mardi 7 octobre 2014

"Cataract City" de Craig Davidson

cataract city

L'histoire: "Je connais deux garçons qui suivent un sentier secret pour aller pêcher des perches dans le bassin du Niagara, leurs cannes à l'épaule comme des carabines. Je connais le flot sans fin des chutes qui rugit dans mes veines. Je connais des forêts infestées la nuit de loups gris."

Duncan Diggs et Owen Stuckey ont grandi à Niagara Falls, surnommée par ses habitants Cataract City, petite ville ouvrière à la frontière du Canada et des Etats-Unis. Ils se sont promis de quitter ce lieu sans avenir où l'on n'a d'autres choix de travailler à l'usine ou vivoter de trafics et de paris.
Mais Owen et Duncan ne sont pas égaux devant le destin. Tandis que le premier, obligé de renoncer à une brillante carrière de basketteur, s'engage dans la police, le second collectionne les mauvaises fréquentations. Un temps inséparables, sont-ils prêts à sacrifier le lien qui les a unis ?

La critique Nelfesque: "Cataract City" de Craig Davidson est un roman de la Rentrée Littéraire 2014. Je n'avais jamais lu d'ouvrage de cet auteur, que vous connaissez peut-être pour avoir écrit "Un Goût de rouille et d'os", adapté au cinéma et ayant eu d'excellentes critiques, et je dois dire que j'ai été très agréablement surprise.

En amatrice de romans noirs, j'ai aimé les destins tragiques des deux protagonistes de l'histoire, Duncan et Owen, mais aussi le fatum qui pèse sur la ville de Cataract City et ses habitants. Une chape de plomb, une ambiance oppressante, qui semble les clouer sur place, incapables d'entreprendre quoi que ce soit sinon dans le trafic et se levant chaque matin pour le train-train qu'offre la grosse usine de confection de pâtisseries du coin. Une ville ouvrière comme il en existe beaucoup où le chômage et les crises pèsent encore plus qu'ailleurs.

Duncan et Owen se connaissent depuis tout jeunes. Copains de cours de récré, ils ne se quittent jamais, comme deux âmes qui se soudent pour s'entraider et affronter l'avenir moins seules. Ensemble, ils appréhendent la vie, ses joies, ses peines, ses déceptions, sa roulette russe. Ce roman est très riche et offre plusieurs histoires dans une même oeuvre, comme une kyrielle de petits romans qui suivent le même point de mire en 480 pages. Tour à tour victimes d'un enlèvement, perdus dans la nature hostile de cette région, joueurs de basket, boxeurs, entraîneurs de lévriers, receleurs... le lecteur, par le biais de ces deux personnages principaux, passe d'un thriller à un roman de grands espaces puis à un contemporain... A titre personnel, je me suis perdue parfois dans ces pages, à l'image de ces deux garçons plusieurs jours dans la mangrove et n'ai commencé à vraiment apprécier ce roman et en découvrir toute sa portée à la moitié du livre. On classera toutefois celui ci dans les romans noirs tant d'un bout à l'autre de l'ouvrage la tension est palpable.

La vie réserve des surprises et les amis de toujours vont être séparés peu à peu. L'un devient flic, l'autre gangster. Classique... Mais diaboliquement efficace. 8 années de prison pour Duncan vont-elles tout détruire ou renforcer les liens qui les unissent ? A sa sortie, tout est possible, une nouvelle vie s'offre à lui mais peut-on vraiment remettre les compteurs à zéro à Cataract City ?

Je vous conseille vraiment ce roman. Ne vous laissez pas abattre par les descriptions parfois longues et redondantes, par les détails techniques de l'élevage des lévriers de course et autres secondes qui s'écoulent dans la neige. Vous verrez que le jeu en vaut la chandelle et que le dénouement est jubilatoire. Un roman à découvrir !


mardi 30 septembre 2014

"Les Banksters" de Marc Roche

bankstersL'histoire: "Je suis un libéral qui a toujours admiré le monde financier et ses opérateurs. Je n'aurais pas, sinon, choisi de couvrir pour Le Monde depuis vingt-cinq ans l'univers de Wall Street et de la City.

Mais depuis la crise, je suis un libéral qui doute, un déçu du capitalisme, un angoissé de l'avenir. J'ai cherché à comprendre les racines profondes de cette transformation personnelle. Ce carnet de route sans complaisance est à la fois un voyage intérieur et une enquête sur un monde très fermé, celui des banksters, dominé par l'opacité et... l'impunité.

Car tout a changé le 15 septembre 2008."

La critique de Mr K: Chronique un peu particulière aujourd'hui avec un essai économique mâtiné de souvenirs personnels : "Les Banksters" de Marc Roche. Je suis plutôt du genre à m'évader en lecture au travers de romans mais cet opus m'a attiré par son côté vécu qui promettait de montrer une vision différente de l'économie et plus particulièrement des tenants et aboutissants de la crise que nous traversons actuellement. Relativement court (229 pages), il promettait d'être concis et surtout abordable de part la profession de son auteur. L'idée de me retrouver confronté à un livre dogmatique et théorique me faisant horreur, j'ai été très vite rassuré...

