lundi 18 avril 2016

"Les Invisibles" de Hugh Sheehy

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L'histoire : Hantées par de mystérieuses disparitions, des traces de violence ou une odeur de sang encore fraîche, les nouvelles de Hugh Sheehy sont autant d’éclats de noirceur au sein d’une Amérique singulière et étrange. Tous les personnages pourraient être "invisibles" à nos yeux, sans les drames qui les percutent de plein fouet et viennent bouleverser le cours de leurs existences. Une institutrice est séquestrée par deux marginaux dans le sous-sol de son école, avec l’un de ses élèves. Une adolescente de dix-sept ans en vient à envier ses meilleurs amis, certainement victimes d’un tueur en série. Un jeune homme retourne dans sa ville natale pour apprendre que son amour de jeunesse a été sauvagement assassinée...

La critique de Mr K : Nouvelle incursion dans la collection Terres d'Amérique d'Albin Michel avec le premier recueil de nouvelles d'un auteur américain émergent: Hugh Sheehy. En le recevant, j'ai de suite pensé à deux ouvrages que j'avais adoré Le Paradis des animaux de David James Poissant et Les Lumières de Central Park de Tom Barbash, deux recueils de nouvelles de jeunes pousses américaines placées sous le sceau du réalisme et de la désespérance humaine. Le pari est moins réussi avec Les Invisibles qui malgré quelques fulgurances ne décolle jamais vraiment et a manqué d'intensité émotionnelle à mes yeux. Mais revenons plus en détail sur cette lecture.

11 nouvelles réparties sur 284 pages se proposent de nous présenter des parcours de vie brisés dans une économie de mots poussée à l'extrême. On dépasse ici rarement la vingtaine de pages lors de micro-récits qui n'épargnent rien à leurs personnages: un surveillant de plage va rencontrer le sosie de sa fiancée disparue et confondre rêve et réalité, deux gamins jouent à se faire peur lors d'un soirée entre voisins, un homme recherche son beau-fils handicapé accusé d'incendie volontaire répété, un adolescent en perdition suit les pas d'un copain bien barré, un amnésique tente de retrouver la mémoire, un homme se souvient de son enfance quand il apprend que sa voisine a été sauvagement assassinée, un couple attend la venue de leur enfant et essaie de trouver un prénom qui convienne aux deux partis, un homme tente de rentrer chez lui alors qu'il se trouve en plein blizzard, une jeune fille se rend compte que ses amis ont été les proies d'un serial killer et une institutrice se retrouve séquestrée avec un de ses jeunes élèves par deux marginaux. Autant de situations qui vont dévisser de manière irrémédiable et marquer dans leur chair et leur esprit des humains lambda, loin des images véhiculées dans les films et certaines séries US.

Chaque nouvelle est donc un instantané d'une existence marquée par le lieu de l'action, l'époque est quant à elle contemporaine sauf dans certains flashback. On voyage beaucoup à travers les États-Unis entre fermes isolées, forêt profonde, routes verglacées, appartement en haut d'un building, plage californienne inondée de soleil et battue par le vent... Nul doute, on est en Amérique, terre éprise de liberté (certains personnages en sont les dépositaires dans ces nouvelles) mais percluse de contradictions dont l'ultra-solitude que peuvent ressentir certaines personnes. C'est d'ailleurs le point commun à chacun des textes, la solitude qui peut envahir n'importe qui et le faire sombrer dans une profonde mélancolie. Il y a de très beaux passages qui rendent compte d'un spleen persistant et funeste, l'auteur excelle dans la description de l'état d'esprit des adolescents en perdition. On est pris à la gorge par ce mal-être qui nous saute au visage et amène une réflexion sur ces êtres de papier mais aussi un peu sur nous-même, quelques flashback m'ont assailli d'ailleurs pendant cette lecture. Le malaise est vraiment palpable par moment malheureusement cette impression ne dure pas et un certain nombre de textes tombent du coup un peu à plat.

C'est le principal défaut de cet ouvrage et il est de taille. La situation de départ est très souvent intrigante mais soit le récit tourne en eau de boudin ou alors le personnage prend une trajectoire étrange voir déplaisante, illogique et non justifiée selon moi. On n'échappe pas non plus parfois aux clichés et certaines histoires m'ont semblé bien légères pour mériter d'être publiée comme si elles n'avaient pas vraiment été achevées. La caractérisation n'est pas exempt de défaut (elle est parfois vraiment limitée au strict minimum et elle ne m'a pas suffi alors) et empêche parfois de s'accrocher au récit. D'ailleurs après trois nouvelles j'étais vraiment dubitatif et un peu déçu tant j'apprécie ce genre de recueil.

Heureusement, Hugh Sheehy a un style incisif qui incite à poursuivre la lecture de son oeuvre malgré tout et quelques nouvelles sont de véritables pépites de noirceur et d'humanité. Il a réussi à me raccrocher et finalement, au moment de se forger un avis définitif, je dirais que c'est un recueil plutôt réussi mais dont la qualité est globalement irrégulière avec des nouvelles vraiment dispensables et d'autres carrément poignantes. À chacun, je pense de se faire sa propre idée...


samedi 16 avril 2016

Le jour de la Reine

Il y a des événements qui reviennent à chaque saison et aujourd'hui c'est l'anniversaire de Nelfe! En ce jour de terreur (vous ne savez pas ce qu'elle nous fait subir depuis ce matin à Tesfa et à moi), certains de ses grands copains célèbres ont voulu le lui souhaiter à leur manière... Et oui, on connait du beau monde au Capharnaüm Éclairé et en plus, on vous en fait profiter. Vous avez trop de chance! Profite bien de ta journée et bon anniversaire ma chérie!

