samedi 24 mai 2014

"L'Ordre et le chaos" de Maud Tabachnik

ordre et chaos

L'histoire: À quarante ans, après la mort de sa mère, Merryl réalise enfin son rêve : quitter son pays de Galles natal et prendre la route à bord d’un camping-car. Mais ce qu’elle découvre n’est pas la liberté, plutôt l’injustice et la brutalité des hommes. Prise dans l’engrenage de la violence et de ce qu’elle croit être la légitime défense, Merryl devient la criminelle la plus recherchée du royaume. Mais comment l’inspecteur Milland, ex-star de Scotland Yard, pourrait-il imaginer, en remontant une route jonchée de cadavres, que cette folie meurtrière est l’œuvre d’une femme ?

La critique Nelfesque: Maud Tabachnik est une auteure de thriller que j'ai toujours voulu découvrir. Après la mauvaise expérience de Mr K avec "Tous ne sont pas des monstres", j'ai été quelque peu refroidi mais la 4ème de couverture de "L'Ordre et le chaos" a fini de me convaincre. C'est maintenant que je tente l'expérience!

Ce roman ci est à la frontière entre thriller et roman noir. Le personnage principal, Merryl, est une femme en souffrance. Elle vient de perdre sa mère qu'elle n'avait jamais quitté mais là n'est pas le plus dramatique, bien au contraire. La vie qu'elle a vécue à ses côtés était un tel enfer, inconscient jusque là, que sa mort est une vraie délivrance. Brimades, vexations, oppressions, chantage affectif, humiliations... Merryl est passée par tout cela et par là même à côté de sa vie.

Elles qui ont toujours vécu chichement, se refusant tout plaisir, pour Merryl c'est un véritable choc de découvrir que sa mère constituait un "petit" pécule en réquisitionnant son propre salaire et n'était rien de moins qu'une folle, égoïste et castratrice. Elle décide de vendre leur maison, d'acheter un camping-car toutes options et partir à l'aventure sur les routes. Son rêve de toujours est enfin là, à portée de main: découvrir le monde et profiter de la vie! Maud Tabachnik entraîne alors ses lecteurs dans un road movie sur les routes de l'Angleterre profonde à la découverte de ses petits villages et de ses paysans.

Oui mais voilà, la prison qu'avait constitué sa mère autour d'elle était aussi une protection et Merryl va vite le découvrir en même temps que la cruauté des gens ou au mieux leur indifférence. Elle pensait naïvement que le monde n'était qu'amour, piou piou, échanges enrichissants et licornes colorées mais elle va vite déchanter. Et Merryl, quand elle déchante, elle devient colère, elle devient vengeance et elle tire dans le tas!

Efficace, ce roman se lit très vite et très facilement. L'écriture est simple et claire, le style cinématographique est plaisant et permet de donner du rythme à l'ensemble. Je n'ai donc pas été rebuté comme Mr K a pu l'être mais je ne dirai pas que c'est un roman à lire absolument pour autant...

Le manichéisme "Merryl la gentille déçue vs les méchants vivant dans un monde hostile" fini par lasser et les personnages caricaturaux au possible ôtent toute empathie de la part du lecteur. Les situations sont alors prévisibles et j'ai trouvé que ce parti-pris ne servait pas du tout le roman. Bien au contraire.

Alors oui, "L'ordre et le chaos" se lit bien mais il se lit juste bien. Ce n'est pas le thriller de l'année, c'est un roman sympa à lire le temps d'un voyage en train ou affalé au soleil sur la plage. Il a un petit côté défouloir qu'on ne va pas bouder mais il est aussitôt lu, aussitôt oublié. La fin pourra surprendre certains lecteurs je pense bien que ce ne fut pas mon cas (en grande amatrice du genre que je suis, on ne me la fait plus! héhé!). Cela ne lui enlève pas pour autant toute sa puissance et ce dernier souffle salvateur, développant jusqu'à son paroxysme la psychologie de Merryl, me fait dire que cette lecture valait tout de même l'aventure.

A lire si vous êtes en manque de thriller en ce moment mais ne vous attendez pas à plus qu'à un divertissement qui fait passer le temps. A vous de voir...

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dimanche 18 mai 2014

"Joyland" de Stephen King

joylandL'histoire: Les clowns vous ont toujours fait peur?
L'atmosphère des fêtes foraines vous angoisse?
Alors, un petit conseil: ne vous aventurez pas sur une grande roue un soir d'orage...

La critique Nelfesque: En premier lieu et avant de donner mon avis sur "Joyland", je tiens à dire que si vous avez toujours eu peur des clowns et si l'atmosphère des fêtes foraines vous angoisse, vous pouvez lire ce livre. Je ne sais pas ce qu'a fumé la personne qui a rédigé la 4ème de couverture ou si même, pire, elle a bien lu le roman, parce qu'il n'est pas du tout question de clown dans cet ouvrage! Quant à l'atmosphère de cette fête foraine, elle est tout sauf angoissante. Une vraie publicité mensongère que ces quelques lignes! Moi qui au contraire attendez des clowns pour renouer avec l'ambiance "Ca", j'ai bien été déçue sur ce point.

