mercredi 24 septembre 2014

"Antonio ou la Résistance" de Valentine Goby et Ronan Badel

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L'histoire: 1939, Argelès-sur-Mer. Antonio arrive au camp de réfugiés espagnols avec sa mère et sa soeur. Ils doivent y retrouver leur père, Jorge, résistant républicain contraint à l'exil après la victoire de Franco. Mais que va-t-il lui dire, à ce père qu'il n'a pas vu depuis trois ans? Quand pourront-ils enfin vivre ensemble? Sans cesse séparés, rassemblés, puis éloignés de nouveau, Antonio et les siens, pourtant, tiennent bon, unis dans un même combat: la lutte pour la liberté.

La critique de Mr K: Ce livre, paru il y a peu aux Editions Autrement, fait partie de la collection Français d'ailleurs qui se propose d'évoquer notre Histoire nationale contemporaine à travers le regard d'un enfant immigrant en France. Belle initiative en ces temps sombres de repli sur soi et de communautarisme nauséabond. Un vent nouveau et frais souffle sur notre passé commun où la grande Histoire côtoie souvenirs et anecdotes propres à chaque enfant. Antonio ou la Résistance nous parle lui de la guerre civile espagnole et de l'occupation allemande à partir de 1940.

Ce court récit d'une cinquantaine de pages, richement illustré et proposant de courts chapitres de deux pages (idéal, je pense, pour accrocher un public de néo-lecteurs et contentant les plus expérimentés) nous propose de suivre l'exil de la famille d'Antonio en France. Républicains affirmés, le papa est enfermé dans un camp où la maman artiste emmène toute la petite famille pour se retrouver enfin après des mois de séparation. Pour cause de sécurité, ils doivent cependant laisser la petite dernière chez les grands parents restés en Espagne pour éviter les soupçons et risquer de se retrouver dans les geôles franquistes. Une fois arrivés et les retrouvailles passées, c'est une nouvelle vie qui commence entre le bonheur d'être réuni et les dangers qui continuent de planer au dessus de la tête de tous les êtres épris de liberté. En effet, les troupes nazies approchent et ce refuge n'est que provisoire...

À travers le regard de ce jeune garçon déraciné, c'est un regard neuf sur la guerre et les souffrances qu'elle engendre que les auteurs nous invite à partager dans une écriture à la fois accessible et d'une rare sensibilité. Cette lecture m'a fortement rappelé mes excellentes expériences précédentes sur le sujet à savoir Tanguy de Michel Del Castillo et Un sac de billes de Joseph Joffo. Derrière une apparence parfois simple et enfantine, le message gagne en puissance et étreint le cœur du pauvre lecteur consentant pris en otage. Les liens qui unissent la cellule familiale sont remarquablement dépeints en peu de mots, parfois en une phrase à priori anodine et les événements qui surviennent n'en prennent que plus de sens et de poids. Rarement l'esprit de la Résistance n'a été aussi bien décrit et explicité, et en cela, les personnages de Jorge et de sa femme sont vraiment admirables mais jamais en tombant dans le pathos. Il est toujours bon de rappeler aux esprits égarés que nombre d'étrangers ont combattu pour la France lors de l'Occupation et que bien plus sont ensuite venus nous aider à reconstruire notre pays exsangue. La juste mesure serait l'expression qui qualifierait le mieux le contenu et la forme du présent livre.

À la fin de l'ouvrage, quelques repères spatiaux-temporels ont été ajoutés afin de permettre aux plus jeunes de mieux appréhender l'époque et le contexte de ce livre à bien des égards nécessaire et utile au possible. Ainsi, le lien entre guerre civile espagnole et la seconde guerre mondiale permettra à nos chérubins à partir de 10 ans d'approcher l'Histoire de manière sensible mais néanmoins avec exigence et justesse. Rajoutez à cela une qualité littéraire indéniable entre réalisme pur et dur et une sensibilité à fleur de mot, vous obtenez un mini chef d'œuvre d'intelligence et d'humanité.

Vous l'avez compris, dans le domaine, on est face ici à un incontournable! Vous savez ce qu'il vous reste à faire!