jeudi 26 novembre 2015

"Une Porte sur l'éther" de Laurent Genefort

001

L'histoire: Favor et Dunaskite. Deux planètes reliées par un gigantesque tube de diamant de cent mille kilomètres : l'Axis. C'est par cet artefact extraordinaire, héritage d'une civilisation extraterrestre disparue, que transitent les spores de l'ambrozia, la plante la plus précieuse de l'univers connu. Outre sa fonction de régulateur végétal, c'est aussi une voie de communication prioritaire ; source de richesse autant que foyer de révoltes, l'Axis suscite ainsi la convoitise de dizaines de mondes mais inspire une peur sacrée. Aujourd'hui, la haine que se vouent les habitants des deux planètes menace gravement ce fragile équilibre. La rumeur de guerre gronde, et seul un homme peut empêcher l'irrémédiable...

La critique de Mr K: Retour dans l'univers si foisonnant de Laurent Genefort avec ce roman terminé la veille des Utopiales 2015 et que j'ai du coup fait dédicacer par son auteur. Il faut dire que cette Porte sur l'éther réunit toutes les qualités qu'on connaît au bonhomme: une imagination débridée pour décrire des univers futuristes, un soin méticuleux dans le traitement des personnages et un sens du récit et du suspens qui n'est plus à prouver.

Jarid est un diplomate un peu particulier, son rôle de médiateur est essentiel dans le règlement pacifique de crises intergalactiques. Il est appelé pour une mission autour d'un système planétaire étrange: Favor et Dunaskite sont deux planètes quasi jumelles reliées par un tube de diamant. La crise couve autour de questions économiques (entre autres le commerce et le transport de la fameuse Ambrozia) mais aussi politiques avec notamment au centre du jeu, des peuplades exilées des deux mondes qui se sont réfugiées dans le fameux Axis. Jarid aura fort affaire entre terrorisme, piraterie, raison d'État et génocide larvé.

Ce qu'il y a de fabuleux chez Genefort, c'est sa propension à fournir dans chacun de ses romans un monde foisonnant de détails allant du fonctionnement d'un système astronomique aux us et coutumes d'une peuplade reculée au fin fond d'un artefact extra-terrestre. On est gâté ici avec la mise en exergue d'une lutte de pouvoir pour avoir la main mise sur une denrée et un réseau de transport. On n'est pas loin de Dune dans les thématiques et le rendu est génial. On passe tour à tour des arcanes du pouvoir avec leurs manœuvres en sous main et leurs décisions iniques qui peuvent entraîner des massacres perpétrés au nom de l'intérêt supérieur de l'État. Cette valse diplomatique mortifère met à mal les principes d'un héros qui est loin de se douter des tenants et aboutissants des opérations en cours.

Il finira par rencontrer les habitants de l'Axis dans la deuxième partie du roman. Le lecteur est plus chanceux car il fait la connaissance dès le début de l'ouvrage avec la jeune Hutsuri qui vient de passer son rite de passage à l'âge adulte avec brio. C’est l'occasion de découvrir les origines et les traditions de ces peuples dépossédés de leur biens qui ont du s'installer dans le fameux tube diamanté. Vie rude et simple, ils se sont adaptés. D'autres ont littéralement continué leur évolution vers l'étape des post-humains à l'apparence bien différente de la notre. Alternativement, nous passons de Hatsuri à Jarid d'un chapitre sur l'autre, la rencontre aura bel et bien lieu et provoquera un certain nombre de conséquences importantes qui changeront à jamais la face de l'Axis et des deux planètes qui y sont reliées.

Texte de contrastes, Une Porte sur l'éther est une belle réussite aussi au niveau de la caractérisation des personnages qui bien que classiques dans leurs parcours se révèlent creusés à l'extrême et aussi très attachants. On se plaît à suivre les destins parallèles et pourtant si éloignés de Jarid et Hutsuri, la tension monte crescendo et franchement on tremble pour eux par moment. Il faut dire que les opposants sont aussi très bien croqués et rien ne semble pouvoir leur résister. Le space-opéra est ici jubilatoire, sans lourdeur et d'une belle portée emphatique (reproche parfois formulé envers ce sous-genre SF). L'écriture de Genefort reste toujours aussi accessible et concise, évocatrice à souhait et porteuse d'un message humaniste. On traverse cette lecture avec bonheur, le plaisir est renouvelé de visiter l'univers des Portes de Vangk (univers créé par l'auteur et développé en filigrane dans l'essentiel de ses romans SF). De beaux moments d'évasion. À lire pour tous les amateurs du genre!

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Mémoria
- Les Opéras de l'espace

Posté par Mr K à 17:36 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

mercredi 25 novembre 2015

"Les Hauts de Hurle-Vent" d'Emily Brontë

Emily-Bront--Les-Hauts-de-Hurle-VentL'histoire : Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l'ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, Heathcliff prépare une vengeance diabolique. Il s'approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage. La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu'au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste.

La critique Nelfesque : "Les Hauts de Hurle-Vent" est un classique de la littérature anglaise que je n'avais encore jamais lu. Pourtant ce dernier avait tout pour me plaire : un amour contrarié, une histoire de famille lourde, une ambiance pesante... C'est donc à l'occasion d'un Book Club (où chacun lit le même roman dans le mois pour en discuter tous ensemble à une date choisie) que j'ai décidé de me plonger dans ce roman culte d'Emily Brontë. Et j'ai bien fait !

Ce roman a été publié pour la première fois en 1847 et c'est le seul et unique roman d'Emily. Ces autres soeurs, Anne et Charlotte, ont quant à elles écrit plusieurs ouvrages et après avoir terminé ma lecture de celui-ci, je n'avais qu'une envie, découvrir l'écriture de cette fratrie ! Je me plongerai donc prochainement dans un nouveau roman d'une soeur Brontë mais autant vous le dire tout de suite, je suis triste de ne pas pouvoir envisager une autre lecture d'Emily tant l'univers dépeint ici m'a plu.

