mercredi 17 février 2016

"Ballade pour Leroy" de Willy Vlautin

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L'histoire : La première chose que voit Leroy lorsqu'il sort du coma, c'est la photo d'une pin-up en bikini aux couleurs du drapeau américain. Une vision aussi nette que les sept années qui séparent pour l'Irak de cet instant précis où il se réveille dans un établissement spécialisé. Lui qui avait oublié jusqu'à son nom pourra-t-il redevenir un jour celui qu'il a été? Alors qu'il prend une terrible décision, son destin va bouleverser la vie de ceux qui gravitent autour de lui: Freddie, un gardien de nuit, Pauline, une infirmière, sa petite amie Jeanette et sa mère Darla, qui continue à lui lire à haute voix des romans de science-fiction. Pendant que Leroy lutte dans un inquiétant monde parallèle pour sauver sa peau...

La critique de Mr K : Nouvelle plongée dans la très belle collection Terres d'Amérique chez Albin Michel qui ne m'a jamais déçu jusqu'ici. Ce n'est pas cette Ballade pour Leroy de Willy Vlautin qui va me faire changer d'avis tant j'ai été pris dans un tourbillon d'émotions en suivant les personnages de ce livre luttant pour leur survie, s'accrochant avec l'énergie du désespoir à leur existence pour atteindre quelques moments de bonheur. Une belle claque!

Leroy est revenu d'Irak gravement blessé suite à l'explosion d'une mine sous son véhicule militaire. D'autres sont morts, lui a survécu, mais à quel prix? Limité dans ses mouvements puis enfermé dans un coma semblant sans fin, il n'est plus que l'ombre de lui-même. Pendant que sa mère veille sur lui en se nourrissant d'un mince espoir, il erre dans un monde étrange mêlant souvenirs et fantasmes. Pauline, infirmière de nuit dans la clinique qui l'accueille est touché par ce jeune homme fauché par la vie mais elle aussi n'a pas l'existence facile avec un père lunatique dont elle doit s'occuper, une jeune héroïnomane qui arrive dans le service et qui se laisse aller, et un quotidien morose qui ne laisse pas de place à l'amour. Freddie, le gardien de nuit de l'établissement n'est pas non plus bien loti entre la nécessité de posséder deux emplois pour joindre les deux bouts et qui l'épuisent peu à peu, ces deux filles parties avec leur mère à l'autre bout du pays et des traites qui s'accumulent malgré tout. Vous mélangez le tout et vous obtenez un roman qui touche en plein cœur et vous accroche immédiatement, sans espoir de pouvoir s'en échapper avant la toute dernière ligne.

Les différents personnages sont très attachants. Willy Vlautin s'attache à décrire l'humain dans son intimité et son environnement social immédiat. De ce réalisme de tous les instants, de cette simplicité sans nuage se dégagent une mélancolie et une soif de vivre inextinguible. L'Amérique qui nous est présentée ici est bien loin des clichés véhiculés habituellement, derrière le rêve américain, des gens souffrent, tentent de s'en sortir et n'y arrivent tout simplement pas. Les va-t-en guerre en seront pour leurs frais et les ultra-libéraux se verront renvoyer à la figure les conséquences de leurs politiques successives: les inégalités criantes en terme de santé et d'accès à l'emploi, le désespoir qui pousse à la faute les plus démunis et même trop souvent ceux qui travaillent, le fléau de l'intolérance religieuse au sein d'une même famille (la terrible histoire de la jeune Carol est édifiante en la matière!), la misère affective qui affecte les corps et les esprits...

Malgré tous ces maux Leroy, Pauline, Freddie ne lâchent pas prise (du moins essaient) et cet élan se transmet au delà des pages, faisant réfléchir le lecteur sur ses propres choix de vie, sur son avenir plus ou moins proche. On oscille constamment entre admiration et abattement, tant les personnages essuient des coups du sort et font tout pour rebondir. Véritable montagne russe des sentiments, ce livre pénètre durablement les esprits et se révèle être une belle métaphore filée de l'existence humaine même si ici le background est à 100% marqué par le contexte socioculturel US. Le point de vue adopté est cependant très différent de ce que l'on peut voir traditionnellement, le portrait des USA qui apparaît en filigrane est peu flatteur, critique mais aussi constructif car une solution apparaît peu à peu, celle du rapport à l'autre, de la confiance et de la bienveillance. Loin de la niaiserie crasse ou marquée du sceau pseudo-religieux à la mode américaine (In god and guns we trust), il s'agit ici de mettre en lumière le sens de l'ouverture et de l'empathie qui existe et qu'il faut cultiver. Cela donne de très bonnes pages, éminemment précieuses et à conserver au coin de son cœur tant elles font du bien. J'avoue avoir eu l’œil humide à plus d'un détour de phrase...

