mercredi 21 septembre 2016

"Un Petit boulot" de Pascal Chaumeil

Un petit boulot afficheL'histoire : Jacques habite une petite ville dont tous les habitants ont été mis sur la paille suite à un licenciement boursier. L'usine a fermé, sa copine est partie et les dettes s’accumulent. Alors quand le bookmaker mafieux du coin, lui propose de tuer sa femme, Jacques accepte volontiers...

La critique Nelfesque : Voilà un film que j'ai eu envie de découvrir suite au visionnage de sa bande annonce. J'aime beaucoup Romain Duris (encore plus maintenant qu'il a pris de l'âge) et j'ai une grosse tendresse pour Michel Blanc. De bons arguments de départ pour aller voir "Un Petit boulot" au cinéma non ?

Cela fait un moment que je ne m'étais pas déplacée en salle. Ces derniers temps, mis à part un film cet été, peu de longs métrages ont trouvé grâce à mes yeux ou m'ont donné envie d'aller au cinéma. Et pourtant je suis cinéphile... Avec "Un Petit boulot", film sans prétention et loin des blockbusters, au ton léger et au sujet sensible, j'ai retrouvé le plaisir de ressortir d'une salle obscure avec le sentiment d'avoir vu un film atypique. On est loin des énièmes sorties de comédies françaises qui utilisent toujours les mêmes ficelles comiques et ne me font plus rire depuis longtemps. Ici, la subtilité, l'humour, le second degré et le cynisme sont au rendez-vous. Servis avec des dialogues qui font mouche et une brochette d'acteurs doués, c'est un peu plus d'1h30 de sourires aux lèvres et d'éclats de rire qui nous attendent.

Un petit boulot 3

Suite à un plan social et à la fermeture de son usine, Jacques (Romain Duris) se retrouve au chômage. Alors que certains de ses anciens collègues et amis ont retrouvé une activité (légale ou non), Jacques reste sur le carreau et voit son couple se briser. Des conditions de vie difficiles que de plus en plus de français connaissent aujourd'hui. Joueur, il fait quelques parties de poker dans le cercle de jeux clandestin de Gardot (Michel Blanc) et lui doit de l'argent. Pour le sortir des ennuis, ce dernier lui propose de tuer sa femme. Un moyen pour lui de joindre l'utile à l'agréable en se débarrassant de sa moitié qui vient de le tromper tout en épongeant les dettes de Jacques. Intègre, Jacques a du mal avec cette idée mais peu à peu se laisse séduire par cette proposition. Commence alors une série d'actions et d'événements tous plus WTF les uns que les autres !

Un petit boulot 4

L'humour est omniprésent dans ce film. Michel Blanc, qui est à l'adaptation du roman de Iain Levison (qu'il faut que je lise !), au scénario et aux dialogues, réussit à détourner des sujets graves (précarité, chômage, désespoir...) et s'en servir pour amener le spectateurs à rire de situations ubuesques. "Un Petit boulot" donne à réfléchir sur notre époque, sur les choix manageriaux de certaines sociétés, le sens de la vie, la notion de bonheur. Comment un honnête homme, avec des principes de vie, peut-il en arriver à tuer pour de l'argent ? Jusqu'où peut aller l'humiliation sociale sur un père de famille avant qu'il ne choisisse d'en finir avec la vie ? Tous les acteurs, premiers et seconds rôles, sont impressionnants de crédibilité et de naturel ici : Romain Duris en tueur amateur, Michel Blanc en mafieux de seconde zone, Kervern en mari dépassé et Alex Lutz en petit cadre odieux et tête à claque...

"Un Petit boulot" est un petit film qui fait du bien. Donnant à réfléchir tout en divertissant, il ne prend pas le spectateur pour un idiot et, même si il ne surprend pas dans son déroulement, souffle un vent de fraîcheur sur la comédie française et les films grand public. Une vraie réussite !

Un petit boulot 5

La critique de Mr K : 4/6, une bonne comédie noire qui a le mérite de fonctionner à plein régime et qui remplit pleinement sa mission de divertir. Tout est réuni pour la réussite entre scénario bien huilé, acteurs talentueux et répliques efficaces.

Un ouvrier au chômage se voit proposer par le caïd local un petit boulot d'un genre particulier : tuer sa femme, une ex stripteaseuse qui s'envoie régulièrement en l'air avec un pilote de ligne (sic). Difficile de dire non quand on n'arrive plus à joindre les deux bouts (les dettes s'accumulent) et que la vie ne nous sourit plus depuis longtemps (la copine s'est barrée). Jacques va enfiler les habits de tueur à gage et le pire c'est que ce n'est pas pour lui déplaire !

Un petit boulot 2

Derrière ce scénario prétexte qui ne garantit pas beaucoup de surprises (c'est le seul gros point noir du métrage), on retrouve des thématiques plus sérieuses en sous-texte : la précarité sociale, le mépris des puissants envers les petits (le passage avec Alex Lutz est génial), la nécessité de s'entraider. Pas de pathos ici, mais des références à dose homéopathique qui permettent de brosser un portrait au vitriol d'une société française bien malade. La comédie est le terrain idéal pour faire passer quelques messages et ce film n'en fait pas l'économie. Un très bon point.

Et puis, il y a l'aspect comédie pure qui marche parfaitement avec un Michel Blanc au top de sa forme, sa composition de parrain de troisième zone flirte avec la perfection, ça en devient presque naturel. Il est magnifique, chaque phrase qu'il prononce claque littéralement et c'est pour ma part mon personnage préféré entre humour à froid et chaleur humaine envers Jacques. Romain Duris n'est pas en reste et c'est une surprise pour moi qui ne goûte guère à cet acteur depuis quelques années, le trouvant souvent répétitif dans ses choix de rôle et enfermé dans un certain jeu d'acteur. Il est ici une fois de plus barré mais ajoute une dimension sensible non dénuée de nuances qui m'a touché. Bon ça reste tout de même de la grosse rigolade les 3/4 du film mais il est vraiment bon dans celui-ci. Mention spécial au grolandais Gustave Kervern (mon beau !) toujours aussi juste dans son jeu et que je découvrais, surpris, dans ce film (je n'avais pas vu le casting avant d'entrer dans la salle de cinoche).

Un petit boulot

On passe donc un excellent moment avec quelques passages vraiment bien délirants où l'humour noir se dispute aux situations cocasses voir totalement délirantes. Certainement pas le film du siècle mais une belle réussite que vous pouvez aller voir en toute circonstance car il fait mouche à tous les coups entre thriller, fable sociale et cynisme assumé.

