lundi 7 janvier 2019

"Grace" de Paul Lynch

plg

L'histoire : Irlande, 1845. Par un froid matin d’octobre, alors que la Grande Famine ravage le pays, la jeune Grace est envoyée sur les routes par sa mère pour tenter de trouver du travail et survivre. En quittant son village de Blackmountain camouflée dans des vêtements d’homme, et accompagnée de son petit frère qui la rejoint en secret, l’adolescente entreprend un véritable périple, du Donegal à Limerick, au cœur d’un paysage apocalyptique. Celui d’une terre où chaque être humain est prêt à tuer pour une miette de pain.

La critique de Mr K : J'ai débuté l'année 2019 avec cette lecture et je peux vous dire que j'ai été gâté ! Première lecture, première claque ! Bon rendement ! Grace de Paul Lynch est un roman époustouflant qui alterne naturalisme et lyrisme dans son écriture pour nous livrer un portrait de jeune-fille hors-norme entre fuite en avant, hallucinations et quête de la lumière. Suivez-moi sur les traces de Grace mais attention vous n'en reviendrez peut-être pas...

L'action se déroule en Irlande, au milieu du XIXème siècle alors qu'une famine terrible s'abat sur le pays. Récoltes perdues, hiver précoce et pauvreté tentaculaire règnent en maître et pousse la mère de Grace à la mettre dehors pour la forcer à partir gagner sa vie toute seule alors qu'elle n'est encore qu'une adolescente. D'un caractère fort avec la langue bien pendue, elle résiste tout d'abord à l'injonction maternelle et finit par partir sur les routes bientôt rejointe par son jeune frère Colly au bagout intarissable. Travestie en homme pour ne pas attirer l'attention, la jeune fille commence un véritable voyage initiatique qui la verra se confronter au monde entre nature magnifique, impitoyable aussi et les hommes que la précarité extrême pousse dans leurs retranchements. Entre espérances, réussites, échecs et grands moments d'abattement, l'héroïne changera et se révélera à elle-même pour devenir femme.

Ce livre a vraiment un charme à part. Cela tient d'abord à son écriture qui n'est pas commune. Il faut un temps d'adaptation au départ pour s'habituer à la narration qui mêle sans prévenir observations, actes, pensées et allers-retour temporels. On commence par se perdre avec finalement la nécessité de lâcher prise pour pénétrer au mieux un univers total que le style étrange transcende par ses envolées riches de sens. Caractérisant à merveille la situation et son personnage principal, l'auteur ne cède jamais à la facilité en terme de forme, se renouvelle sans cesse et nous livre un récit bouleversant par sa générosité, l'épaisseur de son sous-texte et l'exploration chirurgicale de son personnage principal. Certains passages virent ainsi à l'onirisme, au cauchemar ou même au délire désarçonnant une fois de plus le lecteur pour mieux le garder captif et même si cette lecture se révèle exigeante, elle n'est jamais rébarbative et m'a de suite rendu dépendant !

Étonnamment, je suis partagé sur le personnage de Grace que j'ai trouvé tantôt attachante, tantôt flippante ou encore désagréable. C'est là encore un très bon point car comme dans l'ensemble du roman, il n'y a aucun manichéisme ici, chaque âme croisée étant constituée d'ombre et de lumière. Grace face à la difficulté va devoir se construire, grandir plus vite, en s'associant parfois avec des personnes de passage ou en utilisant des subterfuges mentaux détonants ! Grace part dans les tours, s'enfonce dans ses pensées régulièrement et montre un visage redoutable loin de l'image qu'elle renvoie malgré elle aux personnes qui croisent sa route. C'est justement ce mystère mais aussi cette énergie folle qui vont lui permettre à plusieurs reprises de se sortir de l'embarras. Vous verrez, le point de vue adopté parfois fait sortir certains personnages de l'ordinaire, du réel que nous éprouvons quotidiennement. C'est cet aspect des choses qui distingue fortement ce roman au postulat basique des créations littéraires classiques en lui insufflant un supplément d'âme et une passion qui vous dévorent littéralement. Personnage ultra-complexe, plein de contradictions, je me souviendrai longtemps de Grace en elle-même !

Il est bien dur ce périple qu'elle va endurer. L'auteur nous dresse un portrait effroyable et saisissant à la fois de l'Irlande de l'époque : la nature sauvage et indomptée avec notamment de très belles descriptions mêlées de poésie qui font écho aux états d'âme des personnages (le ruissellement d'un cours d'eau, un corbeau posé sur un piquet, le vent dans les arbres, le blanc manteau de la neige...), des populations hagardes qui se méfient de tout le monde car la violence larvée est partout, née de la famine et des tensions sociales. Lynch nourrit son récit de petites touches socio-culturelles au détour des péripéties et donne à voir un monde à l'agonie, où la paupérisation et la mort rode. L'inquiétude quant au sort de Grace étreint le cœur du lecteur gagné par le climax plombant de l'ouvrage et soumis à une empathie qui devient dévorante.

Au delà de l'aspect initiatique de ce chemin de croix éprouvant, ce roman nous interroge sur énormément d'aspects de nos vies avec pêle-mêle la notion de liens familiaux, la foi et le lien qui unit le croyant à son créateur, l'incurie des hommes et leur propension à devenir des loups pour leurs semblables, la raison et la folie qui parfois s'entremêlent quand un choc se révèle trop grand à supporter... Ceci n'est qu'une petite fenêtre sur le monde de Grace qui se révèle au fil de la lecture foisonnant, farouche et d'une beauté mortifère. Rarement, j'aurai lu un récit de ce genre aussi poignant et dégageant autant de profondeur. Un véritable bijou de littérature que je vous invite à découvrir au plus vite !


vendredi 7 décembre 2018

"De la nature des interactions amoureuses" de Karl Iagnemma

De la nature des interactions amoureuses

L'histoire : Dans les huit nouvelles réunies ici, mathématiciens et chercheurs tentent de trouver un équilibre satisfaisant entre les élans du cœur et la pensée rationnelle, dans l'espoir de créer des liens humains aussi solides que les équations et les grandes théories qui structurent leur existence. Ainsi, un universitaire frustré tente de retranscrire sous forme de diagramme la relation compliquée qu'il entretient avec sa petite amie pour l’analyser. Un phrénologiste du XIXe siècle se voit quant à lui forcé de réévaluer le rapport entre connaissance et passion lorsqu'une arnaqueuse dont il est tombé amoureux le bat à son propre jeu. Une femme vit dans l'ombre écrasante de son mari et observe, entre effroi et incrédulité, les expériences controversées qu'il mène sur des sujets humains. Et un vieux professeur rêvasse inlassablement à ses deux obsessions : une belle condisciple rencontrée dans sa jeunesse, et le théorème qui a rendu cette femme célèbre.

La critique de Mr K : Retour en Terres d'Amérique aujourd'hui avec un nouveau recueil de nouvelles américaines à mon actif avec De la nature des interactions amoureuses de Karl Iagnemma qui se propose de mêler la science et l'amour au cœur de huit nouvelles. L'auteur est lui-même un scientifique de haut vol et ce premier recueil fort remarqué outre-atlantique a la particularité de mêler des éléments qui à priori sur le papier ne vont pas ensemble. C'est bien connu, le cœur a ses raisons que la Raison ignore...

