jeudi 1 octobre 2015

"FUTU.RE" de Dmitry Glukhovsky

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L'histoire: Dans un avenir pas si lointain… l'humanité a su manipuler son génome pour stopper le processus de vieillissement et jouir ainsi d'une forme d'immortalité. L'Europe, devenue une gigapole hérissée de gratte-ciel où s'entasse l'ensemble de la population, fait figure d'utopie car la vie y est sacrée et la politique de contrôle démographique raisonnée. La loi du Choix prône que tout couple qui souhaite avoir un enfant doit déclarer la grossesse à l'État et désigner le parent qui devra accepter l'injection d'un accélérateur métabolique qui provoquera son décès à plus ou moins brève échéance.

Une mort pour une vie, c'est le prix de l'État providence européen.

Matricule 717 est un membre de la Phalange qui débusque les contrevenants. Il vit dans un cube miteux de deux mètres d'arête et se contente du boulot de bras droit d'un commandant de groupe d'intervention. Un jour, pourtant, le destin semble lui sourire quand un sénateur lui propose un travail en sous-main : éliminer un activiste du parti de la Vie, farouche opposant à la loi du Choix et au parti de l'Immortalité, qui menace de briser un statu quo séculaire.

La critique de Mr K: Attention chef d’œuvre! Sans doute la plus grande claque littéraire dans le domaine de la SF que je me sois pris par un auteur contemporain depuis ma découverte de la trilogie des Guerriers du silence de Pierre Bordage et du Vaisseau ardent de Jean-Claude Marguerite. Grand prix des Utopiales 2014 avec son ouvrage précédent (pas encore lu mais ça ne saurait tarder!), Glukhovsky prouve avec ce livre-somme de 736 pages que les comparaisons avec Huxley et Orwell circulant à son propos ne sont pas usurpées. J'en reviens toujours pas tant ce livre m'a procuré à la fois évasion, réflexion et tout un cortège d'émotions contradictoires.

Dans l'Europe de FUTU.RE, les hommes sont devenus des Dieux: ils ont vaincu la Mort. Mais à quel prix? À cause de la surpopulation (120 milliards d'individus rien que sur notre continent), il interdit d'avoir des enfants. Les contrevenants sont soumis à la loi du Choix où un des parents peut échanger sa vie contre celle de sa progéniture. Le héros n'est qu'un petit maillon de la chaîne en apparence. Enfant élevé par l'État suite à la défection (Disparition? Exécution?) de ses parents, le Matricule 717 est un membre de la Phalange, bras armé de l'ordre chargé de faire respecter la loi du Choix avec des pouvoirs étendus. Véritable milice fasciste, rien ne le prédispose à sortir du lot, il traverse sa vie d'immortel sans passion, bourré de tranquillisants comme l'ensemble de la population. Son destin va basculer lorsqu'un sénateur haut placé va lui confier une mission peu ordinaire. Il va devoir assassiner un opposant politique qui prône notamment la suppression de la loi du Choix. La mécanique s'installe et une rencontre fortuite va lui faire découvrir un sentiment qu'il n'avait jamais éprouvé jusque là: l'Amour. Perturbé, déphasé et perdu, 717 rentre alors dans l’œil du cyclone entre questionnements intérieurs, complot mondial et course contre la montre dans un monde devenu mortifère et aseptisé.

Ce livre est une merveille d'intelligence et de virtuosité narrative. Le lecteur est captivé dès le premier chapitre et je vous assure qu'il est tout bonnement impossible de ne pas penser à ce livre, à cette histoire quand on n'est plus en pleine lecture (au travail, durant les repas, même dans mes rêves, je vous jure!). C'est suffisamment rare pour être souligné, l'addiction est puissante tout comme le souffle qui règne sur l'ensemble de cet ouvrage.

La dystopie est ici d'une grande noirceur comme dans les livres des deux auteurs pré-cités. L'Utopie d'origine a engendré un monstre totalitaire cloisonnant les gens et leurs esprits. Dieu est mort, place à l'éternelle félicité programmée, standardisée et chimique car on assomme les populations sous les cachetons pour éviter les "pétages de plomb" qui plomberaient (sic) la belle perfection de cette Europe radieuse et puissante. Le pouvoir en place s'appuie sur les immortels (guerriers cachés sous le masque d'Apollon / Méduse, superbe couverture soit dit en passant!) qui distillent la peur et maintiennent l'ordre mou ambiant. C'est le règne de l'apparence et de la superficialité, tout être vieillissant (les fameux injectés punis pour avoir désobéi) est montré du doigt et mis à l'écart. Aux portes de l'Europe, les migrants s'amassent, attirés qu'ils sont par les promesses d'un continent prospère où chacun peut vivre éternellement. Mais comme dans notre monde réel, ils sont rejetés, ignorés et décriés. Toute ressemblance avec une actualité récente ne serait que fortuite bien évidemment! Le background fait vraiment froid dans le dos, l'humanité par son accession au savoir suprême semble avoir perdu toute empathie et morale (déjà qu'à la base ce n'était pas gagné!).

L'Europe n'est plus qu'une grande forêt de tours hautes de plusieurs kilomètres reliées entre elles par des tubes et des transports en commun. C'est le règne de la technologie qui a vaincu la Nature, disparue depuis longtemps au profit de la "Culture". Le roman nous transporte dans une vision du future d'une grande froideur et d'une précision chirurgicale. L'auteur nous propose des descriptions grandiose teintées d'amertume comme rarement j'ai pu en lire auparavant, le tout dans un style léger et très accessible. On voyage beaucoup entre les dortoirs glaçants où sont "éduqués" les futurs immortels, les cellules-blocs servant d'appartements aux plus modestes, les quartiers déshérités de Barcelone la rebelle, les bains-publics alvéolaires, les bureaux des puissants perchés à plus de 500 étages de hauteurs, des parcs artificiels recréant une illusion de nature, les usines automatisées où est fabriquée la nourriture.

Au milieu de tout cela, 717 se débat entre son éducation qui l'a transformé en être violent et primal et ses différentes rencontres notamment Annelie. Loin des poncifs, des attentes classiques, le personnage principal attise tour à tour la curiosité du lecteur, son agacement, son horreur parfois mais aussi le dégoût, la compassion et même la tristesse. A deux reprises, je n'étais pas loin de verser ma petite larme. La fin du livre est d'une intensité redoutable pour le personnage principal et le lecteur pris en otage. De manière générale, Glukhovski est un orfèvre, les personnages sont fouillés, complexes et leurs interactions ne laissent rien au hasard. Le scénario général fait place à des ramifications multiples et saisissantes, les révélations sont nombreuses (jusqu'à l'ultime page tout de même!). Il n'y a pas de trop plein avec ces plus de 700 pages, quand on referme le livre, on regretterait presque que ce soit fini!

FUTU.RE fut une lecture immersive et prenante comme jamais. On ressort avec l'impression d'avoir lu un texte clef, unique et marquant. Je n'oublierai pas de sitôt cette dystopie à la fois thrash (des passages sont bien rudes, âmes sensibles méfiez-vous), poignante (le passage dans la mission catholique est tout bonnement cristallin et magnifique) et prophétique (Mon Dieu, on fonce vers ce genre de société!). Un grand, un très grand, un énorme moment de littérature comme on en vit peu dans une vie. Il rentre directement dans mon panthéon des dix meilleurs romans que j'ai jamais lu. Alors franchement… Qu'attendez-vous? Foncez, le futur est à portée de page!


mercredi 30 septembre 2015

"Shutter Island" de Dennis Lehane

shutter-islandL'histoire : Nous sommes dans les années cinquante. Au large de Boston, sur un îlot nommé Shutter Island, se dresse un groupe de bâtiments à l'allure sinistre. C'est un hôpital psychiatrique pour assassins. Le Marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule ont été appelés par les autorités de cette prison-hôpital car l'une des patientes, Rachel Solando, manque à l'appel. Comment a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée à clé de l'extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Oeuvre incohérente d'une malade ou cryptogramme ? Progressivement, les deux policiers s'enfoncent dans un monde de plus en plus opaque et angoissant, jusqu'au choc final de la vérité.