Cela faisait de nombreuses années que je n'avais pas lu d'ouvrage de Stephen King. J'en ai été très fan à mon adolescence puis peu à peu j'ai commencé à me lasser, voyant de grosses ficelles reprises maintes et maintes fois, étant déçue par les fins de roman bâclées... Le cycle "Désolation" / "Les régulateurs" en 96 a signé ma rupture avec l'auteur.

Et aujourd'hui, arrive en librairie un nouveau roman qui attise ma curiosité, me donne envie de renouer avec l'univers de SK. Une fête foraine, des clowns (je croyais en trouver...), une ambiance malsaine... Je me lance avec l'espoir de retrouver l'engouement de mes jeunes années. Bien que n'ayant pas trouvé dans "Joyland" les ingrédients promis dans le résumé, j'ai retrouvé, contre toute attente, l'envie de poursuivre ma lecture au fil des pages, une véritable empathie pour les personnages et la joie d'une sensation depuis longtemps perdue.

Vous l'aurez compris, j'ai aimé "Joyland"! J'ai aimé me perdre dans ses pages, suivre Devin dans son quotidien d'étudiant et sa découverte de Joyland, un parc d'attraction dans lequel il va travailler pendant l'été 1973. Jeune homme attachant et respectueux, presque trop gentil, il va durant cet été vivre en accéléré une expérience enrichissante et grandir en quelques mois comme jamais il ne l'avait fait jusqu'alors. Autour de lui gravite toute une clique de saltimbanques originaux, gais et sympathiques qui vont le prendre sous leurs ailes et lui raconter les secrets du parc d'attraction, et plus particulièrement ceux de la Maison de l'Horreur.

Il fera aussi la connaissance d'Erin et Tom, ses colloc' et collègues le temps d'un été et amis pour la vie, Mike et sa maman, petit garçon handicapé aux pouvoirs surprenants... Les personnages gravitant autour de Dev sont des plus attachants. On ressent une vrai sympathie pour eux tout le long de la lecture, ce qui facilite l'identification aux personnages et l'appât du lecteur pour ce roman qu'il ne peut plus lâcher.

Habituée aux romans d'horreur avec Stephen King, ici on en est bien loin. Ce sont les rapports humains qui sont le point central de "Joyland" et la découverte d'un autre monde, celui des forains. Il y a bien une petite dimension fantastique mais pour moi on est ici dans de la littérature contemporaine.

C'est un Stephen King apaisé et recentré que j'ai retrouvé dans "Joyland" avec beaucoup de plaisir et de tendresse. Il nous prouve ici qu'il n'y a pas besoin d'en faire des tonnes dans le gore et l'épouvante pour faire vibrer les lecteurs et qu'un peu de finesse est la bienvenue dans ce monde de surenchère. Un roman que je vous conseille, même si d'ordinaire vous détestez Stephen King. Je prends les paris qu'il saura ici vous charmer!

Posté par Nelfe à 13:45 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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lundi 12 mai 2014

"L'Elixir d'amour" d'Éric-Emmanuel Schmitt

elixirL'histoire: "L'amour relève-t-il d'un processus chimique ou d'un miracle spirituel? Existe-t-il un moyen infaillible pour déclencher la passion, comme l'élixir qui jadis unit Tristan et Iseult? Est-on, au contraire, totalement libre d'aimer?".
Anciens amants, Adam et Louise vivent désormais à des milliers de kilomètres d'un de l'autre, lui à Paris, elle à Montréal. Par lettres, tout en évoquant les blessures du passé et en s'avouant leurs nouvelles aventures, ils se lancent un défi: provoquer l'amour. Mais ce jeu ne cache-t-il pas un piège?

La critique de Mr K: C'est toujours avec un petit sourire aux lèvres que je commence un Éric-Emmanuel Schmitt. Il touche à tous les genres littéraires (roman, nouvelle, théâtre) et je n'ai jamais été déçu. Ici, on a affaire au roman épistolaire, un style bien particulier et qui m'a ravi par le passé avec notamment Inconnu à cette adresse ou encore les classiques Les liaisons dangereuses et Dracula. Je me lançai donc plein d'optimisme dans cette lecture qui ne devait durer que deux heures! En effet, 160 pages composent l'ensemble mais les lettres que s'envoient les deux protagonistes sont assez courtes et je n'ai pu détacher mes yeux des pages tant j'ai été captivé par cet échange épistolaire.

Adam et Louise se sont aimés ardemment pendant cinq ans. Cette dernière décide de rompre et pour mieux rebondir de partir à Montréal pour refaire sa vie professionnelle. Adam souhaite entreprendre avec elle une nouvelle histoire placée cette fois-ci sous le signe de l'amitié. Le démarrage est timide, puis peu à peu, Louise accepte. Ils commencent alors à se livrer l'un à l'autre comme jamais auparavant et se questionnent mutuellement sur l'amour, sa nature et ses finalités. Peu à peu, leurs vies personnelles évoluent et les rapports de force semblent fragiles tant la correspondance qui nous est ici livrée met à nue les âmes et les actions des deux protagonistes. On se dirige tout droit vers une révélation finale qui remettra chacun à sa place et éclairera le lecteur sur l'amour et ses conséquences.