Huit nouvelles, huit histoires de cœur donc ou du moins de sentiments mêlés entre amour, amitié, compassion, obsession parfois. Tour à tour, on rentre dans des intimités bien diverses et l'on décortique les affres de la contradiction, des luttes intérieures qui nous habitent et nous donnent ce petit supplément d'âme qui fait de nous des êtres humains. Je dois avouer qu'avec un tel programme, j'avais de grosses attentes... qui ont été douchées dès les deux premières nouvelles (dont la première qui donne son nom au recueil) que j'ai trouvé plutôt quelconques et à l'intérêt limité. Cependant, le niveau s'élève par la suite. Ouf ! On l'a échappé belle !

Je passerai donc rapidement sur les deux premières nouvelles (De la nature des interactions amoureuses et Le Rêve du phrénologue) qui ne m'ont pas plu, la faute essentiellement aux protagonistes principaux que j'ai trouvé sans réelle saveur, voire agaçants. Point commun entre les deux, la quête de l'amour absolu, chacun à sa manière via la science et la quête de vérité. La mayonnaise n'a pas pris de mon côté et j'étais plutôt pessimiste pour la suite. Heureusement que je suis perspicace et que j'abandonne difficilement une lecture, je serais passé à côté de beaux récits.

Dans Le Théorème Zilkowski, on retrouve la traditionnelle histoire du triangle amoureux qui a vu ici le héros perdre sa copine au profit de son colocataire. Des années plus tard, il va les recroiser et des souvenirs douloureux vont ressurgir. Ce mathématicien de génie va être confronté à la foi dévorante qui habite désormais son ex et cela va peut-être remettre en cause nombre de ses certitudes. Plutôt classique dans sa facture générale, de beaux portraits d'âmes torturées en ressortent et l'on est touché par les souffrances et les non-dits exposés. Dans L'Approche confessionnelle, tout commence avec une femme qui décide de suivre son VRP de copain qui est sensé vendre les mannequins en bois qu'elle fabrique à de potentiels acheteurs. Là encore, deux beaux portraits d'âmes sœurs qui se sont perdues en chemin, qui ont du mal à démarrer dans la vie (ils sont encore jeunes). Avec quelques flashback bien sentis et des révélations tardives, la fin ne laisse pas trop de doute sur la nature biaisée d'une relation qui en est à son crépuscule...

La nouvelle suivante sort du lot car elle me paraît presque hors sujet. Dans L'Agent des affaires indiennes, un homme vient occuper un poste de médiateur entre des amérindiens et des colons blancs. Sous la forme d'un journal intime, il nous raconte ses journées et surtout l'accumulation des tensions avec une violence larvée qui est à deux doigts d'exploser et contre laquelle il ne semble rien pouvoir faire. Ce texte d'une grande beauté parle davantage d'empathie et d'humanité dans un monde de brutes. C'est un de mes récits préférés mais je dois avouer que le lien avec le reste des textes m'a échappé. Dans Règne, ordre, espèce, on suit la fascination de la narratrice (une spécialiste en gestion forestière) pour un théoricien qu'elle a étudié plus jeune. Elle lit même le même extrait de son ouvrage référence à ses amants, c'est dire ! Ce récit est vraiment pas mal du tout car cette passion irraisonnée nourrit une enquête parfois drôlatique et débouche enfin sur la rencontre attendue ! Je vous laisse découvrir la suite...

Dans La Femme du mineur, un mineur s'intéresse à des problèmes mathématiques en cachette de sa jeune femme qui n'y entend rien et se révèle quelque peu bigote. On sent qu'il veut se prouver quelque chose et notamment qu'il vaut mieux que son travail débilitant. J'ai aimé sa soif de savoir et son abnégation à vouloir briser les barrières sociales de l'époque car c'est de cela qu'il est vraiment question dans ce court récit. Quand sa femme découvre ses activités secrètes, elle se pose des questions et remet même tout en cause. Plutôt légère dans sa forme, cette nouvelle m'a beaucoup touché. Enfin, dans Les Enfants de la faim, une femme délaissée par son médecin de mari s'ennuie. Un jour, un patient s'invite durablement dans la demeure (qui comporte une infirmerie où le docteur s'adonne à des expériences peu ragoûtantes) et un étrange lien va se créer entre eux. De très belles pages là encore sur les sentiments contradictoires que l'on peut éprouver envers l'être aimé. Se déroulant au XIXème siècle, l'ambiance à l'ancienne contribue à la réussite de ce court récit qui fait partie de mes préférés de ce recueil.

Au final, voilà un recueil intéressant qui réserve de bons moments de lecture et d'autres plus anecdotiques. Étrange sentiment vraiment, l'écriture est assez inégale d'un texte à l'autre et le sentiment d'empathie varie lui aussi énormément. Sans doute que certaines âmes scientifiques me laissent de marbre, c'est mon côté littéraire qui ressort ! Une lecture sympathique mais finalement pas inoubliable. Il faut dire que la collection Terres d'Amérique possède un sacré catalogue en matière de nouvelles et en ayant lu énormément, je dois avouer que celui-ci est un ton en dessous. À réserver aux indécrottables fans de nouvelles US !

jeudi 15 novembre 2018

"Lord Gwynplaine" de Jean-Bernard Pouy et Patrick Raynal

9782226398925-j

L'histoire : La quarantaine, visage grave et regard de velours, qui est le mystérieux lord Bradley Gwynplaine ? On l’aurait vu à Toulouse, en 1993, dans la peau d’un capitaine accusé de complicité d’acte terroriste. En Guyane, derrière la muraille infranchissable d’une prison infâme où la justice l’avait envoyé croupir. À Medellin, au fin fond d’une hacienda où serait enfoui un trésor appartenant à l’abbé Esteban Pablo Vargas Uribbe. Et à Paris, dans l’ombre du procureur Villedieu, un parvenu prêt à sacrifier sa famille pour sa carrière... Est-ce le même homme ? Tandis que les cadavres s’accumulent, avec la précision d’une vengeance savamment orchestrée, une vérité implacable se fait jour : le chemin le plus court vers la liberté est la foi absolue dans la justice suprême.

La critique de Mr K : On ne présente plus Pouy et Raynal, deux des plus grands auteurs de polar français que j'aime tout particulièrement. Que ce soit dans leurs incursions poulpesques ou dans leurs œuvres plus personnelles, j'apprécie leur engagement marqué à gauche, leur style vif et incisif, leur maîtrise du récit et l'aspect souvent tortueux des trames mises en place. Imaginez donc mon bonheur d'apprendre la sortie de Lord Gwynplaine, ouvrage écrit à quatre mains, relecture moderne du Monte-Christo de Dumas mettant à l'honneur la vengeance d'un paria sur les pourris qui ont cru pouvoir le réduire à néant ! Je m'attendais à une lecture jubilatoire, je n'ai pas été déçu ! J'ai littéralement dévoré ce gros volume de 568 pages qui ne m'a jamais donné l'occasion de m'échapper...

