samedi 7 juillet 2018

"L'Aube incertaine" de Roland C. Wagner

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L’histoire : En 2064, les multinationales règnent sans partage sur un monde d'où toute trace de criminalité a été éliminée. Enfin, presque, car aujourd'hui, Tem, le privé transparent, enquête sur une vague de décès suspects qui frappe les jeunes artistes du Délirium, un courant alternatif très populaire. L'affaire se révèle plus compliquée qu'il n'y paraît de prime abord, d'autant que le talent de Tem fait à nouveau des siennes : le voilà devenu cette fois presque totalement invisible !

La critique de Mr K : Roland C. Wagner me manque. Parti trop tôt à la fleur de l’âge, c’était un monument de la SF nationale. J’avais notamment adoré Rêves de gloire qui a obtenu en son temps le Grand Prix des Utopiales. Dans L'Aube incertaine, j’expérimentais un épisode de sa série littéraire intitulée Les Futurs Mystères de Paris (référence au talentueux feuilletonniste du XIXème siècle Eugène Sue) qui met en scène un inspecteur au talent particulier dans un Paris futuriste, le tout enrobé à la sauce roman noir. Bonne pioche pour un récit à la structure classique transcendé par un background stupéfiant et des personnages hauts en couleur.

Temple de l’aube radieuse (c’est le nom du héros !) est convoqué par un membre imminent d’une confrérie pour enquêter sur les meurtres suspects d’artistes de premier plan. Inexplicables, incongrues et assez thrash dans leur genre, ces disparitions font peser une menace insidieuse sur les esthètes déconnectés de la réalité (shootés jusqu’aux yeux) qui s’avèrent être très vite des rebelles de canapé entretenus par le pouvoir en place pour entretenir un succédané de liberté dans une société autoritaire adepte du contrôle des masses. Notre enquêteur va devoir démêler le vrai du faux et plonger dans un monde interlope qui lui est inconnu. Pour couronner le tout, son don de transparence lui joue des tours et il semble que toute personne ayant eu un contact quel qu’il soit avec lui l’ait oublié... On a connu mieux comme conditions d’enquête...

Que la SF est bonne aussi quand elle ne se prend pas au sérieux ! Les personnages délirants se collectent à la pelle ici entre un enquêteur rigide dont les pouvoirs lui échappent et qui doit se coltiner des partenaires pour le moins particuliers : une Intelligence Artificielle activiste d’extrême gauche adepte de Louise Michel, un indic et sa compagne adeptes de la fumette, des artistes complètement à l’ouest et des tenants du pouvoir narquois qui cachent des desseins peu rassurants. On sourit beaucoup devant les jeux de mots, les réparties franches et directes de certains, on se rapproche même d’un Audiard par moment. Vu les étranges personnages que l’on croise et les diverses substances psychoactives qu’ils prennent, ce n’est pas étonnant ! Au milieu de tout cela, notre héros sobre en toute circonstance a besoin de toute sa tête surtout que son talent de camouflage devient presque trop efficace ! En effet, non content de passer inaperçu physiquement, tout souvenir de lui s’efface de l’esprit de ses proches et des personnes qu’il rencontre lors de son enquête. Complètement déphasé, à la limite de la rupture, on s’attache beaucoup à cet enquêteur hors-norme aux belles capacités d’analyse et de déduction.

Au delà de la détente, de la rigolade et de l’aspect psychédélique, ce livre se distingue aussi par un univers très bien fouillé, crédible et même inquiétant. Pouvoir inique ne reculant devant aucun stratagème pour asseoir sa domination sur la société et ses membres, consumérisme forcené pour maintenir la population sous contrôle sont au programme d’un roman qui fait la part belle à la dénonciation de cette course à l’individualisme qui brise les liens sociaux et entretiennent les chimères d’un bonheur apaisant. Les quartiers déshérités où les désirs inassouvis et les paradis artificiels tiennent lieu d’échappatoire à une réalité insoutenable coexistent avec des nantis oisifs, inconséquents et intouchables. L’enquête mettra en exergue injustices et inégalités, la conclusion venant d’ailleurs mettre un bon coup de pied dans la fourmilière.

On retrouve dans L'Aube incertaine la verve si séduisante de Wagner, maître du récit à rebondissements à l’esprit libertaire qui faisait régner un souffle novateur sur le genre. Les pages se tournent toutes seules, le récit à tiroirs se disputant la primauté avec les phases descriptives et contemplatives qui émaillent un roman drôle, touchant où plane un doux parfum de zénitude (le héros) et de rébellion. Un bon titre pour qui aime la SF décalée et source de réflexion.


mardi 3 juillet 2018

"Désolations" de David Vann

DésolationsL'histoire : Sur les rives d’un lac glaciaire au cœur de la péninsule de Kenai, en Alaska, Irene et Gary ont construit leur vie, élevé deux enfants aujourd’hui adultes. Mais après trente années d’une vie sans éclat, Gary est déterminé à bâtir sur un îlot désolé la cabane dont il a toujours rêvé. Irene se résout à l’accompagner en dépit des inexplicables maux de tête qui l’assaillent et ne lui laissent aucun répit. Entraînée malgré elle dans l’obsession de son mari, elle le voit peu à peu s’enliser dans ce projet démesuré. Leur fille Rhoda, tout à ses propres rêves de vie de famille, devient le témoin du face-à-face de ses parents, tandis que s’annonce un hiver précoce et violent qui rendra l’îlot encore plus inaccessible.

