vendredi 12 juin 2015

"Le Pauvre nouveau est arrivé !" de Thierry Jonquet

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L'histoire : Jésus ! Jésus ! Un chanoine touille de sa canne une tambouille au fumet odorant... Traîne-savates et autres miséreux, gamelles à la main, à la queue leu leu... Jésus ! Jésus ! Allez les gars, Y a du rabiot !

Un jour, parmi eux, Etienne Chabot de Vaudricourt de la Muzardière-Huzart, aristocrate déchu, renvoyé au rang des loqueteux. Une malédiction ancestrale ! Il est naïf, Etienne, jusqu'au fond de sa misère...

Jusqu'au moment où... dans les nuits froides de Paris, une lame bien aiguisée égorge les vagabonds... Une commande de saint Pierre ? Un désastre médiatique pour le Rassemblement ? Conjuration du sort pour Vaudricourt ! Chantage, couardise et fourberie... Chacun y va de sa recette pour accommoder la soupe populaire et en tirer le meilleur prix !

La critique de Mr K : Thierry Jonquet s'invite une fois de plus chez nous aujourd'hui avec cette longue nouvelle publiée chez Librio: Le Pauvre nouveau est arrivé ! Le titre annonce la couleur, ce récit s'avère corrosif à souhait et provocateur par les thèmes abordés. Accrochez-vous, ça va secouer !

Tout commence par la descente aux enfers d’Étienne, dernier représentant d'une famille de nobliaux français maudite entre toutes. Depuis des siècles, ils collectionnent faillites, trahisons et exécutions capitales. Pas étonnant donc que le dernier rejeton, cadre supérieur dans une société de fabrication de fleurs factices fasse les frais d'un remaniement économique. Une promesse fallacieuse le projette au ban de la société, dans la rue, où il va se retrouver confronter à la pauvreté extrême, au regard inquisiteur de la masse travailleuse, à un chanoine littéralement possédé et à un tueur en série spécialisé dans le SDF !

Une fois de plus, Jonquet nous offre une vision bien sombre de notre société. On explore ainsi les arcanes d'une grande société et les mécanismes en marche lors d'un plan social ou d'une restructuration de service (on ne recule devant rien et aucune parole en l'air pour se débarrasser des gens considérés alors comme des poids morts). C'est l'occasion pour le lecteur de se rappeler que pour certains rien n'est jamais acquis et que l'on peut très vite se retrouver dans la précarité extrême. Il y a certes un peu d'exagération dans l'histoire d'Étienne mais on ne peut s'empêcher d'y trouver un écho réaliste à la triste époque que nous vivons (le livre quant à lui a été écrit en 1990).

Une fois déchu, le "pauvre" homme se retrouve immergé dans le monde interlope des SDF où le froid et la faim sont au centre de tout. C'est aussi la violence, la peur et une nouvelle menace. Qui est ce mystérieux tueur qui s'en prend systématiquement aux vagabonds des rues de Paris ? La réponse est assez surprenante et provocatrice, personnellement j'ai adoré ce retournement de situation bien barré et typique de cet écrivain hors norme. Et puis, il y a ce constat amer que nous dresse Jonquet, le spectacle de la misère qui incite le non-pauvre à trimer pour gagner sa pitance, une personne que l'on plaint mais que l'on n'aide vraiment jamais, qui attire les caméras quand un chanoine se met dans la tête de les nourrir et de les sauver avec l'aide d'un parti politique réactionnaire émergent (ça ne vous rappelle rien ?). Vous l'avez compris tout le monde en prend pour son grade, l'humanité ne ressort encore une fois pas grandie de ce récit incisif et sans concession.

Inutile de vous dire que l'ensemble se lit en deux petites heures avec pour moi une jubilation de tous les moments face à cette langue pleine de verve, les jeux de mots insolites et les phrases enlevées si caractéristiques de cet auteur. La provocation est ici sauvage mais toujours guidée par le message sous-jacent inhérent à l’œuvre de Jonquet, l'homme est une belle saloperie mais si l'on gratte bien, on peut aussi lui trouver des moments de grâce. Un petit bonheur de lecture que je vous invite à découvrir au plus vite si le cœur vous en dit.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Mygale
La vie de ma mère !
La bête et la belle
Mémoire en cage
- Moloch

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jeudi 11 juin 2015

Un immortel nous a quitté...

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C'est en rentrant du travail, à la radio que j'ai entendu la nouvelle. Je vous avoue que j'en suis encore tout retourné.

Sur France Info, ils ont cité Saroumane (personnage culte de la série des films adaptés de Tolkien par Jackson) ou le comte Dooku (épisodes 1, 2 et 3 de Starwars) comme rôles de référence... Certes je vous l'accorde, sa deuxième carrière est assez réussie avec aussi ses apparitions chez Burton et Scorcese. Mais c'est oublier qu'il fut avant tout un pilier de la Hammer avec ses interprétations de Dracula, Frankenstein, Fu Manchu, Raspoutine et consorts. Il incarna le bad Guy dans L'Homme au pistolet d'or et Sanson, le bourreau de la Révolution Française ou encore le savant fou dans Gremlins 2, où il se parodiait lui-même! Quelle carrière et quel charisme!

