samedi 3 décembre 2016

"Points chauds" de Laurent Genefort

9782253169819-T

L’histoire : Depuis le mois de septembre 2019 et l’ouverture des premières Bouches, ces passages spatio-temporels par lesquels des myriades d’aliens se sont engouffrés sur terre, rien n’est plus pareil.

Effervescence, exultation, panique… À présent nous ne sommes plus seuls.

Face à ces extraterrestres d’origines, de mœurs et d’aptitudes diverses, il faut faire face, s’adapter.

Oui, mais comment ?

La critique de Mr K : Première chronique d'un ouvrage acquis aux Utopiales cette année. C’est à Laurent Genefort et son Points chauds d’entamer cette série avec un ouvrage qui en fait en contient deux. Tout d’abord, il s’agit d’une réédition "augmentée" de la nouvelle Rempart primée à plusieurs reprises (Grand prix de l’imaginaire 2011 et prix Bob Morane 2011). A été rajouté à ce texte, Le Guide de survie en situation de contact alien qui comme son nom l’indique doit permettre au lecteur d’appréhender au mieux le nouvel ordre mondial découlant de ces migrations célestes et des rencontres du troisième type qu’elles peuvent engendrer.

Dans la première partie s’étalant sur une période de 17 ans (2019 à 2036), l’auteur nous convie à observer l’arrivée massive d’extraterrestres via des passages qui apparaissent au gré du hasard selon les humains. Ces bouches venues d’ailleurs viennent toujours par deux, une pour l’entrée une pour la sortie. Les aliens qui en surgissent n’ont pour la plupart comme but que de passer par notre monde pour ensuite poursuivre leur migration vers un monde meilleur. Ces événements ont forcément des conséquences que Laurent Genefort se plaît à nous raconter via différents points de vue de spectateurs ou acteurs du récit, mais aussi des articles de presse ou des retransmissions télévisées.

Tour à tour, on suit les différentes missions qui incombent à un membre de la force Rempart qui est sensée protéger les aliens lors de leur migration entre une bouche d’entrée et une bouche de sortie. C’est l’occasion de scènes d’actions bien réussies et de réflexions diverses sur l’usage de la force et le ressenti des populations humaines face à ce déferlement venu d’autres mondes. On suit aussi une jeune médecin officiant dans l’humanitaire qui voyage à travers le monde pour venir au secours de réfugiés de tout bord (humains comme extraterrestres). Elle va être confrontée à la realpolitik et au chaos régnant dans les zones de guerre. On suit aussi un groupe d’humains qui va escorter de leur propre chef une colonie d’aliens jusqu’à bon port malgré les obstacles naturels et humains qui vont se dresser entre eux et leur objectif. Par petites touches supplémentaires, on croise aussi un entrepreneur en sécurité, une jeune fille d’origine allemande qui va franchir le rubicond des bouches pour explorer l’espace intersidéral et aux travers d’articles et d’émissions télévisées, nous pouvons entr'apercevoir l’évolution des lois et règlements en vigueur sur Terre concernant les visiteurs de l’espace.

Le récit en lui-même est de facture assez classique, on retrouve des archétypes vus et lus ici ou là avec le personnage qui peu à peu évolue au fil de ses rencontres avec les extraterrestre, l’utopiste qui va aller au bout de sa mission au nom de l’entente entre les peuples, le grand patron avide de pouvoir et d’argent que les barrières morales ne freinent pas, la foule haineuse emportée par la peur de la différence, les cortèges de réfugiés livrés à eux même et confrontés aux réticences des sédentaires bien installés et aux tendances nationalistes exacerbées par la situation. Cependant, on suit avec plaisir les bonds dans le temps qui nous sont proposés et même si la surprise est rarement au RDV, on passe un très bon moment. Surtout que plus qu’un livre d’invasion d’êtres venus de l’espace, Points chauds est aussi une remarquable étude de la nature humaine, de l’organisation de nos sociétés et leur tendance à sur-réagir et tomber dans la paranoïa. La tonalité du livre est donc globalement sombre et ne donne une fois de plus pas beaucoup de place à l’optimisme même si par moment, une petit victoire humaniste émaille un background plus rude et parfois éprouvant. Les parallèles sont en effet aisés à faire avec l’actualité récente dont en premier lieu le traitement médiatique et politique de la crise des migrants.

La deuxième partie du livre consacrée à un guide de survie en cas d’invasion extraterrestre est beaucoup plus légère bien que sérieuse dans son traitement. En vrac, l’auteur nous donne des pistes pour lier un premier contact avec les aliens, vivre en bon voisinage avec eux (voir plus !), voyager en dehors des mondes connus avec tout un tas de conseil sur les compétences à posséder et le sac de voyage à préparer avant de sauter dans une bouche. C’est drôle, illustré de façon maligne et on se plaît à suivre cette étude à la fois sociologique, historique et psychologique calquant les guides de voyage bien connus des routards et autres explorateurs des temps modernes. On finit la lecture du volume avec un petit sourire aux lèvres ce qui n’était pas forcément gagné vu la teneur de la nouvelle entamant le livre.

Comme toujours avec Genefort, la forme est délicate et développée à souhait. L’écriture est un bonheur de tous les instants présentant un savant mélange de descriptions courtes mais denses et de scènes d’action immersives au possible. On ne voit pas le temps passer, les pages se tournent toutes seules et c’est tout surpris qu’on se retrouve déjà en fin de lecture. Belle réussite que ce double ouvrage qui offre une vision novatrice d’une présence étrangère sur notre planète, pas forcément la plus positive pour l’homme (qui se retrouve ici plus prédateur que proie des aliens) mais nous éclaire aussi sur le temps présent. Une belle expérience que je vous encourage à entreprendre au plus vite.

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
Mémoria
Les Opéras de l'espace
- Une Porte sur l'éther

Posté par Mr K à 19:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

jeudi 1 décembre 2016

Nos Utopiales 2016

Du 29 octobre au 3 novembre dernier, se tenait à Nantes, notre festival de Science-fiction préféré : les Utopiales ! C'est maintenant une habitude depuis plusieurs années, nous ne ratons aucune édition. Et cette année, petite nouveauté, nous avons décidé de ne pas nous contenter d'une seule journée mais de doubler la mise en étant présents à la Cité des Congrés de Nantes sur 2 jours. Le thème 2016 était "Machine(s)"...

Affiche

C'est sur les bords de la Loire, à 15 minutes à pied du lieu du festival, que nous avons posé nos bagages. On change de quartier, face à l'Ile de Nantes, on profite d'une balade sympathique matin et soir. Ça réveille ou ça décrasse selon l'heure de la marche. L'environnement est sympa et calme et ça nous permet d'arpenter un coin de la ville que nous ne connaissions pas encore. Bref, c'est tout bénef !

Bords de Loire

Lorsque les Utos approchent et que le programme est enfin dispo sur le net, c'est la course aux réservations de logement pour dégoter THE bon plan. Tout est une question de méthode. On imprime le programme que l'on checke chacun de notre côté puis on met tout cela en commun afin de déterminer quel jour conviendra le plus à l'un ou à l'autre. Cette année, encore plus que les années précédentes (ou alors c'est l'âge qui commence à me faire perdre la boule), aucun jour ne se détachait vraiment et la frustration pointait déjà le bout de son nez. Voilà pourquoi nous avons supprimé cette année notre journée en ville avec shopping et pause thé à La Cigale pour 2 journées complètes à la Cité. Ceux qui nous suivent sur Instagram ont eu un petit aperçu en live de nos pérégrinations. Ceux qui le font sur twitter ont pu suivre quelques conf' avec moi (chanceux !).

Check programme

Trève de blablas et pénétrons maintenant là où tout se joue en matière de SF pendant presque une semaine. Nous sommes samedi matin, nous arrivons à la Cité des Congrés en passant au dessus de l'Erdre. Avouez que je n'ai pas menti et que la promenade matinale est on ne peut plus agréable ! Surtout sous le soleil !

Erdre

Je ne vais pas vous faire ici de comptes-rendus détaillés de chaque conférence. Tout simplement parce que je ne prends pas de notes, que je préfère profiter de l'instant et que tout simplement d'autres l'ont déjà fort bien fait. De mon côté, je vais plutôt vous donner un aperçu de tout ce que l'on a fait sur 2 jours. Pour les conférences en particulier, je vous renverrai vers des vidéos ou documents audios disponibles sur le net et que je vous conseille vivement de visionner / écouter tant les contenus sont intéressants (ben oui, on est pas maso, c'est pas pour rien que l'on aime les Utos !). N'hésitez pas à cliquer sur les liens !

