lundi 9 novembre 2015

"UnAmerica" de Momus

unamericaL'histoire : Dieu, agent d'entretien dans un fast-food de Caroline du Sud, présente des signes d'Alzheimer. Revenant sur Son oeuvre, Dieu voit que tout cela est bon ; sauf l'Amérique. Heureusement, il n'est jamais trop tard pour une destruction créative. Lâché par Ses supers-pouvoirs, Dieu confie alors à Brad Power une mission : désaméricaniser l'Amérique.

La critique Nelfesque : Complètement emballée par la 4ème de couv' de "UnAmerica", j'étais ravie de découvrir ce roman de la Rentrée Littéraire du Serpent à Plumes. Je ne connais pas l'auteur, Momus, mais qu'importe ! Je me lance !

Et je me ramasse...

Qui est Momus ? Auteur-compositeur britannique, il est également blogueur et journaliste pour le magazine Wired (merci Wikipédia). Avec une trentaine d'albums à son actif, il est très fertile côté musique. Côté littérature en revanche, "UnAmerica" est un de ses rares romans traduits en français. Celui-ci, présenté comme un roman plein de références mythologiques, littéraires et pop, m'est passé à 4.000 au dessus de la tête. Dans le côté délirant et burlesque, je n'ai vu que branlette intellectuelle et délires d'un "artiste". Et j'ai souffert énormément. Comme jamais j'avais souffert en lisant en fait...

Le début de "UnAmerica" est prometteur. Dieu n'en peut plus de l'Amérique. Tout le débecte dans cette nation dixit égoïste, impérialiste, menteuse et Jean Passe. Alors pour se venger, et surtout remettre les pendules à l'heure, il décide de la "désaméricaniser", de lui faire perdre son statut d'Etat tout puissant et de revenir en arrière. Pour cela, il a besoin d'un homme, Brad Power qui, accompagné de Ses 12 disciples, devra reprendre la mer pour faire le voyage inverse de la découverte du Nouveau Monde. Problème : Brad n'a pas une thune ! En plus des 12 disciples, il devra donc trouver du travail et tout mettre en oeuvre pour que le projet de Dieu soit couronné de succès.

Vous avez une envie folle de connaître la suite ? Moi aussi ! Quel speech ! Quelle entrée en matière ! Et en quelques pages, Nelfe a dégringolé de 15 étages et s'est retrouvée face la première sur la faïence glaciale de la désillusion (et au passage, je suis devenue poète...).

"Revenons à nos moutons. Lagopède, le mot, pas l'oiseau, me fait penser à "ptérodactyle", à "Michigan", à "souiller", comme dans la phrase : "Un ptérodactyle est arrivé dans le Michigan, souillé par le plus noir des meurtres !" A ce moment-là, je pense à la dactylographie, mot qui, en anglais, désigne la science qui étudie les empreintes digitales mais, en français, veut dire taper à la machine. Comme dans : "La dactylo française assassinée a échangé la dactylographie contre la dactylography". A ce moment-là, je frotte du jaune d'oeuf qui a séché sur un coquetier." (page 156)

(Et moi, à ce moment-là, j'ai l'ancéphalogramme plat d'une huître neurasthénique... Je songe au suicide...)

"Je passe un torchon sur ma vaisselle quand je songe à une phrase d'une chanson d'Elvis Costello : She's filing her nailes as they drag in the lake. Alors que je ne m'étais jamais posé la question, je comprends tout à coup que ça parle de policiers qui draguent le lac tandis que la femme se fait les ongles.
Mais pourquoi les policiers draguent-ils un lac au lieu de la dame ? Si tu as la réponse, Brad, écris-moi, s'il te plaît." (page 157)

(Ca y est, on m'a perdu !)

Il est très difficile d'écrire une chronique sur un bouquin que l'on a eu du mal à comprendre, que l'on n'a pas compris, que l'on ne comprendra pas. Le choix des mots, la narration, le style de l'auteur... Je n'ai adhéré à rien (ou presque (voir plus bas)). Je n'abandonne jamais une lecture. Question de principe. Je chronique toutes mes lectures ici et je m'y tiens. Mais je peux te l'avouer lecteur, heureusement que "UnAmerica" ne fait que 191 pages sinon j'y aurai laissé ma santé.

Bon malgré cela, et entre deux moments de coma, il faut bien avouer que les critiques de l'Amérique sont savoureuses et Momus n'y va pas avec le dos de la cuillère. Mais, il était acquis que la sobriété n'est pas la came de cet auteur. Dans cette Amérique, les employés doivent payer leurs patrons pour travailler, le vendeur rivalise d'ingéniosité pour faire payer au client le moindre "service" dès qu'il passe la porte du magasin... Les valeurs d'humanité sont ici complètement bafouées à tous les niveaux et Dieu a bien raison de vouloir remettre les compteurs à 0 !

L'auteur a déclaré : "Chaque jour j’écris un chapitre. Je suis installé dans un fauteuil, avec un clavier connecté et le texte écrit est projeté sur un mur. Comme mon corps est relaxé, mon esprit aussi est léger. Je ris quand j’écris." Ben voilà ! En fait j'aurais dû brancher le rétroprojecteur et fumer un bon gros pétard pour m'ouvrir l'esprit ! Parfois, ça tient à peu de choses...

