lundi 5 septembre 2016

Des raisons d'être optimistes...

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Dessin de Bar tiré de son blog

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dimanche 19 juin 2016

"Demain" de Cyril Dion et Mélanie Laurent

demainLe contenu : Et si montrer des solutions, raconter une histoire qui fait du bien, était la meilleure façon de résoudre les crises écologiques, économiques et sociales, que traversent nos pays ? Suite à la publication d’une étude qui annonce la possible disparition d’une partie de l’humanité d’ici 2100, Cyril Dion et Mélanie Laurent sont partis avec une équipe de quatre personnes enquêter dans dix pays pour comprendre ce qui pourrait provoquer cette catastrophe et surtout comment l'éviter. Durant leur voyage, ils ont rencontré les pionniers qui réinventent l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation. En mettant bout à bout ces initiatives positives et concrètes qui fonctionnent déjà, ils commencent à voir émerger ce que pourrait être le monde de demain...

La critique Nelfesque : On a beaucoup entendu parler de "Demain". Réalisé grâce au crowdfunding, il y a eu pas mal de promo autour de sa sortie en décembre dernier. Dans le cadre de la "Semaine pour le développement durable" qui se tenait du 30 mai au 5 juin, une projection ciné en partenariat avec notre Biocoop a été mise en place, suivie d'un débat avec des intervenants du secteur. Nous avons sauté sur l'occasion pour enfin voir ce documentaire qui a fait, et fait encore, tant parler de lui ! Le jour J, la plus grande salle de notre cinéma (480 places) est comble. Les invitations sont parties comme des petits pains et tout le monde est ravi d'être là. Une bonne énergie se dégage déjà de la salle.

C'est cette même énergie que l'on retrouve dans "Demain". Nous connaissons l'état de notre planète, nous savons que nous allons droit dans le mur. Ceux qui s'intéressent au sujet (on en fait partie, vous l'aurez compris), sont acculés de messages alarmistes (à juste titre). Il est plus qu'urgent de faire quelque chose pour la Terre, pour nos enfants, pour nous. "Demain", bien que faisant un point sur l'état actuel des choses et nous alertant sur l'issue fatale qui nous attend à court terme si les choses ne changent pas rapidement, prend le parti du ton positif, fédérateur et bienveillant sans complaisance.

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Oui, les choses vont mal. On le sait. Oui, il faut agir. On le sait. Maintenant on fait quoi ? Qu'est-il possible de faire à notre niveau ? C'est ainsi qu'une bande de copains part à la rencontre d'hommes et de femmes à travers le monde qui ont mis en place des solutions que ce soit en terme d’agriculture, d’énergie, d’économie, de démocratie ou d’éducation (ces 5 secteurs étant intimement liés). Il se dégage de ce reportage une énergie incroyable. De l'humour, de l'humanité, une écoute de l'autre et un ton qui donne envie de se bouger encore plus au quotidien. A notre niveau, avec Mr K, on fait déjà pas mal de choses mais au sortir de la salle, on se dit que l'on peut encore mettre en place d'autres actions, de façon personnelle ou collectivement. Cela reste du local, cela peut paraître une goutte d'eau dans l'océan. On sait bien que les grosses industries et les politiques sont les décideurs essentiels mais comme dans beaucoup d'autres domaines, on se rend de plus en plus compte qu'une partie de notre avenir est entre nos mains et qu'à défaut d'avoir une réaction des gouvernements du monde entier, pantins de lobbies et de banques, nous pouvons agir avec nos moyens, nos espoirs, nos actions, nos décisions.

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C'est ainsi que l'on rencontre des acteurs (au sens de "ceux qui agissent") américains, indiens, français, finlandais, anglais... et que l'on prend une bonne dose de motivation. Un autre fonctionnement pour l'école, une démocratie participative, des jardins partagés, des potagers urbains, de la permaculture, une monnaie locale, une autre gestion des déchets, une usine fonctionnant en économie circulaire... Le champs d'actions est large et quand on veut, on peut ! De la bonne énergie à partager avec tout le monde et une super initiative qui file la pêche. Tout le monde devrait voir "Demain" (et pas seulement les personnes sensibilisées au sujet), un document vraiment accessible à tout un chacun.

La critique Mr K : 6/6. Sacrée claque que ce documentaire qui file la patate ! C'est étonnant de dire cela sur un film traitant du réchauffement climatique et de l'empreinte mortifère qu'imprime l'homme sur notre belle planète. Tout est une question de parti pris en fait. Mélanie Laurent et son pote Cyril Dion ont décidé suite à la lecture d'un rapport très inquiétant sur l'état de santé de la Terre de partir à la rencontre des personnes qui font en sorte que les choses changent à l'échelle locale et parfois même au niveau de régions entières (le cas de San Francisco est diablement intéressant). Alors même si parfois quelques données diagnostiques donnent le bourdon, on ressort avec le sourire et l'envie de transmettre un certain nombre de valeurs et d'idées.

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Après une brève introduction et les bases de la démarche posées, c'est par thématiques qu'on aborde les solutions proposées. On passe ainsi allégrement de l'agriculture à l'énergie, l'économie, la démocratie et l'éducation. On alterne les actions comme des expériences de reconquête de l'espace urbain déshérité en potagers urbains, le recyclage des ordures à San Francisco, une exploitation fonctionnant en permaculture, le développement des énergies renouvelables dans les pays du nord de l'Europe, la gestion des transports, la démocratie participative en Inde qui transcende les castes, les expérimentation pédagogiques en Finlande et tout plein d'autres actions menées aujourd'hui.

