jeudi 24 mars 2011

"Prison de chair" de Clive Barker

prison_de_chairL'histoire: La rumeur court dans la cité: un homme à la main en crochet a éventré un vieillard, un enfant... Démon invisible, introuvable. À croire qu'il ne vit que dans les rêves des gens, dans les murmures qu'ils échangent en coin des rues... Ce monstre au torse creusé par un nid d'abeilles, Helen l'a vu. Ou du moins son image, tracée à la chaux au milieu des graffitis... Et si forte en est l'attraction que la légende soudain prend corps...

Dans sa prison, Cleve rêve aussi. D'une ville inconnue où les assassins passent leur éternité à affronter le souvenir de leurs crimes. Un cauchemar qui le pousse à son tour au meurtre car déjà il n'est plus qu'un zombie, le jouet des spectres qui les hantent...

La critique de Mr K: Il s'agit du cinquième volume de la série Livres de sang réunissant des nouvelles de Barker. Je peux déjà vous dire que Prison de chair fait partie du haut du panier car les quatre nouvelles ici présentées m'ont tenu en haleine et se sont révélées toutes réussies, à part peut-être une que j'ai trouvé un poil inférieure aux trois autres. Pour les amateurs, retrouvez ici mes critiques des volumes 1, 2, 3 et 4.

Lieux interdits: Prison de chair s'ouvre par une nouvelle que j'ai trouvé particulièrement réussie. Une jeune femme, Helen, qui travaille sur un mémoire traitant des écritures et autres grafs urbains, va soudainement être confrontée à l'incarnation maléfique des bruits et rumeurs d'un ghetto américain, un être monstrueux et impitoyable. Le glissement dans la fantasmagorie est progressif et semble inéluctable. On suit avec curiosité le parcours quasi initiatique de la jeune femme: le premier contact avec les habitants de Spector street (Anne-Marie personnage secondaire halluciné et hallucinant), la première disparition, une maison mystérieuse, la découverte d'un portrait gigantesque et inquiétant... On s'enfonce avec Helen dans les zones d'ombre et les croyances populaires nous menant tout droit vers un final haletant. Nouvelle bien écrite et concise, on commence la lecture de ce recueil sur les chapeaux de roue. À noter que cette nouvelle a été adopté au cinéma sous le nom de Candyman en 1993, film que j'ai apprécié à l'époque et réapprécié à la fin de cette lecture la semaine dernière.

La Madone: Tout commence par un rendez-vous d'affaire concernant la réhabilitation d'un bain douche traditionnel en une salle d'activités physiques dernier cri. Tout semble se dérouler pour le mieux jusqu'à l'apparition d'une jeune femme nue qui disparaît de suite dans le labyrinthe de couloirs et de pièces de l'ancien établissement thermal. Apparition? SDF folle? La vérité est toute autre et va s'abattre de façon implacable sur les protagonistes de cette histoire. Encore une fois ici, Clive Barker frappe fort avec cette histoire mêlant courses-poursuites, vendetta sanglante et êtres dégénérés. On nage en pleine folie et horreur pure, le tout mâtiné d'une certaine mélancolie et d'une vision pessimiste de la condition humaine. Personnellement, j'ai adoré! Là encore, la fin m'a cueillie!

Les Enfants de Babel: Vanessa est en vacance en Grèce. Baroudeuse de nature, elle aime plus que tout s'écarter des chemins balisés, elle ne va pas être déçue. Au cours d'une randonnée à «la sauvage», elle va tomber sur des nonnes barbues armées d'automatiques, gardiennes d'un secret, qui s'il était révélé, chamboulerait la géopolitique mondiale. Derrière ce pitch farfelu se cache une nouvelle redoutable d'efficacité où le suspens et l'oppression liée à la captivité de l'héroïne se conjuguent avec une réflexion poussée sur la manière dont le monde est dirigé. Le style Barker fait encore merveille et l'on ne peut décemment pas refermer le livre sans avoir fini la nouvelle. Une belle réussite à la hauteur des attentes suscitées par le titre.

Prison de chair: Un prisonnier se voit attribué un nouveau compagnon de cellule. Il commence à faire des rêves étranges le menant dans une ville imaginaire où les pêcheurs sont punis à la mesure de leur crime. Ces visions vont le déstabiliser et le mener aux portes de la folie. L'idée de départ était intéressante mais j'ai trouvé cette nouvelle bancale et assez confuse. Le format court n'était peut-être pas adapté à une histoire qui aurait mérité un traitement plus poussé. Assurément, le texte le plus faible de ce recueil.

