vendredi 21 juillet 2017

"Le Ruban" d'Ito Ogawa

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L'histoire : Une grand-mère fantasque et passionnée d'oiseaux trouve un oeuf tombé du nid, le met à couver dans son chignon et donne à l'oiseau qui éclôt le nom de Ruban. Car cet oiseau, explique-t-elle solennellement à sa petite-fille, "est le ruban qui nous relie pour l'éternité".

Un jour, l'oiseau s'envole et pour les personnes qui croisent son chemin, il devient un signe d'espoir, de liberté et de consolation.

Ce roman, où l'on fait caraméliser des guimauves à la flamme et où l'on meurt aussi, comme les fleurs se fanent, confie donc à un oiseau le soin de tisser le fil de ses histoires. Un messager céleste pour des histoires de profonds chagrins, de belles rencontres, et de bonheurs saisis au vol.

La critique de Mr K : Petite escapade japonisante aujourd'hui avec cet ouvrage que Nelfe m'a rapporté d'une escapade shopping dans un magasin discount du secteur. On y trouve parfois quelques ouvrages neufs de maisons d'éditions sympathiques comme ici Picquier, spécialisée dans la littérature asiatique, une de mes marottes en littérature. La quatrième de couverture a tout de suite mit la puce à l'oreille de ma douce en lui inspirant d'acheter l'ouvrage immédiatement pour ma pomme. Bien lui en a pris, tant ce fut une lecture à la fois grave et lumineuse, un pur moment intimiste et empli de sens comme sait souvent proposer la littérature nippone.

Tout part de l'idée incongrue d'une grand-mère et sa petite fille : couver un œuf abandonné pour donner la vie à un oiseau, une perruche plus exactement. Malgré la difficulté de la chose, elles y parviennent et c'est ainsi que Ruban naît et crée un lien indéfectible entre l’aïeul et sa petite fille. Mais la nature étant ce qu'elle est, Ruban finira par prendre son envol et avec lui l'ouvrage, qui par chapitre va nous faire rencontrer un certain nombre de personnages confrontés à des moments clefs de leur vie et qui vont de près ou de loin être en contact avec le mystérieux oiseau disparu. Plus qu'une apparition ou une présence animale, Ruban se révélera être autre chose,  un élément situé entre le principe vital et le sens de la vie.

À travers les tranches de vie qui nous sont données à lire, c'est un peu la condition humaine que l'on explore dans sa complexité et son aspect souvent dramatique. Ainsi, l'on croise une jeune femme peu sûre d'elle qui doit apprendre à surmonter ses craintes, une femme qui a perdu son enfant et qui n'arrive pas à surmonter son deuil, une ancienne actrice / illustratrice pour enfant à qui on annonce qu'elle va mourir et qui cherche la force de continuer à vivre malgré tout, deux enfants victimes d'un tsunami dévastateur, une famille en deuil qui tergiverse sur la garde d'un oiseau ayant appartenu à la défunte, le souvenir d'un amour impossible dans le Berlin de la guerre froide qui continue de hanter une femme... Autant de sujets pas des plus joyeux je vous l'accorde mais qui ici sont traités de manière très nippone entre recueillement, tristesse et mélancolie à fleur de mot mais aussi légèreté et spiritualité. Le rapport à la mort notamment est complètement différent de chez nous et même si l'épreuve en soi est difficile pour tous, elle trouve ici une certaine forme de douceur, d'acceptation et pour certains personnages une rédemption dans le calme et la plénitude.

On plane au gré des bonds de l'oiseau de personnage en personnage sans vraiment savoir où les pages nous mènent. Contemplatif et descriptif, l'ouvrage séduit par sa capacité à caractériser avec finesse et empathie les protagonistes livrés à des choix, des situations difficiles. À la manière de bonnes nouvelles (on se rapproche vraiment d'un recueil de textes courts malgré un fil rouge qui les unit), l'accroche est immédiate, la brièveté étant mis au service de l'essentiel : le(s) personnage(s), la situation et son dénouement ouvert ou non. J'ai aimé pour cela cette balade un peu voyeuriste mais aussi profondément philosophique, amenant la réflexion au niveau personnel et universel. Ici le moindre repas de nouille, l'élevage d'un oiseau, les rapports filiaux, le trajet d'un lieu à un autre est important, apportant son lot de raisonnement sur l'existence. Si on est fan de cet esprit très nippon qui décortique à tout va nos faits et gestes pour les transformer en leçon de vie, on est servi et ravi lorsque l'on referme l'ouvrage. Inutile de vous préciser que ce fut le cas pour moi !

Plus spécialisée dans la littérature jeunesse et la cuisine, l'auteur prouve ici qu'elle possède un très beau talent de conteuse qui nous transporte littéralement à travers des histoires quotidienne d'inconnus que rien ne fait sortir du lot. La plume est sensible, d'une incroyable concision et promesse d'évasion au détour de chaque phrase et paragraphe. J'ai été envoûté par cette légèreté, cette ambiance cotonneuse et cette facilité de lecture qui hypnotise entre simplicité et portée universelle. Une belle lecture que tout amateur de la littérature nippone se doit de tenter.

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mardi 18 juillet 2017

"Le Feu de Dieu" de Pierre Bordage

Le Feu de DieuL'histoire : Prévoyant la catastrophe, Franx a convaincu les siens de fortifier le Feu de Dieu, une ferme du Périgord, conçue pour une autonomie totale de plusieurs années. Mais le cataclysme le surprend à Paris et, pour rejoindre sa famille, il entreprend une impossible odyssée, à pied dans des ténèbres perpétuelles, en compagnie d'une autre survivante, une petite fille muette. Pendant ce temps, dans l'arche transformée en bunker, sa femme et leurs deux enfants se retrouvent sous la menace d'un dangereux paranoïaque qui a pris possession des lieux...

La critique Nelfesque : Bordage est un auteur qu'aime beaucoup Mr K. De mon côté, j'ai lu il y a quelques années "Abzalon" que j'ai fortement apprécié. Avec "Le Feu de Dieu", on change complètement de lieu et de thème. Dans un monde post-apocalyptique, Pierre Bordage nous emmène sur les routes de France, sur les traces de son héros qui tente de rallier Paris à sa ferme survivaliste du Périgord.

