jeudi 28 mai 2015

"Je suis un Lebowski, tu es un Lebowski" de Bill Green, Ben Peskoe, Will Russell et Scott Shuffitt

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Le contenu: Que peut-il bien y avoir dans The Big Lebowski qui suscite autant d’intérêt et d’affection ? Eh bien, Dude, on n’en sait strictement rien. Pour quelques uns, The Big Lebowski est juste un divertissant pastiche du film noir des années 50. Pour la plupart, il est LE FILM culte des années 90. Un phénomène quasi-religieux qui élève l’art de ne rien faire au rang de dogme fondamental, et dont les répliques loufoques servent aujourd’hui de nourriture spirituelle à des milliers de fans (Achievers).

La critique de Mr K: Chronique d'un beau cadeau d'anniversaire aujourd'hui avec ce mook (contraction de magazine et de livre) consacré à mon film culte, celui que j'ai déjà vu un nombre incalculable de fois, celui dont le héros est à mes yeux l'incarnation de l'attitude à conserver dans ce monde de cris et de larmes: The Big Lebowski des frères Coen. Écrit par des fans fous-furieux, cet ouvrage fait la part belle aux révélations, anecdotes et interviews sans parler des activités et événements que les auteurs ont crée autour de leur film fétiche.

Dès le départ, le fan que je suis est gâté avec une préface du Dude lui-même alias Jeff Bridges qui s'étonne encore que le film n'ait pas eu plus de succès lors de sa sortie. Il est vrai que la reconnaissance viendra surtout avec la vente en DVD qui explosera tous les scores. Il reste fier de son personnage et n'hésite pas à affirmer qu'il est l'un de ses rôles préférés (pour info, je le trouve aussi excellent dans Fisher King de Gilliam, film méconnu et pourtant éblouissant). Les auteurs prennent ensuite la parole pour confier au lecteur leurs objectifs et leur amour immodéré de Achievers (nom officiel des fans du film) envers le film.

Commence alors un premier chapitre consacré à l'interview de nombreux acteurs du film qui ont bien voulu répondre aux questions des auteurs. On retrouve à chaque fois les mêmes questions autour du succès du film, du véritable culte qu'il peut inspirer et au détour des réponses, les acteurs expriment leur joie d'avoir participé à cette aventure et nous livrent parfois des anecdotes de tournage (mention spécial à John Goodman démolissant une voiture de luxe en pleine nuit sans savoir que tout le quartier est au courant et qui flippe à l'idée de tourner la fameuse scène). Ils parlent aussi bowling, tapis, russe blanc et tous les éléments marquants du film comme le leurre de linge sale, de la copie du p'tit Larry (tiré d'une histoire vraie!), du furet dans la baignoire et tout un tas d'autres aspects. Quoi??? Vous ne comprenez rien, vous n'avez jamais vu ce film… Honte à vous!

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Le chapitre 2 fait alors très fort avec les sources d’inspiration du film. Là où on prend ce métrage comme un amoncellement de délires plus stranges les uns que les autres, on se trompe! Beaucoup de faits ont inspiré le film des frères Coen! Le Dude existe vraiment et est une connaissance des réalisateurs, idem pour Walter le meilleur ami monomaniaque du Vietnam, le petit Larry a vraiment égaré sa copie dans une voiture volée, le tapis de Peter Exline harmonisait vraiment bien sa pièce et j'en passe des vertes et des pas mûres. Le grand talent des deux frères est d'avoir réussi à constituer à partir d'un fatras d'idées un scénario original, bien conçu et dans lequel on découvre de nouveaux aspects à chaque visionnage. C'est un régal de voir comment le film a été écrit / pensé et ceci à travers les yeux non pas d'un attaché de presse ou un critique de cinéma classique mais par ceux de fans inconditionnels. Le ton est beaucoup plus léger mais non dénué de finesse et d'analyse.

Dans les troisième et quatrième partie, les auteurs nous livrent une réflexion sur le film, ses tenants et ses aboutissants. Il y a des choses plutôt convenues et d'autres plus farfelues et intéressantes. On rencontre ensuite à travers des portraits croisés sept achievers répartis dans le monde entier. C'est l'occasion de vérifier l'engouement suscité par le film et de constater qu'on a beau être d'origines différentes, on peut ressentir les mêmes émotions, aimer les mêmes situations et personnages. Ce qui cloue le bec aux sempiternels clichés des différences irréconciliables entre cultures et origines. C'est l'effet Dude! On enchaîne ensuite sur un chapitre consacré au Lebowski Fest (JE VEUX Y ALLER!) qui se tient chaque année aux states et où les achievers se retrouvent pour regarder le film sur écran géant, jouer au bowling, discuter, concourir avec des déguisements… L'ambiance a l'air vraiment sympa, un peu comme quand on va voir The Rocky Horror Picture Show au Studio Galande à Paris le premier samedi du mois. Un authentique plaisir intellectuel et récréatif à souhait. L'ouvrage se termine par un ensemble de quizz et autres jeux autour du Dude et de son entourage. C'est fun, bien réalisé et bien divertissant.

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De manière général, ce livre est une belle pièce mélangeant photos, citations décalées et textes rédigés avec amour et humour. Pour le fan que je suis, ce livre m'a comblé. On est loin de l'auto-promotion, les Coen sont d'ailleurs les grands absents de l'ouvrage, ils refusent catégoriquement de parler de leurs films après leur sortie au cinéma. Mais leur esprit est parmi les pages de ce livre décidément attachant, drôle et très pointu. Tout amateur du Dude se doit de l'avoir lu!

