dimanche 23 février 2014

"Probablement" de Vincent Delerm

probablement couv

L'histoire: "Foire Saint-Romain. Quais de la Seine à Rouen. Une après-midi de novembre.
Certains stands déjà ouverts, d'autres pas encore. Allées désertes.
C'est le moment pour repenser à toutes les foires Saint-Romain traversées, au fil des ans.
Le moment pour imaginer ce qu'est la vie de ces hommes et femmes, perpétuellement, obligatoirement, entourés de ce décor de fête triste.
Un bon endroit pour se dire " probablement ".
Comme un prétexte pour quelqu'un qui aime autant imaginer la vie des autres, la deviner, que la "savoir".
Pour quelqu'un qui préfère le probable au certain."

V.D.

La critique Nelfesque: Vincent Delerm est quelqu'un que j'aime beaucoup, quelqu'un que je suis depuis ses débuts et avec lequel j'ai un rapport affectif très particulier. Pas mal de choses dans ma vie découle de ce lien, de cette découverte et de toute une époque que j'ai vécu grâce à lui. Musicalement, on aime ou pas. Vous l'aurez compris, je fais partie de la première catégorie. J'aime ses mots, ses mélodies, son univers, son talent musical... Je ne suis pas là aujourd'hui pour vous parler de ses albums ou ses concerts mais pour sa série photographique "Probablement" que Seuil a édité fin 2011 et que j'ai dans ma bibliothèque depuis pas mal de temps.

Vincent Delerm est un touche à tout. Musique, théâtre, arts visuels, photographie... Lors de sa dernière expo au 104 à Paris, il a été présenté comme un artiste plasticien et là j'ai commencé à tiquer. Je connais ses photos, j'en apprécie certaines mais je ne comprends pas vraiment comment il peut être exposé là où tant d'autres photographes de talent galèrent à trouver des galeries. Il a un certain oeil, un univers propre que l'on retrouve également dans ses photos mais pour beaucoup une grande facilité à surfer sur ce qui fait "la patte Delerm". Ca me fait mal de le dire mais il y a pas mal de foutage de gueule dans tout ça.

Le recueil de photographies qu'est "Probablement" est agrémenté de petites phrases très delermiennes venant apporter une autre dimension au visuel auquel il est associé, chaque affirmation commençant par ce même adverbe. Des photos très moyennes se retrouvent alors avoir un certain charme au regard de la pensée de Vincent.

Probablement

Avouez quand même que photographier 4 chaises en plastique empilées est à la portée d'un enfant de 4 ans... En revanche, "Probablement à la fin de sa vie il aura consacré davantage de temps à empiler les chaises qu'à aborder des sujets de fond avec sa mère." amène une dimension nostalgique et cruelle à cette image. C'est cette dimension là que j'aime chez Vincent, dans ses chansons, dans ses spectacles. Sa capacité d'émouvoir en quelques mots...

Je me retrouve alors mitigée sur certains clichés et phrases associées. Je trouve cela beau et touchant mis en parallèle (et encore pas toujours) mais les photos prises séparément... M'enfin... A la base, ce sont 4 pauvres chaises en plastique sur fond de bitume!

Et cela continue tout le long du recueil.

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Je ne suis pas Doisneau ou Cartier Bresson, je n'ai pas la prétention de faire des photos impressionnantes de justesse et d'émotion mais pour connaître un peu le domaine et en faire depuis quelques années maintenant, il y a quelques règles à respecter pour faire une belle photographie. Ou bien il faut être très doué pour s'en affranchir. Là, comment dire... Où est la composition? C'est quoi ce caddie bord cadre? Ce manège en fond coupé n'importe comment? Aucune recherche graphique, aucune recherche esthétique, juste la possibilité de faire éditer ses photos parce qu'on s'appelle Delerm. J'ai été en colère plus qu'autre chose bien trop souvent ici. Ici, "Probablement ils ne se sont aperçus de rien au Mutant." Mouais... Si tu le dis!

Reste une ambiance pesante, brumeuse, déprimante et un traitement dans les tons froids qui confèrent à l'ensemble de sa série une cohérence. Comme un moment saisi dans un autre temps, une autre époque. Un temps gris, des flaques d'eau, peu de personnages, un constat photographique froid et implacable. Une fête foraine qui ne donne pas franchement envie de s'amuser.