Rest in peace Christopher. C'est un grand nom du cinéma qui nous quitte aujourd'hui.

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mercredi 10 juin 2015

La patience est mère de toutes les vertus paraît-il...

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Dessin de Bar tiré de son blog

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mardi 9 juin 2015

"Le Rêve de Jacek, de la Pologne aux corons du Nord " de Valentine Goby et Olivier Tallec

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L'histoire: 1931, Dourges, dans le Nord. Jacek va avoir 15 ans. Il vient de terminer l'école et brûle de découvrir le monde fascinant de la mine, son rêve depuis toujours… C'est tout l'univers de la Petite Pologne des corons qui revit ici. De l'arrivée des mineurs polonais en France après la Grande Guerre, jusqu'à leur retour forcé au pays suite à la crise des années 1930, une communauté soudée, haute en couleur, avec la mine chevillée au corps.

La critique de Mr K: En septembre dernier, j'ai lu un petit livre fort réussi de la même auteure, Antonio ou la Résistance publié chez Casterman dans la même collection (Français d'ailleurs) qui se donne comme mission de parler des français d'origine étrangère qui ont fait et font encore la richesse de la France n'en déplaise aux réactionnaires et frontistes de tout poil qui semblent avoir pignon sur rue depuis déjà trop longtemps. Mission noble entre toute donc, que je ré-accompagne aujourd'hui avec ce compte rendu d'une lecture une fois de plus limpide et touchante.

Jacek est fils de mineur polonais et en tant que tel son destin est d'aller lui aussi dans la mine pour y travailler. Mais sa mère ne l'entend pas de cette oreille, elle ne sait que trop ce que cette future vie lui réserve et lui interdit de suivre son père dans les entrailles de la terre. L'adolescent ne comprend pas et se braque. Il a le sentiment qu'il ne comprend pas les femmes, en effet que peut trouver à Maurice la belle Kryska dont il est tombé éperdument amoureux depuis le premier regard? Au fil des sorties entre copains, des messes du dimanche et des discussions avec sa famille, Jacek va peu à peu se forger sa propre identité et devoir se frotter à la vie et ses réalités.

La lecture de cet ouvrage fut très rapide (48 pages de texte à proprement parlé) et m'a procuré un plaisir de lecteur renouvelé. Nous sommes immergés dans l'esprit de cet adolescent bouillonnant dont le rêve semble s'éloigner inexorablement. On le sait, à cet âge la moindre contrariété s'apparente à un cataclysme et à la remise en cause du monde entier (c'est le charme des ados!). On assiste ainsi à la scène de la dispute avec les parents, essentielle dans la construction de soi. C'est aussi le temps des copains avec de belles pages sur l'amitié et cette volonté pour les jeunes pousses de réinventer le monde, de le rêver quitte à être déçu quand la réalité prend le dessus. Jacek n'y échappera pas et devra éprouver le chagrin de la séparation mais aussi les affres de l'amour. Très beau portrait de ce jeune polonais en tout cas, vivant et crédible, auquel on s'attache immédiatement.

Belle évocation aussi du travail de la mine qui s'apparente à celui des bagnards et autres forçats. La paie très mince, la fatigue des corps et des esprits (le personnage du père en est le témoin omniprésent), la rudesse des rapports humains avec des relations tendues entre mineurs et supérieurs (tractations sur le salaire, la course à la productivité…), l'univers sombre et étouffant de la mine elle-même (beau passage lors de l'escapade nocturne de Jacek)… Tout cela m'a refait penser en bien plus abordable au superbe Germinal de Zola que j'avais lu adolescent et que j'avais littéralement dévoré.

A travers cette histoire plutôt classique, l'auteur nous brosse aussi un bel hommage à toute une frange de travailleurs polonais qui sont venus en France suite à la Première Guerre mondiale pour remplacer les hommes morts à la guerre et ainsi relancer l'industrie française et plus particulièrement l'activité minière. 500 000 polonais seront ainsi du voyage et contribueront à leur manière au redressement français. Je connaissais peu cet aspect de la reconstruction du pays ce qui a rendu ce récit encore plus puissant à mes yeux. Le racisme ordinaire existait déjà et ces travailleurs et leur famille l'ont subi au quotidien. C'est aussi la nécessité d'apprendre une langue très difficile pour les adultes, plus facile pour les jeunes qui sont scolarisés dans l'école publique, creuset de l'unité républicaine qui passe d'abord par l'apprentissage de la langue. Au détour des pages, des pans de la culture polonaise sont finement abordés et transmis au lecteur: la tradition catholique pratiquante avec la figure de la Vierge noire de Czestochowa ou encore l'évocation du pays qu'ils ont du quitter pour un avenir meilleur dans un eldorado nommé France. A la fin du roman, l'édition propose quelques points d'information concis pour poursuivre la découverte de l'époque et du milieu entr'aperçu dans les pages précédentes.

L'écriture de Valentine Goby fait une fois de plus mouche pour ce livre destiné à un public au-delà de 11 ans. Simple et précise, la langue est accessible et distille l'envie de poursuivre sa lecture par le biais de chapitres ultra-courts de deux pages qui frappent justes et forts. Un livre à faire découvrir tant il contribue à œuvrer dans le sens de la découverte de l'autre et à connaître notre Histoire commune.

lundi 8 juin 2015

"La Fille du train" de Paula Hawkins

la fille du trainL'histoire : Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu...

