lundi 19 janvier 2015

"Les Fantômes d'Eden" de Patrick Bauwen

les fantômes d'edenL'histoire : Il était une fois, en Floride, cinq ados partis à l'aventure.
Ils vous feront rire. Pleurer. Frissonner.
Mais ce qu'ils affronteront les changera à jamais.
Et l'un d'eux sera assassiné.

C'est sur ce crime que j'enquête.
Parce que le mort, c'est moi.

La critique Nelfesque : Je n'avais jamais lu de roman de Patrick Bauwen jusqu'alors. Pourtant plébiscité par les critiques et les blogolecteurs notamment pour "L'Oeil de Caine" ou "Monster", bien m'en a pris de le découvrir avec ce présent ouvrage, "Les Fantômes d'Eden", pour lequel j'ai eu un véritable coup de coeur.

Celui ci reprend les personnages rencontrés dans "Monster", toutefois, il n'est pas utile d'avoir lu ce dernier car il s'agit d'une histoire complètement différente ou un focus est fait sur l'enfance des personnages.

Je suis friande de romans noirs ou thrillers ayant pour protagonistes des enfants. Entendons-nous bien, je ne parle pas des victimes (je ne suis pas une psychopathe, revenez !) mais de la genèse de folie meurtrière ou de justification de psychoses ayant pour source l'enfance. Avec "Les Fantômes d'Eden" j'ai été servi !

Nous suivons une bande de copains pré-ado dans une petite ville des Etats-Unis. Proche des Everglades, l'ambiance moite et mystérieuse est palpable au détour de chaque page. Cette petite bande vit des jours paisibles entre amourettes de mômes, aventures fantasmées, quiétude de l'enfance... jusqu'au jour où d'étranges rumeurs se répandent. Ils vont alors décidé de mener l'enquête et "Les Fantômes d'Eden" prend alors une délicieuse flagrance des "Goonies" ! Nous suivons ces 5 petits aventuriers en herbe avec beaucoup de plaisir et une certaine appréhension dans certaines situations. Retrouvant peu à peu nos propres souvenirs d'enfance, avancer avec ces nouveaux copains est un véritable plaisir de lecture.

Quelques dizaines d'année plus tard, l'un d'eux est retrouvé mort d'un infarctus au bord d'un lac. Commence un va et vient entre la période actuelle où tout ce petit monde est devenu adulte et les souvenirs d'enfance. Que sont-ils devenus ? Comment ont-ils évolué ? Qui est prêt à aider qui ? Et surtout peut-on réellement se fier à ses amis d'hier ?

C'est Paul Becker, rencontré dans "Monster" pour ceux qui l'ont lu, qui est le personnage principal de l'histoire. Médecin à Eden, divorcé, profondément marqué par les évènements survenus dans le précédent roman et obèse, il décide de tout plaquer et de quitter sa ville natale sans laisser d'adresse. Croulant sous les dettes, cette fuite est pour lui sa seule façon de survivre et de reprendre sa vie en main. Oui mais voilà tout ne se passe pas comme il l'aurait voulu puisqu'un jour un mystérieux tueur se rend dans son chalet au bord du lac pour le liquider. Il reviendra alors à Eden sous une autre identité et métamorphosé pour assister à son enterrement et mener sa propre enquête.

Patrick Bauwen nous plonge ici dans l'Amérique des 70's. Pas celle des hippies et de la Guerre du Vietnam mais celle d'une petite ville de province, dans le bayou et par le prisme de l'enfance. Une ville lambda où vivent des enfants lambda mais pour autant une ville où les secrets de famille gangrènent les habitants. Dès les premières pages, on se prend d'affection pour le personnage de Paul et tout ce qui touche à son enfance est lu avec beaucoup d'intérêt. D'autant plus que la plume de Patrick Bauwen nous promène dans tous les sens du terme. Au fil de la lecture, les rues d'Eden n'ont plus de secrets pour le lecteur qui prend un réel plaisir à découvrir cette bourgade et s'imprègne de son atmosphère. Ce roman de plus de 600 pages est alors un vrai plaisir de lecture qui se savoure plus qu'il ne se dévore. Totalement dépaysant !

Chapitres courts, mise en perspective de la vie de Paul enfant et adulte, rythme indéniable, les pages défilent sans que l'on s'en rende compte. "Les Fantômes d'Eden" est un page-turner certes mais bien différent de ce que l'on peut lire habituellement. Ici, l'enquête est haletante mais elle n'est pas seulement le but du roman (la fin est d'ailleurs un peu... trop !). Les pauses dans le récit pour retourner dans les années 70 sont autant attendues et il y a presque deux romans en un. A lire absolument ! Foi de dévoreuse de thrillers !

Egalement lu et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Oeil de Caine

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lundi 15 décembre 2014

"Fils de l'Enfer" de Catacchio et Accardi

couv enfer L'histoire: Prague, 1609.
Un terrible assassin rôde dans la ville, écorchant vives ses victimes.
Est-ce de la sorcellerie?
C'est à Scota l'alchimiste que l'on confie, au péril de sa vie, le soin de résoudre l'énigme...

