lundi 23 janvier 2017

"Aveu de faiblesses" de Frédéric Viguier

aveu de faiblessesL'histoire : "Je suis laid, depuis le début. On me dit que je ressemble à ma mère, qu’on a le même nez. Mais ma mère, je la trouve belle."

Dans un univers glaçant et sombre, qui emprunte tout à la fois au cinéma radical de Bruno Dumont et au roman social, à ce drame d’un bourg désindustrialisé du nord de la France, Frédéric Viguier ajoute le suspense d’un roman noir. Dès lors, l’histoire d’Yvan, un adolescent moqué pour sa laideur et sa différence, accusé du meurtre de son petit voisin, prend une tournure inattendue.

La critique Nelfesque : Quelle claque que ce roman récemment sorti en librairie pour la Rentrée Littéraire d'hiver ! Quand misère sociale et harcèlement côtoient injustice et délit de faciès. Une histoire qui fait froid dans le dos.

Yvan n'est pas gâté par la nature. Avec son physique ingrat, ses cheveux roux et son embonpoint, il n'attire que brimades et moqueries. Sans amis, il vaque seul à ses occupations et voue un culte à sa mère qui est tout pour lui. Aussi le jour où un petit  garçon est retrouvé mort sur le terrain vague de la commune, le jeune frère d'un "camarade" de classe qui ne cesse de le provoquer, c'est chez lui que les policiers viennent demander des comptes. Où était-il à l'heure du meurtre ? Il revenait du supermarché où il allait acheter un camembert pour sa mère, collectionneuse de boites de fromage. Alibi qui va très vite tomber à l'eau puisqu'aucune preuve ne vient corroborer ses dires. Etait-il sur place au moment des faits ? Que faisait-il dans le local à poubelle de l'usine locale ?

Le personnage d'Yvan est terriblement touchant et dès les premières lignes, le lecteur se range de son côté. Laissé pour compte, simple d'esprit, il promène sur le monde qui l'entoure un regard à la fois naïf et résigné. Tout un chacun a envie de le prendre dans ses bras, de le protéger et de lui donner une vie meilleure en l'éloignant de cet environnement délétère. Sur plus de 200 pages intenses et impitoyables, le coeur du lecteur est malmené à l'image d'Yvan que tout accuse et qui est victime d'une erreur judiciaire et d'une cabale nauséabonde. Nous le suivons dans les premiers instants de l'enquête, durant le procès et son incarcération avec la boule au ventre et l'envie de crier. Ce sentiment de malaise et de révolte ne nous quittera pas jusqu'à la dernière page du roman qui tombe telle un couperet et fait de cet ouvrage un grand roman.

"Aveu de faiblesses" est un roman à part. Un roman surprenant, dense émotionnellement et d'une justesse sans pathos ni effet de manche. Frédéric Viguier nous conte ici la vie d'une ville du Nord dans tout ce que cette région peut avoir de plus noir au niveau social, une vie où des étiquettes sont trop vite collées sur les gens et où Yvan doit tout tenter pour s'en sortir. Un roman magistral que je vous conseille vivement de découvrir, le coeur bien accroché.


dimanche 22 janvier 2017

Premier craquage de PAL 2017 !

Il fallait bien que ça arrive un jour... voici le traditionnel premier post d'acquisition du Capharnaüm éclairé de l'année 2017! Vous connaissez notre amour des livres de seconde main, ces occasions en or que l'on trouve au détour d'un étal ou d'un bac. Comme vous allez pouvoir le constater, l'année débute pas mal du tout avec 14 ouvrages collectés qui vont rejoindre nos PAL respectives.

Acquisitions ensemble 2

Leurs origines sont diverses certains venant de notre abbé préféré, d'autres de boîtes à livres du secteur ou encore de magasins de revente. Il y en a pour tous les goûts mais ce qui ne change pas par contre, c'est qu'une fois de plus je bats Nelfe à plat de couture en terme de plombage de PAL. Mais à ce jeu là, vous savez que je suis redoutable... Voici par le menu, les nouveaux livres adoptés !

Acquisition 1

On commence avec quelques auteurs "classiques" que j'affectionne tout particulièrement entre retrouvailles et relecture.

- Premier de cordée de Roger Frison-Roche. Il s'agira pour moi d'une relecture car c'est un livre que j'avais découvert et dévoré en 6ème lors d'un atelier lecture avec ma prof de français. J'ai hâte de retrouver les grands espaces, la nature magnifiée et les destins contrariés d'une famille attachée à la montagne. Madeleine de Proust quand tu nous tiens !

- L'Arrache coeur de Boris Vian. Voici un livre dont j'ai beaucoup entendu parler et que je n'ai toujours pas lu. Vian étant un auteur que j'apprécie (surtout L'Automne à Pékin et le génialissime L'Écume des jours), je vais tenter l'aventure de cette lecture qui s'annonce sombre dans une étude sans concession de nos travers.

- La Symphonie pastorale d'André Gide. Aaaah Gide ! Comment oublier Les Nourritures terrestres, un livre qui m'avait laissé pantois. Avec ce titre, il explore le mythe de l'enfant sauvage en le doublant d'amour contrarié. J'espère retrouver la sensibilité à fleur de mot de l'auteur et son écriture si envoûtante.

Acquisition 2

Ma PAL côté policier / polar / suspens baissait dangereusement (comprendre plus que 30 unités livresques -sic-), nos errances de janvier m'ont permis d'attraper ces trois titres :

- La Nuit est sale de Dan Kavanagh. Un volume "série noire" de plus dans ma PAL avec une sombre histoire de flic mis au placard qui va s'attaquer à du gros gibier en plein quartier de Soho à l'ombre. Nulle place pour l'espoir à priori avec ce roman d'un auteur que je ne connais pas mais dont la quatrième de couverture m'a attiré de suite. Wait and read...

- L'Ile des morts de P.D. James. Un riche excentrique invite dans son château victorien isolé sur une île des amis à lui. Les réjouissances ne vont pas tout à fait se dérouler comme prévu, la mort s'étant invitée aussi. Là encore, c'est un coup de poker que cette acquisition dont le résumé m'a fait beaucoup penser au livre de Guillaume Chérel paru chez Mirobole en septembre dernier mais à priori en bien moins drôle... Qui lira, verra !

- La Princesse noire de Serge Brussolo. Impossible pour moi de dire non à cet auteur qui m'a procuré tant de plaisir de lecture. Ce Brussolo ci est un thriller médiéval faisant la part belle au mystère et aux croyances de l'époque dans un vieux château cachant bien des secrets dans ses entrailles... Hâte de voir de quoi il en retourne !

