mercredi 13 juillet 2016

"Aphrodite et veilles dentelles" de K. B. Holmqvist

Aphrodite et vieilles dentellesL'histoire : Tilda et Elida Svensson, 79 et 72 ans, célibataires, mènent une vie de routine paisible. Elles font des confitures, vont à l'église et se couchent chaque soir exactement à la même heure. Pas de commodités à l'intérieur de leur maison vétuste : les toilettes sont au fond du jardin, l'eau est tirée au puits. Tout change à l'arrivée d'un nouveau voisin, Alvar Klemens, ou plutôt de son chat : le félin est pris de frénésie sexuelle en mangeant une des plantes d'Alvar, que celui-ci entretient avec un engrais curieux.
Et si elles tenaient avec ce produit l'occasion de s'offrir enfin des WC dignes de ce nom ? La révolution est décidée : les deux dames montent un business clandestin d'elixir aphrodisiaque...

La critique Nelfesque : Voici un roman parfait pour l'été. "Aphrodite et vieilles dentelles" est un savant mélange d'humour, de tranches de vie et de tendresse.

Nous faisons ici la connaissance de Tilda et Elida, deux petites mamies ayant passé toute leur vie ensemble. Deux soeurs qui ne se sont jamais quittées et ont traversé les années avec simplicité et humilité. Toujours dans la maison de leurs parents, leurs journées sont bercées par des rituels bien précis. Chaque jour, le réveil est à telle heure, le petit déjeuner à telle heure avec tels ingrédients... Le soleil et les saisons rythment leur quotidien. Les fruits et les légumes, les conserves et les confitures. Elles se connaissent par coeur et se contentent de peu. La modernité a fait son entrée dans les maisons alentours mais elles sont restées à des habitudes de l'ancien temps. Chez Tilda et Elida, on va au puits chercher son eau, on fait ses besoins au fond du jardin. Été comme hiver.

Quand Alvar Klemens achète la maison voisine, c'est la panique à bord. Comment vont-elles pouvoir faire pour se rendre à leur puits sans passer par la propriété voisine ? Pourquoi les bassines de confitures si pratiques pour confectionner leurs plaisirs sucrés se retrouvent-elles transformées en pots de fleurs et déposées en ornement dans les jardins ? Le monde de Tilda et Elida ne tourne plus rond et une tempête dans un verre d'eau s'annonce.

D'abord inquiètes par ce bouleversement dans leurs habitudes, elles vont peu à peu trouver un intérêt à cette nouveauté et y prendre goût. Pourquoi ne pas faire entrer les WC dans la maison pour commencer ? La révolution est en marche !

Avec une écriture simple et des situations savoureuses, K. B. Holmqvist nous entraîne à Borrby, petite bourgade suédoise au bord de la mer baltique. Avec ses 1000 habitants l'hiver mais de nombreuses maisons secondaires apportant leur lot de "gens de la ville" l'été, Tilda et Elida font office d'institution. Elles font partie du folklore et du charme de ce village. Mamies typiques aux répliques attendrissantes et aux réflexions décalées, elles nous font penser à nos grands-mère d'autrefois, nos mémés à blouse que l'on croisait encore il y a quelques années mais qui sont aujourd'hui en voie de disparition dans nos campagnes. Des gens simples, vivant chichement et hors de la société de consommation. Cette plongée dans un univers fait de simplicité et presque de naïveté parfois et des plus touchantes.

A la lecture d'"Aphrodite et vieilles dentelles", on retrouve son âme d'enfant, on revoit nos grands-parents avec émotion et une pointe de nostalgie se fait sentir. Alternant sourires attendris et rires durant 250 pages, on se sent bien à la sortie de cette lecture après avoir pris une grande bouffée d'air frais et de simplicité. Un feel good book qui n'est pas sans rappellé "Et puis Paulette..." de Barbara Constantine pour la tendresse qui se dégage de ses pages. Des valeurs humaines, du bonheur simple, des relations sincères, voilà tout ce que vous propose ce roman et, dans ce monde de brutes, un peu de douceur ne se refuse pas !

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lundi 11 juillet 2016

"Refuge 3/9" de Anna Starobinets

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L'histoire : Alors tout commença. Mais moi, je disparus.

Au même moment, une femme en voyage à Paris et un homme détenu en Italie sont pris du désir impérieux de rentrer chez eux, en Russie, où se trament des événements inquiétants. Là-bas, le petit Yacha, victime d'un grave accident, est admis dans un drôle d'hôpital peuplé de créatures tout droit sorties du folklore russe. Il attend l'homme et la femme pour les mener au mystérieux Refuge 3/9.

Mais au début de leur périple, chacun subit une étrange métamorphose... Quels liens unissent ces trois personnages égarés entre deux mondes?

La critique de Mr K : Une lecture coup de cœur aujourd'hui avec une sacrée découverte littéraire. Un grand merci aux éditions Agullo qui avec ce titre frappent un grand coup en proposant un livre différent, dérangeant, navigant constamment entre la réalité et un univers déroutant. Petit message à caractère informatif avant de débuter, en entrant dans Refuge 3/9 il faut accepter de ne pas tout comprendre / saisir dès le départ, l'éclaircie ne viendra qu'en deuxième partie d'ouvrage et livrera un bon nombre de secrets, tenants et aboutissants. Si vous êtes impatient ou que vous aimez le tangible et le concret en littérature, passez d'ores et déjà votre chemin...

C'est typiquement le genre de livre très difficile à résumer même si la quatrième de couverture nous renseigne quelque peu. Un homme et une femme se sentent irrépressiblement attirés par un retour dans leur Russie natale. Marie et Joseph ont vécu ensemble et se sont séparés suite un événement tragique. Au moment du récit, elle, photographe pro, est à Paris pour un reportage sur un salon du livre. Lui, tricheur professionnel, est emprisonné en Italie. Tous les deux vont être victimes d'une métamorphose peu commune (Marie en clochard, lui en araignée) et vont entreprendre un périple de retour aux accents initiatiques certains. En background, le monde va mal plus particulièrement la Russie où le nouveau président élu a un comportement étrange, dénué de raison comme s'il n'était qu'un pantin aux mains d'une puissance supérieure. D'ailleurs, sur internet des cris d'alarmes se font l'écho des bouleversements à venir, la guerre semble proche...

