jeudi 27 mars 2014

"Her" de Spike Jonze

herL'histoire: Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l'acquisition d'un programme informatique ultramoderne, capable de s'adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de 'Samantha', une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux…

La critique Nelfesque: Nous avions remarqué ce film bien avant sa sortie. "Her" ayant reçu l'Oscar du Meilleur Scénario cette année, c'est avec encore plus d'impatience que nous nous sommes dirigés mardi soir vers la salle de cinéma.

J'ai été complètement happée par le scénario et la bande annonce de ce film. Je savais que j'allais voir un film à part, le genre de film ovni qui vous fait encore plus aimer le cinéma. J'avais également lu et entendu à la radio d'excellentes chroniques sur lui et vous savez ce que l'on dit, quand on a trop d'attente, plus dure est la chute.

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Alors comment fut la chute dans mon cas? Douce, extrêmement douce! Je n'ai pas du tout été déçue et je suis ressortie de la salle après 2 heures, complètement sonnée. Sonnée par l'ambiance, par la puissance du message porté par ce film et surtout sonnée visuellement.

Visuellement, parlons en en premier lieu, "Her" est un bijou. Téléportez moi dans l'époque du film et niveau déco je serai au nirvana! Les décors sont superbes, entre technologies que nous ne connaissons pas encore ou seulement les prémices et un côté vintage épuré très scandinave dans l'esprit. Une sorte de rétro-futurisme qui prendrait sa source dans les années 2000 et serait influencé par l'architecture, le design et la mode des années 50/60. Un petit côté Mad Men des années 2050 en quelque sorte. On est ici bien loin de ce qu'on peut voir d'ordinaire dans les films SF, visuellement très colorés et denses. Rien ne vient agresser le spectateur qui se retrouve bercé lui aussi par la voix de Scarlett Johansson. Les couleurs sont douces et chaudes, l'ambiance est apaisante et sereine... Un paradis de futur? Pas tout à fait car le prix à payer est grand.

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Ce qui ressort de "Her" c'est une profonde solitude. Les hommes n'ont que très peu de contact les uns avec les autres. Ils ne semblent pas en souffrir mais dans chaque plan j'ai senti une blessure latente. Ils se croisent sans cesse sans se voir, n'apportent que très peu de considération à ses semblables (ils n'écrivent même plus leurs propres lettres d'amour). Lorsque Theodore commence à éprouver des sentiments pour Samantha, lorsqu'il prend conscience qu'il en tombe amoureux, on ne peut s'empêcher de penser que Samantha n'est pas une femme "comme les autres". Cet amour naissant est voué à l'échec, Samantha n'étant qu'un OS. OK ce n'est pas un programme quelconque, il évolue avec le temps et ses "expériences" mais comment faire sa vie avec un programme?

Certains peuvent considérer que l'amour est une sorte d'aliénation. Ici, elle prend tout son sens même si paradoxalement cet amour va aider Theodore à se reconstruire, à refaire surface et à ouvrir son coeur.

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J'ai aimé ce film mais j'en suis sortie assez déprimée, voyant du pathétique là où d'autres verraient de la tendresse. J'ai été touché par le personnage de Theodore, si ancré dans son époque, malheureux et seul, ayant des amis mais ne trouvant un semblant de réconfort que dans des univers artificiels, la technologie moderne en premier plan... Une dérive vers laquelle notre civilisation va tout droit... Scarlett Johansson quant à elle crève l'écran par sa voix. Sans être présente physiquement, elle est partout, sa voix emplissant chaque seconde de solitude.

En résumé, "Her" est un très beau film que je vous conseille vivement de voir. Joaquim Phoenix est époustouflant et nous fait vivre avec lui la moindre des émotions de son personnage. Des émotions qui nous font nous interroger sur nos vies, nos peurs et nos souffrances. Préparez les mouchoirs pour la fin (et pas forcément pour les raisons que l'on pourrait attendre...)

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La critique de Mr K: 6/6. On peut dire que celui-là, je l'attendais au tournant, surtout depuis que j'avais vu la bande annonce il y a déjà deux mois. Je n'ai pas été déçu, en même temps la surprise n'est pas grande tant le réalisateur fait partie de mes chouchous depuis ses clips pour ma Björk adorée et l'inclassable et génial Dans la peau de John Malkovitch. Ici, il nous livre un film superbe se partageant entre SF, love story et réflexion plus générale sur l'homme. Attention, le voyage est éprouvant et assez sombre, teinté tout de même parfois par quelques touches de beauté décalée et quelques traits d'humour.

L'histoire se déroule dans un futur qu'on imagine proche. La technologie a évolué mais pas tant que ça, en témoigne une scène avec un taxi qui ne vole pas et fonctionne encore au carburant fossile! La nouveauté se fait essentiellement à travers l'interface informatique/humains que l'on retrouve dans pratiquement tous les aspects de la vie quotidienne. L'Intelligence Artificielle (IA) a fait son apparition et tout le monde communique avec oreillettes et autres vidéophones portables (impossible de décrire autrement l'objet fétiche de Joaquim Phenix). Cela donne une vision du futur plutôt flippante car tous les êtres humains croisés semblent voués à une solitude technologique, ils se croisent mais semblent ne pas se voir, ne pas se parler. C'est avant tout un film sur l'isolement et la douleur qui l'accompagne que nous livre le cinéaste. Cela donne lieu à de magnifiques scènes entre langueur du personnage, musique quasi relaxante et des décors épurés rétro-futuristes (on se croirait dans les sixties, voir la mode des pantalons portés très haut et les motifs des vêtements qui font très vintage!).

