mercredi 15 mars 2017

"Le Principe du désir" de Saïdeh Pakravan

Le Principe du désir

L'histoire : Le couple. Sarah Bly, artiste new-yorkaise en pleine ascension dans le marché de l'art contemporain, rencontre un homme exceptionnel et immensément charismatique, Thaddeus Clark. Non seulement est-il un collectionneur de renommée internationale, un mécène et un géant des marchés financiers mais c'est aussi un être profondément équilibré et adorant la vie. Un homme heureux dont Sarah s'éprend de toute son âme mais avec qui elle ne veut pas vivre une banale histoire d'amour. Pour parer à ce risque, elle fait sien le Principe du désir : puisque nous voulons tous ce que nous n'avons pas, jamais Clark ne verra d'elle autre chose qu'une tiédeur amicale et plutôt indifférente, sauf dans leur vie sexuelle, d'une rare intensité. Devant la poursuivre sans cesse, il continuera à l'aimer. Dans l'état second qui devient le sien, saura-t-elle dépasser sa folie passagère pour arriver à vivre avec Thaddeus ?

La critique de Mr K : Ce titre est le deuxième que je lis de Saïdeh Pakravan après le très réussi La Trêve sorti l’année dernière. En entreprenant cette lecture, j’espérais retrouver la science de la narration et le style brut mais poétique de Saïdeh Pakravan. Bien que totalement différent dans l’histoire et même la forme, Le Principe du désir est une très belle expérience explorant les arcanes du milieu artistique à New York et disséquant une relation amoureuse qui part sur de bien mauvaises bases...

Sarah Bly est une jeune peintre en pleine émergence sur la scène arty avant-gardiste de NYC. À l’occasion du vernissage de sa dernière exposition, elle fait brièvement connaissance avec Thaddeus Clark, un membre de l’establishment new yorkais, amoureux de l’existence, collectionneur d’œuvres d’art en tout genre et magnat financier philanthrope. Malgré cette perfection apparente, Sarah décide d’appliquer l'étrange et malsain "principe du désir". Elle ne se livrera jamais totalement à son compagnon (sauf lors de parties de scrabble endiablées sous la couette), préservant une part de mystère, de résistance qui entretiendra selon elle le désir que lui porte Thaddeus. Bien qu’efficace dans un premier temps, la méthode va vite révéler ses limites, mettant en danger tout ce qui a été construit...

Ce volume de plus de 420 pages se lit très rapidement et avec un plaisir renouvelé. Presque cantonné à un rôle de voyeur, l’essentiel de l’intérêt de ce roman réside dans sa propension à explorer le fonctionnement d’un couple. Sa part de lumière tout d’abord avec deux êtres que tout uni depuis leur amour sincère l’un pour l’autre à leur goût commun pour l’art. Ils étaient vraiment fait pour se rencontrer et c’est avec un plaisir de midinette qu’on suit la première vision de l’autre, le jeu de séduction puis finalement l’officialisation. L’auteur s’y entend à merveille pour nous faire partager les premiers émois, les questionnements du début et Saïdeh Pekravan cisèle ses personnages qui sont d’une densité bluffante, ce qui est un gage de crédibilité et d’intérêt pour le lecteur. Petit bémol, le Thaddeus est presque trop beau pour être vrai, heureusement que la deuxième partie du roman le met à mal et va permettre de fêler un peu ce personnage de prince charmant bien sous tout rapport. 

Sous ses aspects de conte de fée, très vite on sent bien que les choses vont déraper. Sarah en décidant d’adopter une attitude de réserve et en ne s’ouvrant pas complètement à Thaddeus creuse sa propre déchéance. Peu à peu, l’enthousiasme et l’amour semblent se faner, le lecteur assiste impuissant à cet état de fait et clairement on ne peut être indifférent. Pour ma part, Sarah m’a bien énervé à plusieurs reprises à cause de son comportement de jeune fille trop gâtée, qui finalement a plus peur de s’engager qu’autre chose. Pauvre petite fille qui va devenir riche... Certes elle souhaite garder son indépendance, refuse bien des dons précieux que souhaite lui faire Thaddeus mais au bout d’un moment il y a des limites à ne pas franchir, ce qu’elle va bien évidemment faire ! On s’agace donc beaucoup face à ce personnage ambigu qui se révèle avant tout très humain dans ses doutes et ses passions. Les évolutions de sa relation avec Thaddeus sont décrites avec finesse, sans fioriture et avec un goût certain. 

Au delà de cette histoire d’amour étrange, ce livre est l’occasion aussi de se plonger dans le monde de l’art dans le New York d’aujourd’hui. Nous en explorons tous les aspects depuis l’atelier de l’artiste dans un quartier vivant aux salons et salles d’enchères où les fortunes en présence rivalisent pour acquérir les plus belles pièces. Le personnage de Thaddeus est le vecteur central de tout cet aspect du livre, et l’on se plaît à s’intéresser à certains courants artistiques méconnus, à suivre le déroulé d’un vernissage et de la vente qui s’ensuit. C’est enrichissant mais jamais pédant et toujours accessible pour un partage total et un plaisir de lecture toujours intact tout du long des 420 pages de cet ouvrage. 

Au final, on est face à un très bon roman : dense, intimiste et très facile à lire. Une expérience à tenter assurément si les thèmes abordés vous intéressent et que les amours tortueuses ne vous rebutent pas !

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lundi 12 décembre 2016

"Je sais pas" de Barbara Abel

je sais pasL'histoire : Le jour de la sortie en forêt de l'école maternelle des Pinsons, la petite Emma disparaît. Son institutrice Mylène finit par la retrouver à la nuit tombante dans une cavité. Piégée à son tour, l'institutrice parvient à hisser la fillette sur ses épaules, laquelle s'échappe et court rejoindre le groupe. Mais Mylène reste introuvable et Emma ne sait pas indiquer où se trouve sa maîtresse.

La critique Nelfesque : Adepte de thriller, j'avais souvent croisé le chemin de Barbara Abel sans jamais m'attarder sur un de ses romans. La quatrième de couverture de "Je sais pas" m'a ici fait passer le pas. Une histoire bien mystérieuse semble se dérouler entre ces pages...

Le roman se focalise sur un week-end. Deux jours où la vie d'une instit', de ses collègues, d'une petite fille et de sa famille vont basculer. On rentre ici très vite dans le vif du sujet lorsqu'en pleine sortie scolaire en forêt, la petite Emma disparaît. Personne ne l'a vu s'éloigner du groupe pendant la construction des cabanes, tout semblait se dérouler sans problème et pourtant à l'heure de reprendre le bus pour rentrer à l'école, un enfant manque à l'appel. Les adultes se mettent alors à la recherche de la petite et l'angoisse pointe.

Nous suivons ici le déploiement de l'équipe enseignante et de la police pour retrouver l'enfant. Chaque minute compte et la jeune Emma au visage d'ange est une proie facile et sans défense. Tout le monde envisage le pire, très vite ses parents pensent à un enlèvement et leur monde bascule.

Parallèlement, le lecteur fait la connaissance de chaque personnage et notamment la mère d'Emma qui a entamé récemment une liaison avec un homme séduisant et énigmatique.

Barbara Abel maîtrise l'art du suspens et propose ici un thriller psychologique qui mettra les nerfs du lecteur à rude épreuve. Les minutes s'égrainent, la tension monte et les pages se tournent à une vitesse folle. Lorsque Emma réapparaît à l'orée du bois, seule et apeurée, c'est un soulagement pour tout le monde. Mais où est passée son institutrice Mylène ? Pourquoi ne répond-elle pas au téléphone ? Et que fait son foulard autour du bras de la gamine ?

Les questions se bousculent dans la tête de chacun. Emma dit ne se souvenir de rien, ne pas savoir où est sa maîtresse et ne l'avoir pas vu pendant son absence. Comment forcer les barrières qu'une enfant de 5 ans érige dans son esprit ? Le fait-elle consciemment ? Autour d'elle va se déployer un vent de paranoïa pendant que Mylène, atteinte de diabète, est perdue dans la nature sans son traitement.