La critique Nelfesque : J'avais lu il y a quelques années, la BD adaptée du roman de Dennis Lehane, sans savoir à l'époque qu'il s'agissait à l'origine d'une roman. Mr K avait, quant à lui, vu le film dans l'avion qui nous menait pour la première fois en Thaïlande. Mais "Shutter Island" version roman, l'original, le vrai, personne chez nous ne l'avait lu !

C'est de l'histoire ancienne maintenant puisque j'ai profité d'une lecture commune et d'un Book Club avec d'autres blogueurs ce soir pour découvrir enfin ce roman si adoré et encensé partout.

Nous suivons l'histoire du Marshal Teddy Daniels et de son coéquipier Chuck dans une enquête au sein d'un hôpital psychiatrique construit sur une île. Sentiment d'enfermement une fois sur place, la seule façon d'arriver dans l'établissement et de le quitter est de prendre le ferry. Teddy est là avec son nouveau collègue pour résoudre une enquête : retrouver une patiente récemment disparue. Le Mystère de la chambre jaune version Boston puisque tout est mis en oeuvre ici pour qu'aucun patient ne puisse quitter les lieux de son propre chef.

C'est l'occasion aussi pour Teddy et Chuck de faire plus amples connaissances et ainsi partager des petits morceaux de leurs vies. Teddy est veuf et ne s'est jamais complètement remis de la mort de sa femme. Les souvenirs heureux lui reviennent souvent à l'esprit et partager cela avec Chuck l'aide à faire son deuil. L'enquête policière sur l'île est alors doublée d'une épreuve personnelle dont Teddy devra ressortir grandi.

Je connaissais déjà l'histoire avant de lire ce roman et c'est bien dommage puisque vierge de toutes infos, je serai littéralement tombée sur le cul à la fin de l'ouvrage. Toutefois, j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir l'écriture de Dennis Lehane. Une écriture très simple, une enquête classique mais tout de même une intrigue au goût étrange jusqu'à la révélation finale. Tout le monde ou presque à lu ce roman ou vu son adaptation cinématographique de Martin Scorsese mais je ne tiens pas à rentrer dans les détails ici pour ne pas spoiler de futurs lecteurs. Toujours est-il que le lecteur se laisse prendre dans l'histoire et les pages défilent à toute allure.

Véritable plongée dans le milieu psychiatrique où démence et désespoir se côtoient, le lecteur est tour à tour intrigué, ému et angoissé. Ce sentiment d'angoisse est décuplé par la situation géographique de l'hôpital qui tout le long du roman donne une impression de claustrophobie au lecteur, impression encore plus nourrie par la tempête maritime qui fait rage dans ces pages. L'atmosphère est pluvieuse, venteuse, électrique et moite. L'auteur n'a pas son pareil ici pour créer une ambiance propice à des bouffées de panique. Le climax est fort et le final de ce roman fait froid dans le dos. Le puzzle s'assemble petit à petit au fil des pages, l'image apparaît de plus en plus nette plus on avance dans le récit mais les dernières pages, les dernières lignes sont un véritable crève coeur...

logo-epubJe vous conseille fortement la lecture de "Shutter Island", dans l'idéal sans connaître l'aboutissement de l'enquête. Dans le cas contraire, si vous avez déjà vu le film et que vous vous dites que le roman ne vaut plus la peine d'être lu maintenant que vous connaissez la fin, détrompez-vous. On tourne la dernière page de cet ouvrage le coeur serré et la larme à l'oeil.

mardi 29 septembre 2015

"L'Arrière-monde" de Pierre Gripari

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L'histoire: On ne fait pas ce qu'on veut dans l'imaginaire. Chaque monde parallèle a ses lois qui, pour être inconnues, n'en sont pas moins précises. Si vous croyez y pouvoir fuir la tyrannie que vous reprochez aux lois du monde réel, vous vous trompez. Il ne s'agit ni d'invention, ni d'évasion, mais d'expérience! Le monde réel est une croûte, une surface à crever, c'est vrai. Mais une fois crevée cette surface, la vérité, l'erreur, la surprise et l'effort gardent tout leur sens…

La critique de Mr K: Les Contes de la rue Mouffetard ont bercé mon enfance. Quand j'y pense, une douce nostalgie m'envahit en me remémorant ces historiettes décalées que j'ai lu et relu en leur temps (m'est avis d'ailleurs que je remettrai bien la main dessus pour les relire encore! Aie ma PAL!). C'est le hasard une fois de plus qui me mit sur la route de ce recueil de treize nouvelles destinées cette fois ci à un public adulte. Un post nostalgique sur la blogosphère m'y fit penser et je décidai d'entreprendre cette lecture.

Gripari dans son recueil L'Arrière-monde verse dans la SF et l'absurde. On y croise nombre de personnages étranges et autres créatures improbables: une limace à l'appétit gargantuesque créée de toute pièce par un savant fou, un fabricant de rêve qui en obtenant une promotion se voit confier la mission de créer un cauchemar, un robot femelle au grand cœur qui vient au secours de deux amoureux, une bonne-sœur mariée au Bon Dieu dans tous les sens du terme, un personnage qui raconte sa propre histoire (beau challenge narratif!), un compte rendu d'exploration spatio-temporelle de notre planète par cinq espions extra-terrestres, une interview déjantée du Père-Noël, le récit d'une prostituée racontant une histoire à la Benjamin Button, des extra-terrestres qui colonisent la Terre sans désir de la changer, un homme qui fait transplanter son cerveau dans un corps robotique, deux personnages dotés du don d'ubiquité (dans une nouvelle rédigée sous forme théâtrale), une bonne témoignant pour son maître-vampire et Dieu lui-même qui apparaît à tous dans une ultime nouvelle aussi divine que pessimiste.

C'est autant de petites histoires qui au-delà de ce qu'elles racontent nous font réfléchir à des sujets plus graves qu'il n'y paraît. Daté de 1969, en filigrane il y a des notions qui aujourd'hui n'ont plus lieu d'être, notamment la Guerre Froide qui transparaît dans 4 / 5 nouvelles. La lutte des deux blocs faisant rage, l'auteur l'utilise notamment dans ses nouvelles prospectives où il imagine le futur de notre Planète bleue. À ce petit jeu, la critique est acerbe et nul n'est épargné que ce soit les capitalistes libéraux américains ou les soviets collectivistes de l'est. Il flotte donc un petit parfum désuet sur certaines histoires qui n'est pas pour me déplaire et flatte nos connaissances de cette époque pas si lointaine et qui influence encore aujourd'hui la géopolitique mondiale (notamment l'interventionnisme forcené de Poutine en Ukraine au hasard…).

Il y a aussi dans ces nouvelles des réflexions sur l'humain en lui-même: sa capacité de nuisance notamment que l'on retrouve condamnée avec finesse au détour des histoires qui nous sont ici proposées avec parfois des êtres artificiels ou d'autres venus de l'espace bien plus sages que nous autres Homo Sapiens Violens. Beaucoup d'interrogations aussi sur Dieu et la foi, le rapport qu'entretiennent les hommes avec leurs croyances. Gripari était un athéiste forcené et il ne se prive pas pour livrer sur deux nouvelles un avis rigolard et décomplexé sur le sujet. Rafraîchissant sans pour autant tomber dans la charge anticléricale aveugle!

Ce livre se lit aisément et avec intérêt. Le style Gripari reste le même: accessible et limpide. On retrouve un sens du rythme rapide et efficace, des changements de ton parfois déconcertant (j'adore cela dans une lecture!) et un univers farfelu vraiment prenant avec ici des saillies connotées sexuellement qui se destine comme dit précédemment principalement vers les adultes. Ces nouvelles réservent beaucoup de surprises et malgré quelques fins de récit parfois "faciles", on ressort de cette lecture enthousiaste et heureux. Une belle expérience pour un trip "revival" de plus.

