samedi 24 janvier 2015

"La dimension fantastique" volume 1, Anthologie présentée par Barbara Sadoul

dimension f1

L'histoire: Fantômes, revenants, monstres, automates grinçants, objets menaçants, personnages aux pouvoirs surnaturels... Ils sont tous là! Ils approchent! Ce sont nos peurs qui se réveillent et prennent forme, grouillent et rampent à nos pieds... Entendez-vous les loups! Surgis de l'imagination des plus grands écrivains classiques et modernes, ces personnages sont éternels. Ils raniment, le temps d'une lecture, la magie mais aussi les terreurs de l'enfance.

La critique de Mr K: Cette anthologie parue aux éditions Librio est le premier tome d'une série de trois consacrée au genre très particulier de la nouvelle fantastique. Une fois de plus, c'est au cours d'une errance toute innocente chez l'abbé que je dégotai ce volume et ses deux petits frères, je me propose aujourd'hui de parler de l'aîné. Dans les semaines à venir viendront les deux suivants.

Auteur jeunesse, spécialiste du fantastique, comédienne et professeur de théâtre, Barbara Sadoul nous convie ici à un voyage fort en émotion dans les domaines du fantastique et ceci en terres littéraires françaises, allemandes et américaines notamment. Elle couvre donc un espace géographique large mais aussi une temporalité étendue depuis le XIXème siècle (âge d'or dans le domaine) au début du XXème siècle. À travers une préface courte et enlevée, elle plante le décor avec un mini-historique du genre et quelques références bien senties. Je ne suis pas forcément adepte de préfaces que je lis ou non selon l'humeur mais celle-ci a le mérite de bien nous préparer à la suite sans atermoiements inutiles.

L'ouvrage commence par la nouvelle L'Homme de sable de Hoffmann. Un échange épistolaire nous fait part d'une peur irraisonnée envers un croquemitaine qui erre dans la maison d'un des deux protagonistes. Rajoutez à cela un mystérieux horloger au sourire rapace et la folie qui gagne peu à peu un des personnages et vous obtenez un petit classique du genre quelques peu ampoulé dans le style mais diablement efficace dans sa phase finale. On enchaîne ensuite avec le texte culte de La Cafetière de Théophile Gautier d'ailleurs tombé à l'épreuve de français du DNB professionnel il y a deux ans. Un invité se retrouve plongé dans un univers fantasmagorique dans la chambre où il passe la nuit. Le style de Gautier se fait ici léger et inquiétant à souhait à travers une histoire allant crescendo. Un vrai bijou d'angoisse et d'immersion dans un quotidien devenant mystérieux.

On passe à l'inénarrable Edgar Allan Poe avec la nouvelle Le portrait ovale avec cette histoire de fascination poussée à l'extrême entre un jeune homme et un tableau bien étrange. Quelle idée lui a pris de se réfugier en pleine nuit d'orage dans ce château inhabité? Il y en a qui cherchent vraiment les ennuis! Très court, ce texte est d'une redoutable grâce mortifère et quand le passé ressurgit, le lecteur est littéralement cueilli. Une merveille de plus au chapelet de cette anthologie! Plus légère est l'histoire suivante Le Monstre vert de Gérard de Nerval où il est question d'une sarabande fantomatique de bouteilles et d'une engeance particulièrement monstrueuse. Pour ma part, je suis resté sur ma faim tant je n'ai pas été renversé par le style et l'histoire. Correct mais sans plus. On revient à du plus efficace avec La montre du doyen de Erckmann-Chatrian qui nous met aux prises avec une ville plongée dans la terreur par un mystérieux assassin qui frappe sans être inquiété. Une troupe de musiciens errants sert de bouc émissaire, le héros doit agir vite pour trouver le vrai coupable. On alterne ici scènes de vie et enquête policière, la peur n'apparait qu'en filigrane mais se révèle bien sentie au moment opportun. Un très beau texte qui m'a marqué et emporté.

Lu dans ma prime jeunesse, L'homme à la cervelle d'or d'Alphonse Daudet (elle fait partie des Lettres de mon moulin) a gardé tout son charme et sa poésie. Belle parabole sur le temps qui passe et sur l'avidité du genre humain, on a affaire ici à un fantastique plus merveilleux qu'effrayant et permet de faire une pause entre tueurs, spectres et créatures diverses qui peuplent l'ouvrage. Une très belle relecture qui me donne bien envie de relire l'ouvrage originel dont elle est issue. On embraye sur L'orgue du titan de George Sand. Lors d'un séjour en Auvergne, un organiste et son jeune apprenti vont vivre une expérience mystique près des roches Tuillières (que nous avons vu avec Nelfe lors d'un séjour estival il y a quelques années). J'ai été quelque peu déçu par le style de l'auteur que j'ai trouvé lourdaud et lent, sans pour autant densifier les tenants et aboutissants de l'histoire. Une mini-déception en somme! Dans Véra, Auguste Villiers de l'isle-Adam nous fait vivre l'effroi du veuvage, le héros n'arrive pas à surmonter la mort de sa tendre femme et vit dans l'illusion. Une très belle nouvelle qui mêle souffrance et folie de fort belle manière. Un beau coup de cœur pour ma part!

S'ensuit un classique de plus avec l'archi-connu La chevelure de Guy de Maupassant où un homme tombe sous la coupe d'une mystérieuse chevelure trouvée dans un meuble ancien. Plongée sans concession dans la folie tel que peut le faire le maître du genre, on a beau connaître l'histoire, le résultat est toujours là: un trésor de narration et d'intérêt. Un must dans le genre! On passe ensuite à Je suis d'ailleurs de mon chouchou américain H.P Lovecraft, histoire bien tordue d'un être non défini prisonnier d'un château et qui tente de découvrir un ailleurs plein de promesses en grimpant en haut d'une tour délabrée. Gare à la chute en fin de texte qui plonge le lecteur dans des interrogations sans fin! Sans doute, la plus belle claque de cet ouvrage malgré le fait que ce soit une fois de plus une relecture! Je le dis et je le répète, tout amateur de fantastique doit lire Lovecraft! On revient avec du plus classique dans son déroulé avec La Choucroute (mon plat préféré! Sic!) de Jean Ray, où le narrateur descend à un arrêt de gare mystérieux où il va être confronté à une ville fantôme où les choucroutes prennent feu! Dis comme cela, ça a l'air bien ringard mais l'effet est ici garanti avec une angoisse suintante à souhait et un final échevelé. Une belle surprise!