En parallèle, une jeune garçon, Yacha, est victime d'un accident dans un parc de loisir et se retrouve "coincé" dans un monde parallèle, une mystérieuse clinique s'occupant d'enfants handicapés cérébraux et moteurs. Le personnel est des plus étranges, les Impurs comme ils se nomment forment un joyeux mélange d’entités antédiluviennes, de nains, gnomes et sorcières en tout genre tout droit sortis de l'univers des contes et pour certains des mythes et légendes slaves. Yacha est-il mort ? C'est la première question qu'on se pose tant son existence est bouleversée et ses nouveaux compagnons étranges. Il va découvrir peu à peu que s'il se retrouve là, ce n'est pas par hasard et que sa destinée est d'importance car seul lui peut briser le lien séparant le monde des hommes et celui de l'imaginaire. Mais quelles conséquences cela aura-t-il pour le monde tel que nous le connaissons ? Pour les êtres humains ?

La réponse est fournie au bout des 465 pages d'un récit constamment partagé entre intimisme, conte fantastique et épopée légendaire. Le mélange est détonnant et une fois la surprise passée, on se laisse porter par la verve et le talent de cette auteure que j'ai découvert avec ce titre. Anna Starobinets multiplie les changements de point de vue en cours de chapitre, alterne passé et présent, les allers-retour entre notre monde et la mystérieuse enclave où se trouve Yacha... Autant d'effets qui finissent par rendre totalement accro le lecteur tant l'histoire va loin dans les actes et leur portée. D'une simple quête de soi et de l'autre, on en arrive à une vision du monde déviante, puissante et totalement novatrice où souffle un vent de folie et d'un folklore injustement méconnu (je dois avouer qu'étant petit j'étais fou des récits autour de Baba Yaga la sorcière). Franchement, on enchaîne les claques et on en redemande.

Les personnages sont particulièrement soignés et charismatiques qu'ils soient humains ou non. On ressent chacune de leurs pensées, on pèse chacun de leurs actes. Anna Starobinets provoque à chaque page une empathie immédiate chez ses lecteurs tant elle a le don de peaufiner et d'humaniser des êtres désincarnés. Ainsi, on apprécie tout autant les trois protagonistes humains principaux que la vilaine sorcière ou des entités pluri-millénaire dont Celui qui dit, conteur des affres des hommes et des divinités. Alors oui, au final il ne se passe pas grand-chose dans ce récit mais chaque élément, chaque pièce a son importance et son incidence. Au niveau de la structure du roman, on touche au sublime et sans sacrifier pour autant au plaisir de lecture. L'ensemble est digeste au possible, emprunt d'humanisme mais aussi de poésie et d'envolées lyriques par moment.

Que dire de plus sans livrer trop de clefs de lecture ? Ce livre est un bijou d'une ambition folle et d'une accessibilité incroyable. Il mène les lecteurs loin, très loin dans l'imaginaire et l'évasion. On prend un plaisir fou dans la lecture et la fin nous cueille totalement nous laissant tout pantelant comme lors de notre première grosse expérience de lecture. Un chef d’œuvre, parmi les chefs d'œuvre.

samedi 9 juillet 2016

"La Tortue rouge" de Mickaël Dudok de Wit

La Tortue rouge affiche

L'histoire : À travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, La Tortue rouge raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain.

La critique Nelfesque : J'avais remarqué ce film d'animation lors de la dernière édition du Festival de Cannes mais il m'était sorti de la tête. France Info étant partenaire du film, les journalistes officiant sur ses ondes ont fait pas mal de promo lors de sa sortie et nous nous sommes un peu plus penchés dessus avec Mr K jusqu'à avoir furieusement envie d'aller voir. Chose que nous fîmes.

"La Tortue rouge" n'est pas un film comme les autres. D'aussi loin que je m'en souvienne, je ne crois pas avoir vu une pareille oeuvre un jour. Ce film sans paroles, où bruits de la nature et musique collant parfaitement aux propos sont omniprésents, fait la part belle aux sensations et au ressenti. Le spectateur ne peut s'empêcher de se transposer et s'imaginer à son tour échoué sur une île déserte. Que ferions-nous ? Comment appréhenderions-nous notre environnement ? Quelles idées nous passeraient alors par la tête ?

Nous suivons ici un homme dont nous ignorons tout. Sans nom, sans profession défini, il n'est déterminé par aucun signe extérieur. C'est simplement un homme, d'une vingtaine d'années lors de son naufrage. Ici, sur cette île peuplée de crabes et d'insectes, il va chercher un moyen de reprendre le large et construire des radeaux mais inlassablement une tortue rouge détruira ses frêles esquifs.

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De rage et de désespoir, il va alors commettre un acte qui va changer sa vie à tout jamais. Cet acte symbolique, dont je ne vous parlerai pas en détail, pas plus que je vous ne donnerai ma théorie sur la suite qui en découle pour ne pas vous gâcher la surprise et influencer votre jugement, va faire basculer le récit dans l'étrange.

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Plus qu'elle ne se regarde, "La Tortue rouge" est une oeuvre qui se ressent. Difficile d'en parler sans en dire trop mais une chose est sûre : ce film vous bouleversera ou vous laissera complètement indifférent. Il n'y a pas de demi mesure possible. Soit elle parlera à une partie de vous-même par les thématiques qu'elle aborde (vieillesse, famille, parentalité, mort, solitude, amour...) soit elle vous ennuiera parce que foncièrement ici il ne se passe pas grand chose d'autres que le cours d'une vie, tout simplement.

Oui mais quel bel écrin pour ce parcours ! Avec des paysages et des couleurs sublimes (les camaïeux changeants de l'horizon dont je ne me lasse pas), des petits clins d'oeil attendrissants (les petits crabes curieux), un rythme lent et contemplatif et un grain unique faisant penser à la photographie argentique, ce film touche autant les âmes sensibles que les esthètes. A voir et revoir sans modération tellement c'est beau, à tous les niveaux !

