lundi 12 octobre 2015

Challenge "Destockage de PAL en duo" V4

Allez, c'est reparti pour ce challenge "Destockage de PAL en duo" avec toujours ma copinaute faurelix ! Ce challenge, on l'aime beaucoup et comme on s'aime beaucoup aussi (et qu'on aime beaucoup nos PAL respectives), on s'est dit qu'on allait faire toutes les sessions ensemble. Cette nouvelle version a pour consigne : "Pioche dans le genre préféré de ta partenaire".

destockage de pal genre préféré

Faciiiile ! Toutes les deux, on est assez friande de thriller / policier alors le thème est tout trouvé et il sera commun !

Le challenge a déjà commencé depuis quelques semaines. J'ai du retard dans la publication de mon billet d'inscription mais je serai dans les temps pour lire le livre choisi par faurelix. Comme à notre habitude, nous choisissons 2 romans dans la PAL de l'autre en respectant la consigne et nous avons ici jusqu'au 30 novembre pour le lire.

Mais alors ses choix quels sont-ils !?

Quatrième mission : du 1er septembre 2015 au 30 novembre 2015 !
ORDRE DE MISSION : PIOCHE LE GENRE PREFERE DE TA PARTENAIRE 

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Pour cette mission, faurelix et moi nous voyons attribuer le nom de code "Simon and Garfunkel". Heu... Je cherche pas à comprendre mais ça me va.

Les 2 romans que je propose à faurelix sont les suivants :

- "Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte" de Thierry Jonquet parce que Mr K ne tarit pas d'éloge sur cet auteur et parce que ce roman pourrait être dans ma PAL.

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- "Séquestrée" de Chevy Stevens parce qu'on est là dans le thriller pur ! Je ne l'ai pas lu mais à la 4ème de couv', je peux deviner que c'est un roman plein de suspens et le genre de bouquin qui se lit d'une traite.

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De son côté, faurelix a choisi pour moi les deux romans suivants :

- "L'Oeil de la lune" d'Anonyme parce que ça fait des années qu'elle a envie de se faire la série mais l'occasion ne s'est pas présentée. Comme elle craint qu'il fasse partie de ces livres qu'elle n'aura jamais le temps de lire, ce serait une sorte de lecture par procuration.

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- "L'Oiseau de mauvaise augure" de Camilla Läckberg parce que, comme elle le souligne justement, il serait peut-être temps de renouer avec elle...

l'oiseau de mauvais augure

Je crois que faurelix tente de me faire poursuivre les sagas que j'ai mise un peu de côté non pas parce qu'elles perdaient de la vitesse mais parce que je les ai un peu oubliées au profit d'autres romans. OK, j'ai bien compris le message et pour l'heure, je choisis de lire "L'Oiseau de mauvaise augure" de Camilla Läckberg parce qu'il faut bien commencer par un bout... Promis, je lirai prochainement "L'Oeil de la lune" pour la lecture par procuration.

Pour découvrir le choix de faurelix, je vous laisse vous rendre sur son blog. Si ce challenge vous plait, n'hésitez pas à vous y inscrire. Plus on est de fous, plus on rit ! Bonnes lectures !

Posté par Nelfe à 19:24 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
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samedi 10 octobre 2015

Acquisitions automnales Nelfesques

Il y a 2 semaines, Mr K vous parlait de son craquage d'automne. Vous vous imaginez bien que moi non plus je n'ai pas su résister. J'ai été plus sage que lui mais je rajoute tout de même + 14 à ma PAL... Ben oui, c'est ça quand on tombe sur des romans forts intéressants à tout petit prix et que l'on a très envie de lire. Perso, j'ai du mal à résister ! Voyez plutôt :

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- "Une Place à prendre" de J. K. Rowling qui a fait beaucoup parlé de lui à sa sortie. Après Harry Potter, J. K. Rowling laisse de côté l'univers jeunesse et propose une comédie de moeurs teintée d'humour noir. J'ai eu envie d'essayer ! Espérons que j'accroche à ce roman de presque 700 pages...

- "Frankenstein" de Mary Shelley parce que c'est un classique que je n'ai pas encore lu.

- "Empereurs des ténèbres" de Ignacio Del Valle où il est question de seconde guerre mondiale à la mode thriller sur le front russe.

- "Complètement cramé" de Gilles Legardiner pour une lecture fun après un premier opus, "Demain j'arrête", que j'avais trouvé détente neurones.

- "Urkas !" de Nicolaï Lilin, le coup de poker du jour. Je ne connais ni l'ouvrage, ni l'auteur, mais la quatrième de couverture m'a fait frétiller les antennes ! Une plongée dans l'univers ultra-violent de la mafia sibérienne de Transnistrie, un récit de vie en forme de puzzle, un roman noir.

- "Bonjour chez vous !" de Nadine Monfils parce que "Les Vacances d'un serial killer" avait su me charmer.

- "Pike" de Benjamin Witmer, un roman noir comme je les aime et qui devrait bien me plaire. A suivre...

- "Fantasia chez les ploucs" de Charles Williams, un roman policier qui m'a l'air bien déjanté. Rien que le titre et la couv' posent l'ambiance !

- "Prenez soin du chien" de J. M. Erre qui était depuis longtemps dans ma wishlist. J'ai bien envie de faire rapidement connaissance avec ce microcosme ! "Entre l'érotomane scato du dessus, l'évaporé zoophile d'à côté et l'exhibitionniste d'en face, je commençais à me faire du soucis." Pas moi ! J'ai hâte !

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Petit tour dans le bac à partitions et je repars avec la Sonate n°27 de Beethoven et l'Intermezzi Opus 117 de Brahms. Pour ceux qui l'ignorent, je fais du piano depuis l'âge de 8 ans. J'ai toujours un oeil sur les partitions quand on va chez Emmaüs. Malheureusement, ils n'en ont pas souvent et après mon passage, les pianistes qui me suivent n'ont généralement plus rien à se mettre sous la dent.

