mardi 16 juin 2015

Joignons l'utile à l'agréable!

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Dessin de Bouzard trouvé et apprécié sur le site du Strips Journal

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lundi 15 juin 2015

"Capitaine Corcoran" d'Alfred Assollant

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L'histoire: Pour tirer l'Académie des sciences de Lyon de l'embarras où l'a plongée l'exécution d'un testament, l'intrépide capitaine Corcoran, breton de Saint-Malo, part sur les traces du fameux Gouroukamrata, premier livre sacré des Hindous, que les Anglais ont vainement cherché dans toute la presqu'île des Indes. La réussite de ce descendant de Surcouf ne fait pas de doute. Mais que de diversions sur sa route! Au cours d'aventures trépidantes, accompagné de sa fidèle Louison, la tigresse du bengale, Corcoran se battra contre les anglais au service du maharadja de Baghavapour, épousera sa fille, héritera de son titre, avant de réformer l'État et de proclamer la république des Mahrattes!

La critique de Mr K: Une fois n'est pas coutume, c'est Nelfe qui avait contribué au développement de ma PAL en me rapportant cet ouvrage lors d'un passage éclair dans un magasin de déstockage où elle avait dégoté quelques ouvrages à prix défiant toute concurrence. La quatrième de couverture de celui-ci lui a fait penser qu'il pourrait me plaire par son côté aventure et l'époque à laquelle il se déroule (j'adore le 19ème siècle). Grand bien lui en a pris! Je l'ai littéralement dévoré, apprécié et je m'en vais de ce pas vous le conseiller!

Je ne connaissais pas Alfred Assollant avant cette lecture. Et pourtant… En faisant quelques recherches sur le net, je me suis rendu compte que la mémoire collective ne rend pas hommage à l'écrivain qu'il fut. Capitaine Corcoran a ainsi été un des livres les plus lus au 19ème siècle et il s'inscrit dans la mouvance d'un Jules Vernes pour le côté aventure pure, mâtiné de références scientifiques (en moins prégnant tout de même) et d'Alexandre Dumas pour la verve de sa trame historique. À noter que l'auteur fut aussi journaliste et républicain convaincu, ce qui se ressent au détour de certains développements de l'histoire du présent volume.

Pour le compte de l'académie des sciences de Lyon, un jeune capitaine malouin à la renommée bien installée va s'embarquer vers l'Inde à la recherche d'un livre hindou légendaire. Très vite sa quête va être détournée par sa rencontre avec un maharadjah dont les intérêts sont menacés par l'occupant anglais (nos meilleurs ennemis de l'époque et ceci depuis des siècles!).

Commence alors un récit virevoltant mêlant scènes d'action, descriptions des mœurs observées, rencontres improbables et amitiés naissantes et tout plein d'autres événements racontés à la manière 19ème siècle sur un ton plus irrévérencieux et humoristique qu'à l'accoutumée. On se rapproche par moment du Voltaire écrivant Candide et décrivant sous une forme picaresque les aventures extraordinaires d'un grand niais. Pas de grand dadais ici mais un capitaine Corcoran qui s'apparente au héros idéal de l’époque: un homme sans faille, à l'honneur nullement entachée, d'une force physique certaine et à la tête bien faite (il connaît de multiples langues orientales et se sort d'un nombre incroyable de situations inextricables). Le ton léger permet de proposer une lecture à la fois fascinante se rapprochant de l'épopée par moments mais aussi du plus léger avec un roman d'aventure qui ne se prend pas pour autant trop au sérieux avec un second degré omniprésent, marque de fabrique du roman d'aventure à la française.

On s'attache donc beaucoup à ce capitaine courage et à sa fidèle Louison, une tigresse au caractère bien trempé qui s'apparente par moment à un beau gros chat ronronnant. J'aurai lu ce livre enfant, j'aurais encore plus adoré la relation qu'elle tisse avec son maître. J'avais pour rêve d'avoir une panthère noire Bagheera à la maison comme dans Le Livre de la jungle. Corcoran en lui-même est en avance sur son temps par son côté progressiste, ainsi il va installer des institutions républicaines là où les populations n'ont connu que le pouvoir autocratique (pas sûr pour autant qu'elles perdurent…), ses rapports avec les indigènes détonnent aussi quelque peu avec la tradition colonialiste de l'époque. Reste un livre qui montre assez précisément et justement une époque donnée où le monde est livré à une guerre d'influence entre les deux grands et où tous les coups sont permis.

