jeudi 30 janvier 2020

"Confessions d'un enragé" de Nicolas Otero

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L’histoire : Fin des années 1970. Dans les rues de Rabat au Maroc, Liam, un petit garçon, est attaqué par un chat errant. Transporté d’urgence à l’hôpital, le diagnostic est sans appel : il a attrapé la rage. Gravement contaminé mais soigné à temps, Liam a frôlé la mort, mais sa vie s’en retrouvera changée à jamais. Hanté par le fantôme de ce chat, le jeune garçon va développer des capacités hors-norme, et une sauvagerie quasi animale...

La critique de Mr K : Très belle découverte que cette BD emprunté au CDI de mon établissement, chaudement recommandée par ma collègue documentaliste. Confessions d’un enragé de Nicolas Otero s’est révélé être une très belle expérience de lecture se situant à la confluence du récit initiatique et du fantastique sur fond de drame intime qui bouleverse une existence. Accrochez-vous, ça dépote !

Le petit Liam vit avec ses parents expatriés au Maroc, la vie est douce pour le jeune garçon : le soleil, les jeux et disputes avec son frère et une famille soudée. Lors d’une énième partie de football avec son frère, il va se faire griffer sévèrement au visage par un chat atteint par la rage. Envoyé en urgence à l’hôpital, une première injection lui sauve la vie mais le virus est en lui. Gardant une cicatrice au visage, il va surtout garder des séquelles de la maladie qui semble toujours dormir en lui. Dans ses cauchemars, la rage prend la forme du chat qui l’a agressé et avec qui il entame un long combat, de ceux que l’on mène pour garder la tête hors de l’eau, pour rester maître de sa vie.

Le récit après quelques planches d’exposition démarre fort. Nous découvrons l’histoire à travers les yeux de ce gosse de quatre ans qui au départ ne comprend pas grand-chose à ce qu’il lui arrive. L’équilibre cède la place à l’incertitude, l’incompréhension puis la peur. Ses parents, si rassurants, montrent des signes inquiétants, des bouleversements à sens uniques se produisent. La famille est obligée de rentrer en France, c’est pour le jeune garçon la nécessité de poursuivre un traitement radical et douloureux. Puis c’est le début de l’apprentissage de la peur. Car même s’il semble guéri, la maladie n’en a pas fini avec lui. Elle se matérialise alors en ce chat malade qui le poursuit et le menace. Le combat débute, les rounds s’ensuivent avec à chaque fois une défaite pour le jeune garçon qui voit sa vie s’effilocher à chaque coup de butoir. L’enfant cède la place à l’adolescent puis au jeune adulte avec les différentes phases de développement que cela implique. Déjà qu’en temps normal, ces époques de transition ne sont pas facile, avec cet handicap invisible, les marches à franchir sont très importantes voire dangereuses.

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Ce n’est pas facile de narrer cela et Nicolas Otero s’y emploie avec talent et justesse. Fulgurant dans sa manière de raconter les choses, méticuleux dans son approche psychologique, le récit bien que très sombre est addictif et particulièrement réaliste malgré des éléments fantastiques qui peuplent cauchemars et hallucinations de Liam. La métaphore filée du chat malade, de ces vies multiples que l’on égraine au fil des épreuves marquent le lecteur dans sa chair, on prend de sacrées claques avec ce récit sans concession et pourtant très tendre par moment. L’auteur y parle d’un être fragile face à la maladie mais pas que. Il est question aussi de la famille, des rapports qui changent dans une fratrie ou dans le rapport que l’on entretient avec ses parents. C’est aussi l’éclosion de la sexualité, du rapport complexe que l’on noue avec l’autre avec parfois la lumière au bout du chemin même si rien ne semble jamais définitif ou sûr. On marche constamment sur des œufs avec un Liam qui se cherche, tombe souvent, doit se relever malgré tout et parfois se perd en chemin. L’empathie fonctionne à plein régime et l’on passe par nombre d’émotions contradictoires, le ventre se noue et l’on finit l’ouvrage littéralement sur les genoux avec un dernier acte d’une grande intensité.

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Seul bémol, pour mieux expliquer la maladie, l’auteur introduit sur plusieurs planches au gré du déroulé, l’intervention d’un docteur spécialiste de la rage. Même si cet apport est nécessaire (et instructif par ailleurs), j’ai trouvé cela légèrement indigeste par moment, trop didactique. Pour autant cela ne gâche pas vraiment la lecture surtout que comme pouvez le voir sur les planches reproduites ici, l’ouvrage est de toute beauté. Un trait vif, un récit volontiers hargneux (pour ne pas dire enragé - sic -), des couleurs qui explosent la rétine malgré une tonalité globale très sombre achèvent de conquérir le cœur du lecteur prisonnier d’un récit aussi puissant qu’émouvant. Une très belle expérience que je vous encourage à tenter à votre tour.

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samedi 25 janvier 2020

"La Présidente" de François Durpaire et Farid Boudjellal

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L’histoire : Et si le 7 mai 2017, d'une poignée de voix, Marine Le Pen était élue Présidente de la République ?