Arrivee Utos

♠ Côté conférences :

On commence samedi dès 11h avec "Voitures volantes, souvenir d'un rétro-futur" que nous ne suivrons pas jusqu'au bout car après une première moitié intéressante où j'ai appris que ma voiture avait existé en version volante (si si je vous jure, il y a vraiment eu une Fiat Punto lancée dans les airs...), les intervenants ont dévié du sujet... Je vous laisse juger par vous-même.

Conf vue de haut

Pour "Qu'est-ce qu'une Intelligence Artificielle ?", le public est au RDV et à la guerre comme à la guerre, c'est le cul posé au sol que nous suivrons cette conférence. Pour la voir ou la revoir confortablement dans son canapé, une vidéo Youtube est disponible ici.

Conf AI

Dans "Le Vaisseau spatial comme personnage" nous tentons de déterminer si la machine à voyager est devenue un protagoniste récurrent et nécessaire de la science-fiction et chacun y va de son vaisseau préféré. "Le Voyage fantastique", conférence animée par des scientifiques, nous apprend que l'on peut désormais programmer des mini-pompes présentes dans nos corps pour délivrer directement des médicaments et stimuler le cerveau.

Conf Vaisseau spatial

La Rencontre avec François Rouiller clôturera notre journée côté conférence. Une rencontre qui restera longtemps dans nos mémoires tant le personnage est sympathique, intéressant et jovial ! Mr K a lu et adoré son "Métaquine". Après cette rencontre, je pense vraiment lui emprunter ce roman tant l'auteur a piqué ma curiosité et m'a beaucoup amusée. François Rouiller est un véritable couteau suisse (ça tombe bien il est suisse) ! Pharmacien, il est également membre fondateur et premier président de l’association des Amis de la Maison d’Ailleurs et bien sûr un passionné de science-fiction et de bandes dessinées. Il est aussi illustrateur et écrivain. Une exposition consacrée à "Métaquine" était présentée aux Utopiales cette année (voir plus bas) et son roman était également nommé au Prix Européen des Utopiales.

Rencontre Rouiller

Dimanche, à 11h, nous assistons à la Rencontre avec Anna Starobinets. Pour ne rien vous cacher, c'est pour elle que nous sommes ici ce jour. Mr K ayant adoré "Refuge 3/9", il voulait absolument rencontrer l'auteure et pouvoir discuter avec elle. De mon côté je ne l'ai jamais lu mais après avoir assisté à cette rencontre, je pense que je me laisserai également tenter. L'auteure est incroyable et on se demande bien où ce petit bout de femme de 38 ans qui en parait 30 va chercher tout ça ! Elle est surnommé la "Reine russe de l'horreur" et à priori, ce n'est pas pour rien... A suivre de mon côté, confirmé pour Mr K. Son roman, "Le Vivant", était également nommé cette année au Prix Européen des Utopiales et l'a d'ailleurs remporté ! Une récompense bien méritée tant il a aussi fait son effet au Capharnaüm éclairé (la chronique de Mr K qui a lu l'ouvrage depuis est à retrouver ici).

Rencontre Starobinets 1

Rencontre Starobinets 2

On continue de suivre Anna Starobinets dans ses conférences du jour avec "Les Machines nécrophoniques" (en plus, on retrouve Xavier Mauméjean à la modération ce qui promet une discussion passionnante). Et si la machine gardait infiniment trace de nous ? Si nous pouvions écouter les morts ? Lorsque l'on voit que les comptes FB des personnes décédées restent ouvertes après la mort de leurs propriétaires et que chacun peut aller y mettre un petit mot comme autant de témoignages ou de recueillements sur une tombe, on est en droit de se poser la question... Qui n'a jamais été confronté à la situation de voir une personne décédée apparaître dans son fil d'actualité parce qu'un "ami" a publié quelque chose sur son profil ? 

Conf Machines nécrophoniques

Puis nous avons assisté à l'"Interro surprise sur les machines dans Ulysse 31" qui s'est plutôt transformée en un cours sur Ulysse 31. J'ai vu quelques épisodes quand j'étais gamine mais j'ai pu constater ici qu'il y a de vrais fondus de la série. Mr K les a tous revu il y a peu et Hervé de La Haye, qui a mené cette rencontre avec le public (et qui est également chercheur indépendant dans les domaines du dessin animé et de la musique pour le cinéma et la télévision), connaissait son sujet !

Interro surprise Ulysse 31

Après avoir assisté à la fin de la conférence dédiée à "La Machine mythologique", retour sur une conférence en présence d'Anna Starobinets pour "Les Machines sont-elles nos esclaves ou... ?". Gros coup de fatigue à ce moment là (et oui, c'est intense 2 jours d'Utos et pour l'instant je n'ai parlé que des conférences...), nous décidons de tester pour la première fois les casques de traduction simultanée. N'ayant pas de problèmes majeurs avec l'anglais, d'habitude nous ne les utilisons pas mais je dois dire qu'après en avoir fait l'expérience, je suis conquise ! Quel confort ! Confortablement installés, nous avons pu profiter pleinement des interventions et nous en sommes ressortis ravis. Sommes-nous encore capables de nous passer des machines ou bien avons-nous troqué notre  autonomie pour la sécurité et le confort ? Oups... Avec nos casques récemment empruntés, on est en plein dans la problématique ! Ce fut pour nous la meilleure conférence. Grâce aux machines ? Possible...

Traducteurs

Conf Machines esclaves

Enfin, nous clôturons ce week-end Utopiales avec la remise du Prix Julia Verlanger qui fut attribué cette année à Karim Berrouka pour "Le Club des punk contre l’apocalypse zombie" :

Remise du Prix Julia Verlanger

D'autres conférences du festival ont été enregistrées et mises en ligne sur le site d'Actu SF. C'est par là que ça se passe et c'est du super boulot !

Conf public

♠ Côté expos et animations :

Nous avons pu nous promener sur Mars grâce au projet VR2Planets issu des travaux de recherche du laboratoire de Planétologie et Géodynamique de Nantes. En s'inscrivant à l'avance, par petit groupe de 12 personnes, nous avions accès à une salle d'étude immersive dont seuls les planétologues et étudiants en géodynamiques ont accès habituellement. Une expérience inoubliable ! Un planétologue nous a équipé chacun d'une paire de lunettes spéciales et nous a fait une visite de Mars. Nous avons découvert ainsi la diversité des paysages martiens, avons observé son relief, parlé de sa géologie... De vraies données, des éléments à notre échelle, une explication à la fois simple d'accès et passionnante. Nous y étions. J'ai adoré !

Dans les allées des Utos, nous avons également croisé plusieurs fois Pepper, un robot japonais créé en 2014 et qui est disponible en France depuis cette année. Il communique par la voix, par la gestuelle, mais aussi de manière visuelle grâce à sa tablette intégrée. Il peut comprendre des mots et des phrases, permettant ainsi des interactions naturelles et intuitives avec les personnes. Il est aussi reconnu comme le premier robot humanoïde au monde à posséder la capacité de reconnaissance émotionnelle, ce qui lui permet d’adapter son comportement. Une attraction qui a attiré pas mal d'enfants à ses côtés.

Rencontre avec Pepper

Cette année, c'est Bajram qui a fait l'affiche des Utopiales et son travail était mis à l'honneur dans une grande exposition donnant à voir ses planches BD, ses esquisses, ses recherches, ses dessins... Une somme de productions qui en a mis plein les yeux aux festivaliers ! De notre côté, on aime particulièrement avoir accès aux documents de travail, voir les "brouillons", les premiers prémisses d'images raturées et déjà structurées.

collage Bajram

L'une des meilleures expositions cette année, pour ne pas dire la meilleure, était celle consacrée à "Métaquine" de François Rouiller. "Métaquine" est un roman de SF (que Mr K a lu et adoré) autour duquel l'auteur, également pharmacien, a développé tout un univers semant ainsi le doute dans l'esprit des lecteurs et de collègues chercheurs qui ont réellement cru à son projet de médicament. Ainsi en plus de son excellente production littéraire, nous avions déjà découvert chez nous le site de son produit pharmaceutique. Aux Utopiales, nous avons pu voir ses carnets de croquis, ses dessins et peintures (non mais ce gars est bourré de talent dans tous les domaines c'est dingue !) mais également tout le travail autour du packaging de la Métaquine®, ce médicament qui transforme les cancres en écoliers modèles. Une exposition vraiment très chouette qui a elle seule valait le déplacement.