La critique Nelfesque : Vous connaissez mon amour immodéré pour les éditions Sonatine dont le catalogue ne m'a que très peu déçue par le passé. Je ne rechigne jamais à parcourir les pages des romans qu'ils proposent et lorsqu'il s'agit d'un premier ouvrage, comme c'est le cas ici pour Paula Hawkins, je suis doublement curieuse. Comme si cela ne suffisait pas, les droits de ce dernier ont été vendu à Spielberg qui souhaite en faire une adaptation cinématographique. Que demander de plus pour attiser ma curiosité ?

A la lecture de la 4ème de couverture, rien de phénoménal, rien d'extraordinaire. Une femme qui prend son train de banlieue tous les jours pour aller travailler, on en voit quotidiennement. Cela peut être vous et moi d'ailleurs. Laisser son regard divaguer sur le paysage offert par la fenêtre, rien de plus banal. S'attarder sur des détails et en faire des points de repères dans ses voyages répétés, idem. C'est là où réside toute la force de ce thriller psychologique : partir d'une action aussi anodine qu'une femme parcourant son trajet maison / lieu de travail et écrire un page turner des plus efficaces.

"La Fille du train" est un roman addictif. Une fois commencé, il est difficile de le reposer. Le lecteur est complètement happé par sa structure répétitive comme par le roulis du train. Nous suivons alternativement le quotidien de 3 femmes : Rachel, la fille du train, Megan aka Jess, la jeune femme portée disparue avant sa disparition, et Anna la nouvelle femme dans la vie de l'ex mari de Rachel.

Par petites touches, l'auteur va dérouler leurs histoires et nous distiller des informations formant un grand puzzle qui ne révélera son secret qu'à la toute fin du roman. En ce qui me concerne, j'ai commencé à émettre de sérieux doutes à la mi-roman mais le mystère peut demeurer entier très longtemps si vous n'êtes pas de gros "consommateurs" de thriller. Pour autant, cela n'a pas entacher mon plaisir de lecture et j'ai tout de même savouré le final comme il se doit.

Côté écriture, ce roman ne casse pas des briques mais ses personnages sont là pour relever ce qui pourrait être une faiblesse et faire de ce premier roman, une réussite. "La Fille du train" n'est pas sans rappeler "Robe de marié" de Pierre Lemaitre ou "Avant d'aller dormir" de Steve Watson. En effet, Rachel souffre d'alcoolisme et la nuit de la disparition de Megan est pour elle un grand trou noir. Persuadée de détenir la clé du mystère, peu crédible pour la police du fait de son problème de boisson mais déterminée à démasquer le coupable, Rachel va revenir inlassablement sur ses bribes de souvenirs, sur ses convictions, ses intuitions. Le lecteur quant à lui navigue entre doutes et certitudes la concernant. Le personnage de Rachel est très bien construit et nous éprouvons tour à tour pour elle de l'empathie et de la répulsion. L'auteure nous balade avec brio et tant que toute la lumière ne sera pas faite sur cette histoire, la lecture devra se poursuivre. Attention, l'insomnie vous guette ! Rachel est un personnage très attachant et sa volonté de bien faire et d'élucider le mystère de la disparition de Megan, coûte que coûte, quelqu'en soit l'issue, est louable et démontre une force de caractère qu'elle croit avoir perdu.

Sans éclats de voix, à partir d'une histoire banale, Paula Hawkins réussit à nous captiver par le quotidien et la vie privée de ses personnages. Une fuite en avant et une quête de la vérité qui font de ce roman un ouvrage efficace et prenant. On parle beaucoup de "La Fille du train" en ce moment et ce n'est pas pour rien. Désormais, vous ne voyagerez plus de ma même façon...

 

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dimanche 7 juin 2015

Craquage de juin, craquage bien vilain!

On s'était dit avec Nelfe qu'on ne retournerait pas à Emaus avant la fin de l'été histoire de faire bien descendre nos PAL respectives. J'entends déjà ricaner nos lecteurs les plus assidus (qui connaissent nos craquages successifs et réguliers...) mais je vous jure que ce n'était pas gagné car en rentrant dans les lieux, nous avons discuté avec le responsable du rayon livre qui nous a dit que quelques bouquinistes rennais étaient passés tôt ce matin et qu'ils avaient fait la razzia sur ce qu'il jugeait être les livres les plus intéressants. C'est donc plutôt confiants que nous avons commencé à explorer les multiples bacs de cet antre de l'Enfer (pardon l'abbé!)... Jugez plutôt le résultat.

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Ben oui... On a bien craqué et pour une fois, pas que moi! Nelfe a eu aussi son lot de coups de coeurs. Voici maintenant la petite liste traditionnelle de nos acquisitions qui vont aller rejoindre nos futures lectures.

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Les acquisitions de Mr K:

 

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- Une Porte sur l'éther de Laurent Généfort: un récit de SF d'un auteur que j'affectionne tout particulièrement, deux planètes reliées par un gigantesque tube de diamant voient leur existence menacée par les haines réciproques que se vouent les habitants des deux mondes. N'ayant jamais été déçu par Génefort, je m'attends à un bon roman d'aventure SF.