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Puis c'est la rencontre ou du moins la mise en service d'une OS (IA) par Théodore le héros qui est en instance de divorce et qui n'arrive pas à surmonter sa douleur. Il ne voit plus personne à part un couple d'ami et se renferme dans une routine se partageant entre son travail d'écrivain public (il écrit les lettres intimes de ses commanditaires) et des soirées jeux vidéos dans son salon (mention spéciale à l'alien très "South Park" avec qui il a une petite altercation). L'OS paramétrée et activée, cette dernière qui s'est donnée le nom de Samantha "parce que ça sonne bien" exerce une fascination sans borne sur un Théodore au bord du gouffre. Puis peu à peu, par petites touches, ses sentiments changent envers Samantha et vice et versa. Un amour nait (ou du moins semble naître) et Théodore semble aller mieux... C'est alors une période d'euphorie qui s'ouvre à lui comme souvent dans une histoire d'amour en éclosion. Vous imaginez bien que ce n'est pas aussi simple que cela et que vous n'êtes pas au bout de vos peines... je vous le confirme! A vous d'aller voir le film pour découvrir ce que nous réserve le métrage dans sa deuxième partie.

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Tous les acteurs sont parfaits au premier rang desquels on retrouve un Joaquim Phoenix en pleine état de grâce. Décidément, il peut tout jouer et il livre ici une prestation vraiment extraordinaire, tout en finesse et sensibilité. Un regard, une esquisse de sourire à la commissure des lèvres et l'on rit ou l'on fond en larme (pour ma part deux fois pendant ce métrage!). Le personnage prend corps devant nos yeux et on y croit. Mais pourquoi n'a-t-il pas eu l'Oscar d'interprétation? Ils auraient du me demander mon avis! Plus étonnante et par là même bouleversante, est la prestation de Scarlett Johansson que vous ne verrez à aucun moment mais dont vous entendrez la voix. Nous avons eu la chance de pouvoir voir le film en VOST et franchement ça valait le coup. Je ne pensais pas possible de pouvoir ressentir autant de chose à travers une simple voix. Un travail gigantesque a du être fait par l'actrice pour gérer les respirations, les inflexions, le rythme de sa voix. Le résultat est remarquable et rend cette IA à la fois crédible, émouvante et parfois inquiétante. Les seconds couteaux du film sont au diapason avec mention spécial à Rooney Mara et Amy Smart.

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On retrouve tout le talent de Sponze une caméra à la main. Peut-être moins virevoltant que sur ces vieilles œuvres, on retrouve son goût étrange dans les décors, les non-dits du scénario qui ne ménagent pas le spectateur. Tout est à l'avenant avec une bande originale vraiment en adéquation parfaite avec les images, une photo, une lumière et des plans à couper le souffle. Tout est ici beauté, épure, calme et réflexion. Il y en a dans ce film. Très souvent, un malaise s'installe car la relation qui se noue ici est artificielle et contre-nature. Pour autant, à aucun moment le plaisir ne m'a quitté durant la projection. Une douce mélancolie m'a envahi, m'a transporté. C'est un peu chamboulé et ému que l'on quitte un film comme cela. La thématique et les réflexions qu'il provoque vous trotteront un certain temps dans la tête et ce n'est que tant mieux!

Une belle œuvre à découvrir au plus vite et au cinéma pour ne rien perdre de son esthétique et de sa profondeur.

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lundi 24 mars 2014

"Un coeur simple" de Gustave Flaubert

un coeur simpleL'histoire: Pour Félicité, vivre, c'est servir. Elle se dévoue à sa maîtresse, aux enfants de celle-ci, à son neveu, et... à son perroquet! Hélas, ce don de soi ne trouve guère de récompense dans l'existence terrestre de Félicité. Toute sa vie, elle dispense son amour sans retour, ce qui lui vaudra une bien singulière apparition du Saint-Esprit lors de son décès...

La critique de Mr K: Petit retour dans le classique pur et dur avec ce livre une fois de plus trouvé dans mon casier et qui m'a replongé dans mes premiers amours: les grands classiques du 19ème siècle avec cet ouvrage de Flaubert, auteur qu'on ne présente plus et dont j'avais dévoré et adoré L'Éducation sentimentale. Format court avec cette nouvelle d'une soixantaine de pages dont je suis venu à bout très vite et qui m'a laissé un doux goût de nostalgie et une légère pointe de déception.

On suit ici le parcours de Félicité, jeune fille d'extraction modeste qui après avoir vécu une jeunesse difficile va finir par se faire embaucher par une femme de la bourgeoisie normande qu'elle va servir jusqu'à sa mort. Nous faisons ainsi connaissance de Madame qui agit dans un premier temps avec beaucoup de froideur mais qui va finalement finir par s'ouvrir à elle avec le temps qui passe, des invités qui viennent partager des parties de carte au manoir et qui profitent des largesses de la maîtresse de maison, nous voyageons dans la Normandie de l'époque et explorons les différentes couches sociales d'une société encore très hiérarchisée malgré la révolution française.

Au milieu de ce monde difficile où la maladie, la cupidité et les conventions règnent, la figure de Félicité émerge comme celle d'une sainte toute dévouée à sa tâche. Elle en devient presque énervante tant elle semble parfois tendre le cou pour se le faire trancher; malgré que l'on se conduise mal envers elle, elle ne rechigne jamais à la tâche et se dévoue corps et âme pour son employeur et sa famille. Son quotidien est d'une monotonie désespérante et laisse peu ou pas de place aux plaisirs des nourritures terrestres. Félicité malgré tout avance, maintient ses efforts et se consacre à son travail jusqu'à s'épuiser et perdre de sa vitalité. Cette histoire finit forcément mal, vous vous en doutez!