Posté par Nelfe à 16:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

mardi 20 septembre 2016

"Comment tu parles de ton père" de Joann Sfar

Comment tu parles de ton pèreL'histoire : "Papa est né l'année où tonton Adolf est devenu chancelier : 1933. C'est l'année où pour la première fois on a découvert le monstre du Loch Ness. C'est l'année, enfin, où sortait King Kong sur les écrans. Mon père, c'est pas rien."

La critique Nelfesque : Joann Sfar est un artiste du genre prolifique. Écrivain, réalisateur, dessinateur, pour cette Rentrée Littéraire, il est omniprésent sur les étals des librairies : avec "Le Niçois", roman édité chez Michel Lafon en mai dernier, "Fin de parenthèse", BD sortie il y a quelques jours en librairie et dont je vais vous parler très prochainement (teaaaser) et ce présent ouvrage sorti mi-août. Je ne parle même pas de son expo sur Salvador Dali inaugurée début septembre à l'Espace Dali à Paris... Cet homme est partout ! Cela agace sans doute certains, de mon côté je m'en réjouis puisque Sfar je l'aime sous toutes ses formes. Pour son talent, ses qualités humaines et ses oeuvres qui me touchent. Alors, qu'en est-il de "Comment tu parles de ton père" ?

Ce livre est à part. Ce n'est pas un roman, ce n'est pas un essai. Ce sont les confidences d'un homme qui vient de perdre son père et qui veut lui rendre un dernier hommage sincère. Lui dire qu'il pense à lui, lui dire ce qu'il retiendra de lui, lui dire ce qu'il lui a appris et qu'il l'aime. Sans édulcorer la réalité, sans essayer de donner une portée universelle à ses propos, Sfar nous chuchote ses pensées personnelles parfois de façon décousue, comme un besoin viscéral. Une longue lettre qu'il aurait pu garder pour lui seul, qu'il aurait pu écrire pour son père sans jamais la faire éditer et qu'il partage tout de même avec nous.

Faut-il être fan de Joann Sfar pour apprécier cet ouvrage ? Certes, "Comment tu parles de ton père" n'est pas trépidant ou croustillant, il ne s'y passe pas grand chose et les faits qui y sont relatés sont plus du registre de l'anecdote et de la vie ordinaire mais avec ces 150 pages, l'auteur dit sa peine, sa nostalgie, des sentiments que nous avons tous éprouvés à la perte d'un être cher. Entre rires et larmes et toujours avec une plume légère, second degré parfois et sans pathos, il nous raconte son existence. La perte de sa mère, son quotidien avec son père, sa vie de famille, ses peines de coeur...

Lu en une après-midi, je n'ai pas pu décrocher de ce livre. J'ai été émue, j'ai pleuré (particulièrement au chapitre 24 tant ce dernier a fait remonter des souvenirs douloureux), j'ai ri du ton employé et du caractère sanguin de Sfar père. Il se dégage beaucoup de douceur de ces pages, beaucoup de nous aussi. A travers son ouvrage pour son père, il parle de nos pertes, nos deuils... Un concentré de vie de tous les jours, un petit moment avec Joann que je vous conseille de partager. On en ressort apaisé. En faisant son deuil, Joann Sfar nous aide à faire le nôtre.

lundi 19 septembre 2016

"Le Journal de Zlata" de Zlata Filipovic

zlata

L'histoire : 1991, Zlata a onze ans lorsque la guerre éclate à Sarajevo. Du jour au lendemain, l'insouciance de la jeunesse laisse place à l'indignation. Les jeux, l'école et les rires ont disparu devant les tirs incessants, la mort des proches, les nuits d'angoisse dans les caves. Pour dire sa colère, il ne reste à Zlata que son journal, tendrement surnommé Mimmy. "L'horreur a remplacé le temps qui passe", écrit-elle avec une lucidité poignante.

La critique de Mr K : Voici un livre culte dont j'avais beaucoup entendu parlé via des collègues et des connaissances du web. À chaque fois, le même son de cloche : tu verras ce livre est poignant entre tous, c'est la vision de la guerre par une enfant lucide et la Anne Frank de la guerre en Yougoslavie. L'occasion s'est présentée lors d'un chinage de plus d'adopter Le Journal de Zlata et d'enfin pouvoir lire ce phénomène. Franchement, ce fut une grosse claque comme on en connaît rarement, un texte d'une pureté formelle et au contenu à haute émotion qui nous tient au cœur et aux tripes.

Le journal débute début septembre 1991 à l'aube de la rentrée des classes. Zlata a hâte d'aller à l'école. Excellente élève, grande lectrice, elle aime apprendre et a l'avenir devant elle. Elle a beaucoup d'amis et comme tous les enfants de son âge, elle vit au rythme de sa vie de famille et de ses amis qu'elle a nombreux. Elle aime Michaël Jackson, regarde les clips sur MTV, joue à la poupée Barbie et regarde le monde avec un optimisme attendrissant. Tout va basculer lors de l'invasion de son pays par les troupes serbes et le siège de Sarajevo où elle habite. C'est le début de l'horreur qui va monter crescendo et fissurer toutes les certitudes de Zlata qui va devoir survivre avec sa famille et va grandir d'un coup, trop vite même face aux événements dramatiques qu'elle va vivre avant son extraction avec sa famille vers la France.

Rapidement, le simple journal d'une petite fille de onze ans change de forme et de thématique. Du simple journal quotidien d'une enfant innocente, les écrits se teintent de réflexions sur la politique et la guerre. Elle peint aussi de saisissants tableaux des relations humaines des habitants de Sarajevo et notamment de son quartier entre entre-aide et débrouille au jour le jour. Elle ne nous épargne rien de ses émotions et sentiments. Au départ, le choc de la guerre la fait décrire le moindre bombardement, le moindre blessé ou mort par balle (les snipers sur les collines environnantes n'épargnent aucune personne passant dans leur visée), les coupures de gaz et d'électricité. Et puis le temps passe, les exactions continuent et l'exceptionnel devient banal. Il perdure toujours un peu d'espoir dans l'esprit de Zlata mais elle s'habitue sans se résigner au conflit et aux horreurs qu'il produit.

Le quotidien est donc très difficile et entravent les aspirations de Zlata : retourner à l'école, continuer de suivre ses cours de piano, aller voir ses grands-parents de l'autre côté du pont ou les autres membres de sa famille en dehors de Sarajevo (impossible vous imaginez bien), visiter ses amis et s'amuser tout simplement. Elle voit ses parents s'inquiéter de plus en plus et ne peut que constater les ravages de la guerre tant au niveau de la ville que dans l'esprit des gens. Cette lente et progressive dégradation des choses est remarquablement décrite dans la langue simple et cristalline de Zlata qui comme beaucoup d'enfants de là-bas a appris à écrire très tôt, ce qui explique le niveau d'écriture de la jeune fille. Cela rend le texte riche et vivant à la fois, d'une puissance émotionnelle impressionnante qui nous bouscule dans nos retranchements.