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lundi 28 septembre 2015

"Lontano" de Jean-Christophe Grangé

Lontano-JCGrangeL'histoire : Le père est le premier flic de France. Le fils aîné bosse à la Crime. Le cadet règne sur les marchés financiers. La petite soeur tapine dans les palaces. Chez les Morvan, la haine fait office de ciment familial. Pourtant, quand l'Homme-Clou, le tueur mythique des années 70, ressurgit des limbes africaines, le clan doit se tenir les coudes.
Sur fond d'intrigues financières , de trafics miniers, de magie yombé et de barbouzeries sinistres, les Morvan vont affronter un assassin hors norme, qui défie les lois du temps et de l'espace. Ils vont surtout faire face à bien pire : leurs propres démons.
Les Atrides réglaient leurs comptes dans un bain de sang. Les Morvan enfouissent leurs morts sous les ors de la République.

La chronique Nelfesque : Aaaaaaaah ! Un nouveau Grangé en librairie !!! Aaaaaah ! Après 3 ans de silence livresque, le voici de retour, ENFIN, mon Jean-Christophe chouchou ! J'ai eu l'occasion de parler de ses bouquins de nombreuses fois sur le blog (liens en fin d'article) mais je le redis encore : en page-turner, Grangé tu fais pas mieux !

Pendant plus de 700 pages (il fallait au moins ça pour un retour en force), le lecteur suit l'histoire des Morvan, une famille qui a pris l'habitude de toujours se protéger quoi qu'il arrive et quel qu'en soit le prix. Loin d'être la famille idéale par la liste longue comme le bras de secrets et de non-dits, ils ne se rendent pas moins service dès qu'ils le peuvent. Une mafia à l'échelle familiale...

Entre Paris, le Congo et la région de Brest, l'histoire nous fait parcourir des milliers de kilomètres. Erwan, un des fils Morvan, est appelé dans une école militaire de Brest pour élucider une affaire. Un bleu vient d'être retrouvé pulvérisé par une frappe aérienne sur une île d'entrainement. Accident ou mise en scène pour cacher un meurtre horrible perpétré lors d'un week-end d'intégration ? L'histoire commence ainsi mais trouvera de multiples ramifications lorsque les cadavres commenceront à s'accumuler dans la capitale...

Dès les premières pages, on retrouve le bonheur de lire un ouvrage de Grangé. Les chapitres courts, allant à l'essentiel, s'enchaînent. Les phrases chocs qui donnent envie de poursuivre sa lecture se multiplient et les 700 pages sont avalées en moins de temps que l'on a de dire "ouf". Grangé n'a pas perdu son talent pour faire monter la tension, créer l'urgence d'en savoir plus chez ses lecteurs et l'"effet page-turner" marche ici encore à plein régime. On ne change pas une formule qui marche, Grangé maîtrise !

L'autre ingrédient définissant les romans de Grangé, c'est le côté gore et malsain. Les scènes de crimes atroces où l'esprit tordu du meurtrier suinte, la façon dont l'auteur les décrit, les images qui défilent devant les yeux du lecteur et qui l'empêcheront de dormir ou le régaleront de détails tordus qui donnent corps à une ambiance des plus glaçantes... C'est cela qu'un lecteur de Grangé attend et aime dans ses romans. Sur ce point, dans le premier tiers du roman j'ai été assez déçue. La jeune victime retrouvée à Brest n'est "que" "éparpillé façon puzzle" sur les murs de l'abris dans lequel il se trouvait lors de la frappe et il est bien difficile d'avoir des détails sur l'état d'un corps avant sa mort lorsqu'il est découvert ainsi. J'en vois déjà certains tordre du nez... "Non mais Nelfe t'es malade ou quoi !? Une purée de jeune bleu-bite ça te suffit pas niveau détails crados ?" Eh bien non lecteurs, vous le savez maintenant parce que vous me lisez depuis longtemps mais, à l'image des films de genre dont je raffole, j'aime les détails sordides, les litres d'hémoglobine poisseuse, les scènes de meurtres pensées à l'extrême et qui laissent à voir aux lecteurs la chasse d'un tueur des plus retors et difficiles à cerner. Je suis une psychopathe !

Bah alors ? Il est décevant ce "Lontano" ? Etonnant dans un premier temps par ce manque d'éléments et ce parti-pris "façon bouchère", le lecteur retrouve quelques pages plus loin la patte Grangé avec la découverte de premier choix d'un second corps n'ayant pas subit les assauts de l'armée. On y voit tout de suite plus clair ! Pas de spoilers ici mais attendez-vous à ce que l'ombre de l'Homme-Clou, tueur en série africain, arrêté dans les années 70 par Morvan père, plane sur ces pages.

"Lontano" est donc un retour aux sources pour Grangé qui signe là un roman bien noir et tordu entraînant son lecteur au plus profond de l'âme humaine, au dernier sous-sol, celui où les pires instincts et les pires croyances se côtoient. La fin laisse le lecteur sur sa faim mais il s'agit d'un diptyque... Alors, je ne vois qu'une chose à ajouter : VITE, LA SUITE !

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé :
- "Kaïken"
- "Le Passager"
- "La Forêt des Mânes"
- "Le Serment des limbes"
- "Miserere"

samedi 26 septembre 2015

Acquisitions automnales de Mr K

Il a bien fallu que ça arrive... J'avais pourtant réussi à rester sage quelques mois, ma PAL avait bien diminué et j'étais dans la bonne dynamique pour la réduire de manière conséquente. Interdit d'Emaüs depuis maintenant presque 4 mois, je résistais tant bien que mal à la tentation. Et puis ce matin, après une nuit difficile suite à une angine persistante dûe à mon troupeau de gamins renaclants (merci les gars!), Nelfe la perfide m'a proposé de son air candide qui lui sied si bien d'aller faire un tour chez l'abbé. Mon esprit affaibli n'a pu résister à ce chant des sirènes et c'est le coeur emballé que nous montions en voiture, direction ce lieu de perdition qui régulièrement fait le bonheur de nos PAL respectives.

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Vous voyez le résultat?! Et encore, il ne s'agit ici que de mes acquisitions décrochées pour la modique somme de 32 euros. Celles de Nelfe suivront dans un post à venir car elle aussi a craqué largement cette fois-ci. Mais ceci est une autre histoire, en attendant (et avec l'aide de Tesfa!), je vais vous présenter mes nouveaux bébés dont vous découvrirez les chroniques dans les jours, mois et années à venir. Ca commence à se bousculer sérieusement au portillon là!

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Une fois n'est pas coutume, mes acquisitions SF ne sont pas très nombreuses mais la qualité est au rendez-vous et riche de promesses en devenir!

- L'île des morts de Roger Zelazny. Voila un livre que j'ai croisé nombre de fois dans des bacs d'occaz divers et variés et à travers toute la France. Précédé d'une réputation flatteuse, c'est l'occasion pour moi de plonger dans une histoire bien perchée et de découvrir un auteur reconnu dans le milieu.

- Cité de la mort lente de Daniel Walther. Ici une dystopie des plus sombres est au menu dans cette nouvelle faisant partie d'une collection que j'ai découvert à travers un ouvrage de Xavier Mauméjean (un de mes chouchous!) qui m'avait bien plu. Réfléchir au présent à travers des récits d'anticipation bien sentis et courts, telle est la mission que ce sont données les éditions du Rocher avec cette collection Novella SF. Nous verrons ce que cela donne avec cet ouvrage!

- L'Homme qui a perdu la mer de Théodore Sturgeon. Véritable trouvaille que ce roman de cet auteur au talent incroyable dont le poétique et prophétique Cristal qui songe m'a marqué au fer rouge lors de sa lecture. J'ai bien hâte de le retrouver dans cette étrange histoire de jeune garçon jouant près du rivage rencontrant un homme venu d'aillleurs... 