La critique de Mr K: Voici aujourd'hui une bande dessinée une fois de plus dégotée par hasard dans une brocante de la région. Les dessins ne m'ont pas tenté plus que ça de prime aborSansd par contre le background (l'époque, l'alchimie, Prague...) m'ont attiré de suite. Je m'attendais à une œuvre policière, historique versant dans le fantastique. Contrat rempli même si cette œuvre ne brille pas par son originalité dans son déroulé.

Plusieurs jeunes femmes juives sont découvertes horriblement assassinées dans le ghetto juif de Prague au XVIIème siècle naissant. Malgré l'exécution de deux jeunes malandrins pour détourner la hargne de la foule, les crimes continuent, le souverain de la ville doit alors faire appel à un alchimiste qu'il a écarté de sa cours quelques années auparavant. Esprit moderne donc inspirant la méfiance, Scota n'a pas d'autre choix que d'enquêter tout en surveillant ses arrières car le moindre faux pas pourrait bien lui être fatal.

image 1 enfer

Les auteurs se sont très bien documentés sur l'époque et les mœurs. Très belle reconstitution historique que cette BD qui restitue à merveille l'époque: les bâtiments, les tenues, les mœurs des différentes catégories sociales... tout est fidèle à la réalité historique. Ainsi les juifs sont parqués dans un quartier à part pour qu'ils ne se mélangent pas aux bons chrétiens pour autant le roi ne peut se passer d'eux pour financer son goût immodéré pour l'art et les dépenses somptueuses qui en découlent. Il en va de même pour tous les soit-disant mécréants qui peuvent tomber sous le coup d'un tribunal de l'inquisition sous le moindre prétexte fallacieux. La superstition règne en maître et en ces temps où la science ne fait qu'émerger, il n'est pas rare qu'un bruit, une rumeur provoque émeute et justice du talion aveugle et injuste. En cela, pour l'ambiance et le climat délétère qui baigne cette BD, Fils de l'enfer est une réussite.

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Pour autant, ce n'est pas une grande réussite de part d'abord une histoire convenue qui même si elle est bien traitée ne réserve aucune surprise. On se surprend à deviner les circonvolutions de l'intrigue à l'avance et la fin est cousue de fil blanc. Le dénouement est abrupt et attendu, on ressort quelques peu déçus de cette lecture pourtant menée à 100 à l'heure. Là-dessus, rajoutez des dessins plutôt décevants, quasiment bâclés sur certaines pages (comprendre que c'est un style qui plaira ou non selon les goûts de chacun) et on ne garde pas un souvenir inoubliable de cette histoire intrigante mais finalement sans réel relief.

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On passe un moment certes agréable mais pas mémorable, encore heureux que j'ai acquis le présent volume pour une somme modeste. À vous de tenter ou non l'expérience...

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mercredi 26 novembre 2014

"Personne n'en saura rien" de Sylvie Granotier

personne n'en saura rienL'histoire: Mélusine, Jeanne, Irène... Aucune n'est ressortie vivante de l'arrière de cette camionnette qui sillonnait les côtes françaises. L'assassin n'a jamais été inquiété. Isabelle a seize ans quand elle croise sa route. Elle est prête à tout pour survivre.
Aujourd'hui, elle est seule à savoir qui se cache derrière ce gros type solitaire jugé pour viol sur mineure. Pourtant elle se tait et c'est lui qui a peur. La victime est-elle bien celle que l'on croit?

La critique de Mr K: "Personne n'en saura rien" est une histoire de face à face. Isabelle est une rescapée, elle a réussi à échapper à l'ogre des temps modernes Jean Chardin. Le procès commence et étonnamment les rôles semblent s'inverser entre la victime et le bourreau. Il est sur ses gardes et pétrifié alors que la jeune fille a un comportement peu commun entre silence et instrumentalisation. Le récit alterne donc scènes de procès et flashbacks, la vérité est peu à peu levée au fil des révélations successives...

Je suis plus que mitigé sur cet ouvrage qui m'a laissé de marbre. Pourtant il se lit vite et avec un certain intérêt. Ce dernier réside essentiellement dans le jeu de l'auteur consistant à lier les souvenirs épars des uns et des autres et le jugement en cours. J'ai particulièrement aimé les passages concernant Jean Chardin dont l'enfance porte en germe le monstre en devenir qui croît peu à peu en lui. Bien mené à défaut d'être original, le parcours de ce personnage tour à tour émeut, effraie et révulse le lecteur. En parallèle, nous vivons les derniers instants de quelques unes de ses victimes et rentrons dans la tête d'Isabelle. Là, je dois avouer que je m'en suis complètement désintéressé! Terrible quand même! L'auteur enfile cliché sur cliché, on navigue dans le commun et finalement l'accroche n'est pas là. On en viendrait presque à regretter qu'elle ait survécu. Bon... j'avoue que j'exagère un peu mais vu le rôle que lui a attribué Sylvie Granotier, je m'attendais vraiment à une figure beaucoup plus puissante et plus soignée dans sa caractérisation.

Là où le bât blesse c'est surtout sur la promesse non tenue par la quatrième de couverture! Le suspens n'a rien de sombre et d'intense, tout retombe comme un soufflé. On se doute dès la première moitié de ce qui se trame. D'ailleurs en relisant le résumé au dos, je me rends compte que tout est dit implicitement... Vraiment ballot pour un roman de la série Special Suspense! Raté à ce niveau là, il ne reste pas grand chose pour sauver ce volume qui ne m'a pas donné spécialement envie de découvrir davantage cette auteure qui en plus n'écrit pas de manière marquante. Il y a des passages vraiment fulgurants (toujours autour de Jean Chardin) mais le reste m'a semblé plat et sans rythme. Dommage, dommage car le thème et l'histoire me séduisaient sur le papier...

