mercredi 4 novembre 2015

Noces de coton à Pléneuf Val André - Côtes-d'Armor (22)

Nous avons fêté nos noces de coton mi septembre et je ne me réveille que maintenant pour partager avec vous notre chouette week-end en amoureux (oui je suis un peu longue à la détente ces derniers temps (comment ça, je n'ai toujours pas parlé de l'Auvergne au mois d'août !?)). Et oui, avec notre mariage, nous avons maintenant une nouvelle date à fêter et encore une excellente excuse pour se concocter des petites escapades tous les ans. Bien sûr, nous ne nous sommes pas mariés pour ça mais je dois dire que cette perspective ne nous déplaît pas !

Comme vous le savez, nous sommes morbihannais et avons la chance de vivre dans cette magnifique région qu'est la Bretagne. Cap donc aujourd'hui sur la côte nord et plus particulièrement la Côte de Penthièvre située entre Saint-Brieuc et le Cap Fréhel dans les Côtes-d'Armor. Ceux qui me suivent déjà sur Instagram reconnaîtront les photos, pour les autres, suivez-moi, je vous emmène faire un tour du côté de Pléneuf-Val-André hors saison ! (Les Instagramers, vous pouvez rester aussi, il y a des adresses pas dégueux à choper ;) )

Pléneuf Val André Villa Marguerite
(coucou Mr K !)

Pour fêter dignement notre premier anniversaire de mariage, nous avions réservé dans une très jolie chambre d'hôtes : la Villa Marguerite. J'aime beaucoup les stations balnéaires du début du siècle dernier, l'urbanisme de l'époque avec promenade sur le front de mer et ces maisons 1900 au charme Belle-Epoque. Notre chambre Capucine était un petit cocon joliment décoré et la vue sur la mer nous a subjuguée.

Villa Marguerite chambre

Pléneuf Val André vue

De notre chambre, nous pouvions observer les changements de couleurs dans le ciel et sur la mer. J'ai bien dû faire une centaine de photos de l'arrivée de la pluie, de la luminosité changeante à l'horizon, des scintillements du soleil, des arcs en ciel... Les mots "quiétude" et "plénitude" prennent ici tout leur sens et lire face à ce magnifique tableau est très agréable. Qu'est ce qu'on était bien...

Pléneuf Val André

Avec la plage à 100 mètres, les bords de mer en cette saison n'étaient presque rien qu'à nous. On croise surtout des retraités en septembre / octobre sur nos côtes et c'est une période où tout est beaucoup plus calme. Les boutiques et restaurants conservent encore leurs horaires d'été pour les touristes mais les grands rassemblements estivaux sont loin derrière nous. Pour ceux qui aiment le bruit des vagues et les longues balades tranquilles (un peu plus courtes pour nous, rappelez-vous que Mr K s'était cassé le pied mi-août), venez nous voir hors saison.

Pléneuf Val André Port Dahouet

Le Cap Fréhel est connu pour ses couleurs saisissantes et pour être un excellent spot pour observer les voiliers partant de Saint-Malo lors de la course transatlantique qu'est la Route du Rhum. Sur ce cap se dresse son célèbre phare. Vous ne le savez peut-être pas mais je suis une adoratrice de phares. Depuis toute petite, j'ai une fascination pour ces édifices guidant les bateaux et dès que j'en vois un, je veux gravir son sommet. Ce phare ci n'est pas bien haut et même Mr K a pu monter sa trentaine de mètres (145 marches, ça se fait même avec un pied dans le sac (il est fort ce Mr K !)).

Fort du Cap Frehel

Fort du Cap Frehel 1

De la pointe du cap et du haut du phare, on peut apercevoir le Fort-La-Latte à l'est. Et si on allait le visiter ?

Fort La Latte Frehel
(la maison du gardien du fort, qu'on aimerait bien en maison secondaire)

Nous avons pris une grosse claque avec cet édifice datant du XIVème siècle et classé aux Monuments Historiques. Une situation exceptionnelle à la pointe de la Latte, un paysage grandiose ! Avec sa vue dégagée, on a l'impression ici d'être au milieu de la mer, entourés d'eau et de ses si belles côtes. On peut également apercevoir d'ici le clocher de Saint-Malo (où nous avions passé quelques jours après notre mariage).

Fort La Latte Fréhel

Nous avons ensuite sillonné la côte au gré de nos envies. A Saint-Cast-le-Guildo, Erquy, partout de charmantes villes balnéaires, de grandes plages battues par les vents, de superbes villas d'antan, des petits ports plein de charme...

Résidence de la mer St Cast le Guildo

Erquy

Erquy 1

Avant de partir, j'avais noté l'adresse du Recommandé au Val-André et un passage pluvieux nous a permis de découvrir ce charmant salon de thé en lieu et place de l'ancien bureau de poste de la ville. Déco vintage, vieux comptoir, pâtisseries à tomber, chocolats chaud délicieux... Pour une fois, je n'ai pas râlé sur la pluie (étonnant non !?).

Pléneuf Val André Le Recommandé

Un week-end, c'est court et nous devons déjà reprendre la route. Notre Bretagne est tellement belle et nous emportons avec nous ces images telles des tableaux.

Fréhel Frémur

Pléneuf Val André mer

Nous revenons tout juste de Nantes où nous avons passé deux excellentes journées (notamment aux Utopiales comme chaque année (un article est prévu pour tout bientôt (promis, je ne laisse pas passer 2 mois cette fois ci (hum))), mais je me demande déjà où notre prochain week-end breton va nous mener... L'hiver approche, il faut savoir se mettre du baume au coeur ! Et puis la vie est courte...

 


mardi 3 novembre 2015

Dilemme démocratique...

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Dessin extrait du Canard enchaîné n°4957

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lundi 2 novembre 2015

"J'irai cracher sur vos tombes" de Boris Vian

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L'histoire: Lee Anderson, vingt-six ans, a quitté sa ville natale pour échouer à Buckton où il devient gérant de librairie. Il sympathise dans un bar avec quelques jeunes du coin. Grand, bien bâti, payant volontiers à boire, Lee, qui sait aussi chanter le blues en s'accompagnant à la guitare, réussit à séduire la plupart des adolescentes. Un jour il rencontre Dexter, le rejeton d'une riche famille qui l'invite à une soirée et lui présente les soeurs Asquith, Jean et Lou (17 et 15 ans), deux jeunes bourgeoises avec "une ligne à réveiller un membre du Congrès". Lee décide de les faire boire pour mieux les séduire... et poursuivre son sinistre dessein.

