dimanche 8 octobre 2017

"Mother !" de Darren Aronofsky

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L'histoire : Un couple voit sa relation remise en question par l'arrivée d'invités imprévus, perturbant leur tranquillité.

La critique de Mr K : 6/6. Sans doute MA grosse claque annuelle cinématographique. En même temps, il est très rare que ce réalisateur se plante, il fait partie de mes chouchous depuis Pi, Requiem for a dream et The Fountain. De ce métrage, je n’avais pas vraiment entendu parler avant de voir la bande annonce sur Allociné, il y a quelques temps. Synopsis mystérieux et premières images au diapason, j’y suis allé sans trop savoir à quoi m’attendre. Je n’ai pas été déçu, le voyage fut éprouvant et assez jouissif dans son genre.

Je n’en dirai pas beaucoup plus que le résumé officiel sur ce film tant il faut se garder la surprise, tout spoiler pourrait vous gâcher la surprise. Sachez simplement que derrière ses apparences de drame domestique doublé de home invasion se cache une histoire universelle à la mystique développée de manière extrême. Il faut d’ailleurs posséder un certain bagage culturel pour pouvoir apprécier pleinement ce film car sinon vous risquez de vous agacer assez vite et de sortir outré de la séance comme ce fut le cas d’une spectatrice à notre séance qui a trouvé l’ensemble choquant et sans queue ni tête. C’est loin d‘être le cas, le film étant extrêmement bien construit et maîtrisé au niveau de la narration. Il faut aussi se laisser porter par les actes et les images, accepter de ne pas tout comprendre tout de suite même si l’ensemble paraît bancal, ici tout a une explication et croyez moi ça vaut son pesant d’or.

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Film sur le couple, la maternité, la dépendance de l’un envers l’autre, l’humanité et ses travers, les affres de la Création entre autre, on touche ici à la métaphysique pure et au mysticisme profond. En cela, il dérange car il touche au Sacré et aux convictions les plus intimes de chacun, attendez-vous à être sévèrement secoué et à réfléchir longtemps après le visionnage. Personnellement, j’ai été émerveillé par le propos distillé par le métrage, trouvant beaucoup de points communs entre la pensée du réalisateur et la mienne, comme si les images et l’histoire faisaient écho à mes convictions intimes. C’est une impression vraiment bluffante et confondante.

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Les acteurs sont tout bonnement merveilleux avec un Javier Bardem toujours aussi magnétique, dégageant un charme animal puissant (Nelfe du calme !) et une Jennifer Lawrence au talent d’actrice épatant (je ne l’avais vu pour le moment que dans la très bonne tétralogie Hunger games). Ces deux là se répondent à merveille, jouant sur toutes les nuances d’émotions, transmettant des charges émotives incroyables. Quand la révélation se fait jour sur leur nature profonde, leur jeu en devient tout bonnement lumineux. Les seconds couteaux ne sont pas en reste avec un Ed Harris impeccable et une Michelle Pfeifer vénéneuse à souhait. 

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Et puis, il y a la forme globale. Aronofsky est un des cinéastes les plus doués de sa génération, c’est beau, puissant, très bien rythmé, l’accélération est progressive jusqu’à devenir étouffante. Il magnifie le quotidien du couple avant de s’élever devant les enjeux cachés pour asséner violemment ses vérités avec une maestria de tous les plans : ce film se révèle inventif, délirant et assez unique en son genre. Je vous le dis, c’est un film qui scotche les rétines et fait profondément réfléchir. Passez votre chemin si vous n’aimez pas le space et les objets filmiques non identifiés. Si par contre, vous aimez vous faire mal, voir quelque chose que vous n’avez jamais vu auparavant, foncez. Ce film est une bombe !

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dimanche 4 mai 2014

"Noé" de Darren Aronofsky

noéafficheL'histoire: Russell Crowe est Noé, un homme promis à un destin exceptionnel alors qu’un déluge apocalyptique va détruire le monde. La fin du monde… n’est que le commencement.

La critique Nelfesque: Aronofsky, au Capharnaüm éclairé, on l'aime particulièrement. "Black Swan", "The fountain" (un pur bijou vu avant la tenue de ce blog), "Requiem for a dream" (culte) sont autant de preuves que ce réalisateur a un véritablement don pour le cinéma. Je ne suis pas très "blockbuster", je suis même "pas blockbuster du tout" mais pour Aronofsky, et pour l'histoire de Noé que j'aime beaucoup, j'ai fait le déplacement et je ne le regrette pas.