Erwan Le Dantec était au mauvais endroit au mauvais moment, du moins le semble-t-il ! Pilote d'avion mêlé sans le savoir dans des opérations pas très claires, le voilà du jour au lendemain arrêté et embastillé dans le secret le plus total. Envoyé dans un camp isolé dans l'enfer guyanais par d'obscurs commanditaires, il va rester enfermer quinze ans loin de toute civilisation, dans un confort des plus spartiates avec pour seul contact humain, la compagnie d'un mystérieux prisonnier ancien compagnon de route de Pablo Escobar. Les deux hommes sympathisent assez vite, de fil en aiguille se noue entre eux une amitié forte et le colombien va forger un nouvel Erwan. En plus de la promesse de trouver un trésor incalculable, il le façonne, nourrit son intelligence et va le changer définitivement. Erwann en est bien vite convaincu, il finira par sortir et la vengeance est un plat qui se mange froid. Quand arrive la délivrance, après un changement de nom et de visage, le voilà prêt à l'aide de comparses bien choisis à exercer sa vengeance. Elle sera impitoyable...

Il n'y a clairement pas tromperie sur la marchandise ici. Vous voulez du polar servi bien noir au rythme haletant ? Vous serez comblé. Divisé en deux parties distinctes, on ne s'ennuie pas une seconde. Le début nous conte la descente en enfer d'un innocent pris dans un engrenage qui le dépasse. La narration étant placée au plus prêt du protagoniste principal, on éprouve très vite une empathie totale pour lui et la révolte cède très vite le pas à la colère. Il faut dire que les conjurés (que nous suivons aussi en parallèle) ont tout pour déplaire : veules, suffisants, amoraux et cupides ; ils sont tout ce que le capitalisme triomphant produit de pire en terme d'inhumanité, de corruption et d'intérêts particuliers délétères. Pendant son séjour en Amérique du Sud, Erwan le jeune naïf va se muer en Lord Gwynplaine, un être nouveau d'une froideur et d'une détermination implacable. Belle réussite que cette transformation qui cristallise l’intérêt du lecteur et donne à voir la manière dont on peut changer un homme lambda en une espèce de monstre hybride de colère et de tristesse. Très romantique dans son traitement (trop diront certains, moi j'ai adoré !), cette figure dramatique plane au dessus de toute la deuxième partie de l'ouvrage.

Cette dernière s'apparente au tissage d'une immense toile d'araignée où vont se débattre ses victimes. Oh, je vous rassure, on ne les plaint pas à un seul moment. Il est intéressant au fil de la lecture de mettre en perspective les différentes actions de Gwynplaine qui agit sur toute une série de leviers pour avancer ses pions, toucher les points faibles de ses adversaires et finalement porter l'estocade finale. Tellement préoccupés par leurs soucis d'argent, de luttes de pouvoir ou de famille (coucheries, jalousies, mariages arrangés...), ils ne se rendent pas compte des manipulations opérées à leur insu. Quand les pièges s'enclenchent, à la manière d'un effet domino, le feu d'artifice peut commencer et bien peu de personnages en sortiront indemnes. Bien assisté par des seconds couteaux efficaces et fidèles, Lord Gwynplaine opère une vengeance terriblement méthodique.

Expérience sans temps mort, on aime suivre cette histoire haute en couleur où les péripéties nombreuses sont émaillées de passages à l'ironie féroce dénonçant les dérives de nos sociétés actuelles (Bienvenue en Macronie ! Avec aussi quelques références bien senties sur les années Mitterrand et Chirac). Ça démâte sévère et ça fait du bien ! Certes certaines ficelles sont un peu grosses, j'ai pu relever quelques incohérences et un côté parfois un peu too much dans le traitement de Lord Gwynplaine lui-même, mais quel pied de voir les punitions tombées après un long jeu du chat et de la souris ! On reconnaît tout le talent d'écriture des deux auteurs réunis. Le style simple, concis mais néanmoins exigeant donne un réalisme et un dynamisme qui ne se dément jamais lors de cette lecture prenante et diablement excitante.

Et puis, faire référence à un de mes livres préféré de Hugo dès le titre du livre n'est pas étranger à mon engouement pour ce dernier (revient Victor, la France est devenue folle !). Le lien se fait facilement avec ce que l'on peut vivre en ce moment et cette lecture provoque une forme de jouissance intellectuelle fort délectable qui défoule et enrobe l'âme. Alors oui, on ne révolutionne pas le genre avec Lord Gwynplaine mais on prend un sacré plaisir et on en redemande ! À lire absolument si vous aimez le genre et tout particulièrement si ces deux auteurs vous manquaient...

Posté par Mr K à 17:57 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
samedi 3 novembre 2018

"Dernière journée sur terre" d'Eric Puchner

9782226400246-j

L'histoire : Voici neuf histoires courtes, et autant d’angles pour célébrer cette entité complexe et parfois surréaliste qu’est la famille. Ici, un adolescent suspecte sa mère d’être un robot ; là, un jeune homme récemment séparé de sa compagne emmène leur nouveau-né à une fête où la cocaïne coule à flots. On croise aussi un enfant prêt à tout pour empêcher sa mère de faire piquer le chien de son père, et une famille qui s'interroge sur ses nouveaux voisins, dont le fils de douze ans est convaincu qu'il existe un "univers parallèle" à même de résoudre miraculeusement les problèmes de chacun...

Ces nouvelles, formidablement originales et pleines d'humour, flirtant ici et là avec l'absurde et le surnaturel, nous entraînent tour à tour dans un camp de vacances pour artistes en herbe, sur la route aux côtés d’un vieux groupe punk has-been, dans un futur dystopique où les parents n’existent plus, ou encore dans une librairie férocement indépendante.

La critique de Mr K : Qu'il est bon de revenir en Terres d'Amérique avec ce nouveau recueil de nouvelles tout juste paru chez Albin Michel. Vous savez que je suis un grand amateur de cette collection qui livre bien souvent un regard différent, naturaliste et fortement sociologique sur les États-Unis. Dernière journée sur terre d'Eric Puchner ne déroge pas à ce postulat, livrant neuf nouvelles de haute tenue qui conjuguent intimisme à fleur de mot, portée universelle et qualités stylistiques indéniables.

À travers neuf courts récits, l'auteur nous convie à explorer la galaxie familiale dans toute sa richesse et sa complexité. Plutôt réalistes mais flirtant à l'occasion avec l'étrange et le fantastique (sur deux / trois textes), on plonge en compagnie des personnages dans cet univers si fermé et si familier en même temps qu'est la cellule familiale. Petits bonheurs, grandes fêlures, disparitions attristantes, manquements irréparables mais aussi tendresses renaissantes et liens indéfectibles sont au menu d'un recueil qui s'avale tout seul, sans effort, avec une curiosité renouvelée et inextinguible.

Dans Couvée X, lors d'un été caniculaire doublé d'une invasion de sauterelles, la famille du narrateur voit s'installer de nouveaux voisins. La maman plutôt réactionnaire voit d'un mauvais œil cette mère célibataire qui fume comme un pompier et s'habille de façon inconvenante à ses yeux. Qu'est devenu son mari ? Les rumeurs commencent à fuser, mettant à mal le héros qui a crée des liens avec le fils de cette voisine étrange. L'auteur nous livre ici une belle réflexion sur les liens entre mère et fils à travers deux portraits de famille croisés, sur les méfaits de la médisance et une certaine philosophie de vie qui permet aux victimes de ce genre de pratique de dépasser la souffrance qu'elle peut engendrer.