Le point de vue externe donne à l'ensemble un côté témoignage indéniable et permet au lecteur une distanciation vis-à-vis du personnages principal ce qui est à la fois un avantage et un inconvénient. Flaubert nous offre des portraits saisissants et en profite pour croquer la société de l'époque, n'épargnant rien ni personne. J'ai aussi particulièrement apprécié les descriptions des conditions de vie des paysans et bourgeois de l'époque, les uns étant nécessaires aux autres, vivant si proches les uns et les autres mais ne partageant rien ou si peu de choses. On retrouve tout le talent évocateur de Flaubert avec une écriture alerte et complexe, ce qui en rebutera sans doute un certain nombre d'entre vous.

Reste tout de même que je me suis légèrement ennuyé pendant cette lecture et qu'il n'aurait pas fallu le double de pages tant certains passages m'ont apparu plats et sans consistance. La dénonciation est bel et bien présente mais manque parfois de finesse avec un personnage principal qui finit par agacer fortement et dont on se détache finalement assez vite. C'est dommage car à trop vouloir en faire, Flaubert pour moi a raté sa cible... je sens que je vais être frappé par la foudre qui va s'abattre sur moi mais je trouve que ce volume est indigne de son talent et vire à la charge facile et manquant de nuance.

Je ne le conseillerai donc pas plus que ça et vous oriente bien volontiers vers son chef d'œuvre nommé ci dessus qui pour moi reste à jamais à placer au panthéon des œuvres réalistes de l'époque.

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dimanche 23 mars 2014

Tous Lillois en ce jour de vote!

Aujourd'hui c'est le 1er tour des élections municipales et avant de nous diriger vers la mairie de notre commune, petit clin d'oeil à l'Eglise de la Très Sainte Consommation (ETSC), parti de Alessandro Di Giuseppe candidat à la mairie de Lille.

Je ne peux résister à partager ici cette découverte! Soyez curieux et allez voir son programme. Quelle claque citoyenne! Une campagne de toute beauté, des slogans chocs et une comm' rondement menée.

Alessandro

Présentation de l'Eglise de la Très Sainte Consommation:

Parce que seul l'acte d'achat peut nous procurer bonheur, joie et félicité,
Parce que seule compte la croissance éternelle de notre PIB,
Parce que notre devoir envers la Patrie est de travailler et consommer sans modération,
Parce que nous ne croyons qu'en l'Argent, Dieu tout puissant,
Parce que notre épanouissement passe par votre travail, votre zèle, votre temps,
Parce que nos bénéfices ne sont possibles que par votre frénésie d'achat,
Parce qu'il y en a marre des pauvres qui profitent des riches,
Parce que si la planète Terre se désagrège, c'est aussi à cause des pauvres qui ont des voitures toutes pourries, et même qu'à cause d'eux, mais c'est pas grave, nous les riches irons habiter d'autres planètes,
Parce que la vie est compétition, jungle et guerre économique,
Parce que l'économie est plus importante que l'humain,
Parce que le capitalisme est indépassable et l'aboutissement suprême et bienfaisant de notre univers,
Parce que nous sommes des winners et que nous entendons bien le rester,
Parce que nous le valons bien.

Profession de foi d'Allessandro Di Giuseppe:

Allez Père Alessandro! Au Capharnaüm éclairé, on est tous avec toi!
Amen!

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jeudi 20 mars 2014

"Trilogie New-Yorkaise" de Paul Auster

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L'histoire: Trilogie parue entre 1985 et 1986 sous trois romans puis éditée en un seul volume en 1987, les trois histoires se déroulent à New York et dans sa proche banlieue.

Cité de verre: Le personnage principal Quinn, écrivain de série policière au passé douloureux, accepte d'être pris par erreur pour un détective du nom de Paul Auster et se voit confier une mission bien étrange.

Revenants: Le détective privé, Bleu, payé par Blanc, doit suivre Noir, qui ne fait rien de ses journées.

La Chambre dérobée: Fanshawe disparaît. Il laisse derrière lui sa femme Sophie, son fils Ben, et des manuscrits qu'il a confiés à un ami, le narrateur. Celui-ci prend alors possession de la vie de Fanshawe: il publie les manuscrits, qui connaîtront le succès, il épouse Sophie et adopte Ben.

La critique de Mr K: J'avais été enchanté par ma première incursion chez Paul Auster avec le très réussi Leviathan que j'avais chroniqué ici même, il y a déjà quelques temps. C'est une fois de plus le hasard qui a guidé mes pas vers le présent volume que je trouvai à un prix imbattable chez... l'abbé! J'adore la typo des livres parus chez Babel ce qui a rendu ma lecture aisée et vous allez le voir aussi agréable qu'étrange. Paul Auster nous livre ici trois récits décalés et mystérieux au possible. Amateurs de récits linéaires où tout le boulot est mâché d'avance, passez votre chemin! Ici, on a plutôt affaire à du Lynch période Lost Highway... Ça tombe bien je suis fan! Et puis... il en faut pour tout le monde!