Cet avis n'engage que moi et à la lecture de critiques dithyrambiques sur cet ouvrage, je ne doute pas que Momus trouvera ses lecteurs et les ravira de ses élucubrations. Pour ma part, vous connaissez mon avis : FUYEZ PAUVRES FOUS !


samedi 7 novembre 2015

"Les Années cerises" de Claudie Gallay

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L'histoire : A l'école, on l'appelle l'Anéanti. Pas seulement parce qu'il collectionne les zéros : sa maison, à l'écart du village, est menacée d'être engloutie par une falaise qui s'effrite peu à peu. Et alors que tous : autorités, voisins, famille, conseillent à ses parents de déménager le plus rapidement possible, ils s'accrochent à leur chez-eux. La mère surtout, qui ne se soucie guère de rassurer son fils et distribue les claques plus facilement que les câlins. C'est dehors que le jeune garçon trouve de l'affection et des raisons d'aimer la vie : en s'occupant des animaux de la ferme de pépé et mémé, en rêvant à la grande sœur de son ami Paulo, en faisant de la balançoire sur le cerisier planté au bord du gouffre…

La critique de Mr K : Hasard de chinage rime souvent avec bonne surprise, ceux qui nous suivent régulièrement s'en rendent régulièrement compte entre amusement et parfois hantise: Mais comment vont-ils faire pour pouvoir enfin faire baisser leur PAL! Grosse grosse claque littéraire aujourd'hui avec ce petit ouvrage qui remue beaucoup et s'amuse à jouer avec notre ressenti et nos sentiments! Préparez-vous à 173 pages de montagnes russes dans l'univers si prenant et fascinant de Claudie Gallay qui m'avait déjà régalé avec le très connu et apprécié Les Déferlantes.

Tout est dit dans la quatrième de couverture: la situation est tendue pour ce jeune garçon de 11 ans, la maison menace de s'écrouler, ça ne se passe pas très bien à l'école et à la maison. Père absent, maman à la main leste enfermée dans ses certitudes et là, en plein milieu, comme un chien au milieu d'un jeu de quille, L'Anéanti. Dur dur de grandir, de faire sa place dans un milieu dur et hostile. Heureusement, il y a des parenthèses enchantées qui font tenir et progresser: les séjours bucoliques chez les grands parents, les après-midi chez le meilleur ami dont la sœur possède un charme certain et les moments de réflexion au bord de la falaise qui avale peu à peu l'espace du jardin, bientôt la maison.

Les Années cerises s'apparente à une véritable course contre la montre, contre la vie trop dure qui empêche notre héros d'être serein. La tension est lourde dès le départ au rythme des mauvais moments à l'école et les remontrances de la mère. Une mélancolie intense et durable se dégage de cette histoire triste et brutale malgré quelques échappatoires momentanées. Véritable éponge à émotion quand je suis pris dans ma lecture, je me suis enfoncé au plus profond de moi durant cet ouvrage et je l'ai vécu à 100%. Impossible de ne pas continuer, de ne pas suivre le parcours chaotique de cet écorché de la vie très jeune et déjà en danger.

L'histoire, c'est lui qui la raconte et l'on partage tous ses espoirs et ses doutes. Le langage enfantin et dépouillé de toute forme stylistique rendent l'immersion totale. Loin de se cantonner dans l'exercice de style, Claudie Gallay nous invite à véritablement vivre l'expérience de ce môme perdu et l'on se rappelle, au détour de certaines pages et même parfois de certaines formulations, des expériences antérieures que l'on a pu vivre / ressentir et dont nous avions enfoui le souvenir. Étrange expérience entre évasion et réminiscences qui reste longtemps gravé dans le cœur et dans l'esprit. Ce livre m'a touché énormément à ce niveau là.

On se prend très vite d'amitié pour notre héros qui ne peut laisser insensible, les grands parents vieillissants très attachés à leur petit fils, le tonton sympa et concerné, la sœur de Paulo ("rêve éveillé") d'une douceur extrême et qui va se révéler être un phare, un repère pour le jeune garçon qui en tombe amoureux comme seul peut s'éprendre un gamin de cet âge là, entre fascination et innocence la plus pure, sans jalousie et d'une poésie à fleur de page comme sait si bien livrer l'auteure qui se surpasse une fois de plus.

On ressort donc tout chamboulé de ce roman qui accumule les scènes fortes, les confrontations d'un jeune face au monde des adultes et les espoirs tout azimut. C'est frais sans être mélo, pas de pathos, une sensibilité brute de décoffrage traduite par une écriture épurée qui frappe fort et juste. Un livre à lire absolument!

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vendredi 6 novembre 2015

"La Baleine scandaleuse" de John Trinian

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L'histoire : "Y a jamais un chat", lui avait assuré Willie. Joe s'était donc imaginé que ce bout de plage allait être complètement désert et il avait accepté le rendez-vous. Mais qu'est-ce qu'il voit ? Une putain de baleine grise échouée sur le sable, une bande de tordus en train d'admirer le phénomène et par-dessus le marché un flic ! Et à cheval, encore ! Si ça se trouve, il va demander du renfort, cette ordure. Ça va grouiller de poulets. Pour un tueur en cavale, c'est pas joïce.

La critique de Mr K : Retour dans la Série Noire avec La Baleine scandaleuse de John Trinian dégoté lors de mon craquage automnal chez notre Emmaüs chéri. La quatrième de couverture m'avait bien intrigué et promettait une histoire classique de cavale sous tension. Il n'en est rien finalement car on croise énormément de personnages et même si le final est assez glauque, nous ne sommes clairement pas dans un livre noir de chez noir. Petite déception donc même si ma lecture fut plaisante et rapide.