Tout cela est fort enthousiasmant pour un amateur de thriller et on ne s'ennuie pas à la lecture de "Je sais pas". Là où le bât blesse c'est du côté des personnages et de leurs réactions. Tous plus horripilants et caricaturaux les uns que les autres, ils font monter la tension du lecteur. On s'accroche, on veut absolument savoir la fin mais force est de constater que le chemin est balisé et que la qualité d'écriture est assez moyenne. Bien sûr Barbara Abel est douée pour tenir le lecteur en haleine et la curiosité ne nous fait pas lâcher son bouquin avant de voir inscrit le mot "fin" mais que d'agacement en route... L'auteure va là où elle sait que les thrillers fonctionnent. Ni plus, ni moins. Personnellement, ça ne me suffit pas !

Parlons des personnages justement. Qui trouvera le plus grâce à mes yeux entre la gamine tête à claques, la mère adultère hystérique, le père égocentrique, l'instit' inconséquente ou son père à tête de victime ? Et que dire de l'équipe éducative, les collègues de Mylène, qui la prennent de haut et finalement ont tous les deux pieds dans le même sabot ? Et ces flics sûrs de leur fait qui ne voient pas ce qu'ils ont sous les yeux ? Je ne sais pas lequel m'a énervée le plus ! J'en aurai bien pris un pour taper sur l'autre... Caricaturaux au possible, leurs réactions sont poussées à l'extrême, sans aucunes nuances. C'est lourd ! Les ficelles sont tellement grosses, qu'on se met à supposer un retournement de situation de dernière minute qui ne viendra jamais. Non en fait, il faut tout prendre au 1er degré... Soit...

Reste tout de même un roman prenant pour son histoire et qui, côté déroulement de l'intrigue, tient ses promesses. On veut savoir la fin à tout prix (quitte à se taper une ribambelle de débiles au passage et une bonne crise de nerfs en prime). Je ne recommanderai pas spécialement ce roman à un autre amateur de thrillers mais si vous n'avez pas l'habitude de lire des thrillers psychologiques pourquoi pas. "Je sais pas" est un roman de gare (n'y voyez rien de péjoratif). Il n'apporte rien de spécial, n'est pas non plus totalement à jeter. Ça se lit vite, ça s'oublie vite et on passe à autre chose. Parfait pour passer le temps lors d'un voyage en train ou l'été sur la plage.

lundi 21 novembre 2016

"En même temps, toute la terre et tout le ciel" de Ruth Ozeki

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L’histoire : Le sac en plastique avait échoué sur le sable de la baie Désolation, un de ces débris emportés par le tsunami. A l'intérieur, une vieille montre, des lunettes jaunies et le journal d'une lycéenne, Nao. Une trouvaille pleine de secrets que Ruth tente de pénétrer avant de réaliser que les mots de la jeune fille lui sont destinés...

Depuis un bar à hôtesses de Tokyo, Nao raconte des histoires : la sienne, ado déracinée, martyrisée par ses camarades ; celle de sa fascinante aïeule, nonne zen de cent quatre ans ; de son père qui cherche sur le Net la recette du suicide parfait. Des instants de vie qu'elle veut confier avant de disparaître.

Alors qu'elle redoute de lire la fin du journal, Ruth s'interroge : et si elle, romancière en mal d'inspiration, avait le pouvoir de réécrire le destin de Nao ? Serait-il possible alors d'unir le passé et le présent ? La terre et le ciel ?

La critique de Mr K : Une sacrée belle découverte que ce roman dégoté par hasard lors d’un passage chez un bouquiniste. Il faut dire que le Japon est une de mes thématiques préférées et que la quatrième de couverture est très intrigante à la fois. Je partais avec l’idée de parcourir une œuvre un peu à part, dans le style de celles que j’ai déjà pu lire de Haruki Murakami. Je n’ai pas été déçu.

C’est à travers deux voix principales que nous suivons cette curieuse histoire de deux destins contrariés que rien ne disposait à se croiser et que le hasard (et les voies du bouddhisme peut-être) a rapproché malgré elles. Ruth est une écrivaine en panne d’inspiration qui vit isolée avec son compagnon sur une île du nord de l’Amérique (côte Ouest). En se promenant sur la grève, elle va trouver un sachet contenant des éléments se rapportant à une certaine Nao, dont un journal intime. En le parcourant, elle va se prendre au jeu de la curiosité, se questionner sur elle-même et sur cette mystérieuse inconnue qu’elle semble pourvoir atteindre d’une certaine façon.

Un chapitre sur deux, nous retrouvons donc les mots de Nao, une jeune fille japonaise déracinée. Elle est revenue des USA suite au licenciement de son père qui travaillait dans l’informatique. Elle a du mal à s’intégrer et à s’approprier son pays d’origine. Martyrisée par ses camarades, confrontée à un père en pleine dépression cherchant à mettre fin à ses jours, une mère murée dans le silence et peu présente, elle couche sur le papier ses états d’âmes qui sont préoccupants. Elle nous parle de son aïeule, nonne bouddhiste qu’elle va côtoyer le temps d’un été où elle découvrira des horizons insoupçonnés en terme de philosophie de vie et de respect de soi, elle en apprendra plus aussi sur ce mystérieux grand-oncle, mort en kamikaze durant la seconde guerre mondiale.

Ce qu'il y a de remarquable dans En même temps, toute la terre et tout le ciel, c’est l’alchimie et l’écho qui se répond entre Nao et Ruth. La distance est longue, la culture et les ressentis diffèrents mais quelque chose d’unique, d’intangible (malgré une explication donnée en toute fin d’ouvrage) les relie. Pas petite touche, au fil des lectures de Ruth et de ses échanges avec ses proches, se construit une trame très intimiste, dramatique autour de Nao et de sa quête de vérité. On se rend compte également que bien que plus âgée, Ruth elle aussi se pose des questions sur elle-même et la vie qu’elle a construit. Étonnant donc que ces deux personnages se répondent à travers le quotidien vécu, les digressions philosophiques qui peuplent le livre de références orientales mais aussi occidentales et ceci sans lourdeur qui pourrait faire décrocher le lecteur. Au contraire, cela donne une ampleur et une densité incroyable aux thématiques et vies abordées dans cet ouvrage.

Ce roman nous donne donc à réfléchir et à voir sur un bon nombre de lieux et de thématiques. L’immersion est ainsi totale dans la vie esseulée de la petite île où réside Ruth. Par le biais de scénettes du quotidien, on s’imagine très bien le mode de vie un peu rude que les habitants ont adopté avec cette ambiance de petit village d’autrefois où tout le monde se connaît, où les nouvelles vont vite et où l’homme et la nature se côtoient. À l’inverse, le quotidien de Nao est marqué par la civilisation japonaises entre vie trépidante, la foule et la place de l’individu, le poids de l’Histoire et de la famille. En background aussi, la firme Daïchi et la catastrophe de Fukushima permettant à l'auteur de dénoncer au passage l’addiction du pays à l’économie nucléaire et ses effets dévastateurs sur les milieux naturels. À la lecture du manuscrit, Ruth (qui a des origines japonaises et qui ne peut qu’être une avatar de l’auteure, Ruth Ozeki, elle-même) s’interroge sur son identité, sur le métier d’écrivain et sa fonction. On nage vraiment en eau trouble avec ses deux personnages qui se cherchent et se complètent, entourés par une galerie de personnages secondaires vraiment très attachants : de la vieille nonne Jiko, au chat Pesto en passant par le papa de Nao.

Cette lecture est peu commune. En même temps, tout la terre et tout le ciel possède un charme quasiment indescriptible entre narration binaire et tortueuse, et une écriture limpide et parfois complètement barrée. On explore l’Homme, la vie et les croyances à travers une histoire au demeurant universelle et porteuse de sens. On passe donc un moment à la fois serein et tempétueux comme une vie d’homme, où les espoirs se heurtent parfois à des obstacles semblant insurmontables. C’est beau et puissant, c’est tout ce que je recherche dans une lecture. Banco !