À l'image de la trame principale et des vies exposées dans cet ouvrage, l'écriture est limpide, d'une simplicité confondante mais jamais simpliste. Pas besoin de tours de manche et autre artifices pour toucher le lecteur qui est ici littéralement transporté dans l'esprit et la vie de tous le jours des protagonistes. Les pages se tournent toutes seules et les quelques trois cents pages qui composent cette ballade se parcourent très vite sans que l'on ne s'en rende compte. Véritable petit bijou, instantané brillant de vies cassées par le destin, cet ouvrage de Willy Vlautin est à découvrir au plus vite tant il s'avère à la fois essentiel et impressionnant de talent déployé.

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lundi 8 février 2016

"Journal d'un vampire en pyjama" de Mathias Malzieu

journal d'un vampire amoureuxL'histoire : Me faire sauver la vie est l'aventure la plus extraordinaire que j'aie jamais vécue.

La critique Nelfesque : "Journal d'un vampire en pyjama" est le dernier ouvrage de Mathias Malzieu paru en librairie le 27 janvier dernier. Cela faisait longtemps que j'attendais un nouveau roman de cet auteur que j'aime tant et j'ai sauté de joie à la vue de celui-ci. Je n'avais pas suivi le début de promo autour de l'oeuvre, la quatrième de couverture était énigmatique et j'ai plongé dans ce journal comme dans l'inconnu.

Il ne s'agit pas ici d'un roman mais bel et bien d'un journal. C'est marqué dessus, c'est comme le Port Salut ! Mathias Malzieu a été gravement malade fin 2013 et cet ouvrage est le journal de bord qu'il a tenu pendant une année entière. Une année pendant laquelle il a traversé l'enfer, vécu de nombreux doutes, eu peur pour sa vie, côtoyé la mort.

Atteint d'une maladie rare du sang, Mathias a connu les chambres stériles, les séances de chimiothérapie, les traitements post greffe... Nous le suivons ici dans son combat contre la maladie et son tête à tête avec Dame Oclès, mystérieuse femme dangereuse et sexy qui vient le voir chaque jour. Car oui, malgré une histoire très ancrée dans la réalité cette fois ci, forcément puisque c'est du vécu, Mathias Malzieu insuffle ça et là des éléments oniriques et poétiques, comme il sait si bien le faire. Sa plume est toujours belle et évocatrice même si ici je l'ai trouvé quelque peu répétitive et des formulations qui font mouche à la première lecture et vont droit au coeur s'émoussent légèrement quand elles sont utilisées plusieurs fois. Dommage...

Oui mais voilà, peut-on critiquer une oeuvre telle que celle-ci ? De part l'épreuve qu'a subi l'auteur, peut-on pinailler sur des petits détails ? Oui il le faut ! Tout en gardant en tête qu'il s'agit là d'une oeuvre unique dans la bibliographie de Mathias Malzieu, un témoignage d'un instant T et un ouvrage important pour ce qu'il représente (la lutte contre la maladie, le courage, l'amour des siens, la compétence du corps médical...), ce "Journal d'un vampire en pyjama" n'a pas la portée fantastique et lyrique des autres romans de l'auteur. Pour autant, je me réjouis de lire à nouveau des écrits de Mathias et suis ravie de savoir qu'il s'en est sorti (je ne spoile rien). Dire qu'on a été à deux doigts de perdre cet artiste majeur, ça me met un coup au moral ! Mais heureusement tout est rentré dans l'ordre et Mathias Malzieu pourra de nouveau nous écrire de belles histoires...

"Journal d'un vampire en pyjama" signe un moment important dans la vie de son auteur. Le moment où il est né pour la seconde fois. Un message d'amour et d'espoir pour tous ceux qui se battent actuellement contre une maladie grave. Merci pour eux Mathias !

Autres romans de Mathias Malzieu chroniqués sur le blog :
- La Mécanique du coeur
- Métamorphose en bord de ciel
- Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi
- Le Plus petit baiser jamais recensé

samedi 6 février 2016

"Le Pique-nique des orphelins" de Louise Erdrich

pique nique des orphelinsL'histoire : La dernière chose que Mary et Karl entrevoient de leur mère, c'est la flamme de ses cheveux roux émergeant du biplan qui l'emporte pour toujours aux côtés d'un pilote acrobate... Devenus orphelins, les enfants montent dans un train de marchandises afin de trouver refuge chez leur tante, dans le Dakota du Nord.
Ainsi commence, en 1932, une chronique familiale qui s'étend sur plus de quarante ans, et fait vivre toute une galerie de personnages hors du commun en proie aux paradoxes de l'amour.

