mardi 11 septembre 2018

"Une Douce lueur de malveillance" de Dan Chaon

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L'histoire : "Nous n’arrêtons pas de nous raconter des histoires sur nous-mêmes. Mais nous ne pouvons maîtriser ces histoires. Les événements de notre vie ont une signification parce que nous choisissons de leur en donner une."

Tel pourrait être le mantra de Dustin Tillman, psychologue dans la banlieue de Cleveland. Ce quadragénaire, marié et père de deux adolescents, mène une vie somme toute banale lorsqu’il apprend que son frère adoptif, Rusty, vient d’être libéré de prison. C’est sur son témoignage que, trente ans plus tôt, celui-ci a été condamné à perpétuité pour le meurtre de leurs parents et de deux proches. Maintenant que des tests ADN innocentent son frère, Dustin s’attend au pire.

Au même moment, l’un de ses patients, un policier en congé longue maladie, lui fait part de son obsession pour une étrange affaire: la disparition de plusieurs étudiants des environs retrouvés noyés, y voyant la marque d’un serial killer. Pour échapper à sa vie personnelle, Dustin se laisse peu à peu entraîner dans une enquête périlleuse, au risque de franchir les limites que lui impose son rôle de thérapeute.

La critique de Mr K : Attention livre choc avec une chronique dédiée à un livre inclassable et marquant. Une Douce lueur de malveillance de Dan Chaon est la dernière sortie en date de la très belle collection Terres d'Amérique de chez Albin Michel et l'on peut dire qu'ils frappent fort en cette rentrée littéraire 2018. Mélange détonant entre roman noir, thriller et chronique familiale, l'auteur nous propose un voyage sans concession dans les abysses de l'âme humaine doublé d'expérimentations stylistiques vraiment originales en terme d'écriture. Suivez le guide !

Dustin Tillman est un psychologue à qui tout semble réussir. Heureux en ménage, père de deux fils, installé solidement en terme professionnel, il mène une vie agréable et à priori sans nuages à l'horizon. Cependant, le jour où son frère adoptif est innocenté du crime épouvantable de leur famille il y a plus de 20 ans, le passé remonte à la surface. La carapace se fendille, les flashback affluent et tout va être remis en question. Contradictions, apparences trompeuses, folie galopante, perception troubles se conjuguent et vont amener les personnages principaux vers des zones d'ombre qu'ils auraient bien voulu enfouir définitivement et qui vont ressurgir pour le plus grand plaisir sadique du lecteur ! Rajoutez là-dessus, une enquête échevelé sur un serial-killer noyant ses victimes alcoolisées et vous obtenez un cocktail explosif et bien dérangeant par moment.

Disons-le tout net, ce livre ne plaira pas forcément à tout le monde tant il bouscule des conventions bien établies. En effet, désirant se mettre réellement dans la peau des personnages (qui sont tous plus ou moins barrés ce qui n'arrange rien ! - sic -), l'auteur a bougé les lignes en terme d'écriture en rajoutant des blancs pour simuler les hésitations, les interruptions orales, certaines phrases se terminent de manière abrupte sans ponctuation ni syntaxe respectées. Ça m'a beaucoup surpris au départ, au point même de me demander si ce n'était pas une erreur d'impression ! C'est très déstabilisant mais au fil de la lecture, le stratagème fonctionne à plein régime et l'on comprend mieux les raisons de cette mise en page et en mots divergents. Cela distille une ambiance bien sombre, réaliste et prenante à souhait qui enrichir l'expérience et l'amène vers des sommets insoupçonnés au préalable.

Malgré cette difficulté d'appréhension de l’œuvre de prime abord, j'ai été captivé dès le départ par les protagonistes du récit. Le malheur plane sur nombre d'entre eux, hantés qu'ils sont par un passé épouvantable qu'ils ont essayé d'effacer de leur conscience. Chacun a tenté de se reconstruire vaille qui vaille avec plus ou moins de bonheur : certains se sont réfugié dans leur travail, d'autres dans les paradis artificiels ou encore le déni. Les personnages sont traités avec finesse et livrent leurs secrets petit à petit. Loin de se contenter d'une construction linéaire et classique, l'auteur se plaît à mêler passé et présent, changer les points de vue et revenir parfois sur des éléments que l'on pensait être des certitudes mais qui s'avèrent finalement être de belles fausses pistes. Tout est fait pour perdre le lecteur, l'orienter dans de mauvaises directions pour mieux le capturer de nouveau quelques chapitres plus tard. J'aime me faire bousculer et tromper par un auteur, j'ai été servi ici !

Bon, nous ne sommes clairement pas dans une œuvre qui respire la joie de vivre. Au programme, souffrance, séparation, deuil, folie insidieuse, famille dysfonctionnelle... Autant d'éléments qui se complètent les uns les autres, enrichissent la trame et la rendent parfois brillante tant tout a été parfaitement pensé et agencé. C'est grisant et flatte l'intellect tout en étant très accessible en terme de lecture. Passé la surprise stylistique dont je vous parlais précédemment, l'ouvrage est d'une grande clarté, aéré, vif et toujours en mouvement. Pas de gros passages à vide et de longueurs, l'auteur s'y entend pour insérer suspens et attente dans le cœur du lecteur avec les nombreuses révélations successives qui nous sont livrées.

