mercredi 13 mai 2015

"L'Été des pas perdus" de Rachel Hausfater

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L'histoire: Il ne se souvient de rien. Enfin… c'est pas tout à fait vrai. Il se souvient de loin. D'avant, il se souvient bien.

Madeleine a un grand-père dont elle est très proche. Mais depuis quelque temps, il change, il oublie les choses; pour lui, passé et présent se confondent. Le temps d'un été, Madeleine et lui vont cheminer ensemble.

La critique de Mr K: Attention grande lecture avec cet Été des pas perdus qui sort justement aujourd'hui dans toutes les bonnes librairies. L'auteur, Rachel Hausfater est une auteure française spécialisée dans le livre jeunesse, elle exerce aussi comme professeur de français à Bobigny. Le sujet abordé ici est grave et touchant à la fois: la maladie d'Alzeihmer et ses répercussions sur le malade et ses proches. Sortez vos mouchoirs, un drame se joue dans ce récit entre nostalgie et confrontation intergénérationnelle.

Madeleine passe l'été chez son grand-père à Paris. Elle nous dit que son père n'en a rien à faire d'elle préférant ses nouvelles conquêtes à la chair de sa chair. La mère n'est pas mieux et très absente. Heureusement, elle a son grand-père qui s 'occupe d'elle comme personne d'autre et qui comble l'affection qui lui fait défaut chez ses géniteurs. Pourtant, une ombre plane: Grégoire commence à avoir des trous de mémoire, à mélanger le passé et le présent… La jeune fille qui inconsciemment craint de perdre le seul être qu'elle adore (les copines non merci) ne comprend pas, s'agace de certaines situations, s'amuse d'autres… mais la réalité est bel et bien là, son grand-père est malade. Elle va se raccrocher avec lui à ses souvenirs de jeunes garçons et entreprendre un ultime voyage dans une Normandie fantasmée par elle et résurgente dans l'esprit de Grégoire à travers les souvenirs d'une époque révolue. Elle reviendra changée de ce voyage quasi initiatique.

J'ai été touché d'un bout à l'autre, le cœur au bord des lèvres, la larme au coin de l’œil. Écrit à la première personne, ce roman traduit le regard incrédule et vif d'une adolescente qui doit faire face à l'éventualité de la mort de son grand-père. C'est donc à travers un langage simple, sans chichi et brut de décoffrage qu'on rentre dans son quotidien où elle partage son temps entre son grand-père bienveillant et aimant, et Grégoire le petit garçon normand qui a perdu jeune, sa grande sœur adorée. Peu à peu, elle se rend compte qu'elle va devoir rentrer dans le jeu du vieil homme pour éviter de le perturber et pour qu'il puisse se raccrocher à une amarre sûre et rassurante. En effet, madeleine porte le prénom de cette sœur disparue et va endosser son rôle. Ensemble, la petite fille et son aïeul décident (lors d'un moment de lucidité de Grégoire) de partir dans la Normandie natale du vieil homme. Ce sera l'occasion pour celui-ci de transmettre ses souvenirs pour ne pas qu'ils s'effacent, garder la trace d'une existence qui peu à peu s'étiole au fil des pertes de mémoire successives. La charge émotionnelle prend alors son envol et il est vraiment plus que difficile de rester de marbre face à l'évolution de la situation.

Au delà de la gradation de la tension liée à la maladie qui est très bien retranscrite, j'ai aussi aimé la douceur des rapports, l'humanité profonde qui se dégage de cette relation unique. De l'amour, de la tendresse et de l'humour lorsque Grégoire déraille et raconte n'importe quoi. Le passage des vaches qu'il aurait oublié de rentrer et qui le réveillent en pleine nuit est assez décalé et drôle. J'ai aussi apprécié la franchise de l'un envers l'autre, ils n'hésitent pas à se frotter et se piquer au détour d'une réflexion malheureuse de Madeleine (le RDV chez le médecin où elle remplace son père pour emmener Grégoire voir un spécialiste) ou lorsque le grand-père chavire sérieusement de la bouillotte. C'est beau, simple, pur et remarquable de justesse et de pudeur. Belle manière en tout cas de s'emparer d'un sujet difficile et tellement douloureux pour les proches des victimes de cette maladie implacable et détestable au possible.

Une grande et émouvante lecture que l'on peut entreprendre dès 12 ans (et bien après aussi!) et qui prouve une fois de plus le bien-fondé des choix audacieux et réussis de la maison Flammarion dans ses séries destinées à la jeunesse. Un grand bravo et un grand merci!

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mardi 12 mai 2015

Le charme de La Havane...