Mais ce journal est une manière pour Zlata de tenir et de garder le cap dans un monde en pleine déliquescence autour d'elle. Elle n'épargne d'ailleurs pas le spectacle pitoyable des politiques de son pays (ces chers bambins comme ils étaient surnommés alors) et la lenteur de l'ONU pour intervenir et tenter de stopper les massacres. Elle se concentre alors sur ses apprentissages rendus très difficiles par la guerre mais aussi sur l'aide apportée par leurs voisins et amis. Les solidarités sont fortes, émouvantes et Zlata se plaît à nous les décrire, tissant un maillage dense de relations et d'entraide. Un repas, un enterrement d'animal familier, un anniversaire ou encore la quête de l'eau, c'est autant d'actes du quotidien qui prennent un sens et une profondeur incroyable dans des textes incisifs, bouleversants et éclairants sur une réalité dans un lieu et un temps donné.

On alterne donc phases d'espoir et moments d'abattement. C'est très touchant de part la langue employée, sans ambages ni recherche stylistique qui renforce encore plus le réalisme de ce que vit la fillette. Ce témoignage est assez unique et explique bien des choses sur notre nature et nos capacités de destruction et parfois de soutien les uns envers les autres. Une sacrée expérience pour un sacré livre. À lire absolument pour se rendre compte aussi de la chance que l'on a d'avoir ce que l'on a même si c'est peu et même si notre époque n'est pas évidente. Une lecture salutaire et unique.

Posté par Mr K à 17:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
samedi 17 septembre 2016

Chasse aux livres à domicile !

Le week-end dernier c'était au tour de la médiathèque de notre commune de procéder au désherbage de ses rayonnages. Pour ma part, je n'étais pas optimiste quant à la possibilité de trouver des titres qui me tenteraient vu le caractère "rural" de notre lieu de villégiature et le peu d'activités dédiées à la culture de manière générale. Je m'attendais plutôt à des titres soit hyper connus (déjà lus ou qui ne m'intéressent pas), à des romans de terroir (genre qui fonctionne pas mal en Bretagne et qui me laissent de glace) et à une majorité de livres pour enfants. Nelfe ayant une force de persuasion hors du commun, elle réussit tout de même à m'entraîner vers ce micro-événement "littéraire" local...

IMG_8952

Grand bien lui a pris tant l'offre proposée s'est révélée finalement variée et de qualité. La responsable a du goût et ça se sent d'office. Par habitude, je ne lis que des livres que j'achète en seconde main (plus les SP) et je ne fréquente plus les bibliothèques depuis un certain temps. Il s'avère qu'une fois de plus lors d'un chinage, j'ai croisé des auteurs que j'affectionne beaucoup et que des titres m'ont séduit par leur quatrième de couverture intrigante. Au final, je suis ressorti avec six romans (un pour Nelfe) et une BD. Je vous invite à me suivre dans la découverte des nouveaux pensionnaires de nos PAL respectives !

IMG_0064

- L'Amour est une île de Claudie Gallay. Depuis mes lectures enthousiastes des Années cerises et des Déferlantes, je voue un culte à cette auteure à l'écriture envoutante et simple à la fois. Impossible donc de ne pas acquérir ce titre qui me faisait de l'oeil et qui explore les passions, rêves et mensonges au coeur d'un été lourd de secret avec en toile de fond le festival d'Avignon. Sacré programme en perspective que je suivrai avec délice avant la fin de l'année.

- La Quarantaine de J. M. G. Le Clézio. Un bel ouvrage pour un auteur décidément à part dans le paysage littéraire français avec son goût pour le voyage, la rencontre de l'autre et une écriture poétique à souhait. Il est ici question de mise en quarantaine avant la reprise d'une vie "normale" avec la compilation de souvenirs et notes éparses. Sans aucun doute, une de mes futures "grandes" lectures. 

- Hors champ de Sylvie Germain. À la table des hommes sorti en début d'année m'avait laissé un sentiment mitigé entre un jeune héros très charismatique, touchant comme jamais, et un background plutôt simpliste et surtout déjà lu et vu. Je retente ma chance avec ce titre traitant de l'effacement et de l'oubli de certaines personnes dans notre société occidentale contemporaine. Je gage sur la qualité certaine d'écriture de l'auteur pour nous faire explorer les peurs et doutes du genre humain. 

IMG_0068

- La Caverne des idées de J. C. Somoza. Coup de poker que ce livre qui m'a séduit par son histoire d'enquête policière sous fond de Grèce antique, période fascinante pour l'historien que je fus durant mes études. Qui a tué le jeune éphèbe ? C'est ce que vont s'atteler à découvrir deux êtres que tout oppose : un fin limier et un philosophe platonicien, mentor du disparu. Ce livre plein de promesse ne tardera pas à sortir lui aussi de ma PAL !

- Ainsi mentent les hommes de Kressmann Taylor. Trop content d'être tombé sur ce recueil de nouvelles après la gigantesque claque renouvelée lors de ma relecture de Inconnu à cette adresse et la découverte du très bel ouvrage jeunesse sorti chez Flammarion lors de la rentrée littéraire 2014, Monsieur Pan !Les courts textes réunis ici mettent en scène de jeunes adolescents confrontés à des adultes mensongers qui vont les pousser à s'isoler en dehors du cercle de l'humanité, dans la nature pour désamorcer douleur et désarroi. J'ai sacrément hâte de débuter cette lecture tant je trouve cette auteure redoutable d'efficacité dans le traitement de la nature humaine. Yes !

- Roi du matin, reine du jour de Ian McDonald. Ce livre nous raconte le destin de trois femmes irlandaises considérées comme folles par certains, sorcières par d'autres. Gnomes, extra-terrestres, monstres venus d'on ne sait où, mythomanes mêlant mensonges et réalité... l'éditeur nous promet un voyage qui dépote entre histoire et mythologie de ce pays si mystérieux. Je suis très curieux de lire ça !

IMG_0075

- Un Fauve en cage, une aventure de Jérôme K. Jérôme par Dodier. L'occasion fait le larron et cela fait bien longtemps que je n'ai pas suivi une enquête de ce jeune enquêteur légèrement maladroit, amateur des policiers US à l'ancienne qui collectionne les sons de sirènes des polices du monde entier. Dans ce volume, il recueille une jeune femme amnésique sur qui plane un danger insaisissable. Là encore, un ouvrage qui ne tardera pas à quitter ma PAL !