Petit bonus du jour : Nous sommes allés faire innocemment un petit tour dans un magasin de seconde main et je suis revenue avec ENCORE des bouquins... Je suis incorrigible, je sais.

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- "Chroniques de l'asphalte" de Samuel Benchetrit, volumes 1, 2 et 3 : J'ai littéralement sauté au plafond en les trouvant ! Nous sommes allés voir hier soir au cinéma "Asphalte" de Benchetrit, librement adapté de deux nouvelles présentes dans ces chroniques. On a A-DO-RE ! On vous en reparle dans les prochains jours. De mon côté, je suis RAVIE de les avoir trouvées à 2.50€ pièce en broché (et Mr K est jaloux de ne pas les avoir trouvées avant moi mais faut pas le dire (la jalousie c'est mal... je ne sais pas si je vais les lui prêter...))

- "Spirales" et "Moka" de Tatiana de Rosnay, deux courts romans d'une auteure que j'aime beaucoup et qui a beaucoup de classe (oui je sais ça ça se voit pas dans ses pages mais dieu que c'est une belle femme !)

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Tesfa a l'air de bien apprécier Benchetrit elle aussi (elle a décidément fort bon goût) et donne sa bénédiction à l'entrée de ces petits nouveaux dans ma PAL. Me voilà rassurée !

N'hésitez pas à me donner votre avis sur tel ou tel titre dans les commentaires si vous les avez lu. Pour l'heure, j'ai envie de tous les lire en même temps mais comme ça me parait difficile, cela me permettra de choisir par lequel commencer !

vendredi 9 octobre 2015

France, terre d'accueil...

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Dessin de Lasserpe tiré de son blog

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jeudi 8 octobre 2015

"Les Lumières de Central Park" de Tom Barbash

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L’histoire: Si Raymond Carver avait vécu à Manhattan, il aurait indéniablement pu être l’auteur de ces nouvelles, qui explorent la façon dont les relations entre les êtres naissent et se brisent. Tels cette femme récemment séparée qui s’immisce dans la vie sentimentale de son fils ou ce jeune homme qui s’inquiète de voir son père, veuf depuis peu, devenir la coqueluche de ces dames.

La critique de Mr K: Encore une bonne pioche pour moi avec ce nouveau recueil de nouvelles US paru récemment dans l’excellente collection Terres d’Amérique chez Albin Michel, après les très bons Volt et Le Paradis des animaux. Nouveau venu sur la scène littéraire américaine, Tom Barbash s’attache à travers les 13 courts récits qui composent Les Lumières de Central Park à saisir des situations du quotidien de personnages qui ont tout pour être heureux mais que la vie et les circonstances rattrapent. Cela donne un mélange détonant de douceur, d’amertume, de moments plus drôles et de vraies tragédies. Suivez le guide!

Il est beaucoup question dans ces textes de la notion de rupture et de changement, élément inhérent à toute existence humaine. On croise des couples divorcés qui tentent de rebâtir un foyer parfois même une vie, des enfants déchirés par le passé qui tentent de survivre (magnifique nouvelle Janvier, ma préférée), des êtres qui cherchent ou se cachent selon leur caractère et leur milieu. Cela donne une valse des sentiments et des comportements qui balaie large, chacun pouvant se retrouver dans les réactions observées à la loupe par un auteur au plus proche de ses personnages. Cellule familiale, relations professionnelles, rencontres impromptues sont sources de choix et de déviations dans une existence.

Comme dit plus haut, les personnages ne sont pas à plaindre dans l’absolu en terme matériel. Ils ont chacun un toit, de quoi se nourrir et un travail pour subvenir à leurs besoins. Par contre les bobos de l'âme sont nombreux, les blessures profondes et pour certaines inguérissables. Il flotte comme un parfum de spleen sur ses pages qui malgré quelques saillies plutôt humoristiques ne respirent par forcément le bonheur pour jouer dans l’euphémisme. C’est ce qui rend ce livre si attachant car très humain dans sa manière de montrer nos fêlures intimes et nos destinées parfois brisées. La souffrance c’est très rassurant, ça n’arrive qu’aux vivants disait Renaud. On en a ici un très bel exemple avec une galerie de personnages plus faillibles les uns que les autres mais auxquels on se raccroche comme à une ligne de vie pour poursuivre notre route de lecteur sur des sommets parfois très hauts et quasi initiatiques.

On se prend à se mettre à leur place, à réfléchir sur le tenant et les aboutissements de certaines de nos propres décisions, sur les rapports que l’on entretient dans son travail ou même au sein de nos familles. Étrange sensation vraiment, plutôt rare de part son aspect frontal et naturel. Les liens se font naturellement dans l’esprit conquis du lecteur qui n’a de cesse de poursuivre sa lecture pour voyager encore plus loin dans ces instantanés de vie décortiqués, si éloignés et si proches à la fois. Il y a aussi un côté montagnes russes car on passe vraiment par tout un panel d’émotions contradictoires de la simple gène à la détestation parfois féroce ou de la détente au grand bonheur espéré. On se fait doucement bousculer, puis parfois chavirer par des histoires simples en apparence mais à la symbolique parfois très forte et marquante.

Le lecteur est grandement aidé par l’écriture simple et subtile de Tom Barbash. Très accessible mais cependant très évocatrice (notamment en ce qui concerne la psyché et les réactions des personnages) grâce aux thématiques universelles abordées. On passe un très bon moment à côtoyer ces âmes égarées en recherche de sens et de réponses. Le temps passe à une rapidité folle, les mots, les phrases, les histoires défilent jusqu’à l’irrémédiable dernière page qui nous laisse une satisfaction à la saveur particulière, de celle qui perdurent longtemps après de grandes et belles lectures qui nous construisent et nous enrichissent.

mercredi 7 octobre 2015

"Vers l'autre rive" de Kiyoshi Kurosawa

Vers l'autre rive afficheL'histoire : Au cœur du Japon, Yusuke convie sa compagne Mizuki à un périple à travers les villages et les rizières. A la rencontre de ceux qu'il a croisés sur sa route depuis ces trois dernières années, depuis ce moment où il s'est noyé en mer, depuis ce jour où il est mort. Pourquoi être revenu ?

