lundi 7 décembre 2015

"Retour à Little Wing" de Nickolas Butler

retour à little wingL'histoire : Ils étaient quatre inséparables. Hank, Kip, Ronny et Lee. Les rois de la petite ville de Little Wing. A l'âge adulte, leurs chemins ont divergé. Certains sont restés et voudraient fuir. D'autres sont partis loin et ne pensent qu'à revenir. Tous sont en quête de quelque chose, du bonheur peut-être. Quoi qu'il arrive, Little Wing est leur port d'attache. C'est chez eux. Et toujours, ils y retournent.

La critique Nelfesque : Il y a des romans qui vous marquent. Des romans qui vous parlent et qui résonnent en vous, dès la quatrième de couverture lue. "Retour à Little Wing" en fait partie...

Avec une histoire simple, Nickolas Butler retient le lecteur dans ses filets. Il ne se passe rien d'exceptionnel à Little Wing, il n'y a pas d'histoires sordides, pas d'évènements joyeux à retentissement mondial. Il n'y a pas foule de touristes l'été et encore moins l'hiver quand la neige fait son apparition. Nous ne sommes pas ici en bord de mer ou en haute montagne. Rien ne fait de Little Wing une ville différente des autres.

Little Wing est une ville agricole en plein coeur du Wisconsin. Un silo à grains, un bar, une grange où l'on fête les mariages, plusieurs fermes... Et guère plus. C'est dans ce décor que se plante ce roman de Butler. Un premier roman qui sent bon la campagne américaine et les grands espaces, les sentiments simples et l'humanisme.

Hank est fermier et mène une vie paisible avec sa femme Beth et leurs deux enfants. Kip, après des années en tant que trader à Chicago, décide de monter un restaurant à Little Wing. Ronny a un léger handicap mental depuis un accident de rodéo et Lee est une rock star internationale qui revient toujours se ressourcer dans sa ville natale. Tous les quatre se connaissent depuis l'enfance et sont amis depuis toujours. A Little Wing, ils ont vécu leurs premiers amours, leurs premières blessures, leurs premiers passages à vides et leurs plus grands bonheurs. Comme les quatre murs d'une maison, ils représentent les uns pour les autres un soutien, un refuge, une épaule sur laquelle  s'appuyer quand tout va mal et un coup de pied aux fesses quand il y en a besoin.

"Retour à Little Wing", c'est une grande histoire d'amitié. Une amitié virile entre 4 mecs de la campagne qui ont mené leurs barques différemment en grandissant mais gardent dans leurs coeurs une place pour leurs jeunes années. Une amitié virile mais qui ne tombe pas dans les clichés overdosés en testostérone. Ici, il n'y a pas de place pour la jalousie, on ne compare pas la taille de son sexe ou celle de sa voiture, on ne règle pas les problèmes à coups de poing. Tout n'est pas rose, loin de là, et l'amitié peut aussi faire mal mais dans l'humilité et le respect des années passées ensemble, les conflits se règlent en toute intelligence et l'amitié s'en trouve grandie.

Il y a en chacun de nous une part de Little Wing. Hank, Kip, Ronny, Lee ressemblent terriblement à nos amis d'enfance ou d'adolescence. Ils sont peut-être devenus plombier, ingénieur, agriculteur ou serveur. Ils se sont peut-être mariés, ont peut-être divorcé, n'ont pas pu avoir d'enfants... Difficile de ne pas mettre un visage sur chacun d'entre eux et lire ce roman sans y voir une portée plus personnelle. Dans ce monde où tout va vite, où les conflits se soldent par des fins de non recevoir, où l'on tire un trait sur des pans entiers de nos vies pour avancer parfois, "Retour à Little Wing" est un vrai retour aux sources et une lecture qui fait du bien.

L'écriture de Nickolas Butler est simple et douce. Comme une caresse, un réconfort, elle murmure à nos oreilles que la vie n'est pas simple tous les jours mais que l'on peut la traverser ensemble. Avec une finesse rare, l'auteur nous dépeint l'être humain dans ce qu'il a de plus beau. Fidélité et honnêteté sont les maîtres mots de l'amitié qui lient ces 4 personnages qui vont tour à tour prendre la parole dans ce roman et montrer aux lecteurs leurs bons côtés et leurs faiblesses. Sur 370 pages, nous allons les voir évoluer, se différencier, se rapprocher... C'est leur vie tout simplement qui va défiler sous nos yeux.

Vous l'aurez compris, avec "Retour à Little Wing", on prend son temps. Loin de la frénésie des grandes villes américaines, ici, l'accent est mis sur les grands espaces et la vie simple de ses quelques habitants. Véritable dissection de l'âme humaine, les sentiments sont passés au microscope et donnent à voir au lecteur une belle leçon de vie à qui veut la saisir, sans emphase et grands préceptes. Un petit coup de coeur !

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samedi 5 décembre 2015

"Causes mortelles" de Ian Rankin

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L'histoire : Le festival théâtral d'Edimbourg bat son plein. Mais l'inspecteur John Rebus n'a pas le cœur à se mêler à la liesse générale : on a découvert, dans les couloirs de la vieille ville souterraine, le cadavre d'un jeune homme. Il a été torturé et assassiné selon la méthode utilisée par l'IRA pour punir les traîtres. Or la victime semble avoir été plutôt liée aux nationalistes écossais. Les feux d'artifice du festival risquent d'être particulièrement explosifs cette année...

La critique de Mr K : Retour chez Rankin avec la deuxième enquête de ce cher inspecteur Rebus que j'affectionne tant! Retour en arrière dans la chronologie des aventures de ce policier, sous la plume de Ian Rankin, les voies du chinage sont elles aussi impénétrables... Il s'agit dans Causes mortelles du deuxième ouvrage le mettant en scène. Ce détail a de l'importance car il permet de mesurer l'évolution de Rebus et faire davantage connaissance avec des personnages déjà croisés auparavant, le tout sous le signe du terrorisme nationaliste et de l'embrigadement de la jeunesse. Tout rapprochement avec la récente actualité est totalement fortuit et non voulu.