Ce petit livre s'apparente à un puzzle. Lettre après lettre, les scripteurs lèvent le voile sur leur caractère et leurs idées sur l'amour. Il est jouisseur et passionné, elle semble plus raisonnable et détachée. Étrange donc se dit-on que ces deux êtres essaient de nouer une amitié tant ils semblent éloignés spirituellement l'un de l'autre. Mais ils ont un commun une somme d'expérience qui semble pouvoir combler ce trou affectif pas si différent de l'amour sauf "par la peau" comme le dit Adam dès ces premières lettres. Peu à peu, les débats tournent autour de leurs nouvelles vies et de la notion d'amour. Peut-on le provoquer? Adam en est sûr et va s'employer à essayer de le prouver à Louise en expérimentant une technique sur Lily, une jeune femme qu'il va rencontrer par l'entremise de sa correspondante. Commence alors la lente déconstruction de tout ce qui a précédé pour mener tout droit à une fin qui vient cueillir le lecteur comme un néophyte.

Par son caractère court et épuré "L'élixir d'amour" fait merveille. Schmitt n'a pas besoin d'accumuler les lignes pour réussir à cerner ses personnages. En très peu de mots, on se fait très vite une idée assez précise de Louise et Adam. Le genre épistolaire aidant, se rajoute sur la trame une impression d'urgence et d'immédiateté qui prend au cœur le lecteur otage d'une mécanique implacable et très bien huilée. On navigue en eaux troubles, on se laisse prendre par les subtilités de cette joute réflective et parfois cynique, comme il peut s'établir entre deux anciens amants. On rit, on s'émeut, on se rembrunit à loisir au fil des lettres échangées. On fait corps avec ces deux inconnus qui nous touchent au plus profond de soi et on s'interroge sur sa propre situation. Je suis ressorti étrangement léger et heureux de cette lecture.

Livre profond, construit d'une manière astucieuse et d'une précision de métronome, la langue simple et délicate de l'auteur met en relief cette histoire sans âge et universelle d'une manière instantanée et à haute valeur émotionnelle. Ce plaisir insidieux et durable est à découvrir au plus vite!

Egalement lus et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Evangile selon Pilate
- La Part de l'autre
- Oscar et la dame rose
- Crime parfait, Les Mauvaises Lectures : deux nouvelles à chute

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mardi 6 mai 2014

"13 jours" de Valentina Giambanco

13joursL'histoire: L’assassin lui a donné 13 jours. 13 jours pour tenter de comprendre. 13 jours avant de plonger dans les ténèbres...
À Seattle, personne n’a oublié le mystère de la Hoh River : trois gamins enlevés, cachés dans les bois. Seuls deux d’entre eux avaient réapparu, incapables de se souvenir de ce qui leur était arrivé. Vingt-cinq ans plus tard, un couple et ses deux fils sont sauvagement assassinés. Au-dessus de la porte de la chambre, le tueur a laissé un message : 13 jours. Très vite convaincue que les deux affaires sont liées, puisque le père de famille qui vient d’être assassiné était l’un des trois enfants kidnappés, la police manque pourtant de preuves. Pour sa première grande enquête, l’inspecteur Alice Madison devra se fier à son instinct. Au cœur des forêts, le cauchemar va recommencer. Dans 13 jours.

La critique Nelfesque: "13 jours" est un roman qui m'a séduite par sa 4ème de couv'. Un thriller mettant en scène des enfants, une "bleue" à la Crim', il ne m'en faut pas plus!

J'ai mis bien moins de 13 jours pour lire ce roman de 540 pages, je l'ai torché en 3 jours. Autant le dire tout de suite, c'est le genre de bouquin que l'on a du mal à lâcher. La scène de départ, le meurtre d'une famille entière, les 2 enfants en bas âge compris, arrive très vite et le lecteur est d'office immergé dans l'ambiance. Pas de fioritures, pas de gore gratuit non plus mais suffisamment de détails pour accrocher les amateurs du genre dès les premières pages.

Valentina Giambanco a un style littéraire très cinématographique. Aucun mal pendant sa lecture à voir défiler les scènes dans sa tête. C'est fluide, rythmé, cadencé comme un long métrage et l'auteur sait en garder sous le coude tout du long pour ménager le suspense. Je dirai que pour cela, "13 jours" est bien efficace. Un bon page turner avec des personnages assez complexes qui titillent la curiosité du lecteur.

Un bon page turner mais un page turner de plus. Rien de transcendant ou de novateur dans ce roman. Ce n'est pas la révélation de l'année dans le genre. Ne boudons pas notre plaisir pour autant et profitons des oeuvres bien construites et plaisantes à lire mais je dois dire qu'en tant qu'amatrice de thrillers / polars / romans noirs, je suis plus à la recherche maintenant de frissons novateurs, d'écriture qui se démarque franchement du commun des thrillers et d'une histoire qui me hante longtemps. Ici, ce n'est pas vraiment ça et j'aurai sans doute oublié les 3/4 du roman dans quelques mois malgré ses points positifs évoqués plus haut.