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Patrick: Je ne peux décemment pas te laisser dans un coin en ce jour sacré pour toi, hein bébé? Ce blog est ton espace vital mais je me permets d'y faire un tour pour te souhaiter un excellent anniversaire. Tu es une de mes plus grandes fans et tes lettres enflammées d'adolescentes m'ont porté pendant toute ma carrière, me forçant à me perfectionner dans mon jeu d'acteur.

Aujourd'hui, depuis le Paradis des acteurs, j'avoue nourrir quelques regrets. Tout aurait pu être possible entre nous si je n'étais pas mort et surtout si tu n'avais pas rencontré ce satané Mr K. Je ne t'en veux cependant pas, juste pour me faire plaisir, fais-lui passer une journée d'enfer pour lui apprendre la vie!

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Daniel: C'est tellement court une vie, tellement fragile aussi, que de courir après le temps ne laisse plus rien à vivre. Nelfe profite bien de ta journée et passe un très bon anniversaire. Pense à ce que je t'ai dit et médite mes paroles. L'amour est le chemin, toujours...

Je ne pourrais malheureusement pas assister aux rejouissances, je suis coincé sur le Mont Ararat. Mon coeur est avec vous, passez une très bonne journée. Quant à Mr K, j'espère qu'il sera un peu moins râleur pour ce jour béni entre tous...

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Dylan: Euh.... euuuuhhh.... hips... hips... Qu'est-ce que je dois dire déjà?! Bon anniversaire Nelfe et même si je ne t'ai pas vu dans ma superbe librairie, je te déteste déjà!

Je tenais à te souhaiter tout de même un happy birthday. Et puis... je n'ai pas de petite amie pour l'été et Manny a mangé toutes mes guêpes mortes... je me sens seul, vite, viens et ... 

Mr K: Je reprends la main car Dylan (Aka Bernard Black dans l'excellente série "Black Books") va un peu trop loin dans son élan d'affection envers ma charmante femme que j'aimerais garder au moins jusqu'à l'année prochaine...

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Tesfa: Et moi alors, je n'ai pas mon mot à dire??? Dégagez les bellâtres, le seul qu'elle aime Nelfe c'est mon papa, c'est Mr K!

Bon anniversaire maîtresse!

J'ai été bien, non? Simple et efficace, j'ai mouillé le maillot, j'aurai le droit à du pâté ce soir pour avoir éloigné les inopportuns?

Alors? Dîtes! S'il vous plaîîîîît!!! Je veux du pâtééééé!!!

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vendredi 15 avril 2016

"Chroniques de l'asphalte 1/5" de Samuel Benchetrit

chroniques de l'aslphalte 1L'histoire : A trente ans, Samuel Benchetrit décide d'écrire ses mémoires ! Ce premier tome raconte son enfance, avec humour et légèreté.

La chronique Nelfesque : J'ai eu un gros coup de coeur pour "Asphalte" de Samuel Benchetrit, sorti au cinéma à l'automne dernier. Au hasard d'une déambulation dans un magasin de seconde main, j'étais tombée quelques jours plus tard sur les 3 tomes édités à ce jour de ses "Chroniques de l'asphalte" et ce jour là, j'ai littérairement sauté de joie. Ayant attrapé la grippe il y a quelques semaines, j'en ai profité pour me plonger dans le premier volume. J'avais envie de lire quelque chose de léger que je pouvais facilement assimiler dans mon état second (ceux qui ont déjà essayé de lire avec de la fièvre, des courbatures et les yeux qui pleurent me comprendront...). Le moins que l'on puisse dire c'est que j'ai sorti là l'ouvrage qu'il me fallait et j'ai adoré cette lecture.

Dans ce premier volume, Samuel Benchetrit revient sur son enfance en banlieue parisienne, dans une cité faite de barres et de tours. Nous le retrouvons ici avec sa famille, sa petite bande d'amis et ses voisins d'immeuble singuliers.

Je ne suis pas adepte de nouvelles d'ordinaire mais j'avoue qu'ici le charme a opéré dès la première page. Chaque nouvelle s'attarde sur un appartement et ses habitants. Le lecteur fait ainsi connaissance tour à tour avec l'occupant du "1er étage face ascenseur", du "2e étage droite sur le palier", du "6ème étage"... jusqu'au 12e. Une famille d'éboueurs laissant tout un quartier sous les ordures lors de la mort du père, un homme à qui tout réussit et qui finit par déménager, un voisin paraplégique après avoir trop pédalé sur son vélo d'appartement, les correspondants italiens au collège...

L'auteur relate avec beaucoup de tendresse un quotidien fait de béton, de rituels qui rythment chaque journée, de petites bêtises de gamins de banlieue, d'école buissonnière et de trafics en tout genre. C'est le temps de la pré-adolescence et de ses questionnements, des prémisses d'une vie sexuelle, des premiers deuils mais aussi l'époque où chaque gamin s'éveille à la vie, porte un regard critique sur son entourage et fait des choix qui conditionneront parfois toute sa vie.