Au delà de ces rencontres, les réalisateurs questionnent des penseurs et philosophes qui nous éclairent sur la logique productiviste et matérialiste du monde, déconstruisent les contre-vérités dont on nous abreuve constamment et invitent à réfléchir à une autre façon de penser et de fonctionner. Caractériser par le désir et la volonté d'en vouloir toujours plus, la solution réside sans doute dans notre capacité à se contenter de ce dont nous avons réellement besoin, à partager et échanger entre nous et respecter les cycles de la vie et de la Nature. N'allez pas croire pour autant que l'on est face à un film moralisateur, culpabilisant, pointant pour une énième fois les travers des sociétés moderne. Ici on aborde les solutions possibles, à toutes les échelles (même si on est très souvent dans le local il faut bien l'avouer) et pas seulement pour les sociétés dites riches. Comme le dit fort justement en fin de métrage Mélanie Laurent, on ne guérira pas le monde qu'on livrera à nos enfants mais au moins des solutions existent et auront le mérite d'être connues.

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Le film en lui même est très bien fait : pédagogique mais jamais lénifiant, on alterne phases dialoguées (avec parfois de sacrés personnages !) et sublimes images de notre monde. Parfois la multiplication des informations peut égarer le spectateur (beaucoup de chiffres et données "incrustées" par moment) mais c'est toujours à bon escient et dans le but d'éduquer et éclairer. D'ores et déjà, il est en commande pour mon lycée pro et il sera étudié par un certain nombre de classes afin de nourrir les esprits et essayer d'ouvrir les consciences sans dogmatisme ni dirigisme. Un film à voir, revoir et partager car essentiel et admirable dans sa démarche. Bravo !

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jeudi 5 mai 2016

Courage, fuyons !

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Dessin de Bar tiré de son blog

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mardi 29 mars 2016

"Tout ce qu'on nous fait avaler : le guide pour mieux consommer" de Céline Hess-Halpern

Tout ce qu'on nous fait avalerLe contenu : Les polluants sont partout : dans l'air, dans l'eau, dans nos produits cosmétiques, dans notre habitat, et... jusque dans nos assiettes ! L'alimentation moderne n'est-elle pas l'une des causes de la montée exponentielle du taux de cancers, de maladies cardio-vasculaires, de diabète et de l'obésité dans le monde ?

Si nous ne connaissons pas l'ampleur des effets du cocktail d'additifs et de polluants innombrables que nous ingurgitons à notre insu chaque jour, il est urgent d'y porter attention. Et face à cette folie chimique de nos denrées, de devenir des consommateurs avertis et éclairés :
Quels aliments privilégier pour mieux préserver notre santé, ainsi que celle de nos enfants ?
Comment repérer les additifs et aliments nocifs ? Pourquoi les éviter ?
Cuissons, emballages et ustensiles : nos habitudes seraient-elles à revoir ?
Manger bio : est-ce la solution ?

Un vrai guide pratique pour que notre assiette soit enfin présumée... innocente : un éclairage sur les choix à faire pour manger sainement, des repères pour mieux consommer et chasser les fausses idées.

La critique Nelfesque : Voici quelques temps déjà que je m'intéresse de près à ce qu'il y a dans mon assiette. J'étais déjà sensibilisée à ce sujet lorsque j'ai lu en 2011 "Le Livre noir de l'agriculture" d'Isabelle Saporta. Cette lecture tira une sonnette d'alarme dans mon esprit et depuis ce jour je ne cesse d'amériorer mes habitudes. 5 ans donc que je vérifie les provenances des produits, que je lis les étiquettes, que je me questionne sur le bio / le non-bio / le raisonné. Rome ne s'est pas faite en un jour et je ne vous cache pas que parfois je cède aux vieux démons de la malbouffe (coucou les Chocobons plein de cochonneries qui sont pourtant dans mon placard) mais j'ai limité ces écarts de conduite et je m'y tiens. Tout est une question de modération...

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Pourquoi ? Comment ? Plutôt que de vous raconter ma vie, je vais vous conseiller de lire ce "Guide pour mieux consommer" de Céline Hess-Halpern qui vous expliquera justement le pourquoi du comment, les pièges à éviter, pour quelles raisons et dans quel but. Un parcours du combattant pensez-vous ? Non, revenez, vous allez voir que ce n'est pas plus compliqué que de décider un jour de manger équilibré. Cela demande une prise de conscience de la part du consommateur c'est sûr, on ne peut pas le faire pour vous, mais une fois décidé, c'est le début d'une cure de détox salvatrice pour notre santé et celle des générations futures. Et puis le détox, c'est à la mode non ? Vous n'imaginez pas tout ce que notre corps peut contenir comme substances nocives lorsque l'on accorde peu d'importance à la qualité des produits que l'on ingurgite... "Tout ce qu'on nous fait avaler" fait l'inventaire des petits plus (qui s'avèrent être de gros moins) présents dans nos assiettes et que l'on peut réduire voir supprimer avec un peu de discipline et de bonne volonté.