On a donc affaire ici à un sacré roman qui passé une première phase de découverte-apprivoisement livre une histoire terrifiante aux personnages écorchés vifs qui reste longtemps en mémoire et donne à réfléchir sur l'humain et sa destinée. Une Douce lueur de malveillance est un bien bel ouvrage que je ne peux que vous conseiller, il ne ressemble vraiment à aucun autre.


dimanche 9 septembre 2018

"La Ferme aux poupées" de Wojciech Chmielarz

La Ferme aux poupéesL'histoire : L'inspecteur Mortka, dit le Kub, a été envoyé à Krotowice, petite ville perdue dans les montagnes. Officiellement, il est là pour un échange de compétences avec la police locale.
Officieusement, il y est pour se mettre au vert après une sale affaire. S'il pense être tranquille et avoir le temps de réfléchir à l'état de sa vie personnelle, il se trompe lourdement. Quand Marta, onze ans, disparaît, un pédophile est rapidement arrêté, qui reconnaît le viol et le meurtre de la petite. Mais l'enquête est loin d'être terminée : les vieilles mines d'uranium du coin cachent bien des secrets... et peut-être quelques cadavres.
Il faudra tout le flair du Kub pour traquer des trafiquants dont la cruauté dépasse l'entendement.

La critique Nelfesque : Déjà présent dans "Pyromane" du même auteur, on retrouve ici le Kub, inspecteur originaire de Varsovie et envoyé à Krotowice, placard pour flics dans les montagnes. On retrouve cet inspecteur ou, comme moi, on le découvre. Je n'avais pas lu l'ouvrage précédent et rassurez-vous, cela n'est pas du tout gênant pour s'aventurer dans "La Ferme aux poupées".

Assez classique dans son approche, il n'y a pas de mystère, nous sommes ici dans un pur polar. Ça se lit tout seul, le déroulement est fluide, les personnages sentent à plein nez les flics pur jus. Pas de grosses surprises sous le soleil mais pour qui aime le genre, on prend pas mal de plaisir à suivre l'enquête.

Dans "La Ferme aux poupées", on est plongé dans une petite ville de Pologne. Ici point de frénésie, c'est la montagne et ses petites affaires loin de la grande ville de Varsovie. Et pourtant, avec une population raciste envers les Roms, Wojciech Chmielarz met le doigt sur une question de société. Sans jugement mais à travers le regard de son héros, cette banalisation écoeure le lecteur et fait planer sur ces pages une atmosphère poisseuse.

Contrairement à ce que la 4ème de couverture pourrait laisser entendre, il n'y a rien de gore dans ce roman. Les scènes sont dures parce que les faits sont inimaginables mais tout est dans la suggestion. Pas de descriptions de 15 pages pour présenter l'horreur avec moult détails, elle prend place dans nos têtes et notre imagination. Âmes sensibles s'abstenir toutefois car l'ambiance est noire et glauque (et oui nous sommes dans un polar).

Commençant avec l'enlèvement d'une petite fille, on rentre tout de suite dans le vif du sujet. L'auteur ne tergiverse pas 3h en descriptions et caractérisations et accroche immédiatement le lecteur. Un rythme de thriller qui donne envie de poursuivre sa lecture. Puis on s'attache plus au personnage de Mortka, dit le Kub, fraîchement installé dans un studio miteux après avoir perdu femme et enfants. En pleine crise existentielle, il ne sait pas si il doit quitter la police, comment se rapprocher de ses fils... C'est le bordel dans sa tête autant sur le plan personnel que professionnel. Être consultant pour la police locale devrait lui permettre de faire le point... Devrait...

Une petite fille disparaît. Une autre avant elle. Et Mortka se retrouve plongé dans la Pologne populaire, gangrenée par le racisme. La petite est retrouvée dans une mine d'uranium entourée de cadavres et là commence réellement l'enquête, une enquête inhabituelle dans cette petite bourgade plus familière des faits divers, brouilles de voisinage et autres rubriques de chiens écrasés. Mortka va devoir affronter un mur, celui des habitants qui s'unissent, voyant en lui un fouineur. Quand la poussière est mise sous le tapis, qui a envie de la voir en sortir ? Mensonges et manipulations vont se retrouver sur son chemin.

Dans "La Ferme au poupées", le suspens est présent, personne n'est épargné et les révélations sont surprenantes. La tension est palpable, l'ambiance dans laquelle évolue le Kub aussi. Un personnage normal, pas le sur-homme, pas le flic infaillible et super doué, un homme avec des doutes, un passé, des fêlures mais pugnace et téméraire. Le gage de bons moments de lecture.

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jeudi 6 septembre 2018

"Nami" de Bianca Bellova

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L'histoire : Voici l’histoire d’un jeune garçon qui grandit sur les rives d’un lac en train de s’assécher, quelque part au bout du monde...

Un village de pêcheurs. Un rivage qui recule de manière inquiétante. Les hommes ont de la vodka, les femmes des soucis, les enfants de l’eczéma. Nami, lui, n’a rien, hormis sa grand-mère aux mains immenses. Mais il a aussi un destin devant lui, un premier amour, et tout ce qui suit. Cependant, quand une vie commence à la toute fin du monde, elle peut peut-être finir à son début. Cette histoire est aussi vieille que l’humanité. Pour son héros, jeune garçon qui se lance dans sa quête avec pour seules armes son obstination et le manteau qui appartenait à son grand-père, il s’agit d’un pèlerinage.

La critique de Mr K : C'est les impressions sur une très belle lecture que je vais partager aujourd'hui avec vous. Nami de Bianca Bellova est une petite merveille dans le domaine du roman initiatique, un genre que j'affectionne tout particulièrement et qui avec cet ouvrage trouve un nouveau petit classique en puissance tant l'histoire contée, la puissance de la langue accompagnent le lecteur vers des horizons lointains et insoupçonnés.

