mercredi 18 juin 2014

Festival Photo La Gacilly édition 2014

C'est maintenant un rituel depuis quelques années, tous les ans nous nous dirigeons vers La Gacilly (56) pour découvrir son Festival Photo annuel et en prendre plein les yeux.

Comme vous le savez, je fais partie d'un club photo dans la région et ce festival est pour nous notre sortie de fin d'année que nous partageons avec nos proches dans la joie et la bonne humeur. RDV à 9h et covoiturage jusqu'à La Gacilly, en route pour la 11ème édition !

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Pour cette onzième année, le festival invite les Etats-Unis (et oui, rien que ça!) et se tient jusqu'au 30 septembre. Vous avez donc largement le temps de vous y rendre après avoir lu ce billet qui vous donnera forcément envie d'y aller ("le choc des photos", tout ça...).

Réunissant chaque année plus de 300.000 visiteurs, il n'y a pas moins de 13 zones / lieux de visite dans le village où admirer 20 expositions. Une journée n'est donc pas de trop pour apprécier au mieux les clichés exposés. Cette édition est moins impressionnante que celle de la décennie du festival l'an dernier mais il n'y a pas de quoi bouder son plaisir.

Cette fois encore, c'est la Galerie du Garage qui a ma préférence. Avec ses murs de texture brute tout de blanc repeints et son ambiance minimaliste, je pourrais y passer des heures...

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- Patrick Tourneboeuf et sa série "Monolith" montre les traces laissées par les stigmates de l'Histoire. Vestiges d'un temps douloureux et éphémère, ils s'effacent lentement et doucement en s'enfonçant vers les abîmes, pour disparaître à jamais de nos horizons. La nature reprend donc son pouvoir sur l'Homme et ses ambitions comme pour marquer la fin d'un monde.

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- Mathieu Pernot avec "Ligne de Mire" s'attache aux blockhaus du Mur de l'Atlantique. Il transforme ces lieux d'Histoire en chambre noire projetant sur les murs de l'édifice l'image de la nature environnante perçue à travers les fenêtres de tir.

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Un autre lieu très agréable pour sa fraicheur quand les journées sont chaudes et pour la qualité de ses expositions : la Galerie du Labyrinthe Végétal.

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- C'est là que Nick Brandt expose cette année "Le crépuscule du monde sauvage", une série sur la disparition des animaux sauvages et des espaces naturels en Afrique de l'Est. Il voit son travail comme un testament, celui d'un monde animal qui s'éteint, et tire alors le portrait de divers animaux avec un oeil artistique stupéfiant.

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A la Gacilly tout ne se passe pas en extérieur. La Maison de la Photographie (avec "Le roi du Serengeti" de Michael Nichols) et l'étage de la Galerie de la Passerelle (avec "La nature en équilibre" d'Ansel Adams) sont des lieux d'exposition en intérieur, plus classique dans leur mise en scène. L'un, ancien membre de l'agence Magnum Photos, s'attache à suivre l'existence précaire des lions dans un reportage publié au National Geographic Magazine. L'autre, fut une personnalité visionnaire de la photographie de nature et de la protection des espaces sauvages dont une partie de ces clichés est donnée à notre vue ici.

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Les Jardins de la Passerelle et la Galerie du Grand Chêne sont autant d'endroits où il fait bon flâner et admirer les paysages qui nous entourent et ceux photographiques présentés le long des chemins.

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Un dernier passage par la Galerie du Bout du Pont et ses lieux les plus photographiés chaque année. "Nasa, ils ont marché sur la lune" et "Colors" de Steve McCurry nous laisse à voir les plus grands tirages photo du festival. Impressionnants encore une fois...

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Il est maintenant temps de reprendre la voiture et de rentrer. Comme vous pouvez le voir cette édition 2014 dans son ensemble n'est pas des plus gaies et nous étions quelque peu déprimés à la vue de certains clichés à la fois esthétiquement beaux et désarmant car mettant bien souvent en lumière notre impuissance face à l'évolution du monde. Des questionnements intérieurs salvateurs et la démonstration, si il en faut encore une, de la puissance de la photo. Un très beau moment!