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Dessin de Bar tiré de son blog

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lundi 11 mai 2015

"ALPHA... directions" de Jens Harder

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Le contenu: Dans cet album d’une folle ambition, l’auteur de Leviathan se penche sur les origines du monde. S’appuyant sur une synthèse des connaissances les plus actuelles dans tous les domaines du savoir (astrophysique, biologie, chimie, anthropologie, archéologie, etc.), il raconte l’histoire de la vie sur quatorze milliards d’années, depuis le Big Bang jusqu’à l’émergence des premières civilisations humaines.

La critique de Mr K: Retour aujourd'hui sur une lecture unique en son genre avec cet ouvrage que l'on peut difficilement classifier. On est ici à la lisière de la BD et du livre documentaire. Cet Alpha précède le Beta déjà chroniqué par Nelfe le mois dernier. Jens Harder se propose dans le présent volume de remonter aux origines de l'univers et de dérouler la chronologie jusqu'à l'apparition de l'Homme. Vaste programme et défi que l'auteur relève haut la main mélangeant culture, dessin, humour avec délice et réussite.

On en apprend énormément avec cet opus. Cet Alpha permet au lecteur de remettre au goût du jour et via l'éclairage des dernières avancées historiques, l'évolution de notre monde. Il fait appel pour cela aux grands penseurs et chercheurs spécialisés dans tout plein de domaines comme la chimie, la biologie, l'archéologie, la zoologie, la botanique… Le travail de documentation est impressionnant. On se retrouve face à une œuvre à la dimension universaliste certaine, couvrant tous les champs d'étude possibles avec une jubilation certaine pour Harder et le lecteur saisi et impressionné face à tant de talent déployé. Des passages sont ardus à comprendre mais heureusement en fin de chapitre, une sorte de récapitulatif chronologique est proposé pour raccrocher les wagons et éclairer les quelques zones d'ombre qui peuvent persister.

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Le truchement du dessin est idéal à mes yeux pour aborder ces thématiques si complexes que sont la naissance de l'univers, l'évolution des bactéries et autres organismes. Le trait est précis et d'une grande clarté, proposant un voyage à nul autre pareil. C'est un émerveillement de chaque instant que celui de voir se dérouler sous nos yeux le miracle de la vie luttant contre vents et marées, périodes de glaciation, volcanisme et séisme, renaissant sans cesse, s'adaptant encore et toujours, faisant son chemin et colonisant une planète hostile. Ça fait du bien de revenir aux fondamentaux quand on entend parler à longueur de journée de fondamentalistes obscurantistes niant le principe d'évolution et rejetant toute forme de science et de connaissance. Pour autant, l'auteur ne rejette pas toute idée de divinité avec de nombreuses références au détour des planches qui mélangent déroulé historique et bonds dans le temps vers des références 100% humaines. Ainsi lors du Big bang originel, au milieu des explosions et fusions diverse, l'auteur nous glisse un vieux dieu barbu débonnaire ou un Shiva en plein processus de création, la tectonique des plaques se voit comparer à un chantier en construction, l'apparition des premiers champignons font écho à certaines représentations dans l'art africain, un grand déluge renvoie à l'image de l'arche de Noë… C'est autant de références multiples et variées qui apportent un réel plus à l'entreprise de Harder qui gagne en sens et en universalité car toutes les cultures du monde entier sont représentées au détour de ces cases anachroniques mais néanmoins éclairantes.

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La fascination est totale durant toute cette lecture. Les bichromies s'enchaînent (chaque période se voit attribuer des couleurs différentes), les connaissances s'accumulent sans forcer avec un plaisir évident que je n'avais pas éprouvé depuis mon enfance dans les livres documentaires sur l'histoire de la vie. Cette œuvre intelligente fait son chemin dans les pré-requis du lecteur, son vécu, ses souvenirs, bref… on a conscience de ce qu'est l'histoire avec un grand H, que nous sommes d'insignifiants êtres face à l'immensité de l'évolution et qu'en toute logique, nous aussi nous disparaîtrons comme des millions d'espèces avant nous. En tout les cas, c'est dans la logique des choses.

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On passe donc un super moment à la fois enrichissant (et il y a la dose!) dans la mesure où l'on ressort forcément plus calé sur un sujet incontournable et au centre de toutes les questions fondamentales que l'homme se pose depuis la nuit des temps. On retrouve aussi des souvenirs d'enfance ou d'école (pour ma part, la partie consacrée aux dinosaures m'a beaucoup parlé ayant été un gros amateur de ces grosses bébêtes dans ma prime jeunesse, quelques références au film Jurassic Park au passage) et cela redonne aussi l'envie de se battre pour nos principes républicains en premier lieu desquels celui de proposer une éducation libre de tout sectarisme et de négation de l'avancée des connaissances, choses qui me semblent autant menacées par les islamistes que par nos catholiques intégristes et autres négationnistes de bas étage.