Le tome 5 des Livres des sangs est un des meilleurs de la série. Facile d'accès, les nouvelles sont assez différentes les unes des autres au niveau du contenu mais on retrouve le sens du rythme d'un architecte de l'horreur et du fantastique. Les amateurs y trouveront leur compte et les autres pourront se faire une idée d'un des meilleurs auteur britannique du genre.

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dimanche 28 février 2010

"Apocalypses" de Clive Barker

clive_barkerL'Histoire:

Construire le Nouvel Enfer, y ttirer Satan et les Anges des Ténèbres: tel est le projet grandiose de Grégorius, qui, ne lésinant devant aucun moyen, mène lui-même la danse entre la poix fondue des fosses et les culs-de-sac étouffants...

L'Enfer n'étant pas toujours le pire, Jérôme aurait peut-être préféré mourir dans les flammes plutôt que brûler de désir, lui, la victime désignée d'un plan diabolique: ne lui a-t-on pas inoculé un aphrodisiaque qui l'érotise à mort et le conduit aux pires excès?

Plus dévastateur encore, ce couple d'amants qui s'entre-tué quelque trente ans plus tôt et décide de revivre une seconde fois le cataclysme qui l'a anéanti...

La critique de Mr K:

Ben ca y est! Je chronique le volume 4 des livres de sang de Barker. À l'image des volumes 1, 2 et 3; il y a à boire et à manger dans ce volume et je pense que j'en resterais là en ce qui concerne les nouvelles horrifiques de cet auteur. D'ici quelques mois, je lirai un de ses romans qui m'ont échappé.

Le corps politique est le titre de la première des cinq nouvelles qui composent le présent volume. Le thème est classique, un homme commun perd progressivement le contrôle de ses mains qui veulent faire la révolution! Le pire, c'est que l'épidémie se propage au monde entirer. Rien de bien follichon dans ce texte: plutôt mal écrit et le thème est sous exploité. Grosse déception à la fin de ces 60 pages, le soufflé retombe sur... rien! Je passe à la suivante, l'esprit plein d'appréhension!

La condition inhumaine. Tout commence par l'agression et le tabassage d'un SDF par une bande de p'tits cons. Il décède des suites de ses blessures et l'un des abrutis trouve dans les affaires de la victime une curieuse cordelette avec trois noeuds. Cet objet va s'avérer magique puis maléfique au fur et à mesure que le héros va le triturer. Autant le début est assez haletant, autant on retombe bien vite dans une classique vengeance d'outre-tombe. La fin bien amenée sauve l'ensemble sans vraiment transcender le lecteur. Là encore les 60 pages sont de trop, Barker aurait gagné en efficacité en étant plus concis. À ce moment de ma lecture, j'avais presque envie de laisser tomber malgré le respect que j'ai pour l'auteur.

Apocalypse. La nouvelle éponyme est une réussite et je reprends confiance par la même occasion. On suit un pasteur intégriste, sa femme et leur chauffeur qui font une halte dans un motel où un drame a eu lieu des années auparavant. Justement, les acteurs de ce sanglant fait divers sont de retour d'entre les morts pour rejouer la scène en essayant de modifier les événements, savoir si les choses auraient pu se dérouler autrement. Très bonne histoire que celle-ci, les destins se croisent et finissent par se confondre. Tout en nuance (contrairement aux deux premières nouvelles), on sombre peu à peu en compagnie des malheureux humains, on perd ses repères et finalement la fin nous bluffe. Un bon moment et un Barker qui semble se reprendre.

Retro satanax. Un homme décide de transposer l'Enfer sur Terre afin d'y attirer le seigneur des mouches (Belzébuth en araméen) et sa cohorte de démons. Très brève (6 pages), on nage entre réalité et onirisme, cette nouvelle est plus ouverte et peu caractéristique du style Barker. J'y ai trouvé des similitudes avec l'écriture de Lovecraft dans Démons et merveilles que j'avais dévoré.