Acquisition 3

Pour continuer, un peu de SF histoire de bien exploser ma PAL de ce côté ci !

- L'Agonie des ténèbres de George R.R. Martin. Il s'agit d'un ouvrage de jeunesse de l'auteur devenu culte avec sa saga du Trône de fer. À classer dans le space opéra mâtiné d'aventure, un homme va se rendre sur une planète inconnue pour délivrer son ex-amante aux prises avec des ravisseurs aux codes tribaux inflexibles. Une expérience SF satisfaisante avec cet auteur (Chanson pour Lya) me donne bonne espoir pour cette future lecture.

- L'Oreille interne de Robert Silverberg. Un de mes auteurs SF favori a de nouveau croisé ma route avec ce roman considéré comme un de ses meilleurs. Un homme télépathe affronte ses démons intérieurs dans un récit mélancolique non dénué d'humour et j'imagine un soin tout particulier apporté à la psychologie des personnages, le point fort de Silverberg avec son écriture hors norme. Ce titre ne fera pas de vieux os dans ma PAL !

- La Mort blanche de Frank Herbert. Un roman terrible selon les avis que j'ai pu lire, un livre traitant de souffrance totale ou comment un homme ayant tout perdu va devenir irrémédiablement fou et possédé par la vengeance en fabricant un virus biologique exterminateur. On ne présente plus l'auteur (Dune, ça vous dit quelque chose ?) et ce livre sur le terrorisme absolu promet beaucoup. Là encore, je ne traînerai pas pour le lire.

Acquisition 4

Deux brochés pour terminer ma sélection avant de passer la main à ma chère Nelfe:

- Les Mémoires d'Elizabeth Frankenstein de Théodore Roszak. Décidément, je ne sors plus du mythe de Frankenstein en ce moment ! Mais je ne pouvais décemment pas résister, adorant cet auteur atypique, conteur hors pair maniant le suspens avec maestria. L'héroïne qui donne son titre au livre est recueilli par la célèbre famille et va être initiée à l'alchimie, l'occultisme et la science. On nous promet une folle histoire romanesque, gothique et féministe. Je trépigne d'impatience !

- Anansi boys de Neil Gaiman. Encore un auteur que j'adore, on retrouve ici l'univers d'American Gods dans un livre que l'auteur décrit comme une épopée magico-horrifico-thrillo-fantastico-romantico-comico familiale. Je ne sais pas pour vous mais moi ça me suffit pour foncer dessus ! La chronique viendra assez vite je pense...

Acquisition 5

Place aux trois ouvrages dégotés par Nelfe !

- Fatales, ouvrage collectif. Pour une raison très simple : Actes noirs ! J'ai fait tant de belles lectures dans cette collection que ce petit recueil ne pouvait qu'atterrir dans ma PAL. D'autant plus que l'on compte ici Camilla Läckberg parmi les auteurs ici présents !

- Quelqu'un d'autre de Tonino Benacquista. Parce que Benacquista est quand même un putain d'auteur ! Entre Malavita et Saga, mon coeur ne balance pas, j'aime tout !

- Africa Trek 1 de Sonia et Alexandre Poussin. Parce qu'en ce moment j'aime beaucoup lire des récits de voyages / d'expériences (à défaut de pouvoir les faire moi-même). Mon dernier en date, Dans les forêts de Sibérie (dont il faut que je vous parle dans un prochain article). Ici on change complètement de paysage et de météo mais l'expérience reste incroyable. Traverser l'Afrique à pied !

Voili voilou ! Un bon butin, non ? On commence l'année 2017 sur les chapeaux de roue, reste à trouver le temps de lire tout cela et d'essayer de faire baisser nos PAL. Je vous l'accorde, il y a pire comme obligations...

vendredi 20 janvier 2017

"La Reine en jaune" d'Anders Fager

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L’histoire : À Trossen, les résidents de la maison de retraite se regroupent au troisième étage pour des rites venus d’un autre âge ; les deux frères Zami et Janoch escortent Grand-mère pour un long voyage – Grand-Mère qui gronde parfois, ou montre les crocs ; pour My l’artiste, la femme bafouée, le chef-d’oeuvre ultime ne peut se concevoir sans sacrifices ; à Bodskär, dans la baie plongée dans les ténèbres, quelque chose émerge des flots...

La critique de Mr K : Il aura fallu trois ans pour que les éditions Mirobole sortent enfin le pendant du magnifique recueil de nouvelles Les Furies de Boras d’Anders Fager qui m’avait fait très forte impression en janvier 2014. Avec La Reine en jaune, on continue à explorer la galaxie horrifique de cet auteur suédois atypique, au parcours cabossé et à l’écriture magique bien que glauque par bien des aspects. Plongez avec moi dans ces nouvelles bien déjantées qui raviront les amateurs de fantastique et d’autopsie du genre humain.

On reprend dans ce volume la structure du précédent, à savoir qu’on alterne de courts fragments numérotés avec des nouvelles plus longues tendant vers la cinquantaine de pages. Ces micro textes, au nombre de 5, font apparaître peu à peu un lien ténu mais ferme entre les différents textes et renvoient même au premier opus avec notamment une allusion très directe aux fameuses furies de Boras qui avait donné leur nom au titre de l’ouvrage précédent. On nage une fois de plus dans le bizarre avec d’étranges petits vieux qui se rencontrent régulièrement et semblent manipuler tout le monde et en savoir beaucoup sur les tenants et aboutissants des personnages en jeu dans les cinq grandes nouvelles qui hantent ce recueil.

"Hanter" n’est pas un mot trop fort pour désigner les contenus nébuleux et totalement branques auxquels est confronté le lecteur dans ce livre. On croise nombre de personnages interlopes, de lieux déviants de leur réalité quotidienne et des forces obscures semblant en œuvre derrière ces destins contrariés et/ou bouleversés à jamais. On croise ainsi de curieux vieillards aux mœurs bien barrées dans une maison de retraite à priori tout ce qui a de plus classique. Ils se livrent régulièrement à des sacrifices et cérémonies rituels pour préserver leurs chances de survie (ambiance à la Rosemary baby garantie !). Magie noire et vieillesse font à priori bon ménage, réservant de bons frissons au lecteur pris en tenaille entre le dégoût et l’envie d’en savoir plus.