- Gandahar de Jean-Pierre Andrevon. Un auteur que j'aime pour un dessin animé que j'ai regardé bien des fois et qui lui aussi m'a construit et ouvert l'esprit. Je suis bien curieux de découvrir le récit originel, j'espère y retrouver l'humanisme et l'onirisme du long métrage de René Laloux.

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Par contre, cette fois-ci, je me suis plus lâché sur la littérature plus contemporaine et classique. Il faut dire que la Providence était avec moi, abbé oblige...

Les Années cerises de Claudie Gallay. La lecture des Déferlantes au printemps m'avait ravi, c'est donc avec une joie non dissimulée que je mettais la main sur ce petit roman faisant la part belle à la mélancolie sous forme de chronique familiale. Il fera partie de mes toutes prochaines lectures! Avant de rejoindre la PAL de Nelfe (copieuse!)...

Après le tremblement de terre et Le Passage de la nuit d'Haruki Murakami. A chaque fois que je vais chez l'abbé, il me propose toujours de nouveaux livres d'Haruki Murakami que je n'ai toujours pas lu. Peu importe la trame, le genre, je suis preneur! Jamais déçu par le maître orfèvre de l'écriture, il explore ici les traumatismes post-séïsme et la vie de deux soeurs. Bien hâte d'y être là encore!

Le Zéro et l'infini d'Arthur Koestler. Un livre culte que je n'ai toujours pas lu, honte à moi! L'occasion était trop belle d'explorer les rouages du totalitarisme à travers ce procès fictif inspiré des fameux procès de Moscou sous Staline. Je m'attends à une grande claque!

Le Cas de Sneijder de Jean-Paul Dubois. Voici un autre auteur auquel je ne sais pas dire non. Il a toujours été synonyme de plaisir littéraire quelque soit le genre qu'il aborde. Il est question dans ce roman de deuil et de la manière d'essayer de le surmonter. Pas la grand joie donc mais la promesse d'une oeuvre intimiste et touchante. 

- Les Autres d'Alice Ferney. Un pitch assez fou avec ce roman qui nous conte une soirée d'anniversaire peu commune où un jeune homme se voit offrir un jeu de société qui va semer la zizanie. Décalé, étrange sont les qualificatifs qui me sont venus à l'esprit lors de ma lecture de la quatrième de couverture. Inutile de vous dire qu'il me presse de tirer cela au clair!

- Les Agneaux du seigneur de Yasmina Khadra. Là encore un auteur phare dans ma bibliothèque que je respecte énormément par son engagement et ses talents d'écrivain. Ce roman nous plonge dans une Algérie partagée entre modernité et tradition. On peut compter sur l'auteur pour nous éprouver une fois de plus à la lueur des fanatismes sommeillant en chacun de nous. Grosse expérience littéraire à venir certainement! 

- Dans la nuit Mozambique de Laurent Gaudé. Recueil réunissant quatre nouvelles qui explorent la culpabilité, la violence et les souvenirs; en arrière plan, une ombre, une idée: l'Afrique. Tout un programme! Et quand on a Gaudé en maître d'orchestre, ce serait un crime de passer à côté!

- L'Écoulement de la Baliverna de Dino Buzzati. Un auteur que j'affectionne beaucoup depuis mon ébahissement devant Le Désert des Tartares, lu pendant mon adolescence. Il s'agit ici d'un recueil de contes pour adultes qui procure plaisir et angoisse selon certains. Tout pour plaire donc et une lecture à venir bien tentante! 

- Des Amis de Baek Nam-Ryong. Petite immersion en Corée du nord avec cet ouvrage sur lequel souffle le vent de l'interdit et de la censure. Cette enquête autour de la vie d'un couple bizarrement assorti (une cantatrice et un ouvrier) est surtout prétexte à la découverte d'un pays fermé et très secret. Il s'agit ici d'un achat "coup de poker", nous verrons bien si c'est une réussite ou non.

- Une ordure d'Irvine Welsh. J'aime les histoires mettant en scène des antihéros particulièrement retors. Je crois que je vais être servi avec ce brigadier écossais amateur de cul et de stupéfiant. Je ne pense pas que je serai déçu par l'auteur notamment du cultissime Trainspotting.

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Aaaah! Enfin! Tesfa vient à la rescousse! Mais bon, je ne sais pas vraiment si elle va être d'un grand secours... Voici mes acquisitions dans le domaine policier au sens large.

- Revanche de Dan Simmons. À priori le copain de Tesfa et, même si je préfère Simmons en auteur de SF, son style efficace et bien hardboil a toujours été source de plaisir de lecteur. Nous verrons si cette histoire de vengeance et de destruction massive (la quatrième de couverture est très éloquante sur le sujet!) remplira son office.

- Vomito Negro de Jean-Gérard Imbar. Extrême droite et vendetta semblent être au programme de cet ouvrage bien noir. Perso, je ne loupe pas une occasion de taper sur du facho en matière littéraire. Un bon plaisir en perspective!

- L'Ange et le réservoir de liquide de frein d'Alix de Saint-André. Anges et serial-killer se croisent dans une trame bien hallucinée où meurtre et religion semblent faire bon ménage. Belle promesse de lecture en tout cas! Noir c'est noir...

- Causes mortelles de Ian Rankin. Un des seuls Rebus qu'il me manquait à ma collection et le voila à portée de main! Impossible de résister là encore à ce Rankin! Il est ici question de règlements de comptes dans les milieux nationalistes avec en toile de fond un festival théâtral dans cette bonne vieille Edimbourg. Hâte hâte, hâte!

- La Baleine scandaleuse de John Trinian. Un tueur en cavale, une baleine échouée, un flic à cheval... c'est tout ce que je sais de cet ouvrage qui semble promettre une trame bien noire et sans fioriture. Là encore, c'est le hasard qui a décidé et qui procurera plaisir ou déception. Wait and see!

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Pour finir, ma sélection étiquetée fantastique / terreur avec quatre ouvrages qui m'ont aimantés et me procureront (je l'espère) frissons et angoisses quand la nuit tombera! 

Carmilla de Sheridan Le Fanu. Pionnier du roman de mystère anglais, contemporain de Bram Stocker, Le Fanu nous conte dans ce court roman une histoire d'amour entre passion et interdit. Étant fan du genre, je ne pouvais décemment passer à côté!

Ossements de Sheri S. Tepper. Un petit plaisir coupable que ce roman d'épouvante où il est question de maison possédée et d'une mère célibataire qui va devoir sauver sa petite famille. Rien de bien original mais à priori c'est gore et il y a une pièce cachée dans la dite maison... Alors franchement, il fallait bien que je le prenne... non?

Gare au garou! anthologie présentée par Barbara Sadoul. J'ai adoré les deux premiers volumes de l'anthologie de Barbara Sadoul consacrée à la nouvelle fantastique (le troisième me reste à lire). Elle s'attaque aux loulous bien poilus dans cet unique recueil qui fera la part belle je l'espère à la sauvagerie et aux instincts primaux. 

Récits de terreur Weird Tales de Robert Bloch. Maître de l'horreur, entre 1935 et 1945, Rober Bloch a beaucoup publié dans la revue Weird Tales. Ce recueil nous présente 9 nouvelles qui font la part belle à l'étrange et l'horreur la plus pure. Ca s'annonce très bien cette affaire!

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Au final, deux conclusions s'imposent:

- Tesfa est tout de même une belle glandeuse, mono-maniaque de Dan Simmons et adepte forcenée du farniente sur la terrasse! On ne peut vraiment pas compter sur elle notamment en terme de lecture. Quelle béotienne!