Le Périgord est une région à laquelle je suis très attachée et je dois dire que pour cette lecture, c'est mon côté chauvin qui m'a fait m'intéresser à ce roman. Pourtant du Périgord, nous ne verrons pas grand chose ici. La fin du monde est là, la Terre craque, les plaques tectoniques se déplacent, de nouvelles se forment, un froid glacial et meurtrier s'abat sur le monde. Alors que Franx a mis en place avec l'aide de sa famille et de sa communauté, une forteresse pour faire face à cet événement qu'il savait inéluctable et proche, le destin fait que le jour J, il se retrouve bien éloigné de ses proches et l'histoire se scinde ainsi entre son expédition pour rejoindre la ferme et la vie qui s'organise dans cette arche périgourdine.

Même si il n'y a pas de grosses surprises dans cette lecture, on passe un excellent moment à suivre les aventures des uns et des autres. La route est balisée, ça se lit extrêmement facilement. Les fans de SF, biberonnés aux ouvrages exigeants, trouveront sans doute que l'ensemble est ici certes intéressant mais bien trop simple. Pour ceux qui comme moi lisent un ouvrage ou deux de ce type de temps en temps, "Le Feu de Dieu" fait bien le job ! Rajoutez à cela une dimension thriller psychologique au sein de la ferme avec un huit clos oppressant et un personnage tête à claques que l'on aimerait bien éviscérer de ses propres mains et vous obtenez un roman de 440 pages qui se lit en moins de temps qu'il ne faut pour dire ouf.

Parce que chez Bordage tout parait naturel. Ici, il nous dépeint un univers post-apo, une France métamorphosée, des rapports aux autres en pleine mutation et une force intérieure qui pousse chacun à aller au delà de ses forces. L'écriture est fluide, rien ne vient heurter la lecture et l'addiction se fait sentir très vite. On retrouve ici quelques thématiques chères au coeur de l'auteur, comme la spiritualité, et le lecteur le connaissant bien s'amusera de retrouver, aux détours d'une de ses pages, un personnage qui lui ressemble énormément. "Le Feu de Dieu" est un roman malin qui décortique les liens qui unissent les hommes, montre la folie qui peut se cacher au fond de chaque être et dans des conditions extrêmes se révéler au grand jour. Et puis il y a la notion de l'amour. L'amour au sens large, l'amour filial, l'amour qui unit deux êtres et l'amour de son prochain. L'espoir, la foi, l'aspiration à une vie simple et noble. Cette notion donne à l'ensemble une dimension spirituelle (qui relève de la pensée, de l'esprit et non de la religion) qui met du baume au coeur du lecteur, malgré les nombreux obstacles qui vont se dresser sur la route des personnages de cette histoire.

"Le Feu de dieu" est une belle surprise. Un roman simple et efficace qui amène le lecteur à se poser des questions sur le sens de la vie. Un chouette Bordage que l'on prend plaisir à lire. Un post-apo qui ne révolutionne pas le genre mais qui est bien mené, avec des idées intéressantes et une vision d'un monde dévasté crédible.

Autres ouvrages de Bordage chroniqués au Capharnaüm éclairé :
-
Atlantis : les fils du rayon d'or
- Hier je vous donnerai de mes nouvelles
Chroniques des ombres
Les Dames blanches
Graine d'immortels
Nouvelle vie et autres récits
Dernières nouvelles de la Terre
Griots célestes
L'Evangile du Serpent
Porteurs d'âmes
Ceux qui sauront
Les derniers hommes
Orcheron
Abzalon
Wang

lundi 17 juillet 2017

"La Mallorée - Intégrale" de David Eddings

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L’histoire : Voici venus les temps où les peuples respirent. Torak est mort, le Dieu-Dragon, l’Enfant des Ténèbres, et la menace cosmique paraît conjurée. Tout est calme en tous lieux dans les royaumes du Ponant. Pourtant la Prophétie des Ténèbres est bien gravée dans les mémoires : une parole, ça ne peut pas mourir. Et le vieux Gorim, dans sa grotte, entend gémir et gronder la terre : une pierre maléfique s’est réveillée à l’autre bout du monde. Le culte de l’Ours aurait-il encore, contre toute attente, des adeptes secrets ? Çà et là, on complote, on assassine, on repère des enfants marqués par le destin. Déjà, la guerre s’allume dans les états du Sud. Puis, une nuit, la Voix parle à Garion. Qu’est ce que le Sardion, la pierre tombée du ciel dont le nom fait frémir les Ulgos ? Où est "l’endroit qui n’est plus" ? Faut-il combattre encore les Ténèbres vaincues ? Bien, les Gardiens du Ponant vont reprendre du service...

La critique de Mr K : Il y a deux ans, je vous parlais de ma chouette découverte fantasy du moment : la très belle et fun pentalogie de La Belgariade de David Eddings, lue durant notre voyage de noces à l’autre bout du monde. Lors du même chinage en janvier 2015, j’avais récupéré la deuxième partie de la saga nommée La Mallorée. Je n’avais donc que trop attendu pour retourner dans ces terres d’aventures et d’humour. Je me lançai il y a un mois dans cette deuxième partie de la saga en entrecoupant mes lectures pour prolonger au maximum le plaisir.

La Mallorée compte cinq romans :
- Les Gardiens du Ponant
- Le Roi des Murgos
- Le Démon majeur de Karanda
- La Sorcière de Darshiva
- La Sibylle de Kell

C’est avec une impatience non feinte que je replongeai dans le cycle de David Eddings dont l’action reprend quelques mois après la défaite de Torak dans La Belgariade. La paix semble être revenue sur tous les territoires qui ont échappé de peu à la catastrophe et le retour de l’âge des ténèbres. C’est le temps de l’espoir, de l’insouciance entre rencontres amicales entre grands, naissances et globalement des tensions moindres entre royaumes et empires. Cependant, une nouvelle menace va faire son apparition, une influence séditieuse tout d’abord qui se conclura ensuite par un rapt d’enfant qui pourrait bien changer la face du monde. Le Mal a été vaincu par le passé mais peut-on combattre le Chaos lui-même ? Commence alors pour nos anciens amis de la Belgariade une nouvelle quête haute en danger et sensations à travers deux continents dans un road movie ponctué de moments de bravoures, de découvertes mystiques, d’alliances improbables et d’engueulades drolatiques.