Samuel est un petit gars comme les autres. A 14 ans, il porte sur son environnement un regard à la fois naïf et aiguisé, tendre et sans concession. Nous le quittons à la 187ème page alors qu'il s'apprête à partir pour Paris. A 15 ans, Samuel quitte l'école, sa famille et ses amis pour se lancer dans la vie professionnelle en tant qu'assistant photographe. Lui, déjà si attaché aux images, a une vision du monde distanciée par un appareil photo (plus tard, il se mettra derrière des caméras), une petite lorgnette qui lui fera voir ce et ceux qui l'entourent avec poésie et affection.

Dans ces "Chroniques de l'asphalte", le coté artistique de Samuel Benchetrit est bel et bien là. Tout gamin déjà, il pose sur les choses et les gens un regard unique. Chaque nouvelle est une petite pépite de tendresse et d'humour. Là où certains voient dans les banlieue un monde à part, froid et violent, Samuel apporte de l'humanité et de l'amour au détour d'une cage d'escalier. Les relations qui lient les voisins entre eux sont savoureuses et chaque personnage de ces chroniques serre le coeur et attendrit le lecteur.

Benchetrit n'en est pas pour autant aveuglé et ne fait pas ici une ode aux banlieues bisounours et édulcorée. La souffrance perle dans ses mots, dans ces anecdotes qu'il partage avec ses lecteurs. La souffrance mais aussi l'isolement, la solitude, le désoeuvrement parfois. En moins de 200 pages, il rend hommage à ceux qui ont peuplé son enfance, au décor des 15 premières années de sa vie, avec beaucoup de justesse et un ton doux-amer et tragi-comique qui envoûte le lecteur. Il n'occulte pas le racisme, l'antisémitisme, la "violence ordinaire" mais les drape d'un voile de sensibilité, un filtre d'amour qui pousse à la réflexion et à l'empathie (c'est un peu cucul dit comme cela mais l'amour est véritablement présent partout dans ce premier volume comme il l'est également dans son film "Asphalte").

Challenge sans nom - Neuf et vieuxIl a 33 ans lorsqu'il se lance dans cet ouvrage et avec le temps est venue une certaine distance. Le jeune homme a grandi et les "Chroniques de l'asphalte" est le plus bel hommage qu'un homme puisse faire à ses jeunes années. Je ne peux que vous conseiller de les lire et de voir son film. Ce sont de véritables bulles de tendresse qui font du bien dans un monde anxiogène et aseptisé. Merci Samuel !

Ce roman a été lu dans le cadre du "Challenge sans nom" avec ma copinaute faurelix.

jeudi 14 avril 2016

"Le Fantôme de la Mary Celeste" de Valerie Martin

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L'histoire : Entre mythe et réalité, la grande romancière Valerie Martin revisite l'histoire d'une des plus célèbres énigmes maritimes : le 4 décembre 1872, la Mary Celeste, un brigantin américain en route vers Gênes, est retrouvé dérivant au large des Açores. À son bord, aucune trace de l'équipage, de son capitaine, Benjamin Briggs, de son épouse et de sa fille qui l'accompagnaient. Pour le jeune écrivain Arthur Conan Doyle, cette disparition est une source d'inspiration inespérée. Pour Violet Petra, médium réputée dans les cercles huppés de Philadelphie, un cauchemar. Et pour le public de l'époque victorienne, obsédé par la mort, un fascinant mystère…

La critique de Mr K : Depuis gamin, je suis fasciné par les voyages maritimes et les grands explorateurs, très vite j'ai donc développé un goût prononcé pour les récits mélangeant aventure et évasion. Sorti récemment en librairie, le livre de Valerie Martin que je vais vous présenter aujourd'hui est un savant mélange de destinées contrariées, de récit de vie à bord d'un navire au XIXème siècle, de passions familiales et de souffrances. C'est un bien curieux mélange qui s'opère autour du mystérieux naufrage de la Mary Celeste qui a marqué les esprits à l'époque et a inspiré nombre d'explications différentes dont aucune n'a pu être totalement vérifiée.

Valerie Martin a décidé de traité le problème de façon détournée. N'espérez pas ici avoir un compte-rendu exhaustif au jour le jour de la traversée de la Mary Celeste, l'auteure s'est surtout attachée à relater l'onde de choc qui a suivi au sein des familles endeuillées mais aussi l'intérêt persistant que cette douloureuse affaire a eu dans l'opinion publique et les hautes sphères intellectuelles dont Conan Doyle faisait partie. Ainsi, nous suivons ce dernier dans sa rencontre avec une médium particulièrement perturbée (non non, ce n'est pas un euphémisme) qui va le faire douter sur ses certitudes (rappelons que le géniteur de Sherlock Holmes a écrit un bref récit de fiction autour du drame de la Mary Celeste). Mais nous nous attardons aussi dans le foyer Briggs déjà atteint par un affreux événement dans le passé et qui gère comme il peut la disparition de trois des leurs, nous suivons alternativement aussi Violet Petra, la médium susnommée qui a un lien tout particulier avec la Mary Celeste… C'est autant de pistes très différentes, parfois nébuleuses qui vont finir par se rejoindre vers un dénouement lumineux bien que perclus d'ombre, l'auteure laissant certains éléments à notre libre appréciation.