- Ma PAL explose littéralement et mes efforts déployés depuis juin se sont avérés vains. Mon côté optimiste me fait dire qu'elle n'a pas pour autant augmenté par rapport au mois de mai... On se console comme on peut!


vendredi 25 septembre 2015

"Versus" d'Antoine Chainas

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L'histoire: Si le major Paul Nazutti n'a pas la réputation d'être un tendre, c'est qu'il est en guerre. En guerre contre les tueurs d'enfants, les pervers, les hommes, les femmes, les hétéros, les homos, les syndicalistes, les Noirs, les chômeurs, les touristes, les cadres, ceux qui savent tout et les autres… En guerre contre le monde entier: une guerre totale menée par un esprit radical sans limites. Combien de temps peut-on vivre dans un tel flot de rage? Nazutti, responsable de la brigade des mineurs, visage carré, regard franc, révulse et fascine tous ceux qui le croisent. En a-t-il trop vu? Trop fait? Il sait qu'il ne laissera qu'une trace dans les statistiques et n'a que faire de la rédemption. Un énième tueur croise sa route. Ce dernier abat des pédophiles et les enterre auprès du corps de leur dernière victime. D'étranges poèmes accompagnent ces mises en scène. Nazutti connaît. Nazutti souffre. Le fauve est lâché…

La critique de Mr K: Une belle petite claque aujourd'hui avec Versus découvert par hasard dans un bac de l'abbé. La quatrième de couverture m'avait scotché par son pitch à priori jusqu'au-boutiste, avec un héros hors du politiquement correct et borderline. Du moins, selon les intentions d'un auteur, Antoine Chainas, que je connaissais pas jusqu'alors mais que la presse spécialisée a notamment qualifié de découverte du polar français. Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour venir à bout de cette histoire qui s'apparente pour beaucoup à une lente et douloureuse descente aux enfers pour les personnages et une expérience vraiment singulière pour les lecteurs.

Nazutti est pour le moins que l'on puisse dire un homme en colère contre le monde entier. Personne ne trouve grâce à ses yeux, il me ferait presque passer pour quelqu'un qui ne râle jamais (ce qui n'est pas peu dire!). Séparé mais pas divorcé de son ex alcoolique, il n'a plus vu sa fille depuis 17 ans! Il s'est réfugié dans son travail à la brigade des mineurs où il côtoie l'horreur quotidiennement (le film Polisse paraît bien lisse à côté). Véritable Croisé, la folie le guette, cristallisant les haines et les ressentiments envers lui dans son entourage. Il use ses coéquipiers les uns après les autres (suicide, démission, séjour en hôpital psy…), il est connu comme le loup blanc et personne n'ose l'affronter.

Et puis, un jour il y a cette nouvelle enquête où une sorte de justicier semble s'en prendre uniquement aux pédophiles qu'il exécute d'une balle entre les deux yeux, les enterrant à côté de leur pauvre petite victime accompagné d'un poème aussi nébuleux qu'évocateur. C'est justement le moment où Nazutti doit former un nouveau tandem avec le jeune Andreotti, policier mis au placard suite à une enquête qu'il a rudement mené et qui mettait en cause des membres de la Police. Il va devoir s'adapter au fauve Nazutti et va découvrir les facettes de cet homme complexe et aux activités étranges en dehors du travail. Mais le temps tourne! Les cadavres se multiplient et la menace semble se rapprocher...

La grande grande force de ce roman réside dans le traitement des personnages. Antoine Chainas se garde bien de nous livrer les clefs de chacun d'un bloc, il distille les infos par petites touches. Nazutti est un extrémiste des plus glaçants au départ, tout nous sépare lui et moi. Pourtant, il est hypnotique, fascinant, un peu à la manière d'un Hitler électrisant les foules par ses discours haineux. Très vite, on comprend que Nazutti n'est pas que l'image qu'il donne à voir, la vie l'a usé et derrière cette haine de tout et de tous se cache un homme torturé et au bord du gouffre. Le révélateur Andreotti est en cela bien trouvé car à travers la confrontation de style entre les deux coéquipiers, on cerne un peu mieux les deux protagonistes principaux qui évoluent beaucoup tout au long de l'intrigue avec une influence réciproque qui laissera des marques. On ne s'attache pas à eux car personnellement je les ai trouvés détestables tous les deux, mais un peu à la manière d'une série à la Braquo (en plus trash ici tout de même!), c'est sans fioriture ni manichéisme qu'on aborde des personnages hauts en couleur et terriblement humains (pour le meilleur et surtout pour le pire!) et on ne peut s'empêcher de poursuivre sa lecture tant on veut connaître le fin mot de l'histoire.

En filigrane, on retrouve des thématiques classiques pour le genre: la guerre inter-service au sein de la Police Nationale. Ainsi les gars de la Criminelle sont ici assez épouvantables n'hésitant pas à mettre des bâtons dans les roues de leurs collègues de la brigade des mineurs, la nouvelle commissaire ne court qu'après les statistiques et semble bien éloignée de ses hommes, les rapports humains sont rudes dans ce milieu et les heures de sommeil trop rares. Là où Chainas frappe fort et choquera plus d'un lecteur au passage, c'est la description qu'il peut faire des perversités dont se révèlent capables certains esprits malades et tordus. On rentre dans l'esprit des pédo-criminels, on visite nombre de lieux interlopes dont une société procurant des plaisirs plutôt extrêmes, véritable cours des miracles des déviances sexuelles possibles. C'est parfois ragoûtant et très angoissant, j'ai été pris plus d'une fois à la gorge et je suis sorti un peu groggy de passages vraiment très poussés. En tous les cas, on ne tombe pas dans le gratuit ou l'anodin, tout sert l'intrigue et l'amène inexorablement vers un final tétanisant et forcément très noir.

L'écriture très nerveuse, syncopée et argotique accompagne à merveille le sujet et la trame de l'histoire. Clairement le style ne plaira pas à tout le monde, cet auteur divise par ses partis pris d'écriture qui pour moi ne sont pas qu'un simple effet putassier mais plus le reflet d'une réalité. Une réalité glauque certes (que certains voudraient cacher...) mais qui existe. Alors, on en prend plein la tronche, on peut être choqué (et je l'ai été par moment) mais on ne peut contester ce talent pour planter une situation et la crédibiliser. Pour ma part, j'ai accroché tout au long des 646 pages de l'ouvrage et je suis sorti tout pantelant d'un final bien mené et construit vraiment différemment de ce que j'ai l'habitude de lire dans le genre.

Ce fut donc une grande et âpre lecture qui saura vous séduire si vous aimez le genre et que vous vous blindez suffisamment pour affronter les monstres et chimères qui peuplent cet ouvrage étonnant et terrifiant.

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mercredi 23 septembre 2015

"Un Amour aussi grand que le désert de Gobi vu à travers une loupe" de Tilman Rammstedt

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L'histoire: Keith est né dans une famille tout à fait singulière : de sa mère, il sait peu de chose ; de son père, absolument rien. Tout comme ses quatre frères et sœurs supposés, il a été élevé par son grand-père et une succession de "grand-mères" toujours plus jeunes. À l'occasion du quatre-vingtième anniversaire du patriarche, les petits-enfants lui offrent un voyage pour la destination de son choix. Quand l’excentrique aïeul annonce qu’il a choisi de se rendre en Chine, c’est Keith, à son grand dam, qui est désigné pour l’accompagner. Pour la première fois de sa vie, il décide de ne pas obéir et dépense tout l’argent du voyage au casino. La situation se complique encore quand il apprend le décès de son grand-père. Afin d'éviter de tout avouer à sa famille, Keith commence à écrire des lettres racontant leurs aventures chinoises qui, au fur et à mesure, deviendront de plus en plus détaillées et extravagantes.

La critique de Mr K: C'est à mon tour de vous parler d'un livre paru chez les éditions Piranha suite aux deux lectures enthousiasmantes que Nelfe a pu faire auparavant. Plutôt spécialisés dans la littérature étrangère et notamment de jeunes auteurs qui ne demandent qu'à se faire connaître, ils frappent fort encore une fois avec cet ouvrage de l'allemand Tilman Rammstedt qui conjugue à merveille émotion à fleur de peau et aventures rocambolesques à la mode du Vieil homme qui ne voulait pas fêter son anniversaire.