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J'ai longtemps hésité à faire ce billet tant, comme je l'ai dit en début d'article, j'aime l'artiste musicien et showman. J'ai tellement été déçue par ces quelques clichés et par son exposition médiatique pour la sortie de son dernier album faisant de lui un semi dieu capable de tout faire avec talent que j'ai eu tout de même envie d'écrire ici ces quelques lignes. Oui, il sait tout faire. Oui, c'est un semi dieu (héhé). Mais tout faire avec talent je ne suis pas tout à fait d'accord... Mais voilà, il s'appelle Delerm...

J'arrête de râler et poste une des rares photos qui m'a plu dans ce ramassis d'objets photographiques non identifiés:

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J'en resterai dorénavant aux albums de Vincent qui là par contre n'ont pas fini de me charmer. Je vous parlerai peut être un de ces jours de son dernier, "Les Amants parallèles". Etrangement, dans ses clips où il associent ses photos à sa musique, ça passe mieux. On ne pourra pas me taxer de fan inconditionnelle. Je ne vous conseille pas ce livre-ci, vous l'aurez compris.

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vendredi 21 février 2014

"La tête de l'emploi" de David Foenkinos

latetedelemploiL'histoire: A 50 ans, Bernard se voyait bien parti pour mener la même vie tranquille jusqu'à la fin de ses jours. Mais parfois l'existence réserve des surprises... De catastrophe en loi des séries, l'effet domino peut balayer en un clin d oeil le château de cartes de nos certitudes. Et le moins que l'on puisse dire est que cet homme ordinaire, sympathique au demeurant, n'était pas armé pour affronter ce qui l'attendait.
Buster Keaton post-moderne, il va devoir traverser ce roman drôle et mélancolique pour tenter de retrouver sa place dans un monde en crise.

La critique Nelfesque: Vous avez dû remarquer, en lecteurs éclairés que vous êtes, l'omniprésence de Mr K ces derniers temps dans la rubrique Des mots sous nos yeux. Et oui, cela fait des semaines que je n'ai pas mis le nez dans un roman. "Mais whyyyyyyy!?" me diriez-vous interloqués et bilingues. Pas l'envie principalement, la tête ailleurs aussi beaucoup. C'est donc avec Foenkinos et sa dernière parution en librairie que j'ai décidé que ce jeûne de lecture était terminé. Oui, je reviens! Youpi!

Mercredi soir, je me pose devant ma PAL et je me dis "Bon ça suffit les c********! Tu as de tous les styles là dedans, tu vas te trouver un roman qui va te redonner le goût de la lecture!". C'est ainsi que je me suis retrouvée avec "La tête de l'emploi" entre les mains. La quatrième de couverture m'a fait de l'oeil. Un roman contemporain, frais, tragique et drôle. C'est ça qu'il me faut! Je m'installe dans mon lit, j'ouvre la première page et..... je le lis d'une traite! C'est ce qui s'appelle un retour en force!

Voici l'extrait qui a fini de me convaincre :
"Le "Bernard" impose une sorte de familiarité tacite, pour ne pas dire immédiate. On n'a pas peur de taper dans le dos d'un Bernard. Je pourrais me réjouir de porter un prénom qui est une véritable propagande pour se faire des amis. Mais non. Avec le temps, j'ai saisi la dimension sournoise de mon prénom : il contient la possibilité du précipice. Oui, j'ai toujours senti le compte à rebours de l'échec, dans cette identité qui est la mienne. Il y a des prénoms qui sont comme la bande-annonce de leur destin. A la limite Bernard pouvait être un film comique. En tout cas, il était certain que je n'allais pas révolutionner l'humanité."

Pour l'avoir lu en une seule cession, vous ne serez pas surpris si je vous dis que j'ai aimé ce roman. A l'image de l'extrait cité plus haut, le ton est détaché et ironique. Jamais à un seul instant, Bernard, le personnage principal, ne se prend au sérieux ou ne s'apitoie sur son sort. Il a pourtant des raisons de sombrer! A la cinquantaine, sa femme le quitte, au boulot c'est loin d'être rose et il retourne vivre chez ses parents vieillissants et intransigeants. Là où certains trouvent qu'à 50 ans si on n'a pas une Rolex, on a raté sa vie, celle de Bernard n'est pas des plus envieuses. Mais c'est la vie...

