mercredi 20 avril 2016

"Hôpital nord" de Jean-Pierre Andrevon et Philippe Cousin

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L'histoire : Cette fois, ça y est ! Vous ne pouvez plus y échapper : il vous faut y aller. À L'HÔPITAL. L'hôpital ! Cet endroit lourd de terreurs secrètes et glacées, où l'on sait quand on entre, mais jamais quand on sort. Si on en sort. Que de bruits ne colporte-t-on pas, sur l'hôpital... Au sujet de Gabriel Chadenas, que l'on aurait opéré, et opéré encore, jusqu'à ce qu'il ne reste de lui que... Et de Mme Duprèze, la femme du patron de la morgue, qu'on n'aurait jamais revue. Et de la petite Frédérique, qui y aurait traversé un cauchemar de nuit et de brouillard. Et du mystérieux Debronkaert, malade introuvable qui serait bloqué dans un bloc opératoire entièrement automatisé... Sait-on vraiment ce qui se passe, à l'intérieur de l'énorme bloc cubique de L'HÔPITAL NORD ?

La critique de Mr K : C'est la couverture bien glauque et la quatrième de couverture nébuleuse qui m'ont de suite attiré. En effet, qui n'a pas passé un séjour horrible à l'hôpital? Étant quelque peu maso, j'achetai en seconde main le présent volume dans la double optique de retrouver un auteur apprécié (Andrevon qui s'entoure d'un comparse pour l'occasion) et l'envie d'être dérouté par un univers à priori complètement branque. Le moins que l'on puisse dire, c'est que je n'ai pas été déçu!

Hôpital nord s'apparente à un recueil de nouvelles indépendantes toutes reliées cependant par un fil rouge: un mystérieux hôpital où il s'en passe de belles! Des patients disparaissent, d'autres sont traités alors qu'ils sont en parfaite santé, des portes ouvrent sur d'autres monde, des robots peuvent faire office de garde chiourme, les bébés peuvent être livrés à domicile et ceci par erreur (!), autant de petites histoires (11 en tout) décalées et dérangeantes qui conduisent le lecteur vers des territoires insoupçonnés et neufs d'un lieu que nous connaissons tous: l'hôpital!

En effet, on navigue constamment dans l'étrange à la manière des personnages principaux qui sont ballottés comme des fétus de paille, leur destin semblant leur échapper totalement. Les deux auteurs se plaisent à explorer ce lieux hanté par un fantastique moderne lorgnant vers la SF la plus pure sur certains récits. Nos fantasmes inavoués sur ce lieu clos médical explosent en plein jour entre peur, appréhension et parfois nécessité absolue de guérison. Les frissons sont au RDV ainsi qu'un humour noir saignant à souhait et saisissant. Certaines nouvelles retournent vraiment le cœur tant un fatum funeste plane au dessus de la tête de personnages profondément humains et vulnérables.

Puis, peu à peu l'ensemble gagne en cohérence, les textes se répondant les uns aux autres avec notamment l'évocation d'un certain Debronkaert que tout le monde cherche, la solution étant donné dans l'ultime texte. L'effet est confondant et fait passer cet ouvrage dans une autre dimension, celle des textes totalement maîtrisés, remarquablement construits qui amènent à réfléchir sur nombre de thématiques passées, actuelles ou à venir, le tout dans une langue abordable mais néanmoins précise, faisant la part belle à l'introspection et à la sidération face à des événements parfois vraiment délirants.

Une sacré bonne lecture à la fois rafraîchissante et étonnante bien que pessimiste dans le fond. Avis à tous les amateurs!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Un horizon de cendres
Tout à la main
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La Fée et le géomètre
Le Travail du furet
Cauchemar... cauchemars !
- Gandahar

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lundi 14 décembre 2015

"Gandahar" de Jean-Pierre Andrevon

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L'histoire : Au royaume de Gandahar, sur la planète Tridan jadis colonisée par des êtres humains, une vie sereine et pacifique s'est établie, loin de la technologie et de ses instruments de mort. Mais voici que les oiseaux-miroirs, qui veillent aux limites de Gandahar, annoncent qu'une armée de robots destructeurs est en marche, menaçant l'existence même du royaume. Ces hommes-machines invincibles viennent-ils de Tridan, de l'espace, ou bien d'une autre époque ? La Reine Ambisextra confie à un jeune servant, Sylvin Lanvère, la mission de le découvrir pour tenter de sauver Gandahar de ce péril mortel.