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mercredi 27 mai 2015

"Notre Dame de Paris" de Victor Hugo, illustré par Benjamin Lacombe

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L'histoire : Dans le Paris du XVe siècle, une jeune et superbe gitane appelée Esméralda danse sur le parvis de Notre Dame. Sa beauté bouleverse l’archidiacre de Notre-Dame, Claude Frollo, qui tente de l'enlever avec l'aide de son sonneur de cloches, le malformé Quasimodo. Esmeralda est sauvée par une escouade d’archers, commandée par le capitaine de la garde Phoebus de Châteaupers...

La critique Nelfesque : Mr K m'avait offert cette superbe édition de "Notre Dame de Paris" de Victor Hugo illustrée par Benjamin Lacombe à sa sortie en librairie. Autant dire que ce roman est resté longtemps dans ma PAL tant j'avais peur de m'attaquer à ce monument de la littérature. Seul le talent de Benjamin pouvait me faire passer le cap et je peux annoncer fièrement que ça y est, moi aussi, j'ai lu "Notre Dame de Paris" (et je n'ai pas fait que regarder la comédie musicale (ceci dit très fidèle à l'oeuvre originelle) !).

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Tout le monde connaît les grandes lignes de ce classique. Quasimodo et Esméralda font partie de notre culture française. Tant que l'on n'a pas lu le livre, on connaît moins les tenants et les aboutissants de l'intrigue. Esméralda est une orpheline élevée par les "étrangers" pauvres et parias qui inondent les rues de Paris au XVème siècle. Belle, jeune et insouciante, elle est au centre des regards et objet de désir pour Quasimodo, sonneurs de cloches de Notre Dame, Frollo, archidiacre, et Phoebus, capitaine de la garde. Ces personnages ci sont les principaux de l'histoire mais ils sont loin d'être les seuls. Il y a le petit frère de Frollo, Jehan, un gamin décérébré que j'ai détesté tout du long, la mère d'Esméralda au destin brisé qui rajoute une couche dramatique à l'ensemble déjà bien chargé, Gringoire, homme de lettres, qui est un peu le fil rouge du roman et est présent dans bon nombre de scènes importantes. Autour d'eux, encore moults hommes importants et une profusion de nobles de l'époque avec lesquels je me suis perdue. Certains passages fastidieux à base "d'untel fils d'untel, cousin de trucmuche, grand homme du quartier machin, lequel avait été sauvé par la loyauté de bidule, fils de ... (sur 3 pages)" ont failli avoir raison de moi. J'avais l'impression de lire des passages de la Bible et j'avoue avoir sauté une brassée de lignes à ce moment là. C'est précisément cela qui me faisait peur avant ma lecture, un roman écrit en 1831 comportant forcément des passages assommants pour un lecteur du XXIème siècle.

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Et oui, j'ose dire que "Notre Dame de Paris" ne m'a pas complètement séduite, au risque de me faire lyncher par des hordes de littéraires sanguinaires (bisous les copains !). Pas complètement séduite donc mais grandement tout de même. Après avoir commencé mon avis par ce qui m'a déplu, place maintenant aux louanges.

"Notre Dame de Paris" est un roman passionnant avec des personnages à la psychologie fouillée et au passé tragique. Tragédie qui va se poursuivre jusqu'à une issue fatale où les larmes ont du mal à être retenues. On a beau connaître l'histoire, la plume de Victor Hugo et la force des mots employés feraient ployer le plus bourru des lecteurs. J'ai particulièrement aimé cet aspect ci du roman qui m'en a appris beaucoup sur l'enfance de chacun et sur leurs cheminements de pensée.

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Les descriptions sont nombreuses et précises. Certains diront trop et sauteront aussi ici quelques paragraphes. Des chapitres entiers sont consacrés à la description de la Cathédrale et à celle de Paris. Par le menu, vous saurez bientôt tout de la génèse de chaque quartier parisien. Pour avoir fait des études d'Architecture à Paris, ceci ne m'a pas déplu, au contraire, mais ce ne sera pas le cas de tout le monde je pense. De mon côté, j'ai trouvé ces moments de descriptions très instructifs et j'irai même jusqu'à dire qu'il contribue à la compréhension de l'ensemble. Ainsi, le lecteur appréhende mieux le Paris du XVème siècle, s'en fait une image plus claire aussi bien d'un point de vue architectural et urbanistique que d'un point de vue sociétal.

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Les illustrations de Benjamin Lacombe soulignent parfaitement le texte. Par petites touches, il accompagne le lecteur et nous offre sa vision du classique de Victor Hugo. Cet illustrateur a un style qui colle parfaitement à l'histoire de "Notre Dame de Paris" et découvrir ses illustrations au fil des pages nous aide à poursuivre notre lecture dans les moments difficiles et nous laisse songeurs dans les moments douloureux. Une certaine mélancolie se dégage de son trait et du choix de ses couleurs. Ce n'est pas très joyeux mais les illustrations sont tout à fait en accord avec les mots de ce grand classique.

Vous l'aurez compris, malgré des passages un peu rudes, j'ai été happée par ce roman que j'ai lu avec beaucoup de plaisir. Une histoire forte, des personnages complexes et une fin funeste : "Notre Dame de Paris" est effectivement un roman à lire au moins une fois dans sa vie. Je vous encourage à sauter le pas si vous ne l'avez pas encore lu. Vous n'en ressortirez que grandis !

classiqueJ'ai lu ce livre dans le cadre du challenge "Destockage de PAL en duo" avec ma copinaute faurelix.

mardi 26 mai 2015

"Mad Max : Fury Road" de George Miller

mad max afficheL'histoire : Hanté par un lourd passé, Mad Max estime que le meilleur moyen de survivre est de rester seul. Cependant, il se retrouve embarqué par une bande qui parcourt la Désolation à bord d'un véhicule militaire piloté par l'Imperator Furiosa. Ils fuient la Citadelle où sévit le terrible Immortan Joe qui s'est fait voler un objet irremplaçable. Enragé, ce Seigneur de guerre envoie ses hommes pour traquer les rebelles impitoyablement...