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Alpha… directions est une œuvre unique, essentielle et incontournable. Vous voila prévenus!

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dimanche 10 mai 2015

"Rémanence" de Jérôme Camut et Nathalie Hug

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L'histoire: Comment grandir quand on a connu l'horreur? Il y a 15 ans, deux enfants s'échappaient des geôles du plus dangereux des criminels qui disparaissent après avoir mis la France à feu et à sang. Clara et Louis sont aujourd'hui adultes mais le vernis de leur existence se fissure. L'emprise de Kurtz a profondément gangrené leurs esprits. Insidieusement, le chaos s'installe. Les voix de l'ombre se font entendre à nouveau.
"Je devrais arrêter de répondre au téléphone. Ce serait plus sage. Je devrais mais je je n'y arrive pas. Pas même à débrancher la prise. Je prends un Stilnox pour ne pas entendre la sonnerie. Les fantômes, ça ne téléphone pas".

La critique de Mr K: Rémanence fait écho à la trilogie des Voies de l'ombre que j'avais bien aimé lors de ma lecture (voir le lien vers les trois tomes en fin de post). Ça faisait déjà un petit bout de temps qu'il me faisait de l’œil mais ma PAL est tellement expansive qu'il s'est perdu au milieu des autres ouvrages. C'est en préparant ma cargaison de livres pour mes vacances pétrocoriennes de Pâques que je décidai de l'emporter avec moi. Bien m'en a pris, ce fut une lecture rapide et plaisante au possible.

Deux enfants ont échappé à l'horreur voilà quatorze ans. L'ouvrage commence le jour du mariage de Clara. Après avoir été placée dans une famille d'accueil qui l'a reconstruite comme elle peut, elle a rencontré Édouard (un riche héritier) et s'apprête à faire le grand saut. C'est ce jour précis que Louis (alias Milan) décide de refaire surface dans sa vie. Cela la bouleverse et va la replonger dans un passé qu'elle pensait avoir évacué totalement. Le jeune homme n'a pas eu sa chance d'être suivi, aimé et éduqué comme elle... Il va l'entraîner sur la mauvaise pente. Les farces et bêtises d'adolescents vont bientôt prendre des proportions bien plus graves...

On retrouve d'entrée de jeu la tension omniprésente des tomes précédents. Kurtz a disparu, la France semble avoir retrouvé sa sérénité mais on sent que Clara se cache derrière une image qu'elle s'est forgée. Vit-elle vraiment sa vie? En réapparaissant dans son existence, Louis change toute la donne. Et de chapitre court en chapitre court, on passe d'un personnage à l'autre, les auteurs se gardant bien de nous livrer tous les éléments de compréhension. On nage en eaux troubles surtout que Clara, son père et Louis sont perturbés et ne perçoivent pas les événements comme le commun des mortels. Folie paranoïaque, cocktails médicamenteux, menace insidieuse, autant d'éléments qui font planer une épée au dessus des principaux protagonistes qui semblent se dépatouiller comme ils peuvent dans une toile d'araignée qui semble se resserrer autour d'eux. C'est assez angoissant et bien rendu, on a le ventre qui se tord au fil du déroulé du récit entre crimes, vendetta et révélations nombreuses.

Pour autant, on ne s'attache pas vraiment aux personnages. C'est loin d'être une critique car même si par moment on se rapproche d'eux, un élément répulsif nous est asséné dans les pages qui suivent. Chaque protagoniste a donc un côté attachant (la douleur du père qui a perdu toute relation de confiance avec sa fille, les victimes qui n'arrivent pas à se remettre des traumatismes du passé) et ses zones d'ombre (en chacun réside une part de violence pulsionnelle qu'il ne peut contrôler). Et puis, Kurtz et ses enseignements déviants sont toujours présents. De façon indirecte, via des flashbacks, des mises en relation, l'ogre est toujours en vie et pèse de tout son poids sur les pensées et les actes des deux jeunes gens. Cela fait froid dans le dos et cet aspect destinée fatale, les conséquences d'un embrigadement fascisant sur des esprits jeunes et/ou faibles est très très bien rendu, tout en finesse et sans exagération. Un très bon point pour les auteurs qui fournissent ici un thriller page-turner de très bonne facture, efficace et addictif. À lire absolument si la trilogie des Voies de l'ombre vous a plu.