Le héros éponyme est un jeune garçon qui n'a plus de parents. Le père a disparu dès sa naissance, la maman (une fille de mauvaise vie selon les rumeurs) n'est plus là. Nami vit donc dans un petit village de pêcheurs au bord d'un lac. Élevé par ses grands-parents entre un grand-père frustre et fort en gueule et une grand-mère très maternelle, il vit heureux malgré la rudesse de ses conditions de vie, la misère ambiante et l'occupation soviétique qu'il entrevoit de son œil d'enfant sans réellement en mesurer l'impact. À ce propos, à aucun moment du récit, il ne sera précisé dans quel pays se situe l'action, mais à travers la nourriture et quelques détails sur les us et coutumes, on devine qu'on se situe en Europe Orientale.

La mort de ses proches va propulser Nami dans une autre dimension. Le jeune homme qui voit son toit occupé par un ponte local décide de partir en quête de son passé et va par là même parcourir le monde à la recherche de réponses sur lui, sa nature et ses origines. Longue sera sa route vers la capitale qui le verra livré à lui-même dans un univers hostile où il fera cependant des rencontres marquantes qui le guideront vers une vérité à laquelle il aspire. La quête d'une mère est sans aucun doute la plus importante qu'il soit pour un gamin qui va au fil des pages grandir, affronter la vie, les hommes et la destinée.

On se prend très vite au jeu pour ne pas dire immédiatement. Le personnage est très attachant, libre sans l'être vraiment, il tente avec ses maigres moyens de survivre. Se nourrir, se loger, trouver des indices, affronter aussi les affres de l'adolescence puis de la vie d'homme. On grandit avec lui, l'accompagnant dans ses errances, ses détours, ses épreuves mais aussi les petites joies de l'amitié, l'amour et de l'accomplissement de soi. C'est pur, brut de décoffrage par moment et totalement universel dans sa portée. Légende moderne doublée d'un destin particulier prenant et emballant, la lecture s'effectue toute seule, sans effort, avec un intérêt renouvelé et une densité qui ne fait que prendre de l'ampleur au fil du parcours de Nami.

Malgré son opacité voulue, le background renforce l'empathie du lecteur envers notre jeune héros : cet univers presque clos est dur, la pauvreté partout, la vie pas facile. Enchaînant les boulots, parfois les désillusions, il lui faut être solide dans ce pays livré au joug d'une puissance envahissante qui produit ressentiment, inégalité et injustice. Ce n'est pas à proprement parlé le fond de l'ouvrage (qui s'attache essentiellement au personnage principal) mais ce livre est une belle fenêtre sur la vie d'un pays sous la domination d'une puissance hégémonique, ne tombant jamais dans le manichéisme pur et dur (chacun ici a sa part de lumière et d'ombre), on est soufflé par l'ambiance insufflée dans ses lignes qui hantent longtemps après sa lecture les synapses du lecteur pris au piège.

Il faut dire que l'écriture de Bianca Bellova est magique. Subtile et envoûtante, volontiers poétique à certains égards avec un renouvellement constant dans les images et une concentration forte en émotions pures, le mot voyage littéraire n'est ici pas usurpé avec une expérience vraiment hors norme qui prend au cœur et aux tripes. La beauté est présente partout ici même dans les passages les plus noirs, l'écriture est un écrin sans pareil pour une histoire intemporelle et saisissante. Un must ni plus ni moins, une lecture inoubliable que je vous invite à découvrir au plus vite !

mardi 4 septembre 2018

"Under the silver lake" de David Robert Mitchell

Under the silver lake afficheL'histoire : À Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations.

La critique Nelfesque : "Under the silver lake" est un film à part. Classé sur les sites de cinéma entre thriller et comédie, on ne sait pas vraiment à quoi s'attendre en allant voir ce long métrage. Repéré lors du dernier Festival de Cannes, j'attendais sa sortie avec impatience et la bande annonce a fini de me convaincre (non mais cette BO !).

Le réalisateur, David Robert Mitchell, ne m'était pas inconnu. Vous n'avez pas vu "It follows" ? Précipitez-vous dessus ! Ici, nous sommes dans un style différent mais "Under the silver lake" est aussi intrigant qu'"It follows" est angoissant. Perso, j'adhère à 100% !

Il y a des films où il faut accepter de se laisser porter, de ne rien comprendre, de partir dans des contrées complètement WTF. La plupart du temps, c'est plutôt Mr K qui est friand de ces ambiances que je trouve souvent trop perchées ou absconses et qui m'agacent par leur côté "il faut être plus intelligent que ça pour appréhender le fond" (aka "t'es trop con pour comprendre, rentre chez toi"). Ici, c'est différent car il y a plusieurs niveaux de lecture et je me suis autant amusée que j'ai été séduite et bluffée. Par certains aspects, ce film m'a fait penser à  "Inherent Vice", notamment pour l'effet ressenti au moment de rallumer les lumières et pour la beauté des plans. Attention, je pense que c'est ce genre de long métrage que l'on adore ou que l'on déteste. Je ne garantis pas que vous accrocherez mais ça vaut vraiment le coup de tenter l'expérience ne serait-ce que par amour du cinéma et envie de voir un vrai film qui propose des choses nouvelles et qui ne tombe pas dans la facilité des scénarios et ficelles vus et revus.

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Le ton est décalé et on est souvent pris à contre pied. Drôle sans l'être, pathétique sans l'être, on ne sait pas vraiment où se placer et ça fait un bien fou ! Les 2h20 passent à toute vitesse, les plans sont superbes, on échafaude 10.000 théories qui tombent à l'eau, la musique colle parfaitement à l'ensemble qui parait intemporel et on savoure chaque instant et chaque trouvaille du réalisateur. Le film a un rythme atypique, c'est lent sans être ennuyeux. C'est étrange. Fou. Inattendu.