La critique Nelfesque : Il est de bon ton d'encenser "Mad Max : Fury Road". Tout le monde adore ce film, tout le monde crie au génie. La projection à Cannes a été un franc succès. De mon côté, je n'étais pas très enthousiaste à l'idée d'aller le voir mais Mr K étant un gros fan de la franchise, j'ai cédé aux appels des sirènes. Résultat des courses : si je dis que "Mad Max" est too much je me fais fouetter en place publique ?

Oui, voilà, le mot est dit. Visuellement, pas de soucis, je suis bien de l'avis de tous, "Mad Max" envoie du bois ! On en prend plein les yeux et plein la tête tout du long. Dès les premières images, j'ai tout de suite su que ce long métrage était une scène finale de 2 heures. Amis épileptiques, attention ! C'est nerveux, ça part dans tous les sens, la tension est présente du début à la fin. Trop ? Je ne suis pas loin de le penser.

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Pourquoi trop ? On en fait jamais trop ? Si ? Ah ben si... "Mad Max" est sympa, c'est un bon détente neurone mais quand je vais au cinéma, j'y vais pour autre chose. Côté scénario, c'est mince et George Miller a pris le parti de tout mettre dans le visuel et la perfection de l'environnement jusqu'aux moindres détails. Sans cet étalage de prouesse de cadrages, de maîtrise de caméras et de perfectionnisme, on n'irait pas bien loin... L'histoire tient en une ligne : Furiosa enlève une chose indispensable à Immortan Joe qui va se lancer à sa poursuite (remarquez que je n'ai pas dévoilé ce qu'était "la chose" sans quoi je vous tue le suspens). Ouais hein, avouez qu'avec ça, si on n'a pas le talent de George Miller, on en fait pas un film de 2 heures...

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Je ne veux pas faire ma rabat-joie pour autant parce que je ne me suis pas réellement ennuyée mais je n'ai pas non plus l'impression d'être ressortie grandie de cette projection. Je reste sur le souvenir d'une photographie extrêmement léchée, un souci du détail poussé à l'extrême, des accessoires impressionnants (mention spéciale pour le guitariste qui est un vrai musicien jouant sur un vrai instrument de musique), un monde fort bien rendu (mais pas assez fouillé et dépeint aux spectateurs (c'est dommage !)), des décors naturels superbement inscrits dans l'histoire et une expérience cinéma décoiffante (j'aime bien souffler parfois aussi). Je précise que nous avons vu le film en version 2D et heureusement. En 3D, je pense que j'aurai perdu mes yeux !

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Vous l'aurez compris, "Mad Max : Fury Road" est un film à voir au cinéma car il perdra sans doute de sa superbe sur petit écran, tant, à mon sens, sa principale qualité réside en cela. Mais suis-je bête, vous l'avez déjà tous vu et vous l'avez tous aimé non ?

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La critique de Mr K : 4,5/6. On peut dire que je l'attendais celui-là! Les teasers et bandes-annonces successives m'avaient mis l'eau à la bouche donnant à voir un spectacle à priori dantesque et une technique léchée comme jamais. Pas de tromperie sur la marchandise avec ce film s'apparentant à une course poursuite de deux heures, d'une beauté à couper le souffle et aux acteurs charismatiques à souhait. 

Max erre dans le désert depuis la perte de ses proches, redevenu un simple animal ne répondant qu'à ses instincts, il se tient à l'écart des hommes dans un monde livré aux pillards et à la violence organisée suite à un holocauste nucléaire. Il va cependant devoir s'impliquer dans une chasse à l'homme après avoir été capturé par les war-boys d'Immortan Joe, un patriarche défiguré régnant en tyran sur une communauté assoiffée le considérant comme un demi-dieu. Furiosa (Charlize Theron sans cheveux et sans bras gauche -sic-) un des éléments de la garde rapprochée du patron s'est mise en tête d'enlever son harem et d'aller mettre les concubines du seigneur de guerre à l'abri dans un hypothétique paradis. Inutile de vous dire qu'Immortan Joe n'est pas content et qu'il va tout faire pour récupérer ce qu'il estime être son bien…

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Je vous l'accorde le scénario tient sur un papier à cigarette et on est rarement surpris. C'est un des seuls points noirs à mes yeux de cette production à grand spectacle qui pourtant s'écarte largement des standards grâce à la virtuosité de sa réalisation. Les Michael Bay et consorts peuvent aller se rhabiller ou au moins retourner à leur école de cinéma, le maître en matière en terme d'action est de retour, George Miller à 70 ans n'a rien perdu de son talent bien au contraire, avec les avancées technologiques, ses qualités explosent la rétine pour un spectacle total et prenant comme jamais. Les décors sont fabuleux et les couleurs d'une pureté sans faille, on s'y croirait vraiment. Rajouter là-dessus des éléments post-apocalyptiques marquants et typiques de la série Mad Max (les véhicules customisés, la cité dans la montagne, le look des personnages, la rudesse des rapports humains…) et vous obtenez un film hardboil à souhait.

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La course poursuite est d'une rare intensité ce qui a d'ailleurs fait dire à certain qu'elle ferait passer la série des Fast and furious (que je n'ai pas vu et que je ne verrai sans doute jamais) pour des courses de poussettes. La tension est permanente avec juste deux petits passages de dix minutes de calme avant un retour de l'action. On ressort un peu groggy de cette expérience cinématographique hors du commun, sonné par le rythme trépidante et les personnages délirants rencontrés en route: Furiosa est d'un magnétisme certain (je perds un peu le sens commun quand Charlize Theron est sur une pelloche), le nouveau Mad Max campé par Tom Hardy n'a pas à rougir de la comparaison avec Mel Gibson, Nicholas Hoult est aussi remarquable dans le rôle plus nuancé d'un war-boy qui commence à comprendre les manipulations mentales dont il a été abreuvé depuis l'enfance, les méchants sont terribles avec Immortan Joe bien sûr mais aussi ses seconds et un guitariste de heavy metal attaché à l'avant d'un camion jouant d'une guitare électrique lanceuse de flammes, unique et totalement métal! J'adore! 

