mardi 21 juin 2016

"Les Noces macabres" de Jean-François Coatmeur

Les Noces macabres

L'histoire : Tout commence par un coup de fil. Une voix métallique qui menace tour à tour le père Gildas, cloîtré dans son abbaye de Kerascouët, le maire d'une petite ville de Bretagne, effrayé au point de renoncer à un mandat de député, et un médecin du Perche, qui prend la fuite. Trois notables aux vies transparentes, qui avaient fait leurs études de médecine ensemble. Avec le chirurgien Alain Vénoret, revenu à Brest après de nombreuses années d'absence, ils formaient un joyeux quatuor : "la petite bande". Pourquoi se sont-ils séparés brusquement ? Que leur a chuchoté cette mystérieuse voix pour les troubler à ce point ? Et pourquoi Alain a-t-il été épargné ?

La critique de Mr K : La Bretagne, ça vous gagne! L'adage est bien connu en terme de paysages, de culture et de bonnes soirées bien arrosées. Beaucoup moins pour moi en terme de littérature, je dois avouer que niveau auteurs régionaux je n'y connais presque rien et que je me suis davantage attaché dans le passé à lire contes et légendes de notre contrée sauvage qui est bien pourvue en la matière. L'occasion s'est présentée de lire ce thriller se déroulant à Brest. Banco pour moi, c'est encore avec une certaine nostalgie que je repense à mes années estudiantines là-bas. Heureusement pour moi, même si elles se sont révélées agitées, elle n'ont pas sombré dans l'horreur comme la vie de certains des protagonistes de ces Noces macabres, récit court et caractérisé par une tension permanente.

Vengeance, vengeance ! Quand le passé ressurgit, cela peut faire des dégâts surtout si lors de nos études, on a commis l'irréparable. Oubli et impunité ne sont jamais garantis et quatre notables bien installés vont en faire les frais et pas qu'à moitié ! Une soirée qui tourne mal, une mère courage qui transmet de lourds dossiers à son enfant et ce dernier va déchaîner la fureur grâce à un plan machiavélique qui ne laissera personne indemne et surtout pas le lecteur pris en otage par un auteur sacrément doué pour maintenir le suspens en place.

La preuve en est que j'ai parcouru cet ouvrage en un après-midi profitant par la même occasion du temps splendide dont nous avons bénéficié en Morbihan il y a quelques jours (cette remarque est principalement destinée aux mauvaises langues qui disent qu'il pleut toujours en Bretagne). Récit court d'à peine 200 pages, chapitres succincts, descriptions acérées, des personnages charismatiques, des péripéties en veux-tu en voila… Les éléments sont tous là pour procurer un plaisir de lecture simple et efficace.

On se prend très vite d'affection pour Chris dont le passé révélé va provoquer un électrochoc dans sa vie rangée et sans histoire. L'auteur nous en fait un portrait vraiment poignant tout en gardant quelques cartouches pour la fin. C'est là toute l'ingéniosité de Coatmeur, savoir doser révélations et part d'ombre pour maintenir le lecteur entre vérité et ignorance. On pense toujours avoir un coup d'avance sur le récit mais on est constamment surpris. Pour mieux égarer le lecteur, certains chapitres prennent le point de vue d'autres personnages comme le petit ami de Chris ou encore les quatre mystérieux notables qui commencent à sentir le vent du boulet. L'auteur tricote un canevas assez complexe et se plaît à y emprisonner des hommes à la conscience pas très claire. Gare à celui qui n'affrontera pas son passé à l'heure voulue !

Le bémol pour ma part vient de la fin qui, même si elle se révèle particulièrement épouvantable, m'a fait penser à celle d'un de mes films culte : Old boy de Park-Chan Wook (pas l'affreux remake US). La grosse surprise n'a donc pas pris pour moi mais il faut avouer que l'entreprise est bien menée, portée par une écriture à la fois simple et évocatrice, une dimension thriller prenante et une architecture en toile d'araignée fascinante. On sait que ça va mal finir et ce plaisir sadique est très bien attisé. J'ai aussi retrouvé nombre de lieux que j'ai pu connaître "in real life" et cet aspect m'a touché mais c'est l'ancien étudiant brestois qui parle là !

Au final, une bonne lecture qui ne révolutionne pas le genre mais qui l'entretient et rien que cela, c'est déjà très bien !

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samedi 11 juin 2016

"20 + 1 short stories" - Ouvrage collectif

20+1 short stories

L'histoire : Pour fêter les vingt ans de la collection "Terres d'Amérique", voici réunies 21 nouvelles de ses auteurs les plus emblématiques. 21 écrivains qui dessinent un portrait fort et sensible de la littérature nord-américaine d'aujourd'hui, de la sombre tendresse de Sherman Alexie au souffle narratif de Joseph Boyden, la grâce poétique de Charles d'Ambrosio ou la violence émotionnelle de Craig Davidson en passant par le réalisme magique de Louise Erdrich et l'exubérance de Karen Russell. 21 textes qui prouvent définitivement que la nouvelle est loin d'être un genre mineur. Et c'est pour cela qu'il faut la fêter, la célébrer. Qu'il faut encourager les lecteurs à lire des recueils et à découvrir de jeunes auteurs. Car défendre la nouvelle, c'est défendre la littérature.

La critique de Mr K : Ceux qui nous suivent régulièrement savent que nous sommes rarement déçus par la collection Terres d'Amérique de chez Albin Michel. Entre romans et nouvelles, c'est souvent l'occasion de découvrir une autre Amérique, plus humaine et moins caricaturale que ce que nous sert régulièrement le cinéma hollywoodien, la cohorte de séries qui inondent nos écrans et les écrivains bankable qui pour ma part ne m'ont séduit qu'un temps. Dans ce volume un peu particulier, Francis Geffard (le directeur de cette collection) nous convie à une fête de la littérature et surtout de la nouvelle qu'il défend âprement avec passion depuis maintenant 20 ans. Il convoque pour l'occasion les meilleurs auteurs de son catalogue pour un tour d'horizon aussi riche que passionnant d'une Amérique qui doute, se cherche et se penche sur ses racines. Cerise sur le gâteau, pour l'occasion un inédit se glisse dans ces 21 textes afin de découvrir un auteur prometteur.

Aux USA, la nouvelle n'est pas décriée comme en France, terre de littérature qui a tendance d'ailleurs à se prendre trop au sérieux. Outre-manche, les grands auteurs débutent souvent par des short-stories qu'ils font paraître dans des magazines et des revues universitaires, leur permettant ainsi de se faire un nom, d'obtenir des résidences universitaires et pour certains de percer dans le milieu de l'édition. Cela se traduit par une production de recueils de nouvelles plus importante et de sacrés succès en librairie avec la nécessité pour l'auteur à chaque micro-récit d'allier caractérisation rapide, récit accéléré et recherche de l'efficacité pour ne pas perdre en route un lecteur que l'on doit capter dès les premières pages. À la fin du présent volume, chaque auteur a le droit à sa petite biographie particulière ce qui éclaire le parcours de chacun et donne à voir leurs origines, leurs influences et après lecture de la nouvelle leur style et spécialité. Riche idée qui risque malheureusement de m'appauvrir au niveau du portefeuille tant j'ai rencontré de nouveaux auteurs à approfondir dans de futures lectures.