Des Monstres magnifiques enchaîne avec une dystopie présentant un monde où la notion de parent n'existe plus et où l'être humain a atteint l'immortalité. Un frère et une sœur qui vivent ensemble sous le même toit vont accueillir dans leur foyer un homme qui semble échapper de l'ancien monde (le nôtre !), à son contact ils vont réapprendre la notion de rapport filial et réfléchir à la notion de manque et de séparation (la mort qui guette cet inconnu). Sans doute, une des nouvelles les plus touchantes du recueil, j'en suis sorti le cœur au bord des lèvres.

Être mère est du même tonneau, typiquement le genre de nouvelle qui prend à la gorge et ne laisse pas indemne. Une tante dépressive (elle sort tout juste de clinique suite à une tentative de suicide) se retrouve à garder son neveu et sa nièce lors de la soirée d'Halloween pendant que sa sœur veille son mari très malade. D'une beauté mortifère, ce récit fait la part belle à la perception des enfants sur les adultes qui les entourent et sur le portrait tout en justesse d'une femme malade qui découvre le temps d'une soirée le rôle de maman. C'est beau et pur, un grand moment. Indépendance, la nouvelle suivante m'a quant à elle laissé de glace, cette famille travaillant dans une librairie indé ne m'a pas touché, la preuve en est que je n'ai quasiment pas de souvenir de cette lecture. Passons...

Paradis a soufflé le chaud et le froid en terme de ressenti. C'est une des plus réussies à mes yeux mais elle est très dérangeante. Un père séparé de sa compagne doit garder son fils un après-midi. Évoluant dans le milieu artistique, il emmène son bébé dans une fête totalement allumée et va être confronté à l'opposition de deux mondes : celui de la fête / des paradis artificiels et celui d'un jeune papa qui se doit d'être responsable. Il va redécouvrir le rôle de père, lui, l'homme qui est parti à cause de l'enfant à naître qu'il ne désirait pas. Un sacré moment de bravoure que ce texte tour à tour irrévérencieux et touchant.

Expression est aussi une nouvelle très réussie avec ce jeune garçon envoyé dans un camp de vacances pour surdoués et artistes en herbe. Apprenti écrivain, il va rencontrer Chet, jeune garçon mélancolique habitant juste à côté du dortoir mais désirant s'éloigner de sa famille quelques temps. Au fil des pages, le héros va en apprendre plus sur Chet, ses proches et lui-même. Texte sur l'éveil de l'amour, de l'amitié et toute une série de sentiments enfouis (doute, frustration, la peur et le manque notamment), j'ai dévoré ce texte qui émeut au plus profond du lecteur et lui rappelle forcément des moments clefs de sa vie.

Avec Trojan whore hate you back, on change radicalement d'ambiance avec les membres d'un vieux groupe punk rock qui reprend la route après sa reformation des années après le split. Plus convenu avec des clichés déjà lus et vus (Still crazy, un film à voir absolument), il est question ici des liens quasiment familiaux qui peuvent se nouer entre les membres d'un groupe en tournée. Le temps a passé, physique et mentalités ont évolué parfois dans des directions complètement opposées. Le ton est volontiers plus léger à l’occasion de réparties bien senties. Lecture sympa mais oubliable, on relâche clairement la pression.

Là, maintenant revient à la relation entre une mère et son fils, relation parfois compliquée qui ici prend un tournant inattendu. En effet, Josh est persuadé que sa mère est un robot. On pense irrémédiablement aux Femmes de Stanford d'Ira Levin mais le doute s'insinue assez vite : vérité ou trip éveillé ? L'auteur garde ses distances et laisse le lecteur patauger joyeusement dans une historiette rondement menée qui se plaît à estomper les frontières entre rêve et réalité. En filigrane, on retrouve les grands questionnements liés à l'adolescence notamment la notion d'identité et d'origine. Dernière journée sur terre s'interroge d'ailleurs plus ou moins sur les mêmes thématiques avec ici un ado confronté à sa mère qui l'élève seule et veut envoyer les deux chiens de chasse que le père a laissé en partant à la SPA. Révélateur d'une fêlure profonde, cette crise va être l'occasion pour la mère et son fils de se confronter, de jauger les forces en présence. Derrière ce récit anodin se trouve une des nouvelles les plus fortes du recueil.

Ce fut une sacrée lecture que celle-ci. Le style lumineux, précis et emprunt d'une grande tendresse et de poésie de Puchner transporte littéralement le lecteur au cœur des histoires qu'il nous raconte. Finesse de l'étude psychologique s'accorde à merveille avec une observation méticuleuse des habitudes de vie et les mœurs de chacun pour livrer des histoires finalement intemporelles à la portée universelle. Bousculé, prisonnier d'une langue envoûtante, le lecteur ne peut que s'incliner devant tant de talent déployé. Je vous conseille ce recueil de nouvelles qui fait honneur au genre et le porte aux nues. Quant à moi, je n'ai plus qu'à voler dans la PAL de Nelfe Une famille modèle du même auteur car clairement, Eric Puchner s'inscrit dans les pas des plus grands.

mardi 23 octobre 2018

"Minuit vingt" de Daniel Galera

9782226400383-j

L'histoire : Dans un Porto Alegre accablé par la chaleur et paralysé par une grève des transports, trois amis se retrouvent plus de vingt ans après s’être perdus de vue. À la fin des années 1990, ils avaient lancé un célèbre fanzine numérique, et ce qui les réunit aujourd’hui, c’est la mort du quatrième membre de la bande ; devenu entre-temps un écrivain très en vue sur la scène brésilienne : Andrei Dukelsky, surnommé "Duc", assassiné en pleine rue pour un stupide vol de portable.

À l’occasion de ces retrouvailles, chacun des trois personnages raconte sa propre histoire à la façon d’un puzzle et se remémore le tournant du millénaire, esquissant le portrait incertain de l’ami disparu et le roman d’une génération qui doit tout réinventer, à commencer par son rapport au monde à l'heure d’Internet et des réseaux sociaux.

La critique de Mr K : Petit voyage crépusculaire avec ma chronique du jour consacrée à Minuit vingt de Daniel Galera, jeune auteur brésilien que je découvre pour l'occasion. Étrange roman que celui-ci, inclassable dans son genre, on navigue entre drame intimiste, récit de vie et réflexion sur notre monde qui change à une vitesse folle et nous laisse parfois sans voix et avec un goût amer en bouche.

Tout débute avec la disparition brutale d'un homme suite à une banale agression pour un portable. On suit à travers divers chapitres, les réactions et existences de ses anciens amis. Le petit groupe avait un temps participer à l'élaboration, l'écriture et la diffusion d'un magazine numérique. Ils s'étaient éloignés les uns des autres avec le temps et avaient mené leurs barques dans des directions différentes. Tour à tour, on suit leurs errances, pensées et leurs réactions, le tout parsemé de flashbacks. Les informations se croisent et se recroisent, des pans du passé sont révélés et à travers ces destinées individuelles, l'auteur nous livre le portrait de notre génération et celui d'un monde qui semble parfois ne pas tourner rond (souvent en fait !).