Le livre est divisé en deux grandes parties aux titres évocateurs au possible, jugez plutôt: Aveuglements et Résistances. Chacune d'entre elles est divisée en une dizaine de chapitres qui explorent un domaine particulier de la grande finance ou des souvenirs personnels liés à elle. Ainsi, l'auteur débute par son aveuglement à ne pas voir les symptômes d'une crise profonde caractérisée par le sentiment d'impunité qui meut beaucoup de financiers et autres traders. Il fait alors des focus sur les "familles" se partageant les royalties et autres parts de marché notamment les dettes des pays qui sont des marchés forts juteux qu'il faut entretenir (cela donne lieu à des pages des plus effrayantes). Il est aussi question de certains médias complaisants faisant eux-même partie du système et se révélant de puissants soutiens (voir le passage sur la campagne eurosceptique du Financial Times). Tout une série de dysfonctionnements et de mutations de l'esprit capitalistes sont ainsi décryptés et mis à plat par l'auteur.

Très vite, Marc Roche pointe aussi les limites de cette fuite en avant qui a des conséquence catastrophiques dans ces sphères que l'on pense épargnées. Souvent, les traders sont mis au pilori alors qu'en fait ils ne font qu'obéir aux ordres et directives de leurs patrons en bisbille avec les États et autres organisations internationales. Véritables fusibles, ce sont des arbres qui cachent la forêt, des boucs émissaires tout trouvés qui permettent de concentrer les projecteurs sur eux plutôt que sur les vrais coupables protégés dans l'ombre. Pour autant, l'auteur ne crie pas au complot, c'est plus la dénonciation d'une dérive du capitaliste auquel il a cru et continue de croire. D'ailleurs, il termine son essai en proposant dix commandements, dix principes qui pourraient selon lui écarter le spectre d'une nouvelle crise financière (en moyenne, il y en a une tous les huit ans).

Malgré un sujet des plus complexes et pas forcément des plus attirants, j'ai dévoré ce livre. Tout d'abord, j'ai apprécié son accessibilité. Pas besoin d'aller faire des recherches sur le net pour comprendre tel élément de lexique financier, l'auteur limite leur utilisation aux plus importants et fait en sorte que son propos soit intelligible par le plus grand nombre. L'effort est louable et salutaire tant on peut entendre un certain nombre d'énormité dans les médias. Ce qu'il y a aussi de très intéressant dans son approche, c'est que nous ne sommes pas face à une dénonciation caricaturale et dogmatique (on est loin de Mélenchon) ou une éloge du capitalisme (Le Tsar Cosy peut aller se rhabiller!). Certes l'auteur est capitaliste mais il est dépassé par son évolution qui n'a plus grand chose à voir avec ses convictions de jeunesse et le contenu de son livre est pour cela éclairant. Le libéralisme est devenu liberticide, un comble quand on connaît les racines de ce courant de pensée!

La lecture de ce volume fut donc un plaisir de pédagogie et d'éclairage. Il n'y a pas de grosses révélations, beaucoup des choses que vous y lirez sont connues mais l'avantage de cet ouvrage est de toutes les résumer et les rassembler en un seul ouvrage. Un bel exercice de style que je vous conseille grandement si le sujet vous intéresse!

mardi 2 septembre 2014

"L'audience" de Oriane Jeancourt Galignani

l'audience

L'histoire: Dans une petite ville du Texas, une jeune enseignante, mère de trois enfants, attend en silence le verdict de son procès.
Qu'a-t-elle fait pour être traînée en justice, et risquer cinq ans de prison ferme?
Elle a entretenu des rapports sexuels avec quatre de ses élèves, tous majeurs. Un crime passible d'emprisonnement au Texas, depuis 2003.

La critique de Mr K: L'audience, livre de la Rentrée Littéraire, est la version romancée d'un fait divers judiciaire réel qui s'est déroulé aux États-Unis dans un tribunal texan. Une jeune enseignante y est jugée par rapport à sa conduite et les rapports intimes qu'elle a entretenus durant un mois avec quatre de ses élèves majeurs. Ce comportement est jugé dans cet État ultra-conservateur comme déviant et peut être passible d'une peine d'emprisonnement. Dans ce roman, l'auteur alterne chapitres concernant les différents jours d'audition et flashback dans la mémoire de Debby, l'accusée muette qui se retranche derrière son silence pour affronter son juge et les jurés qui vont devoir décider de son sort.

Je vous le dis tout de go, ce n'est pas de la grande littérature et j'étais plutôt déçu au début de ma lecture. Les pages se tournaient à un rythme régulier mais sans passion aucune, l'héroïne n'étant pas des plus attachantes et limite exaspérante. Que cache ce silence? Qu'en est-il des motivations qui l'ont poussée à rechercher des relations extrêmes avec ces jeunes hommes? Peu ou pas d'éclairage au départ et une certaine lassitude devant les banalités assénées en début de roman. Dubitatif, légèrement ennuyé, je me disais qu'on tournait en rond et que rien ne faisait sortir cette œuvre d'un banal témoignage de l'incurie de la justice américaine. On a ainsi une procureur vraiment très très méchante, un juge obsédé par cette dernière et regrettant leur relation ancienne, autant d'éléments un peu caricaturaux qui pour moi ternissent les propos et faisait de ce livre une lecture tout juste passable.