La critique Nelfesque : Les films asiatiques, c'est clairement LE truc de Mr K. Je l'ai suivi ici par curiosité et parce que "Vers l'autre rive" s'est vu décerner le Prix de la mise en scène Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes. Depuis qu'il lit de la littérature japonaise entre autres, il aime l'ambiance qui se dégage des oeuvres nippones en général. Je le laisserai développer cela dans sa critique qui suit. C'est moins mon truc mais à l'occasion je veux bien me laisser tenter. Ensemble par contre, nous partageons la fascination pour les films de genre, et les productions asiatiques en particulier, pour la nourriture asiatique et les voyages sur ce beau continent.

Mais revenons-en au film... "Vers l'autre rive" est un film contemplatif avec tout ce que cela comporte comme qualités et comme défauts. De magnifiques plans emplis de poésie (la scène des fleurs découpées sur le mur de la chambre est vraiment superbe) et des silences lourds de sens (la scène de la jeune fille au piano) mais aussi des longueurs, des longueurs, des longueurs et des longueurs... En sortant de la salle, j'ai caustiquement signifié à Mr K qu'à ma prochaine insomnie je me materai un film japonais, ça sera plus efficace que Chasse et Pêche... Désolée pour les amoureux du genre mais j'ai baillé à m'en décrocher la mâchoire. D'un peu plus et je me serai endormie. Plus sopo, tu fais pas !

Cela aurait été dommage toutefois car l'histoire en elle-même est très belle. Mizuki est veuve depuis 3 ans et n'arrive pas à faire son deuil. Un soir, alors qu'elle prépare des mochis (quand je vous disais qu'on adorait la nourriture asiatique...), Yusuke fait son apparition dans la cuisine et lui propose de le suivre pour faire un étrange voyage. Ils vont alors sillonner le Japon et se rendre auprès de personnes que Yusuke a fréquenté durant ces 3 dernières années d'errance. Des vivants, des morts, des personnes en souffrance... J'ai particulièrement aimé l'histoire de ce vieux distributeur de journaux indépendant et la façon dont Kurosawa l'a porté à l'écran. Rien que pour cette partie du film, je suis tout de même contente de m'être déplacée en salle. C'est très beau, c'est touchant, c'est introspectif, c'est poétique, c'est japonais.

vers l'autre rive

Mais les réactions et façons d'appréhender les choses des nippons est tellement loin de nos codes occidentaux que j'ai personnellement beaucoup de mal à m'identifier aux personnages, à être profondément émue et finalement à être touchée. Je contemple alors le film, passivement, j'observe plus que je ne vois... C'est une sensation étrange. Je voudrais me téléporter dans l'écran et secouer les personnages, leur dire de crier, de pleurer, de s'exprimer, de sauter en l'air, de dire "merde" et d'arrêter de regarder le sol timidement quand on leur fait des compliments !

Pour conclure, avant de laisser la place à Mr K qui a été plus enjoué que moi, j'ai passé un moment agréable avec "Vers l'autre rive". Sans plus. Une petite parenthèse dont j'aurais pu me passer mais qui ne m'a pas totalement déplue. Un petit flottement donc... Et une irrépressible envie de manger asiat' en sortant !

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La critique de Mr K : 4,5/6. Prix de la mise en scène de la sélection Un certain regard de l'édition 2015 du festival de Cannes, j'attendais avec impatience depuis quelques mois la sortie de ce métrage. Je suis de manière général fasciné par cette terre de contraste que se révèle être le Japon. J'aime beaucoup la littérature nippone et le cinéma venant de cet archipel avec une préférence pour les films de genre - je ne me suis toujours pas remis du choc de The Ring, bientôt la critique littéraire d'ailleurs sur ce blog ayant lu l’œuvre originel il y a peu - mais aussi les drames intimistes comme Still the water, mon gros coup de cœur de l'année dernière. J'avais raté en son temps le film Real du même réalisateur qu'il faut d'ailleurs que je regarde dans les semaines à venir. Qu'en est-il de cette histoire étrange de revenant?

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Une professeur particulier de piano vit seule dans la mégalopole japonaise. Sa vie est bien réglée et monotone depuis la disparition de son mari. Un jour, il n'est jamais revenu d'un séjour en mer et elle doit vivre avec ses souvenirs. Cependant, un soir il est là et bien là! Il lui annonce tout de go qu'il est mort et qu'il vient prendre de ses nouvelles. Très vite, il va l'entraîner dans un voyage quasi initiatique à la rencontre de personnes qu'il a autrefois connu et qui l'ont aidé. Il veut leur rendre la pareille et compte sur sa douce épouse pour réussir cette entreprise. Commence alors un parcours initiatique et hypnotique, métaphore du temps qui passe, des sentiments qui perdurent et de la nécessité de faire son deuil.

Passez votre chemin si la lenteur au cinéma vous rebute. Clairement, le rythme est langoureux de chez langoureux avec une action limitée, des personnages très calmes, à la limite de la neurasthénie dirait Nelfe. On avance lentement, très lentement et il ne se passe pas grand-chose avouons-le. L'intérêt porte surtout sur les personnages et notamment leur part d'ombre. Le personnage du mort est ainsi très complexe et le voile se lève sur une personnalité torturée de son vivant. D'ailleurs sa femme en découvre autant que nous sur son mari qu'elle croyait pourtant bien connaître et qu'elle continue d'aimer par dessus tout. Le couple crève l'écran je trouve grâce au charisme terrible qui se dégage des deux acteurs qui irradient la toile de leur présence. Le non-dit est ici très explicite et mène le récit!