Ce qui m'a le plus frappé, et ceci au bout de quelques pages, c'est la qualité d'écriture de Valerie Martin, auteure que je découvrais avec cette lecture. J'ai été soufflé par son phrasé précis et poétique, son sens du rythme et sa gestion du suspens. Valerie Martin a l'art de mener le lecteur là où elle le veut pour mieux le dérouter par la suite. Les descriptions sont d'une rare justesse qui provoque une immersion durable et sensitive à souhait. J'ai rarement éprouvé les affres d'une tempête en mer d'aussi belle manière! La langue bien que recherchée et millimétrée est très accessible et nous permet de pénétrer loin dans l'esprit des personnages torturés et dans une époque (le XIXème siècle) toujours aussi fascinante.

Rien ne nous est épargné en matière de rebondissements et de psychologie des personnages. On partage avec eux leurs espoirs, leurs déconvenues et leurs peines. Une grande mélancolie se dégage de cet ouvrage qui fait la part belle au sacrifice des hommes envers la mer, les passions inassouvies, le déchirement des familles et des cœurs, le mystère de la Mary Celeste toujours en background et la mort omniprésente et obsédante. Et puis, le XIXème siècle est aussi une époque fascinée par le deuil et le mysticisme. En suivant une médium de près, c'est l'occasion d'en savoir plus sur cette mode macabre, les personnes qui en faisaient commerce et le public qu'ils attiraient. On découvre aussi les mœurs en cours en Amérique suite à la guerre de Sécession avec une société assez puritaine où codes et bonnes mœurs font souvent entrave au bonheur individuel. L'aspect romanesque permet une approche ludique et captivante, impossible de décrocher de ces récits intercalés qui se nourrissent les uns et les autres, maintenant le lecteur captif jusqu'au chapitre final qui boucle la boucle en quelque sorte.

Autre point séduisant de ce livre, l'aspect multi-forme des textes parcourus. On retrouve la forme romanesque classique mais aussi des extraits de journaux de l'époque, de livres de bord, de mémoires... Ces changements de point de vue apportent des éclairages très différenciés sur les pensées, paroles et actes des personnages. Toutes ces formes sont admirablement maîtrisées par l'auteur, cette variété donnant un cachet d'authenticité permettant de flouter les frontières entre faits réels et évasions fictionnelles. C'est du grand art et ça fonctionne à plein régime. Preuve en est, j'ai ensuite fait quelques recherches pour vérifier certaines identités et certains événements. L'époque est ici remarquablement rendues, vivante, source de progrès et d'espoir nouveau mais aussi un siècle qui reste fasciné par les légendes et les croyances de toutes sortes. L'alchimie est complexe mais hypnotisante, apportant connaissances nouvelles et plaisir de la découverte au lecteur décidément emporté par une histoire qui en conte beaucoup plus qu'elle n'en laissait supposer au début.

Roman ébouriffant, splendide dans sa forme et sa structure, on passe un moment rare entre jubilation et interrogation. Conte des mers sombres et sauvages, chronique d'une époque et drames familiaux s'épousent en un petit chef d’œuvre de sensibilité au souffle romanesque qui emporte tout sur son passage. Le Fantôme de la Mary Celeste de Valerie Martin est de ces lectures que l'on n'oublie pas et qui vous marque dans votre chair et votre esprit. Un pur moment de bonheur à découvrir au plus vite.

mercredi 13 avril 2016

Litanie de printemps, again...

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Dessin de Bar tiré de son blog

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mardi 12 avril 2016

"Les Enfants de Lugheir" d'Isabelle Pernot

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L'histoire : Le trône de Lugheir a été autrefois conquis dans le sang par le tyran Hadrien, empereur de Thyr. Depuis, les sorciers de l’empire ont étendu leur noire emprise sur le continent. Trente années plus tard, la jeune bohémienne Caitlyn prend connaissance de son héritage : elle est la dernière descendante des princes de Lugheir. Accompagnée de Julian, le fils rebelle de l’empereur, elle part à la reconquête du royaume de ses ancêtres.

La critique de Mr K : Cela faisait un petit bout de temps que cette saga (4 romans réunis ici en deux volumes) me faisait les yeux doux dans ma PAL. Ayant une petite envie de fantasy, je me décidai enfin à la ressortir. Grand bien m'en a pris car Les Enfants de Lugheir d'Isabelle Pernot fait la part belle à l'aventure et la romance. La lecture fut plaisante à souhait malgré quelques légers défauts. Suivez moi pour ce voyage à rebondissements en terre imaginaire.

L'action commence quasi immédiatement lors de deux premiers chapitres trépidants qui installent les premiers ressorts de l'histoire. Un prince en fuite qui s'est rebellé contre son empereur de père, une jeune fille au mystérieux passé qui s'éveille à la magie et une tension déjà palpable. L'Empire de Thyr étend son influence sur une grande part des terres connues et son emprise totalitaire se fait de plus en plus forte. L'empereur Hadrien a bien changé et son penchant pour la magie noire l'ont fait sombrer. Il s'attire le ressentiment de sa progéniture et cherche par tous les moyens à faire taire toute forme de résistance. Cette dernière va alors s'organiser autour de Julian et de Caitlyn. Longue sera la route avant le dénouement.

Il faut avouer que le début est quelque peu décevant. La faute à une intrigue ultra-classique qui ne semble réserver aucune surprise, des révélations précoces et des personnages plutôt lisses. Les héros évoluent à la limite de la bleuette et les méchants sont… très très méchants. On ne s'ennuie pas mais on reste dans l'attendu et personnellement, je restais sur ma faim, la faute aussi à des descriptions peu immersives et relativement courtes (j'aime cet aspect de l'écriture dans le genre fantasy). C'est le risque quand on apprécie le style et que l'on tente de découvrir une nouvelle auteure surtout connue pour être la traductrice d'un certain Feist, écrivain à la renommée certaine dans le milieu de la fantasy.

