vendredi 16 septembre 2016

"Briser la glace" de Julien Blanc-Gras

large

L'histoire : Un périple sur un voilier à travers les icebergs
Un narrateur incapable de naviguer
Des baleines paisibles
Des pêcheurs énervés
Du phoque au petit-déjeuner
Des frayeurs sur la mer
De l'or sous la terre
Des doigts gelés
Des soirées brûlantes
Un climat qui perd le Nord
Des Inuits déboussolés
Une aurore boréale
Les plus beaux paysages du monde
Le Groenland

La critique de Mr K : Plus jeune, j'étais déjà fasciné par le grand Nord. Les ours blancs, les phoques, les Inuits mais aussi les aurores boréales, la banquise, les icebergs et des voyages d'exploration au récits haletants et au destin parfois tragique (de sacrées lectures aussi !). Briser la glace est ma première incursion dans l’œuvre de Julien Blanc-Gras, journaliste-reporter des temps moderne à l'écriture au ton particulier selon beaucoup. Il ne m'a fallu qu'une après-midi pour dévorer cet ouvrage vraiment prenant entre dérision et redécouverte salutaire du Groenland.

L'auteur nous invite à partager son "boat-trip" en compagnie de trois bretons (oui, il sait s'entourer !) : un peintre, le capitaine du navire et son second. Ses objectifs : découvrir des espaces septentrionaux qu'il ne connaissait pas (à priori, c'est plus un habitué des tropiques), partir à la rencontre des habitants et partager des moments conviviaux, constater de ses propres yeux le réchauffement climatique dont on parle tant et écrire le récit de ce voyage hors du commun. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'on voit du pays durant les 185 pages que comptent ce livre qui réussit le tour de force de conjuguer les qualités d'un bon carnet de voyage et une écriture drolatique à souhait malgré parfois des constats accablants et inquiétants.

Julien Blanc-Gras brise par mal d'idées reçues que les médias ou notre mémoire sélective nous imposent. Ainsi, la modernité est bien arrivée au Groenland, on retrouve smartphones, écrans plats et mêmes désirs de consommer qu'ailleurs. Le modèle occidental a bel et bien vaincu, faisant reculer traditions et modes de vie indigènes même s'ils n'ont pas complètement disparus. À travers divers portraits et récits de rencontres, on retrouve ainsi les principales caractéristiques de la civilisation inuite dont l'économie est basée essentiellement sur la pêche et la chasse. On rentre dans les maisons, on partage repas et café, on participe à une partie de chasse, on navigue au bord des côtes, on traverse des immensités désertes et on rentre même dans les mentalités. L'homme s'est adapté à son milieu et continue à le faire à cause notamment du réchauffement climatique.

Celui-ci apparaît au détour des conversations et des observations que certains locaux ont pu faire. Tel endroit n'est plus pris sous la glace durant huit mois mais plutôt quatre aujourd'hui, des ressources halieutiques qui ici disparaissent ou se raréfient, des glaciers en recul constant, des espèces terrestres au bord de la disparition... On ne verse pas pour autant dans la diatribe anti-modernité ou anticapitaliste mais plutôt dans le constat amer d'un changement inexorable. L'auteur profite au maximum (malgré les conditions rigoureuses et quelques pépins inhérents à ce genre d'expédition) de ce qu'il vit avec une fraîcheur (désolé pour le jeu de mot) joyeuse et un sens de la dédramatisation élevé.

On rit donc beaucoup aussi pendant cette lecture avec un passage dantesque au bar du coin (une femme entreprenante, un dealer de seconde zone qui se la raconte...), les difficultés d'adaptation du narrateur-auteur à la vie au bord d'un voilier (on ne compte pas le nombre de fois où il se cogne au plafond par exemple), les incompréhensions avec les habitants du cru, les rapports plein d'humanisme et les réparties bien senties avec le reste de l'équipage. On s'émerveille devant le spectacle des baleines, la beauté des paysages retranscrite avec une économie de mot judicieuse et très évocatrice, l'ingéniosité des Inuits pour s'adapter au monde qui les entoure et tout une pléthore de détails qui donne une densité assez incroyable à ce livre qui ne se prend pas au sérieux pour autant. J'ai aussi aimé l'apport historique et les rappels "culturels" au détour d'un chapitre ou d'une conversation qui permettent de recontextualiser cette terre de glace fière de son identité et qui se cherche encore un futur (peut-être l'indépendance politique totale vis-à-vis du Danemark un jour ?).

Briser la glace est une superbe lecture qui nous apporte une large palette d'émotions du rire aux larmes et permet au lecteur de mieux appréhender une terre lointaine, source d'évasion mais aussi de préoccupation pour le futur de notre belle planète bleue. Un beau et riche voyage que je vous conseille d'entreprendre à votre tour.