C’est l’effervescence sur les plateaux télé. Editorialistes, politologues, politiciens se succèdent, incrédules, pour relater les neufs premiers mois de ce mandat inédit.

Une plongée dans un futur incertain et chaotique.

La critique de Mr K : Je redoutais énormément cette lecture que j’ai repoussé de plusieurs semaines avant de trouver le courage de l’entamer. C’est au CDI de mon établissement que j’ai emprunté La Présidente de François Durpaire et Farid Boudjellal, le premier tome d’une trilogie qui a fait grand bruit lors de sa sortie. Cette dystopie glaçante et réaliste est très réussie et s’avère même prémonitoire quand on compare l’évolution qu’elle propose et celle que nous subissons depuis trois ans avec Micron Ier. Certes le fond est différent, nous n’avons pas affaire à un autoritarisme nationaliste mais plutôt ultralibéral mais certains moyens mis en œuvre se retrouvent dans les deux cas notamment une certaine forme de cynisme, de dédain institutionnalisé et surtout, l’usage de la force et de la répression. Inutile de vous dire que tout cela fait peur !

Les auteurs prennent donc le parti d’imaginer la victoire de Marine Le Pen à la présidentielle de 2017. Face à un Hollande étrillé, un Macron absent (seul bémol sur la crédibilité de l’ensemble), la leader d’extrême droite accède au pouvoir et c’est le choc. À travers quatre personnages qui rentrent en résistance avec la création d’un blog, on suit les neuf premiers mois du mandat de la fifille à son papa qui fait entrer la France dans une nouvelle ère. Son installation au pouvoir, la constitution de l’équipe gouvernante et les premières applications sont décrites avec un luxe de détails et beaucoup de précisions en se basant uniquement sur le programme du FN rédigé pour la circonstance. Préférence nationale et sortie de l’Euro sont au cœur des tractations et la France change de visage.

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On retrouve des têtes connues de la politique avec notamment des cadres du FN mais aussi des ténors de la droite "dite" forte qui n’hésitent pas à franchir le Rubicon et à s’allier à la nouvelle maîtresse de l’Élysée. Cela donne une belle brochette de réactionnaires et d‘arrivistes au pouvoir qui laissent libre court à leurs idées flirtant avec le parfum des années 30. Terminée la République égalitaire et protectrice, on rentre dans l’ère de la suspicion et de la morale rétrograde toute puissante. Parsemée de rappels sur l’origine du Front National, des événements clés de notre histoire (la guerre d’Algérie par exemple), des biographie des hommes et femmes qui se rallient à la Présidente, c’est aussi l’occasion pour les auteurs de se repencher sur la face sombre de notre Histoire. Les démagogues et xénophobes de l'époque ont eu des descendants idéologiques, plus présents que jamais aujourd'hui et ne guettant qu’une faiblesse pour pouvoir obtenir les clefs du pays. Cela fait froid dans le dos et donne à réfléchir.

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En parallèle, on suit les réactions de la classe politique et des journalistes... Et là, la nausée monte très vite. À les entendre, c’est la faillite du système, de la gauche, on n’avait rien vu venir... Bref, personne ne se remet vraiment en cause à commencer par les ténors des médias qui aiment tant pourtant allumer des feux pour le buzz et exciter monsieur tout le monde. De mon côté, cela fait des années que je me tiens à l’écart de ces fidèles serviteurs du pouvoir macroniste et des extrémistes de tout poil (seul le Canard enchainé trouve grâce à mes yeux), cette ambiance délétère et criminelle envers notre République est très bien rendue une fois de plus. Et au final, même eux y trouvent leur compte même si des résistances s’organisent notamment dans la télévision et radio publique.

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La rigueur narrative et contextuelle fait écho à un noir et blanc de toute beauté. Les dessins précis, factuels presque, donnent ses lettres à noblesse à une BD vraiment bluffante mais aussi consternante. Nous n’avons jamais été aussi proche de la catastrophe, je dirai même que nous y sommes avec un pouvoir actuel ne reculant devant aucun stratagème inique et même antidémocratique pour asseoir son autorité. Il prépare en cela admirablement le terrain à Le Pen et ses troupes. M’est avis qu’on a pas fini de trembler et que la République est réellement en danger. Je vais essayer de dégoter les deux tomes suivants pour poursuivre ce voyage uchronique aussi saisissant qu’essentiel. La Présidente est un ouvrage à lire !

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mardi 14 janvier 2020

"Trois ombres" de Cyril Pedrosa

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L’histoire : Joachim vit paisiblement à l’écart du monde avec ses parents. Mais un soir, ne parvenant pas à trouver le sommeil, ils remarquent des ombres qui semblent les attendre sur la colline en face...

Ces dernières apparaissent sous la forme de trois cavaliers et s’évanouissent dès que l’on s’en approche. Ces "choses" sont là pour Joachim. Son père aura-t-il raison de se battre contre l’inéluctable ?