La critique Nelfesque : Nouvelle plongée dans l'écriture de Louise Erdrich après "Love medecine" que je n'avais pas vraiment apprécié et "La Malédiction des colombes" pour lequel j'avais eu un petit coup de coeur. Une autre lecture s'imposait donc pour faire pencher la balance... "Le Pique-nique des orphelins" vient de sortir en librairie chez Albin Michel mais il ne s'agit pas à proprement parler d'un nouveau roman. En effet, celui-ci est paru en 1986 aux USA et s'offre cette année une nouvelle traduction. Il s'agit du deuxième roman de l'auteure.

Tout commence en 1932, en pleine Grande Dépression aux États-Unis. Mary et Karl, 14 et 11 ans, vivent avec leur mère Adelaide. Cette dernière est aussi la maîtresse de Mr. Ober, un riche industriel, et ensemble ils vont avoir un bébé, Jude. Mais lorsque la crise éclate et que Mr. Ober trouve la mort, Adelaide se retrouve sans ressources et sans maison (celle ci étant au nom de monsieur et Adelaide et sa famille n'ayant pas de liens officiels avec le défunt). C'est alors qu'elle émet l'idée de partir chez sa soeur dans le Dakota du Nord avec ses enfants.

Ce voyage vers le Dakota aura bien lieu mais seulement pour Mary et Karl. Leur mère les ayant abandonnés pour les beaux yeux d'un pilote lors d'une foire, le jeune Jude est laissé aux bons soins de la famille Miller. La peur et la faim au ventre, ils montent dans un train de marchandises en route vers les terres de leur tante. Après bien des péripéties, c'est seule que Mary retrouvera Fritzie, son mari Pete et leur fille Sita.

Véritable roman chorale, "Le Pique-nique des orphelins" accompagne le lecteur dans l'Amérique profonde et rurale des années 30 à travers les yeux d'une kyrielle de personnages. La cousine, la tante, la meilleure amie mais aussi le frère, le notable de la ville, l'oncle handicapé... Chacun avec son âge, ses mots, sa perception du monde et son expérience peint un tableau sur plusieurs dizaines d'années qui nous amènera vers les dernières années de la vie de Mary.

Avec une écriture finement ciselée et qui permet au lecteur de se faire une image mentale parfaite et détaillée des lieux, Louise Erdrich n'écrit pas ici un roman à énigmes, contrairement à ce que pourrait faire penser la quatrième de couverture, mais une saga familiale riche en petits et grands évènements. L'existence banale mais pour le moins tourmentée d'une petite américaine qui va vivre un moment important dans l'Histoire des États-Unis en direct de sa ville de province.

40 ans séparent la première de la dernière page, 3 générations se succèdent, cohabitent, s'aiment ou se détestent. Les liens entre les personnages sont complexes et froideur, fierté, jalousie, regrets peuplent ce roman. Là réside la grande force de ce "Pique-nique des orphelins", celle de nous donner à voir les fils délicats et ombrageux qui lient les hommes entre eux. Famille ou amis, simples connaissances ou confidents, chaque individu interagit avec son semblable de par ses réactions ou sa façon d'être et influe sur les évènements à venir. Ne vous attendez pas ici à une histoire complexe ou des destins hors du commun mais laissez-vous porter par la vie, parfois douce, parfois tourmentée, des habitants de Argus dans le Dakota du Nord.

Je ne peux que vous conseiller ce roman riche, complexe dans les relations humaines et empli de poésie qui parle à notre part d'humanité et éveille chez le lecteur ses besoins de liberté et de grands espaces. Quel est le prix de l'épanouissement personnel ? Quand se sent-on réellement chez soi ? Qu'est-ce que l'amour et quels liens nous relient les uns aux autres ? Autant de questions existentielles pour lesquelles Louise Erdrich amènent quelques réponses à travers le destin de la famille Adare. Une belle leçon de vie et d'humilité.

vendredi 29 janvier 2016

"Un Autre que moi" de Véronique Olmi

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L'histoire : Se retrouver face à un homme de quatre-vingts ans qui prétend être lui-même : c'est l'étrange expérience que fait Fred le soir de ses quarante ans. Peut-on modifier le cours du temps ? Qui y perdrait, et à quel prix ?

La critique de Mr K : Lecture d'un texte théâtral aujourd'hui avec cette pièce, Un Autre que moi, de Véronique Olmi, dramaturge appréciée et jouée dans plusieurs pays. Je ne suis pas forcément un aficionados du genre en mode lecture, préférant voir ces textes joués et interprétés. Force est de constater qu'il n'en a rien été ici avec une lecture rapide, divertissante, émouvante et source de réflexion sur notre vision de la vie et du temps qui passe.

