dimanche 27 mars 2016

Litanie de printemps...

goubelle

Dessin de Goubelle

Posté par Mr K à 17:43 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

samedi 26 mars 2016

"Le Cycle de Tschaï" de Jack Vance

Jack Vance Tschaï

L'histoire : En découvrant la planète Tschaï, le vaisseau terrien Explorator IV est aussitôt détruit par un missile. Unique survivant de la catastrophe, Adam Reith va devoir affronter un monde baroque, violent et d'une beauté envoûtante. Un monde peuplé de quatre races extraterrestres: les belliqueux Chasch, les impénétrables Wankh, les farouches Dirdir et les mystérieux Pnume. Déjouer les traquenards, explorer les secrets des cités géantes, percer le mystère des hommes hybrides: autant d'étapes pour une extraordinaire odyssée, qui permettra peut-être à Reith de rentrer chez lui...

La critique de Mr K : Dépoussiérage de PAL avec cette tétralogie du Cycle de Tschaï de Jack Vance exhumée de mon stock perso où elle traînait sa peine depuis trop longtemps. Du même auteur, j'avais dévoré La Planète géante, bon roman de Space opéra où Vance faisait preuve d'une grande maîtrise en terme de création d'un univers et présentait un super récit d'aventure à l'ancienne. Je n'ai pas été dépaysé avec ce cycle qui présente les mêmes qualités et m'a fait passer un très bon moment de lecture.

Naufragé de l'espace, Adam Reith se retrouve plongé dans un monde très étrange. La planète Tschaï est bien différente de la Terre et il va devoir faire appel à toutes ses capacités d'adaptation pour pouvoir survivre et peut-être rentrer chez lui. Complètement démuni à son arrivée, confronté très tôt à l'adversité (sa navette d'exploration est détruite peu après son crash, son compagnon d'infortune exécuté devant ses yeux sans qu'il puisse intervenir). À travers les quatre tomes ici réunis, il va devoir explorer Tschaï, il sera aidé dans sa quête par deux êtres mis au ban de leurs sociétés respectives. Le récit se partage alors entre voyage exploratoire, quêtes insensées, projets d'évasion, entre-aide et traîtrises diverses. Impossible de s'ennuyer durant les 860 pages de ce volume.

On a affaire à un pur récit classique dans le Cycle de Tschaï de Vance. Si vous cherchez de la surprise, de l'originalité, passez votre chemin, vous risquez d'être déçu. C'est d'ailleurs le seul reproche que l'on peut faire à cette entreprise. Notre héros est très bien sous tout rapport, il conjugue aptitudes physiques hors norme, intelligence pratique et diplomatique, morale à toute épreuve même sous la menace et esprit d'ouverture. Dit comme cela, on pourrait être rebuté. Mais il n'en est rien tant ce personnage 100% terrien (américain diront les mauvaises langues), sort du lot dans ce monde inconnu. Il déteint singulièrement par rapport aux us et coutumes en vigueur sur Tschaï, et ce qui paraît surfait et caricatural dans un livre de littérature plus classique permet ici de donner un point d'ancrage au lecteur se retrouvant à des millions d'années de ses certitudes et de ses références culturelles.

Dans sa tâche, Adam Reith est aidé par Anacho, un sous-homme Dirdir, et Traz, un exilé des steppes. Adam Reith partage avec eux un statut de paria, de marginal. L'incompréhension première va vite céder la place à la curiosité puis peu à peu à l'amitié. C'est un peu le syncrétisme de toute relation naissante entre des êtres différents que nous voyons se dérouler devant nous: dogmes et pensées aux références distinctes donnent lieu à des moments savoureux entre déconcertation et rapprochement. C'est assez finement mené par Jack Vance qui se révèle très psychologue et construit une relation vraiment spéciale et attachante entre ces trois larrons. Loin d'être un long fleuve tranquille, cette odyssée va mettre à l'épreuve leur nouvelle amitié, la fortifier à travers les épreuves. Cet aspect du roman est très réussi et accroche le lecteur.

Le gros point fort de cette saga réside dans le background, Jack Vance excelle dans la création d'une planète entière entre naturalisme, sociologie et géopolitique. Il fournit un ensemble cohérent, impressionnant de densité, immersif à souhait. On tremble vraiment à l'évocation des terribles dirdirs et leurs mœurs sauvage, on est fasciné par les mystérieux Wankh qui vivent reculés en dehors du monde, on est troublé et désorienté par la race troglodyte des Pnumes... On voyage donc énormément entre cités cosmopolites grouillantes et inquiétantes, vastes espaces vides où le danger est omniprésent, les forêts sacrées impénétrables, les mers oubliées peuplées de pirates, les zones de fouilles archéologiques aux mirages mirifiques... autant de lieux décrits avec précision qui assurent variété, intérêt et fascination au lecteur. On ne peut s'empêcher d'ailleurs de penser par moment à un roman de fantasy tant de lieux commun à ce genre sont présents dans cette tétralogie: les incontournables passages à l'auberge, les phases de marchandages, les scènes d'action et la technologie peu présente dans les pages sauf à des moments clefs. Il en résulte une impression étrange, une originalité de bon aloi qui encourage le lecteur à poursuivre sa découverte.

Ce fut donc une lecture très agréable malgré un côté fléché pour le lecteur vétéran du genre. Pas de souci pour autant en terme d'accroche tant l'auteur se plaît à explorer de multiples pistes et sait nourrir les attentes suscitées par sa trame principale. Quel talent déployé dans ce domaine et dans celui de la stylistique: la langue est très abordable mais d'une finesse bienvenue qui sort un récit classique de ses limites, les personnages sont choyés par leur créateur et les visions proposées saisissantes de réalisme. Une très bonne tétralogie qui ravira les amateurs de voyage et de SF à l'ancienne.