Expo Metaquine 3

Expo Metaquine 2

Expo Metaquine 1

Expo Metaquine 4

Nous sommes restés assez hermétiques à l'expo "Science Machina" que nous avons survolée, sans doute à cause du manque d'informations et parce qu'aucun intervenant n'était là lors de nos passages. Exposition mise en place par le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) et l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale), elle présentait les machines à l’origine des découvertes les plus extraordinaires de ces dernières années.

Expo Science Machina

Site

L'exposition "Prototypes du Grand Napotakeu" fut également une expérience assez déroutante avec les installations de Jérôme Lefdup (plasticien, musicien, réalisateur et artiste vidéo) entre attractions bizarroïdes et cabinet de curiosités high-tech. Il a réalisé de nombreuses expérimentations vidéo et musicales, des clips, des émissions de télévision (comme "L’Oeil du Cyclone"), des spectacles...

Expo Jérôme Lefdup

Celle consacrée à "La Petite Bédéthèque des Savoirs" m'a quant à elle beaucoup plus parlé. Avec notamment l'humour de Marion Montaigne et son Professeur Moustache toujours présent pour vulgariser des notions scientifiques avec humour et justesse.

Expo La Petite BDtheque des savoirs

Sans oublier le Pôle Ludique toujours aussi attrayant et agréable. Malheureusement, les parties de RP étant assez longues (ouais je vis avec un ancien MJ de JDR (et avec toutes ces abréviations, je viens de perdre les lecteurs non rôlistes...)), nous n'avons fait que passer cette année encore... Qui sait, peut-être qu'un jour nous nous attarderons plus longtemps à ces tables. En tout cas, ça donne envie !

Pole ludique 1

Pole ludique 2

♠ Côté rencontres et boissons :

Oui parce que tout ça, ça donne soif quand même ! Comme vous pouvez le voir, quand on va aux Utopiales, on est assez "studieux" mais ça ce n'est que de la façade...

D'ordinaire, nous ne sommes pas présents la première journée du festival et nous ratons systématiquement le discours inaugural et le pot qui va avec. Ce ne fut pas le cas cette année et pour avoir fortement apprécié ce moment de convivialité autour d'un verre nous permettant de discuter tranquillement avec auteurs et éditeurs avant de rentrer dans nos pénates, je pense que ce ne sera pas la dernière ! J'ai pu notamment échanger avec Vincent Gessler, venu incognito cette année, et discuter de ses futurs projets. Je l'avais déjà dit lorsque je l'avais rencontré pour la première fois en 2011 mais cet homme est une perle. Disponible, gentil et à l'écoute, c'est toujours un plaisir d'échanger avec lui. Nous avions aussi prévu de nous voir avec Nadège Augullo, éditrice de la maison du même nom, après avoir pas mal échangé par le passé. Ce moment convivial, qui fut prolongé le lendemain avec Anna Starobinets et dans les allées de la librairie, nous conforte vraiment dans ce que nous faisons au Capharnaüm éclairé. Tant de moments enrichissants ont découlé de sa création... Nous sommes chanceux et ravis !

Inauguration

Le Bar de Mme Spock est un incontournable aux Utos. C'est là que l'on se repose entre deux conférences, que l'on reconnaît quelques copinautes (coucou Mariejuliet et BlackWolf) et où on discute le bout de gras. Et puis il parait que son punch est délicieux. De notre côté, nous ne pouvons pas nous prononcer, la journée on reste sobre...

Bar Spock

Mais c'est pour mieux nous lâcher quand arrive la soirée et ses happy-hour ! Ben quoi, on est dans une grande ville, il faut en profiter !

Cocktail Nantes

♠ Côté bouquins et dédicaces :

Librairie 3

L'un des plus gros kiff des Utos est sans conteste sa librairie ! Chaque année c'est un plaisir pour les yeux, une torture pour nos nerfs et le sentiment d'être un enfant dans un magasin de jouets. Dorénavant nous n'achetons plus à cette occasion que les romans que nous souhaitons faire dédicacer sur place et que nous ne possédons pas déjà. Sans ça, c'est la ruine assurée et une belle scoliose avec une valise de 18kg à se trimballer toute la journée...

Librairie 1
(avec la désormais traditionnelle photos des productions Mirobole Editions !)

Forcément avec ses 25.000 ouvrages présents et représentant toutes les maisons d'édition, si t'es amateur de SF et de littérature de l'imaginaire, t'as les yeux qui te sortent de la tête. T'inquiète, c'est normal, ça nous fait ça à nous aussi...

Librairie 2
(coucou les compétiteurs pour le Prix Utopiale Européen, dont les excellents "Métaquine", "Futu.re" et "Le Vivant")

C'est ici qu'ont lieu les séances de dédicaces. Pas de BD de notre côté cette année mais de belles rencontres et de belles retrouvailles avec nos auteurs favoris. Ces séances sont une des choses que nous préférons aux Utos. C'est l'occasion d'échanger, parfois brièvement, parfois plus longuement, avec des auteurs qui nous ont fait vivre des émotions fortes dans leurs romans. C'est le moment où des solitaires se retrouvent sur une passion commune. L'auteur seul face à l'écriture de son oeuvre, le lecteur seul face à sa lecture. J'aime beaucoup ce moment de convergence !

collage Starobinets

Nous avions amené avec nous notre exemplaire de "Refuge 3/9" et Mr K a pu dire à Anna Starobinets tout le bien qu'il pense de ses bouquins. Nous avions commencé à suivre cette auteure chez Mirobole, nous la suivrons désormais chez Agullo. Si vous ne la connaissez pas encore, vous pouvez lire nos chroniques et vous jeter sur ses écrits. Chanceux que vous êtes !

collage Rouiller

Nous rencontrions également pour la première fois François Rouiller pour une dédicace particulière. Quand vous rencontrez un auteur, vous ne pensez pas repartir avec un dessin... L'auteur l'a signalé dès le début, il va falloir être patient pour obtenir sa signature car chaque dessin est unique et demande du temps mais quand c'est à notre tour d'être devant lui, cela laisse tout le loisir de parler de "Métaquine" avec lui. Posologie et prescription comprises !

Et puis il y a les retrouvailles. Ceux que l'on a déjà vu 1, 2, 3 fois (voir plus pour certains !) et que l'on a toujours plaisir à retrouver !

collage Spinrad

Norman Spinrad, un monument de la SF ! On le retrouve aux Utos chaque année et parfois nous sommes surpris de le voir seul face à sa table de dédicace... Non mais les gens ! On parle de Spinrad là !!! Du coup, systématiquement, on passe le voir, on échange deux ou trois mots, on est amusé de le voir former avec sa femme un petit couple haut en couleur et on repart avec du baume au coeur.

collage Genefort

L'an dernier, nous avions assisté à l'Interro surprise de Laurent Genefort sur les extraterrestres. Du coup, cette année, nous lui avons pris son ouvrage, histoire de savoir quoi faire en cas d'invasion !

collage Bordage

Pierre Bordage, pour Mr K, c'est une grande histoire d'amour... On a tous ses ouvrages à la maison et un jour ils seront tous dédicacés... Bordage est particulier lorsqu'on le rencontre pour la première fois. Un peu impressionné, on peut vite être déconcerté par son côté évaporé. Une mouche passe et le déconcentre, on perd son attention. Il faut savoir apprivoiser "la bête"... Cette année c'était chouette ! On a même parlé de peinture et d'art en général et il nous a même montré une de ses productions en photo sur son smartphone. C'est bon, je crois que maintenant on est quasi potes ! (GENRE !)

collage Xavier

Et puis, il y a Xavier... Notre chouchou ! Oui, je sais, il faut pas le dire, c'est pas sympa pour les autres et le favoritisme c'est mal... N'empêche que Xavier Mauméjean, c'est l'auteur le plus chouette qu'il nous ait été donné de rencontrer. Cela fait maintenant 5 ans que nous nous croisons en festival et c'est toujours un vrai bonheur d'échanger avec lui (et le mot n'est pas choisi au hasard). Comme d'habitude, on a parlé de tout plein de choses, on s'est nourri mutuellement de références, on est reparti avec notre liste de choses à lire ou à voir. C'est toujours stimulant d'échanger avec Xavier et c'est un peu notre instant bonbon des Utos. Celui que l'on attend et que l'on savoure.