Seule incursion dans le fantastique faisant référence aux légendes locales, dans Le Meneur de loups, Claude Seignolle (un spécialiste du genre) nous entraîne dans un hiver bien rigoureux et dans une famille de pauvres paysans qui va recevoir la visite d'un mystérieux berger dont le troupeau est peu recommandable. Cette nouvelle est un petit bonheur de rusticité, de peurs ancestrales, de rencontre mystérieuse avec un final surprenant et très humain. Pour clôturer ce premier volume, Richard Matheson et sa nouvelle Escamotage est idéale. Un homme voit peu à peu son univers familier disparaître. Belle ambiance schizophrénique avec un texte qui fait la part belle à l'incompréhension et la paranoïa. Sans doute la plus flippante des nouvelles, servie par un style toujours aussi économique en mot mais très efficace.

Vous l'avez compris, ce fut une très agréable lecture qui fait la part belle à la redécouverte de textes essentiels. Très peu de déceptions (deux petites) et une atmosphère qui baigne le lecteur bien après avoir refermé cet ouvrage. Il propose un très bon premier contact avec un genre toujours aussi fascinant et apprécié des jeunes. Il conviendra très bien aussi aux néo-lecteurs et aux fans absolus du genre qui veulent se replonger avec délice dans leurs souvenirs! J'ai déjà lu le volume deux et je peux déjà vous dire qu'il est du même acabit. Chronique à suivre!


jeudi 22 janvier 2015

"Baise-moi" de Virginie Despentes

baise-moi

L'histoire: Elle est surprise d'être aussi vulnérable, encore capable de douleur. Au début, on croit mourir à chaque blessure. On met un point d'honneur à souffrir tout son soûl. Et puis on s'habitue à endurer n'importe quoi et à survivre à tout prix. On se croit endurcie, souillée de bout en bout. L'âme en acier trempé.
Nadine et Manu sont deux filles de leur époque, à une nuance près: elles refusent de subir la vie, ses frustrations et ses défaites. Alors, elles forcent le destin à accomplir leur volonté, persuadées que tout ce qui ne les tuera pas les rendra plus fortes.
De casses de supermarché en revanches sanglantes, elles deviennent des prédatrices insatiables et sans scrupules, parsemant leur sale balade de sentences bien brutales, syncopées et implacables.

La critique de Mr K: Aujourd'hui, chronique d'un livre pas comme les autres, érigé selon les goûts de chacun au statut d’œuvre culte ou de montagne d'immondices. Pour ma part, à part un livre très moyen (Les Chiennes savantes), j'ai toujours beaucoup apprécié mes incursions chez Virginie Despentes. Étonnamment, Baise-moi m'avait échappé, pour autant l'histoire ne m'est pas inconnue ayant été voir le métrage au cinéma lors des tous premiers jours de sa sortie cinématographique avant qu'il ne soit classé X et remisé dans les salles obscures interlopes spécialisées dans le porno. J'avais vraiment aimé ce brûlot anarchiste ne ressemblant à rien d'autre malgré une technique plus que limite... Lu pendant la période de Noël, on ne peut pas vraiment dire que l'esprit du 25 décembre souffle sur ce livre vraiment hors norme et qui m'a bien bousculé!

Dans une première partie, on suit les destins séparés de deux jeunes femmes plus que borderline. Passées maîtresses dans l'art de l'autodestruction, leur vie sur Terre s'apparente à un Enfer quotidien auquel elles se sont habituées. Alcool, sexe, addiction, machisme ambiant de la banlieue, déchéance morale et physique... Elles touchent le fond et survivent comme elles peuvent. Un élément déclencheur effroyable (un viol particulièrement éprouvant à lire dans la pure mouvance de la scène choc d'Irréversible de Gaspard Noë) va provoquer la réunion de ces deux âmes perdues qui vont partir en croisade contre le monde et les hommes. Elles vont suivre alors une route extrême, semer la mort et la désolation derrière elle pour un dernier baroud d'honneur, un ultime kiff destructeur et chaotique.

Ce qu'il y a de plus marquant dans cet ouvrage, ce sont les deux personnages principaux. Manu et Nadine sont typiquement des figures despentiennes. Nadine se prostitue, est adepte de rock et de films pornographiques. Un esprit sans relief, elle se laisse dominer par les situations et les hommes, vit sa vie par procuration, traîne sa mollesse et une espèce de non-prise sur son existence. Ça contraste avec Manu, jeune tête-brûlée, qui brûle la chandelle par les deux bouts et qui vit à cent à l'heure sans se préoccuper de l'avenir. La rencontre des deux va provoquer une fusion des plus destructrices et une espèce de révélation personnelle chez les deux jeunes femmes qui vont brusquement partir en live. Gare à tous ceux qui vont croiser leur route, nul n'est épargné: hommes, enfants, femmes... personne n'est à l'abri de leur folie et attendez-vous à des passages bien salés!

Clairement, les âmes sensibles ne doivent surtout pas s'attarder sur cet ouvrage. On explore ici le pire du pire avec des descriptions pornographiques réalistes et ragoûtantes au possible, des comportements déviants extrêmes, l'absence de toute morale avec la négation régulière des frontières entre le bien et le mal, des meurtres sadiques / gratuits qui provoquent horreur et incompréhension... autant d'éléments glauques qui accompagnent la course en avant infernale des deux furies. Honnêtement, ça prend à la gorge et on sort écœuré de cette lecture. Surtout qu'on n'a pas l'habitude de lire / voir des femmes commettre de telles atrocités. Cependant, on est fasciné par ces trajectoires brisées, déshumanisées qui témoignent d'une grande solitude, d'une rupture des liens sociaux dans la grande couronne parisienne et les pulsions de mort qui régissent la vie de certaines personnes.