La critique Nelfesque : Rien ne vaut la lecture d'un roman se déroulant en Alaska en période de canicule ! Et côté "glaçant", "Désolations" en a sous le pied !

Nous suivons ici l'histoire d'Irene et Gary, en couple depuis de nombreuses années et ayant succombé peu à peu aux habitudes du quotidien. Habitudes confortables par moment mais aussi pesantes, Gary a envie de changement et s'enfonce de plus en plus dans son obsession : construire une cabane sur une île déserte. Simple passe-temps à la base, cette envie de changement va se muer au fil des pages en une folie égoïste, une obsession malsaine. Gary ne construit pas une cabane pour le plaisir, il veut transformer sa vie et celle de sa femme de A à Z.

Dans cette course effrénée, Irene suit. Irene a toujours suivi. Mais cette fois-ci, elle déclenche des symptômes qui lui font prendre conscience que quelque chose ne va pas, que tout ne se déroule pas normalement, qu'il y a danger aujourd'hui. A mesure que son mari s'enferme dans sa monomanie, l'obligeant à la suivre dans des conditions météorologiques extrêmes et dangereuses, Irene devient folle. Elle souffre physiquement, son corps se met en alerte. Un mal de tête terrible empire de jour en jour jusqu'à la rendre incapable de tout mouvement, jusqu'à lui faire voir des choses qu'elles n'avaient jamais envisagées, jusqu'à lui faire prendre conscience que sa vie actuelle est bien éloignée de ce qu'elle avait toujours pensé. C'est dans un état second qu'une sorte de claire voyance va lui apparaître...

Sous la plume de David Vann, toujours aussi brillant pour aller fouiller au plus profond de l'âme humaine, ce couple à la dérive nous happe dans un tourbillon angoissant. Jusqu'où iront-ils ? Quel sera l'élément déclencheur qui fera basculer cette histoire dans le drame ? Chaque page se lit sur le fil du rasoir. Mieux vaut être averti, cet ouvrage est sombre et pesant. Il nous amène à nous poser des questions, à assister impuissant à un naufrage inévitable. L'espoir n'a pas beaucoup de place ici et que ce soit avec les personnages d'Irene et Gary ou ceux de leurs enfants et époux, une chape de plomb et un constat sans appel concernant le mariage s'abattent sur le lecteur.

Libre à chacun ensuite de penser ce qu'il veut du mariage mais le moins que l'on puisse dire c'est que David Vann ici, avec son talent, convaincrait n'importe qui qu'un macchabée est sur le point de se relever. Les situations qu'il dépeint pourrait dégoûter n'importe qui de s'unir à un autre être tant chaque couple présent dans "Désolations", avec son parcours de vie bien distinct, court à la catastrophe.

Un roman glaçant, pointu, extrêmement ciselé et bien écrit qui non content de nous bluffer par la force de ses mots et ses propositions, nous fait basculer dans un état second proche de l'hypnose. Littéralement en apnée de la première à la dernière page, il m'a fallu plusieurs semaines pour bien le digérer et poser des mots sur les sensations que j'ai ressenties pendant ma lecture. Un roman qui laisse des marques ! A lire avec le moral !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Dernier jour sur terre"
- "Sukkwan Island"
- "Goat Mountain"

samedi 30 juin 2018

"La Malédiction du rubis" de Philip Pullman

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L’histoire : Lorsque son père disparaît en mer de Chine dans des circonstances suspectes, la jeune et intrépide Sally Lockhart se retrouve livrée à elle-même dans le Londres inquiétant de l'époque victorienne... Sans qu'elle le sache encore, un grand danger rôde autour d'elle. Parviendra-t-elle à percer le secret d'un rubis fabuleux qui excite les convoitises et sème la mort autour de lui ? Il semble être au cœur du mystère...

La critique de Mr K : Lecture bien particulière aujourd’hui avec ma chronique de La Malédiction du rubis de Philip Pullman. Autant vous dire de suite que j’en attendais beaucoup vu le culte que je voue à la trilogie des Royaumes du nord qui est à mes yeux l’un des meilleurs ouvrages écrits pour la jeunesse. Le hasard a voulu que je croise la route de ce livre (le premier d’une série de quatre à priori -sic-) lors d’un chinage de plus et il a bien fait. Ce fut une fois de plus une bonne lecture mettant en avant les belles qualités d’un auteur décidément à suivre.

