jeudi 24 avril 2014

"Les Passagers du vent" Intégrale de François Bourgeon

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L'histoire : A bord du "foudroyant", un navire français de 74 canons et de 775 hommes d'équipages...
La fille sous la dunette, révoltée, farouche... entêtée parfois. Isa a bien besoin de toute cette énergie pour porter un secret un peu trop lourd pour elle. Parce qu'il acceptera de partager ce secret, le jeune Hoel, matelot de haute paye, vivra le temps d'une rencontre, une aventure qui boulversera sa vie et son destin...
Les incidents, parfois mortels, se multiplieront et l'eau si puante, même coupée au vinaigre, laissera dans la bouche un goût épouvantable...

La critique de Mr K : Voilà une série qui me faisait de l'œil quasiment à chaque chinage. Malheureusement pour moi jusqu'ici, je ne trouvais qu'un tome par ci et un tome par là... Je reportai mon achat à chaque fois... Bien m'en a pris ! Lors d'une vente spéciale de BD chez l'abbé, je trouvai l'intégrale à un prix imbattable ! Dans ces cas là, le désir l'emporte sur la raison et j'adoptai d'un coup les cinq volumes de la série !

"Les Passagers du vents" est ce que l'on pourrait qualifier de BD romanesque historique. Il règne sur ces planches un souffle bien particulier, des bourrasques plutôt, qui emportent littéralement le lecteur quasiment conquis dès les premières pages par des personnages charismatiques aux destins contrariés et une réalité historique remarquable de fidélité et de magnétisme. Il ne m'a donc pas fallu beaucoup de temps pour accompagner Isabeau dans son périple rude et dépaysant.

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L'héroïne d'extraction noble a un secret qui expliquerait sa présence sur un navire en partance pour les tropiques. Isa (alias Isabeau) est assez étonnante tant son attitude et son comportement détonnent par rapport à l'image que l'on se fait de la femme de l'époque. Indépendante, tempétueuse, elle rivalise avec les garçons. Elle va justement faire la rencontre de l'un d'entre eux en la personne de Hoël, simple matelot de bord. Cette relation naissante ne va pas se faire sans mal et les obstacles se feront nombreux. Qu'en sera-t-il à la fin du voyage ? Autour d'eux gravitent toute une série de personnages plus ou moins recommandables qui vont forger leur destin et emmener les lecteurs, loin... très loin. Je reste volontairement flou sur les ficelles de l'intrigue principale pour vous laisser la découverte, sachez simplement que les rebondissements sont nombreux durant les cinq tomes et que Bourgeon n'hésite pas à tailler dans le vif pour mieux émouvoir ses lecteurs.

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Ce qu'il y a de proprement magique dans cette série, c'est la rencontre parfaitement réussie entre la petite et la grande histoire. Déjà qu'on est chaviré par la psychologie des personnages et toutes les péripéties qu'ils doivent affronter mais Bourgeon a un talent et un goût sûr en ce qui concerne la contextualisation du récit. Le XVIIIème siècle finissant est criant de réalisme et il nous immerge sans complexe et avec une réussite éclatante dans le domaine de la navigation au long cours de l'époque. Les dessins sont remplis de détails qui donnent à l'ensemble une cohérence et une force peu commune. Ainsi la vie de l'équipage (matelots de bases et gradés) est examinée à la loupe au détour de l'histoire principale, on assiste à une bataille navale dantesque, on croupit avec des prisonniers dans un ponton abandonné, on visite les camps négriers et les plantations... Ça m'a rappelé la bonne époque de la fac où j'avais suivi un module d'Histoire moderne sur les empires coloniaux européens à la même époque.

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Qui dit XVIIIème siècle dit aussi esclavage. Le sujet n'est qu'abordé dans les deux premiers tomes mais il est frontalement traité dans les trois derniers. Sans fioriture, dans un réalisme crû qui nous renvoie en pleine figure nos crimes passés, on est ici dans le documentaire légèrement romancé. Une belle réussite qui vaut tous les discours et imprécations moralisantes. Rajoutez là-dessus, un soupçon de notions de géostratégies commerciales de l'époque et vous obtenez un plaidoyer aussi implacable que finement mené.

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Toutes les qualités de Bourgeon s'expriment à plein dans cette série où il scénarise et dessine. Cela donne des planches absolument magnifiques où le réalisme ne fait pas reculer l'émotion et la subjectivité. La mise en mots est impeccable, accessible. L'histoire suit son cours emportant avec elle un lecteur fasciné par tant de talent déployé. On passe par de nombreux états et j'ai particulièrement aimé la fin qui est à la fois logique et ouverte.