Bernard est un gars lambda. Des Bernard il y en a plein. Un jour, la roue se grippe, plus rien ne va et c'est la descente aux enfers. On est à la fois peiné, fasciné et amusé par le destin tragique de Bernard qui pourrait être notre voisin, notre ami, notre épicier ou parfois même nous-même. J'ai retrouvé pas mal de traits de caractère similaires dans le personnage de Bernard ou de ceux de ses parents dans quelques uns de mes proches. Je ne donnerai pas de nom, je ne veux pas me fâcher! Toujours est-il que lors de ma lecture j'ai pouffé à maintes reprises de part les situations présentées et les liens que j'ai pu faire.

La relation parents / enfant que Bernard entretient avec les siens est particulièrement bien réussie. Ces parents octogénaires vivent une vie de vieux. Perruches inséparables, ils ne peuvent pas aller aux toilettes l'un sans l'autre, ils vivent les pieds collés à leurs patins et se réjouissent de regarder "Questions pour un champion". Oui c'est cliché à mort mais présenté à la Foenkinos c'est très drôle. Bernard, par sa situation, va venir tout bousculer dans leur quotidien et leurs réflexions et inquiétudes sont à mourir de rire. Pourtant Bernard est du genre discret et arrangeant mais ses parents sont ce qu'ils sont. Bernard est à leurs yeux toujours leur petit garçon et ce dernier va devoir régresser pour pouvoir rester chez papa maman un petit temps et ne pas finir sous les ponts.

Car là est tout le côté dramatique de "La tête de l'emploi". Derrière les situations tragi-comiques des relations intergénérationnelles et les réflexions empreintes de second degré de Bernard se joue un véritable drame. En quelques jours, la vie d'un homme peut basculer du tout au tout. Lundi, il est marié, heureux, avec une fille qui part faire un stage au Brésil. Mardi sa femme veut faire une pause. Mercredi il part vivre à l'hôtel. Jeudi il perd son boulot. Vendredi il n'a plus d'amis... Une série d'évènement qui pousse bon nombre de personnes au suicide laissant l'entourage dans l'incompréhension.

En tant que lecteur, on a envie que Bernard s'en sorte. Certes il n'est pas tout rose et "paye ses erreurs" mais personne ne mérite ce type de vie. On a envie qu'il envoie tout péter, qu'il reprenne le contrôle de sa vie, qu'il trouve un nouveau boulot et qu'il soit heureux. Foenkinos a raison, "le "Bernard" impose une sorte de familiarité tacite, pour ne pas dire immédiate". Son Bernard en tout cas pousse à l'empathie. Une vraie réussite que ce roman qui porte bien son nom et qui pour moi à rempli son contrat: me faire passer un bon moment. Je vous le conseille!

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mercredi 19 février 2014

"William Blake ou l'infini" de Christine Jordis

blakeL'histoire: Né au-dessus d'une échoppe de bonnetier, à Londres, William Blake (1757-1827) affirmait que, pour retrouver la joie que nous portons en nous, "il suffit de nettoyer les fenêtres de la perception". Après avoir vu Dieu à huit ans, puis un arbre "rempli d'anges", il dessina, peignit, grava, écrivit de longs poèmes prophétiques. Anticlérical, antimonarchiste, pacifiste, révolté par la misère et l'injustice sociale, il voulut changer l'homme et le monde. À l'argent-roi, il opposa l'esprit, c'est-à-dire la poésie et l'art. Rejeté par son époque, condamné à la solitude et à la pauvreté, il n'en continua pas moins de poursuivre son chemin jusqu'à sa mort.

La critique de Mr K: Je n'ai jamais chroniqué ni lu de William Blake. Et pourtant... ce personnage essentiel de la littérature anglaise, je l'ai croisé à moultes reprises lors de mes différentes lectures, notamment lors de mes incursions dans les domaines de la SF et autres transfictions. Souvent cité en prélude d'ouvrage ou par des personnages lettrés, cette référence qui m'était inconnue en tant que littéraire formé à l'école française m'attirait de part son écriture aussi évocatrice que novatrice pour son époque. Rappelons ici qu'il a notamment inspiré Aldous Huxley pour son merveilleux ouvrage Les portes de la perception et par là même, donné son nom au groupe de Jim Morrisson. Étrange personnage donc que ce Blake que l'on étudie peu ou pas en France à l'instar d'un Keats ou d'un Milton. L'occasion m'a été présentée de lire le présent ouvrage de Christine Jordis qui se propose de tracer une biographie-philosophique de Blake.