La critique de Mr K: Ce roman de Vian est ma deuxième incursion dans sa période dite "américaine". Je n'avais pas caché sur le blog mon peu d'enthousiasme quand à ma lecture de Les Morts ont tous la même peau qui m'avait laissé un goût d'inachevé et dont le style m'était apparu très plat. Je n'étais vraiment pas près à retenter l'aventure Sullivan (son pseudo à ce moment là) mais J'irai cracher sur vos tombes s'est présenté à moi dans un bac de l'abbé et sa réputation plus que sulfureuse a fait le reste. Au final, j'ai moyennement apprécié cet ouvrage, je maintiens que rien ne vaut L'Écume des jours ou L'Automne à Pékin dans la bibliographie de cet auteur.

Un homme grâce à un ami s'installe dans une petite ville de province US et devient libraire. Ce boulot l'ennuie et très vite, il va se faire des relations et traîner avec les jeunes de la ville, jeunesse blanche insouciante et décadente (pour l'époque!). Lee est noir et son esprit est possédé par une rage profonde et inextinguible. À mesure que le récit avance, il va lui céder du terrain pour aller jusqu'à l'inéluctable.

Écrit à la première personne du singulier, la principale qualité de ce roman réside dans ce point de vue singulier (surtout chez Vian). Lee est torturé et rien ne nous est épargné de ses états d'âme, de ses ressentiments. Ayant vécu un traumatisme fort (la disparition de son jeune frère suite à un crime sans doute raciste), il essaie en vain de résister au désir de revanche. Pourtant, sa vie sociale n'est pas inexistante, on le soupçonne ancien bandit en fuite mais il plaît bien, a la discussion facile et se révèle être séducteur en mode beau ténébreux. Rien n'y fait, il semble ne pas pouvoir échapper au fatum des luttes inter-raciales en cours à l'époque aux USA notamment dans les États du sud.

La tension est palpable tout au long du livre, montant crescendo vers un final absolument affreux et d'une rare violence. J'ai lu bien pire dans d'autres circonstances mais rarement aussi frontalement et sans ambiguïté. Cet homme est fou, complètement borderline et comme un voyeur, le lecteur est pris en otage par ses émotions contradictoires: dégoût et fascination nous habitent durant les 211 pages qui composent l'ouvrage. Bien des années après sa rédaction, J'irai cracher sur vos tombes fait encore son effet avec des passages très explicites au niveau sexuel et une violence débridée qui démarre au détour d'une phrase, d'un paragraphe et ceci sans prévenir. On comprend mieux la censure dont il a été victime quelques années après sa sortie quand on recontextualise. L'époque était bien trop pudique et engoncée dans une morale conservatrice omniprésente pour pouvoir accepter un tel écrit.

Pour autant, je ne crierai pas au chef d’œuvre. L'écriture bien que très accessible et efficace reste plutôt banale. Le livre se lit sans déplaisir cependant sans grande passion non plus. Le personnage principal est détestable mais finalement aucun personnage secondaire ne retient l'attention non plus. J'aime éprouver des sentiments forts en lisant un livre, mais ici pas de grosse montée d'adrénaline en parcourant ses pages (à part à la toute fin), j'ai simplement eu l'impression d'être de passage et à l'arrivée, je ne garde pas de gros souvenirs et l'histoire ne m'a pas vraiment marquée. Difficile dans ses conditions de vous conseiller cette lecture qui s'est révélée plutôt décevante. À chacun de tenter l'aventure… ou non.

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dimanche 1 novembre 2015

"Wilt 1 : Comment se sortir d'une poupée gonflable et de beaucoup d'autres ennuis encore" de Tom Sharpe

tom sharpeL'histoire : Henry Wilt est à bout. La quarantaine passée, chaque jour lui rappelle sa médiocrité. Une carrière au point mort, des étudiants dégénérés, et Eva, sa femme, qui ne rate jamais une occasion de le rabaisser. Certain que le monde lui refuse depuis longtemps une gloire bien méritée, Henry décide d'agir et de supprimer celle qui a fait de sa vie un véritable enfer.

La critique Nelfesque : "Wilt 1" est un roman qui traînait depuis trop longtemps dans ma PAL et qu'il fallait que je lise tant les fans de Tom Sharpe me donnaient envie de découvrir son humour déjanté. Je me suis donc lancée dans ce roman pleine d'entrain et je dois dire que je n'ai pas été déçue. Etant assez friande de romans à l'humour timbré (comme par exemple "Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" de Jonas Jonasson, "Les Vacances d'un serial killer" de Nadine Monfils ou plus récemment "Camp de gitans" de Vladimir Lortchenkov dans des styles bien différents), ce "Wilt" de Tom Sharpe n'a pas à rougir face aux romans précités.

Henry Wilt est au bord de la rupture. Rien ne va dans sa vie, son boulot l'ennuie, sa femme l'énerve, ses élèves sont des abrutis. Pour que sa vie prenne le tournant qu'elle aurait dû prendre depuis longtemps et afin de remettre les compteurs à zéro et lui permettre de mener enfin la vie qu'il mérite, Wilt décide de prendre les problèmes les uns après les autres. Première chose à faire : se débarrasser de sa femme ! Seul hic, c'est une décision qui implique pas mal de risques et avant de passer à l'acte, Wilt commence à rêver de ce moment et échafaude des plans. Après y avoir pensé longuement chaque soir lors de balades avec son chien, il va se mettre en situation et répéter son acte avant de peut-être passer le pas. Commence alors une valse de quiproquos qui va mener Wilt dans une situation très inconfortable. Mais le "confort" était-il vraiment présent dans sa vie auparavant ?

Voici une lecture fort plaisante et parfaite pour passer un bon moment quand le besoin s'en fait sentir. On est ici loin de la vie quotidienne, l'histoire est complètement loufoque et dans le genre "je pose mon cerveau avec une lecture pas trop conne", "Wilt 1" se pose là.