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mardi 17 juin 2014

"La Lance" de James Herbert

James-Herbert-La-lanceL'histoire: Pour venger son associée sauvagement assassinée, le détective privé Harry Steadman se fait passer pour un acheteur potentiel auprès d'Edward Gant, un marchand d'armes qui semble impliqué dans une organisation terroriste internationale.
Mais Gant ne se contente apparemment pas d'encourager de sanglants attentats ou de favoriser l'éclosion de conflits localisés, il se considère investi d'une mission sacrée: assurer le triomphe des puissances des ténèbres.
Et, de toutes les armes qu'il a à sa disposition, la plus redoutable reste la nécromancie...

La critique de Mr K: Ne vous laissez pas abuser par l'hideuse couverture du présent ouvrage, James Herbert vaut bien mieux que cela! Auteur ultra-connu pour sa trilogie des Rats, il n'a peu d'équivalents pour fournir du suspens et des passages bien gratinés en terme de gore. Le quatrième de couverture de La lance m'intriguait car la dimension ésotérique semblait importante dans une histoire qui semblait tendre au prime abord vers le roman policier-espionnage. Je n'ai pas été déçu!

Ex membre du Mossad qu'il a quitté écœuré par la violence et les vendettas, Harry Steadman s'est réfugié au royaume-Uni où il coulait une vie tranquille de détective privé entre histoires d'espionnages industriels et relations adultères à démasquer. Co-propriétaire de la société avec une amie, sa situation est confortable et sans accroc; mais voilà que ses anciennes relations de travail refont surface pour lui confier une affaire délicate, un agent du Mossad a disparu lors d'une infiltration qu'il effectuait au sein de l'entreprise d'un certain Edward Gant, richissime marchand d'arme connu pour ses accointances avec certains groupuscules extrémistes. Il refuse dans un premier temps mais son associée ne veut pas laisser passer une telle occasion pouvant apporter notoriété et fortune à leur agence. Quelques jours plus tard, elle est assassinée sauvagement devant le domicile de Harry. Le sang de ce dernier ne fait qu'un tour et le voilà parti pour une infiltration à haut risque qui va l'emmener sur des voies insoupçonnées et des plus ténébreuses.

Ce roman est de facture classique. On retrouve la figure centrale du héros torturé par un passé qu'il voulait oublier et qui refait surface. On est loin tout de même d'être face à un héros monolithique et sa psyché va bien évoluer au fil de l'intrigue. Très vite, on se rend compte que derrière cette histoire se cache quelque chose de plus gros et les théoriciens du complot seront ravis devant la tournure des événements. Tous les ingrédients sont là pour fournir une excellent page-turner: Mossad, CIA, MI6, Secte Néo-nazie et références multiples à Hitler et Himmler (toutes véridiques et mises en parallèle avec l'évolution de l'intrigue), spiritisme et ésotérisme diabolique, références bibliques, ambiance glauque à souhait, un début d'histoire d'amour... Bref, vous mixez l'ensemble et cela vous donne le présent ouvrage. L'intrigue est très bien menée, les surprises sont certes peu nombreuses mais le final est haletant à souhait. On pourrait même dire que le roman est trop court (280 pages) tant on aimerait en lire encore davantage.

Au niveau formel, on retrouve ici les qualités de Herbert: concision des descriptions, personnages plantés en quelques lignes et développés tout au long de l'ouvrage, un suspens et un caractère d'urgence présent du début à la fin de l'histoire, des passages bien gores mais jamais gratuits et une exploration en profondeur des abysses psychologiques humains. Et oui, il aime notre côté sombre et dans ce livre on peut dire qu'on est servi! L'écriture est égale à celle qu'on lui connaît: accessible mais ne cédant pas à la facilité, les pages se tournent toutes seules. Le plaisir de lecture est total et même si on ne peut pas dire que ce roman soit un classique (il lui manque ce petit supplément d'âme qui sépare l'excellence du très bon), on passe un très bon moment.

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lundi 16 juin 2014

Vinaigrette québecoise!

Nelfe étant partie pour la journée en mission shopping sur Nantes avec une amie, je me retrouve seul aux commandes pour vous proposer un Lundi au soleil pour bien commencer la semaine.