Rebus n'aime pas cette période festive qui bat son plein chaque année à la même époque à Edimbourg. Non pas qu'il déteste le théâtre de rue (sic) mais la tension monte d'un cran, la surveillance doit être accrue et la police est sur les dents. Simple inspecteur de quartier, il se retrouve confronté à une affaire plus importante qu'à son habitude. Un jeune homme est retrouvé mort dans l'ancienne ville et tout porte à croire qu'il a été exécuté à la mode IRA, une balle dans chaque articulation et pour finir un ravalement de façade façon mafia. Très vite, il va devoir collaborer avec une section spéciale dédiée aux affaires dites "d'État". Vu le caractère du bonhomme, vous imaginez que la collaboration ne va pas être facile surtout qu'il semble qu'on lui mette des bâtons dans les roues. La quête de la vérité sera longue, âpre et pavée de mauvaises intentions…

Quel plaisir d'abord de retrouver Rebus. Plus jeune, plus instinctif, on retrouve son côté impulsif, borderline et ses intuitions dont il a le secret. Sa fille n'est pas encore handicapée mais il ne la voit pas du tout. Il a une liaison avec Patience, sa douce et compréhensive doctoresse de maîtresse mais malgré ces quelques embellies, il abuse de la dive bouteille pour noyer ses remords et son chagrin. Pour autant, il se bat contre ses démons et mène l'enquête avec le brio qu'on lui connaît. Inspirant la méfiance auprès de la brigade spéciale qu'il doit intégrer contre son gré (Rebus est peu sociable), il va se heurter au syndrome du petit nouveau (assez rigolo quand on connaît son passif et son expérience) et "se frictionner" sévèrement avec quelques collègues. Il fera aussi de bonnes rencontres et trouvera même son alter ego, ce qui donne lieu en fin de roman à des passages savoureux entre interrogatoires croisés et scènes d'action drôlatiques les mettant aux prises avec de jeunes imbéciles insolents et mal élevés (pour rester poli).

Édimbourg est arpenté une fois de plus de part en part par les personnage, livrant ainsi une vision tourmentée et détaillée de cette métropole. L'ambiance est à la fête certes mais en arrière plan se joue des luttes séculaires d'influence et de territoire. Il est ainsi beaucoup question de l'opposition entre catholiques et protestants (au détour d'un derby entre deux équipes du cru notamment) où chacun se lance des noms d'oiseau et se répand en sentences agressives. Véritable cercle vicieux, Rebus et ses acolytes se doivent de déjouer les apparences et de démêler le vrai du faux dans un sac de nœud bien fourni! Rajoutez là-dessus, une dose d'organisation identitaire radicale avec ses théoriciens, ses financiers, ses recruteurs et ses jeunes loups aux dents longues (souvent décérébrés et totalement manipulés) et vous obtenez un livre policier bien tendu où la pression ne fait que monter, débordant le cadre de l'enquête en elle-même et menaçant la vie de Rebus. Horreur, Malheur!

En cela, Causes mortelles se démarque quelque peu des autres romans de la saga Rebus par son caractère documentaire qui apparaît à travers les situations et personnages exposés. Portrait d'une société clivée qui essaie de survivre malgré tout, de penser au lendemain plutôt qu'au passé, l'Écosse est ici joyeuse et taciturne, revendicatrice mais aussi ouverte. L'écriture de Rankin fait une fois de plus merveille et retranscrit à merveille les lieux, la tension et des scènes d'action parfois hautes en couleur. Un bijou de plus dans ma collection pour un auteur toujours aussi efficace et talentueux. Vivement le prochain, trois autres volumes m'attendent dans ma PAL!

Egalement lus et chroniqué au Capharnaüm éclairé :
"Nom de code: Witch"
"Le fond de l'enfer"
"Rebus et le loup-garou de Londres"
"L'Étrangleur d'Edimbourg"
"La Mort dans l'âme"
- "Le Jardin des pendus"

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vendredi 4 décembre 2015

On "like" ?

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Dessin de Bar tiré de son blog

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jeudi 3 décembre 2015

"Incident voyageurs" de Dalibor Frioux

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L'histoire : L'enfer, chaque passager d'un train de banlieue sait à quoi il pourrait ressembler : un wagon bondé, abandonné quelque part sur le réseau, après avoir vogué d'incident en incident. Coincés dans un tunnel du RER A, la ligne la plus chargée d'Europe, les deux mille voyageurs entassés n'ont tout d'abord pas voulu y croire. Ça ne durerait qu'une heure, qu'une matinée tout au plus. Mais c'est en vain que les batteries des portables se sont déchargées, que les larmes ont coulé et que les signaux d'alarme ont été tirés. Les semaines, les mois passent, les années peut-être, car les montres aussi se sont arrêtées. Dans ce huis-clos sous néons, Anna, jolie mère célibataire avec son petit garçon, Vincent, cadre supérieur raffiné qui espérait s'envoler pour Buenos Aires, et Kevin, chômeur en fin de droits, se demandent comme tous les autres s'ils sont les derniers des oubliés, les uniques survivants d'une catastrophe ou les participants d'un stage de réinsertion, et surtout, ce qu'ils ont fait pour mériter cela.

La critique de Mr K : Voilà un pitch qui a fait mouche dans mon esprit lorsque Incident voyageurs m'a été présenté. Riche en promesses entre absurde, anticipation et étude sociologique, j'en attendais beaucoup. Mais voila… A aucun moment je n'ai été pris par le récit et je me suis profondément ennuyé. Je pourrais m'arrêter là mais je pense qu'il vous faut tout de même une petite explication! De plus, au Capharnaüm Éclairé nous mettons un point d'honneur à chroniquer TOUTES nos lectures même les moins réussies. Feu!

