vendredi 15 avril 2016

"Chroniques de l'asphalte 1/5" de Samuel Benchetrit

chroniques de l'aslphalte 1L'histoire : A trente ans, Samuel Benchetrit décide d'écrire ses mémoires ! Ce premier tome raconte son enfance, avec humour et légèreté.

La chronique Nelfesque : J'ai eu un gros coup de coeur pour "Asphalte" de Samuel Benchetrit, sorti au cinéma à l'automne dernier. Au hasard d'une déambulation dans un magasin de seconde main, j'étais tombée quelques jours plus tard sur les 3 tomes édités à ce jour de ses "Chroniques de l'asphalte" et ce jour là, j'ai littérairement sauté de joie. Ayant attrapé la grippe il y a quelques semaines, j'en ai profité pour me plonger dans le premier volume. J'avais envie de lire quelque chose de léger que je pouvais facilement assimiler dans mon état second (ceux qui ont déjà essayé de lire avec de la fièvre, des courbatures et les yeux qui pleurent me comprendront...). Le moins que l'on puisse dire c'est que j'ai sorti là l'ouvrage qu'il me fallait et j'ai adoré cette lecture.

Dans ce premier volume, Samuel Benchetrit revient sur son enfance en banlieue parisienne, dans une cité faite de barres et de tours. Nous le retrouvons ici avec sa famille, sa petite bande d'amis et ses voisins d'immeuble singuliers.

Je ne suis pas adepte de nouvelles d'ordinaire mais j'avoue qu'ici le charme a opéré dès la première page. Chaque nouvelle s'attarde sur un appartement et ses habitants. Le lecteur fait ainsi connaissance tour à tour avec l'occupant du "1er étage face ascenseur", du "2e étage droite sur le palier", du "6ème étage"... jusqu'au 12e. Une famille d'éboueurs laissant tout un quartier sous les ordures lors de la mort du père, un homme à qui tout réussit et qui finit par déménager, un voisin paraplégique après avoir trop pédalé sur son vélo d'appartement, les correspondants italiens au collège...

L'auteur relate avec beaucoup de tendresse un quotidien fait de béton, de rituels qui rythment chaque journée, de petites bêtises de gamins de banlieue, d'école buissonnière et de trafics en tout genre. C'est le temps de la pré-adolescence et de ses questionnements, des prémisses d'une vie sexuelle, des premiers deuils mais aussi l'époque où chaque gamin s'éveille à la vie, porte un regard critique sur son entourage et fait des choix qui conditionneront parfois toute sa vie.

Samuel est un petit gars comme les autres. A 14 ans, il porte sur son environnement un regard à la fois naïf et aiguisé, tendre et sans concession. Nous le quittons à la 187ème page alors qu'il s'apprête à partir pour Paris. A 15 ans, Samuel quitte l'école, sa famille et ses amis pour se lancer dans la vie professionnelle en tant qu'assistant photographe. Lui, déjà si attaché aux images, a une vision du monde distanciée par un appareil photo (plus tard, il se mettra derrière des caméras), une petite lorgnette qui lui fera voir ce et ceux qui l'entourent avec poésie et affection.

Dans ces "Chroniques de l'asphalte", le coté artistique de Samuel Benchetrit est bel et bien là. Tout gamin déjà, il pose sur les choses et les gens un regard unique. Chaque nouvelle est une petite pépite de tendresse et d'humour. Là où certains voient dans les banlieue un monde à part, froid et violent, Samuel apporte de l'humanité et de l'amour au détour d'une cage d'escalier. Les relations qui lient les voisins entre eux sont savoureuses et chaque personnage de ces chroniques serre le coeur et attendrit le lecteur.

Benchetrit n'en est pas pour autant aveuglé et ne fait pas ici une ode aux banlieues bisounours et édulcorée. La souffrance perle dans ses mots, dans ces anecdotes qu'il partage avec ses lecteurs. La souffrance mais aussi l'isolement, la solitude, le désoeuvrement parfois. En moins de 200 pages, il rend hommage à ceux qui ont peuplé son enfance, au décor des 15 premières années de sa vie, avec beaucoup de justesse et un ton doux-amer et tragi-comique qui envoûte le lecteur. Il n'occulte pas le racisme, l'antisémitisme, la "violence ordinaire" mais les drape d'un voile de sensibilité, un filtre d'amour qui pousse à la réflexion et à l'empathie (c'est un peu cucul dit comme cela mais l'amour est véritablement présent partout dans ce premier volume comme il l'est également dans son film "Asphalte").