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Heureusement, passées les deux cents premiers pages (environ 900 pour l'ensemble), l'histoire décolle enfin. Les personnages gagnent en profondeur, les fêlures apparaissent. On se rend compte alors que l'auteur soigne ses personnages, par petites touches elle leur donne une densité qu'on ne soupçonnait pas de prime abord. Le couple de héros se cherche, se confronte, se rapproche et s'éloigne au fil des événements nombreux qui peuplent l'histoire. Ces imperfections les rendent plus proches, plus humains rendant les passages initiatiques (superbe scène du rite de passage de Caitlyn) et les rebondissements saisissants. Les seconds rôles ne sont pas en reste, Isabelle Pernot se plaisant à décrire de manière fort intelligente les ressorts des drames familiaux, les jeux d'alliance et de pouvoir, les figures des mythologies et rites magiques créant un monde complet et cohérent. Les mécanismes bien que huilés et déjà lus fonctionnent, tenant en haleine un lecteur désormais convaincu.

Surtout que l'écriture en elle-même semble monter en niveau. Les descriptions se font plus denses et c'est parfois émerveillé que l'on visite une forêt abritant une drôle d'auberge, que l'on pénètre dans les brumes de l'au-delà, que l'on explore des tunnels sous-terrain, que l'on se balade dans des villes tantôt grouillantes d'activité ou au bord de l'implosion. On voyage beaucoup, le dépaysement est garanti et l'immersion durable. Le rythme reste lui très soutenu et de chapitre en chapitre, l'action ne désemplit pas, retransmise à travers le regard des différents camps en présence. Je garderai longtemps en mémoire, les aspects les plus sombres comme les nécromants de l'empereur ou les récriminations de ce dernier face à sa lente déchéance. Sans conteste, on retrouve nombre d'éléments scénaristiques et thématiques présents dans la trilogie originelle de Starwars. Pour parachever le tout, l'histoire d'amour prend elle aussi de l'ampleur et se révèle prenante. Tous les éléments se rejoignent sur une fin de lecture sous tension bien qu'un peu abrupte. Pour ma part, j'aurais rallonger la sauce d'une vingtaine de pages.

Au final, Les Enfants de Lugheir est une lecture intéressante et divertissante. On finit par se prendre au jeu et le livre capte vraiment l'attention. Certes, la nouveauté et la surprise ne sont pas au rendez-vous mais un bon amateur de fantasy y trouvera son compte. Alors, tenté(e) ?

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dimanche 10 avril 2016

"Cher pays de notre enfance" d'Etienne Davodeau et Benoît Collombat

cher-pays-de-notre-enfance-collombat-davodeau-couverture1L'histoire : Etienne Davodeau est auteur de bande dessinée.
Benoît Collombat est grand reporter à France Inter.
L'un est né en 1965, l'autre en 1970.
Ils ont grandi sous la Ve République fondée par le général de Gaulle, dans un pays encore prospère, mais déjà soumis à la "crise".

L'Italie et l'Allemagne ne sont pas les seules nations à subir la violence politique.
Sous les présidences de Pompidou et de Giscard d'Estaing, le pays connaît aussi de véritables "années de plomb" à la française.

Dans ces années-là, on tue un juge trop gênant. On braque des banques pour financer des campagnes électorales. On maquille en suicide l'assassinat d'un ministre. On crée de toutes pièces des milices patronales pour briser les grèves. On ne compte plus les exactions du Service d'Action Civique (le SAC), la milice du parti gaulliste, alors tout-puissant. Cette violence politique, tache persistante dans l'ADN de cette Ve République à bout de souffle, est aujourd'hui largement méconnue.

En sillonnant le pays à la rencontre des témoins directs des événements de cette époque - députés, journalistes, syndicalistes, magistrats, policiers, ou encore anciens truands -, en menant une enquête approfondie, Etienne Davodeau et Benoît Collombat nous révèlent l'envers sidérant du décor de ce qui reste, malgré tout, le cher pays de leur enfance...

La critique Nelfesque : "Cher pays de notre enfance" est la dernière BD née d'Etienne Davodeau, célèbre dessinateur a qui l'on doit entre autres les excellents "Les Ignorants" ou encore "Lulu Femme Nue". Dans ce présent volume, il s'associe à Benoît Collombat, grand reporter, pour livrer aux lecteurs, sous un format bande dessinée surprenant et bienvenu, les dessous de la vie politique de la Ve République.

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"Cher pays de notre enfance" a beaucoup fait parler d'elle jusqu'à présent. Elle a d'ailleurs obtenu le "Fauve d'Angoulême 2016 - Prix du Public Cultura" et au-delà de toute la mauvaise presse qu'a pu avoir le festival BD cette année, elle n'a pas à rougir de sa distinction. C'est un véritable travail journalistique dessiné que nous propose ici les deux auteurs. Un récit de 218 planches revenant sur les années 70 et 80 en France.

Vous pensiez que les affaires mafieuses n'étaient que l'apanage des scénarios de films de gangsters, que seuls l'Italie ou certains quartiers de New-York ne pouvaient être le décor de sombres tractations, complots et assassinats camouflés en suicide ? Détrompez-vous. Nous sommes ici dans notre Douce France, ce Cher pays de notre enfance à tous et ce que révèlent les auteurs de cet ouvrage fait froid dans le dos.

