lundi 8 août 2022

"Le miroir de Satan" de Graham Masterton

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L’histoire : Martin Williams, un scénariste, fait l'acquisition d'un miroir ayant appartenu à Boofuls, enfant-star d' Hollywood, assassiné en 1939 dans des circonstances aussi tragiques que mystérieuses. Les miroirs, c'est bien connu, peuvent être des portes sur d'autres mondes. Celui-là est une porte sur l'enfer, sur un "Hollywood à l'envers" où sous ses dehors de petit garçon angélique, Boofuls va se révéler la plus diabolique des créatures...

La critique de Mr K : Un bon plaisir régressif au programme d'aujourd'hui avec un Graham Masterton exhumé de ma PAL, un auteur que j’aime tout particulièrement lire en été, le genre épouvante convenant parfaitement à cette période d’accalmie au niveau taf et au climat surchauffé. Quoi de mieux donc qu’un ouvrage traitant de l’enfer et du Diable avec Le miroir de Satan, une variation très libre autour de l’œuvre de Lewis Carroll. J’y allais avec confiance vu la belle surprise que s’était révélé être Le Portrait du mal qui lui partait sur les pas d’Oscar Wilde. Ce fut ici une lecture très plaisante, addictive et très agréable malgré une fin quelque peu abrupte.

Être scénariste est loin d’être une sinécure. Loin d’être riche, Martin Williams vivote dans un Hollywood où la richesse semble à portée de main. Il ne s’en plaint pas pour autant, il vit pleinement sa vie de célibataire, multiplie les conquêtes et réalise quelques percées dans le marché des séries à succès comme l’Agence tout risque. Il a un projet secret, une marotte : celle de réaliser une comédie musicale sur un enfant-star assassiné violemment par sa grand-mère en 1939. Par un hasard surprenant, il se retrouve avec la possibilité d’acquérir des meubles lui ayant appartenu. Il jette son dévolu (il n’a en fait les moyens que pour ça) sur un grand miroir surmonté d’une figurine grimaçante et l’installe chez lui.

C’est bien connu, les miroirs capturent une partie de votre âme quand vous vous contemplez dedans, certains disent même qu’ils sont un lieu de passage vers d’autres mondes ou dimensions. Martin va l’apprendre très vite à ses dépens. Il commence par y voir des choses qui ne devraient pas y être et bientôt des échanges vont s’avérer possibles. Le simple fait surnaturel et inquiétant va devenir terriblement angoissant avec de premières apparitions glaçantes et des morts violentes qui s’accumulent autour de lui. L’enfant disparu semble avoir survécu et vivre de l’autre côté. Que se passerait-il s’il réussissait à traverser le miroir et à venir dans notre monde ? Le lecteur et le héros prit de panique ne vont pas tarder à le savoir !

Ce qu’il y a de bien avec cet auteur, c’est que ce n’est pas un tâcheron comme on en trouve un peu trop souvent dans le genre. Le style est étudié, fourni et pour autant très accessible et évocateur de scènes délirantes et effrayantes. Masterton s’y entend pour nous mettre les chocottes et il y est arrivé plus d’une fois avec moi avec cette lecture, je peux vous dire que je regardais différemment mon reflet dans le miroir de la salle de bain. On passe dans ce roman de moments calmes à de brusques accélérations narratives qui mettent mal à l’aise, la bienséance n’étant pas dans ces pages bien au contraire. Satan ne fait pas dans la dentelle et dans la morale première, il se déchaîne ici.

L’aspect fantastique est très bien rendu, insidieux et pernicieux, il baigne les pages d’une atmosphère glauque. On n’est pas déçu par cette immersion poisseuse, très progressive et qui voit les certitudes du héros fortement ébranlées. Les faisceaux de présomptions tournent vite aux révélations incroyables. A la moitié de l’ouvrage, on se rend compte que la simple histoire de revenant et d'objet possédé vire en quelque chose de bien plus important et que le sort du monde tel qu’on le connaît est en jeu. Surtout que les esprits finissent par se déchaîner et donnent lieu à des scènes bien gores dont l’auteur a le secret. Ça gicle bien, c’est bien sadique par moment, perso j’adhère et j’adore. Un bon Masterton recèle forcément des passages bien salés, et l’on n’est pas déçu sur ce plan là non plus !

En filigrane, on lit aussi une bonne critique bien senti du système hollywoodien, de la logique de succès et d’échec avec son lot d’âmes perdus et de laissés pour compte capables de tout pour réussir. Le milieu est bien pourri par l’argent, la quête de pouvoir et la volonté de n’en laisser aucune miette. Typiquement le genre d’enfer sur terre idéal pour faire germer un mal plus profond. L’auteur s’en donne donc à cœur joie et la jubilation est là encore totale. Un petit bémol, la résolution arrive tardivement et aurait mérité davantage de développement. Ce n’est pas bâclé pour autant, tout a une explication mais le climax installé aurait mérité d’être détruit de manière moins rapide et plus prolongé. Mais c’est un menu défaut je vous rassure.

Très bonne lecture donc que je ne peux que conseiller à tous les amateurs de frissons, d’ambiance de fin du monde et de paranoïa galopante. C’est efficace, bien mené et l’on n’est pas déçu.