Sortis de la séance sous le choc, on n'a pas tout compris mais on a envie de creuser la chose. On en discute pendant des heures en se disant qu'on a vu un putain de film et que c'est bon le cinéma qui ose. Parce que les acteurs sont parfaits. Parce que tout est superbement construit. Parce que ça nous transporte sans que l'on puisse bien l'expliquer. Parce que sous ces airs loufoques, il est bien plus profond qu'il n'y parait et critique notre époque et la société. Du coup, écrire une chronique dessus même 3 semaines plus tard, c'est mission impossible mais l'envie de laisser une trace est plus forte. Je vous souhaite que Mr K ait un raisonnement plus construit... En attendant, si il est encore à l'affiche près de chez vous, lancez-vous et plongez sous le lac argenté !

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La critique de Mr K : 6/6. Voilà un film que j'attendais avec beaucoup d'enthousiasme ayant découvert la terrible bande annonce du métrage lors de son passage à Cannes. En plus, il s'agit du troisième film de David Robert Mitchell, réalisateur que j'adore depuis son génialissime et déjà culte It Follows qui m'a fait frémir comme jamais depuis Ring version japonaise of course ! Film à énigmes, thriller, moments de comédie pure... difficile de classer Under the silver lake dans un genre particulier tant on est à la confluence de différents tons et différents univers. Un véritable OFNI (Objet Filmique Non Identifié) en quelque sorte !

Sam, un jeune homme totalement apathique glande à longueur de journée dans son appartement. Il ne fait rien, ne semble pas travailler et observe ses voisins. C'est ainsi qu'un jour, il fait la rencontre de Sarah, une jolie voisine avec qui il flirte, arrachant un RDV pour le lendemain. Malheureusement pour lui, elle disparaît sans laisser de nouvelles ni de traces. Intrigué et inquiet, il décide de mener l'enquête quand il s'aperçoit que son appartement est totalement vide comme si elle avait décidé de déménager dans la nuit... Commence alors pour Sam, un long périple au cœur de Los Angeles, ses mœurs, ses secrets et il découvrira peut-être au fond de lui quelque chose pour sortir de la torpeur qui l'a envahi depuis trop longtemps.

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Ce film dure plus de deux heures et je peux vous dire que Nelfe et moi n'avons pas vu le temps passer. C'est bien simple, il n'y a pas de temps morts. On démarre de suite, évitant une période d'exposition trop longue pour rentrer dans le vif du sujet. Sam est très attachant, complètement paumé, il y a du Lebowski en lui (MON film culte !) : fainéant, drôle, beau gosse, amateur de clopes et de filles, geek à ses heures perdues, curieux mais aussi lunaire par moment et totalement en roue libre, il est remarquablement joué par un Andrew Garfield qui m'a surpris et séduit. De manière générale, tous les protagonistes du film sont complètement branques à leur manière, la bizarrerie guettant au moindre intérieur privé ou coin de rue. Ne pouvant se reposer sur rien de solide, de concret ; le spectateur est obligé de lâcher prise et de suivre les chemins tortueux du héros aussi dépassé que nous.

Conspirationnisme et codes cachés, ultra-solitude pesante, mœurs déjantées et tortueuses d'Hollywood, légendes urbaines farfelues, quête intérieure et rédemption, sectarisme et tout un ensemble d'éléments sont ici brassés pour fournir un film au ton unique et à la beauté sans pareil. Bien que certains éléments soient dramatiques, des révélations plus que surprenantes, ce film garde toujours un ton léger qui détend l'atmosphère. Les situations ubuesques s’enchaînent, les bévues du héros aussi, pour livrer une histoire d'une grande profondeur, aux ramifications complexes et à la fin elliptique qui ne livre pas tous les secrets mais ouvre des portes insoupçonnées. Dans le principe, on se rapproche d'un Lynch mélangé à du frères Coën (période Lebowski encore et toujours !) : Lynch pour le goût pour les énigmes et les intrigues à tiroir, les Coën pour la folie qui règne au moindre plan.

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Techniquement c'est parfait avec des images d'une grande beauté, des plans inventifs, des couleurs qui explosent, des décors grandioses et une bande originale qui scotche et convient parfaitement à l'étrangeté de cette entreprise filmique. Que dire de plus, sinon qu'on tient avec ce réalisateur, un des plus grands de sa génération et que c'est véritablement une honte qu'il n'ait rien décroché à Cannes tant on touche ici à quelque chose d'original, d'unique et de totalement réussi. Un must à voir absolument !

samedi 1 septembre 2018

"La Disparition d'Adèle Bedeau" de Graeme Macrae Burnet

9782355846472oriL'histoire : Manfred Baumann est un solitaire. Timide, inadapté, secret, il passe ses soirées à boire seul, en observant Adèle Bedeau, la jolie serveuse du bar d'une petite ville alsacienne très ordinaire.

Georges Gorski est un policier qui se confond avec la grisaille de la ville. S'il a eu de l'ambition, celle-ci s'est envolée il y a bien longtemps. Lorsque Adèle disparaît, Baumann devient le principal suspect de Gorski. Un étrange jeu se met alors en place entre les deux hommes.

La critique de Mr K : Terrible lecture aujourd'hui avec la nouvelle publication en français d'un ouvrage de Graeme Macrae Burnet aux éditions Sonatine après le formidable L'Accusé du Ross-Shire qui m'avait enchanté et marqué lors de sa lecture l'année dernière. Dans ce nouvel ouvrage, cet auteur écossais diablement doué explore les arcanes de la banalité pour mieux la déstructurer et au final surprendre ses lecteurs après les avoir irrémédiablement attirés dans la toile savamment constituée par ses soins minutieux.