La critique de Mr K : Quelle claque mes amis ! Quelle claque ! De celle dont on ne se remet que doucement. C’est bien simple, j’étais liquide en refermant l’ouvrage tant il m’a ému. Trois ombres de Cyril Pedrosa prenait la poussière dans notre PAL collective de BD depuis trop longtemps, c’est en remettant le nez dedans en tout début d’année que j’arrêtais mon choix sur lui. Que j’ai bien fait ! Entre conte, roman initiatique et récit intimiste, voila un roman graphique qui prend à la gorge et ne relâche son étreinte qu’en toute fin de volume.

Joachim vit seul avec ses parents au milieu de nulle part. Sans attaches, quasiment en autarcie, ils vivent d’amour et d’eau fraîche. Les journées sont rythmées par les tâches du quotidien et des moments de partage. Si ce n’est pas le bonheur, ça y ressemble fortement, les liens familiaux sont forts et tout particulièrement entre le papa protecteur et son jeune fils toujours près à le suivre partout où il va. Mais un beau jour (ou peut-être une nuit...), Joaquim distingue trois ombres au loin qui semblent l’observer attentivement. Menace sourde et silencieuse, ces trois cavaliers sont là pour Joachim comprennent-ils assez vite. Pour le père, impossible de se laisser faire, il prend son fils avec lui et part loin pour échapper au danger qui le guette... Commence alors un périple aussi fou que déroutant qui nous emmène loin, très loin dans tous les sens du terme.

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J’ai été happé par ce récit dès les première planches. La faute d’abord à un recueil de toute beauté. J’ai adoré le parti pris du dessinateur. Ses traits souples, dynamiques, emprunt de noirceur distillent de-ci de-là de multiples détails qui donnent vie à des personnages très attachants et une époque indéterminée très bien rendue. Le noir et blanc est aussi subtil que sublime, il donne un cachet particulier et une certaine hauteur de vue à une histoire plus que prenante.

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On est conquis de suite par Joachim et ses proches, je ne suis pas loin de penser que c’est un peu la vie que j’aurai voulu avoir. De la tranquillité, les joies simples d’une existence rurale entre labeur quotidien et émerveillement devant le cycle immuable de la nature, l’absence de communauté humaine et des déviances qui l’accompagnent. Oui, vraiment, on aimerait partager les jours de cette famille où tout se construit autour de l’amour, la curiosité et le respect. C’est d‘autant plus dur du coup de voir la cellule familiale se briser par la suite avec cette séparation brutale qu’il va falloir gérer et cette fuite en avant pour éviter le pire.

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L’auteur ne se départit jamais de la finesse scénaristique qui caractérise les dix premières planches, tout ici est abordé avec une extrême sensibilité et sans pathos. Il est question des choses de la vie, de l’amour parent-enfant (qui prend une importance cruciale pour nous aujourd’hui au Capharnaüm Éclairé), de l’expérience que l’on accumule mais aussi de la servitude, de la souffrance et de la Mort. Au fil du déroulé, la tension monte, on sent bien que les choses évoluent vers une certaine fin (que j’ai deviné assez vite). Notre cœur commence à battre la chamade , on angoisse pas mal je dois dire et au final on est cueilli, littéralement ébranlé par la force du récit, son intelligence et sa profonde humanité.

Difficile d’en dire plus sans révéler trop de choses, cette BD se déguste avec un plaisir renouvelé. C’est beau, mélancolique, parfois marrant et toujours dosé de main de maître. Nourrissant la réflexion, interrogeant notre rapport aux autres et à la vie, voila un volume qui trouvera une très belle pièce dans notre bibliothèque. Trois ombres est une vraie perle que je vous encourage à découvrir au plus vite !

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jeudi 28 novembre 2019

"La Belle mort" de Mathieu Bablet

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L’histoire : La fin de l'humanité a eu lieu. Les insectes venus de l'espace infini sont maintenant les maîtres de la terre. À quoi bon résister ? Voilà ce que se répètent jour après jour Wayne, Jeremiah et Scham, uniques survivants de l'invasion dévastatrice. Cherchant un but, une destinée justifiant leur futile présence dans un monde en ruine, ils ne se doutent pas qu'ils font partie d'un plan bien plus vaste, quelque chose qui les dépasse complètement et qui implique un autre survivant...

La critique de Mr K : C’est notre séjour aux Utopiales en octobre dernier qui m’a donné envie d’aller farfouiller dans notre bibliothèque BD à la recherche de La Belle mort de Mathieu Bablet, un ouvrage que Nelfe a lu il y a déjà un certain temps et qui d’ailleurs n’en a jamais écrit la chronique (Bouuuuh la vilaine !). Ce jeune dessinateur est l’auteur de l’affiche de l’édition 2019 du festival SF nantais et le personnage est attachant et très doué (superbe expo le concernant cette année). De plus, je ne crache jamais sur de la post-apo surtout si celle-ci est précédée de bonnes critiques. Au final, ce fut une très belle lecture, pas parfaite mais très prenante et surtout très belle.