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Étrange balade vraiment que ce film entre paysages urbains grisonnants, villes moyennes de la banlieue et campagne profonde. De manière générale, les paysages ne sont pas vraiment beaux mais certains plans et passages sont tout bonnement magnifiques. J'ai particulièrement apprécié le passages chez le vieil homme, un distributeur indépendant de journaux qui découpe des fleurs dans les publicités pour en couvrir les murs de sa chambre ou encore le passage au piano dans le restaurant. On a alors le cœur au bord des lèvres, le temps suspend son vol et on touche au sublime, surtout que la réalisation est tout bonnement parfaite.

Pour autant, je ne crierai pas au génie pour la simple et bonne raison que je pensais vraiment ressortir lessivé et touché en plein cœur par ce film. Bien que poignant par moment, j'ai trouvé qu'il ratait un peu sa cible, la faute sans doute à des zones d'ombres dans la caractérisation des personnages (notamment l'héroïne) qui empêche l'empathie d'envahir totalement le spectateur. Reste cependant une expérience nippone fort plaisante et qui plaira à tous les amateurs du genre.


mardi 6 octobre 2015

"Moi et le Diable" de Nick Tosches

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L'histoire: Pour tromper son angoisse du temps qui passe et de la dégénérescence physique, Nick, un écrivain new-yorkais, passe son temps à séduire des femmes qui se laissent facilement impressionner par sa culture et son hédonisme. Une nuit, il fait avec une certaine Mélissa une expérience inédite, à la fois sexuelle et spirituelle. Goûtant pour la première fois au sang humain, il se sent revivre.

La critique de Mr K: Outre-Atlantique, Nick Tosches est considéré comme un "auteur culte" mélangeant habilement souffre et littérature. Biographe de Jerry Lee Lewis notamment, journaliste rock que l'on pourrait rapprocher de Philippe Manœuvre chez nous, poète et romancier, il a plus d'une corde à son arc. Moins connu en Europe (j'avoue que je ne le connaissais pas avant cette lecture) sauf dans les milieux branchés rock et littérature bien barrée, son dernier roman Moi et le Diable vient tout juste de sortir aux éditions Albin Michel. La quatrième de couverture étant diablement (sic) séduisante, je m'empressais d'en entamer la lecture…

Nick est vieillissant et comme pour beaucoup il considère que la vieillesse est un naufrage. Son corps le lâche, ses démons le rattrapent régulièrement en matière d'alcool et sa carrière littéraire est derrière lui, l'auteur ayant perdu le goût d'écrire. Il traîne sa mélancolie et sa hargne dans des rades obscurs auprès de barmen compatissants et de belles inconnues car il fuit l'idée du passé qu'il considère être un sale endroit. Grâce à sa verve et son sens de la répartie, il multiplie les conquêtes d'un soir, relations sans lendemain qui le temps d'une parade de séduction, d'un RDV, d'une coucherie lui font oublier sa condition. À la suite d'une énième aventure, l'écrivain va pousser la passion au maximum, goûter au sang et atteindre des sommets insoupçonnés de l'extase spirituelle et sexuelle. C'est le début d'une longue fuite en avant entre folie et désir.

Impossible de ne pas penser à l'auteur lui-même quand on suit les péripéties de cet écrivain en souffrance. Même prénom, même tranche d'âge et une vie bien rock and roll (et un gros gros indice au 3/4 du livre!). Étrange mélange et alchimie, entre réalité et fantasmes d'un auteur qui semble hanté par la vieillesse. Page après page, le héros semble poursuivre le rêve fou de l'immortalité qu'il pense toucher du doigt (et de la langue!) en buvant le sang de ses victimes consentantes. Cela donne lieu à des scènes pornographiques d'une grande qualité littéraire mais qui risquent de choquer les plus pudibonds d'entre vous. Descriptions anatomiques et sensitives se succèdent sans détour, sortes de sabbats des temps modernes où corps et esprits se plient face à la volonté du vieillard qui ne veut pas mourir et qui existe par le sexe et l'eucharistie païenne que représente la consommation du sang des jeunes filles. Dans un premier temps, cela semble fonctionner, sa vue s'améliore et il retrouve des capacités physiques qu'il croyait avoir définitivement perdues.

Mais comme dans tout pacte faustien, il y a un revers de la médaille. Que cache réellement ce rajeunissement? Quel avenir pour lui et Mélissa, la mystérieuse jeune femme qui l'accompagne sur ce chemin obscur? Vit-il vraiment tel un vampire des temps modernes, son imagination ne mène-t-elle pas notre héros en bateau? Autant de questions qui se bousculent dans l'esprit du lecteur à la fois fasciné et un peu désemparé face à un livre repoussoir par moment (la chair est triste au bout d'un moment devant tant de déballage) et jouissif dans sa manière d'aborder les obsessions d'un homme en fin de vie. Ainsi, j'ai trouvé le thème de l'alcoolisme traité avec brio par l'auteur entre finesse, pulsions de mort et réalisme clinique refroidissant (la scène à l’hôpital restera longtemps gravée dans ma mémoire). Très réussies aussi sont les scènes d’interaction entre Nick et les femmes qu'ils rencontrent, âmes perdues s'entrechoquant, s'attachant ou se libérant l'une de l'autre de manière fracassante. Au delà du sexe, la psychologie est poussée dans ses retranchements au travers de portraits au vitriol de personnes blessées par la vie et qui tentent de survivre malgré tout. C'est le rock and roll baby!

C'est l'occasion aussi pour l'auteur de nous convier à des discussions à bâtons rompus sur le sens de la vie avec un certain Keith (que les amateurs de rock remettrons très vite!), de régler ses comptes avec les grandes enseignes dites culturelles mais aussi avec l'émergence des livres électroniques (ça c'est pour le côté "vieux con" du personnage principal) à mettre en rapport avec le regard que porte l'auteur sur le monde qui évolue autour de lui et surtout sans lui. Il ressort de ce livre un grand désenchantement ainsi qu'une ineffable rage de vivre qui transpire des pages sentant la sueur et le foutre (oups le mot est lâché!).