Dans ce roman, nous suivons l'histoire de Heathcliff. Jeune bohémien, sans famille et sans le sou, il est recueilli dans la famille Earnshaw par le père de Catherine et Hindley. Ce dernier voit d'un mauvais oeil son arrivée et lui mènera la vie dure durant toute son enfance. Catherine et Heathcliff vont quant eux développer une grande affection et une complicité qui ne trouvera de limite que dans la différence de condition sociale entre eux. Rejeté par sa famille d'adoption à l'âge adulte, il va fuir les Hauts de Hurle-Vent pour mieux revenir quelques années plus tard et mener à bien une vengeance ne laissant plus de place à la compréhension. Avec "Les Hauts de Hurle-Vent", le lecteur passe par toutes les émotions et bien qu'écrit au XIXème siècle, ce roman se lit avec beaucoup de facilité. C'est souvent la crainte du lecteur quand il s'attaque à un classique. Peur de formulations trop lourdes, d'un vocabulaire désuet, perte d'intérêt... C'est en tout cas la mienne et elle a été balayé dès les premières pages.

Emily Brontë nous plonge très vite dans une ambiance sombre, dans cette lande battue par les vents. Lockwood vient d'arriver à La Grange et loue cette demeure à Heathcliff. De nature sociable, il cherche à nouer contact avec son propriétaire mais comprend très vite qu'un secret plane sur le domaine et que les habitants de ces lieux ne sont pas très enclins au dialogue. Rustres, fermés et discourtois, ils démotivent toute tentative d'approche. C'est vers Mrs Dean, longtemps domestique à Hurle-Vent et maintenant au service de Lockwood, que celui-ci se tourne pour comprendre l'attitude de cette famille. C'est donc par sa voix que le lecteur plonge dans le passé des Earnshaw. Commence alors une immersion dans un passé trouble, froid et pavé de mauvaises intentions.

"Les Hauts de Hurle-Vent" est un roman qu'il faut avoir lu au moins une fois dans sa vie. Les personnages ont tous leur part d'ombre et de lumière. Loin du manichéisme, ils sont complexes, parfois incompréhensibles mais profondément humains dans leur démesure. Le lecteur tour à tour monte sur ses grands chevaux, se laisse attendrir, déteste l'un et éprouve une infinie tendresse pour l'autre. Rien n'est figé et les nuances dans les personnalités des uns et des autres font évoluer le lecteur tout le long du roman. Le final est magistral, les personnages sont puissants et l'écriture envoûtante.

logo-epubUne très belle histoire d'amour, une histoire de famille passionnante qui plaira à tous les amoureux de destins torturés, une nature sauvage et hostile, ce roman d'Emily Brontë, à l'écriture fluide et évocatrice, en angoissera certain tant la mort et la souffrance y sont omniprésentes mais il est indéniable que cet ouvrage est un roman clé de la littérature anglaise de l'époque. Je vous encourage vivement à le découvrir !

Posté par Nelfe à 18:04 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
mardi 24 novembre 2015

Mr K récidive !

Back dans les bacs contact! Non, NTM ne m'a pas poussé à craquer, c'est venu naturellement au détour d'un après-midi shopping avec ma chère et tendre. Innocemment (et je vous prie de me croire!), nous avons pénétré dans une enseigne de seconde main connue dans notre secteur et... catastrophe! 

IMG_0050

Voila le résultat! OK, je suis un indécrottable addict aux livres. Je ne peux résister à des titres qui me tendent leurs petites pages implorantes... Je les entends encore pénétrer dans mon esprit me glissant des suppliques du genre: Adopte-nous, adopte-nous, Mr K! Comme tout toxico en effet, j'entends des voix qui m'intiment de réaliser des achats compulsifs mus par un besoin irrépressible de possession et de défonce. Ben oui, chacun sa came! Moi je me nourris de mots et d'histoires. Pas mal comme paradis artificiels, non? C'est en plus, peu coûteux et enrichissant. Je suis pardonné? 

IMG_0037

On commence doucement avec deux ouvrages appartenant à la sphère policier / polar / roman noir de ma PAL:

- Les Sept églises de Milos Urban. Un roman tout droit venu de Tchéquie où il est question d'un passé longtemps enfoui qui ressurgit. Le jeune héros est amateur d'Histoire médiévale, ça m'a de suite parlé. Wait and see!

- Retour de bâton de A. B. Guthrie Jr. Avec l'âge, mon goût pour la Série noire Gallimard ne fait que grandir, et cette histoire de victime expiatoire (à la Gabriel Garcia Marquez) que tout le monde veut supprimer m'a l'air bien sombre et bien glauque. Et hop! Il va rejoindre ses petits frères dans ma PAL!

IMG_0033

Poursuivons avec la partie SF / fantasy / fantastique qui cette fois-ci s'enrichit d'une tétralogie (pour les vacances d'hiver?) et deux titres one-shot!

- Cycle de Pendragon de Stephen Lawhead (4 volumes donc!). Impossible de dire non aux légendes arthuriennes, j'en suis un fan inconditionnel depuis que je sais lire. À priori ici, on s'éloigne des versions traditionnelles avec une vision fantasy pas piquée des vers avec notamment un lien avec le mythe de l'Atlantide! WTF?! Je fonce, je plonge! On verra bien en remontant! 

- La Geste du sixième royaume d'Adrien Tomas. Un livre marquant en terme de fantasy selon des critiques littéraires établis et des amis de la blogosphère. Je tente le coup surtout que l'histoire lorgne vers du Fetjaine et du G. R. R. Martin. À moi les luttes pour le pouvoir, la baston et la protection de la Nature! Tout pour plaire quoi! 

- La Cinquième sorcière de Graham Masterton. Les éditions Bragelonne ont toujours aussi mauvais goût en terme d'esthétique de leurs couvertures mais je vais passer outre avec cet ouvrage de Masterton, un de mes auteurs préférés dans le domaine de l'épouvante-horreur (simple, efficace et détente neurone assuré!). Sous fond d'apocalypse, un homme mène une enquête ardue qui le confrontera à une sorcière retorse... Ouh la la, ça promet!

IMG_0044

Voila, le gros morceau qui va rejoindre la partie littérature généraliste entre contemporain et classique (en gros c'est un bazar sans nom!).