Au final, je considère cette lecture comme purement alimentaire et je ne peux vraiment pas vous la conseiller tant il se fait beaucoup de choses bien mieux et plus haletantes dans le domaine. Les forcenés du genre en tout cas feraient mieux de passer leur chemin!

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samedi 15 novembre 2014

"Arrêtez-moi" de Lisa Gardner

arretez-moi

L'histoire: Que feriez-vous si vous connaissiez le jour et l'heure exacts de votre mort? Pour Charlie Grant, ce sera le 21 janvier à 8 heures précises, dans quatre jours. Comme ses deux meilleures amies.
Et elle souhaite que ce soit l'inspectrice D.D. Warren de la police de Boston qui se charge de l'enquête. Prise par la traque d'un tueur de pédophiles, D.D. Accepte à contrecœur. Mais dès qu'elle plonge dans le passé de la jeune femme, son instinct lui souffle que celle-ci ne lui a pas tout dit...
Un coupable peut en cacher un autre: avec Lisa Gardner, il faut toujours se méfier des apparences!

La critique de Mr K: Je dois avouer que ma dernière incursion chez Lisa Gardner m'avait quelques peu refroidi. Passé le bonheur de lecture procuré par deux / trois romans, j'avais trouvé Tu ne m'échapperas pas surfait et finalement anecdotique. L'adage populaire dit que l'occasion fait le larron et elle s'est présentée pour lire sa dernière production. Bien m'en a pris car à défaut d'inventer l'eau chaude, Lisa Gardner nous sert un page-turner efficace et rondement mené.

Alternativement, chapitre après chapitre, nous côtoyons une jeune fille (Charlie) persuadée qu'elle va être assassinée dans trois jours à la même date que ses deux meilleures amies aux deux années précédentes. Obsessionnelle, préparée à cette échéance (combat rapproché, tir, musculation), elle contacte D.D. Warren, l'enquêtrice de choc et de charme récurrente dans l'œuvre de Gardner. Cette dernière ne prête au premier abord qu'une oreille discrète aux élucubrations de cette jeune femme en détresse et visiblement borderline. En effet, elle a une enquête autrement plus importante à ses yeux à mener sur une série de meurtres où les victimes sont toutes des pédophiles repentis ou non. Maman depuis quatre semaines, Warren passe des nuits agitées et doit cependant se consacrer entièrement à cette enquête qui l'émeut profondément. Dernier point de vue développé, celui d'un gamin de huit ans (Jesse) qui fréquente un site de jeu en ligne pour enfants... malheureusement pour lui, on peut y faire de très mauvaises rencontres. De ces trois personnages, trois intrigues vont bien évidemment converger vers un final haletant dont Lisa Gardner a le secret. Belle petite claque que ce Arrêtez-moi.

Cette fois-ci Lisa Gardner ne se fourvoie pas dans la caricature et nous offre des personnages ciselés et évolutifs. J'ai particulièrement apprécié les personnages de Charlie et de Jesse. La jeune femme est une ancienne victime d'abus et de violences dans sa prime jeunesse, sa mère était folle à lier (atteinte du syndrome de Munchhausen). Elle en a gardé des fêlures et une tendance à se renfermer sur elle-même. Pas de vie sentimentale, pas vraiment de vie sociale, elle ne vit pas vraiment, elle s'adapte continuellement. La menace invisible qui pèse sur elle la mine et l'amène à explorer les zones d'ombre de sa mémoire. Gare aux révélations! Très bien menée, cette progression intime se fait naturellement avec une tension sous-jacente palpable et dérangeante. Où est la vérité? Où est le mensonge? Au lecteur de se dépatouiller entre fausses pistes et éclairs révélateurs. Bien que moins présent, Jesse est aussi touchant de naïveté et surtout, nous montre bien le côté influençable des enfants et leur fascination pour les amitiés virtuelles. Je ne suis pas encore père de famille, mais j'ai vraiment tremblé et stressé tant il paraît facile de pouvoir perdre son enfant face à de tels prédateurs connectés. Là encore, Gardner se montre virtuose pour poser une situation et la faire dégénérer. À glacer le sang littéralement!

Avec ce roman, j'appréhendais surtout de retrouver D.D. Warren qui m'a insupporté durant ma précédente lecture. Il faut croire que son statut de jeune mère l'a apaisée. Je l'ai trouvé beaucoup plus humaine et plus attachante dans cet opus. Comme toujours, elle fait quelques erreurs de jugement mais elle gagne en densité et se prend à réfléchir à ses défauts allant même jusqu'à se remettre en question. Grande nouveauté! 41 ans, l'âge de la maturité pour elle? Seul bémol, son obsession sur son enfant (il paraît que c'est courant...) et sa tendance à aborder le sujet avec tout le monde... y compris des inconnus! Étrange et peu crédible à mes yeux mais passons, cela ne gâche pas le plaisir pour autant. De manière générale, les personnages secondaires sont bien traités et apportent chacun une petite pierre à l'édifice final sans exagération ni superficialité.