Je dois avouer que la lecture de Moi et le Diable fut tout d'abord assez difficile. Le livre est brillamment écrit pour qui aime le style bad guy doublé d'un érudit certain. Pour autant, il m'a fallu passer par quelques phases de découragement notamment face aux scènes érotiques que j'ai trouvé finalement assez ennuyeuses et des saillies culturelles parfois lourdingues. Mais en persévérant, on se rend compte que rien n'est gratuit, que tout se complète pour mener à un dernier acte vraiment splendide entre révélation cachée et mise en perspective d'une existence toute entière. On prend une belle claque et on ressort quelque peu changé de cette lecture vraiment différente, dérangeante mais qui ne peut laisser insensible. Le Diable est le prince des tentateurs, vous laisserez-vous tenter par lui à votre tour?

lundi 5 octobre 2015

"Une autre vie" de S. J. Watson

WatsonL'histoire : Femme au foyer, Julia mène une vie bien rangée à Londres avec son mari et son fils. Lorsqu’elle apprend la mort de sa jeune sœur, Kate, victime d’une agression à Paris, près du canal de l’Ourcq, elle est sous le choc. Les deux sœurs, dont les relations n’ont jamais été faciles, s’étaient perdues de vue.
Ne parvenant pas à faire son deuil, Julia décide d’aller à Paris afin d’en savoir plus sur la vie que menait Kate. Là, elle apprend que cette dernière fréquentait assidûment les sites de rencontre en ligne. Le doute s’insinue alors dans son esprit : et si la mort de sa sœur n’était pas due à une simple agression mais à une mauvaise rencontre ? Ne pouvant se débarrasser de cette idée obsédante, Julia décide de se faire passer pour Kate sur le site Internet d’escorts que celle-ci utilisait.
Mais, à l’âge des bilans, des remises en question, des ambitions laissées derrière elle, Julia ne réalise pas qu’elle est en train de jouer un jeu dangereux à double titre. Si elle a en effet raison sur les circonstances de la mort de sa sœur, elle prend tous les risques. Et en goûtant à une autre vie, plus excitante, que va-t-il rester de la sienne ?

La critique Nelfesque : J'ai découvert S. J. Watson lors de la sortie en librairie de son précédent roman chez Sonatine, "Avant d'aller dormir". Ce dernier a suscité un réel engouement chez les lecteurs et sa popularité fut telle qu'il a été adapté au cinéma l'an dernier. Pour ma part, je n'avais pas été emballée par ce roman que j'ai eu la chance de lire dès sa sortie et malheureusement, l'histoire se répète ici avec "Une autre vie"...

"Mais pourquoi lire un nouveau roman d'un auteur qui ne t'a pas convaincue ?" me direz-vous. En premier lieu parce qu'on peut ne pas aimer une oeuvre dans la bibliographie d'un auteur et pour autant se laisser séduire par d'autres de ses écrits. Aussi parce que j'ai lu "Avant d'aller dormir" il y a plus de 4 ans et qu'avec le temps on peut changer, autant moi en tant que lectrice que l'auteur par son écriture. Et puis tout simplement parce que je suis adepte de la seconde chance. Après cette lecture ci, je vous le dis tout de suite, il n'y en aura pas d'autre !

L'histoire d'"Une autre vie" est intrigante. Une femme bien sous tout rapport, avec une vie satisfaisante, mariée à un homme parfait et ayant un jeune garçon bien élevé (la vie rêvée de toute femme non !? (euh... non !)) va, à la mort de sa petite soeur, s'inventer une nouvelle vie pour tenter de répondre aux nombreuses questions que sa disparition laisse en suspens. J'avoue avoir été fortement intéressée par la quatrième de couverture, au point de me lancer dans la lecture de ce roman et voir retomber mon enthousiasme comme un soufflé. Exactement le même schéma qu'avec son précédent ouvrage...

Je suis passée par tous les états pendant ma lecture. Intérêt, répulsion, curiosité, dégoût... Accordons tout de même à ce roman une bonne gestion du suspens et de la tension qui va crescendo tout le long de l'histoire. S. J. Watson dose à la perfection cette montée en puissance et sur ce point, les amateurs de thrillers psychologiques seront ravis. C'est d'ailleurs ce qui m'a tenue en haleine au fil des pages. Ça et mon désir ardent de voir crever le personnage principal dans d'atroces souffrances ! J'y reviendrai...

J'en resterai là pour les points positifs car hormis ceux ci, ma lecture a été des plus éprouvantes. C'est d'ailleurs pour cela qu'aujourd'hui j'emploie beaucoup le pronom personnel "je", chose que j'évite de faire d'ordinaire dans mes chroniques, mais ici il m'est impossible de donner un avis objectif pour un roman que j'ai eu envie maintes fois de jeter à travers la pièce tant mon aversion était grande. Et oui, rien que ça ! Je suis ressortie de cette lecture en colère.

Julia est une femme "banale". Elle a des amis, des projets, un passé lourd à porter parfois, des ambitions, des peurs et des doutes. C'est un peu vous et moi, lectrices. Et puis, du jour au lendemain, elle va se retrouver sur des sites de rencontre. En premier lieu pour éclaircir les zones d'ombre concernant le décès de sa soeur puis peu à peu pour son propre plaisir. Et c'est là, à cet instant précis, que j'ai commencé à me demander si je lisais un ouvrage qui me convenait, si on n'entrait pas ici dans du voyeurisme pur, si l'auteur ne surfait pas sur une mode et un type de littérature que je n'aime pas du tout. La littérature dite "féminine" qui émoustille les ménagères de moins de 50 ans et remporte depuis "50 nuances de Grey" un franc succès.