Quand une jeune serveuse disparaît sans prévenir et sans laisser de traces, c'est toute une petite communauté qui est en émoi. Jolie, très sérieuse dans son travail, plutôt taciturne et pas du genre à lever la jambe, cette disparition interroge et inquiète. Est-elle partie sans prévenir personne sur un coup de tête ? A-t-elle rencontré la mauvaise personne en rentrant chez elle ? La police enquête et nage dans le flou intégral. L'enquêteur Gorski a bien du mal à se dépêtrer de cette affaire qui s'enlise à cause du manque d'indices et des dissimulations des témoins potentiels. En parallèle de son enquête, on suit le parcours chaotique de Baumann, un homme miné par la solitude et son caractère asocial. Au fil du déroulé, nous allons en apprendre beaucoup sur ces deux hommes en constante opposition et quand la vérité éclatera, personne ne sera épargné.

Grand amateur de Simenon et Claude Chabrol, Graeme Macrae nous propose un voyage effroyable au fin fond de l'âme humaine. Certes il y a une enquête mais finalement elle passe souvent au second plan. Les avancées sont très timides, le policier quelqu'un de posé, et finalement il ne se passe pas grand chose durant les 281 pages de ce roman. Et pourtant, il est d'une richesse incroyable, d'une profondeur qui touche parfois au sublime avec des personnages ciselés comme rarement j'ai pu en rencontrer dans un ouvrage de ce genre. C'est bien simple, chaque chapitre apporte sa pierre à l'édifice entre banalité du quotidien décortiqué et flashback qui révèlent des passés lourds de conséquences sur une existence entière. Chaque être humain est unique et derrière chaque individualité se cache une vie faite de joies mais surtout de ruptures et de failles qui construisent un destin. Alors le rythme est lent, le mille-feuilles de caractérisation des personnage se prépare en douceur, par petites couches successives mais quand arrive le dernier tiers de l'ouvrage, tout prend sens, s'emboîte parfaitement et procure un plaisir de lire assez unique.

Vie de famille compliquée, solitude aliénante dans notre société, quiproquo, incompréhension, paranoïa latente, rumeurs et moqueries, grisaille ambiante et avenir bouché sont les ingrédients d'une recette classique du roman policier-noir qui bascule dans l'ouvrage référence grâce à la langue fine, exigeante et très accessible de cet auteur décidément à suivre. J'ai pour ma part accroché immédiatement, notamment sur les deux personnages principaux qui m'ont rappelé des proches ou des personnes que j'ai pu connaître. La tension est palpable très vite et l'émotion gagne profondément le lecteur, l'influençant même sur ses réflexions sur soi. La Disparition d'Adèle Bedeau, au delà de son caractère policier et étude de caractère, nous renvoie à nous, à la fragilité de l'existence et de ces épisodes de tristesse qui parfois gagnent le cœur et l'âme de chacun, mêlant spleen et nostalgie.

Je dois avouer que ce roman m'a profondément touché, m'a laissé tout groggy une fois la dernière page tournée. L'ascenseur émotionnel est total, j'aime être déstabilisé et ému lors d'une lecture. Celle-ci restera longtemps gravée dans ma mémoire. Avis aux amateurs !


mercredi 29 août 2018

"Nous, les vivants" d'Olivier Bleys

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L'histoire : Perché dans les Andes à 4 200 mètres d’altitude, le refuge de Maravilla défie la raison. C’est là, au ras du vide, que Jonas, un pilote d’hélicoptère venu ravitailler le gardien, se trouve bloqué par une tempête.

Dans la petite maison cernée par les neiges, il fait la connaissance d’un personnage étrange prénommé Jésus que l’on a chargé de surveiller l’improbable frontière entre l’Argentine et le Chili. Commence alors, dans l’immense solitude des montagnes, une longue randonnée dont le lecteur – et peut-être le narrateur – ne sait plus très bien s’il s’agit de la réalité ou d’un rêve.

La critique de Mr K : Voila un étrange roman qui fait son petit effet en ces temps de rentrée littéraire. Tout juste paru chez Albin Michel, cet ouvrage fait la part belle à l'introspection, la Nature mais aussi à la spiritualité. Suivez-moi en pleine Cordillère des Andes pour un voyage livresque vraiment pas comme les autres et qui m'a particulièrement plu.

Jonas travaille comme pilote d'hélicoptère. Il est argentin, vit au pied des montagnes et ses missions consistent essentiellement en du ravitaillement de refuges isolés en altitude et des sauvetages occasionnels de randonneurs / alpinistes égarés. La région est très dangereuse entre la météo capricieuse, le milieu naturel hostile et rigoureux, l'enclavement de la région qui la plonge dans un certain isolement... Autant dire que le travail du héros est essentiel. Marié et père d'une petite fille, son existence simple le rend heureux et épanoui.

Lors d'une mission de routine qui l'emmène à plus de 4000 mètres dans le refuge de Maravilla, Jonas se retrouve bloqué au sol par le mauvais temps. Difficile en effet de manœuvrer sans danger un hélicoptère en pleine tempête de neige ! Il doit prendre son mal en patience en compagnie du gardien du refuge, de son vieux chien neurasthénique et de Jesus, le mystérieux garant du bon tracé de la très très très longue frontière argentino-chilienne. Le temps, les jours passent, la situation perdure, Jonas ne peut rentrer chez lui. Comme si, son destin, sa vie étaient liés à cet endroit. Rêve et réalité vont se rencontrer et la vérité sera révélée lors d'une randonnée aux accents métaphysiques...