Posté par Mr K à 16:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
jeudi 24 mars 2016

"The Revenant" de Alejandro González Iñárritu

the revenant afficheL'histoire : Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Seul, armé de sa volonté et porté par l’amour qu’il voue à sa femme et à leur fils, Glass entreprend un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de l’homme qui l’a trahi. Sa soif de vengeance va se transformer en une lutte héroïque pour braver tous les obstacles, revenir chez lui et trouver la rédemption.

La critique Nelfesque : "The Revenant" n'est pas une nouveauté puisqu'il est sorti en salle il y a tout pile un mois. On en a beaucoup entendu parler, avant la diffusion du film au cinéma, au moment de la sortie et depuis. Le phénomène Oscars est aussi passé par là puisque tout le monde attendait Di Caprio en grand vainqueur de celui du meilleur acteur. Il l'a décroché haut la main et le moins que l'on puisse dire c'est qu'ici il l'a amplement mérité.

J'attendais la sortie de ce film. Je ne me suis pas laissée avoir par la promo, j'avais seulement vu la bande annonce et ne cherchais pas à en voir davantage. Je suis donc restée loin des critiques et des articles de presse vantant le génie de ce long métrage. Force est de constater que la grosse claque, je me la suis prise comme tout le monde ! Les plus de 2h30 du film passent à la vitesse de la lumière. Les acteurs prennent les spectateurs dans leurs filets et le réalisateur propose ici un film de toute beauté et incroyablement vivant.

the revenant 6

On ne peut pas parler de "The Revenant" sans évoquer la prestation de Leonardo Di Caprio tant il crève l'écran ici. Dire que c'est son meilleur rôle serait réducteur au regard de ses précédentes prestations dans d'autres longs métrages forts intéressants (ne serait ce que l'un de ses premiers, "Gilbert Grape", dans lequel il interprète le petit frère de Johnny Depp, souffrant de troubles mentaux). Ici Leo est plus mûr et sans doute plus habité. Mû par une vengeance viscérale, il va combattre la mort, combattre les éléments, survivre et mettre tout en oeuvre pour retrouver l'assassin de son fils.

the revenant 7

Le spectateur est heurté à plusieurs reprises par la violence du quotidien dans cette Amérique sauvage et glacée. Les villages indiens détruits et les hommes massacrés, la menace face aux animaux sauvages (la scène avec l'ours est une des plus effroyables et réalistes que j'ai pu voir au cinéma jusqu'alors), la nature déchaînée et menaçante, la noirceur des individus entre eux... Une vie d'effort, d'aventure et de dépassement pour ces trappeurs au milieu de paysages somptueux. "The Revenant" est aussi une ode aux grands espaces, à l'Amerique reculée faite de forêts, de rivières et de montagnes escarpées.

the revenant 2

L'histoire est effroyable, la nature est hostile et le réalisateur, Alejandro González Iñárritu, transcende ses acteurs en leur offrant des rôles intenses et sur mesure. On a beaucoup parlé de Leo mais, bien que très présent à l'écran, il n'est pas le seul à donner de sa personne. Tom Hardy, dans le rôle de John Fitzgerald, est un "méchant" que l'on aime haïr. Personnellement, j'ai adoré ce personnage. Il est moins viscéral que celui de Di Caprio mais il est loin d'être dénué d'intérêt. Trappeur solitaire, il n'a en tête que d'arriver à sauver ses peaux pour lesquelles il a fourni beaucoup d'efforts et qui lui rapporteront beaucoup d'argent. Pour sauver la sienne et récupérer son dû, il est prêt à tous les sacrifices et à toutes les bassesses. C'est sans doute le personnage le plus humain de ce long métrage, dans tout ce qu'il a de plus vil et d'égoïste. Un pragmatisme qui fait froid dans le dos et que nous côtoyons pourtant tous les jours. Tom Hardy était d'ailleurs nommé pour l'Oscar du meilleur second rôle et ce n'était pas pour rien...

the revenant 10

"The Revenant" est un film qui prend aux tripes, qui va chercher le spectateur au fond de son siège et l'attire dans des contrées froides et menaçantes. On se laisse porter par la beauté des images, par la pureté de la nature qui contraste ici avec l'horreur humaine. 2h30 de purs moments de cinéma entre frissons, éblouissements et émotions dans un long métrage jusqu'au-boutiste qui ne sacrifie ni ses acteurs, ni son propos, ni sa beauté, ni son réalisme. Un film maîtrisé de bout en bout et à l'intensité rare. Superbe !

the revenant 5

La critique de Mr K : Deuxième grosse claque cinématographique de l'année avec le dernier film d'Alejandro González Iñárritu, multi récompensé fort justement lors de la dernière cérémonie des Oscars. Il nous tardait vraiment d'aller le voir avec Nelfe depuis la sortie de la bande annonce qui nous faisait sérieusement saliver, promettant de superbes images sous fond d'histoire de vengeance. Le réalisateur a comblé toutes mes attentes et même encore plus... Suivez le guide et ceci sans spoilers!

the revenant 1

Inspiré d'un fait réel, l'histoire est terrifiante. Hugh Glass est éclaireur pour le compte d'un petit groupe de trappeurs liés à l'armée. Suite à une attaque indienne (ils recherchent une femme de leur clan qui a été enlevée), ils doivent partir dans la précipitation pour rentrer à leur fort sous la menace de la troupe indienne qui les suit. Glass est abandonné pour mort par ses compagnons d'infortune suite à une rencontre malheureuse avec une ourse vindicative. Commence alors le lent retour vers la civilisation du personnage de Di Caprio entre rémanence du passé, douleur physique, rigueur climatique et soif de vengeance insatiable. Nous suivons alternativement son parcours mais aussi celui de ceux qui l'ont abandonné entre rebondissements nombreux et plans larges sur le nord de l'Amérique plongé sous la neige et le vent.