Ayant exécuté un contrat pour un magnat du crime, Joe doit se cacher pendant un temps avant de toucher sa prime. Il appelle pour cela Willie, un spécialiste dans le domaine qui lui donne RDV sur une plage peu fréquentée. Manque de bol, une baleine ne trouve rien de mieux que de s'échouer pile poil au mauvais endroit et elle attire une petite brochette de personnages bigarrés que l'auteur nous présente tout au long du roman: un vieux couple où le mari en fin de vie s'adonne avec l'assentiment de son épouse aux paradis artificiels, un photographe sur le retour fait une séance de shooting avec deux jeunes mannequins en devenir qui n'ont pas froid aux miches, un surveillant de baignade tente de se remettre de sa gueule de bois, un flic irascible fait sa ronde, un jeune couple nouvellement formé se déchire et quelques autres que je vous laisse découvrir si vous tentez l'aventure.

Ne vous attendez pas à une trame profonde aux multiples rebondissements. Les différents chapitres sont plus un prétexte à nous présenter des personnages et les faire converger vers la fameuse baleine échouée (dont nous pénétrons l'esprit à plusieurs reprises d'ailleurs!). Dans ce roman écrit en 1964, les différentes personnalités sont le reflet d'une certaine époque, d'une Amérique hédoniste mais aussi parfois sécuritaire. Se déroulant le temps d'une journée chaude où le soleil est accablant, l'ambiance est lourde, les tensions nombreuses et l'on sent bien qu'on se dirige vers un dénouement peu commun. Chacun vaque à ses petites occupations et tous vont être confrontés au cétacé à un moment ou à un autre. Le final met en scène la quasi totalité des personnages dans une histoire qui vire alors à la farce noire et cynique.

La Baleine scandaleuse se lit très facilement malgré son âge maintenant avancé. Le style est limpide et efficace, sans fioriture et dans la pure tradition du roman noir américain. Peu ou pas de descriptions ou de digressions mais des personnages en interaction entre eux, beaucoup de dialogues et des situations simples. La convergence des différentes scénettes est bien menée et logique. Pour autant, on ne peut pas crier au génie tant on a l'impression d'avoir déjà lu ce type de déroulé et de péripétie. On est rarement surpris et c'est sans passion qu'on tourne les pages. Le final relève l'ensemble mais n'arrive pas vraiment à faire décoller cette lecture qui restera pour moi au rang des lectures secondaires, distrayantes mais non essentielles.

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mercredi 4 novembre 2015

Noces de coton à Pléneuf Val André - Côtes-d'Armor (22)

Nous avons fêté nos noces de coton mi septembre et je ne me réveille que maintenant pour partager avec vous notre chouette week-end en amoureux (oui je suis un peu longue à la détente ces derniers temps (comment ça, je n'ai toujours pas parlé de l'Auvergne au mois d'août !?)). Et oui, avec notre mariage, nous avons maintenant une nouvelle date à fêter et encore une excellente excuse pour se concocter des petites escapades tous les ans. Bien sûr, nous ne nous sommes pas mariés pour ça mais je dois dire que cette perspective ne nous déplaît pas !

Comme vous le savez, nous sommes morbihannais et avons la chance de vivre dans cette magnifique région qu'est la Bretagne. Cap donc aujourd'hui sur la côte nord et plus particulièrement la Côte de Penthièvre située entre Saint-Brieuc et le Cap Fréhel dans les Côtes-d'Armor. Ceux qui me suivent déjà sur Instagram reconnaîtront les photos, pour les autres, suivez-moi, je vous emmène faire un tour du côté de Pléneuf-Val-André hors saison ! (Les Instagramers, vous pouvez rester aussi, il y a des adresses pas dégueux à choper ;) )

Pléneuf Val André Villa Marguerite
(coucou Mr K !)

Pour fêter dignement notre premier anniversaire de mariage, nous avions réservé dans une très jolie chambre d'hôtes : la Villa Marguerite. J'aime beaucoup les stations balnéaires du début du siècle dernier, l'urbanisme de l'époque avec promenade sur le front de mer et ces maisons 1900 au charme Belle-Epoque. Notre chambre Capucine était un petit cocon joliment décoré et la vue sur la mer nous a subjuguée.

Villa Marguerite chambre

Pléneuf Val André vue

De notre chambre, nous pouvions observer les changements de couleurs dans le ciel et sur la mer. J'ai bien dû faire une centaine de photos de l'arrivée de la pluie, de la luminosité changeante à l'horizon, des scintillements du soleil, des arcs en ciel... Les mots "quiétude" et "plénitude" prennent ici tout leur sens et lire face à ce magnifique tableau est très agréable. Qu'est ce qu'on était bien...

Pléneuf Val André

Avec la plage à 100 mètres, les bords de mer en cette saison n'étaient presque rien qu'à nous. On croise surtout des retraités en septembre / octobre sur nos côtes et c'est une période où tout est beaucoup plus calme. Les boutiques et restaurants conservent encore leurs horaires d'été pour les touristes mais les grands rassemblements estivaux sont loin derrière nous. Pour ceux qui aiment le bruit des vagues et les longues balades tranquilles (un peu plus courtes pour nous, rappelez-vous que Mr K s'était cassé le pied mi-août), venez nous voir hors saison.

