samedi 18 mars 2017

"Elle voulait juste marcher tout droit" de Sarah Barukh

Elle-voulait-juste-marcher-tout-droitL'histoire : 1946. La guerre est finie depuis quelques mois lorsqu’Alice, huit ans, rencontre pour la première fois sa mère. Après des années à vivre cachée dans une ferme auprès de sa nourrice, la petite fille doit tout quitter pour suivre cette femme dont elle ne sait rien et qui lui fait peur, avec son drôle de tatouage sur le bras.
C’est le début d’un long voyage : de Paris à New York, Alice va découvrir le secret de son passé, et quitter à jamais l’enfance.
Comment trouver son chemin dans un monde dévasté par la guerre ?

La critique Nelfesque : Passionnée par la Seconde Guerre mondiale, j'ai déjà lu bon nombre d'ouvrages sur le sujet. Que ce soit des romans, des documents, des essais... j'avale à peu près tout ce qui passe à ma portée traitant du sujet (idem côté documentaires, films, expo...). C'est donc tout naturellement que je me suis dirigée vers "Elle voulait juste marcher tout droit" de Sarah Barukh à sa sortie. Son titre m'a tout d'abord interpellée, me mettant tout de suite en tête l'air de la célèbre chanson de Raphaël (bon courage pour s'en débarrasser ensuite), puis pour son sujet bien sûr qui n'était pas sans faire écho à "Le Gardien de nos frères" d'Ariane Bois lu l'an dernier et qui traite également de l'après-guerre et de la "gestion" des enfants qui ont perdus leurs parents et leurs familles...

Nous suivons ici l'enfance d'Alice en pleine période de guerre. Placée chez une nourrice dans un petit village des Pyrénées, elle vit à la ferme, va à l'école, essaye de se faire des amies même si n'ayant pas de maman comme tout le monde elle suscite curiosité et méchanceté des enfants de son âge. Dans un environnement relativement calme et entourée de beaucoup d'amour, on sent tout de même qu'une menace pèse sur cette enfant. Les allemands arrivent au village, un homme est recherché puis abattu, Jeanne ne cesse de lui dire que c'est la guerre et qu'elle doit être prudente. Mais c'est quoi la guerre en fait ? Qui sont ces hommes en costumes noirs avec un drôle d'accent qui mangent des glaces sur la place du village ?

Plus d'une fois Alice ressent la peur et n'a qu'une envie, celle de retrouver Jeanne. Alors sur les petites routes de campagne, elle s'active et presse le pas. Mais un jour en rentrant à la ferme, elle y retrouve deux femmes qu'elle ne connaît pas. L'une d'elle est sa mère, lui dit-on. Mais comment est-ce possible que cette dame toute maigre, au teint blafard et sans cesse sur le qui-vive soit la même femme élégante et belle qu'on lui a dépeint ? Et pourquoi doit-elle tout quitter et partir à Paris pour la suivre ?

Commence alors la fin de l'insouciance pour Alice. Alors que jusqu'ici elle n'avait qu'entraperçu l'horreur, elle va peu à peu comprendre ce qu'est la guerre et pourquoi sa mère est dans cet état là aujourd'hui. Les temps sont durs, il faut trouver à manger, se reconstruire, rechercher les disparus... Alice ne comprend pas tout, on ne lui explique rien mais elle va devoir marcher tout droit...

Sa route l'emmène des Pyrénées à Paris, puis aux Etats-Unis où une autre facette de sa vie l'attend et une aventure incroyable auprès de sa famille paternelle. On passe par toutes les émotions avec ce roman : peur, tristesse mais aussi joie et empressement. Sarah Barukh nous raconte la guerre et l'après-guerre par les yeux d'un enfant et là réside tout l'intérêt du roman. Du haut de ses 8 ans, elle est pleine de fraîcheur et communique au lecteur sa joie de vivre et ses doutes. L'auteur joue à 100% le jeu de l'empathie et force est de constater que le pari est réussi. Mais comment peut-il réellement en être autrement ? Le thème est dur : la reconstruction des enfants qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale auprès de ceux qui ont vécu l'horreur et ont été traumatisés à jamais.

J'évoquai en début de chronique la similitude avec "Le Gardien de nos frères" d'Ariane Bois pour le thème abordé. Là, s'arrête la comparaison. "Elle voulait juste marcher tout droit" est un roman qui se lit très facilement, avec une écriture simple. Le lecteur est touché, on joue sur la corde sensible et vraiment ça fonctionne très bien mais tout se déroule sans surprise. Il se passe des choses ici, ça bouge, il y a des rebondissements mais ça ne prend pas viscéralement aux tripes. On s'émeut mais on effleure les choses. Un peu comme dans un film grand public bien fait mais qui n'apporte rien de spécial au cinéma (d'ailleurs je ne serai pas étonnée de voir un jour ce roman être adapté car il s'y prête tout à fait).

Loin de moi l'idée de faire un procès d'intention, la démarche n'est sans doute pas la même et la portée non plus. Ce roman de Sarah Barukh qui, sans tomber dans le pathos, réussit à toucher le lecteur et à le tenir en haleine, reste un bon moment de lecture qui s'avale à vitesse grand V. Prenant et bien fait ! C'est déjà pas si mal pour un premier roman.