- Le Chien de guerre et la douleur du monde de Michael Moorcock. Là encore un auteur que j'aime beaucoup avec une histoire de Dark fantasy se déroulant dans une Allemagne moyen-âgeuse fantasmée où un mercenaire sans âme va signer un pacte avec Lucifer en personne. Tout un programme en perspective! J'ai hâte d'y être!

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- Versus d'Antoine Chainas. La quatrième de couverture m'a fasciné: un personnage principal responsable de la brigade des mineurs coure après un tueur de pédophiles qui les enterre près de leurs victimes. Salué par la critique, ce roman a l'air bien hardboiled dans le genre. Qui lira, verra!

- La Machine de René Belletto. J'ai adoré l'adaptation de ce roman avec Depardieu et Bourdon. Deux hommes (un psychiatre et un dangereux sociopathe) vont échanger leurs esprits pour une expérience flirtant avec les frontières de la morale. Si le roman est aussi réussi ça promet!

- La Femme du monstre de Jacques Expert. Nelfe avait bien aimé sa lecture de Qui? du même auteur et cette histoire de femme ayant vécu avec un homme sans vraiment le connaître m'a interpellé. Wait and see!

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- Mr Vertigo de Paul Auster. Je ne peux pas dire non à cet auteur et cette histoire a tout pour me plaire: un jeune garçon élevé à la dure, l'Amérique de la Grande Dépression, le jazz, les lois raciales et la mafia. Le tout écrit par un maître de l'écriture... il me tarde d'y être!

- Un Léopard sur le garrot de Jean-Christophe Rufin. J'aime beaucoup Rufin et ce livre sera un peu différent de d'habitude car il s'agit d'un livre-témoignage sur trente ans de sa vie. Médecine, voyages, humanitaire, relations internationales sont au coeur de cette vie trépidante que je découvrirai dans les prochains mois.

- Autres chroniques de San Francisco et Bye-bye Barbary Lane d'Armistead Maupin. Il s'agit des épisodes 3 et 6 des fameuses Chroniques de cet auteur à la renommée internationale. J'ai lu les 5 premiers tomes il y a déjà bien longtemps et il parait qu'il y en a 9! N'en ayant aucun à la maison, je décide donc de les acheter d'occasion au petit bonheur la chance. Quand la collection sera complète, je replongerai avec délice dans un univers qui m'avait séduit par son humanité et son aspect délirant.

- Les Accompagnements raisonnables de Jean-Paul Dubois. Encore un auteur qu'on adore au Capharnaüm éclairé et ce roman nous avait échappé jusqu'ici! L'occasion était trop belle et c'est avec une certaine impatience que j'attends de pouvoir me plonger dans cette histoire de couple battant de l'aile et d'un mari perdu qui va rencontrer le sosie de sa femme (avec 30 ans de moins...).

- Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil et Danse, danse, danse de Haruki Murakami. Mon chouchou!!! Impossible de dire non et ces deux romans manquent à ma collection. Roooooooooo! Trop bien! Amour, destin, nostalgie... Beau programme en perspective!

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- Corpus Christine de Max Monnehay. Gros coup de poker avec la seule lecture de 12 lignes énigmatiques en dos de livre! Ca a l'air complètement barré et j'adore le titre! Le temps me dira si j'ai eu raison de craquer pour celui-ci!

- La Rêveuse d'Ostende d'Eric-Emmanuel Schmitt. Là encore, impossible de résister à cet auteur ensorcelant et jamais décevant. Il est ici question d'amour, d'exil et de rencontre étonnante. J'en salive d'avance!

- L'Équation africaine de Yasmina Khadra. Je viens juste de finir Les hirondelles de Kaboul que j'ai adoré (chronique à suivre dans les semaines à venir). On peut faire confiance à l'auteur pour mêler suspens, prise de position et regard unique sur notre monde si terrifiant par moment. Ce sera cette fois-ci un voyage en Afrique orientale aux pays des pirates des temps modernes et des islamistes où un occidental va être aux prises avec une violence devenue monnaie courante.

- Saules aveugles, femme endormie de Haruki Murakami. Oui, un fou (ou une folle d'ailleurs!) a lâché ses Murakami dans la nature! Je suis bien content d'être passé par là à ce moment là! Il s'agit ici d'un recueil de nouvelles courtes qui promet-on oscillent entre jubilation, flamboyance et récits hypnotiques! Re-roooooooooooo!

- Les Tendres plaintes de Yoko Ogawa. Une femme bafouée par son mari va se réfugier dans la montagne et va y rencontre quelqu'un qui va changer le cours de sa vie. Ca sent bon le roman contemplatif et zen à la japonaise! Tout ce que j'aime!

- Le Sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari. Prix Goncourt 2012, c'est l'occasion de vérifier tous les éloges que j'ai pu entendre sur son compte par certains collègues de travail et sur diverses chroniques de blog. Coup de poker là aussi!