Je ne le regrette pas car je pense que ce long métrage perdra beaucoup de sa superbe sur petit écran (quoi que les petits écrans deviennent de plus en plus grands!). Niveau visuel, ce "Noé" n'est pas pourri. Paysages magnifiques, grandes étendues dévastées ou verdoyantes, l'accent est mis sur la beauté de la nature en opposition à la laideur de l'espèce humaine. Très écolo comme film. En même temps, Noé (le vrai) était du genre peacefull. Mais pas que, comme on peut l'apprendre dans ce film ou en connaissant l'histoire originelle dans la Bible.

L'histoire de Noé justement je la connais. Bien qu'Aronofsky ait pris quelques libertés par rapport au passage biblique, globalement c'est fidèle. La détermination d'un homme qui a la foi, ses sacrifices, sa droiture... autant de points forts qui font aussi ses faiblesses. En revanche, l'inconnu dans l'Arche (que je ne citerai pas pour ne pas spoiler) entre autres, c'est du pur délire mais bon c'est du grand spectacle, il faut du suspense... et parce qu'Aronofsky a mis les formes pour le reste, je ne lui jetterai pas la pierre.

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Je vais faire court dans ma critique aujourd'hui car en toute honnêteté, je ne sais pas trop quoi en dire. C'est un bon film, avec de purs passages visuels (comme la Génèse ou les anges déchus), de belles valeurs portées sur grand écran mais malheureusement j'ai peur que ce long métrage soit aussi vite oublié que vu... Niveau dialogues et bien c'est un blockbuster... Ca ne vole pas très haut... (Ah Mr K me chuchote que l'histoire se passe environ 3000 ans avant notre ère. Certes ils ne devaient pas avoir beaucoup de mots de vocabulaire mais bon cela n'empêche...) Et je crois que c'est en partie ce pourquoi ce film ne restera pas gravé dans ma mémoire.

Une petite remarque en passant. Si vous voulez voir des animaux dans ce film (ben oui quoi, c'est l'Arche de Noé, y a des animaux partout!), passez votre chemin! La gamine de 4 ans qui sommeille en moi a été très déçue de n'apercevoir que les culs d'éléphants, de tigres et de perroquets à leur montée dans l'Arche (oui je sais, pas de gros mots quand on parle de la Bible...) parce que des animaux c'est tout ce que vous verrez! Remboursez! Sur la scène de la montée par espèce dans l'Arche, je pense qu'ils ont tout donné niveau post prod et c'est très bien fait mais au moins un petit lapinou en gros plan après le déluge je crois que c'était pas trop demandé. Oubliez ça tout de suite. Les animaux vous les verrez pendant 2 minutes montre en main après quoi place aux larmes, à la souffrance, au sang et surtout à la pluie!

Ce n'est qu'un détail mais ça m'a marquée. Et résultat des courses, c'est le point qui me reste en tête à la fin de ce film. C'est balot hein? A un lapinou près... Mais allez le voir tout de même parce que Russell Crowe en Noé c'est tout de même bien joué! De mon côté, je vais me pencher sur sa BD du même nom sortie en 2011 pour voir si Panpan n'est pas finalement dans les grosses coupes que ce film a subi de la part des studios.

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La critique de Mr K: 4,5/6. On peut dire que je l'attendais celui-là et dans l'ensemble je n'ai pas été déçu. Ce réalisateur a une place toute particulière dans mon cœur depuis Requiem for a dream (cultissime à mes yeux) et du méconnu The Fountain. J'étais curieux de voir son adaptation d'un mythe tel que le Déluge. On sait ce réalisateur méticuleux et intègre, qu'allait-il ressortir de sa collaboration à un grand blockbuster?

L'histoire, tout le monde la connaît ou presque. Les hommes ont pêché par leur libre arbitre et leur soif du pouvoir détruisant le reste de la Création pour assouvir leurs désirs. Noé est choisi pour purger le monde du mal, sauver tout le règne animal et construire un monde nouveau. Il s'attèle très vite à l'édification d'une arche pour accueillir tous les couples d'animaux. Cela attise la curiosité et aussi la convoitise de clans humains bien décidés à lui mettre des bâtons dans les roues. Heureusement, Noé pourra compter sur l'engagement des siens (du moins au début avant une deuxième partie nettement plus sombre) et sur le soutien des Veilleurs, anges déchus à la recherche du pardon de leurs fautes. Le tout donne lieu à plus de deux heures de spectacle haut en couleur aux parenthèses intimistes aussi poignantes que réflectives. Et non, nous ne nous trouvons pas devant un banal produit de consommation mais bel et bien devant une œuvre conçue et pensée pour à la fois divertir et réfléchir.