Déjà chroniqués des mêmes auteurs, série des Voies de l'ombre:
- Prédation
- Stigmate
- Instinct

jeudi 7 mai 2015

"Otage de la nuit" de Richard Matheson

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L'histoire: Un bord de mer désert, hors saison, sur la côte est des États-Unis. Un chalet de vacances isolé. Un couple en crise venu là dans l'espoir de retrouver une harmonie. Ellen est nouée par le ressentiment d'avoir été trahie, David est rongé par sa culpabilité: la comédie de la réconciliation est difficile à jouer. D'autant plus difficile qu'une mystérieuse beauté rôde dans les parages, sapant les bonnes intentions du mari repenti. Qui est cette Marianna dont chaque apparition fait flamber la sensualité de David? Une voisine en quête d'aventure? La projection des fantasmes érotiques d'un homme mal dans sa peau? Ou une créature surnaturelle qui hante les lieux comme une araignée dans sa toile, attirant tous les hommes de passage dans un piège fatal?

La critique de Mr K: On ne présente plus Richard Matheson, un auteur culte de SF à qui l'on doit notamment Je suis une légende et L'homme qui rétrécit. Le hasard a voulu que je mette la main sur Otage de la nuit qui est plus tardif dans sa production littéraire et qui lorgne vers le thriller intimiste et fantastique. Je ne savais pas encore que l'auteur avait touché à d'autres genres et j'étais bien curieux de voir ce que ça allait donner. La lecture fut rapide, mon jugement plutôt mitigé, je m'attendais à nettement mieux de sa part.

Un couple au bord de la rupture veut rallumer le feu de leur amour (sans faire appel à Johnny Hallyday je vous rassure!) en revenant dans le chalet de bord de mer où ils avaient séjourné lors de leur voyage de noces. Elle a la rancœur tenace, il s'en veut toujours de l'avoir trompé. La tension est palpable dès les premières pages avec des pics et des sous-entendus assénés dès qu'ils s'adressent la parole. Ça promet d'être rock and roll! Très vite, le mari fait la connaissance d'une mystérieuse jeune femme qui le charme au moment même où il la rencontre. Commence alors une lente descente aux enfers entre fantasmes inavoués, malheurs conjugaux et fantastique larvé. Qui est cette Marianna? Que veux-t-elle vraiment?

Le gros point fort de ce roman réside dans le traitement des personnages et des relations que l'auteur tisse entre eux. La chronique des problèmes conjugaux est d'une grande finesse et justesse. Chaque mot prononcé amène une réaction, un énervement, une répulsion identifiable instantanément par le lecteur. On croit peu à cette possibilité de rédemption que tente de se donner ces deux personnages tant leur couple paraît irrémédiablement abîmé. Ils tentent de se parler, de faire un pas vers l'autre mais finalement ils ne font que se croiser. Par moment une éclaircie semble être de mise cependant une péripétie, une apparition ou un doute détruit tous les efforts consentis. C'est un peu les montagnes russes émotionnelles durant tout l'ouvrage, en la matière le talent de Matheson n'est plus à prouver.

J'ai moins adhéré à l'aspect fantastique représenté par cette femme étrange venue de nulle part qui semble avoir ses entrées dans le chalet. Elle apparaît et disparaît à son bon plaisir. La tentation incarnée, elle est la source de tous les maux du héros perdu entre la réalité et ses fantasmes. Au départ, j'ai aimé tout l'aspect provocant et incendiaire de Marianna, belle métaphore à elle seule des désirs et aspirations d'un mâle en pleine perte de virilité avec sa femme. Malheureusement, au lieu de rester dans le crédo de la crudité simple et efficace, l'auteur se sent obligé d'en rajouter et l'on tombe alors dans le pathos et le délirant. On pourrait presque parler par moment de sexisme mal placé tant l'auteur veut décharger son héros de toute responsabilité. Le malaise du couple devient alors une gène pour le lecteur partagé entre un ennui qui s'installe (dans la deuxième partie du livre) et l'envie de savoir le fin mot de l'histoire.

Heureusement le style reste léger et abordable, on finit par connaître tous les tenants et aboutissants de l'histoire qui s'avère finalement très classique. Petite déception donc que cette lecture qui me fait dire que Matheson reste avant tout un bon auteur de SF. Dans le genre thriller-fantastique, Otage de la nuit reste un titre dispensable. À réserver aux fans ultimes de cet auteur.