Je vous invite très chaudement à découvrir cette œuvre pas tout à fait comme les autres, qui vous procurera à la fois du plaisir et de la réflexion. À bon entendeur !

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samedi 1 mars 2014

Pétage de plombs littéraire de début de vacances

Depuis hier soir, Mr K est en vacances. Remarquant que nous n'avions pas assez de choses à lire à la maison (hum...), il a eu la bonne idée d'aller chez Emmaüs aujourd'hui. Je suis faible, j'ai suivi... Et là, c'est le drame... pour notre PAL!

Roooo bon, ça va, c'est pas comme si c'était tout le temps!!! Je pars me cacher et je vous laisse découvrir le craquage du jour.

Côté BD:

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- Les Passagers du vent (Tomes 1 à 5) de François Bourgeon, auteur hautement apprécié de Mr depuis sa lecture de "Les Compagnons du crépuscule". Depuis le temps que cette série lui faisait de l'oeil, il n'allait pas s'en priver vu le prix affiché.
- Monsieur Jean - Les Nuits les plus blanches de Dupuy et Berberian. Un Monsieur Jean ne se refuse pas pour Mr K!
- Légende et réalité de Casque d'or d'Annie Goetzinger. Une dessinatrice déjà dans la bdthèque et très apprécié ici.
- Je m'appelle Jean Cyriaque de Jean-Pierre Dionnet et Jean Solé. Une BD bien barrée datant d'une époque dorée.

Acquisitions Nelfesques:

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- "Bernard" de David Foenkinos parce que j'ai été intrigué par ce roman/nouvelle qui reprend les personnages et la trame de "La Tête de l'emploi" que j'ai lu il y a peu tout en ayant l'air différent. Etrange!
- "La Couleur des sentiments" de Kathryn Stockett que Mr K m'a déniché et que nous voulions lire tous les 2. Future chronique à 4 mains!
- "L'Abandon" de Peter Rock. Là encore, future chronique à 4 mains. Ca m'a l'air bien malsain et éprouvant comme roman...
- "Itinéraire d'un salaud ordinaire" de Didier Daeninckx. Premier Daeninckx pour moi et ici il est question de la seconde guerre mondiale. Je n'ai pas pu résister.
- "Les Vacances d'un sérial killer" de Nadine Monfils. Aaaaah! Depuis le temps que je veux le lire!
- "Le Petit monde du Golem" de Joann Sfar. Parce que j'adore cet homme autant en auteur de BD qu'en roman ou en réalisateur.

Acquisitions de Mr K:

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- "Une Dernière chance pour Rebus" et "Du fond des ténèbres" de Ian Rankin. C'est toujours un plaisir de suivre les enquêtes de Rebus l'écossais. Ces deux là me tendaient leurs petites menottes.
- "L'Armée furieuse" de Fred Vargas. Enfin en poche et d'occas'! Trop la classe!
- "Un Blues de coyote" de Christopher Moore. L'occasion m'est enfin donné de lire un autre ouvrage de l'auteur du cultissime "L'Agneau".
- "Le Premier cavalier de l'Apocalypse" de John Case. Epidémie virale, complot, sciences, sectes, prophétie, Apocalypse... Il ne m'en fallait pas plus pour acquérir ce volume.

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- "Les Conseils de Tonton DSK" de Plantu parce qu'un Plantu, ça ne se refuse pas!
- "Le Complot contre l'Amérique" de Philip Roth. Cet auteur m'avait ému aux larmes avec "Un Homme", gageons qu'il me fasse frissonner avec cette uchronie bien sombre.

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- "Les Déferlantes" de Claudie Gallay. Sujet du DNB 2013, auréolé du Grand Prix des Lectrices Elle, de multiples critiques positives m'ont encouragé à tenter l'aventure.
- "Concerto à la mémoire d'un ange" d'Eric-Emmanuel Schmitt. Un ouvrage de l'auteur que je n'avais pas encore lu et comme on l'adore au Capharnaüm, pas question de ne pas lui ouvrir notre bibliothèque.
- "Le Magasin des Suicides" de Jean Teulé. Parce que je ne l'ai toujours pas lu et c'est une honte quand on sait que j'adore Teulé!
- "La Mort du roi Tsongor" et "La Porte des Enfers" de Laurent Gaudé. Car l'écriture de Gaudé, c'est comme le chocolat, ça fond dans la bouche et c'est un bonheur renouvelé à chaque lecture.
- "Baise moi" de Virginie Despentes. Pour le relire, le réapprécier et puis comme tous nos lecteurs fidèles le savent, je suis profondément amoureux de la dame et de son style.
- "J'irai cracher sur vos tombes" de Boris Vian. Depuis des années, on m'en a parlé, je l'ai cherché, je l'ai enfin trouvé! Je vais bientôt avoir mon avis fixé.
- "La Joueuse de go" de Shan Sa. J'aime les jeux, j'aime l'Histoire, à priori ce roman devrait me plaire surtout qu'il a bonne presse.
- "Les Charmes discrets de la vie conjugale" de Douglas Kennedy. Une histoire de passé qui ressurgit, entre les mains de Douglas Kennedy, ça promet de faire des étincelles.