Aujourd'hui, revenons en 1984 avec Marc Drouin et son tube (sic!) "Vis ta vinaigrette"! J'ai cru halluciner quand j'ai aperçu ce titre sur le net! Canadien à la coupe improbable (pour ne pas dire datée), il nous parle de la vie qui n'est qu'une succession de haut et de bas. À partir de là, il enchaîne tout plein de jeux de mots à deux euros plus ridicules les uns que les autres. Sacré Marc! Il se révèle excellent nageur, chevalier des temps moderne combattant des antennes télés, joueur déchaîné de batterie dans l'eau. Le charme kitch opère instantanément et on ne peut que rester baba!

Justice est donc rendue car Marc Drouin a enfin sa place dans nos Lundis au soleil. Enjoy!

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dimanche 15 juin 2014

"Des souris et des hommes" de John Steinbeck

des-souris-et-des-hommesL'histoire: Lennie serra les doigts, se cramponna aux cheveux.
- Lâche-moi, cria-t-elle. Mais lâche-moi donc.
Lennie était affolé. Son visage se contractait. Elle se mit à hurler et, de l'autre main, il lui couvrit la bouche et le nez.
- Non, j'vous en prie, supplia-t-il. Oh, j'vous en prie, ne faites pas ça. George se fâcherait. Elle se débattait vigoureusement sous ses mains...
- Oh, je vous en prie, ne faites pas ça, supplia-t-il. George va dire que j'ai encore fait quelque chose de mal. Il m'laissera pas soigner les lapins.

La critique de Mr K: Jusqu'à maintenant je n'avais lu qu'un seul roman de Steinbeck et je n'en avais pas gardé un souvenir formidable. Il faut dire que les conditions n'étaient pas des plus engageantes, il s'agissait de La Perle et c'était la lecture d'une œuvre intégrale imposée par une professeur de français rébarbatives (pour rester poli). J'étais très jeune aussi (sans doute trop pour percevoir toute la finesse de cet écrivain) et après la grosse claque que j'ai reçu en lisant Des souris et des hommes, je pense que j'y reviendrai. C'est bien simple, je n'ai pu reposer le livre et je l'ai lu d'une traite, littéralement happé par cette histoire apparemment simple mais au message vivace et universel.

George et Lennie sont deux manouvriers itinérants proposant leurs bras en échange d'une maigre paie, du gîte et du couvert. Un lien puissant d'amitié semble les unir malgré leurs différences. Autant George est petit et malin autant Lennie est un colosse simplet incapable de subvenir à ses besoins. Ils ont un rêve commun: acheter un lopin de terre et se consacrer à l'agriculture et l'élevage. Pour cela, il leur faut mettre de l'argent de côté mais ils ont du partir précipitamment de leur ancien lieu de travail car Lennie a une fois de plus fauté. Le roman débute lorsqu'ils arrivent en vue du ranch qui va leur fournir leur futur travail.

D'emblée, on est pris à la gorge par l'atmosphère étouffante de ce livre. L'amitié forte qui unit les deux personnages principaux est touchante mais on sent bien qu'on est en bout de course, que George a de plus en plus de mal à canaliser son ogre d'ami. Ce dernier est d'une gentillesse extrême mais ses pertes de mémoires à répétition, son aliénation mentale le rendent borderline et incontrôlable. Surtout quand il se retrouve en présence de tierces personnes. Tant qu'il est seul avec George, tout se passe bien, ce dernier arrive à le juguler et les choses rentrent dans l'ordre très vite. Il va en être tout autrement au sein de la micro-société du ranch où les deux compères vont côtoyer d'autres personnes et Lennie s'en remet entièrement à George qui porte ce poids comme il peut. La vie étant ce qu'elle est, ils vont rencontrer des gens peu recommandables, d'autres plus amicaux mais au contact desquels les règles changent et Lennie ne peut s'adapter. Dès lors, la machine infernale est en marche et un fatum insidieux s'installe jusqu'à la terrible fin qui semble inéluctable.