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La critique de Mr K : 7/6. Oui, oui vous avez bien lu, une note abracadabrantesque pour un film qui m'a "liquéfié" littéralement à la sortie de la salle. On touche ici au sublime, à la perfection... Ça faisait bien longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Le postulat est simple : un naufragé se retrouve isolé sur une île déserte avec pour seuls compagnons de drôles de petits crabes et des tortues. L'une d'entre elles qui donne son titre au métrage de part son étonnante couleur va modifier à jamais son destin.

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Inutile d'en dire plus pour ne pas gâcher les surprises à venir, sachez simplement que ce récit s'apparente à une belle métaphore sur l'existence humaine. Sans paroles, le métrage nous immerge au plus près de cet homme seul qui tente de survivre et au début surtout de quitter cette île. Le film alterne découvertes de la nature, petits moments à tonalité légère avec des crabes facétieux et moments de tensions forts comme la chute dans un trou d'eau ou l'imminence d'une catastrophe naturelle. Mais peu à peu, le ton s'épaissit, révélant la densité des éléments abordés à travers des moments de vie croqués fort justement par un réalisateur au talent immense.

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Ne vous laissez pas abuser par les traits minimalistes des dessins, le film fourmille d'idées et de références que chacun appréhendera à son niveau qu'il soit jeune ou moins jeune. Les décors sont de toute beauté avec des couleurs magnifiques virant parfois à la bichromie notamment dans les scènes se déroulant de nuit. Naturalisme et onirisme se mêlent présentant un récit foisonnant et poignant. La vague des émotions nous emporte très loin, le tout bercé par une bande originale soulignant parfaitement la beauté de l'ensemble. On navigue entre partitions et envolées lyriques à la Sébastien Tellier, et parfois vers des sonorités que n'auraient pas reniés les Pink Floyd de la période Meddle.

C'est les yeux tout humides que je suis sorti de cette séance vraiment hors-norme. Ce film est une perle alliant richesse graphique, humanisme profond et expérience cinéphile incroyable. Franchement… Ne passez pas à côté au risque de le regretter plus tard !

vendredi 8 juillet 2016

"Les Morsures du passé" de Lisa Gardner

Morsures du passé L'histoire : Dans la pièce, cinq corps. Ceux des membres d'une même famille. Une balle dans la tête, le père respire encore faiblement. De toute évidence, cet homme couvert de dettes a décidé d'assassiner les siens avant de se donner la mort. Appelée sur les lieux, l'enquêtrice D. D. Warren comprend immédiatement que l'affaire est plus compliquée qu'il n'y paraît : sur la table du dîner, six couverts avaient été dressés...

La critique de Mr K : Lisa Gardner et moi, c'est une grande histoire d'amour avec ses hauts et ses bas. Je suis sévère, en fait je n'ai été déçu qu'une fois. J'aime beaucoup son écriture, sa science du suspens et le côté tordu des personnages en présence. Et puis, au fil de mes lectures, je me suis attaché à D.D. Warren, son enquêtrice de choc et de charme qui n'a pas sa langue dans sa poche. L’occasion s'est présentée lors d'un chinage de lire un nouvel opus de la diabolique écrivaine et pas n'importe quel titre : Les Morsures du passé est considéré par beaucoup comme son meilleur ouvrage ni plus ni moins... La pression était forte et c'est avec de grandes attentes que j'entamai ma lecture.

Le postulat de départ ressemble furieusement à l'affaire Xavier Dupont de Ligonnès à Nantes il y a quelques années. Les cadavres de toute une famille sont retrouvés dans une maison, tout laisse penser que le père a supprimé tous ses proches et qu'il a tenté par la suite de mettre fin à ses jours. Mais il y a un hic, un couvert de trop sur la table du salon qui titille D.D.Warren ! Très vite, elle va être confrontée à d'étranges personnalités, à de nouveaux meurtres et à une multiplication de pistes ne menant nulle part... On navigue constamment dans une atmosphère trouble, faite de faux-semblants et de révélations qui s’enchaînent.

C'est avec trois points de vue différents que Lisa Gardner choisit de nous relater un récit terrifiant et glaçant. Il y a tout d'abord son inspectrice, éternelle célibataire, vouée corps et âme à son travail qui tente de trouver chaussure à son pied. Son emploi du temps de ministre et son caractère peu amène ne lui facilite pas les choses. On retrouve son côté tête brûlée et buté qui divise beaucoup les lecteurs, j'ai finalement adopté cette boule d'énergie qui ici laissera quelques plumes au passage. On la suit avec son équipe et un nouveau venu, ersatz de George Clooney, prof à l'école de police qui va seconder D.D. sur cette enquête peu commune. Il y a Victoria, mère célibataire qui tente de s'en sortir avec Evan, son fils de huit ans atteint d'une grave maladie mentale et qui commence à lui faire carrément peur par ces saillies cruelles et cyniques et des actes de violences qui montent crescendo. Et puis, on retrouve un chapitre sur trois Danielle une infirmière en pédopsychiatrie au passé nébuleux que l'on sent prégnant et mortifère. Elle ne s'en est jamais remise et on la sent sur la corde raide tout au long du récit surtout que dans son unité de soin, elle est confrontée à l'abomination au quotidien, des gamins complètement branques qu'on tente de soigner sans médicaments ni contraintes. Tout un programme !

L'action démarre dare-dare et pas question de souffler une seule minutes durant les 600 pages du livre. C'est la patte Gardner, cette capacité à maintenir intact sur le long terme le lecteur accroché par une descente aux enfers aussi inexorable que fascinante. Dans Les Morsures du passé, il est question du poids de notre vécu avec les souffrances qu'il peut enfanter. Croyez-moi, on passe de Charybde en Sylla, Lisa Gardner faisant preuve d'une imagination débordante dans le sordide et l'exploration des esprits malades. La majeure partie de l'histoire se déroulant dans une unité psy pour enfants, les thématiques sont renforcées et l'empathie totale envers ces petits êtres pas si innocents que cela et des adultes en roue libre. Loin de se contenter d'ajouter l'horreur à l'horreur, elle construit tranquillement sa toile, la trame prenant une dimension supplémentaire jour après jour (division des chapitres d'un jeudi au lundi qui suit), menant vers un final haletant qui en surprendra plus d'un.