Pléneuf Val André Port Dahouet

Le Cap Fréhel est connu pour ses couleurs saisissantes et pour être un excellent spot pour observer les voiliers partant de Saint-Malo lors de la course transatlantique qu'est la Route du Rhum. Sur ce cap se dresse son célèbre phare. Vous ne le savez peut-être pas mais je suis une adoratrice de phares. Depuis toute petite, j'ai une fascination pour ces édifices guidant les bateaux et dès que j'en vois un, je veux gravir son sommet. Ce phare ci n'est pas bien haut et même Mr K a pu monter sa trentaine de mètres (145 marches, ça se fait même avec un pied dans le sac (il est fort ce Mr K !)).

Fort du Cap Frehel

Fort du Cap Frehel 1

De la pointe du cap et du haut du phare, on peut apercevoir le Fort-La-Latte à l'est. Et si on allait le visiter ?

Fort La Latte Frehel
(la maison du gardien du fort, qu'on aimerait bien en maison secondaire)

Nous avons pris une grosse claque avec cet édifice datant du XIVème siècle et classé aux Monuments Historiques. Une situation exceptionnelle à la pointe de la Latte, un paysage grandiose ! Avec sa vue dégagée, on a l'impression ici d'être au milieu de la mer, entourés d'eau et de ses si belles côtes. On peut également apercevoir d'ici le clocher de Saint-Malo (où nous avions passé quelques jours après notre mariage).

Fort La Latte Fréhel

Nous avons ensuite sillonné la côte au gré de nos envies. A Saint-Cast-le-Guildo, Erquy, partout de charmantes villes balnéaires, de grandes plages battues par les vents, de superbes villas d'antan, des petits ports plein de charme...

Résidence de la mer St Cast le Guildo

Erquy

Erquy 1

Avant de partir, j'avais noté l'adresse du Recommandé au Val-André et un passage pluvieux nous a permis de découvrir ce charmant salon de thé en lieu et place de l'ancien bureau de poste de la ville. Déco vintage, vieux comptoir, pâtisseries à tomber, chocolats chaud délicieux... Pour une fois, je n'ai pas râlé sur la pluie (étonnant non !?).

Pléneuf Val André Le Recommandé

Un week-end, c'est court et nous devons déjà reprendre la route. Notre Bretagne est tellement belle et nous emportons avec nous ces images telles des tableaux.

Fréhel Frémur

Pléneuf Val André mer

Nous revenons tout juste de Nantes où nous avons passé deux excellentes journées (notamment aux Utopiales comme chaque année (un article est prévu pour tout bientôt (promis, je ne laisse pas passer 2 mois cette fois ci (hum))), mais je me demande déjà où notre prochain week-end breton va nous mener... L'hiver approche, il faut savoir se mettre du baume au coeur ! Et puis la vie est courte...

 

mardi 3 novembre 2015

Dilemme démocratique...

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Dessin extrait du Canard enchaîné n°4957

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lundi 2 novembre 2015

"J'irai cracher sur vos tombes" de Boris Vian

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L'histoire: Lee Anderson, vingt-six ans, a quitté sa ville natale pour échouer à Buckton où il devient gérant de librairie. Il sympathise dans un bar avec quelques jeunes du coin. Grand, bien bâti, payant volontiers à boire, Lee, qui sait aussi chanter le blues en s'accompagnant à la guitare, réussit à séduire la plupart des adolescentes. Un jour il rencontre Dexter, le rejeton d'une riche famille qui l'invite à une soirée et lui présente les soeurs Asquith, Jean et Lou (17 et 15 ans), deux jeunes bourgeoises avec "une ligne à réveiller un membre du Congrès". Lee décide de les faire boire pour mieux les séduire... et poursuivre son sinistre dessein.

La critique de Mr K: Ce roman de Vian est ma deuxième incursion dans sa période dite "américaine". Je n'avais pas caché sur le blog mon peu d'enthousiasme quand à ma lecture de Les Morts ont tous la même peau qui m'avait laissé un goût d'inachevé et dont le style m'était apparu très plat. Je n'étais vraiment pas près à retenter l'aventure Sullivan (son pseudo à ce moment là) mais J'irai cracher sur vos tombes s'est présenté à moi dans un bac de l'abbé et sa réputation plus que sulfureuse a fait le reste. Au final, j'ai moyennement apprécié cet ouvrage, je maintiens que rien ne vaut L'Écume des jours ou L'Automne à Pékin dans la bibliographie de cet auteur.

Un homme grâce à un ami s'installe dans une petite ville de province US et devient libraire. Ce boulot l'ennuie et très vite, il va se faire des relations et traîner avec les jeunes de la ville, jeunesse blanche insouciante et décadente (pour l'époque!). Lee est noir et son esprit est possédé par une rage profonde et inextinguible. À mesure que le récit avance, il va lui céder du terrain pour aller jusqu'à l'inéluctable.

Écrit à la première personne du singulier, la principale qualité de ce roman réside dans ce point de vue singulier (surtout chez Vian). Lee est torturé et rien ne nous est épargné de ses états d'âme, de ses ressentiments. Ayant vécu un traumatisme fort (la disparition de son jeune frère suite à un crime sans doute raciste), il essaie en vain de résister au désir de revanche. Pourtant, sa vie sociale n'est pas inexistante, on le soupçonne ancien bandit en fuite mais il plaît bien, a la discussion facile et se révèle être séducteur en mode beau ténébreux. Rien n'y fait, il semble ne pas pouvoir échapper au fatum des luttes inter-raciales en cours à l'époque aux USA notamment dans les États du sud.