La critique de Mr K : Aujourd'hui un sacré trip revival avec Gandahar de Jean-Pierre Andrevon paru en 1969 (bien avant ma naissance), un auteur que j'apprécie tout particulièrement. Plus jeune, j'ai regardé à de multiples reprises le film d'animation éponyme de René Laloux qui exerçait sur moi un fort pouvoir de fascination. Gandahar m'a en quelque sorte initié à la SF dès mon plus jeune âge (vu pour la première fois à 9 ans si je ne m'abuse) et la découverte impromptue de cet ouvrage dans un bac à chinage m'a empli de nostalgie. C'est avec une impatience non feinte que j'entamai ma lecture.

Gandahar est un monde pacifique où la guerre n'a plus le droit de cité. L'ensemble des habitants vivent en bonne intelligence y compris avec la faune et la flore. Monde harmonieux où règne respect et osmose inter-espèces, le temps coule tranquillement. Une menace pourtant va fragiliser ce monde utopique: de mystérieux hommes-machines font leur apparition aux confins du royaume et avancent vers la capitale Jasper en ravageant tout sur leur passage, tuant tout être vivant s'opposant à eux. Complètement désarmée face à une situation si inhabituelle, la reine Ambisextra fait appel à Sylvin Lanvère chevalier du royaume pour enquêter et tenter de trouver une parade à cette invasion venue d'ailleurs...

J'adore le film et j'ai beaucoup aimé ce livre qui s'apparente avant tout à un conte SF, un texte lourd de sens et de sous-entendus dont la lecture conviendra à tout âge tant les grilles de lectures sont nombreuses, chacun pouvant en retirer quelque chose.

Les plus jeunes se verront conter une quête héroïque, une lutte pour la survie d'un monde déclinant avec le personnage central Sylvin, chevalier new age (il est bien perché le bonhomme tout de même!) auquel on s'attache immédiatement. Les rencontres et rebondissements sont nombreux donnant un dynamisme fort au livre qui se lit très vite. Certes, le héros est un peu mièvre et pétri de bons sentiments, rappelons-nous qu'au moment de l'écriture de ce livre, nous sommes à l'aube des 70', la vague beatnik est déjà là et par certains aspects, on pense un peu à Kerouac quand on suit les pérégrinations de Sylvin.

Au delà de la quête en elle-même, les plus grands auront matière à s'interroger sur nombre de sujets qui nous touchent au quotidien et qui, à Gandahar, bouleversent complètement l'ordre du monde: la différence entre besoin et désir (ce dernier accouchant notamment du matérialisme et la dégradation de notre écosystème planétaire), l'immédiateté et la perdurance (culture et nature pour les fans de philo), la querelle des anciens et des modernes… La symbolique est forte dans cet ouvrage, elle est source d'émotion et de réflexion. Comment ne pas faire le parallèle entre la disparition programmée de Gandahar et les propres maux que nous connaissons actuellement entre réchauffement climatique et course en avant sans âme en matière technologique? Pas de réponses dans ce livre mais des pistes de raisonnement fort intéressantes, mâtinées d'évasion et d'aventure.

Pas le temps de s’appesantir dans ce livre, Andrevon va à l'essentiel. À travers de courtes mais remarquables descriptions, il plante le décor de son roman. Malgré cette avarice de mot en la matière, le background est très poussé et évocateur comme jamais: paysages, us et coutumes des gandahariens, les envahisseurs et leurs outils / transports… On est plongé ici dans un univers mêlant habilement fantasy et science-fiction, ce qui donne à ce livre un charme bien particulier. En tous les cas, si vous tentez l'aventure, vous serez dépaysés et parfois étonnés par la logique qui gouverne ce monde imaginaire à nul autre pareil. La lecture est aisée et très agréable, les pages se tournent toutes seules et on est très vite addict.

Au final, on peut dire que Gandahar est un classique du genre, inhabituellement enrichi par des références multiples et habilement mêlées de notre propre monde ce qui lui donne un aspect prophétique indéniable. Une grande et belle expérience littéraire que je vous conseille d'entreprendre à votre tour au plus vite.

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Le Travail du furet
- Cauchemar... cauchemars !