L'écriture de Steinbeck est d'une simplicité désarmante. Peu de mots et phrases lui suffisent pour planter un décor, caractériser ses personnages qui prennent une dimension universelle. L'action se situe dans les États-Unis de la Grande Dépression mais on pourrait transposer cette histoire quasiment n'importe où, n'importe quand. En plus de la relation de George et Lennie qui est relatée avec finesse et tendresse, j'ai aimé tous les personnages secondaires qui apportent leur pierre à ce bel édifice littéraire: Slim le roulier à la bienveillance éclairante et à la sagacité acérée, le vieux Candy qui végète dans l'exploitation, apporte son aide sur de menus travaux et représente l'ancienne génération qu'on a laissé de côté (le passage avec son vieux chien qu'on doit abattre est insoutenable), Crooks autre ouvrier agricole remisé dans une pièce à part parce qu'il est noir, Curley mari jaloux pathologique dont la femme semble allumer tous les hommes de fermes du voisinage et qui va être au centre du dénouement final. Autant de personnages secondaires qui densifient un récit assez simple mais dont la complexité psychologique se développe sous nos yeux et fait monter la pression comme rarement. On a rarement aussi bien écrit sur la condition et la nature humaine mais surtout sur l'amitié. On n'est pas loin des larmes quand on referme cet ouvrage.

Une fois de plus, voilà un livre qui nous fournit des émotions très fortes voir rares. On est tour à tour attendri, inquiet, horrifié. Franchement, Steinbeck n'a pas son pareil pour procurer des sensations puissantes et réflectives. On côtoie la Grâce aux détours des pages et on peut pratiquement parler de perfection littéraire devant le dépouillement et la sobriété de l'histoire ici racontée et sa portée humaniste. Un grand et beau livre qu'il faut absolument avoir lu!

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vendredi 13 juin 2014

"Pas son genre" de Philippe Vilain

pas son genreL'histoire: Il est professeur de philosophie, elle est coiffeuse. Contraint de quitter la capitale pour enseigner à Arras, le premier rencontre la seconde sans vraiment la remarquer. Langage, goûts, références... tout les oppose, et pourtant, elle devient son amante. Le mépris et l'ennui se profilent à l'horizon, mais qui croit mener le jeu peut bien être joué.

La critique Nelfesque: Vous avez dû voir les affiches de "Pas son genre" sur les frontons de vos cinémas fin avril. Je ne suis pas allée voir l'adaptation du roman de Philippe Vilain car clairement les comédies romantiques, ce n'est pas mon genre (oui je sais, elle était facile celle là...). A l'occasion de sa sortie en salle, le roman s'est payé une nouvelle couverture aux Editions J'ai Lu et j'avoue que j'ai cédé aux sirènes du marketing!

Je m'attendais à une lecture légère, une lecture de saison, le genre de roman que l'on embarque dans son sac de plage, sans prise de tête. Un one shot avec ses 156 pages, une après-midi pépère au soleil. Oui... mais non!

Certes "Pas son genre" parle d'amour et de la rencontre amoureuse mais ce n'est pas exactement ce que l'on pourrait qualifier de roman léger. Je vous rassure tout de suite, ce n'est pas non plus un essai sur les sentiments mais le narrateur étant un professeur de philosophie ayant comme trait de caractère de tout disséquer et analyser, force est de constater qu'il y a quelques lourdeurs dans la narration.

Assez cliché, nous avons à ma gauche une coiffeuse gentillette, rigolote et fraîche, jolie mais un peu bas de plafond et à ma droite un prof de philo ténébreux, hautain, emprunt aux doutes d'une vie bien rangée... Là est la base de l'histoire : une fille cruche et un gars upper class se rencontrent et tombent amoureux. Comment vivent-ils chacun leur rencontre? Y'aura-t-il un rapport de force dû à leur différence de classe sociale? L'un tirera-t-il l'autre vers le haut ou devront-ils se mettre au même niveau pour que leur couple fonctionne? ... Autant de questions qui personnellement me mettent mal à l'aise, ne concevant pas la valeur des hommes par leurs comptes en banque, leurs professions ou leurs façons de vivre... Notons tout de même au passage que c'est la femme qui est inférieure à l'homme dans ce roman (faut pas déconner non plus). En plus d'être dans le cliché (le prof s'appelle François, la coiffeuse Jennifer... bon...), vous reprendrez bien un peu de sexisme!?