La tension est palpable tout au long du livre, montant crescendo vers un final absolument affreux et d'une rare violence. J'ai lu bien pire dans d'autres circonstances mais rarement aussi frontalement et sans ambiguïté. Cet homme est fou, complètement borderline et comme un voyeur, le lecteur est pris en otage par ses émotions contradictoires: dégoût et fascination nous habitent durant les 211 pages qui composent l'ouvrage. Bien des années après sa rédaction, J'irai cracher sur vos tombes fait encore son effet avec des passages très explicites au niveau sexuel et une violence débridée qui démarre au détour d'une phrase, d'un paragraphe et ceci sans prévenir. On comprend mieux la censure dont il a été victime quelques années après sa sortie quand on recontextualise. L'époque était bien trop pudique et engoncée dans une morale conservatrice omniprésente pour pouvoir accepter un tel écrit.

Pour autant, je ne crierai pas au chef d’œuvre. L'écriture bien que très accessible et efficace reste plutôt banale. Le livre se lit sans déplaisir cependant sans grande passion non plus. Le personnage principal est détestable mais finalement aucun personnage secondaire ne retient l'attention non plus. J'aime éprouver des sentiments forts en lisant un livre, mais ici pas de grosse montée d'adrénaline en parcourant ses pages (à part à la toute fin), j'ai simplement eu l'impression d'être de passage et à l'arrivée, je ne garde pas de gros souvenirs et l'histoire ne m'a pas vraiment marquée. Difficile dans ses conditions de vous conseiller cette lecture qui s'est révélée plutôt décevante. À chacun de tenter l'aventure… ou non.

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dimanche 1 novembre 2015

"Wilt 1 : Comment se sortir d'une poupée gonflable et de beaucoup d'autres ennuis encore" de Tom Sharpe

tom sharpeL'histoire : Henry Wilt est à bout. La quarantaine passée, chaque jour lui rappelle sa médiocrité. Une carrière au point mort, des étudiants dégénérés, et Eva, sa femme, qui ne rate jamais une occasion de le rabaisser. Certain que le monde lui refuse depuis longtemps une gloire bien méritée, Henry décide d'agir et de supprimer celle qui a fait de sa vie un véritable enfer.

La critique Nelfesque : "Wilt 1" est un roman qui traînait depuis trop longtemps dans ma PAL et qu'il fallait que je lise tant les fans de Tom Sharpe me donnaient envie de découvrir son humour déjanté. Je me suis donc lancée dans ce roman pleine d'entrain et je dois dire que je n'ai pas été déçue. Etant assez friande de romans à l'humour timbré (comme par exemple "Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" de Jonas Jonasson, "Les Vacances d'un serial killer" de Nadine Monfils ou plus récemment "Camp de gitans" de Vladimir Lortchenkov dans des styles bien différents), ce "Wilt" de Tom Sharpe n'a pas à rougir face aux romans précités.

Henry Wilt est au bord de la rupture. Rien ne va dans sa vie, son boulot l'ennuie, sa femme l'énerve, ses élèves sont des abrutis. Pour que sa vie prenne le tournant qu'elle aurait dû prendre depuis longtemps et afin de remettre les compteurs à zéro et lui permettre de mener enfin la vie qu'il mérite, Wilt décide de prendre les problèmes les uns après les autres. Première chose à faire : se débarrasser de sa femme ! Seul hic, c'est une décision qui implique pas mal de risques et avant de passer à l'acte, Wilt commence à rêver de ce moment et échafaude des plans. Après y avoir pensé longuement chaque soir lors de balades avec son chien, il va se mettre en situation et répéter son acte avant de peut-être passer le pas. Commence alors une valse de quiproquos qui va mener Wilt dans une situation très inconfortable. Mais le "confort" était-il vraiment présent dans sa vie auparavant ?

Voici une lecture fort plaisante et parfaite pour passer un bon moment quand le besoin s'en fait sentir. On est ici loin de la vie quotidienne, l'histoire est complètement loufoque et dans le genre "je pose mon cerveau avec une lecture pas trop conne", "Wilt 1" se pose là.

Dans ce premier tome d'une série de 5 romans (tous pouvant se lire indépendamment les uns des autres), le lecteur fait la connaissance de Tom. Professeur de culture générale dans un lycée technique anglais, très intelligent et ayant une grande (trop ?) propension à l'abstraction, Tom n'est pas apprécié à sa juste valeur. Autant à la maison qu'à son travail, il passe au second rang et met entre parenthèse ses rêves d'évolution. Entre sa femme castratrice et son supérieur qui ne le prend pas au sérieux et ne lui a accordé aucune promotion en 10 ans de carrière, Tom est un homme qui stagne, frustré de ne pouvoir montrer à ses semblables toutes l'étendue de ses qualités. Et des qualités, il en a ! A commencer par son sens de l'analyse et sa capacité à se détacher des évènements pour mieux amener son interlocuteur à aller dans son sens. Cela va lui jouer bien des tours face à la police lorsqu'il sera inculper pour le meurtre de sa femme qu'il n'a pas commis. Autant de détachement et une telle froideur, ne serait-ce pas là une des caractéristiques d'un parfait psychopathe ?

Avec "Wilt", le plaisir est au rendez-vous. Tom Sharpe accorde de l'importance à chacun de ses personnages et tout le monde va en prendre pour son grade sur presque 300 pages. Les nouveaux amis de sa femme, sa femme, ses collègues, ses élèves, la police... Nous avons là un beau tableau de la société actuelle et bien que faisant dans la caricature ici, chacun y reconnaîtra aisément au moins l'une de ses connaissances. La vengeance de Wilt devient alors jubilatoire et la peur change de camp.