De l'annonce de la mort de l'ami disparu à son enterrement, à travers les réflexions personnelles et les actes de ses personnages, l'auteur élabore un tableau inquiétant de notre humanité qui semble disparaître au profit des apparences, des réseaux pseudo sociaux et le développement humain qui sacrifie la planète et la morale la plus élémentaire. Des passages font vraiment froid dans le dos avec par exemple la course à la technologie qui pousse certains parents à caler leur progéniture devant des écrans dès leur plus jeune âge ou des chercheurs a toujours aller plus loin dans la recherche génétique pour nourrir toutes les populations au détriment de l'équilibre naturel (la fameuse thèse sur la canne à sucre qu'une des protagonistes travaille d'arrache-pied).

Et puis, il y a cette course frénétique à l'individualisme qui débouche notamment sur ce sentiment de solitude extrême qui semble habiter les personnages avec la course au sexe solitaire qui isole un homme de sa compagne et de son enfant, les réseaux sociaux qui peuvent dévorer ses addicts, l'utilisation massive de psychotropes pour se cacher et fuir une réalité devenue insupportable. Des âmes errantes et grises peuplent ces pages, une grande mélancolie s'en échappe. A chercher l'essentiel, on s'en écarte inexorablement. Cette mort abrupte a un effet catalyseur qui semble éloigner les protagoniste de toute possibilité de bonheur. C'est assez pesant et cela ne fait que s'accentuer au fil des pages. J'ai aussi apprécié (malgré un certain dégoût) que ce livre nous parle du fléau machiste qui loin d'être éradiqué s'exerce encore un peu partout (le passage sur la soutenance de thèse est criant de vérité et totalement insupportable). Tous ces thèmes assez disparates sont tous abordés avec subtilité et contribuent à la forte densité thématique d'un ouvrage qui se lit très facilement.

L'alternance des points de vue dynamite le récit pourtant à priori classique. La langue simple, souple, parfois très crue (les âmes chastes vont se voir secouer) amène un plaisir de lire quasi immédiat si ce n'est certaines digressions que j'ai trouvé parfois trop appuyées et faisant diverger le livre de ses objectifs. Ainsi les personnages sont ciselés, intéressants et d'une grande profondeur mais certains aspects auraient mérité d'être seulement évoqués sans rentrer dans les détails. J'ai trouvé que le rythme s'en voyait alourdi sans pour autant apporter quoique ce soit d'utile à la trame principale et au portrait de l'humanité qu'on nous livre.

Reste que Minuit vingt est un ouvrage fascinant, différent de ce que l'on lit maintenant, très contemporain, au ton juste et au retentissement intérieur assez bluffant (parallèle avec le mythe de Sisyphe qui pour ma part m'a profondément marqué). J'aime être bousculé et Daniel Galera a réussi là où beaucoup d'autres ont pu échouer avant lui : voir le monde tel qu'il est sans fioriture avec une grille de lecture originale attachée à la quête de vérité. Un roman à part.


lundi 8 octobre 2018

"Heimaey" de Ian Manook

HeimaeyL'histoire : Quand Jacques Soulniz embarque sa fille Rebecca à la découverte de l'Islande, c'est pour renouer avec elle, pas avec son passé de routard. Mais dès leur arrivée à l'aéroport de Keflavik, la trop belle mécanique des retrouvailles s'enraye. Mots anonymes sur le pare-brise de leur voiture, étrange présence d'un homme dans leur sillage, et ce vieux coupé SAAB qui les file à travers déserts de cendre et champs de lave... jusqu'à la disparition de Rebecca.

Il devient dès lors impossible pour Soulniz de ne pas plonger dans ses souvenirs, lorsque, en juin 1973, il débarquait avec une bande de copains sur l'île d'Heimaey, terre de feu au milieu de l'océan.

La critique de Mr K : Je dois avouer que depuis quelques mois, je commençais à me lasser du genre thriller que je trouvais trop souvent prévisible et rarement bien écrit. Heureusement Heimaey de Ian Manook est arrivé juste à point pour me faire changer d'avis. Suspens et évasion sont au rendez-vous de ce trip crépusculaire en terres islandaises, lieux ô combien fascinants que je rêve de découvrir en vrai un jour. Suivez le guide !

Un père et sa fille partis en voyage en Islande pour renouer des liens plus que distendus se rendent très vite compte qu'au delà de leurs sempiternelles prises de bec, ils vont devoir compter avec une menace insidieuse. Au fil des étapes de leur séjour, un inconnu égrène des messages peu rassurants. Rajoutez là dessus, un jeune du crû qui a dérobé 2kg de coke à un trafiquant lituanien particulièrement retors amateur de bons mots, un policier islandais au physique trollesque amateur des légendes islandaises et doté d'un organe vocal peu commun, une cohorte de personnages plus fous les uns que les autres, le tout se déroulant sur un territoire où Mère Nature a toujours le dernier mot... vous obtenez un thriller diablement efficace qui m'a tenu en haleine du début à la fin, sans temps mort et avec un intérêt renouvelé à chaque chapitre.

Très clairement, les personnages font beaucoup à la réussite de l'entreprise. J'ai ainsi adoré détester Rebecca, la fille rebelle de Jacques Soulniz qui dans le genre agaçant mériterait la palme d'or de l'emmerdeuse provocatrice toute catégorie. Rebelle de canapé qui ne s'est jamais remise du suicide de sa mère (qu'elle met inconsciemment sur le dos de son père), elle lui en fait voir de toutes les couleurs. Et pourtant, au détour de certains passages, on sent qu'il ne suffirait pas de grand chose pour que ces deux là se rapprochent. Jacques est d'une maladresse terrible, hyper-protecteur après une absence durable, il ne sait comment jongler avec les sentiments ambivalents de sa progéniture qui va lui causer bien du souci.

Surtout qu'ils n'ont pas que cette relation à gérer, très vite la machine s'emballe avec l'intervention d'un gangster très flippant qui recherche la marchandise qu'on lui a volé et un mystérieux inconnu qui semble s'acharner sur le duo père-fille au nom d'une vengeance obscure liée au passé nébuleux de Soulniz, du temps où il était allé en Islande (40 ans plus tôt) et qu'un drame avait entaché son séjour. Les pistes se croisent, se multiplient, se divisent et vont égarer personnages et lecteur dans des abîmes de réflexion et d'appréhension. J'ai beau avoir lu pas mal d'ouvrages du genre, je dois avouer que l'auteur est assez imprévisible et que bien des fois j'ai exprimé ma surprise face aux péripéties qui nous sont livrées (Nelfe peut en témoigner !).

Et puis, il y a Kornélius ! J'ai adoré ce géant au grand cœur, flic et assistant social en même temps, amoureux de sa terre et des légendes qui l'habitent. Il m'a touché en plein cœur par son humanité, sa pudeur mais aussi sa folie passagère et son rapport aux femmes. Difficile d'en dire plus sans lever le voile sur l'ensemble, sachez qu'en tout cas, il ne ressemble à aucun autre enquêteur que j'ai pu croiser et qu'il réserve bien des surprises. Il y a aussi Anita, une folle-dinguotte complètement perchée qui a changé radicalement de vie et incarne à elle-seule la liberté des femmes émancipées, un petit bijou de drôlerie mais aussi de fierté féminine. J'adhère totalement !