Keith a été tiré au sort pour accompagner son grand-père vers la destination de son choix. L'ancien n'a jamais vraiment voyagé et ses autres petits enfants ont gagné à la courte-paille! Ça tombe plutôt bien vu que Keith n'est pas vraiment posé dans sa vie: pas de réel travail passionnant et aucune vie intime, il vit toujours chez l'aïeul dans un cabanon de jardin qu'il a fait aménager. Pour autant, l'éventualité ne l'enchante guère surtout qu'il vient d'entamer une liaison secrète avec la compagne actuelle du dit grand-père. Ce dernier est assez volage et apprécie beaucoup les femmes plus jeunes que lui! Un soir, pris par les effets de l'alcool et le désir de briser la promesse faite à ses frères et sœurs, il dépense bêtement tout l'argent prévu pour le voyage en Chine que désirait tellement faire son grand-père. Pour parachever cette situation plus que bancale, le grand-père décède. Au lieu de prévenir sa fratrie (et ainsi avouer son forfait), Keith décide de monter un gigantesque canular en écrivant une fausse correspondance qui va vite dévier vers des ailleurs assez ubuesques...

Autant vous le dire de suite, l'éditeur et les critiques allemandes insistent beaucoup sur le côté farfelu, pétillant et parfois hilarant de cet ouvrage. C'est vrai par moment mais ce n'est pas ce que je retiendrai en premier, loin de là. Cependant, j'ai souri à de nombreuses reprises notamment face à l'attitude ombrageuse parfois barrée du grand-père. Ces réactions sont surprenantes, très imprévisibles et bien malin le lecteur qui réussira à deviner à l'avance les circonvolutions du récit. Les aventures imaginées par le petit-fils dans les lettres factices qui s'intercalent entre deux chapitres de récit classique sont très drôles (la figure de Lian notamment, les réactions du grand-père en arrivant dans l'Empire du milieu, les personnages étranges qu'ils peuvent rencontrer) et on passe franchement un bon moment où l'étonnement épouse légèreté et univers décalé à la manière d'un film des frères Coen comme a pu le dire le magazine Kulturspiegel. Quand on sait le culte que je voue à un film comme The Big Lebowski, vous imaginez le plaisir de lecture que j'ai pu ressentir ici!

Pour autant, Un Amour aussi grand que le désert de Gobi vu à travers une loupe m'a davantage touché en plein cœur. Car en filigrane, au-delà de ces tribulations fantasmées et rocambolesques, c'est une description sensible au possible des relations entre un petit-fils et son grand-père qui nous est livrée. Très prude au départ (à l'image des deux personnages principaux), entre chaque lettre envoyée, l'auteur nous raconte ce qui a précédé: le tirage au sort, des flashback sur l'enfance du narrateur, les discussions avec le grand-père, la préparation du voyage, les dérapages du petit-fils avec la charmante Franziska (le fameux flirt!) et finalement la mort du grand-père et la venue de Keith à la morgue pour reconnaître le corps… Peu à peu, le voile se lève sur une relation très profonde et émouvante. Certaines scènes sont même très difficilement supportables en fin d'ouvrage, les larmes perlent au coin des yeux devant des pages parlant d'amour avec tact et finesse. Belle intensité dramatique qui m'a fait basculer et chavirer totalement. Mélange doux-amer, cette histoire n'est pas qu'un récit tarabiscoté mais bien, une belle déclaration d'amour inter-générationnelle sans pathos, ni chichi d'où transpire une humanité à fleur de page. J'en frissonne encore rien qu'en y pensant!

Le fond est soutenu par une langue épurée, attachante qui flirte entre poésie et urgence narrative. Les pages s’enchaînent sans difficulté, le plaisir de lecture se renouvelant de chapitre en chapitre, l'attente ne faiblissant jamais dans une atmosphère prenante et assez unique. Je suis ressorti un peu chamboulé et complètement conquis par le talent déployé par Tilman Rammstedt. C'est beau, c'est bon, c'est à lire absolument!

lundi 21 septembre 2015

"Magic Dream Box" de Lomig

magic-dream-boxL'histoire : "Nous sommes là pour vous donner ce font vous avez besoin. C'est notre mission. C'est ça, relâchez-vous. Laissez-vous entraîner Boris. Lâchez prise, pour une fois. Lâchez prise."
Egaré quelque part dans les noirceurs de la civilisation moderne, Boris Blaire s'enlise dans la confusion. C'est alors qu'une mystérieuse agence lui promet la lumière...

La critique Nelfesque : La rencontre avec "Magic Dream Box" de Lomig s'est faite totalement par hasard. Mr K, vous a parlé il y a peu de "AAAAAAAAH Ma copine est une extra-terrestre!!!" et de notre découverte de la maison d'édition Le Moule-à-Gaufres. Alors qu'il se laissait tenter par les sirènes de l'humour, pour ma part, j'ai été séduite par le trait de Lomig et par l'argumentaire d'Anick présente ce jour et avec qui nous avons longuement discuté de sa démarche d'édition.

Mais que dire de ce "Magic Dream Box" alors ? Bande dessinée au titre énigmatique et à la quatrième de couverture intrigante, il n'en est pas moins de son contenu ! Il plane sur ces 94 planches une atmosphère pour le moins mystérieuse et étrange.

Nous suivons ici l'histoire de Boris Bélaire. A la quarantaine bien sonnée, il traîne derrière lui une lassitude de vivre. Ses contemporains ne l'intéressent plus, sa vie est plate et sans surprise, la société dans laquelle il évolue (la nôtre) est dictée par la consommation et Boris n'en peut plus. Après dix ans de thérapie chez son psy, il décide de tout arrêter. Il estime avoir fait le tour de la question et ne semble pas aller mieux.

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Le trait de Lomig sert à merveille le propos tenu dans sa BD. Le dessin est en noir et blanc, avec un nombre impressionnant de détails et de "petits traits" créant une densité plus ou moins marquée selon les scènes illustrées et, tout le long de l'ouvrage, une ambiance glaçante. Quel boulot ! Lomig a dû passer des heures à hachurer certaines cases !

Après cet ultime rendez-vous chez le thérapeute de Boris, le lecteur se retrouve propulsé, comme le héros de cette BD dans une étrange aventure pilotée par Magic Dream Box, une mystérieuse agence qui promet de soigner ses clients et réaliser leurs rêves. A partir du moment où Boris, dépressif et misanthrope, a mis les pieds dans le hall de MDB, son futur ne lui appartient plus et c'est dans un autre monde qu'il va dorénavant évoluer.

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Je m'arrêterai là dans l'histoire pour ne pas trop en dévoiler. Toujours est-il que Boris va maintenant progresser dans un monde onirique, fait de fantasmes et de monde idéal mais aussi source d'angoisse et de nouveaux questionnements.

"Magic Dream Box" est une BD pour adultes avec un propos et des problématiques difficilement compréhensibles pour des enfants. Lomig y traite de dépression et de mal-être mais aussi se questionne sur les raisons de ce mal de vivre. Société de consommation à outrance, repli sur soi, indifférence sociale... Le propos est dur parfois, déprimant souvent, mais permet de mettre en lumière des questions légitimes sur notre monde moderne où tout est fait pour nous faciliter la vie mais fatalement nous éloigne de plus en plus les uns des autres.

Quant à la scène finale... c'est un véritable bijou ! Vous l'aurez compris, je vous conseille vivement la lecture de ce "Magic Dream Box". De mon côté, je suivrai dorénavant avec beaucoup d'intérêt l'actualité de ce dessinateur que je ne connaissais pas jusqu'alors et qui a beaucoup de talent. Et en plus, il est breton !

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La critique de Mr K (edit du 28/11/15): Suite à la chronique enthousiaste de Nelfe sur cette BD des éditions Moule à gauffre dégotée aux Interceltiques, je me laissais tenter par sa lecture et le moins que je puisse dire c'est qu'elle est très réussie et que Nelfe a très bon goût, mais ça je le savais déjà vu qu'elle m'a épousée -sic-.