Peu à peu Wilt prend de l'épaisseur. Il n'est plus le gentil Wilt, toujours en retrait, celui qui ne dit jamais non et supporte toutes les humiliations. Au fil des pages, sous la plume de Sharpe, il va se révéler malin, manipulateur et très intelligent. Une satisfaction pour le lecteur quand on sait qu'il s'agit d'une saga. Tom est sorti de sa coquille et semble pouvoir modifier durablement son destin.

"Comment se sortir d'une poupée gonflable et de beaucoup d'autres ennuis encore" est un roman typiquement anglais qui ravira les lecteurs friands d'humour british. Ca part dans tous les sens, les scènes sont jusqu'auboutistes, les personnages au caractère bien trempé nous donnent matière à rire et tout cela est empaqueté dans un chouette papier cadeau qu'est la plume de Tom Sharpe. Si vous cherchez un roman qui se dévore, au style fluide et à l'histoire rondement menée, penchez-vous sur cette curiosité !

Livra'deux pour pal'Addict

J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge "Livra'deux pour pal'Addict".

samedi 31 octobre 2015

"Crimson Peak" de Guillermo del Toro

crimson peak afficheL'histoire : Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : "Prends garde à Crimson Peak". Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse "imagination", Edith est tiraillée entre deux prétendants : son ami d’enfance et le docteur Alan McMichael.

La critique Nelfesque : Guillermo Del Toro est un réalisateur que nous aimons beaucoup au Capharnaüm éclairé pour son Labyrinthe de Pan. Ses films ont une esthétique particulièrement bien léchée et "Crimson Peak" ne déroge pas à la règle.

Nous ne sommes pas ici dans le film d'horreur à la mode et si vous êtes adeptes des longs métrages à sensations en vogue en ce moment pour leur effet "sursaut" mais souvent dépourvus de charme, vous pouvez passer votre tour. Dans "Crimson Peak", on ne sursaute pas vraiment, l'histoire se met en place tout doucement et on se rapproche plus ici du conte horrifique et de la romance tragique que du film à sensations. "Crimson Peak", c'est un retour au film de genre classique avec une esthétique gothique aux décors sublimes, à l'ambiance glaçante et à la photographie maîtrisée. Une vraie réussite pour les amoureux du genre.

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Dans ce long métrage, Del Toro nous transpose dans l'Amérique et l'Angleterre des premières années 1900. Edith est une jeune fille moderne pour son époque. Elevée par un père aimant et ouvert, elle souhaite faire éditer son premier roman faisant la part belle aux esprits auxquels elle croit et avec lesquels elle peut entrer en communication. Succombant aux charmes de Sir Thomas Sharpe, elle va s'installer avec lui en Angleterre, à Allerdale Hall, vieux manoir à l'architecture saisissante mais à l'isolation douteuse. Le domaine tombe en décrépitude et la vie au manoir est aussi froide par son apparence que par ses habitants.

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La demeure est un personnage à part entière dans ce film. A l'image du frère et de la soeur Sharpe qui occupent les lieux, la bâtisse à un charme ancien, vestige d'une gloire passée, mais apparaît comme souffrante, agonisante et par là même inquiétante. Avec ses carrières d'argile rouge en sous-sol, la terre du domaine suinte du sang sur cette vaste étendue enneigée l'hiver et, telle des sables mouvants, attire peu à peu le manoir dans ses profondeurs. Avec un budget de 50.000.000 $ (non je n'ai pas rajouté de zéros), Guillermo del Toro avait de quoi faire un truc bien et c'est exactement ce qu'il a fait ! Visuellement, ce film est une claque !

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Avec un scénario très classique, "Crimson Peak" est clairement un hommage aux films d'horreur d'autrefois. Une histoire d'amour compliquée, une rivalité larvée et des esprits égarés. Voici en quelques mots le résumé de ce long métrage. Le reste est un magnifique paquet cadeau où chaque plan est d'une beauté à couper le souffle et où chaque détail du décor, chaque tache sur la robe de l'héroïne, sont exactement au bon endroit. Un beau film, comme on aimerait en voir plus souvent. L'amour de Guillermo del Toro pour l'univers romantico-gothique crève l'écran.

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La critique de Mr K : 5/6, un très beau moment de cinéma que le dernier film de Del Toro qui remonte dans mon estime avec cette histoire mêlant subtilement chronique sociale du XIXème siècle, romance et un soupçon de fantastique-épouvante. Je n'avais guère goûter à son Pacific Rim (les robots géants ce n'est pas trop mon truc) mais Crimson Peak est une vraie bombe visuelle qui m'a rabiboché de suite avec le bonhomme.

Edith, fille d'une bonne famille américaine, aspirante écrivaine fascinée par les fantômes depuis une visite qu'elle a reçu de sa mère décédée, ne se sent pas à sa place dans la société huppée de son époque. Trop d'imagination, trop de liberté avec les convenances lui fait-on remarquer régulièrement sauf son père qui l'aime tendrement et souhaite ce qu'il y a de mieux pour elle. Son destin bascule quand elle fait la rencontre de Sir Sharpe, un jeune noble désargenté venu d'Angleterre pour trouver les fonds nécessaires pour la poursuite de ses travaux d'ingénierie et la remise en état du manoir familial de Crimson Peak. Une romance s'esquisse entre les deux jeunes gens mais une ombre semble errer autour d'eux: une sœur distante et froide, la mort mystérieuse du papa de la mariée et l'installation dans le manoir de Crimson Peak vont faire basculer le destin d'Edith.