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Qui dit heroïc-fantasy dit aventure et voyage. Une fois de plus le contrat est largement rempli avec un ouvrage faisant la part belle à la route, ses rencontres et péripéties. Durant les deux premiers volumes, on replonge avec délectation dans les royaumes du Ponant et les territoires Angaraks entre les royaumes du nord humain, le territoire des hommes serpents perdus dans des jungles impénétrables (ou presque), les lointains territoires Murgos... La joyeuse troupe en parcourt des kilomètres et va même par la suite découvrir un deuxième continent, pendant du premier et qui leur réserve bien des surprises. Cette lecture est donc l’occasion de se confronter à nombre de civilisations et sociétés diverses avec leurs différences de culture, de religion et de manière de vivre. On en profite aussi pour parcourir des paysages grandioses avec cette science si particulière qu’à Edding de nous immerger dans des espaces hallucinants sans pour autant nous perdre en route avec une multitude de détails qui au final ne compterait pas beaucoup dans la compréhension globale. Rajoutez là dessus, une exploration de royaumes livrés au mal absolu avec un chaos menaçant et implacable et cela vous donne un cycle de fantasy totalement bluffant et gigantesque en terme de background.

Loin d‘être seulement un gigantesque tableau, le cycle de La Mallorée complète à merveille le précédent en réutilisant des éléments et personnages présents dans les cinq premiers tomes, et en y rajoutant un certain nombre de créatures nouvelles au premier rang desquelles des dragons et surtout des démons tout droit sortis des enfers (l’aspect Dark Fantasy est ici plus poussé pour ma plus grande satisfaction). La magie est toujours aussi présente et l’aspect mystique encore davantage expérimenté avec en toile de fond une lutte pour la suprématie pour le monde entre anciennes et nouvelles divinités. L’aventure est donc dantesque entre rencontres impromptues, morceaux de bravoure, complots et stratégies tramés à l’ombre des cours, passages plus intimistes et la vie du groupe.

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C’est la grande force d’Edding, la caractérisation des personnages est toujours aussi fun. Loin de rester coincé dans le style parfois ampoulé du genre fantasy, les personnages bien que plutôt classiques livrent des duels verbaux de haute volée et l’on rit énormément notamment dans les discussions et piques que se lancent Belgarion, sa tante et son grand-père autour desquels gravitent une pléthore de personnages tous plus truculents les uns que les autres. Malgré une trame de fond sombre, les personnages vivent leur vie pleinement entre querelles de générations, histoires d’amour naissantes, confrontations des ego et tracas divers et variés de la vie d’aventurier. On passe donc régulièrement du rire à des émotions plus noires et à des passages assez impressionnants en terme d’aventure pure et de révélations. Quelle imagination et quelle maestria dans l’art d’agencer l’ensemble ! L’équilibre entre les deux est toujours bien dosé, sans rajouts inutiles et toujours pour le grand bonheur du lecteur.

L’accroche est immédiate et l’on retrouve le style si efficace d’Edding avec une langue accessible mais néanmoins nuancée qui provoque un plaisir de lire durable. Les pages se tournent toutes seules amenant le lecteur bien souvent à se coucher à des heures indues. Je me suis vraiment plu à lire cette suite entre retrouvailles et nouvelles découvertes, c’est le cœur un peu gros que j’ai terminé cette nouvelle pentalogie très réussie et qui me semble essentielle à découvrir pour tout amateur de fantasy. Je vais désormais me rabattre sur d’autre titres du même écrivain qui paraît-il réserve encore de beaux ouvrages. Miam miam !

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samedi 15 juillet 2017

"Le Rocher de Tanios" d'Amin Maalouf

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L’histoire : "Le destin passe et repasse à travers nous, comme l'aiguille du cordonnier à travers le cuir qu'il façonne." Pour Tanios, enfant des montagnes libanaises, le destin se marque d'abord dans le mystère qui entoure sa naissance : fils de la trop belle Lamia, des murmures courent le pays sur l'identité de son vrai père.

Le destin passera de nouveau, dans ces années 1830 où l'Empire Ottoman, l’Égypte et l'Angleterre se disputent ce pays promis aux déchirements, le jour où l'assassinat d'un chef religieux contraindra Tanios à l'exil...

La critique de Mr K : Lecture d’un Goncourt aujourd’hui (celui de 1993) avec ma première incursion dans l’œuvre d’un écrivain pourtant réputé : Amin Maalouf. C’est Nelfe qui l’a exhumé de ma PAL dans notre traditionnel jeu de vidage de PAL pendant lequel l’autre doit sortir trois titres pour un choix de lecture imposé à l'autre. La quatrième de couverture de cet ouvrage et l’aura de son auteur ont très vite fait pencher mon choix. M’est avis que je relirai très vite du Maalouf tant ce livre m’a séduit et enivré.

Tout commence par une passade amoureuse qui voit Lamia, une des plus belles femmes du village de Kfaryabda tomber sous la coupe du Cheikh local. 9 mois plus tard, l’enfant naît et passe pour le fils de l’intendant. Des bruits courent bien sûr mais la vie suit son cours. Cependant la période n’est pas facile dans cette région du Liban entre les luttes d’influence au sein de l’Empire Ottoman, l’émergence d’une Egypte puissante et les puissances européennes qui veulent leur part de gâteau. Rajoutez à cela le poids des traditions et vous obtenez un récit hybride entre chronique familiale, roman d’aventure et conte, où se mêlent légende et réalité.