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Avec un aspect BD qui pourrait en dérouter certains mais confère à l'ensemble une dimension plus accessible et moins rébarbative au premier abord, Davodeau et Collombat n'en poursuivent pas moins un véritable travail d'investigation. Nous les suivons dans une enquête de fond aux quatre coins de la France, à bord d'un train ou d'une voiture de location, à la recherche de témoignages. Ils vont tour à tour rencontrer des journalistes, des greffiers, des policiers, des hommes lambda ou "d'importance" ayant été témoins de certains agissements que les pouvoirs en place ont mis beaucoup de soin à cacher à l'opinion publique.

"Cher pays de notre enfance" se lit comme un bon polar avec ses rebondissements, ses révélations chocs et ses personnages forts. A la différence près qu'ici on prend moins de plaisir à découvrir les indices tant nous sommes effrayés d'apprendre qu'en France, ici, chez nous, dans un passé encore très proche, pouvaient se passer des choses aussi incroyables dans les hautes sphères politiques. Nous sommes ici en plein cauchemar, en pleine intrigue cinématographique où la vie des hommes vaut bien moins que l'intérêt politique et où tous les coups sont permis pour atteindre des objectifs. Meurtres, agressions, intimidations, braquages... Non, nous ne sommes pas au cinéma mais sous la présidence de Pompidou et Giscard, nous sommes sous la Ve République, la même que nous connaissons encore aujourd'hui... Ça laisse "rêveur"....

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Pour avoir une autre vision du pouvoir, celle que l'on nous cache, celle de l'ombre, l'inavouable et la peu glorieuse, je vous conseille la lecture de cette BD. Un travail exceptionnel qui nous éclaire sur une partie récente de notre Histoire politique française, qui demande une certaine culture générale mais qui se révèle passionnante. Une bande dessinée dense, instructive et documentée qui demande un effort de concentration, ne se lit pas comme un simple divertissement et a le mérite d'aborder des sujets brûlants de fond et n'a pas peur d'appuyer là où ça fait mal.

La critique de Mr K (add-on du 15/10/16) : Suite à la chronique enthousiaste de Nelfe au mois d'avril, je m'étais juré de mettre le nez dans cette BD dont le sujet m'intéressait fortement et qui a reçu le prix du public à Angoulême. Il faut avoir le cœur bien accroché pour suivre cette enquête sur les années de plomb de la Vème République, un aspect sombre de la vie politique française depuis la Libération. On a beau s'en douter, quand les courageux auteurs de cette BD donnent à voir autant de preuves et témoignages accablants de collusions entre partis politiques, police, justice et patronat ; on ne peut que s'émouvoir et prendre peur.

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Loin de tomber dans le conspirationnisme à la mode web qui a pignon sur rue en ce moment, nous avons affaire ici à un réel travail de journalistes d'investigation qui cherchent à lever le voile sur l'assassinat du Juge Renault, les liens entre un cambriolage et le financement occulte d'un parti politique, les déviances et exactions du SAC (Service d'Action Civique), le pseudo suicide d'un ministre de la République et les luttes intestines de pouvoir. On tombe ici de Charybde en Scylla, les auteurs faisant preuve de pédagogie en explicitant le contenu de leurs découvertes mais aussi la méthode qu’ils ont suivi. S'appuyant sur des faits, des documents et des témoignages vérifiables ; ils remettent à jour des éléments oubliés de notre histoire commune et font quelques révélations fracassantes.

Comment par exemple, la justice peut-être freinée quand elle touche du doigt la vérité. Comment tout homme peut être tout bonnement supprimé s'il s'avère être gênant et compromettant. Comment grand banditisme (le gang des lyonnais) et les élites politiques peuvent s'arranger à l'occasion et puis, les sempiternelle querelles de pouvoir, d'influence et de népotisme interne aux familles. C'est effrayant mais ça a le mérite d'être clair. Quand en plus de grands noms apparaissent au détour d'une planche ou deux, on ne peut que pleurer de voir les hommages rendus à de véritables truands assassins lors de leur mort récente (si si, rappelez vous, c'était en Juin 2015). J'étais déjà écœuré à l'époque, je le suis encore plus après la lecture de cet ouvrage ô combien salutaire mais effroyable dans son approche froide et journalistique. Point d'avis ou de digression, simplement la quête de la vérité.

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Une sacrée claque que cette BD, rudement bien menée avec les dessins sobres et efficaces qui rendent parfaitement compte du processus d'enquête. Ses apports historiques sur une certaines société française à une époque donnée sont justes, mesurés et constamment soumis à la vérité de l'historien tellement galvaudée ces derniers temps par des politiques en quête de renaissance ou des journalistes peu soucieux de respecter l'Histoire. Ça fait du bien de rentrer dans les arcanes du pouvoir (ici c'est clairement la droite, du Gaullisme et du RPR dont il est question) et surtout, on mesure la chance que l'on a d'habiter en France, en Europe ; pays et région loin d'être parfaits mais où la liberté d'expression restent tellement appréciables.

Ce recueil est une petit bombe, une ode à la vérité et un sacré acte de foi et de courage. Chapeau bas messieurs !

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jeudi 7 avril 2016

"La Guerre des Mūs : Le Retour de la Paix" de Lisa Fiedler

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L'histoire : On peut être petit et avoir le cœur grand.