IMG_0061

- À Marche forcée de Slavonir Rawicz. L'unique choix de Nelfe mais quel choix ! Nous avions regardé l'adaptation cinéma lorsqu'elle est passée à la télévision et nous avions été bluffé par cette histoire vraie (Les Chemins de la liberté de Peter Weir, sorti en 2010). Ce livre est le témoignage unique d'évadés du goulag russe qui ont parcouru des miliers de kilomètres à travers le désert de Gobi. Je pense que c'est le genre de lecture qui ne laisse pas indifférent. J'ai hâte de savoir ce que Nelfe en pensera, d'autant plus qu'elle affectionne les romans des "grands espaces" !

De belles pioches une fois de plus, des PAL qui grossissent un peu mais pas trop (on a vu pire au Capharnaüm éclairé en terme d'acquisitions !) et qu'il faudra faire diminuer quand la rentrée littéraire 2016 sera derrière nous. Quel bonheur que d'être lecteur !

vendredi 16 septembre 2016

"Briser la glace" de Julien Blanc-Gras

large

L'histoire : Un périple sur un voilier à travers les icebergs
Un narrateur incapable de naviguer
Des baleines paisibles
Des pêcheurs énervés
Du phoque au petit-déjeuner
Des frayeurs sur la mer
De l'or sous la terre
Des doigts gelés
Des soirées brûlantes
Un climat qui perd le Nord
Des Inuits déboussolés
Une aurore boréale
Les plus beaux paysages du monde
Le Groenland

La critique de Mr K : Plus jeune, j'étais déjà fasciné par le grand Nord. Les ours blancs, les phoques, les Inuits mais aussi les aurores boréales, la banquise, les icebergs et des voyages d'exploration au récits haletants et au destin parfois tragique (de sacrées lectures aussi !). Briser la glace est ma première incursion dans l’œuvre de Julien Blanc-Gras, journaliste-reporter des temps moderne à l'écriture au ton particulier selon beaucoup. Il ne m'a fallu qu'une après-midi pour dévorer cet ouvrage vraiment prenant entre dérision et redécouverte salutaire du Groenland.

L'auteur nous invite à partager son "boat-trip" en compagnie de trois bretons (oui, il sait s'entourer !) : un peintre, le capitaine du navire et son second. Ses objectifs : découvrir des espaces septentrionaux qu'il ne connaissait pas (à priori, c'est plus un habitué des tropiques), partir à la rencontre des habitants et partager des moments conviviaux, constater de ses propres yeux le réchauffement climatique dont on parle tant et écrire le récit de ce voyage hors du commun. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'on voit du pays durant les 185 pages que comptent ce livre qui réussit le tour de force de conjuguer les qualités d'un bon carnet de voyage et une écriture drolatique à souhait malgré parfois des constats accablants et inquiétants.

Julien Blanc-Gras brise par mal d'idées reçues que les médias ou notre mémoire sélective nous imposent. Ainsi, la modernité est bien arrivée au Groenland, on retrouve smartphones, écrans plats et mêmes désirs de consommer qu'ailleurs. Le modèle occidental a bel et bien vaincu, faisant reculer traditions et modes de vie indigènes même s'ils n'ont pas complètement disparus. À travers divers portraits et récits de rencontres, on retrouve ainsi les principales caractéristiques de la civilisation inuite dont l'économie est basée essentiellement sur la pêche et la chasse. On rentre dans les maisons, on partage repas et café, on participe à une partie de chasse, on navigue au bord des côtes, on traverse des immensités désertes et on rentre même dans les mentalités. L'homme s'est adapté à son milieu et continue à le faire à cause notamment du réchauffement climatique.

Celui-ci apparaît au détour des conversations et des observations que certains locaux ont pu faire. Tel endroit n'est plus pris sous la glace durant huit mois mais plutôt quatre aujourd'hui, des ressources halieutiques qui ici disparaissent ou se raréfient, des glaciers en recul constant, des espèces terrestres au bord de la disparition... On ne verse pas pour autant dans la diatribe anti-modernité ou anticapitaliste mais plutôt dans le constat amer d'un changement inexorable. L'auteur profite au maximum (malgré les conditions rigoureuses et quelques pépins inhérents à ce genre d'expédition) de ce qu'il vit avec une fraîcheur (désolé pour le jeu de mot) joyeuse et un sens de la dédramatisation élevé.

On rit donc beaucoup aussi pendant cette lecture avec un passage dantesque au bar du coin (une femme entreprenante, un dealer de seconde zone qui se la raconte...), les difficultés d'adaptation du narrateur-auteur à la vie au bord d'un voilier (on ne compte pas le nombre de fois où il se cogne au plafond par exemple), les incompréhensions avec les habitants du cru, les rapports plein d'humanisme et les réparties bien senties avec le reste de l'équipage. On s'émerveille devant le spectacle des baleines, la beauté des paysages retranscrite avec une économie de mot judicieuse et très évocatrice, l'ingéniosité des Inuits pour s'adapter au monde qui les entoure et tout une pléthore de détails qui donne une densité assez incroyable à ce livre qui ne se prend pas au sérieux pour autant. J'ai aussi aimé l'apport historique et les rappels "culturels" au détour d'un chapitre ou d'une conversation qui permettent de recontextualiser cette terre de glace fière de son identité et qui se cherche encore un futur (peut-être l'indépendance politique totale vis-à-vis du Danemark un jour ?).

Briser la glace est une superbe lecture qui nous apporte une large palette d'émotions du rire aux larmes et permet au lecteur de mieux appréhender une terre lointaine, source d'évasion mais aussi de préoccupation pour le futur de notre belle planète bleue. Un beau et riche voyage que je vous conseille d'entreprendre à votre tour.


jeudi 15 septembre 2016

"La Vie des autres" de Neel Mukherjee

la vie des autresL'histoire : Calcutta, fin des années 1960. Prafullanath règne en patriarche sur la vaste maison qui abrite plusieurs générations del a famille Gosh, sans se rendre compte que les fondations sur lesquelles repose l'harmonie domestique menacent de s'effondrer. Minée par les rivalités entre belles-filles et par les secrets, la famille se délite en même temps que la société bengalie se transforme. Au moment où la prospère affaire familiale se désagrège, Supratik, l'un des petits-enfants qui rêve de changer cette société sclérosée et profondément inégalitaire, choisit la voie de l'activisme radical maoïste.
A travers cette puissante saga familiale, Neel Mukherjee illustre brillamment les fractures de la société indienne et le fossé creusé entre les générations et entre les nantis et les pauvres dans un pays à l'aube d'un tournant historique.