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L'auteure est avocate spécialisée en droit de la santé, enseignante et animatrice de colloques consacrés à l'impact de l'alimentation sur la santé. Elle a donc l'habitude de présenter les choses clairement, de façon pédagogique, pour que tout le monde soit en mesure de comprendre ses propos et mesure l'importance du changement. Son guide est une grande fiche pratique, claire et documentée, qui donne les clés du décryptage face aux étiquettes. Des classiques glucides / lipides / protides pour une alimentation saine et variée aux pesticides que l'on ingère contre notre gré, en passant par les additifs alimentaires présents dans les plats préparés (de la barquette micro-ondable aux yaourts) et les OGM que l'on fait manger aux animaux qui seront ensuite abattus pour nos appétits carnassiers, tout ce que nous sommes amenés à ingérer est disséqué et expliqué. Le but ici n'est pas de nous faire peur mais de nous donner les clés pour contourner ce qui peut l'être, pour bannir de notre alimentation les ingrédients néfastes et pour manger sainement. Chacun est libre ensuite de suivre ces conseils et ces alertes mais personne ne pourra plus dire qu'il n'était pas au courant...

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Ce guide s'adresse à tous. A celles et ceux qui veulent diversifier et équilibrer leur alimentation, ceux qui veulent apprendre les grandes lignes de la nutrition, ceux qui connaissent déjà les bases et veulent aller plus loin, ceux qui sont à l'affut du moindre intrus chimique... J'ai commencé cette lecture dans l'optique de traquer les quelques malins indésirables présents dans mes placards. Je ne mange jamais de plats préparés, je cuisine et varie mes menus. Je privilégie le fait maison et vais même jusqu'à faire mes yaourts (l'intégriste !). Alors oui, je ne suis pas parfaite et bien que privilégiant le bio ou le raisonné, je vais parfois à la facilité et ne regarde pas toujours les étiquettes. De moins en moins mais ça m'arrive... Avec ce guide, j'ai pu faire un tour dans mes placards et remarquer des choses qui ne me plaisent pas. Comme j'ai une sainte horreur du gaspillage, je ne vais pas jeter frénétiquement tout cela à la poubelle mais lorsqu'il faudra refaire le plein, je serai avertie et me tournerai vers d'autres marques ou d'autres produits.

Nous n'avons jamais fini d'apprendre et les industriels n'en finiront jamais d'inventer de nouveaux subterfuges pour nous faire passer des vessies pour des lanternes. Montrons-nous plus malins et voyons plus loin que le marketing ! Cet ouvrage de Céline Hess-Halpern est un excellent compagnon de route pour cela.

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mardi 1 mars 2016

"Foutez-nous la paix !" d'Isabelle Saporta

Foutez nous la paixL'histoire : Savez-vous quelle pression écologique un âne exerce sur son pâturage ? Votre carrelage est-il réglementaire ? Connaissez-vous le supplice de la pédichiffonnette ? La hauteur de votre " végétation concurrentielle " - l'herbe ! - est-elle conforme ?
Vous êtes perdu ? Eux aussi ! Ils s'appellent Gérard, Nelly, Jean-Baptiste, Anaëlle... Isabelle Saporta, journaliste et auteur notamment du Livre noir de l'agriculture et de VinoBusiness, les a rencontrés.
De Tracy-sur-Loire à Créances, de Noceta à Eygalières, ils sont éleveurs d'agneaux de pré-salé ou de poules de Marans, fabricants de bruccio, de beaufort ou de roquefort, vignerons... Vous mangez leurs viandes, leurs fromages. Vous dégustez leurs vins. Leurs produits sont servis sur les plus grandes tables du monde. Et pourtant... l'administration les harcèle en permanence, transformant leur quotidien en enfer.
Quant à l'agrobusiness, il attend tranquillement son heure. Son arme pour mettre à mort ces défenseurs du terroir ? Les asphyxier sous d'innombrables normes formatées par et pour les multinationales.
Ceux qui résistent ne demandent qu'une seule chose : qu'on cesse d'assassiner en toute impunité la France de la bonne chère !

La critique Nelfesque : J'ai découvert Isabelle Saporta en 2011, lors de la sortie de son "Livre noir de l'agriculture". Une lecture coup de poing qui a changé ma façon de consommer. Déjà regardante de ce que je mettais dans mon assiette, j'ai décuplé mon attention et ajusté certaines choses. Je vous conseille toujours cette lecture, 5 ans après sa sortie, car malheureusement, les pratiques n'ont pas vraiment évolué...

En 2014, Isabelle Saporta s'attaque au lobby du vin. Avec "Vino business", elle s'est mise à dos bon nombre d'exploitants viticoles. Je n'ai pas encore lu cet ouvrage car j'ai peur d'avoir une réaction similaire à celle que j'ai eu pour "Le Livre noir de l'agriculture" et aimant beaucoup le vin (à consommer avec modération, tout ça), ça va me faire mal dans mon petit coeur d'adepte de ballons de rouge, je le sens... Je recule l'échéance mais j'y viendrai car l'auteure n'est pas une faiseuse de buzz, une lanceuse d'alerte opportuniste. Non, Isabelle Saporta est une vraie passionnée, une amoureuse de la nature et de nos terroirs, une citoyenne française qui respecte ce qui fait une des fiertés de la France, son agriculture, et ne veut pas la voir continuer à dégénérer en nous mentant par omission, en nous faisant avaler des couleuvres, en nous empoisonnant et en faisant mourir le monde paysan. Le vrai monde paysan, pas les fermes usines et les amis de la FNSEA.