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
Apparition
La Cinquième sorcière
- Le Jour J du jugement
- Le Trône de Satan
- Le Sphinx
- Magie maya

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vendredi 5 août 2022

"Pax et le petit soldat" de Sara Pennypacker

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L’histoire : La guerre est imminente. Lorsque le père de Peter s'engage dans l'armée, il oblige son fils à abandonner Pax, le renard qu'il a élevé depuis le plus jeune âge et envoie le garçon vivre chez son grand-père à cinq cent kilomètres de là. Mais Peter s'enfuit à la recherche de son renard.

Pendant ce temps, Pax affronte seul les dangers d'une nature sauvage et se trouve confronté à ceux de son espèce.

La critique de Mr K : Très très belle lecture que cet ouvrage qui m’a été prêté (ainsi que sa suite) par la professeur documentaliste de l’établissement. Pax et le petit soldat de Sara Pennypacker est un petit bijou, une pépite à mettre entre toutes les mains, une ode à l’amour, la fraternité et la compréhension entre les espèces. Et tout cela avec une écriture ensorcelante et un ton jamais lénifiant. Le tour de force est impressionnant et le roman rentre directement à mes yeux dans les classiques de sa catégorie.

Pax et Peter sont inséparables et s’aiment profondément. Pax le renard a été sauvé par Peter dès son plus jeune âge. Devenu un animal apprivoisé, il prend au sérieux son rôle de compagnon et de protecteur. Peter a grandi et est désormais aux portes de l’adolescence, le lien indéfectible avec Pax semble incassable mais le sort va être cruel. Une guerre éclate et le paternel de Peter va s’engager dans l’armée. Il doit confier son fils à son grand-père et il l’oblige à abandonner Pax dans la forêt. L’ouvrage démarre sur cet instant déchirant et va s’attacher ensuite, en alternant les deux points de vue des deux protagonistes principaux, à suivre leur parcours respectifs avec comme objectif de se retrouver. Les embûches vont être nombreuses et les deux amis vont évoluer et mûrir chacun de leur côté. Plus rien ne sera jamais comme avant...

Peter se retrouve donc chez un grand-père renfrogné et avec qui il n’a pas de véritables atomes crochus. Il décide très vite de partir sans prévenir et de rejoindre Pax là où il l’a laissé. Il ne peut se passer de son ami. Au cours de son périple, il va rencontrer Vela, une vieille dame vivant seule et isolée de tous dans la forêt. Suite à un accident, il va devoir rester chez elle un peu plus longtemps que prévu. Ce sera l’occasion pour lui de découvrir beaucoup de choses sur lui et le monde. Pax en parallèle se retrouve plongé dans la nature sauvage, il va se confronter à sa dure réalité, il n’est plus dans un milieu qu’il connaît et il doit tout apprendre. Il fera des rencontres déterminantes, vivra des expériences parfois très difficiles. Ces deux-là à distance vont donc expérimenter la vie et apprendre à se connaître pour aborder leur vie future.

Ce récit initiatique est très bien ficelé et d’une force évocatrice rare. En fait chaque chapitre, paragraphe peut être vu comme un événement ou une réflexion qui forge l’individu. Très métaphysique tout en restant en permanence accessible, c’est l’histoire de la vie qui nous est contée ici avec une simplicité, une clarté et une beauté de tous les instants. Que ce soit pour Peter ou Pax, leur parcours intérieur est très bien rendu, leur évolution est décrite avec justesse et tendresse. Connaître ses limites, savoir se transcender pour révéler sa vraie nature, écouter, comprendre et surtout progresser autant d’incontournables d’une existence que les jeunes lecteurs découvriront avec plaisir avec le style fluide et poétique d’une auteure vraiment douée qui sait s’adresser aux plus jeunes (et aux autres aussi !) sans les prendre pour des imbéciles. C’est louable et très réussi.

En filigrane, le contexte est terrible avec une guerre menaçante qui n’épargne personne. La tension est bien rendue, les peurs, l’inconnu mais aussi les destructions émaillent une histoire qui tourne parfois au tragique mais où émerge malgré tout de l’espoir et de l’optimisme avec nos deux héros qui ne baissent jamais les bras malgré l’adversité. Plaidoyer anti-guerre fin, une histoire pleine de sens et de subtilité, un portrait émouvant d’un lien enfant / animal, des illustrations magiques qui illustrent à merveille le livre font de Pax et le petit soldat une œuvre unique et essentielle qu’il vous faut découvrir au plus vite.

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mardi 2 août 2022

"La Brigade du rire" de Gérard Mordillat

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L’histoire : Il y a Kowalski, dit Kol, Betty, licenciée de l imprimerie où elle travaillait. Dylan, prof d'anglais et poète. Les jumelles Dorith et Muriel, pour qui la vie est une fête permanente. L'Enfant-Loup, coureur et bagarreur. Suzana, infirmière en psychiatrie. Rousseau, beau gosse et prof d'économie. Hurel, industriel, lecteur de Marx et de Kropotkine. Ils sont chômeurs, syndiqués, certains exilés, tous ont été des travailleurs. Pas des "cocos", ni des militants. Des hommes et des femmes en colère, qui décident de régler leur compte à cette société où l’autorité du succès prime sur celle du talent. Des samouraïs, des mercenaires, une redoutable fraternité constituée en Brigade du rire.