Dans l'ombre des tunnels, le danger rôde : Esperanza, la plus jeune fille de la famille impériale a été kidnappée. Tous suspectent Pup, le frère de Hopper. Mais les choses ne sont jamais ce qu'elles paraissent et les secrets les mieux gardés s'apprêtent à être dévoilés. Pour que la paix règne à nouveau dans le royaume d'Atlantia, Hopper doit montrer aux souris que l'amitié finit toujours par triompher.

La critique de Mr K : La Guerre des Mūs revient enfin avec ce troisième et dernier volume qui vient tout juste de sortir en librairie. Avec le précédent ouvrage de la série, nous avions laissé Zucker et Hopper dans un univers apaisé mais pas encore complètement pacifié. De nombreuses questions restaient en suspens, quelques personnages étaient partis en roue libre et l'auteur se devait de revenir nous compter la fin des aventures du jeune souriceau dans le monde souterrain d'Atlantia. Mission accomplie avec un livre faisant une fois de plus la part belle à l'Aventure et à l'amitié.

Suite à la chute de Titus, son tyrannique d'empereur de père, Zucker a amorcé la nécessaire transition démocratique du royaume et sa reconstruction. Chacun y trouve sa place, les progrès commencent à se faire sentir. Les premiers chapitres sont l'occasion pour le lecteur de faire connaissance avec les nombreux nouveaux personnages qui peuplent les pages de ce troisième volume et notamment les cinq ratons hauts en couleur qui sont nés des amours du jeune prince avec la douce et courageuse Firren. À travers ses portraits savoureux, c'est une certaine conception de l'éducation et du respect mutuel qui sont abordés par l'auteur qui fait ici preuve d'une grande pédagogie envers les jeunes pousses qui liront cette trilogie. On enchaîne les très belles pages sur la notion de fratrie, d'amour familial mais ceci sans niaiserie malencontreuse ni morale à deux balles. Ce qu'il faut comme il faut! Une fois ces premiers ressorts affectifs placés (notamment les liens indéfectibles unissant Hopper à sa filleule), le livre peut démarrer!

Esperanza (la dernière née) disparaît! C'est la panique à Atlantia! Nul doute qu'elle a été enlevé! Mais par qui? Très vite, les soupçons se tournent vers le jeune Pup, désigné depuis un certain temps comme l'ennemi numéro 1 de la cité, ce dernier ayant souhaité en son temps sa destruction pure et simple. Une chasse au souriceau commence alors avec ses moments de doutes et ses révélations. La vérité va se faire jour petit à petit, remonter à la surface des souvenirs perdus, des actes manqués et des responsabilités étendues. Le lecteur n'est pas au bout de ses peines, sera sans doute surpris plus d'une fois et les lignes l'amèneront vers un final logique qui laisse augurer des lendemains qui chantent. Ben oui, on est dans la littérature jeunesse tout de même, faudrait pas nous les traumatiser!

Pour autant, ne vous attendez pas à un récit de tout repos, le rythme rapide et sans temps mort fait la part belle à l'amitié, à l'Aventure comme dit précédemment mais aussi à la trahison, la manipulation et les remords. On suit sur quelques chapitres, le parcours de Pup qui doit subir les affres de l'adolescence et le sentiment de rejet. Ces passages sauront toucher juste les plus jeunes lecteurs qui sont très réceptifs à l'injustice. Là encore, Lisa Fiedler fait preuve de finesse et de justesse dans l'évolution de ses personnages. À noter au passage que Hopper et Zucker restent plus en retrait dans ce tome ci, laissant la lumière aux petits jeunes, un peu comme un passage de témoin aux générations suivantes. Le temps a passé depuis le volume 2… On retrouve par contre avec plaisir le chat Ace ainsi que le chien de la pizzeria et toute une ménagerie pas piquée des vers avec une mention spéciale pour l'équipage pi-rats régnant en maître sur le Bac reliant Brooklyn à Manhattan.

Au final, ce fut un plaisir renouvelé de replonger dans cette saga qui prend fin de fort belle manière. Du rythme, des rebondissements, une écriture accessible et cependant dense pour des thématiques universelles et une histoire classique non dénuée de suspens. Belle trilogie que cette Guerre des Mūs qui mérite vraiment le détour et enchantera sans nul doute vos chères têtes blondes.

Précédents volumes de la saga, chroniqués au Capharnaüm éclairé :
- "La Guerre des Mūs : L'Empire d'Atlantia" - Volume 1
- "La Guerre des Mūs : Hopper contre-attaque" - Volume 2

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mercredi 6 avril 2016

Litanie de printemps... le retour !

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Dessin de Foolz tiré du site de Charlie Hebdo

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mardi 5 avril 2016

"Une ordure" de Irvine Welsh

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L'histoire : Les fêtes de fin d'année s'approchent. Bruce Robertson, brigadier de police à Édimbourg, pense à la semaine – stupre et stupéfiants – qu'il s'est organisée à Amsterdam. Un programme de rêve que viennent contrarier quelques imprévus : le départ de son épouse et de leur fille, une pénible accoutumance à la cocaïne, une dégradation spectaculaire de son état général, une cascade de liaisons extra-conjugales de plus en plus prenantes… Tout en s'enfonçant dans l'ignominie, ce flic obstiné doit faire face à un adversaire – la voix de la vérité et de la conscience éthique -, surgit de l'endroit le plus inattendu qui soit : son propre organisme.

