mardi 22 février 2011

"Fais péter les basses Bruno! " de Baru

fais_p_terL'histoire: L'histoire commence dans un petit village africain. Ousmane Traoré, célèbre footballeur de passage au pays, repère un gamin doué d'un talent exceptionnel balle au pied. Le gamin s'appelle Slimane. Ousmane lui prédit un bel avenir sur les terrains de fouteballe, mais à une condition : qu'il accepte de faire le voyage en Europe. Et voilà comment Slimane se retrouve planqué dans la soute d'un avion, avant de sauter à terre à l'atterrissage et de se mettre à courir pour échapper aux flics. Il court, court, court sans s'arrêter, sur les voies du périph, à travers champs, il court à s'en faire péter le coeur. Et il devient... travailleur clandestin pour de rudes besognes. Pendant ce temps-là, Zizou sort de prison. Zizou ? Non, pas le Zinedine Zidane adulé des foules. Un autre Zinedine, lascar de banlieue coupable de quelques peccadilles. A peine dehors, il s'empresse de régler les affaires courantes : renouveler sa garde-robe et dessouder celui qu'il accuse de l'avoir fait coffrer. Ensuite, il décide de se consacrer à son grand projet : mettre la main sur un fourgon de la Brinks et ses 7 ou 8 millions, sans escorte, car à Noel ils sont en manque de personnel. Son coup ultime, « pour finir peinard, en attendant le cimetière, comme une retraite, quoi ».
Le problème, c'est que Zizou a autant de cervelle que de scrupules. Pour réussir son coup, il a besoin d'aide...

La critique Nelfesque: J'ai beaucoup apprécié cette joyeuse bande de truands à l'ancienne issue d'une époque où la délinquance avait une certaine classe. Chacun a refait sa vie mais l'occasion est trop belle de faire "le dernier coup". Il y a du Lino Ventura, du Michel Constantin, du Bernard Blier dans ces personnages.

Face à ce gang ancienne génération, une bande plus brutale manie le révolver sans hésitation ni état d'âme. Ils sont peut être plus violents dans les actes mais n'arrivent pas à la cheville des "papis". Ils en seraient même risibles. Deux générations de caïds s'affrontent pour le plus grand bonheur des lecteurs.

En parallèle de cette histoire de casse, Slimane, jeune africain arrivé clandestinement en France, galère dans sa vie de sans papier. Il va bientôt arriver comme un cheveux sur la soupe dans le sillage de l'histoire. Le côté "jeune espoir du football" ne m'a pas touchée. Peut être est-ce parce que je n'aime pas particulièrement ce sport... je m'en serais passée. Mais c'est là l'occasion de mettre le doigt sur l'immigration clandestine et les rêves vite déçus des immigrants. En France, Slimane vit dans la crainte des flics, dans l'exploitation par des patrons peu scrupuleux, dans la précarité.

Cette BD se passe dans le milieu rural et ouvrier et on sent une vrai tendresse de l'auteur pour ce monde où les gens sont simples, taiseux et en même temps loyaux. Ils arpentent des décors fait d'usines, de barres HLM de province, de stations essence et de cafés PMU. On est ici bien loin du strass et des paillettes mais on est bien plus près des gens qui se contentent de peu. Baru nous dépeind là toute une société de gens du peuple.

"Fais péter les basses Bruno!" a eu le Grand Prix du Festival d'Angoulême en 2010. Avec son respect pour les anciens, son humour avec des nouveaux "méchants" loin d'être au point et le côté social avec l'histoire de Slimane, il le méritait amplement. Je vous conseille cette bande dessinée.

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mardi 13 juillet 2010

"Pauvres zhéros" de Baru / Pierre Pelot

pauvres_zh_rosL'histoire: C'était dans les années 80. Un jour de la fin du mois de juin, Pierre Pelot rend visite à son épouse et à son fils né de la veille, dans une chambre de la maternité du village voisin. La maternité faisait partie d'un complexe groupant un hôpital de vieillards, une sorte d'asile, et un orphelinat. Les appels venus du dehors parvenaient jusqu'à la chambre. Ils montaient du cachot sous la chapelle de l'établissement. Un soupirail. Une fenêtre au ras du sol et les deux mains d'un enfant agrippées aux barreaux, la tache pâle d'un visage, dans le sombre... "S'il vous plaît, m'sieu, faites-moi sortir! Je r'commencerai plus... S'il vous plaît, m'sieu..." Une litanie lancée en rafales vers cette fenêtre de la chambre d'où Pelot regardait l'été s'approcher... En rentrant, il a commencé d'écrire "Pauvres zhéros". A la hache.

Les auteurs:

Pierre Pelot est né en 1945 dans les Vosges, où il réside toujours aujourd'hui. Extrêmement prolifique, il compte à son actif près de 200 titres sous différents pseudonymes et tous les genres littéraires confondus (western, historique, SF, romans noirs...). Le style de Pelot se reconnaît à ses personnages éloignés des surhommes et à une fin tragique. Certaines de ses oeuvres ont été adaptées au cinéma, comme "L'Eté en pente douce" en 1987...

Baru, né en 1947, débute en 1982 dans "Pilote" et publie, deux ans après, "Quéquettes Blues", qui lui vaut l'Alfred 85 du meilleur premier album à Angoulême et le révèle au grand public. En 1985 et 1987 paraissent, chez Futuropolis, "La Communion du mino" et Vive la classe". Il réalise ensuite "Cours camarade" pour L'Echos des Savanes", puis "Le Chemin de l'Amérique" (Alph'art du meilleur album 91 à Angoulême), coécrit avec Jean-Marc Thévenet. C'est en 1995 qu'il publie "L'Autoroute du soleil", d'abord au Japon chez Kodansha, puis chez Casterman, qui remporte lui aussi l'Alph'art du meilleur album en 1996...

La critique Nelfesque: Attention BD glauque qui sent le gras, la bêtise crasse, la France profonde, la misère sociale. Tout ce que certains petits patelins français peuvent avoir de déconnecté du monde, le sang, l'inceste, la maltraitance, l'alcoolisme et la violence verbale en plus. On est bien loin ici des "Plus beaux villages de France", pittoresques et bucoliques. Quand on referme "Pauvres zhéros", un sentiment de malaise persiste et le titre de ce recueil prend tout son sens.

Les personnages sont crasseux. La mère est une vieille alcoolique qui déteste son fils adulte autant que son mari décédé, le fils est un fainéant roublard qui ne paye jamais ce qu'il doit, son ami est un cul-terreux obèse à qui il manque une case. A côté d'eux, un ancien de l'orphelinat, aigri, en veut énormément à l'institution toujours active, la principale de l'orphelinat est une vieille fille sèche et dure... Et au milieu vivent des enfants. L'un d'eux se perd en sortie et la battue qui est mise en place pour le retrouver révèle de nombreux secrets.

La fin est tragique à tout point de vue, l'ambiance est poisseuse tout du long et nul espoir n'est permis. "Pauvres zhéros" est une lecture que je conseille mais uniquement aux lecteurs avertis.

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Posté par Nelfe à 18:34 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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