Leur projet ubuesque et génial tient à la fois de la supercherie que de la farce grotesque : kidnapper et faire travailler Pierre Ramut, l'éditorialiste vedette de Valeurs françaises, et, dans un bunker transformé en atelier, l'installer devant une perceuse à colonne pour faire des trous dans du dularium. Forcé de travailler selon ce qu'il prescrit dans ses papiers hebdomadaires, semaine de 48h, salaire de 20% inférieur au SMIC, productivité maximum, travail le dimanche , Ramut saura désormais de quoi il parle...

La critique de Mr K : Aujourd’hui chronique d’un ouvrage de Gérard Mordillat qui traînait depuis trop longtemps dans ma PAL. J’aime beaucoup cet auteur à la verve enveloppante qui ne m’a pratiquement jamais déçu (son dernier en date était un ton en dessous) et La Brigade du rire promettait beaucoup après lecture de la quatrième de couverture. La lecture fut très addictive, gouleyante à souhait et idéalement équilibrée entre rires et larmes.

La fameuse brigade regroupe d’anciens camarades d’une équipe de handball qui a connu de sacrés beaux succès il y a plusieurs décennies. Eux plus quelques unes de leurs proches se retrouvent bien des années après et, lors d’une soirée particulièrement bien arrosée, décident de passer à l’action. La conduite du monde les désespère et ils comptent bien marquer le coup. Ils enlèvent donc le penseur / éditorialiste néo-libéral fascisant Ramut et décident de lui appliquer son propre programme économique qui pointe du doigt la pseudo fainéantise du peuple et veut accentuer le pouvoir patronal. Il ne sera pas déçu et va connaître une expérience pour le moins éprouvante...

L’ouvrage propose une galerie de personnages tous plus truculents et ciselés les uns que les autres. Que ce soit d’un bord ou de l’autre car l’on suit aussi les proches de Ramut, les personnages sont comme d’habitude très bien croqués et quasiment tous attachants sauf certains personnages appartenant à la sphère du pouvoir médiatique qui se révèlent particulièrement méprisables et méprisants. On croise donc un patron d’entreprise marxisant, un professeur d’anglais poète, un garagiste coureur de jupon, un néo-chômeur révolté, un distributeur de films, un professeur d’économie, deux sœurs particulièrement délurées, une infirmière psychiatrique, une veuve inconsolable, un second couteau de l’édition aux dents longues ou encore d’autres personnages secondaires qui prennent tous leur importance au fil du déroulement de l’intrigue. Malgré ce nombre élevé de protagonistes, on ne se perd jamais et chaque élément du puzzle s’emboîte parfaitement avec les autres pour former une trame dense et riche en rebondissements.

On se prend très vite au jeu et l’on se plaît à côtoyer cette bande de joyeux drilles à la détermination féroce. L’histoire de l’enlèvement et de la séquestration est un prétexte pour explorer ces vies cabossées, très différentes les unes des autres où les peines de cœur, côtoient les difficultés professionnelles et les aléas de la vie. C’est aussi de grands moments de partage et de communion, des discussions à bâtons rompus pour refaire le monde, de beaux moments d’amitié et des passions charnelles dévorantes et inspirantes. Le champ d’investigation social est donc très vaste, provocant de multiples émotions chez le lecteur prit en otage de ces destinées bien souvent marquantes. Tout s’entremêle joyeusement, des liens apparaissent que l’on aurait pas vu venir et l’on se délecte de cette toile d’araignée littéraire savamment construite et très maline par moments.

On retrouve bien évidemment l’aspect engagé de l’auteur qui n’y va pas avec le dos de la cuillère une fois de plus avec une peinture acérée de notre monde. Les méfaits du néo-libéralisme à tout crin ne sont plus à prouver mais ses rouages profonds, ses motivations premières sont exposées ici avec clarté et une ironie cinglante. L’argent roi, le pouvoir des médias, l’endoctrinement des masses, l’appauvrissement intellectuel qui va de pair avec la recherche de la soumission du plus grand nombre font terriblement écho avec notre époque actuelle entre les complotistes allumés et les tenants du pouvoir à l’aplomb déconcertant et cynique. C’est juste, parfois jusqu’au-boutiste comme un bon coup de pied au derrière. Ça fait du bien !

C’est donc un très bon crû que ce Mordillat aussi rafraîchissant qu’engagé en faveur du peuple, des femmes et de la quête d’égalité qui nous fait tellement défaut de nos jours. À lire absolument.

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Les vivants et les morts
- Ces femmes là
- La Tour abolie
- Des Roses noires

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dimanche 31 juillet 2022

"Showman killer" de Jorodowsky et Fructus

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L’histoire : Mercenaire de l'espace, le Showman est un super-assassin né de l'imagination démoniaque d'un généticien. Dénué de toute émotion, formé à l'art des combats, il a été conçu pour tuer et seul l'or ou les joies simples propres à la mécanique de destruction lui procurent du plaisir. Pourtant, le destin de l'implacable Showman prend une nouvelle tournure quand il croise, lors d'une mission, la fascinante Ibis...