L’humanité a quasiment disparu suite à la prolifération des insectes et la destruction des villes par des vers géants. Dans ce contexte apocalyptique, l’auteur nous invite à suivre trois survivants qui subsistent comme ils peuvent dans un monde mort et très dangereux. L’essentiel est avant tout de trouver à manger (déjà 5 ans que la catastrophe a eu lieu et les denrées se font de plus en plus rares) et de ne pas tomber malade car sinon c’est la mort assurée. Ces trois gars partagent tout, se soutiennent et s’engueulent, dans une routine devenue désespérante et peut provoquer à l’occasion quelques beaux pétages de plomb.

Au détour d’une sempiternelle expédition ravitaillement, ils vont tomber sur un autre survivant, une femme de surcroît ! Cela va rebattre les cartes, redessiner les relations entre les trois hommes et créer de nouveaux rapports de force. Cette mystérieuse inconnue l’est-elle vraiment pour tout le monde ? Que cherche-t-elle réellement ? En effet, ce personnage est étrange, tient des propos parfois inquiétants et parle d’un événement à venir qui achèverait ce qui a déjà été accompli... Le récit de survie laisse place alors à quelque chose de plus initiatique où l’on en apprend plus sur le passé de chacun des protagonistes et la trajectoire finale qu’ils vont devoir emprunter de façon plus ou moins choisie car les rouages du destin sont parfois impénétrables...

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On a ici affaire à un bon récit post-apo. Il faut bien avouer qu’au départ, on est dans quelque chose de très balisé. Il n’y a rien de vraiment original tant dans le déroulé des événements et la caractérisation des personnages. Pour autant, le lecteur est pris par la trame très vite et plonge avec délice dans ce monde en pleine déliquescence où les parcelles d’humanité sont de plus en plus rares dans le peu de rapports humains qui subsistent. L’histoire décolle vraiment lors de la fameuse rencontre avec la survivante, le récit prend une ampleur insoupçonnée quasi métaphysique. J’ai adoré cet aspect à la fois mystique et philosophique. Au delà d’une histoire de fin du monde, l’auteur propose une vraie réflexion sur l’humain, sa place et ses aspirations. Alors oui, c’est totalement barré, limite subliminal par moment mais quel pied, quel jusqu’au-boutisme ! On est bien loin de la production lambda qui rabâche les mêmes éléments prémâchés, ici le lecteur est roi mais n’est pas pour autant pris pour un abruti. Bravo !

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Et quel écrin ! La Belle mort est tout bonnement magnifique? Un seul bémol: le choix opéré au niveau des personnages, très géométriques et manquant parfois d’expressivité ou de clarté dans leurs mouvements. Les décors, les couleurs, l’environnement global est magnifique. Bablet excelle dans l’évocation d’une ville en à l'abandon, détruite. Chaque case, chaque planche fourmille de détails avec un art de la perspective renversant. À l’inverse de certaines BD où l’on parcourt rapidement les pages, on se plaît ici à s’attarder sur chacune des images proposées, à scruter les détails qui en rajoutent en terme de réalisme et nourrissant un imaginaire de toute beauté. On ne sort pas indemne d’une telle expérience et dans son genre, Mathieu Bablet est un des auteurs de BD les plus talentueux de sa génération.

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Tout cela donne vraiment envie de poursuivre ma découverte de cet auteur, j’ai déjà repéré deux autres titres qui pourraient me plaire. En attendant ces bons moments de la lecture à venir, je ne peux que vous conseiller de tenter l’aventure à votre tour avec ce récit dynamique, intelligent et remarquablement réalisé. À bon entendeur...

vendredi 8 novembre 2019

"Dieu n'a pas réponse à tout (mais Il est bien entouré)" de Tonino Benacquista et Nicolas Barral

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L’histoire : Dieu résout chaque jour les millions de petits problèmes qui se posent aux humains dans leur vie quotidienne. Pour ce faire, il est aidé d'une myriade d'assistants : tous les habitants du Paradis, et quelques-uns de l'Enfer par dérogation spéciale.

La critique de Mr K : Chronique d’une lecture décevante aujourd’hui avec Dieu n’a pas réponse à tout de Benacquista et Barral dégoté dans le CDI de mon bahut. Mon avis mitigé est d’autant plus rageant que je trouvais le concept de base hyper original et que Benacquista est un auteur que ma chère Nelfe apprécie beaucoup mais au final on n’aboutit pas vraiment à grand-chose... Voici le pourquoi du comment.

L’ouvrage se divise en six historiettes où l’on voit Dieu lui-même aux prises avec des difficultés. En effet, il est censé veiller sur sa création mais parfois des situations lui échappent et il doit faire appel à un auxiliaire tout droit venu du Paradis ou du Purgatoire. Ainsi dans ce volume il va faire appel à Al Capone, Louis XIV, Sigmund Freud, Homère, Marilyn Monroe ou encore Mozart.

Ces célébrités spécialisées chacune dans leur domaine vont devoir venir en aide successivement à un chercheur en nucléaire au bord de la dépression et du geste fatal, à un jeune garçon que son père pousse malgré lui dans une direction qui ne lui convient pas, à un révolutionnaire raté dans une dictature, à un grand timide qui pourrait bien changer le monde, à une bande de SDF azimutés qui veulent s’en sortir ou encore à un groupe de flics confrontés à la corruption de leur hiérarchie. Chaque récit apporte son lot de surprises avec pour commencer à chaque fois la situation inextricable de l’humain concerné par l’intervention divine, la découverte de l’individu que le Créateur choisi pour remplir sa mission et enfin la solution mise en œuvre. Le procédé est plutôt sympa et rafraîchissant dans un premier temps malheureusement cela s’essouffle assez rapidement avec des histoires inégales et un plaisir de lire qui s’étiole.