L'action est menée à 100 à l'heure sans ralentis ou presque (ça change des faiseurs d'Hollywood qui en usent et en abusent), d'une clarté et d'une visibilité rare entre frénésie et passages plus posés. On en prend plein les mirettes mais aussi dans les oreilles avec une musique qui accompagne le tout sans fausse note de goût et une omniprésence discrète et efficace. Non vraiment, il n'y a rien à jeter au niveau de la technique.

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Ma note reste limitée pour plusieurs raisons cependant. Comme dit précédemment le scénario ne brille par pour son génie mais bon, on peut s'y attendre quand on va voir un film du genre post-apo. Ce que je regrette le plus est le manque de thrash... je m'explique. Ce film est violent et rude pour les âmes sensibles mais je l'ai trouvé presque trop propre niveau tripaille. On en aperçoit quelque peu mais souvent tout se déroule hors champ et le sang se fait rare, un comble au vu du déroulé du récit. Je m'attendais plus à un trip du genre Mad Max 2 qui n'était pas avare en la matière et qui reste malgré tout à mes yeux le meilleur de la série malgré son aspect cheap aujourd'hui, le temps ayant fait son œuvre. J'aurais aussi voulu que l'auteur pousse un peu plus la réflexion sur la société mise en place par Immortan Joe... 

Ne boudons pas pour autant notre plaisir, ce film est absolument à voir au cinéma tant il perdra de sa superbe sur petit écran. Ne vous attendez pas à un film cérébral et ultra-féministe comme j'ai pu le lire ici ou là, songez plutôt à un blockbuster efficace, novateur dans sa réalisation et trépidant du début à la fin. Rooooaaaaaaar!

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lundi 25 mai 2015

"Le Paradis des animaux" de David James Poissant

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L'histoire: Aussi fou que deux hommes prêts à tout pour sauver un alligator, aussi tendre qu’un père essayant de se racheter auprès de son fils, Le paradis des animaux donne vie à un univers riche et émouvant. On y croise des arnaqueurs pleins d’illusions, de charmants dépravés et de jeunes amants égarés. Criants de vérité et terriblement attachants, ces personnages sont tous au bord du précipice. Sauter dans le vide ou détourner le regard: telle est la question.

La critique de Mr K: Aujourd'hui, petite incursion dans la collection Terres d'Amérique chez Albin Michel avec ce recueil de nouvelles de David James Poissant, jeune auteur US à la réputation déjà foisonnante et déjà comparé à des grands noms comme Raymond Carver (jamais lu mais il va falloir que je me penche sur la question) et Tchekhov (lu et fortement apprécié de ma part lors de ma période littérature russe il y a une dizaine d'années). C'est donc avec une certaine impatience mêlée de frénésie que je m'attaquais à ce livre de 340 pages que j'ai littéralement dévoré, hypnotisé par des histoires courtes / percutantes et un style d'une grâce rare.

14 nouvelles composent ce recueil. David James Poissant nous invite à découvrir des individus lambda à des moments clefs de leur existence: un homme et une femme essaient de dépasser leurs difficultés après la mort de leur enfant, un homme essaie de se racheter auprès de son fils après avoir mal réagi quand il a découvert que ce dernier était gay, un homme rencontre une femme manchot et s'en amourache, une femme nous raconte son quotidien avec l'homme qu'elle aime et qui est atteint d'une maladie mentale, un homme est en compétition avec le chien du foyer dans les yeux de sa femme, deux jeunes garçons inséparables vont voir leur amitié mise à rude épreuve… j'en oublie mais on reste à chaque fois dans le domaine du cercle intime entre famille et amitié. On alterne les situations avec les nouvelles et l'auteur couvre un éventail assez large de dérives qui peuvent nous arriver, une existence humaine étant loin d'être un long fleuve tranquille.

On baigne dans la mélancolie durant toute la lecture. Cette douce tristesse existentialiste qui peut nous gagner quand le quotidien devient plus âpre, plus difficile à gérer. L'auteur fait très fort car il réussit à chaque texte à planter une situation, des personnages en très peu de mots et quelques phrases bien enlevées. L'écriture est poétique à souhait sans pour autant tergiverser. On va droit au but, sans détour et avec une fraîcheur incroyable. Les effets de style sont ici discrets et délicats, les émotions sont à fleur de peau, chaque récit nous emmenant au plus profond de la psyché des personnages auxquels on s'attache / s'intéresse quasiment immédiatement. Rien de vraiment original dans les trames évoquées, on est rarement surpris par le déroulé de ces histoire mais une immersion peu commune et vraiment prenante contribue à dépasser ce modeste défaut.

Les pages se tournent toutes seules et l'on partage tous les espoirs et peines de ces âmes au bord du gouffre. Face à des situations parfois désespérantes (2 / 3 nouvelles parlent de deuil avec brio), les choix et décisions à prendre sont difficiles et certains personnages se perdent en route. On côtoie donc beaucoup de drames, de chagrins inconsolables et les abysses de l'esprit humain confronté à la perte de l'être aimé. Il est en effet beaucoup question de ruptures et de vies brisées dans cet ensemble de nouvelles. L'écriture accompagne à merveille ses trajectoires brisées livrant des personnages complexes et proches de nous ou de nos proches.