D'extraction modeste, William Blake n'a pas vraiment eu une vie extraordinaire, bien des éléments qui nous sont connus de son existence sont banals et ne permettent en rien d'éclairer sa pensée. D'abord considéré comme un peintre étiqueté pré-romantique, très vite il s'orienta vers la gravure un genre qu'il affectionne tout particulièrement. Pour Christine Jordis l'aspect plasticien de cet artiste est indissociable des travaux qu'il mènera en terme de poésie. On retrouve dans les deux pans de son œuvre son goût prononcé pour le mysticisme, l'ésotérisme et surtout son esprit rebelle et progressiste. Ayant vécu à cheval entre le 17ème et le 18ème siècle, il défend à travers ses vers nombre d'idées révolutionnaires notamment en prônant l'idée de laïcité, de refus du manichéïsme et en distillant l'idée que le divin réside en chaque être humain (la poésie). Fruit d'une culture classique, l'influence des écrits évangéliques est très prononcée dans ces œuvres et les références bibliques sont nombreuses dans ses paraboles et autres transpositions.

Profondément humaniste mais pas rousseauiste (Blake est loin de se conforter dans la niaiserie), il place l'homme au centre du monde avec la délicate responsabilité de faire ses propres choix en conscience sans en référer à des puissances supérieures visibles ou invisibles. Vous imaginez du coup les réactions que cela a pu provoquer à l'époque où monarchies et Églises se partageaient les pouvoirs. Malgré cet aspect novateur et hors norme, Blake vivra toute sa vie chichement et mènera ses combats jusqu'à sa mort. Son influence se fait encore aujourd'hui ressentir et nombres d'oeuvres contemporaines le cite ouvertement, je pense notamment au génial "Dead Man" de Jim Jarmusch, où le héros campé par Johnny Depp se nomme justement William Blake et suit une route initiatique faisant écho à l'œuvre du poète anglais.

Cet essai aussi court que dense m'a littéralement passionné même si je dois bien avouer que certains aspects m'ont échappé tant je suis un béotien en ce qui concerne l'œuvre d'origine et que la réflexion fournie par Christine Jordis se révèle parfois ardue à saisir (mon année de terminale est tout de même assez éloignée), nécessitant par là même une deuxième lecture de certains passages et l'ouverture régulière du dictionnaire, meilleur ami du lecteur comme chacun sait. Pour autant, cette première approche n'a fait que raviver la flamme de mon désir de lecture et je pense que je me tournerai dans les mois qui viennent vers l'œuvre de ce poète de génie.

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mardi 18 février 2014

La Révélation!

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Dessin de Catherine tiré du site du Strips Journal

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lundi 17 février 2014

Aldebert aux Arcs, Quéven (56), 15-02-14

Samedi soir, nous étions aux Arcs à Quéven, salle proche de Lorient, pour retrouver Aldebert et ses Enfantillages! Ravis, le sourire déjà jusqu'aux oreilles à l'idée de découvrir sur scène le second volet de ses chansons pour enfants (mais pas que!), c'est cette fois ci sans avoir entendu les nouvelles chansons que nous nous sommes rendus sur le lieu du concert.

Je garde du premier, en janvier 2010 (et oui ça remonte!), un souvenir ému. Une soirée vraiment très chouette pleine de sourires, de rires et d'émotions et une sortie sous la neige à faire des batailles de boules de neige avec les enfants. Pour cette nouvelle tournée, on prend les mêmes ingrédients et on recommence. Sans la neige cette fois ci mais avec toujours autant d'énergie et de surprises au rendez-vous.

Aldebert

Pendant presque 2 heures, petits et grands ont vibré aux doux mots d'Aldebert, ont ri aux facéties de l'artiste, ont été montés sur piles électriques lors des chansons endiablées, ont été émerveillés tout simplement par le spectacle.

Aldebert fait son entrée sur scène avec son batteur pour le premier titre, "Mon petit doigt m'a dit", puis nous laisse découvrir ses autres musiciens et sa soucoupe volante E2 récemment posée sur Quéven pour faire la connaissance des enfants de la région. Cette soucoupe, fil conducteur de tout le spectacle, va interagir avec le public, poser des questions à Aldebert, nous tester et nous présenter tour à tour les 4 musiciens autour de Guillaume: Christophe Darlot aux claviers / accordéon / choeurs, Cédric Desmazière aux batterie / percussions / chœurs, Hubert Harel multi-instrumentiste / chœurs et Jean-Cyril Masson aux basse / chœurs.

collage aldebert

Petit, l'un voulait être explorateur, l'autre musicien de métal ou encore danseur étoile. Nous allons en découvrir beaucoup sur ces joyeux lurons. Jusqu'à leurs plus belles grimaces pour le plus grand plaisir des enfants présents ce soir.