La grande question reste posée: Ai-je aimé ce livre? Il m'a littéralement fasciné, j'aime le soufre en littérature et on peut dire que Despentes nous sert et nous ressert bien dans le domaine! Mais, il y a un trop plein à mes yeux d’éléments tape à l’œil, on entr'aperçoit au détour de certaines pages des passages plus introspectifs / réflectifs qui auraient mérités d'être davantage développés pour élargir le champs de réflexion et comprendre encore mieux les pulsions qui meuvent Nadine et Manu. Je crois qu'avec ce livre, on peut vraiment parler d'expérience unique et ultime.

À chacun de trouver le courage ou non de pénétrer dans cet ouvrage...

Oeuvres de Virginie Despentes aussi chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Les chiennes savantes
- Les jolies choses
- King Kong theorie
- Apocalypse bébé
- Bye bye Blondie

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mercredi 21 janvier 2015

L'effroyable imposture 2: le retour...

effroyableimposture2

Dessin de Delambre, lu et apprécié dans le Canard enchaîné du mercredi 21 janvier 2015 (n°4917)

mardi 20 janvier 2015

"Le Sort en est jeté" de Dermot Bolger

lesortenestjetécouvL'histoire : Ce silence était surnaturel. C'était un faux silence, recouvrant un chaos de voix discordantes. Je dérangeais les spectres de cette maison. Ils attendaient et me soufflaient de m'enfuir dans la nuit.
Joey est un jeune homme que la vie a rendu fragile et influençable. Dans son nouveau lycée, il rencontre Shane qui, dès le début, a une emprise malsaine sur lui: trop de morts mystérieuses, des mensonges, une âme en perdition...
Joey saura-t-il s'en détacher avant de sombrer à son tour dans le jeu du Diable?

La critique de Mr K : Une très belle découverte aujourd'hui avec ce thriller flirtant avec le fantastique venant tout droit d'Irlande et sorti depuis peu chez nous aux éditions Flammarion. C'est ma première lecture de cet auteur connu et prolifique dans son pays, la thématique me plaisait bien et ça faisait un petit bout de temps que je ne m'étais pas plongé dans un ouvrage de littérature jeunesse. Grand bien m'en a pris, "Le Sort en est jeté" s'est révélé une belle expérience qui prend toute sa mesure dans un final haut en couleur.

On suit l'histoire de Joey, un lycéen qui change d'école en tout début de récit. Il a perdu son père tout petit et se faisait régulièrement harcelé dans son ancien établissement. Il part donc avec l'idée de reprendre tout à zéro pour une nouvelle vie. Très vite, il tombe sous le charme d'une de ses camarades de classe (Aisling) et se rapproche de Shane, un adolescent au charisme certain qui semble bien mystérieux. Très vite, on se rend compte que Shane n'est pas forcément ce qu'il semble être et qu'il entraîne Joey sur des chemins dangereux... La tension monte alors durant tout l'ouvrage jusqu'à la révélation finale.

Chaque chapitre nous permet de suivre l'action à travers les yeux d'un des personnages. Ce procédé est malin et multiplie les points de vue, enrichissant par la même occasion les perspectives du lecteur. On alterne donc la vision de Joey, de Shane, de Aisling mais aussi d'autres personnages. Cela n'exclut pas les flashback, ce qui induit des aller-retours parfois saisissants entre passé / présent, adultes / adolescents, vivants / morts... La compréhension reste facile, les mots sont simples ainsi que les formulations. Clairement, le public est ciblé et personnellement, je trouve que l'auteur loin de les prendre pour des imbéciles peut susciter des réflexions intéressantes chez nos jeunes pousses.

En effet, au travers d'une histoire plutôt basique, il aborde un certain nombre de thématiques qui sont au centre des problématiques des adolescents: la perte d'un être cher (les trois personnages principaux sont dans ce cas), la gestion de ses émotions (impulsivité, ingratitude, la question du respect), la découverte de soi (à travers l'amour, le questionnement sur ses origines). Tout est ici brassé intelligemment et finement à travers une espèce de quête personnelle mêlée d'accents policiers à travers la présence d'un étrange vieil homme dans une maison à priori abandonnée...

On retrouve donc dans ce livre tout le côté bancal de cet âge ingrat: les moments d'exaltation face à la découverte des premiers émois amoureux, l'amour inconditionnel et le rejet des parents, la peur et l'appréhension face à l'inconnu... toutes ces petites choses qui font qu'on aime ou déteste travailler / vivre avec des jeunes de cet âge là. J'ai pour ma part éprouvé beaucoup d'empathie pour Joey et Aisling dans lesquels j'ai pu me retrouver ou certains de mes amis de lycée. L'auteur est vraiment formidable de ce point de vue et il se dégage un réalisme de tous les instants dans les paroles et les actes de ces jeunes en recherche de réponses.

Comme dit précédemment, l'écriture est simple et agréable. Les mots glissent sans effort et même si l'on peut déplorer parfois quelques longueurs, on s'accroche et on se demande bien où tout cela va nous mener surtout que l'auteur joue sur plusieurs tableaux à la fois entre le drame intimiste déchirant ces êtres en devenir et un background sombre faisant appel à des figures du fantastique le plus pur. Étrange mélange qui fonctionne à plein et qui trouve sa conclusion sur 40 pages finales haletantes qui réservent bien des surprises (surtout chez les lecteurs les moins confirmés, j'avais pour ma part deviné une ou deux choses...). L'effet est cependant garanti et on referme ce livre avec un sentiment de satisfaction certain.

Belle lecture que cet ouvrage que je ne peux que vous conseiller notamment pour ceux et celles qui voudraient essayer de faire davantage lire leur rebelle de canapé d'ado!