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- Un Vague souvenir de Plantu. Dernier ouvrage chiné pour ma part, ce recueil de dessins de Plantu que je chronique régulièrement au fil des années et de mes trouvailles. Il s'agit ici du crû de 1990 avec un bon trip revival en perspective!

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Les acquisitions de Nelfe:

 

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- Charlotte de David Foenkinos, Le Prix Renaudot 2014 d'occaz, ça ne se refuse pas !

- Les Désarrois de Ned Allen de Douglas Kennedy parce que de l'auteur, je n'ai lu que "Cul de sac" (que j'ai adoré mais complètement différent de ses autres romans). Celui ci me permettra de faire une petite incursion dans sa bibliographie. On verra bien si j'adhère au style du monsieur.

- Le Seigneur de Bombay de Vikram Chandra : Une belle brique en or ! Une quatrième de couverture accrocheuse. J'espère qu'il me plaira parce que j'en ai pour plus de 1000 pages.

- Les Spellman se déchaînent de Lisa Lutz, je continue la saga doucement...

- Paris la nuit de Jérémie Guez parce que j'avais adoré "Balancé dans les cordes" tout simplement.

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Bon je vous l'accorde au final Nelfe est bien plus raisonnable que moi mais vous le saviez déjà avant de découvrir l'ampleur des dégâts! Deux conclusions s'imposent: les bouquinistes n'ont pas forcément bon goûts (ou ils avaient déjà ces livres en réserve) et nos PAL sont définitivement trop remplies! Que de plaisir en perspective en tout cas! D'ailleurs, je m'empresse de vous quitter pour retourner bouquiner!

samedi 6 juin 2015

"Poids mort" de Xavier Mauméjean

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L'histoire: Paul Châtel entrait plus volontiers dans un café que dans sa femme. Cela n’avait rien à voir avec une prétendue addiction, et encore moins avec leur histoire d’amour. La cause tenait uniquement à ce qu’il ne supportait plus d’être lui-même. Pour devenir autre, c’est-à-dire formidablement obèse, il lui avait fallu courage et patience. Une discipline nécessaire pour intégrer le programme Pondération. La boite avait pour vocation de régler tous les problèmes. Depuis, sa vie avait changé. Aucun regret, bien au contraire, pour l’ancien Paul disparu sous ses replis de graisse. Il avait pris de la consistance. Paul flottait, dans un bain de vapeur, massé par les remous du jacuzzi, léger et désirable comme un bouquet de crevettes. Son mollusque nageait en dessous de la ligne de flottaison. II ne l’avait plus vu depuis que cette bouée de chair lui collait à l’estomac, semblable à un naufragé volontaire. Son histoire était simple, mais elle ne manquait pas d’épaisseur.

La critique de Mr K: Trois lectures de cet auteur, trois belles expériences et au fil des Utopiales, des rencontres enrichissantes avec un homme érudit et accessible. Nelfe, aimant augmenter à l'occasion ma PAL déjà débordante, est revenue il y a quelques temps avec cette nouvelle de Xavier Mauméjean. Vous ne soupçonnez pas les merveilles que l'on peut dégoter dans les endroits les plus incongrus - et croyez moi, dans ce domaine, Nelfe est passée reine du dénichage. Dans cet ouvrage de la collection Novella SF des éditions du Rocher, l'auteur nous livre une histoire plutôt singulière…

Paul Châtel ne se satisfait plus de sa vie. Tout l'ennuie, il a perdu la saveur de l'existence. Sa femme l'indiffère, son fils n'a pas beaucoup plus d'importance que cela. Il en va de même pour son travail et il a l'impression de passer à côté de sa vie. Un jour au bar où il a ses habitudes, un ancien compagnon de classe lui parle d'une mystérieuse société cherchant des personnes pour participer à des expériences d'un genre nouveau. Voyant la réussite éclatante de cette ancienne connaissance, il va tenter l'aventure pour essayer de prendre en main sa vie.

La société Taxinom lui propose alors de rentrer dans le programme Pondération. Il s'agit pour lui de gagner 40kg en six mois avec en objectif une obésité qui pourrait lui apporter une forme de reconnaissance de soi et un bonheur qui jusque là semble lui échapper… Bizarre vous avez dit bizarre? Vous n'avez encore rien lu, espèce de prison dorée où tout lui est accessible (sauf le monde extérieur comme par hasard...), il doit se gaver de repas plus délicieux les uns que les autres (chaque jour devant être une fête, les menus sont calqués sur les repas de fêtes traditionnels: Noël, Pâques, Anniversaire…). Étrange atmosphère constituée de docteurs froids, de superviseurs démagos, de gardes armés surveillants vos moindres faits et gestes, de cobayes consentants qui pètent les plombs… On nage en eaux troubles: que recherche Taxinom? Que va-t-il arriver à Paul? Où veut en venir l'auteur qui se fait bien plus mystérieux qu'à son habitude?