Dans les chansons d'Aldebert, il est question de l'école, de l'amour, de la nostalgie, des rêves d'enfants. Un univers fait de tendresse et de poésie qu'il est bon de découvrir sur scène tant l'interaction avec les tout petits est spontanée et craquante. Aldebert est un vrai gentil qui aime les enfants! Comment ne pas voir son coeur se transformer en tagada rose bonbon à l'écoute d'une salle pleine d'enfants reprenant en choeur les refrains de leurs chansons préférées.

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C'est intentionnellement que je me suis rendue au concert sans connaître le dernier album. Je voulais découvrir tout cela en live, être surprise et émerveillée comme une gamine de 4 ans et c'est ce qu'il s'est passé. J'ai régressé sans pour autant devenir débile (parce qu'avec Aldebert, vous avez la garantie de garder des enfants avec un vrai cerveau): j'ai fait "wahou" en découvrant qu'il était capable de glisser sur la scène comme un super héros, été émerveillée devant les ombres chinoises sur "Le dragon", essuyé une larme sur "Dans la maison de mon arrière-grand-père"... Avec Aldebert, on peut passer facilement du rire aux larmes, du grand délire aux chansons calmes.

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"La vie d'écolier", "Mon père il est tellement fort", "Qu'est-ce qu'on va faire de moi?", "Range ta piaule", "Y'a rien qui va", "Les amoureux", "Samir le fakir", "Le p'tit veut faire de la trompette", "La soucoupe volante", "Du gros son"... La quasi totalité de l'album est interprétée sur scène mais aussi pour notre plus grand plaisir Aldebert et son band nous gratifie de quelques uns des titres d'Enfantillages 1. "On ne peut rien faire quand on est petit", "Super Mamie", le superbe "Plus tard quand je serai grand", "Pour louper l'école" avec une choré qui fait lever petits et grands, "On m'a volé mon nin-nin!" et le bonheur de retrouver Aldebert version métal. Car ce gars là a plusieurs cordes à son arc. Métal, ska, hip-hop, slam, tout y passe et avec talent! De quoi faire découvrir plusieurs styles à nos chères petites têtes blondes.

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Le temps passe trop vite, la fin du concert s'annonce. Aldebert revient pour quelques titres en rappel juché sur des échasses. Il descend de scène et vient chanter une dernière chanson au milieu du public en toute intimité. Le pestacle touche à sa fin et nous quittons la salle des Arcs sur un titre d'AC/DC. Décidément, Guillaume est un homme de goût!

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♫ Papiao Papioa ♫

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samedi 15 février 2014

"La Petite pièce hexagonale" de Yoko Ogawa

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L'histoire: Dans les vestiaires d'une piscine, une jeune femme est soudain attirée par une inconnue pourtant banale, effacée et silencieuse. Quelques jours plus tard, elle croise à nouveau l'inconnue qui marche dans la rue accompagnée d'une vieille dame et, fascinée, elle les suit à travers la ville jusqu'à une loge de gardien au milieu d'un parc. À l'intérieur, les deux femmes sont assisses sur des chaises, elles semblent attendre leur tour. La plus âgée se lève, entre dans une haute armoire hexagonale: la petite pièce à raconter...

La critique de Mr K: Une belle découverte aujourd'hui que je dois une fois de plus à l'abbé de Rédéné! Aaah, lieu de perdition littéraire entre tous, il a bien développé ses rayonnages asiats et ce petit volume à la belle couverture me tendait ses petites pages d'un air suppliant. Rajoutez à cela une quatrième de couverture énigmatique et fascinante, je l'adoptai dans l'instant. Une fois de plus, je me laissai piéger par mon attrait pour la littérature japonaise qui se caractérise souvent par la concision de sa langue et l'universalisme des thèmes abordés. On plonge ici dans le domaine de l'introspection personnelle.