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mercredi 16 novembre 2016

"Terminus Elicius" de Karine Giebel

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L’histoire : "Ma Chère Jeanne,
J’aimerais que vous m’aimiez comme je vous aime. Mais, pour m’aimer, il vous faut me connaître. Savoir ce que je suis... certains diront un monstre. D’autres chercheront des explications lointaines, surgies de mon passé. Beaucoup jugeront, condamneront. Mais qui comprendra vraiment ? Vous, je l’espère.
Hier soir, j’étais avec une autre femme que vous. Mais je ne suis pas resté longtemps avec elle.
Juste le temps de la tuer..."

La critique de Mr K : Si ce pitch n’est pas un appel à la lecture, je ne m’y connais pas ! Bien que moins versé dans le thriller que ma douce Nelfe, quand l’occasion s’est présentée de lire Terminus Elicius, je n’ai pas hésité une seconde et croyez-moi j’ai bien fait ! Cela me permettait également de découvrir une auteure fortement appréciée qui dans cette réédition du roman (il date originellement de 2005) a ajouté une petite nouvelle en lien plus ou moins direct avec la trame du roman. Suivez-moi dans ce voyage au bout de la nuit entre folie galopante et enquête qui piétine.

Jeanne contemple sa vie comme un passager du train qu’elle prend régulièrement pour aller travailler dans un commissariat de quartier de Marseille. Simple agent administratif, sa vie est réglée comme une horloge entre son travail et sa mère. À côté de cela pas grand chose, le vide immense de sa vie affective et une tendance à la maniaquerie qui s’observe au détour de certains tics et de certaines réflexions internes de la jeune femme. Tout change, le jour où elle trouve une étrange lettre qui lui est adressée à la place habituelle qu’elle occupe chaque soir lorsqu’elle rentre en train chez elle. C’est une déclaration enflammée de quelqu’un qui dit la connaître et qui entame une vengeance terrible. Très vite, elle se rend compte que l’expéditeur est un redoutable tueur en série poursuivi sans succès par les policiers de son commissariat. Attirance déviante et jeune femme à la personnalité étrange au passé mystérieux, meurtres sanguinaires sans lien évident entre eux, flics aux abois au bord de la crise de nerf, voila le programme de ce thriller magistralement mené.

Et pourtant, lors des cinquante premières pages, je me disais que tout cela sentait le réchauffé avec une tendance à la répétition notamment sur les descriptions du paysage que Jeanne entr'aperçoit par la fenêtre de son wagon et qui donne sur la belle bleue méditerranéenne. Les deux personnages principaux que l’on suit sont plutôt classiques et n'emballent pas le lecteur au départ.

Jeanne semble ne s’être jamais remis d’un drame épouvantable (Karine Giebel se garde bien de nous en dire plus avant la fin...), elle est étouffée par une mère-poule qui n’arrive pas à lui lâcher la bride et la jeune femme vit avec ses habitudes et ses obsessions. C’est remarquablement construit et le début lent va céder peu à peu la place aux révélations qui sont diaboliques dans leur genre. On monte beaucoup d’hypothèses dans sa tête, on se prend à imaginer toutes sortes de scénarios, la révélation nous prend de cours entre logique et passé qui ressurgit. Très attachante quoique des fois frustrante par son côté mollassonne, l’héroïne semble livrée à un jeu dont elle ne maîtrise pas les règles et plus les échanges épistolaires vont progresser, plus une chape de plomb l’enserre et va la pousser dans ses retranchements. Et croyez-moi, il vaut mieux éviter de l'énerver la Jeanne !

En contrepoint, on suit le capitaine Esposito, gloire locale de la police à qui l’on a confié cette affaire de meurtres sanglants en série. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il patine dans la choucroute entre vie personnelle morne et une enquête retorse qui pourrait bien mettre sa carrière en jeu. Son traitement est ultra-classique et ne réserve pas de réelle surprise mais à partir du moment où l’auteur le met en relation avec Jeanne, l’archétype prend toute sa valeur et les scènes entre les deux sont tour à tour déstabilisantes et touchantes. Drôle de joutes oratoires et de relation entre ces deux là, la suite ne va pas les épargner non plus. La pression monte vite et puissamment ne laissant que peu de répit et de solution.

Une fois que l’histoire a décollé, impossible de se détacher de ce livre que j’ai pratiquement lu d’une traite (la nuit venant il a fallu le remettre au lendemain). L’addiction est très forte, grâce notamment à un style certes pas inoubliable mais très efficace dans son genre. L’égrenage des journées sous forme de chapitres courts avec une écriture allant à l’essentiel donne un rythme haletant à l’ensemble entre révélations et introspections récurrentes dans l’esprit des personnages. Très bon page-turner, l’histoire ne prend pas le lecteur pour un imbécile et livre une conclusion assez épatante qui pour ma part m’a particulièrement touché par son caractère humain et profondément réaliste. Dans ce domaine, la nouvelle Aurore rajoutée en fin d’ouvrage est assez effroyable et mérite le détour elle aussi bien que pratiquement indépendante du roman d’origine.

Terminus Elicius est une très bonne lecture pendant laquelle on ne voit pas le temps passer et où l’histoire et les vies exposées attrapent irrémédiablement le lecteur captif d’une auteure ma foi fort douée. Je pense que j’y reviendrai bientôt.

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lundi 7 novembre 2016

"La Trêve" de Saïdeh Pakravan

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L’histoire : Plus aucun crime, plus de violence, plus de suicides, plus de crises cardiaques, de viols, de meurtres, d'accidents de voiture, d'agressions. Plus d'appels dans les commissariats, et les urgences des hôpitaux restent vides. La foule enthousiaste danse dans les rues, s'embrasse et scande : "Trêve éternelle !". Pourtant, deux individus sont hantés par une question : la trêve va-t-elle durer, et si oui... jusqu'à quand ?

La critique de Mr K : Aujourd’hui nous partons en Amérique pour passer une journée hors norme en compagnie de Saïdeh Pakravan qui nous propose, avec La Trêve, un roman étrange par sa forme et détonant par son contenu. Cet ouvrage est sorti au mois d’août à l’occasion de la rentrée littéraire et a fait sensation à ce moment là. À mon tour de me plonger dedans...

L’inspecteur Simon Urqhart se réveille le 9 juillet sans savoir encore qu’il va passer une journée extraordinaire. En effet, à partir de minuit plus aucune violence d’aucune sorte n’est commise sur le sol des USA, une espèce de "trêve" a été instaurée et plus personne ne cède à ses bas instincts. Nul ne sait combien de temps cela durera mais l’auteur à travers de nombreux portraits au vitriol va nous conter cette pause dans des vies fauchées, abîmées par l’existence. En parallèle, Simon et son amie journaliste vont chercher à découvrir la vérité sur cet événement incroyable.

Au départ, le lecteur est plutôt désarçonné. En effet, ce roman commence par une multitude d’histoires n’ayant pas de rapport les unes avec les autres. Ces quasi-nouvelles, nous présentent des personnes aux prises avec leur vie difficile et leurs démons qui s’apprêtent à les faire basculer définitivement dans le mal. Ainsi, on passe en revue toute une série de situations plus ou moins éprouvantes comme un couple qui va se séparer, un serial-killer en pleine chasse, des extrémistes prêts à commettre l’irréparable (vous avez la version islamiste et la version WASP dans ce livre), un dépressif au bord du gouffre, une rencontre entre deux âmes esseulées... Autant de situations explosives à plus ou moins brève échéance et que la fameuse trêve va bouleverser d’une manière ou d’une autre.