La critique Nelfesque : "La Vie des autres" de Neel Mukherjee est un roman à part, un ouvrage exigeant qui demande de l'attention et qui ne se lit pas aussi vite qu'un page turner. Pour autant, c'est une chronique fascinante de la vie des indiens à la fin des 60's. Une époque où les intouchables, les domestiques et esclaves des champs se révoltent contre la caste dominante, celle des nantis, des patrons et des propriétaires terriens.

Peu (voir pas) habituée à lire des ouvrages traitant de l'Inde, un temps d'adaptation a été nécessaire pour s'habituer aux noms propres, prénoms et autres noms de lieux présents dans ce roman. Un glossaire est également à retrouver à la fin de l'ouvrage pour expliquer certains noms communs n'ayant pas d'équivalents en français ou que la traductrice, Simone Manceau, n'a pas souhaité traduire pour plonger le lecteur dans la vie indienne. Commence alors une gym du cerveau, en plus de l'arbre généalogique de la famille Gosh qu'il faut intégrer dès les premières pages du roman, qui rend difficile la lecture. Oui, "La Vie des autres" est une lecture exigeante, un roman pour lequel il faut être en condition (oubliez les 2 ou 3 pages lues à la va vite dans les transports en commun) mais les sessions de lecture au calme et totalement imprégnées de l'histoire qui se déroule sous nos yeux se révèlent des plus prenantes et passionnantes pour qui se laisse happer.

Nous suivons ici la vie de la famille Gosh au complet. Prafullanath, le patriarche qui a fondé l'empire Gosh, et sa femme Charubala qui est l'âme de la maison familiale au coeur de Calcutta. De leur union est née 5 frères et soeurs, avec des places bien déterminées dans la famille selon leurs rangs de naissance, leurs sensibilités et leurs capacités. Avec autant de maris et de femmes et plus encore d'enfants, la famille Gosh est un microcosme qui vit sous le même toit comme le veut la tradition. Au sein même de la famille existe déjà des différences de traitements, des injustices et des passe-droits. Sur plus de 500 pages, le lecteur va s'apercevoir que ce fonctionnement est transposable à l'ensemble de la société indienne. Une société où seuls les riches vivent correctement et où les pauvres se font exploiter, spolier du peu qu'ils possèdent et meurent chaque jour au bord des routes dans l'indifférence générale.

Cette différence de traitement, cette injustice, Supratik, un des 6 petits enfants de Prafullanath et Charubala, ne peut plus le supporter. Il quitte alors la grande maison familiale et son confort bourgeois pour rejoindre les rangs de la résistance maoïste. Il va alors mettre en pratique ses grands principes et se rendre compte que le chemin de la théorie à la pratique est physiquement éprouvant et jonché de cadavres...

"La Vie des autres" est un roman marquant. Le prologue est d'une telle puissance qu'en à peine 3 pages, il ébranle le lecteur et lui fait réaliser que ce qu'il s'apprête à lire va le malmener, le bousculer dans ses petites habitudes confortables et sa petite vie douillette. Neel Mukherjee marque les esprits, malmène le lecteur avec cette vie des autres si différente de la nôtre, si injuste et si éprouvante. Une ouverture sur le monde, une empathie qu'il est bon d'éprouver dans une époque où le repli sur soi est le courant dominant en France.

Dépaysant, poignant et passionnant, ce roman est un savant mélange de saga familiale, avec ses secrets et ses petits arrangements, et de chronique sociale qui plonge le lecteur dans une découverte de l'Inde bien loin des clichés idylliques de touristes européens. Le lecteur est ici ramené avec force dans l'âpre réalité de la vie dans ces contrées, en ville comme à la campagne. Un roman saisissant de réalisme, dense et profond. 3 générations, un quotidien qui fait froid dans le dos et une fin glaçante. Un roman de cette Rentrée Littéraire qu'il ne faut pas laisser passer.

mercredi 14 septembre 2016

"Les Temps assassins : Rouge vertical" de Pierre Léauté

LTA1_C1

L'histoire : La mort vous libère de tout. Sauf de vos démons intérieurs. Après une vie de trahisons, d'aventures et de défis, les flammes de l'enfer lui sont interdites. Condamnée à errer sur Terre, Charlotte Backson va réapprendre son humanité et laisser derrière elle sa dernière incarnation, Milady de Winter. Du moins, c'est ce qu'elle croit...

La critique de Mr K : Retour sur la lecture du premier volume d'une trilogie qui vient tout juste de sortir chez la petite maison d'édition Le Peuple de Mü. Je découvre aussi au passage Pierre Léauté, un écrivain à la réputation plutôt flatteuse déjà auteur de textes où l'uchronie à la part belle, sous-genre SF que j'affectionne tout particulièrement. C'est à la faveur du temps radieux de la mi-août que j'entreprenais la lecture de ces Temps assassins qui ne m'a pas résisté longtemps (trois jours à peine pour 390 pages environ) tant j'ai été pris par le souffle épique du récit et la verve langagière de l'auteur. 

Charlotte Backson a une vie bien compliquée. Comprenez par là, qu'elle en vit plusieurs ! Elle est bien loin la jeune fille orpheline de bonne famille confiée à Dieu aux bons soins d'un couvent comme cela se passait si souvent à l'époque (l'histoire débute en 1625). Elle va cependant connaître l'amour, la déchéance, la mort puis la renaissance... Oui, vous avez bien lu, dans la droite lignée de Lazare, elle se relève et parcourt à nouveau le monde. Car Charlotte a un secret et pas des moindres, elle est immortelle ou presque... Très vite les choses s'accélèrent autour d'elle : des existences qui s’enchaînent et la voient passer du côté obscur, un passé douloureux qu'elle n'arrive pas à refouler, des inconnus pressants et inquiétants qui lui expliquent qu'elle doit accomplir son destin, une mystérieuse jeune femme qui lui propose la vérité et son amitié...