Dans ce premier tome d'une série de 5 romans (tous pouvant se lire indépendamment les uns des autres), le lecteur fait la connaissance de Tom. Professeur de culture générale dans un lycée technique anglais, très intelligent et ayant une grande (trop ?) propension à l'abstraction, Tom n'est pas apprécié à sa juste valeur. Autant à la maison qu'à son travail, il passe au second rang et met entre parenthèse ses rêves d'évolution. Entre sa femme castratrice et son supérieur qui ne le prend pas au sérieux et ne lui a accordé aucune promotion en 10 ans de carrière, Tom est un homme qui stagne, frustré de ne pouvoir montrer à ses semblables toutes l'étendue de ses qualités. Et des qualités, il en a ! A commencer par son sens de l'analyse et sa capacité à se détacher des évènements pour mieux amener son interlocuteur à aller dans son sens. Cela va lui jouer bien des tours face à la police lorsqu'il sera inculper pour le meurtre de sa femme qu'il n'a pas commis. Autant de détachement et une telle froideur, ne serait-ce pas là une des caractéristiques d'un parfait psychopathe ?

Avec "Wilt", le plaisir est au rendez-vous. Tom Sharpe accorde de l'importance à chacun de ses personnages et tout le monde va en prendre pour son grade sur presque 300 pages. Les nouveaux amis de sa femme, sa femme, ses collègues, ses élèves, la police... Nous avons là un beau tableau de la société actuelle et bien que faisant dans la caricature ici, chacun y reconnaîtra aisément au moins l'une de ses connaissances. La vengeance de Wilt devient alors jubilatoire et la peur change de camp.

Peu à peu Wilt prend de l'épaisseur. Il n'est plus le gentil Wilt, toujours en retrait, celui qui ne dit jamais non et supporte toutes les humiliations. Au fil des pages, sous la plume de Sharpe, il va se révéler malin, manipulateur et très intelligent. Une satisfaction pour le lecteur quand on sait qu'il s'agit d'une saga. Tom est sorti de sa coquille et semble pouvoir modifier durablement son destin.

"Comment se sortir d'une poupée gonflable et de beaucoup d'autres ennuis encore" est un roman typiquement anglais qui ravira les lecteurs friands d'humour british. Ca part dans tous les sens, les scènes sont jusqu'auboutistes, les personnages au caractère bien trempé nous donnent matière à rire et tout cela est empaqueté dans un chouette papier cadeau qu'est la plume de Tom Sharpe. Si vous cherchez un roman qui se dévore, au style fluide et à l'histoire rondement menée, penchez-vous sur cette curiosité !

Livra'deux pour pal'Addict

J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge "Livra'deux pour pal'Addict".

samedi 31 octobre 2015

"Crimson Peak" de Guillermo del Toro

crimson peak afficheL'histoire : Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : "Prends garde à Crimson Peak". Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse "imagination", Edith est tiraillée entre deux prétendants : son ami d’enfance et le docteur Alan McMichael.

La critique Nelfesque : Guillermo Del Toro est un réalisateur que nous aimons beaucoup au Capharnaüm éclairé pour son Labyrinthe de Pan. Ses films ont une esthétique particulièrement bien léchée et "Crimson Peak" ne déroge pas à la règle.

Nous ne sommes pas ici dans le film d'horreur à la mode et si vous êtes adeptes des longs métrages à sensations en vogue en ce moment pour leur effet "sursaut" mais souvent dépourvus de charme, vous pouvez passer votre tour. Dans "Crimson Peak", on ne sursaute pas vraiment, l'histoire se met en place tout doucement et on se rapproche plus ici du conte horrifique et de la romance tragique que du film à sensations. "Crimson Peak", c'est un retour au film de genre classique avec une esthétique gothique aux décors sublimes, à l'ambiance glaçante et à la photographie maîtrisée. Une vraie réussite pour les amoureux du genre.

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Dans ce long métrage, Del Toro nous transpose dans l'Amérique et l'Angleterre des premières années 1900. Edith est une jeune fille moderne pour son époque. Elevée par un père aimant et ouvert, elle souhaite faire éditer son premier roman faisant la part belle aux esprits auxquels elle croit et avec lesquels elle peut entrer en communication. Succombant aux charmes de Sir Thomas Sharpe, elle va s'installer avec lui en Angleterre, à Allerdale Hall, vieux manoir à l'architecture saisissante mais à l'isolation douteuse. Le domaine tombe en décrépitude et la vie au manoir est aussi froide par son apparence que par ses habitants.

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La demeure est un personnage à part entière dans ce film. A l'image du frère et de la soeur Sharpe qui occupent les lieux, la bâtisse à un charme ancien, vestige d'une gloire passée, mais apparaît comme souffrante, agonisante et par là même inquiétante. Avec ses carrières d'argile rouge en sous-sol, la terre du domaine suinte du sang sur cette vaste étendue enneigée l'hiver et, telle des sables mouvants, attire peu à peu le manoir dans ses profondeurs. Avec un budget de 50.000.000 $ (non je n'ai pas rajouté de zéros), Guillermo del Toro avait de quoi faire un truc bien et c'est exactement ce qu'il a fait ! Visuellement, ce film est une claque !

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Avec un scénario très classique, "Crimson Peak" est clairement un hommage aux films d'horreur d'autrefois. Une histoire d'amour compliquée, une rivalité larvée et des esprits égarés. Voici en quelques mots le résumé de ce long métrage. Le reste est un magnifique paquet cadeau où chaque plan est d'une beauté à couper le souffle et où chaque détail du décor, chaque tache sur la robe de l'héroïne, sont exactement au bon endroit. Un beau film, comme on aimerait en voir plus souvent. L'amour de Guillermo del Toro pour l'univers romantico-gothique crève l'écran.

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La critique de Mr K : 5/6, un très beau moment de cinéma que le dernier film de Del Toro qui remonte dans mon estime avec cette histoire mêlant subtilement chronique sociale du XIXème siècle, romance et un soupçon de fantastique-épouvante. Je n'avais guère goûter à son Pacific Rim (les robots géants ce n'est pas trop mon truc) mais Crimson Peak est une vraie bombe visuelle qui m'a rabiboché de suite avec le bonhomme.