Le principe de départ est assez réjouissant en soi. De chapitre en chapitre, nous passons d'un point de vue à un autre, celui des trois personnages principaux qui reviennent régulièrement sur leur vie d'avant et parlent aussi de leurs conditions d'existence après l'incident (par toutes petites touches). On passe donc de la caissière qui tente de survivre en tant que mère célibataire avec un quotidien morose et monotone, au sous-directeur du Louvres qui va regretter d'avoir pris le RER (pour une fois) en route qu'il était pour retrouver sa maîtresse en Argentine et Kevin un fond de fichier de Pôle Emploi qui trace sa route dans les incertitudes de son statut. Flashback en pagaille et enfermement menant à la claustrophobie sont au menu de ce voyage en terre glauque et malsaine.

Au départ, j'ai commencé cette lecture intrigué. Les chapitres s'enchaînent assez facilement et on se laisse porter par les mots et les paragraphes. Pas de liens réels entre eux et une étrangeté qui se dégage. Pas de souci majeur, je suis plutôt preneur dans le genre. Mais voila, au bout de 100 pages, la curiosité a cédé la place à l'agacement. Où veut en venir l'auteur? La critique de notre société est bel et bien présente (comme promise dans un certain nombre d'avis de journalistes et blogueurs) mais je la trouve finalement assez convenue et facile. Non pas qu'elle ne sonne pas juste, mais l'ensemble ressemble à un catalogue sans âme de nos vices. Dalibor Frioux m'a paru enfoncer des portes ouvertes sur les voyages en transports publics en région francilienne, sur l'inefficacité et l'absurdité de Pôle Emploi, sur les mecs, les femmes et j'en passe. Bref, une liste à la Prévert sans la poésie ou l'étincelle qui donne un lien et une belle consistance à l'ensemble.

Je me suis dit alors que je pourrais me raccrocher à l'aspect fictionnel et au caractère fantastique du vécu des personnages. Malheureusement, là encore, je trouve que c'est un coup dans l'eau. Tout cela manque de cohérence, d'explication et au final, on tourne la dernière page déçu et légèrement en colère (je ne suis pas rancunier en terme littéraire) avec l'impression d'avoir gâché son temps. Surtout quand on a une PAL telle que la mienne! De plus, je ne me suis pas vraiment attaché aux personnages, dernière bouée de sauvetage possible pour cet ouvrage: j'ai trouvé Kevin inintéressant dans ses souvenirs (et pourtant il en vit de belles!), Vincent suffisant et creux… Heureusement Anna sauve les meubles et émeut régulièrement à travers la relation qu'elle entretient avec son fils Hutch (oui je sais les parents sont parfois cruels!).

Reste que ce roman a des qualités littéraires et que l'auteur est un écrivain au talent certain stylistiquement parlant. Que de regrets donc de ne pas avoir été emporté par l'histoire et les personnages! Une expérience très décevante que je ne peux donc pas vous conseiller. Le principe d'une critique étant avant tout d'être un texte subjectif, si cette lecture vous tente, n'hésitez pas à aller voir ailleurs pour avoir son contrepoint car cet ouvrage a plutôt bonne presse. Au Capharnaüm Éclairé, il sera très vite oublié...

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mercredi 2 décembre 2015

"Deux" de Penny Hancock

DeuxL'histoire : Au Maroc, la vie de Mona est devenu un calvaire. Elle s’occupe de sa fille, Leila, et de sa mère malade. Al, son mari, a disparu depuis plusieurs mois, peut-être parti en Angleterre pour finir ses études de médecine. Aussi quand l'opportunité d'aller travailler à Londres s'offre à elle, Mona la saisit.
A Londres, Theodora a besoin d'aide. Entre son père qui souffre de la maladie d'Alzheimer, son fils qui passe sa journée devant la télé et son émission de radio, elle ne s'en sort plus. L'arrivée de Mona dans sa vie va tout changer. Enfin elle va pouvoir s'occuper d'elle et des siens en sachant qu'elle peut se reposer sur quelqu'un. Sa maison sera impeccable, sa vie sociale à nouveau trépidante et elle va gagner, avec l'arrivée de la discrète Marocaine, plus qu'une employée de maison, une véritable confidente.
Chacune dépend de l'autre mais, très vite, va s'instaurer entre elles un rapport étrange, insidieux et violent. Une lutte feutrée, tout en retenue et en non-dits, qui ne peut que les mener au pire.

La critique Nelfesque : Amateurs de thrillers psychologiques, ouvrez grand vos yeux, "Deux" de Penny Hancock, roman de la Rentrée Littéraire chez Sonatine est fait pour vous !

Je suis en général assez sceptique concernant ce genre de thrillers et il faut bien avouer que dans cette catégorie, il y a pas mal de romans assez moyens. Oui mais voilà, depuis quelques temps, je commence à m'y intéresser de plus près et bien que n'étant toujours pas mon genre préféré, je dois bien avouer que le thriller psy bien ficelé est tout de même très efficace. C'est le cas ici avec un roman bien retors où paranoïa et angoisse vont crescendo.

Mona, tout droit arrivée du Maroc, s'apprête à travailler pour Theodora à Londres. Cette dernière a beaucoup de mal à concilier sa vie professionnelle avec sa vie de famille. Journaliste radio en pleine ascension, elle ne doit rien laisser au hasard et élever seule son fils ado et devoir gérer son père atteint d'Alzheimer se révèle être une tâche trop lourde pour elle. Heureusement Mona a le sens du sacrifice et ne semble pas avoir de mal à tenir une maison propre et bien rangée, cuisiner des mets délicieux et se faire aimer de Léo et Charles.

Il faut dire que Mona est du genre dévouée et courageuse. Elle a laissé sa mère malade et sa fille en bas âge dans son village natal pour tenter de gagner plus d'argent en Europe et ainsi payer le traitement de sa mère et les futures études de sa fille. Voilà une lourde charge qui pèse sur ses frêles épaules, elle dont le fiancé a mystérieusement disparu il y a plusieurs mois et qui ne peut dorénavant que compter sur elle-même pour faire vivre les siens.