Long de 180 pages, Nous, les vivants se lit d'une traite. J'ai plongé dedans quasiment immédiatement grâce à la langue simple, épurée et d'une grande douceur d'Olivier Bleys. Il y a du Fermine et du Schmitt ici, car derrière la trajectoire de Jonas, se cache une belle parabole sur l'homme. Difficile de creuser et d'expliquer toutes mes impressions sans dévoiler le retournement final. J'avoue simplement l'avoir deviné assez vite mais sans que cela ne me gâche ma lecture car l'intérêt de ce livre réside tout autant dans le récit pur que dans ce qui l'implique, les réactions qu'il suscite et les réflexions qu'il peut nourrir.

Tout est source d'émerveillement, de mystère et de réflexion au fil de la lecture. Complètement happé dès les premières pages, j'ai suivi allègrement les pas de Jonas. Partageant avec lui ses joies d'une vie simple qui l'apaise et le rend heureux, on l'accompagne par la suite dans ses doutes et ses réflexions plus profondes quand les choses se gâtent. C'est un homme nu qu'on nous livre ici, un homme désarmé face aux événements, face à un fatum qui semble le poursuivre et lui imposer une séparation très douloureuse. Tout autour la nature magnifiée, les personnages étranges et taiseux qui l'entourent soulignent le personnage principal et le font encore plus ressortir pour l'exposer davantage. Solitude, isolement mais aussi rudesse du milieu se mêlent inextricablement et quand le contenu prend une portée plus symbolique encore, l'oeuvre s'évade vers une dimension supplémentaire et propose un récit quasi initiatique qui nous emmène loin, très loin...

Très belle lecture donc que cet ouvrage à la fois très abordable et riche en sous-texte. Le récit décolle et ne relâche jamais la pression sur son protagoniste principal et le lecteur. De beaux ingrédients pour une recette à retenir!

lundi 27 août 2018

"Le Disciple" de Laird Koenig

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L'histoire : Prophète ou imposteur ? Quelle est la véritable nature de Donald Leaf ? Cet être mystérieux, mystique, venu d'on ne sait où, qui débarque un beau matin au camping des Willows. Le jeune homme possède un pouvoir étrange et fabuleux : il ressuscite un vieil homme, fait parler une petite fille morte depuis trois ans, et entraîne dans son sillage toute une armée de disciples convaincus. Parmi eux : la famille Cragin, et surtout le petit Marc Anthony, qui l'a accueilli comme un prophète.

Mais jouer les apprentis sorciers ne va pas sans danger... Donald Leaf en fera la cruelle expérience. Au climat de douce accalmie et de béatitude qu'il avait su créer, succédera une nuit d'horreur indescriptible... On se croyait au paradis, on se réveille en enfer. Et quel enfer !

La critique de Mr K : Petite lecture sympathique aujourd'hui avec un ouvrage classé épouvante pour se distraire lors de ma session annuelle de trois jours au Motocultor. Épouvante est un bien grand mot car il s'agit ici plutôt d'explorer les abysses de l'âme humaine confrontée à la foi religieuse intégriste. Bien ficelé, prenant et jusqu'au-boutiste, Le Disciple de Laird Koenig mérite d'être lu !

La famille de Marc-Anthony est brisée suite au décès accidentel de sa sœur jumelle à six ans. Sa mère s'est réfugiée dans la bigoterie, son père a trouvé du réconfort dans les bras d'une autre femme et sa sœur ne pense qu'à une chose : partir de la maison lorsqu'elle aura terminé le lycée en fin d'année. L'arrivée du mystérieux révérend Leaf va bouleverser la donne. Miracles et prêches s’enchaînent pour peu à peu conquérir les foules, mais ce regain de foi n'est pas du goût de tout le monde au sein de la cellule familiale et de la communauté locale. Peu à peu, les tensions s'accumulent préparant – on s'en doute – un dénouement hautement explosif !

Ce roman explore parfaitement les méandres d'une construction familiale. L'auteur prend bien le temps de décortiquer les schémas comportementaux en vigueur chez les Cragin et ceci à travers les yeux d'un gamin qui donne à lire un ressenti à la fois frais et parfois bouleversant. Dur dur d'être un petit garçon et d'être impuissant à régler les soucis des êtres que l'on chérit le plus au monde. C'est lui qui sera le témoin du premier miracle de Donald Leaf (une résurrection humaine, rien de moins !). Convaincu et converti car en état de faiblesse psychologique manifeste, c'est lui qui va lancer la carrière de ce prédicateur à priori sans velléité d'enrichissement et d'instaurer un culte de la personnalité.

La suite voit le prédicateur étendre son influence sur la famille. Intelligent, taiseux et froid, il s'ouvre les portes des cœurs par son inflexibilité mais aussi son écoute. Mais au fil de la lecture, sa doctrine s'étoffe et donne à voir toute son intolérance. C'est l'occasion pour l'auteur de traiter remarquablement bien de l'embrigadement des personnes. L'araignée tisse sa toile et même si le bonheur et la fraternité règnent au départ, on se doute bien que la situation va virer au vinaigre. Ayez le cœur bien accroché, la fin est terrifiante dans son genre, notamment ce qu'elle implique pour le personnage principal.

Au delà de la foi et de ses potentielles dérives furieuses, Le Disciple fait la part belle à un portrait d'une Amérique toujours prête à accepter les miracles et où la famille est au centre de tout. L'ouvrage se lit très rapidement avec un plaisir non feint. Quelques retournements de personnages m'ont paru téléphonés mais cela ne nuit pas au plaisir de lire un ouvrage qui délasse, intéresse et fait réfléchir. Une bonne récréation en quelque sorte !