Côté personnage tout de même, j'ai aimé la froideur de John Cameron, le principal suspect (on l'apprend assez vite) et le côté ambigu de son avocat et ami Nathan Quinn. Cette relation particulière et ce jeu du chat et de la souris avec les autorités par les textes de loi et par la capacité qu'à Cameron de passer inaperçu apportent un plus au roman. Le tueur présumé n'est pas forcément un être déshumanisé et caricatural et c'est appréciable.

Alice Madison, inspectrice nouvellement nommée à la Crim' est tout aussi intéressante par sa jeunesse, ses maladresses mais surtout son amour pour son métier et son envie de bien faire. On s'identifie assez facilement à ce bout de femme à la fois fragile et forte. De plus, un évènement personnel la poussant dans son enquête force la sympathie du lecteur. Classique mais agréable.

Au final, vous l'aurez compris, même si "13 jours" n'est pas LE thriller à lire absolument dans sa vie, il sait ravir les amateurs du genre qui passent un bon moment entre ses pages. Une découverte attrayante que je vous conseille.

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jeudi 17 avril 2014

"Le Maître bonsaï" d'Antoine Buéno

maitre-bonsaiL'histoire: "La légende de la fin des temps raconte qu'après la mort de Sakurako le monde n'était plus que désolation. Pourtant, sur la terre désertée, s'éleva bientôt un arbre à l'endroit même où la jeune fille s'était éteinte, frappée par le sabre de son père. À la fin du monde, ne subsista plus qu'un cerisier blanc, gardé par un serpent."

Empreint de mystère et d’étrangeté, ce roman à la lisière du conte initiatique nous ouvre à la magie des bonsaïs pour révéler un secret : celui de notre part d’ombre.

La critique de Mr K: Voici un livre à côté duquel je serai sans doute passé si l'on ne me l'avait pas proposé en partenariat. Je ne connaissais pas du tout cet auteur avant la lecture du "Maître bonsaï" et franchement, le hasard fait bien les choses tant cette expérience s'est révélée marquante entre plaisir simple pour débuter et plongée ténébreuse en toute fin de roman. Apprêtez-vous à rentrer en territoire inconnu entre vie ascétique et secrets enfouis.

Le héros n'a pas de nom, pas de nationalité précise... On sait juste qu'il est plutôt âgé et qu'il exerce la profession de maître bonsaï. Il semble vivre reclus dans sa boutique où il mène une existence en osmose avec ses arbres miniatures. Il voit peu ou pas de personnes hormis ses clients qui sont nombreux et reviennent régulièrement louer les talents fabuleux de ce professionnel plus que méticuleux. Il le dit lui-même au début du roman, il a quitté le règne animal pour celui apaisant du règne végétal. Il communique littéralement avec ses bonsaïs et le héros plane à dix mille mètres au dessus des réalités terrestres.

Tout change quand une jeune femme sans nom elle aussi rentre dans sa boutique. Au début rien de notable, puis peu à peu une étrange relation semble se nouer entre ces deux êtres que tout semble opposer: il est stoïque la plupart du temps, elle bouillonne d'énergie. Loin d'être une simple rencontre fortuite, cette relation va être au centre de l'évolution de l'intrigue, très vite sous le glacis des apparences se noue un drame viscéral qui ne trouvera sa résolution qu'à la toute fin de l'écrit, qui change du tout au tout lors d'une révélation finale aussi glaçante que traumatisante. Sans rire, j'ai eu du mal à m'endormir après cela...

Ce livre est une vraie petite bombe que je trouve pour ma part très original. Son écriture est assez unique en son genre avec la multiplication de litanies sous la forme de phrases très courtes à la syntaxe plus qu'approximative comme dirait les gardiens du temple! Mais voilà, c'est justement ce côté déséquilibré et étrange qui rend ce récit attachant et vivant. On suit le personnage principal à travers ses monologues intérieurs et on n'ignore rien de ce qu'il ressent ou feint de non ressentir. Très évocatrice, la langue se fait douce et enivrante par moment, on se fait emporter très rapidement avec aucun espoir de pouvoir refermer ce livre avant la fin.

Au fil de la lecture, l'aspect répétitif prend tout son sens. Par petites couches successives, on entrevoit un passé bien trouble chez ce maître bonsaï. Peu à peu, une boule se noue et on se rend compte que cette vocation n'est pas venue par hasard, que derrière tout cela se cache quelque chose de très douloureux et une immense solitude. Quand la révélation vient, toute la tranquillité et l'aspect taoiste du livre disparaissent pour ne laisser place qu'à un désert exsangue et mélancolique. On ressort de cette lecture remué comme jamais (sauf peut être avec "Rafael, derniers jours" de Gregory McDonald) et avec la conscience d'avoir lu une belle et grande oeuvre.

Vous l'avez compris, ce livre est désormais classé parmi les meilleurs que j'ai pu lire tant on baigne dans un univers intemporel, sans effet de manche inutile, où l'humain et la nature sont au centre du monde. Une belle et rude lecture que je vous invite à entreprendre au plus vite!

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lundi 24 février 2014

"Au revoir là-haut" de Pierre Lemaitre

aurevoirlahautL'histoire: "Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d'avantages, même après".
Sur les ruines du plus grand carnage du XXème siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu'amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts...