Le suspens ne perd jamais en intensité et Lisa Gardner vous convie vraiment à un parcours digne de montagnes russes. On ne compte plus les fausses pistes, les masques qui tombent et les retournements de situation. La surprise n'est pas forcément au rendez-vous et j'ai deviné l'identité du meurtrier à la moitié du récit. Pour autant, c'est avec un grand plaisir qu'on se fait balader par l'auteur qui semble y prendre un malin plaisir. Rien à redire sur le style qui même s'il n'est pas de la grande littérature est efficace et rend compte sans cliché des méandres d'une enquête âpre. La lecture fut donc addictive à souhait et très rapide car il s'est révélé quasiment impossible de relâcher le volume avant la fin.

Belle lecture pour conclure, qui conviendra aux amoureux de suspens bien ficelé au rythme prenant et à l'histoire immersive. Gardner is back et franchement, ça fait du bien!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Disparue
- Sauver sa peau
- La maison d'à côté
- Tu ne m'échapperas pas

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mardi 7 octobre 2014

"Cataract City" de Craig Davidson

cataract city

L'histoire: "Je connais deux garçons qui suivent un sentier secret pour aller pêcher des perches dans le bassin du Niagara, leurs cannes à l'épaule comme des carabines. Je connais le flot sans fin des chutes qui rugit dans mes veines. Je connais des forêts infestées la nuit de loups gris."

Duncan Diggs et Owen Stuckey ont grandi à Niagara Falls, surnommée par ses habitants Cataract City, petite ville ouvrière à la frontière du Canada et des Etats-Unis. Ils se sont promis de quitter ce lieu sans avenir où l'on n'a d'autres choix de travailler à l'usine ou vivoter de trafics et de paris.
Mais Owen et Duncan ne sont pas égaux devant le destin. Tandis que le premier, obligé de renoncer à une brillante carrière de basketteur, s'engage dans la police, le second collectionne les mauvaises fréquentations. Un temps inséparables, sont-ils prêts à sacrifier le lien qui les a unis ?

La critique Nelfesque: "Cataract City" de Craig Davidson est un roman de la Rentrée Littéraire 2014. Je n'avais jamais lu d'ouvrage de cet auteur, que vous connaissez peut-être pour avoir écrit "Un Goût de rouille et d'os", adapté au cinéma et ayant eu d'excellentes critiques, et je dois dire que j'ai été très agréablement surprise.

En amatrice de romans noirs, j'ai aimé les destins tragiques des deux protagonistes de l'histoire, Duncan et Owen, mais aussi le fatum qui pèse sur la ville de Cataract City et ses habitants. Une chape de plomb, une ambiance oppressante, qui semble les clouer sur place, incapables d'entreprendre quoi que ce soit sinon dans le trafic et se levant chaque matin pour le train-train qu'offre la grosse usine de confection de pâtisseries du coin. Une ville ouvrière comme il en existe beaucoup où le chômage et les crises pèsent encore plus qu'ailleurs.

Duncan et Owen se connaissent depuis tout jeunes. Copains de cours de récré, ils ne se quittent jamais, comme deux âmes qui se soudent pour s'entraider et affronter l'avenir moins seules. Ensemble, ils appréhendent la vie, ses joies, ses peines, ses déceptions, sa roulette russe. Ce roman est très riche et offre plusieurs histoires dans une même oeuvre, comme une kyrielle de petits romans qui suivent le même point de mire en 480 pages. Tour à tour victimes d'un enlèvement, perdus dans la nature hostile de cette région, joueurs de basket, boxeurs, entraîneurs de lévriers, receleurs... le lecteur, par le biais de ces deux personnages principaux, passe d'un thriller à un roman de grands espaces puis à un contemporain... A titre personnel, je me suis perdue parfois dans ces pages, à l'image de ces deux garçons plusieurs jours dans la mangrove et n'ai commencé à vraiment apprécier ce roman et en découvrir toute sa portée à la moitié du livre. On classera toutefois celui ci dans les romans noirs tant d'un bout à l'autre de l'ouvrage la tension est palpable.

La vie réserve des surprises et les amis de toujours vont être séparés peu à peu. L'un devient flic, l'autre gangster. Classique... Mais diaboliquement efficace. 8 années de prison pour Duncan vont-elles tout détruire ou renforcer les liens qui les unissent ? A sa sortie, tout est possible, une nouvelle vie s'offre à lui mais peut-on vraiment remettre les compteurs à zéro à Cataract City ?

Je vous conseille vraiment ce roman. Ne vous laissez pas abattre par les descriptions parfois longues et redondantes, par les détails techniques de l'élevage des lévriers de course et autres secondes qui s'écoulent dans la neige. Vous verrez que le jeu en vaut la chandelle et que le dénouement est jubilatoire. Un roman à découvrir !


mardi 30 septembre 2014

"Les Banksters" de Marc Roche

bankstersL'histoire: "Je suis un libéral qui a toujours admiré le monde financier et ses opérateurs. Je n'aurais pas, sinon, choisi de couvrir pour Le Monde depuis vingt-cinq ans l'univers de Wall Street et de la City.