Bon mais alors? On en fait quoi de ce roman? On le lit ou pas? Et bien malgré ses défauts évoqués ci dessus et une fin elle aussi assez convenue j'ai trouvé tout de même intéressant de se retrouver le temps d'une après-midi de lecture dans la tête d'un lettré. Un lettré à qui on aurait bien envie de mettre 2 ou 3 claques à l'occasion mais un lettré tout de même. Sa façon de voir les rapports humains et l'absurdité de l'amour a quelque chose de comique parfois, pathétique souvent, mais amène le lecteur à réfléchir sur ses propres schémas de pensée. Ce qui amène une dimension intéressante au roman qui sans cela n'aurait pas trouvé grâce à mes yeux.

Je ne pense pas que je verrai le film, peut être un jour de désoeuvrement et plus par curiosité de voir comment le réalisateur traitera de la question de lutte des classes, d'éducation et de culture qu'autre chose. En attendant, je ne sais pas si je dois vous conseiller cette lecture... Faites comme vous voulez (oui je sais, je vous aide beaucoup!) mais sachez que vous serez tour à tour intrigués et agacés. A bon entendeur!

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jeudi 12 juin 2014

"Je m'appelle Jean Cyriaque" de Jean-Pierre Dionnet et Jean Solé

couverture jean cyriaqueL'histoire: Pas de résumé officiel que ce soit au dos de l'ouvrage ou sur le Web concernant "Je m'appelle Jean Cyriaque"... Mais peut-on résumer une histoire telle que celle-ci?

La critique de Mr K: Voyage aux confins de l'étrange aujourd'hui avec cette BD bien barrée de Dionnet et Solé paru chez les Humanoïdes associés depuis déjà une trentaine d'années. En même temps, il faut bien avouer qu'aujourd'hui (sans vouloir passer pour le vieux con de service), la SF bien tordue a du mal à se faire un chemin chez les éditeurs et que les 70' – 80' était un âge d'or dans le genre. C'est une fois de plus par hasard et chez l'abbé que je dénichais cette petite merveille d'inventivité et de bizarrerie. Mais à quoi peut-on s'attendre d'autre de la part de Dionnet, grand copain de Druillet et rédacteur en chef du magazine Métal Hurlant.

Jean Cyriaque n'a rien de particulier. C'est un individu lambda qui rentre tranquillement chez lui quand il est renversé par une voiture. Il semble s'en sortir indemne et suit une étrange jeune femme promenant son léopard. Il va alors aller de découvertes en découvertes et notamment rencontrer le Peuple des Légendes, des humains sachant utiliser toutes les possibilités offertes par le cerveau humain (pour rappel, on en utilise que 5%!) et qui sont à l'origine de toutes les avancées civilisationnelles du monde et des mystères non résolus de notre univers. À partir de là, tout devient confus et le lecteur pris en otage par les deux auteurs navigue constamment entre rêves éveillés, psychédélisme et réalité pure et dure.

Œuvre de jeunesse, cette BD est constituées de quatre histoires qui ont été éditées à plusieurs années d'intervalles. Le scénario se tient mais il faut être prêt à sortir des sentiers battus et à ouvrir votre esprit. Pas besoin pour cela d'ouvrir vos chakras ou de fumer la moquette tant les auteurs s'adressent au plus grand nombre, nous réservant de nombreux moments explicatifs. On s'identifie assez vite à Jean Cyriaque et comme lui on passe par tous les états entre hébétude, fascination et délire. Véritable voyage initiatique, on suit le héros dans ses errements et ses découvertes. La fin est ouverte mais il ne pouvait en être autrement quand on se repasse le parcours entier du personnage, nulle frustration et déception en terme de contenu, simplement une vision qui détonne et surprend, ce qui est un gage d'authenticité et d'originalité (choses rares dans les temps qui courent je trouve).

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On retrouve dans ce récit le héros candide qui doit découvrir la face cachée du monde qu'il croyait connaître, la foule imbécile qui se complait dans le conformisme et la méfiance de l'autre, le maître spirituel que l'on rencontre et nous apporte lumières et réponses, la communion des sentiments avec l'être aimé qui semblait nous attendre depuis toujours... Autant d'actes et de thèmes universels explorés ici par deux doux dingues épris de progrès et d'humanisme.