Fred s'est isolé dans une chambre d’hôtel minable en proche banlieue le jour de ses quarante ans. Pourquoi? Parce qu'il a un coup de spleen bien évidemment! La légendaire crise de la quarantaine couve et l'idée de se réunir pour l'occasion en famille et avec les amis ne le motive pas, mais alors pas du tout! Il a donc décidé de rester seul dans sa chambre malgré les récriminations de sa femme Laura et du futur conseil de famille qui en découlerait et qu'il redoute encore plus. C'est dans cet état de confusion qu'il s'interroge sur lui et son avenir, notamment en terme de santé et de pouvoir de séduction…

C'est alors que rentre en scène Frédéric, c'est-à-dire lui même mais à 80 ans. L'étonnement cède vite la place à la méfiance puis la révélation. Tour à tour, Fred soupçonne Frédéric d'être un agent / espion à la solde de sa femme pour le forcer à rentrer à la maison pour fêter le dit anniversaire, un imposteur venu le tourmenter… Mais il doit assez vite se rendre à l’évidence, cet homme en sait beaucoup trop sur lui, s'ensuit une discussion à bâton rompu qui va permettre à chacun de dire ce qu'il pense de lui, évoquer le passé commun mais aussi le futur qu'il reste à vivre pour l'autre. Cela donne lieu à des dialogues enlevés où chacun n'hésite pas à lancer quelques scuds bien sentis à l'autre, je vous livre un court passage fort séduisant en la matière:

FRED: Il y en a qui voient surgir des strip-teaseuses de leur gâteau d'anniversaire… Et moi: un vieux bipolaire incontrôlable. C'est vraiment la fête…

FREDERIC: Tandis que moi, passer mes quatre-vingts ans dans une piaule minable avec un déprimé alcoolique, c'est l'apothéose!

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Mais derrière ces répliques acides, les révélations surprenantes, on entr'aperçoit un fond beaucoup plus sérieux et existentialiste. Jusqu'à quel point peut-on maîtriser sa vie? Et si l'on fait des erreurs, peut-on se le reprocher? N'y aurait-il pas moyen d'agir autrement? Le destin existe-t-il? Peut-on le modifier? Autant de questions qui se densifient en filigrane du dialogue principal qui éclaire peu à peu les zones d'ombre des personnages concernant leur mariage mais aussi leur passé plus ancien et notamment le rapport intime qu'il entretenait avec leur grand-père. Ce passage est extrêmement touchant et agira comme un révélateur sur Fred.

Plus trivialement, on explore aussi le rapport des hommes à la séduction et aux femmes qui sont omniprésentes dans ce texte malgré l'absence de personnages féminins en chair et en os. L'amour est donc omniprésent avec ses bienfaits mais aussi ses dérives: l'épouse castratrice ou du moins dominatrice qui dirige la vie de Fred seulement parce qu'il le veut bien, l'éveil à l'amour sincère et simple plus tard pour Frédéric… autant de facettes d'une vie disséquée au scalpel par une auteure avare en mots mais qui touche juste à chaque réplique. D'ailleurs le livre en lui-même est plutôt court (137 pages) et il se lit en moins d'une heure avec un plaisir renouvelé à chaque page. L'écriture très contemporaine y est pour beaucoup, familiarités et bons mots s’enchaînent sans discontinuer et accrochent définitivement le lecteur désirant connaître le fin mot de l'histoire. Un petit plaisir qu'il serait donc dommage de bouder.

vendredi 22 janvier 2016

"À la table des hommes" de Sylvie Germain

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L'histoire : Son obscure naissance au cœur d'une forêt en pleine guerre civile a fait de lui un enfant sauvage qui ne connaît rien des conduites humaines. S'il découvre peu à peu leur complexité, à commencer par celle du langage, il garde toujours en lui un lien intime et pénétrant avec la nature et l'espèce animale, dont une corneille qui l'accompagne depuis l'origine.

La critique de Mr K : Ce roman est le premier de Sylvie Germain qui m'est amené à lire. Cette auteure a bonne presse et j'ai sauté sur l'occasion pour la découvrir avec la sortie de son nouvel ouvrage dont la quatrième de couverture est aussi intrigante qu'engageante dans les thématiques qui semblent être abordées. La lecture fut rapide, le constat mitigé.

Tout le roman se déroule dans un pays dont on ne connaîtra jamais le nom, où se livre une guerre civile sanglante, où s'enchaînent les exactions et les vendettas vengeresses. Au milieu de ce chaos et la folie organisée des hommes, nous suivons la destinée de Babel depuis sa naissance trouble au fin fond de la forêt à son arrivée dans l'accomplissement de la quarantaine. Être hybride? Enfant sauvage? Candide des temps modernes? Il est un peu de tout cela à la fois et c'est à travers ses yeux et ceux de personnes qu'il va rencontrer et qui vont jalonner sa vie que l'histoire se déroule devant nos yeux entre réalisme, naturalisme et parfois du fantastique. Étrange voyage qui alterne morceaux de choix à la beauté pure et dérives parfois simplistes et digressives pas forcément de bon aloi.