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lundi 19 janvier 2015

"Les Fantômes d'Eden" de Patrick Bauwen

les fantômes d'edenL'histoire : Il était une fois, en Floride, cinq ados partis à l'aventure.
Ils vous feront rire. Pleurer. Frissonner.
Mais ce qu'ils affronteront les changera à jamais.
Et l'un d'eux sera assassiné.

C'est sur ce crime que j'enquête.
Parce que le mort, c'est moi.

La critique Nelfesque : Je n'avais jamais lu de roman de Patrick Bauwen jusqu'alors. Pourtant plébiscité par les critiques et les blogolecteurs notamment pour "L'Oeil de Caine" ou "Monster", bien m'en a pris de le découvrir avec ce présent ouvrage, "Les Fantômes d'Eden", pour lequel j'ai eu un véritable coup de coeur.

Celui ci reprend les personnages rencontrés dans "Monster", toutefois, il n'est pas utile d'avoir lu ce dernier car il s'agit d'une histoire complètement différente ou un focus est fait sur l'enfance des personnages.

Je suis friande de romans noirs ou thrillers ayant pour protagonistes des enfants. Entendons-nous bien, je ne parle pas des victimes (je ne suis pas une psychopathe, revenez !) mais de la genèse de folie meurtrière ou de justification de psychoses ayant pour source l'enfance. Avec "Les Fantômes d'Eden" j'ai été servi !

Nous suivons une bande de copains pré-ado dans une petite ville des Etats-Unis. Proche des Everglades, l'ambiance moite et mystérieuse est palpable au détour de chaque page. Cette petite bande vit des jours paisibles entre amourettes de mômes, aventures fantasmées, quiétude de l'enfance... jusqu'au jour où d'étranges rumeurs se répandent. Ils vont alors décidé de mener l'enquête et "Les Fantômes d'Eden" prend alors une délicieuse flagrance des "Goonies" ! Nous suivons ces 5 petits aventuriers en herbe avec beaucoup de plaisir et une certaine appréhension dans certaines situations. Retrouvant peu à peu nos propres souvenirs d'enfance, avancer avec ces nouveaux copains est un véritable plaisir de lecture.

Quelques dizaines d'année plus tard, l'un d'eux est retrouvé mort d'un infarctus au bord d'un lac. Commence un va et vient entre la période actuelle où tout ce petit monde est devenu adulte et les souvenirs d'enfance. Que sont-ils devenus ? Comment ont-ils évolué ? Qui est prêt à aider qui ? Et surtout peut-on réellement se fier à ses amis d'hier ?

C'est Paul Becker, rencontré dans "Monster" pour ceux qui l'ont lu, qui est le personnage principal de l'histoire. Médecin à Eden, divorcé, profondément marqué par les évènements survenus dans le précédent roman et obèse, il décide de tout plaquer et de quitter sa ville natale sans laisser d'adresse. Croulant sous les dettes, cette fuite est pour lui sa seule façon de survivre et de reprendre sa vie en main. Oui mais voilà tout ne se passe pas comme il l'aurait voulu puisqu'un jour un mystérieux tueur se rend dans son chalet au bord du lac pour le liquider. Il reviendra alors à Eden sous une autre identité et métamorphosé pour assister à son enterrement et mener sa propre enquête.

Patrick Bauwen nous plonge ici dans l'Amérique des 70's. Pas celle des hippies et de la Guerre du Vietnam mais celle d'une petite ville de province, dans le bayou et par le prisme de l'enfance. Une ville lambda où vivent des enfants lambda mais pour autant une ville où les secrets de famille gangrènent les habitants. Dès les premières pages, on se prend d'affection pour le personnage de Paul et tout ce qui touche à son enfance est lu avec beaucoup d'intérêt. D'autant plus que la plume de Patrick Bauwen nous promène dans tous les sens du terme. Au fil de la lecture, les rues d'Eden n'ont plus de secrets pour le lecteur qui prend un réel plaisir à découvrir cette bourgade et s'imprègne de son atmosphère. Ce roman de plus de 600 pages est alors un vrai plaisir de lecture qui se savoure plus qu'il ne se dévore. Totalement dépaysant !

Chapitres courts, mise en perspective de la vie de Paul enfant et adulte, rythme indéniable, les pages défilent sans que l'on s'en rende compte. "Les Fantômes d'Eden" est un page-turner certes mais bien différent de ce que l'on peut lire habituellement. Ici, l'enquête est haletante mais elle n'est pas seulement le but du roman (la fin est d'ailleurs un peu... trop !). Les pauses dans le récit pour retourner dans les années 70 sont autant attendues et il y a presque deux romans en un. A lire absolument ! Foi de dévoreuse de thrillers !

Egalement lu et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Oeil de Caine

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dimanche 18 janvier 2015

"Le Temps des changements" de Robert Silverberg

Le-temps-des-changements-Silverberg

L'histoire: Sur la planète Borthan se perpétue une société étrange. Elle interdit à quiconque de dure "je". Toute manifestation d'individualité y est proscrite comme obscène. Mais pour Kinal Darrival vient le temps des changements, annoncé d'abord par Schweiz, le marchand venu de la Terre, tentateur et familier d'autres usages. Et ensuite précipité par la drogue de Sumara grâce à laquelle on peut explorer les profondeurs de son inconscient et connaître son véritable désir. Kinal découvre en lui la passion de braver l'interdit, puis la force de renverser à jamais le tabou majeur de son univers. Au prix de la révolution.

La critique de Mr K: En explorant ma PAL, je suis retombé sur ce livre d'un de mes auteurs préférés en SF: Robert Silverberg. Je l'avais découvert lors de l'acquisition d'une anthologie proprement géniale parue chez l'excellente maison d'édition Omnibus chez qui on retrouve de grands noms de la SF comme K.Dick ou encore Van Vogt. Aujourd'hui place donc au poétique Silverberg avec un petit roman de 250 pages que j'ai littéralement dévoré malgré une petite forme physique!