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mercredi 16 septembre 2015

"Cauchemar... Cauchemars !" de Jean-Pierre Andrevon

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L'histoire: Le train l'emporte loin de Paris. Jean-Marie Perrier regarde sans le voir le paysage qui défile. Le jeune homme rêve, s'inquiète, s'interroge. D'où vient-il ? Et où va-t-il ? Sur son billet, il lit : Paris - Saint-Expilly. Malgré ses instants d'amnésie et le sentiment d'irréalité qui l'enveloppe, il se souvient de Saint-Expilly : sa ville natale. Et il reconnaît la petite cité, sa maison, mais lorsque sa mère apparaît sur le seuil, elle ne le reconnaît pas et ajoute avant de refermer : "Mon fils est mort depuis deux ans, monsieur." Dans les rues, Jean-Marie erre, déboussolé, hagard... quand un miroir lui renvoie l'image d'un inconnu, durement marqué par l'âge. Qui est-il ? D'où venait-il ? Où ira-t-il ?

La critique de Mr K: Retour dans la galaxie SF avec ce nouvel ouvrage de Jean-Pierre Andrevon, Cauchemar… cauchemars!. Une fois de plus, c'est notre cher abbé qui s'est fait le pourvoyeur d'une œuvre décalée et addictive au possible. Il m'a fallu deux séances intenses pour le dévorer, littéralement captivé que j'étais par cette histoire étrange qui fait la part belle à l'onirisme et l'intimisme. Prêts?

Notre héros se réveille dans un train en partance pour Paris. Sur son billet est inscrit sa destination: Saint-Expilly. L'émergence est difficile, Jean-Marie Perrier est comateux et en totale perte de repères. Peu de souvenirs affleurent dans son esprit et encore dans les vapes, il sait seulement qu'il sort d'une hospitalisation et qu'il se rend dans sa ville natale. A part cela et une pièce d'identité dans son porte-feuille… Rien! Bizarre bizarre et le monde qui l'entoure n'est pas pour le rassurer: les autres personnes croisées montrent peu d'empathie à son endroit, le train se vide et se remplit sans logique aucune et quand il arrive enfin en ville, les rues / magasins ne correspondent à rien dans sa mémoire. Sa propre mère ne le reconnaît pas et lui dit que son fils est mort déjà depuis un petit bout de temps! Vous croyez que j'en ai trop dit? Détrompez-vous! Ceci n'est que le début! Le pire est à venir et je vous assure qu'il faut s'accrocher tant on tombe de Charybde en Scylla.

Pourtant racontée à la troisième personne, cette histoire peu commune est immersive au possible tant Andrevon se plaît à coller au maximum avec son personnage principal. Rien ne nous échappe de ses tracas physiques et psychologiques et force est de constater que cette caractérisation est d'une grande finesse et flippante à souhait. De simples désagréments amnésiques, on vire assez vite dans une paranoïa angoissante qui nous prend à la gorge comme le héros. Là où Jean-Marie Perrier ne sait plus à quel Saint se vouer, le lecteur perd aussi pied ne sachant plus sur quoi reposer ses certitudes. Le déboussolement est total et même si l'on se doute vers les 2/3 de l'ouvrage où veut nous emmener l'auteur, on assiste impuissant à une tension qui monte crescendo avec une intensité rare.

On retrouve en fait la même sensation que l'on peut éprouver lorsque l'on vit un cauchemar récurrent et étrange où toute logique cartésienne est proscrite. Vous savez, ces rêves désagréables où les couloirs s'allongent, le vide apparaît sous vos pieds et vous tombez, des personnes énigmatiques voir effrayantes qui apparaissent à de nombreuses reprises… autant d'éléments déstabilisant à la sauce 4ème Dimension qui sont revisités avec brio par un Andrevon inspiré et inspirant. Et non, ce livre n'est pas un compte-rendu de rêve! Pas de spoilers dans nos critiques, non mais!

Il faut donc attendre les ultimes pages du livre pour se voir livrer la solution au mystère. Entre temps, mon esprit aura battu la campagne: j'aurai explorer les abysses de l'esprit humain (il y a un côté kafkaïen dans le destin qui semble s'acharner sur le héros, j'ai adoré!), je me serai baladé dans des villes mornes et inquiétantes et finalement, ce livre confirme que voyager en train n'est pas forcément synonyme de rapidité et d'espace-temps paisible (Déjà que Pouy m'avait bien fait flipper avec un ouvrage sur le même thème, ils ne sont pas prêts de me faire préférer le train à la SNCF!).