Une autre nouvelle met en avant une artiste d’avant-garde qui utilise son corps comme support de son art photographique. Elle fait sensation avec sa dernière exposition dûment appelée "Porn star" qui attise sur elle autant d’admiration que de détracteurs la traitant de pornographe et de traître à la cause féministe. Pour autant, une mystérieuse femme revendiquant son appartenance à un obscure groupe de mécènes (Carosa) lui dit qu’elle peut encore aller plus loin. C’est ce que My Witt va faire mais pour cela elle devra s’aventurer aux confins de la folie et couper ses relations avec le monde. Cette nouvelle est glaçante et distend magnifiquement les frontières entre la création, la folie et l’hybris de l’artiste. On n’en ressort pas indemne et l’héroïne non plus qu’on retrouve dans la nouvelle éponyme de l’ouvrage dans un établissement un peu particulier où sa pathologie va s’exprimer encore plus loin. J’ai beaucoup apprécié cette idée de retrouver un personnage déjà connu d’une nouvelle à l’autre, la continuité est délectable et honnêtement, j’ai accroché à ce personnage ambigu et totalement hors norme. Un de mes gros coups de cœur dans ce recueil.

Un autre texte nous emmène près d’une île entre la Finlande et la Suède. Une opération de l’armée suédoise va avoir lieu pour nettoyer ce petit lopin de terre perdu en pleine mer Baltique. Nous suivons les atermoiements des hommes prêts à partir à l’action mais une fois sur place rien ne se passe comme prévu. Pas de russes (les ennemis redoutés par les personnages), ni d’hommes ordinaires en face d’eux mais l’indicible et d’étranges phénomènes qui vont remettre en question toute l’opération et surtout brouiller les pistes entre le bien et le mal. Terrible texte que celui-ci qui fait la part belle à la critique de la violence, de la haine xénophobe et les traumatismes liés à la guerre. Une fois de plus dans un texte de Fager, la monstruosité sort des endroits les plus inattendus et les affreux ne sont pas forcément ceux auxquels on pense. C’est sans aucun doute un des textes les plus marquants de ce recueil qui fournit aussi un étrange récit type road movie pour terminer cette lecture. Deux frères s’en vont pour aller chercher leur grand-mère à l’autre bout de l’Europe. Mais au fil de la lecture et des différentes étapes de leur voyage, on se rend bien compte que les deux principaux personnages ne sont pas tout à fait humains et que la grand-mère est loin d’être l’innocente petite vieille que l’on pourrait imaginer. Le récit de voyage se matine alors de fantastique à la Lovecraft avec une révélation bien trash et bien sentie qui laisse tout pantelant le lecteur plutôt expérimenté que je suis.

Cet auteur est décidément diabolique. Il a une propension incroyable à fournir à ses lecteurs des univers neufs, une fantasmagorie de tous les instants, des textes construits au millimètre qui ne vous épargneront pas entre fausses pistes, ellipses éloquentes et révélations d’une noirceur absolue. Pas beaucoup d’espoir dans ces textes transcendés par une écriture à l’apparence simple mais qui confine au génie dans sa capacité à nourrir l’imaginaire et créer des mondes en vase clos totalement flippants et barrés. Pour ma part, j’ai une fois de plus adoré ma lecture d’Anders Fager qui enterre tout ce que l’époque compte en terme d’écrivain du fantastique tant il apporte un souffle de fraîcheur et sans concession à des thématiques plutôt classiques comme l’avidité, le pouvoir, l’apparence, la domination ou encore le mythe de l’éternelle jeunesse.

Différent, abordable et 100% borderline, un bonheur de lecture que cette Reine en jaune qui procure une sacrée claque en cette rentrée littéraire de janvier. Un ouvrage qu’il faut absolument que tous les amateurs du genre se procurent tant ce recueil se révèle essentiel et vraiment marquant. Anders Fager est un auteur culte dans son pays, j’espère qu’il percera par chez nous car il le mérite vraiment et bouscule avec maestria les codes et la bien-pensance. Un bijou de noirceur.

mercredi 18 janvier 2017

"Rogue One" de Gareth Edwards

Rogue One affiche

L'histoire : Situé entre les épisodes III et IV de la saga Star Wars, le film nous entraîne aux côtés d’individus ordinaires qui, pour rester fidèles à leurs valeurs, vont tenter l’impossible au péril de leur vie. Ils n’avaient pas prévu de devenir des héros, mais dans une époque de plus en plus sombre, ils vont devoir dérober les plans de l’Étoile de la Mort, l’arme de destruction ultime de l’Empire.

La critique Nelfesque : Depuis sa sortie en salle mi-décembre dernier, tout le monde, ou presque, a vu "Rogue One". Tous les fans de Star Wars en tout cas. De notre côté, on a fait durer le plaisir et on ne l'a vu au cinéma que la semaine passée. Pourquoi cette attente ? Les fêtes de Noël tout d'abord où on a profité plus de la famille que des salles obscures et on procède ainsi en général pour tous les blockbusters qui sortent en fin d'année et que l'on souhaite voir. Ainsi, on n'est pas les uns sur les autres dans la salle, on ne se coltine pas les bouffeurs de pop-corns et on n'a pas besoin de réserver sa place à l'avance (non mais réserver pour voir un film, ça je ne m'y ferai pas !). Oui, je sais, je suis une râleuse !

Ces considérations mises à part, qu'ai-je pensé de "Rogue One" ? Je trouve l'idée de nous faire passer derrière les célèbres lignes qui défilent à chaque début d'épisode de Star Wars très bonne. Pas de petites lignes jaunes cette fois ci donc (et ça fait bizarre (conditionnement quand tu nous tiens)) mais plus de 2 heures d'explications et de mises en situation sur le pourquoi du comment de la saga. A réserver aux fans donc, d'autant plus qu'il y a certains clins d'oeil ou franches références qui ne seront pas accessibles à ceux qui n'ont pas vu les épisodes précédents (ou à suivre... enfin, bref, ceux diffusés avant mais qui sont dans le futur de l'histoire présente (STOOOOOOP !)).

Rogue One 2

Côté spectacle, on y est. Visuellement, c'est chouette. Les bastons sont spectaculaires, les vaisseaux aussi, l'étoile noire n'en parlons pas. Mais ça s'arrête à peu près là en ce qui me concerne. De toute façon, je ne suis pas allée voir "Rogue One" pour autre chose que passer un bon moment et j'en ai eu pour mon compte. Si vous cherchez de la profondeur, vous pouvez repasser, c'est creux. Mais bon, à la vue de la bande annonce, on s'y attendait un peu. Je ne crierai donc pas au scandale ni au génie, je dirai juste que ça fait le job.