Lights

C'est sur ce moment bisounours, et encore la tête dans les nuages d'avoir pu assister à tant de belles choses encore cette année, que je vais terminer mon loooooong billet consacré à nos Utopiales 2016. Hého, y a quelqu'un !? Vous êtes tous partis !? Non, il reste encore quelques lecteurs !? A l'année prochaine les Utos ! On compte déjà les jours !

mercredi 30 novembre 2016

"Virus L.I.V.3 ou la mort des livres" de Christian Grenier

51Wa3HIO0lL

L’histoire : "Délivrez-nous des livres !". Face à la tyrannie des Lettrés qui ont interdit tous les ordinateurs au profit du livre, les Zappeurs ont trouvé un moyen radical de ramener l’image au cœur de la vie. Leur arme ? Un virus diabolique, qui efface les mots des livres à mesure qu’ils sont lus et transporte le lecteur à l’intérieur des pages. Allis, une jeune fille favorable aux technologies modernes, représente la dernière carte des Lettrés : elle seule est capable d’identifier l’inventeur du virus et de trouver un antidote.

La critique de Mr K : Je vous ai dit sur mon IG il y a quelques temps que j’avais eu la bonne surprise en début d’année scolaire de trouver dans mon casier de boulot deux ouvrages de SF tout droit sortis du fond du CDI. Virus L.I.V. 3 ou la mort des livres de Christian Grenier en faisait partie et le pitch de base m’a interpellé. Il est plutôt rare en effet que les lettrés tiennent la première place dans une autocratie ou une dictature. De plus, ça fait un petit bout de temps que je n’ai pas fait une incartade en littérature-jeunesse, le prochain sera le dernier Harry Potter que je lirai pendant la période de Noël (et que Nelfe a déjà lu).

Ici l’action se déroule en France à la fin du XXIème siècle. C’est une oligarchie de lettrés qui règne en maître sur la société. Tous les citoyens doivent absolument lire à certaines heures, la lecture est devenue un devoir et les écrans de toute sorte ont été bannis. Les adeptes des nouvelles technologies ont été marginalisés et refoulés en dehors de la capitale dans des zones de non-droit où ils survivent comme ils peuvent. Comme souvent, l’utopie de base a cédé la place à la tyrannie et l’injustice.

Allis, notre héroïne est une écrivaine en devenir qui vient tout juste d’être élue à l’académie des lettres qui dirige le pays. Dès son arrivée, ses confrères lui parlent d’un mystérieux virus (L.I.V.3) venu des confins de Paris et qui efface les mots que l’on est en train de lire. À plus ou moins longue échéance, c’est l’objet livre et le plaisir de lecture qui risquent de disparaître. L’ennemi est tout désigné, le mal a été créé chez les zappeurs, ces êtres qui n’ont jamais abandonné leur goût impie pour les écrans et ont créé cette monstruosité pour prendre leur revanche. Allis va se voir charger de la délicate mission de découvrir l’identité du créateur du virus et ses objectifs. Sa quête va mettre à mal ses certitudes et lever le voile sur des vérités cachées qui ne sont pas forcément agréables à entendre...

On est clairement ici dans la SF pour jeunes. Si vous êtes habitués au genre ou que votre enfant en a déjà dévoré pas mal, passez votre chemin car le récit proposé ici, bien qu’efficace et bien mené, est très balisé. Il faut comprendre par là qu’il n’y a pas de réelle surprise pour le connaisseur mais par contre, les aventures d’Allis raviront celles et ceux qui veulent s’essayer à la SF pour la première fois. L’auteur balaie beaucoup de thématiques du genre et propose une œuvre synthétique qui donnera sans doute l’envie de continuer l’exploration de la galaxie SF en littérature. On retrouve pêle-mêle la traditionnelle opposition entre les anciens et les modernes (ici autour de l’objet-livre), le modèle d’une société dictatoriale dépassée par des éléments incontrôlables qui vont frapper au cœur des idéaux prônés par l’autorité, la technologie fantasmée au travers de quelques passages (cybernétique appliquée à l’être humain, les réseaux virtuels...).

Pour un lecteur confirmé, il ne faut pas plus de deux heures pour en venir à bout. Malgré le balisage énoncé plus haut, on se prend au jeu et on accompagne le sourire aux lèvres cette jeune fille courageuse qui se révèle être la clef consensuelle qui pourrait résoudre tous les maux. Sa particularité physique lui ajoute une aura particulière (son handicap est important mais ne l’empêche pas de vivre) et le personnage est d’une fraîcheur revigorante. L’écriture est très accessible et souple, elle privilégie les dialogues et ne s’appesantit pas sur les descriptions de lieux et de personnes. Je trouve cela légèrement dommage tant mon imagination se serait encore plus nourrie de quelques détails supplémentaires. Pour autant, pas de réelle frustration, n’oublions pas que ce livre se destine avant tout aux plus jeunes.

Au final, un bon moment de lecture qui a le mérite de se lire très vite et accrochera sans aucun doute les marmots et les lecteurs occasionnels : c’est simple, finaud et bien mené sans temps morts. À tenter si le cœur vous en dit !

Posté par Mr K à 16:34 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
dimanche 27 novembre 2016

"Opéra macabre" de Thomas Tessier

519WEQDHJNL

L’histoire : Neil, auteur de romans historiques, visite la campagne italienne, lorsqu’une panne de voiture l’oblige à demander de l’aide dans une ferme isolée. Il y est accueilli par Marisa Panic, une jeune femme vers qui il se sent immédiatement attiré. Leur relation intensément érotique, torride, lui fait reléguer au second plan toute sorte de détails étranges, inquiétants : les allures de labyrinthe de la maison et la présence de parents âgés pour le moins bizarres, comme l’oncle de Marisa, le père Panic, prêtre, marionnettiste et ancien nazi...

La critique de Mr K : Opéra macabre m’a séduit par sa quatrième de couverture complètement folle avec certes un postulat de base banal (du genre de ceux que l’on retrouve souvent dans la production pléthorique de série B d’horreur) mais avec des promesses certaines entre érotisme, mystère et un prêtre nazi ! Étant un gros fan de films de genre et de littérature légère dans le domaine horrifique, ce volume m’était tout destiné. Les vacances de la Toussaint et la proximité d’Halloween ont achevé de me convaincre.

Neil a beau être un écrivain plutôt doué (son troisième livre l’a fait percer dans le domaine de l’édition), il n’en reste pas moins un gros abruti. Jugez plutôt ! Le gazier se promène tranquille en Italie et tombe en panne. Là dessus, il trouve refuge dans un vieux domaine perdu au milieu de nulle part. À ce moment là, je me serais déjà dit en mon for intérieur de me méfier. Il est accueilli par une sculpturale jeune femme qui lui fait du gringue et qui très vite va jouer passionnément au Scrabble sous la couette avec lui. Sa voiture doit être réparée en deux jours mais il s’en fiche le Neil, il ne pense plus qu’avec son pénis et en perd son latin, ses priorités et bientôt sa santé mentale. Car la maison n’est pas ce qu’elle semble être et ses habitants encore moins... Je vous l’avais dit que Neil était d’une stupidité sans nom !

Bon, en même temps, il n’y aurait plus de livre et le plaisir sadique qu’on éprouve au fil de l’intrigue ne serait plus aussi réussi. On a beau savoir que le pauvre gars est perdu d’avance, on se plaît à suivre son attirance hypnotique pour cette femme séduisante en diable. Elle m'a fait penser à une succube, dévoreuse d’âme qui l’entraîne exactement là où elle veut l’emmener. Pendant que le personnage principal ne pense qu’à la bagatelle, le lecteur s’interroge sur les détails étranges qui apparaissent ici ou là entre une maison à l’architecture complexe voir changeante, qui semble se refermer sur ses visiteurs, des bruits étranges et néanmoins familiers qui font penser que de drôles d’événements se déroulent dans les parages, un jeune-homme gisant blafard sur un canapé et disparu cinq minutes plus tard, des résidents âgés plutôt inquiétants qui se nourrissent de mets peu appétissants (vous ne mangerez plus de la soupe comme avant si vous lisez ce livre)... Bref, autant d’éléments qui moi m’auraient fait fuir au bout de quelques heures !