- Scènes de la vie carcérale de Aïssa Lacheb. Sans doute pas un ouvrage qui respire la joie de vivre mais à priori un livre bouleversant et tragique sur l'univers de la prison. Sans doute bien loin des lieux communs qu'on nous ressert régulièrement dans la boîte à connerie (comprendre la télé) et les fictions US. Il fera partie de mes prochaines lectures!

- Quiz Show de Kim Young-Ha. Tout droit venu de Corée, ce livre explore le monde implacable et fascinant des mondes virtuels dans lesquels s'enferment certaines âmes esseulées. Je m'attends à un bouleversement des frontières entre le réel et le virtuel chez le héros et une belle évocation de la solitude moderne qui nous habite de plus en plus en parallèle au développement des réseaux sociaux en tout genre. Bien hâte de tâter de ce roman!

- jPod de Douglas Coupland. Présenté comme une plongée impitoyable dans le monde des geeks loin des clichés sympathiques qui circulent sur cette tribu en plein essor (ce qui rapporte gros d'ailleurs...), le livre se distingue par une forme étonnante par moment. J'en reparlerai plus en détail en 2016!

- Blog de Jean-Philippe Blondel. Ouvrage jeunesse traitant des rapports parents / enfants, de la filiation et de l'écriture intime, rien que le titre m'a attiré. Ben oui, je suis blogueur après tout! Ce titre a bonne presse, je me devais de vérifier cela... On se trouve les excuses que l'on peut!

- Grâce et dénuement d'Alice Ferney. Plongée dans le monde des gitans avec cette histoire d'une passionnée de lecture qui va tenter de partager sa passion avec les enfants de ce peuple voyageur. Première approche, méfiance, découverte et une réelle humanité semblent se dégager d'une histoire classique qui je l'espère m'ouvrira les portes d'une communauté méconnue en dehors des faits divers nourrissant la haine et les propos réactionnaires. Ras le bol des clichés!

- Nouvelles histoires extraordinaires d'Alain Decaux. C'est l'historien vulgarisateur qui m'a fait aimer l'Histoire et m'a guidé dans ma prime jeunesse à travers des ouvrages pédagogiques et distrayants. J'avais bien envie de replonger dans le passé, une sorte de bain de jouvence, une Madeleine de Proust... Hâte d'y être!

- La Malédiction d'Edgar de Marc Dugain. J'avais adoré La Chambre des officiers notamment pour le style épuré et suintant d'émotion de l'auteur. Désormais, quand l'occasion se présente, je ne passe plus à côté d'un ouvrage de Dugain et puis le mystère Hoover est diablement fascinant! Qui lira, verra!

- Un Hiver chez les Tchouktches d'Adolf Erik Nordenskjöld, Japon interdit de Théodore Duret, Dans les sables de Taklamakan de Sven Hedin et Les Naufragés de l'aventure de Guillaume Lesquin. Il s'agit de quatre courts récits d'exploration dans des contrées lointaines auprès de peuplades oubliées et reculées. Grand amateur de ce type d'ouvrage, l'occasion fait le larron. Nous verrons bien ce que cela donne!

IMG_0038

Et ultime touche de ce craquage éhonté, une BD!

- Violent Cases de Neil Gaiman et Dave McKean. Je ne connais rien à l'histoire ni aux thématiques abordées mais quel bel ouvrage! Les dessins sont magnifiques et avec Gaiman au scénario, je ne pense pas que je serai déçu. À vérifier au plus vite!

--------------------

Voila... Tout est dit. Ma PAL est en perdition, les espérances de la baisser évanouies pour longtemps mais en contre-partie un beau choix s'offre à moi pour mes futures lectures. Ne reste plus qu'à les prioriser, les effectuer et vous transmettre mes impressions sur ces futurs voyages en terres oniriques et littéraires. Décidément cette addiction a du bon! 

lundi 23 novembre 2015

"Ossements" de Sheri S. Tepper

001

L'histoire : Mahlia, une jeune Tahitienne, croyait avoir trouvé la maison idéale pour élever ses enfants. Mais bientôt, les travaux de rénovation lui font découvrir dans une mare des ossements et un bracelet, puis dans une chambre murée, à l'intérieur même de la vieille demeure, une plaque de bois gravée de signes étranges. Un archéologue veut l'aider à éclaircir le mystère : il est retrouvé mort dans la forêt voisine, écorché vif. Peu à peu, l'inquiétant passé du village refait surface : à chaque génération, des enfants disparaissent sans laisser de traces... eux de Mahlia ne risquent-ils pas d'être les prochaines victimes?

La critique de Mr K : Petit plaisir régressif aujourd'hui avec un livre s'apparentant à de la bonne série B mêlant ésotérisme et horreur. Malgré la couverture plutôt hideuse, je ne refrénais pas mon envie de lire la quatrième de couverture. J'adhérais au pitch et je repartais avec Ossements, ouvrage acquis une fois de plus à un prix défiant toute concurrence!

Jeune mariée et jeune maman (il y en a comme ça qui aiment combiner les statuts), Mahlia se voit confier par son courant d'air de mari la lourde mission de trouver LA bonne maison qui leur permettra d'accéder au bonheur. Bien évidemment, la pioche va se révéler plus que mauvaise entre découvertes macabres, disparitions, meurtres sanglants et un passé des plus douteux. Comme celui de Mahlia d'ailleurs... Pourquoi a-t-elle tous ces maux de tête? Quelles sont ces mystérieuses visions qui l'assaillent de plus en plus? Il va lui falloir tout son courage et l'aide d'anciennes amies retrouvées pour lever le voile sur la menace qui plane sur elle et ses enfants.

On rentre très vite dans le nœuds du problème car dès les trente premières pages, on sent déjà que tout ne tourne pas rond autour de cette maison. Une mare à bestiaux fangeuse qui contient un bras coupé, une étrange pièce dont semble provenir un froid glacial, le fils aîné qui parle avec des personnes disparues que seul lui semble voir, des locaux pas des plus hospitaliers ou d'autres au charme venimeux… Personnellement, je me serai barré au plus vite mais comme il n'y aurait pas eu d'histoire, l'héroïne persiste. Elle navigue alors entre phénomènes inquiétants, phases de recherche sur le passé des lieux et révélations fracassantes qui vont mettre à mal l'équilibre qu'elle recherche pour sa petite famille. Pêle-mêle, il est question de revenants, de magie vaudoue, de références à la période esclavagiste du sud des États-Unis et de sorcellerie au sens général. Le programme est réjouissant et se tient de bout en bout.