La critique de Mr K : Très bon et beau triptyque de bande dessinée SF prêté une fois de plus par l’ami Franck avec les trois tomes de Showman killer de Jodorowsky et Fructus. Space opera dantesque qui s’inscrit je trouve dans la lignées de La Caste des Métabarons et des Technopères que j’avais dévoré. Un empire en pleine déréliction, une menace venue d’un autre monde, un antihéros apathique qui ne pense qu’au fric sont au programme d’une œuvre qui dépote, régale les rétines et scénarisée de main de maître par un Jodorowsky une fois de plus en pleine forme.

Showman killer est une création ex nihilo d’un généticien fou qui cherche à obtenir l’assassin parfait, à savoir un être doué de pouvoirs uniques sans aucune once de conscience. On se garde bien de toute morale élémentaire dans ce type de quête et la naissance, puis l’apprentissage de Showman killer est terrible dans son genre. Très vite, la créature va se retourner contre son créateur et se mettre à son compte. Seul l’argent l’intéresse, dorénavant il se vendra au plus offrant. En parallèle, on suit l’omnimonarque, empereur d’un empire galactique puissant qui est tombé dans une sinistrose totale suite à la perte de sa femme qu’il aimait plus que tout. Il confie les rênes à une intrigante aux pouvoirs défiant toute imagination et qui poursuit d’obscurs desseins : la supra-hiérophante.

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Tout cela passe bien au dessus de notre héros qui se contente d’amasser richesses sur richesses. Tout va changer quand une femme fascinante lui apparaît et va finir par lui confier un bambin que tout le monde recherche, à commencer par la régente démoniaque. Commence alors une profonde mutation chez Showman killer, lui qui est imperméable aux sentiments voit son armure se fendre, il n’agit plus seulement pour lui et prend conscience qu’il est bien davantage qu’un tueur sans âme. On s’oriente alors vers un affrontement titanesque qui livrera ses conclusions dans un dernier tome fulgurant.

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Dès les premières planches, on est scotché par la beauté des dessins qui s’inscrivent dans la grande famille des dessinateurs cultes que sont Druillet, Caza et Moebius. Fourmillant de détails, colorés, animés, explosant les codes et les cases traditionnelles, on en prend plein les mirettes et l'ensemble donne à voir un univers gigantesque, bariolé, varié où technologie futuriste côtoie mysticisme et puissances spirituelles puissantes. Ça part loin dans le délire, on plane littéralement et l’on est vraiment transporté ailleurs sans que l’on puisse vraiment s’échapper.

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On retrouve les questionnements de Jodorowsky sur le pouvoir et ses errances, la famille et ses déviances (on va très loin parfois ici), la religion et les croyances, la confrontation des cultures. En soi, ce n’est pas novateur si on le pratique déjà depuis un petit bout de temps mais c’est efficace, très bien huilé et le background est vraiment fouillé et cohérent. On voyage beaucoup de monde en monde, on alterne espace sidéral et mondes inconnus totalement dépaysants avec leurs propres règles et lois physiques. Génial !

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La trame bien que classique est passionnante et les personnages charismatiques. À commencer par la supra-hiérophante qui est vraiment effrayante, machiavélique et en roue libre quand elle sent que les choses lui échappent. On croise aussi des créatures étranges, des dieux et déesses oubliés et à l’origine de tout un curieux personnage auquel au départ on donnerait le bon dieu sans confession. Le personnage principal gagne en épaisseur et lui qui m’indifférait quelque peu prend de l’ampleur et devient intéressant. Son second est quand à lui excellent de drôlerie, le parfait fait-valoir qui montrera une utilité des plus appréciables à certains moments clefs de l’aventure.

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Univers foisonnant, explorations de l’immensité sidérale et du soi dans des moments psychédéliques, lutte de pouvoir intense, actes immoraux et grands quêtes initiatiques font de cette BD une pure expérience qui laisse bouche bée. Les amateurs ne doivent pas passer à côté !

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jeudi 28 juillet 2022

"L'holocauste" de James Gunn

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L’histoire : Mort aux savants ! L'appel à une vengeance sanglante s'éleva dans le monde entier Les peuples avaient été soumis trop longtemps au pouvoir de la science. Maintenant ils exigeaient leur liberté, même au prix de la barbarie... même s'il leur fallait tuer tout homme dont le savoir menaçait leur ignorance. Hier John Wilson était un grand savant admiré... maintenant c'était un hors-la-loi, un fugitif, un homme traqué. Son intelligence était le signe ineffaçable de sa culpabilité et son unique et fragile chance de survie.

La critique de Mr K : De la SF vintage au programme de la chronique du jour au Capharnaüm éclairé. L’holocauste de James Gunn nous propose un récit en trois parties bien distinctes, chacune d’ailleurs publiée à part à l’époque (1956, 1969 et 1972 pour être précis), et une vision apocalyptique d’un futur où la science est accusée de tous les maux et où l’on chasse les scientifiques ! Édifiant et prenant, on est ici en présence d'un livre proposant une véritable vision et réflexion sur l’être humain, son rapport à la science et la foi.

John Wilson n’avait pas vu les choses venir. Un soir, en rentrant de chez des amis, il voit un incendie gigantesque qui consume l’université où il travaille. La foule s’est retournée contre les savants leur reprochant tous leurs écarts et surtout les tenant pour responsables de toutes leurs difficultés notamment sociales et économiques. Notre héros n’a pas le choix, il doit s’enfuir, le voila devenu un fugitif recherché qui va devoir traverser le pays pour trouver une échappatoire... C’est un cours résumé de la première partie car la deuxième change d’angle de vue avec un quasi huis clos angoissant et une troisième partie qui semble en bonne partie déconnectée totalement de John Wilson. Le lien finira par se faire dans un final de toute beauté.