L'action se déroule sur Borthan, une lointaine planète que les hommes ont découvert lors de leur essaimage dans l'espace. Colonisée par des êtres rudes et rigoristes, une Convention a été mise en place, une sorte de code moral et comportemental qui proscrit formellement tout exposition de soi. D'où le bannissement de l'utilisation de la première personne du singulier et l'instauration d'un service religieux personnifié par les purgateurs qui reçoivent les confessions des uns et des autres quand le trop plein de frustration menace d'exploser.

Kinal Darrival est un aristocrate, membre de la famille la plus puissante de Salla, principale région de Borthan. Il va devoir s'exiler pour éviter les foudres de son frère aîné devenu premier Septarque (équivalent d'un roi). Au cours de ses pérégrinations, on suit sa transformation et ses questionnements. Il va finir par rencontrer un Terrien vivant du commerce entre les mondes et qui va lui proposer un voyage intérieur par le biais d'une drogue permettant de s'éveiller à soi et aux autres, créant un lien profane entre les deux individus s'y adonnant ensemble. Nul retour possible après une telle expérimentation, Kinal va alors basculer dans l'illégalité et la tentation révolutionnaire.

Dès les premières pages, le lecteur est pris par un background puissant et très bien amené avec cette planète hospitalière mais étrange dans ses mœurs. Quel contraste entre l'évolution technique sous-jacente aux descriptions et le puritanisme ambiant dans les rapports humains! Le tout est remarquablement retranscrit par l'écriture accessible et directe de Silverberg, un peu moins poétique dans ce roman qui se rapproche du récit initiatique. On traverse de nombreuses régions avec à chaque fois de beaux passages descriptifs immersifs à souhait entre paysages dépaysants, tribus et populations étranges.

Le personnage de Kinal est un modèle d'évolution entre les habitudes pluri-séculaires et la révélation d'une vérité cachée par les autorités. On suit les étapes de son changement interne entre inquiétude, hésitations et aspirations libertaires. Le lecteur passe donc un peu par tous les états comme le héros lui-même qui est loin d'être lisse. Pas de manichéisme dans ce roman et c'est ce qui fait sa différence et son intérêt. Les dépositaires de l'autorité ligotent les esprits mais ne pensent jamais vraiment à mal, persuadés que l'expression individuelle entraîne chaos et heurts. Kinal en découvrant son soi éprouve un bonheur inégalé mais ne peut s'empêcher au départ d'y voir un danger dans la cohésion de la société dont il est issu. Les questionnements sont nombreux et interpellent par leur contemporanité, beaucoup de passages faisant irrémédiablement penser à des problématiques très actuelles.

J'ai aussi beaucoup aimé les passages mettant en scène les prises de drogues. On est loin du prosélytisme prépubert et imbécile disant que la transgression c'est forcément bien. J'ai plus pensé au registre des rites de passages comme a pu l'étudier en un temps Claude Levi Strauss. Cela donne lieu à des pages entre réalisme médical et impression psychédélique, les plongées dans l'autre, son esprit, ses craintes et ses envies sont terribles et marquent les esprits pour longtemps. Peu à peu se crée une espèce de groupuscule ayant connu la Révélation, il y a indubitablement un aspect quasi christique dans cette quête de la vérité et de changement.

Au final, ce fut une lecture des plus agréables entre aventure, roman initiatique et questionnement intérieur. Une belle expérience à tenter absolument si vous êtes amateur du genre. On touche au classique ici!

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vendredi 16 janvier 2015

"De Cape et de Crocs - Tome 11 : Vingt mois avant" de Ayroles et Masbou

cape-crocs-couvL'histoire: La série qui rend hommage aux classiques littéraires remonte sur les planches le temps de deux albums où le lapin Eusèbe affronte de cruels mousquetaires. Duels épiques et mots d’esprit pour vous servir.

La critique Nelfesque : La saga "De Cape et de Crocs" est terminée depuis 2012 mais les dessinateurs / scénaristes ont décidé de faire un spin-off pour le plus grand plaisir des amateurs de la BD. Quand en plus, cette nouvelle histoire est consacrée à Eusèbe, les fans de la première heure, dont je fais partie, attendent avec impatience la sortie du Graal et se précipitent en librairie dès sa sortie !

Ce tome 11, "Vingt mois avant" est sorti en novembre et, comme son nom l'indique, il nous conte l'histoire d'Eusèbe vingt mois avant sa rencontre avec Maupertuis et Villalobos. Autant vous le dire tout de suite, si j'avais su que cette histoire serait scindée en deux, j'aurai attendu la sortie du tome 12 pour éviter la frustration que j'ai ressentie à la fin de ce présent opus.

Pour autant, quel plaisir de retrouver Eusèbe, le lapin le plus mignon et le plus drôle du monde ! Dans les autres tomes de "De Cape et de Crocs", j'étais sans cesse à la recherche de ce petit animal (un peu comme Caroline dans "Boule et Bill") qui au détour des cases apportait une touche de naïveté et de comique à l'ensemble. Ici, nul besoin de lancer une recherche minutieuse : il est partout !

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Il n'est pas utile d'avoir lu les 10 tomes précédents puisqu'il s'agit vraiment d'une histoire à part. Cependant, je vous conseille vivement de découvrir cette saga dans son intégralité tant elle ne ressemble à aucune autre.

On retrouve ici tout ce qui fait la qualité de la série : des dessins soignés, un univers historique recherché, des références littéraires à foison et une langue et des dialogues savoureux. Ces derniers sont vraiment LE point fort de la saga. Candide, naïf, trop gentil et maladroit, Eusèbe est sans cesse confronté à des quiproquos qui vont le mener dans des situations rocambolesques absolument savoureuses. Depuis le premier tome, la question qui taraude le lecteur est "Qu'a pu donc faire Eusèbe pour se retrouver aux galères ?". Un début de réponse se trouve ici et le moins que l'on puisse dire c'est que Eusèbe les accumule !