La lecture s'est révélée aisée, à la confluence de styles déjà évoqués plus haut. L'écriture est rafraîchissante, très accessible, emplie de gaieté et de verve malgré parfois les événements tragiques qui y sont relatés. Le souffle de l'Aventure avec un grand A emporte ce Capitaine Corcoran vers des rivages qui pourront séduire indifféremment petits et grands. Les amateurs du genre se doivent de le lire au plus vite.

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dimanche 14 juin 2015

"La Tête haute" de Emmanuelle Bercot

la tête haute afficheL'histoire : Le parcours éducatif de Malony, de six à dix-huit ans, qu’une juge des enfants et un éducateur tentent inlassablement de sauver.

La critique Nelfesque : Vous avez tous entendu parler de "La Tête haute", film d'ouverture du dernier Festival de Cannes. La critique n'a pas tari d'éloges à son sujet et on peut dire sans hésitation que ceux ci sont mérités.

Le film commence sur les chapeaux de roues. On entre tout de suite dans le vif du sujet avec Malony, du haut de ses 15 ans, au volant d'une voiture volée en plein rodéo entre les tours d'une cité. "Sound of da police" de KRS one se fait entendre dans la salle obscure. Le ton est donné. Ce long métrage va en mettre plein la tête !

Malony est un petit garçon lorsqu'il se retrouve pour la première fois dans le bureau du juge des enfants, interprété par Catherine Deneuve. A six ans, il accompagne sa mère, convoquée suite à son inaptitude à élever des enfants. Une scène très forte où les visages ne sont pas montrés, si ce n'est celui de Malony, incrédule, entre les jouets mis à la disposition des enfants dans le bureau du juge et les propos difficilement soutenables de sa mère.

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Toute sa vie sera à l'image de cette première scène. Malony pousse comme une herbe folle, sans morale, sinon celle de sa mère qui n'est pas des plus saines. De petites bêtises, en gros problèmes avec la justice, il va aller crescendo dans ses actes et son mal être. Incapable de discerner véritablement le bien du mal, avec beaucoup d'amour en lui mais enfermé dans une armure inviolable, il va falloir beaucoup de temps et de patience à la juge pour enfants et à son éducateur, Benoît Magimel bluffant dans ce rôle, pour faire émerger en lui l'envie d'être maître de sa vie.

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"La Tête haute" est un film dur, sur l'enfance et l'adolescence bafouées et sur la difficulté de grandir sans repères. La machine mise en place pour aider ces adolescents est louable mais semée d'embûche. Entre l'obstination des gamins, le poids social, l'éducation des parents, ce long métrage rend hommage à toute une catégorie de travailleurs sociaux dont le travail est souvent méprisé à défaut d'être connu dans son quotidien. Il en faut de l'énergie et de la volonté pour relever ces jeunes et en faire des hommes et des femmes respectables, ambitieux et optimistes.

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Le jeune Rod Paradot est impressionnant dans le rôle de Malony, un ado à fleur de peau dans une logique autodestructrice. Il tient ici la tête d'affiche et ce film ne serait pas ce qu'il est sans lui. Il s'agit là de son premier rôle au cinéma, lui l'étudiant en CAP menuiserie repéré par une directrice de casting. Rien ne le prédestinait à faire du cinéma et pourtant il joue son rôle d'ado rebelle et délinquant à la perfection. Sans jamais tomber dans l'excès et la caricature, son jeu est juste et le spectateur navigue entre répulsion et compréhension le concernant. Ce qui n'est pas le cas concernant sa mère, Sara Forestier... Le sentiment que j'éprouve à son égard est bien plus tranché.

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Flirtant parfois avec le documentaire au plus près des personnages, "La Tête haute" est un film social sans concession, à l'image de l'excellent "La Loi du marché" sorti sur les écrans quasiment au même moment. Le genre de real movies, loin de faire rêver le spectateur mais le mettant face à l'âpreté de la société actuelle. On ressort de la séance complètement assommé mais avec la certitude d'avoir vu un film essentiel.

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vendredi 12 juin 2015

"Le Pauvre nouveau est arrivé !" de Thierry Jonquet

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L'histoire : Jésus ! Jésus ! Un chanoine touille de sa canne une tambouille au fumet odorant... Traîne-savates et autres miséreux, gamelles à la main, à la queue leu leu... Jésus ! Jésus ! Allez les gars, Y a du rabiot !