"Deux" est une plongée dans deux façons de vivre différentes. Presque deux mondes et deux visions de la vie qui s'affrontent. D'un côté Mona, maghrébine entièrement dévouée à sa famille, prête à tout endurer quitte à s'oublier elle-même. Et de l'autre Théodora, occidentale moderne et libérée pour qui la vie professionnelle est au moins aussi importante que la vie privée et qui essaye de tout concilier en cherchant l'excellence dans tous les domaines.

Ces deux femmes vont apprendre à se connaître, s'apprécier, ne pas se comprendre, être complémentaire, se détester... Les frontières entre travail et vie privée se brouillent. Qui est vraiment Mona ? Veut-elle vraiment le bien de la famille de Théodora ? Quant à elle, n'est-elle pas finalement une esclavagiste moderne, égoïste et sans coeur ?

Avec une écriture sobre et efficace, Penny Hancock joue avec les nerfs du lecteur. Loin d'être manichéens, les personnages sont fait de nuances et il est bien difficile de déceler les "méchants" des "gentils". On adore l'un, on déteste l'autre... Puis quelques pages plus loin, on comprend certaines réactions... On ajuste notre jugement... On change d'avis... On retombe sur ses pieds... On court à droite puis à gauche... Loin de se douter de l'issue de l'histoire, le lecteur passe par tous les sentiments et la paranoïa qui gagne peu à peu les deux personnages féminins va s'emparer de celui qui tient ce roman entre ses mains. Diabolique !

Penny Hancock ne nous laisse pas une minute de répit entre les 4 murs de cette jolie maison londonienne où les apparences sont on ne peut plus trompeuses et complexes. Qui profite de qui ? Qui cache son jeu ? Quel est le véritable enjeu de cette cohabitation ? Gare aux nuits blanches, "Deux" vous emmènera au plus près de la folie et jusqu'aux plus petites heures du matin...


mardi 1 décembre 2015

"Le Cas Sneijder" de Jean-Paul Dubois

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L'histoire : Paul Sneijder est l'unique survivant d'un accident d'ascenseur. Sa fille y a perdu la vie. Depuis ce jour, sa perception de la réalité s'est affinée, comme si quelqu'un avait monté le son du vacarme du monde. Comment continuer à vivre, avec une épouse tyrannique qui ramène un poulet rôti les jours où elle voit son amant ? En changeant de métier : promener des chiens, voilà une activité attrayante.

La critique de Mr K : C'est toujours un plaisir de retrouver Jean-Paul Dubois qui manie comme personne le drame et l'humour, et dont la langue fond dans la bouche comme un bon chocolat que l'on apprécie longtemps après sa consommation. Aventurier des mots doublé d'un explorateur de l'esprit humain, il fournit avec Le Cas Sneijder un roman touchant et juste à la beauté mélancolique.

Paul est un miraculé… Enfin pas tout à fait. Lui est toujours là mais pas l'amour de sa vie. Marie sa fille n'a pas survécu à l'accident d'ascenseur dont il est sorti indemne physiquement mais qui a des répercussions sur sa vision du monde et de l'existence. Depuis son retour à la maison, il voit les choses autrement et se rend compte qu'il est passé à côté de nombreuses choses dans sa vie qu'il semble avoir traversée sans véritable envie ni volontarisme. Ainsi, il s'est laissé "phagocyté" par sa nouvelle femme qui lui impose ses choix sans que lui-même ne s'y oppose ou tente de le faire. Par exemple, elle lui a toujours refusé le droit de recevoir sa fille à la maison, l'obligeant à la voir en dehors ou chez ses parents. Paul s'est toujours couché devant elle, transformant son existence en une plaine sans passion, morne et parfois désespérante.

La disparition de Marie va changer l'ordre des choses. Pas dans le sens où il va renverser les valeurs établies dans son foyer mais plutôt dans son esprit. Se repliant de plus en plus en lui-même, il se détache progressivement de ses deux fils méprisants et de sa femme tyrannique, plus rien ne semble important à part le souvenir de Marie qu'il s'attache à maintenir vivante (de nombreux passages le montrent en pleine réflexion intérieure avec l'urne funéraire contenant les cendres de la disparue) et sa nouvelle fascination pour les ascenseurs. Il quitte son travail (reliquat d'un arrangement avec sa femme) et décide de devenir accompagnateur de chiens, travail dégradant selon son épouse très soucieuse des apparences (elle a tout pour plaire, je vous assure!). Peu à peu, au fil des pages, cet homme sombre inexorablement, délaissé des siens et livré à lui-même.

J'ai adoré ce livre. Je l'ai lu en un temps record emporté par la mélancolie qui en émane et le caractère absurde de l'existence menée par le héros. Très attachant mais en même temps parfois agaçant dans son incapacité à réagir et prendre l'ascendant sur sa moitié, Paul survit mais n'arrive pas à surmonter son deuil teinté de culpabilité et de regrets. C'est l’œil humide et le cœur au bord des lèvres qu'on tourne les pages avec quelques sursauts plus légers, notamment les passages avec son nouveau chef obsédé par les chiffres palindromes. On s’agace beaucoup aussi contre cette épouse acariâtre, narcissique et centrée sur elle-même que la honte et les remords n'étouffent pas, infidèle et frivole que seuls sa carrière et ses enfants intéressent. Dieu qu'elle est haïssable, ça faisait longtemps que je n'avais pas ressenti cela dans une lecture!

L'histoire se déroule à Montréal dans un quartier que j'ai eu la chance de découvrir lors d'une visite à une vieille amie en 2004. C'est étonnant de parcourir un quartier que l'on a soi-même connu autrefois: le parc botanique d'une beauté à couper le souffle (la partie asiatique est à ne rater sous aucun prétexte), les rues enneigées avec son ballet de déneigeuses, la gentillesse des québecois, l'ambiance si particulière qui règne dans les rues… Beau retour en arrière pour moi, pour une ville remarquablement bien reconstituée par un auteur au sommet de sa forme.

