mercredi 28 février 2018

"Le Monde englouti" de J. G. Ballard

Ballard

L'histoire : Au III° millénaire, le Terre n'est plus peuplée que de cinq millions d'habitants. Le Soleil a changé de forme et s'est rapproché de notre planète, entraînant une formidable diminution des terres émergées, envahies désormais par la jungle où des reptiles colossaux ont remplacé les mammifères. Comment survivre dans ces conditions, surtout quand des bandes de pirates recherchent sans relâche les trésors engloutis ?

La critique de Mr K : Chronique d'une lecture bien particulière aujourd'hui avec un titre considéré classique dans le domaine de la science fiction : Le Monde englouti de J.G. Ballard. Cet auteur divise ses lecteurs, certains lui vouent un culte pour son caractère parfois visionnaire et d'autres le trouvent ennuyeux comme la mort. Pour ma part, ce sera ma deuxième incursion dans son univers après ma lecture glaçante et tripante de Crash lors de la sortie de l'adaptation cinématographique de David Cronenberg. Place ici à la SF post-apo dans une Terre revenant lentement et sûrement à des temps primitifs où l'humain a de moins en moins sa place.

En ce troisième millénaire, l'espèce humaine a quasiment disparu de la planète Terre. L'astre solaire est désormais bien plus proche de notre monde, il a changé de forme provoquant un réchauffement climatique sans précédent, une diminution drastique des terres émergées et une forte hausse des températures. Un avant poste scientifique est sur le point d'être évacué. C'est dans cette base que travaille Kerans, le biologiste héros de cette histoire. Bien qu'il sente que cette évacuation soit la meilleure des choses à faire, il hésite. Il se sent irrémédiablement attiré par une nouvelle solitude qui lui apaise l'esprit, il ne se fait plus vraiment d'illusions sur l'avenir de la race humaine sur Terre et de plus, il noue une relation intime tendre avec une femme vivant juste à côté. Les préparatifs avancent et l'indécision le gagne, un nouveau danger surgissant, Kerans entreprendra un long et lent voyage intérieur qui n'aura qu'une seule issue...

Clairement, ce roman ne plaira pas à tout le monde. En effet, le style contemplatif et le rythme extrêmement lent en rebutera plus d'un, Ballard se concentrant beaucoup sur le climax, l'ambiance de fin de règne de l'être humain sur notre belle planète. Peu d'action, des personnages caractérisés au minimum, tout cela contribue à mettre en exergue le retour du primitif sur les civilisations humaines. Cela donne de merveilleuses pages descriptives sur la végétation invasive qui recouvre toutes les traces de l'humanité, regagne le territoire connu sur une espèce en voie d'extinction qui pourtant a réussi pendant des millénaire à dominer la nature. La jungle s'étend, l'eau est omniprésente, on sentirait presque la moiteur générale se dégager des pages de cet ouvrage qui fait la part belle au dépaysement, à l'inversion des valeurs et le retour à l'état sauvage d'un biocosme qui tient enfin sa revanche ! L'atmosphère est ici étouffante, oppressante ne laissant aucune place à toute forme d'optimisme.

Le héros et ses proches sont donc réduits à leur plus simple expression, silhouettes vagues errant dans un univers qui les dépasse et bouscule leurs certitudes. Effacés, sans traits de caractères excessifs, ils subissent de plein fouet la lente dégénérescence de l'humanité et apprennent à vivre avec cet environnement nouveau et hostile. Difficile de s'attacher à eux car ils ne sont pas charismatiques ni spéciaux, une certaine banalité les habite et permet à l'auteur d'intensifier le décor et l'atmosphère. Plus tard dans le récit, les héros vont faire la connaissances d'une troupe de pirates peu scrupuleux qui se sont adaptés aux nouvelles règles qui régissent la planète. Extrêmes, lorgnant vers les bandes de pillards de George Miller dans sa tétralogie Mad Max, ils vont provoquer un changement radical chez Kerans. On rentre alors dans une autre dimension, plus spirituelle où le héros réalise un véritable voyage intérieur qui va l'éclairer sur sa destinée et sa nature profonde. Le roman prend alors une tournure assez déconcertante, totalement barrée et, disons-le, obscure. Ce n'est pas pour me déplaire étant fan de récits à la Castaneda ou encore K. Dick dans sa période allumée.