Un jour, parmi eux, Etienne Chabot de Vaudricourt de la Muzardière-Huzart, aristocrate déchu, renvoyé au rang des loqueteux. Une malédiction ancestrale ! Il est naïf, Etienne, jusqu'au fond de sa misère...

Jusqu'au moment où... dans les nuits froides de Paris, une lame bien aiguisée égorge les vagabonds... Une commande de saint Pierre ? Un désastre médiatique pour le Rassemblement ? Conjuration du sort pour Vaudricourt ! Chantage, couardise et fourberie... Chacun y va de sa recette pour accommoder la soupe populaire et en tirer le meilleur prix !

La critique de Mr K : Thierry Jonquet s'invite une fois de plus chez nous aujourd'hui avec cette longue nouvelle publiée chez Librio: Le Pauvre nouveau est arrivé ! Le titre annonce la couleur, ce récit s'avère corrosif à souhait et provocateur par les thèmes abordés. Accrochez-vous, ça va secouer !

Tout commence par la descente aux enfers d’Étienne, dernier représentant d'une famille de nobliaux français maudite entre toutes. Depuis des siècles, ils collectionnent faillites, trahisons et exécutions capitales. Pas étonnant donc que le dernier rejeton, cadre supérieur dans une société de fabrication de fleurs factices fasse les frais d'un remaniement économique. Une promesse fallacieuse le projette au ban de la société, dans la rue, où il va se retrouver confronter à la pauvreté extrême, au regard inquisiteur de la masse travailleuse, à un chanoine littéralement possédé et à un tueur en série spécialisé dans le SDF !

Une fois de plus, Jonquet nous offre une vision bien sombre de notre société. On explore ainsi les arcanes d'une grande société et les mécanismes en marche lors d'un plan social ou d'une restructuration de service (on ne recule devant rien et aucune parole en l'air pour se débarrasser des gens considérés alors comme des poids morts). C'est l'occasion pour le lecteur de se rappeler que pour certains rien n'est jamais acquis et que l'on peut très vite se retrouver dans la précarité extrême. Il y a certes un peu d'exagération dans l'histoire d'Étienne mais on ne peut s'empêcher d'y trouver un écho réaliste à la triste époque que nous vivons (le livre quant à lui a été écrit en 1990).

Une fois déchu, le "pauvre" homme se retrouve immergé dans le monde interlope des SDF où le froid et la faim sont au centre de tout. C'est aussi la violence, la peur et une nouvelle menace. Qui est ce mystérieux tueur qui s'en prend systématiquement aux vagabonds des rues de Paris ? La réponse est assez surprenante et provocatrice, personnellement j'ai adoré ce retournement de situation bien barré et typique de cet écrivain hors norme. Et puis, il y a ce constat amer que nous dresse Jonquet, le spectacle de la misère qui incite le non-pauvre à trimer pour gagner sa pitance, une personne que l'on plaint mais que l'on n'aide vraiment jamais, qui attire les caméras quand un chanoine se met dans la tête de les nourrir et de les sauver avec l'aide d'un parti politique réactionnaire émergent (ça ne vous rappelle rien ?). Vous l'avez compris tout le monde en prend pour son grade, l'humanité ne ressort encore une fois pas grandie de ce récit incisif et sans concession.

Inutile de vous dire que l'ensemble se lit en deux petites heures avec pour moi une jubilation de tous les moments face à cette langue pleine de verve, les jeux de mots insolites et les phrases enlevées si caractéristiques de cet auteur. La provocation est ici sauvage mais toujours guidée par le message sous-jacent inhérent à l’œuvre de Jonquet, l'homme est une belle saloperie mais si l'on gratte bien, on peut aussi lui trouver des moments de grâce. Un petit bonheur de lecture que je vous invite à découvrir au plus vite si le cœur vous en dit.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Mygale
La vie de ma mère !
La bête et la belle
Mémoire en cage
- Moloch

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jeudi 11 juin 2015

Un immortel nous a quitté...

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C'est en rentrant du travail, à la radio que j'ai entendu la nouvelle. Je vous avoue que j'en suis encore tout retourné.

Sur France Info, ils ont cité Saroumane (personnage culte de la série des films adaptés de Tolkien par Jackson) ou le comte Dooku (épisodes 1, 2 et 3 de Starwars) comme rôles de référence... Certes je vous l'accorde, sa deuxième carrière est assez réussie avec aussi ses apparitions chez Burton et Scorcese. Mais c'est oublier qu'il fut avant tout un pilier de la Hammer avec ses interprétations de Dracula, Frankenstein, Fu Manchu, Raspoutine et consorts. Il incarna le bad Guy dans L'Homme au pistolet d'or et Sanson, le bourreau de la Révolution Française ou encore le savant fou dans Gremlins 2, où il se parodiait lui-même! Quelle carrière et quel charisme!