Challenge sans nom - Neuf et vieuxIl a 33 ans lorsqu'il se lance dans cet ouvrage et avec le temps est venue une certaine distance. Le jeune homme a grandi et les "Chroniques de l'asphalte" est le plus bel hommage qu'un homme puisse faire à ses jeunes années. Je ne peux que vous conseiller de les lire et de voir son film. Ce sont de véritables bulles de tendresse qui font du bien dans un monde anxiogène et aseptisé. Merci Samuel !

Ce roman a été lu dans le cadre du "Challenge sans nom" avec ma copinaute faurelix.


jeudi 15 octobre 2015

"Asphalte" de Samuel Benchetrit

asphalte afficheL'histoire : Un immeuble dans une cité. Un ascenseur en panne. Trois rencontres. Six personnages.
Sternkowtiz quittera-t-il son fauteuil pour trouver l’amour d’une infirmière de nuit ?
Charly, l’ado délaissé, réussira-t-il à faire décrocher un rôle à Jeanne Meyer, actrice des années 80 ?
Et qu’arrivera-t-il à John McKenzie, astronaute tombé du ciel et recueilli par Madame Hamida ?

La critique Nelfesque : Gros gros coup de coeur pour cet "Asphalte" de Samuel Benchetrit, sorti en salle la semaine passée et en sélection officielle du dernier Festival de Cannes. Laissez en plan tout ce que vous étiez en train de faire maintenant, laissez tomber la lecture de ce billet et courez immédiatement voir ce film en salle !

Parce que ce long métrage est un ovni dans le paysage cinématographique français et international, parce que l'on aime le cinéma pour ça, pour ces bulles magnifiques et fascinantes, parce qu'en allant voir "Asphalte" on vit une expérience hors du temps pendant 1h40, parce que c'est beau, drôle et touchant à la fois...

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Focus sur 3 couples de personnages : Sternkowtiz est un vieux garçon qui vient de perdre sa mère et va rencontrer une infirmière de nuit, Charly vit seul et va accueillir une nouvelle voisine de palier, Mme Hamida va voir surgir dans son salon un astronaute tout droit venu de Mars. Quelle est la probabilité pour que ces 6 hommes et femmes se rencontrent ? Aucune, et pourtant chacun va aller à la rencontre de l'autre avec pudeur, poésie et tendresse. "Asphalte" est le télescopage de 6 solitudes et un bijou d'humanité.

Benchetrit nous livre ici un film de grande qualité avec des choix de réalisation parfois déroutants. Pas de générique, un format carré que personnellement je n'avais jamais vu au cinéma (et pourtant je suis une habituée des salles obscures), une économie de mots... En s'attachant aux ressentis de chaque personnage, à leurs personnalités profondes, à leurs doutes, leurs espoirs, leurs blessures, Benchetrit donne à voir aux spectateurs que nous sommes un long métrage émouvant et poétique. Du genre de films qui vous touchent en plein coeur et continuent de vous accompagner une fois la lumière rallumée.

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"Mais dites donc, il est pas un peu bobo chiant votre film là !?" Oh que non ! De par les situations tragi-comiques, les moments d'incompréhension ou complètement saugrenus, Benchetrit apporte une dimension comique à l'ensemble. Un savant mélange casse gueule qui aurait pu tomber complètement à plat mais qui savamment dosé donne une oeuvre hors du commun, authentique et envoûtante.

"Asphalte" est une expérience cinématographique qui se vit plus qu'elle ne se raconte. Et encore, je n'ai même pas parlé des acteurs tous plus talentueux les uns que les autres et tous habités, impressionnants de justesse, par leurs rôles. Et cette BO qui colle parfaitement à l'ambiance. Ecoutez, prenez votre place et vous verrez tout ça par vous même ! Il faut faire vivre ce film. Vraiment...

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La critique de Mr K : 6/6. Quelle claque! Sans doute, mon film préféré de cette année 2015 qui n'est pas encore terminée. Je suis sorti tout ému de cette séance pas comme les autres entre poésie urbaine et solitudes qui s'entrechoquent. On rit, on pleure, on réfléchit, on y repense les jours qui suivent le visionnage… le cinéma c'est ça!

Reprenant deux nouvelles de ses Chroniques de l'Asphalte (que Nelfe a repéré avant moi lors d'un craquage et qu'il va falloir que je lui subtilise), Benchetrit nous offre un petit conte moderne se déroulant dans une cité imaginaire et nous propose de suivre pendant une heure quarante, six habitants d'une barre HLM en décrépitude: une vieille actrice oubliée va rencontrer un adolescent livré à lui-même à cause de sa mère absente, un misanthrope égoïste va tomber sous le charme d'une infirmière de nuit fatiguée de la vie et un astronaute américain tombé du ciel va devoir se réfugier chez une vieille kabyle en attendant que la NASA vienne le chercher. Difficile d'en dire plus sans en révéler trop, sachez simplement que tout ce petit monde est à sa manière livré à la solitude et que ces différentes rencontres / interactions vont changer leur manière de voir et de se voir.