the revenant 4

Les 2h36 du métrage passent à une vitesse folle. C'est l'apanage des grands films longs qui ne le paraissent finalement pas. Bien que plutôt lent, le rythme est prenant, le réalisateur passant de phases contemplatives planantes à souhait à des scènes d'action chocs et efficaces. Comme les péripéties sont nombreuses et la tension permanente, je vous laisse imaginer le résultat. Il y aurait trop de scènes à dévoiler pour en faire le tour mais la maestria du maître González Iñárritu s'exprime parfaitement avec notamment la scène avec l'ourse où l'on a vraiment l'impression que cette dernière va nous sauter dessus (et sans 3D!), la course-poursuite à cheval avec la chute surprise (j'avoue j'ai flippé!), l'attaque des indiens sur le campement des trappeurs, la tempête de neige, la scène de l'avalanche... Il y a trop de moments de bravoure pour tous les évoquer. Mais sachez que l'immersion est totale, qu'on caille vraiment durant tout le métrage et que les nerfs sont mis à rude épreuve.

the revenant 3

Il y a aussi l'aspect initiatique du film qui transpire de chaque plan, chaque scène. L'existence humaine est changeante et imprévisible, l'histoire de Glass en est la parfaite illustration. Bien qu'il ait payé un lourd tribut au destin, ce dernier le rattrape pour le frapper encore une fois. Le film devient une mine d'inspiration à partir de cet énième coup du sort: Comment survivre à la perte d'un être cher? La vengeance apporte-t-elle la sérénité à l'être torturé par la douleur? Profondément viscérale, l'expérience est assez unique et extrême. On pénètre vraiment dans l'esprit du héros brisé, on subit les affres de la douleur physique (beaucoup de scène crues et réalistes dans le film) et des errances mentales avec une rare intensité et c'est complètement rincé qu'on ressort de la salle.

the revenant 8

Les acteurs sont tous très bons avec deux antagonistes remarquablement interprétés par deux acteurs vraiment au sommet de leur art. Tout d'abord Di Caprio qui explose l'écran et impose son charisme avec brio. Son personnage est un savant mélange d'homme en peine, fort et sensible à la fois. Je n'oublierai jamais ses longs regards humides et tristes qu'il lance vers la résolution du métrage et qui imprègnent encore mon esprit à l'heure où j'écris ces lignes. Il mérite largement son Oscar et le confirme dans la catégorie des meilleurs acteurs en activité. Vraiment, il est bluffant. Pour lui donner la réplique, on retrouve Tom Hardy (Max dans le dernier film de George Miller tout de même!) qui plante un personnage de salopard magnifique, tout en nuance et en gradation. Chacun dans ce film a sa part d'ombre, loin du manichéisme outrancier dont sont coutumières les grandes productions made in USA. Chacun ses faiblesses, ses erreurs et après, sa nécessaire confrontation avec lui-même. C'est très réussi à ce niveau là aussi et les personnages sont ici poussés dans leurs retranchements les plus intimes, exposés à nu devant les yeux émerveillés du spectateur pris en otage.

the revenant 9

Le film est donc un bonheur de tous les instants: les moments crus très réalistes procurent des frissons et révèlent des conditions de vie et des mœurs que l'on avait oublié, c'est une époque rude et violente que l'on prend en pleine face dans cette œuvre épique et grandiose qui marque durablement le spectateur. Le titre de meilleur film de l'année se joue pour moi entre celui-ci et Knight of cup. Nous verrons les sorties à venir mais le niveau est ici très haut. À voir absolument au cinéma!

mercredi 23 mars 2016

"Dans la peau d'un Noir" de J. H. Griffin

333397_9418116

L'histoire : Comment un écrivain américain s'est transformé en Noir avec l'aide d'un médecin, pour mener pendant six semaines la vie authentique des hommes de couleur.

La critique de Mr K : C'est une fois de plus le hasard qui mit sur mon chemin Dans la peau d'un Noir dont j'ai entendu parlé pour la première fois il y a bien longtemps lors d'un cours d'anglais au lycée. Notre prof de l'époque ne tarissait pas d'éloge sur cette œuvre qui pour lui était indispensable et remarquable dans sa dénonciation de la discrimination raciale dans le sud des USA dans les années 60. Vous savez ce que c'est quand on lit énormément, on note les références puis on les perd à l'occasion. C'est dans une boite à livre d'une commune voisine à la notre que je dégotai ce petit bijou qui n'a pas perdu une once de son pouvoir de réflexion et qui malheureusement reste encore d'actualité dans les thématiques qu'il aborde et qui peuvent être transposées ailleurs dans le monde.

John Howard Griffin écrit ce livre en 1962 soit trois ans après l'expérience qu'il va mener. Grâce à un médicament utilisé contre certaines maladies de peau, des séances d'UV intensives et quelques raccords maquillage, il va se transformer en Noir. Il a pour but de répondre à deux questions qui le taraudent: Si au cœur des États du Sud, un Blanc se transformait en Noir, comment s'adapterait-il à sa nouvelle condition? Qu'éprouve-t-on lorsqu'on est l'objet d'une discrimination fondée sur la couleur de votre peau, c'est-à-dire sur quelque chose qui échappe à votre contrôle?

Il va vivre ainsi six semaines, séjour très long qui s'apparente bien des fois à l'Enfer sur terre comme il le dit lui-même. Il constate ainsi que les gens ne se comportent pas du tout de la même manière selon la couleur de peau de leur interlocuteur, le racisme est ancré dans les habitudes et la perception que l'on a de l'autre. Regard en biais, froncements de sourcils s’enchaînent quand ce ne sont pas des refus injustes (le passage du voyage en car est éloquent sur le sujet, les Blancs durant la pause ont le droit d'aller aux toilettes, pas les Noirs), des allusions racistes et déviantes (discussions avec les automobilistes qui le prennent en stop et qui ne semblent que s'intéresser à l'activité sexuelle supposée frénétique des Noirs) voir des menaces lourdes de sens.