Rest in peace Christopher. C'est un grand nom du cinéma qui nous quitte aujourd'hui.

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mercredi 10 juin 2015

La patience est mère de toutes les vertus paraît-il...

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Dessin de Bar tiré de son blog

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mardi 9 juin 2015

"Le Rêve de Jacek, de la Pologne aux corons du Nord " de Valentine Goby et Olivier Tallec

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L'histoire: 1931, Dourges, dans le Nord. Jacek va avoir 15 ans. Il vient de terminer l'école et brûle de découvrir le monde fascinant de la mine, son rêve depuis toujours… C'est tout l'univers de la Petite Pologne des corons qui revit ici. De l'arrivée des mineurs polonais en France après la Grande Guerre, jusqu'à leur retour forcé au pays suite à la crise des années 1930, une communauté soudée, haute en couleur, avec la mine chevillée au corps.

La critique de Mr K: En septembre dernier, j'ai lu un petit livre fort réussi de la même auteure, Antonio ou la Résistance publié chez Casterman dans la même collection (Français d'ailleurs) qui se donne comme mission de parler des français d'origine étrangère qui ont fait et font encore la richesse de la France n'en déplaise aux réactionnaires et frontistes de tout poil qui semblent avoir pignon sur rue depuis déjà trop longtemps. Mission noble entre toute donc, que je ré-accompagne aujourd'hui avec ce compte rendu d'une lecture une fois de plus limpide et touchante.

Jacek est fils de mineur polonais et en tant que tel son destin est d'aller lui aussi dans la mine pour y travailler. Mais sa mère ne l'entend pas de cette oreille, elle ne sait que trop ce que cette future vie lui réserve et lui interdit de suivre son père dans les entrailles de la terre. L'adolescent ne comprend pas et se braque. Il a le sentiment qu'il ne comprend pas les femmes, en effet que peut trouver à Maurice la belle Kryska dont il est tombé éperdument amoureux depuis le premier regard? Au fil des sorties entre copains, des messes du dimanche et des discussions avec sa famille, Jacek va peu à peu se forger sa propre identité et devoir se frotter à la vie et ses réalités.

La lecture de cet ouvrage fut très rapide (48 pages de texte à proprement parlé) et m'a procuré un plaisir de lecteur renouvelé. Nous sommes immergés dans l'esprit de cet adolescent bouillonnant dont le rêve semble s'éloigner inexorablement. On le sait, à cet âge la moindre contrariété s'apparente à un cataclysme et à la remise en cause du monde entier (c'est le charme des ados!). On assiste ainsi à la scène de la dispute avec les parents, essentielle dans la construction de soi. C'est aussi le temps des copains avec de belles pages sur l'amitié et cette volonté pour les jeunes pousses de réinventer le monde, de le rêver quitte à être déçu quand la réalité prend le dessus. Jacek n'y échappera pas et devra éprouver le chagrin de la séparation mais aussi les affres de l'amour. Très beau portrait de ce jeune polonais en tout cas, vivant et crédible, auquel on s'attache immédiatement.

Belle évocation aussi du travail de la mine qui s'apparente à celui des bagnards et autres forçats. La paie très mince, la fatigue des corps et des esprits (le personnage du père en est le témoin omniprésent), la rudesse des rapports humains avec des relations tendues entre mineurs et supérieurs (tractations sur le salaire, la course à la productivité…), l'univers sombre et étouffant de la mine elle-même (beau passage lors de l'escapade nocturne de Jacek)… Tout cela m'a refait penser en bien plus abordable au superbe Germinal de Zola que j'avais lu adolescent et que j'avais littéralement dévoré.