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Vous l'aurez compris, ce tome ci est clairement destiné aux fans. Pour autant si vous découvrez la saga, vous serez séduit par le mélange de classique et d'humour décalé. L'esprit d'Alexandre Dumas et de ses Trois Mousquetaires flotte sur ces planches. Complots, combats à l'épée, vent désuet d'un autre temps sont servis avec un amour de la langue française indéniable et des tournures de phrases à mourir de rire. A découvrir d'urgence !

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mercredi 14 janvier 2015

"Moloch" de Thierry Jonquet

moloch

L'histoire : L'Éternel parla à Moïse et dit : Tu diras aux enfants d'Israël: si un homme des enfants d'Israël ou des étrangers qui séjournent en Israël livre à Moloch l'un de ses enfants, il sera puni de mort... Si le peuple du pays détourne ses regards de cet homme qui livre ses enfants à Moloch et s'il ne le fait pas mourir, je tournerai moi, ma face contre cet homme et contre sa famille et je le retrancherai du milieu de son peuple avec tous ceux qui se prostituent comme lui en se prostituant à Moloch... (La Bible, Lévitique, XX.)

La critique de Mr K : Retour vers un auteur que j'affectionne tout particulièrement aujourd'hui avec un nouvel opus de Thierry Jonquet, chantre du polar bien noir à la française. Moloch ne déroge pas au genre, bien au contraire, vous allez assister à une véritable descente aux Enfers, à un voyage au bout de la nuit dans les tréfonds de la déviance humaine. Âmes sensibles s'abstenir, Moloch n'est pas à mettre entre toutes les mimines !

Derrière cette quatrième de couverture biblique se cache une histoire épouvantable ou plutôt plusieurs histoires sinistres qui s'entrecroisent : des policiers parisiens doivent enquêter sur le meurtre épouvantable de quatre enfants dans un pavillon de la proche banlieue (les chérubins ont été carbonisés vivants rien de moins !), un directeur de l'aile d'oncologie d'un hôpital et sa surveillante en chef ont des soupçons quant à la possible maltraitance de leur enfant par des parents apparemment bien sous tout rapport, un SDF illuminé part en croisade pour punir les personnes qui ont fait du mal à sa jeune protégée et un peintre condamné par la maladie confiant à son psychiatre sa volonté de finir en beauté en expérimentant encore plus loin le lien entre souffrance et Art... Tout un programme vous l'avez compris, avec une œuvre dérangeante qui n'est pas sans rappeler l'excellent Les Racines du mal de Maurice G. Dantec, un de mes livres cultes.

Avec ce livre, Jonquet colle au plus près du quotidien de ses personnages. Les différents chapitres correspondent aux jours qui s'égrènent depuis la découverte macabre jusqu'à la résolution de l'enquête. Via des sous-chapitres courts, on passe allègrement d'un personnage à l'autre, d'une intrigue à l'autre. L'auteur très malin en profite pour nous asséner à chaque fois quelques scènes fortes, parfois plus intimistes et fait monter la mayonnaise comme il en a le secret. On a beau savoir que tout va se réunir pour former un ensemble cohérent, les voies de Jonquet sont impénétrables et cela déroute et excite la curiosité. Une fois happé dans ce roman, il est difficile de s'en échapper même si ici fascination et répulsion sont concomitants.

Il faut dire que Jonquet n'est pas réputé pour sa joie de vivre et ici c'est encore plus vrai que d'habitude avec pèle-mêle des thèmes plutôt angoissants et malsains. On ne tombe pas dans la facilité ou dans le voyeurisme mais plutôt dans un réel que l'on côtoie sans pour autant le voir ou vouloir le voir. Jonquet rappelons-le était un amoureux de la vie qui ne supportait pas l'injustice et les désordres de l'âme humaine qu'il aimait dénoncer à travers ses fictions. Dans Moloch, il est donc question de pédophilie et des réseaux œuvrant dans l'ombre, de maladie mentale sanguinaire et perverse (je ne connaissais pas le syndrome de Münchausen avant cette lecture, c'est vraiment effrayant comme pathologie), de l'exclusion sociale à travers le personnage de Charlie ancien militaire devenu SDF suite à son expérience rwandaise... Autant de personnages dérangés, en dehors des clous, qui hantent les pages du livre à la recherche d'un ailleurs meilleur par le Salut ou la destruction. Les contrastes sont forts et les policiers bien limités dans leur liberté d'action pour pouvoir arriver à une happy-end définitive...

On retrouve tout le talent de Thierry Jonquet pour planter un décor réaliste et des destinées tourmentées. Le Paris des bas fonds (ici les Puces et la proche banlieue) est saisissant et nous plonge dans un monde interlope qui coexiste avec notre quotidien banal. Le livre est donc parfois crû, direct, froid mais ne cède jamais à la complaisance. C'est une des plus grandes qualités de Moloch et de Jonquet en général (voir mes autres chroniques mises en ligne, liens en bas de post). Les personnages sont ciselés comme à chaque fois avec cet auteur et le récit est ponctué de retournements de situations comme il sait si bien le faire. L'écriture est une merveille de nervosité, de précision et d'intelligence où nulle part n'est laissée au manichéisme et où la psyché humaine livre tous ses secrets même les plus inavouables.

Une grande et terrible expérience littéraire, un must dans le genre ! Foncez !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Mygale
- La vie de ma mère !
- La bête et la belle
- Mémoire en cage

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mardi 13 janvier 2015

"Le Hobbit 3 : la Bataille des Cinq Armées" de Peter Jackson

L'histoire : le hobbit 3 afficheAtteignant enfin la Montagne Solitaire, Thorin et les Nains, aidés par Bilbon le Hobbit, ont réussi à récupérer leur royaume et leur trésor. Mais ils ont également réveillé le dragon Smaug qui déchaîne désormais sa colère sur les habitants de Lac-ville. A présent, les Nains, les Elfes, les Humains mais aussi les Wrags et les Orques menés par le Nécromancien, convoitent les richesses de la Montagne Solitaire. La bataille des cinq armées est imminente et Bilbon est le seul à pouvoir unir ses amis contre les puissances obscures de Sauron.