Petit à petit, l’ensemble prend une cohérence, une homogénéité. En plus de l’enquête de Simon et de sa journaliste de petite amie, on retrouve un triangle amoureux qui va jouer un rôle important par la suite. Ces deux trames sont un peu les fils rouge qui font avancer l’intrigue principale sublimée par le découpage de ces 24h de trêve en tranches / chapitres d’1/4 heure ou 1/2 heure. Le rythme est soutenu, rapide et ne laisse pas la place aux atermoiements et aux pauses. Les cas s’enchaînent et les interrogations s’accumulent menant le lecteur dans des directions très différentes entre exploration des réactions humaines et tentative d’explication du phénomène de la trêve.

Saïdeh Pakravan se révèle être une orfèvre en matière de description et d'analyse des comportements humains présentant les choses de manière accessible et sans barrière morale. Cela donne des passages de haute volée, sans chichis et toujours justes sans tomber dans le pathos ou l’exagération. C’est une certaine Amérique qui nous est donnée à voir à travers ces portraits sans concessions et ces situations du quotidien. Agissant comme un miroir déformant, ce récit révèle une société trop souvent repliée sur elle-même et des êtres poussés à bout par le système ou par le manque de communication entre eux. Le message en filigrane est puissant dans son genre et l’on se surprend à réfléchir à ce qu’on a lu après avoir refermé l’ouvrage, ce qui est gage de qualité vous en conviendrez. Et on se prend à rêver nous aussi qu’une trêve de ce genre soit possible, permettant à l’humanité de faire une pause et de se recentrer sur l’essentiel, à savoir l’écoute et l’empathie de chacun envers les autres.

Le bât blesse légèrement à mes yeux dans une fin que j’ai trouvé pour ma part trop elliptique. Attention, aucun regret d’avoir lu le roman mais je m’attendais à un revirement final autre et un dénouement plus en apothéose. La déception est cependant légère à la vue du plaisir ressenti durant cette lecture qui s’est révélée très vite addictive et totalement jouissive par moment. C'est en grande partie du à la structure générale déployée et une science du récit maîtrisée de main de maître avec comme oripeaux principaux un style immersif au possible et une langue brute et à la fois poétique. Une belle expérience littéraire en tout cas, à tenter si le cœur vous en dit.


dimanche 23 octobre 2016

"Yaak Valley, Montana" de Smith Henderson

Yaak Valley MontanaL'histoire : La première fois qu'il l'a vu, Pete a cru rêver. Des gosses paumés, il en croise constamment dans son job d'assistant social. Mais, tout de même, un enfant en pleine forêt, méfiant, en guenilles, l'air affamé... Pete s'accroche, laisse de la nourriture, des vêtements et finit pas gagner la confiance du petit.
Suffisamment pour découvrir que le garçon n'est pas seul. Sa mère et ses frères et soeurs sont introuvables, il vit avec son père, Jeremiah Pearl, un fondamentaliste chrétien qui fuit la civilisation pour se préparer à l'Apocalypse et comploter contre un gouvernement corrompu et dépravé.
Petit à petit, entre Pete et Jeremiah s'installe une relation étrange. Car Jeremiah s'est isolé par désespoir, après un drame atroce ; Pete de son côté est au bord de sombrer : son frère est recherché par la police ; son ex, alcoolique, collectionne les amants ; et, surtout, sa fille de quatorze ans a disparu quelque part le long de la route du Texas...

Deux hommes aux prises avec des démons qu'ils ne pourront plus faire taire très longtemps...

La critique Nelfesque : "Yaak Valley, Montana" est un ouvrage à part dans cette Rentrée Littéraire. Smith Henderson signe ici son premier roman et c'est une réussite ! Petite brique de presque 600 pages, loin des titres tape-à-l'oeil, attendus et au succès prémédité, celui-ci est une belle surprise qui se savoure et prend aux tripes.

Pete est assistant social en plein coeur du Montana. Nous sommes à Yaak Valley, dans les années 80. Une Amérique des grands espaces, celle qui fait rêver les apprentis voyageurs et les amoureux de nature avec ses montagnes, ses lacs et son air pur. Plus reculée et sauvage par sa nature, elle l'est aussi dans le cœur des hommes. Chaque jour, Pete est confronté à la misère sociale et à l'alcoolisme. Avec peu de moyens, il tente d'aider des familles en souffrance, parfois contre leur volonté, pour le bien-être des enfants avant tout. L'auteur a été lui-même assistant social et sa maîtrise du sujet n'est pas à démontrer. Dès les premières pages, les scènes de la vie ordinaire dans ce coin des Etats-Unis font sensation et frappent fort.

Nous suivons ainsi Pete dans son parcours du combattant. Un Robin des Bois mixé avec Don Quichotte qui lutte contre un système, la fatalité, la vie et ses propres démons. Car Pete aussi aurait besoin d'aide, sa famille mériterait autant d'attention que celle qu'il porte à quelques inconnus... Une fuite en avant, un questionnement existentielle et des choix de vie, c'est tout cela "Yaak Valley, Montana".

Avec Pete, le lecteur fait connaissance de quelques familles dont il s'occupe et notamment des Pearl père et fils qui vivent au fin fond de la vallée. Personne ne sait où ils habitent vraiment, ils se cachent et vivent à l'état sauvage. Pour quelle raison, nous l'apprendrons au fil des pages. Pour ouvrir le coeur d'un homme, il faut du temps et plusieurs centaines de pages. Il plane sur ces deux personnages un sentiment de paranoïa, des convictions d'un autre âge et c'est à la rude que Jeremiah éduque son gamin Benjamin, loin de tout confort moderne et ses règles d'hygiène.

Et puis il y a Cecil, la "tête de pioche", celui qui m'a personnellement le plus touchée dans ce roman. Impossible pour lui de vivre auprès de sa mère droguée dans un environnement serein, avec un père absent, il est ballotté de foyer en foyer où il enchaîne bêtise sur bêtise. Les solutions de placements sont de plus en plus minces et les choix de Pete le concernant ne sont pas toujours les meilleurs. Le lecteur assiste, médusé et impuissant, au broyage d'un adolescent. Entre lueurs d'espoir, fatalisme et rêve brisé, Cecil tente d'exister. Pas toujours en empruntant le bon chemin mais avec l'envie de vivre sa propre vie.

Dans un décor de rêve pour qui aime la nature et le silence, Henderson nous dépeint une société américaine en souffrance avec une écriture puissante et évocatrice. Mélange de roman des grands espaces, drame et roman noir, "Yaak Valley, Montana" balaye de nombreuses thématiques et cueille le lecteur avec finesse et intelligence. Une belle découverte littéraire, très loin de l'American way of life, que je vous encourage à entreprendre !

dimanche 16 octobre 2016

Back chez l'abbé !

Hier avait lieu une vente spéciale dans notre Emmaüs fétiche, notre fournisseur préféré de livres de seconde main. Déjà que tout y est bon marché mais imaginez que tous les livres soient à -50%... On se préparait donc à une orgie d'acquisitions et une invasion conséquente de nos PAL respectives par les petits nouveaux...

Acquisitions ensemble

Bon... au final vous voyez que nous avons été plutôt raisonnables avec seulement six ouvrages de plus pour moi et deux pour Nelfe. Il faut dire qu'à force de chiner, on retombe au bout d'un moment sur les mêmes ouvrages et comme en plus nous n'y sommes allés qu'en début d'après-midi, sans doute que de belles pièces avaient déjà trouvé acquéreur. Reste une pêche bien sympathique que je vais vous présenter en compagnie de Tesfa qui sait donner de sa personne quand elle veut !

Acquisitions 4
("Mouais... il a une odeur spéciale et bizarre cet ouvrage...")