Une fois de plus, le personnage principal est une jeune fille dans cet ouvrage de Pullman. Sally Lockhart a alors seize ans et déjà une lourde histoire derrière elle. Orpheline de mère très tôt, elle vient de perdre son père, mystérieusement disparu en mère de Chine. Présumé mort, elle habite désormais chez une vieille tante éloignée qui lui mène la vie dure. Ce destin à la Princesse Sarah n’est donc pas des plus heureux mais Sally a du courage à revendre et un esprit de déduction à toute épreuve. Éprise des chiffres, brillante et ingénieuse elle ne s’en laisse pas compter et tente de démêler le vrai du faux d’une affaire qui la touche de près (la mort de son père) à laquelle vient s’ajouter la course à un mystérieux rubis réputé porteur de malheur. Une menace insidieuse se rapproche de Sally, les cadavres se multiplient et un terrible secret semble se profiler...

Destiné à un lectorat de plus de onze ans (minimum), voila un petit roman rondement mené et très malin qui emporte quasi immédiatement l’adhésion du lecteur. Sans un temps mort, après exposition des personnages principaux et des grands enjeux, on est parti pour une enquête trépidante dans le Londres de la fin du XIXème siècle. On explore avec Sally nombre de pans de la société victorienne avec les petites gens qui vivent dans des conditions très difficiles dans les bas fonds de Londres, le port de la capitale anglaise et les multiples activités qui l’entourent (de la compagnie maritime à laquelle appartenait son père aux salons d’opium), la vie des bourgeois déconnectés de la réalité.

Elle rencontrera dans sa quête nombre de personnages qui lui apporteront leur aide, soutien et même l’aideront à grandir, à gagner en maturité. Mention spéciale à la fratrie Garland (Frédérick et Rosa) qui vont devenir très vite comme une deuxième famille et lui permettre de se cacher. En effet, très vite, l’héroïne se rend compte qu’elle est confrontée à un ennemi puissant et d’une grande cruauté. Une vieille dame manipulatrice semble très liée au secret du rubis et elle n’hésite pas à envoyer des hommes de main qui ne reculent devant rien pour arriver à leurs fins. L’enquête s’avère donc de plus en plus difficile, très périlleuse pour une jeune fille qui n’a que seize ans et qui passe très proche du gouffre à de multiples reprises. En parallèle, elle va elle aussi apportée son aide aux Garland pour relancer leur salon de photographie qui peine à rentrer dans ses frais alors que l’époque voit le développement de ce nouvel art.

On ne s’ennuie donc jamais un seul instant avec La Malédiction du rubis qui fait la part belle à l’amitié, l’abnégation mais aussi la réflexion sur le poids des responsabilités et de l’hérédité. Bien des mystères entourent Sally, elle va devoir les lever pour découvrir qui elle est vraiment tout en luttant pour rester en vie et s’en sortir. Beau mix que tout cela pour un livre à l’écriture limpide et très accessible. Bien que destiné à la jeunesse (on le sent dans certaines situations, dans la réaction parfois étranges de certains personnages adultes), j’ai dévoré cet ouvrage avec un plaisir non feint et il va rejoindre sans rougir la trilogie précitée qui reste cependant inatteignable. En écrivant cette chronique, j’ai appris qu’il y avait trois autres tomes consacrés à cette héroïne. Si l’occasion se représentait, je n’hésiterais pas à m’en porter acquéreur.

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mercredi 27 juin 2018

"De l'odeur de l'encre" de Lisa Barel

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L’histoire : Il ne suffisait pas de vouloir, il fallait se donner les moyens. Quelque chose bougeait de l’intérieur, quelque chose vivait de plusieurs manières. Ça voulait tout et ça ne savait pas trop comment l’atteindre. Je me laissais guider, entreprendre par la chose. En moi, ça bougeait. Personne ne pouvait se douter à quel point. Personne ne pouvait se douter que c’était peut-être grave. Car, en effet, c’était grave. Ça voulait tout, ça voulait surtout. Je savais ce que ça voulait et je n’y pouvais rien. Ça bougeait, voilà. On n’y avait vu que du feu. Un jour, il serait trop tard.

Ce second roman relate le destin troublé d’une femme amoureuse et sensible aux prises avec des traumatismes de l’enfance. On suit ses escapades à vélo, on lit ses lettres et on vit son quotidien à l’hôpital psychiatrique. A la fois combative et fragile, elle nous entraîne dans sa lutte contre ses démons et nous déclare que malgré la maladie c’est encore le sentiment amoureux qui se distingue de tout.

La critique de Mr K : Chronique d’un objet littéraire non identifié aujourd’hui avec De l’odeur de l’encre de Lisa Barel sorti au début du mois aux éditions du Serpent à plumes. L’auteure nous propose une plongée sans concession dans l’esprit d’une femme amoureuse qui sombre dans la folie criminelle. Livre très étrange où elle brouille les pistes à travers différents points de vue, on passe un moment à la fois étrange et fascinant.