Heureusement, après les premiers jours consacrés aux témoignages de l'accusation notamment ceux des jeunes gens, on passe aux témoins de la défense et l'on tombe alors de Charybde en Scylla avec le témoignage épouvantable de la mère qui finalement enfonce plus sa fille qu'elle l'aide et un mari meurtri dans sa chair qui ne veut pas que sa famille implose à cause des fautes passées de sa femme. Le livre prend alors une autre dimension avec des personnages tortueux à l'extrême témoignant de la désagrégation d'une famille lambda. C'est âpre, on souffre pour tout le monde et le verdict vient cueillir un lecteur enfin conquis par cette histoire qui décolle et explore des aspects plus sombres des personnages. Heureusement d'ailleurs, cela sauve l'ensemble.

L'écriture est certes écrite d'une pointe sèche et précise comme il est écrit en quatrième de couverture mais elle ne m'a tout de même pas laissé de souvenir impérissable. La forme est globalement décevante par manque d'originalité et de pouvoir évocateur. Cependant la lecture est aisée et finit tout de même par nous surprendre en deuxième partie de lecture. Malgré l'injustice qui s'abat sur cette femme (elle est jugée pour des actes que seule la morale puritaine réprouve), je ne me suis pas attaché à Debby que j'ai trouvé personnellement inconséquente vis à vis de ses enfants et dont j'abhorre les actes qu'elle a pu commettre. Je n'ai donc pas été touché comme certaines personnes pourraient l'être même si je m'élève toujours face aux procès faits pour déviance comportementale ou délit d'opinion.

Ce fut donc une lecture intéressante bien qu'imparfaite. À chacun de se décider s'il veut tenter l'aventure ou non!

samedi 23 août 2014

"La Belle de l'étoile" de Nadia Galy

la belle de l'étoileL'histoire: Après la mort de l'homme qu'elle aimait, une femme choisit de s'exiler à Saint-Pierre-et-Miquelon, île battue par les vents, espace sans frontières. Ce sera son refuge pour relire la correspondance de son amant, qu'elle se fait expédier de Paris, et y répondre, comme s'il était encore vivant.

La critique de Mr K: Découverte d'une nouvelle auteure aujourd'hui avec La Belle de l'étoile de Nadia Galy qui sort en cette période de rentrée littéraire. Saluée par la critique et les lecteurs pour ses deux premiers romans, cette architecte de formation (elle a participé notamment à l'édification de l'aéroport de Saint-Pierre-et-Miquelon où se déroule l'action du présent roman) s'attaque à la thématique difficile du deuil avec ce roman court de 231 pages. Avec ce genre de problématique c'est soit tout l'un, soit tout l'autre. L'ayant lu en un temps record, je ne peux que m'enthousiasmer devant un récit brillant et nuancé, baignant dans une atmosphère vraiment dépaysante.

L'héroïne suite au suicide de son amant, le départ de son fiancé et un séjour dans une clinique psychiatrique, décide de partir loin pour oublier et se reconstruire. Mais voilà, faire son deuil est quelque chose de lent, long et difficile. Au contact des habitants de Saint-Pierre, des éléments déchaînés et de la nature, elle va peu à peu évoluer, explorer ses souvenirs, dépoussiérer quelques cadavres familiaux et sortir de sa chrysalide de souffrance.

Ce roman se lit quasiment d'une traite tant j'ai été pris par le souffle intimiste et dramatique de cette histoire. Le deuil est remarquablement traité avec une psychologie explorée au scalpel et cela non dénué d'humour. On rit peu cependant car le drame est vivace et les pensée sombres mais le personnage (et donc l'auteure!) fait preuve d'un sens de l'autocritique et de l'autodérision parfois délectable. Pour autant la traversée est difficile et les paysages intimes qui nous sont livrés sont à vif. Par petites touches successives, on aperçoit une lueur d'espoir, une petite porte ouverte vers un futur possible, une échappée vers un avenir meilleur et apaisé. La langue simple, aérienne et parfois délurée nous permet d'accompagner cette femme avec un plaisir de tous les instants et une certaine légèreté plutôt étonnante à la vue du sujet traité.

Autour d'elle gravite une galerie de personnages qui vont à leur échelle l'aider à passer ce cap difficile de manière directe ou indirecte: le père pudique et discret, Fériel la figure maternelle manquante, Gloria une jeune paumée à la recherche d'affection, les collègues de travail... malgré le caractère solitaire et introspectif de l'héroïne, le rôle de ces personnages secondaires m'a paru essentiel dans l'évolution du personnage principal qui passe vraiment par tous les états.

Autre élément remarquable de ce roman, la gestion des décors et la vision que nous propose Nadia Galy de Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire français méconnu. Évocatrices en diable, ces pages nous transportent dans des paysages hivernaux rudes et sauvages qui font écho à la tristesse et la détresse de l'héroïne. Je ne me suis pas lassé de ces paragraphes traitant de l'arrivée de tempêtes hivernales, de la vie dans une bourgade enneigée et la rudesse d'un climat forçant le repli sur soi des communautés humaines. Vrai voyage vers un ailleurs pas si lointain, j'ai vraiment apprécié ce voyage près des terres septentrionales et je pense me repencher sur la question dans les mois à venir.