Tout commence dans une piscine publique où l'héroïne se rend pour soigner un mal de dos récurrent. On sait d'elle peu de choses si ce n'est qu'elle vient de mettre fin à une relation avec un homme, relation qui ne lui convenait plus de par sa routine et son aspect liberticide. Comme dit dans le résumé, elle va faire une rencontre à la fois banale et étrange. Elle se sent irrémédiablement attirée par cette jeune femme, une attirance inexplicable qui va la mener dans un endroit hors du commun où d'autres qu'elles se rendent pour pénétrer dans une mystérieuse "pièce à raconter". Elle va bien évidemment se laisser tenter et va à son tour se raconter à elle et au lecteur voyeur (dans le bon sens du terme) que l'on devient en poursuivant cette lecture.

D'un style très épuré, rien ne semble extraordinaire de prime abord avec ce récit. Les banalités s'accumulent et le rythme est lent. Peu à peu, les pièces du puzzle commencent à s'assembler pour amener le lecteur à s'interroger sur cette jeune femme au vide intérieur grossissant mais qui en fait n'est qu'un prétexte pour fournir des éléments de réflexion sur notre vie quotidienne. Quel sens doit-on donner à sa vie? La vie a-t-elle un sens en elle-même? Autant de questionnements philosophiques abordés ici avec douceur et accessibilité. Loin d'être un pensum ronflant et rébarbatif, un peu à la manière d'un Murakami (en moins poétique tout de même), Yoko Ogawa nous inspire une introspection à la manière de celle effectuée par l'héroïne dans la fameuse pièce hexagonale. Mi confession, mi psychanalyse, mi libération, l'expérience vécue par la jeune femme va la libérer des poids qui alourdissent son existence et va lui permettre de poursuivre sa route de manière plus sûre et plus légère.

Ce fut une lecture aussi aisée que plaisante, le lecteur est bercé par cette langue à la fois simple et évocatrice. Les personnages sont ciselés à merveille, nous n'ignorons rien des espoirs et aspirations de l'héroïne. Le lecteur partage ses peurs, ses doutes et ses renoncements tout en ayant un recul suffisant pour en tirer quelques enseignements pour sa propre existence. J'ai vraiment adoré cette expérience que je vous invite à tenter si l'univers et l'esprit japonais ne vous rebutent pas.

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mercredi 12 février 2014

"Inconnu à cette adresse" de Kressmann Taylor

inconnuàcetteadresseL'histoire: Ils sont tous deux allemands. L'un est juif, l'autre non, et leur amitié semble indéfectible. Ils s'expatrient pour fonder ensemble une galerie d'art en Californie mais, en 1932, Martin rentre en Allemagne.
Au fil de leurs échanges épistolaires, Max devient le témoin impuissant d'une contamination morale sournoise et terrifiante: Martin semble peu à peu gagné par l'idéologie du IIIème Reich.
Le sentiment de trahison est immense; la tragédie ne fait que commencer...

La critique de Mr K: Un adage dit que la qualité prime sur la quantité, je pense que cet ouvrage est ce qui se fait de mieux dans le genre, certaines personnes allant jusqu'à dire qu'il s'agit ici de la nouvelle "parfaite". J'avais lu Inconnu à cette adresse il y a déjà quelques temps en début de carrière grâce à un ancien collègue féru de la seconde guerre mondiale. 10 ans après, la claque est encore plus forte car elle fait écho à une actualité nationale nauséabonde avec le retour des ligues d'extrême droite et autres réactionnaires de tout genre. Plus que jamais ce livre s'avère essentiel, voici pourquoi...

Nouvelle épistolaire très courte (80 pages), nous suivons la correspondance croisée de deux amis (Max et Martin) d'origine allemande qui ont fondé ensemble à San Francisco une galerie d'art qui fonctionne plutôt bien. L'un d'entre eux, nostalgique de son pays d'origine rentre chez lui. Pour autant, ils décident de s'écrire tant ils sont proches et ont vécu nombre de choses ensemble. Max (de confession juive) est resté aux USA pour gérer les affaires et Martin se fait une place dans la nomenklatura allemande. Mais la peste brune à la faveur d'une crise économique sans précédent avance et gagne du terrain. Au fil des lettres, Martin semble fasciné, puis séduit par ce nouveau dirigeant allemand qui émerge de la colère du peuple. Le gouffre va grandissant entre les deux hommes pour atteindre un point de non retour des plus épouvantable.