C'est un coup de bambou que reçoit John qui se rend compte qu'au delà des vexations et des interdits, il est très dur tout simplement de vivre: trouver un logement, un travail, se nourrir. Tous les actes quotidiens sont viciés par la ségrégation de fait qui s'exerce dans les États du sud de l'époque. L'auteur traverse plusieurs États et à chaque fois, le malaise persiste et nourrit sa réflexion. Il rencontre énormément de Noirs avec qui il échange et parfois vit un petit laps de temps. Il prend d'autant plus conscience de leur précarité et du poids des préjugés sur leurs épaules. Le racisme est tellement installé dans les mentalités qu'ils en viennent à douter d'eux-même et de leurs capacités: Je réalisai que toutes les personnes compétentes à qui j'avais pu parler, grâce au lien rassurant de notre couleur identique, avaient admis la dualité du problème du Noir. D'abord la discrimination que les autres lui font subir. Ensuite celle, encore plus pénible, qu'il s'inflige à lui-même; le mépris qu'il a pour cette noirceur associée à ses tourments. C'est irrémédiablement changé que John rentre enfin au sein de sa famille.

La dernière partie du livre est consacrée à l'après: la tournée américaine de l'auteur pour parler de son expérience et de son engagement pour la défense des droits civiques (l'ombre de Martin Luther King plane à de nombreux moments dans l'ouvrage, d'ailleurs ils sont contemporains lui et Griffin). Cela ne va pas se faire sans difficultés avec des menaces sur lui et sa famille, ils devront d'ailleurs déménager pour éviter le pire. Des années plus tard, après bien des péripéties, les Noirs obtiendront enfin justice et seront désormais considérés comme des citoyens à part entière sur tout le territoire américain.

La force de cet ouvrage réside dans son authenticité et sa simplicité. Tout est réel et il fait parfois l'effet d'un uppercut en plein cœur tant on peine à croire que nous nous trouvons dans une démocratie occidentale. Témoignage percutant très accessible, on accompagne sans peine le pèlerinage de sens du héros et la construction de sa pensée. Au contact des populations, d'intellectuels et de prêtres parfois, il se forge une idée, un combat qu'il portera bien des années après et qu'il exprime clairement dans les ultimes pages de son ouvrage.

Aisée d'accès, cette lecture est cependant rude de part ce qu'elle soulève et surtout ce à quoi elle fait écho. La peste brune est en pleine résurgence en France et chez ses voisins, nous nous sommes peut-être endormis... Voilà un ouvrage salutaire et éclairant qui vous aidera à raviver la mémoire et maintenir la flamme de l'amitié entre les êtres humains. Un classique parmi les classiques.

Posté par Mr K à 19:18 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mardi 22 mars 2016

De tout cœur avec nos amis belges...

dilem

Dessin de Dilem tiré de son compte Tweeter

Posté par Mr K à 17:47 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

dimanche 20 mars 2016

Frémissements de PAL

Nouveaux arrivants dans ma PAL et pour une fois, l'abbé n'est pas responsable. D'ailleurs, je n'ai plus le droit d'y mettre les pieds avant l'été tant les dégâts causés par notre dernier séjour chez lui ont été importants... Cela n'empêche pas de tomber sur quelques occasions auxquelles on ne peut résister tant le hasard fait bien les choses, mettant sur notre route ici un livre recherché depuis longtemps ou là, une découverte prometteuse.

Acquisitions (2)

Belle pioche, non?  Destockage massif dans une chaîne de magasins discount, brocante pétrocorienne, recyclage municipal made in 56... autant de lieux ou événements qui se sont mis au travers de ma route de repentance concernant mon addiction aux achats de livres de seconde main. J'ai joué... et une fois de plus, j'ai perdu! Reste des ouvrages à fort potentiel dont je vais vous parler.

Acquisitions (6)

- "L'Humanité disparaîtra, bon débarras!" de Yves Paccalet. Prix du pamphlet 2006, il comblera sans aucun doute mes tendances misanthropiques avec un essai écologique teinté d'humour noir. À travers 13 scénarios catastrophes, l'auteur s'affère à pointer du doigt le caractère envahissant, nuisible, mal embouché et peu durable de notre espèce. Ça sent la fessée!

- "Le Journal de Zlata" de Zlata Filipovic. Quel bonheur de tomber sur ce livre! J'en avais déjà lu des extraits et je me suis toujours dit que je le lirai en entier un jour. Un premier pas a été effectué! Journal d'une enfant plongée bien malgré elle dans le conflit yougoslave des années 90, on le compare souvent à Anne Franck tant sa lecture est aisée et poignante. J'ai bien hâte de m'y mettre!

- "Le Coeur cousu" de Carole Martinez. Coup de poker que cette acquisition où un héritage familial (une mystérieuse boîte) va entraîner l'héroïne dans une histoire teintée de merveilleux et de roman picaresque. Les critiques sont dithyrambiques, le serai-je aussi?Grande

Acquisitions (4)

- "Je suis vivant et vous êtes morts" d'Emmanuel Carrère. J'adore cet auteur et j'aime encore plus son sujet, K. Dick étant ce qui se fait de mieux à mes yeux en terme de SF dérangeante et immersive. Ce portrait romanesque promet beaucoup et son format étrange (j'innove avec ce titre et celui qui suit) rajoutera un degré supplémentaire à l'expérience. RDV dans quelques temps pour le verdict!

- "La Villes des prodiges" d'Eduardo Mendoza. Livre de l'année 1988 pour le magazine Lire, célébré comme un chef d'oeuvre par beaucoup (dont ma mère!), j'y vais avec beaucoup d'espoir et de curiosité. Véritable saut dans l'inconnu, je suis curieux de découvrir cet écrivain qui m'a été tant vanté!