Mais depuis la crise, je suis un libéral qui doute, un déçu du capitalisme, un angoissé de l'avenir. J'ai cherché à comprendre les racines profondes de cette transformation personnelle. Ce carnet de route sans complaisance est à la fois un voyage intérieur et une enquête sur un monde très fermé, celui des banksters, dominé par l'opacité et... l'impunité.

Car tout a changé le 15 septembre 2008."

La critique de Mr K: Chronique un peu particulière aujourd'hui avec un essai économique mâtiné de souvenirs personnels : "Les Banksters" de Marc Roche. Je suis plutôt du genre à m'évader en lecture au travers de romans mais cet opus m'a attiré par son côté vécu qui promettait de montrer une vision différente de l'économie et plus particulièrement des tenants et aboutissants de la crise que nous traversons actuellement. Relativement court (229 pages), il promettait d'être concis et surtout abordable de part la profession de son auteur. L'idée de me retrouver confronté à un livre dogmatique et théorique me faisant horreur, j'ai été très vite rassuré...

Le livre est divisé en deux grandes parties aux titres évocateurs au possible, jugez plutôt: Aveuglements et Résistances. Chacune d'entre elles est divisée en une dizaine de chapitres qui explorent un domaine particulier de la grande finance ou des souvenirs personnels liés à elle. Ainsi, l'auteur débute par son aveuglement à ne pas voir les symptômes d'une crise profonde caractérisée par le sentiment d'impunité qui meut beaucoup de financiers et autres traders. Il fait alors des focus sur les "familles" se partageant les royalties et autres parts de marché notamment les dettes des pays qui sont des marchés forts juteux qu'il faut entretenir (cela donne lieu à des pages des plus effrayantes). Il est aussi question de certains médias complaisants faisant eux-même partie du système et se révélant de puissants soutiens (voir le passage sur la campagne eurosceptique du Financial Times). Tout une série de dysfonctionnements et de mutations de l'esprit capitalistes sont ainsi décryptés et mis à plat par l'auteur.

Très vite, Marc Roche pointe aussi les limites de cette fuite en avant qui a des conséquence catastrophiques dans ces sphères que l'on pense épargnées. Souvent, les traders sont mis au pilori alors qu'en fait ils ne font qu'obéir aux ordres et directives de leurs patrons en bisbille avec les États et autres organisations internationales. Véritables fusibles, ce sont des arbres qui cachent la forêt, des boucs émissaires tout trouvés qui permettent de concentrer les projecteurs sur eux plutôt que sur les vrais coupables protégés dans l'ombre. Pour autant, l'auteur ne crie pas au complot, c'est plus la dénonciation d'une dérive du capitaliste auquel il a cru et continue de croire. D'ailleurs, il termine son essai en proposant dix commandements, dix principes qui pourraient selon lui écarter le spectre d'une nouvelle crise financière (en moyenne, il y en a une tous les huit ans).

Malgré un sujet des plus complexes et pas forcément des plus attirants, j'ai dévoré ce livre. Tout d'abord, j'ai apprécié son accessibilité. Pas besoin d'aller faire des recherches sur le net pour comprendre tel élément de lexique financier, l'auteur limite leur utilisation aux plus importants et fait en sorte que son propos soit intelligible par le plus grand nombre. L'effort est louable et salutaire tant on peut entendre un certain nombre d'énormité dans les médias. Ce qu'il y a aussi de très intéressant dans son approche, c'est que nous ne sommes pas face à une dénonciation caricaturale et dogmatique (on est loin de Mélenchon) ou une éloge du capitalisme (Le Tsar Cosy peut aller se rhabiller!). Certes l'auteur est capitaliste mais il est dépassé par son évolution qui n'a plus grand chose à voir avec ses convictions de jeunesse et le contenu de son livre est pour cela éclairant. Le libéralisme est devenu liberticide, un comble quand on connaît les racines de ce courant de pensée!

La lecture de ce volume fut donc un plaisir de pédagogie et d'éclairage. Il n'y a pas de grosses révélations, beaucoup des choses que vous y lirez sont connues mais l'avantage de cet ouvrage est de toutes les résumer et les rassembler en un seul ouvrage. Un bel exercice de style que je vous conseille grandement si le sujet vous intéresse!

mardi 2 septembre 2014

"L'audience" de Oriane Jeancourt Galignani

l'audience

L'histoire: Dans une petite ville du Texas, une jeune enseignante, mère de trois enfants, attend en silence le verdict de son procès.
Qu'a-t-elle fait pour être traînée en justice, et risquer cinq ans de prison ferme?
Elle a entretenu des rapports sexuels avec quatre de ses élèves, tous majeurs. Un crime passible d'emprisonnement au Texas, depuis 2003.

La critique de Mr K: L'audience, livre de la Rentrée Littéraire, est la version romancée d'un fait divers judiciaire réel qui s'est déroulé aux États-Unis dans un tribunal texan. Une jeune enseignante y est jugée par rapport à sa conduite et les rapports intimes qu'elle a entretenus durant un mois avec quatre de ses élèves majeurs. Ce comportement est jugé dans cet État ultra-conservateur comme déviant et peut être passible d'une peine d'emprisonnement. Dans ce roman, l'auteur alterne chapitres concernant les différents jours d'audition et flashback dans la mémoire de Debby, l'accusée muette qui se retranche derrière son silence pour affronter son juge et les jurés qui vont devoir décider de son sort.