A travers cette histoire plutôt classique, l'auteur nous brosse aussi un bel hommage à toute une frange de travailleurs polonais qui sont venus en France suite à la Première Guerre mondiale pour remplacer les hommes morts à la guerre et ainsi relancer l'industrie française et plus particulièrement l'activité minière. 500 000 polonais seront ainsi du voyage et contribueront à leur manière au redressement français. Je connaissais peu cet aspect de la reconstruction du pays ce qui a rendu ce récit encore plus puissant à mes yeux. Le racisme ordinaire existait déjà et ces travailleurs et leur famille l'ont subi au quotidien. C'est aussi la nécessité d'apprendre une langue très difficile pour les adultes, plus facile pour les jeunes qui sont scolarisés dans l'école publique, creuset de l'unité républicaine qui passe d'abord par l'apprentissage de la langue. Au détour des pages, des pans de la culture polonaise sont finement abordés et transmis au lecteur: la tradition catholique pratiquante avec la figure de la Vierge noire de Czestochowa ou encore l'évocation du pays qu'ils ont du quitter pour un avenir meilleur dans un eldorado nommé France. A la fin du roman, l'édition propose quelques points d'information concis pour poursuivre la découverte de l'époque et du milieu entr'aperçu dans les pages précédentes.

L'écriture de Valentine Goby fait une fois de plus mouche pour ce livre destiné à un public au-delà de 11 ans. Simple et précise, la langue est accessible et distille l'envie de poursuivre sa lecture par le biais de chapitres ultra-courts de deux pages qui frappent justes et forts. Un livre à faire découvrir tant il contribue à œuvrer dans le sens de la découverte de l'autre et à connaître notre Histoire commune.

lundi 8 juin 2015

"La Fille du train" de Paula Hawkins

la fille du trainL'histoire : Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu...

La critique Nelfesque : Vous connaissez mon amour immodéré pour les éditions Sonatine dont le catalogue ne m'a que très peu déçue par le passé. Je ne rechigne jamais à parcourir les pages des romans qu'ils proposent et lorsqu'il s'agit d'un premier ouvrage, comme c'est le cas ici pour Paula Hawkins, je suis doublement curieuse. Comme si cela ne suffisait pas, les droits de ce dernier ont été vendu à Spielberg qui souhaite en faire une adaptation cinématographique. Que demander de plus pour attiser ma curiosité ?

A la lecture de la 4ème de couverture, rien de phénoménal, rien d'extraordinaire. Une femme qui prend son train de banlieue tous les jours pour aller travailler, on en voit quotidiennement. Cela peut être vous et moi d'ailleurs. Laisser son regard divaguer sur le paysage offert par la fenêtre, rien de plus banal. S'attarder sur des détails et en faire des points de repères dans ses voyages répétés, idem. C'est là où réside toute la force de ce thriller psychologique : partir d'une action aussi anodine qu'une femme parcourant son trajet maison / lieu de travail et écrire un page turner des plus efficaces.

"La Fille du train" est un roman addictif. Une fois commencé, il est difficile de le reposer. Le lecteur est complètement happé par sa structure répétitive comme par le roulis du train. Nous suivons alternativement le quotidien de 3 femmes : Rachel, la fille du train, Megan aka Jess, la jeune femme portée disparue avant sa disparition, et Anna la nouvelle femme dans la vie de l'ex mari de Rachel.

Par petites touches, l'auteur va dérouler leurs histoires et nous distiller des informations formant un grand puzzle qui ne révélera son secret qu'à la toute fin du roman. En ce qui me concerne, j'ai commencé à émettre de sérieux doutes à la mi-roman mais le mystère peut demeurer entier très longtemps si vous n'êtes pas de gros "consommateurs" de thriller. Pour autant, cela n'a pas entacher mon plaisir de lecture et j'ai tout de même savouré le final comme il se doit.

Côté écriture, ce roman ne casse pas des briques mais ses personnages sont là pour relever ce qui pourrait être une faiblesse et faire de ce premier roman, une réussite. "La Fille du train" n'est pas sans rappeler "Robe de marié" de Pierre Lemaitre ou "Avant d'aller dormir" de Steve Watson. En effet, Rachel souffre d'alcoolisme et la nuit de la disparition de Megan est pour elle un grand trou noir. Persuadée de détenir la clé du mystère, peu crédible pour la police du fait de son problème de boisson mais déterminée à démasquer le coupable, Rachel va revenir inlassablement sur ses bribes de souvenirs, sur ses convictions, ses intuitions. Le lecteur quant à lui navigue entre doutes et certitudes la concernant. Le personnage de Rachel est très bien construit et nous éprouvons tour à tour pour elle de l'empathie et de la répulsion. L'auteure nous balade avec brio et tant que toute la lumière ne sera pas faite sur cette histoire, la lecture devra se poursuivre. Attention, l'insomnie vous guette ! Rachel est un personnage très attachant et sa volonté de bien faire et d'élucider le mystère de la disparition de Megan, coûte que coûte, quelqu'en soit l'issue, est louable et démontre une force de caractère qu'elle croit avoir perdu.