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mardi 5 mai 2015

"Quand on rêvait" de Clemens Meyer

quand-on-revait-Clemens-MeyerL'histoire : Daniel, Rico, Mark, Walter et leurs copains vivent à Reudniz, un quartier pauvre de Leipzig. Ils ont treize ans au moment de la réunification, à l’automne 1989. Après les jeux de l’enfance et le strict encadrement des mouvements de jeunesse et de l’école du régime communiste, vient pour eux le temps de l’adolescence dans un pays nouveau où les règles d’hier n’ont plus cours. Les vols de voiture, les bagarres, l’alcool, la drogue et les fêtes les aident à se sentir libres, à tenter de réaliser leur rêve, celui de devenir "les plus grands" de Reudnitz et même de toute la ville.

La critique Nelfesque : J'ai remarqué la sortie de ce roman dans le magazine LIRE du mois d'avril, un "Spécial Polar" fort intéressant où j'ai piqué quelques idées de futures lectures. En accroche : Un roman coup de poing sur une jeunesse allemande à la dérive. "Coup de poing", "jeunesse", "dérive" et un titre mélancolique. Il ne m'en fallait pas plus ! Je décidais de lire "Quand on rêvait" de Clemens Meyer et Dieu que j'ai bien fait !

Il y a des romans qui vous marquent dans votre vie de lecteur, des romans qui une fois refermés vous laissent un grand vide, des romans emplis d'humanité qui vous mettent les larmes aux yeux. "Quand on rêvait" fait partie de ce club très restreint des lectures qui prennent aux tripes.

Nous voici en Allemagne à un moment clé de son Histoire contemporaine, celui de la chute du Mur. Nous suivons un groupe d'amis d'enfance à différentes périodes de leur vie : leur jeunesse encadrée par la propagande communiste, leur adolescence dans les raves techno entre petits caïds et bandes rivales, leur quotidien à Leipzig, les marches pour la chute du Mur et ses conséquences, et puis la misère sociale, l'alcool et la drogue...

Il plane sur ce roman une noirceur palpable dès les premières pages. Daniel et ses amis, Rico, Walter, Stefan, Mark, sont des gamins comme les autres, plein de rêves et d'énergie. Prêts à braver le monde et les codes établis par les "pionniers" de leur enfance entourée de béton, de parents violents, de misère et de désillusions. Petits mecs en mal de vivre et avec une soif de reconnaissance et d'appartenance qui frise la rage, ils vont brûler leur existence par les deux bouts. La police, la prison, une première fois, une seconde fois, la drogue, les règlements de comptes, l'alcoolisme, l'overdose. La mort.

"Quand on rêvait" vise le coeur du lecteur et touche dans le mille pour qui veut bien se laisser porter par l'ambiance du roman et revenir inlassablement, avec l'auteur, sur des évènements parfois anodins mais tellement lourds de sens dans la vie de cette bande d'amis. La tension monte, les larmes aussi pour cette jeunesse si fragile et innocente, brisée par un destin biaisé et un horizon bouché. Sans d'autres perspectives d'avenir que l'instant présent et la vie dans le quartier, Daniel et ses frères veulent être les plus grands, les plus respectés, les plus forts, les plus libres. Avec toujours un pied dans l'enfance et une loyauté sans faille les uns envers les autres, ils traversent les épreuves de la vie avec leurs moyens, à leur niveau, souvent mal mais ensemble.

Clemens Meyer nous livre ici un roman magistral qui plonge le lecteur dans une époque et une ambiance avec brio. Par petites touches et comme un puzzle, le destin de ces jeunes se façonne peu à peu. Profondément attaché à ces personnages, nous assistons impuissants aux violences auxquelles ils doivent faire face. Le coeur au bord des lèvres, nous les voyons tomber, se relever parfois, nous nous amusons de leurs bêtises de gamins et nous alarmons des proportions qu'elles peuvent avoir. Nous vibrons avec eux sous la plume acérée de l'auteur, abrupte et fiévreuse qui ne nous ménage pas. Les mots sont crus, les phrases vives, les réactions instinctives. L'écriture dans tout ce qu'elle a de plus noble, au service d'une histoire sans concession.

Avec la Jeunesse libre allemande, la chute du Mur, l'Histoire dans l'histoire en toile de fond, "Quand on rêvait" donne à voir l'envers du décor et le quotidien d'une bande de copains. Tout simplement. Une grande émotion et un grand moment de lecture dont on ressort la boule au ventre.

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lundi 4 mai 2015

Hier comme aujourd'hui...

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Dessin de Slim tiré du site du Strips journal

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dimanche 3 mai 2015

Récidive quand tu nous tiens !