Au final, j'ai passé un très agréablement moment avec ce roman qui au départ pourrait faire penser à un énième journal dépressif de quelqu'un au bord du gouffre. Il n'en est rien tant le parcours intimiste est marqué de progrès sensibles, assénés par une langue vertueuse et engageante à souhait. Il serait dommage de passer à côté de cette belle expérience littéraire!

vendredi 22 août 2014

"La Patience du diable" de Maxime Chattam

la patience du diableL'histoire: Le Mal peut-il contaminer ceux qui le traquent ? Un go-fast pris en flag qui transporte bien pire que de la drogue... Deux ados qui tirent sur les passagers d’un TGV lancé à pleine vitesse... Des gens ordinaires découverts morts... de terreur. Le Diable mène le bal, le monde est devenu fou. Lieutenant à la Section de Recherche de Paris, Ludivine Vancker comprend bientôt qu’un fil sanglant relie ces faits divers. Rien ne pourra l’empêcher de remonter la piste à sa source. Aux racines de la peur.

La critique Nelfesque: "La Patience du diable" est la suite de "La Conjuration primitive" sortie l'an dernier. Une suite sans en être vraiment une puisque ce sont bien 2 romans différents qui peuvent être lus indépendamment l'un de l'autre mais où l'on retrouve certains personnages dont Ludivine et Segnon que nous avions quitté au terme d'une enquête haletante dans un final éprouvant.

L'histoire commence avec une tuerie dans un train. Aux bouts des armes, 2 adolescents. Une scène d'une violence pure où les principaux acteurs sont des gamins que rien ne disposait à commettre de telles actes. Peu à peu la violence se propage comme une épidémie et des actes similaires, des actes de folie, des pétages de plombs, sont perpétrés aux 4 coins de la France.

Qu'est ce qui pousse des personnes lambda, des hommes et des femmes que l'on croise dans la vie de tous les jours, à de tels agissements? La violence engendre-t-elle la violence? Une même personne serait-elle à l'oeuvre pour tirer les fils de cette gigantesque machination? Le diable en personne? Ludivine, Seignon et la cellule de gendarmerie mise en place sur la première enquête va essayer de faire le lien, comprendre ce qui se passe et enrayer cette machine lancée à vive allure.

Ce nouveau Chattam est encore une fois très efficace. "La Patience du diable" est un bon page turner, Chattam a une écriture simple et efficace qui tient en haleine et les amateurs de thriller trouvent en lui une valeur sûre pour passer un bon moment d'horreur. Il faut aimer le sang, les tripes, les situations gores pour se lancer dans cette lecture. Si vous êtes sensibles, mieux vaut vous abstenir sous peine de faire quelques cauchemars.

Ce n'est pas le premier roman de cet auteur que je lis et dès les premières pages, il n'y a pas de doute, c'est bien du Chattam. La scène du TGV est une tuerie dans tous les sens du terme et "La Patience du diable" commence sur les chapeaux de roue. Je constate avec le temps que Chattam a tendance à répéter sa recette qui fonctionne bien mais qui peut aussi lasser. Les mêmes ficelles sont utilisées, l'horreur prend de l'ampleur plus on avance dans l'ouvrage et certaines scènes peuvent paraître "too much". Rien de nouveau sous le soleil dans le processus d'écriture mais après tout quand ça fonctionne on ne peut pas vraiment se plaindre. Chattam a suivi des études en criminologie et ça se sent. Il détaille beaucoup, utilise la psychologie des personnages pour construire ses récits et appuie sur des détails bien précis. Lors de ma première lecture, "L'Ame du mal", j'ai été conquise par cette construction de roman. Je dois avouer qu'au bout de 6 ouvrages, ça ne fonctionne plus autant qu'avant sur moi. Je savais où l'auteur voulait me mener, j'ai trouvé qu'il enfilait les clichés comme des perles et j'ai deviné l'identité du grand méchant très vite dans ma lecture. Dommage...

Vous l'aurez compris, je n'ai pas vraiment accroché à ce présent roman. Sans pour autant dire que c'est un mauvais roman, car ce n'est aucunement le cas, les assoiffés de thrillers dont je fais partie le trouveront "tout juste bon". L'histoire est bien trouvée, les scènes clés sont efficaces mais il manque le petit supplément d'âme, le détail d'écriture ou de construction du récit qui fait basculer le roman sympa en p***** de roman qui déchire. Si vous n'avez jamais lu de Chattam, si le thriller n'est pas l'un de vos genres préférés et donc que vous n'en avez pas lu des centaines comme moi, ça pourrait fonctionner. En ce qui me concerne, j'attends maintenant plus qu'un page turner sanglant pour être bluffée.