En même temps que les tenants et les aboutissants de l'histoire, le voile se lève sur cette héroïne qui semblait si lisse de prime abord. Au début, il est constamment fait référence à des événements du passé avec lesquels elle essaie de rompre. Seulement, la solution réside dans ses capacités, ses savoirs qu'elle essaie d'enfouir au plus profond d'elle-même pour plaire à son mari. Ce dernier est d'ailleurs quasi inexistant, étant sans cesse par monts et par vaux, sans pouvoir rassurer sa femme qui traverse une phase critique. Le Salut de Mahlia passera par la reconnaissance et l'affirmation de soi. Elle peut compter pour cela sur de vieilles amies et sur l'amour de ses enfants. Cela contraste beaucoup avec l'ambiance mortifère qui pèse sur ce roman et fait ressortir la personnage principale qui pour le coup n'est ni une nunuche ni une Lara Croft en puissance, c'est seulement quelqu'un qui se débat avec sa vie. En cela le livre est une réussite.

Cet ouvrage se lit rapidement et avec un certain plaisir. Le style n'est pas révolutionnaire, on est dans du classique du genre avec des passages bien ragoûtants et des moment plus intimistes qui font mouches. On n'est pas face à un incontournable du genre pour autant, les grandes lignes de l'histoire sont saisies assez vite et sans réelle surprise, la fin m'a semblé un peu abrupte et quelques passages sentaient le remplissage. Au final, on ressort plutôt content malgré un aspect tout à fait superficiel par moment. Une lecture détente et vide neurone que je vous conseille de tenter si le cœur vous en dit.

Posté par Mr K à 16:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
dimanche 22 novembre 2015

A chacun ses raisons !

x

Dessin de Lasserpe tiré du Stripsjournal

Posté par Mr K à 17:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

vendredi 20 novembre 2015

Nos Utopiales 2015

Il est temps de nous replonger dans la dernière édition du Festival Utopiales qui a eu lieu à Nantes il y a 3 semaines. Ce sera aussi l'occasion de revenir sur de bons souvenirs et en ce moment, il y en a besoin ! Alors c'est parti, en route pour la planète SF !

Utos 2015 (1)

Cette année, le thème du Festival International de Science-Fiction était "Réalité(s)". Qu'est-ce que la réalité ? Les Réalités augmentées, les Psycho-réalités, les Réalités alternatives... Tout un programme ! Autant vous dire que le thème nous importe peu puisque cela fait maintenant plusieurs années que nous allons au festival et qu'à chaque fois nous en ressortons enchantés. Cela pourrait être "Les Licornes" ou "Le Bottin à travers les âges", nous serions tout aussi intéressés. Et oui, Les Utopiales, c'est avant tout une ambiance, un état d'esprit et une multitude de choses à voir et à faire. Il y en a pour tous les goûts et tout le monde y trouve son compte.

♠ Côté conférences :

Utos 2015 (14)

Le programme tombe toujours assez tard, comprenez une semaine avant le lancement du festival, et chaque année, à J-7, c'est la course à l'hébergement et la mise en place de notre programme perso lorsqu'il est mis en ligne. Cette année, au vu des conférences et des auteurs présents, nous avons décidé d'y aller le vendredi. En général, nous n'y allons qu'une journée mais on a de plus en plus envie de faire le festival sur plusieurs jours et l'an prochain sera peut être (sans doute !) le passage de cap ! Comme d'habitude, il a fallu faire des choix et nous avons assisté à moins de conférences que les autres années.

A 13h00 sur la Scène Hetzel, nous étions à la conférence "Asiles psychiatriques et lieux de réclusion dans la science-fiction". De "L'Antre de la Folie" à "L'Armée des Douze Singes" en passant par "Arkham Asylum", les asiles et mondes-prisons jouent un rôle-clefs dans la science-fiction. Une conférence vraiment très intéressante à laquelle nous sommes arrivés un peu en retard suite à notre séance cinéma (dommage) et où l'on a pu noter quelques références pour de futures lectures et de futurs visionnages.

Utos 2015 (20)

A 14h00 à l'Agora de M. Spock, nous étions à la Rencontre entre Michal Ajvaz et Xavier Mauméjean. A ce moment là nous priions très fort pour que Michal Ajvaz obtienne le Prix Utopiales Européen pour son roman "L'Autre Ville" que Mr K avait adoré (et nous avons été exhaussé ! Encore bravo Mirobole !). La discussion fut ardue, technique et poussée mais ce fut un plaisir de voir ainsi attablé deux auteurs que nous aimons beaucoup au Capharnaüm éclairé et ainsi nous amuser de leurs approches d'écriture complètement différentes l'une de l'autre.

Utos 2015 (28)

A 17h00, nous avions rendez-vous avec Laurent Genefort pour une "Interro surprise sur... les extraterrestres !" à l'Agora de M. Spock où les festivaliers étaient invités à poser toutes les questions qui leur passaient par la tête sur les petits hommes verts. Une rencontre très sympathique à la fois drôle et intrigante.

A 20h00 sur la Scène Shayol, il était question des "Réalités-gigognes, de Philip K. Dick à Christopher Nolan !". Réalités emboîtées, factices, illusoires... au cinéma, dans la littérature et les comics / BD. Nous avons particulièrement aimé Daniel Tron à la modération. Nous l'avions déjà vu les années précédentes mais cette fois ci nous avons bien noté son nom. Avec sa bonne humeur, son humour et sa pertinence, je pense qu'il sait donner vie à n'importe quel thème. L'an prochain, je le suivrai à la trace je le sens ! Et puis avec un nom pareil, il n'aurait pas pu être ailleurs que dans la grande famille de la SF !