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Bon ce n’est pas franchement mauvais, de plus jeunes esprits y trouveront leur compte mais personnellement j’ai vu venir les choses à 10 km, peu ou pas de surprises pour ma part. Les dessins sont corrects, les scénarios sympathiques mais tout cela m’a paru bancal et sans grand intérêt. Vu les situations exposées, on s’attendrait à une critique sans fard de notre société malade mais même pas, les thématiques sont simplement survolées et l’on nourrit une certaine insatisfaction pour ne pas dire frustration. Même le personnage de Dieu m’a semblé vide ce qui est un comble !

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Aussi vite lue qu’oubliée, cette BD ne restera pas dans les annales pour les aficionados du genre. Cet ouvrage est plutôt à conseiller en priorité pour les jeunes pousses pré-ados et ados qui veulent se confronter à un récit différent et explorant de manière fun et sans prise de tête des thématiques bien actuelles. Les autres peuvent passer leur chemin...

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mardi 29 octobre 2019

"La Page blanche" de Pénélope Bagieu et Boulet - ADD-ON de Mr K

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J'ai déjà lu et chroniqué cet ouvrage le 19/02/13. Mr K vient de le terminer et de le chroniquer à son tour.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de son avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique de Mr K à la suite de la mienne.

Nous procédons ainsi pour les ouvrages déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lus à nouveau par l'un de nous.

Pour "La Page blanche", ça se passe par là.

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mardi 22 octobre 2019

"Jack et le jackalope" de Ced et Mino

Jack couvL'histoire : Difficile de se faire remarquer quand on est le fils d’une légende de l’ouest. Pourtant, le petit Jack n’a qu’une idée en tête : impressionner son cowboy de papa ! Pour cela, il va capturer un animal mythique jamais vu de personne, le légendaire Jackalope, aussi connu sous le nom de "lapin cornu".

La critique Nelfesque : Makaka est une maison d'édition spécialisée dans la découverte de jeunes auteurs. Ced et Mino m'étaient jusqu'alors inconnus et en ça cette publication fait donc bien son job. Partons en plein far-west au côté de Jack, un jeune cowboy épris d'aventure.

Avec un trait qui n'est pas sans rappeler nos BD d'antan, Mino au dessin et Ced au scénario nous offrent une immersion au temps des westerns, au côté d'un Jack intrépide et prêt à tout pour faire briller l'étincelle de fierté dans les yeux de son père. Enfin, prêt à tout... jusqu'à un certain point. En voulant épater son paternel, il se met en chasse d'un animal légendaire. Son choix se porte assez vite sur le jackalope, un lapin cornu "farouche mais mignon" et en aucun cas dangereux. En se lançant à sa poursuite Jack ne veut pas risquer sa vie mais s'offrir sa petite dose de frissons et de péripéties.

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Sur son chemin, il va rencontrer "Cri-de-l'élan-aux-pieds-froids-l'hiver-par-temps-moite", une jeune indienne fervente défenseuse de la nature. Pensant au départ que Jack n'est qu'un vulgaire chasseur sanguinaire, elle va lui faire promettre de ne pas faire de mal à l'animal. Nous allons retrouver ce personnage de-ci de-là au cours du récit et par son côté décalé, elle apporte une touche de fantaisie qui parlera plus aux adultes dans cette BD très axée jeunesse.

D'autres personnages féminins ne sont pas en reste, tels que Miss Crooton, une mamie légèrement gateuse qui fait également office de babysitter et Susan la soeur de Jack, bien plus lucide que son frangin. Sans en avoir conscience au départ, Jack va voir son aventure se mouvoir en quelque chose de plus important (si tant est que l'on puisse considérer que partir à la recherche du jackalope ne l'est pas) et donner d'excellentes raisons de rendre son père fier de lui.

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Comment ne pas penser à des BD type "Yakari" ou "Lucky Luke" lorsqu'on lit "Jack et le jackalope" ? Sans doute est-ce le contexte ou encore l'époque qui forcément nous mène dans ces coins reculés de notre mémoire. Colorisée à l'aquarelle, dans des teintes chaudes et automnales, on garde un côté suranné qui n'est pas pour déplaire. Seul le choix de la typo fait tordre le nez tant elle fait penser au Comic Sans Ms (je n'ose m'imaginer que ce soit celle-ci...), la pire typo que l'on ait pu inventer. On perd en poésie et c'est dommage. Oui, ça tient à peu de chose chez moi...

Reste une bande dessinée attendrissante qui nous rappelle notre enfance, plaira aux plus petits et avec ses touches d'humour nous offre une histoire sur la paix, le partage et la tolérance.

