mercredi 28 juin 2017

"Dernier jour sur terre" de David Vann

dernier-jour-sur-terreL'histoire : 14 février 2008, Steve Kazmierczak, 27 ans, se rend armé à son université. Entre 15h04 et 15h07, il tue cinq personnes et en blesse dix-huit avant de se donner la mort. A 13 ans, David Vann reçoit en héritage les armes de son père, qui vient de mettre fin à ses jours. Quel itinéraire a suivi le premier avant de se faire l'auteur de ce massacre ? Quel parcours le second devra-t-il emprunter pour se libérer de cet héritage ? L'écrivain retrace ici l'histoire de Kazmierczak, paria solitaire, comme tant d'autres. Comme lui par exemple qui, enfant, se consolait en imaginant supprimer ses voisins au Magnum.

La critique Nelfesque : J'aime beaucoup David Vann. Il y a un côté viscéral dans son écriture et une critique de notre société dans ses romans. C'est le cas ici encore avec "Dernier jour sur terre" que Mr K m'a offert il y a quelques mois pour mon anniversaire. Un ouvrage entre le roman, l'enquête et le témoignage qui touche du doigt la question épineuse, pour nous autres occidentaux, du port d'arme aux Etats-Unis.

"Dernier jour sur terre" est étonnant. Tout d'abord de par sa forme. Ce n'est pas tout à fait un roman, pas tout à fait un essai, pas tout à fait une étude journalistique et pourtant un peu de tout ça à la fois. David Vann a enquêté sur Steve Kazmierczak suite à la tuerie qu'il a perpétrée dans un amphithéâtre de son université. Cherchant à savoir qui il était, il a contacté ses proches, ses amis, ses professeurs et, tel un journaliste, remonté le temps pour revenir à la genèse de son projet morbide et essayer de comprendre son état d'esprit.

Là où est l'originalité de son entreprise, c'est que David Vann ne se contente pas de collecter des informations et rapporter des faits. Il met en avant les éléments de la vie de Steve Kazmierczak à la lumière de sa propre existence. Constatant qu'il existait bon nombre de similitudes entre sa propre vie et celle du tueur, il s'est interrogé sur ce qui pousse un homme à suivre une voie plutôt qu'une autre, à le faire passer du côté obscur, à déclencher un compte à rebours mortel. Ces personnes sont-elles réellement psychotiques ou est-ce la société qui, en les excluant, les pousse à devenir des tueurs en puissance ?

David Vann se livre ici comme il ne l'a jamais fait auparavant. Connu pour mettre un peu de lui-même dans chacun de ses romans, il nous livre ici des pans entiers de sa vie privée en mettant l'accent sur un événement majeur de son existence, le suicide de son père. Pro-armes, il a toujours été passionné par la chasse et fervent défenseur du droit de port d'arme, les Etats-Unis étant à 1000 lieues de nos convictions profondes sur le sujet en France, son père à sa mort lui a légué l'intégralité de ses fusils de chasse. L'auteur étant l'exact opposé de son père sur ce point, il a été doublement bouleversé par ce suicide et ce legs et pendant un moment a présenté des troubles destructeurs, a menti à ses amis sur la cause réelle du décès de son père, a visé ses voisins avec une arme et tiré. Tout comme Steve Kazmierczak... A la différence près que David Vann n'a connu qu'une période d'instabilité psychique, là où Steve est entré dans une spirale paranoïaque et maniaque.

La démarche d'instropection de l'auteur est impressionnante d'humilité et d'ouverture d'esprit. Celui-ci n'hésite pas à se mettre à nu face à son lecteur pour qu'il mène à son tour une réflexion poussée sur le sujet. Il est tellement plus simple et plus confortable de mettre l'étiquette de "fou" sur les personnes connues pour ce genre de faits. Plus hasardeuses et complexes sont la réflexion et la tentative de comprendre ce que la société fait de chacun d'entre nous, y compris les plus faibles. David Vann ici pousse à réfléchir et il est tellement rare de lire ce type d'ouvrages en littérature que celui-ci devient essentiel.

Du fait des récents attentats perpétrés chez nous, ce genre de lectures est difficile à entreprendre sans faire de parallèle, pourtant il est important d'essayer de comprendre ce qui se passe dans la tête des tueurs. Ici il n'y a pas d'endoctrinement à proprement parlé mais une faiblesse d'esprit qui fait qu'un élève au demeurant brillant et aimé de ses proches va perdre pied, essayer de s'en sortir, de combattre ses démons mais finalement échouer, emportant avec lui d'autres vies humaines.