Je vous le dis tout de go, ce n'est pas de la grande littérature et j'étais plutôt déçu au début de ma lecture. Les pages se tournaient à un rythme régulier mais sans passion aucune, l'héroïne n'étant pas des plus attachantes et limite exaspérante. Que cache ce silence? Qu'en est-il des motivations qui l'ont poussée à rechercher des relations extrêmes avec ces jeunes hommes? Peu ou pas d'éclairage au départ et une certaine lassitude devant les banalités assénées en début de roman. Dubitatif, légèrement ennuyé, je me disais qu'on tournait en rond et que rien ne faisait sortir cette œuvre d'un banal témoignage de l'incurie de la justice américaine. On a ainsi une procureur vraiment très très méchante, un juge obsédé par cette dernière et regrettant leur relation ancienne, autant d'éléments un peu caricaturaux qui pour moi ternissent les propos et faisait de ce livre une lecture tout juste passable.

Heureusement, après les premiers jours consacrés aux témoignages de l'accusation notamment ceux des jeunes gens, on passe aux témoins de la défense et l'on tombe alors de Charybde en Scylla avec le témoignage épouvantable de la mère qui finalement enfonce plus sa fille qu'elle l'aide et un mari meurtri dans sa chair qui ne veut pas que sa famille implose à cause des fautes passées de sa femme. Le livre prend alors une autre dimension avec des personnages tortueux à l'extrême témoignant de la désagrégation d'une famille lambda. C'est âpre, on souffre pour tout le monde et le verdict vient cueillir un lecteur enfin conquis par cette histoire qui décolle et explore des aspects plus sombres des personnages. Heureusement d'ailleurs, cela sauve l'ensemble.

L'écriture est certes écrite d'une pointe sèche et précise comme il est écrit en quatrième de couverture mais elle ne m'a tout de même pas laissé de souvenir impérissable. La forme est globalement décevante par manque d'originalité et de pouvoir évocateur. Cependant la lecture est aisée et finit tout de même par nous surprendre en deuxième partie de lecture. Malgré l'injustice qui s'abat sur cette femme (elle est jugée pour des actes que seule la morale puritaine réprouve), je ne me suis pas attaché à Debby que j'ai trouvé personnellement inconséquente vis à vis de ses enfants et dont j'abhorre les actes qu'elle a pu commettre. Je n'ai donc pas été touché comme certaines personnes pourraient l'être même si je m'élève toujours face aux procès faits pour déviance comportementale ou délit d'opinion.

Ce fut donc une lecture intéressante bien qu'imparfaite. À chacun de se décider s'il veut tenter l'aventure ou non!

samedi 23 août 2014

"La Belle de l'étoile" de Nadia Galy

la belle de l'étoileL'histoire: Après la mort de l'homme qu'elle aimait, une femme choisit de s'exiler à Saint-Pierre-et-Miquelon, île battue par les vents, espace sans frontières. Ce sera son refuge pour relire la correspondance de son amant, qu'elle se fait expédier de Paris, et y répondre, comme s'il était encore vivant.

La critique de Mr K: Découverte d'une nouvelle auteure aujourd'hui avec La Belle de l'étoile de Nadia Galy qui sort en cette période de rentrée littéraire. Saluée par la critique et les lecteurs pour ses deux premiers romans, cette architecte de formation (elle a participé notamment à l'édification de l'aéroport de Saint-Pierre-et-Miquelon où se déroule l'action du présent roman) s'attaque à la thématique difficile du deuil avec ce roman court de 231 pages. Avec ce genre de problématique c'est soit tout l'un, soit tout l'autre. L'ayant lu en un temps record, je ne peux que m'enthousiasmer devant un récit brillant et nuancé, baignant dans une atmosphère vraiment dépaysante.

L'héroïne suite au suicide de son amant, le départ de son fiancé et un séjour dans une clinique psychiatrique, décide de partir loin pour oublier et se reconstruire. Mais voilà, faire son deuil est quelque chose de lent, long et difficile. Au contact des habitants de Saint-Pierre, des éléments déchaînés et de la nature, elle va peu à peu évoluer, explorer ses souvenirs, dépoussiérer quelques cadavres familiaux et sortir de sa chrysalide de souffrance.

Ce roman se lit quasiment d'une traite tant j'ai été pris par le souffle intimiste et dramatique de cette histoire. Le deuil est remarquablement traité avec une psychologie explorée au scalpel et cela non dénué d'humour. On rit peu cependant car le drame est vivace et les pensée sombres mais le personnage (et donc l'auteure!) fait preuve d'un sens de l'autocritique et de l'autodérision parfois délectable. Pour autant la traversée est difficile et les paysages intimes qui nous sont livrés sont à vif. Par petites touches successives, on aperçoit une lueur d'espoir, une petite porte ouverte vers un futur possible, une échappée vers un avenir meilleur et apaisé. La langue simple, aérienne et parfois délurée nous permet d'accompagner cette femme avec un plaisir de tous les instants et une certaine légèreté plutôt étonnante à la vue du sujet traité.

Autour d'elle gravite une galerie de personnages qui vont à leur échelle l'aider à passer ce cap difficile de manière directe ou indirecte: le père pudique et discret, Fériel la figure maternelle manquante, Gloria une jeune paumée à la recherche d'affection, les collègues de travail... malgré le caractère solitaire et introspectif de l'héroïne, le rôle de ces personnages secondaires m'a paru essentiel dans l'évolution du personnage principal qui passe vraiment par tous les états.