L’héroïne anonyme est malade. Perturbée, confuse et totalement décalée avec la réalité, elle raconte ce qu’elle vit et ressent. Le parti pris de l’écrivain est particulier car tour à tour on passe d’un récit à la première personne très immersif à un récit plus distancié qui permet de se faire une idée plus précise du personnage. On navigue dans le flou tout du long tant on passe du coq à l’âne, d’une focalisation à une autre et d’un sujet à un autre. C’est très réussi même si c’est déstabilisant. Au final, cela dresse un portrait ultra-réaliste d’une personne diminuée mentalement qui tente de survivre avec plus ou moins de réussite. Angoissant au départ puis franchement inquiétant, on explore sans fard l’évolution du personnage qui vire très vite à la folle furieuse qui trucide à tout va, guidée par ses pulsions de mort mais aussi d’amour. Malheur à celles et ceux qui croisent sa route et ont tendance à passer de vie à trépas.

Personnage complexe, tantôt attachant, tantôt repoussoir, on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser avec elle. En quête d’amour et de reconnaissance, elle n’est pas forcément consciente de ses tares et de ses limites. Cela donne des passages touchants où le pathétique se dispute à la curiosité morbide. En effet, on glisse progressivement vers l’innommable avec un personnage qui se transforme littéralement, quittant les berges de la morale établie pour nous embarquer dans une contrée sauvage où plus aucune limite n’est posée. C’est fulgurant voir choquant par moment mais totalement brut et d’une force impressionnante. On prend des coups et on se prive pas pour en redemander. De l'odeur de l'encre est un livre pour maso assumé !

Je n’en dirai pas plus pour ne pas déflorer cet ouvrage qui ne ressemble à rien d’autre (la narration et la langue méritent vraiment le édtour) et propose une expérience totale au lecteur. Si vous avez le cœur bien accroché, courrez-y !

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dimanche 24 juin 2018

"L'Homme qui tua Don Quichotte" de Terry Gilliam

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L'histoire : Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une folle aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste : ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité ? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie ? Ou l’amour triomphera-t-il de tout ?

La critique de Mr K : 6/6. On pourra dire qu’on l’a attendu celui-là ! Plus de vingt ans exactement suite à de nombreuses péripéties et déconvenues subies par l’équipe de tournage qui a parlé à raison de film maudit. Un documentaire en a d’ailleurs été tiré avec brio : Lost in la mancha. Rochefort n’étant plus de ce monde, Johnny Depp n’étant plus aussi enthousiaste, Gilliam s’est rabattu sur Jonathan Pryce et Adam Driver pour reprendre les deux rôles principaux de ce film complètement fou, véritable ode à la passion et à la rêverie dans un monde de plus en plus tourné sur lui-même.

Toby (Adam Driver) est le digne enfant prodigue de son époque. Il est bien loin le jeune apprenti cinéaste qui rêvait de cinéma inspiré que l’on aperçoit lors de quelques flashback. Devenu clippeur aseptisé et cynique, il a ce qu’il veut et évolue dans un univers basé sur les apparences et les arrangements où la morale n’a plus le droit de citer. Au cours d’un tournage, lors d’une balade à moto, il va retourner dans un petit village où il avait tourné un film de fin d’étude avec des amis sur le thème de Don Quichotte de Cervantès. Cette expérience a laissé des traces et a eu des conséquences à long terme sur les lieux et les habitants du cru notamment sur un vieux cordonnier qui ne s’est pas remis du tournage et se prend pour Don Quichotte lui-même ! À la suite d’un concours de circonstances délirant, voila Toby transformé en Sancho Panza à l’insu de son plein gré, forcé de suivre le vieux fou pour un voyage décalé entre délire psychotique, voyage initiatique et redécouverte de soi.

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Je suis un amoureux de Terry Gilliam dont j’ai adoré tous les films (sauf Les Frères Grimm, une bouse à mes yeux) dont tout particulièrement Brazil, un de mes trois films préférés et le tout aussi fabuleux Fisher king. On retrouve son goût pour les scènes survitaminées, la truculence de certains personnages complètement barrés et son engagement de longue date pour le droit de rêver, de se comporter différemment des autres. Aidé par deux acteurs principaux habités par leurs rôles respectifs (les seconds couteaux ne sont pas mal non plus !), Gilliam nous offre une fois de plus une œuvre hybride et profondément bouleversante. C’est bien simple, on passe par tous les états, rires et larmes se mêlent avec des moments à l’intensité forte. Malgré des scènes bien space, on ressent une empathie profonde pour la quête de sens du personnage principal. Derrière les visions faussées, les humiliations subies et les découvertes improbables, on ressent intensément le décalage entre l’individu ivre de liberté et une société trop rigide et autoritaire qui brise les rêves. L’échappatoire ne semble alors résider que dans la mort ou la folie. Rappelez vous la fin de Brazil...