L'écriture d'Andrevon reste fidèle à ce qu'elle est: un mélange de simplicité apparente pour une exploration sans fard d'une certaine forme de condition humaine. Simple et efficace, au détour de ce petit roman de 159 pages, on se surprend à se questionner sur nous et notre espèce au milieu d'un récit décidément bien étrange. Une petite bombe littéraire sans prétention mais aux effets dévastateurs que je vous conseille grandement.

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Un horizon de cendres
Tout à la main
Le monde enfin
La Fée et le géomètre
- Le Travail du furet

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samedi 4 juillet 2015

"Le Travail du Furet" de Jean-Pierre Andrevon

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L'histoire: Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes du XXIe siècle. La santé de la population ne cesse de s'améliorer ; toutes les statistiques le prouvent. Le problème, c'est de maintenir les grands équilibres. Pour y parvenir, il faut supprimer 400 000 citoyens par an dans l'Hexagone. Choisis avec art et méthode par le Grand Ordi, qui chaque matin procède à un tirage au sort morbide. Le travail des Furets consiste à liquider, pas forcément en douceur, tous ceux dont la vie doit prendre fin au bénéfice de la communauté. Un boulot comme un autre, en somme. Avec des avantages. Jusqu'au jour où un certain Furet, grand amateur de films noirs du XXe siècle, découvre sur sa liste le nom de Jos. L'amour de sa vie.

La critique de Mr K: Retour vers de la SF française avec ce volume faisant la part belle au roman noir transposé dans un futur pas des plus rassurants. Vous prenez des codes bien établis que vous accompagnez à la sauce futuriste et vous obtenez un ouvrage assez étonnant qui se démarque nettement des productions lambda.

Le héros est un furet, comprendre un tueur à la solde de l'État chargé d'éliminer des personnes tirées au sort par un gigantesque ordinateur. L'objectif? Garantir la survie de l'espèce humaine, équilibrer la balance dans un monde où la maladie et la mort reculent inexorablement grâce à une technologie médicale à la pointe du progrès. Froid et distant, l'anti-héros est tourner sur lui-même et fait son travail sans se poser de questions sur les tenants et les aboutissants de ses missions. Il n'a pour seul compagnon que son poisson rouge (Moby Dick sic!) et accumule les exécutions sans état d'âme. Seule faille dans son personnage de dur à cuire, la mystérieuse Jos, belle comme le jour et belle de nuit de profession qui illumine sa vie dès qu'il passe des moments avec elle. Un jour, la menace pèse sur elle et cela va tout changer. Un grain de sable dans une machinerie complexe peut mettre à mal tout le système, l'équilibre n'existe plus et c'est la fuite en avant…

Dès les premières pages, l'ambiance est plantée. Pas beaucoup d'espoir dans cette ville futuriste où le tueur erre de quartier en quartier pour sa besogne. C'est l'occasion pour l'auteur de nous décrire un monde bien segmenté entre pauvres, riches, intellectuels et société du spectacle. On passe donc de ruelles insalubres et empuanties à de grandes zones de loisir où l'insouciance est de mise entre frivolité et appât du gain. Les classes sociales s'ignorent royalement, cohabitent dans une même cité sans jamais se rencontrer, un grand classique dans la SF prospective. Seule gageure d'égalité, l'ange de la mort incarné par le héros qui ne fait pas dans le détail et la ségrégation sociale. Il reçoit sa liste (entre 5 et 10 noms) et il a la journée pour les exécuter.