Un bon rythme, des scènes chocs et un fond intéressant qui consiste à dire que l'horreur est partout, en chacun de nous, et que le monde et nos rapports aux autres évoluent dans un terrain violent où sont mises en avant des situations affreuses et inimaginables. Les guerres, la crise, les agressions, les violences quotidiennes, les meurtres, les malversations ... sont autant de causes qui font monter la pression et élèvent notre seuil de tolérance à l'horreur. Chattam a su mélanger tout cela pour donner à penser que l'issue qu'il développe dans son roman est tout à fait envisageable dans le monde d'aujourd'hui. Malgré cela, c'est avec un sentiment mitigé que j'ai fermé ce livre et je crois que mon avis ici exprimé va dans ce sens. Un roman sympa... sans plus.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "L'Ame du mal"
- "In tenebris"
- "Maléfices" (ah mais mince, je ne l'ai jamais chroniqué celui là...)
- "Les Arcanes du chaos"
- "La Conjuration primitive"

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dimanche 27 juillet 2014

"Coraline" de Neil Gaiman

coralineL'histoire: Coraline vient de déménager dans une étrange maison et, comme ses parents n'ont pas le temps de s'occuper d'elle, elle décide de jouer les exploratrices. Ouvrant une porte condamnée, elle pénètre dans un appartement identique au sien. Identique, et pourtant...

La critique Nelfesque: J'ai découvert "Coraline" il y a 5 ans au cinéma et j'avais adoré ce film d'animation plein de mystère et superbement réalisé. L'occasion s'est présentée de lire le roman de Neil Gaiman dont a été tiré celui ci et j'ai sauté dessus.

J'avais déjà lu du Gaiman par le passé et je n'avais pas vraiment été convaincu. Peut être le mauvais roman, peut être le mauvais moment pour découvrir cet auteur que beaucoup encensent. Avec "Coraline", j'ai aimé Gaiman sans pouvoir m'enlever de la tête les images du film de Henry Selick (qui a également à son actif "L'Etrange Noël de M. Jack" (rien que ça!)). Une adaptation très fidèle à ce roman qui a su mettre les bonnes illustrations sur les mots de son auteur.

Coraline est une petite fille curieuse de tout. Avec son âme d'aventurière, elle ne tient pas en place et lors de son emménagement dans une nouvelle maison, la tentation est trop grande d'en explorer le moindre recoin. Elle va alors découvrir un monde fantastique où tous ses désirs sont exhaussés, où ses parents ont du temps pour elle, où les chats parlent et les souris montent des spectacles de cirque. Mais les apparences sont trompeuses et Coraline va vite découvrir les limites du paraître.

"Coraline" se dévore. Relativement court (153 pages), le lecteur adulte enchaine les pages et les enfants seront, je n'en doute pas passionnés par les découvertes de son héroïne. Du haut de mes 32 ans, je ne saurai jamais les sensations de lecture que procurent ce roman sur les jeunes enfants mais m'est avis qu'il laisse des traces dans leurs jeunes vies de lecteurs.

Merveilleux, addictif mais aussi angoissant et effrayant, de nombreux qualificatifs seraient justes pour parler de "Coraline". On s'attache très rapidement à cette jeune fille, on souffre comme elle de l'indifférence de ses parents tout en l'expliquant avec nos yeux d'adultes. Qui n'a jamais ressenti ce sentiment de délaissement quand les parents ont trop de travail ou des préoccupations qui nous dépassent quand, du haut de nos 10 ans, on a envie de passer nos journées à jouer et où être fille unique n'est pas toujours évident? Avec une imagination débordante, Coraline parcourt les pièces de son nouvel appartement, explore le jardin en s'inventant des histoires. Mais un jour la réalité dépasse la fiction et une porte mystérieuse s'ouvre dans son salon. Commence alors une épopée à la hauteur de ses attentes d'où il sera difficile de revenir à la réalité.

La plume de Gaiman est simple et efficace. L'auteur sait toucher là où ça fait mal en enveloppant le tout d'un voile merveilleux et fait passer son lecteur par tous les états. Cela reste un roman jeunesse et on s'imagine bien que tout sera bien qui finira bien mais l'angoisse pointe très souvent le bout de son nez au fil des pages et la morale de l'histoire est intéressante dans un monde actuel où les paillettes et la facilité intéressent plus nos jeunes que le quotidien et les distractions durement gagnées. Je conserverai précieusement cet ouvrage pour un futur bambin en âge de le lire, pour qu'il découvre avec ses mots à lui et une histoire passionnante que tout ce qui brille n'est pas d'or et qu'il faut se méfier des apparences. Même en tant qu'adulte, il est bon de se voir rappeler parfois que l'amour de ses proches est un bien précieux.

Vous l'aurez compris, je vous conseille ce roman. Que vous ayez 7 ou 77 ans, vous retrouverez dans "Coraline" des fondamentaux essentiels à la construction de tout être humain. La vie n'est pas faite que de bonheur et d'amusement et il faut parfois passer par des chemins tortueux pour en découvrir toute sa valeur.

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samedi 24 mai 2014

"L'Ordre et le chaos" de Maud Tabachnik

ordre et chaos

L'histoire: À quarante ans, après la mort de sa mère, Merryl réalise enfin son rêve : quitter son pays de Galles natal et prendre la route à bord d’un camping-car. Mais ce qu’elle découvre n’est pas la liberté, plutôt l’injustice et la brutalité des hommes. Prise dans l’engrenage de la violence et de ce qu’elle croit être la légitime défense, Merryl devient la criminelle la plus recherchée du royaume. Mais comment l’inspecteur Milland, ex-star de Scotland Yard, pourrait-il imaginer, en remontant une route jonchée de cadavres, que cette folie meurtrière est l’œuvre d’une femme ?