La critique Nelfesque : Nous sommes allés voir cet ultime volet du Hobbit, "La Bataille des Cinq Armées" toute fin décembre. Nous avons l'habitude d'aller voir ces super productions de fin d'année après quelques semaines d'affiche, histoire de laisser passer le gros de la troupe des spectateurs et surtout de pouvoir le voir en 2D. Nous avons pris un peu de retard pour en parler ici et avec les récents évènements, la rédaction de ce présent billet a été ajournée. Il est encore dur pour moi de revenir au cours "normal" des choses mais il le faut. Je me fais donc violence...

"La Bataille des Cinq Armées" est dans la même veine que le Hobbit précédent. Le film commence même sur les chapeaux de roues et mieux vaut avoir revisionné "La Désolation de Smaug" avant de se déplacer au cinéma car ce film ci reprend l'histoire exactement où elle s'était arrêtée. Bon, ce ne fut pas mon cas et je ne vous cache pas que j'ai dû puiser bien loin dans ma mémoire pour remettre tout à l'endroit et raccrocher les wagons.

le hobbit 3 2

De cette saga, j'avais vraiment aimé "Un Voyage inattendu" qui posait la base de l'histoire. Le second volet et celui ci sont vraiment à mettre ensemble à mon sens et mis à part visuellement, ne cassent pas vraiment des briques. Je précise que je n'ai pas lu l'oeuvre de Tolkien et ne ferai pas ici de comparaison avec le récit littéraire. Niveau scénario, c'est sympa mais relativement simple et on sent bien ici qu'il s'agit d'un point final à l'ensemble avec une scène de baston qui comble la moitié du long métrage. Ca défouraille sec mais pas une goutte de sang ne perle (bon, ok), c'est très chorégraphié mais ça s'apparente plus à de la capoeira qu'autre chose...

le hobbit 3

Bon ne boudons pas notre plaisir pour autant, visuellement ça envoie tout de même du bois et pour ma part c'est toujours un plaisir de retrouver l'univers et les personnages du "Seigneur des Anneaux". Je ne crierai pas au scandale parce que Jackson a pris des liberté avec "Bilbo le hobbit" (pour cela je laisse faire Mr K), je ne dirai pas que ça joue comme des manches (parce que pour moi la scène de Bilbon sur le corps de Thorin sauve à elle seule l'ensemble), je ne dirai pas non plus que Dain m'a bien fait marrer avec son accent périgourdin à couper au couteau et son phacochère pour monture (ah si mince, je l'ai dit) et que le personnage d'Alfrid ne sert à rien (et m'a désolée). Je retiendrai le spectacle, le rythme, l'étendue des effets spéciaux et la saga du "Hobbit" restera dans ma mémoire comme un bon divertissement. Aucune comparaison possible avec "Le Seigneur des anneaux" qui porte à plus de réflexion, juste une petite friandise à laisser fondre dans la bouche. Une papillote de noël en somme...

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La critique de Mr K : 4/6. Dernier acte de la trilogie consacrée au Hobbit, nous sommes allés voir ce film avec Nelfe dans deux états d'esprits différents. Ma chère et tendre a beaucoup aimé les deux premiers, j'étais plus circonspect notamment par rapport à l'aspect sacrilège du traitement réservé par Jackson à un classique parmi les classiques qui je le redis ne méritait pas trois films! Au final, je reste sur mes positions, ce fut un très beau spectacle que j'ai trouvé personnellement sans âme et parfois même irritant.

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Tout de même quel déluge d'action! Tout reprend au moment où Smaug s'envole vers le village des hommes et le met à feu et à sang. La scène d'introduction est virevoltante à souhait et on en prend vraiment plein les yeux. Mais déjà, la crispation me guette avec l'arrivée d'un personnage pénible à souhait (Alfrid, non présent dans le roman) et des scènes cuculs avec des mômes souffrants atrocement et autres passages obligés dans toute superproduction américaine. Mais bon, je refrène mon râlage et contemple assez épaté le reste du métrage. La baston des cinq armées tient toutes ses promesses, la folie de Thorin est très bien rendue et Gandalf a toujours autant de classe. La plus belle scène du film? Le moment où après les hostilités, le magicien gris nettoie sa pipe avec Bilbon à côté de lui. Ils ne se parlent pas mais ils se comprennent, pas besoin de mots, un regard et un début de sourire à la commissure des lèvres suffit. Petit moment de grâce et de finesse dans un film taillé dans la démesure.

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On retrouve tout le charme des films précédents en matières de paysages grandioses, de créatures plus délirantes les unes que les autres avec une mention spéciale pour l'orque géant à tête de bélier ou encore les lièvres de traîneau du magicien animiste Sebastien (J'adore ce gus!). Tout est mis en scène avec brio, le film est plus court ce qui n'est pas plus mal et annihile par la même occasion les longueurs qui ternissaient quelques peu les deux premiers opus. En terme d'acting, rien d'exceptionnel, c'est aussi le genre qui veut cela, la fantasy est ici classique et sans surprise à part quelques traits d'humour de Bilbon joué avec talent et finesse par Martin Freeman. D'ailleurs, on le voit très peu dans ce film, dommage...

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On est tout de même loin de la qualité de la trilogie du seigneur des anneaux. La faute à un Jackson qui semble avoir perdu son âme de conteur tout d'abord, peu ou pas de place pour les sentiments ou alors sous la glacis de la guimauve la plus mièvre. Des passages sont carrément ringards à souhait comme par exemple la distribution de nourriture aux hommes par les elfes ou les atermoiements amoureux entre Kili et Tauriel (qui n'existe pas dans le livre, nom de Dieu!). Rajoutez là-dessus des trahisons odieuses envers l'œuvre originelle (Légolas part rejoindre Grands-Pas 80 ans avant la Communauté de l'Anneau...) et des rajouts inutiles (la scène du bannissement de l'esprit de Sauron par Saroumane, Galadriel, Elrond et Gandalf) et vous obtenez une œuvre qui ne semble être réalisée que pour faire le lien avec la trilogie précédemment citée et faire du fric. Personnellement, je ne cautionne pas.