Acquisitions (5)

- "Double hélice" et "Ring zéro" de Koji Suzuki. Ceux qui nous suivent connaissent mon attachement à ce maître de l'horreur à la mode nippone. Gros coup de pot sur Périgueux quand je tombai sur les deux ouvrages qui manquaient à la série littéraire consacrée à la fameuse cassette maudite de la troublante Sadako. Je remercie encore le dieu des chineurs d'avoir mis ces deux ouvrages sur ma route! Hâte, hâte, hâte!

Acquisitions (7)

- "Ys, le monde englouti" de Gabriel Jan. Maître du suspens et romancier hors pair, Gabriel Jan s'attaque ici à la formidable légende de cette ville engloutie par les flots, la colère divine s'abattant sur les humains présomptueux. Je vogue vers des rivages connus mais l'expérience me tente vraiment entre Madeleine de Proust et plaisirs inconnus. Et puis, il y a Dahut...

- "Compartiment tueurs" de Sébastien Japrisot. Dans un train, les gens se rencontrent, parfois tuent. Vient alors le temps de la suspicion. L'auteur me plaît ainsi que les histoires se passant dans les trains (sans doute depuis Bons baisers de Russie de Terence Young!) et puis ma PAL est dépourvue en matière de policiers... Question de rééquilibrage, vous comprenez? 

Acquisitions (1)

- "Axiomatique" de Greg Egan. 18 récits SF pour terminer ce tour d'horizon, avec ce recueil d'un auteur reconnu pour son écriture et son innovation. Je vais tenter l'expérience tant les thèmes abordés me fascinent: drogues brouillant la réalité, robots intelligents, manipulation génétique, artefacts mémoriels, implants... À priori, ça dépote!

Je suis bien content de ces trouvailles qui vont rejoindre leurs aînées dans ma belle PAL. Vous retrouverez dans les semaines, mois (années?) à venir mes impressions sur mes acquisitions. J'ai quand même limité la casse et niveau PAL, elle semble se stabiliser. La vrai question est: jusqu'à quand?

vendredi 18 mars 2016

"Du fond des ténèbres" de Ian Rankin

bm_1721_1525648

L'histoire : Noël approche, les élections législatives aussi. Les ouvriers s'activent à Queensberry House : le siège du nouveau Parlement doit être prêt à temps. La découverte d'un corps momifié dans une cheminée, puis la mort d'un mystérieux clochard passent presque inaperçues au regard de l'assassinat d'un fils de famille engagé dans la course électorale. Trois morts, dont deux inconnus : l'inspecteur Rebus voit un lien entre eux et suit son instinct. Sa hiérarchie, lui reprochant de toujours chercher ce qui n'existe pas, désapprouve. En chemin, il croisera ses démons habituels, l'alcool, la solitude, les aléas de la justice, et son vieil ennemi, le caïd "Big Ger" Cafferty.

La critique de Mr K : Mon premier Rebus de 2016 et quel volume! Rankin va très loin avec Du fond des ténèbres qui porte très bien son nom. Un inspecteur au fond du gouffre qui laisse libre court à son alcoolisme latent, des morts mystérieuses, des magouilles peu recommandables entre le crime organisé et le pouvoir politique, voici les principaux ingrédients de cette enquête haletante d'un de mes héros policiers préférés! Suivez-moi à Edimbourg entre ruelles obscures et salons de privilégiés pour un livre qui décoiffe et retourne son lecteur!

L'action commence plutôt classiquement avec la découverte de cadavres que rien ne semble relier les uns aux autres. Il y a ce clochard qui semble s'être suicidé et qui a choisi de vivre dans la rue malgré les 400 000 livres déposées sur son compte en banque, ce jeune politique plein d'avenir agressé et tué à l'arme blanche à la sortie d'un pub et puis il y a un violeur en série en liberté que la police n'arrive pas à attraper… Rebus est sur le coup mais on le muselle une fois de plus en lui collant aux basques dans le présent volume un jeune arriviste aux dents longues. Il faut dire que cela fait longtemps qu'il n'est plus en odeur de sainteté avec sa hiérarchie qu'il aime tant provoquer et malmener. Heureusement, il peut compter sur ses fidèles lieutenants dont la séduisante Siobhan Clarke qui aura ici un rôle décisif.

Nous continuons à explorer Edimbourg de fond en comble avec une visite des beaux quartiers dans Du fond des ténèbres, élément qui diverge de mes précédentes lectures tant Rankin aime détailler le caractère crépusculaire de la cité écossaise. Pour autant, les riches n'ont rien à envier aux classes populaires, les scènes d'interrogatoires donnent lieu à de savoureuses passes d'armes entre membres d'une même famille et même vis-à-vis des policiers considérés comme des larbins. Rébus ne s'en laisse pas pour autant compter et va avoir bien du mal à démêler un sac de nœud particulièrement retors. Surtout qu'il traîne sa peine avec lui et a bien du mal à résister à l'appel des pubs, de la bière et du whisky. Jamais on ne l'a senti aussi proche de la chute et on tremble pour lui tant il flirte avec les lignes et est à deux doigts de perdre son travail et même la vie.

En contre-point, on explore encore les arcanes du crime et c'est avec un bonheur non feint que l'on retrouve l'alter ego négatif de Rebus dans la peau de son plus vieil ennemi "Big Ger" Cafferty. Ils entretiennent vraiment de drôles de rapports ces deux là, un peu à la manière de Ryan Hardy et Joe Carroll dans la super série The Following. Ils aiment se détester mais ils ne peuvent s'empêcher de s'apprécier et finalement de se mesurer l'un à l'autre pour se mettre en valeur. Cela donne lieu à des discussions alambiquées, mêlant fiel et petites reculades sensibles à la teneur hautement jubilatoire quand on suit bien la saga Rebus.