La critique de Mr K: Lors de l'annonce du prix Goncourt 2013, je me suis réjoui pour trois raisons. Tout d'abord, on primait une maison d'édition autre que les cadors qui se partagent le prix depuis des lustres, deuxio le lauréat était un auteur issu du polar (genre sous-évalué par la nomenklatura intellectuelle de France) et enfin, il s'agissait d'un livre se déroulant durant la première guerre mondiale et les années qui se déroulent juste après, période historique que j'affectionne tout particulièrement et que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer ici même avec le classique de Dorgelès Les croix de bois et plus récemment, la BD sur les poilus devenus fous durant le conflit. C'est avec grand plaisir que je reçus ce livre pour Noël de la part de belle maman qui décidément se révèle précieuse et à l'écoute des pistes lancées par ma Nelfe adorée! Merci chérie!

Le livre commence dans la boue des tranchées où nous suivons trois hommes dont les destins ne vont faire que se croiser dans les mois et années à venir. Deux troufions de base lancés sur le no man's land à l'assaut de la colline 113 vont être les témoins d'une bavure insoutenable, commis par leur lieutenant, Henri d'Aulnay Pradelle, personnage que vous adorerez détester tout comme moi. Edouard et Albert ne vont cesser d'essayer d'échapper à ce prédateur, nobliaux qui en veut au monde entier et qui par ses manières courtisanes essaie de redorer le blason terni de sa famille. Au sortir de la guerre, Edouard est défiguré et Albert traumatisé par ce qu'il a vécu. Une amitié est née durant le conflit et va se révéler indéfectible. Ils vont mettre sur pied une machination amorale en ces temps de deuil national pour gagner leur place au soleil. Mais voilà, on n'a rien sans rien et les risques sont importants. Commence alors un compte à rebours des plus angoissant pour tous les protagonistes...

Ce livre est une merveille, une gigantesque claque que l'on se prend en pleine face. L'immersion est totale et dès les premiers chapitres on ne peut que constater le talent rare dont fait montre Pierre Le Maître pour reconstituer la grande boucherie de 14-18. Digne de Barbusse et de Dorgelès (et pourtant, il ne l'a pas vécue!), nous sommes plongés dans la boue, la mitraille et le vacarme de la guerre de tranchées. Le réalisme perdure dans la période qui suit où l'auteur nous brosse un portrait fidèle, vivant et fascinant de la société française d'après guerre. Nul milieu n'échappe à sa plume: au fil des personnages qui nous sont ici livrés, il évoque avec pudeur et précision le prolétariat le plus pauvre, les poilus revenus vivants et traumatisés, les gueules cassées que l'on considère avec honte et parfois avec horreur, la place de la femme dans la société de l'époque, la bourgeoisie décadente, le haut fonctionnariat et les carrières qui se font et se défont au fil des scandales et des promotions. C'est autant de figures et personnages remarquablement ciselés que nous apprenons à apprécier, déprécier voir parfois détester.

Malgré quelques libertés historiques prises pour mieux aérer l'intrigue, le background est saisissant et très abordable même si l'on n'a pas d'études supérieures d'histoire derrière soi. Les milieux militaires et commémoratifs sont explorés au scalpel et l'on se rend vite compte que derrière les grands principes et les idéaux républicains, l'argent roi, le carriérisme et l'intérêt particulier prime sur le devoir de mémoire et de reconnaissance. Nos pauvres poilus en sont réduits à la fonction de simples pions que l'on peut sacrifier et déshonorer sans remord aucun. La tension et l'atmosphère de l'époque sont très bien rendus et par moment pour éviter de sombrer dans la mélancolie et le dégoût quelques passages solaires, lumineux entretiennent l'espoir malgré un récit angoissant et il faut bien le dire, stressant au possible. On est tellement épris de sympathie pour ces deux victimes de la guerre (Albert et Edouard) qu'on ne peut que frémir face aux péripéties que l'auteur sadique se complait à les faire traverser. Les personnages secondaires sont aussi très réussis, j'ai aimé le vieil industriel qui commence à aimer et à penser à son fils seulement après sa disparition, Madeleine est aussi une vraie réussite résumant à elle seule les femmes d'une certaine classe sociale dans le rôle qu'on leur donne et les choix qui leur sont offerts, il y a aussi le personnage de la petite Louise qui est un véritable rayon de soleil au cœur de ses destins torturés qui nous sont ici proposés.

L'ouvrage compte exactement 564 pages et vous pouvez me croire quand je vous dis que c'est un bonheur de chaque instant, que le plaisir grandit au fil des chapitres traversés par un esprit de plus en plus obnubilé par une trame dense et maitrisée. Maître du suspens, à la langue à la fois exigeante et abordable, impossible de résister, de tenter de s'échapper, on veut connaître et savoir la fin de cette histoire hors norme, à la fois attirante et repoussante de part ses tenants et ses aboutissants. On passe vraiment par tous les états et au final, c'est avec un grand sourire au lèvre et la satisfaction d'avoir lu une œuvre majeure que l'on referme ce livre heureux et ému.

