samedi 19 mai 2012

"Peau d'âne" de Christine Angot

paL'histoire: Peau d'âne ne connaissait rien, elle habitait une petite ville du centre de la France et n'avait rien vu de très extraordinaire. Sa mère, qui était très belle, l'aimait.

Il y avait un mimétisme entre Peau d'âne et sa mère. Un jour, le directeur financier de l'hôpital psychiatrique rattaché à la Sécurité sociale où travaillait sa mère, avait dit, à la suite du Noël de Gireugne, puisque c'était le nom de cet hôpital: c'est incroyable le mimétisme.

L'école de Peau d'âne était une école de filles, une école privée. Pourquoi? Parce que sa mère, qui était si belle, n'était pas mariée avec le père de Peau d'âne, et à l'époque c'était extrêmement rare. En 58-59 une femme dans une petite ville qui se baladait avec un ventre de femme enceinte, on appelait ça une fille mère, sa mère disait mère célibataire, c'était son combat de dire ça.

La critique de Mr K: Une bonne lecture de plus à mon actif avec mon deuxième Angot! Ce n'est pas vers ce genre de littérature que mon cœur balance d'habitude mais j'avais dévoré Les désaxés de la même écrivaine. Déambulant chez l'abbé en compagnie de ma chère Nelfe, mon regard s'est porté vers ce Peau d'âne, réécriture contemporaine du conte de Perrault. Quoi de plus normal finalement que Christine Angot s'intéresse à cette histoire quand on sait qu'au centre du conte originel il est question d'inceste, thème abordé quasiment dans toutes les œuvres de cette auteur à fleur de peau, à l'écriture si particulière.

Pour permettre au lecteur de mieux pouvoir juger cette adaptation, on trouve accolé au récit d'Angot, le texte original de Perrault (une pure merveille soit dit au passage). L'idée est vraiment intéressante car on se figure mieux les transformations, les changements et autres déviations opérés par l'auteur. Adepte de l'écriture de soi, à travers ces différentes œuvres, Angot parle d'elle en romançant sa vie sous un mode impersonnel. C'est le cas ici avec Peau d'âne qui est un autre avatar de l'auteur. Même histoire, même enfance sans père et même acte incestueux qui va traumatiser la chair et l'esprit d'une jeune fille. Mais là où le roi (père de Peau d'âne dans le conte de perrault) va finalement assister au mariage de sa fille, dans la version moderne, il meurt de honte et de dégoût face à la transgression morale qu'il a effectué sur sa fille.

C'est sombre, très sombre même. Quoique courte, cette lecture s'est révélée très éprouvante tant on côtoie l'aspect obscur de l'âme humaine. On suit avec un malaise grandissant le regard clinique et neutre du narrateur omniscient sur ce destin brisé et les conséquences désastreuses d'un baiser qui n'était pas le bon comme il est écrit dans ce livre. Le style contemplatif faisant écho aux douleurs abordées, rehausse les émotions suscitées et l'on ressort secoué de cette expérience. Ce livre n'est vraiment pas à mettre entre toutes les mains tant il est rude dans le fond (le côté Rock and Roll de Despentes mais ici propret dans l'écriture) mais pour les amateurs, il a la saveur de l'authenticité et d'une analyse psychiatrique rondement menée. Étrange lecture vraiment qui ne peut laisser indifférent mais qui peut soit susciter l'admiration soit l'indignation (les avis sont vraiment très partagés). À lire pour se forger sa propre opinion!