Loin de se clarifier, la trame se complexifie au contraire au fil des chapitres, Rankin aime à perdre son lecteur en lui fournissant fausses pistes et demi-vérités comme à nos enquêteurs chéris qui pataugent littéralement les 3/4 du livre. Le final est assez tétanisant dans son genre et ouvre la voie à de futurs développements qui laissent envisager de gros bouleversements et des combats à venir riches en promesse. La lecture fut donc prenante comme jamais, j'ai alterné entre exaltation, abattement et nouvel espoir comme jamais dans un livre du genre policier. Sans doute un des meilleurs de la série des Rebus. À ne surtout pas manquer!

Egalement lus et chroniqué au Capharnaüm éclairé :
"Nom de code: Witch"
"Le fond de l'enfer"
"Rebus et le loup-garou de Londres"
"L'Étrangleur d'Edimbourg"
"La Mort dans l'âme"
"Le Jardin des pendus"
- "Causes mortelles"

Posté par Mr K à 18:07 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
mercredi 16 mars 2016

"AAARG ! : Beast off" Collectif

beast-off-

Le contenu : En deux ans d'existence AAARG ! a défrayé la chronique, cumulé les fans, chamboulé le petit monde de la bande dessinée. AAARG ! a grandi, c'est le temps de la mue, la revue se transforme en magazine mensuel. Délaissant son ancienne peau. Ce livre retrace une vie à 100 à l'heure, 11 numéros gros comme des annuaires, un site aux parutions quotidiennes, des dizaine de fêtes. Une histoire courte mais intense, résumée, sublimée et compilée ici. Plus qu'un best of, une autopsie, un voyage dans le ventre de la bête.

La critique de Mr K : Voilà un beau cadeau de Noël de ma douce! C'était aussi un coup de poker de sa part car je ne connaissais la revue AAARG ! que de nom et de réputation. Vu la ligne éditoriale quelque peu frappadingue et hors système du collectif, Nelfe ne prenait pas trop de risques en m'offrant ce bel objet de 1,820 kg tout de même! Un bon pavé dans la tronche des productions consuméristes et sans âmes qui inondent les rayons!

Ce volume est donc un best of de deux ans de publication, deux ans de boulot, d'exaltation mais aussi parfois de doutes. Vous retrouverez ici quelques textes, des planches de BD, des strips, des illustrations de couvertures, des photos-montages… Un joyeux bordel en quelque sorte qui correspond bien à l'esprit animant une revue hors norme, mélangeant des influences diverses comme Metal Hurlant (culte et adorée au Capharnaüm éclairé même si on l'a connu après sa disparition, on n'est pas si vieux!), Mad (revue satyrique américaine bien connue à travers un jeu de société assez fun) et des magazines plus "installés" tels que Pilote ou À suivre. Difficile face à une telle diversité de donner un avis exhaustif, on ne peut que survoler et donner des pistes. C'est que je vais essayer de faire modestement.

Tout d'abord, j'ai particulièrement aimé les éditos de Starsky, un des fondateurs de la revue à la plume virulente, engagée et sans concession. Il m'a fait pensé au style que l'on trouvait dans la revue Mad Movies avant que cette dernière ne cède aux sirènes mercantiles et "jeunistes". Ça frappe bien et juste avec un style vraiment tripant et bien senti. Très varié, il aborde la difficile création d'une revue, l'actu du moment au niveau de la société ou encore une soirée entre potes. Ça plante le décor et ouvre des perspectives. J'ai par contre moins goutté aux textes écrits par les collaborateurs qui se souviennent de leur première à AAARG ! ou encore leurs rencontres respectives. Je ne suis pas assez fan de la revue pour pouvoir mettre des visages sur les mots et ces pages sont plus dirigées vers les amateurs de la première heure. Peut-être y reviendrais-je après ma lecture de la nouvelle formule, on a le numéro mensuel de février à la maison.

Aarg 2

Grand amateur de strips devant l'éternel, petites historiettes narrées en trois cases en général (j'ai été à la bonne école plus jeune avec la géniale série des Garfield), j'ai été gâté avec trois séries particulièrement savoureuses: Paf et Hencule (la classe!), Grotesk et Glory Owl (rien à voir avec une pratique sexuelle douteuse). On est comblé quand on est amateur d'humour noir flirtant avec les limites de la dérision et du bon goût. Tout le monde en prend pour son grade: les fachos réactionnaires, les parents, les profs, les gamins (j'adore quand on touche à l'intégrité de ces chères têtes blondes), les docteurs, le bon goût. De l'humour bien thrash comme je les aime avec le goût du travail bien fait. Un bonheur renouvelé à chaque strip pour se gondoler comme il faut! Dans le même style, j'ai adoré les détournements d'éphémérides qui parsèment le volume et qui sont du même tonneau ainsi que les séries Freaky monsters, les incognitos (jeux de mots très cons mais très drôles autour de personnalités célèbres) et les illustrations grise mine qui font la part belle à l'humour très noir.

Aarg 1

Et puis, il y a les BD! Ce Beast off en propose un grand nombre aussi variées dans leur genre que dans les styles proposés. On passe joyeusement de la chronique quotidienne d'un dessinateur en panne d'inspiration, au récit de fantasy ou de SF débridé au non sens souvent percutant, le récit de famille très borderline (super série de la dessinatrice Coryn), le western zapatiste féministe et toute une pléthore de récits tordus, biscornus où soufflent un esprit novateur et libertaire, en tous les cas bien loin de ce que l'on a l'habitude de lire et de voir. Ce serait faux de dire que tout m'a plu, chacun a ses intérêts, ses sensibilités, mais la fraîcheur de l'ensemble a emporté mon adhésion et j'ai passé de sacrés bon moments loin des sentiers battus et de l'humour codifié. Ça fait du bien par où ça passe!

Aarg 3

Ce Beast off m'a laissé une très bonne impression, de supers souvenirs avec un partage généreux et ludique. Une belle expérience que je vous encourage à tenter au plus vite si vous êtes amoureux du neuvième art et de découverte de nouveaux talents en la matière.