Le siècle du désir. Un homme victime d'expérimentation en laboratoire se voit soumis à une libido galopante qui devie rapidement vers la folie furieuse. On replonge là dans les obsessions propres à l'auteur: le sexe, la souffrance et la violence. J'ai bien aimé la caractérisation du héros qui dans un premier temps reste lucide sur ses actes et essaie de comprendre et de contrôler ses pulsions. Mais décidément l'univers de Barker est irrémédiablement sombre comme l'atteste la fin pathétique et triste qui nous est offerte.

Je ressors de cette lecture plutôt déçu avec l'impression que ce volume à part deux pièces intéressantes retourne sur des sentiers que Barker a déjà explorés. Un sentiment de déjà vu ne m'a pas quitté de toute la lecture et je me dis que c'était peut-être Le livre de sang de trop. À réserver aux amateurs!

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dimanche 22 novembre 2009

"Confessions d'un linceul" Clive Barker

clivebL'histoire:

Et si les fantômes prenaient corps? À la morgue, le médecin légiste vient de déloger la balle qui trouait le front de Ronnie. L'ouverture, bien nette, est soudain une terre promise à son esprit encore lucide. Revivre, mais comment? Le drap qui le recouvre absorbe ce qui reste de sa conscience comme un Kleenex efface les traces de larmes...

Mais peut-être vaut-il encore mieux ce revenant drapé dans son linceul que Rawhead, l'ogre dévoreur d'enfants, qui sort de terre après des siècles... Et que dire de cette statue qui s'incarne dans ses victimes, pompant leur existence, aspirant leur âme?

La critique de Mr K:

Et de trois! Ce volume est en effet le troisième d'une série intitulée Livres de sang qui réunit les nouvelles du maître britannique de l'horreur: Clive Barker. Le présent opus est très réussi, je le classerai même en pôle position par rapport à ces prédécesseurs que j'avais trouvé inégaux (ici et ). Ici nous avons affaire à cinq nouvelles d'une soixantaine de pages chacune où le suspens est maintenu de bout en bout.

L'enfant de celluloïd ouvre ce bal mortifère avec une histoire de dimension parallèle et de revenant se déroulant dans un vieux cinéma. On retrouve ici une des obsessions de l'auteur, le rapport entre réalité et fiction. Très efficace, au style enlevé, la conclusion ne manquera pas de surprendre le lecteur averti.

Vient ensuite Rawhead Rex, une des deux meilleures nouvelles de ce recueil. Un ogre pluri-millénaire est réveillé par un paysan labourant son champ et son éveil est des plus brutal. Meurtres gores, personnages cernés et tués en une page, la religion comme sauf-conduit; c'est quasiment un opéra gothique flamboyant qui se déroule devant nos yeux. Là encore, le style alerte fait merveille et la fin abrupte laisse le lecteur pantelant.

S'ensuit Confessions d'un linceul (de pornographe) qui nous narre les déboires d'un comptable injustement accusé de pornographie, revenu d'entre les morts sous la forme de son suaire pour assouvir sa juste vengeance. Une bonne première partie, juste et réaliste à souhait. Petite déception cependant quand sa réincarnation passe à l'action, limite ridicule la vengeance reste trop douce à mes yeux par rapport au crime originel. L'écriture reste fluide et agréable mais le scénario limité m'empêche de classer cette nouvelle parmi les meilleures, la plus faible de ce lot en tout cas!

Les boucs émissaires est la quatrième nouvelle de ce volume et pour moi la meilleure. Quatre jeunes gens échouent sur une île absente de toute carte, caillouteuse aux relents de pourriture. Seuls êtres vivants présents, trois moutons dans leur enclos... Une merveille de suspens mais aussi de poésie. Le lecteur flotte entre descriptions impressionnistes et passages d'action fulgurants. La chute est terrible et laisse peu de place à l'espoir. Sans aucun doute, une des meilleures nouvelles de Barker.

Débris humains clôture ce volume en nous racontant l'histoire de Gavin, gigolo au visage d'ange qui au détour d'une passe va faire la rencontre d'une statue des plus étranges. L'entrée dans le fantastique se fait ici encore plus lente avec 2/3 d'histoire d'un réalisme glauque puis une course poursuite infernale. On retrouve ici les thèmes de l'ubiquité, de pacte diabolique. Une belle réussite même si la fin est attendue et ne surprendra pas grand monde.

Une bien bonne lecture que celle-ci. Dans les mois qui vont suivre, il me restera à vous critiquer le volume 4 que j'ai dégoté il y a déjà un petit moment...

Posté par Mr K à 16:52 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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