Rogue One 7

Parce que si on creuse, et notamment du côté des dialogues et des jeux d'acteurs, on va tomber sur pas mal d'os et niveau psychologie et empathie, "Rogue One" est zéro. Les scènes dramatiques me sont passées au dessus de la tête, les phrases chocs ne donnent pas le frisson et quand certains perso meurent, je suis limite en train de me refaire les ongles... Ou alors je me marre parce que non vraiment côté dialogue c'est nullissime parfois.

Je ne m'étalerai donc pas plus sur le sujet et je vais laisser la place à Mr K. "Rogue One" est pour moi un bon divertissement, un film du dimanche, un film que l'on peut effectivement aller voir avec son paquet de pop-corns (mais c'est le seul hein, on est bien d'accord) et pour passer une soirée entre potes c'est parfait. C'est d'ailleurs ce que l'on a fait et en rentrant, on s'est jeté sur l'épisode IV, parce que rien ne le remplacera jamais ! Allez, que la force soit avec vous !

Rogue One 8

La critique de Mr K : 3,5/6. Belle déception pour ma part, ce premier spin-off étant aussi beau que creux et pour ma part inutile si ce n’est pour remplir le tiroir caisse de Mickey et compagnie. Et pourtant, je m’étais laissé convaincre par la bande annonce qui laissait augurer d’un beau spectacle, des références multiples à la trilogie originelle et notamment l’épisode 4. Je suis fan de l’univers de George Lukas mais sur ce coup là... ça a du mal à passer !

Rogue One 4

La faute tout d’abord à un scénario hyper prévisible et à des personnages caricaturaux jusqu’à la nausée. Je me suis par exemple surpris à esquisser un sourire lors de pseudos scènes dramatiques tellement le pathos était de rigueur : sortez la guimauve et les attitudes de poseurs pour des personnages au final très peu attachants. Ainsi lorsqu’un protagoniste disparaît, aucune émotion ne transparaît vraiment et perso, je me fichais de leur destin. Pour revenir à l’histoire et notamment les dialogues, c’est le minimum syndical écrit par un gamin de douze ans. Très décevant surtout quand on regarde l’épisode 4 juste après et qu’on se rend compte qu’au moins les dialogues étaient plus poussés, les personnages ne se contentant pas de balancer une punchline à deux balles à chaque dialogue.

Rogue One

Ça sent aussi le réchauffé et certains choix esthétiques m’ont laissé pantois et limite en colère tant j’ai trouvé cela épouvantable. Ainsi, ils ont osé faire revenir Peter Cushing sous forme numérique. Dès sa première apparition, le malaise s’installe tant la créature virtuelle ne possède pas 1% du talent de cet incroyable acteur. C’est plat, c’est moche et carrément irrespectueux. Sachez qu’ils font la même chose avec un autre perso clef en toute fin de métrage et vous obtenez des aigreurs d’estomac garanties pour tous les authentiques Fanboys. Sinon, on peut quand même saluer la présence au générique de Mads Mikkelsen, toujours impeccable avec une classe de dingue même s’il cabotine un peu dans ce métrage. Forest Whitaker n’est pas mal non plus. Il relève le niveau tant j’ai trouvé de manière générale les scènes plutôt surjouées.

Rogue One 3

Bon alors ? Pourquoi la moyenne ? Le spectacle tout simplement ! Le film est très beau avec un voyage épatant à travers la galaxie sur un nombre assez conséquent de mondes bien reconstitués et au charme terrible. Inspirés de ce que l’on peut trouver sur Terre avec un mix de fantasmes purement SF, on s’amuse beaucoup entre créatures bizarres, paysages dépaysants et civilisations bien différentes. La claque est magistrale à ce niveau et quand l’action se met en branle, clairement on en a pour son argent. La scène finale est digne des plus belles bastons de la saga et quel plaisir de revoir les X-Wings en action. J’ai toujours rêvé d’en piloter un, c’est comme si c’était fait avec cette bataille spatiale immersive à souhait. Un sacré trip ! Bien que trop courtes, les apparitions de Vador font toujours leur petit effet même si ça pourrait apparaître comme gadget pour les plus extrémistes des contradicteurs.

Rogue One 5

Vous l’avez compris, je suis mitigé. Personnellement, je ne crois pas que je reverrai ce film tant il manque cruellement de finesse et surtout de souffle épique. C’est un très bon divertissement mais il ne faut pas en attendre beaucoup plus par rapport aux ressorts dramatiques que l’on a pu voir dans les épisodes de la saga et surtout il manque d’originalité et se contente de suivre le cahier des charges. Inutile de vous dire qu’il perdra tout son intérêt sur petit écran...

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lundi 16 janvier 2017

"Frankenstein" de Benoît Becker : T1 "La Tour de Frankenstein'' & T2 "Le Pas de Frankenstein"

Frankenstein - Benoit BeckerL’histoire : Et si la créature de Frankenstein avait survécu ?
Et si, monstre solitaire toujours en quête d’une compagne à sa mesure, il choisissait de revenir hanter les lieux de sa naissance, semant toujours plus de morts et d’horreur sur son passage ?

La critique de Mr K : Aujourd’hui, lecture sacrilège ! Benoît Becker (aka Jean-Claude Carrière) a écrit dans les années 50, une série d’ouvrages se déroulant après l'incontournable Frankenstein de Mary Shelley, œuvre culte entre toutes. Il n’était bien évidemment pas question pour lui de vouloir "dépasser" l’œuvre originelle mais plutôt de prolonger le plaisir avec un exercice de style décliné en six volumes. Ce premier jet, qui réunit les deux premiers ouvrages en un, sort ce mois de janvier dans la jeune et prometteuse maison d’édition French Pulp à qui l’on doit déjà la ressortie de la superbe saga de La Compagnie des glaces (j’en reparlerai d’ici peu). C’est donc sans complexe et l’envie de lire de bons récits d’angoisse que j’entamai ma lecture. Je n’ai pas été déçu.

Dans les deux récits ici proposés, on retrouve un endroit isolé en proie à la terreur et au doute. Des meurtres abominables sont commis, des gens disparaissent et les soupçons s’orientent vers l’étranger, l’être différent. Au centre de ces histoires, on retrouve aussi une femme au caractère indépendant, plutôt isolée qui va agir comme une catharsis sur la fameuse créature. Car elle existe bien, même si elle n’est pas forcément responsable de toutes les atrocités commises dans le secteur. Derrière les crimes se cachent bien souvent des êtres humains avides de pouvoir et de secrets interdits à la compréhension humaine. Le bal tragique peut alors commencer et peu de personnes seront épargnées...