C'est donc un balayage hétéroclite de l'Amérique qui nous est proposé ici, des entrées multiples dans les mentalités US : les familles et leurs dysfonctionnements (c'est un des thèmes les plus abordés dans ce recueil), l'amitié et l'amour, la notion de foi (et de non-croyance aussi), le progrès et ses limites, la vie citadine et la vie rurale, le retour à la vie normale après un séjour en zone de guerre et toute une série de situations apparemment simples mais qui vont révéler toute la complexité de l'existence humaine. C'est un océan de sentiments, de relations ambiguës qui s'agitent dans ces pages et bouleversent les certitudes que le lecteur se fixe en début de récit. Rien n'est figé et chaque nouvelle apporte son lot de surprise, de retournement de situation et de final alambiqué tout en sachant que le genre reste dans le narratif contemporain, proche du quotidien que chacun de nous peut vivre ou avoir vécu. Décès accidentels et pertes d'êtres chers, paupérisation, rapports tendus au sein des familles, quête d'identité et de son passé, l'amour soumis à la réalité de la vie, instants de fraternisation et d'amitié… autant de moments qui font écho à notre propre vie et l'enrichissent. Belle expérience humaine avec des auteurs qui partagent bien plus que leur œuvre et offrent un beau panel de destins touchants et édifiants.

Je vous mentirai en vous disant que toutes les nouvelles se valent et la subjectivité est exacerbée dans ce genre si particulier. Trois seulement m'ont déçu profondément mais je pense que c'est dû au thème abordé qui ne me touchait pas particulièrement. La majeure partie des récits proposés m'a "chaviré", étonné, questionné et profondément captivé. Chacun je pense y trouvera son compte et passera des moments parfois inoubliables comme avec la nouvelle Les Enfants de Dieu où un homme se voit confier deux handicapés lourdement atteints et qui va devoir affronter les parents indignes qui les rejettent, Pièces détachées où un couple essaie de survivre à l'horrible drame arrivé à leur fille étudiante, l'ensorcelante nouvelle Le Plongeon du guerrier indien où l'on suit le destin d'un amérindien partagé entre deux femmes, ce récit est une valse de l'hésitation d'une grande sensibilité. J'ai aussi adoré la violence à fleur de peau qui habite la nouvelle Un Goût de rouille et d'os et son personnage principal charismatique à souhait (univers autour de la boxe, ça devrait plaire à Nelfe ça !) ou encore le naturalisme puissant de La Femme du chasseur, où quête des grands espaces et amour ne font pas bon ménage. Mais il y a tellement d'autres nouvelles très réussies dans ce recueil que cette chronique n'en finirait pas !

Au final, j'ai dévoré les plus de 600 pages de ce livre (qui ne coûte que 14 euros en broché, on peut souligner l'effort) en quelques jours et l'amoureux de littérature indépendante US que je suis en est sorti ravi. Univers divers, écritures riches et prometteuses, personnages marquants et histoires fascinantes peuplent un ouvrage cohérent et vraiment poignant par moment. Un recueil à lire absolument si vous êtes amateur de nouvelles et de voyages au coeur des USA.

Critiques d'autres ouvrages d'auteurs présents dans ce volume :
- Cataract city de Craig Davidson
- Toute la lumière que nous ne pouvons voir de Anthony Doerr
- Le Pique nique des orphelins de Louise Erdrich
- La Malédiction des colombes de Louise Erdrich
- Love medecine de Louise Erdrich
- Le Paradis des animaux de David James Poissant

mardi 31 mai 2016

"Congo Requiem" de Jean-Christophe Grangé

Congo RequiemL'histoire : On ne choisit pas sa famille mais le diable a choisi son clan.
Alors que Grégoire et Erwan traquent la vérité jusqu'à Lontano, au coeur des ténèbres africaines, Loïc et Gaëlle affrontent un nouveau tueur à Florence et à Paris.
Sans le savoir, ils ont tous rendez-vous avec le même ennemi. L'Homme-Clou.
Chez les Morvan, tous les chemins mènent en enfer.

La critique Nelfesque : "Congo Requiem" est la suite de "Lontano" paru en septembre dernier chez Albin Michel. Ne vous aventurez pas dans la lecture de ce roman sans avoir lu le premier volet de ce diptyque.

Nous retrouvons ici la famille Morvan, ce clan aux liens ambivalents fait d'amour et de répulsion où le passé n'est que mensonge et les sentiments complexes. Dès les premières pages, le ton est donné. Jean-Christophe Grangé reprend l'histoire là où elle s'est arrêtée dans son ouvrage précédent et ne diminue pas son rythme. Le lecteur est tout de suite replongé dans l'intrigue. Il n'y a pas de temps morts, impossible de reprendre son souffle, les aventures de Morvan père et fils en Afrique vont nous mener tout droit au coeur de contrées suffocantes et denses.

Bien que l'enquête a été résolue dans "Lontano", Erwan sent que tout n'est pas bien clair dans le passé de son père et compte bien démêler l'affaire en se rendant lui-même au Congo, là où Grégoire a passé une partie de ses jeunes années. Un voile opaque règne sur cette période de sa vie et il est temps de déterrer les vieux démons. Erwan n'est pas au bout de ses surprises...

Dans ce volet, Grangé nous fait vivre l'Afrique de l'intérieur. Avec force détails, il entraîne son lecteur au coeur de l'Afrique noire, dans une zone où Tutsis et Hutus s'affrontent, où les conditions météorologiques font perdre la raison, où des armes puissantes se retrouvent aux mains de novices et où les pratiques n'ont rien de communes avec celles de l'Europe. C'est dans ce milieu inhospitalier et au climat hostile qu'Erwan va mettre toute son énergie, parfois avec inconscience, pour suivre les traces de la jeunesse de son père jusqu'à la ville de Lontano aujourd'hui abandonnée.

Dans le même temps, nous suivons les frères et soeurs d'Erwan qui, bien que n'étant pas de la police, ont aussi la fibre enquêtrice. Loïc est en pleine désintox sur les routes d'Italie et nage en eaux troubles chez sa belle-famille. Gaëlle, quant à elle, est toujours aussi intrépide et, se questionnant sur son psy, mène l'enquête avec l'aide d'Audrey. Ce joli petit monde va lever des lièvres qui vont constituer au final un gigantesque puzzle malsain. Autant vous le dire tout de suite, ne vous attachez pas trop aux personnages. Grangé n'hésite pas à les malmener, les faire souffrir et au besoin en dézingue quelques uns pour le bien de l'histoire. Avec lui, on ne fait pas dans la dentelle mais dans l'efficacité !