Sans éclats de voix, à partir d'une histoire banale, Paula Hawkins réussit à nous captiver par le quotidien et la vie privée de ses personnages. Une fuite en avant et une quête de la vérité qui font de ce roman un ouvrage efficace et prenant. On parle beaucoup de "La Fille du train" en ce moment et ce n'est pas pour rien. Désormais, vous ne voyagerez plus de ma même façon...

 

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dimanche 7 juin 2015

Craquage de juin, craquage bien vilain!

On s'était dit avec Nelfe qu'on ne retournerait pas à Emaus avant la fin de l'été histoire de faire bien descendre nos PAL respectives. J'entends déjà ricaner nos lecteurs les plus assidus (qui connaissent nos craquages successifs et réguliers...) mais je vous jure que ce n'était pas gagné car en rentrant dans les lieux, nous avons discuté avec le responsable du rayon livre qui nous a dit que quelques bouquinistes rennais étaient passés tôt ce matin et qu'ils avaient fait la razzia sur ce qu'il jugeait être les livres les plus intéressants. C'est donc plutôt confiants que nous avons commencé à explorer les multiples bacs de cet antre de l'Enfer (pardon l'abbé!)... Jugez plutôt le résultat.

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Ben oui... On a bien craqué et pour une fois, pas que moi! Nelfe a eu aussi son lot de coups de coeurs. Voici maintenant la petite liste traditionnelle de nos acquisitions qui vont aller rejoindre nos futures lectures.

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Les acquisitions de Mr K:

 

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- Une Porte sur l'éther de Laurent Généfort: un récit de SF d'un auteur que j'affectionne tout particulièrement, deux planètes reliées par un gigantesque tube de diamant voient leur existence menacée par les haines réciproques que se vouent les habitants des deux mondes. N'ayant jamais été déçu par Génefort, je m'attends à un bon roman d'aventure SF.

- Le Chien de guerre et la douleur du monde de Michael Moorcock. Là encore un auteur que j'aime beaucoup avec une histoire de Dark fantasy se déroulant dans une Allemagne moyen-âgeuse fantasmée où un mercenaire sans âme va signer un pacte avec Lucifer en personne. Tout un programme en perspective! J'ai hâte d'y être!

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- Versus d'Antoine Chainas. La quatrième de couverture m'a fasciné: un personnage principal responsable de la brigade des mineurs coure après un tueur de pédophiles qui les enterre près de leurs victimes. Salué par la critique, ce roman a l'air bien hardboiled dans le genre. Qui lira, verra!

- La Machine de René Belletto. J'ai adoré l'adaptation de ce roman avec Depardieu et Bourdon. Deux hommes (un psychiatre et un dangereux sociopathe) vont échanger leurs esprits pour une expérience flirtant avec les frontières de la morale. Si le roman est aussi réussi ça promet!

- La Femme du monstre de Jacques Expert. Nelfe avait bien aimé sa lecture de Qui? du même auteur et cette histoire de femme ayant vécu avec un homme sans vraiment le connaître m'a interpellé. Wait and see!

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- Mr Vertigo de Paul Auster. Je ne peux pas dire non à cet auteur et cette histoire a tout pour me plaire: un jeune garçon élevé à la dure, l'Amérique de la Grande Dépression, le jazz, les lois raciales et la mafia. Le tout écrit par un maître de l'écriture... il me tarde d'y être!

- Un Léopard sur le garrot de Jean-Christophe Rufin. J'aime beaucoup Rufin et ce livre sera un peu différent de d'habitude car il s'agit d'un livre-témoignage sur trente ans de sa vie. Médecine, voyages, humanitaire, relations internationales sont au coeur de cette vie trépidante que je découvrirai dans les prochains mois.

- Autres chroniques de San Francisco et Bye-bye Barbary Lane d'Armistead Maupin. Il s'agit des épisodes 3 et 6 des fameuses Chroniques de cet auteur à la renommée internationale. J'ai lu les 5 premiers tomes il y a déjà bien longtemps et il parait qu'il y en a 9! N'en ayant aucun à la maison, je décide donc de les acheter d'occasion au petit bonheur la chance. Quand la collection sera complète, je replongerai avec délice dans un univers qui m'avait séduit par son humanité et son aspect délirant.