A 21h00, je suis restée au début de la Remise du Prix Verlanger, apprenant quelques minutes plus tôt qu'un hommage serait rendu à Ayerdhal, auteur de SF, décédé quelques jours plus tôt. Un moment d'émotion partagé avec bon nombre d'auteurs et d'amoureux de science-fiction.

♠ Côté cinéma :

Utos 2015 (19)

Nous avons décidé cette année de tester les courts métrages et nous nous sommes rendus à une session de Courts où nous avons pu voter pour le Prix du Public. Au programme 7 courts métrages et environ 1h30 de visionnage. Rien de neuf sous le soleil, nous n'avons pas vraiment été convaincu et avons voté pour "le moins pire". Oui, je sais, c'est vache, ça demande beaucoup de boulot tout ça mais quand ça passe pas ça passe pas. Nous n'avons rien vu de novateur ou de complètement dingo et avons eu l'impression de perdre notre temps. Pas sûr qu'on retente l'expérience dans les prochaines années.

♠ Côté expos :

Utos 2015 (2)

Manchu nous accueille dès l'entrée du festival. 25 ans de travail et d'illustrations sont ici exposés. Couvertures de romans pour Folio SF notamment, de BD chez Delcourt, travaux de recherches, croquis... Ce digne héritier de Caza nous en met plein les yeux.

Utos 2015 (4)

 Utos 2015 (3)

Au Pôle Jeunesse, nous découvrons Yvan Duque. Dans une aventure arctique, il s'amuse de personnages maladroits, les faisant évoluer dans de riches décors qui le font rêver. Vraiment une chouette découverte ! Je vais creuser du côté de cet illustrateur et quand on aura des nains, c'est tout à fait le genre d'illustrations que nous pourrions mettre dans leurs chambres. Vraiment top !

Utos 2015 (5)
(désolée pour les reflets, j'ai fait au mieux)

Utos 2015 (6)
(là tu peux laisser tes nains si tu as envie de t'en débarasser le temps d'une journée sans qu'ils soient traumatisés)

Pour les 20 ans de Série B, le festival a vu les choses en grand et nous fait entrer dans les coursives d'un vaisseau ! Fondé au début des années 90 par Fred Blanchard et Olivier Vatine, le label Série B est essentiellement né du désir de redéfinir la bande dessinée de genre, au moment où émergeait la "Nouvelle Bande Dessinée". Ici, ce sont de nombreuses BD, de nombreuses planches et quelques tables de travail qui nous sont données à voir. Très bonne idée !

Utos 2015 (7)

Utos 2015 (9)

 Utos 2015 (8)

L'exposition "Wika" est celle qui nous a le moins plu. Olivier Ledroit, papa des "Chroniques de la Lune Noire", et Thomas Day s'associent et revisitent l'univers des fées. C'est très coloré et les filles sont très poumonnées. C'est sans doute mon côté féministe qui ressort (et celui de Mr K avec) mais la quasi omniprésence des gros nichons dans la BD me sort par les trous de nez...

Utos 2015 (10)
(il y avait tout de même de chouettes croquis, pour le reste je vous laisse faire la recherche parce que de notre côté, ça ne nous a pas convaincu...)

"Le Passage errant" de Sarah Scaniglia est un travail intéressant de photomontages mêlant détails architecturaux nantais et univers SF.

Utos 2015 (11)

"Galactik bricks" proposait au public pendant toute la durée du festival de créer une flotte galactique d’environ 800 vaisseaux en briques LEGO®. Un projet éphémère, original et unique au monde ! Nous étions là au début mais la flotte après 5 jours de festival fut impressionnante !

Utos 2015 (12)

 Utos 2015 (13)

♠ Côté rencontres :

Utos 2015 (29)

Nous avons passé pas mal de temps au bar de Mme Spock à discuter bouquins avec une éditrice chère à notre coeur. C'est aussi ça les Utopiales, des rencontres, des mots échangés, des bières éclusées... Nous avons aussi fait la connaissance IRL, très rapidement mais avec plaisir, de Mariejuliet et Ptite Trolle. Un tweet posté, une curiosité assouvie. La suite lors de prochaines éditions !

♠ Côté bouquins et dédicaces :

Utos 2015 (16)

Bienvenue dans le supermarché de la défonce des amateurs de lecture et de SF en particulier. Ici, t'as les yeux qui te sortent de la tête, t'as envie de tout acheter et tu fais de la muscu pour les 10 prochaines années de ta vie à trimballer tes sacs de bouquins ! Ici, c'est Nantes messieurs dames, c'est la plus grande librairie SF du monde !

Utos 2015 (17)
(ne sont-ils pas beaux tous ces petits Mirobole Editions ensemble !?)

Utos 2015 (18)
(et ces petits Folio SF !?)

Alors là tu respires bien fort hein, tu penses à ton banquier et tu te munis de ton plus beau stylo pour noircir les pages de ton carnet de plein de nouvelles idées de lecture ! Comment ça, t'en as pas besoin ? T'as déjà une PAL à faire peur ? Arrête, on n'en a jamais assez !

Utos 2015 (15)
(coucou les compétiteurs pour le Prix Utopiale Européen)

Achats Uto
(côté achats, voyez comme nous avons fait soft !)

C'est ici qu'ont lieu les séances de dédicaces. Pas de BD de notre côté cette année mais de belles rencontres et de belles retrouvailles avec nos auteurs favoris.

collage4

Laurent Genefort, que nous avions rencontré l'an dernier, a conseillé Mr K pour la suite de sa découverte des Portes de Vangk, un Troll a rajouté un gag à notre exemplaire de "L'Instinct du Troll", Francis Berthelot a signé l'exemplaire d'"Hadès Palace" de Mr K lu et chroniqué au tout début du blog (que les articles étaient courts à l'époque ! (plus courts que l'article que vous êtes en train de lire !!! (hum !))) et on a pu donner notre avis sur la fin du film "Le Prestige" de Nolan à Christopher Priest (joke de l'an dernier où il avait présenté la séance de l'adaptation de son roman du même nom).