Edith, fille d'une bonne famille américaine, aspirante écrivaine fascinée par les fantômes depuis une visite qu'elle a reçu de sa mère décédée, ne se sent pas à sa place dans la société huppée de son époque. Trop d'imagination, trop de liberté avec les convenances lui fait-on remarquer régulièrement sauf son père qui l'aime tendrement et souhaite ce qu'il y a de mieux pour elle. Son destin bascule quand elle fait la rencontre de Sir Sharpe, un jeune noble désargenté venu d'Angleterre pour trouver les fonds nécessaires pour la poursuite de ses travaux d'ingénierie et la remise en état du manoir familial de Crimson Peak. Une romance s'esquisse entre les deux jeunes gens mais une ombre semble errer autour d'eux: une sœur distante et froide, la mort mystérieuse du papa de la mariée et l'installation dans le manoir de Crimson Peak vont faire basculer le destin d'Edith.

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Ce qui frappe en premier lieu, c'est la beauté de ce film. On frise la perfection tant costumes, décors, paysages sont travaillés entre reconstitution plutôt fidèle de l'époque et envolées plus fantastiques comme les spectres et certains aspects de décoration intérieure. Del Toro joue beaucoup sur le contraste et sur les couleurs qui s'opposent allant du plus vif au plus sombre. Magnifique pour les yeux, le film émerveille par la virtuosité de tous les petits travailleurs de l'ombre qui contribuent à produire un spectacle d'une rare beauté seulement dépassé ces dernières années par Tales of tales que j'ai trouvé plus poétique à ce niveau là. Crimson Peak évolue dans un autre style plus ostentatoire et plus grand public, d'où sans doute cette débauche d'effets de style (y compris dans les cadrages parfois sublimes). Et puis, quoiqu'on pense de lui, Del Toro a toujours été très généreux avec son public qui ici trouvera tout ce qu'il attend.

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Les acteurs assurent bien leur rôle notamment Tom Hiddleton qui sort du personnage caricatural de Loki dans la série de films Marvel (je suis loin d'être fan!) pour camper un Sir Sharpe qui tour à tour nous séduit, nous inquiète et inspire la compassion. Personnage non lisse par excellence, l'acteur fait montre d'un grand talent d'interprétation et nous livre un personnage ambigu et fascinant. J'ai aussi beaucoup apprécié l'actrice d'Alice (Mia Wasikowska) qui apporte une douceur et un charme un peu désuet, sensible et non tapageur, une touche de grâce et de légèreté qui détonne avec le reste du film. La romance des deux tourtereaux est rondement menée entre pas en avant et reculs successifs, deux êtres qui se cherchent, se trouvent et se perdent. Loin d'être une histoire gnangnan, on rentre ici dans l'amour viscéral et romantique, le ton faisant penser au grandiose Dracula de Coppola ("Mina, vous êtes si proche"). L'amour est ce qui se dégage le plus de film, peu ou pas de passages d'épouvante. Pas de sursauts pour ma part, n'y allez pas pour cela vous seriez déçu!

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Deux raisons me font mettre seulement un 5/6 à cette belle entreprise. Le scénario tout d'abord, qui même s'il se révèle plus complexe qu'on ne le pense, reste plutôt classique et prévisible. Aucune surprise et j'ai eu plus l'impression de voir différents films plus vieux compilés (films de maison hantée avec des esprits en souffrance, romance à la Tim Burton et suspens hitchkokien entre le frère et la sœur). Beau produit mais pas de réelle imagination dans le contenu, c'est ballot. Puis pour moi, il y a le cas Jessica Chastain qui ici livre une prestation juste sympathique. Dommage car cela amoindrit, je trouve, la révélation finale pas piquée des hannetons.

Mais ne restons pas sur ces deux remarques négatives, Crimson Peak est de l'étoffe de ce qui se fait de mieux en terme d'évasion en ce moment. Vous vous émerveillerez devant la beauté du métrage et frémirez à l'occasion des mésaventures d'Edith. À voir absolument au cinéma pour en profiter au maximum.

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mercredi 28 octobre 2015

"Sept jours pour expier" de Walter Jon Williams

7jours

L'histoire: Perdue au fond du Nouveau-Mexique, la petite ville minière d'Atocha se meurt doucement, oubliée à l'orée du XXIème siècle, à peine troublée par le Centre de recherches en physique quantique récemment installé à ses portes.

Jusqu'au jour où cet univers provincial va se détraquer pour Loren Hawn, le chef de la police locale : fermeture de la mine de cuivre, troubles en ville, alerte au Laboratoire de technologie avancée.

Mais ce n'est rien à côté de cet homme qui vient de mourir un soir dans ses bras, criblé de balles. Loren Hawn le connaît bien, comme il connaît tout le monde dans le pays : il est déjà mort dans un accident de voiture vingt ans plus tôt...

La critique de Mr K: Imaginez une petite ville américaine typique de la bordure sud en contact avec le Mexique. Rien d’extraordinaire ne s'y passe et tout est réglé comme du papier à musique. La vie suit son cours entre les déplacements pendulaires des habitants (beaucoup de mineurs), les coups payés au bar, les infidélités des maris désœuvrés et le temps qui passe doucement comme dans un roman de Steinbeck. Les ennuis commencent d'abord quand la mine ferme: la violence fait son apparition dans la ville de Loren Hawn, chef de la police locale. Les nuits se suivent et la violence monte crescendo parallèlement à la tension liée aux licenciements massifs et au désœuvrement qui en découle. Et puis, un événement étrange va tout faire basculer: l'irruption d'un mort qui ne semble ne plus l'être pour re-mourir à nouveau! Loren l'a bien vu lui! Miracle? Manipulation? À lui de trouver la réponse mais il n'est pas forcément très bon de remuer certaines choses... il va l'apprendre à ses dépens.

Première mise au point, Sept jours pour expier est inclassable. Bien que présentant quelques éléments de pure science fiction, il lorgne davantage sur la chronique provinciale, le roman noir et le polar bien couillu (et parfois sans grande finesse il faut bien l'avouer). Loren Hawn est l'archétype du héros à l'américaine type Schwarzenegger. Ancien boxeur clandestin épris de sa ville au point de se l'attribuer, devenu chef de la police, il n'hésite pas à rajouter une bonne touche de violence policière lors de ses arrestations. Fasciste sur les bords, borderline, il ne trouve refuge qu'au sein de sa famille (marié, deux enfants) et la foi qui le réconforte lors de ses périodes de moins bien. Malgré tous ces aspects qui sur le papier me déplaisent, l'alchimie prend et même si le personnage dérange et dégoûte, on s'attache à cet homme lié à un passé qu'il ne veut pas lâcher, prisonnier de schémas mentaux dont il ne peut se défaire.