- "Structura maxima" d'Olivier Paquet. On commence avec ce livre qui intrigue tellement Tesfa et qui m'a séduit pour ma part par sa quatrième de couverture alléchante. Dans une cité souterraine constituée de poutrelles et de niveaux vertigineux, un homme et son fils vont tenter de découvrir les origines de cet univers clos et parfaitement réglé au bord de l'implosion. L'éditeur promet un ouvrage-hommage au futurisme italien (j'adore ce mouvement artistique), du baroque à la Caro et Jeunet et une pointe de Miyazaki. il ne m'en fallait pas plus pour adopter l'ouvrage que je lirai sans doute durant les prochaines Utopiales qui approchent à grand pas (yes yes yes !) !

Acquisitions 2
("Ceux-ci ne sentent pas meilleur, il a de drôle de goûts Mr K...")

- "Ne la quitte pas des yeux" de Linwood Barclay. Ma PAL en matière de policier/thriller est assez maigre et c'est avec plaisir que je tombai sur un ouvrage de cet auteur qui m'avait séduit avec son ouvrage "Cette nuit là". Dans celui-ci, on suit David dans sa quête pour retrouver sa femme qui a disparu lors d'un après-midi en famille dans un parc d'attraction. Au fil de ses recherches, il va se rendre compte qu'il ne la connaît pas si bien que ça et il va devenir le suspect numéro 1 aux yeux de la police. Suspens et levé de secrets de famille sont à prévoir, le genre de lecture-détente que j'affectionne !

- "Opéra macabre" de Thomas Tissier. Sur le papier, ce roman a tout pour me plaire : une panne de voiture en rase campagne, un refuge inespéré pour l'automobiliste en galère, une femme fatale, une maison labyrinthique, des personnes âgées étranges dont un ancien nazi... Vous mixez le tout et vous obtenez ce roman classé terreur qui promet tension, révélation et érotisme. Là encore, une lecture plus légère mais néanmoins attirante !

Acquisitions 1
("Il est irrécupérable, ma patience a des limites...")

- "La Vierge de glace" de Hans Christian Andersen. On ne peut décemment pas dire non à un petit conte frissonnant surtout quand il est signé par un des maîtres en la matière. Je ne connais pas ce titre et pourtant j'ai pratiqué l'auteur souvent étant plus jeune. L'occasion fait le larron et je vais m'empresser de lire les aventures du jeune Rudy tentant d'échapper à cette mystérieuse reine des neiges éternelles. Il est bien bon de retomber en enfance lors de certaines lectures.

- "Mondo et autres histoires" de J.M.G. Le Clézio. À nouveau, un recueil de contes signé par Le Clézio. Je m'attends ici à des histoires universelles et intemporelles qui nous parlent de nous et de nos aspirations. J'espère y retrouver le souffle et l'écriture magique d'un auteur vraiment pas comme les autres et que j'ai délaissé depuis trop longtemps...

Acquisitions 5
("Reviens Tesfa... Fais pas la tête !")

- "Victor Hugo" d'Alain Décaux. Ce livre est une brique de 1000 pages qui d'ailleurs a réussi à faire fuir Tesfa ! Effet inverse sur moi qui adore Victor Hugo depuis mes débuts de lecteur et qui m'enthousiasme à l'avance de le voir raconter par un narrateur et historien hors pair. Ce monstre sacré de la littérature française a eu une vie tellement riche en terme d'activités, de rebondissements, de combats, d'amours qu'il fallait bien un gros pavé pour nous la conter. Voila une lecture qui risque de me marquer longtemps, je m'y mettrai lors de vacances à venir en 2017.

Acquisitions 3
("Ah... Enfin la sélection de Nelfe ! Pour le coup, je veux bien remontrer mon mignon minois!")

- "La Petite barbare" d'Astrid Manfredi. Voila un livre que Nelfe voulait lire lors de sa sortie l'année dernière, son souhait est exhaussé avec cette trouvaille chanceuse qui l'a réjouie. Récit d'un chaos intérieur et social, l'héroïne écrit son histoire depuis la prison où elle a atterri suite à un acte irréparable. Présenté comme un véritable bâton de dynamite littéraire et une dénonciation sans fard de la société du néant, je sens que Nelfe va respirer la joie de vivre après cette lecture !

- "L'Éducation de Stony Mayhall" de Daryl Gregory. Un livre qui a accroché l'oeil de ma chère et tendre à cause de son édition tout d'abord (Le Belial est excellente dans les domaines qu'elle balaie). Et puis, il y a cette histoire intrigante de jeune gamin insensible à la douleur qui semble cacher un lourd secret au plus profond de sa chair. Roman de genre, premier traduit en français de son auteur, il est précédé d'une réputation certaine. Verdict à venir dans les mois à venir quand Nelfe se penchera dessus...

De bien belles pioches donc avec de la variété, des auteurs à découvrir et d'autres à retrouver avec plaisir. On a limité la casse en terme de PAL même si la terrible phase consistant à faire un choix après une lecture ne va pas s'en voir simplifiée. C'est le triste quotidien du lecteur addict. Je nous plains d'avance...

dimanche 8 mai 2016

Pour quelques petits craquages de plus...

En mai, fais ce qu'il te plaît dit l'adage bien connu. Je l'ai pris au mot avec ces petites acquisitions pas piquées des vers et accumulées au fil de trouvailles faites au détour d'une promenade ou de chinages désintéressés (si si, je vous l'assure!). Le stock augmentant, il était temps pour moi de vous les présenter pour mieux les intégrer à ma PAL juste après. Au programme: des auteurs chéris qui se présentent de nouveau à moi, des livres à la réputation déjà bien fournie et des coups de poker qui je l'espère s'avéreront payants en terme de plaisir de lecture. Suivez le guide!

Acquisition mai 1
(Ooooooh, qu'ils sont beaux!)

Belle photo de famille, non? Il faut dire qu'on a un magnifique tapis qui va super bien dans la pièce et de surcroît très photogénique! J'imagine que vous avez déjà repéré des auteurs déjà croisés sur le blog et qui font écho à vos propres pulsions de lecteur? Hé hé, cherchez pas, ce sont mes nouveaux adoptés!

Acquisition mai 4
(Si c'est américain, c'est bien! Bruce Campbell alias Ash dans la série des Evil Dead de Sam Raimi)

- Sacrés Américains de Ted Stanger. J'avais été partagé par son précédent ouvrage sur la France et les français, le trouvant parfois pertinent, parfois très caricatural notamment sur les aspects culturels de notre beau pays. Je suis curieux de voir ce qu'il propose avec cet essai drolatique (c'est la marque de fabrique du bonhomme, ancien correspondant US à Paris) sur ses compatriotes. Vous serez les premiers informés dès que je l'aurai lu!

- Marionnettes humaines de Robert Heinlein. Difficile de résister à Heinlein qui fait partie du panthéon des auteurs cultes de la SF. Alors quand en plus l'histoire parle d'invasion extra-terrestres manipulateurs de l'esprit humain sans que personne ne se doute de quoique ce soit (sauf le héros bien sûr!), je ne peux que me précipiter sur ce pauvre livre égaré dont la quatrième de couverture est attractive au possible. Hâte d'y être!

Acquisition mai 3

(22 v'la les flics, les psychopathes et les meurtriers!)

- Le Bal des débris de Thierry Jonquet. Un auteur qui ne m'a jamais déçu et m'a souvent cloué sur place avec des personnages bien tordus et un jugement sans appel sur notre société actuelle en arrière-plan. Je ne connaissais pas ce court roman qui se déroule dans un hôpital qui sera le théâtre d'une course effrénée à la suite de diamants volés. À priori court et efficace selon des critiques de blogs-amis, je me lance bientôt!

- Les Morsures du passé de Lisa Gardner. Aaaah, Lisa Gardner! Quand on me parle d'elle, je m'enflamme de suite! Autant, elle a su me proposer des livres vraiment puissants et réussis, autant elle est tombée parfois dans le pathos et l'artificiel (voir mes chroniques). Ce titre est considéré par beaucoup comme son meilleur, un véritable cauchemar dont on ne sort pas indemne. Comme je ne suis pas rancunier, je me suis laissé tenter. Le verdict (quelqu'il soit) tombera bientôt.