Ce que j'ai préféré dans ce roman est sa première partie qui s'apparente directement aux récits que j'ai pu lire par le passé sur les enfants sauvages du XIXème siècle qui ont inspiré un de ses plus grands films à François Truffaut. On suit pas à pas, les premières sensations, expériences de Babel. Il se nourrit de son environnement, de ce qu'il ressent et tente de survivre. Il sera recueilli dans un village déserté par les hommes partis à la guerre et commencera le dur apprentissage de la vie au sein d'une population frustre et méfiante. Cela donne de très beaux passages sur l'éveil aux autres et sur le monde (une très légère ouverture à ce moment là de la vie de Babel) et des moments bien plus rudes quand il doit se confronter à la cruauté des autres jeunes du village qui ne voient en lui qu'un idiot buté dont on peut se gausser facilement et sans crainte de représailles.

L'écriture est d'une grande beauté, un souffle inédit se fait sentir et l'on partage scènes du quotidien et réflexions plus profondes notamment lors de la fuite de Babel vers un ailleurs prometteur. L'apprentissage des mots et la magie inhérente qui les accompagnent, Dieu et ses multi-facettes à travers le monde mais aussi l'injustice, l'intolérance placent ce roman définitivement sous le sceau du récit initiatique avec ce jeune garçon plongé dans un monde qui le dépasse. Mais cet univers est désormais le sien, il va devoir s'en accommoder pour se trouver lui-même. Il pourra compter sur deux vieux clowns libertaires en colère contre le monde entier et la douce Zelda qui lui fera connaître l'Amour. La langue est limpide, exigeante par moment pour ciseler aux mieux personnages et situations, l'immersion totale. Tout pour plaire normalement, mais malheureusement il y a un hic…

Bien que séduisante dans sa forme, la prose ici livrée n'a vraiment rien d'originale et vire parfois au pamphlet simpliste contre l'espèce humaine. Entendons-nous bien, je me classerai volontiers dans le camp des pessimistes et déclinistes concernant notre espèce qui excelle dans la destruction et l'auto-satisfaction. Je trouve que dans ce roman, l'auteur passe parfois du coq à l'âne pour dénoncer de manière frontale et pas très fine des errances de notre développement: je pense notamment au passage sur le sort que l'on réserve aux animaux ou encore la suppression d'esprits libres par des intégristes (passage qui m'a fait penser aux attentats de janvier 2015). Cela alourdit le roman et surtout son propos qui se démarquait dans les 100 premières pages par une ambiance cotonneuse teintée de mystère et de décalage (j'adore cette sensation). Par la suite, on perd cette impression au profit d'un brûlot certes allant dans le bon sens mais plutôt simpliste et au final, manquant de puissance. Un soupçon de nuance ne fait jamais de mal!

Impossible donc de ne pouvoir dire que du bien de ce roman pourtant tellement réussi dans le traitement de son personnage principal (que j'ai adoré et dont je garderai un souvenir ému). Je suis adepte du genre et j'ai trouvé dix fois mieux en terme de parcours initiatique dans un monde en pleine déshérence. Reste que je ne reste pas définitivement fermé à cette auteure tant j'ai aimé son style d'écriture qui ne ressemble pas à ce que l'on peut lire généralement. Elle mérite un deuxième essai, je le tenterai quand un chinage de plus me mettra sur sa route...


samedi 12 décembre 2015

"Le Passager" de Jean-Christophe Grangé - ADD-ON de Mr K

Le-passager-de-Jean-Christophe-GrangeJ'ai déjà lu et chroniqué ce roman le 19/09/11. C'est maintenant au tour de Mr K.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de son avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique de Mr K à la suite de la mienne.

Nous procédons ainsi pour les ouvrages déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lus à nouveau par l'un de nous.

Pour "Le Passager", ça se passe par là.

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jeudi 10 décembre 2015

"Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus" de Eric-Emmanuel Schmitt

les 10 enfants que mme Ming n'aura jamais eus

L'histoire : Madame Ming aime parler de ses dix enfants vivant dans divers lieux de l’immense Chine. Fabule-t-elle, au pays de l’enfant unique ? A-t-elle contourné la loi ? Aurait-elle sombré dans une folie douce ? Et si cette progéniture n’était pas imaginaire ?
L’incroyable secret de Madame Ming rejoint celui de la Chine d’hier et d’aujourd’hui, éclairé par la sagesse immémoriale de Confucius.

La critique Nelfesque : Plonger dans un roman d'Eric-Emmanuel Schmitt, c'est avoir la certitude de se déconnecter de notre quotidien et être entraîné dans des contrées lointaines. Avec "Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus", nous ne dérogeons pas à la règle ! Départ ici pour la Chine et la sagesse asiatique.