Ouvrage profondément humain, "Dernier jour sur terre" est à lire absolument. Jeunesse en perdition, fascination pour les armes, traitements médicamenteux, David Vann dresse un portrait glaçant des Etats-Unis et de ce que ces mentalités peuvent générer comme troubles et tragédies. Sans tomber dans le pathos ou le m'as-tu-vu, il questionne la société actuelle et apporte éléments de réponse et de réflexion. Passionnant et effrayant !

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lundi 26 juin 2017

"L'Île des morts" de P. D. James

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L’histoire : Un château victorien bâti sur une île : c'est là qu'un riche excentrique a convié quelques amis pour le week-end. Au programme des réjouissances, une pièce de théâtre montée par une troupe d'amateurs.

Mais quelqu'un trouble la fête, se livrant à de macabres plaisanteries aux dépens des invités. La mort rôde autour de l'île. La terreur s'installe.

Cordélia Gray, la jeune détective de La Proie pour l'ombre, joue les gardes du corps et observe d'un œil attentif ces convives dont les bonnes manières dissimulent des vices inavouables. Energique, intuitive, elle dénoue un à un les fils de cette toile d'araignée criminelle.

La critique de Mr K : Ce livre est le fruit d’un coup de poker de ma part lors d’une session chinage. Je ne connaissais aucunement l’auteure, P. D. James, mais la quatrième de couverture de L'Ile des morts faisant la part belle au huis clos dans un vieux château isolé sur une île me faisait très envie. Et puis, il se dégageait un petit côté surannée au charme certain qui me faisait penser à du Conan Doyle ou du Christie, deux auteurs que j’affectionnais particulièrement dans mes années lycée pour me détendre après quelques lectures obligatoires.

Un riche lord fait appel à Cordelia Gray pour protéger sa femme qui reçoit des mots très menaçants de manière régulière. Actrice de théâtre à la renommée importante, elle est très exposée et doit se produire de manière exceptionnelle sur une île isolée. La détective privée qui pour sa couverture se fait passer par la nouvelle secrétaire particulière de sa cliente va se mêler aux invités de cet événement et se rendre compte qu’elle se retrouve plongée au milieu de tensions palpables et très anciennes. La mort va frapper et bousculer l’emploi du temps prévu. Commence alors une partie de chasse au coupable où il faudra lever les faux semblants et découvrir les secrets enfouis par chacun.

À priori, il s’agit de la deuxième aventures mettant en scène le personnage de cette jeune détective privée qui vit d’expédients et de recherches de chats perdus. Cette enquête va la faire rentrer dans la cours des grands même si j’ai trouvé que finalement elle ne faisait pas l’essentiel du travail, l’auteur faisant aussi intervenir la police en la personne d’un vieux commissaire grincheux et son jeune adjoint idéaliste. Cornelia est très vite dépassée car elle ne s’attendait pas à devoir intervenir dans une enquête criminelle mais ses réflexes de détective vont bien l’aider à dénouer le sac de nœuds dans lequel elle est empêtrée.

Il faut dire que les invités ne vont vraiment pas lui faciliter la tâche en lui dissimulant des choses parfois inavouables entre jalousie larvée, secrets de famille et vices profonds. Un critique littéraire aux portes de la mort, une cousine haineuse et intéressée, une actrice déconnectée de la réalité et manipulatrice, un seigneur du château égocentrique, un jeune collégien complètement paumé et des serviteurs interlopes forment le casting de cette enquête policière très classique qui se plaît à déjouer les pronostics en distillant très lentement les éléments de réponse et en s’amusant à nous orienter sur des fausses pistes. Les rapports âpres qui en résultent donnent une couleur bien cynique à l’ensemble et la pauvre héroïne (un peu neuneu d’ailleurs parfois, on la voudrait plus vindicative) a fort à faire entre les mensonges, les dissimulations et le manque de collaboration de certains.