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dimanche 13 octobre 2019

"La Terre des fils" de Gipi

couv35374253L’histoire : Dans un futur incertain, un père et ses deux fils comptent parmi les survivants d'un cataclysme dont on ignore les causes. C'est la fin de la civilisation. Il n'y a plus de société. Chaque rencontre avec les autres est dangereuse. Le père et ses deux fils, comme les quelques autres personnages rencontrés, la Sorcière, Anguillo, les jumeaux Grossetête, les Fidèles, adeptes fous furieux du dieu Trokool, vivent dans un monde néfaste et noir. L'air est saturé de mouches, l'eau empoisonnée. L'existence du père et de ses deux fils est réduite au combat quotidien pour survivre. Le père écrit chaque soir sur un cahier noir. Qu'écrit-il ? Quel est son secret ? Nous l'ignorons, ses fils aussi. Ils aimeraient bien apprendre à lire, ils aimeraient bien savoir comment on vivait "avant". Mais le père, lui, refuse d'en entendre parler...

La critique de Mr K : Superbe découverte que cette BD empruntée au CDI de mon établissement sur un simple coup de tête. En effet, pas de réelle quatrième de couverture pour résumer l’histoire (le texte ci-dessus est tiré du site Livraddict), ce sont seulement les planches et dessins qui m’ont convaincu. C’est arrivé à la maison et en regardant sur le net que je me suis rendu compte que j’ai eu une sacrée intuition : il s’agit d’un récit post-apocalyptique intimiste. Je suis adepte de ce genre depuis ma lecture plus qu’enthousiaste de La Route de Cormac McCarthy. J’entamai l’ouvrage confiant et je n’ai vraiment pas été déçu !

Nous faisons la connaissance de deux jeunes hommes et de leur père qui survivent comme ils peuvent dans une Terre dévastée. La civilisation comme on l’entend aujourd’hui semble avoir disparu et l’on ne saura jamais vraiment pourquoi. Tout ce que l’on devine c’est que des milliards de personnes sont mortes et qu’un mystérieux mal continue de dévaster l’espèce humaine. Collant au plus près des deux jeunes adultes, on sent une tension sourde entre l’aîné et son géniteur. Les non-dits et le besoin de réponses du fils crée un climat de suspicion, de méfiance que n’arrive pas à désamorcer le plus jeune frère, légèrement attardé. Forcément, tout cela va mener à un drame aux conséquences terribles...

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Le rythme du récit est très lent, il se passe finalement très peu de choses durant les deux tiers de cette bande dessinée. Il y a même des planches entières où aucun mot n’est prononcé ou écrit, où l’on se contente de contempler les personnages, le climax général ou de vivre l’action. Bercé par le noir et blanc de l’œuvre, on rentre immédiatement dans le sujet et il est tout bonnement impossible de relâcher le volume avant le fin mot de l’histoire. Le parti pris graphique est important et j’ai lu ici ou là des avis très divergents. Pour ma part, j’ai adhéré de suite trouvant que la forme était en parfaite adéquation avec le sujet traité, les traits passant allégrement de la simplicité au fouillis improbable. La grisaille environnante correspond bien à l’ambiance que l’histoire dégage, le graphisme rend aussi bien compte des émotions qui émaillent des cases et offre une peinture saisissante des décors angoissants qui constituent désormais le quotidien des hommes.

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L’aspect SF est très bien traité avec un suspens bien entretenu autour de l’Apocalypse qui a mis fin à tout ce que les personnages ont pu connaître (notamment le paternel), les mutations dont sont victimes certains individus, les luttes d’influence entre les survivants et notamment un mystérieux groupe qui s’apparente à une secte (niveau dégénérescence, ils se posent là !). Gipi nous fait rentrer dans les esprits torturés avec une facilité déconcertante. On sent le poids du passé qui n’épargne pas les plus anciens et les aspirations légitimes de jeunes pousses qui n’ont qu’un horizon bouché comme avenir. Cet œuvre nous parle donc de nous, du lien de parentalité et de la peur qui peut parfois l’entourer notamment en période de crise entre membres d’une même famille. C’est très bien dosé, évoqué avec une certaine pudeur, avec une dose de récit initiatique dans la deuxième partie de la BD dont une quête universelle que chacun reconnaîtra lors de sa lecture. On passe par bien des états à la lecture de La Terre des fils, les émotions pullulent et proposent une lecture très contrastée où l’on oscille entre surprise, violence, dégoût et parfois une once de douceur avec le personnage très attachant d’une femme surnommée "La Sorcière". Nuance et introspections sont au RDV pour une lecture marquante.