On sent bien que Benoît Becker a pris un sacré plaisir à reproduire l’ambiance gothique du roman de Shelley et de ses compagnons écrivains de l’époque. C’est avec un plaisir renouvelé que l’on se laisse emporter par l’écriture fluide, précise et évocatrice de l’auteur. L’Irlande du premier récit et l’île écossaise du second n’auront plus de secret pour vous, surtout dans leur pendant sombre et brumeux. L’auteur arrive à poser une ambiance incroyable en quelques pages et la tension inhérente à la nature sauvage qui enveloppe les protagoniste est très bien rendue. Marais insalubres, brumes impénétrables, ruines mystérieuses, village isolé, mer déchaînée, hommes enfermés chez eux dès la nuit tombée, rien ne manque pour distiller l’angoisse et la défiance dans la tête du lecteur. Benoît Becker s’y entend dans le domaine et ne relâche rien jusqu’à la dernière page.

Les récits en eux mêmes sont plutôt classiques, le premier est même assez proche de l’original. Beaucoup de références sont faites à l’écrit de Shelley, mais très vite l’histoire devient autonome et poursuit son petit bonhomme de chemin. Je vous l’accorde la surprise est rarement au RDV mais c’est tout de même avec plaisir que l’on poursuit sa lecture attendant avec impatience la prochaine apparition du monstre, la description de la victime pétrifiée d’horreur face à l’indicible ou encore la réaction des habitants pour régler son compte au coupable. Du classique et encore du classique mais de l’efficace, avec une créature insaisissable et solitaire, un savant fou menant des expérience peu ragoûtantes, des jeunes filles en détresse, des humains dépassés et au final des frissons et de l’aventure.

Du classique et rien que du classique qui font de cette lecture une belle expérience qui a défaut d’être originale s’avère vivante (she’s ALIVE!), prenante et finalement très récréative. Une expérience à tenter si le cœur vous en dit, les amateurs apprécieront grandement.


samedi 14 janvier 2017

"Le Dernier amour du lieutenant Petrescu" de Vladimir Lortchenkov

Le Dernier amour du lieutenant Petrescu - Vladimir LortchenkovL'histoire : Le bruit court qu'Oussama Ben Laden se cache des services secrets américains dans le pays le plus méconnu au monde : la Moldavie ! Tanase, le chef du KGB local, a bien l'intention de mettre la main dessus pour satisfaire ses ambitions. Alors quand le nom d'un certain Petrescu surgit au cours de l'enquête, il met en place la surveillance du seul Petrescu qu'il connaisse : un jeune lieutenant des services secrets.
Ignorant tout des soupçons qui pèsent sur lui, Petrescu fréquente tous les jours un restaurant tenu par des Arabes, dont un des employés se prénomme justement Oussama. Coïncidence étrange ou véritable complot visant à instaurer une république islamiste en Moldavie ? Comble de malheur, Petrescu a pour maîtresse la belle Natalia, dont Tanase est éperdument amoureux... Entre filatures alcoolisées, rapports bidons et assassinats foireux, le pauvre Petrescu se retrouve embarqué dans un inextricable imbroglio dont les services secrets tirent les ficelles, quand ils ne se tirent pas dans les pattes...

La critique Nelfesque : Connaissant déjà Vladimir Lortchenkov et ses précédents romans traduits en français et publiés chez Mirobole, c'est tout naturellement et pleine d'enthousiasme que j'ai entamé ma lecture du "Dernier amour du lieutenant Petrescu" du même auteur, aujourd'hui présent au catalogue d'Agullo. Il faut dire que côté loufoquerie, l'auteur se pose là ! Comment résister à la 4ème de couverture de ce présent roman ?

Une nouvelle fois, Lortchenkov emmène ses lecteurs très loin dans son univers déjanté où la logique et le bon sens n'ont plus aucune place. Les Moldaves, dans ses romans, sont des gens complètement à côté de la plaque qui ont des réactions totalement absurdes et se mettent tout seuls dans des situations abracadabrantesques. Lorsque l'on ouvre un roman de Vladimir Lortchenkov, on passe instantanément dans un monde parallèle. Oubliez tous vos repères, ici encore l'absurde atteint des sommets !

Mais trop de nawak ne finirait-il pas par tuer le nawak ? C'est la question que je me suis posée à plusieurs reprises en lisant ce présent ouvrage. Bien qu'ayant adoré "Des Mille et une façons de quitter la Moldavie" et encore plus "Camp de gitans", j'ai cette fois ci pas mal décroché de ma lecture en cours et parfois sauté quelques lignes, voire quelques paragraphes entiers. Mais pourquoi cette lassitude soudaine ? L'humour est toujours au rendez-vous et les situations sont truculentes mais parfois, c'est une sensation de "trop" qui envahit le lecteur. Là où les personnages étaient en mouvement dans les précédents opus (complètement indépendants de ce dernier), l'histoire ici se concentre dans une même ville, la parano locale tourne vite en rond et les délires moldaves de Lortchenkov prennent de plus en plus de place, jusqu'à atteindre plusieurs pages d'inepties sans queue ni tête. Attention, je ne dis pas que c'est mauvais, Lortchenkov est très doué dans le genre mais l'overdose peut pointer le bout de son nez. Aussi je vous conseille vivement de découvrir ses écrits, parce que vraiment ses romans ne ressemblent à rien d'autres mais si vous décidez de commencer par "Le Dernier amour du lieutenant Petrescu", n'hésitez pas à le lire avec parcimonie pour apprécier vraiment l'ensemble et éviter l'indigestion !

A réserver donc aux adeptes de lectures extrêmes qui souhaitent sortir des sentiers battus et qui n'ont pas peur de faire de nouvelles expériences. Sans conteste, Vladimir Lortchenvok vous emmènera loin... Très loin !

vendredi 13 janvier 2017

"Mort aux grands" & "Guerre aux grands" de Pierre Léauté

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L’histoire : 1919. La Première Guerre mondiale s’achève enfin et la France doit reconnaître sa défaite face à l’Allemagne. Humiliée, ruinée, la population vit désormais sous le joug du grand Kaiser. Des cendres de la défaite va cependant s’élever un homme qui ne se résigne pas : le soldat Augustin Petit !