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jeudi 12 mai 2011

"Les Désaxés" de Christine Angot

angotL'histoire : Il l'avait serrée dans ses bras. Il l'avait embrassée. Elle lui avait demandé s'il l'aimait. Il avait répondu : bien sûr, je t'aime. Je suis là. Je suis pas loin. Elle s'était rendu compte à quel point elle était heureuse de le savoir dans sa vie, d'être avec lui, de vivre avec lui. Surtout quand il n'était pas là comme en ce moment. Elle détestait son désordre, elle détestait l'odeur du tabac froid, les cendriers pleins, les fenêtres ouvertes en plein hiver pour essayer de faire partir l'odeur, elle détestait quand il dormait des heures le matin, au lieu de venir lui faire l'amour. Elle était contente de penser à lui, de penser qu'il l'aimait, qu'il pensait qu'il était avec elle. Qu'il existait. Mais il y avait quelque chose qui n'allait pas depuis le début. Des signes bizarres auraient dû les alerter. Ils ne s'étaient pas méfiés, au contraire, ils avaient foncé, trop contents d'être amoureux.

La critique de Mr K : Les Désaxés est mon premier Angot. Je ne suis que de loin l'effervescence du monde littéraire mais il me semble que cette auteur attise les passions : soit on adore, soit on déteste. J'ai le souvenir de l'avoir aperçue dans une émission télé lambda et d'avoir trouvé Christine Angot plutôt antipathique. C'est encore une fois le hasard d'une trouvaille chez l'abbé qui m'a permis de découvrir un livre marquant que j'ai dévoré d'une traite.

On pourrait rebaptiser cet ouvrage "Chronique de la mort annoncée d'un couple". Je ne trahis pas un grand secret en disant que l'histoire qui nous est racontée est à sens unique et va s'attacher à décrire la lente destruction des liens d'amour qui unissent Sylvie et François. Le cadre : un appartement bourgeois et différents lieux de RDV très hypes (cafés, boîtes, réceptions et tutti quanti). Les deux protagonistes naviguent de près et de loin dans les milieux du cinéma et de la télévision. Ils ont deux enfants qui apparaissent finalement très peu dans le récit tant Angot se concentre sur les rapports complexes qu'entretiennent les deux parents. Sylvie est maniaco-dépressive et alterne phases d'excitation et phases dépressives, on la suit au gré de ses sautes d'humeur et comme pour son mari, il est difficile de la suivre. Pour avoir eu un ami très proche bipolaire, j'ai trouvé le personnage fort bien décrit et crédible de bout en bout. François lui, se pose beaucoup de questions. Aux petits soins avec sa moitié, peu à peu le doute s'installe en lui et il semble lâcher prise. La lassitude prend possession de lui et le torchon commence à brûler entre ces deux êtres qui s'aiment mais ne se comprennent plus et finissent par ne plus communiquer. Peu à peu, après moult révélations, on se rend compte que le ver était dans le fruit dès le début et l'évolution de leur histoire est d'une logique implacable.

Au final, il ne se passe pas grand chose dans Les Désaxés. Ecrit à la troisième personne, le lecteur suit en voyeur ce couple s'enfoncer dans un quotidien qui devient écrasant et aliénant. Si proches et si éloignés en même temps, c'est avec la boule au ventre que l'on tourne les pages tant ce qu'on lit peut rappeler des situations connues par tout un chacun mais ici exacerbées, concentrées. A mon avis, c'est un livre que l'on devrait prescrire à nombre de couples qui s'entre-déchirent et qui par le biais de cette lecture pourrait empêcher le naufrage de leur histoire, tant François et Sylvie cristallisent les défauts qui peuvent s'accumuler dans une histoire d'amour durable. C'est extrêmement dur par moment justement parce que ça sonne vrai ! L'écriture limpide et fluide de l'auteur y contribue grandement avec notamment par moment des références à Lacan pour éclairer les comportements parfois agressifs et paradoxaux des êtres humains face à leur conjoint. On ne peut s'empêcher de penser qu'il y a des références autobiographiques dans le récit tant les soucis et les fêlures abordés dans Les Désaxés transpirent le vécu. Je suis ressorti changé et ému de cette lecture comme rarement avant.

Vous l'avez compris, ce fut une excellente lecture : difficile dans les propos mais délectable au niveau de la qualité littéraire et des réflexions qu'elle peut susciter chez le lecteur. Un p'tit bijou en somme !

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