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samedi 25 août 2018

"La Terre des morts" de Jean-Christophe Grangé

La Terredes mortsL'histoire : Quand le commandant Corso est chargé d'enquêter sur une série de meurtres de strip-teaseuses, il pense avoir affaire à une traque criminelle classique.
Il a tort : c'est d'un duel qu'il s'agit. Un combat à mort avec son principal suspect, Philippe Sobieski, peintre, débauché, assassin.
Mais ce duel est bien plus encore : une plongée dans les méandres du porno, du bondage et de la perversité sous toutes ses formes. Un vertige noir dans lequel Corso se perdra lui-même, apprenant à ses dépens qu'un assassin peut en cacher un autre, et que la réalité d'un flic peut totalement basculer, surtout quand il s'agit de la jouissance par le Mal.

La critique Neslfesque : Ah Grangé, mon auteur chouchou en matière de thrillers. Chaque nouvelle parution est une joie pour moi et, tout comme pour Ellory, je me jette dessus sans même lire la 4ème de couverture. Qu'importe l'histoire, il faut que le lise ! Parce que j'aime sa façon d'écrire, efficace et incisive, ses histoires, tordues et jusqu'au-boutistes et que je sais qu'avec ses romans je passerai un bon moment (non rassurez-vous, je suis tout à fait saine d'esprit (enfin, je crois...) !).

"La Terre des morts" ne déroge pas à la règle, même si on notera tout de même quelques bémols qui ne donnent toutefois pas le ton de l'ensemble et seront éclipsés au fil de la lecture. Comme à son habitude, les chapitres sont courts et la fin de chacun donne irrésistiblement envie de poursuivre. Grangé est un excellent faiseur de suspens et les pages défilent en général très vite. Ici, on regrette quelques longueurs mais l'auteur met tout en oeuvre pour raccrocher les wagons quelques pages plus loin.

Avec Grangé, on ne fait pas dans la finesse, ni des situations, des scènes clés, ni des personnages. Pour ces derniers, ici, on tombe dans la caricature mais peu à peu, s'enlisant dans les bas-fonds on s'y accroche comme à une étrange bouée de sauvetage. Découpé en 3 parties, le début de ce roman est un peu convenu pour qui est habitué à lire ce genre de littérature mais la partie "procès" est vraiment très bien menée. C'est d'ailleurs dans cette dernière que le roman trouve à mon sens tout son intérêt.

Une prostituée est retrouvée morte, ligotée et mise en scène en plein Paris. Puis une deuxième... L'enquête tend vers la recherche d'un serial-killer particulièrement tordu semblant apprécier l'oeuvre de Goya. Déformées, affreusement belles et macabres, comme exposées pour survivre au temps, elles rappellent des peintures du maître espagnol. Captivé par le travail de ce dernier, l'auteur des meurtres est à sa manière un artiste, un esthète, sans cesse à la recherche du Beau, jusqu'à la folie.

Dès le début ou presque, Corso tient son coupable. Sobieski, un artiste au passé à l'opposé de celui d'un ange, est passé par la case prison et tient aujourd'hui son succès, au delà de son talent, à la légende qui s'est construite autour de son personnage. Véritable rédemption ou loup déguisé en brebis, Corso a son idée bien tranché sur la question et, plus qu'à une enquête, c'est à un duel que nous avons affaire. Art et fascination morbide se croisent, se côtoient, s'imbriquent. Le coupable nous le tenons dès le début mais le procès de celui-ci et l'arrivée d'un personnage féminin va changer la donne.

En fin d'ouvrage, tout s'accélère. Le lecteur est balancé de tout côté, mettant à mal ses théories et tout s'imbrique avec la révélation finale. Alors oui "La Terre des morts" est glauque, pouvant choquer parfois par les images qu'il suscite et les détails poisseux qu'il contient (hey, après tout, c'est de Grangé dont on parle là !) mais pour qui aime le genre il remplit bien le contrat. On ne fait pas dans la finesse, on ne ménage pas le lecteur, on y va, on fonce tête baissée dans des univers borderline mais c'est ce que l'on cherche en lisant des ouvrages de cet auteur. Plonger dans l'horrible, l'insoutenable et l'inhumain. Mission accomplie.

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Congo Requiem"
- "Lontano"
- "Kaïken"
- "Le Passager"
- "La Forêt des Mânes"
- "Le Serment des limbes"
- "Miserere"

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vendredi 24 août 2018

Challenge "Livra'deux pour pal'Addict" version 2018

Ma dernière participation au challenge "Livra'deux pour pal'Addict" date de 2015 ! Challenge que je connais bien pour y avoir participer plusieurs fois, j'ai profité d'une frénésie de lecture et un "Week-end à 1000" pour proposer à ma copinaute faurelix de retenter l'aventure avec moi.

Livra'deux pour pal'Addict

Le principe du challenge est simple: en binôme, chacun choisi dans la PAL de l'autre, trois livres :
- qu'il a lu et aimerait faire découvrir à son partenaire
- dont il aimerait avoir l'avis d'un ami
- dont les titres l'interpellent pour leur résumé...