Peu à peu, le lecteur se retrouve emprisonné avec Paul dans un univers glaçant et paranoïaque. Pourtant, le héros ne fait pas grand chose pour s'en sortir, il se raccroche à l'idée qu'il va retrouver un sens à sa vie notamment par le biais de Brigitte une patiente du même programme qui lui redonne goût à certains appétits qu'il semblait avoir perdu définitivement. Cela donne lieu à une scène d'amour en jacuzzi absolument dantesque comme rarement j'ai pu en lire auparavant. Très vite, on se rend compte que cette femme fait partie intégrante de l'expérience et qu'elle doit conduire Paul là où l'entreprise veut le mener. On en perd son latin et c'est vraiment à l'ultime page que le voile sera levé lors d'une chute abrupte et quelque peu décevante dans le sens où Xavier Mauméjean nous sert une explication crédible mais que j'aurais pensé et voulu plus poussée voir métaphysique.

Cela n'enlève en rien à toute l'architecture troublante de la trame déployée sur les 127 pages que compte cette nouvelle. On retrouve le même plaisir et la même fascination pour un style exigeant et si accessible à la fois avec par exemple ce passage: Il lui fallait l'un et l'autre, esprit et viscère, ou mieux pensée et panse sans avoir à y réfléchir. Jeux de mots, images nouvelles, second degré continuel… pour une lecture qui offre réflexion, humour et un peu de noirceur. C'est un savant mélange qui fait bien son effet et qui marque le lecteur pour un petit bout de temps. Une aventure qui se tente pour tous les amateurs de SF maligne et constructive.

Lus, appréciés et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé:
- Lilliputia
- American gothic
- Ganesha

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vendredi 5 juin 2015

Challenge "Destockage de PAL en duo" V3

La dernière session du challenge "Destockage de PAL en duo" a pris fin il y a quelques jours. Il est maintenant temps de passer à l'édition de l'été ! On prend les mêmes et on recommence puisqu'avec faurelix, on a décidé de faire la complète (comme les galettes !).

Le principe de ce challenge imaginé par Zina et Licorne est toujours le même : nous avons 3 mois pour farfouiller dans la pal de l'autre et trouver sa prochaine lecture selon la contrainte du moment afin de lui proposer 2 choix de lecture. Charge à elle ensuite de lire le titre retenu et d'en faire une chronique avant la fin du temps imparti.

Pour cette nouvelle édition, la contrainte est la suivante : UN ETE A LA MER

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Les livres proposés doivent cette fois ci contenir dans le titre des mots tels que plage, mer, eau, soleil, ballons, seau, pelle, sable, phare... "C'est pas gagné !!!" mais en fouillant bien on réussit tout de même à dégoter 2 titres (il n'en aurait pas fallu plus).

Troisième mission : du 1er juin 2015 au 31 août 2015 !
ORDRE DE MISSION : UN ETE A LA MER

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Pour cette mission, faurelix et moi nous voyons attribuer le nom de code "En eaux troubles". On voit que les organisatrices  commencent à nous connaître et ont remarqué notre goût prononcé pour les thrillers.

Les 2 romans que je propose à faurelix sont les suivants :

- "Apnée noire" de Claire Favan (Et bien oui, "apnée" ça rentre dans le thème ! Pour plonger dans la mer et observer les beaux poissons, faut bien faire de l'apnée !) que je ne connaissais pas du tout avant de le trouver dans sa PAL. OMG cette histoire ! Ca peut être très bon !

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- "Avis de tempête" de Susan Fletcher pour lui proposer un genre complètement différent. J'aime aussi beaucoup la 4ème de couv' et je pense qu'elle peut avoir de belles émotions avec cette lecture ci.

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De son côté, faurelix a choisi pour moi les deux romans suivants :

- "Les Vacances d'un serial killer" de Nadine Monfils parce qu'elle sait que je l'ai rencontré au Salon du Livre de Quimper il y a quelques semaines et que je lui ai fait dédicacer ce roman ci depuis longtemps dans ma PAL.

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- "Beach music" de Pat Conroy car j'avais adoré "Le Prince des marées" du même auteur.

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Le gros pavé ou le policier de l'été... J'avoue avoir eu du mal à choisir et je n'exclus pas de lire les 2 si j'ai le temps. Mais pour l'heure, mon choix se porte sur "Les Vacances d'un serial killer" de Nadine Monfils parce que quand on me propose un policier / polar / thriller / roman noir, je ne peux pas résister !

Pour découvrir le choix de faurelix, je vous laisse vous rendre sur son blog. Si ce challenge vous plait, n'hésitez pas à vous y inscrire. Plus on est de fous, plus on rit ! Bonnes lectures !

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jeudi 4 juin 2015

"Le Monde du bout du monde" de Luis Sepulveda

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L'histoire: Un garçon de seize ans lit Moby Dick et part chasser la baleine. Un baleinier industriel japonais fait un étrange naufrage à l’extrême sud de la Patagonie. Un journaliste chilien exilé à Hambourg mène l’enquête et ce retour sur les lieux de son adolescence lui fait rencontrer des personnages simples et hors du commun, tous amoureux de l’Antarctique et de ses paysages sauvages. Il nous entraîne derrière l’inoubliable capitaine Nilssen, fils d’un marin danois et d’une Indienne Ona, parmi les récifs du Cap Horn, sur une mer hantée par les légendes des pirates et des Indiens disparus, vers des baleines redevenues mythiques.