Je ne résumerai pas de nouveau l'histoire, je vous renvoie pour cela à l'avis ci-dessus. J'ai particulièrement aimé le traitement de la mélancolie tendant vers la dépression du héros, âme esseulée dans la grande ville qui va régulièrement depuis dix ans chez son psy mais qui n'arrive pas à reprendre pied. Ce vague à l'âme, cette souffrance se ressent sur lui et son environnement, les très beaux crayonnés de l'auteur y sont pour beaucoup et distillent à merveille ce spleen qui nous envahit immédiatement.

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C'est l'occasion aussi pour l'auteur de mettre le doigt sur les raisons de ce mal très contemporain: la recherche du profit à outrance, postulat de base du libéralisme sauvage, l'individualisme et la mise en comparaison des êtres humains, l'ultra-solitude dans ce monde hyper-connecté. Autant de dénonciations aussi justes que pertinentes, sans pathos ni exagération, l'auteur choisissant de le faire indirectement et sans accumulation intempestive. Une petite merveille d'intelligence.

Enfin, il y a l'aspect faustien de cette BD avec le marché qui lui est proposé pour changer d'existence et renaître à la vie. L'auteur se plaît à nous égarer, nous surprendre pour mieux nous récupérer dans un final hallucinant et halluciné où le soufflé retombe telle la lame de la guillotine sur le cou du condamné. La fin est implacable et logique, efficace et tétanisante et m'a laissé tout pantelant, conscient d'avoir lu une œuvre essentielle et marquante. À lire absolument!

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samedi 19 septembre 2015

"Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil" de Haruki Murakami

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L'histoire: A douze ans, Hajime rencontre Shimamoto-San, sa petite voisine. Avec elle, il découvre la musique, les sourires complices, les premiers frissons sensuels ... Et puis celle-ci déménage, laissant à son ami le goût amer de l'abandon. Lorsque, trente ans plus tard, elle réapparaît, Hajime, rongé par le désir et la nostalgie, est envoûté par cette femme énigmatique, reflet de ses rêves perdus. Mais sous les traits délicats du visage de Shimamoto-San se cachent la souffrance, la folie et la destruction.

La critique de Mr K: Quoi de mieux qu'un petit Murakami en cette fin de période estivale à la météo changeante? Pas grand-chose je vous dirai tant j'aime cet auteur, son univers et son écriture si particulière. J'avais dégoté celui-ci lors d'une razzia mémorable à notre cher Emmaüs et le responsable du rayon livre me l'avait offert tant la couverture était bien abîmée. Et dire que j'ai failli remettre Au sud de la frontière, à louest du soleil en rayon! Quitte à me répéter, j'ai pris une grande et belle claque. Suivez le guide!

Hajime est enfant unique. C'est un solitaire qui aime plus que tout lire et écouter de la musique. A douze ans, il rencontre Shimamoto-San avec qui il se lie d'amitié. Ce lien est fort et bien qu'ils soient encore trop jeunes pour comprendre ce qu'implique le sentiment amoureux, ils sentent que quelque chose de spécial est né entre eux. La vie les sépare quand la jeune fille doit déménager, le temps et la distance les éloignent à priori définitivement. Hajime grandit, fait ses études, expérimente l'amour, trouve la femme qu'il va épouser et à qui il va faire deux enfants et mène une vie professionnelle d'abord monotone dans une maison d'édition de manuels scolaires puis exaltante quand il peut ouvrir un club de jazz grâce à son beau-père. Sa vie lui convient même si elle n'est pas extraordinaire. Un jour, Shimamoto-San re-débarque dans sa vie et remet en cause tout l'équilibre qu'il s'est évertué à bâtir. Certitudes et habitudes sont bouleversées pour un avenir incertain…

La structure de ce roman est plus classique qu'à son habitude quand on pratique régulièrement Haruki Murakami. Écrit à la première personne pour une complète immersion du lecteur dans son histoire, Hajime nous raconte tout dans les moindres détails. Depuis sa naissance, à ses parents et tous ses états d'âmes successifs, sa vie est décortiquée à travers le prisme de son esprit déductif et quasi obsessionnel sur son état mental. Le personnage est complexe et tour à tour m'a touché et agacé. Cela le rend profondément humain par son côté perfectible. J'ai apprécié ce héros ambivalent et j'ai partagé son intimisme entre attirance et une légère gêne parfois. Quand on aime être bousculé, on est ici servi. De sa condition d'enfant unique (fait rare lors de ses premières années), ses premiers émois de pré-ado, la découverte de la souffrance que l'on peut infliger à l'autre sans le vouloir, la révélation amoureuse, la solitude dans la détresse, les joies de la paternité… autant d'aspects de la condition humaine qui prennent ici un caractère universel dans la langue inégalable de cet auteur.

Autant nous en savons bien long sur Hajime, autant Shimamoto-San fait planer autour d'elle un mystère grandissant. Je vous l'annonce de suite, certains éléments de réponse sont à déduire voir imaginer tant Murakami se plaît à envelopper son personnage féminin phare d'une aura nébuleuse et troublante. La jeune-fille a grandi et même si elle garde un charme incroyable, elle cache mystérieusement ses conditions d'existence et ses expériences passées. Cette redécouverte de l'autre, la rencontre de ses deux enfants qui se sont aimés très fort donnent lieu à des passages absolument divins, lourds de sous-entendus. Je pense ici notamment à la scène se déroulant près du fleuve quand les deux amis s'en vont effectuer une tâche douloureuse pour Shimamoto. C'est un moment clef de l'intrigue où l'on sent que le destin des deux personnages va basculer.

Bien que réaliste dans son traitement (l'histoire en elle-même est plutôt classique), on retrouve l'onirisme et le style si étonnant de Murakami. Images stylistiques nouvelles, rythme haché et évocations naturalistes à la japonaise contribuent à un climat cotonneux et déroutant complété par la mentalité et les actes propres à la culture de ce pays. L'intensité des sentiments est très forte malgré la pudeur et le retrait dont font souvent preuve les nippons dans leur vie de tous les jours. Le mélange est détonnant, l'alchimie fonctionne à plein régime et je n'ai pu relâcher cet ouvrage tant l'addiction fut totale. Un très bon roman qui me paraît d'ailleurs idéal pour découvrir un auteur qui décidément ne m'a jamais déçu. Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
"1Q84 : Livre I, Avril-Juin"
"1Q84 : Livre II, Juillet - Septembre"
"1Q84 : Livre III, Octobre - Décembre"
"Kafka sur le rivage"
"La Ballade de l'impossible"
"Sommeil"
"La Course au mouton sauvage"
- "L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage"

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jeudi 17 septembre 2015

Festival Photo La Gacilly - Edition 2015

Je vous ai déjà parlé plusieurs fois de La Gacilly et de son festival photo et pour cause puisque je m'y rends tous les ans depuis maintenant quelques années (5 si je ne dis pas de bêtise...). Comme vous le savez, j'aime beaucoup la photo et cette sortie, avec mon club photo parfois ou en famille, est chaque année un pèlerinage incontournable. Commune du Morbihan célèbre pour être LA ville d'Yves Rocher, La Gacilly n'est pas que ça (et tant mieux). Depuis 2004, c'est le lieu d'une gigantesque exposition photographique à ciel ouvert que je vous conseille vivement de découvrir.

Cette année, le festival à pour thème "Nourrir la planète" et le pays invité est l'Italie. Dépêchez-vous de vous y rendre si ce n'est pas déjà fait puisque nous sommes dans les dernières semaines du festival qui se terminera le 30 septembre prochain. Notre visite date du mois d'août mais si vous hésitiez encore à faire le déplacement, j'ai décidé de vous en parler un peu aujourd'hui.

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C'est toujours dans son cadre verdoyant et agréable que les photos d'artistes de renom sont exposées. Grands jardins arborés et fleuris, labyrinthe de verdure sous les arbres, petites ruelles piétonnes du centre ville, on voyage ici autant par les lieux que l'on arpente que par les photos qui nous sont données à voir. Je vous propose donc ici un petit tour non exhaustif autour de quelques clichés.