Autre gros point fort, les descriptions de l'Islande, un pays qui me fascine depuis longtemps. Véritable personnage à elle seule, on savoure les descriptions de cette nature prégnante, sauvage et hypnotique. L'auteur s'y entend pour transmettre les émotions qu'elle peut susciter chez les personnages et les habitants de cette terre perdue en plein Atlantique nord. Cette lecture m'a conforté encore plus dans l'idée d'y aller un jour (même si à priori le voyage est cher). Vu les sensations entr'aperçues dans ce livre, je pense que je vais me faire violence et commencer à réfléchir sérieusement à un road-trip là-bas.

Tous ces personnages ciselés, nuancés et un décor fabuleux emballent magnifiquement un récit maîtrisé de bout en bout, où le suspens ne redescend jamais. De plus, l'écriture de Manook est d'une grande souplesse, ne se confine jamais dans la facilité ou les effets de manche, il y a parfois de la poésie qui s'en échappe, provoquant de douces rêveries chez le lecteur entre deux passages plus speed. Au final, avec Heimaey, on a affaire à un très bon thriller que tous les amateurs doivent se procurer au plus vite !

Posté par Mr K à 17:42 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mercredi 3 octobre 2018

"Ce coeur qui haïssait la guerre" de Michel Heurtault

71mREAKeyNL

L'histoire : Au lendemain de la Grande Guerre, Anton découvre un domaine inexploré : la conquête de l’espace. Jeune ingénieur allemand, il rêve plus d’étoiles que de pouvoir et de politique. Une opportune neutralité qui lui permet de ne pas prendre position entre pro et antinazis. Mais que vaut la neutralité lorsque l’on travaille sur une fusée financée par l’Armée et qu’elle devient une arme dévastatrice ? Ce sont deux femmes également aimées qui rappellent à ce cœur rebelle que si l’homme n’est pas fait pour la guerre, il l’est encore moins pour la servitude, et l’amènent à passer de la résistance passive à la trahison de son pays.

La critique de Mr K: Retour sur une lecture enthousiasmante aujourd'hui avec Ce coeur qui haïssait la guerre de Michel Heurtault, roman historique très bien mené, doublé d'un remarquable parcours de personnage avec Anton un jeune homme féru de sciences pris au piège de son époque. Long roman de plus de 700 pages, on ne voit cependant pas le temps passé, voici pourquoi.

Anton est un jeune ingénieur allemand à qui tout semble sourire. Malgré la défaite de 1918 et une Allemagne ruinée par le conflit, il voit son avenir s'éclaircir quand il est admis dans un centre de recherche sur les fusées dans les années 30. Il côtoie alors de grands chercheurs (notamment Wernher von Braun) et travaille essentiellement sur de nouveaux systèmes de propulsions. Très vite une fois au pouvoir, Hitler va s'y intéresser de tout près. Non pas pour explorer l'espace comme le rêve si fortement Anton mais plutôt pour créer des armes impitoyables qui permettraient au IIIème Reich de dominer l'Europe définitivement. Indifférent au nazisme au départ, le jeune homme va peu à peu devoir affronter les affres du doute, les conditions épouvantables de l'opération Barbarossa (attaque foireuse de l'URSS par les nazis) et finalement Anton se révélera à lui-même, s'engageant dans la lutte contre le Führer.

Il flotte sur cet ouvrage un souffle épique qui en fait une saga puissante et très bien ficelée. En effet, étant historien de formation, je dois avouer que je suis très tatillon sur la vérité historique dans les romans et je dois dire qu'ici j'ai été comblé. Très fidèle aux époques évoquées, l'auteur se plaît à mélanger les concepts, à les interpénétrer et à donner une vision globale assez bluffante. Durant toute la lecture, il n'y a pas un moment où le réalisme est pris à défaut, on vit vraiment en Allemagne sous le joug nazi, on partage le quotidien d'un peuple prisonnier de son propre pays et sans libre-arbitre possible. La plongée dans ce monde si lointain et si proche à la fois est terrifiante, tous les mécanismes dictatoriaux sont ainsi évoqués à travers les pérégrinations du personnage principal ou encore ses expériences (arrestations, participation au front de l'est avec son lot d'horreur, la pression des militaires sur les scientifiques...). Bien que connaissant plus ou moins l'ensemble du contexte, il est bon de se faire rafraîchir la mémoire par un auteur en verve et redoutable dans son amour de la reconstitution historique.

Les personnages ne sont pas délaissés pour autant et même si l'ensemble est plutôt classique dans son déroulé, on se plaît à lire ses destins contrariés que les vents de l'Histoire malmènent sans vergogne. Très nuancés, sans manichéisme malvenu, les protagonistes se débattent littéralement à courir après des aspirations ou un amour perdu, se battent avec leur conscience notamment quand les horreurs nazies commencent à s'ébruiter. Nul n'est parfait et Anton en est un bon exemple, lui le scientifique qui poursuit un rêve inaccessible qui sera souillé par les velléités guerrières nazi qui transformeront le rêve de voyager dans l'espace en premier missile inventé de l'Histoire (le V2). Les lignes bougent au court du récit et Anton changera beaucoup notamment après son séjour dans le front est où il côtoiera l'horreur pur avec les massacres et pogroms perpétués par les Einsatzgruppen et la Wehrmacht ; la résistance opiniâtre des soviétiques et des épisodes marquants des combats finiront de le convaincre de changer de bord. Commence alors pour lui de nouveaux défis qui lui mèneront la vie dure ainsi que pour le lecteur littéralement pris au piège d'une histoire très dense et incroyablement addictive.

C'est bien simple, il est difficile de reposer ce roman surtout si l'on est passionné d'Histoire. Ceux qui y seraient allergiques feraient bien de passer leur chemin ! En effet l'auteur aime à partager son récit avec des apports historiques assez développés. Loin de ralentir le récit à mes yeux, il l'enrichit et donne une profondeur aux personnages qui hantent le récit. Drôle d'impression donc que de lire ce livre qui mélange allègrement vérité historique et personnages ayant existé ou non. C'est très bien fait, l'écriture exigeante et complexe donne un sacré caractère à cet ouvrage qui n'est pas sans rappeler Les Bienveillantes de Jonathan Littell (ça fait deux livres de la rentrée littéraire 2018 qui m'y font penser !) : c'est âpre, c'est rude mais que c'est bon, si on se donne les moyens d'aller jusqu'au bout !

Une lecture certes pas aisée à cause de la densité du texte et les horreurs abordées mais Ce coeur qui haïssait la guerre est à mon sens un livre essentiel et d'une rare intelligence. À ne louper sous aucun prétexte si les thématiques vous intéressent, dans le domaine on fait difficilement mieux !

samedi 29 septembre 2018

"La Loi de la mer" de Davide Enia

81Sb2sFKawL

L'histoire :  "Le ciel si proche qu’il vous tombe presque sur les épaules. La voix omniprésente du vent. La lumière qui frappe de partout. Et devant les yeux, toujours, la mer, éternelle couronne de joie et d’épines. Les éléments s’abattent sur l’île sans rien qui les arrête. Pas de refuge. On y est transpercé, traversé par la lumière et le vent. Sans défense."