La lecture fut donc rapide et plaisante au possible. Les textes se suivent, se complètent les uns les autres au niveau des thématiques abordées et c'est le sourire au lèvre (malgré des moments rudes) que l'on referme ce livre au charme particulier et durable. Une belle expérience que je ne peux que vous conseiller.

dimanche 24 mai 2015

Max la menace!

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Dessin de Coco tiré du site du Strips Journal

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samedi 23 mai 2015

"Brigade des crimes imaginaires et autres histoires fantastiques et déglinguées" de Daniel Nayeri

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L'histoire: Et si la réalité virtuelle détrônait la vie réelle, alimentant les moindres désirs des internautes au prix d’une destruction irrémédiable? Et si une singulière brigade de flics new-yorkais était capable d’empêcher les mauvais souhaits de se produire? Et si dans une ferme étrange où sont cultivés des jouets, de terrifiants homoncules cherchaient à voler le secret de la vie? Et si la Mort elle-même était le témoin de la rencontre fatale d’une belle au bois dormant et de son prince? Naviguant dans un monde fantastique aux références multiples — Matrix, Minority report, Inception ou encore Toy Story et The Watchmen - , mettant en scène une faune étrange, ce livre inclassable et jubilatoire pousse la fiction dans ses retranchements pour explorer un monde où tout est possible… même le pire.

La critique de Mr K: Nouveau coup de poker de lecteur avec ce recueil, Brigade des crimes imaginaires et autre histoires fantastiques et déglinguées, rassemblant quatre nouvelles transgenres d'environ 90 pages chacune qui invitent à l'évasion hors norme entre SF, fantastique et même conte de fée. C'est le premier ouvrage d'un auteur plutôt apprécié outre-manche, Daniel Nayeri réfugié d'origine iranienne a été tour à tour pâtissier puis bibliothécaire. Brigades des crimes imaginaires s’inscrit dans la mouvance young-adulte mais il va à mes yeux bien au-delà du simple divertissement et propose une originalité et une fraîcheur qui fait du bien dans la masse éditoriale parfois insipide.

On commence avec la nouvelle éponyme Brigade des crimes imaginaires à l'ambiance polar-fantasy-SF! Oui oui, vous avez bien lu! Une mystérieuse organisation constituée d'êtres fantastiques (djinn, fées, gnomes et autres) pourchasse des vœux qui prennent corps. Ainsi, un jeune garçon puni de dîner par ses parents souhaite la mort de ses derniers. Son double se met alors en quête de vengeance! Nos héros vont devoir mener l'enquête, dénouer une falsification d'identité et découvrir la vérité cachée de l'existence de l'un des leurs. C'est efficace et drôle, la langue est ici alerte et délurée (Même multipliée par sept, comme on le fait avec les années de vie des chiens, la température n'aurait toujours pas été en âge de passer son permis -page 89-). Un bon moment donc, du suspens, de l'humour et l'impression de lire quelque chose qu'on n'a jamais lu auparavant. Belle petite claque!

Dans Duel à Toy farm, on suit les pas de Sunny, un épouvantail chargé de garder l’œil sur la ferme à jouets d'un mystérieux fermier invisible. L'endroit est calme et la douceur de vivre incomparable. Des champs sortent des tracteurs et des trains électriques, les poules mécaniques coursent les vers de terre et Toutou (le chien mécanique) est un compagnon en or. Et puis, il y a Dot la fille du fermier au charme et au caractère bien trempé. Tout ce petit monde va se voir bousculer par l'arrivée d'un étrange vieil homme du nom de Sobrino qui souhaite se faire embaucher. La jalousie apparaît dans le cœur de Sunny mais il va devoir bientôt affronter bien pire que ce magicien en goguette. Une menace terrible pèse sur la ferme! Là encore, l'auteur crée un monde original qui fait irrémédiablement penser à un mix improbable du Magicien d'Oz et de Toy Story. La langue reste toujours aussi inventive et malgré une ligne de mire classique, on se prend d'affection pour les personnages et on ne peut que lire d'une traite cette nouvelle sympathique dont le seul défaut est une fin très abrupte.

Notre Dame des traîtres est la nouvelle la plus sombre de l'ensemble. Dans un futur peut-être pas si lointain que cela, un groupe de résistants combat une multinationale qui va recréer le monde dans une semaine en mêlant réel et virtuel grâce à une révolution technologique sans précédent. D'un chapitre à l'autre, on passe des uns aux autres, l'auteur en profitant au passage pour nous brosser le portrait d'un monde froid et impersonnel où les réseaux sociaux règnent en maître et où les geeks ne sont que de pauvres pantins manipulés par leurs désirs de jouissance immédiate. On retrouve ici une ambiance paranoïaque à la K. Dick et un monde foisonnant de non-dits à la Matrix. Pas moralisatrice pour un sou, cette histoire montre bien les limites de la course à la technologie et au plaisir permanent. De belles pages, moins délirantes mais d'une redoutable percussion. C'est un peu groggy et inquiet que l'on ressort de cette nouvelle. Une belle réussite en tout cas!

Coco et Cloclo change de registre. Il faut dire que le narrateur n'est pas n'importe qui, il s'agit ni plus ni moins que de la Mort elle-même. Elle nous raconte ici une histoire à la Roméo et Juliette ou l'amour impossible entre deux êtres ayant deux pères artisans d'art s'affrontant depuis des décennies. Amour, drame, conflit de famille tout cela s'accompagne de tranches de vie de la Mort elle-même qui s'avère gaga avec son lapin nain avec qui elle joue à cache-chou et à qui elle tricote des lainages! On nage en plein délire et on rit beaucoup. Vos zygomatiques ne résisteront pas et franchement, ça faisait un bail que je n'avais pas autant souri en lisant! On mélange donc tragédie romanesque et détournement allègre de contes de fée, un pur bonheur pour les amateurs de textes décalés et de pastiches! La Mort se livre sans détour et avec un sens de l'autodérision certain: C'était une erreur répandue, dans l'Europe de l'ancien temps, de croire qu'il suffisait d'un bisou pour sauter hors de la tombe, bref que j'étais une mauviette. Risible, je sais, et pourtant c'était ainsi -page 336-.