Cette œuvre est d'une beauté à couper le souffle. Les dessins de Jean Solé font écho au scénario et au phrasé de Dionnet. Les auteurs nous livrent de véritables toiles sur certaines planches. Étant fan de l'esthétisme psychédélique je ne pouvais que tomber en pâmoison devant tant de talent déployé qui n'est pas sans rappeler les plus beaux passages de la BD Eternus 9 de Victor Mesquita. La fascination reste la même pour les passages moins "perchés" qui accrochent autant le regard et harponnent irrémédiablement le lecteur.

Au final, cette BD est vraiment à découvrir tant elle appartient à une époque révolue mais toujours aussi envoûtante. À la fois belle, fascinante et profonde, elle vous proposera un voyage à nul autre pareil si le cœur vous en dit.

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mardi 10 juin 2014

"La Fée et le géomètre" de Jean-Pierre Andrevon

la fée et le géomètreL'histoire: Lutins, fées, ondines, elfes... ceux-là et beaucoup d'autres vivent libres, heureux dans la Forêt. Étrangers à notre civilisation, ils ne connaissent ni l'argent, ni les machines, ils ignorent l'idée même du pouvoir...
Les hommes découvrent ce paradis, ils vont l'arpenter avec leurs gros sabots, leurs idées reçues, leurs monstres... L'auteur écrit ici la fable violente de la colonisation, il en dit l'irrespect, l'inadmissible certitude aveugle et sourde.
Pourtant, reste l'espoir... l'espoir contagieux qui appartient à ceux qui se révoltent.

La critique de Mr K: Voici une nouvelle trouvaille qui une fois de plus m'a permis de vérifier l'adage que le hasard fait décidément bien les choses. J'ai par le passé pratiqué Jean-Pierre Andrevon avec plus ou moins de bonheur, alternant le bon et le moins bon. Avec cet ouvrage destiné à un public jeunesse, il frappe un grand coup en offrant une œuvre à la fois prenante et réflective.

Dans La Fée et le géomètre, tout commence comme dans un livre de contes de fées classique. Nous faisons connaissance avec une série de créatures vivant en osmose avec la nature: les lutins travailleurs à l'hygiène douteuse, les fées riantes et amatrices de bonne magie, les harlequins draguant à tout va les fées qui feignent de les ignorer, les gnomes jouant à cache cache avec leur pouvoir de camouflage, les animaux de la forêt cohabitant en harmonie avec les créatures magiques. On s'émerveille, on rit beaucoup et on s'attache à ces petits peuples instantanément. Les descriptions bien que courtes sont immersives à souhait et l'on se plait à croire que tout va continuer dans le meilleur des mondes possibles... du moins, un monde sans humains!

Les voilà qui débarquent au bout d'un tiers de l'ouvrage et commence la lente agonie du monde précédemment présenté par l'auteur. Par petite touches successives, explorateur après explorateur, on assiste à la lente destruction de ce paradis terrestre et notre estomac se tord devant la violence et les injustices engendrées par cette colonisation forcée. Loin de s'y opposer, menés par leur bonté naturelle, les habitants féériques vont peu à peu se faire dépouiller de leurs biens mais aussi (et surtout) de leur esprit et de leur philosophie de vie. L'espoir est bien maigre dans cette évolution qui semble sans frein possible. Le passé étant le passé, la solution se trouve peut-être dans une nouvelle conception de vie?

J'ai adoré ce livre que j'ai quasiment lu d'une traite. Son approche est facile et frontale. On retrouve ici tout le talent de conteur de Andrevon sans lourdeur ni moralisme forcené (un de ses défauts dans certains ouvrages). La langue est accessible, virevoltante et on navigue constamment entre de multiples émotions même si l'humour et la dérision cèdent assez vite au fatalisme et au drame. À noter que mon exemplaire contenait des illustrations de Bilal au fil des pages et que cela rajoutait une dimension esthétique sans pareil à cette bouleversante histoire.

Les plus jeunes rentreront sans difficulté dans ce récit et en ressortiront sans aucun doute changés ce qui est la grande force de La fée et le géomètre. Véritable fable, comme écrit en quatrième de couverture, il est impossible de ne pas faire le lien avec l'asservissement de territoires entiers par les européens dans un passé pas si lointain. Ceci, malgré le fait que tout se passe dans un monde imaginaire, marque le lecteur longtemps après sa lecture et on ne peut que s'émerveiller de tant d'intelligence et de finesse déployées pour mener à bien un récit qui s'apparente aussi à une parabole puissante et implacable.