Mais non, le Neil en tient une couche et sous le charme de Marisa va laisser passer sa chance. Ce qui, pour le coup, permet à l’auteur, Thomas Tessier, de nous révéler dans le dernier tiers de l’ouvrage une vérité glaçante et extrême. Attendez-vous à du gore et du déviant mâtiné d’une piqûre de rappel historique non dénué d’intérêt. Les ficelles de l’intrigue sont assez grossières mais le résultat est plutôt réussi avec un lecteur pris dans la tourmente des dernières pages d’une rare violence et faisant écho dans une bien moindre mesure à l’évocation des enfers chez Dante ou Milton. On atteint les sommets du macabre et les amateurs apprécieront, les âmes sensibles passeront quant à elle leur chemin...

En terme de teneur littéraire, nous ne sommes pas en présence d’une œuvre impérissable. Clairement, l’auteur fait le boulot sans trop se fouler. Le dernier tiers prend vraiment à la gorge mais pour le reste, l’écriture est plate et sans réelle saveur. Ainsi, la chair est triste dans les passages érotiques alors que c’est l’inverse qui est attendu. J’ai trouvé aussi que Thomas Tessier ne s’appuyait pas assez sur la description pour planter encore plus une ambiance glauque comme il faut.

L’ensemble reste cependant très lisible et il ne faut pas plus de deux heures et demi pour venir à bout des 175 pages de l’ouvrage qui se déguste tel un bon petit plaisir coupable comme on les aime : suffisamment intrigant pour être lu d’une traite ou presque mais parfaitement dispensable et à réserver aux aficionados du genre. La balle est dans votre camp !

Posté par Mr K à 18:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
jeudi 24 novembre 2016

"L'Alchimiste" de Paulo Coelho

l'alchimisteL'histoire : "Il sut soudain qu'il pouvait regarder le monde soit comme la malheureuse victime d'un voleur, soit comme un aventurier en quête d'un trésor. "Je suis un aventurier en quête d'un trésor", pensa-t-il, avant de sombrer dans le sommeil."

Santiago a un rêve.
Pour l'atteindre il vent tout ce qu'il possède, s'embarque sur un bateau et se met à  l'écoute de son coeur.

La critique Nelfesque : "L'Alchimiste" de Paulo Coelho est un incontournable pour beaucoup. Traduit en français dans les années 90, il a été énormément lu à l'époque et l'est encore aujourd'hui. Pour ma part, bien que l'ayant souvent croisé sur ma route, je ne me l'étais jamais procuré jusqu'alors. Cette nouvelle édition chez Flammarion Jeunesse proposant cet ouvrage pour la première fois à un public jeunesse m'a fait sauter le pas et découvrir enfin cet écrit tant aimé...

Avant de rentrer dans les détails de l'histoire et de mon ressenti, je voudrais m'arrêter quelques minutes sur l'édition que j'ai maintenant en ma possession. Avec sa couverture cartonnée, son titre et le ciel étoilé brillant de mille feux et les quelques illustrations de Michel Galvin présentes dans l'ouvrage, c'est vraiment un très bel ouvrage et je ne regrette pas d'avoir attendu si longtemps pour avoir ce titre dans ma bibliothèque tant on ne peut être que conquis par le soin apporté aux finitions de cette présente édition.

"L'Alchimiste" se prête en effet tout à fait à une lecture jeunesse. Au fil des pages, j'ai pensé qu'effectivement cette histoire était on ne peut plus appropriée pour les lectures du soir à un enfant. Entre aventure, conte initiatique et ouvrage philosophique, Paulo Coelho nous livre ici une leçon de vie à la portée universelle. Elever un enfant avec les principes ici exposés (à savoir respecter l'autre, croire en ses rêves quels qu'ils soient et tout mettre en oeuvre pour les réaliser) est tout à fait louable (et même fortement recommandé !).

Nous suivons ici Santiago, berger andalou, dans la quête de son destin. Lui qui a toujours aimé voyager et trouve dans son métier matière à épanouissement, va un jour décider de partir à la découverte d'un trésor se trouvant sous les pyramides d'Egypte. Entre croyance, superstitions et foi, son voyage n'est pas sans rappeler quelques paraboles et séances de catéchisme pour qui a eu une éducation religieuse catholique. Certains trouveront tout cela bien cucul et naïf, d'autres y verront un moteur pour avancer. La foi est quelque chose de bien personnelle et que l'on croit à une entité supérieure ou en soi-même, force est de constater que la croyance (au sens large du terme) aide bon nombre de personne à arpenter une vie pas forcément toujours rose. Porteur de messages philosophiques, "L'Alchimiste", que l'on soit croyant ou non (bien que Paulo Coehlo insiste tout de même beaucoup ici sur la notion de Dieu), parle à chacun d'entre nous. Au petit enfant qui demeure en nous, à celui qui croit aux signes du destin ou à celui qui rêve chaque jour d'un monde meilleur.

IMG_20161111_155134

D'un point de vue strictement personnel et du haut de mes 34 ans, je dois avouer qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil dans cet ouvrage. Les principes exposés ici sont ceux que je partage déjà et que je mets en pratique, autant que faire se peut, chaque jour de ma vie. Avec des hauts et des bas, comme tout le monde, mais globalement je m'y efforce. "L'Alchimiste" peut être vu comme un ouvrage plein de bons sentiments mais que resterait-il du monde et de l'humanité sans bienveillance, espoir et altruisme ?

Très facile d'accès, l'écriture et le schéma narratif sont simples et c'est une très belle idée que Flammarion Jeunesse a eu là de le faire arriver sur les étagères jeunesses de nos bibliothèques. On ne lira sans doute pas cette histoire de quête, de communion avec la nature, de respect pour soi-même de la même façon en étant adulte qu'en étant enfant.

Quête initiatique, aventure, conte philosophique, parabole, chaque lecteur verra dans l'histoire de Santiago ce qu'il voudra bien y voir selon son expérience, ses besoins et son ouverture d'esprit. Reste un très joli moment de lecture, une histoire simple et apaisante qui a le mérite de reconnecter le lecteur aux valeurs essentielles d'une vie. Une lecture doudou pour qui a besoin d'un écrit qui réchauffe le cœur ou d'une aide pour avancer et ne pas perdre de vue ses objectifs et rêves d'enfant. Un roman à lire au moins une fois dans sa vie. Reste à trouver le bon moment pour y puiser l'essentiel...

Posté par Nelfe à 17:26 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

mercredi 23 novembre 2016

"La Compagnie des glaces" tomes 1 et 2 de G.J. Arnaud

La Compagnie des glaces T1 et 2

L’histoire : Une nouvelle ère glaciaire s’est abattue sur la Terre. La planète toute entière est recouverte d’une épaisse couche de glace.
Heureusement, les Compagnies ferroviaires ont développé un immense réseau de voies ferrées, sur lesquelles se presse ce qu’il reste d’une humanité frigorifiée... et soumise.
Pour ne pas perdre leurs pouvoirs, les Compagnies interdisent tout progrès qui permettrait à l’humanité de se passer du rail.
Et malheur à ceux qui, comme Lien Rag, tentent de défier leur autorité !
Pourchassé par les Compagnies, encerclé par une nature hostile, il est pourtant bien décidé à libérer l’humanité de l’existence misérable dans laquelle elle est maintenue...

La critique de Mr K : Une sacrée découverte aujourd’hui avec cette réédition toute récente de la saga de La Compagnie des glaces de G.J Arnaud qui a l’origine compte 98 volumes ! Les deux premiers sont réunis en un seul ouvrage ici et la maison d’édition French Pulp compte en sortir deux autres courant 2017 dans leur toute nouvelle offre papier. Il y a du boulot car l’auteur a été prolifique sur cette série et rappelons qu’au total, il a écrit plus de 400 romans dans des genres tout à fait différents comme l’anticipation, le policier et même l’érotisme (avec une variation incroyable de pseudos !). Mais qu’en est-il de cette fameuse Compagnie des glaces ?