Plus politique que Lontano, Grangé densifie son histoire avec Congo Requiem et apporte ici une lecture différente de son précédent ouvrage. Tout est remis en cause, plus rien n'est certain, le doute s'installe. Cet auteur est un virtuose du retournement de situation, de la révélation qui tue. Dans ce roman de plus de 700 pages, il retourne littéralement le cerveau de ses lecteurs et donne envie de relire Lontano à la lumière des révélations faites ici. Une incroyable prouesse et une intégrale de 1400 pages au total où l'ennui ne pointe jamais, où l'intérêt ne fait que s'accroître, où l'arrivée du dénouement entraîne un sprint final terrifiant et où le lecteur ne peut que louer l'auteur pour son machiavélisme génial !

De mon côté, j'applaudis des deux mains. Je crie au génie. Grangé fait ici très fort et renoue avec ses meilleurs romans. On retrouve dans Lontano et Congo Requiem (qu'il faut absolument lire à la suite et dans l'ordre) tout ce qui fait le talent de Grangé : un gigantesque tableau fait de suspense et de rebondissements sur fond de dépaysement géographique et culturel avec des personnages couillus et singuliers. Un ouvrage rondement ficelé et un must pour tout amateur de thriller !

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "Lontano"
- "Kaïken"
- "Le Passager"
- "La Forêt des Mânes"
- "Le Serment des limbes"
- "Miserere"

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mercredi 25 mai 2016

"Zazous" de Gérard De Cortanze

zazousL'histoire : On n'est pas sérieux quand on a quinze ans - même en pleine Occupation. Chaque jour, au café Eva, une bande de zazous se retrouve pour écouter du jazz. Josette, Pierre et Jean sont lycéens, Sarah est coiffeuse, Charlie trompettiste, Maris danseuse, Lucienne apprentie mannequin. Dans un Paris morose, ils appliquent à la lettre les mots d'ordre zazous : danser le swing, boire de la bière à la grenadine, lire des livres interdits, chausser en toutes circonstances des lunettes de soleil et enfiler de longues vestes à carreaux.

A mesure que les Allemands montrent leur vrai visage, ces jeunes gens qui ne portent pas encore le nom d'adolescents couvrent les murs de Paris du "V" de la victoire, sèment la panique dans les salles de cinéma et les théâtres, déposent une gerbe le 11 novembre sous l'Arc de Triomphe, arborent, par solidarité et provocation, l'étoile jaune. Traqués par les nazis, pourchassés par les collaborateurs, rejetés par la Résistance, les zazous ne veulent pas tant "changer la vie" qu'empêcher qu'on ne leur confisque leur jeunesse.

La critique Nelfesque : Vous le savez, si vous êtes un fidèle du Capharnaüm éclairé, autant Mr K est un adepte d'ouvrages traitant de la Première Guerre mondiale, autant de mon côté je ne rechigne jamais à lire un roman / document / essai (...) sur la seconde. C'est donc tout naturellement que je me suis dirigée vers "Zazous" de Gérard De Cortanze sorti début mars chez Albin Michel sans en avoir entendu parler au préalable, sans connaître l'auteur et sans même être très au courant de l'implication du mouvement Zazou dans le déroulement de l'Histoire.

J'avais donc encore des choses à apprendre sur cette guerre de 39-45 qui a de moins en moins de secret pour moi. Il est vrai que la musique a toujours été révélatrice d'une époque, elle met en lumière des espoirs, des peurs, des volontés. Je n'aurais jamais pensé à aborder cette guerre sous le prisme de la musique des zazous, plutôt versée dans le jazz et le swing, et par tout ce qu'il y a autour, un look, un état d'esprit, une façon de voir la vie. En cela "Zazous" est très intéressant et prend le parti d'apporter un vent de liberté sur une époque lourde. Ces jeunes semblent se moquer de tout, peu leur chaut la guerre, tout ce qui leur importe c'est de vivre ! Les voisins les regardent d'un drôle d'oeil, eux les jeunes écervelés qui ne semblent pas voir plus loin que le bout de leur nez et ne pensent qu'à danser et à se pavaner dans les rues dans leurs costumes ridicules. En apparence certes. Mais si l'on gratte sous le vernis du paraître, on met à nu toute une philosophie de vie.

Le lecteur suit ici une bande de copains parisiens ("parisiens" a ici son importance puisque je ne pense pas qu'il fut possible de vivre avec autant d'intensité sa vie de zazou en province) qui affublés de larges vestes à carreaux et de pantalons bouffants, se coiffent de cheveux longs et passent leurs soirées au cinéma ou en concert même en période de couvre feu. Ces jeunes bravent tout, le danger, les codes, les moeurs. Qu'importe qu'il y ait la guerre, si telle est leur vie, autant la vivre jusqu'au bout et comme ils l'entendent. Issus d'un milieu aisé, ils sont cultivés, s'intéressent à différents mouvements artistiques, sont au fait des derniers lieux tendance où se tiennent des concours de danse, sont relativement épargnés du fait de leurs relations lorsque viennent les périodes de restriction.

Tout cela est assez déconcertant. Nous sommes en pleine guerre, nous connaissons les conditions de vie de certains, le froid, la peur, la faim... Et au milieu du chaos, dans ce roman de Gérard De Cortanze, nous suivons des jeunes gens qui semblent flotter au dessus du lot, qui sont certes atteint par l'actualité mais d'une façon moindre si l'on met leurs conditions de vie en parallèle de celles de la majorité de la population à cette époque. Comme une petite bulle de privilèges, un désir de vivre malgré tout mais un choix que peu ont eu l'occasion d'avoir...

L'écriture de l'auteur est très simple. Trop simple. On est ici parfois plus dans le documentaire que dans la littérature. De Cortanze nous donne un flot d'informations certes intéressant mais redondant pour qui connaît bien l'Histoire et surtout noie, à mon sens, l'histoire propre de chacun de ses personnages dans une débauche de données impersonnelles. Si je veux lire un ouvrage d'Histoire, je lis un ouvrage d'Histoire (un document, un témoignage, un essai), si j'ouvre un roman c'est pour avoir un autre niveau de lecture, plus tourné vers l'empathie que la documentation. Voilà un parti pris de l'auteur auquel je n'ai pas adhéré et j'ai eu peur, je ne vous le cache pas, que ce "travers" soit présent jusqu'à la fin de l'ouvrage.

Heureusement ce ne fut pas le cas et au milieu de roman, les personnages prennent plus d'ampleur et le lecteur commence à s'attacher à certains d'entre eux. Les événements les écorchent, les malmènent eux aussi et on commence à entrer plus profondément dans leurs vies. Ce qui au départ était parti pour être un roman vite lu / vite oublié, devient peu à peu une histoire à laquelle le lecteur s'accroche. Certains personnages nous touchent plus que d'autres, certaines injustices éclatent et on se met à trembler pour l'avenir de l'un ou l'autre des jeunes gens qui hantent ce récit. L'écriture de l'auteur change également au fil des pages, se laissant enfin aller à la littérature, ne faisant plus que simplement relater des faits mais entrant plus profondément dans les ressentis des personnages. Dommage que cette plume littéraire n'ait pas été adoptée dès le début, cela aurait pu donner un très beau roman.