La critique Nelfesque: Maud Tabachnik est une auteure de thriller que j'ai toujours voulu découvrir. Après la mauvaise expérience de Mr K avec "Tous ne sont pas des monstres", j'ai été quelque peu refroidi mais la 4ème de couverture de "L'Ordre et le chaos" a fini de me convaincre. C'est maintenant que je tente l'expérience!

Ce roman ci est à la frontière entre thriller et roman noir. Le personnage principal, Merryl, est une femme en souffrance. Elle vient de perdre sa mère qu'elle n'avait jamais quitté mais là n'est pas le plus dramatique, bien au contraire. La vie qu'elle a vécue à ses côtés était un tel enfer, inconscient jusque là, que sa mort est une vraie délivrance. Brimades, vexations, oppressions, chantage affectif, humiliations... Merryl est passée par tout cela et par là même à côté de sa vie.

Elles qui ont toujours vécu chichement, se refusant tout plaisir, pour Merryl c'est un véritable choc de découvrir que sa mère constituait un "petit" pécule en réquisitionnant son propre salaire et n'était rien de moins qu'une folle, égoïste et castratrice. Elle décide de vendre leur maison, d'acheter un camping-car toutes options et partir à l'aventure sur les routes. Son rêve de toujours est enfin là, à portée de main: découvrir le monde et profiter de la vie! Maud Tabachnik entraîne alors ses lecteurs dans un road movie sur les routes de l'Angleterre profonde à la découverte de ses petits villages et de ses paysans.

Oui mais voilà, la prison qu'avait constitué sa mère autour d'elle était aussi une protection et Merryl va vite le découvrir en même temps que la cruauté des gens ou au mieux leur indifférence. Elle pensait naïvement que le monde n'était qu'amour, piou piou, échanges enrichissants et licornes colorées mais elle va vite déchanter. Et Merryl, quand elle déchante, elle devient colère, elle devient vengeance et elle tire dans le tas!

Efficace, ce roman se lit très vite et très facilement. L'écriture est simple et claire, le style cinématographique est plaisant et permet de donner du rythme à l'ensemble. Je n'ai donc pas été rebuté comme Mr K a pu l'être mais je ne dirai pas que c'est un roman à lire absolument pour autant...

Le manichéisme "Merryl la gentille déçue vs les méchants vivant dans un monde hostile" fini par lasser et les personnages caricaturaux au possible ôtent toute empathie de la part du lecteur. Les situations sont alors prévisibles et j'ai trouvé que ce parti-pris ne servait pas du tout le roman. Bien au contraire.

Alors oui, "L'ordre et le chaos" se lit bien mais il se lit juste bien. Ce n'est pas le thriller de l'année, c'est un roman sympa à lire le temps d'un voyage en train ou affalé au soleil sur la plage. Il a un petit côté défouloir qu'on ne va pas bouder mais il est aussitôt lu, aussitôt oublié. La fin pourra surprendre certains lecteurs je pense bien que ce ne fut pas mon cas (en grande amatrice du genre que je suis, on ne me la fait plus! héhé!). Cela ne lui enlève pas pour autant toute sa puissance et ce dernier souffle salvateur, développant jusqu'à son paroxysme la psychologie de Merryl, me fait dire que cette lecture valait tout de même l'aventure.

A lire si vous êtes en manque de thriller en ce moment mais ne vous attendez pas à plus qu'à un divertissement qui fait passer le temps. A vous de voir...

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dimanche 18 mai 2014

"Joyland" de Stephen King

joylandL'histoire: Les clowns vous ont toujours fait peur?
L'atmosphère des fêtes foraines vous angoisse?
Alors, un petit conseil: ne vous aventurez pas sur une grande roue un soir d'orage...

La critique Nelfesque: En premier lieu et avant de donner mon avis sur "Joyland", je tiens à dire que si vous avez toujours eu peur des clowns et si l'atmosphère des fêtes foraines vous angoisse, vous pouvez lire ce livre. Je ne sais pas ce qu'a fumé la personne qui a rédigé la 4ème de couverture ou si même, pire, elle a bien lu le roman, parce qu'il n'est pas du tout question de clown dans cet ouvrage! Quant à l'atmosphère de cette fête foraine, elle est tout sauf angoissante. Une vraie publicité mensongère que ces quelques lignes! Moi qui au contraire attendez des clowns pour renouer avec l'ambiance "Ca", j'ai bien été déçue sur ce point.

Cela faisait de nombreuses années que je n'avais pas lu d'ouvrage de Stephen King. J'en ai été très fan à mon adolescence puis peu à peu j'ai commencé à me lasser, voyant de grosses ficelles reprises maintes et maintes fois, étant déçue par les fins de roman bâclées... Le cycle "Désolation" / "Les régulateurs" en 96 a signé ma rupture avec l'auteur.

Et aujourd'hui, arrive en librairie un nouveau roman qui attise ma curiosité, me donne envie de renouer avec l'univers de SK. Une fête foraine, des clowns (je croyais en trouver...), une ambiance malsaine... Je me lance avec l'espoir de retrouver l'engouement de mes jeunes années. Bien que n'ayant pas trouvé dans "Joyland" les ingrédients promis dans le résumé, j'ai retrouvé, contre toute attente, l'envie de poursuivre ma lecture au fil des pages, une véritable empathie pour les personnages et la joie d'une sensation depuis longtemps perdue.