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Ce qui frappe en premier lieu, c'est la beauté de ce film. On frise la perfection tant costumes, décors, paysages sont travaillés entre reconstitution plutôt fidèle de l'époque et envolées plus fantastiques comme les spectres et certains aspects de décoration intérieure. Del Toro joue beaucoup sur le contraste et sur les couleurs qui s'opposent allant du plus vif au plus sombre. Magnifique pour les yeux, le film émerveille par la virtuosité de tous les petits travailleurs de l'ombre qui contribuent à produire un spectacle d'une rare beauté seulement dépassé ces dernières années par Tales of tales que j'ai trouvé plus poétique à ce niveau là. Crimson Peak évolue dans un autre style plus ostentatoire et plus grand public, d'où sans doute cette débauche d'effets de style (y compris dans les cadrages parfois sublimes). Et puis, quoiqu'on pense de lui, Del Toro a toujours été très généreux avec son public qui ici trouvera tout ce qu'il attend.

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Les acteurs assurent bien leur rôle notamment Tom Hiddleton qui sort du personnage caricatural de Loki dans la série de films Marvel (je suis loin d'être fan!) pour camper un Sir Sharpe qui tour à tour nous séduit, nous inquiète et inspire la compassion. Personnage non lisse par excellence, l'acteur fait montre d'un grand talent d'interprétation et nous livre un personnage ambigu et fascinant. J'ai aussi beaucoup apprécié l'actrice d'Alice (Mia Wasikowska) qui apporte une douceur et un charme un peu désuet, sensible et non tapageur, une touche de grâce et de légèreté qui détonne avec le reste du film. La romance des deux tourtereaux est rondement menée entre pas en avant et reculs successifs, deux êtres qui se cherchent, se trouvent et se perdent. Loin d'être une histoire gnangnan, on rentre ici dans l'amour viscéral et romantique, le ton faisant penser au grandiose Dracula de Coppola ("Mina, vous êtes si proche"). L'amour est ce qui se dégage le plus de film, peu ou pas de passages d'épouvante. Pas de sursauts pour ma part, n'y allez pas pour cela vous seriez déçu!

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Deux raisons me font mettre seulement un 5/6 à cette belle entreprise. Le scénario tout d'abord, qui même s'il se révèle plus complexe qu'on ne le pense, reste plutôt classique et prévisible. Aucune surprise et j'ai eu plus l'impression de voir différents films plus vieux compilés (films de maison hantée avec des esprits en souffrance, romance à la Tim Burton et suspens hitchkokien entre le frère et la sœur). Beau produit mais pas de réelle imagination dans le contenu, c'est ballot. Puis pour moi, il y a le cas Jessica Chastain qui ici livre une prestation juste sympathique. Dommage car cela amoindrit, je trouve, la révélation finale pas piquée des hannetons.

Mais ne restons pas sur ces deux remarques négatives, Crimson Peak est de l'étoffe de ce qui se fait de mieux en terme d'évasion en ce moment. Vous vous émerveillerez devant la beauté du métrage et frémirez à l'occasion des mésaventures d'Edith. À voir absolument au cinéma pour en profiter au maximum.

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mercredi 28 octobre 2015

"Sept jours pour expier" de Walter Jon Williams

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L'histoire: Perdue au fond du Nouveau-Mexique, la petite ville minière d'Atocha se meurt doucement, oubliée à l'orée du XXIème siècle, à peine troublée par le Centre de recherches en physique quantique récemment installé à ses portes.

Jusqu'au jour où cet univers provincial va se détraquer pour Loren Hawn, le chef de la police locale : fermeture de la mine de cuivre, troubles en ville, alerte au Laboratoire de technologie avancée.

Mais ce n'est rien à côté de cet homme qui vient de mourir un soir dans ses bras, criblé de balles. Loren Hawn le connaît bien, comme il connaît tout le monde dans le pays : il est déjà mort dans un accident de voiture vingt ans plus tôt...

La critique de Mr K: Imaginez une petite ville américaine typique de la bordure sud en contact avec le Mexique. Rien d’extraordinaire ne s'y passe et tout est réglé comme du papier à musique. La vie suit son cours entre les déplacements pendulaires des habitants (beaucoup de mineurs), les coups payés au bar, les infidélités des maris désœuvrés et le temps qui passe doucement comme dans un roman de Steinbeck. Les ennuis commencent d'abord quand la mine ferme: la violence fait son apparition dans la ville de Loren Hawn, chef de la police locale. Les nuits se suivent et la violence monte crescendo parallèlement à la tension liée aux licenciements massifs et au désœuvrement qui en découle. Et puis, un événement étrange va tout faire basculer: l'irruption d'un mort qui ne semble ne plus l'être pour re-mourir à nouveau! Loren l'a bien vu lui! Miracle? Manipulation? À lui de trouver la réponse mais il n'est pas forcément très bon de remuer certaines choses... il va l'apprendre à ses dépens.