On retrouve tout d’abord toute une brochette de personnages attachants et profondément humains tant ils conjuguent aspiration à la vie et défauts rédhibitoires. Cette perfectibilité fait tout le sel d’une vie et le merveilleux conteur que se révèle être Amin Maalouf donne une densité incroyable à chacun des destins qu’il nous invite à découvrir. Rien ne nous est épargné dans ce roman entre la fidélité bafouée, la trahison, les alliances d’un jour, les rapports parents/enfants, les mariages arrangés entre puissants, les injustices d’un pouvoir autoritaire, l’exil pour les éléments séditieux, l’innocence des justes... C’est tout un tourbillon de sentiments qui nous emporte tout au long de la lecture et éprouve sérieusement le lecteur qui ne sait finalement jamais à quoi s’attendre d’un chapitre à l’autre. Les destins sont ici tortueux et bien souvent sévères, les facéties du fatum sont bien cruelles et les personnages n’en ressortent jamais indemnes. La famille, la vengeance, les lois du sang... autant de thématiques universelles qui se retrouvent traitées et illustrées à merveille dans ce livre.

Le Rocher de Tanios est aussi une belle immersion dans un Orient qui nous semble souvent mystérieux, bien trop souvent fantasmé sans être vraiment connu. On explore notamment les arcanes du pouvoir avec la hiérarchie qui la compose, les luttes intestines, les conflits religieux entre communautés (dans ce livre entre catholiques et protestants, rappelons que le Liban est une terre à majorité chrétienne à l’époque) mais aussi les grandes puissances qui tentent de se placer et d’influer sur les politiques régionales avec notamment le Royaume-Uni qui continue à constituer son réseau d’influence et possède le plus grand empire colonial de l’époque. C’est aussi au détour des péripéties la possibilité pour l’auteur de décrire le poids des traditions et l’organisation des sociétés de l’époque encore basées sur des lois non écrites et la féodalité. Cet aspect rapproche l’écrit du genre du conte avec derrière les actes et pensées de chacun, de vieilles sagesses populaires qui frappent parfois juste et bien, amenant à nous faire réfléchir sur l’être humain et son rapport aux autres et au pouvoir. On passe alors de la splendeur à la décadence, des espoirs déçus au bilan peu reluisant d’une vie parfois vaine. C’est très mélancolique mais aussi à certains moment des explosions de joie et d’espoir. C’est un peu nous tout au long de notre vie, c’est sacrément vivifiant et un véritable bonheur à lire.

En effet, l’écriture est une merveille de chaque instant, chaque phrase et paragraphe se lit comme on déguste un bon plat. Économie de mots rime ici avec saveur intense, ingrédients précieux et travaillés avec soin et le tout dans une accessibilité de tous les instants entre dialogues au cordeau, descriptions sensibles et envolées lyriques. La langue imagée pénètre l’esprit et le coeur, renverse nos certitudes, bouleverse nos habitudes de lecture et au final on ressort ébloui d’une telle expérience qui s’apparente à des auteurs comme Rushdie dans la manière d’aborder la matière humaine. Un grand livre, une grande lecture.

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jeudi 13 juillet 2017

Puces de Doëlan 2017 (29)

Nous avons découvert les puces de Doëlan l'an dernier et depuis, nous nous sommes promis que si nous étions dans le coin fin juin, nous irions chaque année. Doëlan est un de mes lieux préférés près de chez nous mais nous ne connaissions pas du tout ses puces et chiner dans un tel cadre est absolument magique !

Pour ceux qui ne connaissent pas Doëlan, notez bien le nom de ce petit village pour une prochaine escale en Bretagne. C'est incontournable. Ici, point d'animations pour touristes ou de bals populaires tout l'été mais un petit port typique, de jolies maisons, une criée et la vie bretonne à l'état pur ! Eté comme hiver, je prends toujours beaucoup de plaisir à me promener le long de la Laita et du sentier côtier, sauvage et battu par les vents. A la limite Finistère Sud / Morbihan, sur la commune de Clohars-Carnoët, c'est ici qu'ont donc lieu chaque fin juin les puces du même nom.

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Ici, les habitants ouvrent leur garage, sortent les tables de jardin, les parasols, et vendent ce qui ne les intéressent plus. Vous connaissez le principe des puces...

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On trouve aussi quelques stands de professionnels mais de façon très marginale. Ici, c'est encore du vide-grenier pur jus, avec les bonnes affaires et la bonne ambiance qui va avec ! Il fait beau, vendeurs comme acheteurs ont le sourire !

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Et puis, comme je le disais, on profite du cadre. On chemine le long de la Laita, on admire les bateaux. C'est l'été, les parterres sont fleuris, l'eau est bleue, la vie est belle !

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Ici, il y a de tout et de rien sur les étals des brocanteurs d'un jour. De vieilles nappes, des objets que l'on retrouve également chez nos grands-parents, de jolies "vintageries" et du kitsch. Tout le monde y trouve son compte.

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Place maintenant à nos petites trouvailles. Bon... Vous nous connaissez... On a un détecteur à bacs de bouquins au bout du nez alors forcément on a pas mal fureté de ce côté là. Mais pas que ! Voyez plutôt :

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Côté bouquins :

- "L'Enjomineur 1792" de Pierre Bordage que Mr K est plus que ravi d'avoir trouvé dans son édition de chez L'Atalante. Bordage est un ses auteurs favoris et cette trilogie qui débute avec ce tome ci n'était pas encore dans sa PAL. C'est maintenant chose faite !
- "Le Gardien de phare" de Camilla Läckberg que je suis ravie d'avoir trouvé dans son édition Actes Sud / Noirs pour compléter ma collection ! J'ai commencé cette série littéraire il y a quelques années et tout cela est fort classieux dans une bibliothèque (huhu).
- "Impératrice" de Shan Sa. Mr K avait lu "La Joueuse de go" et l'avait adoré. Et hop, dans le panier !
- "Haka" de Caryl Férey parce que j'adore cet auteur tout simplement !
- "Les Justes" d'Albert Camus pour le plaisir de tomber sur cet ouvrage après en avoir justement parlé avec ses collègues la veille...

Côté thé :

Et oui parce que chez nous, nous sommes aussi de gros consommateurs de thé, nous sommes tombés en amour devant ce petit service en porcelaine anglaise. Petites subtilités de la chose, il sera détourné de sa fonction première. J'adore utiliser les théière en pot de fleurs sur ma terrasse (et oui !). Du coup, après une légère custumisation, la théière ira rejoindre ses copines dehors, le pot de lait et la tasse rejoindront quant à eux la cuisine. Je vous montrerai sans doute tout ça sur IG !

