mercredi 29 mai 2013

"Chroniques martiennes" de Ray Bradbury

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L'histoire: Les fusées calcinaient les champs rocailleux, changeaient la pierre en lave, le bois en charbon, l'eau en vapeur, le sable et la silice en une matière verte et vitreuse dont les éclats, un peu partout, reflétaient l'invasion comme des miroirs brisés.

Les fusées arrivaient avec des roulements de tambour dans la nuit. Les fusées arrivaient comme des sauterelles, par vagues, soulevant d'énormes fleurs de fumée ardente. Et, des fusées, s'élançaient des hommes armés de marteaux pour façonner cet univers insolite à l'image de leur monde familier, en écraser toute l'étrangeté.

La critique de Mr K: Une relecture aujourd'hui avec ce grand classique de la SF que j'avais lu adolescent. Je l'ai conseillé à un élève non-lecteur le mois dernier et devant son avis enthousiaste (il l'a tout de même lu en une semaine ce qui est un exploit selon ses propres mots) et son plaisir très communicatif, j'ai ressenti l'irrépressible envie de me replonger dans cet ouvrage aussi marquant qu'intriguant. En plus, je l'avais dégoté il y a quelques mois dans une édition assez délectable (collection 1000 soleils chez Gallimard avec une couverture de Bilal s'il vous plaît!) garnie d'un mini dossier scientifique sur la vie extra-terrestre. Que du bonheur je vous dis!

A travers de mini-récits mettant en scène des personnages divers et variés (humains et martiens selon le chapitre), on suit une évolution possible de la vie sur Mars à partir du moment où l'homme y envoie sa première fusée d'exploration. On fait tout d'abord connaissance avec les martiens qui ont semble-t-il un mode de vie hédoniste. Le hasard (ou la destinée?) font que les habitants de la planète rouge que l'on croise se nomment Mr et Mme K. Ca ne s'invente pas! Rassurez-vous, Nelfe et moi sommes biens des terriens, à plus forte raison des bretons... surtout moi en fait! Mais je m'égare... Ces martiens vivent tranquillement, en paix, écoutent de la musique, mangent des fruits d'or et regardent s'écouler les fleuves à vin. Et puis un beau jour, les terriens atterrissent et l'indifférence que cela génère chez les martiens (et la surprise chez les humains d'ailleurs) va se transformer en intérêt. Je n'en dis pas plus mais sachez que dès lors plus rien ne sera pareil et que l'évolution va s'accélérer.

Durant tout le livre, des petites chroniques vont s'accumuler pour nous permettre de suivre l'Histoire de Mars. C'est l'occasion au détour de certains récits pour l'auteur de dénoncer certain travers de son époque et de l'être humain en général. J'ai particulièrement aimé la chronique où les Noirs décident de tous quitter la Terre pour un avenir meilleur dans les étoiles. Pour autant, Bradbury ne tombe pas dans le manichéisme facile, les êtres humains et martiens sont ici traités avec nuance et intelligence, on ne peut parler ni d'invasion ou de conversion, plus simplement d'une rencontre qui va à jamais modifier deux civilisations bien distinctes.

Dans ce livre, le style de l'auteur est impeccable de sobriété et de finesse. Il est très facile de se laisser pénétrer par les différents récits et les non initiés à la SF seront surpris de découvrir que ce genre peut se révéler simple d'accès et très poétique. Au détour d'une phrase, d'une description de la planète Mars (il y a vraiment de très beaux moments), on se prend au jeu et l'on voyage littéralement. Trait rare aussi à la SF, l'humour est très présent notamment lors des différentes rencontres des expéditions avec les autochtones, des passages faisant irrémédiablement penser au meilleur des Monty Python dans la plus pure tradition no-sense.

À l'arrivée, on se rend compte que cet ouvrage est de ceux qui ne prennent pas une ride, où le talent supplante la surenchère stylistique au profit de la beauté primaire et de l'humanisme. Une oeuvre intemporelle et touchante au possible qu'il faut avoir lu. Tenez-le vous pour dit!

Posté par Mr K à 15:58 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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samedi 5 mai 2012

"La foire des ténèbres" de Ray Bradbury

BBL'histoire: Jim et Will, quatorze ans, sont deux amis inséparables qui vivent dans l'Illinois. Ils aiment les monstres de la préhistoire et les sortilèges de l'Égypte antique. Leurs rêves sont alimentés par les livres du vieux bibliothécaire Charles halloway, le père de Will.

Et tout va bien jusqu'au jour d'octobre et d'orage où un marchand de paratonnerres leur fait un étrange cadeau. Le même jour, une fête foraine s'installe dans la petite ville, mais elle ne ressemble à nulle autre. Et bientôt, le temps lui-même est victime d'un enchantement.

La critique de Mr K: Une très belle lecture aujourd'hui avec ce roman à tort méconnu de Ray Bradbury, le célèbre auteur entre autres des Chroniques martiennes et de Fahrenheit 451. Dégoté dans une brocante, il me tendait ces petites pages depuis un sacré bout de temps au fin fond de ma PAL. Justice est rendue avec cette chronique! L'histoire se déroule dans une petite ville et va mettre les deux jeunes héros (et le père de l'un d'entre eux) aux prises avec de mystérieux forains qui semblent immunisés contre les ravages du temps. De fil en aiguille, ils vont découvrir l'incroyable vérité qui se cache derrière et devoir lutter pour rester en vie. À noter que ce récit long est une variante d'une des nouvelles dessinée dans le recueil Mr Sourire.