Avec "Foutez-nous la paix !", Isabelle Saporta met une nouvelle fois les pieds dans le plat. En plein contexte de la crise agricole française, alors que des agriculteurs bloquaient encore nos routes et les centrales d'achats il y a quelques semaines et en pleine semaine du Salon de l'Agriculture où François Hollande s'est fait huer et traiter de menteur, la situation est tendue. J'étais la première à râler et à ne pas soutenir les agriculteurs lors de leur grève récente et je vais vous dire pourquoi sous la forme d'une question. Avec-vous vu beaucoup d'agriculteurs bio dans les rangs des indignés brûleurs de pneus ? Moi pas. J'ai vu des gros exploitants qui n'ont plus rien à voir avec les paysans du temps de nos arrières grands-parents, des représentants syndicaux de la FNSEA, qui plus que faire du bien à l'agriculture est dans une démarche dangereuse de course en avant suicidaire, des concitoyens pour la grande majorité qui soutenaient ces actions sans aller voir plus loin que le bout de leur nez. J'étais en colère.

Acheter à bas coût, pouvoir manger tout ce que l'on veut toute l'année, aider les agriculteurs à continuer en ce sens, pour les sauver, pour qu'ils continuent de nous nourrir avec des produits qu'ils ne mettraient même pas dans leurs assiettes, je dis non. Assez. Stop. Nous n'avons pas pris le bon chemin, il faut faire marche arrière ! Pourquoi continuer ainsi cette fuite en avant qui ne mènera nulle part ? Pour qu'on continue de manger de la merde bourrée de pesticides, que nos eaux soient polluées et que les animaux soient traités comme de la viande (qu'ils deviendront finalement et gavée d'antibio au passage) ?

La lecture de "Foutez-nous la paix !" est arrivée à point nommé. De la paix, il y en a. Du ras-le-bol aussi. En donnant la parole à des petits agriculteurs qui cultivent certains en bio, d'autres dans une démarche raisonnée, à petite ou moyenne échelle et toujours dans le respect de l'Agriculture avec un grand A, Isabelle Saporta met en lumière un fonctionnement aberrant, des contrôles et des normes farfelus et une quasi-volonté de nos gouvernements successifs de sacrifier l'agriculture au nom du profit. Consciemment ? Par bêtise, ignorance ou principe de précaution ? Je vous laisserai découvrir cela à travers les voix d'André Valadier, producteur de l'Aubrac, Anaëlle, bergère au Mont-Saint-Michel, Jean-Dominique Musso, éleveur corse, et tant d'autres.

La journaliste / auteure est allée à leur rencontre, parcourant la France d'Est en Ouest et du Nord au Sud pour récolter les témoignages de ceux qui vivent le monde agricole au quotidien. Le citoyen lambda y voit alors plus clair sur l'étendue des problèmes rencontrés. Normes à respecter, jugements arbitraires, sanctions infondées, bon sens paysan bafoué par les autorités, pressions incessantes... Il en faut du courage et de la détermination pour continuer à être agriculteur aujourd'hui. Et il en faut de l'amour !

Isabelle Saporta à travers ses témoignages récoltés et un travail de fond, où elle a été au plus près des institutions et des grandes entreprises imposant leur suprématie et leurs ombres menaçantes, donne à voir aux consommateurs moyens que nous sommes toute une problématique complexe et met en lumière le dysfonctionnement d'un système en bout de course. Elle part au combat, enfonce des portes, nous ouvre les yeux comme bon nombre d'hommes et de femmes de terrain qui se battent chaque jour pour sauvegarder notre patrimoine, nos traditions et notre santé. Ils se battent contre des moulins parfois, pots de terre contre pots de fer, mais ils ne baissent pas les bras. Merci de mener ce combat pour nous car oui, nous voulons continuer de consommer mais pas à n'importe quel prix, pas n'importe comment et pas avec n'importe qui. Je vous conseille vivement la lecture de cet ouvrage instructif et essentiel. Vous verrez qu'à la dernière page, vous aussi vous aurez envie de crier "Foutez-nous la paix !".


mercredi 13 janvier 2016

"Le Zoo de Mengele" de Gert Nygardshaug

Le-zoo-de-MengeleL'histoire : La vie du jeune Mino Aquiles Portoguesa, chasseur de papillons, changera à jamais le jour où il verra son village et sa forêt réduits à néant par les grandes compagnies pétrolières américaines, et tous ceux qu'il aime tués ou envoyés dans les bidonvilles des mégapoles surpeuplées.
Alors il deviendra le bras armé de cette Amazonie que l'homme blanc foule au pied, de tous ces pauvres gens sacrifiés au nom du progrès.
Alors il les tuera à son tour.
Tous. Un par un.

La critique Nelfesque : Je ne connaissais pas cet ouvrage et pourtant "Le Zoo de Mengele" est le livre de plus célèbre de Nygardshaug et il a eu beaucoup de succès en Norvège. Traduit pour la première fois à l'étranger, c'est le moment de découvrir cette oeuvre initialement écrite dans les années 80 et malheureusement toujours d'actualité.

Dans "Le Zoo de Mengele", on navigue constamment entre thriller, essai et roman contemporain. Mino est un jeune garçon de 10 ans au début du roman. Il vit avec ses parents, ses frères et soeurs et toute une communauté, dans un village d'Amérique du Sud. Les lieux ne sont pas explicitement cités mais l'histoire est transposable à de nombreux pays de ce continent. Dans son village, les gens sont pauvres et se contentent de peu mais arrivent à vivre grâce à leurs productions, à l'échange et à l'entraide. Une petite vie de village, proche de la nature, où Mino s'épanouit à chasser des papillons tous plus fascinants les uns que les autres que son père prépare ensuite pour les revendre à des lépidoptérophiles.