Il se dégage de ce petit livre une tension et une force peu commune. D'une lecture rapide et aisée (pas plus d'une demi-heure), le lecteur assiste impuissant à la fin d'une amitié et à la destruction totale de liens forts. Le malaise qui s'installe entre Max et Martin prend à la gorge le pauvre lecteur qui ne peut que s'enfoncer dans les turpitudes de l'esprit humain. Martin est l'exemple typique des personnes à la base saine qui vont se laisser embrigader et manipuler par les propagandes xénophobes et démagogiques. On assiste alors à la négation totale et irrémédiable du passé qui a lié les deux protagonistes, l'amitié faisant place au monstre hideux du racisme avec un passage particulièrement éprouvant où Martin raconte sa dernière entrevue à Berlin avec la sœur de Max. Dur, les larmes montent aux yeux et la suite est déjà écrite d'avance. La vengeance de Max va s'abattre sur Martin, la guerre et le racisme corrompant tout ce qui a pu préexister.

Quand on sait que ce petit opus a été écrit en 1938, cela donne vraiment à réfléchir. Qui peut nier alors qu'on ne savait pas ce qui se passait en Allemagne même avant la guerre? Les hordes haineuses et autres démagos qui battent le pavé ces temps-ci feraient bien de lire (s'ils savent lire...) cette remarquable nouvelle qui parlera à tout le monde tant il se dégage une puissance dénonciatrice à la fois imparable et constructive. Un grand et émouvant moment de lecture.

mardi 11 février 2014

Chronique de la connerie ordinaire...

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Dessin de Pancho tiré du site du Strips Journal

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dimanche 9 février 2014

"Mysterium" de Robert Charles Wilson

mysterium-folio-sfL'histoire: À Two Rivers, rien ne vient jamais troubler la petite vie paisible des habitants, jusqu'à ce qu'un laboratoire de recherches militaires s'installe sur les rives du lac Merced. Les spéculations les plus folles naissent alors, et la crainte d'un accident nucléaire hante tous les esprits.
Aussi, lorsqu'un incendie se déclare sur le site, Dexter Graham envisage déjà le pire. Pourtant, son destin, ainsi que celui de Two Rivers dans sa totalité, vient de basculer d'une manière qui dépasse de très loin son imagination.
En effet, la petite ville semble avoir été transportée... ailleurs.

La critique de Mr K: Le hasard fait vraiment bien les choses en matière de trouvailles littéraires. Au fil des ans et des posts, vous avez souvent entendu ce refrain. Cette fois ci, cette découverte impromptue est intervenue lors de notre séjour parisien de fin d'année dernière dans une grande enseigne du quartier Saint Michel. Perdu dans le bac SF au milieu d'une série de vieux récits des années 60, un ouvrage de Robert Charles Wilson, auteur remarquable et remarqué dont j'ai adoré Darwinia (lu avant la création du blog et donc non chroniqué) et plus récemment, le fabuleux Les chronolithes. Autant vous dire que j'ai sauté sur l'occasion et sur cet exemplaire pour m'en porter acquéreur à un prix plus que modique!

Il s'agit d'une œuvre de jeunesse car ce roman est celui qui lui a permis de percer dans le milieu. Dès que j'ai lu le pitch en quatrième de couverture, j'ai été emballé: une petite ville tranquille, un centre de recherche militaire ultra-secret (ça c'est pour le côté X-files! Mulder au secours!) et forcément, l'accident qui va tout chambouler. Classique, classique me direz-vous... mais voilà! Tout cela n'occupe même pas un dixième du roman! Vous avez bien lu! L'auteur ne perd pas son temps à tout nous décrire, à tout nous raconter, le récit est mené à cent à l'heure pour nous mener dans un monde parallèle étrange et proche à la fois. Inutile d'en dire plus si ce n'est que l'évolution de la terre a sensiblement divergé à partir d'un point x de l'Histoire et que la confrontation va être rude. En effet, plus qu'un simple livre d'aventure et de divertissement, on sent la volonté forte de l'auteur de nous faire réfléchir sur les arcanes du pouvoir et des moyens mis en œuvre pour gouverner une population.

Ce nouveau monde se révèle très vite effrayant avec une organisation pyramidale des plus autoritaire voir totalitaire sur certains aspects. Remarquable uchronie à certains égards, Mystérium fait aussi la part belle aux morceaux de bravoure notamment dans sa deuxième partie. Les points de vue multiples permettent à chaque chapitre de découvrir un peu plus des rouages d'un scénario certes prévisible par moment (petit défaut vite gommé par les qualités littéraires du bonhomme) mais dont on suit les circonvolutions avec un plaisir renouvelé à chaque page. Respirant l'intelligence et d'une accessibilité irréprochable, ce roman est un beau mix entre réflexion sur la nature humaine et le roman de résistance. L'addiction est aussi rapide que durable ce qui devient vraiment une habitude quand on pratique Wilson. Ultime qualité et non des moindres, des personnages qui restent longtemps en mémoire dont un héros très attachant, professeur d'histoire (sic!) au tempérament et à la sensibilité marquants qui le rendent unique.