La dystopie est des plus flippantes, le roman est court (256 pages seulement) mais il réussit à planter un background complet et bien ficelé. Logique de développement, division de la société, mise en place d’un nouveau régime, autoritarisme larvé puis totalement assumé, surveillance et politique raciste dans le sens où elle écarte toute une catégorie d’individus... autant de thématiques abordées de manière claire, ludique (si si malgré un fond des plus sombres) et éclairante bien des fois. Chacun y retrouvera des allusions à des périodes charnières de notre Histoire commune. J’y ai pour ma part vu une belle parabole sur le Maccarthysme qui a sévi aux USA dans les années 50.

Le héros est brinquebalé pendant tout le roman. Perdu, décalé dans ce monde en pleine déréliction mais très intelligent et réfléchi, il doit survivre puis se défendre lors d’un procès. Face à la haine la plus crasse, le ressentiment aveugle de ses congénères, il va devoir ruser, argumenter et prouver son innocence. Ces passages sont assez jouissifs et donnent à lire de beaux raisonnements philosophiques sur la science, ses objectifs, sa méthode mais aussi ses limites et son manque d’humanité parfois. Lien avec la religion, la foi du scientifique est mise à l’épreuve face aux rouages de la machine répressive et les exactions dont il est victime. Bien que classique dans sa caractérisation, le personnage m’a plu et livre de belles saillies qui font mouche.

L’ouvrage se lit tout seul. Il est un peu daté c’est vrai dans le style mais il est très immersif, évoque des problèmes cruciaux dans le développement humain et propose une trame bien plus riche qu’elle n’y paraît de prime abord. Les amoureux de SF peuvent y aller, c’est une petite perle dans son genre.

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mardi 26 juillet 2022

"Du domaine des Murmures" de Carole Martinez

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L’histoire : En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire "oui" : elle veut faire respecter son voeu de s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe... Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l'entraînera jusqu'en Terre sainte.

La critique de Mr K : En 2016, je découvrais Carole Martinez avec le fantastique Le Cœur cousu, un ouvrage qui m’avait marqué à la lecture et qui m’encourageait à poursuivre ma découverte de l’auteure. Mais voila, le temps a passé... Elle s’est rappelée à moi lors de la découverte Du domaine des Murmures dans une boîte à livres dans notre coin, un ouvrage qui m’avait en plus été fortement recommandé par la documentaliste de mon établissement. Une fois de plus, ce fut une expérience incroyable avec au bout un plaisir de lire absolu et des souvenirs plein la tête.

Esclarmonde, fille de noble, a 17 ans et va se marier. Comme il est de coutume à l’époque, on se marie par intérêt dans les hautes sphères de la société, il faut forger ou consolider des alliances, on court la dot et l’on réfrène ses sentiments. C’est mal connaître notre héroïne qui plante tout le monde le jour J et décide de se consacrer à Dieu et se fait emmurer à la chapelle du château ! À travers ses yeux, nous suivons sa situation mais aussi celle des familiers de la maisonnée quitte à faire des milliers de kilomètres grâce aux témoignages et messages que reçoit l’héroïne devenue Sainte par son choix et qui reçoit nombre de pèlerins. Mais être emmurée ne veut pas forcément dire qu’elle est totalement coupée du monde et elle n’est pas au bout de ses surprises et de ses épreuves...

Se déroulant au Moyen-Age, ma période préférée en Histoire, la reconstitution est parfaite. On est vraiment immergé dans ce monde bercé par la religion et les croyances païennes. On ne rigole pas avec la foi et les commandements en ce temps-là mais on est aussi très précautionneux envers les intersignes, ces manifestations naturelles (ou non ?) qui font partie du quotidien à une époque où la science n’existe quasiment pas. Il est donc souvent fait référence aux pêchés, aux vertus, à la foi qui transporte des montagnes, à des fantômes ou autres esprits qui peuvent venir troubler vos nuits... L’aspect spirituel de la destinée d’Esclarmonde est très bien construit et fait écho à son époque, lui donnant une grâce dans l’abnégation, une aura saisissante.

Le personnage d’Esclarmonde est passionnant. La jeune fille de 17 ans, par son choix, va opérer un virage à 180 degrés dans une existence qui était jusque là balisée. En rupture avec sa famille et le monde, elle va se réinventer, se muter en femme forte, en sainte dans sa prison de briques où il lui arrive bien des choses (aucun spoiler mais c’est dur) et le vent des rumeurs et des colporteurs lui permettent de témoigner de l’évolution du domaine mais aussi le devenir de personnages pourtant partis bien loin faire croisade pour récupérer la ville sainte de Jérusalem. Bien que non actrice des faits relatés, sa voix porte et apporte renseignements, une peinture fort réussie de ce Moyen-Age souvent fantasmé à outrance. Esclarmonde apparaît alors comme une figure féministe à sa manière, une résistante mais aussi une personne fragile au destin brisé.