Dans ces trois histoires, tout tourne autour des thématiques de l'identité et de la liberté. On retrouve aussi les personnages-type du polar et du roman noir avec en premier plan celle du détective privé qui traîne ses guêtres sur les trottoirs de big apple pour dégoter des indices et des preuves pour résoudre ses affaires. Il est à chaque fois question de retrouver quelqu'un ou quelque chose de perdu qui a un lien plus ou moins proche avec l'identité du héros. Tout paraît simple au départ mais Auster aime redistribuer les cartes et cela donne des retournements de situation aussi inattendus que subtiles et prenants. Je dois avouer qu'il m'a fallu reprendre deux / trois passages pour bien capter la nouvelle inclinaison de l'histoire mais l'on peut dire que l'on ne s'ennuie pas tant on est pris régulièrement au dépourvu.

L'ambiance générale est vraiment angoissante. Pourtant, les situations ici livrées sont plutôt banales mais le déroulé vire toujours vers une zone inexplorée de notre imagination. Un peu comme si Paul Auster s'amusait à nous faire réfléchir et voir les choses autrement, du moins selon un point de vue que nous n'utilisons presque jamais. Il en résulte un certain malaise car on n'a pas l'habitude de voir des personnages se faire malmener de cette manière et ne cherchez nul espoir dans ces pages car même quand les choses semblent se calmer, un ultime et fatal revirement fait que l'on reste littéralement soufflé devant le mot fin.

La lecture se fait plutôt facilement malgré des circonvolutions parfois obscures et de nombreuses digressions dont cet auteur est coutumier. L'avantage, c'est que l'on s'endort moins bête qu'au réveil et que ces apports qui semblent au premier abord inutiles et futiles s'avèrent de précieux alliés pour appréhender le sens général de l'œuvre. On réfléchit beaucoup mais sans heurt ni mal sur notre propre condition et sur notre existence. A-t-elle un sens? Faut-il d'ailleurs qu'elle ait un sens? Qu'est-ce qu'une vérité? Qu'un point de vue? Autant de questions abordées ici à travers des destins torturés qui nous sont livrés en pâture sans lourdeur ni faux-semblant, attendez-vous donc à en prendre plein la face!

Bien que différente de mes lectures habituelles, j'ai vraiment aimé cette trilogie qui est une belle et grande réussite qui fait du bien à l'âme tant elle aborde des sujets qui nous touchent en tant qu'être humain et de trentenaire essayant d'avancer dans la vie. Il paraît que c'est l'âge où l'on commence à regarder derrière soi et à faire un premier bilan... Laissez-vous tenter si le cœur vous en dit, vous ferez un voyage à nul autre pareil!

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mardi 18 mars 2014

Le Périgord hors saison

La semaine dernière, nous avons pris quelques jours de vacances et sommes partis dans le Périgord voir ma famille que nous n'avions pas vu depuis un petit moment, profiter du soleil dans le sud-ouest et jouer un peu les touristes hors saison dans cette région que je connais très bien.

Je me suis rendue compte que malgré les nombreux séjours dans le coin depuis que nous tenons Le Capharnaüm éclairé, je n'avais jamais pris le temps de partager un peu avec vous ma région. Je le prends donc aujourd'hui et j'espère vous donner envie de découvrir les Périgords.

Et oui car il n'y a pas que la région de Sarlat (celle à laquelle tout le monde pense quand on parle de Périgord) en Dordogne mais bien 4 Périgords différents: le Périgord noir en référence à la truffe, proche de Sarlat et très prisé par les touristes, le Périgord pourpre en référence au vignoble, autour de Bergerac, le Périgord blanc en référence à la couleur blanche de la pierre calcaire qui a servi à bâtir de nombreux monuments, de Périgueux et ses environs, et enfin le Périgord vert au nord du département en raison de ses grandes étendues de terres agricoles et boisés.

C'est fini pour la petite leçon de géographie, passons maintenant aux photos! Comme j'ai tendance à le faire depuis quelques temps, pour éviter de trop blablater et aussi parce que j'ai sélectionné pas mal de photos qui vont faire de ce post un long billet, procédons par points. Vous êtes prêts pour une petite virée périgourdine? C'est parti!

• Native de Périgueux, avec ce beau soleil, un déjeuner en terrasse s'impose!

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• Direction le Périgord vert pour une journée entre Plus Beaux Villages de France, visite de château et abbaye en ruine au soleil couchant...

Saint-Jean-de-Côle pour commencer est un des Plus Beaux Villages de France et c'est bien mérité! Saint-Jean est un village médiéval du XIème siècle. Avec son château du XIIème siècle, son église romano-byzantine, son prieuré et ses ponts pavés, se promener quasiment seuls dans ses ruelles est une expérience à vivre. Village très préservé, on fait un bond dans le temps.

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St Pierre de Côle 3

St Pierre de Côle 4

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• Nous croisons quelques chaminous...

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• Proche d'ici se trouve le Château de Puyguilhem à Villars. Ce château du XVIème siècle, inspiré des châteaux de la Loire, est un monument national dont je vous conseille vivement la visite. Le guide passionné et passionnant nous a fait vivre une après-midi formidable. Nous n'étions que 3 pour la visite (Mr K, ma maman et moi) et face à notre intérêt, il nous a ouvert les portes de pièces habituellement interdites au public. Nous avons vraiment été privilégiés et l'avons chaleureusement remercié. Je pense que c'est pour moi la plus belle visite jamais effectuée dans un lieu historique de par la beauté des lieux et la gentillesse et la disponibilité du guide.

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• Sur les conseils avisés de ce dernier qui a la chance de vivre dans l'orangerie du château, nous avons découvert à la tombée du jour l'Abbaye de Boschaud. Cette abbaye cistercienne du XIIème siècle a été partiellement détruite durant les guerres de religion. Au calme, avec la lumière déclinante, on ressent une vraie sensation de sérénité dans ces lieux.