- Touche pas à mes deux seins de Martin Winckler. Bon ben pas d'excuse là... C'est un Poulpe et en grand amateur des aventures de Gabriel Lecouvreur, je ne pouvais résister. Selon le résumé, on plonge pour une fois dans le passé du Poulpe, sur ses années de formation et ses premiers amours. Tout un programme que j'ai vraiment hâte de découvrir!

- Le Nuisible de Serge Brussolo. Encore un auteur que j'adore. Brussolo, en plus d'être prolifique et remarquable d'efficacité dans la gestion du suspens, surprend souvent à la fin de ses romans pour ne pas dire tétanise dans ses romans policier / polar. Il est ici question d'un mystérieux corbeau qui révèle des vérités à un auteur à succès. Ce dernier va alors entrevoir sa part d'ombre et s'en servir pour régler ses comptes. Cela promet beaucoup, une sorte de voyage à la confluence de la folie et des choix que l'on doit parfois faire. M'est avis qu'il sera vite lu celui-là!

Acquisition mai 5
(Un beau mix de tout plein de bonnes choses!)

- Chambre 2 de Julie Bonnie. Un authentique coup de poker que cette acquisition basée uniquement sur une couverture intrigante (voir fascinante) et une quatrième de couverture du même acabit. Une femme travaillant dans une maternité se raconte et témoigne de ce qu'elle vit et voit dans chaque chambre de l'établissement. Perçu comme un vibrant hommage au corps des femmes et un regard impitoyable sur ce qu'on peut lui imposer, je m'attends à un grand choc salutaire. Wait and see!

- À l'est d'Eden de John Steinbeck. Alors on touche à du classique en puissance par un auteur auquel je voue un culte sans borne. Steinbeck c'est l'art d'écrire à l'état pur, des personnages ciselés avec une économie de mots et une poésie peu commune. Je viens d'ailleurs de terminer Tendre jeudi la semaine dernière, la chronique est déjà écrite et sera publiée dans les semaines à venir. Bref, quel bonheur de tomber sur ce titre, célèbre par son adaptation avec l'éternellement jeune James Dean, récit d'une chronique familiale et d'une région où a grandi l'auteur. Cela sent le chef d'oeuvre! D'ailleurs ce roman a permis à Steinbeck de recevoir le prix Nobel de littérature, ce n'est pas rien tout de même! Aaaaarg! 

- La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jerusalmy. Précédé d'une réputation flatteuse, ce livre semble avoir tout pour me plaire. Avec Villon comme personnage principal (il faut lire le remarquable ouvrage de Teulé sur ce poète-bandit hors du commun!), l'auteur nous invite à une plongée dans la Jérusalem d'en bas, les jeux d'alliances, les complots et contre-complots avec au centre de l'histoire les livres, l'humanisme et la lutte contre les dogmes politiques et religieux liberticides de l'époque. Ça ne donne pas envie?  

- Moon Palace de Paul Auster. On ne peut pas dire non à cet auteur: univers étrange, écriture unique et immersive. On est toujours surpris et une lecture de Paul Auster est toujours une promesse d'exploration de l'âme humaine. C'est donc sans même lire la quatrième de couverture que j'adoptais Moon Palace qui suit le destin d'un américain depuis son enfance, une vie riche où l'on retrouvera sans nul doute les thèmes chers au coeur de l'auteur dont la solitude et la chute. Belle pioche encore!

Acquisition mai 2
(Et pour finir en beauté, des Actes sud à prix modique! Yes yes yes!)

- Le jaune est sa couleur de Brigitte Smadja. Jonas va mourir et sa meilleure amie (la seule a être au courant) va l'accompagner. Évocation du passé, recherche d'un ami perdu et moments de complicité se complètent dans un roman sortant des sentiers battus de la littérature de deuil, proposant à priori des personnages denses et romanesques. Comme j'adore cet éditeur, je fonce les yeux fermés!

- La Souris céleste de Jean Cavé. Seul recueil de nouvelles de mon chinage du jour, le résumé annonce la couleur dès le départ avec des nouvelles complètement branques faisant la part belle à la jalousie, l'adultère, aux êtres en perdition dans le réel ou leurs fantasmes. J'aime être dérouté et les courts récits ont l'avantage d'aller à l'essentiel et de multiplier parfois les émotions. Qui lira, verra comme on dit!

Pas mal ma nouvelle portée, non? Certes cela n'arrange pas le sort de ma PAL mais les promesses sont riches et mon impatience est grande. Si seulement, je pouvais être payé pour lire, j'abandonnerai de suite mon travail (que j'adore pourtant!) pour me plonger avec délice dans ces récits variés et accrocheurs (en plus ma PAL baisserait plus rapidement!). Pour la suite, vous savez ce qu'il vous reste à faire: guetter les chroniques et peut-être vous laisser tenter à votre tour!

samedi 20 février 2016

"Des petites filles modèles..." de Romain Slocombe

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L'histoire : En 1858, la comtesse de Ségur présente Les Petites Filles modèles comme la suite des Malheurs de Sophie, et ces deux livres figurent depuis lors au cœur du répertoire classique de la littérature française pour la jeunesse. Portraits d'enfants bien nés saisis au moment où ils s'interrogent sur le bien et le mal, tableaux d'un milieu social où ne cesse de se poser la question des normes et des limites, les petites filles doivent y être "modèles" en vertu d'un idéal de comportement. Mais l'atteindre n'est pas si simple! Et l'on a amplement pointé, au-delà des récits en apparence innocents et inoffensifs de la comtesse de Ségur, les bourgeons de l'ambiguïté. Dans son remake, Romain Slocombe les fait éclore: ses petites filles modèles deviennent les héroïnes d'un roman inquiétant et pervers, érotique et vampirique. Comme si la comtesse de Ségur avait retiré la sourdine pour écrire un ouvrage destiné à des enfants plus âgés, voire à des adultes, laissant libre cours à la progression de la cruauté. Comme si elle avait quelquefois rêvé d'être Sade, non plus comtesse mais marquise...

La critique de Mr K : Il s'agit de ma première lecture d'un Remake littéraire. Avant cette découverte, je ne savais pas que cela existait, connaissant plutôt des histoires de plagiats célèbres comme le procès de Régine Desforges avec les héritiers de l'écrivain de Autant en emporte le vent (je ne comprends d'ailleurs toujours pas comment elle a pu gagner son procès tant sa Bicyclette bleue est calquée sur le roman culte se déroulant pendant la guerre de Sécession). Rien de tout cela ici avec l'éditeur Belfond qui se donne un cahier des charges précis: Nous proposons à des écrivains de puiser dans le patrimoine littéraire une œuvre qui les a marqués et d'en faire le remake. Tout est permis pourvu que le souvenir de l'original ne soit jamais perdu. À l'heure du bilan, mon avis est mitigé, partagé que je suis entre un écrivain talentueux qui mène son entreprise de main de maître et un contenu sans surprise au croisement de trois œuvres que j'ai adoré lors de leurs lectures respectives.

Officiellement, il s'agissait pour Romain Slocombe de réaliser un remake déviant de l’œuvre de la comtesse de Ségur mais très vite, on se rend compte qu'il y mêle des éléments du fabuleux Carmilla de Sheridan Le Fanu et de titres du marquis de Sade. Une jeune fille vertueuse (comprendre cul-bénit et innocente) aux portes de la puberté va faire l'apprentissage de choses que la morale de l'époque réprouve en contact avec une famille étrange qui la recueille elle et sa mère suite à un grave accident de voiture. Passés les premiers jours d'enchantement de la découverte et la mise en confiance, elle va bafouer ses principes chrétiens en éprouvant de nouveaux sentiments et sensations, s'ouvrir au désir et aux plaisirs charnels. Mais au delà de la transgression se cache un danger plus grand qui flirte avec le surnaturel, les événements qui vont suivre vont tout faire basculer et dynamiter tout ce qui a été construit précédemment.