Autre élément remarquable de ce roman, la gestion des décors et la vision que nous propose Nadia Galy de Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire français méconnu. Évocatrices en diable, ces pages nous transportent dans des paysages hivernaux rudes et sauvages qui font écho à la tristesse et la détresse de l'héroïne. Je ne me suis pas lassé de ces paragraphes traitant de l'arrivée de tempêtes hivernales, de la vie dans une bourgade enneigée et la rudesse d'un climat forçant le repli sur soi des communautés humaines. Vrai voyage vers un ailleurs pas si lointain, j'ai vraiment apprécié ce voyage près des terres septentrionales et je pense me repencher sur la question dans les mois à venir.

Au final, j'ai passé un très agréablement moment avec ce roman qui au départ pourrait faire penser à un énième journal dépressif de quelqu'un au bord du gouffre. Il n'en est rien tant le parcours intimiste est marqué de progrès sensibles, assénés par une langue vertueuse et engageante à souhait. Il serait dommage de passer à côté de cette belle expérience littéraire!

vendredi 22 août 2014

"La Patience du diable" de Maxime Chattam

la patience du diableL'histoire: Le Mal peut-il contaminer ceux qui le traquent ? Un go-fast pris en flag qui transporte bien pire que de la drogue... Deux ados qui tirent sur les passagers d’un TGV lancé à pleine vitesse... Des gens ordinaires découverts morts... de terreur. Le Diable mène le bal, le monde est devenu fou. Lieutenant à la Section de Recherche de Paris, Ludivine Vancker comprend bientôt qu’un fil sanglant relie ces faits divers. Rien ne pourra l’empêcher de remonter la piste à sa source. Aux racines de la peur.

La critique Nelfesque: "La Patience du diable" est la suite de "La Conjuration primitive" sortie l'an dernier. Une suite sans en être vraiment une puisque ce sont bien 2 romans différents qui peuvent être lus indépendamment l'un de l'autre mais où l'on retrouve certains personnages dont Ludivine et Segnon que nous avions quitté au terme d'une enquête haletante dans un final éprouvant.

L'histoire commence avec une tuerie dans un train. Aux bouts des armes, 2 adolescents. Une scène d'une violence pure où les principaux acteurs sont des gamins que rien ne disposait à commettre de telles actes. Peu à peu la violence se propage comme une épidémie et des actes similaires, des actes de folie, des pétages de plombs, sont perpétrés aux 4 coins de la France.

Qu'est ce qui pousse des personnes lambda, des hommes et des femmes que l'on croise dans la vie de tous les jours, à de tels agissements? La violence engendre-t-elle la violence? Une même personne serait-elle à l'oeuvre pour tirer les fils de cette gigantesque machination? Le diable en personne? Ludivine, Seignon et la cellule de gendarmerie mise en place sur la première enquête va essayer de faire le lien, comprendre ce qui se passe et enrayer cette machine lancée à vive allure.

Ce nouveau Chattam est encore une fois très efficace. "La Patience du diable" est un bon page turner, Chattam a une écriture simple et efficace qui tient en haleine et les amateurs de thriller trouvent en lui une valeur sûre pour passer un bon moment d'horreur. Il faut aimer le sang, les tripes, les situations gores pour se lancer dans cette lecture. Si vous êtes sensibles, mieux vaut vous abstenir sous peine de faire quelques cauchemars.

Ce n'est pas le premier roman de cet auteur que je lis et dès les premières pages, il n'y a pas de doute, c'est bien du Chattam. La scène du TGV est une tuerie dans tous les sens du terme et "La Patience du diable" commence sur les chapeaux de roue. Je constate avec le temps que Chattam a tendance à répéter sa recette qui fonctionne bien mais qui peut aussi lasser. Les mêmes ficelles sont utilisées, l'horreur prend de l'ampleur plus on avance dans l'ouvrage et certaines scènes peuvent paraître "too much". Rien de nouveau sous le soleil dans le processus d'écriture mais après tout quand ça fonctionne on ne peut pas vraiment se plaindre. Chattam a suivi des études en criminologie et ça se sent. Il détaille beaucoup, utilise la psychologie des personnages pour construire ses récits et appuie sur des détails bien précis. Lors de ma première lecture, "L'Ame du mal", j'ai été conquise par cette construction de roman. Je dois avouer qu'au bout de 6 ouvrages, ça ne fonctionne plus autant qu'avant sur moi. Je savais où l'auteur voulait me mener, j'ai trouvé qu'il enfilait les clichés comme des perles et j'ai deviné l'identité du grand méchant très vite dans ma lecture. Dommage...

Vous l'aurez compris, je n'ai pas vraiment accroché à ce présent roman. Sans pour autant dire que c'est un mauvais roman, car ce n'est aucunement le cas, les assoiffés de thrillers dont je fais partie le trouveront "tout juste bon". L'histoire est bien trouvée, les scènes clés sont efficaces mais il manque le petit supplément d'âme, le détail d'écriture ou de construction du récit qui fait basculer le roman sympa en p***** de roman qui déchire. Si vous n'avez jamais lu de Chattam, si le thriller n'est pas l'un de vos genres préférés et donc que vous n'en avez pas lu des centaines comme moi, ça pourrait fonctionner. En ce qui me concerne, j'attends maintenant plus qu'un page turner sanglant pour être bluffée.