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Magnifiquement réalisé (on n’en attend pas moins de ce génie), le rythme trépidant est constant, sans temps mort, seulement émaillé parfois de scènes ubuesques et de moments plus intimistes qui frappent fort. Les moments d’échange, de confrontation et de communion en sortent transcendés, transportant le spectateur loin, très loin dans une Espagne contemporaine mâtinée de fantastique au fil du périple accompli. On s’attend à tout avec un scénario pareil et franchement, on n’est pas déçu. 2H12 d’envolées dans une spirale d’émotions doublée d’une réflexion unique sur notre monde, un programme comme je les aime et que je vous conseille de voir urgemment si vous voulez sortir des sentiers battus en matière de cinéma !

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vendredi 22 juin 2018

"Sauvez-moi" de Jacques Expert

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L'histoire : Nicolas Thomas vient de fêter son cinquante-deuxième anniversaire lorsqu’il passe les portes de la centrale de Clairvaux. Après trente ans d’incarcération, il est enfin libre. Personne ne l’attend. Tous ceux qu’il connaissait l’ont abandonné depuis longtemps, depuis le jour où il a été reconnu coupable d’avoir sauvagement assassiné quatre jeunes femmes dans des conditions terribles.
Sophie Ponchartrain est commissaire divisionnaire à Paris. Lorsqu’elle apprend la libération conditionnelle de Nicolas, elle se souvient de cette journée harassante de garde à vue où elle lui a arraché des aveux. C’est à elle seule, jeune recrue à la criminelle, qu’il avait confessé ses crimes avant de revenir soudainement sur sa déclaration. C’est en clamant son innocence qu’il a été condamné à la perpétuité.

L’affaire ne tarde pas à la rattraper. En effet, quelques jours après sa libération, Nicolas disparaît. Et un nouveau meurtre est commis, en tous points semblable à ceux dont il a été accusé trente ans plus tôt.
Sophie reçoit alors une nouvelle lettre de Nicolas, dans laquelle il nie être l’auteur des meurtres. Elle se conclut par ces mots : "Sauvez-moi !"

La critique de Mr K : Place à la chronique du dernier Jacques Expert aujourd'hui, cet ancien journaliste que j'écoutais jadis sur France Info qui s'est désormais converti dans l'écriture de thrillers et qui m'a séduit à chaque lecture par le passé. Sauvez-moi s'inscrit dans la lignée de ses précédents ouvrages mais est-ce pour autant une réussite ?

Dans cet ouvrage, tout débute par un homme que l'on enferme pour des crimes atroces. Ce dernier ne cesse de clamer son innocence mais les faisceaux de présomptions sont contre lui et le voila enfermé pour 30 ans. C'est grâce à la jeune enquêtrice Pontchartrain que le soit-disant monstre a pu être condamné. Le criminel est libéré trente ans après mais dès sa sortie de prison disparaît. En parallèle, les crimes recommencent comme si l'homme n'attendait que sa remise en liberté pour rééditer ses exploits macabres. Pontchartrain devenu commissaire reprend l'enquête et va tout faire pour l'arrêter à nouveau.

Il n'y a pas à dire, Expert s'y connaît pour mener sa barque. Chapitres courts, personnages ciselés au cordeau, renversements de situation et révélations sont au RDV et captent immédiatement le lecteur. Utilisant le changement de point de vue de manière régulière, l'auteur nous invite à suivre l'enquête à travers les yeux des policiers, de leurs adjoints mais aussi parfois du tueur, des victimes et de tierces personnes. Roman polyphonique, ces ajouts et touches supplémentaires donnent une cohérence d'ensemble réussie, rendant l'histoire crédible et addictive.

On se passionne assez vite pour le personnage sorti de prison qui crie son innocence depuis des décennies. Intéressant de voir son parcours, d'essayer de démêler le vrai du faux. Intéressant aussi de suivre l'enquêtrice principale à la carrière dorée, mélange dérangeant d'autoritarisme et de confiance en soi exacerbée, troublante aussi la personnalité de son assistance en admiration devant elle mais qui commence à trouver des failles chez sa patronne... Tous les personnages bien que caricaturaux marquent le lecteur par leur caractère, leurs actes et quand au fil du déroulé, leurs destins finissent par s'entremêler, la vérité faisant son chemin, on se rend compte que l'auteur est assez doué dans le rôle de grand manipulateur.

Très classique dans sa forme et son développement, on est tout de même finalement rarement surpris par le scénario global (surtout si on est habitué à lire ce genre d'ouvrage). C'est le principal défaut de ce livre qui finalement ne prend jamais de gros risques. Très codifié en terme de caractérisation des personnages, des situations et des rapports de force entretenus tout du long ; on parcourt l'ouvrage avec un léger sentiment de déjà lu, de recettes réutilisées (avec réussite tout de même). C'est dommage car le postulat de base est intéressant, reste un matériau lisse et finalement expédié de manière lapidaire dans les trente dernières pages. Dommage dommage... Surtout que certains points restent obscurs et méritaient un meilleur traitement.