A travers des chapitres courts (le livre en compte 29 pour environ 300 pages), on suit la jeune Marguerite et sa maman dans une histoire qui sombre très vite dans le glauque et le déviant. Derrière le vernis des apparences et la bienséance, il suffit d'un rien pour que l'être bascule et c'est avec un petit plaisir sadique que le lecteur attend les premières fissures. Elles ne se font pas attendre très longtemps et le dynamitage évoqué précédemment peut commencer. Les joies et les affres de la culpabilité chrétienne sont légions pour la pauvre Marguerite que ses sens trahissent au détriment de sa morale. La découverte de ses règles et leur signification (parallèle intéressant à faire avec le Carrie de Stephen King et l'adaptation cinématographique géniale de De Palma) vont déclencher des réactions en chaîne: des relations mère / fille dont les lignes doivent changer, une attirance dite contre-nature pour une jeune fille de son âge, les rapports ambigus avec leur hôtesse... Malgré ses appels à la prière, rien n'y fera, une ambiance hypnotique et sensuelle se dégage de ce séjour à la fois enchanteur et pernicieux.

À ce propos, l'auteur colle assez près au matériaux originel durant la plus grande partie du roman même si pour les besoins de l'entreprise, les bêtises évoquées ici sont plus graves et portent à conséquence. Pour autant, au bout de quelques chapitres, je trouve que le roman fait plus penser au mortifère Carmilla de Sheridan Le Fanu par la caractérisation de certains personnages (la famille qui les reçoit, le général russe qui a perdu sa nièce suite à un mystérieux mal...) et quelques passages au marquis de Sade notamment lors du passage dans la chambre de pénitence (non, non petits coquins ne cherchez pas à en savoir plus, vous n'avez qu'à lire cet ouvrage!). Notez que ce n'est pas pour me déranger, cela contribue à instaurer une atmosphère bien particulière, dérangeante et vénéneuse à souhait. Rajoutez à cela des évocations réalistes de la nature sauvage et impénétrable, une étrange masure et des hôtes aux mœurs étranges et l'on est vraiment transporté dans cette lecture qui se fait non sans déplaisir et rapidement sans forcer.

Le bémol est inhérent au genre du remake pour peu que vous vous souveniez bien des œuvres dont s'inspirent Romain Slocombe ou que vous vouiez un véritable culte à certaines d'entre elles. Ce fut malheureusement le cas pour moi et finalement, le roman ne décolle jamais des pistes balisées, aucune surprise pour une trame qui se déroule avec finesse et fluidité. Étrange sentiment donc car peut-on vraiment parler de bonne lecture quand cette dernière fait plus appel à de bons souvenirs du passé plutôt qu'à de nouveaux horizons? Personnellement, je n'arrive pas à trancher, sans doute à cause du talent indéniable de Romain Slocombe pour récréer une ambiance et une époque avec une science des mots vraiment remarquable. À chacun de tenter l'expérience ou non.

vendredi 5 février 2016

Premier craquage de PAL 2016 !

Vous l'attendiez avec impatience, le voici le voila... Roulement de tambour... Le premier craquage de 2016!

Lieu du crime: notre Emmaüs adoré bien évidemment! Dans le rôle principal, votre obligé qui une fois de plus n'a pas su résister à ses pulsions primales en digne toxico littéraire qu'il est et Nelfe en second couteau qui pour le coup est aussi tombée sur de belles petites perles! Mais que voulez-vous, on ne se refait pas... C'est bon la Honte! Voyez plutôt.

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Oui, je le conçois aisément, ça fait peur... du moins pour ceux qui ne nous connaissent pas encore beaucoup. Nos fervents lecteurs eux ont depuis longtemps abandonné toute idée de mesure et de raison quand il s'agit de nos acquisitions. On aime chiner et le chinage nous le rend bien. Une fois de plus le hasard a mis sur notre chemin des titres soit recherchés, soit accrocheurs et le tout pour 30 euros (et ouais quand même!). Ayant définitivement laissé de côté l'idée de baisser ma PAL personnelle (qui stagne autour de 200 titres environ), c'est avec un plaisir immense que je rentrais le sourire aux lèvres (avec un peu de bave aussi... accro je vous dis!). Suivez le guide (et une petite incartade de Nelfe en fin d'article), voici les nouveaux qui rejoignent leurs petits camarades!

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On commence très fort avec cinq titres des éditions Actes Sud à 1 euro pièce! Si si, vous avez bien lu et à ce prix là ils sont lisibles et en théorie possèdent encore toutes leurs pages! Miam miam!

- Le Jour des morts de Cees Nooteboom. Un roman faisant la part belle au deuil et la renaissance par la redécouverte de l'amour, entre temps qui passe et mélancolie. La quatrième de couverture est envoûtante à souhait, gageons que ce sera une belle lecture.

- Un Lieu sûr de Barbara Gowdy. Un roman à priori détonant où les éléphants tiennent le premier rôle pour un texte relevant selon certains du défi littéraire! De quoi intriguer d'autant plus que l'esprit de l'oeuvre flirte avec Kipling et Tolkien. Impossible de ne pas tenter le coup! Affaire à suivre!

- Le Reste est silence de Carla Guelfenbein. Chronique familiale sombre où un repas de mariage va dynamiter la cellule familiale révélant des fêlures jusque là bien dissimulées derrière les apparences. J'ai pensé au film Festen en lisant la quatrième de couverture et j'espère qu'on s'en approchera dans le choc des émotions.

- Des Phrases courtes, ma chérie de Pierrette Fleutiaux. J'aime beaucoup les romans qui traitent de la vieillesse et notamment de la perte d'autonomie. On tombe souvent sur des oeuvres crépusculaires où l'angoisse du temps qui passe met en exergue des émotions puissantes et pures. Il est ici question de la maison de retraite, des visites que l'on reçoit et des rapports familiaux qui se transforment. Sans doute pas la plus gaie de mes acquisitions mais la promesse d'une lecture marquante.

- L'Ampleur du saccage de Kaoutar Harchi. Un roman coup de poing autour de la notion de culpabilité ou encore, la rencontre improbable de Crime et Châtiment de Dostoïevski avec la culture maghrébine. Pour le coup, c'est quitte ou double. Qui lira, jugera!

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On continue dans les brochés avec trois ouvrages très différents au charme certain!

- Tekrock de Roland C. Wagner. Un auteur que j'aime beaucoup et qui nous a quitté trop tôt. Il s'agit d'un volume de sa relecture des Mystères de Paris d'Eugène Sue (grand feuilletoniste du XIXème siècle) mettant un enquêteur aux capacités très spéciales dans un futur devenu fou. SF, humour, policier sont au RDV!

- En même temps, toute la terre et tout le ciel de Ruth Ozeki. Un mystérieux journal intime emporté par un tsunami, une ado mal dans sa peau, une aïeule zen de 104 ans, un kamikaze japonais amateur de poésie, un suicidaire obsédé par le modus operandi parfait pour mettre fin à ses jours, imaginaire et réalité qui se mêlent... Ça sent le bon roman japonais à la Murakami comme je les aime! J'ai très hâte de m'y mettre!

- Yujin et Yujin de Lee Geumyi. Il s'agit d'un roman jeunesse coréen suivant deux jeunes filles portant le même nom et partageant un lourd secret. J'avais adoré Les Petits pains de la pleine lune de Gu Byeong-Mo dans la même collection et de la même origine. J'y retourne donc confiant avec cette chronique adolescente dans un pays méconnu en Occident.

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Cinq livres dont les couvertures sont les plus belles de mes trouvailles du jour selon Nelfe. C'est elle la photographe du couple, y'a pas à tortiller, elle seule réalise les clichés des posts dédiés aux acquisitions. Et puis, vous ne la connaissez pas, il ne faut pas la contrarier... Aie aie, pas taper!