Tout ça pour 7€, franchement, on n'allait pas se priver... Autosatisfaction à son comble !


mardi 11 juillet 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 9 et 10 de G. J. Arnaud

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L’histoire : Lien Rag était un aventurier, un rebelle qui s’était dressé maintes fois contre la tyrannie des grandes compagnies ferroviaires. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un ingénieur bien rémunéré, choyé par la plus puissante des compagnies, la panaméricaine.

Mais quand les projets de son impitoyable dirigeante, Mrs Diana, mettent en danger la vie de millions de personne, Lien Rag sait qu’il n’a plus le choix : il lui faut, de nouveau, entrer en résistance...

La chronique de Mr K : C'est avec un grand plaisir que je me suis replongé dans la lecture de la saga de La Compagnie des glaces de G. J. Arnaud. On en arrive aux volumes 9 et 10 compilés ici dans un ouvrage de 400 pages faisant une fois de plus la part belle à l'anticipation dans un monde apocalyptique gelé et contrôlé d'une main de fer par des compagnies ferroviaires toutes puissantes qui ont remplacé les anciens États. Encore une fois le voyage fut exquis et immersif à souhait malgré quelques scories qui commencent à apparaître, certaines obsessions de l'auteur qui à mon sens en fait un peu trop.

On retrouve donc nos personnages principaux, Lien Rag, Le Kid, Yeuse et Jdrien qui chacun a fort à faire. L'un doit désormais s'affranchir de la tutelle dominatrice de lady Diana qui pour les intérêts de la Panamérica n'hésite pas à planifier un véritable génocide au nom de l'agrandissement et l'enrichissement de sa compagnie au détriment du droit et de la morale. Ne pouvant plus soutenir cette politique et échappant de peu à un attentat contre la commission de vérification, il tente de s’enfuir vers l’est. Le Kid lui, continue d’étendre sa compagnie ferroviaire en essayant de conserver ses idéaux démocratiques, il doit cependant faire face à des esprits séditieux et le regroupement des Hommes Roux aux abords de la cité. Ces derniers attendent une sorte de messie qui devrait les libérer du joug des humains, ce ne serait nul autre que le fils de Lien Rag, mais Jdrien a disparu...

À travers sa saga, G-J Arnaud en profite pour critiquer en filigrane notre propre monde. Cette fois ci, c’est clairement l’ONU et ses organismes apparentés qui sont visés. On ne peut que rester sceptique face à leur impuissance à agir contre l’incurie de certains pays ou entreprises multinationales. C’est aussi le cas dans ces volumes où finalement Mrs Diana va tout faire pour contourner les lois internationales pour mener à bien ses projets d’hégémonie, toute ressemblance avec les crises ukrainienne et syrienne est fortuite vu la date d’écriture du roman mais ça m’y a diablement fait penser. C’est donc le cœur déchiré qu’on suit les développements de l’histoire qui conjugue les notions de complot, de trahison et d'extermination en masse d’innocents au nom du sacro-saint pouvoir. C’est puissant, bien vu et bien mené.

On continue aussi à suivre des personnages qu’on a appris à aimer. J’ai une tendresse toute particulière pour le Kid et Yeuse qui ayant tout perdu (la compagnie de cirque/théâtre qui les employait a disparu) doivent se refaire entièrement malgré leur disgrâce et leur condition (un nain et une femme). Ils se caractérisent par une intelligence et une capacité d’adaptation hors du commun. Même s’il est moins présent dans cet ouvrage, Jdrien est toujours aussi attachant, il grandit et commence à avoir des velléités d’indépendance car ses pouvoirs se développent et il est irrémédiablement attiré par son peuple qui semble se réunir pour lui. Lien Rag lui m’indiffère de plus en plus, il semble bien trop souvent obnubilé par son appareil génital, l’auteur se complaît à nous livrer ses pseudos états d’âme et désirs, quitte à virer dans le roman érotique à deux balles où les femmes ne sont là que pour satisfaire les désirs du mâle alpha. Ce qui était marrant en début de saga devient un peu lourd-dingue à la longue et a freiné quelque peu mon enthousiasme lors de certains passages mettant en jeu ce perso. J’en viendrais presque à souhaiter qu’il disparaisse pour alléger l’ensemble mais bon, gageons que la suite me donnera tort.

Au delà de cette déception ponctuelle, c’est toujours un bonheur de replonger dans cette terre gelée où le danger peut venir de partout et de n’importe qui, on ne peut que s’incliner devant le talent déployé pour décrire ce monde rude où chacun survit à sa manière malgré des obstacles de plus en plus importants. L’écriture aérienne la plupart du temps immerge immédiatement le lecteur et les 400 pages se lisent quasiment d’une traite quitte à s’endormir très tard. Un bon volume donc qui fait avancer la trame principale et incite à poursuivre sa lecture. Vivement la suite !

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé de la saga "La Compagnie des glaces" de G.J Arnaud :
La Compagnie des glaces tomes 1 et 2
La Compagnie des glaces tomes 3 et 4
La Compagnie des glaces tomes 5 et 6
- La Compagnie des glaces tomes 7 et 8

samedi 8 juillet 2017

"Les Technopères - Intégrale" de Jodorowsky, Janjetov et Beltran

Les-Technoperes

L’histoire : L'histoire d'Albino, créateur de jeu devenu dieu dans une anticipation régie par la violence, le rêve et le commerce.

La critique de Mr K : C’est un sacré monument de la BD que je vous convie à découvrir ce soir avec la chronique de l’intégrale des Technopères de Jodorowsky. Merci à l’ami Franck de m’avoir permis de découvrir cette saga SF haute en couleur tant au sens propre qu’au sens figuré. Même si elle n’est pas exempte de défauts, ce fut une vraie claque visuelle et une belle mise en abîme des déviances du monde actuel. Attendez-vous à un voyage hallucinant dans l’espace spatial, cyber et cervical.