Chirurgien de l'âme et écrivain d'une finesse inégalée, Jean-Paul Dubois nous prend par la main tout au long de cette balade triste, qui touche en plein cœur et qui vous l'imaginez se termine bien mal... C'est en petits morceaux que Nelfe m'a récupéré après cette lecture d'une force incroyable et dont le souvenir me hante encore au moment où j'écris ces lignes… À lire absolument!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
"Vous plaisantez Mr Tanner"
"Une Vie française"
- "Kennedy et moi"

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lundi 30 novembre 2015

"L'Oiseau de mauvais augure" de Camilla Läckberg

Camilla-Läckberg-–-L’oiseau-de-mauvais-augureL'histoire : L'inspecteur Patrik Hedström est sur les dents. Il voudrait participer davantage aux préparatifs de son mariage avec Erica Falck, mais il n'a pas une minute à lui. La ville de Tanumshede s'apprête en effet à accueillir une émission de téléréalité et ses participants avides de célébrité, aussi tout le commissariat est mobilisé pour éviter les débordements de ces jeunes incontrôlables. Hanna Kruse, la nouvelle recrue, ne sera pas de trop. D'autant qu'une femme vient d'être retrouvée morte au volant de sa voiture, avec une alcoolémie hors du commun. La scène du carnage rappelle à Patrik un accident similaire intervenu des années auparavant. Tragique redite d'un fait divers banal ou macabre mise en scène ? Un sombre pressentiment s'empare d' l'inspecteur. Très vite, alors que tout le pays a les yeux braqués sur la petite ville, la situation s'emballe. L'émission de téléréalité dérape. Les cadavres se multiplient. Un sinistre schéma émerge...

La critique Nelfesque : Voilà bien longtemps que j'avais laissé de côté les romans de Camilla Läckberg. Non pas parce qu'ils ne m'intéressaient plus mais par manque de temps. Et oui, c'est ça de vouloir tout lire ! En route donc pour le 4ème tome de la saga "Erica Falck et Patrik Hedström" avec "L'Oiseau de mauvais augure".

Chaque roman peut se lire de manière indépendante. A chaque fois, de nouvelles enquêtes sont menées et il n'est pas forcément nécessaire de connaître les ouvrages précédents pour apprécier sa lecture. Toutefois, j'avais décidé de commencer à les lire dans l'ordre, il y a 4 ans afin de suivre l'histoire personnelle des personnages principaux en filigrane dans l'ensemble de la saga.

C'est avant tout cela qui me plaît dans les romans de Camilla Läckberg. L'impression de retrouver des amis, là où on les avait laissés il y a quelques temps. Dans leur petite commune suédoise située sur la côte ouest du pays, tout le monde se connaît. Le commissariat est à taille humaine et chaque collègue est un membre de cette petite famille. Ambiance bienveillante, petits cafés le matin avec les gâteaux fait maison...

Dans "L'Oiseau de mauvais augure", cette apparente tranquillité va être troublée par l'arrivée d'une chaîne de télévision et de sa célèbre émission de télé-réalité. Sorte de "Les Anges de la Télé-réalité" en France, cette émission est un zoo d'humains, comme on en voit beaucoup aujourd'hui via les chaînes de la TNT. Les participants sont stéréotypés (la bimbo, le rebelle, le décérébré, la suicidaire, le rebeu...) et tout ce beau monde va devoir vivre ensemble alors qu'ils n'ont rien en commun (si ce n'est avoir déjà participé à une émission de ce type) et travailler sur la commune. Le maire est aux anges, on va enfin parler de sa ville, les habitants sont méfiants, les jeunes sont surexcités. Tout va pour le mieux dans le petit monde magique de la poudre aux yeux. Jusqu'à ce qu'une participante soit retrouvée morte dans une benne à ordures...

Parallèlement à cette affaire, la vie continue et Patrik Hedström doit également faire fasse à une autre enquête, moins médiatisée mais tout aussi étrange. Une femme est retrouvée morte au volant de sa voiture, suite à un accident de la route. L'alcool semble en être la cause mais un détail trouble l'enquêteur et va nous mener dans divers endroits en Suède.

"L'Oiseau de mauvais augure" nous livre encore une enquête bien sympathique ici. C'est le roman qui m'a fait débuter la saga en 2011 (oui je sais, j'ai mis du temps) et on y retrouve tous les ingrédients d'un roman policier. Camilla Läckberg ne fait pas dans le page turner, l'histoire prend son temps, les personnages sont lambda... mais ce climat familier est très appréciable. Le lecteur s'installe tout doucement dans l'intrigue et navigue entre enquête et vie familiale de Patrik et Erica.

Car voilà tout l'intérêt des romans de Läckberg quand on les lit dans l'ordre. Le lecteur assiste à la naissance d'une histoire d'amour entre les 2 grands personnages de la saga. Petit à petit, on va les voir se rapprocher, agrandir la famille, se poser des questions existentielles et dans ce tome ci préparer leur mariage. C'est aussi le moyen de rester en contact avec Erica Falck qui depuis quelques temps est femme au foyer et n'intervient plus dans les affaires en cours (mais cela va changer dans "L'Enfant allemand" si on en croit l'amorce à la fin du roman). La préparation du mariage m'a beaucoup amusée, étant moi-même passée par là l'an dernier. Les histoires avec la famille et la belle-famille (savoureuses et tellement vraies !), les préparatifs et la logistique, le choix des menus, de la robe... Tout cela m'a rappelé des souvenirs et donne une petite bouffée de légèreté à l'ensemble. Une vie qui continue, de façon tout à fait banale même si il s'agit d'un grand évènement personnel, dans le tourbillon des caméras que connaît la commune et la pression médiatique qui s'abat sur Patrik.