Avec lui, on suit ces différentes mises à mort où son sens moral est totalement effacé devant sa mission. Il ne fait que son métier finalement… Froid et clinique, ses descriptions et analyses cinglent le lecteur tel un bon coup de fouet au rythme des formules chocs, mélange savoureux de formules à la Audiard et de néo-argot (beaucoup de néologisme bien typés SF dans ce livre). C'est aussi des passages de repos forcé, d'auto-réflexion qui nous sont livrées. Le personnage principal est seul, il se vide l'esprit en assouvissant sa passion pour le vieux cinéma Hollywoodien (que de références égrenées tout au long des 253 pages de l'ouvrage!), il y dépense beaucoup d'argent et s'en inspire pour ses tenues de bourreau (un coup privé froid, un coup cowboy sur le retour). Il noue une relation spéciale avec la belle Jos qui vient le voir régulièrement pour discuter, boire un coup ou encore aller au zoo. Rien de vraiment sexuel à proprement parler (même si une certaine tension à ce niveau là est perceptible) mais plutôt une attraction réciproque et un sentiment de bien être lors de leurs rencontres. Cela permet à l'écrivain de nous offrir de très belles pages qui contrastent avec le quotidien plutôt rugueux du furet.

Au détour des pérégrination de celui-ci, par petites touches, Andrevon nous immerge dans un futur pas si éloigné où la technologie futuriste est totalement intégrée à la société (mention spéciale aux "pous" qui s'avèrent être des sortes de balises GPS que l'on implantent dans le cou de tous les nouveaux nés et qui permettent de repérer quiconque en moins de deux!), une société devenue liberticide à force de rechercher le bien commun. C'est d'ailleurs dans ces questions quasi métaphysiques que réside le cœur de l'intrigue qui tire son épingle du jeu par son caractère profondément noir. Ne vous attendez donc pas à une fin heureuse…

La lecture est aisée et rapide, Andrevon excelle dans sa description du quotidien du furet et par sa lente prise de conscience de la nature réelle de son travail. On devine quelques ficelles à l'avance (surtout si on est habitué au genre) mais c'est avec un plaisir sadique (qui convient bien au ton cynique du texte) que l'on continue sa lecture qui nous emmène loin dans les realpolitik du futur entre paranoïa et hybris sanitaire. "Le Travail du Furet" est un bon roman de SF comme je les aime que je ne peux que vous conseiller.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
Un horizon de cendres
Tout à la main
Le monde enfin
- La Fée et le géomètre

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mardi 10 juin 2014

"La Fée et le géomètre" de Jean-Pierre Andrevon

la fée et le géomètreL'histoire: Lutins, fées, ondines, elfes... ceux-là et beaucoup d'autres vivent libres, heureux dans la Forêt. Étrangers à notre civilisation, ils ne connaissent ni l'argent, ni les machines, ils ignorent l'idée même du pouvoir...
Les hommes découvrent ce paradis, ils vont l'arpenter avec leurs gros sabots, leurs idées reçues, leurs monstres... L'auteur écrit ici la fable violente de la colonisation, il en dit l'irrespect, l'inadmissible certitude aveugle et sourde.
Pourtant, reste l'espoir... l'espoir contagieux qui appartient à ceux qui se révoltent.

La critique de Mr K: Voici une nouvelle trouvaille qui une fois de plus m'a permis de vérifier l'adage que le hasard fait décidément bien les choses. J'ai par le passé pratiqué Jean-Pierre Andrevon avec plus ou moins de bonheur, alternant le bon et le moins bon. Avec cet ouvrage destiné à un public jeunesse, il frappe un grand coup en offrant une œuvre à la fois prenante et réflective.

Dans La Fée et le géomètre, tout commence comme dans un livre de contes de fées classique. Nous faisons connaissance avec une série de créatures vivant en osmose avec la nature: les lutins travailleurs à l'hygiène douteuse, les fées riantes et amatrices de bonne magie, les harlequins draguant à tout va les fées qui feignent de les ignorer, les gnomes jouant à cache cache avec leur pouvoir de camouflage, les animaux de la forêt cohabitant en harmonie avec les créatures magiques. On s'émerveille, on rit beaucoup et on s'attache à ces petits peuples instantanément. Les descriptions bien que courtes sont immersives à souhait et l'on se plait à croire que tout va continuer dans le meilleur des mondes possibles... du moins, un monde sans humains!

Les voilà qui débarquent au bout d'un tiers de l'ouvrage et commence la lente agonie du monde précédemment présenté par l'auteur. Par petite touches successives, explorateur après explorateur, on assiste à la lente destruction de ce paradis terrestre et notre estomac se tord devant la violence et les injustices engendrées par cette colonisation forcée. Loin de s'y opposer, menés par leur bonté naturelle, les habitants féériques vont peu à peu se faire dépouiller de leurs biens mais aussi (et surtout) de leur esprit et de leur philosophie de vie. L'espoir est bien maigre dans cette évolution qui semble sans frein possible. Le passé étant le passé, la solution se trouve peut-être dans une nouvelle conception de vie?