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Ce film est magique et assez unique même si on peut parfois le rapprocher du cultissime Delicatessen pour son côté doux-dingue par moment ou encore d'Amélie Poulain dans les intentions et le caractère bienveillant des personnages. L'univers clos est propice au décalage au coin des couloirs et des appartements qui transpirent le vécu, la promiscuité et les histoires personnelles. Bien qu'impersonnels, les espaces publics sont les témoins de nos existences et y jouent un rôle important comme l'ascenseur qui est sujet de litige entre le personnage interprété par Gustave Kervern (Mon doux, mon beau, j'adorais déjà ce mec dans Groland, il m'a ému aux larmes dans ce film) et les autres locataires ou encore la sortie du personnel de l’hôpital où travaille Valeria Bruni-Tedeschi. Le gris domine, les habitants ont des vies peu reluisantes mais dans ces lieux improbables vont naître des relations extraordinaires, des petits moments de pur bonheur qui font remonter la pente, un peu à la manière d'Ensemble, c'est tout de Gavalda.

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Les acteurs sont tout bonnement magnifiques et nous font aimer tous les personnages sans exception. Isabelle Huppert est magnétique en actrice sur le déclin qui sombre dans l'alcool et le fils du réalisateur qui joue l'adolescent habitant au même étage lui renvoie les répliques sans rougir, l'alchimie est immédiate et l'évolution de cette relation se conclut avec un moment sensationnel où il lui fait répéter un rôle théâtral. L'émotion est là, pure et sans effet de manche. On y croit, on est bluffé. Même chose, pour Gustave Kervern et Valeria Bruni-Tedeschi, tous les deux magistraux dans la fragilité qu'ils incarnent chacun à leur manière mais qui se complètent idéalement. Là encore, on reste pantelant devant leurs moments de discussion et les fils qui se nouent. Le troisième pan du film construit autour de l'astronaute US et la vieille kabyle promettait plus de légèreté. Ce n'est pas faux, des situations cocasses dérident le spectateur et le font très souvent rire (les incompréhensions, le couscous) mais quelques passages restent d'une force émotionnelle rare comme le récit des croyances grecques sur la vraie nature des étoiles, la fuite d'eau sous l'évier ou encore les souvenirs d'Aziza concernant son fils en prison. Un souffle intimiste et profondément bouleversant règne sur ce film qui captive, intrigue et émeut au possible. Mention spécial aussi aux deux zonards amateurs de marijuana qui sans parler ont une présence incroyable et drolatique à souhait.

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La réalisation est aux petits oignons. Au départ les séquences s’enchaînent très rapidement, par petites touches comme les pièces de différentes existences qui ne sont pas amenées à se croiser. Puis, Benchetrit rallonge et développe davantage pour donner de la densité et de la profondeur à ces êtres qui se débattent avec leur profonde solitude. L'effet est très réussi, le rythme s'accélérant et emportant avec lui un spectateur médusé et conquis. On ressort heureux, un peu mélancolique et profondément bouleversé. Un film à voir, à revoir et à revoir encore!

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mardi 5 juillet 2011

"Le coeur en dehors" de Samuel Benchetrit

coeurL'histoire:

Tu sais Charly, il faut aimer dans la vie,
beaucoup... Ne jamais avoir peur
de trop aimer. C'est ça, le courage.
Ne sois jamais égoïste avec ton coeur.
S'il est rempli d'amour, alors montre-le.
Sors-le de toi et montre-le au monde.
Il n'y a pas assez de coeur courageux.
Il n'y a pas assez de coeurs en dehors...
                                                                    S.B

La critique de Mr K: Retour en banlieue pour moi, cinq ans après mon retour en Bretagne après mutation. Dans ce petit livre de 248 pages, on suit Charly, un gamin de dix ans, d'origine malienne qui vit dans une cité de banlieue. Au tout début, il assiste à l'arrestation de sa mère par la police et il part à la recherche d'Henry, son frère toxico, pour démêler la situation (on ne saura qu'à la fin le pourquoi du comment). Derrière ce postulat, on se rend vite compte que l'auteur a deux objectifs à travers cet ouvrage: raconter une histoire et décrire la vie en cité.