La critique de Mr K : Irvine Welsh est un auteur culte outre-manche et même plus! Il a écrit notamment Trainspotting et Ecstasy, bombes littéraires des années 90 qui ont fait couler beaucoup d'encre à l'époque. Ayant goûté et apprécié ces matériaux, c'est avec une joie non feinte que je tombai par hasard sur ce volume que je ne connaissais pas du tout. La quatrième de couverture acheva immédiatement de me convaincre avec notamment la promesse d'atteinte aux bonnes mœurs littéraires et l'attaque systématique à toutes les valeurs en cours chez nos voisins anglais. Âmes sensibles et pudibondes passez votre chemin au risque d'y laisser des plumes!

Bruce Robertson est vraiment une ordure, le mot paraît même presque faible à la vue de ses paroles et actes durant les 4/5ème du livre! Raciste, homophobe, misogyne, vulgaire, crade, toxico, érotomane, il a tout pour plaire. Depuis peu sa femme l'a quitté (on se demande bien pourquoi…) et il enquête sur le meurtre sauvage d'un jeune noir, ce qui lui passe bien au dessus. Déjà en tant que minorité il a eu ce qu'il méritait selon lui et surtout, sa traditionnelle sortie de fin d'année aux Pays-Bas occupe tout son esprit: filles de mauvaise vie, drogues à gogo, tout un programme qu'il ne raterait pour rien au monde. Nous suivons donc ses journées entre son travail et ses heures de libre, son fameux séjour en Hollande (qui vaut son pesant d'or dans le genre), les réflexions d'une mystérieuse entité interne à son corps (oui oui, je sais c'est bizarre mais tout est expliqué dans le livre) et même à l'occasion de quelques chapitres les pensées de Carole, la femme de cet affreux bonhomme.

Le mot anti-héros n'a jamais aussi bien convenu à un personnage de roman. Dans le genre, j'avais beaucoup apprécié Versus d'Antoine Chainas au héros presque similaire mais encore en dessous de Bruce Robertson. Détestable à souhait, il passe son temps à râler sur tout le monde, à lâcher ignominie sur ignominie et ceci en toute impunité. Il faut dire qu'il est du côté de la loi et cela lui laisse les coudées franches. Non content de pester, il se réjouit du malheur des autres et aucune barrière morale ne le retient pour arriver à ses fins notamment dans sa putative promotion qu'il va essayer d'arracher au détriment de ses soit-disant collègues et amis. Il va leur jouer des tours à sa façon, n'hésitant pas à mettre en péril leur carrière et même leur santé mentale! Personnage repoussoir par excellence, rien ne laisse présager pour autant ce qui va se dérouler en fin de volume car tel l'arroseur arrosé, Bruce va sentir le vent du boulet et croyez-moi ça va faire mal!

Rien ne nous est épargné de ses pensées et de ses actes qui s’amoncellent comme des détritus et dégoûtent profondément le lecteur fasciné par tant de méchanceté concentrée en un seul être. Il faut du courage je l'avoue pour poursuivre sa lecture tant les mots, les pensées et les actes du brigadier Robertson heurtent et choquent toute personne normalement constituée. Son mépris des femmes et sa façon de les traiter (dans le privé et dans le boulot), son racisme et sa bêtise crasse, la violence qui émane de lui (le passage avec un jeune camé est tout bonnement terrifiant) le rendent antipathique et finalement inhumain. On flirte constamment avec les limites et il faut s'accrocher pour tenir face à de telles exactions (sans compter les multiples trips aux paradis artificiels qu'il se tape et qui sont remarquablement décrits). Surtout que le bestiaux est retors et rusé, il cache son jeu devant ses supérieurs et ses amis, ce qui le rend en plus très calculateur, intelligent et rusé mais dans le mauvais sens du terme (la mise en scène du harcèlement téléphonique d'un de ses collègues est un modèle de cynisme). J'ai adoré le détester, rarement mes poils se sont tant hérissés lors d'une lecture. Mais comme je suis un amateur de sensations fortes, inutile de vous dire que j'ai été servi ici!

Si on connaît bien l'auteur, on ne peut s'arrêter au premier jugement qui ne peut que venir à l'esprit: C'est quoi ce livre? Quelle gratuité dans l'escalade de la violence physique et morale! Mais où veut-il en venir? Quelle finalité? Je vous laisse la découvrir, elle tarde certes à venir mais elle finit par se révéler et c'est LA grosse claque. La roue tourne, les explications arrivent, Bruce est révélé au lecteur qui même s'il ne lui pardonne en rien son attitude et son comportement commence à comprendre le fonctionnement de cette bête humaine et surtout le grand secret qu'il cache (je l'avais deviné pour ma part à la moitié du livre). La fin est tétanisante et logique, elle laisse le lecteur complètement abasourdi et pantelant. Un grand moment.

Que dire du style? On adhère ou pas, pour ma part j'ai adoré. Mais attention le style est frontal, vulgaire et sans fioriture. Tout le monde n'arrivera pas à surmonter sa répulsion et pourtant, quel dommage! La caractérisation des personnages est tout bonnement géniale (on est loin de la caricature que pourrait laisser apercevoir la quatrième de couverture), le récit mouvementé et le sous-texte intéressant car très critique envers le puritanisme britannique et les bonnes mœurs que l'on affecte hypocritement. Une superbe lecture thrash qui laissera des traces. À lire si vous avez le cœur bien accroché!

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