D'une lecture aisée et plaisante, Sauvez-moi est un thriller efficace et bien mené mais pour moi sans génie et sans exclamation de bonheur en refermant le livre. La faute a des éléments convenus et un dénouement abrupt qui manque de densité. De plus, le personnage de la commissaire m'a très vite gavé. Je n'ai rien forcément contre les personnages repoussoirs mais on atteint ici des sommets et la conclusion du roman ne fait que renforcer mon opinion sur elle. Une lecture sympathique donc mais sans éclat et qui ne restera pas dans ma mémoire comme le meilleur de son auteur.

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- La Femme du monstre
- Tu me plais
- Qui ?

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mardi 19 juin 2018

Bah oui, comment...

barphilo

Dessin de Bar tiré de son blog

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dimanche 17 juin 2018

"Ready player one" de Steven Spielberg

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L'histoire: 2045. Le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l'OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l'œuf de Pâques numérique qu'il a pris soin de dissimuler dans l'OASIS. L'appât du gain provoque une compétition planétaire. Mais lorsqu'un jeune garçon, Wade Watts, qui n'a pourtant pas le profil d'un héros, décide de participer à la chasse au trésor, il est plongé dans un monde parallèle à la fois mystérieux et inquiétant…

La critique de Mr K: 5/6. Ça faisait un bail que je n’avais pas vu un film de Spielberg en salle obscure. Je crois que cela remonte à La Guerre des mondes, c’est dire… La bande annonce me tentait bien malgré un traitement à priori convenu du héros et une avalanche d’effets spéciaux qui n’auguraient pas forcément d’un scénario profond. J’y suis allé plutôt dans l’optique d’assister une projection détente-neurone, décontractée. Si l’on peut dire que dans ce domaine c’est réussi, on ne peut pas résumer le film qu’à cela car derrière la grosse machinerie, on retrouve la tendresse du réalisateur et des éléments de critique / réflexion pas dénués d’intérêt sur l’évolution du monde actuel.

En soi, le point de départ est basique. Dans un monde futuriste hyper technologique, les humains pour tromper la réalité du quotidien s’échappent dans l’Oasis, un monde virtuel où ils peuvent devenir ce qu’ils veulent et se réaliser en faisant progresser leur avatar (belle fenêtre sur le consumérisme au passage). Le jour où le créateur du système meurt, il laisse caché dans ce monde gigantesque trois clefs les menant à un Easter Egg (une relique rare dans un jeu vidéo) sésame qui si il est trouvé fera de son propriétaire le nouveau gestionnaire de la plate-forme virtuelle. Bien évidemment, tout le monde se jette à corps perdu dans cette quête depuis notre jeune héros asocial aux plus grandes multinationales qui voient là une occasion unique pour s’enrichir encore davantage. Les obstacles sont donc très nombreux et vont bousculer le héros dans ses certitudes. Atteindre la Saint Graal ne se fait pas sans mal...

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Spielberg a beau vieillir, il, reste un superbe faiseur doublé d’une âme jeune qui transparaît tout particulièrement dans ce métrage. Pape de l’entertainment à la mode US, il sait mener sa barque, prendre par la main ses spectateurs et les embarqués pour un grand huit foisonnant. Le film déborde de scènes épatantes, dopées aux SFX dernier cri, l’immersion est totale. Bon, clairement on en prend plein la tête, pas d’overdose pour autant. Des scènes plus classiques, lourdes d’émotions et de tensions équilibre l’ensemble pour éviter de tomber dans la surenchère. Le film fourmille de détails, de références à la culture pop : Retour vers le futur, King Kong, la vieille série Batman, les jeux Atari, World of Warcraft et beaucoup d’autres. On s’en donne à cœur et m’est avis que j’ai loupé plein de choses que je découvrirai lors d’un éventuel revisionnage. Devant le spectacle déployé, on ne peut que s’incliner si l’on est amateur du genre. Un film à voir au cinéma pour profiter au maximum de la prouesse technique qu’il représente (la liste à rallonge des personnes ayant travaillé sur le film en dit long).

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Niveau personnages, on est dans le déjà vu. Ce n’est pas pour autant désagréable, on se laisse porter par leurs destins contrariés et même si l’on est rarement surpris par le déroulé de la trame (c’est très très classique), on passe du bon temps. La trame prévisible permettant de se reposer et de plonger pleinement dans l’univers décrit. Spielberg fait aussi fort à ce niveau là, je n’ai pas lu le livre d’origine (erreur que je rattraperais dès que je croiserai sa route) mais j’ai trouvé le background dense, cohérent et très maîtrisé. Ce monde futuriste adepte du virtuel fait peur et même si certaines situations cocasses prêtent à rire, on se rend compte que seule la solitude et l’addiction mènent le jeu. Le spectacle, l’apparence dominent des êtres humains vivant une vie par procuration, un lavage de cerveau à échelle planétaire idéal pour manipuler les masses. En cela l’Oasis prête à frémir...