Pour ceux qui n'ont pas encore beaucoup lu sur cette période de l'Histoire, qui n'ont qu'une vague idée de l'ambiance qui pesait sur Paris durant ces années, qui sont trop jeunes pour avoir vu les documents d'archives (mais est-ce possible en fait de passer à côté de toutes ces données ?), cet ouvrage est très intéressant parce qu'il condense nombre de faits et relate précisément certains événements. Un bon petit rappel ou une bonne mise en bouche pour qui veut se pencher plus sérieusement sur le sujet par la suite. Un parti pris éducatif laissant peu de place à la volonté de recherches documentaires du lecteur qui m'a quelque peu gênée mais qui plaira sans doute à d'autres qui préfèrent avoir toutes les informations sous la main tout de suite.

Enfin, pour résumer mes propos en guise de conclusion, en ce qui concerne le fil conducteur de cet ouvrage, c'est l'histoire dans l'Histoire, ses joies et ses peines. La seconde guerre mondiale à Paris à travers la vie d'une bande de copains. Un roman écrit simplement qui retrace une partie de notre Histoire encore proche et qui touchera peut-être certains d'entre vous pour la jeunesse d'esprit, l'insouciance et la désinvolture apparente de ses personnages. En ce qui me concerne, je cherche plus que cela dans ce type de roman mais ne rejette pas pour autant "Zazous" qui a le mérite d'exister et de parler d'une guerre que l'on connaît bien avec une approche différente. Ce n'est sans doute pas le meilleur roman sur ce sujet mais il se lit sans difficulté. A chacun de voir selon ses préoccupations, ses besoins, son expérience sur le sujet si il est pertinent de se lancer dans cette lecture ou non.

lundi 16 mai 2016

"Les Maraudeurs" de Tom Cooper

maraudeurs

L'histoire : À Jeanette, en Louisiane, on survit tant bien que mal grâce à la pêche, de génération en génération, mais depuis le passage de l’ouragan Katrina rien n’est plus pareil. Et quand la marée noire vient polluer les côtes, les habitants sont de nouveau confrontés au pire.

Parmi eux, Gus Lindquist, un pêcheur manchot accro aux antidouleurs, qui rêve depuis toujours de trouver le trésor caché de Jean Lafitte, le célèbre flibustier, et parcourt le bayou, armé de son détecteur de métaux. Ou encore Wes Trench, un adolescent en rupture avec son père, et les frères Toup, des jumeaux psychopathes qui font pousser de la marijuana en plein cœur des marécages. Leurs chemins croiseront ceux de Hanson et Cosgrove, deux losers prêts à tout pour devenir riches, et de Brady Grimes, mandaté par la compagnie pétrolière pour inciter les familles sinistrées à renoncer aux poursuites en échange d’un chèque.

Mais tous n’en sortiront pas indemnes…

La critique de Mr K : Les Maraudeurs est le premier roman de Tom Cooper, nouvelliste talentueux qui s'essaie pour la première fois au récit long. La collection Terres d'Amérique chez Albin Michel frappe une nouvelle fois un grand coup avec un texte entre naturalisme et destins croisés qui m'a accroché immédiatement, m'a captivé durant toute ma lecture et m'a laissé pantelant une fois le livre refermé.

Comme le précise la quatrième de couverture, nous suivons plusieurs personnages qui à priori au départ n'ont rien à voir les uns avec les autres et ne sont pas destinés à se croiser. En effet, quoi de commun entre un commercial de chez BP, un couple de frères jumeaux complètement branques, un vieux pêcheur manchot, un jeune homme en rupture avec son paternel, et un duo de losers? Pas grand-chose, si ce n'est que les circonstances vont tantôt les rapprocher, tantôt les opposer. Au fil des chapitres, des rencontres et des aléas de la vie, chacun va voir sa vie changer, ses buts modifiés et pour certains, l'imprévisibilité et la brutalité de l'existence va leur être fatale.

Le premier gros point fort de ce roman réside dans l'amour que porte Tom Cooper à ses personnages. Ces derniers ne sont pas d'énièmes succédanés de personnalités tirant vers la caricature et le vide. Tous possèdent un charisme, une profondeur qui accroche le lecteur. Beaucoup en ont bavé et tentent de vivre une vie à peu près normale (j'ai bien dit "à peu près"): disparition d'un être cher à cause de l'ouragan Katrina, perte d'un membre (ici un bras) et la nécessaire adaptation dans la vie de tous les jours, la marée noire qui réduit l'activité des pêcheurs de Jeannette (nom de la bourgade où se déroule l'essentiel du roman), le complexe d’œdipe difficile à résoudre entre un père et son fils au dessus desquels plane l'ombre d'une disparue, la survie en milieu hostile (le bayou est impénétrable), la nécessaire protection de son bien (ici un champs de cannabis) au détriment de la morale et aux confins de la folie et pour tous, des rêves soit en devenir soit depuis longtemps oubliés.

Brut de décoffrage à travers des dialogues crûs parfois drolatiques qui plantent immédiatement une situation et lui donnent un réalisme de tous les instants, l'auteur n'en oublie pas de soigner les pensées intérieures et le passif de chacun. Il se dégage de l'ensemble un portrait sensible et complet d'une communauté humaine recentrée sur elle-même, vivant dans le passé glorieux désormais révolu à cause de Katrina et de l'exploitation pétrolière (BP est largement cité dans les pages de l'ouvrage). Les pêcheurs de crevettes (on ne peut s'empêcher de penser à Forrest Gump de Robert Zemeckis) sont en faillite ou au bord de l'être, les magasins ferment les uns après les autres et les gens se replient sur eux-même, Les Maraudeurs est donc aussi un bel hommage à une région typique des États-Unis que le destin n'a pas gâté. C'est une autre Amérique qui nous est ici donnée à voir entre fragilité, force des traditions familiales (dynasties de pêcheurs notamment) et coexistence avec la nature profonde et quasiment indomptée.

L'autre grand personnage de ce récit, c'est bien évidemment le bayou qui est retranscrit avec un naturalisme saisissant qui prend à la gorge. Après un paragraphe descriptif en fermant les yeux, on pourrait presque entendre le bourdonnement des insectes, le ressac de l'eau, les glissades en surface des alligators, voir l'enchevêtrement des arbres formant une jungle chaude, humide et répulsive pour les bipèdes que nous sommes. L'immersion est totale, bluffante dans son genre et on en redemanderai presque tant on vient à bout du livre très rapidement. La langue est un savant mélange de simplicité et de précision, pas besoin ici de lignes interminables pour planter le décor et l'ambiance. Tom Cooper venant de la nouvelle, il économise ses mots et va à l'essentiel. L'efficacité est garantie et le bonheur de lecture constant.

Au final, ce titre est sans doute mon préféré dans cette collection que je pratique maintenant depuis un certain temps et qui fête d'ailleurs ses trente ans cette année. Cet auteur est vraiment à suivre tant il se dégage de ce roman tragi-comique une ambiance hors du commun, des figures marquantes et un regard acéré sur l'espèce humaine. Un petit bijou à découvrir au plus vite!