collage3

Michal Ajvaz était tout seul à sa table ! Scandale ! Son roman "L'Autre ville" est tellement incroyable ! Lors d'autres séances, nous avons pu constater que ce n'était plus le cas. Ah quand même ! Jean-Claude Dunyach fut LA rencontre de cette année. Nous l'avions seulement croisé les années passées et suite à la lecture de son roman et quelques échanges sur Facebook, nous ne pouvions pas le louper. Jean-Claude est un amour ! Encore une belle rencontre grâce aux Utos ! Pierre Bordage bien sûr, le local de l'étape, celui que l'on est sûr de voir à chaque édition des Utopiales. Bientôt, je crois que tous les livres de Bordage présents dans la bibliothèque de Mr K (autant dire tous les romans de Bordage) seront dédicacés. C'est ça quand on aime... Et Mr K l'aime ! Et puis Xavier Mauméjean, notre chouchou, nous a donné une nouvelle liste de livres à lire avant l'an prochain. C'est maintenant une tradition et ses conseils sont toujours avisés. On repart avec une bonne dose d'amour pour l'année ! Merci !

Dédicaces2

Dédicaces1

Hey Ho !? Y'a quelqu'un !? Vous êtes toujours là !? Oui je sais, c'est un gros pavé que je vous ai écrit aujourd'hui (je vous dis combien j'ai mis d'heures à sélectionner les photos, les retoucher, les uploader et rédiger ce billet ? Non il ne vaut mieux pas, c'est indécent et je saigne des doigts (des yeux aussi remarquez !)). Merci à vous d'avoir lu mon blabla jusqu'au bout. N'hésitez pas à nous laisser un petit mot en commentaires histoire de me rassurer en me disant que vous êtes toujours en vie ! 

Vivement l'an prochain ! A bientôt les Utos !

jeudi 19 novembre 2015

"Des Amis" de Baek Nam-Ryong

26978_1593260

L'histoire : Ce livre nous invite à partager les investigations d'un magistrat qu'une femme a saisi d'une demande de divorce – et qui se trouve donc confronté à un dysfonctionnement social. Là-bas, en effet, les affaires privées engagent l'intérêt public. Et en l’occurrence, la requête est rendue particulièrement délicate par les professions respectives des époux : la demanderesse est cantatrice, et elle se plaint de l'incompréhension "culturelle" de son mari – qui est ouvrier. L'enquête menée par le juge dans l'entourage du couple va donc prendre rapidement un tour quasi politique…

la critique de Mr K : Lors de son édition par les éditions Actes Sud en septembre 2011, Des amis de Baek Nam-Ryong a été le premier roman d'origine nord-coréenne traduit en français ce qui a présenté une mini-révolution dans le domaine de l'ouverture culturelle. En effet, une mince fenêtre s'ouvre sur le pays le plus secret du monde, ultime dictature stalinienne survivante encore au pouvoir, vestige d'une Guerre Froide terminée depuis bien longtemps. Passez votre chemin si vous cherchez un manifeste anti-communiste ou un exemple de propagande pro-régime, l'auteur s'attache ici à nous raconter une histoire intime et sociale à la fois. Vous voila prévenus!

Jong Jin-Woo est juge dans le tribunal municipal populaire de son agglomération. Respecté et craint, il applique les préceptes du pouvoir en essayant d'être juste et impartial. Un jour, Chaï une jeune femme de sa circonscription vient déposer une demande de divorce car elle ne s'entend plus avec son mari. Débute une discussion sur les causes de cette demande et l'évolution de leur mariage. En effet, en Corée du Nord, se marier est un acte social fort, la cellule familiale est sacrée et constitue le maillon de base de la société. En cela, elle doit être préservée à tout prix et chérie de tous pour soutenir le pouvoir en place et garantir la stabilité de la société. Le juge va tour à tour rencontrer les différents partis concernés, rentrer dans l'intimité du couple et tenter de raisonner tout le monde.

Il souffle un vent très particulier sur les 245 pages qui composent cet ouvrage. Bien qu'habitué à la littérature asiatique, on sent qu'on rentre dans un monde, un état d'esprit différent de mes lectures japonaises ou chinoises habituelles. L'auteur suit au plus près notre investigateur de héros dans ses déplacements et ses pensées. On partage ses repas, ses nuits sans sommeil, ses rencontres, ses espérances (notamment dans la possibilité de rabibocher le couple en péril) et ses déceptions. Ce qui pourrait paraître terre à terre et à intérêt limité devient fascinant quand on recontextualise. Par petites touches, au détour de certains paragraphes, Baek Nam-Ryong nous livre quelques parcelles de son pays. Loin des fantasmes et des clichés qui nous habitent, le quotidien nord coréen étonne par sa banalité affichée mais pensée comme partie prenante de la révolution prolétarienne. C'est surprenant car complètement différent de la pensée individualiste qui règne de part chez nous.

Encartés et enserrés dans le système, les personnages néanmoins nous captivent par les déchirements intérieurs qui les habitent et la quête incertaine qu'ils mènent vers le bonheur espéré. Il est beaucoup question dans ce livre d'amour et de confusion des sentiments, il y a l'ordre social établi d'un côté et la vraie nature des sentiments qui unissent cette femme et son mari. Une tension sourde s'insinue, les élans du cœur et les déceptions attendues s’enchaînent entraînant le lecteur dans une ronde incessante de sentiments contradictoires. Entre documentaire et pur roman à fleur de peau, le mélange prend très bien et nous emporte très loin pour très longtemps.

La lecture est très aisée. L'immersion est quasi immédiate et le style simple, détaillé et pur de l'auteur marche à merveille. Il se démarque de mes autres lectures asiatiques par un attachement fort au réalisme sans passage lyriques trop poussés. Ouvrier d'origine, Baek Nam-Ryong s'attache à rendre compte le plus précisément possible de toutes les situations et tiraillements qu'il nous livre ici. On passe vraiment un moment à part avec cette lecture à la fois touchante et enrichissante. Une expérience à tenter pour les plus curieux d'entre vous!