Ce qu'il y a de prenant dans ce livre c'est d'abord les personnages principaux. On vit de l'intérieur l'amitié inébranlable qui lie Will et Jim, une amitié de gosse exclusive et désintéressée comme on peut en connaître au début de son existence. Ils sont voisins, passent tout leur temps libre ensemble. C'est ainsi qu'on suit les pérégrination de deux pré-ados lambda dans leurs préoccupations les plus triviales (la faim, la curiosité mal placée) et dans leurs "explorations" et autres bêtises. Très réalistes, ces scènes sont à la fois tendres et formatrices pour appréhender la suite du récit quand les jeunes vont se retrouver confronter à de sérieux soucis. J'ai aussi beaucoup apprécié le personnage du bibliothécaire (père de Will). On le sent éloigné de son fils et petit à petit on commence à cerner ce personnage aussi charismatique que mystérieux. Un rapprochement s'opère et à mes yeux ce livre présente parmi les plus belles pages de littérature consacrées aux liens père-fils notamment lors de phases de reconnaissance de l'autre.

Derrière ces rapports humains bien huilés, fraternels, le livre présente un côté sombre ici représenté par cette étrange fête foraine. Des choses bizarres commencent à se dérouler: des disparitions, de drôles de personnages font leur apparition et certaines personnes rajeunissent ou vieillissent plus vite que la normale quand ils montent sur un certain manège... Il faut dire que le personnel forain fait peur entre des nains patibulaires, un homme-momie gardé en vie grâce à l'électricité et un homme squelette! Sans compter, le chef, "l'homme illustré" aux tatouages aussi nombreux que mouvants! Que cherchent-ils et depuis quand surtout? Tout est expliqué avant la fin de l'ouvrage et la vérité révélée m'a laissé les bras ballants. La révélation est vraiment  divulguée à la dernière minute et couronne une histoire fort bien maîtrisée et rythmée aux petits oignons.

On passe donc un bon moment en parcourant cette œuvre à l'écriture simple et poétique. Il se dégage une ambiance à la Stand by me ou Ça de Stephen King, le talent d'écriture en plus. On ne voit plus le temps défiler et c'est avec un grand sourire aux lèvres qu'on referme ce livre.

Posté par Mr K à 17:59 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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mardi 14 juin 2011

"Monsieur Sourire" de Ray Bradbury

sourire4L'histoire: Le succès de l'album Planète Rouge, l'enthousiasme de nombreux lecteurs, et de Ray Bradbury lui-même, rendaient nécessaire ce deuxième recueil de BD adaptées de l'œuvre du grand écrivain.

Mais là où Planète Rouge s'inscrivait dans un univers familier (celui des Chroniques Martiennes et du Bradbury SF), Monsieur Sourire a l'ambition de révéler au lecteur un autre Bradbury, plus secret mais tout aussi fascinant. Monsieur Sourire est une plongée inquiétante dans un univers oppressant, celui des morts-vivants et des ectoplasmes, des messes noires et des abominations, en un mot, Monsieur Sourire a le sourire de la mort, le rictus de l'horreur.

La critique de Mr K: Voilà encore un très bon recueil trouvé par hasard lors de l'une de nos pérégrinations dans une brocante. Avant la lecture de cet ouvrage, Bradbury se résumait uniquement pour moi à ses œuvres SF. Bien mal pensé tant cette BD au parfum de Tales from the crypt est efficace et distrayante à souhait.

13 récits sont donc compilés dans ce Monsieur Sourire. On retrouve les thématiques classiques du fantastique: l'ambition et l'avidité punies, une obsession qui vire au cauchemar (récit L'empreinte sans doute la plus belle pièce de ce recueil), le voyage dans le temps et le principe de l'effet papillon, la curiosité mal placée qui finira par se retourner contre son initiateur, la vie éternelle et sa contrepartie, une personne enterrée vivante qui essaie de se faire secourir, un lac hanté par des créatures innommables, des enfants pas si innocents que ça (récit Poison, Poison assez terrifiant dans le genre), le paradis qui se trouverait quelque part dans l'espace... Vous le voyez, la variété est au RDV et les histoires sont plus étranges et morbides les unes que les autres.

L'ensemble se dévore sans aucun souci, cette œuvre couplant à merveille le talent de compteur de Bradbury avec les dessins en noir et blanc d'un collectif de dessinateurs US (certains ont aussi officié pour les Tales from the crypt). Le tout a un parfum de nostalgie et de noirceur profonde qui n'est pas pour me déplaire. Happé par les récits, on frissonne et parfois on sourit face aux mésaventures qui nous sont ici comptées. Amateurs du genre, ce recueil est un must qu'il vous faudra dénicher car il n'a pas été réédité depuis un certain temps... Bonne chasse!

Posté par Mr K à 19:34 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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