- Les Accompagnements raisonnables de Jean-Paul Dubois. Encore un auteur qu'on adore au Capharnaüm éclairé et ce roman nous avait échappé jusqu'ici! L'occasion était trop belle et c'est avec une certaine impatience que j'attends de pouvoir me plonger dans cette histoire de couple battant de l'aile et d'un mari perdu qui va rencontrer le sosie de sa femme (avec 30 ans de moins...).

- Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil et Danse, danse, danse de Haruki Murakami. Mon chouchou!!! Impossible de dire non et ces deux romans manquent à ma collection. Roooooooooo! Trop bien! Amour, destin, nostalgie... Beau programme en perspective!

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- Corpus Christine de Max Monnehay. Gros coup de poker avec la seule lecture de 12 lignes énigmatiques en dos de livre! Ca a l'air complètement barré et j'adore le titre! Le temps me dira si j'ai eu raison de craquer pour celui-ci!

- La Rêveuse d'Ostende d'Eric-Emmanuel Schmitt. Là encore, impossible de résister à cet auteur ensorcelant et jamais décevant. Il est ici question d'amour, d'exil et de rencontre étonnante. J'en salive d'avance!

- L'Équation africaine de Yasmina Khadra. Je viens juste de finir Les hirondelles de Kaboul que j'ai adoré (chronique à suivre dans les semaines à venir). On peut faire confiance à l'auteur pour mêler suspens, prise de position et regard unique sur notre monde si terrifiant par moment. Ce sera cette fois-ci un voyage en Afrique orientale aux pays des pirates des temps modernes et des islamistes où un occidental va être aux prises avec une violence devenue monnaie courante.

- Saules aveugles, femme endormie de Haruki Murakami. Oui, un fou (ou une folle d'ailleurs!) a lâché ses Murakami dans la nature! Je suis bien content d'être passé par là à ce moment là! Il s'agit ici d'un recueil de nouvelles courtes qui promet-on oscillent entre jubilation, flamboyance et récits hypnotiques! Re-roooooooooooo!

- Les Tendres plaintes de Yoko Ogawa. Une femme bafouée par son mari va se réfugier dans la montagne et va y rencontre quelqu'un qui va changer le cours de sa vie. Ca sent bon le roman contemplatif et zen à la japonaise! Tout ce que j'aime!

- Le Sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari. Prix Goncourt 2012, c'est l'occasion de vérifier tous les éloges que j'ai pu entendre sur son compte par certains collègues de travail et sur diverses chroniques de blog. Coup de poker là aussi!

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- Un Vague souvenir de Plantu. Dernier ouvrage chiné pour ma part, ce recueil de dessins de Plantu que je chronique régulièrement au fil des années et de mes trouvailles. Il s'agit ici du crû de 1990 avec un bon trip revival en perspective!

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Les acquisitions de Nelfe:

 

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- Charlotte de David Foenkinos, Le Prix Renaudot 2014 d'occaz, ça ne se refuse pas !

- Les Désarrois de Ned Allen de Douglas Kennedy parce que de l'auteur, je n'ai lu que "Cul de sac" (que j'ai adoré mais complètement différent de ses autres romans). Celui ci me permettra de faire une petite incursion dans sa bibliographie. On verra bien si j'adhère au style du monsieur.

- Le Seigneur de Bombay de Vikram Chandra : Une belle brique en or ! Une quatrième de couverture accrocheuse. J'espère qu'il me plaira parce que j'en ai pour plus de 1000 pages.

- Les Spellman se déchaînent de Lisa Lutz, je continue la saga doucement...

- Paris la nuit de Jérémie Guez parce que j'avais adoré "Balancé dans les cordes" tout simplement.

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Bon je vous l'accorde au final Nelfe est bien plus raisonnable que moi mais vous le saviez déjà avant de découvrir l'ampleur des dégâts! Deux conclusions s'imposent: les bouquinistes n'ont pas forcément bon goûts (ou ils avaient déjà ces livres en réserve) et nos PAL sont définitivement trop remplies! Que de plaisir en perspective en tout cas! D'ailleurs, je m'empresse de vous quitter pour retourner bouquiner!

samedi 6 juin 2015

"Poids mort" de Xavier Mauméjean

poidsmort

L'histoire: Paul Châtel entrait plus volontiers dans un café que dans sa femme. Cela n’avait rien à voir avec une prétendue addiction, et encore moins avec leur histoire d’amour. La cause tenait uniquement à ce qu’il ne supportait plus d’être lui-même. Pour devenir autre, c’est-à-dire formidablement obèse, il lui avait fallu courage et patience. Une discipline nécessaire pour intégrer le programme Pondération. La boite avait pour vocation de régler tous les problèmes. Depuis, sa vie avait changé. Aucun regret, bien au contraire, pour l’ancien Paul disparu sous ses replis de graisse. Il avait pris de la consistance. Paul flottait, dans un bain de vapeur, massé par les remous du jacuzzi, léger et désirable comme un bouquet de crevettes. Son mollusque nageait en dessous de la ligne de flottaison. II ne l’avait plus vu depuis que cette bouée de chair lui collait à l’estomac, semblable à un naufragé volontaire. Son histoire était simple, mais elle ne manquait pas d’épaisseur.