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Au final, je lui mets tout de même 4/6 parce que les films d'héroïc-fantasy bien faits se font rares et que l'on passe un bon moment de détente mais je reste déçu du traitement du livre de Tolkien. J'espère simplement maintenant que Peter Jackson va arrêter d'adapter Tolkien au cinéma...

lundi 12 janvier 2015

"Dark Water" de Koji Suzuki

dark water

L'histoire: Sur le point de divorcer, Yoshimi Matsubara essaie d'obtenir la garde de sa petite fille de cinq ans. Elles vivent toutes les deux dans un vieil immeuble sombre et humide. Déjà inquiète pour son avenir, Yoshimi est hantée par d'étranges ruissellements, qui semblent presque vivants, sur les murs comme au plafond et par des apparitions obsédantes et répétées d'un petit sac rouge ayant appartenu à une fillette disparue deux ans plus tôt...

La critique de Mr K: C'est ma première incursion chez Koji Suzuki, auteur mondialement connu désormais depuis que Hideo Nakata a adapté au cinéma Ring et Dark Water, deux excellents films pour se mettre les j'tons sous la couette! Cet écrivain est comparé très souvent à Stephen King dans son pays et peut vendre ses livres au delà du million d'exemplaire! C'est dire l'ampleur du phénomène! Je suis tombé par hasard sur cet ouvrage et je m'attendais en lisant la quatrième de couverture à un roman. Il n'en est rien car il s'agit en fait d'un recueil de nouvelles!

Dans un prologue court, on suit une grand-mère qui se balade au bord de la baie de Tokyo en compagnie de sa petite fille. Cette dernière est friande d'histoires d'épouvantes et mamie en connaît beaucoup! L'auteur en relate quelques unes ici à travers 7 courts textes. Point commun entre-eux, ils ont tous un rapport avec l'eau. Le lecteur est donc parti pour une exploration des peurs les plus profondes de l'esprit japonais.

L'ouvrage commence avec la nouvelle éponyme bien connue des cinéphiles. Dans Dark Water, une mère célibataire peu sûre d'elle quant à l'éducation de sa fille fait face à des phénomènes inexpliqués des plus effrayants. Peu à peu une ambiance glauque s'installe et la menace se ressert. Qui est cette mystérieuse jeune fille qui semble hanter les lieux? Diablement efficace, cette nouvelle plante un décor très inquiétant dès les premières pages et fournit une caractérisation bien complexe des rapports mère-fille tout en se ménageant une fin plus ouverte que dans la version cinématographique. Une belle réussite!

Suit la nouvelle L'île déserte qui se déroule en deux temps. La première partie raconte une soirée entre deux amis où le narrateur rencontre la petite amie de son meilleur copain. Quelques jours plus tard, ce dernier dit l'avoir abandonnée nue et enceinte (ils sont fous ces japonais!) sur l'îlot artificiel Daiba VI situé en pleine baie de Tokyo. 15 ans plus tard, le narrateur a l'occasion d'aller l'explorer. Il va y faire une étrange rencontre... Plus classique dans son format, "à l'américaine" diront les mauvaises langues, cette nouvelle est juste efficace à défaut d'être originale, on passe tout de même un bon moment.

À fond de cale nous présente Hiroyuki un pêcheur colérique dont la femme a disparu depuis la veille. Il la recherche partout et essaie de refaire le chemin inverse de la soirée arrosée du soir précédent. La tension est prenante dès le départ et se maintient jusqu'au bout même si pour ma part j'ai deviné très vite où l'auteur voulait nous emmener. Dans Une croisière de rêve, le héros se voit proposer une petite balade en baie de Tokyo sur le yacht d'une rencontre de fortune qui lui propose une affaire. Les tractations vont vite échouer et sur le chemin du retour, le bateau s'immobilise mystérieusement. L'inquiétude fait place à la peur quand le propriétaire revenant d'une plongée sous la coque raconte ce qu'il a vu... Pas trop mal, le récit s'embourbe tout de même dans des descriptions sans réel intérêt pour le déroulé de la trame, la fin est abrupte et laisse un goût d'inachevé.

À la dérive s'apparente lui à un récit classique de vaisseau fantôme, bien ficelé, il ne réserve pas vraiment de surprise mais la tension permanente est très bien rendue et l'on passe un bon moment. Couleurs d'eau est lui un des récit les plus forts de ce recueil. Il raconte la mise en place d'une pièce de théâtre dans une ancienne discothèque désaffectée sous la férule d'un metteur en scène quelque peu excessif. Un étrange ruissellement lors de la Première du spectacle risque de tout mettre en péril... Fantastique larvé, histoire dans l'histoire, incompréhension face aux événements, cette histoire dérange, déroute et finalement ravit par un final inattendu et très fort. Une belle expérience pour ma part! La dernière nouvelle intitulée Des forêts sous la mer, raconte la mésaventure de deux spéléologues amateurs qui se retrouvent coincés sous terre suite à une prise de risque de trop... Bon récit claustrophobique qui fait écho à nos peurs enfantines du noir et de l'enfermement. Pari réussi pour l'auteur qui a réussi à me faire stresser durant une trentaine de pages de haute volée!

L'ouvrage se termine sur un épilogue où la grand mère nous livre quelques clefs des histoires qu'elle a raconté auparavant, la boucle est bouclée et le spectateur ressort un peu chamboulé de cette lecture.

Le style est différent de toutes les autres lectures nippones que j'ai pu pratiquer auparavant. Moins poétique en tout cas et beaucoup plus occidentale dans la syntaxe et la façon d'amener les éléments des récits. Reste cependant des références et des réactions typiquement asiatiques qui raviront les amateurs. Pour ma part, j'ai lu ce recueil très vite et avec plaisir sans pour autant pouvoir crier au génie tant j'ai pu lire dans le genre des auteurs virtuoses.

Reste cependant un recueil à découvrir pour se faire quelques frayeurs aux senteurs d'ailleurs!