Abbaye de Boschaud

• Quelques jours plus tard, direction le Périgord noir. Incontournable lorsque l'on visite le Périgord, nous sommes cependant sortis des sentiers battus et des célèbres Sarlat, La Roque Gageac et autres Castelnaud (très beaux mais dont je fais une légère overdose à force...)

Limeuil est notre destination choisie. Cité médiévale de caractère, elle fait également partie des Plus Beaux Villages de France. Adossées à leur promontoire rocheux, les ruelles sont étroites et escarpées. Mieux vaut avoir du souffle, surtout sous le soleil, mais la beauté des lieux vaut l'ascension. Je me verrais bien en vacances plusieurs jours dans une ces maisons à profiter du paysage et des fins de journées dans un des nombreux recoins découverts au fil de la visite.

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• Petite pause déjeuner au pied du village, au bord de l'eau, là où la Dordogne rencontre la Vézère...

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• Nous reprenons la voiture et faisons un bref arrêt à Saint-Avit-Sénieur:

Saint-Avit-Sénieur

Montpazier sera notre dernier spot pour ce post. De nouveau, ce lieu est un des Plus Beaux Villages de France (y en a marre non!? noooon!). Bastide du XIIIème siècle, c'est un petit bijou d'architecture et d'urbanisme. Place carrée centrale bordée de couverts où il fait bon boire une bière en terrasse (ben oui toutes ces visites, ça donne soif!), plan à quadrillage, halle ombragée... Montpazier ne compte pas moins de 32 monuments classés Monuments Historiques. Cela vous donne une idée de la qualité du lieu.

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Montpazier 3

Montpazier 4

Je m'arrête là car je pourrai parler de ma région pendant des heures! J'espère que cette petite visite vous a plu et vous a donné envie de découvrir ou redécouvrir des endroits moins prisés et tout aussi beaux en Périgord que les incontournables bondés de touristes. Si vous en avez l'occasion, privilégiez l'arrière saison pour profiter en toute tranquillité de ces beaux endroits. Testés et approuvés!

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lundi 17 mars 2014

Sur ma platine III

Porcupine-Tree-Fear-of-a-blank-planet

Pour commencer, un album qui passe en boucle depuis son achat lors de nos vacances dans le sud-ouest: Fear of the blank planet de Porcupine Tree que j'avais en dématérialisé et dont j'ai trouvé le CD d'occaz à un prix défiant toute concurrence. Groupe de rock progressif britannique mené par leur chanteur, guitariste, compositeur de génie Steven Wilson, dans cet album (le meilleur à mes oreilles!) plutôt coolos, vous retrouverez des morceaux de choix comme s'il en tombait. Mélodies harmonieuses, voix cristalline et parfois plus rocailleuse, riffs sortis de nulle part et une ambiance cotonneuse des plus étrange qui a le mérite d'apporter sérénité et en même temps réflexion quand on prolonge le plaisir en traduisant les paroles. Si vous ne connaissez toujours pas ce groupe, c'est par cet album qu'il faut commencer!

air

En second, l'album que j'amènerai sur une île déserte (avec un lecteur CD et beaucoup de piles me précise Nelfe): la BO du film Virgin Suicide par le groupe d'électro français Air. Très fan des deux frenchies (moins tout de même depuis leurs deux derniers albums), celui-ci est toujours d'une beauté à couper le souffle quatorze ans après son achat. Mélancolique à souhait, il colle remarquablement au film de Sofia Coppola mais tient aussi bien la distance en tant que composition musicale indépendante. Pour ma part, il est sans doute un des trois meilleurs albums de tous les temps post 70'. Un bijou d'écoute, émouvant, prenant et unique. Vous savez ce qu'il vous reste à faire si vous êtes passés à côté. A noter que la pochette est sublime!

Septicflesh - Communion _Bonus Version_

Enfin, je ne pouvais finir cette sélection du moment sans un album plus rugueux avec ce Communion de Septic Flesh, groupe de death metal symphonique grec (ben oui, ça existe!), comprendre par là quelque chose entre le progressif et le bien violent qui dessoude comme un soir de tempête! Communion est une excellent galette bien metal mais qui épargnera vos petites oreilles sensibles avec des passages mélodiques bien mis en relief par des passages bien puissants et sentis. Les voix mystérieuses du morceau Sangreal vous trotteront longtemps dans la tête si vous vous laissez tenter par l'aventure. Pour ma part, c'est mon réveil matin!

Déjà sur ma platine:
la version n°1
- la version n°2

dimanche 16 mars 2014

"De l'eau pour les éléphants" de Sara Gruen

de_l_eau_pour_les_elephants_sara_gruen_couvertureL'histoire: Durant la Grande Dépression, dans les années 1930, les trains des petits cirques ambulants sillonnent les États-Unis, Jacob Jankowski, orphelin sans le sou, saute à bord de celui des frères Benzini et de leur "plus grand spectacle du monde". Embauché comme soigneur, il va découvrir l'envers sordide du décor. Tous, hommes et bêtes, sont pareillement exploités.

La critique de Mr K: Voici de nouveau un livre dégoté chez l'abbé, fournisseur quasi officiel de ce blog pour ceux qui ne l'auraient pas encore remarqué! Beaucoup de choses ont été dites sur ce roman et sur son adaptation au cinéma. Je suis particulièrement friand de romans se déroulant dans le milieu des foires et des cirques, je pense ici notamment au très bon Liliputia de Xavier Mauméjean, à La foire des ténèbres de Ray Bradbury, au Un Froid d'enfer de Joe R. Lansdale ou encore le cultissime Cristal qui songe de Théodore Sturgeon. Vu que le succès monstre de ce roman, je pouvais tabler sur une lecture au moins agréable voir marquante. Mon avis est mitigé.