Une nouvelle ère glaciaire a débuté sur Terre, suite à l’explosion de la Lune et l’agglomération de ces débris autour de la surface de la planète. Les rayons du Soleil ne percent plus à la surface et un refroidissement terrible s’est installé durablement, la glace a recouvert les terres enterrant les civilisations et facilitant l’émergence de nouvelles puissances : les compagnies ferroviaires. Celles-ci dirigent le monde d’une main de fer dans un nouvel ordre mondial où une classe privilégiée fait ce qu’elle veut et entretient l’humanité dans la servilité et l’obéissance (toute ressemblance avec le monde actuel est purement fortuit -sic-). La menace du froid et de l’extinction de la race humaine a fait son œuvre et rien ne semble en mesure de chambouler l’ordre établi. C’est sans compter l’apparition d’un grain de sable en la personne de Lien Rag, un simple glaciologue qui va se rendre là où il ne faut pas. Il va y faire une terrible découverte qui remet en cause le système entier. Toute son équipe va être décimée et c’est un peu seul contre tous qu’il va devoir tout faire pour révéler la vérité au plus grand nombre et tenter de changer les choses…

Je vous l’accorde la trame est très classique mais le traitement est magique à commencer par un background vraiment puissant et très bien pensé. Comme nous sommes ici dans le genre feuilleton, ne vous attendez pas à de grands passages descriptifs, l’auteur préférant l’action, l’interaction entre les personnages et l’évolution de la narration. Pour autant, il n’en délaisse pas sa description de ce monde glacé et glaçant, c’est donc par petites touches qu’il opère tantôt par un flashback sur les origines de la glaciation, tantôt par un point sur l’organisation de cette société futuriste notamment celle des villes entières roulantes que l’on disperse au gré des desiderata des puissants, les étranges hommes roux qui vivent à l’air libre car supportant les températures extrêmes y régnant (entre -50 et -80 degrés tout de même !). Ainsi nous passons d'espaces luxueux réservés aux dirigeants aux wagons-taudis pour les plus pauvres qui survivent comme ils peuvent sous la menace permanente de l’organe de sécurité des compagnies et du froid, ennemi omniprésent de l’humanité. Peu à peu, on se fait une idée bien précise de cette Terre perdue qui n’a pas encore livré tous ses secrets, certains sont levés durant ces volumes d’autres apparaissent en filigrane et réservent pour la suite des surprises à foison je pense.

Clairement orienté vers l’aventure, le récit réserve de nombreuses surprises au lecteur et les personnages sont loin d’être épargnés. Le héros connaît ainsi de nombreuses désillusions tant en amour qu’en terme de combat contre l’oppresseur. Il n’est pas parfait et se trompe régulièrement. Handicapé par une vieille blessure de guerre à la jambe, on s’attache assez vite à lui et malgré au départ quelques lignes un peu forcées dans son caractère, la nuance fait son apparition par la suite lui donnant une épaisseur séduisante ouvrant sur des horizons insoupçonnés. J’attends de lire les tomes suivants pour me fixer définitivement sur lui. Comme dit précédemment, l’auteur a aussi écrit quelques écrits coquins et cela se ressent dans un certain nombre de passages croustillants qui ne sont pas pour me déplaire et qui ne se révèlent jamais vulgaires et plutôt teintés d’une poésie surannée qui touche toujours juste. Les femmes ont d’ailleurs un rôle primordial dans ce feuilleton à rebondissement, loin d’être de simples potiches ou objets érotiques, elles se révèlent tout à tour des auxiliaires de choix voir des traîtresse sans foi ni loi. L’ensemble est cohérente et répond parfaitement aux canons régissant narration, atmosphère romanesque, anticipation immersive et plaisir de lecture immédiat.

Car c’est là l’essentiel, ce livre vous happe littéralement quand vous en entamez la lecture. L’écriture est d’une limpidité, d’une simplicité et d’une efficacité confondante. Ne laissant jamais aucun lecteur derrière elle, elle procure des sensations multiples et variées au fil des pages qui s’égrainent avec un plaisir renouvelé à chaque chapitre. Certes, une certaine frustration peut apparaître en se disant qu’il y a au total 98 volumes mais il se passe tellement de choses en deux titres conjugués qu’on se dit que ce n’est pas bien grave et que cela rendra l’attente plus belle. Et puis, a contrario d’un G.R.R Martin qui écrit plus que lentement, l’avantage de cette saga c’est qu’elle déjà écrite !

Au final, un très bon livre pour cette nouvelle édition des débuts d’une saga déjà culte pour un certain nombre de lecteurs. J’ai été converti et j’invite chacune et chacun à tenter l’expérience, vous verrez c’est du plaisir à tous les étages et de chouettes moments d’évasion. À bon entendeur...

lundi 21 novembre 2016

"En même temps, toute la terre et tout le ciel" de Ruth Ozeki

90982996_o

L’histoire : Le sac en plastique avait échoué sur le sable de la baie Désolation, un de ces débris emportés par le tsunami. A l'intérieur, une vieille montre, des lunettes jaunies et le journal d'une lycéenne, Nao. Une trouvaille pleine de secrets que Ruth tente de pénétrer avant de réaliser que les mots de la jeune fille lui sont destinés...

Depuis un bar à hôtesses de Tokyo, Nao raconte des histoires : la sienne, ado déracinée, martyrisée par ses camarades ; celle de sa fascinante aïeule, nonne zen de cent quatre ans ; de son père qui cherche sur le Net la recette du suicide parfait. Des instants de vie qu'elle veut confier avant de disparaître.

Alors qu'elle redoute de lire la fin du journal, Ruth s'interroge : et si elle, romancière en mal d'inspiration, avait le pouvoir de réécrire le destin de Nao ? Serait-il possible alors d'unir le passé et le présent ? La terre et le ciel ?

La critique de Mr K : Une sacrée belle découverte que ce roman dégoté par hasard lors d’un passage chez un bouquiniste. Il faut dire que le Japon est une de mes thématiques préférées et que la quatrième de couverture est très intrigante à la fois. Je partais avec l’idée de parcourir une œuvre un peu à part, dans le style de celles que j’ai déjà pu lire de Haruki Murakami. Je n’ai pas été déçu.

C’est à travers deux voix principales que nous suivons cette curieuse histoire de deux destins contrariés que rien ne disposait à se croiser et que le hasard (et les voies du bouddhisme peut-être) a rapproché malgré elles. Ruth est une écrivaine en panne d’inspiration qui vit isolée avec son compagnon sur une île du nord de l’Amérique (côte Ouest). En se promenant sur la grève, elle va trouver un sachet contenant des éléments se rapportant à une certaine Nao, dont un journal intime. En le parcourant, elle va se prendre au jeu de la curiosité, se questionner sur elle-même et sur cette mystérieuse inconnue qu’elle semble pourvoir atteindre d’une certaine façon.

Un chapitre sur deux, nous retrouvons donc les mots de Nao, une jeune fille japonaise déracinée. Elle est revenue des USA suite au licenciement de son père qui travaillait dans l’informatique. Elle a du mal à s’intégrer et à s’approprier son pays d’origine. Martyrisée par ses camarades, confrontée à un père en pleine dépression cherchant à mettre fin à ses jours, une mère murée dans le silence et peu présente, elle couche sur le papier ses états d’âmes qui sont préoccupants. Elle nous parle de son aïeule, nonne bouddhiste qu’elle va côtoyer le temps d’un été où elle découvrira des horizons insoupçonnés en terme de philosophie de vie et de respect de soi, elle en apprendra plus aussi sur ce mystérieux grand-oncle, mort en kamikaze durant la seconde guerre mondiale.

Ce qu'il y a de remarquable dans En même temps, toute la terre et tout le ciel, c’est l’alchimie et l’écho qui se répond entre Nao et Ruth. La distance est longue, la culture et les ressentis diffèrents mais quelque chose d’unique, d’intangible (malgré une explication donnée en toute fin d’ouvrage) les relie. Pas petite touche, au fil des lectures de Ruth et de ses échanges avec ses proches, se construit une trame très intimiste, dramatique autour de Nao et de sa quête de vérité. On se rend compte également que bien que plus âgée, Ruth elle aussi se pose des questions sur elle-même et la vie qu’elle a construit. Étonnant donc que ces deux personnages se répondent à travers le quotidien vécu, les digressions philosophiques qui peuplent le livre de références orientales mais aussi occidentales et ceci sans lourdeur qui pourrait faire décrocher le lecteur. Au contraire, cela donne une ampleur et une densité incroyable aux thématiques et vies abordées dans cet ouvrage.