Et pourtant, le monde évolue, même son pasteur lui dit. Ainsi, depuis quelques années, un laboratoire de haute technologie s'est installé dans le voisinage et le secret plane sur ses réelles activités. Une milice privée est chargée de sa sécurité et les fuites d'information ne sont pas pour rassurer notre policier vieux-jeu. La mort de son ami d'enfance déjà décédé (sic) coïncide pile poil avec le début de la semaine d'expiation, 7 jours où chacun va à l'Église suivre les sermons des révérends passant en revue les sept pêchés capitaux. Peu à peu, on fait le lien entre les événements qui se précipitent et cette période spirituelle très particulière.

En creusant, Loren Hawn va se confronter à un monde peu reluisant où corruption et intérêts privés se confondent au détriment des simples citoyens. Des pressions lui sont imposées, la tension s'accentue sur lui et ses proches. Flirtant avec le danger, il ne veut pas dévier de sa route. Les dégâts collatéraux sont nombreux et il flotte une odeur de souffre et de sang sur son passage. Le chef de la police va se battre seul contre tous: la hiérarchie stupide et intéressée, la naïveté des gens d'église, la cruauté et le sadisme des attachés de pouvoir… C'est littéralement Sin City transposée dans une ville du désert du sud qui nous est proposé ici! Les âmes sensibles feraient bien de s'abstenir tant on est parfois bousculé par des propos et des actes type hardboiled à vous faire décrocher la mâchoire (à mettre en parallèle avec les tabassages type Marv que l'on retrouve dans ce livre).

Walter Jon Williams a un sens du rythme narratif remarquable. Le début est certes un peu lent mais à la centième page (sur 520 en tout), l'intrigue décolle pour ne plus atterrir avant une fin tout bonnement apocalyptique, où à l'instar de l'inspecteur Mills dans Seven, le héros va déchaîner sa fureur. La lecture est aisée, plaisante, parfois très drôle (il y a des répliques vraiment tordantes, flirtant avec les punchlines ringardes de film d'action de seconde zone) mais aussi touchante à l'occasion (les scènes dans l'intimité familiale du héros) et tripante lors de scènes d'actions vraiment dantesques!

Un chouette moment de lecture en somme qui ne révolutionne pas le genre mais au caractère addictif et immersif certain. Une expérience que vous ne regretterez pas si vous êtes amateur du genre.

Posté par Mr K à 18:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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mardi 27 octobre 2015

"Quiproquo" de Philippe Delerm

Quiproquo DelermL'histoire : Un journaliste du Nord de la France part en reportage dans le Sud-Ouest. Il quitte "la brique sombre qui s'attache si bien les soirs à bière, les petits matins de pluie et de mélancolie" et découvre, "la lumière de la brique rose, le vert profond des pins et des cyprés, le vert pâle des peupliers". Notre reporter va peu à peu se laisser gagner par une torpeur immobile. Quand, soudain, sur cette tendre scène bucolique, le Quiproquo Théâtre va poser ses tréteaux. L'homme de plume va endosser un nouveau rôle, saltimbanque, et découvrir derrière les masques la tragi-comédie de la vie.

La critique Nelfesque : Voilà un petit ouvrage que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire. Philippe Delerm est un de ces auteurs des petits bonheurs du quotidien, des petits clins d'oeil de la vie, ceux que l'on voit si on le veut bien, ceux qui réchauffent le coeur par leurs souvenirs. Dans la famille Delerm, j'aime le père, la mère et le fils, chacun bien ancré dans cette culture du temps qui passe, de la nostalgie et de la valeur de la moindre petite seconde et des petits détails. Pour "Quiproquo", je demande le père et ces 86 pages lues un soir de grand vent sur une fin d'été encore chaude.

Après un petit passage près de Périgueux ("Le conducteur avait un accent pur rocaille venu de Périgueux" (salut la famille !)), l'histoire de "Quiproquo" se déroule dans un petit village d'Aquitaine, Camparoles, en plein coeur de l'été. Avec ce jeune journaliste en plein questionnement existentiel, le lecteur fait la connaissance de Maria, Stéphane et Alicia. Une famille de saltimbanques qui est tombée amoureuse de ce village et a décidé d'y monter le Quiproquo Théâtre. Certains montent sur scène, d'autres restent en cuisine, des amis s'occupent des lumières... Le Quiproquo est un lieu de rencontre au coeur de ce tout petit village du Sud-Ouest.

Au fil des pages, on sent la convivialité des longues soirées d'été, la chaleur du soleil sur notre peau, le vent dans les arbres près de la rivière. Le lecteur prend le temps de vivre et suit le héros ordinaire de ce livre dans son chemin vers la quiétude et finalement son changement de vie.

Quand un homme découvre son lieu de vie idéal, l'adopte et s'y installe. Un éveil à la vie qui met du baume au coeur du lecteur. Une écriture simple et fluide, comme l'histoire proposée ici. Un moment de vie fait de bonheurs et de peines, l'amour, le deuil... Une évidence.

La critique de Mr K (edit du 07/08/18) : Voici le compte-rendu de ma première incursion chez Delerm père dont j’avais furieusement entendu parler depuis de nombreuses années sans véritablement trouver la volonté de franchir le pas. À l’occasion de cet été, entre deux lectures perso, Nelfe m’a proposé une lecture-express (le roman ne compte que 85 pages) de saison et qui lui avait drôlement plu. Décidément, j’ai épousé la bonne personne ! Le conseil est à suivre assurément tant le plaisir de lire et la découverte des mots de l’auteur m’ont convié à un voyage à nul autre pareil.