Mais une menace pèse sur le village de Mino, une entreprise s'installe à proximité, détruit la jungle, rase les terrains de production des villageois avec l'aval des autorités locales qui bénéficient des largesses des entrepreneurs. Mino sent que peu à peu son village se transforme, les habitants peinent à se nourrir, ils sont sans cesse expropriés et du haut de ses 10 ans il décide d'agir pour le bien de la communauté. Les déforestations ralentissent, les habitants respirent de nouveaux... Mais un jour où il rentre de sa chasse aux papillons quotidiennes, il découvre un théâtre d'horreur. Son village est détruit, les habitants ont tous été exterminés, les maisons brûlées et le sang coule dans les ruelles. Mino, orphelin, prend la fuite et commence alors une épopée à travers l'Amérique du Sud où il va grandir, évoluer et rencontrer des personnes qui vont changer sa vie.

"Le Zoo de Mengele" est un roman d'une incroyable force. Sur fond d'écoterrorisme, l'auteur nous donne à voir l'enfer que vit toute une population poussée à la famine et écrasée par la mondialisation. Sur sa route, Mino va apprendre la magie pour survivre, rentrer à l'université et développer une haine des américains et de tout ceux qui à l'échelle mondiale détruisent la planète en plaçant le profit au dessus du respect de la nature.

Là où souvent dans les ouvrages de ce type, l'auteur focalise son histoire du côté des puissants, Nygardshaug centre son roman sur Mino, sur son ressenti, sur ses aspirations. Le lecteur est alors plongé dans la vie d'un gamin qui a vécu l'horreur et qui peu à peu développe des idées écoterroristes. Comment s'organiser lorsque l'on se bat contre un pot de fer ? Comment agir lorsqu'on est un simple enfant de la jungle et que l'on veut sauver la planète ?

Vengeance, injustice et meurtres peuplent ce roman mais aussi amitié, espoir et action. Les personnages sont fouillés à l'extrême, tous plus attachants les uns que les autres, les phrases sont concises, les mots crus, les actes abjectes. Le lecteur ne ressort pas indemne de ce roman et souvent les larmes perlent aux bords de ses yeux. Loin d'être une apologie du terrorisme, il nous permet d'en comprendre le fonctionnement et les racines. De quel droit détruire notre terre nourricière ? En quoi l'argent peut-il être placé au dessus des valeurs humaines et de la vie des gens ?

C'est déprimé et pourtant plein d'espoir que l'on termine la lecture de ce "Zoo de Mengele". Conscient d'avoir lu ici un grand roman, de ceux qui vous retournent les tripes et vous font réfléchir. Prendre les armes est une solution extrême pour contrer les puissances de l'argent mais c'est la seule qu'a trouvé Mino pour que le monde soit moins moche et que la Terre ne soit plus bradée pour quelques billets de banque. Une idée discutable mais une vie riche en action où sa propre personne passe au second plan. Un crève coeur mais un coup de coeur que je vous encourage tous à lire !

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mardi 10 novembre 2015

Fin prêts !

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Dessin de Bar tiré de son blog

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jeudi 4 juin 2015

"Le Monde du bout du monde" de Luis Sepulveda

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L'histoire: Un garçon de seize ans lit Moby Dick et part chasser la baleine. Un baleinier industriel japonais fait un étrange naufrage à l’extrême sud de la Patagonie. Un journaliste chilien exilé à Hambourg mène l’enquête et ce retour sur les lieux de son adolescence lui fait rencontrer des personnages simples et hors du commun, tous amoureux de l’Antarctique et de ses paysages sauvages. Il nous entraîne derrière l’inoubliable capitaine Nilssen, fils d’un marin danois et d’une Indienne Ona, parmi les récifs du Cap Horn, sur une mer hantée par les légendes des pirates et des Indiens disparus, vers des baleines redevenues mythiques.

La critique de Mr K: J'avais adoré en son temps Le Vieux qui lisait des romans d'amour du même auteur, une ode humaniste qui côtoyait une merveilleuse évocation de la forêt amazonienne et la vie d'un petit village en bordure du fleuve. Je suis tombé sur Le Monde du bout du monde au détour d'un chinage de plus, je n'en avais jamais entendu parler et en lisant la quatrième de couverture j'ai été tenté par les thématiques qui semblaient être abordées: les rêves de jeunesse, l'exil, l'écologie et le milieu marin. Ce fut une lecture heureuse (quoique plombante par moment) et très rapide, le livre étant très court (123 pages).

Un jeune chilien se découvre une fascination pour la mer et notamment les baleines via la lecture du classique Moby Dick. Il effectue alors un voyage initiatique dans le sud du pays, dans la sauvage Terre de feu et va confronter ses aspirations et ses idéaux avec la réalité. On le retrouve bien plus tard en Allemagne où il est devenu journaliste free-lance pour le compte d'associations écologistes comme Greenpeace. Il va devoir mener l'enquête suite au naufrage mystérieux au sud du Chili d'un baleinier japonais flirtant avec l'illégalité depuis bien longtemps. Ce voyage - ce retour aux sources en quelque sorte - est l'occasion pour lui de renouer avec son passé et celui de son pays, de prendre conscience de l'ampleur de la catastrophe écologique se nouant dans cette zone du globe. Il en reviendra irrémédiablement changé.