Un père et un fils regardent l’Histoire se dérouler sous leurs yeux, dans l’immensité de la Méditerranée, à Lampedusa. La loi de la mer est le récit de la fragilité de la vie et des choses, où l’expérience de la douleur collective rencontre celle, intime, du rapprochement entre deux êtres.

Pendant plus de trois ans, sur cette île entre Afrique et Europe, l’écrivain et dramaturge Davide Enia a rencontré habitants, secouristes, exilés, survivants. En se mesurant à l’urgence de la réalité, il donne aux témoignages recueillis la forme d’un récit inédit, littéraire et poétique, déjà couronné par le prestigieux prix Mondello en Italie.

La critique de Mr K : La lecture d'un livre touche parfois en plein cœur et plus rarement, on atteint un moment de grâce face à une œuvre unique, bouleversante et d'une beauté sans pareille. C'est le cas avec le dernier roman de Davide Enia sorti chez Albin Michel en cette rentrée littéraire de 2018. Savant mélange d'éléments autobiographiques et de témoignages recueillis, le drame des migrants prend ici une dimension universelle poignante. Suivez-moi dans ma chronique de La Loi de la mer, un livre vraiment unique et qui laissera des traces.

J'avais adoré le précédent ouvrage de l'auteur. Dans Sur la terre comme au ciel, son écriture faisait merveille et ses personnages séduisaient autant qu'ils agaçaient parfois. J'avais alors compris que cet auteur était à suivre tant sa plume était un don et procurait un plaisir de lecture sans fin. Du simple roman, on tombe avec cette nouvelle œuvre dans un mix étrange entre les récits que l'auteur a pu collecter à Lampedusa lors d'un séjour prolongé qu'il y a effectué avec son père et des moments de réflexion / rencontres avec ses proches, le poids de la famille n'étant plus à prouver dans la péninsule italienne, et plus précisément ici en Sicile.

D'un côté donc l'horreur, l'injustice, le cri sans fin que l'on n'entend pas. À travers les paroles de marins, d'infirmières, de riverains, d'associatifs, se dresse le portrait de migrants totalement désorientés à leur arrivée en Europe. Le périple dans le désert, les camps en Libye, la traversée infernale, les morts multiples, les viols, les arnaques... Rien ne nous est épargné et ceci sans voyeurisme, seulement le prisme de la réalité captée par des anonymes, des personnes lambda qui pourtant font souvent beaucoup. Volontairement, Davide Enia interroge et discute avec eux et révèle des traumatismes enfouis, des rencontres parfois magiques et des destinées brisées qui tentent malgré tout de survivre. Certains passages sont tout bonnement insoutenables, sévices, morts brutales et vaines peuplent des pages hantées par l'incurie des hommes, leur indifférence et la mer impitoyable et fascinante à la fois.

L'Italie aussi est un personnage important de ce livre. La terre, le climat, les éléments, la nature, l'espoir qu'elle suscite aussi rayonnent et donnent un contre-point violent au sort des réfugiés. C'est aussi une terre de partage, d'accueil. Loin des clichés racistes, xénophobes et populistes déversés à longueur de journée, ici on donne sans attendre en retour, un homme est un homme et on se doit de l'aider. Ce choix de point de vue a pu en irriter certains, pas moi. Il est bon de parler des bonnes choses et des bonnes personnes. Surtout, Enia capture à merveille l'effet rebond de ce drame humanitaire sans précédent : les personnes qui aident et interviennent ne ressortent pas indemnes, pour beaucoup elles porteront à jamais un poids, une fêlure ineffaçable qui burine le cœur et voile quelque peu l'âme.

Cette profondeur se retrouve également dans les parties plus intimistes du récit. En parallèle ou décalés, ces moments de rapports père / fils, entre frères ou entre parents et enfants touchent le lecteur par leur authenticité, leur simplicité et au final leur universalité. Dans une langue simple, poétique, Enia nous propose avec La Loi de la mer un voyage au cœur de l'humain, entre horreur et amour, entre destin et choix assumés, entre la vie et la mort. Je dois avouer que cette lecture m'a ébranlé comme rarement et c'est tout naturellement qu'il rejoint Eldorado de Laurent Gaudé comme plus bel hommage aux réprouvés, aux déplacés et aux abîmés de la vie. Un pur chef d’œuvre !

mardi 11 septembre 2018

"Une Douce lueur de malveillance" de Dan Chaon

71p3E744SDL

L'histoire : "Nous n’arrêtons pas de nous raconter des histoires sur nous-mêmes. Mais nous ne pouvons maîtriser ces histoires. Les événements de notre vie ont une signification parce que nous choisissons de leur en donner une."

Tel pourrait être le mantra de Dustin Tillman, psychologue dans la banlieue de Cleveland. Ce quadragénaire, marié et père de deux adolescents, mène une vie somme toute banale lorsqu’il apprend que son frère adoptif, Rusty, vient d’être libéré de prison. C’est sur son témoignage que, trente ans plus tôt, celui-ci a été condamné à perpétuité pour le meurtre de leurs parents et de deux proches. Maintenant que des tests ADN innocentent son frère, Dustin s’attend au pire.

Au même moment, l’un de ses patients, un policier en congé longue maladie, lui fait part de son obsession pour une étrange affaire: la disparition de plusieurs étudiants des environs retrouvés noyés, y voyant la marque d’un serial killer. Pour échapper à sa vie personnelle, Dustin se laisse peu à peu entraîner dans une enquête périlleuse, au risque de franchir les limites que lui impose son rôle de thérapeute.

La critique de Mr K : Attention livre choc avec une chronique dédiée à un livre inclassable et marquant. Une Douce lueur de malveillance de Dan Chaon est la dernière sortie en date de la très belle collection Terres d'Amérique de chez Albin Michel et l'on peut dire qu'ils frappent fort en cette rentrée littéraire 2018. Mélange détonant entre roman noir, thriller et chronique familiale, l'auteur nous propose un voyage sans concession dans les abysses de l'âme humaine doublé d'expérimentations stylistiques vraiment originales en terme d'écriture. Suivez le guide !

Dustin Tillman est un psychologue à qui tout semble réussir. Heureux en ménage, père de deux fils, installé solidement en terme professionnel, il mène une vie agréable et à priori sans nuages à l'horizon. Cependant, le jour où son frère adoptif est innocenté du crime épouvantable de leur famille il y a plus de 20 ans, le passé remonte à la surface. La carapace se fendille, les flashback affluent et tout va être remis en question. Contradictions, apparences trompeuses, folie galopante, perception troubles se conjuguent et vont amener les personnages principaux vers des zones d'ombre qu'ils auraient bien voulu enfouir définitivement et qui vont ressurgir pour le plus grand plaisir sadique du lecteur ! Rajoutez là-dessus, une enquête échevelé sur un serial-killer noyant ses victimes alcoolisées et vous obtenez un cocktail explosif et bien dérangeant par moment.