Posté par Mr K à 17:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
mardi 15 mars 2016

"Trois jours et une vie" de Pierre Lemaitre

9782226325730g

L'histoire : "À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir. Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien…"

La critique de Mr K : J'ai découvert cet auteur avec le génial Au revoir là haut, prix Goncourt mérité et jubilatoire traitant de l'après Grande guerre. J'avais adoré l'écriture dynamique et saisissante, le traitement ciselé des personnages et la rencontre émouvante entre la grande et la petite Histoire. Changement de style et de genre avec le dernier né de l'auteur, Trois jours et une vie flirte avec le drame intimiste, le roman noir et l'étude sur le comportement d'une communauté endeuillée. Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est réussi avec un récit poignant baignant dans l'ombre du grand Dostoïevski.

Antoine est un jeune garçon pas très sûr de lui qui cherche à plaire: aux garçons de son âge pour leur prouver qu'il est du même moule qu'eux et aux filles dont les charmes enivrants éveillent des désirs nouveaux chez l'adolescent en devenir. En quelques chapitres, Lemaitre plante le décor: le quotidien d'Antoine, ses relations et les différents personnages qui vont jouer un rôle crucial dans le drame qui va avoir lieu (le père de Rémi, la mort atroce et choquante du chien, la mère d'Antoine qui élève seul son fils, le fonctionnement d'une bande de gamin, les réflexions et pensées du jeune antihéros). On n'insistera jamais assez sur la nécessité d'écrire un bon début de roman. C'est là où tout se joue, dans l'accroche, la curiosité et l'amour que l'on peut vouer ou non aux personnages. C'est carton plein ici avec une délicatesse de tous les instants dans l'exploration de la psyché des personnages et des ressorts dramatiques très bien installés. Les pages s’enchaînent avec un plaisir accru et des interrogations nombreuses.

Et puis, le petit Rémi disparaît et Antoine en est responsable. Pourquoi, comment? Tout est expliqué lors de la scène clef et dès le départ le lecteur en sait long. Mais l'intérêt du roman est tout autre, il réside dans l'évolution d'Antoine par la suite, d'où la référence à Dostoïevski en préambule de ma chronique. Il y a clairement des parallèles et des sources d'inspiration tirés du magnifique Crime et châtiment, où le jeune Raskolnikov éprouve les angoisses de la culpabilité face à un acte brutal et irréfléchi. Plus accessible, le livre de Lemaitre n'a pas à rougir de la comparaison, rien ne nous est épargné des affres d'Antoine qui s'enfonce peu à peu dans une spirale infernale: mensonge, faux-semblants, honte, culpabilité, remords et regrets sont exposés à nu et saisissent à la gorge le lecteur prisonnier d'une toile d'araignée mentale d'une rare complexité. Chaque mot, réaction, réflexion d'Antoine semble l'attirer vers le fond et les abysses de sa personnalité en changement.

Autour de lui, figure immobile renfrognée dans son mutisme, navigue un monde bouleversé où chacun se sent concerné et touché par cette disparition douloureuse. Le jeune garçon était sans histoire et apprécié de tous. Dans certains chapitres, l'auteur lève le stylo de sa proie (Antoine) et s'attarde sur les adultes et les autorités qui s'agitent en tout sens pour retrouver Rémi et doivent par la suite affronter la terrible tempête de 1999. Cet événement va avoir son influence et sceller le destin du héros que l'on retrouve par la suite à différentes époques de sa vie d'après. Bien qu'épargné par un rouage d'événements concomitants, son existence reste terne et chargée des poids du passé. Les questionnements intérieurs même s'ils se sont atténués vont ressurgir à plusieurs moments et influencer son existence qui lui échappe irrémédiablement. La fin bien qu'abrupte (on aurait aimé en lire encore plus!) est réussie, tétanisante et sans appel. On reste cloué à son siège entre stupéfaction devant le machine infernale que peut se révéler être un parcours de vie et le bonheur d'avoir lu un roman qui prend aux tripes.

Superbe lecture que ce dernier roman de Lemaitre qui nous emmène avec lui dès le premier chapitre par son amour de ses personnages et son écriture toujours aussi incisive et immersive. On se prend à regretter que cet ouvrage se lise si vite tant l'addiction est profonde et enrichissante. Une belle claque que je vous invite à prendre au plus vite!

Posté par Mr K à 17:15 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
lundi 14 mars 2016

"Saint Amour" de Benoît Delépine et Gustave Kervern

saint amour afficheL'histoire : Tous les ans, Bruno fait la route des vins... sans quitter le salon de l’Agriculture ! Mais cette année, son père, Jean, venu y présenter son taureau champion Nabuchodonosor, décide sur un coup de tête de l’emmener faire une vraie route des vins afin de se rapprocher de lui. Et s’ils trinquent au Saint-Amour, ils trinqueront bien vite aussi à l’amour tout court en compagnie de Mike, le jeune chauffeur de taxi embarqué à l’improviste dans cette tournée à hauts risques entre belles cuvées et toutes les femmes rencontrées au cours de leur périple...

La critique Nelfesque : Je laisse rarement passer un film avec Benoît Poelvoorde à l'affiche. Rajoutez à cela les deux acolytes grolandais, Benoît Delépine et Gustave Kervern, à la réalisation et cela donne un long métrage que l'on attend avec impatience et que l'on a hâte de découvrir.

Depuis longtemps déjà, les réalisateurs font dans le cinéma social. Avec une dose de second degré, un regard décalé à la fois sensible et avec beaucoup d'amour, ils croquent les "petites gens", les laissés-pour-compte, à la ville comme à la campagne. "Saint Amour" ne déroge pas à la règle et ici, nous suivons Bruno, agriculteur à la dérive entre crise existentielle professionnelle et vie privée proche du néant.