Posté par Mr K à 17:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
mercredi 18 novembre 2015

"Bran Ruz" de Claude Auclair et Alain Deschamps

BR1

L'histoire: On dit qu'un jour la ville d'Is réapparaîtra, triomphante, lorsque les injustices qui dominent le monde auront cessé d'affliger les humains, lorsqu'enfin la société sera réellement sans classe. Car il y a une futur. Le modèle social symbolisé par Is libérée n'avait aucune chance de s'imposer autrefois. Mais il le peut dans l'avenir, parce que l'avenir enferme toutes les potentialités. Les Bretons attendent depuis longtemps le retour du roi Arthur qui est "en dormition" dans l'île merveilleuse d'Avalon. Mais ils attendent aussi que Dahud, tenant la main de Bran Ruz, leur ouvre les portes de la nouvelle cité d'Is. En fait, nous attendons tous cette heure.

Jean Markale

La critique de Mr K: J'ai dégoté ce bien bel ouvrage, Bran Ruz, au détour d'un énième chinage. Paru chez Casterman après une première version publiée au fil des mois dans la regrettée revue À suivre, son contenu a directement provoqué un écho en moi en faisant ressurgir des souvenirs prenants de récits lus à la lueur de ma lampe de chevet étant plus jeune. Il est ici question de la légendaire Is, ville engloutie par les flots par la faute d'une femme séduite par le Diable. Du moins, c'est ce que les gardiens de la culture académique essaient de faire croire car cette version rétablit le récit originel et traditionnel, la version non expurgée par la Sainte Église qui avait tendance à diaboliser les femmes de manière générale. Préparez-vous à un voyage à nul autre pareil, un voyage en terre bretonne entre antiquité et Moyen-âge.

Le Rouge est un enfant abandonné. Sa chevelure rousse est signe de malédiction en ces temps reculés et il apprend à survivre seul dans la lande à l'ombre de la majestueuse et grandiloquente Is, cité plantée au milieu des eaux, gouvernée par Gradlon. Le vice s'est emparé depuis longtemps de la ville qui gouverne la région par la terreur et l'injustice. Inceste royal, corruption généralisée, luttes intestines pour s'approcher du pouvoir, prêtres fanatisés par leur devoir d'évangéliser et purifier les agissements de tous, un roi affaibli et borderline… On sent bien qu'il y a quelque chose de pourri au royaume de Gradlon (formule librement inspirée de Shakespeare -sic-). Au fil des pages et des 12 chapitres qui constituent ce récit, le destin du Rouge va rencontrer celui de Dahut (fille du roi) et d'Is la maudite.

BR4

Quelle claque mes amis! Quelle claque! Cet ouvrage est d'une beauté à couper le souffle, entièrement en noir et blanc, ce parti pris permet de bien souligner paysages et personnages. Certaines cases sont de véritables tableaux, un régal pour les yeux. J'ai particulièrement aimé les paysages désolés abandonnés au vent et à la mer (la scène des naufrageurs est un must dans le genre), les longues marches du héros à travers la lande mais aussi la découverte d'Is entre ruelles étroites et tortueuses et palais somptueux où la richesse s'accumule dans les meubles, les bijoux et les atours des nobles. L'immersion est totale, le réalisme réussi et fidèle à la grande Histoire. Le travail de documentation a du être énorme, le travail titanesque pour arriver à un tel rendu. Franchement bluffant!

BR3

L'histoire tient toutes ses promesses et c'est un vrai plaisir de renouer avec un mythe qui m'a marqué dans mon enfance. Loin des archétypes précités, on rentre dans la matière culturelle bretonne, sans lourdeur ni exagération. Époque rude et univers sombre se conjuguent pour notre plus grand contentement, on se prend rapidement d'affection pour Le Rouge (futur Bran Ruz) et Dahut, deux parias à leur manière dans cette époque arriérée et superstitieuse. Destins humains et mythes se rejoignent entre Dieux anciens et Dieu unique, opposition culturelle et philosophique qui témoigne du recouvrement de l'ancien monde par le nouveau, la lutte est inégale et teintée de mélancolie à la manière de ces dessins en noir et blanc.

BR2

Ouvrage dense d'environ 200 pages, Bran Ruz se lit et se vit littéralement. Au delà de l'histoire qui nous est contée, on se prend à réfléchir sur la notion d'identité bretonne, sur la transmission des mythes et sur l'évolution du monde et des humains. Mais n'est-ce pas là finalement le rôle pédagogique des contes, divertir et instruire, émerveiller et faire trembler? Cette lecture remplit parfaitement cet office, reste longtemps en mémoire après sa découverte et éclaire d'un œil nouveau un classique des légendes bretonnes. Un ouvrage clef que chacun se doit d'explorer si la thématique l'interpelle. Pour ma part, il trouvera une belle place dans ma BDthèque.

Posté par Mr K à 18:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
mardi 17 novembre 2015

"Sukkwan Island" de David Vann

sukkwan islandL'histoire : "Le monde à l'origine était un vaste champ et la Terre était plate. Les animaux arpentaient cette prairie et n'avaient pas de noms. Puis l'homme est arrivé, il avançait courbé aux confins du monde, poilu, imbécile et faible, et il s'est multiplié, il est devenu si envahissant, si tordu et meurtrier à force d'attendre que la Terre s'est mise à se déformer."

Une île sauvage de l'Alaska, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim emmène son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs, il voit là l'occasion d'un nouveau départ. Mais le séjour se transforme vite en cauchemar...

La critique Nelfesque : "Sukkwan Island" de David Vann m'avait été offert il y a déjà longtemps par fée-tish. Ayant depuis découvert l'auteur avec "Goat Mountain" lors de la Rentrée Littéraire 2014 de Gallmeister, j'avais très envie de me plonger dans celui-ci. Oui mais voilà, l'écriture de David Vann est si noire qu'il faut un petit temps pour s'en remettre. Il m'a fallu 1 an et me voici aspirée par ce roman récompensé en 2010 par le Prix Médicis étranger.

Quelle plume ! Quelle puissance ! Lorsqu'on commence à lire un roman de David Vann, son monde, sa noirceur, son amour pour la nature, ses questionnements sur l'humanité hypnotisent le lecteur.