La science de l'écriture de Lisa Gardner n'est plus à prouver. On est dans du page-turner efficace, simple d'accès mais terriblement addictif et profond. Personnages attachants, souci du détail, histoire qui se tient de bout en bout, ce titre est un des meilleurs de Gardner, à ranger près de La Maison d'à côté qui reste pour moi le best of the best. Mais franchement, celui-ci est très bon, ce serait dommage de s'en priver si on est amateur de frisson et de suspense. À bon entendeur !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Disparue
Sauver sa peau
La maison d'à côté
Tu ne m'échapperas pas
- Arrêtez-moi

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mercredi 6 juillet 2016

"Les Lois de la gravité" de Jean Teulé

lesloisdelagravitéteulé

L'histoire : Dans trois heures, le lieutenant Pontoise pourra quitter son poste. À cet instant précis, une femme entre dans le commissariat désert et demande à être arrêtée. Dix ans plus tôt, elle a poussé son mari par la fenêtre de leur appartement du 11ème étage. Il les battait, elle et ses enfants. Elle a prétendu qu'il s'agissait d'un suicide et tout le monde l'a crue. Elle veut se dénoncer avant minuit parce qu'elle a des remords et que le lendemain son crime sera prescrit...

La critique de Mr K : Ça faisait un bail que je n'avais pas lu de Teulé ! Il faut dire que j'ai pratiqué intensément le bonhomme et que ce n'est que récemment que je tombai inopinément sur ce titre qui avait jusque là échappé à mes griffes acérées de lecteur compulsif. L'ouvrage en lui-même est très court (129 pages), et il ne m'a fallu qu'une moitié d'après-midi ensoleillée pour le parcourir. Ce fut bon et intense.

Récit tiré d'une histoire vraie, la quatrième de couverture des Lois de la gravité intrigue, le déroulé passionne. Une femme vient se livrer tard dans la nuit dans son commissariat de quartier. Elle a tué son mari en le précipitant du onzième étage de leur appartement. Dépressif et violent, il s'était raté à plusieurs reprise et ce soir là, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Sa femme commet l'irréparable et la suite des événements incline à faire penser au suicide, la police après une brève entrevue classe l'affaire. C'est sans compter les remords et une certaine idée de la morale qui empêchent cette femme de dormir et la conduisent à se confesser la veille de la prescription du crime auprès du lieutenant Pontoise, en service ce soir là. Commence alors un étrange dialogue de sourd entre une criminelle voulant absolument se faire arrêter et un policier qui récuse l'idée...

Comme à son habitude, Teulé fait dans l'accessible et le profond. La langue est toujours aussi gouleyante et en quelques mots, quelques phrases, décors et personnages sont plantés. On entre dès le départ dans un univers sombre ou peu d'espoir transparaît. On côtoie une misère sociale extrême à travers le parcours de vie de la jeune femme (la trentaine au moment de la narration) : pauvreté, déterminisme social, mariage raté, violence ordinaire et au final une existence subie et aliénante. Au cœur de tout cela, un geste irréfléchi qui mène au drame. Comme le dit si bien l'héroïne dans une formulation qui touche juste : "Il est, monsieur, des amours sans douceur". Loin de la libérer, ce crime va peser sur la conscience de la jeune femme, loin d'être illégitime, il n'en reste pas moins marqué du sceau du Mal.

Face à elle, un policier qui ne comprend pas ce geste. Comment peut-on vouloir se laisser enfermer alors que le mort était aussi détestable et surtout que l'on a encore trois enfants à charge. Il tente alors par divers stratagèmes de la détourner de son choix en essayant de la faire réagir par rapport à ses enfants qu'elle laisserait derrière elle, sa jeunesse qui lui permettrait d'envisager de changer de vie, il va même jouer la montre pour empêcher l'arrestation. Il se découvre peu à peu lui aussi à travers des petites histoires et anecdotes qu'il lui raconte pour la faire changer d'avis. Lui aussi n'a pas eu la vie facile, ces deux destins finalement étaient faits pour se rencontrer, la tension monte peu à peu et on se doute que le final sera peu commun. Nulle déception en ce sens avec un dernier chapitre qui cloue littéralement le lecteur sur place. Mais si vous connaissez Teulé, vous ne serez pas surpris.

Il y a un aspect très "théâtre" dans ce court récit. C'est dû au découpage poussé du récit (les chapitres ne dépassent jamais les 5 pages) et le charisme incroyable des deux personnages. D'un simple fait divers, ils incarnent à eux seuls nombre de maux de la société, une désespérance bien trop présente encore aujourd'hui (le livre date de 2003) et la misère de certaines existences humaines. Impossible de refermer le livre avant le mot fin tant on est pris à la gorge par les fragments de vie contés et l'envie de connaître le fin mot de l'histoire. On passe donc un bon moment (pas le meilleur de Teulé pour autant, je reste un inconditionnel du Montespan et de Villon) entre humour noir, côtoiement des pauvres gens et réflexion plus générale sur nos vies. À lire donc !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
Darling
Je, François Villon
Charly 9
Mangez-le si vous voulez
Le Montespan
Fleur de tonnerre
- Le Magasin des suicides

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lundi 4 juillet 2016

"Alice de l'autre côté du miroir" de James Bobin

Alice afficheL'histoire : Les nouvelles aventures d'Alice et du Chapelier Fou. Alice replonge au pays des merveilles pour aider ses amis à combattre le Maître du Temps.

La critique Nelfesque : Qui dit Fête du Cinéma dit visionnage de film que nous n'aurions peut-être pas été voir sans cela. C'est le cas ici avec "Alice de l'autre côté du miroir" labellisé Disney. Nous avions beaucoup attendu "Alice au Pays des Merveilles" lors de sa sortie en 2010 et nous n'avions pas été complètement séduits. A 4€ la séance, c'était l'occasion de voir ce que valait ce second volet.

Visuellement, ce nouvel Alice est une fois de plus très beau. Les décors, les couleurs, les personnages, les costumes, tout est ici mis en place pour éblouir le spectateur. On en prend plein les yeux et les presque 2 heures que comptent ce film passent à une vitesse folle. On ne peut pas le nier, c'est féérique, ça claque, c'est beau !