Le héros est un reporter travaillant pour un quotidien régional du nord. Tout d’abord enchanté par sa carrière au pays des maisons en brique, la monotonie s’est installée et sa copine part sous d’autres horizons à la faveur d’une belle opportunité professionnelle. Missionné pour suivre une jeune sportive locale en pleine ascension tennistique, il se retrouve contraint de partager la voiture des parents. N’en pouvant plus de supporter le voyage et la bêtise familiale, à la faveur d’une escale hôtelière, il s’enfuit et au hasard à la gare routière prend une ligne longue distance destination le Sud-Ouest.

Plus qu’une fuite en avant, c’est alors le temps des révélations. Sa vie ne lui convenait plus depuis longtemps et chaque détail qu’il observe va le conforter dans son envie de repartir de zéro, de changer son existence du tout au tout pour explorer la région et se redécouvrir. On a le droit à ce moment là à de très beaux passages descriptifs sur les hommes, la nature et les petits éléments qui enthousiasment le quotidien sans qu’on s’en rende compte au fil du temps. Champêtre, naturaliste, simple mais pas réductrice, cette première partie plonge le héros et le lecteur dans un état d'hébétude rare qui pourrait se résumer ainsi : la vie est faite de bonheurs simples, fugaces qu’il faut cueillir jour après jour. Certes, la formule est connue, mais le rappel est humble et essentiel à mes yeux.

Puis c’est la rencontre avec la drôle de troupe de théâtre qui donne son nom au titre de l’ouvrage. Rattaché au territoire, à la nature et aimanté par la région, le héros rencontre de sacrés personnages au parcours atypique. Peu à peu, il s’en rapproche, s’installe dans une chambre de l’auberge qui accueille la troupe et trouve un travail d’appoint. Le quotidien est ici raconté simplement, sans chichi et avec un détail de tous les instants malgré la brièveté des passages. C’est universel, touchant et émouvant au travers des quelques rebondissements qui émaillent le récit. Clairement, on n’est pas dans l’originalité folle mais la recette éprouvée reste très digeste, immersive et surtout source de réflexion.

Derrière cette trajectoire qui semblait se diriger tout droit en voie de garage, se révèle une belle rédemption par le partage et l’entraide. Les protagonistes échangent finalement peu en terme de paroles pures mais ils se comprennent à travers les autres sens mis en exergue par une écriture simple, mais dense et exigeante en terme de caractérisation. Les mots sont finement choisis, la syntaxe basique mais renouvelée par l’entrechoc des phrases et surtout des mots et concepts sous-entendus donnent un charme fou à ce petit récit qui de prime abord ne paie pas de mine mais se révèle d’une saveur incroyablement riche. Un bonheur de lecture à découvrir et redécouvrir !

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lundi 26 octobre 2015

"Journal d'un caméléon" de Didier Goupil

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L'histoire: Le XXIème siècle sera bipolaire Après une rupture amoureuse, Cosme Estève, peintre de son état, se retrouve pour un délai indéterminé dans un établissement spécialisé. Armé de sa seule boussole, il erre dans les couloirs labyrinthiques à la recherche du fumoir pour se griller une énième cigarette. Le dédale n’est pas seulement géographique il est aussi mental. Au fil du périple, qui le replonge dans son passé et la genèse de sa vocation, il aura la confirmation de ce qu’il pressentait : ils sont nombreux à cohabiter à l’intérieur de lui-même. Pour endosser les différentes identités qui s’agitent en lui, il n’aura d’autre solution que de devenir caméléon.

La critique de Mr K: L'occasion m'a été donné de découvrir Journal d'un caméléon paru au Serpent à plumes qui m'a de suite intrigué par le pitch de sa quatrième de couverture: artiste maudit, hôpital psychiatrique, l'amour et encore l'amour… Autant de thèmes qui m’interpellent et qui m'intéressent réunis dans la même œuvre! Ce n'est pas beau ça? J'avais adoré la lecture de Vol au dessus d'un nid de coucou (et sa géniale adaptation par Milos Forman au cinéma) et apprécié le film de Maurice Pialat sur Van Gogh, vous en avez un croisement littéraire de fort belle facture ici avec un court roman original dans sa construction et diablement addictif une fois que l'on a pénétré dedans.

Le récit commence dans un hôpital psychiatrique. Cosme Esteve, peintre d'origine catalane y est interné suite à une rupture amoureuse très douloureuse avec sa maîtresse du moment. Artiste multi-forme, homme à femme, voyageur, amateur de cuisine et de fête, à travers des flashback et des errances dans les couloirs de sa prison du moment, Didier Goupil dresse le portrait d'un homme complexe qui se révèle être bien vivant et proche de l'auteur (c'est un ami à lui). Étrange mélange de fiction et de réalité, l'ouvrage possède un charme certain entre portrait intimiste et une certaine vision du monde qui transparaît ici ou là.

Ce livre, c'est donc avant tout le portrait d'un homme amoureux de la vie et de l'Art. L'auteur balaie large et rentre même dans les alcôves de la vie privée de son ami. Rien ne nous est épargné par exemple sur ses atermoiements amoureux avec ses deux femmes officielles successives et ses nombreuses aventures. Ce côté "artiste" branchouille n'est pas ce qui m'a le plus plu chez lui, bien au contraire, je ressentais de l'agacement face à ces marivaudages incessants. Instable, bipolaire surtout, Cosme Esteve traverse la vie par périodes allant de la félicité la plus totale à des moments bien plus sombres qui culminent avec son internement. C'est l'occasion pour l'auteur de dresser en filigrane un état des lieux des institutions psychiatriques et des pratiques en vogue en la matière dans notre pays (vous verrez ce n'est pas très reluisant). Clairement, ces passages sont l'occasion pour le héros de réfléchir à sa vie, à l'existence humaine de manière générale ("Le Siècle des Lumières avait voulu l'individu, le XXIème siècle l'avait fait. À la perfection. Nous étions tellement des individus que nous étions désormais seuls au monde" page 96). J'ai été profondément touché par certains passages, une émotion palpable à chaque page entre richesse du propos, originalité provoquée par le point de vue de l'interné et quelques touches plus décalées de bon aloi qui permettent de redescendre la pression pour quelques pages.