Le caractère insulaire des lieux rajoute une dose de mystère et de fascination pour cette histoire nébuleuse. Le vieux château, ses souterrains, la côte découpée, les falaises, le jardin d’agrément sont autant de lieux clefs où vont se dérouler les actes principaux d’une affaire plus complexe qu’elle n’y paraît au départ. L’ambiance est remarquablement bien rendu à la manière d’un Rebecca de Daphné Du Maurier (quelques tons en dessous quand même) et on se laisse emporter par l’écriture habile et très détaillée de l’auteur qui va très en profondeur explorer ses personnages et leurs motivations intimes. Ce que l’on perd un peu en rythme, on le gagne en caractérisation et ceci pour tous les êtres déchirés qui hantent ces pages. Cela donne au final, une belle brochette d’individus aux destins qui s’entrechoquent et qui auraient pu tous être le coupable idéal. Finalement, c’est une gigantesque partie de Cluedo qui se joue de page en page et personnellement, je n’ai vu venir la vérité que vers le dernier quart de l’ouvrage et la conclusion m’a surpris.

Au final, ce fut une très agréable lecture, un livre qui se lit très facilement, daté certes dans sa manière d’aborder le genre et les personnages mais les effets marchent toujours et les amateurs de roman policier y trouveront leur compte. Je n’exclus donc pas de retourner dans l’œuvre de cette auteure qui mérite bien son surnom de Reine du crime.

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dimanche 25 juin 2017

De l'art de se plaindre...

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Dessin de Bar tiré de son blog.

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samedi 24 juin 2017

"35 kilos d'espoir" d'Anna Gavalda

35-kilos-d-espoir_couvL'histoire : Grégoire déteste l'école, si fort qu'en sixième il a déjà redoublé deux fois. Le seul endroit qu'il aime, son refuge, c'est le cabanon de son grand-père Léon, avec qui il passe des heures à bricoler.
Quand Grégoire est renvoyé du collège, pourtant, Léon est furieux. II renonce à consoler son petit-fils et lui refuse sa protection. II est temps, peut-être, que Grégoire accepte de grandir...

La critique Nelfesque : Anna Gavalda et moi, c'est une grande histoire d'amour. Alors que je ne suis pas spécialement adepte des romans "feel good" (entendez par là que je n'en lis pratiquement jamais), un peu gnangnan sur les bords et terminant inlassablement par un happy end, les ouvrages de cette auteure font figure d'exception. Parce qu'elle a un je-ne-sais-quoi de différent, une sensibilité qui me touche beaucoup et que je me retrouve souvent dans l'un ou l'autre de ses personnages loin d'être manichéens. Chez Gavalda, tout n'est pas noir ou blanc et tout n'est pas rose non plus mais avec les petites choses du quotidien et les petits bonheurs de la vie, l'espoir et la joie refont toujours surface quelque soit leur intensité.

C'est par hasard que je suis tombée sur "35 kilos d'espoir". Je ne savais pas que Gavalda avait écrit pour la jeunesse et par curiosité, je suis repartie avec. Lu d'une traite en une heure, un après-midi de baisse de régime (une angine, ça calme bien), j'ai passé un excellent moment avec ce roman que je conseille vivement à tous ceux et celles qui ont des enfants en âge de lire ce type d'histoires. Grands comme petits y trouvent leur compte, c'est beau, doux, émouvant et libérateur à la fois.

Grégoire est un jeune garçon de 13 ans. En 6ème après avoir redoublé 2 fois, il n'est pas un foudre de guerre. L'école, il n'aime pas ça. Il a beau se forcer, ça ne l'intéresse pas, il n'en voit pas l'intérêt. Il y va pour faire plaisir mais s'épanouit vraiment dans le bricolage et les moments passés avec son grand-père. Grégoire, c'est un manuel. Il a un esprit pratique très développé pour son âge, aime inventer des choses, fabriquer des objets... Autant de facultés que les grandes personnes apprécient chez un adulte, mais dans ce monde injuste à l'égard des besoins et envies de l'enfant, l'accent est mis sur les notes, les bulletins scolaires et la réussite aux contrôles.

"35 kilos d'espoir" est un fabuleux petit livre sur l'accomplissement de soi. Sur les rêves, sur les attentes que l'on a de la vie et des autres, sur l'amour, sur la confiance en soi. Grégoire est haut comme trois pommes et pourtant il sait déjà qui il est et qui il veut être. Problème, pour l'instant, il ne sait pas tout à fait comment y arriver...

C'est avant tout la confiance de son grand-père et l'amour qui lui porte qui l'aide à grandir et à se poser les bonnes questions. Le jour où celui-ci tombe malade et rentre à l'hôpital, Grégoire met tout en oeuvre pour le faire guérir, par la volonté, les bonnes ondes, la détermination. Avec toute la rage du désespoir d'un enfant et cette petite magie que l'on a tous vécu et que l'on a oublié en grandissant.