Fruit non désiré d’un viol atroce, Albino n’a qu’un rêve devenir développeur de jeu virtuel pour changer le monde. Les galaxies sont en effet régies par des castes de privilégiés pour qui le rêve virtuel permet de contrôler les peuples et civilisations par la violence et la rapacité. La quête de ce jeune homme hors du commun sera longue et difficile, chaque étape lui imposera des sacrifices mais l’élèvera encore un peu plus. En parallèle, nous suivons le parcours de sa famille à savoir sa vestale-rebelle de mère assoiffée de vengeance et ses frères et sœurs. Nombreux seront les périls qu’ils affronteront avant le chapitre final.

En terme de scénario, on en prend plein la tête comme c’est d’ailleurs l’habitude avec Jodorowsky adepte d’ésotérisme et de spiritualités diverses. Il nous sert ici un plat bien garni, qui perdra sans doute quelques âmes en route, mais totalement pensé pour crédibiliser un univers gigantesque et cohérent. Dieux et esprits côtoient les machines et systèmes artificiels dans un mélange de cyberculture et d’influences plus tribales. C’est plutôt osé mais très intéressant car finalement, on pourrait résumer le conflit principal décrit dans ce volume comme l’éternel conflit entre les anciens et les modernes sauf qu’ici les réactionnaires sont plus les tenants de la technologie à tout va qui emprisonne les êtres plutôt qu'elle les libère. Prônant un retour au bio (dans son sens premier, la vie) Albino va devoir feinter, faire croire à son anoblissement technologique pour mieux ensuite conduire un nouvelle exode pour recréer le monde.

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Ce côté volontiers biblique (un peu too much parfois il faut bien l’avouer) est contrecarré par une histoire virevoltante à souhait. Certes le schéma narratif se répète concernant le héros qui à chaque étape a tendance à douter, puis trouver une solution et enfin vaincre une espèce d’adversaire terrifiant (style boss de fin de niveau ou chevalier d’or pour les amateurs des Chevaliers du Zodiaque) et la répétition peut lasser certains (j’ai lu quelques chroniques peu amènes sur le sujet avant d’écrire la mienne) mais au final, derrière ce parcours plutôt balisé et sans surprise se cache un véritable rite initiatique, une découverte de soi qui se fait progressivement et sous différents angles. J’ai aimé cette transformation menant à une révélation cruciale pour le destin de l’humanité. Le tout alterne séances mystiques avec passages d’action bien hard boiled, ça saigne, ça interpelle et l’amateur de récits bien speed est lui aussi convaincu par des scènes dantesques et complètement délirantes (la planète des guerrières, les comètes folles, la planète arbre amatrice de chair humaine...). Les symboles sont forts, les analogies nombreuses et on se plaît à essayer de comprendre les références énoncées ou seulement évoquées. Il y a un côté ludique certain dans cette lecture.

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La critique est acerbe, et l’on reconnaît volontiers dans les maux décrits dans cet ouvrage ceux qui émergent dans nos sociétés occidentales. L’individualisme forcené, l’attrait du virtuel qui nous fait parfois passer à côté de l’essentiel, la course au profit au détriment de l’humain et l’avilissement qui attend les peuples soumis à une dictature. C’est grandiloquent et extrême dans cette BD mais tout a un début et le mécanisme de fonctionnement du pouvoir autoritaire est très bien expliqué à travers les différentes phases de découverte du héros : le contrôle des âmes, du portefeuille, de l’opinion et même des rêves fait que l’homme ne possède plus aucun libre arbitre ni sens commun. Cela donne lieu ici à des images abominables et des perspectives bien funestes pour qui aime s’exercer à l’anticipation à partir des derniers développements de l’Histoire. Pas rassurant mais toujours enrichissant.

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Et puis, c’est sacrément beau et bien écrit. On en prend plein les mirettes et même si ici la couleur a été numérisée, franchement le résultat flatte mon sens de l’esthétique et la poésie est loin d’être absente entre deux cases choc. Certaines planches sont de véritables tableaux et illustre à merveille un univers foisonnant et dépaysant. Clairement, je placerai cette intégrale en haut de mon étagère en compagnie de mes Druillet, Caza et Moébius. En terme de SF ça vaut son pesant d’or. Alors certes, la fin m’a un peu laissé sur ma faim, le dernier volume (le huitième dans l’édition originelle) est plus plat, limite décevant mais quelle épopée et que de rebondissements entre temps ! Tout amateur de SF se doit d'avoir lu Les Technopères au moins une fois dans sa vie mais ceci n’est que mon modeste avis...

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vendredi 7 juillet 2017

"Mr Vertigo" de Paul Auster

 

mrvertigopaulauster

L'histoire : "Tu ne vaux pas mieux qu'un animal. Si tu restes où tu es, tu seras mort avant la fin de l'hiver. Si tu viens avec moi, je t'apprendrai à voler." Ainsi le vieux Yehudi s'adresse-t-il à Walt, neuf ans, un gamin misérable des rues de Saint Louis. Il tiendra sa promesse. À l'issue d'un apprentissage impitoyablement cruel, Walt deviendra un phénomène célèbre dans toute l'Amérique. Et c'est elle - cette Amérique violente et misérable, sauvage et naïve des années vingt et trente - que le romancier de Léviathan nous convie à découvrir sur les traces de ses étranges héros. L'Amérique du Ku Klux Klan et du jazz, des gangsters et du cinéma.

La critique de Mr K : Cela faisait un petit bout de temps que je n'étais pas retourné faire un tour dans la bibliographie de Paul Auster, un auteur que j'affectionne beaucoup et qui me procure toujours d'intenses émotions de lecture entre virtuosité de la langue et personnages attachants, le tout doublé bien souvent d'une réflexion sur la vie, le temps qui passe et la condition humaine. Avec ce titre, on s'écarte de son style habituel pour rentrer dans un univers que n'aurait pas renié Steinbeck (un de mes auteurs préférés) et propose un grand roman dans la plus pure tradition américaine.