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C’est là où je dirais que le bât blesse, Spielberg ne va pas assez loin dans la charge. Il effleure la critique, distille quelques piques mais au final, là où il aurait pu tout déstructurer et virer au rêve anarchique, il offre une fin plaisante sans réelle prise de risque. Dommage, dommage... Ne boudons pas notre plaisir pour autant, la séance fut récréative à souhait, complètement régressive en terme de sensation, on ressort ébahi et heureux. Tous les réalisateurs de blockbusters du monde ne peuvent pas se vanter d’y arriver...

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samedi 16 juin 2018

"La plus jeune des frères Crimson" de Thierry Covolo

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L'histoire : Sam traverse les États-Unis pour retrouver son "super" pote Billy et finit sur le toit d’un château d’eau. Sally tombe en panne en pleine nuit sur une route déserte alors que la police traque un Petit Poucet qui sème les cadavres comme d’autres des cailloux. Tom rattrape sa fournée gâchée de cookies avant l’arrivée de Carrie dont il est amoureux depuis l’adolescence et qui tapine à Vegas...

Tout ça, bien sûr, c’est rien que des histoires. Et si rien ne s’y passe comme prévu, c’est parce que si elles ne surprenaient pas l’auteur il n’aurait aucun plaisir à se les raconter.

La critique de Mr K : Avec La plus jeune des frères Crimson de Thierry Covolo, j’ai découvert une nouvelle maison d’édition : Quadrature. D’origine belge, elle propose uniquement des recueils de nouvelles et s'est donnée pour mission de faire aimer ce format plutôt mal-aimé en France malgré souvent un sens de la narration diabolique accentué par la nécessité d'une économie de mots. Direction les USA avec cet auteur lyonnais publié essentiellement dans des revues auparavant, passionné de littérature américaine, cela se ressent fortement lors des dix nouvelles qui composent cet ouvrage.

Tour à tour, on fait connaissance avec des personnages incarnant l'Amérique, la poursuite d'un rêve, d'une espérance. Ainsi un homme recherche à travers le pays un vieil ami, une femme tombe en panne au milieu de nul part et se fait embarquer par un mec louche et lourdingue, une autre personne se rappelle d'une personne disparue dont il était très proche, une jeune femme négocie son pucelage pour échapper à un mariage forcé, trois frères fomentent un plan pour pénétrer dans l'appartement d'une vieille femme, un barman amoureux transi d'une prostituée lui concocte des cookies, un homme coincé dans le trou du cul des USA rencontre une jeune femme qui porte des bottes trop grandes, un convoyeur d'appelés pour le combat voit son destin contrarié par un événement imprévu, un musicien noir tente de se faire une place au soleil dans l'Amérique des années 30 et la nouvelle éponyme traite elle de l'amour fraternel et de mythomanie exacerbée...

Voici donc dix nouvelles bien différentes dans leur traitement mais dont le fond les rapproche et donne à voir un certain visage de l'Amérique plus ou moins contemporaine. Elles explorent nombre de thématiques comme la famille, la culpabilité, l'existence et le sens qu'on doit lui donner. En sous-texte, le rêve américain que l'on réalise ou non. La plupart des protagonistes sont embourbés dans leur vie, certains s'en contentent, vivotant au jour le jour. Mais un éclair fugace, un maigre espoir de renouveau croise leur route modifiant quelques peu leur routine et laissant apercevoir des perspectives. D'autres font face à un grain de sable dans leur existence bien huilée et vont devoir se frotter à l'imprévu, le stress voire l'échec total. Sous leur aspect simple, ces nouvelles font leur petit effet avec parfois des rebondissements bien vus, surprenants même.

On s'inscrit ici dans la pure tradition US, c'est étonnant quand on sait que l'auteur est lyonnais. Il retranscrit à merveille l'ambiance, le pays et les mœurs sans tomber dans le cliché systématique (je ne me lasse pas des scènes dans les motels, les restaurants de bord de route, la vie dans la campagne profonde US notamment). C'est bien simple, parfois on a l'impression d'être dans un recueil de l'excellent collection Terres d'Amérique de chez Albin Michel avec une immersion bluffante et des textes courts qui accrochent immédiatement le lecteur. Le style concis, direct et profond donne une profondeur, une sensibilité de tous les instants envers les destins qui nous sont livrés et qui nous touchent durablement.

