samedi 7 janvier 2017

"Drone land" de Tom Hillenbrand

Drone-landL’histoire : Dans un futur proche où les citoyens européens sont constamment surveillés par les drones fédéraux, le meurtre d’un politicien à la veille du Brexit va bouleverser le système établi.

La critique de Mr K : Très belle lecture pour débuter 2017 que ce Drone land de Tom Hillenbrand tout juste sorti chez la très bonne maison d’édition Piranha qui nous régale à chaque lecture. Cet ouvrage (best-seller en Allemagne lors de sa sortie outre-Rhin) est un croisement très réussi entre roman policier à l’ancienne et dystopie cauchemardesque dans un futur probable. L’ensemble est saisissant et procure un plaisir de lecture hors norme. Suivez le guide !

Dans un futur aseptisé et ultra-surveillé survient l’impensable : la mort d’un élu du parlement européen ! Malgré la fin du droit à l’intimité au nom de la sacro-sainte Sécurité et une technologie poussée à l’extrême, la violence et le crime existent toujours et l’enquêteur Aart Westerhuizen va devoir enquêter sur une affaire beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît de prime abord. Au fil de ses découvertes, il va lever le voile sur des vérités dangereuses et mettre à mal ses certitudes. Constamment sur le fil du rasoir, il va devoir être malin et surtout discret pour mener à bien ses investigations sans éveiller les soupçons des autorités qui surveillent H24 l’ensemble de la société.

Dans son déroulé, on retrouve tous les éléments classiques d’un bon roman policier à l’ancienne. Ainsi, le héros est un super flic au passé douloureux. Il a perdu sa femme, vit reclus dans un minuscule appartement et se refuse à refaire sa vie. Il boit plus que de raison ce qui n’entame en rien son esprit d’analyse et sa vocation de membre des forces de l’ordre. Nostalgique de l’ancienne époque, celle d’avant le tout technologique, ce n’est pas un hasard si le héros a pour modèle Humphrey Bogart. Il est aidé par son analyste attitrée, Ava. Ces deux là sont faits pour s’entendre et vont pénétrer très loin dans les arcanes du pouvoir et mettre à jour des luttes d’influences qui les dépassent totalement. On retrouve aussi la figure du mystérieux indic' que les sociétés tentent à tout prix de bâillonner, les puissants entrepreneurs cul et chemise avec le pouvoir politique et la lente descente aux enfers pour des héros victimes de leur idéalisme qui ne colle pas avec le monde corrompu dans lequel ils vivent.

Peu à peu donc, ce meurtre en cache d’autres plus anciens et difficile de faire le lien tant les pistes sont brouillées par de mystérieuses forces en action dans l’ombre. La paranoïa guette dans ce cas là surtout quand la technologie en place semble ne plus être totalement neutre. Ainsi, les enquêteurs travaillent essentiellement avec des données recueillies par les innombrables drones qui circulent partout, surveillant et enregistrant toutes les interactions possibles entre les humains. C’est directement avec un réseau informatif très puissant (nommé Terry dans l'Europe futuriste décrite ici) que les policiers sont en lien et travaillent en analysant les données, recoupant les habitudes de chacun et déduisant des éléments clefs de l’enquête. Cette dernière avance donc bien jusqu’au moment où l’on sent qu’ils ont touché juste et que cela dérange en haut lieu. Commence alors une véritable course contre la montre, haletante à souhait et bien stressante pour le lecteur qui se demande bien comment tout cela va se terminer.

C’est assez désarçonnant de voir que finalement, les hommes sont devenus totalement dépendants de la technologie dans le futur envisagé dans ce livre. Voitures automatiques, lunettes connectées pour tout le monde, drones et insectes artificiels espions mais aussi drones livreurs, drones tueurs, voitures automatisées, reconnaissances rétiniennes à tous les étages... L’auteur nous immerge dans un monde profondément déshumanisé, livré à un individualisme forcené. Pas d’effet de style en surenchérissant sur les progrès de la science pour autant, simplement la création d’un background totalement bluffant et surtout crédible. C’est peut-être cela le pire... On se dit qu’à l’allure où va le monde, on pourrait très bien se retrouver dans cette Europe liberticide, libérale et aseptisée au point de bafouer les libertés fondamentales. Très très inquiétant mais assez libérateur dans le genre car on lit plus qu’un simple divertissement, on s’offre une belle réflexion sur le genre humain et sa propension à causer sa propre perte.