On suit ici les tribulations du jeune Jacob qui décide de planter ses examens finaux à l'école de vétérinaire car ses parents meurent brutalement lors d'un accident de voiture. Sans projet précis en tête, sa route va croiser celle d'un cirque dans lequel il va réussir à se faire embaucher comme soigneur attitré de la ménagerie. Il va y découvrir l'envers du décor du monde du cirque, un monde d'exploitants et d'exploités, où chacun doit se battre pour survivre. Artistes, videurs, ouvriers; tous sont sous le joug d'oncle Al, patron du convoi et véritable despote. Au milieu de cette jungle humaine des plus repoussante et souvent cruelle, Jacob rencontrera la belle écuyère Marlène et une drôle d'éléphante répondant au doux nom de Rosie.

Je peux comprendre l'énorme succès de ce livre. Il est tout d'abord très facile d'accès, l'écrivain enfile les mots et les phrases avec délicatesse, livrant une langue sans chichi, ni figures trop complexes. Les personnages sont très bien plantés bien que caricaturaux et l'histoire ménage suffisamment le suspens tout au long de l'ouvrage. Bonne idée en tout cas de régulièrement faire le parallèle entre le périple de jeunesse de Jacob et sa situation actuelle dans un hospice où il semble se laisser mourir. Pour ma part, c'est ce que j'ai préféré dans le roman, les parties où l'on retrouve Jacob allant sur ses 93 ans. J'ai trouvé ces passages très touchants et je dois avouer avoir été ému aux larmes sur certains passages parlant de la dépendance et du côté liberticide des maisons de retraite. Bien heureusement, la fin arrive à point nommée et lui réserve une surprise de taille. Rien que pour cela, ça valait le coup de lire ce livre. J'ai aussi apprécié le traitement du background, la crise de 29 et ses conséquences sur la société US de l'époque sont remarquablement rendus et ceci par petites touches subtiles. Bien réalisé aussi, la critique au vitriol de l'univers des cirques de l'époque et les petites cruautés et vexations quotidiennes auxquelles sont soumis tous les travailleurs des cirques. La lecture est aisée et ne m'a pris que deux jours.

Malgré tout, je n'ai pas été emballé plus que cela. J'ai eu la désagréable impression d'avoir déjà lu tout cela autre part (surtout la partie se déroulant pendant la jeunesse de Jacob). Peu ou pas de surprises dans les rebondissements (on devine comment les choses vont se dérouler au fil du récit), des personnages sans réel relief / caricaturaux auxquels on ne s'attache guère (sauf Jacob vieux, j'insiste!) et dont la psychologie de bazar ne m'a pas du tout touché. Auguste est ainsi bien trop méchant et sadique pour être crédible, Marlène est une cruche hésitante et agaçante et Jacob ma foi... ne m'a pas plus plu que cela dans le rôle du jeune homme découvrant la vie. Reste cependant quelques personnages secondaires bien croqués comme le vieil alcoolique Camel ou le nain Walter.

Au final, je dirai qu'on a ici affaire à un bon livre détente pour la plage, il ne demande peu ou pas de réflexion, se lit très facilement mais ne révolutionne aucunement le genre. Aussi vite lu qu'oublié, sa lecture est donc dispensable tant le choix est énorme en la matière.

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jeudi 13 mars 2014

"Magie des neiges" de Graham Masterton

magie-des-neiges-graham-masterton-9782266102308L'histoire: De mémoire de météorologue, on n'avait jamais vu ça: une piscine qui se transforme en patinoire, de l'eau qui gèle à peine sortie du robinet, une rampe d'escalier si froide que ceux qui la touchent s'y retrouvent collés... tout ça en plein été, et en Californie!
Jim Rooks, qui a dans sa classe un élève dont le père revient justement du Pôle Nord, se demande s'il n'y aurait pas un lien entre tous ces événements et cette légende inuit qui raconte que les explorateurs perdus dans les étendues désolées de l'Arctique voient venir à eux un vieil homme qui leur propose de les sauver en échange ce ce qu'ils ont de plus précieux. Afin de comprendre pourquoi cette entité a entrepris un si long voyage, Jim devra se rendre en Alaska, dans une drôle de maison que seuls ceux qui ont frôlé la mort peuvent voir...

La critique de Mr K: Masterton fait partie de mes petites faiblesses littéraires, des coups de cœur que je ne m'explique pas mais qui me comble de joie après chaque lecture. J'ai lu nombre de ses ouvrages dont Le portrait du mal chroniqué ici. Auteur de thriller-épouvante à la renommée certaine (et pour moi méritée), il se distingue par son talent de conteur d'histoires délicieusement horribles qui tiennent ses lecteurs en haleine jusqu'à la dernière page et je n'ai jamais été déçu par lui jusqu'ici. Le présent volume me tendait ses petits bras dans un bac de l'abbé, inutile de vous dire que le débat intérieur entre raison et pulsion a tourné court...