Ce roman nous donne donc à réfléchir et à voir sur un bon nombre de lieux et de thématiques. L’immersion est ainsi totale dans la vie esseulée de la petite île où réside Ruth. Par le biais de scénettes du quotidien, on s’imagine très bien le mode de vie un peu rude que les habitants ont adopté avec cette ambiance de petit village d’autrefois où tout le monde se connaît, où les nouvelles vont vite et où l’homme et la nature se côtoient. À l’inverse, le quotidien de Nao est marqué par la civilisation japonaises entre vie trépidante, la foule et la place de l’individu, le poids de l’Histoire et de la famille. En background aussi, la firme Daïchi et la catastrophe de Fukushima permettant à l'auteur de dénoncer au passage l’addiction du pays à l’économie nucléaire et ses effets dévastateurs sur les milieux naturels. À la lecture du manuscrit, Ruth (qui a des origines japonaises et qui ne peut qu’être une avatar de l’auteure, Ruth Ozeki, elle-même) s’interroge sur son identité, sur le métier d’écrivain et sa fonction. On nage vraiment en eau trouble avec ses deux personnages qui se cherchent et se complètent, entourés par une galerie de personnages secondaires vraiment très attachants : de la vieille nonne Jiko, au chat Pesto en passant par le papa de Nao.

Cette lecture est peu commune. En même temps, tout la terre et tout le ciel possède un charme quasiment indescriptible entre narration binaire et tortueuse, et une écriture limpide et parfois complètement barrée. On explore l’Homme, la vie et les croyances à travers une histoire au demeurant universelle et porteuse de sens. On passe donc un moment à la fois serein et tempétueux comme une vie d’homme, où les espoirs se heurtent parfois à des obstacles semblant insurmontables. C’est beau et puissant, c’est tout ce que je recherche dans une lecture. Banco !

Posté par Mr K à 18:27 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
vendredi 18 novembre 2016

"Le Vivant" d'Anna Starobinets

anna-starobinets-le-vivant

L’histoire : Dans un futur lointain, les humains sont connectés via des implants à un réseau commun. Ensemble, ils forment un organisme unique, le "Vivant". La mort n’y existe pas : dès qu’un individu est "mis sur pause", son code génétique renaît dans un nouveau corps. Le nombre d’humains est constant – trois milliards.

Le Vivant vacille sur ses bases lorsque l’impensable survient : un homme naît. Il est sans code, sans patrimoine, il n’est la réincarnation de personne. On l’appelle Zéro. Placé sous étroite surveillance, il devra trouver des réponses sur son identité dans un monde réputé parfait...

La critique de Mr K : Depuis ma lecture du génial Refuge 3/9 et ma rencontre avec l’auteure, Anna Starobinets, aux Utopiales cette année (un article dédié sera bientôt en ligne), je suis sous le charme de cette petite femme à l’imagination débordante et à l’univers si décalé.  C’est donc avec plaisir que j’ai appris la victoire du Vivant pour le Prix Utopiales Européen (malgré la présence dans la sélection des excellents FUTUR.ES et Métaquine) et que tout naturellement j’en entamai la lecture. Au final, une grosse claque de plus, je deviens de plus en plus russophile en terme de littérature de l’imaginaire !

Dans un futur glaçant, les humains pour régler les soucis inhérents à leur genre (crises, guerres et conflits en tout genre) sont tous inter-connectés sur une plate-forme appelée le "Vivant". Devenus immortels suite à l’établissement de règles immuables, ils vivent dans une réalité augmentée et paternaliste qui leur garantit bonheur et stabilité. Cependant, la naissance d’un être à part, non référencé dans le réseau global va mettre à mal la mécanique totalitaire bien huilée mise en place et remettre tout le système en cause.

C’est l’histoire classique du grain de sable qui fait dérailler tout un système et même si en soi le principe est relativement classique, la maestria narrative de l’auteure et sa manière d’amener les choses font passer directement ce roman au premier plan des oeuvres du genre. On pense beaucoup à Orwell dans cette lecture mais aussi au génial comic book V pour Vendetta et pourtant, Anna Starobinets s’en démarque par un style très personnel et une déstructuration du récit qui aime à perdre le lecteur par moment pour mieux le récupérer ensuite. Ne vous attendez donc pas à une trame purement chronologique mais plus à de mini allers-retours qui confinent au sublime tant ils se complètent admirablement et proposent une évolution différente de la narration. Il faut certes s’accrocher un petit peu mais ça vaut vraiment le coup de surpasser les quelques freins qui pourraient apparaître dans votre esprit en début de lecture.

Ce livre est très fort par l’univers qu’il propose. Pas loin du principe de Matrix, s’y ajoutent une critique féroce et cynique des réseaux sociaux et de la virtualisation des rapports humains. Tout rapport humain et activité s’apparente dans l’univers du Vivant à des choix binaires que l’on effectue ou non. Si le système trouve votre réponse inappropriée, il n’hésite pas à vous relancer sans cesse pour que vous décidiez finalement d’aller dans la direction qu’il souhaite vous voir prendre. Le fascisme larvé du procédé est très bien rendu avec des retranscriptions de discussions type chat, d’intervention du Socio (le réseau en question) et des rapports multiples d’activités. Gare à ceux qui transgressent les règles car ils sont voués alors à être mis en pause (passage de la vie actuelle à la suivante) et à être corrigés (oui, dans sa grande bonté le "Vivant" ne punit pas soit disant...). Tout est fait pour que rien ne vienne troubler la félicité de la population humain régulée au nombre précis de 3 000 000 000 du moins jusqu’à l’apparition de Zéro.

Ce garçon remet tout en cause car n’ayant pas été estampillé à sa naissance, il ne peut pas se connecter au réseau et il se pose très vite des questions. Malgré son envoi en maison de correction (là où l’on essaie de remettre sur le droit chemin tout ceux qui contredisent l’ordre naturel du "Vivant"), il va peu à peu s’approcher d’une vérité qui va bouleverser son existence et celle de toutes les autres composantes du "Vivant". À travers les révélations d’un hacker emprisonné, d’un ancien tueur en série emprisonné également depuis des siècles (vive la vie éternelle !) et l’amour redécouvert avec une femme ; il va provoquer nombre de changements et pénétrer dans le saint des saints, le mystérieux conseil des huit qui régit l’ensemble. Antidote ou nouveau virus, je vous laisse découvrir le rôle exact que va jouer Zéro dans cette fable accablante où Anna Starobinets dénonce la perte d’empathie du genre humain face au tout virtuel, la disparition des sentiments filiaux (institutionnalisés dans cet univers clos, la famille étant un concept à oublier selon le "Vivant") et l’isolement affectif qui peut en résulter. Il ressort une grande solitude, une froideur et une vacuité terrible des existences qui nous sont données à voir dans ce roman qui prend aux tripes, provoquant sentiments contradictoires et belles réflexions sur l’évolution récente des technologies et le rapport étroit qu’elles entretiennent avec le genre humain.

On ressort littéralement rincé d’une telle lecture où la profondeur du propos et les thématiques abordées s’alignent avec un style vraiment bluffant entre froideur informatique et envolées lyriques propres à une auteure à l’écriture magnifique, retranscrite à merveille dans cette traduction. Bien que pessimiste et très dur dans les aspects qu’il peut aborder, ce roman possède une aura magnétique, un pouvoir d’addiction fort qui oblige le lecteur à y retourner au plus vite pour savoir la suite et même à y repenser lors de pauses durant la lecture.

À fois puissant, inquiétant et bouleversant, Le Vivant est d’ores et déjà à mes yeux un classique à lire absolument quand on veut aborder la SF au regard du monde que nous connaissons aujourd’hui et qui évolue de plus en plus vite. Le Vivant est clairement une possibilité, un développement sociétal qui malheureusement pourrait se révéler plausible. Une véritable bombe littéraire à découvrir au plus vite !

mercredi 16 novembre 2016

"Terminus Elicius" de Karine Giebel

001

L’histoire : "Ma Chère Jeanne,
J’aimerais que vous m’aimiez comme je vous aime. Mais, pour m’aimer, il vous faut me connaître. Savoir ce que je suis... certains diront un monstre. D’autres chercheront des explications lointaines, surgies de mon passé. Beaucoup jugeront, condamneront. Mais qui comprendra vraiment ? Vous, je l’espère.
Hier soir, j’étais avec une autre femme que vous. Mais je ne suis pas resté longtemps avec elle.
Juste le temps de la tuer..."

La critique de Mr K : Si ce pitch n’est pas un appel à la lecture, je ne m’y connais pas ! Bien que moins versé dans le thriller que ma douce Nelfe, quand l’occasion s’est présentée de lire Terminus Elicius, je n’ai pas hésité une seconde et croyez-moi j’ai bien fait ! Cela me permettait également de découvrir une auteure fortement appréciée qui dans cette réédition du roman (il date originellement de 2005) a ajouté une petite nouvelle en lien plus ou moins direct avec la trame du roman. Suivez-moi dans ce voyage au bout de la nuit entre folie galopante et enquête qui piétine.