Les émotions se multiplient donc dans le crâne du lecteur surtout que malgré sa réclusion, elle continue d’entretenir des relations avec certaines personnes qui viennent la visiter : son fiancé transi d’amour devenu poète émérite, les servantes de la famille qui lui restent fidèles, le chanoine du domaine ou encore les centaines de personnes qui viennent lui demander son aide. Mais il y a aussi les petites trahisons, les tensions sous-jacentes et des révélations qui peuvent changer la donne, l’ouvrage prend alors une direction plus dramatique qu’elle ne l’est déjà.

Comme pour Le Cœur cousu, cet ouvrage se lit d’une traite avec passion et addiction. La langue poétique à souhait, accessible, souple, évocatrice, procure un plaisir de lecture immédiat et durable. Le voyage est total, prenant et absolument grandiose. On arrive au mot fin avec délectation et une once de déception tant on aurait voulu que l’expérience perdure. Un grand roman pour une grande écrivaine. Vous savez ce qu’il vous reste à faire !

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samedi 23 juillet 2022

"J'ai tué le Soleil" de Winshluss

J00365L‘histoire : Avec pour unique bagage un sac à dos et un fusil à la main, un homme marche en quête de nourriture. Il tente de survivre jour après jour dans une nature belle mais sauvage. Et il s'en sort plutôt bien, quand il n'est pas surpris par un ours ou par une meute de chiens errants. Calme, il paraît pourtant seul au monde. Qui est-il ? Pourquoi son regard vrille-t-il d'un coup lorsqu'il découvre une empreinte de chaussure dans la neige ?

La critique de Mr K : Un bonne bande-dessinée post apocalyptique au programme de la chronique du jour au Capharnaüm éclairé avec J’ai tué le soleil de Winshluss, un auteur que l’on apprécie à la maison notamment avec le très punk In god we trust, une revisite hilarante de la Bible ni plus ni moins !

Le démarrage est très classique. On suit un homme seul, barbu dans un monde où il n’y a plus personne. Le danger est cependant partout notamment des hordes de chiens errants affamés. Errant au gré de ses besoins, il visite maisons abandonnées et autres petites villages pour y trouver de quoi subvenir à ses besoins. C’est le règne du silence, l’humanité résumé à sa plus simple expression face à une nature désormais libérée de l’empreinte de nos civilisations et qui commence à reprendre ses droits. La "rencontre" avec l’ours à ce propos est assez savoureuse ! Volontiers contemplative, cette première partie s’attache à suivre Karl dans son quotidien survivaliste et il y a peu à lire sauf les jurons du héros face aux difficultés et un méga flippe face à une meute de chiens.

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Puis, on vire dans une autre ambiance. Il finit par croiser des humains patibulaires qui veulent exécuter un homme, l’altercation est furieuse et notre héros sauve le membre d’une communauté qui vit en marge. Cet accès de fureur, ces réflexes guerriers interrogent le lecteur, les réponses vont venir durant le séjour qui débute pour Karl avec des flashback qui éclairent son passé et donne à voir un tout autre visage à cet homme qui semblait simplement bourru jusque là. Les révélations pleuvent et notre antihéros surprend et effraie à la fois...

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Deux parties, deux climax traités avec finesse avec le trait si particulier d’un dessinateur qui semble s’être s'éclater dans sa proposition. Noir et blanc cendré, longues planches descriptives et irruption momentanée et fulgurante d’actions souvent bien thrash, le monde d’après fait peur et l’immersion est totale. L’avenir est ici très noir, l’espoir bien mince et l’on explore les instincts primaires de l’homme comme jamais même si par moment une pause apparaît, une lueur dans la nuit mais pas pour longtemps.

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L’ouvrage se lit tout seul, malheureusement trop rapidement (seulement 20 minutes pour moi), presque un goût de trop peu alors que l’ouvrage se compose tout de même de 148 pages. Plus qu’une BD post-apocalyptique de plus, J’ai tué le soleil présente une étude de personnage fouillée et complexe, un pur bonheur qui montre bien qu’on peut aborder un genre très codifié tout en respectant ses lecteurs, en leur proposant une vraie réflexion sur notre espèce. Du caviar à consommer sans modération !

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jeudi 21 juillet 2022

"Riches, cruels et fardés" d'Hervé Claude

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L’histoire : Luxe, sable et volupté... A la limite de la jungle australienne, face à la Barrière de corail et à des centaines de kilomètres de la première ville, se trouve un hôtel quatre étoiles... Un lieu pour touristes fortunés triés sur le volet, qui savent ce qu'ils viennent chercher et qui veulent la paix. L'isolement pourtant, privilège ultime des riches, peut devenir l'enfer. Un ouragan se déchaîne et les voilà coupés du monde. Les comportements changent. Des crocodiles sortent de l'eau devenue boue. La pluie tombe comme les arbres et un premier cadavre est découvert. Il n'en faut pas plus pour que les solidarités se lézardent. Personne, finalement, ne connaît son voisin... Personne ne sait s'il pourra s'en sortir ni qui sera la prochaine victime...