Oui mais... (parce qu'il y a un maiiiiiis) le scénario est creux, niais et très "bas de plafond". Sérieusement ? Tout ça pour une histoire de tartelettes !? ... OK, c'est peut-être une franchise destinée aux enfants mais quand même, nos gamins ont un cerveau (enfin la plupart... (du moins j'espère !)). Autant vous dire que si vous avez plus de 4 ans, la désillusion est grande... Niveau point de départ d'histoire, on est proche de Oui-oui... Navrant...

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Les personnages tels que le Chat du Cheshire, le Loir, le Lièvre de Mars, sont clairement là pour faire joli et servir la soupe. Concrètement niveau intrigue, ils ne servent à rien. Lewis Carroll doit se retourner dans sa tombe tant son oeuvre est réduite en bouillie prémâchée pour dégénérés de base. Enfin, Disney et le réalisateur l'annoncent : ce film est basé non pas sur son oeuvre mais sur ses personnages. Ah ben oui, d'accord, autant pour moi, on ne galvaude pas l'oeuvre originelle ici mais on y prélève les éléments qui nous intéressent pour en faire de la soupe étiquetté "Alice". Et puis comme ça, on pourra vendre plein de peluche Chess à Disneyland ! C'est merveilleux !

Si vous n'êtes pas trop regardant sur le fond, "Alice de l'autre côté du miroir" passe très bien. Je l'ai moi-même plus vu comme un divertissement et une grande attraction colorée et de ce point de vue là c'est une réussite. Pensez au pop-corn avant d'entrer en salle, ce film s'y prête bien. Je râle mais les défauts précités m'ont permis de bien me marrer (même si ce n'était pas le but premier du réalisateur) et comme la séance était à moindre coût, je n'ai pas arraché mon siège. Pour le reste, on  n'en retiendra pas grand chose.

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La critique de Mr K : 2,5/6. A l'occasion de la Fête du Cinéma, la programmation nous a paru quelque peu décevante à Nelfe et moi. Mais il y avait cette suite du film de Tim Burton qui déjà ne m'avait pas pleinement convaincu. Beaucoup de spectacle en effet pour un fond creux et une trahison en bonne et due forme de l’œuvre originelle. Je réaffirme d'ailleurs pour l'occasion mon amour immodéré pour le dessin animé Disney qui n'a pas vieilli et reste incontournable. Dans le genre frappadingue, on ne fait pas mieux.

Mais revenons au métrage de 2016 qui n'a pas que des défauts même si pour moi ils ont primé sur les qualités. On retrouve avec un certain enchantement le pays des merveilles qui ici est foisonnant de couleurs, de paysages incroyables et d'êtres différents. J'ai aimé aussi le Maître du temps campé par un Sacha Baron Cohen à la fois truculent mais aussi parfois touchant, les secondes qui gèrent la forteresse mécanique du temps, le lièvre de Mars et la petite souris avec une scène très sympa autour de l'heure du thé (le meilleur passage du film pour moi)… La musique de Elfman bien que calquée sur le premier opus convient à merveille au film et nous plonge dans une ambiance vraiment à part.

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Mais voila, à part ça, on a quand même affaire à un scénario convenu et parfois ridicule (la raison de la dispute entre les deux princesses est un grand moment de n'importe quoi). On prend vraiment les mômes pour les dindons de la farce et le nombre d'incohérences est assez flippant. Niveau acting, on atteint aussi des sommets de cabotinage avec des grimaces en veux-tu en voila, une Alice certes féministe et attachante mais jouant toujours sur les mêmes émotions. Au final, on préfère largement les mimiques des êtres virtuels qui touchent beaucoup plus au cœur que les acteurs en chair et en os... un comble ! Beaucoup d'ellipses aussi au niveau de la narration et de la caractérisation des personnages qui empêche vraiment de s'attacher à eux.

Certains me diront mais ce n'est pas trop grave, c'est beau ! Oui et non... C'est beau mais l'avalanche d'effets spéciaux fait retomber toute forme de poésie dans un trop plein qui finit par lasser. Le mieux est l'ennemi du bien, l'adage se vérifie ici une fois de plus. On passe finalement deux heures dans une belle attraction mais passé la séance (qui passe très vite je vous l'accorde), l'impression de vide persiste laissant un goût légèrement amer dans la gorge. Au final, voila un film vite vu et vite oublié.

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samedi 2 juillet 2016

"La Promeneuse" de Didier Fourmy

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L'histoire : Frédérique a, depuis toujours, un don exceptionnel pour approcher et comprendre les animaux. Quand Victor, son ami d'enfance, brillant comportementaliste animalier, lui propose de le remplacer auprès d'une clientèle privée et fantasque, elle accepte, un peu surprise. Promue promeneuse de chiens et experte en chats, elle va découvrir toute une galerie de personnages hors normes et souvent folkloriques. Il va lui falloir rétablir l'harmonie dans les liens si particuliers qui unissent ces hommes et ces femmes à leurs petits chéris à quatre pattes. Le comique et la tendresse seront au rendez-vous quand elle arrivera à décrypter silencieusement les confidences, souvent ahurissantes, de tous les chiens et chats sur leurs incroyables maîtres !

La critique de Mr K : Je sors du registre de mes lectures habituelles avec ce "feel good book" qui m'a été proposé il y a peu. Une fin d'année difficile m'a incité en effet à me diriger vers une lecture plus légère, nécessitant peu d'implication du lecteur et livrant à priori une galerie de personnages truculents et surtout donnant la parole à nos amis à quatre pattes ! Vu mon côté gaga avec la princesse Tesfa qui réside à la maison et de manière générale avec nos amis les bêtes, l'occasion était belle de passer du bon temps. Le bilan de lecture est pourtant contrasté…

La Promeneuse de Didier Fourmy démarre pourtant très bien. On fait la connaissance de Fred, une jeune femme en difficulté qui a tout perdu coup sur coup (mec, boulot et estime de soi). Un vieil ami d'enfance lui propose alors une offre imparable lui permettant de mettre en œuvre un don qu'elle possède depuis toute petite : elle parle le chien et le chat couramment ! En fait, elle les comprend d'instinct et est capable de s'en faire obéir instantanément. Elle va donc devoir remplacer Victor (le fameux copain) pendant son absence et s'occuper de promener des chiens et régler les soucis relationnels entre animaux de compagnie et leurs maîtres. Au fil des pérégrination de Fred, on croise nombre de personnages hauts en couleur et l'on en apprend plus sur le passé de la jeune femme. C'est le début de la remise en question pour Fred et peut-être au bout du chemin, un bonheur jusqu'alors insaisissable...