Jeanne contemple sa vie comme un passager du train qu’elle prend régulièrement pour aller travailler dans un commissariat de quartier de Marseille. Simple agent administratif, sa vie est réglée comme une horloge entre son travail et sa mère. À côté de cela pas grand chose, le vide immense de sa vie affective et une tendance à la maniaquerie qui s’observe au détour de certains tics et de certaines réflexions internes de la jeune femme. Tout change, le jour où elle trouve une étrange lettre qui lui est adressée à la place habituelle qu’elle occupe chaque soir lorsqu’elle rentre en train chez elle. C’est une déclaration enflammée de quelqu’un qui dit la connaître et qui entame une vengeance terrible. Très vite, elle se rend compte que l’expéditeur est un redoutable tueur en série poursuivi sans succès par les policiers de son commissariat. Attirance déviante et jeune femme à la personnalité étrange au passé mystérieux, meurtres sanguinaires sans lien évident entre eux, flics aux abois au bord de la crise de nerf, voila le programme de ce thriller magistralement mené.

Et pourtant, lors des cinquante premières pages, je me disais que tout cela sentait le réchauffé avec une tendance à la répétition notamment sur les descriptions du paysage que Jeanne entr'aperçoit par la fenêtre de son wagon et qui donne sur la belle bleue méditerranéenne. Les deux personnages principaux que l’on suit sont plutôt classiques et n'emballent pas le lecteur au départ.

Jeanne semble ne s’être jamais remis d’un drame épouvantable (Karine Giebel se garde bien de nous en dire plus avant la fin...), elle est étouffée par une mère-poule qui n’arrive pas à lui lâcher la bride et la jeune femme vit avec ses habitudes et ses obsessions. C’est remarquablement construit et le début lent va céder peu à peu la place aux révélations qui sont diaboliques dans leur genre. On monte beaucoup d’hypothèses dans sa tête, on se prend à imaginer toutes sortes de scénarios, la révélation nous prend de cours entre logique et passé qui ressurgit. Très attachante quoique des fois frustrante par son côté mollassonne, l’héroïne semble livrée à un jeu dont elle ne maîtrise pas les règles et plus les échanges épistolaires vont progresser, plus une chape de plomb l’enserre et va la pousser dans ses retranchements. Et croyez-moi, il vaut mieux éviter de l'énerver la Jeanne !

En contrepoint, on suit le capitaine Esposito, gloire locale de la police à qui l’on a confié cette affaire de meurtres sanglants en série. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il patine dans la choucroute entre vie personnelle morne et une enquête retorse qui pourrait bien mettre sa carrière en jeu. Son traitement est ultra-classique et ne réserve pas de réelle surprise mais à partir du moment où l’auteur le met en relation avec Jeanne, l’archétype prend toute sa valeur et les scènes entre les deux sont tour à tour déstabilisantes et touchantes. Drôle de joutes oratoires et de relation entre ces deux là, la suite ne va pas les épargner non plus. La pression monte vite et puissamment ne laissant que peu de répit et de solution.

Une fois que l’histoire a décollé, impossible de se détacher de ce livre que j’ai pratiquement lu d’une traite (la nuit venant il a fallu le remettre au lendemain). L’addiction est très forte, grâce notamment à un style certes pas inoubliable mais très efficace dans son genre. L’égrenage des journées sous forme de chapitres courts avec une écriture allant à l’essentiel donne un rythme haletant à l’ensemble entre révélations et introspections récurrentes dans l’esprit des personnages. Très bon page-turner, l’histoire ne prend pas le lecteur pour un imbécile et livre une conclusion assez épatante qui pour ma part m’a particulièrement touché par son caractère humain et profondément réaliste. Dans ce domaine, la nouvelle Aurore rajoutée en fin d’ouvrage est assez effroyable et mérite le détour elle aussi bien que pratiquement indépendante du roman d’origine.

Terminus Elicius est une très bonne lecture pendant laquelle on ne voit pas le temps passer et où l’histoire et les vies exposées attrapent irrémédiablement le lecteur captif d’une auteure ma foi fort douée. Je pense que j’y reviendrai bientôt.

Posté par Mr K à 17:37 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
mardi 15 novembre 2016

"Butcher's Crossing" de John Williams

butchers-crossingL'histoire : Dans les années 1870, persuadé que seul un rapprochement avec la nature peut donner un sens à sa vie, le jeune Will décide de quitter le confort d’Harvard pour tenter la grande aventure dans l’Ouest sauvage. Parvenu à Butcher’s Crossing, une bourgade du Kansas, il se lie d’amitié avec un chasseur qui lui confie son secret : il est le seul à savoir où se trouve un des derniers troupeaux de bisons, caché dans une vallée inexplorée des montagnes du Colorado. Will accepte de participer à l’expédition, convaincu de toucher au but de sa quête. Le lent voyage, semé d’embûches, est éprouvant et périlleux mais la vallée ressemble effectivement à un paradis plein de promesses.

La critique Nelfesque : Quand l'envie d'évasion se fait sentir, quand on a l'impression d'étouffer dans nos vies, un bon roman des grands espaces s'impose ! Avec "Butcher's Crossing", le lecteur fait un bond dans le temps. Nous voici au XIXème siècle, dans le grand Ouest sauvage américain, à une époque où les chercheurs d'or et les trappeurs gagnaient leur vie, souvent solitaires, en ne ménageant pas leurs peines. Will est un jeune citadin qui ne connaît rien de la vie. Ses mains sont douces et c'est un homme délicat et attentionné. Il veut vivre une expérience hors du commun et pour cela abandonne ses études à Harvard et se rend à Butcher's Crossing dans le but de partir à l'aventure. Les éditions Piranha nous propose ici un western tombé dans l'oubli depuis plus de 50 ans et qui emporte tout sur son passage, même le lecteur le plus récalcitrant au genre !

Car John Williams nous offre bien ici un western mais pas n'importe lequel. Point de caricatures, d'indiens et de voleurs, de postures présentes dans la majorité des films des années 60. Disons le tout net, si il faut un exemple pour confirmer la règle : je n'aime pas les westerns et celui ci m'a passionnée. "Butcher's Crossing" fait la part belle aux grands espaces, aux découvertes, à l'aventure et aux liens qui existent entre les hommes. Point de manichéisme ou de machisme sous-jacent ici mais une lecture intense qui prend le lecteur par surprise et l'emmène dans des contrées physiques et psychologiques loin des faux semblants et des apparences. Une lecture qui prend aux tripes et un parallèle entre psychologie des personnages et phénomènes naturels saisissant. La nature accompagne littéralement l'histoire et en éclaire même tout un pan. L'écriture de Williams est magistrale et absorbe complètement le lecteur, a tel point qu'il finit par cheminer au côté de Will et son équipe comme un seul homme.

Will accompagné de Miller, chef d'expédition, Charley son second et Schneider, écorcheur, vont partir dans les montagnes pour chasser le bison. Miller est un chasseur aguerri, il connaît bien la région et affirme que de belles bêtes sont présentes à profusion dans les hauteurs. Avec l'argent de Will et ses compétences, ils pourront ensemble vivre le rêve d'aventure du jeune homme et ramener à Butcher's Crossing le plus grand nombre de peaux de qualité que la ville n'a jamais connu. Ils se lancent alors dans une expédition folle basée sur des souvenirs datant de plus de 10 ans. On retrouve, par certains aspects, l'approche et l'écriture de David Vann dans "Goat Mountain" et les visuels de "The Revenant" reviennent en mémoire. C'est particulier et il faut se laisse embarquer mais une fois hypnotisé par la plume de Williams, on est complètement plongé dans l'histoire et on sent une menace sourde et inéluctable planer sur l'expédition. Un sentiment qui ne lâchera plus le lecteur...

Quand l'homme et la nature ne font plus qu'un, quand les battements de coeur d'un chasseur s'accordent sur ceux des bêtes qu'il convoite, quand orgueil et fierté prennent le pas sur la raison, "Butcher's Crossing" mène ses personnages aux confins de la folie et rappelle aux lecteurs l'âpreté de la vie. Tout comme Will, il est alors ramené aux choses essentielles. Une belle leçon de vie et un très beau moment de lecture, comme une communion. 

Une aventure avec un grand A, faite de découvertes et de moments de doute, une aventure humaine mais aussi et surtout une aventure en soi-même pour un final des plus prenants et émouvants. Et si en plus vous êtes un amoureux de nature, n'hésitez plus et lisez ce roman. Vraiment très bon !