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Rien à redire sur l'interprétation, les acteurs sont remarquablement bien dirigés et l'ensemble sonne juste et profond. On en sait très peu sur Noé quand on relit le passage du Déluge dans l'Ancien Testament mais Aronofsky ne sacrifie jamais la crédibilité au détriment du spectacle. Russell Crowe est impeccable en patriarche illuminé et convaincu de sa mission. Loin de faire pot de fleur, Jennifer Connelly réussit à densifier le personnage de sa femme pour contribuer à l'alchimie de cette famille un peu particulière. Mention spécial pour Anthony Hopkins qui campe un Mathusalem plus vrai que nature, sage et débonnaire à la fois il illumine l'écran à chacunes de ses apparitions.

Devant ce genre de film, j'ai souvent peur que l'on tombe dans le ridicule (genre le "Feu" prononcé par un personnage principal dont le peu recommandable Troy de Petersen...) avec un dialogue mal senti ou anachronique. Rien de tel ici, on oscille entre réalisme pour les scènes familiales, SF par moment avec les anges et forcément l'Épique pur et dur avec les très beaux passages sur l'arrivée des bêtes ou encore les visions de Noë. L'ensemble se marie bien et respecte une cohérence bienvenue quand on touche à des sujets liés au Sacré.

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On pourrait dire bien des choses sur le fond, les rapports qu'entretiennent les personnages, la vision quasi mystique de Noé, la nature de l'être humain. Pour ma part, j'y ai vu avant tout un film pro-écologie. Le héros est désigné comme le fossoyeur de la race humaine et semble vouloir aller jusqu'au bout du bout pour éteindre notre espèce à l'origine de tous les maux de la Création (la troisième partie du film se transforme en un huis clos étouffant et salvateur). Mais voilà, ce n'est qu'un homme et il finira par céder. Quand on voit l'état de la planète aujourd'hui, mon petit côté misanthrope ne peut s'empêcher de penser que nous rééditons le passé et que l'homme ne méritait pas forcément d'être sauvé. Mais bon comme dit la chanson: "Homme, tu n'es qu'un homme".

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Techniquement ce film est une fois de plus un bijou de formalisme et d'inventivité visuelle. Les scènes d'extérieurs sont grandioses avec des décors à couper le souffle et des couleurs retravaillées qui donne au film un parti-pris esthétique unique et novateur. Au passage, ne vous attendez pas à des visions apocalyptiques dantesques. Le Déluge est bel et bien représenté mais jamais dans la surenchère et très vite on se retrouve enfermés dans l'Arche avec les héros. J'ai aussi adoré les passages plus épileptiques chers à Aronofsky avec un coup de cœur personnel pour la Création du monde ou encore le crime de Caïn. C'est dans ce genre de moment qu'on ne regrette pas d'être allé en salle obscure voir un film, je dois avouer que j'ai été bluffé plus d'une fois.

Pour autant, je ne peux lui donner la note parfaite de 6/6. J'ai trouvé les seconds rôles plutôt légers avec notamment une actrice venue de la saga Harry Potter qui ne m'a pas du tout convaincue et qui a limité mon empathie vis à vis de certaines scènes-clefs (le face à face avec Noé quand elle a ses deux filles dans les bras par exemple). Il y a aussi quelques redondances et longueurs dues sans doute à des coupes. Il paraît que le métrage a été expurgé de certaines idées chères au réalisateur. Nous verrons en sortie DVD si ce ne sont que des rumeurs... Faute grave à mes yeux (en plus du couple de girafes manquant), on ne voit pas vraiment les bestiaux une fois qu'ils sont entrés dans l'arche, on les aperçoit de temps à autre en arrière plan, mais finalement Aronofsky semble se désintéresser totalement d'eux, un comble avec un tel sujet traité! Dernier et non des moindres (attention spoiler!), que vient faire dans l'Arche un humain nuisible déterminé à sauver sa peau coûte que coûte? C'est totalement artificiel et pour ma part hors sujet... dommage.

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Mais ne boudons pas notre plaisir, ce film est une réussite car en l'espace d'une séance, on se retrouve plongé dans un pan de notre culture commune entre émerveillement et tension. Comme Aronofsky est un faiseur de premier ordre, la beauté et la réflexion sont au RDV malgré quelques scories. À voir au cinéma pour profiter au maximum du spectacle!