Lui seul a compris les raisons de la déroute. Lui seul en connaît les responsables. Lui seul a le courage de les désigner : les grands ! Voici poindre la terrible revanche du plus patriote des rase-moquettes. Vive les petits bruns !

La critique de Mr K : En septembre dernier, j’avais drôlement apprécié ma première incursion dans l’univers de Pierre Léauté, auteur d’un premier tome d’une trilogie uchronique mêlant habilement références historiques et roman d’aventure à l’ancienne (n’y voyez rien de péjoratif bien au contraire). Ce que je ne savais pas encore c’est que le monsieur avait déjà à son actif un diptyque du même acabit fort apprécié de certains amis blogueurs. L’occasion se présentant à moi, je me lançai plein d’espoir dans cette nouvelle lecture. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçu !

La France a perdu la Première Guerre mondiale et Augustin Petit (qui porte bien son nom) ne l’accepte pas : ni la défaite ni l’horrible diktat du traité de Berlin qui oblige la France à payer des réparations colossales à l’Empire d’Allemagne et laisse sa douce patrie ruinée et affaiblie. Pour lui les coupables sont tout désignés, ce ne sont pas les juifs ni les épiciers mais les grands ! Commence alors pour lui un parcours du combattant qui va le mener de salles de réunion interlopes à l’arrière des cafés aux marches du pouvoir. Car c’est bien connu, en temps de crise, le peuple se cherche des figures de sauveurs et Augustin a bien l’intention d’être l’homme qui redorera le blason de la France et lui permettra de retrouver sa gloire passée.

Rien ne nous est épargné dans la quête du pouvoir de cet individu lambda plutôt déconsidéré dans sa fratrie et qui va se tailler une place à force d’énergie, de réunions et de rencontres clefs. Notre Hitler d’opérette sait s’entourer, croit crânement en sa chance et multiplie les initiatives. Peu à peu ses idées trouvent leur chemin dans les esprits et il ne faut pas longtemps pour que le phénomène prenne de l’ampleur. C’est alors la constitution d’un parti, de milices et les premières campagnes électorales. Au bout, la victoire et un monde qui sera irrémédiablement changé et une autre guerre mondiale qui se profile à l’horizon.

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Mort aux grands et Guerre aux grands sont jubilatoires pour tout amateur d’Histoire contemporaine notamment de la première partie du XXème siècle de la Première Guerre mondiale à la fin de la Seconde en passant par la montée des dictatures dans les années 30. Ça sent bon le programme de 3ème revisité à la mode uchronique, genre que l’auteur affectionne tant. Augustin c’est notre Hitler franchouillard, démagogue et totalement imprégné par ses discours. Derrière la farce et les multiples références à la grande Histoire, on rit jaune. Bien sûr les culottes d’acier (à défaut des Sections d’Assaut), l’idéologie anti-grands, et le chant des poussins (l’hymne du parti) notamment sont totalement délirants et provoquent le sourire mais derrière tout cela se cache une excellente et très structurée dénonciation des mécanisme de l’installation d’une dictature.

Quoi de mieux en effet en temps de crise que de désigner des boucs émissaires, de bafouer des droits pourtant fondamentaux et d’instaurer des lois liberticides ? Les gens n’y verront que du feu tant les autorités prendront soin de les endormir et de les rassurer en leur expliquant que ces maux sont nécessaires et surtout régleront tous leurs problèmes. Ces romans fait douloureusement écho à notre pays aujourd’hui et cette farce cruelle explique bien mieux les choses que nombre de discours de politiciens qui ont pour beaucoup perdu toute crédibilité.

Certes, il faut souvent avoir les références nécessaires pour capter toutes les nuances de ce diptyque mais honnêtement quel pied de voir mêler des extraits de vie du Führer avec des passages dignes des aventures rocambolesques de notre Président quand il va rencontrer sa maîtresse en scooter ou encore des crochets par les SMS médiatisés d’un certain Tsar Cosy (c’est qui celui-là déjà ?!). L’ensemble est rafraîchissant, très souvent drôle mais néanmoins sérieux dans la démarche et forge, l’esprit critique et provoque la réflexion (Dieu sait que le pays en a besoin ces temps-ci).

L’accroche est immédiate grâce à un style plein de verve, des chapitres courts et un rythme soutenu. Impossible de lâcher prise, Pierre Léauté sachant parfaitement captiver son lecteur avec cette uchronie saisissante de documentation et de réalisme. On passe un excellent moment partagé entre le plaisir de suivre une caricature de tous les maux de l’humanité et les douloureux flash nous rappelant notre triste époque. Un diptyque à lire, déguster et méditer.

mercredi 11 janvier 2017

"Chance" de Kem Nunn

Chance - Kem NunnL’histoire : A San Francisco, la vie bien ordonnée du docteur Eldon Chance est en train de partir à vau-l’eau. À bientôt cinquante ans, le brillant neuropsychiatre récemment divorcé commence à trouver son quotidien insupportable. Ce vide est bientôt comblé par la soudaine fascination qu’il éprouve pour une de ses patientes, la très séduisante mais très instable Jaclyn Blackstone. Hélas pour lui, le mari de celle-ci, un flic corrompu et dangereux de la brigade criminelle, est d’une jalousie féroce et personne ne souhaite l’avoir pour ennemi. Peu à peu, l’obsession que chance nourrit pour Jaclyn va l’entraîner dans une histoire autrement plus sombre et complexe que ce qu’il avait imaginé...

La critique de Mr K : Lecture d’un Sonatine de plus à mon actif aujourd’hui avec ce thriller psychologique qui sortira en librairie dès demain. Au programme : neuropsychiatrie, vie en pleine décomposition, désir et jalousie, revanche... Un bien beau programme en perspective qui m’a pour ma part quand même laissé sur ma faim...

Chance narre l’histoire plutôt classique d’un homme qui tombe sous la coupe d’une femme diablement séduisante. Lui est neuropsychiatre, spécialisé dans l’évaluation de témoins et de protagonistes de procès à venir. Divorcé depuis peu (sa femme l’a quitté pour son jeune coach sportif), il ne voit qu’épisodiquement sa fille qui rentre dans l’adolescence et entame ses premières bêtises. Eldon Chance accumule les dossiers qu’il nous égraine au fil des pages du roman. Il côtoie de sacrés cas entre le fou furieux meurtrier, les enfants rapaces qui attendent que leur père meurt, les enfants battus qui se transforment à leur tour en tortionnaires... Rien de bien très réjouissant donc, jusqu’au jour où il rencontre Jaclyn, une jeune femme professeur de mathématiques qui a développé une double personnalité et est confrontée à un mari tyrannique et violent. Charmé par sa beauté et touché par la mélancolie qui l'habite, il se met en tête de la sauver... Parfois, il faut savoir réfléchir avant d’agir !