Une grande grande lecture qui m'a marqué et restera longtemps gravé dans ma mémoire. À lire absolument!

mercredi 19 février 2014

"William Blake ou l'infini" de Christine Jordis

blakeL'histoire: Né au-dessus d'une échoppe de bonnetier, à Londres, William Blake (1757-1827) affirmait que, pour retrouver la joie que nous portons en nous, "il suffit de nettoyer les fenêtres de la perception". Après avoir vu Dieu à huit ans, puis un arbre "rempli d'anges", il dessina, peignit, grava, écrivit de longs poèmes prophétiques. Anticlérical, antimonarchiste, pacifiste, révolté par la misère et l'injustice sociale, il voulut changer l'homme et le monde. À l'argent-roi, il opposa l'esprit, c'est-à-dire la poésie et l'art. Rejeté par son époque, condamné à la solitude et à la pauvreté, il n'en continua pas moins de poursuivre son chemin jusqu'à sa mort.

La critique de Mr K: Je n'ai jamais chroniqué ni lu de William Blake. Et pourtant... ce personnage essentiel de la littérature anglaise, je l'ai croisé à moultes reprises lors de mes différentes lectures, notamment lors de mes incursions dans les domaines de la SF et autres transfictions. Souvent cité en prélude d'ouvrage ou par des personnages lettrés, cette référence qui m'était inconnue en tant que littéraire formé à l'école française m'attirait de part son écriture aussi évocatrice que novatrice pour son époque. Rappelons ici qu'il a notamment inspiré Aldous Huxley pour son merveilleux ouvrage Les portes de la perception et par là même, donné son nom au groupe de Jim Morrisson. Étrange personnage donc que ce Blake que l'on étudie peu ou pas en France à l'instar d'un Keats ou d'un Milton. L'occasion m'a été présentée de lire le présent ouvrage de Christine Jordis qui se propose de tracer une biographie-philosophique de Blake.

D'extraction modeste, William Blake n'a pas vraiment eu une vie extraordinaire, bien des éléments qui nous sont connus de son existence sont banals et ne permettent en rien d'éclairer sa pensée. D'abord considéré comme un peintre étiqueté pré-romantique, très vite il s'orienta vers la gravure un genre qu'il affectionne tout particulièrement. Pour Christine Jordis l'aspect plasticien de cet artiste est indissociable des travaux qu'il mènera en terme de poésie. On retrouve dans les deux pans de son œuvre son goût prononcé pour le mysticisme, l'ésotérisme et surtout son esprit rebelle et progressiste. Ayant vécu à cheval entre le 17ème et le 18ème siècle, il défend à travers ses vers nombre d'idées révolutionnaires notamment en prônant l'idée de laïcité, de refus du manichéïsme et en distillant l'idée que le divin réside en chaque être humain (la poésie). Fruit d'une culture classique, l'influence des écrits évangéliques est très prononcée dans ces œuvres et les références bibliques sont nombreuses dans ses paraboles et autres transpositions.

Profondément humaniste mais pas rousseauiste (Blake est loin de se conforter dans la niaiserie), il place l'homme au centre du monde avec la délicate responsabilité de faire ses propres choix en conscience sans en référer à des puissances supérieures visibles ou invisibles. Vous imaginez du coup les réactions que cela a pu provoquer à l'époque où monarchies et Églises se partageaient les pouvoirs. Malgré cet aspect novateur et hors norme, Blake vivra toute sa vie chichement et mènera ses combats jusqu'à sa mort. Son influence se fait encore aujourd'hui ressentir et nombres d'oeuvres contemporaines le cite ouvertement, je pense notamment au génial "Dead Man" de Jim Jarmusch, où le héros campé par Johnny Depp se nomme justement William Blake et suit une route initiatique faisant écho à l'œuvre du poète anglais.

Cet essai aussi court que dense m'a littéralement passionné même si je dois bien avouer que certains aspects m'ont échappé tant je suis un béotien en ce qui concerne l'œuvre d'origine et que la réflexion fournie par Christine Jordis se révèle parfois ardue à saisir (mon année de terminale est tout de même assez éloignée), nécessitant par là même une deuxième lecture de certains passages et l'ouverture régulière du dictionnaire, meilleur ami du lecteur comme chacun sait. Pour autant, cette première approche n'a fait que raviver la flamme de mon désir de lecture et je pense que je me tournerai dans les mois qui viennent vers l'œuvre de ce poète de génie.

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jeudi 30 janvier 2014

"Volt" d'Alan Heathcock

9782226249760gL'histoire : Krafton, petite ville imaginaire de l'Amérique profonde aux allures bibliques, où abondent secrets inavouables, crimes anciens et chagrins enfouis, est le décor des nouvelles d'Alan Heathcock. L'écriture puissante et lyrique, le suspense sombre qui imprègne ce paysage et la poésie avec laquelle l'auteur évoque la violence inhérente à l'Amérique marquent la naissance d'un écrivain au talent singulier.

La critique de Mr K : Belle découverte aujourd'hui avec ce recueil de nouvelles d'un auteur que je ne connaissais pas et dont je n'avais même pas entendu parler avant de me voir offrir le présent livre par mes parents pour mon anniversaire. Il a à priori marqué les esprits littéraires outre-atlantique qui y voient un talent prometteur et tout à fait original.