Je ne peux pas m'empêcher de me demander ce qu'aurait donner "Une autre vie" si celui ci avait été écrit par une femme. On sent clairement ici une vision masculine des fantasmes féminins et, comme pour "La Forêt des Mânes" de Grangé dans un autre style, j'ai commencé à ressentir une aversion pour le personnage principal. Ce personnage principal féminin écrit par un homme. Un personnage plein de clichés qui dégoulinent par tous les pores et font de Julia une femme facile, indécise et faible. Le genre de nana qui ne sait pas choisir par elle-même, qui ne vit qu'à travers les yeux d'un homme, qui malgré les feux rouges fluos clignotants sur toutes les pages et les gros sens interdits au néon, va dans une direction qui ne lui convient pas. Le profil parfait de la petite femme battue qui en redemande. La victime que l'on flaire à 12 kilomètres. Gerbant ! Et le choix narratif de l'auteur fonctionne à plein tube puisque peu à peu on ressent du dégoût pour cette femme, on la voit être de plus en plus malheureuse et de façon perverse on souhaite qu'elle s'enfonce encore plus, qu'elle souffre, qu'elle paye pour ses erreurs et qu'elle ne s'en sorte pas. Au point où on en est, autant qu'elle se détruise... Et à la dernière page, à la dernière phrase, on se délecte d'une fin des plus jouissives ! Qui est alors à blâmer, l'auteur ou le lecteur ?

Et en parlant de jouir, que dire des centaines de pages consacrées aux prouesses sexuelles de Julia et à ses fantasmes qui se retourneront contre elle ? Quel est l'intérêt si ce n'est tenter d'exciter son lectorat (et peut être y arriver avec certains lecteurs) ? A mon sens, le parti-pris est ici putassier, vulgaire et racoleur. Perso, je ne suis pas émoustillée à la lecture d'une bite qui durcit le long de la jambe de l'héroïne, d'une Julia qui se fait prendre de force dans les toilettes publiques, de mises en scène de viols collectifs ou de baises à tous les étages. "Holala Nelfe, tu es grossière !" Non, je ne fais que reprendre les mots employés dans ce roman (coucou les pervers que Google feront atterrir sur notre blog avec ces mots clés).

Le premier et le dernier tiers d'"Une autre vie" sont vraiment de bonne qualité. Le premier parce qu'il met en place une histoire trouble et suscite l'intérêt du lecteur, le dernier parce qu'il met un point final à toute une machination diabolique et prend un tournant saisissant. Mais quelle souffrance en ce qui me concerne pour en arriver jusque là ! Chacun décidera si ce roman correspond à ses attentes ou non. Vous l'aurez compris, pour ma part, malgré des points positifs indéniables, l'aversion viscérale que j'ai ressentie lors de cette lecture m'obligera à passer mon tour lors des prochaines sorties en librairie de cet auteur. Contrairement à Julia, je fais des choix et je m'y tiens.

dimanche 4 octobre 2015

Fête des potirons 2015 à Pont-Scorff (56)

C'est en allant jeudi dernier chercher des pots de confiture maison chez ma voisine (oui je sais, j'ai une vie trépidante !) que j'ai appris que la Fête des potirons aurait bien lieu encore cette année, ce dimanche.

Après la découverte de cette fête l'année dernière, il était bien entendu hors de question de rater cette nouvelle édition ! D'autant plus que la rumeur courrait l'an dernier qu'il n'y en aurait plus à l'avenir (la vie du village s'effondrait ! Qu'allions-nous devenir !?)... Alors hop, ce matin, on ne réfléchit pas 2 heures et on saute dans la voiture direction Pont-Scorff et sa Fête des potirons !

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On prend les mêmes et on recommence. Ce ne sont pas seulement des potirons qui nous attendent dans la salle omnisports de la commune mais des butternuts, des potimarrons, des citrouilles, des pâtissons, des Longues de Nice... Le temple des cucurbitacées ! Le Paradis des amateurs de soupes !

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Comestible ou de décoration, la courge est ici à l'honneur et il y a un choix importants de variétés. Plutôt gâteaux ? On a ce que vous cherchez ! Plutôt potages ? On a aussi ! Votre truc, ce serait plus les pains spéciaux ? Ben bougez pas, y a aussi de quoi faire ! Bref, sur plusieurs dizaines de mètres linéaires, il n'y a que l'embarras du choix !

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L'année dernière, j'avais partagé avec vous la recette de la "Crème de potiron au basilic" (clique sur le nom de la soupe si tu l'as raté) qui est en ce moment même en train de mijoter dans notre cuisine... Place cette fois ci à une recette qui ravira les gourmands et amateurs de sucré. Je l'ai goûté sur place et c'est très bon, ça change du gâteau au chocolat tout simple et il y a un petit goût vraiment original dans celui-ci :

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Pour vous donner un ordre d'idée sur les tarifs pratiqués si vous hésitez à vous déplacer l'an prochain, il faut compter 1.50€ pour les potimarrons moyens, 2€ les 3 petites courges (type Starlette) ou encore 1.50€ la butternut... Allez faire un tour au supermarché bio et comparez les prix. Ah oui, parce que j'oubliais de le préciser mais tout ici est bio !

Organisée par le Club d'horticulture de la ville, chacun y va de sa spécialité. Certains cultivent, d'autres cuisinent et nous font découvrir de nouvelles recettes et d'autres... hum... décorent ?

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(Il y en a pour tous les goûts je vous dis !)

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En amoureux de courges, nous sommes repartis avec des provisions pour l'hiver ! Potimarron, potiron, Pink Jumbo Banana, Jack Be Little, Patidou, Longue de Nice, Butternuts, Sucrine du Berry, Chirimen, au Capharnaüm éclairé, on vous aime toutes ! Y a qu'à voir notre butin du jour (oui "butin" est bien le terme approprié je pense...) :

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Confitures, cakes, potages, scones, gâteaux... sont au programme des prochaines semaines et des prochains mois ! Miam miam ! Allez, je file vérifier la cuisson de mon potage de ce soir qui sent divinement bon et si vous voulez échanger des recettes, je suis preneuse ! Bon appétit !