Vous l'aurez compris, j'ai aimé "Joyland"! J'ai aimé me perdre dans ses pages, suivre Devin dans son quotidien d'étudiant et sa découverte de Joyland, un parc d'attraction dans lequel il va travailler pendant l'été 1973. Jeune homme attachant et respectueux, presque trop gentil, il va durant cet été vivre en accéléré une expérience enrichissante et grandir en quelques mois comme jamais il ne l'avait fait jusqu'alors. Autour de lui gravite toute une clique de saltimbanques originaux, gais et sympathiques qui vont le prendre sous leurs ailes et lui raconter les secrets du parc d'attraction, et plus particulièrement ceux de la Maison de l'Horreur.

Il fera aussi la connaissance d'Erin et Tom, ses colloc' et collègues le temps d'un été et amis pour la vie, Mike et sa maman, petit garçon handicapé aux pouvoirs surprenants... Les personnages gravitant autour de Dev sont des plus attachants. On ressent une vrai sympathie pour eux tout le long de la lecture, ce qui facilite l'identification aux personnages et l'appât du lecteur pour ce roman qu'il ne peut plus lâcher.

Habituée aux romans d'horreur avec Stephen King, ici on en est bien loin. Ce sont les rapports humains qui sont le point central de "Joyland" et la découverte d'un autre monde, celui des forains. Il y a bien une petite dimension fantastique mais pour moi on est ici dans de la littérature contemporaine.

C'est un Stephen King apaisé et recentré que j'ai retrouvé dans "Joyland" avec beaucoup de plaisir et de tendresse. Il nous prouve ici qu'il n'y a pas besoin d'en faire des tonnes dans le gore et l'épouvante pour faire vibrer les lecteurs et qu'un peu de finesse est la bienvenue dans ce monde de surenchère. Un roman que je vous conseille, même si d'ordinaire vous détestez Stephen King. Je prends les paris qu'il saura ici vous charmer!

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lundi 12 mai 2014

"L'Elixir d'amour" d'Éric-Emmanuel Schmitt

elixirL'histoire: "L'amour relève-t-il d'un processus chimique ou d'un miracle spirituel? Existe-t-il un moyen infaillible pour déclencher la passion, comme l'élixir qui jadis unit Tristan et Iseult? Est-on, au contraire, totalement libre d'aimer?".
Anciens amants, Adam et Louise vivent désormais à des milliers de kilomètres d'un de l'autre, lui à Paris, elle à Montréal. Par lettres, tout en évoquant les blessures du passé et en s'avouant leurs nouvelles aventures, ils se lancent un défi: provoquer l'amour. Mais ce jeu ne cache-t-il pas un piège?

La critique de Mr K: C'est toujours avec un petit sourire aux lèvres que je commence un Éric-Emmanuel Schmitt. Il touche à tous les genres littéraires (roman, nouvelle, théâtre) et je n'ai jamais été déçu. Ici, on a affaire au roman épistolaire, un style bien particulier et qui m'a ravi par le passé avec notamment Inconnu à cette adresse ou encore les classiques Les liaisons dangereuses et Dracula. Je me lançai donc plein d'optimisme dans cette lecture qui ne devait durer que deux heures! En effet, 160 pages composent l'ensemble mais les lettres que s'envoient les deux protagonistes sont assez courtes et je n'ai pu détacher mes yeux des pages tant j'ai été captivé par cet échange épistolaire.

Adam et Louise se sont aimés ardemment pendant cinq ans. Cette dernière décide de rompre et pour mieux rebondir de partir à Montréal pour refaire sa vie professionnelle. Adam souhaite entreprendre avec elle une nouvelle histoire placée cette fois-ci sous le signe de l'amitié. Le démarrage est timide, puis peu à peu, Louise accepte. Ils commencent alors à se livrer l'un à l'autre comme jamais auparavant et se questionnent mutuellement sur l'amour, sa nature et ses finalités. Peu à peu, leurs vies personnelles évoluent et les rapports de force semblent fragiles tant la correspondance qui nous est ici livrée met à nue les âmes et les actions des deux protagonistes. On se dirige tout droit vers une révélation finale qui remettra chacun à sa place et éclairera le lecteur sur l'amour et ses conséquences.

Ce petit livre s'apparente à un puzzle. Lettre après lettre, les scripteurs lèvent le voile sur leur caractère et leurs idées sur l'amour. Il est jouisseur et passionné, elle semble plus raisonnable et détachée. Étrange donc se dit-on que ces deux êtres essaient de nouer une amitié tant ils semblent éloignés spirituellement l'un de l'autre. Mais ils ont un commun une somme d'expérience qui semble pouvoir combler ce trou affectif pas si différent de l'amour sauf "par la peau" comme le dit Adam dès ces premières lettres. Peu à peu, les débats tournent autour de leurs nouvelles vies et de la notion d'amour. Peut-on le provoquer? Adam en est sûr et va s'employer à essayer de le prouver à Louise en expérimentant une technique sur Lily, une jeune femme qu'il va rencontrer par l'entremise de sa correspondante. Commence alors la lente déconstruction de tout ce qui a précédé pour mener tout droit à une fin qui vient cueillir le lecteur comme un néophyte.