\bullet Matthieu Paley est un photo-journaliste français. Après des études à New York, il part s'installer en 1999 dans les vallées au nord du Pakistan, entre l'Himalaya, l'Hindou Kouch et Pamir. Ces 15 dernières années, il a parcouru le monde pour les plus grands titres de la presse magazine mondiale et plus particulièrement National Geographic, pour qui il a réalisé ce travail au long-cours sur les "Alimentations Primitives". Pour cette exposition, "Ethnologies alimentaires", il est parti à la rencontre des dernières tribus consommant encore ces "nourritures primitives". Des habitudes alimentaires qui, dans quelques dizaines d'années, auront sans doute disparu... (Galerie des Jardins de la Passerelle)

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\bullet Robin Hammond nous présente ici "L'Afrique, futur grenier du monde ?". De tous les continents, l'Afrique est celui qui souffre le plus de la faim. Paradoxalement, c'est aussi l'une des rares régions sur Terre disposant encore de millions d'hectares en jachère et d'abondantes réserves d'eau pour l'irrigation. Pas étonnant que le continent tout entier se soit transformé en laboratoire où se testent de nouvelles méthodes de production alimentaires. Les photos de ses voyages nous content le récit d'une Afrique engagée dans une véritable odyssée agricole qui devra également affronter le spectre du réchauffement climatique. (Galerie des Jardins de la Passerelle)

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\bullet Depuis 1986, George Steinmetz a réalisé plus de 40 reportages pour National Geographic et a reçu plusieurs prix pour ses travaux. Les gigantesques défis environnementaux posés par l'agriculture deviennent plus urgents à mesure que nous tentons de satisfaire les besoins alimentaires croissants de la planète. "Fenêtres sur l'agriculture intensive" est une exposition coup de poing sur la mécanisation, l'irrigation, les engrais et les modifications génétiques qui accroissent les rendements. (Galerie du Chemin des Libellules)

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\bullet Franco Fontana est l'une des figures les plus emblématiques de la photographie italienne grâce à son travail remarquable sur le rapport des couleurs à l'espace, aux formes et à la lumière. Moi qui suis amatrice de photographie géométrique et d'une approche plus plasticienne de cet art, j'en ai pris plein les yeux ici. (Galerie des Jardins de la Passerelle)

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On retrouve également les photos de Franco Fontana exposées sur les façades de la Place de la Ferronnerie.

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\bullet Mirella Ricciardi a grandi au Kenya. Dans les années 1950/1970, elle a sillonné tout le continent africain, saisissant des scènes de vie qui, par leur intimité, leur dignité, appartiennent aujourd'hui à l'héritage de l'humanité. De très beaux clichés en noir et blanc plein de poésie et de vie. (Galerie des Jardins de la Passerelle)

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\bullet Massimo Siragusa nous présente dans cette exposition, "Théâtres à l'italienne", des lieux connus ou non des cités italiennes. Une habile saturation des couleurs inonde les lieux d'une certaine blancheur pour laisser ressortir des détails colorés de pastel. J'ai personnellement été très touchée par ces clichés doux dégageant une certaine nostalgie. J'aime beaucoup ce style de photographie. (Galerie des Jardins de la Passerelle)

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\bullet Alessandro Grassani a travaillé dans plus d'une trentaine de pays pour couvrir des évènements internationaux comme les funérailles de Yasser Arafat en 2004 ou les conséquences du séisme à Barn, en Iran, en 2003. Ses reportages sont régulièrement publiés dans les grands titres de la presse internationale comme le New York Times, le Sunday Times Magazine, l'Espresso et le Der Spiegel. "Migrants environnementaux : la dernière illusion" est un projet qui se divise en trois chapitres : Oulan Bator en Mongolie, Dacca au Bangladesh et Nairobi au Kenya. Selon les prévisions des Nations Unies et de l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), ces "migrants environnementaux" seront 200 millions en 2050. Une superbe série qui a particulièrement touché Mr K. (Galerie de la Prairie)

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\bullet Vincent Munier s'impose, au fil de ses voyages au bout du monde, comme l'un des plus grands photographes animaliers du monde. Ours, hiboux, lynx, boeufs musqués, grues du Grand Nord et du froid sont captés par son objectif. Mais celui qui hante ses rêves depuis l'enfance, celui qu'il n'a de cesse de chercher, repoussant à chacun de ses voyages le bout du monde, c'est le loup blanc arctique. "L'Appel du Loup" trouve ici tout à fait sa place dans une scénographie naturelle et boisée pour un sentiment de plénitude et de calme incomparable. (Galerie du Labyrinthe végétal)

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\bullet Paolo Ventura expose "Histoires sans paroles" sur la place la plus connue du festival. C'est sur cette façade que sont accrochés les plus grands clichés en terme de taille (d'ordinaire ils sont encore plus grands qu'ici (voir les éditions précédentes)). Fils d'un illustrateur, l'enfance de Paolo Ventura a été bercée par les croquis et les histoires de son père. Son travail en est imprégné et débute toujours par l'invention d'une histoire. Une imagination débordante pour celui qui pense que le monde réel semble toujours un peu trop gris. Je n'ai pas été particulièrement touchée par son travail mais force est de constater qu'il y a une vraie recherche artistique ici. (Galerie du Bout du Pont).

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\bullet Peter Menzel nous propose de nous retrouver "Dans l'assiette du monde". Avec sa femme, ils se sont invités à dîner chez 30 familles de 24 pays différents. Leur but était d'explorer, documenter et analyser la plus vieille activité sociale humaine : manger. Les portraits de ces familles entourées par une semaine de provision sont fascinants d'un point de vue sociologique. De la famille parisienne, à la famille mexicaine, en passant par la japonaise ou l'allemande (entre autres), les habitudes alimentaires sont passées à la loupe, ainsi que différentes données chiffrées (nombre de calories consommées, budget, salaires...). Très intéressant ! (Galerie de la rue Lafayette)

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\bullet Piergiorgio Branzi est spécialisé en photo-journalisme. Avec "Humanités", nous découvrons une partie de son travail qu'il considère comme "une sorte de journal personnel" avec "des photos humanistes" faisant ainsi référence au courant de la photographie française incarné par Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau ou Willy Ronis. Ici, il s'agit de son regard posé sur son pays : l'Italie. (Galerie de la rue Saint Vincent)

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\bullet Enfin pour terminer, un petit tour à la Galerie du Garage. C'est un endroit que j'aime beaucoup d'ordinaire. Baigné de lumière, dans un ancien garage dont les murs ont été repeint en blanc, d'immenses photographies sont exposées et sublimées par ce contraste saisissant. Cette année, ce ne fut pas le cas puisque les panneaux étaient beaucoup plus petits. Une déception donc mais de beaux clichés tout de même. Stéphane Lavoué présente sa commande du Conseil départemental du Morbihan, "La Production alimentaire en Bretagne". Arpentant tous les secteurs de la production alimentaire bretonne, ce photographe établit un portrait aussi exhaustif que possible de ce territoire et de ceux qui "nourrissent" le Morbihan, la Bretagne, voire la planète...

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Je suis loin de vous avoir montré ici toute l'étendue du festival tant il y a de clichés exposés et de photographes représentés. J'ai fait l'impasse ici sur certaines séries que je vous laisserai découvrir sur place si vous en avez l'occasion.

L'édition 2015 et son "Nourrir la planète" donne à réfléchir et c'est le coeur gros que nous ressortons de certains lieux d'exposition. Que restera-t-il de la Terre quand l'humain ne sera plus ? Vidée de toute substance, les plus riches ayant réduit à la famine les populations les plus pauvres en pillant leurs richesses naturelles, pour produire toujours plus, plus vite et plus mal... A une époque où l'écologie est (ou devrait être) au centre du débat politique et à quelques semaines de la COP21, la visite de ce festival est un passage instructif, nécessaire et salutaire pour qui souhaite réfléchir sur notre planète et son avenir.

Posté par Nelfe à 17:41 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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