Pari réussi tant on s'accroche aux personnages dès le début. Charly Traoré est intéressant, émouvant et à 10000 lieues des clichés véhiculés par les médias sur les ados de cité. On ne tombe pas pour autant dans la vision naïve et idyllique de la banlieue mais on a un regard neutre, un regard d'enfant encore innocent dans un monde rude, parfois sordide où la misère côtoie la misère et entraîne certains sur de mauvais chemins. C'est avec un mélange de curiosité et d'appréhension que nous suivons les déambulations de Charly dans son quartier. On se rend compte très vite de l'attachement très fort qui le lie à sa mère qui est encore toute sa vie, on rencontre sa petite-copine, on croise son frère Henry lors d'une scène mémorable et émouvante à souhait (passage sur le terril vers la fin du roman), on passe voir les employeurs de sa mère (un couple de personnes âgées vivant dans un quartier pavillonnaire), on goûte à son amour des bons mots et tout particulièrement Rimbaud... Comme écrit en quatrième de couverture, il y a du Petit Nicolas dans ce livre.

Tout cela est raconté dans un style oralisé familier. Cela se lit donc très facilement et les pages se tournent rapidement. Petit reproche, on a du mal à se dire qu'un môme tel que Charly puisse raisonner de cette matière avec un tel vocabulaire. On sent que c'est un adulte qui s'imagine enfant et du coup, l'ouvrage perd en crédibilité. Reste une histoire puissante qui m'a fait penser au Gône du Chaâba d'Azouz Begag que j'avais dévoré il y a quelques temps déjà. L'humour est aussi présent malgré la chape de plomb qui englobe de plus en plus le livre durant son déroulement (la scène du repas chez les Roland est à se tordre). La révélation sonne comme une sentence. On referme le livre avec le cœur bien remué et un léger mal de bide qui nous rappelle combien on est chanceux par rapport à d'autres dans la vie et nous incite à exercer notre devoir de vigilance contre la discrimination et le populisme d'extrême droite.

Une bonne lecture entre mélancolie et espoir. Peut-être pas le chef d'œuvre absolu mais de bien belles pages à parcourir en compagnie du petit Charly.

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vendredi 1 octobre 2010

" Récit d'un branleur" de Samuel Benchetrit

branleurL'histoire: Roman Stern a un vrai problème : les dingues et les dépressifs du globe semblent l'avoir choisi comme confident exclusif. Au comptoir d'un café, dans la rue ou sous un Abribus... A chaque fois, le jeune homme devient la cible privilégiée de tous ceux qui ont besoin de se plaindre. Et Roman ne s'emporte jamais. Il a toujours été comme ça. Plutôt spectateur qu'acteur, docile, adepte des salles obscures et du repli sur soi.
Jusqu'au jour où son alcoolique de tante lui lègue un caniche blanc accompagné d'un joli pactole ! Un coup du sort vite transformé en coup fumant : en créant La société des plaintes, Roman devient écouteur professionnel sans perdre de vue l'essentiel : dans la vie, on ne fait que passer et l'onglet à l'échalote se déguste bien chaud...

La critique Nelfesque: Voici un livre que j'avais dans ma bibliothèque depuis des années et dans lequel je n'avais jamais mis mon nez. Et bien mieux vaut tard que jamais, j'ai lu ce "Récit d'un branleur" en 2 jours.

Je m'attendais à un livre très drôle mais ce ne fût pas le cas. J'ai souri aux histoires des messieurs tout le monde qui défilent devant le personnage principal et à la capacité qu'à ce dernier à se transformer en "éponge hermétique" (paradoxal n'est ce pas?) le temps qu'ils lui déversent sur la tronche tout ce qui ne va pas dans leurs vies. Ce branleur est finalement ambitieux et décide de faire de cette malédiction, une opportunité qui va changer sa vie.

L'histoire est découpée en 6 parties: moi, mon chien, ma femme, mon travail, encore moi et ma famille. Oui, le branleur est narcissique! Mais qu'est ce qu'un branleur exactement? Là dessus je n'ai pas trouvé la réponse dans ce roman de Samuel Benchetrit mais, de ce qui s'en dégage, nous n'avons pas la même définition. J'aurai aimé un humour plus cinglant, c'est un peu mou du genou...

Vous l'aurez compris, je suis assez mitigée. Ce n'est certes pas le livre du siècle mais il ne m'a pas ennuyée pour autant. Disons que l'on passe le temps avec ce roman et que l'été sur la plage me semble être le moment le plus approprié, celui où notre capacité à se servir de notre cerveau avoisine le 0.

Posté par Nelfe à 18:25 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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