Attendez-vous tout d'abord à un sacré roman d'aventure teinté d'Histoire et d'uchronie. Haletant est un terme caractérisant parfaitement le rythme effréné que nous impose un auteur avide de faire plaisir à ses lecteurs via des rebondissements en cascade et un amour de la matière littéraire. On lorgne d'ailleurs vers Alexandre Dumas et ce n'est pas seulement l'identité secondaire de l'héroïne qui nous l'indique : amour, cavalcades, ressentiments, vengeance et la présence de grandes figures historiques donnent un goût très savoureux à l'ensemble. Belle maîtrise aussi de la matière historique qui est ici torturée pour notre plus grand plaisir avec en toile de fond l'effet papillon qui provoque des bouleversements incontrôlable si l'on modifie le passé. On touche là aux fondements du roman qui ouvre des voies métaphysiques qui seront davantage explorées dès le volume 2, Les Uchronautes (date de sortie non précisée pour l'instant). Vu la présentation de l'auteur en fin d'ouvrage, je table fortement sur le fait qu'il soit prof d'Histoire ce qui explique la jubilation avec laquelle il joue avec les époques, les mœurs et les ressentis. Perso, j'ai adoré et adhéré totalement, étant moi-même du même moule et féru d'anecdotes historiques.

Les révélations pleuvent littéralement au fil des pages à partir du premier tiers du roman avec notamment le voile qui se lève sur notre monde, son fonctionnement et les forces cachées à l’œuvre dans l'ombre. L'auteur se plaît à multiplier les pistes et les détours. Le lecteur pris en otage se doit d'être patient avant que la lumière soit faite sur les tenants et les aboutissants. Et encore, la fin de cet ouvrage réserve son lot de suspens avec un aperçu de ce qui va suivre. Rassurez-vous, je réussirai à dormir d'ici la sortie de l'opus 2 mais Dieu sait que j'aurais bien suivi les aventures de Charlotte un peu plus longtemps. Le personnage est charismatique et accroche quasi immédiatement le lecteur, surtout qu'elle nous déroule sa vie sans fards ni arrangements avec la réalité. Loin d'être une sainte, lors d 'une confession avec un prêtre, elle arrive tout de même à le faire fuir ! Certes, certains aspects m'ont un peu rebuté notamment sa période "in love" que j'ai trouvé ringarde et un peu décalée vis-à-vis de son parcours mais l'ensemble se tient et tous les personnages principaux sont du même tonneau avec leur part de clarté et d'obscurité. Ça fait du bien, ça crédibilise l'ensemble et donne à cette histoire une portée bien plus dense et impactante.

Comme dit précédemment la lecture est aisée et engageante comme jamais. La langue est limpide, inspirante et inspirée ; elle nous procure une immersion totale et dépaysante. Les pages se tournent toutes seules, sans effort et avec un plaisir renouvelé. Il est d'ailleurs difficile d'éteindre la lumière le soir lorsque l'on est pris dans les toiles finement tissées par Pierre Léauté. J'émets un petit bémol pour le côté classique et sans surprise de certaines situations dont les phases d'apprentissages mais dans le genre il est difficile de passer à côté. L'ouvrage réserve cependant son lot de révélations bien senties et n'oublions pas qu'il reste deux volumes pour mener à bien la quête qui s'amorce pour Charlotte.

Une bien belle découverte pour ma part pour un livre qui a le mérite de distraire et d'emporter loin ses lecteurs. N'est-ce pas l'essentiel en matière de lecture de fiction ?

lundi 12 septembre 2016

"Sur cette terre comme au ciel" de Davide Enia

sur cette terre comme au ciel

L'histoire : Palerme, années 1980. Comme tous les garçons de son âge, Davidù, neuf ans, fait l’apprentissage de la vie dans les rues de son quartier. Amitiés, rivalités, bagarres, premiers émois et désirs pour Nina, la fillette aux yeux noirs qui sent le citron et le sel, et pour laquelle il ira jusqu’à se battre sous le regard fier de son oncle Umbertino. Car si Pullara, Danilo, Gerruso rêvent de devenir ouvrier ou pompiste comme leurs pères, Davidù, qui n’a pas connu le sien, a hérité de son talent de boxeur.

La critique de Mr K : Voici un livre dont la quatrième de couverture m'a de suite accroché : une saga familiale se déroulant en Sicile, un fil conducteur - la boxe - qui renvoie à des images fortes et la découverte du sentiment amoureux chez un petit gamin paumé. Sur la terre comme au ciel était la promesse d'un beau voyage dans le cœur des hommes et dans un petit coin d'Europe que je ne connaissais que peu.

Le roman débute quand le jeune Davidù a neuf ans. Orphelin de père, il grandit auprès de sa mère infirmière, d'une grand-mère institutrice pétrie de principes et de bon sens, d'un grand-père mutique et mystérieux, d'un oncle charismatique fonceur et dragueur, et les copains de la rue avec lesquels il traîne à longueur de journée. Une bagarre va bouleverser sa vie : il protégera et rencontrera par la même occasion Nina qui va devenir le grand amour de sa vie. Repéré par son oncle, il va le pousser à intégrer sa salle de boxe. Ce sport dans la famille est une véritable religion : le grand-père, le père et l'oncle du jeune garçon ont été aussi des boxeurs talentueux...

Au premier abord, ce roman est assez déroutant. En effet, la narration est originale car segmentée entre trois époques bien distinctes. On passe du coq à l'âne, de l'histoire du grand-père durant la Seconde Guerre mondiale à celle d'Umbertino (l'oncle) et du père de Davidù dans les années 60 puis à celle de Davidù. Aucun signalement de changement d'époque si ce n'est de légers indices sur le contexte ou le rappel des prénoms des protagonistes. On passe donc de l'un à l'autre, sans parfois vraiment savoir à quel moment se déroule le récit. La surprise passée, on se prend très vite au jeu et cette constance dans les allers-retours se transforme en puzzle redoutable de finesse et d'agencement. Les parcelles d'histoire font écho entre elles (parfois l'histoire est racontée à l'envers à la manière de Memento de Christopher Nolan), les existences décrites s'en voient magnifiées et un sens général se dégage donnant une densité très forte à cette saga d'hommes.

On atteint de beaux sommets dans cet ouvrage avec les quatre principaux personnages que l'on suit particulièrement. La langue simple et épurée de l'auteur cisèle à merveille le jeune garçon en devenir qui subit les affres de l'amour naissant et doit se confronter à l'histoire familiale. Je ne suis pas forcément un grand amateur de boxe mais j'ai trouvé les phases d’apprentissage très bien rendues et puissantes dans l'évocation des efforts et sacrifices nécessaires pour se surpasser et tenter de toucher le saint Graal pour cette famille : le titre national. J'ai aussi beaucoup apprécié les passages concernant le grand-père et notamment celui où il est fait prisonnier par les alliés et passe plusieurs mois dans un camp de prisonniers. Camaraderie et traîtrise sont au rendez-vous avec un passage tout bonnement sublime où Rosario (le grand-père) se retrouve au mitard pour trois jours. Les émotions émergent à fleur de peau, c'est un grand train de montagne russe que nous empruntons notamment lors de l'évocation du père disparu. Quel destin que celui des hommes de cette famille !