Notre narrateur, un homme d'affaires parisien, se retrouve très souvent à séjourner au Grand Hôtel de Hong Kong afin de signer divers contrats avec la Chine. C'est là qu'il va faire la connaissance de Madame Ming, dame pipi au sous-sol de ce palace. De voyage en voyage, un dialogue au long cours et une certaine intimité vont se tisser entre eux. Deux personnages que tout semble opposer sociologiquement parlant vont s'enrichir l'un de l'autre.

Madame Ming va trouver en cet homme d'affaires une oreille attentive et bienveillante. Quant à lui, c'est tout un univers onirique, philosophique et une véritable leçon de vie que Madame Ming s'apprête à lui conter. Véritable détentrice d'une sagesse ancestrale, elle va, à travers son histoire, lui enseigner les préceptes de Confucius, l'aider à voir dans sa vie d'occidental hyperactif des bonheurs simples et le véritable sens de la vie.

Loin d'être un roman ardu et pénible, "Les dix enfants..." se lit tel un conte et les petites histoires de Madame Ming et l'évocation de ses enfants font réfléchir le lecteur sans lourdeur et effort. Ho, Da-Xia, Kun, Kong, Li Mei, Wang, Ru, Zhou, Shuang et Ting Ting sont autant de prétextes pour essaimer des morceaux de vies loufoques et singuliers.

Dans ce pays de l'enfant unique, il est difficile de croire qu'une femme ait pu donner la vie à 10 enfants. Madame Ming serait-elle une parfaite usurpatrice ou aurait-elle vraiment réussi à éduquer autant de bambins devenus aujourd'hui des adultes si originaux ? Telle est la question que va se poser notre parisien tout le long de cet ouvrage tout en ayant conscience que là n'est pas le plus important.

Avec "Les dix enfants que Madame Ming n'a jamais eus", le lecteur ressort apaisé et avec un véritable sentiment de bien-être, Eric-Emmanuel Schmitt nous livrant ici encore un roman plein de douceur et de sagesse qui fait du bien à l'âme. Lecteurs en mal de vivre dans une époque troublée, vous savez ce qu'il vous reste à faire !

Egalement lus et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Evangile selon Pilate
- La Part de l'autre
- Oscar et la dame rose
- Crime parfait, Les Mauvaises Lectures : deux nouvelles à chute
- L'Elixir d'amour
- Le Poison d'amour

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mercredi 11 novembre 2015

11 Novembre : lectures pour se souvenir

En ce jour de célébration de l'Armistice de 1918, il me semblait bon de vous administrer une petite piqûre de rappel bienveillante concernant des ouvrages que je trouve incontournables sur le sujet. Cette guerre a été la toute première où la mort de masse a fait son apparition, où le bourrage de crâne devient réfléchi et institutionnalisé dans le but d'embrigader la population entière et où les graines des conflits à venir sont plantés (Révolution russe de 1917, l'humiliation des allemands en 1919 à Versailles notamment). C'est une période qui m'a toujours fasciné et que j'explore régulièrement à travers mes lectures.

Pour vous permettre de l'appréhender sereinement entre plaisir de lecture et exigence historique, je vous propose de revenir sur trois livres et deux BD essentielles que j'ai pu chroniquer. N'hésitez pas à cliquer sur les titres évoqués pour être renvoyé vers l'article correspondant et une chronique plus détaillée.

1ere GM

Romans :

- Un classique tout d'abord avec Les Croix de bois de Roland Dorgelès paru en 1919. Un petit bijou de modernité d'écriture et d'immersion totale dans le quotidien des Poilus. Magnifique plaidoyer pour la paix et l'entente entre les hommes, il n'a pas perdu une ride et semble avoir été écrit hier. 

- Plus récent mais tout aussi réussi La Chambre des officiers de Marc Dugain. L'auteur nous convie à explorer l'envers du décor en nous invitant à suivre le destin d'Adrien, blessé de guerre qui va passer quasiment tout le conflit dans un château à la campagne accueillant les Gueules cassées, mutilés de la Grande Guerre. Ce livre propose une très belle réflexion sur l'absurdité de la guerre et aussi une belle évocation de la nécessaire reconstruction du héros et son deuxième éveil à la vie.

- Enfin, le Goncourt 2013 Au revoir là-haut de Pierre Lemaître, un habitué du polar qui nous livre ici une fresque splendide sur l'après 14-18 ou le destin de deux camarades de combat qui vont tenter de se refaire après leur retour de guerre. Le récit est palpitant et saisissant de réalisme, impossible de relâcher ce volume avant la fin. Un must!

BD :

- La référence dans le domaine est sans aucun doute l'ouvrage de Tardi "C'était les tranchées". Tiré des mémoires de son grand-père et d'autres témoignages, il nous livre des planches terribles dans un noir et blanc sublime soulignant à merveille la boucherie qu'a été cette guerre et la connerie humaine qui l'accompagne (notamment les ordres idiots des supérieurs, régulièrement épinglés dans les lettres de Poilus). 