Quand on s'intéresse à la biographie de Sepulveda, on se rend compte que son héros et lui ont en commun cet exil forcé loin du Chili face au régime dictatorial de Pinochet. Le récit prend donc un caractère vécu et cela se ressent dans le traitement du personnage principal qui est criant de vérité. Au delà d'un pays enfoncé dans ses certitudes où la liberté d'expression est bannie, le retour en Terre de feu est l'occasion pour l'auteur de parler d'un génocide totalement oublié des livres d'Histoire et dont je n'avais jamais entendu parler: celui des premiers habitants des lieux, les indiens Yagans, Onas et Alacalufe qui vivaient en communion avec la nature et qui ont été chassés comme de vulgaires animaux par les occidentaux venus s'installer. Cela donne lieu à des pages assez insoutenables mais nécessaires pour que l'oubli total ne s'installe jamais.

Au delà de ce drame humain, ce livre traite aussi de l'exploitation de la mer par l'homme. En premier lieu, il y a bien sûr la chasse à la baleine aujourd'hui interdite mais qui perdure de façon illégale notamment par le biais de navires japonais clandestins (bon exemple dans ce livre, sans diabolisation mais sans censure non plus). D'ailleurs après un voyage sur un baleinier durant son jeune âge, le héros va se détacher de sa fascination pour le capitaine Acchab dont il va découvrir qu'il se révèle être un boucher. Adulte, il va se confronter à une autre réalité, l'exploitation sans vergogne de la mer et de ses fonds notamment à travers des pratiques destructrices aux conséquences parfois irréparables: Nous avons vu un bateau-usine de plus de cent mètres de long, avec plusieurs ponts, arrêté, mais ses machines tournant à plein régime. Nous nous sommes approchés pour reconnaître le pavillon japonais qui pendait à la poupe. A un quart de mille, nous avons reçu un tir d’avertissement et l’ordre de nous éloigner. Et nous avons vu ce que faisait ce bateau. Ils aspiraient la mer avec des tuyaux d’environ deux mètres de diamètre. Ils sortaient tout, en provoquant un courant qu’on a senti sous notre quille, et après le passage de la suceuse la mer n’était plus qu’une espèce de soupe noirâtre et morte. Ils sortaient tout, sans s’arrêter à penser aux espèces interdites ou sous protection. La respiration presque paralysée par l’horreur, nous avons vu plusieurs bébés dauphins se faire aspirer et disparaître. Et le plus horrible, ç’a été de constater que par un trop-plein fixé à l’arrière ils rejetaient à l’eau les déchets de la boucherie. Ils travaillaient vite. Ces bateaux-usines sont l’une des plus grandes saloperies inventées par l’homme. Ils ne vont pas sur les bancs. La pêche, ça n’est pas leur affaire. Ils cherchent la graisse ou l’huile animales pour l’industrie des pays riches et, pour arriver à leurs fins, ils n’hésitent pas à assassiner les océans... Je vous l'accorde ça calme, pour autant nulle leçon de morale (ce n'est pas le genre de Sepulveda dans ses livres), un simple constat froid et mélancolique qui donne à réfléchir sur la capacité de l'homme à détruire son berceau et à engendrer sa propre fin en conséquence ultime.

De ce livre, je retiendrai aussi la merveilleuse science du langage de cet écrivain qui tient vraiment une place à part dans mon cœur. Les descriptions des paysages (faune et flore comprises) sont à couper le souffle, l'immersion est totale dans ces lieux si éloignés de notre quotidien où la nature est omniprésente car l'homme n'y est pas encore trop présent (hormis sur l'eau). On retrouve la simplicité et la douceur des mots de Sépulveda qui est capable en deux pages de vous planter un décor, une ambiance puis de tout renverser dans celles qui suivent. On oscille constamment entre beauté, humanisme mais aussi mélancolie et nostalgie. Le tout accompagné par le sentiment que l'on a dépassé un cap et que rien ne sera plus jamais comme avant, l'ancien monde faisant place à celui de l'hyper consommation et de la méconnaissance.

Oui cette lecture peut filer le bourdon mais on y trouve aussi des petits bijoux d'humanité, de belles leçons de courage et un tableau éblouissant de la Terre de feu. Un livre nécessaire, un livre essentiel!

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mercredi 1 mai 2013

"Faut-il manger les animaux?" de Jonathan Safran Foer

fautilmangerL'histoire: Comment traitons-nous les animaux que nous mangeons? Convoquant souvenirs d'enfance, données statistiques et arguments philosophiques, Jonathan Safran Foer se lance dans une vaste enquête. Entre une expédition clandestine dans un abattoir, une recherche sur les dangers du lisier de porc et la visite d'une ferme où l'on élève les dindes en pleine nature, l'auteur explore tous les degrés de l'abomination contemporaine. Un livre choquant, drôle et inattendu qui a déjà suscité passions et polémiques.

La critique Nelfesque: Je ne suis pas insensible au sujet soulevé par cet essai, bien au contraire. J'ai lu par le passé l'excellent "Livre noir de l'agriculture" d'Isabelle Saporta qui encore aujourd'hui est bien présent dans mon esprit et m'a fait prendre des décisions importantes concernant mon alimentation.