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Les petites natures passeront leur chemin tant les propos, les rapports humains et certaines idées évoquées sont rudes. En même temps, il s’agit des suites de la fin du monde et on a du mal à imaginer les survivants respectant à la lettre les règles de bienséances qui prévalaient dans l’ancien monde. Ici rien n’est gratuit et contribue à l’édification d’un ouvrage puissant et hypnotique. Une BD mémorable que je vous invite à découvrir au plus vite si le thème vous intéresse, dans le genre on est face à un must !

lundi 19 août 2019

"L'Incal" - intégrale - de Jorodorowsky et Moëbius

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L'histoire : Dans un futur lointain, une autre galaxie ou un autre espace-temps, l'Incal et l'immense pouvoir qu'il confère exacerbent toutes les convoitises. John Difool, minable détective de classe R adepte d'homéoputes et de bon ouisky se retrouve embarqué malgré lui dans cette course à l'Incal. Il aura affaire à des mouettes qui parlent, des extraterrestres idiots, un empire dictatorial ultra violent, des rats de 15 mètres commandés par une déesse nue, une bataille mémorable dans une fourmilière, une secte adepte des trous noirs, et enfin une bataille intersidérale entre le bien et le mal.

La critique de Mr K : Pour ceux qui nous suivent depuis un certain temps, vous savez que je suis friand de SF et d’auteurs que je considère comme des demi-dieux notamment Jodorowsky et Moëbius. Mais voila, malgré tout l’amour que je leur porte, je l’avoue et le confesse, je n’avais jamais lu la série de l’Incal ! Booouuuu, honte à moi ! Le tort est réparé désormais car, il y a déjà quelques temps, j’ai offert à ma douce Nelfe la présente intégrale qu'elle avait déjà lu et adoré il y a quelques années, et ces vacances d’été étaient l’occasion idéale pour plonger dans les aventures rocambolesques de John Difool. Je peux déjà vous dire que je n’ai pas été déçu !

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Modeste détective de classe R, on retrouve John Difool en fâcheuse posture dès la première planche : il est en train de tomber dans le vide et la mort se rapproche à vitesse grand V sous la forme d’un lac d’acide au dessus duquel est construit la ville futuriste où il réside. Le ton est donné donc dès le départ et ça ne va pas s’arranger. Très vite, un mystérieux artefact (le fameux Incal) le choisit pour mener une nébuleuse mission attirant sur lui des convoitises multiples. Traqué, passant son temps à s’enfuir, rencontrant des compagnons pour le moins inattendus, vivant des expériences hallucinantes, John n’est pas au bout de ses peines et son existence banale prend alors une dimension beaucoup plus importante dans la marche du monde, il se pourrait bien qu’il puisse même... sauver l’univers !

Dès le départ, on se prend d’affection pour John, genre de détective un peu raté, vivant d’expédients, d’homéoputes et de cigarettes hallucinatoires entre deux affaires et quelques règlements de compte avec des types des bas fond. Très attachant par son détachement, son inconséquence, son côté has been et son caractère, on aime suivre ses pérégrinations qui bien que sérieuses ne sont pas tristes avec notamment ses réactions parfois ubuesques et complètement à côté de la plaque. Il va peu à peu évoluer (mais un peu seulement...) au contact de l’Incal, prendre conscience de vérités cachées et va même participer à une espèce de prophétie ! Vous l’avez compris, la patte Jodorowsky est à l’œuvre, le scénario classique des débuts vire à partir de la quatrième partie à l’aventure initiatique mâtinée de mysticisme et d’onirisme. Pour avoir assister à une conférence du maître aux Utopiales en 2011, je peux vous dire que ça dépote et que l’on va loin, très loin dans l’exploration mentale des personnages en lien direct avec la déréliction du monde.

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D’une grande densité et cohérence, le monde futuriste qu’on nous propose est de toute beauté, magnifié par les dessins de Moëbius. On explore les villes, mondes et terres désolées, planètes et espaces mentales avec une facilité déconcertante entre étonnement, ravissement et même angoisse. Derrière ces tribulations distrayantes, en filigrane apparaissent des thématiques très contemporaines qui font souci : le recul de la nature face à la technologie et la course à la croissance de l’homme, la mise sous perfusion médiatiques des masses par un pouvoir central corrompu et obsédé par la conservation de ses avantages, la méfiance généralisée envers tout ce qui est différent et la policiarisation de la société ou encore, le recul du spirituel face au matérialisme forcené nourrissant les illusions d’un bonheur factice... Pour beaucoup de thèmes, on sent les auteurs en avance sur leur temps (les prémices de la chute étaient déjà en germe) et la vision proposée est d’une grande justesse et interpelle encore le lecteur en 2019. Quel bonheur de conjuguer à la fois divertissement et réflexion avec en prime des questionnements qui font écho à nos propres interrogations existentielles. Délectable !

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Background très poussé, personnages variés avec chacun une caractérisation profonde, des rebondissements nombreux et souvent surprenants, avec L’Incal on est constamment sur le qui-vive car tout semble pouvoir arriver. Un tout petit bémol, j’avais plus ou moins deviné le rebondissement final mais je dois avouer que Jodorowsky avait livré quelques éléments de sa pensée lors de la conférence à laquelle nous avions assisté. Cela n’a pas gâché mon plaisir entre planches d’une grande beauté, dynamisme des dessins et du scénario, plongée dans une mystique aussi fascinante que délirante et au final, un cycle qu’on oublie pas. J’ai mis le temps pour la découvrir mais Dieu que c’était bon ! On en redemande !