Le principal défaut du roman se tient dans son personnage principal que j’ai trouvé irritant à souhait. Au départ, on est touché par cet homme déstabilisé par une vie qui semble lui échapper. Le narrateur nous raconte par le menu et avec moult détails la déchéance du personnage, ses interrogations et son quotidien devenu banal et sans intérêt. Malheureusement très vite, il semble se complaire dans sa douleur et faire quasiment systématiquement les mauvais choix. En temps que lecteur, mon empathie est assez étendue mais là au bout d’un moment, ça devenait trop pour moi. Les obstacles sont gros et pourtant Eldon y va franco comme aimanté par sa bêtise, ne pensant plus que par pulsions et réactions alors qu’il est sensé être un neuropsychiatre plutôt reconnu. Certains vous diront que c’est la preuve que tout à chacun peut sombrer au cours de sa vie... Certes mais pour ma part, il pouvait lui arriver n’importe quoi, rien ne m’aurait vraiment touché. C’est ballot pour un héros de roman !

C’est d’autant plus dommage qu’on croise autour de cet être déchiré des personnages vraiment bien ciselés et attachants. Il y a sa fille adolescente, bien que seulement entr'aperçue, qui se révèle touchante au possible, partagée entre ses aspirations à plus de liberté (et les conneries de son âge qui vont avec) et son amour pour ses parents désormais séparés. Jaclyn est pas mal non plus dans son genre : bipolaire oscillant entre la femme fatale à laquelle on ne peut résister et celle dominée par un mari policier d’une rare perversité. Cette figure tragique est bluffante et l’on s’attend à tout venant de sa part. Peu à peu la lumière est faite sur ce personnage complexe et très intéressant. La palme revient tout de même à D, mystérieux homme à tout faire d’un brocanteur qui va plus d’une fois sauver la mise à Eldon qui se fait là un ami remarquable. Je ne vous en dirai pas beaucoup plus sinon que sous cette masse imposante se cache un passé trouble triste à pleurer, qui donne un relief incroyable à un personnage pourtant secondaire mais qui dépasse en intérêt tous les autres.

Le récit en lui-même est relativement sans surprise et calqué sur certains récit des années 50 / 60 que j’ai pu lire dans le passé. Le chemin est tout tracé et le lecteur expérimenté se retrouvera dans un univers et des mécanismes narratifs éprouvés et plutôt réussis bien qu’attendus. Finalement, Kem Nunn passe davantage de temps à décrire les états d’âme et atermoiements de ses personnages, ce qui ralentit pas mal l’action mais contribue à peaufiner les psychologies de chacun. C’est un parti pris qui peut payer mais qui ici fonctionne à moitié à cause notamment du personnage principal (comme évoqué plus haut). En revanche, l’écriture sert remarquablement les caractérisations. Loin d‘être la plus accessible car parfois érudite voir lyrique, nous n’avons pas affaire ici à un écrivain quelconque mais bel et bien à un esthète de la langue. Le travail de traduction a dû être un sacré boulot !

Au final, la lecture s’est révélée globalement plaisante quoique irritante par moment. Bilan mitigé pour un auteur qui a tout de même un sacré talent d’écriture et qui sait proposer des personnages fouillés et parfois vraiment intéressant (Votez D en 2017 !). Je ne vous aiderai pas vraiment avec cette chronique, à chacun de tenter l’expérience ou non...

lundi 9 janvier 2017

"Sacrés américains !" de Ted Stanger

Sacrés américains - Ted StangerL’histoire : Après Sacrés Français !, son impertinent best-seller, Ted Stanger récidive. À l'issue de dix années passées en France, notre Yankee parisien est retourné chez lui, dans l'Ohio, et nous livre ses impressions sur une Amérique qu'il ne reconnaît plus. Abordant des thèmes graves ou légers illustrés par de nombreuses anecdotes, il brosse, sur le ton ironique et distancié qui le caractérise, le portrait de l'Amérique profonde. Ted Stanger décrypte avec humour le système électoral diaboliquement complexe de ce pays où les lois changent d'un État à l'autre. Il raconte la patrie du dieu dollar et des fous de Dieu ; le sexe à l'américaine où puritanisme et sexualité débridée se côtoient allègrement ; l'apocalypse gastronomique qui sévit au pays du fast-food et nous menace déjà...

La critique de Mr K : Retour à Ted Stanger avec cet ouvrage qui fait écho à celui que j’avais lu sur les Français vus à travers les yeux d’un francophile américain. Écrit en 2004 en plein guerre en Irak, il date donc un peu mais fait office de piqûre de rappel à l’aube de la présidence Trump qui va sans doute changer la face du monde et notamment nos rapports avec la première puissance mondiale. Certains éléments sont à recontextualiser mais dans les grandes lignes, le portrait des américains ici fourni est drolatique à souhait, parfois dérangeant (les différences culturelles sont énormes entre nos deux pays) et toujours éclairant.

Rappelons tout d’abord que Ted Stanger est un journaliste et un polémiste américain qui a séjourné en France durant 10 ans et qui est tombé amoureux de notre pays malgré ses doutes sur notre système d’État Providence et certaines caractéristiques socio-culturelles de la population (voir ma chronique de Sacrés français !). N’étant ni sociologue, ni ethnologue mais simplement un journaliste américain curieux, l’ouvrage n’est donc qu’un ensemble de ressentis personnels et de faits / données livrés au lecteur qui fera par lui-même son chemin. Le principe est sympathique et l’écriture bien déjantée de l’auteur fait passer un très agréable moment.

Comme dans son précédent opus sur la France, c’est par des thématiques très précises et traitées de manière rapide que Ted Stanger nous invite à découvrir les USA. Tous les aspects de la sociétés sont ainsi passés en revue des conceptions de l’État en vogue en Amérique (le capitalisme-libéral, l’organisation des élections et du pouvoir, la décentralisation à l’américaine), en passant par les images d’Epinal à casser (les GI, l’efficacité US...), le mode de vie (la mal-bouffe, la séduction et le sexe aux USA) mais aussi les rapports tendus qui pouvaient exister lors de la sortie du livre en 2004. On découvre nombre de choses avec cette lecture et on en redécouvre aussi. J’ai constamment navigué entre stupeur et rigolade, l’auteur se plaisant à souffler le chaud et le froid, révélant un pays à la fois très attirant par les rêves qu’il peut susciter (les grands espoirs, la notion de liberté d’entreprendre et la réussite possible pour tous) mais aussi un pays où les laissés pour compte sont nombreux au nom de la sacro-sainte répulsion des américains envers l’État Providence (santé et école à la carte, discrimination sociale et raciale, ghettoïsation).