Le personnage principal, Jim Cook, est un jeune professeur dynamique et passionné s'occupant de jeunes en grande difficulté. Enseignant l'anglais, il refuse de cantonner ses élèves à des textes puériles et enfantins, il se fait l'apôtre de la nécessité de leur apporter les éléments de la culture classique en leur proposant des textes à priori inabordables pour eux. Cela donne lieu à des scènes ubuesques et assez réussies dans la description de ce que peuvent être les rapports profs-élèves en milieu difficile. Rien qu'avec cela, j'étais emballé. Surtout que l'histoire débute avec un Jim à la gueule de bois carabinée qui arrive en retard à son cours et demande à ses ouailles de le décrire de manière poétique (il y a matière!). Très vite, on vire tout de même dans le fantastique pur avec d'étranges manifestations surnaturelles qui se produisent au sein de l'établissement, des phénomènes physiques inexplicables et inexpliqués qui mettent très vite en danger l'intégrité physique des adolescents que le jeune professeur a sous sa garde. Adepte des sciences occultes et médium à ses heures perdues, il s'attèle à enquêter pour faire cesser tout cela avec la complicité d'une chatte énigmatique et d'un aventurier des temps modernes sur le retour.

La première partie du livre est vraiment réussie. On s'attache vite aux personnages, particulièrement en ce jeune professeur idéaliste qui lutte contre un système injuste et inégalitaire qui a tendance à laisser sur la touche les plus fragiles. La dimension sociale est vraiment intéressante et permet de livrer des personnages riches et des questionnements plus généraux. La distillation du fantastique par petites touches et la montée d'adrénaline qui l'accompagne sont remarquablement maîtrisées et les pages s'enchainent avec bonheur. L'écriture est toujours aussi accessible et évocatrice. Bref, on accroche et on veut en savoir bien plus sur cette mystérieuse présence qui pourrit la vie de ce lycée moyen d'Amérique, une espèce d'esprit vengeur capable de geler instantanément tout matériaux et qui sème mutilations et morts sur son passage (ben oui, c'est du Masterton tout de même!).

Mais voilà, pour la première fois avec une œuvre de Masterton le bât finit par blesser! La finesse laisse place à la caricature avec des forces adverses puérilement décrites notamment le docteur Friendly qui est trop désagréable pour être crédible et un Jim Rook qui part en roue libre totale, laissant le réalisme derrière lui et nous livrant un défenseur de la veuve et l'orphelin grossier et repoussoir (il ne lui manque plus que les collants et la cape...). On n'y croit plus, du moins beaucoup moins qu'en la force maléfique venue du fin fond de l'Alaska pour récupérer son lot d'âmes. Un comble tout de même! Vraiment dommage car l'aspect mythologie du Nord est très bien géré, novateur aussi car on a peu l'habitude de lire à propos des légendes inuits. La fin est elle classique avec une victoire finale qui arrive comme un cheveu sur la soupe comme si Masterton avait torché son récit en trente pages, laissant un amer goût de déception sur le palais du fan que je suis. Sans compter une ultime volte-face du héros qui ne tient décidément pas la route et qui rentre en complète contradiction avec tous les idéaux prônés jusqu'ici. Bâclage, avez-vous dit bâclage?

Belle déception donc malgré une lecture record en terme de temps, les regrets sont d'autant plus grands. Masterton se laisse aller à la facilité et au gore gratuit dans une œuvre qui démarrait plutôt bien mais qui sombre dans le médiocre sans jamais retrouver les forces qui m'ont fait aimer cet auteur. Vraiment dommage!

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mardi 11 mars 2014

"Terremer" de Ursula Le Guin

terremerL'histoire: Ici, il y a des dragons. Il y a des enchanteurs, une mer immense et des îles.
Ged, simple gardien de chèvres sur l'île de Gont, a le don. Il va devenir au terme d'une longue initiation, en traversant nombre d'épreuves redoutables, le plus grand sorcier de Terremer, l'Archimage.

La critique de Mr K: Depuis une dizaine d'années le nom d'Ursula le Guin me trottait dans la tête. Référence culte dans le domaine du médiéval fantastique, je n'avais jamais eu l'occasion de la pratiquer jusqu'à maintenant, l'occasion ne s'étant pas présentée. C'est une fois de plus la main du hasard qui me guidait à sa rencontre lors d'un chinage de plus dans un dépôt-vente de la région lorientaise. Le présent volume est la compilation des trois premiers récits composant l'ensemble des Contes de Terremer. Vous aurez donc l'occasion de découvrir ici: Le Sorcier de Terremer, Les tombeaux d'Atuan et L'Ultime Rivage.

Au centre de ces trois récits, on retrouve la thématique du voyage initiatique. Que ce soit Ged découvrant la voie des mages, Tenar future prêtresse des forces obscures ou encore Arren descendant d'une grande dynastie régnantes, ils vont tous être confrontés à des épreuves et divers autres tests pour accomplir leur destinée. Les obstacles et menaces sont nombreux, et le sort du monde de Terremer (gigantesque monde océanique parsemé d'îles et d'archipels) dépendra plus d'une fois d'eux. On croise nombre d'éléments classiques de la fantasy au fil des pages: les dragons susnommés, des magiciens-mages, des peuples humains bien différents aux coutumes aussi exotiques qu'étranges, mention spéciale aux enfants des hautes mer, peuplade nomade vivant sur des radeaux et voyageant au gré des courants (pour les amateurs, les créateurs de la série de RPG Suikoden les ont intégrés dans l'opus V sur PS2). On voyage beaucoup à l'image des héros, on traverse nombre de paysages remarquables et les péripéties sont nombreuses.