De surcroît, Drone land se dévore littéralement tant l’écriture se révèle un bonheur d’accessibilité et de simplicité. Le rythme fluide contribue beaucoup à la plongée enivrante du lecteur dans un univers à la fois fascinant et foisonnant. Il est donc très difficile de relâcher l’ouvrage dans ces conditions, l’addiction naissant immédiatement et c’est ravi que l’on achève cette lecture qui démarre plus que très bien l’année. À lire !


lundi 10 octobre 2016

"Les Témoins de pierre" de Simon Beckett

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L'histoire : Sean est en fuite. Malgré la chaleur qui écrase la campagne française, il préfère abandonner sa voiture accidentée et couper à travers champs pour éviter la police. Mais sa cavale se termine brutalement lorsque les mâchoires implacables d’un piège se referment sur sa jambe. Retrouvé quasiment inconscient par les deux fi lles du propriétaire d’une ferme voisine, il est recueilli et soigné. À peine capable de tenir debout, Sean se croit enfin à l’abri et est loin de se douter des dangers qui le menacent.

La critique de Mr K : Belle pioche que ce roman noir tout juste paru dans la collection Black de chez Piranha. Avec Les Témoins de pierre, attendez-vous à une histoire basique qui dévisse très vite dans la noirceur la plus profonde entre road movie, chronique bucolique et exploration des déviances humaines. Je peux d’ores et déjà vous dire qu’on ne sort pas indemne d’une telle lecture !

Sean est en cavale. On ne sait pas vraiment pourquoi au départ, son objectif est de se planquer loin du Royaume-Uni. Anglais francophile en pleine errance chez les froggies, il se retrouve sans véhicule suite à un accident. Désormais à pied, il tente de se cacher sur une propriété privé... Mauvais choix pour lui, il se retrouve pris dans un piège de chasseur. Recueilli par Mathilde une jeune femme effacée, il est convalescent dans une ferme tenue d’une main de fer par un homme ayant une emprise forte sur ses deux filles et son employé à tout faire. Au fil du récit, on découvre avec Sean que ce refuge providentiel ne l’est peut-être pas autant que ça...

Relaté à la première personne, nous suivons l’histoire à travers les yeux de Sean. Le jeune homme est de suite attachant par le mystère qu’il entretient autour de lui. La tête sur les épaules, ouvert d’esprit, baroudeur dans l’âme, on a du mal à croire qu’il soit recherché par les forces de l’ordre. On apprend à le connaître au fil des pages et des péripéties qu’il doit affronter. Très vite, un huis-clos infernal s’installe tantôt rassurant, tantôt inquiétant. On balance constamment comme le personnage entre phases de repos, de réflexion et purs moments de tension avec des révélations cruciales à la clef. Rien ne lui est épargné et l’auteur, Simon Beckett, prend un malin plaisir à disséquer les états d’âmes et réactions de ce héros perdu au milieu de nulle part.

Isolé du reste du monde, le héros-narrateur est déboussolé, mal en point (sa blessure est assez sérieuse) mais en même temps soulagé d’être soustrait à l’ordre du monde (et notamment à la menace des autorités), Sean va vivre une expérience qui le marquera à jamais. Le récit fait la part belle à son introspection et insère entre certains chapitres, des flashback se déroulant à Londres, dans sa vie d’avant. Peu à peu, on comprend qu’il cache lui aussi un secret inavouable qui le force à aller contre sa nature et ses aspirations.

Il faut se dire qu’en plus, il se retrouve plongé dans la campagne profonde d’un pays qu’il ne connaît pas. La famille qui le reçoit, en elle-même, est particulière entre un père dictatorial et flippant, une aînée élevant seule son môme qui semble incapable de prendre sa vie en main, une cadette délurée et strange dans son genre. Cette famille cache bien des secrets et dès le début on sent bien que quelque chose ne tourne pas rond. À l’heure de lever le voile, le lecteur est bluffé par ce qu’il soupçonnait mais qui prend une allure impressionnante et définitivement traumatisante. Le train des émotions est haletant et sans fard, le héros livré nu au lecteur accro qui a bien du mal à lâcher le volume avant de connaître le fin mot de l’histoire.

Beckett, en plus de fournir un texte fluide, accessible et sans éléments inutiles, va à l’essentiel et excelle dans l'art de caractériser une situation ou un portrait en quelques pages. L’atmosphère est très bien rendu et la tension palpable à chaque nouveau chapitre. Il fait très fort car l’intensité ne baisse jamais (et ça commence très tôt !) et les révélations se font au compte-goutte, à un rythme lancinant et très bien dosé, alternant saillies bien senties et apparente routine qui peut dérailler à n’importe quel moment. Le suspens est terrible et met à l’épreuve les nerfs du lecteur.

Au final, Les Témoins de pierre est un roman noir d’une effroyable efficacité, au héros charismatique mais imparfait et à la trame apparemment simple mais qui réserve bien des surprises et pas des meilleures croyez-moi ! Une petite bombe que je vous conseille de lire au plus vite si vous êtes amateurs du genre !