"L'Oiseau de mauvais augure" est un bon roman policier. Si vous êtes habitués au genre, il y a des chances pour que vous deviniez le coupable assez tôt (ce fut mon cas) mais comme finalement ce n'est pas le plus important ici et que le plaisir de lecture n'est pas gâché pour autant, je vous conseillerai tout de même celle ci. Prendre le temps de temps en temps (comme dirait Herbert Léonard (hum...)), ça fait toujours plaisir !

destockage de pal genre préféré

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "La Princesse des glaces"
- "Le Prédicateur"
- "Le Tailleur de pierre"

J'ai lu ce livre dans le cadre du challenge "Destockage de PAL en duo" avec ma copinaute faurelix.

dimanche 29 novembre 2015

Marathon "Hunger Games" de Gary Ross et Francis Lawrence

Hunger Games
L'histoire : Chaque année, dans les ruines de ce qui était autrefois l'Amérique du Nord, le Capitole, l'impitoyable capitale de la nation de Panem, oblige chacun de ses douze districts à envoyer un garçon et une fille - les "Tributs" - concourir aux Hunger Games. A la fois sanction contre la population pour s'être rebellée et stratégie d'intimidation de la part du gouvernement, les Hunger Games sont un événement télévisé national au cours duquel les tributs doivent s'affronter jusqu'à la mort. L'unique survivant est déclaré vainqueur.
La jeune Katniss, 16 ans, se porte volontaire pour prendre la place de sa jeune sœur dans la compétition. Elle se retrouve face à des adversaires surentraînés qui se sont préparés toute leur vie. Elle a pour seuls atouts son instinct et un mentor, Haymitch Abernathy, qui gagna les Hunger Games il y a des années mais n'est plus désormais qu'une épave alcoolique. Pour espérer pouvoir revenir un jour chez elle, Katniss va devoir, une fois dans l'arène, faire des choix impossibles entre la survie et son humanité, entre la vie et l'amour...

Marathon Hunger Games

La critique Nelfesque : Tout le monde ou presque connaît "Hunger Games". Cette trilogie de Suzanne Collins portée à l'écran par Gary Ross pour le 1er volet cinématographique et Francis Lawrence pour les 3 autres. De mon côté, je n'ai pas lu l'oeuvre littéraire (mais je l'envisage maintenant) et je n'avais vu jusqu'alors que le premier film en DVD. Lors de notre soirée "Retour vers le futur", le 21 octobre dernier dans notre cinéma, j'ai gagné des places pour ce marathon de plus de 10h de films ! J'avoue que je ne savais pas bien comment j'allais vivre la chose mais vu qu'on avait gagné les places et qu'on avait plutôt bien aimé le premier, on s'est dit qu'on allait tenter l'expérience. Et on a bien fait ! On a passé une très bonne journée, entourés de passionnés de la saga et 1 semaine après les attentats à Paris, débrancher son cerveau pendant toute une journée était plus que salvateur !

Pas de spoiler ici, je vous parlerai de la saga dans son ensemble sans rentrer dans les détails pour ne pas gâcher la surprise à ceux qui ne l'ont pas encore vu ou qui ne vont pas tarder à aller voir le dernier volet au cinéma. Vous pouvez donc rester...

On suit ici l'histoire de Katniss, 16 ans dans le premier volet, qui va vivre l'expérience des Hunger Games en se désignant à la place de sa jeune soeur. Avec Peeta, jeune boulanger de son district, elle va composer l'équipe 12 et tenter de survivre pour revenir auprès des siens.

Le premier volet fait fortement penser sous certains aspects à "Battle Royal", film culte japonais datant de 2000 et lui-même adapté d'un roman de Kōshun Takami publié un an plus tôt. Nous l'avons d'ailleurs fortement conseillé à notre entourage lors de ce visionnage (qui ne connaissait pas ! C'est possible ça !?) et j'en rajoute une petite couche ici. Regardez "Battle Royal", c'est une tuerie, dans tous les sens du terme !

Hunger Games 5

Pour de la littérature jeunesse / Young Adult, l'histoire est très bien foutue. Je ne dis pas que la Young Adult est mauvaise en règle général mais pour le peu que j'en connais, il y a à boire et à manger et j'ai tendance à me méfier des phénomènes de mode. Ici, la critique de la société est très intéressante et le traitement vraiment bien dosé.

Bien sûr la saga cinématographique a ses défauts, un certain manichéisme parfois, des bons sentiments et un troisième volet qui tranche avec les autres opus mais dans l'ensemble j'ai vraiment bien adhéré à ce qui nous est proposé. Je ne suis pas restée 10 heures enfermée dans une salle de cinéma à m'ingurgiter des oeuvres que je n'aime pas, je ne suis pas maso ! Non vraiment j'ai été agréablement surprise.

Hunger Games 6

Le contexte tout d'abord est vraiment très bien dépeint. Nous sommes ici dans un futur non daté, qui fait penser à notre époque parfois (dans les relations familiales, dans certaines problématiques du quotidien) mais qui en est en fait une extension possible. Ici, le monde a évolué et toute l'économie, la politique et les relations de pouvoir ont changé. Pas forcément pour le meilleur...

Les personnages ensuite évoluent d'une façon tout à fait crédible et les acteurs sont très bons. Mention spéciale pour le personnage d'Effie Trinket que j'ai adoré de bout en bout. Et ses tenues ! Un personnage secondaire certes mais qui n'est pas loin d'être mon préféré. Haymitch n'est pas mal non plus dans le genre destroy... J'ai trouvé aussi qu'il y avait un petit côté "Starmania" (coucou la référence française), surtout dans le personnage de Stanley Tucci, le présentateur télé (mais pour ça il faut avoir vu la comédie musicale et non seulement connaître les chansons les plus connues).

Hunger Games 2

"Hunger Games" est une bonne critique de la société et des dérives de pouvoir. Elle fait la part belle aux luttes sociales et à la jeunesse qui pourra tous nous sauver. C'est un peu idéalisé et quand même bien mignon et naïf par moment mais si ça peut aider nos générations à venir à grandir, c'est une bonne chose. Ça casse aussi pas mal la télé-réalité (un petit côté "The Truman Show" aussi) et tout ce qui tourne autour du spectacle des "Hunger Games" est pathétique et bien flippant.