Au final, je ne peux que vous encourager à découvrir cette œuvre unique en son genre, savant mélange d'aventure, de poésie et de militantisme pacifique. Un bijou littéraire qui fera honneur à votre bibliothèque!

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- Un horizon de cendres
- Tout à la main
- Le monde enfin

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lundi 9 juin 2014

On s'en foot !

La Coupe du Monde c'est pour bientôt! Youpi! ... ou pas...

A la maison on n'est pas fana de foot et là je suis bien contente d'être tombée sur Mr K parce que franchement avoir comme perspective de ces prochaines semaines du foot matin midi et soir avec les copains en bonus tracks squattant notre canap' et les chips / bières / pizza H24 (oui je caricature, et alors!? ^^) ne m'enchanterait guère.

Rajoutez à cela les conditions dans lesquelles cette Coupe du Monde ci a été organisée et va se dérouler. Les familles délogées au Brésil pour construire des stades ou des hôtels de luxe, des habitants expulsés et battus pour faire place nette au géant de l'amusement mondial et à la pompe à fric qu'est le foot, ça me donne d'autant plus envie de vomir. Pour ceux que ça intéresse d'ailleurs, il existe sur FB un évènement auquel personnellement j'ai adhéré (même si ça ne changera pas la face du monde, je ne suis pas dupe) et que je vous encourage de soutenir : Je ne regarderai pas la coupe du monde 2014!

Mais revenons à du léger (ben oui quand même, c'est un lundi au soleil là, on va pas faire pleurer dans les chaumières (même si ça en vaudrait la peine)). Nous sommes tombés sur ce clip ci et on s'est dit que pour celles qui ne veulent pas passer à Confessions intimes mais qui ne veulent pas non plus subir pour autant les looooongues semaines qui arrivent, on avait peut être la solution! Tout en gardant l'esprit décalé, kitchouille, ringue, tagada pouet pouet et accordéon que l'on aime tellement (oh oui! tellement!)

Bon courage les filles! Never give up!
Et excusez nous d'avance. C'est le festival, toute cette pression...

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dimanche 8 juin 2014

"Avenue des Géants" de Marc Dugain

avenue des géantsL'histoire: Al Kenner serait un adolescent ordinaire s'il ne mesurait pas près de 2,20 mètres et si son QI n'était pas supérieur à celui d'Einstein. Sa vie bascule par hasard le jour de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Plus jamais il ne sera le même. Désormais, il entre en lutte contre ses mauvaises pensées. Observateur intransigeant d'une époque qui lui échappe, il mène seul un combat désespéré contre le mal qui l'habite.

La critique Nelfesque: Cela faisait un petit moment que j'avais "Avenue des Géants" dans ma PAL. Depuis exactement 2 ans, date de sa sortie en broché en librairie et du cadeau de ma maman pour Noël. J'en avais entendu beaucoup de bien lors d'une chronique dans une émission littéraire sur France Info et j'avais hâte de le découvrir par moi même. Mais voilà, je suis comme beaucoup de lecteurs, je croule sous les romans, une envie en chasse une autre et c'est avec joie que j'ai pu enfin dépoussiérer ce présent ouvrage.

"Avenue des Géants" fait froid dans le dos. Autant vous prévenir tout de suite, il n'est pas à mettre entre toutes les mains tant les actes qui y sont dépeints et la façon de penser du personnage principal peuvent choquer. Le lecteur suit sur 360 pages la vie d'un homme qui depuis sa plus tendre enfance nourrit un démon intérieur. A l'adolescence, sa vie va basculer et ce qui n'était jusqu'à présent que des plaisirs déviants et inquiétants d'enfant avec des meurtres d'animaux va se transformer en véritable délinquance avec des désirs de morts sur ses proches. Des projets que Al va bientôt mettre en oeuvre en ne contrôlant plus ses pulsions les plus viles.