La critique de Mr K: J'avais adoré en son temps Le Vieux qui lisait des romans d'amour du même auteur, une ode humaniste qui côtoyait une merveilleuse évocation de la forêt amazonienne et la vie d'un petit village en bordure du fleuve. Je suis tombé sur Le Monde du bout du monde au détour d'un chinage de plus, je n'en avais jamais entendu parler et en lisant la quatrième de couverture j'ai été tenté par les thématiques qui semblaient être abordées: les rêves de jeunesse, l'exil, l'écologie et le milieu marin. Ce fut une lecture heureuse (quoique plombante par moment) et très rapide, le livre étant très court (123 pages).

Un jeune chilien se découvre une fascination pour la mer et notamment les baleines via la lecture du classique Moby Dick. Il effectue alors un voyage initiatique dans le sud du pays, dans la sauvage Terre de feu et va confronter ses aspirations et ses idéaux avec la réalité. On le retrouve bien plus tard en Allemagne où il est devenu journaliste free-lance pour le compte d'associations écologistes comme Greenpeace. Il va devoir mener l'enquête suite au naufrage mystérieux au sud du Chili d'un baleinier japonais flirtant avec l'illégalité depuis bien longtemps. Ce voyage - ce retour aux sources en quelque sorte - est l'occasion pour lui de renouer avec son passé et celui de son pays, de prendre conscience de l'ampleur de la catastrophe écologique se nouant dans cette zone du globe. Il en reviendra irrémédiablement changé.

Quand on s'intéresse à la biographie de Sepulveda, on se rend compte que son héros et lui ont en commun cet exil forcé loin du Chili face au régime dictatorial de Pinochet. Le récit prend donc un caractère vécu et cela se ressent dans le traitement du personnage principal qui est criant de vérité. Au delà d'un pays enfoncé dans ses certitudes où la liberté d'expression est bannie, le retour en Terre de feu est l'occasion pour l'auteur de parler d'un génocide totalement oublié des livres d'Histoire et dont je n'avais jamais entendu parler: celui des premiers habitants des lieux, les indiens Yagans, Onas et Alacalufe qui vivaient en communion avec la nature et qui ont été chassés comme de vulgaires animaux par les occidentaux venus s'installer. Cela donne lieu à des pages assez insoutenables mais nécessaires pour que l'oubli total ne s'installe jamais.

Au delà de ce drame humain, ce livre traite aussi de l'exploitation de la mer par l'homme. En premier lieu, il y a bien sûr la chasse à la baleine aujourd'hui interdite mais qui perdure de façon illégale notamment par le biais de navires japonais clandestins (bon exemple dans ce livre, sans diabolisation mais sans censure non plus). D'ailleurs après un voyage sur un baleinier durant son jeune âge, le héros va se détacher de sa fascination pour le capitaine Acchab dont il va découvrir qu'il se révèle être un boucher. Adulte, il va se confronter à une autre réalité, l'exploitation sans vergogne de la mer et de ses fonds notamment à travers des pratiques destructrices aux conséquences parfois irréparables: Nous avons vu un bateau-usine de plus de cent mètres de long, avec plusieurs ponts, arrêté, mais ses machines tournant à plein régime. Nous nous sommes approchés pour reconnaître le pavillon japonais qui pendait à la poupe. A un quart de mille, nous avons reçu un tir d’avertissement et l’ordre de nous éloigner. Et nous avons vu ce que faisait ce bateau. Ils aspiraient la mer avec des tuyaux d’environ deux mètres de diamètre. Ils sortaient tout, en provoquant un courant qu’on a senti sous notre quille, et après le passage de la suceuse la mer n’était plus qu’une espèce de soupe noirâtre et morte. Ils sortaient tout, sans s’arrêter à penser aux espèces interdites ou sous protection. La respiration presque paralysée par l’horreur, nous avons vu plusieurs bébés dauphins se faire aspirer et disparaître. Et le plus horrible, ç’a été de constater que par un trop-plein fixé à l’arrière ils rejetaient à l’eau les déchets de la boucherie. Ils travaillaient vite. Ces bateaux-usines sont l’une des plus grandes saloperies inventées par l’homme. Ils ne vont pas sur les bancs. La pêche, ça n’est pas leur affaire. Ils cherchent la graisse ou l’huile animales pour l’industrie des pays riches et, pour arriver à leurs fins, ils n’hésitent pas à assassiner les océans... Je vous l'accorde ça calme, pour autant nulle leçon de morale (ce n'est pas le genre de Sepulveda dans ses livres), un simple constat froid et mélancolique qui donne à réfléchir sur la capacité de l'homme à détruire son berceau et à engendrer sa propre fin en conséquence ultime.

De ce livre, je retiendrai aussi la merveilleuse science du langage de cet écrivain qui tient vraiment une place à part dans mon cœur. Les descriptions des paysages (faune et flore comprises) sont à couper le souffle, l'immersion est totale dans ces lieux si éloignés de notre quotidien où la nature est omniprésente car l'homme n'y est pas encore trop présent (hormis sur l'eau). On retrouve la simplicité et la douceur des mots de Sépulveda qui est capable en deux pages de vous planter un décor, une ambiance puis de tout renverser dans celles qui suivent. On oscille constamment entre beauté, humanisme mais aussi mélancolie et nostalgie. Le tout accompagné par le sentiment que l'on a dépassé un cap et que rien ne sera plus jamais comme avant, l'ancien monde faisant place à celui de l'hyper consommation et de la méconnaissance.