- Autre très bel ouvrage, celui du collectif d'auteurs de Vies tranchées qui revient sur le sort peu enviable réservé aux soldats devenus fous pendant le conflit. À travers une petite vingtaine de cas véridiques, vous croiserez traumatisés et mutilés, côtoierez espoir et rédemption mais aussi souffrance et folie. Le souvenir est encore vif dans mon esprit, preuve s'il en est de la qualité de cette BD.

Ces modestes conseils littéraires vous permettront - je l'espère - de découvrir ou redécouvrir un conflit certes lointain mais révélateur de la nature humaine et de ses motivations. En espérant que ce billet vous procure envie et idées, je vous souhaite de très bonnes lectures à venir.

lundi 19 octobre 2015

"Le Sixième sommeil" de Bernard Werber

6ème sommeilL'histoire :
PHASE 1
Assoupissement.
PHASE 2
Sommeil léger.
PHASE 3
Sommeil lent.
PHASE 4
Sommeil très profond.
PHASE 5
Sommeil paradoxal.
PHASE 6
Le sixième sommeil.
Celui de tous les possibles.

La critique Nelfesque : J'ai découvert Bernard Werber il y a plus de 15 ans avec sa trilogie culte des Fourmis. J'ai adoré tout de suite. Puis avec les années, j'ai laissé de côté cet auteur "gentil" pour des ouvrages plus "méchants". Et oui, il est comme ça Bernard Werber, c'est un chouette gars (pour de vrai hein, je l'ai rencontré il y a 10 ans et je suis repartie le sourire aux lèvres) mais avec le temps j'ai trouvé ses ouvrages trop plein de bons sentiments pour moi.

Qu'à cela ne tienne, son dernier roman paru en début de mois chez Albin Michel m'a donné envie de replonger dans son univers. "Le Sixième sommeil", comme son nom l'indique, évoque les mystères du sommeil, ses processus complexes et essentiels qui peuvent faire de la vie d'un "déréglé du sommeil", un vrai enfer (j'en sais quelque chose pour l'avoir vécu plusieurs années et pour avoir encore aujourd'hui quelques soucis de temps en temps !).

Bref, c'est vraiment le thème de ce nouveau roman qui m'a interpellée. Bernard Werber étant un auteur poussant très loin ses réflexions et ses recherches lors de l'écriture de ses romans, j'ai pris celui ci non pas comme un "manuel du sommeil" mais comme un ouvrage pouvant amener à se poser des questions sur sa propre façon de dormir et d'appréhender son coucher.

Jacques Klein est le fils d'une grande scientifique spécialiste du sommeil. Depuis tout petit, il a appris à comprendre, respecter et dompter son sommeil. En grandissant, il va tout naturellement s'intéresser de plus en plus à cette période de nos vies souvent négligée et, suite à des études de médecine, va lui aussi s'orienter vers des recherches sur le sujet. Mais en plein milieu d'une étude capitale, sa mère, Caroline, disparaît sans prévenir et le roman prend alors des allures de thrillers menant le lecteur à l'autre bout du monde sur les traces d'une tribu malaisienne nomade, les Senoïs.

Avec "Le Sixième sommeil", Bernard Werber tient le lecteur en haleine tout en l'éduquant sur sa propre capacité à se servir de ses rêves et de son sommeil pour optimiser ses journées. Libre à chacun de pousser plus loin la réflexion par la suite si il est intéressé par le sujet mais nous avons là quelques clés qui servent à merveille l'histoire. Non, Werber n'étale pas ici sa science (même si il y aurait matière), chaque détail est important dans l'histoire qu'il nous donne à lire et ces données qui auraient pu être lourdes dans un autre contexte sont ici très bien intégrées. En somme, on joint l'utile à l'agréable et Bernard Werber propose à ses lecteurs un bon divertissement réflectif et instructif.

Alors oui, Werber est toujours très "gentil"... Bien-pensant et surtout bienveillant, sans jamais être démago ou donneur de leçon pour autant, on a le droit ici à des petits messages sur le bien-être, l'écologie, le besoin de se recentrer dans un monde où tout va trop vite et où l'information est disponible H24... Blablabla blablabla... Il n'a pas tort et personnellement, je suis déjà consciente de tout cela et adopte une façon de vivre en cohérence avec mes convictions... Mais je ne lirai pas ce genre d'ouvrages tous les jours. Les Bisounours, les paillettes sur les arcs-en-ciel, les trips retour aux sources pour cultiver son Moi profond, ce n'est pas mon truc mais force est de constater que ce "Sixième sommeil" à un côté littérature feel-good qui, a petite dose, n'est pas désagréable.