Walt est un jeune garçon qui pousse comme une mauvaise herbe. Recueilli par son oncle et sa tante suite au décès de ses parents, il s'oriente clairement sur la mauvaise voie et la maltraitance fait partie intégrante de son existence. Un jour, il va se voir confier à un mystérieux individu (le vieux Yehudi) qui va se charger de son éducation et s'occuper de lui. L'apprentissage sera rude pour atteindre un rêve impossible : celui de voler comme les oiseaux. Tests et labeurs se succèdent pour dresser le petit caïd qui peu à peu va s'attacher à ce vieil homme incorruptible et implacable mais au final, tous les efforts payeront entre expériences terrifiantes et rencontres improbables. Cependant comme chacun sait, la vie n'est pas un long fleuve tranquille et le bonheur est toujours de courte durée. Le jeune Walt l'apprendra à ses dépens et devra apprendre à rebondir quand l'adversité et le destin se chargeront de lui jouer des tours.

On peut dire qu'il s'en passe de belles durant les 317 pages que compte Mr Vertigo. Attendez-vous à éprouver nombre de sentiments contradictoires mais totalement imbriqués les uns et autres. Même si par bien des aspects l'existence livrée ici peut paraître bien des fois étonnante et fantastique, on ne peut s'empêcher d'y voir une parabole sur les différents âges de la vie d'un être humain de sa naissance à son accomplissement, tout en passant par les nécessaires épreuves que nous réserve une vie bien remplie. J'ai beaucoup apprécié le jeune Walt qui m'a irrésistiblement fait penser à Holden Caufield, je jeune écorché vif héros du cultissime L'attrape coeurs de Jérôme D. Salinger. On retrouve le même caractère à fleur de peau, ce désir insatiable de croquer la vie et de découvrir qui il est vraiment. Entre crise de rage, soulagement, émerveillement devant ses premières expériences, c'est un gamin qui devient un homme et qui se bat pour forger son avenir. Travaillant auprès d'un public en difficulté, j'ai retrouvé mixé dans ce personnage marquant nombre de tares mais aussi de qualités que je croise chaque année, c'est parfois avec les yeux humides qu'on referme les pages de ce livre au pouvoir hypnotique impressionnant.

La figure du maître tutélaire est très réussie elle aussi. Père de substitution à l'apparente dureté, on apprend à le découvrir, lui en tant que professeur mais aussi comme homme. Personne n'a vraiment la vie facile à cette période et peu à peu le voile se lève sur cet homme mystérieux qui lui aussi doit se battre contre ses démons. Entouré de personnages secondaires très charismatiques (le jeune Esope, un jeune black ultra-cultivé mais difforme, une vieille femme indienne solide comme un roc et maternelle, une jeune femme bourgeoise liée au maître et tout une pléthore de personnages hauts en couleur), il se dégage de ce texte une humanité à fleur de mot entre bienveillance, soutien mais aussi haine, cruauté et avidité. Cela donne un ensemble tourbillonnant ne laissant rien au hasard et proposant une toile scénaristique dense et bien conçue. Je suis ressorti ébahi par tant de maestria et j'ai lu le livre quasiment d'une seule traite.

C'est aussi un magnifique voyage dans l'Amérique de l'entre-deux guerre (et même après en fin d'ouvrage), celle de la grande dépression et de la prohibition, des mafias organisées (jeux, trafics, prostitution), de la ségrégation et des exactions du Ku Klux Klan. Cet aspect sombre est contrebalancé par les grands espaces traversés et le rêve américain qui énonce le principe que chacun peut réussir si il a LA bonne idée et la bonne organisation pour monter son projet. Là encore, beaucoup de contradictions qui forment un tout homogène et bien immersif. Étant fan de cette période historique que ce soit sur le vieux et l'ancien continent, j'ai été servi et rassasié. Auster excelle dans l'art de retranscrire une époque sans pathos ni effets de manches, on y croit, on y plonge et on en ressort changé.

Que dire de plus? L'écriture est splendide, à la fois érudite, fine et très accessible. Différente de celle proposée habituellement par l'auteur, on retrouve tout de même sa patte inimitable pour caractériser ses personnages qu'il peint comme autant de symboles universels de l'homme dans sa diversité et sa complexité. On finit ébloui par cette expérience littéraire unique et clairement ce Mr Vertigo a pour moi tous les atouts d'un classique. À lire absolument !

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mercredi 5 juillet 2017

"La Momie" d'Alex Kurtzman

La_Momie

L'histoire : Bien qu’elle ait été consciencieusement enterrée dans un tombeau au fin fond d’un insondable désert, une princesse de l’ancienne Égypte, dont le destin lui a été injustement ravi, revient à la vie et va déverser sur notre monde des siècles de rancœurs accumulées et de terreur dépassant l’entendement humain. Des sables du Moyen Orient aux pavés de Londres en passant par les ténébreux labyrinthes d’antiques tombeaux dérobés, La Momie nous transporte dans un monde à la fois terrifiant et merveilleux, peuplé de monstres et de divinités.

La critique de Mr K : 4/6. Un bon film détente neurone qu'il faut prendre uniquement en tant que tel. Perso, j'ai passé un bon moment en salle obscure en compagnie d'un pote, le film remplissant complètement le cahier des charges en terme de beauté, d'action et d'humour. Après certes, le cinéaste n'invente rien, le scénario tient sur une feuille de papier à rouler mais bon... il est de bon ton parfois d'aller voir du pur spectacle décérébré surtout quand la place n'est qu'à 4€ à l'occasion de la Fête du Cinéma.

Tom Cruise joue ici le rôle d'un pillard des temps modernes, comprendre un éclaireur de l'armée américaine opérant en Irak qui au détour de certaines missions revend des antiquités à des amateurs d'art. Manque de pot, cette fois ci, il met à jour bien involontairement une tombe (une prison plutôt ?) d'une princesse égyptienne maudite qui a une forte propension à se réveiller d'entre les morts et qui cherche à tout prix à terminer un rituel vieux de plusieurs millénaires. La bête réveillée (plutôt sexy dans son genre d'ailleurs), les ennuis commencent et le rythme ne redescend pas d'un cran durant 1h50 de métrage.