C'est aussi donc un livre qui se mérite, qu'il faut apprendre à apprivoiser tant l'écriture fait écho à l'ambiance crépusculaire et moite qui règne sur les 217 pages de l'ouvrage. Rythme lent, écriture elliptique convient le lecteur à un voyage langoureux, douloureux et cependant très poétique. Certains seront lâchés très vite car il ne se passe finalement pas grand chose dans ces pages mais il faut prendre cette œuvre plus comme une étude philosophique sur la traditionnelle opposition entre les concepts de nature et de culture. Et pour une fois, l'ordre naturel semble l'emporter... Une très bonne expérience en somme que vous pouvez tenter si vous voulez expérimenter une lecture à la fois différente et très enrichissante.

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vendredi 15 décembre 2017

"Histoires de voyages dans le temps" Anthologie

Histoire_de_voyage_dans_le_temps

Le contenu : Voyager dans l’avenir, c’est prévoir ce qui va se produire, le prévenir si c’est un malheur, le mettre à profit si c’est un avantage ; voyager dans le passé, c’est retrouver la saveur des souvenirs heureux et rectifier les erreurs, les échecs, les coups du sort déjà révolus. Tout cela est fort beau, à condition de ne pas revenir au point de départ pour jouir en paix du fruit de l’entreprise ; mais, dans la quasi-totalité des récits, il y a le retour...

La critique de Mr K : C’est le hasard qui avait une fois de plus mis sur ma route cet ouvrage lors d’un passage chez l’abbé. Histoires de voyages dans le temps est le dixième volume de la grande anthologie de la SF parue dans les années 70 chez Le livre de poche, le présent ouvrage réuni 19 nouvelles plus ou moins longues mais ayant en commun d’explorer le thème à travers des auteurs anglais et américains qui ont renouvelé le genre après des débuts fracassants sur le vieux continent. On alterne entre signatures célèbres et plumes plus méconnues, mais le plaisir lui a été quasiment au RDV de chaque texte. Au final, j’ai passé un très agréable moment, teinté d’un esprit vintage qui n’est pas pour me déplaire.

Le but de l’éditeur à l’époque n’est pas d’être exhaustif et d’accumuler les textes cultes, c’est une sorte de guide du voyage dans le temps à travers des textes choisis par leur impact thématique, le style parfois étrange et l’impression durable qu’ils peuvent imprimer dans l’esprit du lecteur. Après une préface bien sentie plantant le décor et surtout les grands principes régissant le thème retenu, on peut entamer la lecture des récits en eux-mêmes, chacun se voyant doté d’une mini-introduction justifiant fort à propos et souvent avec humour le choix fait par l’éditeur. Une certaine progression a été donc donnée à ce recueil, ce qui permet au lecteur confirmé ou aux newbies de se sentir accompagnés tout au long de leur lecture. C’est nickel pour le confort du lecteur et donne une cohésion bienvenue à ce regroupement de textes qui nous emmène loin, très loin dans les abîmes du temps et de l’esprit humain.

Tour à tour, nous passons d’époques différentes à des personnages très variés avec des scénarios très souvent imprévisibles qui feront la joie des amateurs d’uchronie, de circuits fermés, de fatum implacable et de chaînes évolutives changeantes. Ainsi un voyageur temporel provoque un krach boursier, un individu rencontre son double de 30 ans son aîné, un gamin passe dans une autre dimension temporelle lors d’un cours rébarbatif, on suit les pérégrinations d’éclaireurs des temps futurs, une patrouille temporelle spécialisée dans la réparation d’accidents liés aux voyages dans le temps, un homme sort du travail et ne retrouve plus sa voiture à cause d’un glissement temporel, un homme voyage dans le temps à travers le corps d’un de ses aïeuls, un autre a des hallucinations le menant dans un monde parallèle, dans une autre nouvelle le temps peut devenir une arme redoutable lors d’un conflit interstellaire, la création artistique n’est pas en reste dans un récit où l’on se demande bien qui est réellement un peintre reconnu et adulé... Bien d’autres histoires étranges mais édifiantes nous sont proposées dans ce volume qui joue sur la forme mais aussi la longueur avec des nouvelles oscillant entre 5 et 70 pages !