Disons-le tout net, ce livre ne plaira pas forcément à tout le monde tant il bouscule des conventions bien établies. En effet, désirant se mettre réellement dans la peau des personnages (qui sont tous plus ou moins barrés ce qui n'arrange rien ! - sic -), l'auteur a bougé les lignes en terme d'écriture en rajoutant des blancs pour simuler les hésitations, les interruptions orales, certaines phrases se terminent de manière abrupte sans ponctuation ni syntaxe respectées. Ça m'a beaucoup surpris au départ, au point même de me demander si ce n'était pas une erreur d'impression ! C'est très déstabilisant mais au fil de la lecture, le stratagème fonctionne à plein régime et l'on comprend mieux les raisons de cette mise en page et en mots divergents. Cela distille une ambiance bien sombre, réaliste et prenante à souhait qui enrichir l'expérience et l'amène vers des sommets insoupçonnés au préalable.

Malgré cette difficulté d'appréhension de l’œuvre de prime abord, j'ai été captivé dès le départ par les protagonistes du récit. Le malheur plane sur nombre d'entre eux, hantés qu'ils sont par un passé épouvantable qu'ils ont essayé d'effacer de leur conscience. Chacun a tenté de se reconstruire vaille qui vaille avec plus ou moins de bonheur : certains se sont réfugié dans leur travail, d'autres dans les paradis artificiels ou encore le déni. Les personnages sont traités avec finesse et livrent leurs secrets petit à petit. Loin de se contenter d'une construction linéaire et classique, l'auteur se plaît à mêler passé et présent, changer les points de vue et revenir parfois sur des éléments que l'on pensait être des certitudes mais qui s'avèrent finalement être de belles fausses pistes. Tout est fait pour perdre le lecteur, l'orienter dans de mauvaises directions pour mieux le capturer de nouveau quelques chapitres plus tard. J'aime me faire bousculer et tromper par un auteur, j'ai été servi ici !

Bon, nous ne sommes clairement pas dans une œuvre qui respire la joie de vivre. Au programme, souffrance, séparation, deuil, folie insidieuse, famille dysfonctionnelle... Autant d'éléments qui se complètent les uns les autres, enrichissent la trame et la rendent parfois brillante tant tout a été parfaitement pensé et agencé. C'est grisant et flatte l'intellect tout en étant très accessible en terme de lecture. Passé la surprise stylistique dont je vous parlais précédemment, l'ouvrage est d'une grande clarté, aéré, vif et toujours en mouvement. Pas de gros passages à vide et de longueurs, l'auteur s'y entend pour insérer suspens et attente dans le cœur du lecteur avec les nombreuses révélations successives qui nous sont livrées.

On a donc affaire ici à un sacré roman qui passé une première phase de découverte-apprivoisement livre une histoire terrifiante aux personnages écorchés vifs qui reste longtemps en mémoire et donne à réfléchir sur l'humain et sa destinée. Une Douce lueur de malveillance est un bien bel ouvrage que je ne peux que vous conseiller, il ne ressemble vraiment à aucun autre.

mercredi 29 août 2018

"Nous, les vivants" d'Olivier Bleys

9782226326072-j

L'histoire : Perché dans les Andes à 4 200 mètres d’altitude, le refuge de Maravilla défie la raison. C’est là, au ras du vide, que Jonas, un pilote d’hélicoptère venu ravitailler le gardien, se trouve bloqué par une tempête.

Dans la petite maison cernée par les neiges, il fait la connaissance d’un personnage étrange prénommé Jésus que l’on a chargé de surveiller l’improbable frontière entre l’Argentine et le Chili. Commence alors, dans l’immense solitude des montagnes, une longue randonnée dont le lecteur – et peut-être le narrateur – ne sait plus très bien s’il s’agit de la réalité ou d’un rêve.

La critique de Mr K : Voila un étrange roman qui fait son petit effet en ces temps de rentrée littéraire. Tout juste paru chez Albin Michel, cet ouvrage fait la part belle à l'introspection, la Nature mais aussi à la spiritualité. Suivez-moi en pleine Cordillère des Andes pour un voyage livresque vraiment pas comme les autres et qui m'a particulièrement plu.

Jonas travaille comme pilote d'hélicoptère. Il est argentin, vit au pied des montagnes et ses missions consistent essentiellement en du ravitaillement de refuges isolés en altitude et des sauvetages occasionnels de randonneurs / alpinistes égarés. La région est très dangereuse entre la météo capricieuse, le milieu naturel hostile et rigoureux, l'enclavement de la région qui la plonge dans un certain isolement... Autant dire que le travail du héros est essentiel. Marié et père d'une petite fille, son existence simple le rend heureux et épanoui.

Lors d'une mission de routine qui l'emmène à plus de 4000 mètres dans le refuge de Maravilla, Jonas se retrouve bloqué au sol par le mauvais temps. Difficile en effet de manœuvrer sans danger un hélicoptère en pleine tempête de neige ! Il doit prendre son mal en patience en compagnie du gardien du refuge, de son vieux chien neurasthénique et de Jesus, le mystérieux garant du bon tracé de la très très très longue frontière argentino-chilienne. Le temps, les jours passent, la situation perdure, Jonas ne peut rentrer chez lui. Comme si, son destin, sa vie étaient liés à cet endroit. Rêve et réalité vont se rencontrer et la vérité sera révélée lors d'une randonnée aux accents métaphysiques...

Long de 180 pages, Nous, les vivants se lit d'une traite. J'ai plongé dedans quasiment immédiatement grâce à la langue simple, épurée et d'une grande douceur d'Olivier Bleys. Il y a du Fermine et du Schmitt ici, car derrière la trajectoire de Jonas, se cache une belle parabole sur l'homme. Difficile de creuser et d'expliquer toutes mes impressions sans dévoiler le retournement final. J'avoue simplement l'avoir deviné assez vite mais sans que cela ne me gâche ma lecture car l'intérêt de ce livre réside tout autant dans le récit pur que dans ce qui l'implique, les réactions qu'il suscite et les réflexions qu'il peut nourrir.

Tout est source d'émerveillement, de mystère et de réflexion au fil de la lecture. Complètement happé dès les premières pages, j'ai suivi allègrement les pas de Jonas. Partageant avec lui ses joies d'une vie simple qui l'apaise et le rend heureux, on l'accompagne par la suite dans ses doutes et ses réflexions plus profondes quand les choses se gâtent. C'est un homme nu qu'on nous livre ici, un homme désarmé face aux événements, face à un fatum qui semble le poursuivre et lui imposer une séparation très douloureuse. Tout autour la nature magnifiée, les personnages étranges et taiseux qui l'entourent soulignent le personnage principal et le font encore plus ressortir pour l'exposer davantage. Solitude, isolement mais aussi rudesse du milieu se mêlent inextricablement et quand le contenu prend une portée plus symbolique encore, l'oeuvre s'évade vers une dimension supplémentaire et propose un récit quasi initiatique qui nous emmène loin, très loin...

Très belle lecture donc que cet ouvrage à la fois très abordable et riche en sous-texte. Le récit décolle et ne relâche jamais la pression sur son protagoniste principal et le lecteur. De beaux ingrédients pour une recette à retenir!