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lundi 2 mai 2016

"Bad Land" de Frédéric Andréi

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L'histoire : Plutôt mourir que de renoncer à la terre de ses ancêtres ! Indienne blackfoot aussi butée que richissime, la belle Tina est prête à tout pour racheter ces terres aux blancs et les restituer à sa communauté. Sur le point d’accoucher, elle part braver les blizzards du Montana pour récupérer, avant qu’il ne soit trop tard, ces milliers d’hectares et leur précieuse mine d’or, objet de toutes les convoitises. Laissant son mari, l’ex-journaliste Nicholas Dennac, sans nouvelle et fou d’inquiétude.

Témoin d’un attentat perpétré en plein rodéo à Las Vegas, Nicolas se retrouve pendant ce temps dans le collimateur du FBI, qui le soupçonne d’en savoir un peu trop sur cette affaire pas très claire…

La critique de Mr K : Ce roman est le deuxième de Frédéric Andréi après Riches à en mourir qui avait marqué un certain nombre de blogueurs. Pour ma part, je ne l'ai pas lu et je me suis demandé un temps si je n'allais pas en pâtir pour apprécier ou non le présent ouvrage. Il n'en a rien été, de légers flashbacks et rappels permettent au néo-lecteur de pouvoir profiter au maximum du récit et de ses personnages. Au final, mon avis est mitigé malgré une lecture plutôt enthousiaste et rapide.

La belle Tina, jeune femme richissime au caractère vif et son compagnon reconverti dans la menuiserie sont à Las Vegas pour assister à un championnat de rodéo (oui, je sais, sur le papier ce n'est pas passionnant!). Enceinte jusqu'au yeux, elle rentre plus tôt dans son ranch pour régler une affaire de vente de terrain qui pourrait garantir un avenir plus sûr à son peuple (elle est d'origine amérindienne). Nicholas va être lui témoin d'étranges événements dans les coulisses du spectacle et va se retrouver lié à une affaire de terrorisme en plein territoire américain. Très vite, un compte à rebours s'amorce entre traque terroriste, magouilles politiques, grizzly affamé et reconquête de biens volés. Le rythme s'accélère et va crescendo jusqu'à des révélations finales en cascade.

J'ai mis du temps à rentrer dans ce roman. La faute à un style pas accrocheur, plutôt convenu et basé sur des effets que j'ai trouvé tape à l’œil et parfois contre-productifs. Par exemple, l'accumulation de références à la marque à la pomme pour tout ce qui relève de la technologie, on sent le placement de produit à plein nez et franchement ça devient lourd au bout d'un moment. Surtout que ce matériel extraordinaire fonctionne sans discontinuer et même en plein blizzard! Ils sont forts chez Apple! Pour reprendre Ash, le sagace héros de la franchise Evil Dead: Achetez américain, c'est bien! Sans m'appesantir davantage, j'ai trouvé les formulations parfois inutilement vulgaires, les phrases mal construites parfois brouillonnes et sans rapport avec le sens profond du propos. Ça m'agaçait au départ puis le récit se densifiant, je me suis laissé prendre au jeu de cette course poursuite haletante.

L'aspect chasse au terrorisme est très bien rendu, la tension des équipes travaillant sur le dossier est palpable et l'ambiance générée bien flippante dans ce pays qui ne s'est jamais vraiment remis du 11 septembre 2001. On se tire dans les pattes entre FBI et services secrets américains, la piste islamiste est privilégiée et d'ailleurs tout porte à le croire. Cependant, plus on avance dans la lecture, plus on se rend compte que l'affaire est loin d'être simple, que des hommes puissants (tendance marionnettistes) manipulent tout le monde. On navigue alors dans les arcanes des médias et de la politique, la plongée est ahurissante et on se demande bien où les ramifications s'arrêtent. C'est bien rendu à défaut d'être original, la construction et la révélation du grand secret du livre est nette et sans bavure. J'aime!

Au rayon des déceptions se trouve le personnage de Tina que j'ai trouvé sans finesse et agaçante au possible par moment. Pourtant sur le papier, elle a tout pour plaire: une revanche à prendre sur l'Histoire pour son peuple d'origine, un caractère affirmé comme je les aime (hein Nelfe!) et une relation complexe avec Nicholas, son compagnon d'origine française. Malheureusement ici, c'est parfois too much et on n'y croit pas. Dommage, là où certaines scènes devraient être dramatiques ou piquantes pour notre curiosité, je n'ai qu'éprouvé indifférence voir cynisme à son égard. Les choses s'améliorent à partir de la deuxième partie de l'ouvrage, le personnage vivant un véritable chemin de croix et se révélant à elle-même. Cela rattrape tout le reste notamment une scène dans la neige mystique à souhait! Pour contrebalancer cette semi déception, le personnage de Nicholas Dennac relève le niveau bien que classique. Perdu dans sa relation ambiguë avec sa compagne (passion rime avec élans de tendresse et engueulades), il s'accroche à cette femme qui représente tout pour lui malgré son aspect crispant. Son passé de journaliste fait aussi merveille quand il mène de front la recherche de sa femme en pleine tempête et quête de renseignements pour une enquête anti-terroriste, son esprit vif et analytique fonctionnent à plein. Un bémol tout de même, on ne peut y croire une seconde, les séquences What the fuck s'enchainant (voir ma diatribe plus haut concernant Apple) mais il est bon parfois de se laisser porter par une histoire aussi délirante soit-elle sur certains détails.

Bref, je râlais pas mal en début d’ouvrage mais la seconde moitié m'a littéralement emporté malgré les défauts sus-cités. La faute à une science du récit et du rythme implacable qui est le sceau des bons page-turner et des indices savamment disséminés qui entretiennent suspens et interrogations. Je suis ressorti plutôt content du récit malgré une fin abrupte et un style d'écriture décevant. Ce Bad Land, loin de pouvoir rivaliser avec du Grangé par exemple, reste un excellent détente neurone parsemé de fulgurances parfois saisissantes qui procure un désir de lire évident. Une bonne partie du contrat est remplie, non?

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lundi 25 avril 2016

"Fabrika" de Cyril Gely

fabrikaL'histoire : lls sont condamnés. Vous aussi. Mais vous ne le savez pas...
Blessé au cours d'une fusillade entre Russes et séparatistes, Charles Kaplan, photographe de guerre, se retrouve dans un hôpital de Kiev. L'homme qui l'accompagnait est mort et son cadavre s'est mystérieusement volatilisé. Tout comme sept autres...
Kaplan se lance sans une enquête effarante hantée par l'ombre d'un homme : Terek Smalko, chirurgien auréolé d'une légende noire. Et par deux mots sibyllins : Fabrika böbrekler, "l'usine à reins".
Un thriller remarquablement orchestré et documenté qui nous plonge, de Prague à Bucarest, de Shangai à Ankara, au coeur d'une réalité aussi terrifiante que vraisemblable.