Là où Ursula Le Guin frappe fort, c'est dans la caractérisation de ses personnages. On les sent autant travaillés qu'aimés, un peu à la manière d'un George R. R. Martin dans sa saga Games of Thrones. Rien n'est ici laissé au hasard, la psychologie est très poussée et non caricaturale ce qui est gage de qualité dans un genre qui se cantonne souvent à nous livrer des personnages mille fois lus. Les rapports qu'ils entretiennent entre eux sont complexes et gérés de main de maître, l'auteur n'hésitant pas à les confronter et les mettre à mal, ce qui se révèle parfois être un vrai supplice pour le pauvre lecteur pris en otage. J'ai particulièrement aimé le personnage de Ged alias Épervier qui évolue beaucoup au cours de ces trois récits passant d'un garnement impulsif au vieux sage au caractère parfois un peu difficile. Le lecteur ne peut que se prendre d'affection pour lui et bien d'autres, accroché par ce biais, les 700 pages qui composent ce volume se laissent lire avec plaisir et délectation.

La langue de l'auteur est elle aussi remarquable. Évitant l'écueil des descriptions à tout va, elle réussit tout de même à nous livrer un monde clef en main avec ses propres règles de fonctionnement et d'une beauté sauvage à couper le souffle. On retrouve d'ailleurs dans sa méthode, la manière dont J. K. Rowling en quelques lignes réussissait à planter un décor. Grosse performance ici aussi, soulignée par une aptitude incroyable à aller à l'essentiel sans trahir le fond. L'écriture est accessible, précise, très addictive et poétique à souhait notamment dans les monologues intérieurs des personnages et les quelques descriptions des lieux approchés par les héros. Nulle longueur, nul ennui donc et un plaisir de lecture optimum! Sachez qu'il y a deux autres récits qui vous attendent, si vous avez apprécié ce triptyque mais qu'ils peuvent se lire indépendamment.

Un bon et grand moment de fantasy que tout amateur du genre se doit de tenter sous peine de passer à côté d'une lecture essentielle! Pour ma part, il ne me reste plus qu'à regarder l'adaptation qu'en à faite Goro Miyasaki.

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dimanche 9 mars 2014

"Crime parfait, Les Mauvaises Lectures : deux nouvelles à chute" d'Eric-Emmanuel Schmitt

schmittL'histoire: Gabrielle assassine son mari qu'elle ne supporte plus. Elle croit son crime parfait... jusqu'à l'arrivée d'un témoin inattendu. Enquête bouclée ? Et si notre meurtrière s'était trompée de mobile ?
Maurice méprise les romans ; sa cousine, au contraire, ne jure que par eux. Les deux cousins s'écharpent sur le sujet, jusqu'à ce que Maurice, entraîné malgré lui dans un thriller qui le passionne, ne quitte pas la réalité...

La critique de Mr K: C'est avec une grande joie que je découvrais le présent volume dans mon casier de boulot. En effet, je n'ai jamais été déçu par cet auteur que nous affectionnons tout particulièrement au Capharnaüm Éclairé (voir liste des critiques en fin de post). Les éditions Magnard dans cette version destinée essentiellement au public scolaire proposent aux jeunes et moins jeunes lecteurs de découvrir deux nouvelles dites "à chute" dans le genre policier. C'était pour ma part ma première incursion dans ce genre avec Éric-Emmanuel Schmitt, je n'ai pas été déçu!

Ici, il est avant tout question de la condition humaine avec deux personnages particulièrement torturés. Gabrielle tue son mari parce qu'elle n'en peut plus. S'ensuit une enquête et un témoin gênant qui vont la faire s'interroger sur les raisons profondes de son crime. Là réside l'intérêt de cette nouvelle, le parcours mental de l'héroïne qui s'oriente vers une révélation à la fois surprenante et tragique. Maurice lui est un intégriste de la réalité et s'avère imperméable à toute forme d'imagination d'où son aversion pour le genre romanesque. Se laissant tenter par un auteur de thriller à la mode, sa rencontre avec le genre honni va faire plus que des étincelles!

On retrouve ici une fois de plus tout le talent de Schmitt pour nous livrer des personnages clefs en main, réalistes et attachants malgré leurs défauts (dieu sait qu'ils en ont dans ces deux histoires!). Ils ont autant sinon plus d'intérêt que l'intrigue principale qui s'avère très vite n'être qu'un prétexte pour étudier la nature profonde de l'être humain. Ce n'est pas joli joli, nos personnages principaux cédant à l'égoïsme, la paranoïa, l'angoisse et finalement à leurs pulsions inavouées. L'auteur décortique leurs réactions, leur évolution mentale frisant bien souvent la folie pure, mais toujours en respectant le crédo de la réalité ce qui rend ces écrits percutants et marquants. Je dois avouer cependant qu'en terme de chute, le pari est à moitié gagné. Autant la nouvelle Crime parfait a fait mouche avec un retournement de situation inattendu et réussi, autant dans Les Mauvaises lectures, j'ai deviné à la moitié du récit le dénouement et ses raisons. Dommage tant le personnage de Maurice était très bien traité et assez flippant dans son parcours intérieur. Pour autant le plaisir de lecture était au rendez-vous et je ne me suis pas ennuyé une seule seconde.

La dimension philosophique et réflective de ces deux nouvelles est indéniable. La subjectivité de Maurice et de Gabrielle les enferment dans une prison mentale, le malheur est ici provoqué par l'absence de communication et d'empathie envers les autres. De scènes quotidiennes et banales, Éric-Emmanuel Schmitt réussit à travers le genre policier à nous faire raisonner jusqu'à la surprise finale qui nous permet ensuite de repasser tous les épisodes à la lumière des révélations. Tout cela est remarquablement servi par le style aérien, accessible et évocateur de l'auteur qui réussit une fois de plus à nous transporter.

Une très bonne lecture que je ne peux que vous conseiller.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- L'Evangile selon Pilate
- La Part de l'autre
- Oscar et la dame rose

Posté par Mr K à 18:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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