Poelvoorde crève l'écran. Touchant par ses fêlures et ses maladresses, il incarne parfaitement le rôle de Bruno. Le spectateur ressent ses peurs et son mal de vivre. Si il ne fallait en garder qu'un dans le casting de ce film ce serait lui. Indéniablement. Poelvoorde est un grand acteur de la scène francophone.

saint amour

Autre monstre sacré, Depardieu, qui se faisait rare au cinéma depuis sa délocalisation en Russie mais qui semble toutefois revenir en force en ce moment, est ici le père de Bruno. Jean souhaite prendre sa retraite et laisser sa ferme aux soins exclusifs de son fils mais il le sent en perdition et le voyage qu'ils entreprennent ensemble sera le moyen de faire revenir Bruno à la vie en laissant de côté sa passion excessive pour le rouge.

C'est un petit road movie viticole que nous proposent Delépine et Kervern. 3 hommes, 3 générations, une route, des coeurs à ouvrir aux autres. Il n'y a plus de réelle surprise tant ces deux là usent et abusent de ces codes mais c'est toujours avec une pointe de tendresse qu'il me plaît de voir leurs films. Petit bémol toutefois cette fois ci pour la fin que je trouve trop attendue, bisounours et quelque peu idéaliste sous certains aspects mais le traitement au plus près des hommes et de leurs faiblesses est toujours aussi bien senti tout du long.

"Saint Amour" est un film sensible et attachant qui prend le parti de mettre en lumière le métier d'agriculteur d'aujourd'hui dans le contexte que l'on connaît actuellement. C'est bien vu, ça tombe pile poil dans l'actualité mais ça manque d'objectivité. Pour le jeu d'acteur de Poelvoorde cependant, je vous conseille de vous laisser tenter. Quand on a des acteurs de telle qualité, on ne peut que savourer son plaisir. Avec un petit verre de vin pour l'occasion !

saint amour 4

La critique de Mr K : 3,5/6. Petite déception aujourd'hui avec le dernier film des comparses grolandais Kervern et Delépine. Chacun de leurs films précédents s'est révélé une belle réussite entre constat accablant sur notre époque et humour décalé mêlé de tendresse. On retrouve tous ces éléments ici mais un brio et un mordant moindre, la faute à un manque de surprise dans le développement des personnages et un étalage final des sentiments que j'ai trouvé trop appuyé, too much.

Derrière ce road movie arrosé, c'est l'histoire d'un père et de son fils qui ne se comprennent plus, l'un étant obsédé par la reprise de l'entreprise familiale par sa progéniture et l'autre lorgnant avec les rivages poisseux de l'alcoolisme et passant à côté de sa vie. La mère est décédée depuis déjà un petit bout de temps et le poids de cette disparition prématurée pèse en filigrane pendant tout le film. Petit à petit, les deux hommes vont se rapprocher à la faveur de rencontres hautes en couleur et de discussions à bâton rompu.

saint amour 3

Poelvoorde est une fois de plus extraordinaire dans ce rôle de ce quadra en perte de repères passant de l'ébriété joyeuse aux périodes de doute profond. Un regard, un sourire à la commissure des lèvres, une présence physique indéniable et juste donne une profondeur incroyable à la figure de ce fils désemparé. Il est bien soutenu par un Depardieu solide et sensible dans le rôle du père bourru et blessé au plus profond de lui. Pas de réelle révélation à ce niveau là, Mammuth est déjà passé par là. Le troisième lascar (un chauffeur de taxi mythomane campé par Vincent Lacoste) complète le trio avec toute une galeries de contradictions touchantes qui relèvent l'ensemble et donne une tonalité douce amère à un film qui touche la corde sensible du spectateur.

saint amour 1

J'ai adoré aussi les apparitions de guest complètement borderlines et qui bonifient ce film par leur présence. La palme revient à Michel Houellebecque que j'ai trouvé incroyable d'étrangeté et de mélancolie dans son rôle de père de famille obligé de louer sa maison pour subvenir aux besoins de sa famille. Personnage pitoyable, totalement branque, on ne le voit qu'une dizaine de minutes mais cela suffit pour marquer le spectateur. J'ai aussi aimé la prestation d'Ovidie en agent immobilier retorse qui cherche à se venger de sa compagne négligente ou encore, Chiara Mastroianni en tenancière de foodtruck en bord de route (quel changement de registre pour le coup!). Il se dégage de l'ensemble des scénettes parfois d'anthologie qui font progresser une histoire plutôt classique en elle-même.

saint amour 2

C'est là que le bas blesse avec un rythme progressif mais finalement très codifié. Pas de réelle surprise si ce n'est un aspect "guimauve" qui ne ressemble pourtant pas aux deux réalisateurs. J'ai trouvé qu'à partir du moment où le trio rencontre le personnage de Céline Sallette (une femme des bois qui cherche un homme pour faire un enfant), on tombait dans la facilité, le "dégoulinage". Pourtant l'idée de départ est bonne, la conclusion plutôt osée mais mal traitée et ne remplissant du coup pas son office première. De plus, les conditions de visionnage n'étaient pas optimales, la faute à une spectatrice bruyante, riant de tout et de rien (même quand la scène est dramatique) gâchant mon expérience. À noter qu'il s'agissait d'une senior et qu'elle n'avait rien à envier à des plus jeunes bordelisant une séance. Elle m'a littéralement saoulé ce qui, je vous l'accorde, était au diapason des verres consommés dans le métrage!

Au final, le film reste sympathique et doucement décalé. Des passages sont vraiment géniaux (Houellebecque, les dix stades de l'ébriété) et vous passerez sans doute un bon moment, terni seulement par un ensemble plutôt convenu ce qui est un comble quand on goûte à Groland depuis sa création. Ce n'est pas forcément un film à absolument aller voir en salle obscure mais un petit moment de plaisir sans prétention à découvrir pour tous les amateurs du genre.