Pour une première sortie livresque, Alan Heathcock nous livre une série de nouvelles se déroulant dans la même petite ville américaine typique américaine: Krafton. À travers une dizaine de courts récits et autant de destins différents, le lecteur est invité à découvrir l'envers du décor de l'american way of life. Sous ces apprêts séduisants et bucoliques, il y a bel et bien quelque chose de pourri à Krafton. Les familles et maisons présentées ici cachent de lourds secrets et des psychés tourmentées au possible. Loin d'y aller frontalement, c'est par petites touches que l'auteur lève le voile sur les désirs secrets et divers tabous de toutes sortes planant sur cette communauté qui semble au premier abord ancrée dans une réalité monotone et sans histoire. Crimes de sangs, pulsions destructrices, envies malsaines, autant de déviances à la fois lourdes de menace mais aussi malheureusement, de banalité. Car ici, le mal se fait banal et acceptable pour la communauté ce qui rend le malaise encore plus prégnant sur le pauvre lecteur qui ne sait plus à quel saint se vouer!

Ainsi, une policière détentrice de l'ordre traverse la ligne jaune qui la fera basculer du côté obscur de la force, une maman au nom de l'amour maternel et inébranlable qu'elle voue à sa progéniture va devoir accepter l'inacceptable, un homme va tout quitter du jour au lendemain pour suivre un espoir / une ombre... autant de personnages cassés et éprouvés par la vie qui se fait ici cruelle et âpre. Le pire c'est qu'on aime ça et qu'on en redemande!

L'écriture de Heathcock est une vrai merveille. Directe, concise et sans concession, elle reflète à merveille l'univers sombre, froid et mélancolique qui se dégage de cet ouvrage. Le lecteur ne peut que s'enfoncer de plus en plus dans Krafton sans possibilité de résistance. Le lien se fait d'une histoire à l'autre, un fil conducteur à la fois ténu et évident, le tout formant une somme à la fois fascinante et inquiétante. D'un noir absolu, peu de place est laissée ici pour l'espoir et l'humanisme tant les individualités évoquées semblent repliées sur elle-même. Noir c'est noir...

Une excellente lecture que je conseille à tous les amateurs de roman noir qui se trouve ici magnifié par une écriture ciselée et une série de nouvelles aussi courtes que fulgurantes. Un petit bonheur, je vous dis!

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vendredi 20 septembre 2013

"La Conjuration primitive" de Maxime Chattam

LA_CONJURATION_PRIMITIVEL'histoire: Une véritable épidémie de meurtres ravage la France.
D'un endroit à l'autre, les scènes de crime semblent se répondre. Comme un langage ou un jeu. Plusieurs tueurs sont-ils à l'oeuvre? Se connaissent-ils?
Très vite, l'hexagone ne leur suffit plus: l'Europe entière devient l'enjeu de leur monstrueuse compétition.
Pour mettre fin à cette escalade de l'horreur, pour tenter de comprendre: une brigade pas tout à fait comme les autres épaulée par un célèbre profiler.

La critique Nelfesque: De Maxime Chattam, je n'avais lu que "La Trilogie du mal" il y a moins de 2 ans. Autant dire que j'ai commencé ma découverte de l'auteur un peu tard et que bien qu'ayant aimé cette trilogie (surtout le tome 2, "In tenebris", pour dire vrai), je n'ai pas poursuivi dans ma découverte de cet auteur. Mr K de son côté a lu d'autres romans qu'il n'a pas trouvé plus prenants que cela (je mets les liens en bas de billet), du coup je n'ai pas emboité ses pas dans ces lectures.

"La Conjuration primitive" a toutefois éveillé ma curiosité et j'ai retenté l'expérience Chattam. Quelle riche idée j'ai eu là! On retrouve ici l'écriture halentante et le suspens insoutenable d'"In tenebris". De plus, avouez que la quatrième de couverture laisse présager une trame qui a tout ce qu'il faut pour me plaire.

Tout le long du roman, le lecteur est tenu en haleine par une plume concise, simple mais allant droit au but, sans fioritures et un rythme endiablé donné au roman. En lisant la première page, il ne s'imagine pas qu'il ne fera qu'une bouchée de cet ouvrage, que le temps filera à une allure folle et qu'il ira de surprise en surprise.

L'histoire est sordide, les meurtres sont glauques, les tueurs sont vraiment tordus et les gendarmes qui suivent l'enquête ont ce qu'il faut d'humain et d'attachant pour nous paraître familier. Tout est là pour faire passer aux lecteurs adeptes du genre d'excellentes heures de lecture. Et c'est exactement ce qu'il s'est passé pour moi! J'ai frémi, j'ai été gentiment dégoutée par certaines scènes (oui, oui, on peut être "gentiment" dégouté, c'est possible), j'ai été en colère, surprise, hallucinée... J'ai vraiment vécu ce roman jusqu'à la dernière page.