Heureusement pour faire passer la pilule, Ted Stanger n’a pas son pareil pour manier l’humour et l’ironie. Il souligne à merveille grâce à ce don de la dérision un beau portrait de l’Amérique mais aussi les défauts de ses compatriotes avec une bonne dose de mauvaise foi à l’occasion, de caricature (plus c’est gros plus c’est drôle) et toujours un sens de l’humain malgré parfois des sujets plus graves. On passe donc un très bon moment grâce aussi à une écriture journalistique mais séduisante par sa simplicité, sa vigueur et son ton léger qui n’oblitère pas le sérieux des propos. Le livre se lit à une vitesse record avec un plaisir durable même si parfois, j’ai trouvé les propos en inadéquation avec ce que je pense (notamment sur le rôle que doit jouer le rôle de l’État dans la vie des gens).

L’Histoire fait que nous sommes alliés depuis les origines des USA (rappelez-vous La Fayette !) mais les influences culturelles divergentes, la colonisation des grands espaces et les origines diverses des américains en ont fait la société que nous connaissons aujourd’hui. Les divergences sont donc grandes mais il me semble important de bien les appréhender pour mieux nous comprendre. Sacrés américains ! y contribue à sa manière et apportera à celui qui le lira un bonheur immédiat de lecture et beaucoup d’éléments de réflexion.

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samedi 7 janvier 2017

"Drone land" de Tom Hillenbrand

Drone-landL’histoire : Dans un futur proche où les citoyens européens sont constamment surveillés par les drones fédéraux, le meurtre d’un politicien à la veille du Brexit va bouleverser le système établi.

La critique de Mr K : Très belle lecture pour débuter 2017 que ce Drone land de Tom Hillenbrand tout juste sorti chez la très bonne maison d’édition Piranha qui nous régale à chaque lecture. Cet ouvrage (best-seller en Allemagne lors de sa sortie outre-Rhin) est un croisement très réussi entre roman policier à l’ancienne et dystopie cauchemardesque dans un futur probable. L’ensemble est saisissant et procure un plaisir de lecture hors norme. Suivez le guide !

Dans un futur aseptisé et ultra-surveillé survient l’impensable : la mort d’un élu du parlement européen ! Malgré la fin du droit à l’intimité au nom de la sacro-sainte Sécurité et une technologie poussée à l’extrême, la violence et le crime existent toujours et l’enquêteur Aart Westerhuizen va devoir enquêter sur une affaire beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît de prime abord. Au fil de ses découvertes, il va lever le voile sur des vérités dangereuses et mettre à mal ses certitudes. Constamment sur le fil du rasoir, il va devoir être malin et surtout discret pour mener à bien ses investigations sans éveiller les soupçons des autorités qui surveillent H24 l’ensemble de la société.

Dans son déroulé, on retrouve tous les éléments classiques d’un bon roman policier à l’ancienne. Ainsi, le héros est un super flic au passé douloureux. Il a perdu sa femme, vit reclus dans un minuscule appartement et se refuse à refaire sa vie. Il boit plus que de raison ce qui n’entame en rien son esprit d’analyse et sa vocation de membre des forces de l’ordre. Nostalgique de l’ancienne époque, celle d’avant le tout technologique, ce n’est pas un hasard si le héros a pour modèle Humphrey Bogart. Il est aidé par son analyste attitrée, Ava. Ces deux là sont faits pour s’entendre et vont pénétrer très loin dans les arcanes du pouvoir et mettre à jour des luttes d’influences qui les dépassent totalement. On retrouve aussi la figure du mystérieux indic' que les sociétés tentent à tout prix de bâillonner, les puissants entrepreneurs cul et chemise avec le pouvoir politique et la lente descente aux enfers pour des héros victimes de leur idéalisme qui ne colle pas avec le monde corrompu dans lequel ils vivent.

Peu à peu donc, ce meurtre en cache d’autres plus anciens et difficile de faire le lien tant les pistes sont brouillées par de mystérieuses forces en action dans l’ombre. La paranoïa guette dans ce cas là surtout quand la technologie en place semble ne plus être totalement neutre. Ainsi, les enquêteurs travaillent essentiellement avec des données recueillies par les innombrables drones qui circulent partout, surveillant et enregistrant toutes les interactions possibles entre les humains. C’est directement avec un réseau informatif très puissant (nommé Terry dans l'Europe futuriste décrite ici) que les policiers sont en lien et travaillent en analysant les données, recoupant les habitudes de chacun et déduisant des éléments clefs de l’enquête. Cette dernière avance donc bien jusqu’au moment où l’on sent qu’ils ont touché juste et que cela dérange en haut lieu. Commence alors une véritable course contre la montre, haletante à souhait et bien stressante pour le lecteur qui se demande bien comment tout cela va se terminer.

C’est assez désarçonnant de voir que finalement, les hommes sont devenus totalement dépendants de la technologie dans le futur envisagé dans ce livre. Voitures automatiques, lunettes connectées pour tout le monde, drones et insectes artificiels espions mais aussi drones livreurs, drones tueurs, voitures automatisées, reconnaissances rétiniennes à tous les étages... L’auteur nous immerge dans un monde profondément déshumanisé, livré à un individualisme forcené. Pas d’effet de style en surenchérissant sur les progrès de la science pour autant, simplement la création d’un background totalement bluffant et surtout crédible. C’est peut-être cela le pire... On se dit qu’à l’allure où va le monde, on pourrait très bien se retrouver dans cette Europe liberticide, libérale et aseptisée au point de bafouer les libertés fondamentales. Très très inquiétant mais assez libérateur dans le genre car on lit plus qu’un simple divertissement, on s’offre une belle réflexion sur le genre humain et sa propension à causer sa propre perte.

De surcroît, Drone land se dévore littéralement tant l’écriture se révèle un bonheur d’accessibilité et de simplicité. Le rythme fluide contribue beaucoup à la plongée enivrante du lecteur dans un univers à la fois fascinant et foisonnant. Il est donc très difficile de relâcher l’ouvrage dans ces conditions, l’addiction naissant immédiatement et c’est ravi que l’on achève cette lecture qui démarre plus que très bien l’année. À lire !