Non! Emaüs n'a pas encore frappé! J'y suis persona non grata jusqu'à au moins juillet pour éviter les craquages intempestifs... Malheureusement, mauvais temps oblige, nous nous sommes retrouvé à errer Nelfe et moi du côté de la zone commerciale du coin ce samedi et patatra! Troc.com est mon bourreau du jour avec un rayon livre très bien achalandé et qui m'a fait craquer... C'est ma faute, ma très grande faute! C'est terrible d'avoir aussi peu de volonté, je ne suis pas pour autant ruiné, n'ayant déboursé que la modeste somme de 12 euros pour cet ensemble. Il y a des passions bien plus onéreuses! 

Roulement de tambour, voici les nouvelles pièces adoptées!

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 - Pandora d'Anne Rice. Vampire et Rome antique avec cet ouvrage de l'auteur d'Entretien avec un vampire que j'avais adoré lors de ma lecture. Il était temps de replonger dans cette écriture virevoltante et évocatrice à souhait. Bien bien hâte de m'y remettre!

- La Dormeuse en rouge d'Andrea H. Japp. La quatrième de couverture m'a de suite attiré avec cette histoire de tyran domestique faisant vivre un enfer à ses proches et qui risque d'avoir des surprises! L'auteur a très bonne réputation, je vais donc tenter l'aventure!

- Vortex de Clive Cussler. Là, je suis obligé de balancer! C'est Nelfe qui me l'a mis entre les mains, je l'avais zappé dans le rayonnage et elle me l'a montré me confiant qu'il pourrait me plaire. Un aventurier, une antique île engloutie et des navires qui disparaissent... Pas de doute, c'était pour moi! Destinés, on était tous les deux destinés...

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- L'Utopie de Thomas More. Déjà lu dans le cadre de mes études d'Histoire, je ne l'avais pas dans notre bibliothèque. C'est l'occasion de le relire cette fois-ci pour le plaisir et avec mes 16 ans de plus. Je pense que je vais encore plus l'apprécier (et du coup déprimer quand à la conduite de notre monde actuel -sic-).

- Jusqu'à l'aube d'Albrecht Goes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, pour sa dernière nuit, un déserteur allemand condamné à mort va parler avec un pasteur de la vie, de l'amour et de la mort. Je m'attends à un roman profond et puissant, il va être mis dans la colonne des ouvrages prioritaires!

Journal d'un corps de Daniel Pennac. J'adore cet auteur et j'ai eu la chance de tomber sur ce livre de 2012 en édition brochée de chez Gallimard! Il s'agit ici d'un journal intime basé sur le corps de celui qui le tient. Les quelques passages que j'ai pu lire m'ont fait grand effet, pas de possibilité donc de résister!

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- Le Chateau cannibale de Laurent Genefort. J'aime beaucoup les deux livres que j'ai pu lire de cet auteur qui s'était révélé charmant lors de notre rencontre lors des Utopiales 2014. Il est ici question d'aventure et de fantasy arabesque qui sentent bon la bonne vieille série B littéraire. Un bon divertissement en perspective! 

- Simulacres de Philip K. Dick. Un livre de mon auteur de SF favori que je n'ai pas encore lu! Je n'hésitai pas une seconde pour acquérir cette histoire de monde futuriste en pleine décadence où la réalité et l'illusion se mêlent sans distinction possible. On peut compter sur la logique paranoïaque de K. Dick pour nous livrer un grand moment de littérature! Bien hâte de lire celui-ci aussi!

- Le Pistolero de Stephen King. On peut dire que j'ai écumé le King étant ado et je m'en suis lassé. Bizarrement, je suis toujours passé à côté de son oeuvre plus fantasy. Il était temps de régler ce problème et ce premier volume de la saga mettant en scène Roland Pistolero me tendait ses petites pages... Verdict dans les mois à venir!

- En remorquant Jehovah de James Morrow. Coup de poker de ma sélection, l'histoire est complètement barrée comme je les aime. Dieu est mort et ses anges chargent un capitaine de navire de remorquer son corps de 3 km de long jusqu'en Arctique pour qu'il repose dans un tombeau construit à sa mesure. Mais voila, écologistes, féministes et même le Vatican ne voient pas les choses de la même manière... Étrange, vous avez dit étrange? Wait and see...

- Le Futur a déjà commencé, anthologie. Ce livre est une émanation du festival Étonnant voyageur de Saint Malo (que l'on loupe cette année par manque de préparation! Grrr!), on y retrouve de grands noms de la SF dont Norman Spinrad et Ayerdhal notamment qui à travers des nouvelles de SF qui parlent de nous, du monde autour de nous qui change et qui nous change. Tout un programme!