Hunger Games 7

Une bonne journée ciné en somme et une saga qui, en plus d'avoir très bien marchée en version papier et version film (un bon gros blockbuster en somme), réussit le pari de véhiculer un message et éveiller les consciences. Perso, je suis pour et vous conseille de découvrir cette série de films (avec 30 trains de retard) ! Joyeux Hunger Games et que le sort vous soit favorable...

Hunger Games 4

La critique de Mr K: 4,5/6. Quel marathon mes amis, quel marathon! Dix heures de projection de suite après que nous ayons gagné des places lors d'une soirée spéciale Retour vers le futur, un certain 21 octobre 2015 (les plus cinéphiles d'entre vous verront la référence). Honnêtement, je dois vous avouer que je n'étais pas transporté de joie lorsque j'ai su que nous assisterions à cette intégrale. N'ayant pas lu les livres (bien côtés à priori), j'avais vu le premier film à la maison avec Nelfe, je l'avais trouvé sympathique sans pour autant ressentir le besoin irrépressible de suivre les aventures de Katniss au charme pourtant ravageur (pas taper Nelfe, non pas taper!).

Hunger Games 10

Mais bon, en ces temps de grisaille et de deuil, rien de mieux que le cinéma pour s'évader et penser à autre chose. Bien m'en a pris tant j'ai été conquis par ce spectacle total qui même s'il peut parfois être un peu pataud et cousu de fil blanc se révèle bien fichu et intelligent (pour une super production US). Je vous arrête tout de suite pour celles et ceux qui viendraient me dire que les livres sont cent fois mieux, plus fouillés etc… je m'en doute et il n'est pas du tout exclu qu'un jour je tente l'aventure littéraire et je compatis d'avance avec votre déception tant moi-même j'ai pu la connaître pour des œuvres adorées que j'ai retrouvé massacrées au cinéma (style L'écume des jours de Vian ou encore Le Hobbit de Tolkien dans deux genres tout à fait différents).

Hunger Games 13

L'univers dystopique est vraiment bien pensé, cette histoire de tribut à verser pour maintenir la paix est un brillant mélange du mythe du Minotaure qui commence avec le tribut que doit verser Athènes à la Crète et le cultissime film japonais Battle royal qui voit un Japon pétrifié par sa jeunesse en colère organiser un jeu sanglant où toute une classe doit s'entre-tuer jusqu'à ce qu'il en reste qu'un (et sans Christophe Lambert!). Dans Hunger Games, une capitale omnipotente règne sans partage et d'une main de fer sur douze districts et à travers un jeu sadique, tire au sort un candidat mâle et un candidat femelle dans chacune de ces zones. L'héroïne se porte volontaire pour sauver sa jeune sœur appelée à faire cet ultime sacrifice. Au fil des quatre films, on explore avec elle les rouages du jeu et du pouvoir qui règne sur Panem. C'est peu reluisant et elle sera soumise à rude épreuve.

Hunger Games 1

J'ai beaucoup aimé le personnage principal. L'actrice est épatante et dégage une personnalité et une force hors du commun. Le début plutôt classique cède la place à des ramifications narratives intéressantes et tortueuses. Non, Katniss n'est pas parfaite, doute, hésite énormément, héroïne bien malgré elle, elle se débat contre la peur et ses propres errements. Elle a sa part d'ombre ainsi que tous les autres personnages qui loin d'être lisses (comme pourraient le laisser penser les photos de promo montrant ces jeunes gens aux charmes ravageurs) s'avèrent changeants, fragiles et complexes. J'ai aussi adoré le personnage de Peeta que j'ai trouvé très bien construit et lui aussi très touchant. J'ai aussi adoré détester Gale, le bellâtre intéressé. Les acteurs sont vraiment béton surtout qu'ils sont secondés par des pointures au talent reconnu: Donald Sutherland est grimaçant à souhait dans le rôle de l'omni-président autoritaire, Julianne Moore est glaçante et impressionnante de présence en chef d'opposition implacable et démago, Lenny Kravitz éternellement jeune et charismatique en créateur de mode rebelle (très bon acteur), Woody Harrelson terrible en mentor alcoolique aux saillies drôles et cyniques (un de mes persos préférés), Stanley Tucci fascinant dans son rôle de présentateur télé relais du pouvoir en place... Que du beau linge et des interprétations justes et bien pensées.

Hunger Games 8

L'histoire est complexe et pour une fois, je trouve des vertus vraiment pédagogiques à cette saga estampillée young-adult. Belle réflexion par exemple sur le totalitarisme et son fonctionnement, sur le pouvoir de la propagande (description de sa conception, des buts recherchés et sa mise en place), belle exploration aussi de l'esprit humain notamment dans le traitement de la rébellion mais aussi des collaborateurs, à chacun le jour J de faire son choix... Soit, on pouvait s'attendre à encore plus de profondeur mais on est tout de même face à un produit grand public et je trouve vraiment qu'ici le spectateur n'est pas traité à la légère et il trouvera peut-être un goût renouvelé au fond de lui pour la SF et les univers d'anticipation. Quoi de mieux pour s'ouvrir au monde actuel et aux menaces qui pèsent sur nous?

Hunger Games 9

Quant au niveau de la technique, le spectacle est vraiment au RDV. De belles images et une BO vraiment agréable que l'on garde en tête bien après le visionnage (ça nous change des BO interchangeables de ce type de films). Les rebondissements sont eux nombreux parfois prévisibles, parfois bluffants avec des scènes vraiment thrash mais abordées avec pudeur (par exemple les événements se déroulant en face du palais présidentiel dans "La Révolte - partie 2"). Quant aux dix dernières minutes de l'ultime volet, je les ai trouvées vraiment magiques, apaisantes et d'une beauté stupéfiante. Je m'y suis totalement retrouvé, rêvant à ce genre de dénouement pour moi-même et mes proches. J'avoue les yeux étaient humides d'émotion quand les lumières se sont rallumées.