Un bon rythme, des scènes chocs et un fond intéressant qui consiste à dire que l'horreur est partout, en chacun de nous, et que le monde et nos rapports aux autres évoluent dans un terrain violent où sont mises en avant des situations affreuses et inimaginables. Les guerres, la crise, les agressions, les violences quotidiennes, les meurtres, les malversations ... sont autant de causes qui font monter la pression et élèvent notre seuil de tolérance à l'horreur. Chattam a su mélanger tout cela pour donner à penser que l'issue qu'il développe dans son roman est tout à fait envisageable dans le monde d'aujourd'hui. Malgré cela, c'est avec un sentiment mitigé que j'ai fermé ce livre et je crois que mon avis ici exprimé va dans ce sens. Un roman sympa... sans plus.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "L'Ame du mal"
- "In tenebris"
- "Maléfices" (ah mais mince, je ne l'ai jamais chroniqué celui là...)
- "Les Arcanes du chaos"
- "La Conjuration primitive"

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dimanche 27 juillet 2014

"Coraline" de Neil Gaiman

coralineL'histoire: Coraline vient de déménager dans une étrange maison et, comme ses parents n'ont pas le temps de s'occuper d'elle, elle décide de jouer les exploratrices. Ouvrant une porte condamnée, elle pénètre dans un appartement identique au sien. Identique, et pourtant...

La critique Nelfesque: J'ai découvert "Coraline" il y a 5 ans au cinéma et j'avais adoré ce film d'animation plein de mystère et superbement réalisé. L'occasion s'est présentée de lire le roman de Neil Gaiman dont a été tiré celui ci et j'ai sauté dessus.

J'avais déjà lu du Gaiman par le passé et je n'avais pas vraiment été convaincu. Peut être le mauvais roman, peut être le mauvais moment pour découvrir cet auteur que beaucoup encensent. Avec "Coraline", j'ai aimé Gaiman sans pouvoir m'enlever de la tête les images du film de Henry Selick (qui a également à son actif "L'Etrange Noël de M. Jack" (rien que ça!)). Une adaptation très fidèle à ce roman qui a su mettre les bonnes illustrations sur les mots de son auteur.

Coraline est une petite fille curieuse de tout. Avec son âme d'aventurière, elle ne tient pas en place et lors de son emménagement dans une nouvelle maison, la tentation est trop grande d'en explorer le moindre recoin. Elle va alors découvrir un monde fantastique où tous ses désirs sont exhaussés, où ses parents ont du temps pour elle, où les chats parlent et les souris montent des spectacles de cirque. Mais les apparences sont trompeuses et Coraline va vite découvrir les limites du paraître.

"Coraline" se dévore. Relativement court (153 pages), le lecteur adulte enchaine les pages et les enfants seront, je n'en doute pas passionnés par les découvertes de son héroïne. Du haut de mes 32 ans, je ne saurai jamais les sensations de lecture que procurent ce roman sur les jeunes enfants mais m'est avis qu'il laisse des traces dans leurs jeunes vies de lecteurs.

Merveilleux, addictif mais aussi angoissant et effrayant, de nombreux qualificatifs seraient justes pour parler de "Coraline". On s'attache très rapidement à cette jeune fille, on souffre comme elle de l'indifférence de ses parents tout en l'expliquant avec nos yeux d'adultes. Qui n'a jamais ressenti ce sentiment de délaissement quand les parents ont trop de travail ou des préoccupations qui nous dépassent quand, du haut de nos 10 ans, on a envie de passer nos journées à jouer et où être fille unique n'est pas toujours évident? Avec une imagination débordante, Coraline parcourt les pièces de son nouvel appartement, explore le jardin en s'inventant des histoires. Mais un jour la réalité dépasse la fiction et une porte mystérieuse s'ouvre dans son salon. Commence alors une épopée à la hauteur de ses attentes d'où il sera difficile de revenir à la réalité.

La plume de Gaiman est simple et efficace. L'auteur sait toucher là où ça fait mal en enveloppant le tout d'un voile merveilleux et fait passer son lecteur par tous les états. Cela reste un roman jeunesse et on s'imagine bien que tout sera bien qui finira bien mais l'angoisse pointe très souvent le bout de son nez au fil des pages et la morale de l'histoire est intéressante dans un monde actuel où les paillettes et la facilité intéressent plus nos jeunes que le quotidien et les distractions durement gagnées. Je conserverai précieusement cet ouvrage pour un futur bambin en âge de le lire, pour qu'il découvre avec ses mots à lui et une histoire passionnante que tout ce qui brille n'est pas d'or et qu'il faut se méfier des apparences. Même en tant qu'adulte, il est bon de se voir rappeler parfois que l'amour de ses proches est un bien précieux.

Vous l'aurez compris, je vous conseille ce roman. Que vous ayez 7 ou 77 ans, vous retrouverez dans "Coraline" des fondamentaux essentiels à la construction de tout être humain. La vie n'est pas faite que de bonheur et d'amusement et il faut parfois passer par des chemins tortueux pour en découvrir toute sa valeur.

Posté par Nelfe à 20:05 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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