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- T'ien keou de Genfort et Ponzio. Et de deux pour Genefort dans ma sélection avec cette BD de SF aux dessins bien léchés dont l'action se déroule dans un futur lointain où l'homme a débuté son exploration de l'espace. Je ne suis pas forcément fan des éditions Soleil mais la présence de cet auteur de talent au scénario m'a fait franchir le rubicon. Gageons que je ne me sois pas trompé! 

- Wolff et Byrd, avocats du macabre de Batton Lash. Pour les habitués du blog, vous savez que je suis un grand fan de BD d'horreur type 60' et 70' comme les anthologies Creepy, le dessinateur Richard Corben ou encore récemment le recueil consacré à Lovecraft par Horacio lalia. On retrouve dans cette BD le même style de dessin et un postulat plutôt fun: un cabinet d'avocats se spécialise dans la défense de monstres et d'entitées, le ton navigue entre humour et effets macabres. Ca promet!

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Voila, voila! Y'a plus qu'à! Ma PAL qui avait quelque peu baissé retrouve son niveau d'il y a un mois. La tentation était trop forte... Reste beaucoup d'heures de plaisir multiforme en perspective qui me font saliver d'avance! Quant à Nelfe, elle est la Raison incarnée puisqu'elle n'a pas craqué du tout cette fois ci. Bravo!

samedi 2 mai 2015

"Les Déferlantes" de Claudie Gallay

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L'histoire: La première fois que j'ai vu Lambert, c'était le jour de la grande tempête. Le ciel était noir, très bas, ça cognait déjà fort au large. Il était arrivé un peu après moi et il s'était assis en terrasse, une table en plein vent. Avec le soleil en face, il grimaçait, on aurait dit qu'il pleurait. C'est à La Hague – un bout du monde à la pointe du Cotentin – que la narratrice est venue se réfugier. Elle arpente les landes, observe les oiseaux migrateurs… et Lambert, homme mystérieux et tourmenté aperçu un jour de tempête, et qui n'a cessé depuis lors d'éveiller sa curiosité.

La critique de Mr K: Aujourd'hui un livre qui a fait couler beaucoup d'encre. Mon premier contact avec lui a eu lieu par hasard lors du passage de l'épreuve de français du Diplôme National du Brevet version Professionnelle d'il y a trois ans. Un extrait de ce récit était proposé aux candidats pour la partie analyse de texte et j'avais trouvé le style assez étonnant et rafraîchissant. Le temps a passé et j'ai lu ici ou là des avis très partagés sur ce roman fleuve (540 pages tout de même!) de Claudie Gallay. Beaucoup ont adoré et ont trouvé Les Déferlantes immersif au possible, beaucoup ont aussi arrêté en cours de route ayant eu l'impression de perdre leur temps… Emmaüs avait encore frappé l'année dernière et une amie avait vraiment dévoré ce livre, je décidai donc de tenter à mon tour l'expérience.

La narratrice se trouve dans un petit villa de bord de mer dans le Contentin. Seulement entourée de la Nature sauvage et de personnalités du secteur, elle surnage dans sa vie devenue inutile selon elle depuis la disparition de son compagnon. Très pudique, c'est une taiseuse, elle ne s'épanche pas et vit simplement, de façon contemplative, observant les gens comme elle observe les oiseaux (c'est son métier). Le temps s'écoule lentement, sans surprise, dans une monotonie morne mais rassurante pour cette femme convalescente. Un jour, elle fait la rencontre de Lambert, un homme étrange, secret (un peu comme elle) qui va faire ressurgir du passé des événements dramatiques et changer à jamais les rapports de la petite communauté locale.

Pour ma part, j'ai été happé immédiatement par ce roman. Le rythme est très lent certes, il se calque sur la nature de son héroïne et on se balade lentement sur la côte, on suit le quotidien du petit bar du coin, du faible d'esprit qui retape un vieux bateau, on observe la nidification des oiseaux, le travail d'un sculpteur au succès à venir… il ne se passe pas pas grand chose mais il se dégage un magnétisme certain de cette histoire plutôt banale au prime abord. Mais plus on s'enfonce dans le récit, plus on se rend compte que par petite touche l'héroïne évolue, sort de sa coquille pour s'intéresser aux autres puis à Lambert. D'où vient-il? Quelle est la nature du drame qu'il a vécu? Quel secret va-t-il découvrir? L'omerta est de mise dans la petite communauté de La Hague, les rancunes sont tenaces, la jalousie et les remords aussi.

Entre deux expéditions sur la côte pour son travail, l'héroïne au détour d'un coup au bar ou d'une soirée jeu de cartes va s'apercevoir que tout ce petit monde est lié par des liens plus ou moins visibles et avouables. L'apparence simplicité des rapports humains cache un vécu rude et souvent solitaire. Cela fait écho avec son propre vécu et son rapprochement progressif avec Lambert va lui permettre d'enfin pouvoir essayer de passer à quelque chose d'autre. Elle devra pour cela lever quelques mystères et se faire violence. Beau parcours que celui de la narratrice, une personnalité éteinte révélée par le prisme des autres protagonistes.