 - La Tour d'ivoire de Henry James. Voila un livre considéré comme un classique outre-Manche et outre-Atlantique et que l'on retrouve évoqué dans nombre de romans que j'ai pu lire. Il s'agit une fois de plus d'une histoire de famille avec le retour au pays du fils prodigue qui ne se reconnaît plus dans les valeurs de sa patrie d'origine et qui va se heurter à des manigances cyniques de la part de vieux amis... Sacré programme en perspective!

- Du Miel pour les ours d'Anthony Burgess. C'est l'achat foldingue de ce craquage! On suit ici les aventures burlesques d'un couple occidental en voyage d'affaire en URSS: quiproquos, situations absurdes et humour déjantés sont annoncés en quatrième de couverture. Je suis bien curieux de lire ça! Cet ouvrage devrait sortir assez vite de ma PAL.

- L'Attentat de Harry Mulisch. Cinq épisodes de la vie d'un homme depuis un événement fondateur qui fait s'effondrer son univers: un attentat contre l'occupant allemand devant sa porte et le massacre de sa famille en représailles. À priori une très belle plume pour une histoire bouleversante.

- Le Pousse-pousse de Lao She. Petit voyage en Chine avant l'arrivée du timonier Mao en suivant le parcours chaotique d'un chinois lambda avec en fond une vision saisissante du petit peuple de Pékin et de ses us et coutumes. Un livre précédé d'une belle réputation sur lequel je fonde de beaux espoirs. Wait and see!

- Le Secret de la chambre jaune de Kafû et Akutagawa. Le Japon encore et toujours avec cette fois ci, deux courts textes érotiques présentés comme perturbants et sentant le souffre. Censurés lors de leur sortie dans les années 20 et vendus sous le manteau, c'est une raison supplémentaire pour tenter l'expérience. 

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Un petit ensemble désordonné pour continuer l'exposition des nouveaux adoptés:

- D'un bord à l'autre d'Armistead Maupin. Il s'agit de l'épisode 5 des Chroniques de San Francisco dont j'ai lu les trois premiers tomes il y a bien longtemps et dont je recherche les volumes manquants pour les lire d'une traite lors d'un été à venir. Que de bons souvenirs avec cette saga hors norme où personnages borderline et langue subtile capturent si bien une époque et un mode de vie! 

- Marcovaldo d'Italo Calvino. Une histoire bien barrée une fois de plus pour cet auteur que j'affectionne beaucoup, on suit les pérégrinations d'un pauvre hère entre aventures picaresques et surréalisme. Du Vian à la sauce italienne à priori, tout pour plaire donc!

- Le Neveu d'Amérique de Luis Sepulveda. Impossible de résister à cet auteur qui à chaque fois me charme par ses écrits entre naturalisme et prise de conscience écologique et humaniste. Ce titre est plus autobiographique nous contant une vie d'errances, de rêves et d'engagement.

- Les Lois de la gravité de Jean Teulé. Idem pour Teulé que j'adore, je tombai sur ce livre que je n'ai pas lu de lui. Et hop! Dans mon escarcelle! Tiré d'un fait divers réel, retour sur une femme meurtrière qui veut dénoncer son crime avant la prescription de celui-ci. À la fois intrigant et faisant écho au cas Jacqueline Sauvage tout juste graciée par notre Président.

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3 romans placés de près ou de loin sous le signe d'histoires qui rencontrent l'Histoire:

- J'ai épousé un communiste de Philip Roth. Roth est un grand auteur américain comme je les aime qui s'attarde ici sur la période sombre du maccarthysme et sa chasse aux sorcières. À travers le destin tragique d'Ira, ce roman rend justice à ces individus détruits par les événements qui ébranlent la trame même de nos existences. Tout cela sent le complot et les trahisons dans les cercles les plus intimes... J'aime déjà!

- Le Chemin des âmes de Joseph Boyden. C'est l'histoire d'un retour au pays suite à l'armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale d'un soldat amérindien, le portrait d'un homme brisé par le conflit qui va devoir recoller à la réalité et réapprendre à vivre le temps d'un voyage en canoë de trois jours en compagnie de sa tante. Je m'attends à de l'intimisme et à un texte forçant l'empathie, je vais préparer ma boîte à mouchoirs!

- Un Barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras. D'inspiration autobiographique, ce roman raconte l'histoire d'une famille de colons français en Indochine, une veuve devant s'occuper de ses deux enfants et lutter contre la fatalité qui semble s'abattre sur elle et les siens de manière régulière. J'avais adoré L'Amant du même auteur, j'ai hâte de pouvoir lire celui-ci qui s'y apparente clairement dans le contenu et la forme.

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Enfin pour terminer, 3 ouvrages de SF prometteurs:

- Hôpital nord de Jean-Pierre Andrevon et Philippe Cousin. Un livre à la quatrième de couverture bien étrange où l'hôpital décrit semble être le dernier endroit où il faut se rendre même en cas de nécessité absolue: expériences glauques, disparitions inquiétantes, cauchemars éveillés... J'ai pensé immédiatement à une série géniale initiée par Lars Von Trier lui-même. Je n'ai pas hésité plus d'une demi-seconde! 

- Stardust de Neil Gaiman. Un récit de fantasy d'un auteur que j'ai appris à connaître et à apprécier au fil des oeuvres lues. Le monde des hommes côtoie depuis des lustres celui des fées. Une fois tous les neuf ans, ces deux univers peuvent se rencontrer lors d'une foire. Cette fois-ci, tout ne va pas se passer comme prévu... Pitch classique, je compte sur Gaiman pour y apporter un éclairage et un style novateur.

- Le Fils de l'Homme de Robert Silverberg. Encore un auteur que j'adore et qui présente ici un livre à la quatrième de couverture très mystérieuse entre renaissance et découverte de soi par un homme anonyme dans un monde inconnu. Ça a tout l'air de proposer une expérience hors du commun!

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L'incartade de Nelfe : Regardez comme j'ai été raisonnable en comparaison avec Mr K... Hum... Je dois avouer que ma PAL fait aussi très peur et que de mon côté j'ai décidé de rester dans la mesure. Oui, je sais, c'est moche. La folie ça a du panache, la raison, c'est fade, mais que voulez-vous, c'est ça ou je dois aménager le sous sol de notre maison pour y faire rentrer tous nos livres alors on fait ce qu'on peut ! Bref ! Voici mes 4 petits nouveaux :

- Wilt 2, Comment se débarrasser d'un crocodile, de terroristes et d'une jeune fille au pair de Tom Sharpe parce que j'ai lu il y a peu le premier tome et que je me suis bien amusée. Ma belle-mère venait de me prêter celui-ci mais comme je souhaite me faire la saga dans son ensemble, le voici mien désormais !

- Wisconsin de Mary R. Ellis parce qu'avec moi quand tu mets les mots enfants, alcoolisme, guerre et saga familiale dans une quatrième de couverture c'est jackpot !

- Les Ailes de l'ange de Jenny Wingfield parce qu'avec moi quand tu mets les mots enfants, alcoolisme... Ah non mince ça je l'ai déjà dit ! Parce que les histoires d'enfances brisées, de cruauté et de courage face à l'adversité ça me met la larme à l'oeil et là y a du lourd...

- Les Dépossédés de Ursula Le Guin parce que ce titre là me disait quelque chose mais en fait je me suis trompée, il s'agissait du roman du même nom de Steve Sem-Sandberg. Dans ce dernier il est question de seconde guerre mondiale et du ghetto de Varsovie... Je crois que j'étais bourrée lors de cette virée à Emmaüs pour le confondre avec un roman SF. On ne se moque pas ! C'est pas grave, il a l'air bien quand même et puis au pire, il atterrira un jour dans la PAL de Mr K (comment ça, c'est de la triche !?)

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Au final, PAL explosée doublée d'une satisfaction sans borne d'avoir laissé libre court à mon instinct consumériste de base en manière littéraire. Une Nelfe ravie de ses trouvailles. À vous de continuer à nous suivre dans les mois (et années!) à venir pour recueillir nos avis aussi variés qu'éclairés!