J'ai adoré ce livre que j'ai quasiment lu d'une traite. Son approche est facile et frontale. On retrouve ici tout le talent de conteur de Andrevon sans lourdeur ni moralisme forcené (un de ses défauts dans certains ouvrages). La langue est accessible, virevoltante et on navigue constamment entre de multiples émotions même si l'humour et la dérision cèdent assez vite au fatalisme et au drame. À noter que mon exemplaire contenait des illustrations de Bilal au fil des pages et que cela rajoutait une dimension esthétique sans pareil à cette bouleversante histoire.

Les plus jeunes rentreront sans difficulté dans ce récit et en ressortiront sans aucun doute changés ce qui est la grande force de La fée et le géomètre. Véritable fable, comme écrit en quatrième de couverture, il est impossible de ne pas faire le lien avec l'asservissement de territoires entiers par les européens dans un passé pas si lointain. Ceci, malgré le fait que tout se passe dans un monde imaginaire, marque le lecteur longtemps après sa lecture et on ne peut que s'émerveiller de tant d'intelligence et de finesse déployées pour mener à bien un récit qui s'apparente aussi à une parabole puissante et implacable.

Au final, je ne peux que vous encourager à découvrir cette œuvre unique en son genre, savant mélange d'aventure, de poésie et de militantisme pacifique. Un bijou littéraire qui fera honneur à votre bibliothèque!

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- Un horizon de cendres
- Tout à la main
- Le monde enfin

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lundi 26 décembre 2011

"Le monde enfin" de Jean Pierre Andrevon

andrevonlmeL'histoire: Un vieil homme à cheval parcourt la France, vidée de ses habitants comme la totalité de la planète, à la suite d'une pandémie foudroyante quarante-cinq ans plus tôt. En chemin, il traverse des villes envahies par la végétation et peuplées par des animaux sauvages, ainsi que quelques communautés de survivants octogénaires. Au crépuscule de savie, égrenant ses souvenirs, il veut une dernière fois voir la mer.

Dans ce monde désert, quelques destins se croisent: une femme cherche désespérement à mettre un enfant au monde, l'équipage de la première expédition avortée vers une autre étoile atterrit en catastrophe. Mais l'existence de ces survivants n'est peut-être pas due au hasard: quel est ce météore bleu vif que les rescapés aperçoivent parfois dans le ciel? Un espoir venu d'ailleurs ou le dernier signe de l'apocalypse?

La critique de Mr K: La fin de l'espèce humaine! En voila une accroche! Quand j'ai vu ce volume chez l'abbé, il ne m'a pas fallu longtemps pour jeter mon dévolu dessus. Quand en plus, je me suis rendu compte qu'il avait été écrit par l'auteur de Gandahar, je me suis dit banco! Ben... je me suis trompé!

Ce livre raconte la destinée de quelques survivants suite à la disparition massive des hommes à cause d'un virus foudroyant qui par contre a épargné toutes les autres formes de vie tant végétales qu'animales. La Nature a donc repris ses droits et l'on retrouve dans cet ouvrage un souffle épique teinté de misanthropie extrême qui n'est pas pour me déplaire. Cet aspect est ici bien traité et l'auteur tout au long des 634 pages se plait à nous décrire avec une multitude de détails à la manière des naturalistes du XIXème siècle la reconquête de la flore et les rites de la faune, nouveaux souverains de la planète Terre.

C'est justement au niveau du parti pris d'écriture que le bas blesse... Il ne se passe pas grand chose durant ces 634 pages! Ca fait une somme de descriptions assomantes et pas forcément très utiles. Au bout de 100 pages, l'ennui commence à pointer son nez mais on se prend à rêver qu'il s'agit pour Andrevon de bien planter le décor... Que nenni! La ligne directrice ne change pas d'un iota jusqu'à la dernière ligne pour arriver à une conclusion mille fois lue et pour moi pas assez ambitieuse et réaliste. L'auteur laisse entrevoir un vague espoir pour la race humaine alors que depuis le début il nous décrit un apocalypse irréversible... De qui se moque-t-on?