Hunger Games 12

Le point faible de cette tétralogie est pour moi le film 3 que j'ai trouvé bancal et plutôt ennuyeux. À vouloir trop préparer l'opus final, le réalisateur m'a perdu en route. Certains détails scénaristiques m'ont aussi gênés dans les deux derniers volumes avec des choses qui ne tiennent pas debout et des raccourcis simplistes qui à mon avis n'existent pas dans l’œuvre originelle. J'avoue, j'ai pas mal râlé mais ceux qui me connaissent savent que je suis un indécrottable râleur! Et alors? Si vous n'êtes pas content, c'est pareil! lol.

Ces quelques détails n'entachent en rien cette saga qui procure plaisir et réflexion, émotion et adrénaline. Je suis bien content d'avoir pu voir les quatre volets à la suite et vous encourage à en faire de même si l'occasion se présente.

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samedi 28 novembre 2015

"Magic Dream Box" de Lomig - ADD-ON de Mr K

magic-dream-boxJ'ai déjà lu et chroniqué cette BD le 21/09/15. Mr K vient de la terminer et de la chroniquer à son tour.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de son avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique de Mr K à la suite de la mienne.

Nous procédons ainsi pour les ouvrages déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lus à nouveau par l'un de nous.

Pour "Magic Dream Box", ça se passe par là.

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jeudi 26 novembre 2015

"Une Porte sur l'éther" de Laurent Genefort

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L'histoire: Favor et Dunaskite. Deux planètes reliées par un gigantesque tube de diamant de cent mille kilomètres : l'Axis. C'est par cet artefact extraordinaire, héritage d'une civilisation extraterrestre disparue, que transitent les spores de l'ambrozia, la plante la plus précieuse de l'univers connu. Outre sa fonction de régulateur végétal, c'est aussi une voie de communication prioritaire ; source de richesse autant que foyer de révoltes, l'Axis suscite ainsi la convoitise de dizaines de mondes mais inspire une peur sacrée. Aujourd'hui, la haine que se vouent les habitants des deux planètes menace gravement ce fragile équilibre. La rumeur de guerre gronde, et seul un homme peut empêcher l'irrémédiable...

La critique de Mr K: Retour dans l'univers si foisonnant de Laurent Genefort avec ce roman terminé la veille des Utopiales 2015 et que j'ai du coup fait dédicacer par son auteur. Il faut dire que cette Porte sur l'éther réunit toutes les qualités qu'on connaît au bonhomme: une imagination débridée pour décrire des univers futuristes, un soin méticuleux dans le traitement des personnages et un sens du récit et du suspens qui n'est plus à prouver.

Jarid est un diplomate un peu particulier, son rôle de médiateur est essentiel dans le règlement pacifique de crises intergalactiques. Il est appelé pour une mission autour d'un système planétaire étrange: Favor et Dunaskite sont deux planètes quasi jumelles reliées par un tube de diamant. La crise couve autour de questions économiques (entre autres le commerce et le transport de la fameuse Ambrozia) mais aussi politiques avec notamment au centre du jeu, des peuplades exilées des deux mondes qui se sont réfugiées dans le fameux Axis. Jarid aura fort affaire entre terrorisme, piraterie, raison d'État et génocide larvé.

Ce qu'il y a de fabuleux chez Genefort, c'est sa propension à fournir dans chacun de ses romans un monde foisonnant de détails allant du fonctionnement d'un système astronomique aux us et coutumes d'une peuplade reculée au fin fond d'un artefact extra-terrestre. On est gâté ici avec la mise en exergue d'une lutte de pouvoir pour avoir la main mise sur une denrée et un réseau de transport. On n'est pas loin de Dune dans les thématiques et le rendu est génial. On passe tour à tour des arcanes du pouvoir avec leurs manœuvres en sous main et leurs décisions iniques qui peuvent entraîner des massacres perpétrés au nom de l'intérêt supérieur de l'État. Cette valse diplomatique mortifère met à mal les principes d'un héros qui est loin de se douter des tenants et aboutissants des opérations en cours.

Il finira par rencontrer les habitants de l'Axis dans la deuxième partie du roman. Le lecteur est plus chanceux car il fait la connaissance dès le début de l'ouvrage avec la jeune Hutsuri qui vient de passer son rite de passage à l'âge adulte avec brio. C’est l'occasion de découvrir les origines et les traditions de ces peuples dépossédés de leur biens qui ont du s'installer dans le fameux tube diamanté. Vie rude et simple, ils se sont adaptés. D'autres ont littéralement continué leur évolution vers l'étape des post-humains à l'apparence bien différente de la notre. Alternativement, nous passons de Hatsuri à Jarid d'un chapitre sur l'autre, la rencontre aura bel et bien lieu et provoquera un certain nombre de conséquences importantes qui changeront à jamais la face de l'Axis et des deux planètes qui y sont reliées.

Texte de contrastes, Une Porte sur l'éther est une belle réussite aussi au niveau de la caractérisation des personnages qui bien que classiques dans leurs parcours se révèlent creusés à l'extrême et aussi très attachants. On se plaît à suivre les destins parallèles et pourtant si éloignés de Jarid et Hutsuri, la tension monte crescendo et franchement on tremble pour eux par moment. Il faut dire que les opposants sont aussi très bien croqués et rien ne semble pouvoir leur résister. Le space-opéra est ici jubilatoire, sans lourdeur et d'une belle portée emphatique (reproche parfois formulé envers ce sous-genre SF). L'écriture de Genefort reste toujours aussi accessible et concise, évocatrice à souhait et porteuse d'un message humaniste. On traverse cette lecture avec bonheur, le plaisir est renouvelé de visiter l'univers des Portes de Vangk (univers créé par l'auteur et développé en filigrane dans l'essentiel de ses romans SF). De beaux moments d'évasion. À lire pour tous les amateurs du genre!

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Mémoria
- Les Opéras de l'espace

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