La critique de Mr K: Trois lectures de cet auteur, trois belles expériences et au fil des Utopiales, des rencontres enrichissantes avec un homme érudit et accessible. Nelfe, aimant augmenter à l'occasion ma PAL déjà débordante, est revenue il y a quelques temps avec cette nouvelle de Xavier Mauméjean. Vous ne soupçonnez pas les merveilles que l'on peut dégoter dans les endroits les plus incongrus - et croyez moi, dans ce domaine, Nelfe est passée reine du dénichage. Dans cet ouvrage de la collection Novella SF des éditions du Rocher, l'auteur nous livre une histoire plutôt singulière…

Paul Châtel ne se satisfait plus de sa vie. Tout l'ennuie, il a perdu la saveur de l'existence. Sa femme l'indiffère, son fils n'a pas beaucoup plus d'importance que cela. Il en va de même pour son travail et il a l'impression de passer à côté de sa vie. Un jour au bar où il a ses habitudes, un ancien compagnon de classe lui parle d'une mystérieuse société cherchant des personnes pour participer à des expériences d'un genre nouveau. Voyant la réussite éclatante de cette ancienne connaissance, il va tenter l'aventure pour essayer de prendre en main sa vie.

La société Taxinom lui propose alors de rentrer dans le programme Pondération. Il s'agit pour lui de gagner 40kg en six mois avec en objectif une obésité qui pourrait lui apporter une forme de reconnaissance de soi et un bonheur qui jusque là semble lui échapper… Bizarre vous avez dit bizarre? Vous n'avez encore rien lu, espèce de prison dorée où tout lui est accessible (sauf le monde extérieur comme par hasard...), il doit se gaver de repas plus délicieux les uns que les autres (chaque jour devant être une fête, les menus sont calqués sur les repas de fêtes traditionnels: Noël, Pâques, Anniversaire…). Étrange atmosphère constituée de docteurs froids, de superviseurs démagos, de gardes armés surveillants vos moindres faits et gestes, de cobayes consentants qui pètent les plombs… On nage en eaux troubles: que recherche Taxinom? Que va-t-il arriver à Paul? Où veut en venir l'auteur qui se fait bien plus mystérieux qu'à son habitude?

Peu à peu, le lecteur se retrouve emprisonné avec Paul dans un univers glaçant et paranoïaque. Pourtant, le héros ne fait pas grand chose pour s'en sortir, il se raccroche à l'idée qu'il va retrouver un sens à sa vie notamment par le biais de Brigitte une patiente du même programme qui lui redonne goût à certains appétits qu'il semblait avoir perdu définitivement. Cela donne lieu à une scène d'amour en jacuzzi absolument dantesque comme rarement j'ai pu en lire auparavant. Très vite, on se rend compte que cette femme fait partie intégrante de l'expérience et qu'elle doit conduire Paul là où l'entreprise veut le mener. On en perd son latin et c'est vraiment à l'ultime page que le voile sera levé lors d'une chute abrupte et quelque peu décevante dans le sens où Xavier Mauméjean nous sert une explication crédible mais que j'aurais pensé et voulu plus poussée voir métaphysique.

Cela n'enlève en rien à toute l'architecture troublante de la trame déployée sur les 127 pages que compte cette nouvelle. On retrouve le même plaisir et la même fascination pour un style exigeant et si accessible à la fois avec par exemple ce passage: Il lui fallait l'un et l'autre, esprit et viscère, ou mieux pensée et panse sans avoir à y réfléchir. Jeux de mots, images nouvelles, second degré continuel… pour une lecture qui offre réflexion, humour et un peu de noirceur. C'est un savant mélange qui fait bien son effet et qui marque le lecteur pour un petit bout de temps. Une aventure qui se tente pour tous les amateurs de SF maligne et constructive.

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- Lilliputia
- American gothic
- Ganesha

Posté par Mr K à 19:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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