Au cœur de ces textes : le temps, ses méandres et les imbroglios qui peuvent résulter de l’apparition d’un être explorant une époque autre que la sienne. L’avenir et le passé se partagent la vedette avec une confrontation avec des voyageurs conscients ou alors totalement dépassés par le phénomène qu’ils vivent. Les personnages principaux sont donc très variés, approchés de multiples façons par des auteurs vraiment épris de leur sujet. On retrouve des classiques comme Poul Anderson ou encore Richard Matheson mais aussi des seconds couteaux bien affûtés qui donnent libre cours à une imagination débridée, mâtinée d’un certain classicisme dans l’écriture et la manière d’exposer les situations. Il souffle donc un charme nostalgique sur ces pages, celui de l’âge d’or de la SF outre-atlantique (et outre-manche aussi), époque bénie des dieux qui prend la relève d’une Europe plus tournée vers la littérature contemporaine loin des genres transfictionnels. Le genre a un succès monstre à l’époque en Amérique, où toute une génération va être bercée par les écrits d’auteurs prestigieux dont K. Dick, Silverberg et autres Asimov.

Le plaisir est renouvelé à chaque nouvelle écriture, chaque nouvelle histoire. Faisant la part belle aux expériences inconnues, aux paradoxes temporels et aux conséquences d’une intervention extra-temporelle, les auteurs s’amusent beaucoup avec nos nerfs et l’on est bien souvent surpris par le chemin pris par des récits parfois tortueux (souvent métaphoriques). Le temps et ses circonvolutions ont moins de mystères après cette lecture mais l’humain aussi. Car derrière tout acte de transgression temporel ou décision prise se cache un esprit, un simple esprit humain avec ses aspirations mais aussi ses contradiction et ses désirs. C’est souvent de là d’ailleurs que le grain de sable apparaît et déconstruit un équilibre ou une ligne de vie réglée comme du papier à musique. La part distrayante ne cède en rien donc à l’intelligence des récits et leur portée dépassant le simple récit nébuleux et purement fictif.

C’est un ouvrage à découvrir absolument si la thématique vous intéresse. Les textes sont très différents, quelques uns m’ont paru un peu plus faibles mais c’est avant tout histoire de goût et le genre anthologique ne peut échapper à cet aspect de la lecture et du ressenti du public. Tous les auteurs sont des écrivains de talent mais les styles divergent et séduiront un panel de lecteurs vaste mais peut-être pas de manière exhaustive sur l’ensemble du recueil. Pour ma part, la lecture fut très instructive, parfois dérangeante, inspirante et toujours source d'évasion. Les amateurs seront comblés de ce petit voyage dans la quatrième dimension et ses lois. Une sacrée bonne lecture !

samedi 5 juin 2010

Vide grenier mon ami

Aujourd'hui grand vide grenier annuel de notre village. Autant on vit à la campagne, avec une petit village à proximité, autant son vide grenier est monstrueusement ENORME! A croire que les habitants accumulent un max de choses toute l'année pour pavaner début juin... ou alors, à l'instar des villes du littoral, tout le monde afflue ce jour là... car ce vide grenier est l'un des plus grands de la région. Les stands investissent toutes les rues, le moindre recoin.

En bon chineurs que nous sommes, nous ne pouvions, cette année encore, râter cet "évènement"!

De retour à la maison, nous avons étalé nos trésors de guerre sur la pelouse:

vide_grenier

Côté bouquins:
- "Mastodonia" de Clifford D. Simak
- "Echo park" de Michael Connelly
- "Le diable l'emporte" de Barjavel
- "Le portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde
- "Le livre d'or de la science fiction", des nouvelles de J. G. Ballard
- "Le livre d'or de la science fiction",  des nouvelles de Jack Vance
- "99 francs" de Frédéric Beigbeder

Côté BD:
- "La légende de Robin des Bois" de Manu Larcenet

Côté jeu:
- "Steambot Chronicles" pour PS2

Côté musique:
- "Wave Digger" d'High Tone
- "Cube" du Peuple de l'Herbe

Côté film:
- "Blueberry" de Jan Kounen

Je crois qu'on peut dire que cette année, le vide grenier de notre village est vraiment un bon cru!