Pour ce roman, Marc Dugain s'est inspiré de faits réels. Le personnage d'Al Kenner, bien que romancé, existe bel et bien et par ses mots nous suivons le cheminement intérieur d'un tueur aujourd'hui prisonnier qui revient sur les faits marquants de son passé, notamment le meurtre de ses grands-parents dans leur maison de campagne américaine.

Il serait tellement simple, et plus confortable, de penser que les grands tueurs en série et psychopathes de notre époque ne sont que des fous à lier, inconscients de la portée de leurs actes et ne répondant qu'à des pulsions meurtrières sans aucune empathie ni aucuns scrupules. A côtoyer le personnage de Al, on se rend vite compte que tout est bien plus compliqué que cela n'y parait. Sans cesse tiraillé entre ses pulsions et sa conscience et ne cherchant pas à fuir lors de ses passages à l'acte, Al est un personnage complexe. Il n'est pas un mauvais garçon en soi, il n'est pas non plus un ange mais il est en quelque sorte le fruit d'une époque et d'une éducation qui vont le mener à commettre des actes irréparables. Tour à tour, le lecteur va le détester, le prendre en pitié, le comprendre, être dégoûté par lui... Marc Dugain mène ses lecteurs par le bout du nez et les fait passer par moultes émotions, les amenant à réfléchir sur ce qui conduit les hommes à mener à bien tels ou tels projets, qu'ils soient approuvés ou non par la morale et les lois en vigueur.

Dans la société américaine des années 60, entre mouvements hippies et guerre du Vietnam, c'est dans une époque en plein bouleversement que Al se débat. Loin de ses repères, bien que faussés, il doit gérer ses mauvaises pensées et un environnement dont il n'arrive pas à appréhender les mutations. Intelligent et soucieux de comprendre ce monde qui l'entoure, il va alors mener sa propre étude sociologique avec ses propres méthodes. Interné en institution psychiatrique, il va vite saisir les rouages de la psychologie et une fois revenu à la vie civile, va continuer d'approfondir ses connaissances en abusant de son entourage.

Ce roman se place sur deux plans : Al adolescent puis jeune adulte dans les années 60 et Al adulte emprisonné et visité par Susan, une femme à la fleur de l'âge qui s'intéresse à son passé et nourrit comme lui une passion pour la lecture. L'auteur nous balade entre ces deux époques qui ne peuvent être dissociées et qui se répondent inlassablement. Voyage dans le temps, dans les grands espaces américains et ses routes semblant être sans fin : voici le décor de ce road movie psychologique sanglant. Une immersion dans la tête d'un tueur qui bien que dangereux et effrayant n'est peut être pas si éloigné du commun des mortels.

Quel adolescent aurions-nous été si notre famille n'était pas ce qu'elle est? Jusqu'où aurions-nous pu aller pour nous en libérer? Quelles limites et quelle morale seraient alors les nôtres? Autant de questions que le lecteur ne cesse de se poser tout le long du roman et dont la fin, tel un coup de poing, vient asseoir toute la portée.

"Avenue des Géants" est un thriller saisissant que je vous conseille vivement de découvrir si vous n'avez pas froid aux yeux. Un choc littéraire qui n'est pas sans rappeler celui déjà vécu avec "Les Racines du mal" de Dantec. Ne passez pas à côté!

vendredi 6 juin 2014

Memory in black and white

Le week-end dernier, Nelfe et moi sommes allés au Festival Photo de La Gacilly (post à suivre dans les jours qui viennent). Chaque année, les organisateurs y proposent une petite rétrospective d'un photographe célèbre. On avait eu droit à de superbes tirages de Doisneau l'année dernière. Ce fut Robert Capa cette année, on comprend très bien pourquoi.

À l'occasion du 70ème anniversaire du débarquement de Normandie aujourd'hui, je ne pouvais résister à l'envie de partager quelques clichés restés dans la prospérité. Photo-journaliste de génie, militant, n'hésitant pas à se mettre en première ligne, il nous laisse un travail magnifique d'une modernité et d'une immersion encore stupéfiante.

photo 5
(En route pour la France)

photo 2
(Go go go!)

photo 3
(au coeur de l'action)

photo 1
(sous le feu et la mitraille)

photo 4
(proches de l'objectif)

photo 6
(la libération est en marche)

Posté par Mr K à 18:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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