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lundi 14 février 2011

"Black swan" de Darren Aronofsky

Balck_Swan_Affiche_Francaise_375x500L'histoire: Timide et perfectionniste, la danseuse Nina Sayers décroche le premier rôle du prestigieux ballet Le lac des cygnes. La dualité du personnage qu'elle doit interpréter sur scène transforme la jeune ballerine qui se met à souffrir de visions.

La critique Nelfesque: The claque! J'attendais ce film depuis plusieurs mois et même si souvent on dit que l'attente peut générer des déceptions, avec "Black swan" ce ne fut pas du tout le cas. Avec Darren Aronovsky à la réalisation, ça ne pouvait être que du bon. Inconditionnelle de "Requiem for a dream" et ayant apprécié "The fountain", c'est confiante que je me suis dirigée vers le cinéma.

"Black swan" est un magnifique film sur la danse, sur les efforts que doivent fournir les danseuses, sur les choix qu'elles doivent faire, sur l'anorexie dont beaucoup souffrent, sur les rivalités présentes au sein d'une compagnie... Sans fioritures et au plus près des interprètes, Aronofsky nous offre là un film captivant, dur et d'une beauté incroyable. Avec une Natalie Portman époustouflante qui a dû intégrer une compagnie de danse afin de préparer son rôle à coup de 5h de travail par jour pendant plusieurs mois et qui interprête 90% de ses scènes dansées, ce film rentre au panthéon de mes longs métrages favoris.

Nina, danseuse fragile mais déterminée à devenir la première danseuse pour "Le lac des cygnes", habite avec sa mère, ancienne professionnelle, qui la surprotège et vit à travers elle ses anciens rêves déchus. Cette femme timide va devoir montrer son côté sombre sur les planches et cela nécessite un lacher-prise dans sa danse et un changement dans son comportement de tous les jours. Et quel changement! A mesure que son chorégraphe (Vincent Cassel excellent qui décidément peut tout jouer) la pousse dans ses retranchements, elle va passer par des phases déroutantes où se mêlent folie et génie. Elle va se découvrir autrement et devra s'oublier pour être enfin elle-même: une grande danseuse.

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Aronofsky signe là un film dérangeant aux scènes sublimes et effrayantes. La caméra à l'épaule dans les passages de ballet, il mène le spectateur au plus près des danseurs, leur faisant ressentir leur souffle et le bruissement de leurs ailes. Je ne vois pas de points noirs à l'ensemble, la musique est superbe, les costumes également, les chorégraphies sont léchées et les acteurs sont incroyables. Même si vous n'aimez pas particulièrement la danse classique, courez voir ce film, ne serait ce que pour l'onirisme de certaines scènes et pour le génie de ce réalisateur qui, encore une fois, nous procure des sensations incroyables entre fascination et répulsion. A ne pas manquer!

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La critique de Mr K: 5/6, un très bon film. On ressort éprouvé de ces presque deux heures de film! On retrouve la sensation que l'on a pu ressentir à la fin de Requiem for a dream: un profond malaise en moins violent tout de même (il avait frappé fort avec son second film le bougre, déjà que son premier était excellent...). Le spectateur est plongé au coeur de  l'intimité d'une jeune danseuse instable aux portes de la consécration, le rôle qui la révélera au gratin du milieu. Un univers dur et froid, fait de travail et de rivalités. Nathalie Portman est parfaite et c'est habité d'une tension permanente qu'on la voit changer, évoluer vers son alter-ego refoulé, poussée en ce sens par son créatif chorégraphe aux méthodes particulières (Cassel très bon: présence impressionante pour ce pygmalion malsain).

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Les scènes de danse sont remarquables de beauté et de réalisme, on danse avec elle, on entend sa respiration: on devient elle. L'empathie fonctionne au maximum même si je dois l'avouer au début, je l'aurais secoué cette gourde! Mais très vite, face aux exigences de son nouveau rôle, le cygne noir transperce la carapace de l'ingénue. La technique maîtrisée et millimétrée d'Aronofski fait merveille: choc des images, des sons, la musique, l'accélération des plans accompagnent idéalement cette plongée en Enfer, le tout servi dans un background crédible ancré dans notre époque et fidèle à ce monde méconnu que celui des danseuses classiques. La fin est un crescendo de tension et duplicité, l'image finale nous plaçant au centre de ce drame nous laisse pantois. Personnellement il m'a cloué! Et je dis pas ça parce que j'ai eu mes 33 ans en décembre dernier!

Un très bon film, une belle claque et une expérience sensorielle assez unique par moment. A voir en V.O de préférence.

Posté par Nelfe à 19:05 - - Commentaires [26] - Permalien [#]
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