Avant cette lecture, j'avais conscience de certaines choses (mais le minimum vital), je me doutais de la présence de composés douteux dans certains ingrédients des recettes que je préparais mais j'enfouissais sciemment ces moments de lucidité au plus profond de mon cerveau car décider de changer sa façon de consommer n'est pas une décision facile. Cela n'implique pas toujours un changement radical mais ces ajustements peuvent être "déchirants" (oui j'insiste, j'y reviendrai). C'est tout le cheminement de penser son alimentation qui change et avec lui une part de soi même.

J'en viens maintenant à l'ouvrage de Jonathan Safran Foer. On pourrait penser que mon introduction est subjective, qu'"on s'en fiche de ta vie Nelfe, vas-y parle nous du bouquin!" mais tout cela est étroitement lié... La force de "Faut-il manger les animaux?", au delà du fait qu'il met le lecteur devant le fait accompli et devant des vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire pour l'industrie alimentaire (à défaut de notre santé), réside bien ici. L'auteur nous fait part de son expérience personnelle et touche ainsi chacun d'entre nous.

Partant d'un fait précis, la naissance de son fils, il se questionne sur l'alimentation qu'il va donner à son enfant, à l'avenir qu'il veut lui réserver, à tout ce que son choix peut comporter comme conséquences pour lui mais aussi sur les habitudes familiales, les traditions, les racines de sa famille. Dit comme cela, cela peut paraitre extrême comme raisonnement (partir d'un roti de porc comme repas du dimanche pour en arriver à la remise en question du ciment familial) mais il est un fait, notre alimentation, nos repas partagés avec notre famille, composent nos souvenirs. Les repas de Noël sont associés à la dinde et à la bûche, le poulet du dimanche chez mémée est une institution et je ne parle même pas des barbecues entre potes quand arrivent les beaux jours. Que seraient Noël, les repas du dimanche et les barbecues sans la dinde, le poulet, les côtes de porc et les chipo/merguez?

Arrivés là, vous pensez peut être que Jonathan Safran Foer fait l'apologie du végétarisme, que c'est plus facile à dire qu'à faire et que quand même une bonne côte de boeuf c'est bon. Sur ce dernier point, vous avez tout à fait raison, sur le second, je suis bien d'accord avec vous mais sur le premier, contrairement à ce que moi même je pouvais penser en commençant cette lecture, Jonathan Safran Foer n'a pas écrit son livre pour que ses lecteurs deviennent végétariens. Nous suivons alors son cheminement de pensées, ses doutes qui sont aussi les notres, ses réflexions, ses investigations et ses conclusions. Autant j'étais échaudée sur certaines choses (élevage de poulets en batterie, poulets et porcs génétiquement modifiés (merci Isabelle Saporta)...), autant j'en ai appris de "bien bonnes" entre autres sur les conditions d'hygiène dans les abattoirs (pourtant loin d'être naïve et pensant ne pas être dupe, j'étais encore dans le monde des bisounours) et sur les appellations "plein air".

L'auteur ne cherche pas à nous dégoûter ou à faire du sensationnel. Il ne relate que des faits qui existent bien plus que l'on ne voudrait le croire. Il ne cherche pas à nous convaincre que son choix est le bon et que le nôtre est mauvais mais il éveille les consciences de ses lecteurs. Notre façon de manger a une incidence sur notre santé bien sûr mais aussi sur notre planète. La population mondiale ne cesse d'accroître, nous mangeons de plus en plus de viande (trop) et par logique la demande en viande augmente chaque année. Les chiffres que nous présente Foer donnent le vertige. C'est plus que de l'abattage d'animaux que nous cautionnons... Bien plus... Les animaux ne sont plus considérés comme tels dans l'élevage intensif. Ce sont des produits, des numéros, des "choses" que l'on vend en très grande quantité. De la même manière que l'on est dénué de sentiments pour une lampe ou une chaise, les "promoteurs" éleveurs n'ont plus rien à voir avec les paysans du temps de nos grands-parents. Les fermes ne sont plus ce qu'elles étaient et ce qu'elles sont dans l'imaginaire collectif.

"Rooo mais comment t'y vas Nelfe! On va pas arrêter de manger notre steak frites chez Hippopo! On est en haut de la chaîne alimentaire, faut pas l'oublier!". Héhé, modérez vos propos chers lecteurs (oui j'aime bien m'inventer des discussions imaginaires)! Bien sûr nous sommes en haut de la chaîne alimentaire, bien sûr on a besoin de viande (les végétariens diront le contraire mais je ne suis pas végétarienne) et bien sûr la viande c'est bon! Après avoir lu l'essai d'Isabelle Saporta j'avais déjà changé mon alimentation concernant les fruits et les légumes, privilégiant les produits bio, avec "Faut-il manger les animaux?" c'est mon rapport à la viande qui a changé. Et comme dirait l'autre, "ça ne coûte pas plus cher de bien manger!". Si on consomme local et de saison et si on réduit sa consommation de viande de façon à en acheter moins mais de meilleure qualité, les comptes s'équilibrent.

Maintenant reste à le vouloir... Lisez "Faut-il manger les animaux?" et on en reparle!

Ce livre a été lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict avec les éditions Points. Merci à eux.