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Tout d'abord, Tom Cruise est impérial dans son rôle. Voleur minable, ne prenant rien au sérieux, très gamin dans l'âme, on peut dire qu'il les accumule durant la majorité du film. Très drôle, second degré à donf, se moquant de l'image qu'il renvoie. L'alchimie fonctionne à plein régime avec le spectateur même si je n'arrive toujours pas à comprendre comment il réussit à garder un tel physique à son âge ! Incroyable, on finirait presque par devenir scientologue... non je déconne ! Le reste du casting sert bien la soupe après c'est un minimum pour un blockbuster. Personnages classiques, caricaturaux mais on retiendra un Russell Crow qui cachetonne bien et un ersatz de Rihanna très convaincant en momie pas contente du tout.

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On en prend plein les mirettes en terme d'action avec notamment une superbe séance de crash aérien en apesanteur. On ne fait que l'entrapercevoir dans la BA, elle dure bien 10 minutes au cinoche et franchement, j'ai rarement eu l'impression d'être autant au cœur de la scène et ceci sans 3D (faut pas pousser non plus !). De bonnes scènes de baston aussi avec des morts-vivants efficaces (ben oui les amis, une momie ça peut se créer une armée de garde du corps venus d'outre-tombe) et un héros qui encaisse vraiment bien les coups, ça en devient même très suspect ! Tempêtes de sable, course poursuite en forêt, visions ténébreuses, blagues à deux balles, choix cruciaux... tous les poncifs y passent mais ça fonctionne.

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Inutile d'en dire plus, le fan de péplum et de film fantastique que je suis a aimé ce plaisir purement régressif qui à priori en appellera d'autre sous la bannière Dark Universe d'Universal. L'idée serait de revenir sur les grands mythes fantastiques à travers une série de nouveaux films clairement calqués sur la mode des adaptations de comics qui fleurissent sur la toile depuis quelques années (pour le coup, je ne suis pas fan du tout !). Dis comme cela ce n'est pas rassurant et clairement les grands classiques n'ont aucune chance d'être égalés mais si ces futures productions procurent autant de plaisir simple que La Momie, pas sûr du tout que je fasse l'impasse !

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mardi 4 juillet 2017

"Bord de mer" de Véronique Olmi

 

Bord de mer

L'histoire : Elle vit seule avec ses deux petits garçons et pour la première fois les emmène en vacances. Cette escapade doit être une fête, elle le veut, elle le dit, elle essaie de le dire.

Ensemble ils vont donc prendre le car, en pleine nuit, sous la pluie. Les enfants sont inquiets : partir en période scolaire, partir en pleine semaine, partir en hiver à la mer les dérange. Et se taire, et se taire, surtout ne pas pleurer, surtout ne pas se faire remarquer, emporter toute ses affaires pour se rassurer, juste pour se rassurer, pour ne plus avoir peur de la nuit. Car demain tout ira bien, demain ils seront heureux. Au soleil, ils iront voir la mer.

La critique de Mr K : Attention, sacré claque ! Je suis ressorti tout chamboulé de cette lecture. Derrière une histoire toute simple, se cache une redoutable autopsie d'une vie ratée, d'un destin contrarié et cette fuite en avant de quelques jours dans une ville de bord de mer ne vous laissera pas indemne, je vous le dis !

Une mère célibataire décide de tout plaquer et de partir avec ses deux fils (Kevin 5 ans et Stan 9 ans) pour la mer. Cette escapade hors de leur réalité quotidienne doit leur permettre de faire un break, de penser à autre chose et pour les enfants de découvrir la grande bleue. Mais le temps n'est pas de la partie, l'angoisse monte chez la mère et les enfants, et l'on sent bien que quelque chose cloche, qu'un espèce de fatum sombre plane au dessus de la petite famille...

Quelle montée en pression mes amis ! Racontée à travers le point de vue de la mère, l'immersion est immédiate et plutôt classique au départ. C'est plutôt fun de partir à l'aventure sans vraiment prévoir le lendemain, les enfants d'ailleurs bien que surpris suivent leur mère avec des rêves et des espérances plein la tête (surtout le plus jeune). Mais très vite, on sent une certaine distance entre l’aîné et la mère. Stan ne voit pas d'un bon œil cette décision précipitée et commence à se rebeller. La mère totalement dépassée par sa vie égrainée au compte goutte au fil de légers flashback et de ses impressions nage en eau trouble, perd pied et commence à sévèrement chavirer de la cafetière.

Très vite l'ambiance devient glaciale, la génitrice s'éloigne inexorablement de la réalité (les passages se déroulant au contact de tierces personnes sont très parlants), l'atmosphère lourde contribue à un climat angoissant qui provoque suées et appréhension chez le lecteur pris au piège et hypnotisé par ce texte qui lorgne vers le morbide et la désespérance. Rajoutez à cela un aîné de plus en plus déconcerté par l'attitude de sa mère, un plus jeune souffrant d'être loin de chez lui et vous obtenez une mécanique infernale qui voit trois personnages pourtant unis par des liens très forts qui ne se comprennent plus.

Tout cela ne peut qu'aboutir à une fin éprouvante et dans le domaine, on fait ici très fort d'autant plus qu'on pense forcément à ce qu'on peut malheureusement lire parfois dans les journaux. Cet ultra-réalisme de tous les instants contribue à faire de ce livre un authentique bijou et un reflet très fidèle de la souffrance que l'on peut éprouver quand la vie ne nous fait pas de cadeau. D'une pureté mortifère, le destin de cette mère est à la fois émouvant, effrayant et totalement humain. En cela, on termine le roman sur les genoux entre horreur, tristesse et incompréhension. J'aime être bousculé et pour le coup, j'ai été servi au delà de mes espérances.

L'écriture est une merveille, l'auteur retranscrivant parfaitement l'état d'esprit de la mère. C'est brut de décoffrage, délirant parfois et emprunt d'une grande mélancolie. Touché en plein cœur, on ne peut lâcher l'ouvrage avant la toute fin et sa fulgurance (120 pages environ) contribue à sa force et sa portée. Certes l'expérience est éprouvante mais quelle puissance et quelle maestria ! Bord de mer est une lecture difficile à oublier et que l'on ne peut que conseiller malgré un fond extrêmement sombre. Avis aux amateurs !

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