Première mise au point, Sept jours pour expier est inclassable. Bien que présentant quelques éléments de pure science fiction, il lorgne davantage sur la chronique provinciale, le roman noir et le polar bien couillu (et parfois sans grande finesse il faut bien l'avouer). Loren Hawn est l'archétype du héros à l'américaine type Schwarzenegger. Ancien boxeur clandestin épris de sa ville au point de se l'attribuer, devenu chef de la police, il n'hésite pas à rajouter une bonne touche de violence policière lors de ses arrestations. Fasciste sur les bords, borderline, il ne trouve refuge qu'au sein de sa famille (marié, deux enfants) et la foi qui le réconforte lors de ses périodes de moins bien. Malgré tous ces aspects qui sur le papier me déplaisent, l'alchimie prend et même si le personnage dérange et dégoûte, on s'attache à cet homme lié à un passé qu'il ne veut pas lâcher, prisonnier de schémas mentaux dont il ne peut se défaire.

Et pourtant, le monde évolue, même son pasteur lui dit. Ainsi, depuis quelques années, un laboratoire de haute technologie s'est installé dans le voisinage et le secret plane sur ses réelles activités. Une milice privée est chargée de sa sécurité et les fuites d'information ne sont pas pour rassurer notre policier vieux-jeu. La mort de son ami d'enfance déjà décédé (sic) coïncide pile poil avec le début de la semaine d'expiation, 7 jours où chacun va à l'Église suivre les sermons des révérends passant en revue les sept pêchés capitaux. Peu à peu, on fait le lien entre les événements qui se précipitent et cette période spirituelle très particulière.

En creusant, Loren Hawn va se confronter à un monde peu reluisant où corruption et intérêts privés se confondent au détriment des simples citoyens. Des pressions lui sont imposées, la tension s'accentue sur lui et ses proches. Flirtant avec le danger, il ne veut pas dévier de sa route. Les dégâts collatéraux sont nombreux et il flotte une odeur de souffre et de sang sur son passage. Le chef de la police va se battre seul contre tous: la hiérarchie stupide et intéressée, la naïveté des gens d'église, la cruauté et le sadisme des attachés de pouvoir… C'est littéralement Sin City transposée dans une ville du désert du sud qui nous est proposé ici! Les âmes sensibles feraient bien de s'abstenir tant on est parfois bousculé par des propos et des actes type hardboiled à vous faire décrocher la mâchoire (à mettre en parallèle avec les tabassages type Marv que l'on retrouve dans ce livre).

Walter Jon Williams a un sens du rythme narratif remarquable. Le début est certes un peu lent mais à la centième page (sur 520 en tout), l'intrigue décolle pour ne plus atterrir avant une fin tout bonnement apocalyptique, où à l'instar de l'inspecteur Mills dans Seven, le héros va déchaîner sa fureur. La lecture est aisée, plaisante, parfois très drôle (il y a des répliques vraiment tordantes, flirtant avec les punchlines ringardes de film d'action de seconde zone) mais aussi touchante à l'occasion (les scènes dans l'intimité familiale du héros) et tripante lors de scènes d'actions vraiment dantesques!

Un chouette moment de lecture en somme qui ne révolutionne pas le genre mais au caractère addictif et immersif certain. Une expérience que vous ne regretterez pas si vous êtes amateur du genre.

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mardi 27 octobre 2015

"Quiproquo" de Philippe Delerm

Quiproquo DelermL'histoire : Un journaliste du Nord de la France part en reportage dans le Sud-Ouest. Il quitte "la brique sombre qui s'attache si bien les soirs à bière, les petits matins de pluie et de mélancolie" et découvre, "la lumière de la brique rose, le vert profond des pins et des cyprés, le vert pâle des peupliers". Notre reporter va peu à peu se laisser gagner par une torpeur immobile. Quand, soudain, sur cette tendre scène bucolique, le Quiproquo Théâtre va poser ses tréteaux. L'homme de plume va endosser un nouveau rôle, saltimbanque, et découvrir derrière les masques la tragi-comédie de la vie.

La critique Nelfesque : Voilà un petit ouvrage que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire. Philippe Delerm est un de ces auteurs des petits bonheurs du quotidien, des petits clins d'oeil de la vie, ceux que l'on voit si on le veut bien, ceux qui réchauffent le coeur par leurs souvenirs. Dans la famille Delerm, j'aime le père, la mère et le fils, chacun bien ancré dans cette culture du temps qui passe, de la nostalgie et de la valeur de la moindre petite seconde et des petits détails. Pour "Quiproquo", je demande le père et ces 86 pages lues un soir de grand vent sur une fin d'été encore chaude.

Après un petit passage près de Périgueux ("Le conducteur avait un accent pur rocaille venu de Périgueux" (salut la famille !)), l'histoire de "Quiproquo" se déroule dans un petit village d'Aquitaine, Camparoles, en plein coeur de l'été. Avec ce jeune journaliste en plein questionnement existentiel, le lecteur fait la connaissance de Maria, Stéphane et Alicia. Une famille de saltimbanques qui est tombée amoureuse de ce village et a décidé d'y monter le Quiproquo Théâtre. Certains montent sur scène, d'autres restent en cuisine, des amis s'occupent des lumières... Le Quiproquo est un lieu de rencontre au coeur de ce tout petit village du Sud-Ouest.

Au fil des pages, on sent la convivialité des longues soirées d'été, la chaleur du soleil sur notre peau, le vent dans les arbres près de la rivière. Le lecteur prend le temps de vivre et suit le héros ordinaire de ce lire dans son chemin vers la quiétude et finalement son changement de vie.

Quand un homme découvre son lieu de vie idéal, l'adopte et s'y installe. Un éveil à la vie qui met du baume au coeur du lecteur. Une écriture simple et fluide, comme l'histoire proposée ici. Un moment de vie fait de bonheurs et de peines, l'amour, le deuil... Une évidence.

Posté par Nelfe à 17:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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