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samedi 3 octobre 2015

"Le Livre du grand secret" de Serge Brussolo

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L'histoire: Chaque été, ses parents envoyaient Purcell chez son grand-père, dans un chalet perdu en Alaska. Darian Forbes avait été autrefois un écrivain célèbre, une sorte de héros national. Mais peu à peu, le bruit se répandit qu'il avait perdu la boule. Forcément, tout seul là-haut... L'été de ses onze ans fut le dernier que Purcell passa là-bas et il arriva bien des choses étranges. Le vieil homme semblait pressé de transmettre à Purcell un certain nombre de secrets. Sans cesse, il répétait qu'il fallait se méfier d'"eux". Lorsque l'enfant fut sur le point de partir, il lui confia un grand livre en lui disant qu'il contenait l'avenir de l'humanité. Pas moins! Purcell s'étonna: il n'y avait dans le livre que quelques vieilles photos. Il ne revit jamais son grand-père. Darian Forbes lui avait laissé la peur en héritage...

La critique de Mr K: Un nouvel opus de Brussolo à mon actif aujourd'hui avec ce court roman de 120 pages qui fait son effet! Le Livre du grand secret est concis mais intense entre suspens, étrange et paranoïa! Sacré programme pour une belle réussite!

Purcell éprouve une fascination pour son grand-père, héros de guerre et gloire nationale qui s'est réfugié en Alaska dans un chalet à flanc de montagne perdu au milieu de nul part dont seules quelques personnes triées sur le volet connaissent la position exacte. Régulièrement, le vieil homme insiste pour que son petit fils le rejoigne au grand dam des parents qui ne le comprennent plus et le prennent pour un fou. Il y a de quoi remarquez, car l'aïeul est persuadé d'être surveillé en permanence et d'être au centre d'un complot international. Paranoïaque extrême, il a décidé de former Purcell a prendre sa suite et va lui livrer un secret qui pourrait bien changer la face du monde.

Ce livre est une véritable petite bombe. La montée en pression est quasi immédiate et il est impossible de relâcher le volume tant on est pris à la gorge par de nombreuses interrogations concernant le grand-père et le secret qu'il possède. La solution est donnée en milieu de récit et ce n'est pas pour autant que la tension retombe… Bien au contraire, le lecteur connaissant la plupart des tenants et des aboutissants ne peut que s'identifier au pauvre Purcell qui se voit attribuer un véritable fardeau qu'il va devoir porter coûte que coûte.

J'ai aimé le personnage du petit fils à la fois aimant, respectueux et un peu craintif au contact de son papy un peu cinglé. C'est le temps des promenades en solitaire et de la vie au grand air lors de ses séjours dans le grand nord. C'est aussi celui des confidences et des inquiétudes. Le jeune homme s'en amuse, ne comprend pas tout au départ mais en grandissant il en prend la mesure et va finir converti. Cette évolution de Purcell est remarquablement décrite et plonge le lecteur dans une ambiance paranoïaque à souhait. On se prend comme lui à se méfier de tout le monde et à voir des messages cachés un peu partout. La figure du grand-père est elle aussi attachante car ce référent incontournable pour Purcell est un ange déchu, un être exceptionnel que le destin va briser et qui n'a pour seul espoir que de faire poursuivre sa quête par le seul être en qui il a entièrement confiance.

Au delà du complot autour du mystérieux secret (n'insistez pas, vous ne saurez rien de plus!), c'est une histoire profondément viscérale qui nous est contée, où l'espoir et le bonheur n'ont pas leur place. On vire dans le roman noir avec une fuite en avant qui ne peut que finir mal. L'angoisse monte et on se demande ce qu'il va advenir de Purcell et de la vérité qu'il couvre. Les lieux, les personnages secondaires se croisent et assombrissent un peu plus cette trame diabolique. Mention spéciale au guide africain du grand-père qui ressort du lot entre mystère et traditions ancestrales.

L'imagination fertile de Brussolo fonctionne à plein dans ce roman et l'on n'est pas déçu par la fin logique qu'il fournit. Certains diront qu'il aurait pu poursuivre l'aventure mais à mes yeux, le texte ainsi découpé se suffit à lui même et s'inscrit dans une certaine tradition des romans à suspens. Le Livre du grand secret se dévore vite et très bien avec le style direct et limpide que l'on connaît de l'auteur. Un petit bijou que je vous recommande de lire au plus vite.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur:
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
"La Fille de la nuit"
- "La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond"

Posté par Mr K à 18:42 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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jeudi 1 octobre 2015

"FUTU.RE" de Dmitry Glukhovsky

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L'histoire: Dans un avenir pas si lointain… l'humanité a su manipuler son génome pour stopper le processus de vieillissement et jouir ainsi d'une forme d'immortalité. L'Europe, devenue une gigapole hérissée de gratte-ciel où s'entasse l'ensemble de la population, fait figure d'utopie car la vie y est sacrée et la politique de contrôle démographique raisonnée. La loi du Choix prône que tout couple qui souhaite avoir un enfant doit déclarer la grossesse à l'État et désigner le parent qui devra accepter l'injection d'un accélérateur métabolique qui provoquera son décès à plus ou moins brève échéance.

Une mort pour une vie, c'est le prix de l'État providence européen.

Matricule 717 est un membre de la Phalange qui débusque les contrevenants. Il vit dans un cube miteux de deux mètres d'arête et se contente du boulot de bras droit d'un commandant de groupe d'intervention. Un jour, pourtant, le destin semble lui sourire quand un sénateur lui propose un travail en sous-main : éliminer un activiste du parti de la Vie, farouche opposant à la loi du Choix et au parti de l'Immortalité, qui menace de briser un statu quo séculaire.