Pour ma part, j'ai davantage aimé la seconde partie du roman lorsque Jacques part à la recherche de sa mère et, pour cela, va explorer des contrées géographiques et oniriques riches et variées. Le lecteur est ici complètement pris dans l'histoire et ce côté thriller est plus en adéquation avec ce que je lis d'ordinaire. Ici, les ingrédients du genre sont bien respectés : suspens, enquête, frissons... Tout est là ! Et rajoutez à cela une intrigue située en Asie et vous avez une Nelfe heureuse.

Le style de l'auteur est fluide, le vocabulaire est simple, le plaisir de lire un ouvrage entre aspects scientifiques et enquête est bien là. En 10 ans, Bernard Werber n'a pas perdu sa capacité à donner du plaisir à son lecteur et à le tenir éveillé jusqu'au bout de la nuit pour finir un de ses romans. Ce qui, tenant compte du thème de ce "Sixième sommeil", est un peu ironique !

jeudi 8 octobre 2015

"Les Lumières de Central Park" de Tom Barbash

9782226319357g

L’histoire: Si Raymond Carver avait vécu à Manhattan, il aurait indéniablement pu être l’auteur de ces nouvelles, qui explorent la façon dont les relations entre les êtres naissent et se brisent. Tels cette femme récemment séparée qui s’immisce dans la vie sentimentale de son fils ou ce jeune homme qui s’inquiète de voir son père, veuf depuis peu, devenir la coqueluche de ces dames.

La critique de Mr K: Encore une bonne pioche pour moi avec ce nouveau recueil de nouvelles US paru récemment dans l’excellente collection Terres d’Amérique chez Albin Michel, après les très bons Volt et Le Paradis des animaux. Nouveau venu sur la scène littéraire américaine, Tom Barbash s’attache à travers les 13 courts récits qui composent Les Lumières de Central Park à saisir des situations du quotidien de personnages qui ont tout pour être heureux mais que la vie et les circonstances rattrapent. Cela donne un mélange détonant de douceur, d’amertume, de moments plus drôles et de vraies tragédies. Suivez le guide!

Il est beaucoup question dans ces textes de la notion de rupture et de changement, élément inhérent à toute existence humaine. On croise des couples divorcés qui tentent de rebâtir un foyer parfois même une vie, des enfants déchirés par le passé qui tentent de survivre (magnifique nouvelle Janvier, ma préférée), des êtres qui cherchent ou se cachent selon leur caractère et leur milieu. Cela donne une valse des sentiments et des comportements qui balaie large, chacun pouvant se retrouver dans les réactions observées à la loupe par un auteur au plus proche de ses personnages. Cellule familiale, relations professionnelles, rencontres impromptues sont sources de choix et de déviations dans une existence.

Comme dit plus haut, les personnages ne sont pas à plaindre dans l’absolu en terme matériel. Ils ont chacun un toit, de quoi se nourrir et un travail pour subvenir à leurs besoins. Par contre les bobos de l'âme sont nombreux, les blessures profondes et pour certaines inguérissables. Il flotte comme un parfum de spleen sur ses pages qui malgré quelques saillies plutôt humoristiques ne respirent par forcément le bonheur pour jouer dans l’euphémisme. C’est ce qui rend ce livre si attachant car très humain dans sa manière de montrer nos fêlures intimes et nos destinées parfois brisées. La souffrance c’est très rassurant, ça n’arrive qu’aux vivants disait Renaud. On en a ici un très bel exemple avec une galerie de personnages plus faillibles les uns que les autres mais auxquels on se raccroche comme à une ligne de vie pour poursuivre notre route de lecteur sur des sommets parfois très hauts et quasi initiatiques.

On se prend à se mettre à leur place, à réfléchir sur le tenant et les aboutissements de certaines de nos propres décisions, sur les rapports que l’on entretient dans son travail ou même au sein de nos familles. Étrange sensation vraiment, plutôt rare de part son aspect frontal et naturel. Les liens se font naturellement dans l’esprit conquis du lecteur qui n’a de cesse de poursuivre sa lecture pour voyager encore plus loin dans ces instantanés de vie décortiqués, si éloignés et si proches à la fois. Il y a aussi un côté montagnes russes car on passe vraiment par tout un panel d’émotions contradictoires de la simple gène à la détestation parfois féroce ou de la détente au grand bonheur espéré. On se fait doucement bousculer, puis parfois chavirer par des histoires simples en apparence mais à la symbolique parfois très forte et marquante.

Le lecteur est grandement aidé par l’écriture simple et subtile de Tom Barbash. Très accessible mais cependant très évocatrice (notamment en ce qui concerne la psyché et les réactions des personnages) grâce aux thématiques universelles abordées. On passe un très bon moment à côtoyer ces âmes égarées en recherche de sens et de réponses. Le temps passe à une rapidité folle, les mots, les phrases, les histoires défilent jusqu’à l’irrémédiable dernière page qui nous laisse une satisfaction à la saveur particulière, de celle qui perdurent longtemps après de grandes et belles lectures qui nous construisent et nous enrichissent.