La critique Nelfesque : Découvrir "Fabrika" de Cyril Gely s'est décidé sur un coup de tête. Je ne connaissais pas cet auteur mais la couverture m'a attirée et l'histoire me tentait beaucoup. J'ai donc abordé cette lecture comme l'occasion de découvrir une nouvelle plume dans un genre que j'affectionne et de peut-être être séduite. Pari gagné puisque j'ai dévoré ce roman (ce qui dans le thriller est gage de qualité).

Charles Kaplan est reporter de guerre, un photographe qui a couvert divers conflits majeurs de ces 30 dernières années. Son quotidien est fait d'adrénaline, de stress mais aussi d'une volonté profonde de témoigner de la réalité des guerres contemporaines. Cette particularité professionnelle du personnage principal n'est pas chose courante dans le thriller où le lecteur suit plus habituellement un flic ou un groupe d'enquêteurs. Il faut alors que l'ouvrage soit très bon pour qu'un lecteur assidu du genre soit surpris et conquis. Ici, découvrir l'histoire par le prisme d'un photographe apporte à la fois de la fraîcheur et de la nouveauté mais soulève également des problématiques différentes. N'étant pas agent de police, Charles n'est pas armé, n'a pas d'insigne ni de passe droit lui permettant d'agir à sa guise (la carte de presse a ses limites (d'ordre légal pour commencer)). Ses découvertes au fil des pages ne sont donc pas officielles, il navigue en eaux troubles dans un contexte violent et dangereux et aucune organisation d'état ne peut lui venir en aide en cas de besoin.

"Fabrika" est un page turner qui se lit très rapidement tant le lecteur est pris dans l'histoire et souhaite connaître le fin mot de l'histoire. Les rebondissements sont nombreux, on ne sait pas où l'auteur veut en venir et il nous mène du début à la fin par le bout du nez. En grande amatrice de thriller, j'ai adoré ne pas deviner à l'avance le point final de l'histoire et j'ai voyagé avec plaisir et tension aux quatre coins du monde. Cyril Gely débute son roman à Kiev où Charles Kaplan couvre le conflit ukrainien (pour rappel la Crise de Crimée a eu lieu en 2014). Accompagné d'un civil séparatiste qu'il rencontre au détour d'un reportage photo dans les rues de la capitale, il va très vite se retrouver face à des chars russes et par la suite sur un lit d'hôpital. C'est là qu'il apprend que son camarade est décédé et qu'un sombre trafic de cadavres a vu le jour au sein de l'institution. Dans l'agitation due à la guerre et avec un personnel débordé par l'arrivée massive de blessés, plusieurs dizaines de corps de personnes décédées ont mystérieusement disparus. Charles va alors se mettre en route, au péril de sa vie, pour découvrir la vérité.

L'écriture est simple et efficace. Les phrases sont courtes, le rythme est donné. Nous ne sommes pas ici en présence d'un ouvrage verbeux, Cyril Gely ayant très clairement une vision cinématographique des scènes qu'il nous donne à lire. On ne peut pas ne pas évoquer ici Grangé qui en la matière est un spécialiste du genre. Cyril Gely n'a pas à rougir de la comparaison tant le lecteur prend autant de plaisir à découvrir son roman.

Entre misère et pauvreté, pays en guerre, catastrophes naturelles, ONG frauduleuses et trafic d'organes, le lecteur est pris à la gorge. Que révèlent ces disparitions ? A qui profitent-elles ? Quelle organisation nécessitent-elles et qui la met en place ? Autant de questions qui vont hantées Charles et le lecteur qui le suit à la trace. Kiev, Prague, Bucarest, Shangai, Ankara, c'est pour un long voyage en terme de kilomètres parcourus que l'auteur nous embarque, sur un laps de temps court qui laisse peu de place à l'erreur et à l'égarement. Charles doit alors se révéler méthodique, instinctif et efficace tout en évitant de mettre ses jours en danger, toujours sur le fil du rasoir.

Amateurs de thrillers allant à 100 à l'heure où rebondissements et révélations sont légion, "Fabrika" est pour vous. Cyril Gely ne ménage pas ses lecteurs et nous donne à lire un ouvrage efficace et prenant qui ne nous laisse pas une minute de répit. Suspens haletant, contexte singulier, intrigue poisseuse et dévorante, on en redemande !

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lundi 18 avril 2016

"Les Invisibles" de Hugh Sheehy

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L'histoire : Hantées par de mystérieuses disparitions, des traces de violence ou une odeur de sang encore fraîche, les nouvelles de Hugh Sheehy sont autant d’éclats de noirceur au sein d’une Amérique singulière et étrange. Tous les personnages pourraient être "invisibles" à nos yeux, sans les drames qui les percutent de plein fouet et viennent bouleverser le cours de leurs existences. Une institutrice est séquestrée par deux marginaux dans le sous-sol de son école, avec l’un de ses élèves. Une adolescente de dix-sept ans en vient à envier ses meilleurs amis, certainement victimes d’un tueur en série. Un jeune homme retourne dans sa ville natale pour apprendre que son amour de jeunesse a été sauvagement assassinée...

La critique de Mr K : Nouvelle incursion dans la collection Terres d'Amérique d'Albin Michel avec le premier recueil de nouvelles d'un auteur américain émergent: Hugh Sheehy. En le recevant, j'ai de suite pensé à deux ouvrages que j'avais adoré Le Paradis des animaux de David James Poissant et Les Lumières de Central Park de Tom Barbash, deux recueils de nouvelles de jeunes pousses américaines placées sous le sceau du réalisme et de la désespérance humaine. Le pari est moins réussi avec Les Invisibles qui malgré quelques fulgurances ne décolle jamais vraiment et a manqué d'intensité émotionnelle à mes yeux. Mais revenons plus en détail sur cette lecture.

11 nouvelles réparties sur 284 pages se proposent de nous présenter des parcours de vie brisés dans une économie de mots poussée à l'extrême. On dépasse ici rarement la vingtaine de pages lors de micro-récits qui n'épargnent rien à leurs personnages: un surveillant de plage va rencontrer le sosie de sa fiancée disparue et confondre rêve et réalité, deux gamins jouent à se faire peur lors d'un soirée entre voisins, un homme recherche son beau-fils handicapé accusé d'incendie volontaire répété, un adolescent en perdition suit les pas d'un copain bien barré, un amnésique tente de retrouver la mémoire, un homme se souvient de son enfance quand il apprend que sa voisine a été sauvagement assassinée, un couple attend la venue de leur enfant et essaie de trouver un prénom qui convienne aux deux partis, un homme tente de rentrer chez lui alors qu'il se trouve en plein blizzard, une jeune fille se rend compte que ses amis ont été les proies d'un serial killer et une institutrice se retrouve séquestrée avec un de ses jeunes élèves par deux marginaux. Autant de situations qui vont dévisser de manière irrémédiable et marquer dans leur chair et leur esprit des humains lambda, loin des images véhiculées dans les films et certaines séries US.