Roy ne connaît que très peu son père. Ses parents se sont séparés il y a plusieurs années et il vit depuis avec sa mère et sa petite soeur. Malgré tout, lorsqu'il lui propose de vivre une année entière dans une cabane coupée du monde qu'il vient d'acheter sur une île sauvage et escarpée de l'Alaska, Jim se lance dans l'aventure et part à la découverte de cette nature et de son père.

Véritable ode à la nature, huit clos des grands espaces, étrange et oppressant, "Sukkwan Island" sonde l'âme humaine. Roy du haut de ses 13 ans est un homme en devenir et se ravit de partager un bout de vie avec ce père absent. Jim est quant à lui plein de bonnes intentions, il veut apprendre à connaître son fils, partager avec lui son amour pour la nature et vivre des moments de vérité forts et inoubliables. Mais au fil des mois passés ensemble, au fil des saisons, avec les éléments déchaînés, la venue de la pluie, la neige, le blizzard et le froid, les rapports père / fils vont être de plus en plus tendus entre les peurs de l'un et la lente ascension dans la folie de l'autre. La solitude dans ce qu'elle a de plus beau et de plus effrayant.

Nous sommes ici en présence d'un roman d'une incroyable force. Ce genre de roman qui laisse le lecteur marqué à jamais. L'urgence et la violence émanent de ses pages et les trois personnages en présence, le père, le fils et cette nature vivante et hostile, véritable personnage à part entière, nous offrent une valse morbide. La difficulté de vivre, la douleur, la solitude, l'absence, l'ombre qui plane de manière incessante sur "Sukkwan Island" plongent le lecteur dans un monde noir et sans échappatoire.

Vous l'aurez compris, ce roman magnifique et poignant n'est cependant pas à mettre entre toutes les mains tant son climax oppressant et empli de désespoir est dur. Il faut être assez mûr pour aller au delà des simples faits effroyables décrits dans ce livre et comprendre la portée du message de Vann. Pour ma part, ce roman m'a désarçonnée à sa lecture, m'a laissé pantoise (je l'aurai davantage aimé si il avait trouvé sa fin 40 pages plus tôt) et m'a obsédée longtemps après la dernière page lue. Lorsque l'on connaît l'histoire personnelle de David Vann et dans quelles conditions il a perdu son père, ce roman prend encore une autre dimension. Je ne peux que vous encourager à découvrir cet auteur et à vous plonger dans ce roman quand le moment sera venu. "Sukkwan Island" s'emparera alors de vous et vous dévoilera toute sa beauté dans la souffrance. Un incontournable.

Posté par Nelfe à 17:26 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
lundi 16 novembre 2015

"L'Homme qui a perdu la mer" de Théodore Sturgeon

sturgeon

L'histoire: Imagine que tu es un gosse, et que par une nuit noire tu cours avec un hélicoptère dans ta main, en disant broûm-broûm-broûm. Tu passes près du type malade et il veut que tu fiches le camp avec ton truc. Le type malade est enfoui dans le sable froid; seuls sa tête et son bras gauche émergent. Il est dans un costume à pressurisation et ressemble à un homme-de-Mars. Il repose là, sans bouger, sans essayer. Disons que tu es le gosse. Et aussi le type malade enfoui dans le sable. Tu as perdu la mer. Pourtant, tu as le mal des profondeurs…

La critique de Mr K: Au cours d'un chinage, je suis tombé sur ce recueil de nouvelles de Théodore Sturgeon écrites dans les années 1940 à 1960. J'aime beaucoup cet auteur qui tient une place à part dans mon panthéon de mes auteurs SF préférés. Il n'a pas son pareil pour percer l'esprit humain, décortiquer les liens qui nous unissent et nous les renvoyer en pleine figure à travers des romans marquants comme Les plus qu'humains et l'incontournable Cristal qui songe. Je ne connaissais pas sa facette de noveliste avant cette lecture, je n'ai pas été déçu.

Huit nouvelles composent cet ouvrage et offre un panel varié de grands thèmes de la SF. La conquête spatiale, la guerre atomique et ses retombées (sic), le savant fou qui veut façonner le monde à son image, la fin du monde, des extra-terrestres belliqueux ou victimes de l'incurie humaine, la figure du monstre ou encore les évolutions futures de l'humanité. Le point commun réside dans l'écriture si remarquable de Sturgeon qui s'intéresse avant tout aux relations entre personnes et / ou entités. Bien que les background soient nourris d'éléments purement science-fictionnels, c'est avant tout les oppositions et rapprochements de personnages qui retiennent l'attention et font basculer ce recueil dans le miroir à humanité et à inhumanité. Une fois de plus, Sturgeon plonge dans la matrice humaine à travers des univers décalés et instables.

On s'attache donc beaucoup aux personnages qu'ils soient humains ou non. Chacun voit sa psyché développée, rien n'est gratuit dans les courtes descriptions ou dans les actes relatés. À travers des trajectoires héroïques, tragiques voir drolatiques (l'excellente nouvelle sur l'évasion d'un bébé alien qui se retrouve à observer une classe de primaire humaine) éclaire le lecteur sur des horizons possibles pour les êtres humains, sur les fautes que les hommes ont tendance à réitérer dans l'histoire et sur la solitude de manière générale qui suinte d'une majorité des courts textes proposés ici. On navigue constamment entre mélancolie, interrogations profondes et désappointement face au sort que réserve l'auteur à ses personnages. C'est assez désarçonnant et du coup excitant d'être bousculé dans ses certitudes et d'être surpris, denrée suffisamment rare pour les gros lecteurs pour qu'elle soit ici notée!

L'écriture de Sturgeon reste un plaisir qui se renouvelle de page en page avec un sommet du genre et l'ambitieuse nouvelle qui donne son nom au volume et qui vous déroutera sans doute. Personnellement, j'ai adoré être baladé au gré de l'écriture étrange qui nous y est servie et qui au final sert complètement l'objectif suivi par Sturgeon: parler de l'humain à travers la SF. Deux / trois nouvelles sont un peu en deça mais l'ensemble est de belle valeur et comblera les afficionados du genre ou de l'auteur. À découvrir!

Posté par Mr K à 17:51 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,