La critique de Mr K : J’ai dégoté cet ouvrage lors d’un chinage, la quatrième de couverture m’a bien plu et le nom de l’auteur me disait quelque chose sans que je puisse vraiment remettre une tête, une situation sur le patronyme Claude Hervé. C’est plus tard, en le googlisant que l’évidence se fit. Hervé Claude est un ancien journaliste de France Télévision puis d'Arte qui a notamment présenté le journal télévisé. Quelle reconversion ! Dans Riches, cruels et fardés, il nous offre un thriller se déroulant à l’autre bout du monde, dans un resort reculé où se retrouvent des membres éminents de la communauté gay et où va se dérouler un véritable jeu de massacre sous les auspices d’une terrible tempête qui sévit...

Au fil de la lecture, on suit le point de vue de différents protagonistes qui participent de près ou de loin aux événements. Il y a tout d’abord Ashe, un inspecteur flegmatique bossant pour des assurances et que l’on retrouve à plusieurs reprises. D’autres chapitres montrent l’action à travers les yeux de touristes venus se détendre et/ou connaître le grand frisson dans un resort au bord de la mer en Australie, près de la grande barrière de corail. L’ambiance est plutôt paisible, on est loin des grands rassemblements festifs propres à cette communauté parfois haute en couleur. Il y a beaucoup de couples plus ou moins en bon état, les dîners sont calmes. Cependant des tensions apparaissent notamment entre le patron et certains employés. Rien pourtant qui préfigure ce qui va suivre...

L’ouvrage démarre donc lentement, l’auteur se plaisant à s’attarder sur chacun pour bien caractériser leur situation, leur caractère. Je dois avouer qu’il faut être patient, rien de phénoménal ne se déroule sur les cent premières pages. Certes les personnages intriguent mais on se demande bien où cela va nous conduire. Puis c’est une disparition et un premier cadavre retrouvé sur la plage et les éléments qui commencent à se déchaîner. Les tensions entraperçues vont alors prendre de l’ampleur, des liens se font entre chacun, des rapports ambigus, cachés, qui accélèrent les choses mais en même temps brouillent les pistes. Le rythme s’accélérant, on n’est pas au bout de nos surprises avec des révélations parfois fracassantes et une noirceur de plus en plus palpable au Paradis.

L’ambiance change alors du tout au tout, on vire dans le noir le plus pur, voire le glauque. La nature humaine se révèle souvent dans des situations extrêmes où nos certitudes sont mises à l’épreuve. C’est le cas ici avec des limites de plus en plus poreuses entre bien et mal, la fin en la matière se garde bien de tout manichéisme et m’a pour le peu surpris et plutôt enchanté. Le croisement des regards permet de lever peu à peu les zones d’ombre et donne à voir une complexité dans l’architecture de la trame que l’on ne soupçonnait pas au débat. On reste cependant dans du classique et sans doute les plus armés d’entre vous devineront la fin avant qu’elle soit écrite. Pour ma part, je me suis laissé porter.

Sur le plan formel et stylistique, nous n’avons pas affaire à un ouvrage qui révolutionne le genre. On était ici dans le graduel et l’efficace, la langue est souple et les pages se tournent toutes seules. Au final, on ressort de cette lecture content mais pas transporté, peut-être manquait-il un tout petit supplément d’âme pour que cette lecture soit vraiment marquante. Reste un bon plaisir de lecture qui conviendra aux amateurs du genre.

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mardi 19 juillet 2022

"Un Homme de goût" de Cha et Eldiablo

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L’histoire : Jamie Colgate, ex-flic en retraite anticipée, a une obsession : remettre la main sur le salopard qui l'a un jour laissée à moitié morte et tué son chien adoré. Mais le dangereux criminel qu'elle traque depuis plus de vingt ans est loin d'être un homme ordinaire. Il assassine depuis si longtemps et avec une telle efficacité que les pires tueurs en série ne peuvent lui être comparés. Quelle justice humaine appliquer à celui qui semble être un monstre sorti d'un placard plutôt qu'un homme ?

La critique de Mr K : Bonne pioche encore à mettre au profit de l’ami Franck avec ce prêt éclairé et propice au plaisir de lecture. Je retrouve le duo Cha et Eldiablo après mon expérience très positive de Pizza roadtrip. Un Homme de goût est moins débridé dans le rythme et les personnages mais tout aussi réussi et diablement prenant avec en plus une dimension créative et des choix stylistiques surprenants et réussis.

Jamie Colgate après plus de vingt ans de chasse a enfin réussi à mettre la main sur Nekros, un serial killer qui sévit depuis trop longtemps et qui l’a laissée pour morte des années auparavant. La situation semble être à son avantage mais c’est mal connaître ce monstre à la nature étrange. Résistant, doté d’un réseau et d’une fortune imposants, semblant immortel, il retourne la situation à son avantage et se livre alors au jeu des révélations.

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On se prend immédiatement au jeu de cette chasse à l’homme qui se transforme rapidement en un récit fantastique de haute volée mêlant flashback et rebondissements actuels. Cela donne lieu a des choix différents de coloris, de style selon l’époque où se déroule le récit, un choix artistique réussi et qui explose bien souvent les rétines. Cha est décidément une grand dessinatrice et je trouve qu’elle franchit encore un pas avec cette œuvre où elle explore différentes techniques. Elle m’a plus d’une fois surpris et émerveillé. Bravo à elle !