Mon seul regret avec ce livre : l'aspect machiste de l'ensemble. Les figures masculines dégagent un charme et une puissance incroyable (les récits de combat sont terribles et fortement émotionnels) mais les femmes ne semblent jouer qu'un rôle secondaire : peu ou pas grand-chose sont dites concernant la mère de Davidù, la grand-mère idem si ce n'est un très beau passage sur la fonction du langage et le droit de le maltraiter une fois qu'on le maîtrise (je suis à 100% pour !). Nina ne reste qu'une ombre, un désir lointain et les rares fois où elle apparaît ne donnent pas lieu à de grandes effusions même si l'on ressent fortement la tension amoureuse entre elle et Davidù. Je ne parle pas des multiples références aux prostituées dont use et abuse sans vergogne l'auteur durant les passages concernant le grand-père et l'oncle. Clairement, certains passages m'ont choqué et ne donnent vraiment pas envie d'aller en Sicile tant la figure féminine est effacée de tout ce roman, cloisonnée dans des fonctions de maîtresses de maison ou de défouloir pour homme en manque. Sont-ils si misogyne que cela ? Est-ce un parti pris ? Cet aspect m'a vraiment rebuté en tout cas et je pense que l'auteur a voulu avant tout parler d'une lignée masculine. Dommage pour moi...

Reste cependant une lecture vraiment agréable, puissante et addictive pour un auteur à suivre tant ce premier roman possède une identité forte ainsi qu'un souffle puissant et entraînant. Certainement pas le meilleur livre de l'année à mes yeux à cause d'un certain parti pris mais une histoire bien maîtrisée et des personnages hauts en couleur. À tenter si le cœur vous en dit !

vendredi 9 septembre 2016

L'Art dans les chapelles - 25ème édition (56)

Tous les ans, de début juillet à mi-septembre se tient dans le Morbihan, et plus précisément dans le pays de Pontivy, l'Art dans les chapelles. Cet événement permet de faire découvrir l'Art contemporain au public dans des décors religieux. En effet des installations sont spécifiquement mises en place dans des chapelles morbihanaises consacrées et plusieurs parcours sont proposés afin de découvrir dans les meilleures conditions le patrimoine religieux et les oeuvres d'artistes sélectionnés pour l'occasion.

Art dans les chapelles 2016

Comme chaque année, le rendez-vous était pris et cette fois-ci nous avons pu faire l'ensemble des parcours proposés et ainsi apprécier toutes les expositions. Nous commençons à connaître les chapelles par coeur. D'année en année, on retrouve plus ou moins les mêmes édifices ouverts au public mais autant la première année était pour nous une découverte totale, autant aujourd'hui, nous aimons cet événement pour les rencontres artistiques que l'on y fait. A noter que nous avons trouvé cette année qu'il y avait beaucoup d'édifices ouverts sans installation à l'intérieur. De belles chapelles et belles églises certes mais une pointe de déception pour nous qui ne venons ici que pour apprécier les oeuvres. Dommage...

L'Art dans les chapelles existe depuis 25 ans maintenant et à cette occasion, une exposition spéciale retraçant l'ensemble des éditions est à découvrir aux Bains-douches de Pontivy. Depuis 1992, près de 350 artistes ont investi des chapelles bretonnes, ouvertes dans le cadre de cette manifestation estivale. Grâce à la générosité des artistes, plus de 130 oeuvres (dessin, peinture, éditions, sculpture, vidéo) sont mises en vente au profit de l’association de L’art dans les chapelles. Cette exposition rend compte à la fois de l’histoire de cette aventure unique tout en consolidant le futur de la manifestation par un soutien financier indispensable.

Petit florilège de ce que l'on peut voir cette année sur les 3 parcours et 135 km que comptent le circuit !

► Des oeuvres dynamiques :

Natalia Jaime-Cortez Chapelle Sainte-Thréphine, Pontivy
(Natalia Jaime-Cortez à la chapelle Sainte-Thréphine à Pontivy dont l'oeuvre résulte d'une performance dansée)

► Des oeuvres peintes directement sur les murs intérieurs des chapelles :

Flora Moscovici
(Flora Moscovici à la chapelle de La Trinité à Bieuzy-les-Eau qui joue avec la lumière et les couleurs)

Claire Colin Collin Chapelle Saint-Tugdual, Quistinic
(Claire Colin-Collin à la chapelle Saint-Tugdual à Quistinic et son empreinte végétale)

► Des chapelles de différents styles architecturaux et époques :

Notre-Dame du Gohazé (Saint-Thuriau, 56300)
(Notre-Dame du Gohazé)

Notre-Dame de la Houssaye (Pontivy, 56300)
(Notre-Dame de la Houssaye à Pontivy)

Chapelle Saint-Jean, Le Sourn
(Chapelle Saint-Jean au Sourn)

Saint-Meldéoc (Locmeltro, Guern, 56310)
(Saint-Meldéoc à Guern)

Sainte-Noyale (Noyal-Pontivy, 56920)
(Sainte-Noyale à Noyal-Pontivy)

► Des oeuvres à la vente aux Bains-douches de Pontivy pour soutenir la manifestation :

Oeuvre en vente aux bains douches
(ici une oeuvre d'Olivier Michel, ayant exposé en 2009)

► Des installations :

Burkard Blümlein Chapelle de la Trinité, Cléguérec
(Burkard Blümlein à la chapelle de la Trinité à Cléguérec qui ramène le potentiel de l'art parmi tous les objets qui nous entourent)

Gabriele Di Matteo Chapelle Saint-Adrien, Saint-Barthélémy
(Gabriele Di Matteo à la chapelle Saint-Adrien à Saint-Barthélémy et son peuple venu de l'espace)

Catherine Melin Chapelle Notre-Dame du Guelhouit, Melrand
(Catherine Melin à Notre-Dame du Guelhouit à Melrand place le spectateur au sein d’un système de représentation graphique mobile, perméable et dynamique)

Daniel Pontoreau Chapelle Saint-Drédeno, Saint-Gérand
(Daniel Pontoreau à la chapelle Saint-Drédeno à Saint-Gérand et son langage des formes)

 ► Des retables, peintures murales ou sur voûte d'une beauté à couper le souffle :

Intérieur chapelle 4

Intérieur chapelle 3

Intérieur chapelle 1

Intérieur chapelle 2

 ► Des installations sonores :