Chaque nouvelle est donc un instantané d'une existence marquée par le lieu de l'action, l'époque est quant à elle contemporaine sauf dans certains flashback. On voyage beaucoup à travers les États-Unis entre fermes isolées, forêt profonde, routes verglacées, appartement en haut d'un building, plage californienne inondée de soleil et battue par le vent... Nul doute, on est en Amérique, terre éprise de liberté (certains personnages en sont les dépositaires dans ces nouvelles) mais percluse de contradictions dont l'ultra-solitude que peuvent ressentir certaines personnes. C'est d'ailleurs le point commun à chacun des textes, la solitude qui peut envahir n'importe qui et le faire sombrer dans une profonde mélancolie. Il y a de très beaux passages qui rendent compte d'un spleen persistant et funeste, l'auteur excelle dans la description de l'état d'esprit des adolescents en perdition. On est pris à la gorge par ce mal-être qui nous saute au visage et amène une réflexion sur ces êtres de papier mais aussi un peu sur nous-même, quelques flashback m'ont assailli d'ailleurs pendant cette lecture. Le malaise est vraiment palpable par moment malheureusement cette impression ne dure pas et un certain nombre de textes tombent du coup un peu à plat.

C'est le principal défaut de cet ouvrage et il est de taille. La situation de départ est très souvent intrigante mais soit le récit tourne en eau de boudin ou alors le personnage prend une trajectoire étrange voir déplaisante, illogique et non justifiée selon moi. On n'échappe pas non plus parfois aux clichés et certaines histoires m'ont semblé bien légères pour mériter d'être publiée comme si elles n'avaient pas vraiment été achevées. La caractérisation n'est pas exempt de défaut (elle est parfois vraiment limitée au strict minimum et elle ne m'a pas suffi alors) et empêche parfois de s'accrocher au récit. D'ailleurs après trois nouvelles j'étais vraiment dubitatif et un peu déçu tant j'apprécie ce genre de recueil.

Heureusement, Hugh Sheehy a un style incisif qui incite à poursuivre la lecture de son oeuvre malgré tout et quelques nouvelles sont de véritables pépites de noirceur et d'humanité. Il a réussi à me raccrocher et finalement, au moment de se forger un avis définitif, je dirais que c'est un recueil plutôt réussi mais dont la qualité est globalement irrégulière avec des nouvelles vraiment dispensables et d'autres carrément poignantes. À chacun, je pense de se faire sa propre idée...

jeudi 14 avril 2016

"Le Fantôme de la Mary Celeste" de Valerie Martin

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L'histoire : Entre mythe et réalité, la grande romancière Valerie Martin revisite l'histoire d'une des plus célèbres énigmes maritimes : le 4 décembre 1872, la Mary Celeste, un brigantin américain en route vers Gênes, est retrouvé dérivant au large des Açores. À son bord, aucune trace de l'équipage, de son capitaine, Benjamin Briggs, de son épouse et de sa fille qui l'accompagnaient. Pour le jeune écrivain Arthur Conan Doyle, cette disparition est une source d'inspiration inespérée. Pour Violet Petra, médium réputée dans les cercles huppés de Philadelphie, un cauchemar. Et pour le public de l'époque victorienne, obsédé par la mort, un fascinant mystère…

La critique de Mr K : Depuis gamin, je suis fasciné par les voyages maritimes et les grands explorateurs, très vite j'ai donc développé un goût prononcé pour les récits mélangeant aventure et évasion. Sorti récemment en librairie, le livre de Valerie Martin que je vais vous présenter aujourd'hui est un savant mélange de destinées contrariées, de récit de vie à bord d'un navire au XIXème siècle, de passions familiales et de souffrances. C'est un bien curieux mélange qui s'opère autour du mystérieux naufrage de la Mary Celeste qui a marqué les esprits à l'époque et a inspiré nombre d'explications différentes dont aucune n'a pu être totalement vérifiée.

Valerie Martin a décidé de traité le problème de façon détournée. N'espérez pas ici avoir un compte-rendu exhaustif au jour le jour de la traversée de la Mary Celeste, l'auteure s'est surtout attachée à relater l'onde de choc qui a suivi au sein des familles endeuillées mais aussi l'intérêt persistant que cette douloureuse affaire a eu dans l'opinion publique et les hautes sphères intellectuelles dont Conan Doyle faisait partie. Ainsi, nous suivons ce dernier dans sa rencontre avec une médium particulièrement perturbée (non non, ce n'est pas un euphémisme) qui va le faire douter sur ses certitudes (rappelons que le géniteur de Sherlock Holmes a écrit un bref récit de fiction autour du drame de la Mary Celeste). Mais nous nous attardons aussi dans le foyer Briggs déjà atteint par un affreux événement dans le passé et qui gère comme il peut la disparition de trois des leurs, nous suivons alternativement aussi Violet Petra, la médium susnommée qui a un lien tout particulier avec la Mary Celeste… C'est autant de pistes très différentes, parfois nébuleuses qui vont finir par se rejoindre vers un dénouement lumineux bien que perclus d'ombre, l'auteure laissant certains éléments à notre libre appréciation.

Ce qui m'a le plus frappé, et ceci au bout de quelques pages, c'est la qualité d'écriture de Valerie Martin, auteure que je découvrais avec cette lecture. J'ai été soufflé par son phrasé précis et poétique, son sens du rythme et sa gestion du suspens. Valerie Martin a l'art de mener le lecteur là où elle le veut pour mieux le dérouter par la suite. Les descriptions sont d'une rare justesse qui provoque une immersion durable et sensitive à souhait. J'ai rarement éprouvé les affres d'une tempête en mer d'aussi belle manière! La langue bien que recherchée et millimétrée est très accessible et nous permet de pénétrer loin dans l'esprit des personnages torturés et dans une époque (le XIXème siècle) toujours aussi fascinante.

Rien ne nous est épargné en matière de rebondissements et de psychologie des personnages. On partage avec eux leurs espoirs, leurs déconvenues et leurs peines. Une grande mélancolie se dégage de cet ouvrage qui fait la part belle au sacrifice des hommes envers la mer, les passions inassouvies, le déchirement des familles et des cœurs, le mystère de la Mary Celeste toujours en background et la mort omniprésente et obsédante. Et puis, le XIXème siècle est aussi une époque fascinée par le deuil et le mysticisme. En suivant une médium de près, c'est l'occasion d'en savoir plus sur cette mode macabre, les personnes qui en faisaient commerce et le public qu'ils attiraient. On découvre aussi les mœurs en cours en Amérique suite à la guerre de Sécession avec une société assez puritaine où codes et bonnes mœurs font souvent entrave au bonheur individuel. L'aspect romanesque permet une approche ludique et captivante, impossible de décrocher de ces récits intercalés qui se nourrissent les uns et les autres, maintenant le lecteur captif jusqu'au chapitre final qui boucle la boucle en quelque sorte.