Les 3 livres choisis par faurelix :

- "La Voleuse de livres" de Markus Zusak pour lequel elle n'a pas hésité car elle l'a adoré. La 2ème GM vue sous l'angle de la mort, roman très original qui l'a énormément touchée, elle en garde un précieux souvenir.
- "Petit traité sur l'immensité du monde" de Sylvain Tesson. Elle ne connaissait pas ce titre mais le résumé lui parle : marcher, prendre le temps de la vie...
- "Prince d'orchestre" de Metin Arditi. Elle a découvert l'auteur cet été et a trouvé sa plume sublime. Elle a remarqué que je n'avais jamais lu un ouvrage de lui alors elle m'incite à le faire avec celui-ci qui en plus parle de musique et que je devrais bien aimer.
- En bonus (parce qu'il n'y a pas de thriller dans cette sélection et qu'il FAUT un thriller) : "Fais-le pour maman" de François Xavier Dillard. Voici un auteur qu'elle veut lire depuis très très longtemps et Mr K a relancé son envie dernièrement...

Mes 3 propositions pour faurelix :

- "Aveu de faiblesses" de Frédéric Viguier que j'ai lu à sa sortie et qui a été une claque ! On frémit et on s'indigne pendant toute la durée de la lecture. Et quel final ! Un roman que j'ai avalé en une après-midi et que je conseille vivement !
- "Bakhita" de Véronique Olmi - une superbe histoire (vraie), douloureuse et pleine d'espoir à la fois. L'écriture est simple et fluide, les pages s'enchainent. Un sujet dur servi dans un écrin. Superbe !
- "L'heure trouble" de Johan Theorin - un roman que j'ai dans ma PAL depuis bien longtemps et qui sera peut-être de sortie si faurelix m'en persuade.

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petit traité

De mon côté, je choisi "Petit traité sur l'immensité du monde" de Sylvain Tesson parce que je ne sais pas résister à cet auteur dont j'aime la philosophie qui consiste à profiter de chaque instant et se reconnecter avec la nature. Exactement ce qu'il me faut en ce moment !

Pour découvrir le choix de faurelix, c'est par ici (si cela lui fait réveiller son blog).

C'est parti pour ce challenge qui se terminera le 31 octobre 2018. Bonnes lectures !

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jeudi 23 août 2018

"Moi, Marthe et les autres" d'Antoine Wauters

moi_marthe_et_les_autres

L'histoire : Dans un Paris dévasté par une catastrophe (accident nucléaire, cataclysme naturel, guerre de religion ?), un groupe de jeunes gens arpentent les rues, tentent de survivre en mangeant ce qu’ils trouvent, chantent des airs de John Holiways et fuient la violence de leurs ennemis en cherchant un ailleurs.

Car ce monde en lambeaux, il s’agit malgré tout de l’habiter, de s’y vêtir et d’y trouver des raisons d’espérer. Comment tenir ? Comment trouver en soi de quoi réjouir la vie quand tout a sombré ?

La critique de Mr K : Décidément la Belgique fait fort ces derniers temps en terme de littérature au Capharnaüm éclairé, la preuve en est avec Moi, Marthe et les autres d'Antoine Wauters tout juste sorti aux éditions Verdier et qui réussit le tour de force de renouveler complètement le genre post-apocalyptique. Tant par le ton employé, le caractère des protagonistes et la forme retenue pour rédiger son récit, l'auteur nous livre un micro-roman de 72 pages totalement renversant !

Suite à une catastrophe qui a réduit le monde connu au néant, un groupe de jeunes gens tente de survivre par tous les moyens dans un Paris n'étant même plus l'ombre d'elle-même. Voila le pitch de départ qui bien que minimaliste va donner lieu à un voyage sans précédent au lecteur amateur du genre. À travers 192 micro-paragraphes, le héros-narrateur (Hardy) nous parle de la vie au quotidien, des aléas de la survie, des rencontres effectuées et les décisions fortes qu'il faut savoir pouvoir prendre, le tout entre drame et humour.

La forme retenue pour écrire le roman est déjà un parti pris intéressant. En effet, le livre s'apparente à un condensé de vie résumé à l'essentiel. Fragments après fragments, on découvre la réalité très rude dans laquelle baigne Hardy. Ces éléments d'apparence disparates sont classés chronologiquement : on explore son repaire, les mœurs de la bande (ayez le cœur bien accroché, ça va très loin !) et la quête de nourriture qui est la préoccupation première de ce monde désert livré à la loi du plus fort. Et puis, un événement va précipiter les choses et commence un long voyage qui va changer la donne définitivement. Déjà que les certitudes sont maigres au départ mais obstacles, imprévus et révélations vont mettre à mal le peu d'équilibre que le groupe a essayé d'instaurer.

Moi, Marthe et les autres est aussi une petite bombe par la tension qu'il réussit à distiller tout au long de l'histoire. L'auteur en économisant les mots et les formulations, livre un concentré d'émotions humaines et un récit d'une rare intensité. Comme les protagonistes, on erre au milieu de ces pages, on savoure les saillies de chacun (auteur comme personnage) mais on s'enfonce aussi avec eux dans un univers post-apocalyptique très bien restitué de manière indirecte. Pas de grandes phrases ou de longues descriptions, c'est à travers l'unique ressenti de Hardy et en filigrane des actions relatées que l'on devine l'épouvantable vérité : les hommes ont failli et sont tombés en disgrâce. La fin du monde tel que nous l'avons connu a bien eu lieu et l'espèce a régressé quasiment au statut d'animal.

Ainsi comme dans La Route de McCarthy, il ne fait pas bon croiser des inconnus et l'on risque sa vie à chaque moment de son existence. La paranoïa ambiante ne rassure personne et surtout pas le lecteur pris au piège de ce petit volume diablement efficace. La langue de l'auteur y est pour beaucoup, épurée en terme de forme pure, elle densifie pourtant personnages et actes pour ne garder que l'essentiel. C'est bluffant, drôlement malin et au final totalement réussi. À lire absolument !