Journal d'un Caméléon s'est aussi cela: des passages plus drôles, plus tendres aussi, reflet d'une vie aux multiples facettes qui donne son titre à l'ouvrage. Pour traverser cette vie, le peintre s'est mué en caméléon. Pour ses pannes de créativité, ses dévissages psy, ses problèmes de cœur, ses voyages, Cosmo Esteve change de personnage, d'identité et continue son petit bonhomme de chemin bon gré mal gré. Il se dégage alors une folie douce, un destin hors du commun qui se joue des conventions et des règles comme on peut s'y attendre de la part d'un artiste d'ailleurs. On s'accroche donc à ce personnage et à tous ceux qui gravitent autour de lui notamment ses deux femmes, alchimies mêlées de la figure de la mère et de l'amante. Loin des clichés, les relations entre personnages sont ici très réalistes, fidèle à la réalité même si cette dernière est quelques peu altérée par la maladie mentale dont souffre le héros.

Il faut un certain temps pour rentrer dans l'ouvrage. Il m'a fallu une trentaine de pages pour me faire une idée nette du personnage et des principes d'écriture mis en œuvre par Didier Goupil. Loin d'être linéaire, la trame s'apparente à un gigantesque puzzle entre carte mentale du personnage et déroulé plus classique de sa vie. Le style de l'auteur est à la fois alerte et exigeant, sans lourdeurs inutiles et par là même très accessible. Les interrogations de départ laissent peu à peu la place alors à la curiosité et à l'empathie. On passe un très bon moment et on s'étonne d'en être arrivé si vite à la fin tant le temps s'écoule rapidement. Une belle et profonde expérience de lecture que je ne peux que vous conseiller.

samedi 24 octobre 2015

"Camp de gitans" de Vladimir Lortchenkov

camp de gitansL'histoire : Loufoque, grinçant, acide, voici le tableau d'un pays en plein chaos dans un monde à la dérive.
A l'Assemblée générale des Nations Unies, un terroriste moldave prend en otages tous les grands de ce monde, d'Obama à Poutine, en passant par Merkel, Berlusconi et Sarkozy. Ses revendications stupéfient la planète.
Pendant ce temps en Moldavie, entre incurie, corruption et culte aveugle de l'Union européenne, le pays a sombré dans l'anarchie, la capitale Chisinau est envahie par des hordes d'enfants abandonnés et une étrange religion se répand : les Moldaves seraient le Peuple élu, le nouvel Israël, qui réclame une Terre promise au bord de la Méditerranée... L'ONU va devoir agir, sans quoi, adieu les otages !
Découvrez dans ce roman à l'écriture étourdissante comment les Moldaves marchandent avec Dieux, ou pourquoi le major Plechka, maton filou, oblige ses prisonniers à écouter en boucle les trésors de la poésie nationale...

La critique Nelfesque : J'avais lu et beaucoup aimé le précédent ouvrage de Vladimir Lortchenkov, "Des Mille et une façons de quitter la Moldavie". J'ai pu découvrir la suite des aventures rocambolesques de ces Moldaves fuyant leur pays dans "Camp de gitans", sorti en librairie pour cette Rentrée Littéraire chez l'excellente maison d'édition qu'est Mirobole. Si j'ai un conseil à vous donner en préambule c'est de sauter immédiatement sur ce bijou de pur délire !

Avec "Des Milles et une façons...", j'avais découvert un roman farfelu à l'écriture peu commune. J'avais passé de très bons moments de franche rigolade à la découverte des plans échafaudés par ces Moldaves pour atteindre l'Italie. "Camp de gitans" ne suit plus exactement le chemin des personnages du précédent roman mais nous montre ce qu'est devenue la communauté Moldave au sens large suite à la désertion de leur pays pour des contrées plus riches et porteuses d'espoir. Il est donc tout à fait possible de lire celui ci sans avoir lu le précédent pour comprendre l'histoire mais il serait dommage de passer à côté de quelques clins d'oeil savoureux.

Cette précision étant faite, Lortchenkov reste dans la même veine d'écriture avec ce roman ci. Bien qu'ayant déjà un sacré niveau dans l'absurde, j'ai trouvé "Camp de gitans" encore plus loufoque et avec des passages absolument incroyables. Pour la première fois de ma vie, j'ai pleuré de rire en lisant un roman. C'est dire ! Quelle bouffée d'oxygène ! Quelle jusqu'au boutisme dans les choix stylistiques de l'auteur !

Il n'est pas des plus faciles de rentrer dans ce roman lorsqu'on n'est pas habitué à Lortchenkov. "Camp de gitans" est un roman qui demande du temps et surtout de longues plages de lecture pour vraiment absorber le lecteur et qu'il se laisse aller aux délires que l'auteur nous propose. Ne pouvoir lire que par petites touches, entre 2 transports en commun ou dans une salle d'attente, c'est prendre le risque de passer complètement à côté de ce roman et croyez moi ce serait bien dommage ! Tant d'absurdité (dans le bon sens du terme, une absurdité voulue et maîtrisée) demande un effort d'adaptation mais quel plaisir ensuite !

Voyez plutôt cet extrait de la page 176 : "C'est drôle. Vous avez dit que ça ne me dirait rien, et quand j'ai dit que c'était à moi de décider si ça me disait quelque chose ou pas, vous l'avez dit, et j'ai dit que non, en effet, ça ne me disait rien, et vous avez dit, eh bien, que vous l'aviez bien dit..." Capillotracté non ? Et si je vous dis que cette réplique est dite lors d'un échange entre le Président par intérim de la Moldavie et le représentant du FMI en Europe de l'Est, vous comprendrez aisément que l'on est loin du roman réaliste et sérieux. Et des sorties comme celle-ci il y en a à la pelle. L'auteur nous perd pour mieux nous retrouver, ouvre des tiroirs sans fin parfois, part dans tous les sens et personnellement, j'ai adoré !

C'est dans un contexte stupéfiant que l'histoire prend place. Parallèlement à la prise en otage de tous les chefs d'état de la planète lors d'une réunion à l'ONU, le lecteur suit par l'entremise de flashback, la montée en puissance d'une nouvelle religion au sein de la communauté Moldave. Réclamant un nouvel emplacement géographique, une Terre Promise comme au peuple juif, en remplacement de leur Moldavie détruite et invivable, un petit mouvement d'allumés va devenir au fil des semaines et des mois un évènement de grande ampleur et une vraie croyance suivie et respectée va émerger du néant. Il faut dire aussi que les Moldaves, sous la plume de Lortchenkov, sont des êtres crédules, naïfs et un peu (beaucoup) concons. Leur logique n'est pas la nôtre et ce qui peut nous paraître "trop gros" trouve de l'écho chez eux... Cela donne naissance à des situations et des répliques toutes plus hallucinantes les unes que les autres tant l'absurdité est poussée à son paroxysme.