Par son caractère court et épuré "L'élixir d'amour" fait merveille. Schmitt n'a pas besoin d'accumuler les lignes pour réussir à cerner ses personnages. En très peu de mots, on se fait très vite une idée assez précise de Louise et Adam. Le genre épistolaire aidant, se rajoute sur la trame une impression d'urgence et d'immédiateté qui prend au cœur le lecteur otage d'une mécanique implacable et très bien huilée. On navigue en eaux troubles, on se laisse prendre par les subtilités de cette joute réflective et parfois cynique, comme il peut s'établir entre deux anciens amants. On rit, on s'émeut, on se rembrunit à loisir au fil des lettres échangées. On fait corps avec ces deux inconnus qui nous touchent au plus profond de soi et on s'interroge sur sa propre situation. Je suis ressorti étrangement léger et heureux de cette lecture.

Livre profond, construit d'une manière astucieuse et d'une précision de métronome, la langue simple et délicate de l'auteur met en relief cette histoire sans âge et universelle d'une manière instantanée et à haute valeur émotionnelle. Ce plaisir insidieux et durable est à découvrir au plus vite!

Egalement lus et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Evangile selon Pilate
- La Part de l'autre
- Oscar et la dame rose
- Crime parfait, Les Mauvaises Lectures : deux nouvelles à chute

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mardi 6 mai 2014

"13 jours" de Valentina Giambanco

13joursL'histoire: L’assassin lui a donné 13 jours. 13 jours pour tenter de comprendre. 13 jours avant de plonger dans les ténèbres...
À Seattle, personne n’a oublié le mystère de la Hoh River : trois gamins enlevés, cachés dans les bois. Seuls deux d’entre eux avaient réapparu, incapables de se souvenir de ce qui leur était arrivé. Vingt-cinq ans plus tard, un couple et ses deux fils sont sauvagement assassinés. Au-dessus de la porte de la chambre, le tueur a laissé un message : 13 jours. Très vite convaincue que les deux affaires sont liées, puisque le père de famille qui vient d’être assassiné était l’un des trois enfants kidnappés, la police manque pourtant de preuves. Pour sa première grande enquête, l’inspecteur Alice Madison devra se fier à son instinct. Au cœur des forêts, le cauchemar va recommencer. Dans 13 jours.

La critique Nelfesque: "13 jours" est un roman qui m'a séduite par sa 4ème de couv'. Un thriller mettant en scène des enfants, une "bleue" à la Crim', il ne m'en faut pas plus!

J'ai mis bien moins de 13 jours pour lire ce roman de 540 pages, je l'ai torché en 3 jours. Autant le dire tout de suite, c'est le genre de bouquin que l'on a du mal à lâcher. La scène de départ, le meurtre d'une famille entière, les 2 enfants en bas âge compris, arrive très vite et le lecteur est d'office immergé dans l'ambiance. Pas de fioritures, pas de gore gratuit non plus mais suffisamment de détails pour accrocher les amateurs du genre dès les premières pages.

Valentina Giambanco a un style littéraire très cinématographique. Aucun mal pendant sa lecture à voir défiler les scènes dans sa tête. C'est fluide, rythmé, cadencé comme un long métrage et l'auteur sait en garder sous le coude tout du long pour ménager le suspense. Je dirai que pour cela, "13 jours" est bien efficace. Un bon page turner avec des personnages assez complexes qui titillent la curiosité du lecteur.

Un bon page turner mais un page turner de plus. Rien de transcendant ou de novateur dans ce roman. Ce n'est pas la révélation de l'année dans le genre. Ne boudons pas notre plaisir pour autant et profitons des oeuvres bien construites et plaisantes à lire mais je dois dire qu'en tant qu'amatrice de thrillers / polars / romans noirs, je suis plus à la recherche maintenant de frissons novateurs, d'écriture qui se démarque franchement du commun des thrillers et d'une histoire qui me hante longtemps. Ici, ce n'est pas vraiment ça et j'aurai sans doute oublié les 3/4 du roman dans quelques mois malgré ses points positifs évoqués plus haut.

Côté personnage tout de même, j'ai aimé la froideur de John Cameron, le principal suspect (on l'apprend assez vite) et le côté ambigu de son avocat et ami Nathan Quinn. Cette relation particulière et ce jeu du chat et de la souris avec les autorités par les textes de loi et par la capacité qu'à Cameron de passer inaperçu apportent un plus au roman. Le tueur présumé n'est pas forcément un être déshumanisé et caricatural et c'est appréciable.

Alice Madison, inspectrice nouvellement nommée à la Crim' est tout aussi intéressante par sa jeunesse, ses maladresses mais surtout son amour pour son métier et son envie de bien faire. On s'identifie assez facilement à ce bout de femme à la fois fragile et forte. De plus, un évènement personnel la poussant dans son enquête force la sympathie du lecteur. Classique mais agréable.

Au final, vous l'aurez compris, même si "13 jours" n'est pas LE thriller à lire absolument dans sa vie, il sait ravir les amateurs du genre qui passent un bon moment entre ses pages. Une découverte attrayante que je vous conseille.

Posté par Nelfe à 19:19 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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