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Pour revenir au récit, il y a donc plusieurs histoires dans la même histoire en quelque sorte pour un personnage intrigant puis très vite inquiétant de par son cynisme. On explore les époques avec délice en alternant les tons. On est parfois dans l’épique, dans le conte, le polar, le factuel pur et l’on plonge dans les temps anciens ou même les ghettos des seventies aux USA. C’est varié mais pour autant tout cela forme un tout cohérent à la portée renversante. L’histoire se déroule bien, multiplie les embardées et la fin (bien qu’un peu attendue) est un bel aboutissement.. du moins pour nous lecteur, Jamie elle n’a pas fini d’en baver...

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Cet ouvrage se lit donc d’une traite avec grand plaisir. Ce mélange d’enquête policière et de fantastique est une vraie et grande réussite que l’on ne peut que recommander. Alors ? Qu’est-ce que vous attendez ?

samedi 16 juillet 2022

"Voici l'homme" de Michaël Moorcock

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L’histoire : Il s'appelait Karl Glogauer.

Il avait remonté le temps, du milieu du XXe siècle jusqu'en l'an 28, pour chercher le Christ et assister à sa crucifixion. Maintenant qu'il se trouvait sur la Terre Promise, il venait de rencontrer Jean-Baptiste, le prophète, et déjà il lui parlait de celui qu'il désirait voir et dont l'image le hantait depuis toujours bien qu'il fût incroyant.

Mais Jean le Baptiste le regardait, un rien stupéfait. Comme si l'on avait à l'instant prononcé le nom de Jésus de Nazareth pour la première fois devant lui...

La critique de Mr K : Que j’aime cet auteur ! Qu’il touche à la science-fiction ou à la fantasy c’est toujours carton plein. Une imagination débordante, un style qui dépote, un ton décalé qui fait mouche et surtout aucun filtre, une dimension de son talent qui prend tout son sens ici. Dans Voici l’homme, Michaël Moorcock propose une variation autour du voyage temporel et s’attaque à la figure de Jésus-Christ ni plus ni moins. C’est brillant, source d’un grand plaisir de lecture et l’on ressort à nouveau ébloui par cet auteur décidément très talentueux.

Karl débarque en plein premier siècle de notre ère avec une idée fixe : assister à la crucifixion de Jésus. Ce psychologue de formation, à la vie mouvementée, part rencontrer Jean le Baptiste et quand il lui pose des questions sur Jésus, celui-ci lui demande de qui il peut bien parler ! Quel choc pour notre héros ! C’est le début d’un autre voyage, un voyage initiatique sur les traces du Sauveur mais aussi une quête de soi qui va mener vers un dénouement absolument génial !

Cet ouvrage livre tout d’abord un portrait très poussé de notre voyageur temporel. Via la technique répétée du flashback, Moorcock revient sur l’enfance, l’adolescence, les premières expériences, son métier de psychologue, ses rencontres. Cela occupe quasiment la moitié du livre. C’est bienvenue car ces passages mettent en perspective le récit, éclaire le lecteur sur les motivations profondes de Karl et proposent des réflexions métaphysiques. Son parcours tortueux est très parlant, on sort clairement de l’archétype de l’explorateur solide et déterminé, à l’épreuve de tout et surtout de lui-même. Perfectible, dans le doute voire dans des états seconds, Karl par son humanité relance tout un mythe et va quelque peu bouleverser les choses -sic-.

Un peu à la manière d’un Scorsese dans son film La dernière tentation du Christ (très bon film) ou encore le génial L’Agneau de Christopher Moore, cet ouvrage heurtera les fondamentalistes et les tenants de la doctrine officielle de l’Église. La nature du Christ, la personnalité de ses parents "terrestres", la crudité de certains propos tranchent et apportent une tonalité toute particulière à l’ouvrage. Cet aspect uchronique avec en plus des références à l’effet papillon brouillent les pistes, désacralisent un mythe tout en le rendant humain, plus proche de nous, plus palpable.

Le voyage dans le temps bien que présent est finalement assez secondaire, la trame se concentrant essentiellement sur le parcours du héros dont le voyage ne se passe pas vraiment comme prévu, la petite histoire rencontre la grande à bien des occasions. Chancelant très vite, se posant nombre de questions existentielles, les certitudes de Karl sont vraiment mises à mal et l’on devine au 2/3 de l’ouvrage ce qu’il va advenir de lui. C’est brillamment construit, très progressif et la fin nous laisse sur les genoux (dans le bon sens du terme).

Dès les premiers chapitres, l’auteur nous met le grappin dessus avec son sens de la mise en scène, de la caractérisation rapide. L’ouvrage ne s’embarrasse pas de longues descriptions, Moorcock va ici à l’essentiel. Il plante sa situation, présente ses protagonistes avec concision et un sens de l’économie de mots qui permet à la trame de décoller assez vite. La variation des époques, les liens entre passé / présent / futur rajoutent à l’ensemble une haute teneur et offrent un récit vraiment addictif, titillant la curiosité du lecteur qui construit ses hypothèses comme il peut (et avec délectation).

On passe donc un excellent moment avec cette lecture à la fois fraîche (malgré une parution déjà ancienne, 1977), éprouvante parfois (le parcours intime du héros) et source de nombreuses réflexions. Moorcock frappe encore et conjugue toujours écriture limpide et fabuleuse imagination. Un voyage à nul autre pareil que je vous invite fortement à entreprendre à votre tour.

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