Lortchenkov nous livre ici un roman totalement à part de ce que l'on peut trouver d'ordinaire sur les étals des librairies. Une bouffée d'oxygène où le rire est présent à chaque page. Véritable satire sociale, "Camp de gitans" est un roman complètement fou, audacieux et novateur que je vous conseille fortement de découvrir !

Allez pour la peine, je vous laisse avec un dernier passage page 205 retranscrivant un poème déclamé par le commandant Plechka à la femme qu'il convoite :
"J'ai peur que tu ne sois bientôt plus là./ Ce n'est pas que j'aie très peur,/ mais j'aime trop tes épais cheveux/ pour vivre en sachant qu'ils ne sont plus,/ qu'ils ne sont et ne seront plus./ Le problème de ton existence en tant que telle ne m'inquiète pas./ Je suis plutôt préoccupé par le problème de mon/ existence sans toi/ qui, en tant que telle sans toi en tant que telle/ ne me paraît pas possible, ni pour moi, ni pour toi, ni pour tes cheveux,/ ils sont drus comme je les aime, et épais..."

"What the fuck !?" Je vous avais prévenu !

jeudi 22 octobre 2015

"Dragon de glace" de George R. R. Martin

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L'histoire: "D'un blanc cristallin, ce blanc dur et froid, presque bleu, le dragon de glace était couvert de givre ; quand il se déplaçait, sa peau se craquelait telle la croûte de neige sous les bottes d'un marcheur et des paillettes de glace en tombaient. Il avait des yeux clairs, profonds, glacés. Il avait des glaçons pour dents, trois rangées de lances inégales, blanches dans la caverne bleue de sa bouche. S'il battait des ailes, la bise se levait, la neige voltigeait, tourbillonnait, le monde se recroquevillait, frissonnait. S'il ouvrait sa vaste gueule pour souffler, il n'en jaillissait pas le feu à la puanteur sulfureuse des dragons inférieurs. Le dragon de glace soufflait du froid."

La critique de Mr K: J'avais un drôle d'état d'esprit avant de débuter cette lecture. Je suis un fan inconditionnel de George R. R. Martin depuis ma lecture de Game of thrones et comme beaucoup de monde, j'attends avec une impatience non feinte la suite de l’œuvre écrite (parce que la série est très bonne mais la saga littéraire bien plus profonde! Là, c'est dit!). Malheureusement sieur Martin se fait désirer et franchement commence à m'agacer. Là dessus, se présente l'occasion de lire cette petite nouvelle, Dragon de glace, écrite en 1980 dans le cadre d'une anthologie, texte court réimprimé et présenté dans un très beau broché, accompagné par des illustrations magnifiques de Luis Royo. Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour rompre les digues de mon ressentiment et plonger le temps de 45 minutes (c'est vraiment très court!) dans ce petit conte pas comme les autres où le maître une fois de plus impose tout son talent.

Adara a sept ans, elle n'a connu que le grand hiver rigoureux qui s'est abattu depuis bien longtemps sur le monde. Elle vit dans une région reculée avec toute sa famille et depuis toute jeune, elle a fait la rencontre d'un dragon de glace qui tolère sa présence. Peu à peu se tisse un lien particulier entre la gamine et cette créature terrifiante qui sème le chaos là où elle passe, via son puissant souffle glacé. Le temps est à l'orage car une menace s'approche du nord, les dragonniers du roi sont à l'affût mais l'ennemi progresse inlassablement. Quel rôle va bien pouvoir jouer Adara et son dragon dans cet affrontement imminent?

Difficile d'en dire plus sans éventer quelques détails ou ressorts de l'intrigue, il faudra donc vous contenter de cela! Le texte ne fait que 116 pages, le lettrage est gros et les illustrations omniprésentes ce qui réduit considérablement le corpus de l'ouvrage, ce serait sacrilège d'en dire trop! Reste une histoire poignante et entraînante au possible que l'on pourrait situer dans le Nord de Westeros (partie Stark, du moins au début!).

En quelques lignes, Martin plante le décor avec son efficacité habituelle et un souci du détail économe qui l'honore dans l'objectif de livrer un récit court. Pas de grandes descriptions mais une caractérisation rapide et sans ambages pour aller à l'essentiel: la rencontre avec la créature et la construction d’une relation rare. On se plaît à suivre cette petite fille bien loin des préoccupations des adultes et qui vit des expériences inédites pour une enfant de cet âge (sauf chez les Targaryens je vous l'accorde). Simple, pleine d'énergie malgré une vie difficile, elle dégage un charme, un magnétisme assez incroyable pour un personnage de cet âge. Le récit vire ensuite au parcours initiatique quand les problèmes arrivent vraiment et qu'Adara va devoir les affronter, métaphore du passage à l'âge de pré-adulte et des responsabilités qui en découlent.

Martin soigne comme à son habitude la psychologie de ses personnages, le réalisme est de mise dans un univers de fantasy pure. On retrouve ce charme si particulier qui m'a tellement envoûté dans mes lectures précédentes de ce même auteur. Malgré le format court, la puissance d'évocation, le charisme des personnages sont intacts. Ce conte emballe le lecteur du début à la fin même si la surprise n'est pas vraiment au RDV. Les ressorts narratifs bien huilées restent classiques et là où un plus jeune sera subjugué, je n'ai été que satisfait. Une bonne satisfaction certes, mais attendue. Mention spéciale aux illustrations de Luis Royo, très belles et accompagnant à la perfection le récit contribuant à densifier les descriptions écourtées par un trait impeccable  et une bichromie de bon aloi.

Dragon de glace reste une très bonne lecture qui comblera les plus jeunes mais aussi les amateurs du maître. Il est des auteurs comme cela qui tissent de l'or avec leurs mots et leurs phrases. Il faudrait maintenant que George R. R. Martin s’attelle vraiment à l'édification finale de sa grand œuvre tant les attentes sont importantes!

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