Bon, c'est du classique en terme de trame et franchement on devine la fin très vite. Ce n'est pas pour autant très grave vu l'attachement immédiat que l'on porte à cette écorchée de la vie dont le caractère bien trempé et safe made woman touche en plein cœur. Et puis, toute une série de personnages plus dingos les uns que les autres naviguent autour d'elle notamment les clients de Victor qu'elle va croiser lors de consultations bien délirantes. Untel a un chat jaloux et caractériel, un autre étouffe son animal avec un amour immodéré, une voyante a des soucis avec ses chats qui lui permettent de lire l'avenir, une écrivain est en panne d'inspiration car son chat souffre de son manque d'attention... Bref, Fred va jouer son Amélie Poulain et aider tout ce petit monde à vivre mieux et par ses BA successives, remonter elle-même la pente. J'imagine que tout rapprochement possible avec le film de Jeunet est purement fortuit...

Les passages mettant en scène les réactions et discussions des animaux sont assez bien tournées. On rigole pas mal entre affirmations métaphysiques félines (Je suis le boss, j'existe regardez moi etc.), les préoccupations plus terre à terre des chiens (matage de postérieurs en série, la bouffe, la reconnaissance du maître...) et les tranches de vie quotidienne qui nous sont livrées avec des moments ubuesques à la clef où l'être humain peut se révéler obsessionnel et totalement abruti avec son animal. Je me suis d'ailleurs reconnu à plusieurs occasions, preuve de la réussite de l'entreprise en terme de perception des défauts de nombreux maîtres. L'ensemble est fait avec tendresse et volonté de divertir, c'est réussi et on en redemande.

La lecture est assez addictive, les pages se tournant toutes seules et l'auteur emballant son histoire avec un sens du récit éprouvé et une écriture accessible à défaut d'être remarquable. On est clairement dans l'easy reading et il ne faut donc pas s’attendre à de belles formulations et à de belles proses immersives à souhait. De l'utilitaire en quelque sorte mais bien mené et efficace... Du moins jusqu'au 30 dernières pages qui pour moi sont de trop ! 30 pages qui virent à la guimauve la plus crasse, mode comédie romantique US décérébrée où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Mais c'est bien connu, les grands bourgeois ont le cœur sur la main et tout se goupille parfaitement pour que tout un chacun réalise ses rêves... J'ai trouvé cette dernière partie too much, trop premier degré et finalement assez catastrophique tant il sacrifie les personnages pourtant bien construits depuis le début.

À l'heure du bilan, je vous avouerai que c'est la déception qui l'emporte malgré un pitch séduisant et deux-tiers de roman vraiment réussi. Une lecture que je qualifierai de dispensable tant l'aspect happy-end extrémiste m'a déplu et m'a gâché ma lecture. Mais là encore, tout est une question de goûts...

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jeudi 30 juin 2016

Puces de Doëlan (29)

En pleine saison des vide-greniers et autres brocantes, dimanche dernier nous sommes allés à celui organisé dans notre commune. Cadre très sympa, en bord de Scorff, c'est toujours un plaisir d'aller fouiner par là-bas chaque année. Oui mais voilà, cette fois-ci, c'est le drame ! Mr K tombe sur une galette-saucisse immangeable ! Galette cartonneuse et cassante et saucisse à peine cuite. Pour Mr K, on touche là à quelque chose de sacré (alléluia) et ce problème de cuisson est vu comme un blasphème (amen) ! Vite, il faut trouver une solution, détourner son attention ! Viiiiite !

Le matin même, j'avais remarqué que se tenaient le même jour les Puces de Doëlan. Il est à peine midi passé, Doëlan est à quelques kilomètres et j'adore ce petit port été comme hiver. Hop, tout le monde dans la voiture, c'est parti pour la découverte de cet événement. Je m'attends à une sortie des plus agréables et c'est une excellente idée pour changer les idées de mon glouton de mari... Qui sait, en plus, il y aura peut-être un autre stand de crêpes là-bas (héhé)...

Puces Doëlan 4

Le soleil est là (je suis même revenue rouge écrevisse sur une épaule, je suis maintenant bi-goût, youpi !), le cadre est parfait. On fouille dans les bacs, on découvre avec plaisir les stands de particuliers et de professionnels. Un savant mélange bien dosé.

Puces Doëlan 6

Benoîte Groult étant décédée il y a quelques jours, cette promenade à Doëlan a une saveur particulière. Nous sommes triste à la vue de sa maison, on y pensera forcément à chaque passage sur ce port...

Puces Doëlan 5

Nous nous sommes concentrés sur les bouquins, Mr K étant à la recherche de certains classiques, il a fait de belles trouvailles. De mon côté, je ne me suis contentée du paysage. Je n'ai pas craqué et je vous laisserai découvrir les acquisitions de Mr K dans la seconde partie de cet article. Pour l'heure, je vous offre quelques vues supplémentaires du cadre dans lequel nous avons évolué dimanche dernier (avouez que nous sommes à plaindre !) et je laisse maintenant la parole à Mr K qui va vous présenter ses trouvailles.

Puces Doëlan 2

Puces Doëlan 3

Puces Doëlan 7

Puces Doëlan 1

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A défaut de trouver une galette-saucisse digne de ce nom, le hasard a mis sur mon chemin un certain nombre d'ouvrages à des prix vraiment modiques (0.5€ la pièce en général). Comme dans le domaine des acquisitions livresques, je n'ai aucune volonté... Voici le résultat !

Acquisitions ensemble

Neuf ouvrages de plus dans la PAL ! Quelques classiques pas encore lus, des auteurs plus contemporains que j'affectionne et un saut dans l'inconnu ! En bonus, Nelfe et moi avons même mis la main sur un jeu de société pour deux autour du Seigneur des anneaux. Beau butin pour un début d'après-midi enchanteur entre site magnifique et brocante à ciel ouvert. Suivez le guide des acquisitions du week-end dernier !