Au final, on passe un très bon moment entre originalité, détournement de figures et genres majeurs de la littérature et un plaisir de lecture intense. Un petit bonheur que je vous invite à découvrir vite… très vite!

jeudi 21 mai 2015

Quimper et son Salon du Livre

Le week-end dernier, les 16 et 17 mai, se tenait le premier Salon du Livre de Quimper. Du beau monde, un très beau site, une météo clémente et l'occasion pour nous de rendre visite à nos amis quimpérois : notre décision est prise et nous prenons la route.

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C'est donc samedi après-midi que nous avons fait connaissance avec ce nouveau Salon littéraire. Il y a eu très peu de communication de la part des organisateurs sur le déroulé du week-end, nous y sommes donc allés sans véritable but si ce n'est découvrir quelques livres et rencontrer des auteurs que nous aimons. C'est déjà un chouette programme.

A l'arrivée, nous découvrons un site vraiment très beau : le Prieuré de Locmaria. Les auteurs sont installés dans la cour du bâtiment religieux, les conférences sont situés à l'étage de la célèbre faïencerie Henriot et des rencontres discussion d'auteurs sont mises en place sous un chapiteau de la cour.

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(nous en avons profité pour faire un tour du côté de la boutique Henriot)

Nous avons eu la joie de discuter avec Nadine Monfils et Jean Teulé. J'avais à coeur de faire signer un de mes romans de la première (dans ma PAL mais dont on m'a dit le plus grand bien) et quant au second, c'est un des auteurs chouchous de Mr K. Jean Teulé est un homme charmant, très sympathique et ouvert au dialogue. Un vrai bonheur !

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Nous avons également vu rapidement Michel Quint. Pas très prolixe mais un grand monsieur de la littérature.

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Nous en avons profité pour faire un tour dans le Jardin du Prieuré au bord de l'Odet où les roses commencent leur ballet.

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Nous pensions rester plus longtemps au Salon mais force est de constater que notre tour est vite fait et concernant les conférences, la salle n'étant pas des mieux organisée (pourquoi laisser le mobilier en place façon réunion limitant ainsi l'espace festivalier plutôt que de faire des rangées de sièges ?), nous avons décidé d'aller nous promener dans le centre de Quimper.

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Mr K connaît très bien cette ville. Si vous nous suivez depuis quelques temps, vous savez qu'il est finistérien. De plus, nombreux de nos amis vivent à Quimper. Nous y allons donc fréquemment mais jamais vraiment en mode touriste. De mon côté, c'était quasiment une découverte samedi et avec la météo si clémente, je dois avouer que c'était fort agréable !

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Maisons à colombages, Cathédrale Saint-Corentin, Quimper est une ville très agréable à visiter. Haut lieu historique, je ne vous ferai pas ici un cours mais vous conseille vivement de découvrir cette ville.

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Ce qui ne gâche rien, nous sommes tombés sans le vouloir sur une journée particulière : la Fête de la Bretagne et son concours de Bagad dans le Jardin de l'Evêché ! Parfait ! OK, on n'est pas spécialement des fans de musique bretonne au quotidien mais personnellement j'adore les fêtes locales (partout ! tout le temps !) et comment résister à l'appel de la crêpe au caramel beurre salé à 1€ et de la Britt à 2€ ?

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Mais le temps file et il est déjà l'heure de retrouver nos amis pour la soirée ! Nous avions à la base prévu de faire la Nuit des Musées mais nous n'étions pas en état... Comme le prouve notre photo de groupe (on voit des choses bizarres sur Quimper)...

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Cette première édition du Salon du Livre fut fort sympathique. Rendez-vous est déjà pris pour l'édition 2016 ! Rajoutez à ça, la ville en fête, la chaleur et les amis et voici un week-end réussi !

mercredi 20 mai 2015

"Poulailler" de Carlos Batista

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L'histoire: Mes poules me permettaient d'être cruel sans danger de représailles, je les traitais comme les adultes me traitaient, même si en les frappant je croyais aussi les sauver.

L'enfance est violence pour le fils d'immigrés. Seule échappatoire: le poulailler où il peut reproduire le comportement humain, loi du plus fort et art de la duperie. Mais jusqu'où se duper soi-même?

La critique de Mr K: Cette lecture est un coup de poker de lecteur. Poulailler s'est présenté à moi dans un bac de l'abbé et la quatrième de couverture m'a de suite interloqué. Surprenante, plutôt inquiétante, les thématiques de l'immigration et d'une jeunesse difficile m'ont attiré de suite. L'auteur, Carlos Batista, m'était aussi inconnu et il s'agit ici d'un premier roman. J'allais donc explorer un territoire totalement vierge pour moi et je ne savais pas à quoi m'attendre... Au final, la lecture s'est révélée étrange, tordue mais aussi rafraîchissante dans sa façon de traiter son personnage principal et sa vision biaisée de la vie.

Le roman est divisé en trois partie: Coquille, Jaune et Blanc ; comme les éléments constitutifs d'un œuf, référence directe à la métaphore filée présente du début à la fin de l'ouvrage. Le jeune Salgado vit mal son enfance. Son père est dur et lui prodigue une éducation âpre et sans véritable amour. Il se réfugie dans le poulailler familial, exutoire à ses pulsions et métaphore de sa condition de jeune immigré portugais. Il y exercera sa part de cruauté mais il connaîtra aussi les affres de l'affection et la douleur de perdre l'être aimé. Devenu plus grand, il éprouve de grandes difficultés dans ses relations sociales et professionnelles, sa vie basculera au sens propre comme au sens figuré lors d'une visite d'appartement dans Paris.