Autre point séduisant de ce livre, l'aspect multi-forme des textes parcourus. On retrouve la forme romanesque classique mais aussi des extraits de journaux de l'époque, de livres de bord, de mémoires... Ces changements de point de vue apportent des éclairages très différenciés sur les pensées, paroles et actes des personnages. Toutes ces formes sont admirablement maîtrisées par l'auteur, cette variété donnant un cachet d'authenticité permettant de flouter les frontières entre faits réels et évasions fictionnelles. C'est du grand art et ça fonctionne à plein régime. Preuve en est, j'ai ensuite fait quelques recherches pour vérifier certaines identités et certains événements. L'époque est ici remarquablement rendues, vivante, source de progrès et d'espoir nouveau mais aussi un siècle qui reste fasciné par les légendes et les croyances de toutes sortes. L'alchimie est complexe mais hypnotisante, apportant connaissances nouvelles et plaisir de la découverte au lecteur décidément emporté par une histoire qui en conte beaucoup plus qu'elle n'en laissait supposer au début.

Roman ébouriffant, splendide dans sa forme et sa structure, on passe un moment rare entre jubilation et interrogation. Conte des mers sombres et sauvages, chronique d'une époque et drames familiaux s'épousent en un petit chef d’œuvre de sensibilité au souffle romanesque qui emporte tout sur son passage. Le Fantôme de la Mary Celeste de Valerie Martin est de ces lectures que l'on n'oublie pas et qui vous marque dans votre chair et votre esprit. Un pur moment de bonheur à découvrir au plus vite.

mardi 29 mars 2016

"Tout ce qu'on nous fait avaler : le guide pour mieux consommer" de Céline Hess-Halpern

Tout ce qu'on nous fait avalerLe contenu : Les polluants sont partout : dans l'air, dans l'eau, dans nos produits cosmétiques, dans notre habitat, et... jusque dans nos assiettes ! L'alimentation moderne n'est-elle pas l'une des causes de la montée exponentielle du taux de cancers, de maladies cardio-vasculaires, de diabète et de l'obésité dans le monde ?

Si nous ne connaissons pas l'ampleur des effets du cocktail d'additifs et de polluants innombrables que nous ingurgitons à notre insu chaque jour, il est urgent d'y porter attention. Et face à cette folie chimique de nos denrées, de devenir des consommateurs avertis et éclairés :
Quels aliments privilégier pour mieux préserver notre santé, ainsi que celle de nos enfants ?
Comment repérer les additifs et aliments nocifs ? Pourquoi les éviter ?
Cuissons, emballages et ustensiles : nos habitudes seraient-elles à revoir ?
Manger bio : est-ce la solution ?

Un vrai guide pratique pour que notre assiette soit enfin présumée... innocente : un éclairage sur les choix à faire pour manger sainement, des repères pour mieux consommer et chasser les fausses idées.

La critique Nelfesque : Voici quelques temps déjà que je m'intéresse de près à ce qu'il y a dans mon assiette. J'étais déjà sensibilisée à ce sujet lorsque j'ai lu en 2011 "Le Livre noir de l'agriculture" d'Isabelle Saporta. Cette lecture tira une sonnette d'alarme dans mon esprit et depuis ce jour je ne cesse d'amériorer mes habitudes. 5 ans donc que je vérifie les provenances des produits, que je lis les étiquettes, que je me questionne sur le bio / le non-bio / le raisonné. Rome ne s'est pas faite en un jour et je ne vous cache pas que parfois je cède aux vieux démons de la malbouffe (coucou les Chocobons plein de cochonneries qui sont pourtant dans mon placard) mais j'ai limité ces écarts de conduite et je m'y tiens. Tout est une question de modération...

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Pourquoi ? Comment ? Plutôt que de vous raconter ma vie, je vais vous conseiller de lire ce "Guide pour mieux consommer" de Céline Hess-Halpern qui vous expliquera justement le pourquoi du comment, les pièges à éviter, pour quelles raisons et dans quel but. Un parcours du combattant pensez-vous ? Non, revenez, vous allez voir que ce n'est pas plus compliqué que de décider un jour de manger équilibré. Cela demande une prise de conscience de la part du consommateur c'est sûr, on ne peut pas le faire pour vous, mais une fois décidé, c'est le début d'une cure de détox salvatrice pour notre santé et celle des générations futures. Et puis le détox, c'est à la mode non ? Vous n'imaginez pas tout ce que notre corps peut contenir comme substances nocives lorsque l'on accorde peu d'importance à la qualité des produits que l'on ingurgite... "Tout ce qu'on nous fait avaler" fait l'inventaire des petits plus (qui s'avèrent être de gros moins) présents dans nos assiettes et que l'on peut réduire voir supprimer avec un peu de discipline et de bonne volonté.

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L'auteure est avocate spécialisée en droit de la santé, enseignante et animatrice de colloques consacrés à l'impact de l'alimentation sur la santé. Elle a donc l'habitude de présenter les choses clairement, de façon pédagogique, pour que tout le monde soit en mesure de comprendre ses propos et mesure l'importance du changement. Son guide est une grande fiche pratique, claire et documentée, qui donne les clés du décryptage face aux étiquettes. Des classiques glucides / lipides / protides pour une alimentation saine et variée aux pesticides que l'on ingère contre notre gré, en passant par les additifs alimentaires présents dans les plats préparés (de la barquette micro-ondable aux yaourts) et les OGM que l'on fait manger aux animaux qui seront ensuite abattus pour nos appétits carnassiers, tout ce que nous sommes amenés à ingérer est disséqué et expliqué. Le but ici n'est pas de nous faire peur mais de nous donner les clés pour contourner ce qui peut l'être, pour bannir de notre alimentation les ingrédients néfastes et pour manger sainement. Chacun est libre ensuite de suivre ces conseils et ces alertes mais personne ne pourra plus dire qu'il n'était pas au courant...

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Ce guide s'adresse à tous. A celles et ceux qui veulent diversifier et équilibrer leur alimentation, ceux qui veulent apprendre les grandes lignes de la nutrition, ceux qui connaissent déjà les bases et veulent aller plus loin, ceux qui sont à l'affut du moindre intrus chimique... J'ai commencé cette lecture dans l'optique de traquer les quelques malins indésirables présents dans mes placards. Je ne mange jamais de plats préparés, je cuisine et varie mes menus. Je privilégie le fait maison et vais même jusqu'à faire mes yaourts (l'intégriste !). Alors oui, je ne suis pas parfaite et bien que privilégiant le bio ou le raisonné, je vais parfois à la facilité et ne regarde pas toujours les étiquettes. De moins en moins mais ça m'arrive... Avec ce guide, j'ai pu faire un tour dans mes placards et remarquer des choses qui ne me plaisent pas. Comme j'ai une sainte horreur du gaspillage, je ne vais pas jeter frénétiquement tout cela à la poubelle mais lorsqu'il faudra refaire le plein, je serai avertie et me tournerai vers d'autres marques ou d'autres produits.

Nous n'avons jamais fini d'apprendre et les industriels n'en finiront jamais d'inventer de nouveaux subterfuges pour nous faire passer des vessies pour des lanternes. Montrons-nous plus malins et voyons plus loin que le marketing ! Cet ouvrage de Céline Hess-Halpern est un excellent compagnon de route pour cela.

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