Acquisitions

- L'Arbre de santal de Tarjei Vesaas. Un Actes sud de plus à mon actif avec cette histoire d'une famille partant sur les routes pour fuir une mystérieuse menace. S'apparentant à un récit initiatique (tout ce que j'aime !), je vais découvrir un nouvel auteur qui nous convie à priori à un voyage de l'autre côté des choses, de l'autre côté de la nuit... Tout un programme !

- Le Procès de Kafka. En lisant l'excellent ouvrage que lui consacre Xavier Mauméjean, j'avais très envie de relire du Kafka. Le Procès est sans doute son oeuvre la plus connue, je l'ai lu à 16 ans et j'avais adoré. Le temps a passé, l'heure est venue pour moi de le relire et de confronter cette lecture avec mon vécu et mon expérience. En plus, le héros porte le même patronyme que moi ! L'occasion fait le larron.

Acquisitions 4

- L'Adieu aux armes d'Ernest Hemingway. Un des livres préférés des français selon divers classement, bizarrement j'étais passé au travers depuis tout ce temps ! Et pourtant, j'aime Hemingway et son écriture d'une densité incroyable, son universalisme et son humanisme sans fard. J'ai bien hâte de m'y remettre avec ce récit se déroulant durant la Première Guerre mondiale mêlant histoire d'amour et réflexion sur la barbarie.

- En un combat douteux... de John Steinbeck. Pour ceux qui nous suivent, vous connaissez mon profond attachement à ce géant de la littérature. Steinbeck a un don incroyable, celui de conjuguer universalité de ses récits et personnages au charisme fort. Il est ici question d'une grève pendant la grande dépression, Steinbeck s'attachant à suivre les pas de deux ouvriers syndiqués. Toujours d'actualité, ce titre a lui aussi bonne presse dans l'oeuvre du maître. Encore une lecture prometteuse en vue !

Acquisitions 2

- Les Quarante cinq d'Alexandre Dumas. Encore un auteur que j'aime et qui s'offre à moi au détour d'un stand. J'avais bien envie de me remettre au roman historique, c'est l'occasion rêvée avec ce double volume se situant après l'action se déroulant dans La Reine Margot sous le règne d'Henri III. Gageons qu'aventures, conspirations et grands moments historiques se succèdent pour mon plus grand plaisir !

Acquisitions 3

- Eldorado de Laurent Gaudé. Voila un livre de cet auteur qui m'avait jusque là échappé. Le tort est désormais réparé ! Le thème est d'actualité avec un roman traitant des émigrants risquant leur vie sur des bateaux de fortune en mer Méditerranée. On nous promet un voyage initiatique, du sacrifice, de la vengeance et de la rédemption. Tout pour plaire, non ?

- Magnus de Sylvie Germain. Dans ma chronique de À la table des hommes, je concluais en disant que cette auteure méritait une deuxième chance tant j'avais été partagé entre deux sentiments contradictoires vis-à-vis de son dernier roman en date. Le destin a tranché, ce sera Magnus qui me permettra de me faire un avis plus sûr sur Sylvie Germain. Prix Goncourt des lycéens en 2005, ce livre raconte la recherche de son passé par un homme amputé de ses souvenirs. Là encore, le résumé est alléchant, il ne reste plus qu'à tenter l'aventure !

- La Vie d'une autre de Frédérique Deghelt. J'avais adoré L'Oeil du prince lors de sa sortie et il me tardait de retomber sur une auteur qui m'avait séduit par sa science de la narration alambiquée et son écriture immersive au possible. Ici, on change de registre avec une femme qui se réveille un beau matin avec un mari et trois enfants ! 12 ans de sa vie se sont envolés depuis un soir de fête bien arrosé en compagnie d'un bel inconnu... Si ça, ce n'est pas un pitch séduisant, je ne m'y connais pas ! D'ailleurs ce sera ma prochaine lecture ! Verdict dans quelques semaines sur le blog... Pas mal de chroniques en attente au moment où j'écris.

Acquisitions 1

- Le Matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier. Voici le fameux saut dans l'inconnu dont je vous parlais plus haut. Essai venu d'ailleurs qui a fait grand bruit lors de sa sortie, il est question d'ésotérisme, d'alchimie, de sociétés secrètes, d'irrationnel. L'ombre de Fox Mulder plane au dessus de ce titre bien épais et à la réputation sulfureuse. Wait and see !

Acquisition jeu

Enfin, voici le fameux jeu de société se déroulant dans l'univers de Tolkien. Nous avons hâte de l'essayer avec Nelfe étant des inconditionnels des Colons de Catane et autres jeux du même type. Chacun ici jouera un des deux hobbits principaux (Frodon et Sam en l'occurence, désolé Pipin et Merry on vous aime aussi !) pour aller détruire l'anneau unique en triomphant de différents obstacles. Cela promet des heures de jeu endiablées ! Sauron n'a qu'à bien se tenir !

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Et voilà pour cette fois ! Quitte à me transformer en mamie qui ne parle que de la météo, je dois dire que je ne suis pas mécontente d'avoir une PAL fournie et un nouveau jeu à tester dans les prochains jours... En attendant de pouvoir aller à la plage avec les bouquins et les jeux ! Héhé !

mercredi 29 juin 2016

"Marionnettes humaines" de Robert Heinlein

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L'histoire : L'invasion a commencé en 2007 - sans que personne ne le sache. Les extraterrestres ont atterri en divers points stratégiques de l'Amérique du Nord, puis ils ont pris la tête des services de communications, du Gouvernement, de l'industrie. Personne n'a été capable d'endiguer cette invasion. Car les extraterrestres ont le pouvoir de contrôler les esprits. Seul Sam Cavanaugh, agent surentraîné œuvrant pour un des services secrets les plus puissants des Etats-Unis, peut encore stopper les envahisseurs. A condition d'accepter d'en payer le prix...