dimanche 4 août 2019

"Le Bleu est une couleur chaude" de Julie Maroh

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L'histoire : Emma, une jeune femme, se rend chez les parents de son amie Clémentine. Ils l’attendent pour manger et elle doit aussi récupérer des affaires que lui laisse Clémentine, selon ses dernières volontés. En effet, Clémentine vient de décéder à l‘hôpital, des suites d’un problème cardiaque. Emma, sa petite amie, se remémore les dernières lignes écrites par Clémentine avant de mourir. Son amour si grand et si pur, elle ne cesse de lui répéter que c’était la plus belle chose de sa vie. Emma retrouve son journal intime dans la chambre et commence à le lire. Elle y raconte son quotidien, depuis l’époque du lycée. Emma découvre alors sa sensibilité et ses états d’âme d’adolescents, comme jamais elle n’aurait pu le découvrir. Sa première rencontre avec un étudiant du nom de Thomas. En l’attendant dans la rue, Clémentine croise un couple de lesbiennes, dont l’une des jeunes filles la regarde d’un regard bleu azur. Clémentine fait cette nuit là un rêve étrange : elle imagine la jeune fille croisée dans l’après-midi qui la rejoint dans son lit. Au matin, elle se sent très perturbée d’avoir fait ce rêve étrange. Elle retrouve ses amis au lycée qui lui demande comment c’est passé son rendez-vous avec Thomas. Paniquée de son rêve, elle décide de passer à l’action avec lui

La critique de Mr K : Quelle claque mes amis, quelle claque ! Je n’avais pas entendu parlé de cette œuvre avant le retentissement de la sortie de son adaptation cinématographique, que je ne n’ai pas vu d’ailleurs (mais Nelfe oui). Ce n’est pas plus mal, j’ai pu ainsi aborder Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh sans idées préconçues. Lue d’une traite avec un plaisir renouvelé mêlé d’intensité dramatique, cette romance m’a touché en plein cœur et restera longtemps gravée dans ma mémoire.

Histoire d’amour et histoire de quête de la maturité, cet ouvrage voit la jeune Clémentine s’interroger sur son identité. Ses années lycée se déroulent au départ dans une certaine insouciance, elle suit les cours avec toute une bande d’amis avec qui elle semble tout partager. Mais lors d’un premier flirt sérieux avec un garçon, elle se rend compte qu’elle n’est pas comme tout le monde ou du moins qu'elle est éloignée des schémas préétablis. S’ensuit un long périple intérieur qui la voit prendre peur, s’interroger sur ses penchants et finalement rencontrer Emma, celle qui va devenir la femme de sa vie. Entre tourments intérieurs et incompréhensions des gens qui l’entourent, on suit l’éclosion de Clémentine et sa révélation à soi-même.

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Cette histoire est très réussie car d’abord elle colle au plus près de ses personnages. Comme tirée des carnets intimes de la jeune femme qu’elle lègue à sa compagne, elle nous raconte son histoire sur un ton très intimiste, qui ne cache rien de l’évolution de sa vie et de sa manière de voir. Sans chichi, avec lucidité, Clémentine se livre entièrement et cela donne une lecture à la fois passionnante et très émouvante. Les affres de l’adolescence, la nécessaire confrontation avec l’autorité parentale, les changements physiologiques et psychologiques de cet âge difficile, les premiers émois et la découverte de l’Amour sont autant de sujets traités avec finesse et légèreté à la fois. On se prend d’affection immédiatement pour les deux protagonistes principaux, êtres humains esseulés à leur manière qui vont se croiser, se rencontrer et s’aimer avec une puissance sans borne. C’est beau, simple, naturel et vraiment touchant au possible. Moi qui ait un esprit fleur bleue à mes heures perdues, j’étais liquide à la fin de ma lecture.

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C’est aussi une belle ode au droit à la différence, au droit d’aimer avant tout sans se soucier des conventions et du qu'en dira-t-on. Dans ce domaine, l’héroïne connaîtra bien des épreuves à commencer dans le cercle des amis et même de sa famille proche. Cela donne lieu à des passages assez difficiles qui donnent à voir la partie la plus sombre des hommes et leur incommensurable bêtise parfois (mention spéciale pour le paternel). Malgré cela il faut avancer et Clémentine va y arriver grâce à Emma évidemment mais aussi Valentin son meilleur ami qui vit plus ou moins la même chose. Il faut par contre à l’occasion se cacher, dissimuler ses penchants et rabrouer ses velléités face à des attitudes ou des paroles blessantes. Sans tomber dans la victimisation ou le pathos, cette BD donne à voir le quotidien souvent difficile d’un jeune qui doit accepter, assumer et vivre son homosexualité. Le regard est ici acéré, sensible et d’une profonde humanité.

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Pour accompagner le message et l’histoire, les traits et dessins sont parfaits : l’émotion est palpable sur tous les visages, la quasi absence de couleurs renforce la puissance du message et certaines planches sont à tomber par terre. Voila une œuvre essentielle, à faire découvrir pour vivre une très belle expérience faite d’émotions vraies, et faire reculer les esprits étroits que l’on voit beaucoup trop ces temps-ci. Un must-read unique !

Posté par Mr K à 18:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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