Anne Le Troter Chapelle Saint-Meldéoc, Locmetro, Guern
(Anne Le Troter à la chapelle Saint-Meldéoc à Guern nous questionne sur le chuchotement)

► Des travaux vidéos :

Marylène Negro Chapelle Sainte-Noyale, Noyal-Pontivy
(Marylène Negro à la chapelle Sainte-Noyale à Noyal-Pontivy nous plonge face à l’image comme on est face à soi-même)

 -----------------

Nous avons apprécié cette année encore découvrir le travail de différents artistes. Tous ne nous ont pas touché bien évidemment, l'Art étant quelque chose de très subjectif, nous ne sommes pas tous réceptifs aux mêmes oeuvres. Pour ma part, je n'ai pas eu cette année de grosse claque me laissant scotchée comme cela a pu être le cas les années précédentes. J'ai aimé discuter avec les jeunes étudiants en Art ou en Histoire qui servaient de guides dans les différentes chapelles afin d'éclairer le public sur les intentions des artistes mais je n'ai pas senti le besoin de rester longtemps en un même lieu pour m'imprégner pleinement d'une oeuvre qui m'aurait transportée (je pense notamment celles de Laurette Atrux-Tallau en 2013 ou de Rainer Gross et Philippe Mayaux en 2011). Pour autant, c'est un événement que nous continuerons à suivre avec plaisir, d'autant plus qu'il nous a semblé cette année qu'il y avait beaucoup plus d'artistes femmes présentes.

Si vous souhaitez vous y rendre, rendez-vous dans le Morbihan dans la région de Pontivy. Le point de départ des circuits se situe à Saint Nicodème. Mais hâtez-vous, il ne vous reste plus que 2 week-end pour cela, l'exposition fermant ses portes le 18 septembre prochain.

Afin de découvrir d'autres chapelles et certaines oeuvres présentes les années précédentes, n'hésitez pas à consulter le tag "L'Art dans les chapelles" qui vous mènera sur les anciens articles dédiés au Capharnaüm éclairé. Bonne visite !

Posté par Nelfe à 18:17 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
jeudi 8 septembre 2016

"L'Installation de la peur" de Rui Zink

001

L'histoire : Madame n'est pas sans savoir que l'installation de la peur est un objectif patriotique.

La sonnette retentit dans l'appartement d'une femme. Sur le seuil, deux agents l'informent de leur mission : installer la peur dans chaque foyer. L'inquiétant tandem débarque alors dans le salon et l'installation commence. Tour à tour, ils haranguent la femme, dressant le tableau horrifique des maux de notre temps : crise économique, épidémies, étrangers, guerre terrorisme... Une violence sourde envahit peu à peu la pièce, entraînant la femme dans une spirale paranoïaque hallucinée. Mission accomplie ? Pas sûr. La peur a une vie propre, et ses ravages peuvent être imprévisibles.

La critique de Mr K : Belle découverte que cette Installation de la peur par l'auteur portugais Rui Zink. On nous promet un huis-clos grinçant et drôle faisant écho à l'actualité et on n'est pas berné. Très court (175 pages) mais d'une densité de contenu incroyable, ce roman se lit d'une traite et se révèle être un bijou en terme de développement de l'intrigue, de dénonciation du libéralisme débridé et de formalisation. Suivez le guide !

Une femme accueille donc dans son salon, deux mystérieux fonctionnaires chargés d'installer la peur chez elle. Au préalable, elle a caché son petit garçon dans la salle de bain avec la consigne de faire silence en attendant que les deux messieurs en aient fini. Après quelques minutes de bricolage, la mise en marche commence et le duo d'agents de l'État s'improvisent show man et selon une mécanique bien réglée, va faire étalage de tous les dangers qui guettent le commun des mortels dans le monde actuel et essayer de contaminer la jeune femme. Celle-ci écoute ces babillages sans broncher dans un premier temps...

Il est des livres comme celui-ci où l'on accroche dès le départ. La quatrième de couverture aide bien il est vrai mais dès le premier chapitre, on est happé par le style décalé de l'auteur qui se rapproche d'ailleurs de l'écriture théâtrale notamment lors des démonstrations énoncées par le duo de fonctionnaires assermentés. Le mystère reste entier très longtemps et on se demande bien comment la méthode va se mettre en place pour installer la peur dans ce foyer. Cela donne de beaux morceaux de bravoure rhétoriques de la part de duettistes remarquables par leur complémentarité et qui assènent nombre de démonstrations sensées inquiéter la femme qui de son côté reste plongée dans un mutisme protecteur. Ces récits conjuguent argumentaires et paraboles, éclairant le schéma de pensée en vigueur dans ce Portugal à peine fantasmé.

On ne peut en effet passer à côté du fait que ce pays est en difficulté économique depuis longtemps et que l'UE (Union Européenne) fait pression pour qu'il se réforme, sous-entendu se libéralise sous le modèle anglo-saxon. On sent que l'auteur aime son pays et son modèle de développement sociétal, et qu'avec ce livre il marque son opposition à toutes ces pressions exercées et surtout l'exercice du pouvoir qui s'appuie de plus en plus sur la peur : celle de l'autre, de l'étranger, de la guerre, de la vieillesse, de l'improductivité... Aucun poncif et aucune caricature sur le sujet ne nous est épargné durant cette lecture, et c'est quand même ébranlé que l'on ressort de cette expérience littéraire tant on se dit que cette métaphore filée est en fait déjà bien réelle, la peur dégoulinant chez nous des programme politiques et télévisuels notamment. Quelle triste époque quand même...

Cela dit au-delà de cet aspect militant de bon aloi, l'auteur n'en oublie pas son récit en lui-même proposant une chute finale assez délectable qui pour ma part m'a surpris et a apaisé mes pulsions sadiques. Les ficelles discrètes s'activent à la perfection pour donner une trame à la fois cohérente mais dont le contenu frappe par sa clairvoyance et son jusqu'au-boutisme. Nous sommes tellement baigné dans le politiquement correct, la bie pensance et le tiède qu'on en oublie que le monde est monde. En cela il se révèle implacable notamment envers les nécessiteux et les plus faibles. Ce roman est un merveilleux remède contre l'obscurantisme et l'endormissement programmé, une médecine douce, drôle et parfois cruelle.

Belle parabole donc que cet ouvrage qui procure un plaisir de lecture immédiat, provoque la réflexion et flatte les amateurs de bons mots et d'ironie cinglante. Décidément la jeune maison d'édition Agullo est à suivre. Une super lecture que je vous invite à pratiquer au plus vite !