Oui cette lecture peut filer le bourdon mais on y trouve aussi des petits bijoux d'humanité, de belles leçons de courage et un tableau éblouissant de la Terre de feu. Un livre nécessaire, un livre essentiel!

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mercredi 3 juin 2015

"La Ligue des gentlemen extraordinaires" de Alan Moore et Kevin O'Neill

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L'histoire: Londres, 1898. L'ère victorienne vit ses dernières années et le XXe siècle se profile. À cette époque de grands bouleversements, les champions sont plus que jamais nécessaires. Allan Quatermain, Mina Murray, le capitaine Nemo, le Dr Henry Jekyll, Edward Hyde et Hawley Griffin forment la Ligue des Gentlemen extraordinaires. Ces justiciers sont les seuls à pouvoir contrer la menace mortelle qui pèse sur Londres, la Grande-Bretagne, et la planète entière !

La critique de Mr K: On ne présente plus Alan Moore, un des plus grands scénaristes de BD de notre époque avec à son actif notamment le classique V pour Vendetta ou encore plus récemment le Néonomicon. C'est encore le hasard qui me mit sur le chemin de ces deux volumes à la réputation flatteuse et à l'adaptation cinématographique catastrophique (mais mon Dieu qu'est-ce que Sean Connery est allé faire dans cette galère!) . Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour rentrer dans l'univers peu commun de ces aventures échevelées au sein de l'Angleterre victorienne. Accrochez vos ceintures, le voyage se promet d'être dantesque!

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L'État anglais face aux grandes menaces a de tout temps créé des ligues de champions, de justiciers pour combattre le crime organisé et les menaces d'outre-monde. En début de volume, on retrouve Mina Harker (au cou mystérieusement recouvert d'un foulard) contactée par un certain M. Bond qui lui enjoint de partir au Caire pour retrouver Alan Quatermain, un aventurier légendaire qui s'est perdu dans les fumées d'opium. Au fil des pages, nous allons aussi faire la connaissance de Némo (un capitaine de sous-marin des plus ombrageux), de l'homme invisible qui s'avère être un incorrigible pervers et du docteur Jeckyll qui a de sérieux soucis de dédoublement de personnalité. Une fois réunis (et ce n'est pas de tout repos croyez moi), l'enquête peut commencer. Il se trame de drôles de choses à Chinatown et quelqu'un tire les ficelles depuis les plus hauts sommets de l'État. Le deuxième volume mettra nos héros aux prises avec une invasion extra-terrestre qui n'est pas sans rappeler celle dépeinte dans La Guerre des mondes de Wells.

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Belle réussite que cette mini saga avec de l'aventure avec un grand A et des personnages attachants. Ils vont en effet en voir de toutes les couleurs dans cette Angleterre du XIXème siècle très bien retranscrite. Ainsi les mœurs sont bien différents comme en témoigne le statut de femme dévoyée que porte Mina car elle est divorcée ou encore les rapports entre les différentes classes sociales entre condescendance et mépris. On voyage beaucoup aussi avec un passage au Caire et sous la mer en compagnie de l'énigmatique Némo. Pour une BD de divertissement pur, je trouve que les personnages sont assez fouillés et chacun a son petit fil rouge personnel qui pousse le lecteur dans sa lecture pour connaître le fin mot de l'histoire.

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Le côté jubilatoire intervient dans le principe même de cette ligue qui ne comprend que des personnages légendaires ou inscrits dans le patrimoine culturel européen du XIXème siècle: l'homme invisible, le docteur Jekyll et son double Hyde terriblement impressionnant dans cette version, Némo (un de mes personnages préférés toute littérature confondue), Mina Harker toute droite sortie du fabuleux Dracula de Bram Stocker sans oublier ensuite dans le récit les Moriarty, Fu Manchu et d'autres que je vous laisse découvrir par vous-même. Divertissante, cette BD est chargée culturellement et Moore se plaît à croiser les destins, modifier l'Histoire pour nous fournir une uchronie virevoltante et parfois intimiste car les personnages sont aussi exposés dans leur vie plus personnelle (j'ai adoré ainsi la relation complexe qui se tisse entre Quatermain et Harker).

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Le scénario est donc béton, maîtrisé de bout en bout avec une fin ouverte qui ne demande qu'à être poursuivie. Les dessins sont au diapason, dynamiques et colorés, ils mettent bien en valeur l'époque, les personnages et les scènes dites d'action. En bonus en fin de chaque volume, on retrouve pèle mêle des illustrations inédites, des jeux, une nouvelle "stupéfiante" de Moore racontant un voyage intérieur de Quatermain après une prise de drogue et même un almanach recensant les lieux magiques du globe (bel exercice de style mêlant lieux réels, localités imaginaires et légendes du crû). Ces ajouts apportent une plus value non négligeable à une entreprise d'une beauté et d'une profondeur vraiment intéressante et fascinante.

Vous l'avez compris, ce diptyque saura séduire les amateurs d'aventure décomplexée et de références culturelles savoureuses. Un must pour moi en tout cas!