Dans "La Conjuration primitive", autant être prévenu dès le départ, rien ne vous sera épargné. Votre personnage préféré se prend une méchante claque à un moment de l'histoire? Attendez-vous à ce qu'il s'en prenne une autre quelques pages plus loin et pourquoi pas un gros coup de poing dans la face encore plus loin! A l'image de ce que se prend le lecteur notamment à mi roman (ceux qui ont lu ce livre verront sans doute à quoi je fais allusion). "La Conjuration primitive" est une expérience physique et quand on est fan de thrillers c'est un plaisir total! L'excitation grandit, les évènements s'accélèrent, le huit clos oppressant fait son apparition et c'est dans une apothéose de stress que le roman prend fin.

Le lecteur referme le livre avec l'impression d'avoir pris une méchante raclée, un double combo Yama Zuki en pleine poire! Quel bonheur! Le Chattam de "La Conjuration primitive" ne prend pas ses lecteurs pour des noobs et leur assène scène choc sur scène choc sans temps mort. Mention spéciale également pour le clin d'oeil à "La Trilogie du mal" à la fin du roman qui m'a vraiment ravie et mis le sourire jusqu'aux oreilles à l'instant T.

Bon alors, qu'est ce que vous attendez? Vous n'êtes pas déjà chez votre libraire pour vous procurer cette bombe!?

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "L'Ame du mal"
- "In tenebris"
- "Maléfices" (ah mais mince, je ne l'ai jamais chroniqué celui là...)
- "Les Arcanes du chaos"

Posté par Nelfe à 19:35 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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vendredi 16 août 2013

"Anges" de Julie Grelley

angesL'histoire: "Pour être sûr qu’un amour est véritable, il faut que le désir ait disparu. Et pour que le désir ait disparu, il faut que la beauté ait disparu…"

Colline, trente-trois ans, cent dix kilos, employée modèle d’un magasin de bricolage, est en liberté conditionnelle. Il fut un temps où elle s’appelait Lynn, et défilait sur tous les podiums de haute couture. Avant qu’elle ne se décide à s’auto-détruire et à enlever de jeunes garçons, pour mieux les sacrifier à sa mission christique…

La critique Nelfesque: Oh my god! Amis lecteurs je vous présente ici un roman puissant, un roman qui m'a bluffée et qui me fera surveiller de près les prochaines publications de Julie Grelley.

"Anges" est son premier roman qui date maintenant de quelques années et quelle maîtrise pour une première oeuvre! L'histoire est dure et je le dis tout de suite: âmes sensibles s'abstenir, ici peut être même plus qu'ailleurs. Colline, narratrice et personnage principal du roman, est une femme de 33 ans "pas très bien dans sa tête". C'est le moins que l'on puisse dire... Depuis gamine elle a une idée en tête: fabriquer son propre ange, pour elle, rien qu'elle. Et comment fabrique-t'on un ange? En kidnappant un jeune enfant de sexe masculin et en faire un être divin assexué. Oui, oui vous avez bien lu, il s'agit bien d'émasculer un pauvre gamin...

Dans la tête de Colline, là où le lecteur est au première loge, cette démarche n'est pas folle. Il ne s'agit pas ici de faire du mal mais de libérer un petit être. C'est une mission divine qu'a Colline et pour la mener à bien elle déploie toute son énergie.

Lors de sa première tentative, lorsqu'elle était encore adolescente, elle n'a pas pu aller au bout de son processus, prise sur le fait par sa soeur et ses parents alors qu'elle n'en était encore qu'à préparer sa victime, attaché nu dans la grange familiale. Le petit Jérémie a eu "la chance" d'être sauvé et Colline est depuis surveillée par les autorités et incomprise de sa famille. Depuis cette période, elle, jadis mini-miss et mannequin sublime promise à un grand avenir dans la profession, fait tout pour casser son image, s'enlaidir à l'extrême. Mutilations, boulimie, elle pèse aujourd'hui plus de cent kilos, a les dents jaunes, porte des cicatrices et ne ressemble plus du tout à la jeune fille d'antan.

Le rapport au corps de Colline est particulier et la beauté pour elle se situe au delà de l'apparence physique. Dans son délire christique, elle n'hésite pas à souffrir physiquement et moralement et à faire souffrir également. Depuis sa tentative avortée, elle a retenté l'expérience sans succès et pense aujourd'hui avoir découvert en David son ange, pour lequel tous ses défunts anges n'auront pas soufferts pour rien. Sa technique est améliorée, son alibi est assuré...

Julie Grelley nous offre là un roman qui fait froid dans le dos. Tout d'abord parce qu'il présente une folie féminine, chose rare en littérature où l'on est plus habitué à voir des hommes déments et où les serial killers ne peuvent pas être des femmes (c'est bien connu, les femmes sont douces et bienveillantes... la preuve...). Ensuite parce que la folie nous est livrée de l'intérieur. Le lecteur côtoie cet état au plus près, connait les moindres recoins de la psyché de Colline et avance dans sa lecture au bord de la nausée.

"Anges" est cru, brutal, malsain. L'auteure ne ménage pas le lecteur et lui livre tel quel la folie à l'état pur. Sans fioritures, sans détours, avec des mots simples et des phrases courtes, Julie Grelley signe là un roman magistral dont on ne ressort pas indemne. Une putain de claque! C'est rare, ça surprend, ça retourne mais ça fait du bien!

Posté par Nelfe à 18:08 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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