Bref, voilà une lecture fort dispensable! J'ai décroché pas mal de fois mais j'ai persisté par égard envers l'auteur, personnage haut en couleur que j'apprécie humainement. Pas sûr du tout par contre que je replonge un jour dans sa littérature...

Jean Pierre Andrevon déjà chroniqué ici même:
- Un horizon de cendres
- Tout à la main

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jeudi 28 avril 2011

"Tout à la main" de Jean Pierre Andrevon

001L'histoire: Le fleuve de boue coule à une cinquantaine de mètres de chez moi. Il remplit la vallée jusqu'à la chaîne de montagnes en face. La boue est brûlante, elle a surgi en une nuit, du néant, ou du cœur en fusion de la Terre.

Elle aurait pu m'engloutir pendant mon sommeil. Mais non. Elle s'est arrêtée de monter juste à temps, juste avant de submerger ma maison isolée au sommet de la colline. Il n'y a plus d'électricité, la radio est morte, j'ignore ce qui a pu se passer. Guerre atomique, Tchernobyl à l'échelle de la France, catastrophe naturelle? Je ne sais pas...

Dans ma petite maison sur la colline, entre ciel et boue, je suis seul avec Lascard, mon vieux matou castré. Seul aussi avec Françoise, Cathy, Marie-Thé, Josy, Mariangela... toutes ces femmes que j'ai connues, que j'ai aimées, et dont le souvenir aigre ou brûlant m'aide à tenir le coup. Je n'ai rien d'autre à faire qu'à penser à elles, pour le temps qui me reste à vivre. Pas longtemps, de toute façon. Parce que, pour autant que je puisse le supposer...

Je suis le dernier homme sur la Terre.

La critique de Mr K: C'est mon premier Andrevon et c'est le hasard d'une visite chez l'abbé qui a déterminé le premier titre que je parcours de cet auteur. A postériori, je pense que ce n'était pas le meilleur pour aborder cet écrivain. Non par défaut de qualité (ce livre en a) mais plutôt par rapport au thème et à la forme prise. En effet, Andrevon sous couvert de SF nous livre une sorte d'analyse de l'existence d'un individu lambda face à une fin proche, cet homme est le double de l'écrivain et son curseur d'analyse est sa sexualité.

Et là, on peut le dire, on est en plein dedans! Le titre de l'ouvrage aurait dû me mettre sur la voie mais n'ayant rien lu à propos de "Tout à la main" avant de tomber dessus, j'ai pris une petite claque au bout d'une dizaine de pages quand le narrateur-héros s'empoigne vigoureusement pour s'offrir une petite tranche de plaisir solitaire... et ce n'était que le début! Repensant à sa vie passée, il passe en revue son carnet d'adresses comportant les noms des femmes qui ont partagé un temps ou plus longtemps sa vie: sources de flashbacks aussi crûs que fantasmés, on se rend vite compte que l'on dépasse la pornographie pure et dure pour une sorte de bilan sans tabou d'une vie. Attendez-vous tout de même à des scènes qui peuvent choquer tant Andrevon ne prend pas de gants (sans mauvais jeu de mot) et enchaîne les «moments de bravoures» dans la recherche de l'extase!

Il faut rajouter à ces épisodes bien salés, un cadre assez inquiétant qui entoure le héros et son chat castré (sic!). Il n'a plus de contact avec personne et l'apocalypse a eu lieu. Sans jamais donner plus de précision, la tension monte, la solitude se fait sentir et on est face à quelqu'un de profondément humain. C'est sans doute cela qui sauve ce roman: la possibilité de s'identifier par moments (pas tout le temps je vous rassure, le personnage est bien barré tout de même!) à un être esseulé et néanmoins lucide.

La langue utilisée est elle aussi particulière. Proche du langage oral, très crû, Andrevon se joue de la syntaxe et de l'écriture classique. Il coupe et charcute ses phrases, se répète à l'envie, donnant un surplus de fièvre et d'obsession à cette quête très intime. Franchement, je n'ai jamais lu quelque chose de cet acabit et ça se révèle rafraichissant et surprenant (et Dieu sait que j'aime être surpris dans mes lectures).

Certes ce n'est pas le livre de l'année pour moi mais cela reste une découverte intéressante pour qui remise sa pudeur et sa morale le temps d'une lecture aux accents parfois épiques. Pour lecteurs avertis uniquement!

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