La critique de Mr K : Retour à l'âge d'or SF aujourd'hui avec un roman de Robert Heinlein, auteur culte chez les afficionados du genre mais qui m'avait quelque peu déçu avec son Étoiles, garde à vous que j'avais trouvé creux et décevant au regard de la virevoltante et thrash adaptation cinématographique de Verhoeven. Ayant apprécié son Histoire du futur dans mon adolescence, je ne pouvais rester sur ce goût de déception et à la faveur d'un chinage fructueux, je tombai sur cette histoire d'invasion extra-terrestre lorgnant clairement vers le cultissime b-movie L'Invasion des profanateurs. Au final, du rythme, une lecture rapide mais un sous-texte parfois nauséabond et vieillissant. Y a comme un malaise...

Écrit en 1951, Marionnettes humaines décrit l'année 2007 comme celle du grand remplacement. Pas celui, imaginé par quelques esprits complotistes dérangés à la mode sur le web mais une invasion de parasites extra-terrestres prenant possession des corps et des esprits. Ils transforment ainsi les humains en marionnettes entièrement téléguidées. Dotés d'une intelligence collectiviste (gare au communisme les gars !) et d'une capacité de reproduction par mitose très rapide, l'heure est grave. Heureusement la Section (organisme de renseignement US extrêmement secret) veille et Sam, leur meilleur agent va tout faire pour contrer le plan des aliens belliqueux. Y'a du coup pied au cul qui se perd, moi j'vous le dis !

Amusant de lire une histoire qui est censée s'être déroulée il y a 9 ans à travers le prisme d'une époque révolue : la Guerre froide ! Le rideau de fer n'est pas tombé et nombreux sont les clichés débités par les protagoniste américains du livre : les rouges sont encore l'objet de tous les fantasmes et peurs cristallisés par la bipolarisation du monde et cela donne de bons moments de comique involontaire. Malgré des avancées technologiques certaines et éparpillées discrètement au fil des pages (notamment en terme de médecine et de moyens de transport), il se dégage un charme désuet et une peinture plutôt rétro du monde. Ça agacera certains sans doute, perso j'ai adhéré. Sans doute la nostalgie a joué, je repensais durant ma lecture à la découverte de vieux illustrés de SF des années 60 que j'avais découvert par hasard dans une malle étant gamin...

J'ai aussi aimé tout ce qui appartient au domaine du background lié à l'invasion elle-même. Les phases de découverte et de réactions sont très bien menées, Heinlein excelle à décrire le sentiment de persécution, de paranoïa dans les foules face à un événement qu'on ne peut expliquer et qui semble inarrêtable. Prises de position du président, lois d'exceptions adoptées par nécessité et complètement ubuesques quand on pense au puritanisme ambiant aux USA à l'époque de l'écriture (l'injonction Tous à poil n'a jamais été aussi sérieuse que dans ce récit !) émaillent des péripéties nombreuses sous un rythme qui ne se ralentit jamais, accroche le lecteur et l'invite à suivre le combat à mener. Franchement, ça se lit vite, le style épuré et direct rend l'angle action / réaction très réussi. Mais cela ne suffit pas à faire un bon livre...

La déception apparaît assez rapidement. En effet, malgré des atours séduisants, les personnages ne restent que de vulgaires caricatures et s'avèrent peu ou pas du tout attachants. Je ferai une exception pour le chef de la Section qui aime souffler le chaud et le froid, manipule son petit monde et m'a électrisé par son sang froid et son cynisme. Par contre, que dire du héros qui s'avère être un ersatz de James Bond le charme en moins : misogyne, mélange improbable de bourrin de base et de romantique qui s'ignore (ces passages précis sont d'un ridicule sans nom). Il m'a littéralement ulcéré et ses réflexions sur la gente féminine sont vraiment abjectes. Pas de retournement de situation dans ce domaine ni de second degré à attendre. Heinlein, pour lui donner un pendant, lui adjoint Mary qui apparaît tout d'abord comme une super espionne, sexy et sûre d'elle. Mais laissez le charme opérer et elle ne devient qu'un faire-valoir tout bon qu'à pondre des marmots. A gerber ! Vous l'avez compris, on se croirait dans la série Mad men... mais après tout le livre date du début des années 50. Rajoutez à cela, un éloge final à la pugnacité et la violence du genre humain pour se faire respecter dans toute la galaxie et vous obtenez une morale douteuse et à mon sens fortement dérangeante. J'ai du mal à y voir encore une fois l'excuse du cynisme pensé et réfléchi pour dénoncer le va t'en guerre et l'impérialisme.

Je dois avouer que ce parti pris passéiste m'a agacé assez vite et même si j'ai lu Marionnettes humaines rapidement (2 jours et demi), il me reste un goût amer dans la bouche, celui de la déception. Finalement Heinlein n'est pas si incontournable que cela. Je lui donnerai une ultime chance avec un autre titre se trouvant dans ma PAL mais il va falloir qu'il assure car en deux lectures récentes (à un an intervalle tout de même), il est redescendu dans mon estime. Mais que voulez-vous, il y a des œuvres intemporelles et d'autres que les outrages du temps et l'évolution des mœurs égratignent...

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mardi 28 juin 2016

Ange Déchu

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C'est avec une immense tristesse que j'apprenais hier la mort d'un de mes auteurs préférés: Maurice G. Dantec. Bien qu'infréquentable de par ses prises de positions parfois extrémistes, il maniait les mots (les inventait même parfois!) comme personne et proposait bien souvent des oeuvres à part et marquantes.

Ainsi les Racines du mal, polar halluciné et hallucinant fait partie de mes trois livres préférés, La Sirène rouge proposait un road movie bien thrash et Babylon babies a marqué les annales de la SF française. Ses oeuvres plus tardives dont le gargantuesque Villa vortex, mais aussi Cosmos incorporated et Grande jonction nous offraient une écriture cryptique et azimutée qui moi me touchait, me faisait planer au dessus de sphères insoupçonnées et m'amenait loin, très loin au delà des rivages codifiés de l'écriture. Et puis, comment oublier le génial deuxième album de No One is innocent ("Utopia") où il participa activement en proposant des textes enflammés et percutants.

Une perte irréparable pour un punk futuriste (il se désignait ainsi parfois) paranoïaque et borderline qui animait la scène parfois plan-plan de la littérature française. Une grande plume nous quitte. Il se disait catholique, gageons qu'il pourra converser avec le Créateur... je pense qu'ils auront beaucoup à se dire.

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