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vendredi 7 octobre 2011

"Le Livre noir de l'agriculture" d'Isabelle Saporta

livrenoiragriL'histoire : Vous souvenez-vous des Shadoks, ces étranges oiseaux qui passaient leur vie à pomper, pomper, pomper et à inventer des machines toujours plus absurdes ? Les Shadoks, aujourd’hui, c’est nous, ou plutôt notre agriculture. Malgré son coût prohibitif, celle-ci ne respecte ni le pacte social qui la lie aux paysans, ni le pacte environnemental qui la lie aux générations futures, ni même le pacte de santé publique qui la lie à chacun de nous. Les ressources d’eau sont gaspillées, polluées. Nous recevons chaque jour dans nos assiettes notre dose de pesticides et autres résidus médicamenteux. L’agriculteur ne s’en sort plus, et il est injustement voué aux gémonies, lui qui n’est que le bouc émissaire d’un système qu’il subit. La confiance est rompue.
Pendant deux ans, Isabelle Saporta a parcouru les campagnes françaises. Dans cette enquête, elle met au jour l’absurdité du système, en le remontant de la fourche à la fourchette, du cours d’eau pollué aux cancers environnementaux provoqués par les pesticides, des animaux trop traités à l’antibiorésistance.
La conclusion semble s’imposer : puisque notre agriculture pose plus de problèmes qu’elle n’en résout, il est urgent de changer de cap et de revenir à davantage de raison. Mais si tout le monde s’accorde sur le constat d’échec, aucun responsable politique ne veut prendre le risque de s’attaquer aux fondements de l’agriculture intensive.
Loin de se contenter de brosser un tableau alarmiste, Isabelle Saporta avance des solutions simples. Pour les trouver, il suffit de savoir écouter ceux qui connaissaient le monde avant son délire productiviste. Ceux qui, aujourd’hui, travaillent d’arrache-pied à remettre les champs dans les sillons du bon sens paysan.

La critique Nelfesque : Cela fait plusieurs mois que j'ai lu cet essai d'Isabelle Saporta et il est encore bien présent dans mon esprit aujourd'hui. Il me fallait du temps pour le "digérer". Non pas qu'il soit difficile à comprendre mais parce que les propos qui sont tenus dans ce livre sont lourds de conséquences...

Je suis ressortie de cette lecture complètement révoltée et dégoutée. J'ai d'abord pensé arrêter de manger, arrêter de boire aussi, avant d'atteindre un point de non retour, mais en y réfléchissant bien, ce n'était pas une position vraiment tenable... Alors j'ai changé ma façon de consommer, j'étais déjà sensibilisée aux problèmes d'écologie mais ce livre a été comme un coup de poing.  On crève à petit feu, on tue la planète et rien n'est fait pour inverser la tendance ! Comment rester de marbre face aux révélations faites dans ce livre (révélations qui n'en sont pas tout à fait pour qui se tient au fait des choses, mais qui réveillent le citoyen moyen) ? Dans cet essai il est question de cochon, génétiquement modifié pour assurer un rendement rentable au péril de la santé de ces animaux et au péril de notre santé, à nous consommateurs. Il est aussi question de l'eau, complètement polluée par l'agriculture intensive, des algues vertes, des légumes et de la culture hors sol qui est une aberration nous faisant avaler toujours plus de pesticides et de fongicides, de pommes de terre, calibrées et nettoyées pour nos beaux yeux (parce qu'une pomme de terre sans terre c'est plus sexy) et pour les tapis roulants des caisses de supermarché que les saletés enrayaient, des céréales cultivées en bordure d'autoroute et qui nous font ingérer des résidus de pneus (!!!)... Autant de malbouffes qui nous font grossir même en mangeant équilibré !

Tout le long de ce livre, on a envie de vomir, d'envoyer valser les grandes enseignes de la distribution et de se réfugier dans la Creuse pour faire pousser nos légumes et élever nos animaux. Malheureusement, même là bas, le constat est rude...

Mais "Le Livre noir de l'agriculture" ne fait pas que pointer du doigt ce qui va mal, il met aussi en lumière le fait que l'Etat dépense des miliards pour essayer d'inverser la balance en utilisant la mauvaise logique (en y réfléchissant bien, ça aussi c'est quelque chose "qui va mal"... mais il parait qu'il faut s'indigner !). Au lieu de revenir à une agriculture saine et raisonnée, avec tout bêtement des animaux dans des prés, des légumes dans de la terre, et en ayant à l'esprit que c'est la qualité qui devrait prévaloir sur la quantité (et donc le profit), tels des Shadoks, nous continuons de creuser un peu plus profond dans le non sens. L'exemple des algues vertes est édifiant ! Nous savons pourquoi ces algues prolifèrent et plutôt que de faire en sorte que ce ne soit plus le cas, l'Etat réfléchi à la mise en place d'un système permettant de transformer ces algues vertes en électricité ! Bilan de l'opération ? Des miliards d'euros ! Au secours...

A la sortie de ce livre, j'ai entendu des interviews d'Isabelle Saporta à la radio. En plus d'être stimulante à lire, elle est aussi très spontanée et amusante à entendre. Certes les choses vont mal mais elle les relate de façon fraîche et sans se prendre au sérieux. Comme n'importe quel habitant de cette planète, elle est touchée par le caractère tragi-comique de la situation.

Je vous conseille vivement la lecture de cet essai pour arrêter de vivre comme des moutons, la bouche grande ouverte à avaler toutes les saletés qui nous sont vendues et pour inverser la vapeur... tant qu'il en est encore temps.