Conclusion: Mr K a explosé sa PAL qui était déjà fort bien remplie. Quant à la mienne, son sort n'est pas enviable.
Bon ben je crois que vous avez là les principales occupations de nos prochains mois!!!
Et encore... On s'est retenu...

jeudi 5 avril 2012

"Les compagnons du crépuscule: Le sortilège du bois des brumes" de Bourgeon

compagnonscrepuscule01_09092002L'histoire: Celle-ci dura, dit-on, cent ans... Rien ne la distingue vraiment de celle qui l'a précédée, pas plus que de celle qui l'a suivie...

Comme la grêle ou la peste la guerre s'abat sur la campagne quand on s'y attend le moins. De préférence, lorsque les blés sont lourds et les filles jolies... La Mariotte est jolie. Du soir ou du matin, le crépuscule s'étire entre lumière et ombre, comme entre chien est loup. Le chevalier est loup. Ces deux-là méritaient un compagnon fidèle. Mais l'Anicet est lâche...

La critique de Mr K: Je vous invite aujourd'hui à une plongée en plein moyen-âge mâtiné de quelques éléments fantastiques issus de légendes celtiques. On suit dans ce premier volume de la série Les Compagnons du crépuscules, la rencontre entre les trois principaux protagonistes de l'histoire et leur quête aveugle vers un ailleurs imaginaire (le territoire des morts). Ce tome est surtout prétexte dans un premier temps à mettre en place les personnages, leur passé et leurs motivations. Un élément perturbateur intervient au milieu de ce volume mais ne vous attendez pas à une fin répondant à toutes les questions posées en postulat. Il faut pour cela poursuivre avec les épisodes suivants...

Trois personnages je vous disais précédemment. Il y a tout d'abord La Mariotte, jeune effarouchée au charme certain vivant dans la forêt à l'écart du village et de ses habitants qui les prennent, elle et sa grand-mère, pour des sorcières. Adepte de l'hédonisme pur, elle a le tort pour ses voisins de ne pas aller à la messe ce qui, en ces temps de menace (la guerre, l'épidémie de peste noire...), est une preuve de sorcellerie! Au début du récit, elle s'embrouille une fois de plus avec des jeunes du village aussi hypnotisés par sa beauté que rebutés par sa nature libérée. À leur tête, Anicet, bellâtre stupide d'une lâcheté confondante, pur fruit de son époque, partagé entre sa méfiance superstitieuse et une attirance pour ce beau brin de fille. Leur route va croiser le chemin d'un chevalier anonyme, au visage d'une laideur extrême (on apprend très vite le pourquoi du comment) qui va les entraîner à sa suite dans une quête quasi existentielle. C'est au cours de ce début de voyage qu'ils vont devoir traverser un mystérieux bois où se tapissent d'étranges créatures sorties tout droit des croyances païennes. Le choc va être terrible et drolatique à la fois.

PLANCH~1Cliquez sur l'image pour l'agrandir 

C'est une très bonne bande dessinée que celle-ci. L'époque est remarquablement retranscrite avec des dessins aussi précis qu'esthétiques. On est immergé immédiatement dans cette époque très difficile de notre histoire. Les personnages sont ciselés comme il faut pour qu'on s'y attache et, dès ce premier volume, on les cerne assez exhaustivement même si quelques pans d'ombre subsistent. Les dialogues sont savoureux car proches de l'ancien français. On retrouve donc la légèreté et la rudesse des propos des vilains et le côté ampoulé de ce mystérieux seigneur à cheval lorsqu'il parle. Le ton oscille bien souvent vers la comédie et l'on sourit beaucoup lors de cette lecture. Le basculement dans le fantastique dans la deuxième partie rajoute à l'ensemble une dimension quasi épique sans pour autant renier l'aspect comique de cette série.

Je vais essayer dans les mois à venir de me procurer les tomes suivants de cette série fort réjouissante que je ne saurais trop vous conseiller de découvrir tant on passe un bon moment entre quête historique et humour en compagnie de la Mariotte, Anicet et le chevalier défiguré.