Un curieux sentiment m'a habité durant toute ma lecture. On est tour à tour horrifié, scandalisé, puis peiné, touché par Salgado Jr. Élève moyen, un peu perdu, son père s'avère tyrannique et violent. Difficile dans ces conditions de se forger une personnalité. À travers ce poulailler, il se construit une vision du monde bien personnelle, une vision sombre et sans réel espoir où la force domine la raison et où il faut tromper l'autre pour réussir. À la lumière du parcours de son père (très beau passage sur la réalité d'un exil économique dans les années 60'), l'immigré est plumé successivement par les passeurs, les maîtres d’œuvre des chantiers, les propriétaires et l'État. On ne tombe pas pour autant dans le mélodrame gratuit, fuyant et irréaliste mais cela donne un éclairage intéressant et sans concession des difficultés qu'ont pu rencontrer toute une classe de portugais fuyant la dictature passéiste de Salazar.

Pour lui éviter tout cela et le façonner à son image, le père est intransigeant et démolit sans le savoir son petit garçon qui perd toute image positive de lui même jusqu'à sa virilité. Véritable désastre qui se traduit par un "pétage de plomb" hors norme en milieu d'ouvrage pendant une attente interminable de visite d'appartement. La cocotte minute explose et le jeune antihéros (c'en est un beau celui-là!) sombre alors dans un délire psychotique mettant en relation son passé, son présent et les créatures de son poulailler. C'est très déconcertant et original. Passée la surprise, on comprend alors la profondeur de la réflexion qui est proposée au lecteur. Elle se mérite mais elle est bien là!

Très abordable en terme d'écriture pure, Poulailler ne plaira pas pour autant à tout le monde tant on sort des sentiers battus et par les propos parfois crûs qui parsèment ce roman. Le genre humain n'en ressort pas grandi et la noirceur du fond pénètre durablement le lecteur qui sort de cette lecture quelque peu perplexe voir abasourdi (selon votre degré de sensibilité). Pour ma part, je suis content de l'avoir lu mais je suis bien incapable de vous dire si je l'ai vraiment aimé... Sacré expérience en tous les cas!

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mardi 19 mai 2015

"Le Talent de mes amis" de Alex Lutz

le talent afficheL'histoire : Alex et Jeff, collègues de bureau dans une multinationale, sont aussi les meilleurs amis du monde depuis le lycée. Avec leurs femmes respectives, ils forment ensemble presque une famille, qui se fraye un chemin dans la vie, tranquillement, doucement, sans grande ambition. Pourtant l’arrivée de Thibaut, conférencier et spécialiste en développement personnel, ne va pas tarder à mettre à mal leur équilibre pépère. Et pour cause, Thibaut est un ami d’enfance d’Alex. À l’époque, ces deux-là, super complexés et toujours mis à l’écart dans la cour d’école, s’étaient promis de réussir leur vie, coûte que coûte. Aujourd’hui, le beau et brillant Thibaut semble pour sa part avoir tenu sa promesse et pousse Alex à réaliser ses rêves au risque de perdre l’amitié de Jeff... Mais sommes-nous tous voués à un destin exceptionnel ?

La critique Nelfesque : Voici un film que je n'aurais pas spécialement été voir au cinéma si une amie ne m'avait pas proposé qu'on y aille ensemble. Visionnage de la bande annonce : "Le Talent de mes amis" m'a l'air d'être un film comique français sympathique loin des pseudo comiques de la même nationalité qui font un tabac au box office mais qui personnellement me font mourir de honte... Bref, je tente ma chance et je fais bien !

Quand j'ai dit à Mr K que j'allais voir "Le Talent de mes amis", sa réaction fut "Quoi !? Tu vas voir le film avec les deux nazes de Canal + !?". Euh... De quels nazes s'agit-il ?... Voyez comme je suis au fait de l'actualité télévisuelle, puisque Alex Lutz et Bruno Sanches sont respectivement les Catherine et Liliane du Grand Journal. Je n'apprends sans doute rien à personne ici mais de mon côté j'ai bien cru que j'allais partir en courant. Je n'aime pas du tout Catherine et Liliane... Bon, tant pis, je me suis engagée j'y vais. Et encore une fois, je fais bien !

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Venons en maintenant au film (oui parce que ma vie, ça va bien 5 minutes). "Le Talent de mes amis" est un long métrage frais qui met de bonne humeur. Voici comment je suis ressortie de la séance. J'ai oublié Catherine et Liliane, j'ai profité du moment présent, j'ai bien ri et encore plus aux fous rire d'un spectateur voisin. La joie est communicative.

Partant du postulat de départ que les gens de ma génération ont un sentiment d'inassouvie, ayant laissé derrière eux leurs grands rêves de bonheur au profit d'existences confortables à défaut d'être épanouissantes (ce qui n'est pas totalement faux), Alex Lutz nous livre un petit film sans prétention qui ne révolutionne pas le genre mais fait irrémédiablement écho dans la vie de tout un chacun. Avec un style parfois potache qui doit sa réussite au talent de ses comédiens, "Le Talent de mes amis" alterne moments drôles et scènes sensibles qui n'ont pas à rougir. OK, on n'est pas dans du film d'auteur à la sensibilité à fleur de peau mais il y a dans ce long métrage un souffle tendre qui m'a touchée. Mention spéciale pour la relation entre Thibaut et sa grand-mère très justement interprétée par Jeanne Moreau.

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La trentaine bien entamée hante ce long métrage entre décision d'avoir des enfants, difficulté d'en avoir pour certains, existence sociale, résilience et envie de laisser un pied dans la vingtaine, insouciance, inconséquence et irrévérence. Adulescents, comme le dirait Aldebert, encore un peu ado mais forcés d'être adultes, les personnages plus ou moins matures de ce long métrage nous font réfléchir sur nos choix, nos routes et nos parcours. Force est de constater que l'on est un peu comme eux...