La critique de Mr K: Attention chef d’œuvre! Sans doute la plus grande claque littéraire dans le domaine de la SF que je me sois pris par un auteur contemporain depuis ma découverte de la trilogie des Guerriers du silence de Pierre Bordage et du Vaisseau ardent de Jean-Claude Marguerite. Grand prix des Utopiales 2014 avec son ouvrage précédent (pas encore lu mais ça ne saurait tarder!), Glukhovsky prouve avec ce livre-somme de 736 pages que les comparaisons avec Huxley et Orwell circulant à son propos ne sont pas usurpées. J'en reviens toujours pas tant ce livre m'a procuré à la fois évasion, réflexion et tout un cortège d'émotions contradictoires.

Dans l'Europe de FUTU.RE, les hommes sont devenus des Dieux: ils ont vaincu la Mort. Mais à quel prix? À cause de la surpopulation (120 milliards d'individus rien que sur notre continent), il interdit d'avoir des enfants. Les contrevenants sont soumis à la loi du Choix où un des parents peut échanger sa vie contre celle de sa progéniture. Le héros n'est qu'un petit maillon de la chaîne en apparence. Enfant élevé par l'État suite à la défection (Disparition? Exécution?) de ses parents, le Matricule 717 est un membre de la Phalange, bras armé de l'ordre chargé de faire respecter la loi du Choix avec des pouvoirs étendus. Véritable milice fasciste, rien ne le prédispose à sortir du lot, il traverse sa vie d'immortel sans passion, bourré de tranquillisants comme l'ensemble de la population. Son destin va basculer lorsqu'un sénateur haut placé va lui confier une mission peu ordinaire. Il va devoir assassiner un opposant politique qui prône notamment la suppression de la loi du Choix. La mécanique s'installe et une rencontre fortuite va lui faire découvrir un sentiment qu'il n'avait jamais éprouvé jusque là: l'Amour. Perturbé, déphasé et perdu, 717 rentre alors dans l’œil du cyclone entre questionnements intérieurs, complot mondial et course contre la montre dans un monde devenu mortifère et aseptisé.

Ce livre est une merveille d'intelligence et de virtuosité narrative. Le lecteur est captivé dès le premier chapitre et je vous assure qu'il est tout bonnement impossible de ne pas penser à ce livre, à cette histoire quand on n'est plus en pleine lecture (au travail, durant les repas, même dans mes rêves, je vous jure!). C'est suffisamment rare pour être souligné, l'addiction est puissante tout comme le souffle qui règne sur l'ensemble de cet ouvrage.

La dystopie est ici d'une grande noirceur comme dans les livres des deux auteurs pré-cités. L'Utopie d'origine a engendré un monstre totalitaire cloisonnant les gens et leurs esprits. Dieu est mort, place à l'éternelle félicité programmée, standardisée et chimique car on assomme les populations sous les cachetons pour éviter les "pétages de plomb" qui plomberaient (sic) la belle perfection de cette Europe radieuse et puissante. Le pouvoir en place s'appuie sur les immortels (guerriers cachés sous le masque d'Apollon / Méduse, superbe couverture soit dit en passant!) qui distillent la peur et maintiennent l'ordre mou ambiant. C'est le règne de l'apparence et de la superficialité, tout être vieillissant (les fameux injectés punis pour avoir désobéi) est montré du doigt et mis à l'écart. Aux portes de l'Europe, les migrants s'amassent, attirés qu'ils sont par les promesses d'un continent prospère où chacun peut vivre éternellement. Mais comme dans notre monde réel, ils sont rejetés, ignorés et décriés. Toute ressemblance avec une actualité récente ne serait que fortuite bien évidemment! Le background fait vraiment froid dans le dos, l'humanité par son accession au savoir suprême semble avoir perdu toute empathie et morale (déjà qu'à la base ce n'était pas gagné!).

L'Europe n'est plus qu'une grande forêt de tours hautes de plusieurs kilomètres reliées entre elles par des tubes et des transports en commun. C'est le règne de la technologie qui a vaincu la Nature, disparue depuis longtemps au profit de la "Culture". Le roman nous transporte dans une vision du future d'une grande froideur et d'une précision chirurgicale. L'auteur nous propose des descriptions grandiose teintées d'amertume comme rarement j'ai pu en lire auparavant, le tout dans un style léger et très accessible. On voyage beaucoup entre les dortoirs glaçants où sont "éduqués" les futurs immortels, les cellules-blocs servant d'appartements aux plus modestes, les quartiers déshérités de Barcelone la rebelle, les bains-publics alvéolaires, les bureaux des puissants perchés à plus de 500 étages de hauteurs, des parcs artificiels recréant une illusion de nature, les usines automatisées où est fabriquée la nourriture.

Au milieu de tout cela, 717 se débat entre son éducation qui l'a transformé en être violent et primal et ses différentes rencontres notamment Annelie. Loin des poncifs, des attentes classiques, le personnage principal attise tour à tour la curiosité du lecteur, son agacement, son horreur parfois mais aussi le dégoût, la compassion et même la tristesse. A deux reprises, je n'étais pas loin de verser ma petite larme. La fin du livre est d'une intensité redoutable pour le personnage principal et le lecteur pris en otage. De manière générale, Glukhovski est un orfèvre, les personnages sont fouillés, complexes et leurs interactions ne laissent rien au hasard. Le scénario général fait place à des ramifications multiples et saisissantes, les révélations sont nombreuses (jusqu'à l'ultime page tout de même!). Il n'y a pas de trop plein avec ces plus de 700 pages, quand on referme le livre, on regretterait presque que ce soit fini!

FUTU.RE fut une lecture immersive et prenante comme jamais. On ressort avec l'impression d'avoir lu un texte clef, unique et marquant. Je n'oublierai pas de sitôt cette dystopie à la fois thrash (des passages sont bien rudes, âmes sensibles méfiez-vous), poignante (le passage dans la mission catholique est tout bonnement cristallin et magnifique) et prophétique (Mon Dieu, on fonce vers ce genre de société!). Un grand, un très grand, un énorme moment de littérature comme on en vit peu dans une vie. Il rentre directement dans mon panthéon des dix meilleurs romans que j'ai jamais lu. Alors franchement… Qu'attendez-vous? Foncez, le futur est à portée de page!