L'écriture est vraiment particulière et elle ne plaira pas à tout le monde. Texte descriptif à souhait entre nature et sentiments profonds, les phrases sont ici courtes et lapidaires. Elles rebondissent de mots en mots, le rythme est haché et assez déconcertant pour qui est habitué à lire des romans plus classiques. J'ai bien aimé ce caractère d'urgence, cette tension accumulée par les différents protagonistes et l'écriture la rend à merveille. Ce roman se lit effectivement très rapidement et d'une traite comme le proclame la quatrième de couverture et on a l'esprit qui chavire au fil des secrets qui s'éventent et des révélations. J'ai aimé aussi cette immersion totale dans ce microcosme replié sur lui-même à la fois froid, accueillant et autosuffisant. Par moment, certains personnages partent pour reprendre leur souffle mais ils ne tardent jamais vraiment à revenir comme hypnotisés par les lieux. Ça m'a presque donné envie d'aller y faire un tour pour aller voir le phare, l'auberge et l'île d'Aurigny.

Une excellente lecture que je ne peux que conseiller aux amateurs de grand air et d'histoires intimistes!

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vendredi 1 mai 2015

"Fidèle au poste" de Amélie Antoine

fidèleauposteL'histoire : Mai 2013, Saint-Malo. Chloé et Gabriel forment un couple uni. Mais tout bascule lorsque Chloé disparaît brutalement. Gabriel tente alors de continuer à vivre, et il fait la rencontre d’Emma, une photographe venue s'installer dans la ville.
Mais Chloé s'est-elle véritablement volatilisée ?
Emma est-elle vraiment celle qu’elle semble être ?
Et si la réalité n'était pas telle que le jeune veuf la voit ?

La critique Nelfesque : Une lecture malouine ! Quelle bonne idée ! En tant que bretons, nous ne pouvions refuser la proposition d'Amélie Antoine, de lire son roman disponible en ebook et format papier.

"Fidèle au poste" est un roman étonnant et qui cache bien son jeu. Je ne suis pas une adepte de ce genre d'histoires que je classe facilement dans les bleuettes faciles et sans âme, aussi vite oubliées que lues (oui je sais c'est mal !), et il faut bien avouer que cet ouvrage ne révolutionne pas la littérature. Un homme qui perd sa femme, c'est triste. Un jeune couple qui se voit séparer par le destin, c'est triste. Comment vivre lorsque son amour s'en est allé ? C'est triste ...

Ce roman est construit d'une façon très particulière, le narrateur changeant à chaque chapitre. Ainsi le lecteur est tour à tour en compagnie de Gabriel, fraîchement veuf, Chloé, fraîchement morte et plus tard, Emma, fraîchement débarquée à Saint Malo. Nous suivons donc les "vies" et ressentis de ces 3 personnages et, à ce stade du roman, les chapitres consacrés à Chloé m'ont fait penser à du Van Cauwelaert. En effet celle ci est spectatrice du deuil de Gabriel, telle une âme qui ne pourrait s'envoler. Ca se lit facilement, c'est mignon, un peu trop conventionnel à mon goût mais pas de quoi crier au scandale pour autant.

Cependant, force est de constater que "Fidèle au poste" a un petit plus qui a su me charmer. Par un habile retournement de situation à mi-roman, l'auteure surprend son lecteur et donne une autre dimension à son oeuvre. Je ne vous dirai pas ce qu'il en est, ce serait dommage de vous gâcher la surprise mais en même temps il est très difficile de parler de l'histoire dans son ensemble sans évoquer ce revirement.

Le roman change alors de tournure et j'ai beaucoup plus accroché à cette seconde partie qui, en plus d'être bien ficelée, mène le lecteur à une réflexion et à une vraie critique ("Critique de quoi ?" Ah ben je peux pas t'en dire plus !). C'est malin, bien amené et l'idée étant exploitée vraiment jusqu'au bout avec un final machiavélique, l'adepte de roman noir que je suis ne peut qu'applaudir des deux mains.

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"Fidèle au poste" est un roman en deux temps. Avec cet ouvrage, Amélie Antoine nous livre une histoire à la fois fraîche, dramatique et noire qui donne à voir différente facette de sa plume. Une lecture courte mais efficace que je vous conseille et une auteure que je suivrai à l'avenir.

Posté par Nelfe à 18:43 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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