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"Le Talent de mes amis" est un film actuel qui parlera aux trentenaires d'aujourd'hui. Reste à adhérer à l'humour parfois poussif et caricatural mais qui laisse au spectateur une petite tendresse persistante. Ca fait du bien parfois de se laisser aller à des films au ton plus léger mais non dénué de sens. "Le Talent de mes amis", c'est un peu notre bande de potes...

Posté par Nelfe à 18:57 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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lundi 18 mai 2015

"L'Instinct du Troll" de Jean-Claude Dunyach

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L'histoire : "Glissez-vous dans l’intimité d’un troll le temps de quatre aventures qui font trembler la terre jusqu’aux tréfonds des mines les plus obscures. Bien sûr, pour cela, vous allez devoir franchir les falaises du Désespoir, affronter les périls du col des Assassins et vous enfoncer dans les marais de la Mort sinueuse, mais ne vous inquiétez pas: après, c'est fléché. Et, avant, mieux vaut savoir que, s’il faut qu’un troll s’habille pour une occasion spéciale, il convient de le prévenir dix ans à l’avance. Surtout, n’oubliez jamais que l’eau ferrugineuse est un fléau qui ravale le troll au rang de l’homme. Alors, vous qui entrez ici, laissez toute espérance ainsi que vos affaires personnelles au vestiaire. Et n’oubliez pas de rapporter vos notes de frais." Ayerdhal

La critique de Mr K : Une bonne découverte sympathique aujourd'hui avec L'Instinct du Troll paru il y a peu chez l'Atalante. C'est une première pour moi quant à l'auteur qui, à travers quatre nouvelles, nous convie à partager le quotidien d'un troll chargé de l'administration d'une mine. La fantasy est ici rigolarde, inventive et l'on s'éloigne donc des classiques du genre pour nous offrir une vision novatrice d'un univers trop souvent sclérosé et englué dans des codes rigides empêchant toute forme d'originalité.

Notre troll gère sa routine d'administrateur. A l'occasion, il part en quête et d'habitude il n'oublie jamais de ramener ses notes de frais (tavernes, campings et hôtellerie diverses où il s'est arrêté en chemin). Mais là, erreur de sa part, il se voit obligé de retourner sur ses traces et d'aller réclamer les fameux justificatifs (toute ressemblance avec le film Mammouth est fortuite !). Pour couronner le tout, on lui attribue un stagiaire humain qui s'avère inexpérimenté et maladroit (un stagiaire quoi!). Les voila partis pour cette aventure et trois autres où ils seront confrontés à un nécromancien sur le retour, une majoration d'arme à réaliser (les geeks comprendront), une demande en mariage haute en couleur et l'organisation compliquée d'un trollfest.

On passe un très agréablement moment pendant cette lecture. L'amateur de fantasy que je suis y a retrouvé nombre de personnages, créatures, habitudes et lieux que l'on retrouve dans tout récit de fantasy dit classique. L'aventure est présente, la baston un petit peu et il y a toujours les passages obligés à la taverne avec la cuite qui s'en suit. Mais l'auteur à travers un humour corrosif et efficace se plaît à démonter les éléments de la fantasy pour les détourner. Vous apprendrez ainsi qu'un humain n'est pas comestible et qu'il ne faut en manger qu'en dernier recours, qu'un elfe est un troll qui a fait son coming-out, que les bâtons de mages sont rechargeables, qu'il y a des boutiques de souvenirs près des antres des méchants, que les nécromants doivent passer des examens finaux pour obtenir leur diplôme de sorcier maléfique, qu'il y a environ 50 nuances de grès et que ça a son importance dans le domaine de la construction, que les trolls partent toujours en vacance avec leur pont sur le dos (sauf ceux que l'on qualifie de nudistes !) etc... Ce n'est qu'un petit relevé des nombreuses perles qui essaiment dans ces pages et qui provoquent irrémédiablement le sourire.

La fantasy est ici réjouissante mais aussi différente dans le sens où l'auteur nous explique que le progrès a fait son chemin. On retrouve donc les méthodes modernes de managements dans la gestion des entreprises mais aussi un internet un peu spécial et mêmes des jeux vidéos. L'anachronisme se fait délirant et insuffle un esprit jubilatoire dans un récit peuplé de personnages plus étranges les uns que les autres. Notre narrateur troll aime les bonnes tournées au bar et la baston mais il n'aspire finalement qu'à vivre en paix et sans conflit. Les princes charmants sont d'extraction pauvre et tombent amoureux de princesses rebelles au caractère bien trempé. La parodie fonctionne à plein mais cela n'empêche pas les actes d'héroïsme et les hauts faits. On se divertit beaucoup et on se laisse porter par le rythme rapide et efficace des récits qui se complètent les uns les autres, formant un ensemble cohérent et bien mené de bout en bout.

J'ai déjà lu un certain nombre de parodies de fantasy. Il y a bien sûr Les Annales du Disque-monde de Pratchett, Lord of the ringard ou encore Connard le Barbant de Pierre Pelot. L'ouvrage de Jean-Claude Dunyach se place en haut du panier car au-delà de la simple parodie, il nous offre des récits vraiment bien ficelés et ceci par le biais d'une langue recherchée et accessible. Loin d'être un écrivaillon de pacotille, il nous offre des personnages riches et évolutifs, une alternance de ton entre l'humour et le sérieux et une écriture immersive à souhait. C'est donc le sourire aux lèvres que l'on parcourt ces nouvelles et c'est avec une satisfaction évidente que l'on ressort de cette lecture. Un petit bijou de drôlerie que je vous invite à découvrir au plus vite.

Posté par Mr K à 19:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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