volet, on retrouve Andy, jeune mort-vivant rencontré dans "Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour" (notez qu'une fois encore un soin tout particulier a été apporté au titre du roman) pour une nouvelle aventure loufoque où sa condition de zombie ne fait pas bon ménage avec le quotidien des "respirants" alentours.

Andy se réveille au début du roman dans un laboratoire de recherche dans lequel il est un cobaye tout trouvé. Lui, zombie de son état, semble avoir des prédispositions biologiques particulières et fortes intéressantes pour la médecine qui voit en lui un objet d'étude pour contrecarrer ce phénomène zombiesque qui prend de plus en plus d'ampleur. Là où le premier tome était plus centré sur la découverte de sa condition et son mal-être grandissant entraînant une lutte pour les droits des "non vivants", ce dernier fait la part belle à la critique des laboratoires de recherche et des conditions de vie des cobayes. Ici il s'agit d'hommes (morts certes mais anciens vivants tout de même) et cela rend le propos encore plus fort mais, de nouveau, l'auteur amène une réflexion transposable à d'autres situations, notamment à celle des animaux de laboratoire.

Dans un grand bâtiment froid et impersonnel, les zombies sont enfermés et torturés pour la Science. Les bouches cousues avec des points de suture, ils restent là des semaines, des mois voir des années jusqu'à ce que mort s'en suive (comprenez par là jusqu'à ce qu'ils ne soient plus exploitables puisque techniquement, morts, ils le sont déjà). Amputations, tests de produits sur la peau, injections, sevrage visuel et conditionnement mental à la Orange mécanique... Toutes les expériences y passent et même si le ton est majoritairement drôle, le lecteur est bouleversé par le peu d'empathie dont les praticiens font preuve dans cet établissement.

Au delà de cela, "Le Jour où les zombies..." est une fois de plus traité avec beaucoup d'humour. Un humour salvateur qui donne une dimension comique à l'ensemble et permet de dédramatiser une situation qui est loin de l'être. De mon point de vue, celui ci est moins drôle que le précédent, peut être aussi parce que l'effet de surprise est derrière nous, mais beaucoup plus sensible avec notamment une histoire avec une petite fille qui n'est pas sans rappeler la relation qu'Andy avait de son vivant avec sa propre fille.

Des situations touchantes, un humour toujours présent, pas de redites et toujours autant de plaisir à lire les aventures d'Andy, ce roman à l'écriture efficace se lit d'une traite et apporte au lecteur un moment particulier où fun et esprit de noël se côtoient. A lire assurément et au mois de décembre, sous le sapin, c'est encore mieux !

Ce roman ci peut très bien se lire indépendemment du précédent, il n'y a aucune obligation d'avoir lu "Comment j'ai cuisiné..." pour comprendre l'histoire ici présente.

Père Noel Mirobole

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jeudi 13 novembre 2014

"Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour" de S. G. Browne

comment j'ai cuisinéL'histoire : "Si vous ne vous êtes jamais réveillé après un accident de voiture pour découvrir que vous êtes un cadavre animé en putréfaction, alors vous ne pouvez pas comprendre."

Andy vit en paria depuis sa résurrection spontanée après un accident de voiture. Ce nouveau zombie n'a pour morne horizon que le cellier familial, où il cuve les grands crus de son père, et ses réunions mensuelles aux Morts-Vivants anonymes. Mais lorsqu'un confrère l'initie aux bienfaits régénérateurs de la chair humaine, Andy décide de lutter pour ses droits civiques. Débute alors un voyage improbable qui le mènera de la morgue aux plateaux d'Oprah Winfrey, en passant par des séjours à la SPA reconvertie dans l'accueil de zombies fugueurs.

La critique Nelfesque : En pleine période d'Halloween et apprenant la sortie de "Le Jour où les zombies ont dévoré le Père-Noël", la suite de "Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour", je décidai de lire ce premier opus. On me promet une bonne tranche de rire avec ce roman, je ne vais pas bouder mon plaisir.

Je ne suis pas une adepte de zombie en roman. En série, pas de soucis, en film, encore moins mais j'avoue qu'en littérature je ne vais pas spontanément vers ces personnages au demeurant charmants (hum...). En fait, pour dire vrai, j'ai une peur primale de tomber sur ce qui s'apparenterait à de la bit lit version zombie et je fais partie des gens pour qui il ne faut pas déconner avec les zombies ! Vu ce qui est arrivé aux vampires  ces dernières années en littérature, j'ai de quoi avoir quelques craintes...

Bon mais alors qu'ai-je pensé de "Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour" ? Comme je le disais précédemment, avec son titre et la notion d'amour énoncé dans le quotidien d'un zombie, ça partait plutôt mal... Ai-je bien fait de le lire tout de même ? OUI !

Andy est un zombie solitaire de part sa condition. Un peu comme un gosse qui explore la vie, il se découvre du jour au lendemain mort-vivant et doit apprendre à faire avec. Mais comment "mort-vivre" dans une société qui vous rejette ? Là est toute la réussite de ce présent roman. Au delà du fait qu'il soit drôle ou amusant, c'est vraiment la notion de problème sociétal qui m'a charmée dans cette lecture. Facilement transposable à d'autres problématiques plus actuelles et moins fantaisistes, on suit le parcourt d'Andy dans une soif de justice social complètement What The Fuck mais tellement compréhensive.

Les zombies sont des parias, des "non-êtres" sur lesquels les humains peuvent déverser leur haine en toute impunité. Se voir lancer de la nourriture au visage, se faire cracher dessus, insulter et même servir d'exutoire abjecte lors de soirées étudiantes décérébrées, au mieux faire fuir tout ceux qui étaient vos semblables il y a quelques jours, voilà le quotidien d'Andy et ses amis, tous membres des MVA (Morts-Vivants anonymes). Lors de leurs réunions, ils évoquent avec les autres leurs problèmes du quotidien et surtout apprennent comment accepter cette condition et "vivre" avec. S'ensuivent des situations et anecdotes cocasses où les pensées d'Andy arrachent quelques rires au lecteur. Une belle façon de dédramatiser une condition qui semble être une impasse.

Andy va-t-il réussir à aller de l'avant malgré son état ? La société va-t-elle finir par accepter et respecter les zombies ? Et ses parents, quel goût ont-ils ? Vous l'apprendrez en lisant "Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour", un roman drôle et inventif avec un fond surprenant et loin d'être bête. Je vous le conseille !

Posté par Nelfe à 17:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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