Le temps s'écoule lentement, prolongeant le plaisir jusqu'à tard dans la nuit. Le bonheur de lire est ici durable, prenant et sans relâchement possible tant on est captivé et curieux d'en savoir davantage. De plus, on ne sait pas vraiment sur quel pied danser, l'auteur aimant chauffer le chaud et le froid, le ton pouvant osciller d'un drame pur à des scénettes quasi comiques. On passe donc par différents états tout au long de la lecture avec à chaque dénouement une micro surprise ou une situation finale qui vous tétanise et provoque la réflexion. Je ne peux que vous conseiller de tenter l'aventure si le genre vous plait car ce recueil est une véritable pépite dans son domaine.

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mardi 12 juin 2018

"Anansi boys" de Neil Gaiman

anansiboysgaiman

L’histoire : Le père de Gros Charlie n'était pas ordinaire : il était Anansi, le Dieu Araignée, l'esprit de rébellion, un dieu filou capable de renverser l'ordre social, de créer une fortune à partir de rien et de défier le diable... Un héritage bien encombrant ! Une mythologie moderne où l'on trouve une sombre prophétie, des désordres familiaux, des déceptions mystiques, et des oiseaux tueur. Sans oublier un citron vert.

La critique de Mr K : Lire un Neil Gaiman est toujours lourd de promesse pour moi, chacune de mes expériences avec lui s’est révélée exaltante, délirante et source d’un grand plaisir. C’est avec une impatience non-feinte que j’entamai Anansi boys, un ouvrage qui dormait depuis trop longtemps dans ma PAL et qui se déroule dans le même univers que le cultissime American gods. Ça n’a pas loupé, ce fut une fois de plus une lecture de dingue, plaisante à souhait !

Gros Charlie n’est pas un être ordinaire, il est le fils d’un Dieu légèrement branque qui vient juste de mourir. Ayant rompu avec son paternel depuis un certain temps, le chagrin ne l’envahit pas vraiment même s’il ressent tout de même un petit pincement au cœur. En retournant dans l’ancienne maison familiale et en rencontrant trois voisines très âgées (toute ressemblance avec les sorcières de Macbeth est tout sauf fortuite !), il apprend l’existence de son frère Mygal qui a hérité de tous les pouvoirs d’Anansi alors que lui doit se contenter à priori d’un fort beau brin de voix. Il décide de le rencontrer et de discuter du temps perdu.

Bien mal lui en a pris au départ ! Mygal est tout l’inverse de lui l’homme rangé et raisonnable à la vie bien réglée. Très vite, le frangin charismatique et fort en gueule lui ruine sa vie lui embarquant sa fiancée, provoquant des remous à son travail et le faisant même arrêter par les flics. Aaaah la famille ! Ce n’est déjà pas facile en temps normal mais il suffit que le divin pointe le bout de son nez pour que tout dérape dans les grandes largeurs. C’est le début d’une histoire débridée où l’humour se dispute à des rebondissements ubuesques qui hypnotisent très vite le lecteur, ne lui laissant aucun répit jusqu’à la dernière page.

On retrouve avec un plaisir certain l’univers qui m’avait tant marqué lors de ma lecture d’American gods. Cependant, on n’est pas ici dans le même ton et la même optique, l’auteur plaçant son œuvre dans le registre de la dérision durant tout l’ouvrage et se plaisant à malmener comme jamais son personnage principal. Ce dernier est très attachant et sa confrontation avec le frangin complètement barré est dantesque, le contraste fonctionne à plein régime et livre des moments irrésistibles. On ne peut vraiment pas faire plus différents l’un de l’autre que ces deux là et malgré les déconvenues successives qui nous sont livrées, ils ne sont pas frères pour rien et le développement de l’ouvrage va faire la part belle aux révélations étonnantes et à un rapprochement que l’on n’espérait plus.

Autour d’eux gravitent des personnages tout aussi hauts en couleur avec notamment une belle-mère bien épouvantable comme il faut, un patron corrompu aux accents de serial-killer en puissance, une fiancée plutôt coincée qui va s’ouvrir aux plaisirs inavouables (oulala !), une fliquette décontractée au charme certain et aux méthodes parfois peu orthodoxes et des Dieux revanchards qui guettent la moindre faiblesse de l’engeance d’Anansi pour lui tomber dessus. Avec tous ces ingrédients, on ne peut pas s’ennuyer surtout que Gaiman s’amuse énormément en écrivant et se permet tout et n’importe quoi, se déportant des lignes toutes tracées et proposant un récit virevoltant, sans temps morts et aux multiples références cachées délicieuses à découvrir.

Et puis, Anansi boys est d’un accès très aisé, la langue simple, efficace, directe ne l’empêche pas d’être lourde de sous-entendus et de sens cachés. On se plaît à se laisser divertir et porter par une histoire drolatique qui ménage aussi de beaux moments d’émotions. J’ai eu le sourire durant toute ma lecture qui n’a jamais baissé en intensité et m’a vraiment captivé. Un pur bonheur à découvrir si ce n’est déjà fait !

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- "De bons présages" (en collaboration avec Terry Pratchett)
- "Stardust"
- "American gods"
- "Coraline"
- "Neverwhere"

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