Une belle et grande réussite SF une fois de plus que ce livre de Robert Charles Wilson qui pour moi se révèle définitivement comme un auteur incontournable du genre, qui manie la langue à merveille et réussit à nous passionner du début à la fin. Laissez vous tenter, vous ne le regretterez pas!

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jeudi 6 février 2014

"Cassettes, mensonges et vidéo" de Plantu

Plantu couvL'histoire: Le célèbre dessinateur du Monde et de l'Express déroule pour nous l'année 2000.

La critique de Mr K: C'est toujours un plaisir renouvelé que de parcourir un ouvrage de Plantu. Référence française incontournable du dessin de presse, genre que j'apprécie au plus haut point, sa vision acerbe, intelligente et constructive me ravit à chaque replongée. Accompagné de sa fidèle petite souris, ce recueil se propose de nous plonger dans l'année 2000, dernière année du vingtième siècle. De la politique en passant par certains bouleversements sociaux, rien n'est oublié dans le style toujours impeccable de l'auteur.

2000 en France, c'est tout d'abord la cohabitation entre Chirac président de droite et Jospin premier ministre de gauche suite au désastre de la dissolution de 1997. C'est l'année du PACS (fin 1999 en fait), la deuxième loi sur les 35h avec Martine Aubry au ministère du travail, le chômage atteint un record de baisse et la croissance est de 3%. La gauche s'apprête à baisser les impôts (Fabius est alors aux commandes de Bercy), rate sa réforme des retraites qui met des milliers de personnes dans la rue et Jospin se déclare clairement social-démocrate au grand dam de nombre de ses soutiens de gauche (Mélenchon se tait lui!). Des terroristes bretons font une victime dans un McMerde dynamité, on compte les dégâts de la tempête de fin 1999, un médecin chef fait un état des lieux effroyable des prisons françaises et l'État français reconnaît la dette qu'il a envers les juifs déportés sous le régime de Vichy. La mystérieuse cassette Méry fait trembler le microcosme politique français...

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Dans le monde c'est l'émergence massive d'internet qui n'en finit pas de progresser en terme de connexions et d'extension en témoigne la poussée du fameux virus I Love You, par contre pas de bug au 1er janvier! 2000, c'est l'arrivée au pouvoir d'un parti d'extrême droite en Autriche avec le grand copain des Le Pen Jorg Haïder, les massacres par l'armée russe qui continuent en Tchétchénie avec l'instauration de camps de concentration d'où proviennent des témoignages épouvantables. Les réformateurs prennent le pouvoir en Iran ce qui insuffle un vent d'espoir dans un Moyen Orient toujours aussi déchiré par le conflit israelo-palestinien et ses ramifications. Bachar El Assad prend la succession de son père... Plus léger, les JO ont lieu à Sydney et Barbara Carltland s'envole pour le paradis des amoureux transis. La population mondiale dépasse les 6 milliards de personnes.

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Autant de sujets (et beaucoup d'autres non évoqués ci-dessus) qui reprennent vie dans notre mémoire grâce au trait inimitable de Plantu dans un savant mélange d'humour, de dénonciation et de dérision. Cet homme là et son œuvre dresse un très bon portrait d'une époque certes révolue mais qui portait en germe les événements du présent. On passe de planche en planche dans des états variables entre consternation et sourire, tout ce qui fait la richesse et la décadence de notre chère planète bleue. En bonus, en fin de volume, Plantu nous livre quelques "impubliables" qui poursuivent la réflexion dans un style volontiers plus thrash, haut combien salutaire mais difficilement exposables au grand public ou sur la une d'un grand quotidien. C'est une facette de son talent que je ne connaissais pas encore!

 

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Beau voyage dans le temps en tout cas, entre réflexion, constat et détente que je ne peux que vous recommander! N'oublions jamais que la mémoire moyenne d'un électeur est de huit mois et que ce genre d'ouvrage permet de relativiser et de se remémorer le passé pour mieux appréhender le futur. À bon entendeur!

Posté par Mr K à 20:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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