D'une intensité incroyable, "35 kilos d'espoir" nous fait passer par toutes les émotions. Très juste et tout simplement beau... A lire et faire lire !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Billie"
- "L'échappée belle"
- "La Consolante"

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vendredi 23 juin 2017

"Ne dis rien à papa" de François-Xavier Dillard

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L’histoire : Quatre jours et quatre nuits se sont écoulés avant que la police ne retrouve la victime dans cette ferme isolée. Quatre jours et quatre nuits de cauchemars, de douleurs et de souffrances, peuplés de cris et de visions imaginaires en face de ce jardin dans lequel elle a été enterrée vivante.

Sur un autre continent, loin de cet enfer, Fanny vit avec son mari et leurs jumeaux Victor et Arno. Leur existence bien réglée serait parfaite si elle ne percevait pas, au travers des affrontements qui éclatent sans cesse entre ses enfants, chez l’un, une propension à la mélancolie et, chez l’autre, un véritable penchant pour le mal. Chaque jour elle se dit qu’elle ne pourra plus supporter une nouvelle crise de violence, ces cris qui la replongent au cœur d’images qu’elle voudrait tant oublier... À n’importe quel prix...

Et lorsqu’un nouveau voisin s’installe dans la grande maison, elle souhaite offrir le portrait d’une famille parfaite. Mais chaque famille a son secret et le sien est le plus terrible qui puisse exister.

La critique de Mr K : François-Xavier Dillard avait fait assez grand bruit lors de la sortie de son premier roman intitulé Fais-le pour maman, titre que je n’ai d’ailleurs pas lu mais très apprécié sur la blogosphère. C’est donc avec sa dernière sortie littéraire, Ne dis rien à papa, que je découvre l’auteur et ce que je peux en dire en préambule c’est qu’il est efficace dans le genre, par contre pour l’originalité et la surprise, on repassera. Chronique d’une lecture agréable, rapide mais pas mémorable.

A travers des chapitres ultra-court (3 à 6 pages maximum), nous suivons à tour de rôle et de manière plus ou moins proportionnée différents personnages sans liens apparents entre eux : une mère de famille fleuriste à la vie réglée comme du papier à musique, un survivant d’un massacre ne comprenant pas où il en est, un policier menant l’enquête sur une série de meurtres particulièrement horribles de médecins. On nage en eaux troubles au départ car l’auteur se garde bien de livrer tous les éléments psychologiques et factuels liés à chacun d’entre eux. Vous vous doutez bien que tout va finir par s’imbriquer pour livrer une vérité bien dérangeante...

Autant le dire de suite, le principal défaut de cet ouvrage est qu’il respire le déjà-lu et pourtant par rapport à Nelfe, je lis beaucoup moins de polar/thriller page-turner. Très vite cependant, j’ai commencé à me douter de certains liens et de logiques de développement de personnages. Même si je n’ai pas découvert 100% des rouages de l’histoire, j’en ai capté une belle moitié dès les cent premières pages. Niveau suspens, l’effet est donc gâché et je suis arrivé à la fin de l’ouvrage un peu déçu de ne pas avoir été baladé davantage.

Dommage dommage... Car sur le reste, Ne dis rien à papa est de très belle facture. On accroche très vite aux personnages qui même s’ils ne sont pas très novateurs dans leur traitement proposent très vite une tension sous-jacente assez impressionnante. Le poids des secrets est de plus en plus lourd sur leurs épaules, le bateau des mensonges prend l’eau et à force d’écoper sans vraiment résoudre les soucis, l’équilibre est perdu et la vie de chacun ne sera plus jamais la même. Soupçon, paranoïa et meurtres sanglants se conjuguent allègrement dans une suite macabre et mortifère (les amateurs de passages bien thrash apprécieront les quelques fulgurances présentes dans le texte). Très vite tout espoir semble perdu et la dernière partie du roman livre des actes sans concession et une conclusion bien cruelle comme je les aime.

Le rythme rapide emballe de suite le lecteur et malgré la brièveté des tranches de vie ou de réflexion intimes qui nous sont données à lire, on plonge littéralement dans l’ambiance glauque et dérangeante du roman. L’écriture à défaut d’être exceptionnelle esthétiquement (on est loin d’un Dantec dans Les Racines du mal par exemple) est d’une remarquable efficacité, le mot page-turner est ici très adapté à cette lecture véloce et addictive. Reste qu’en refermant Ne dis rien à papa, même si sur le moment le plaisir est là, on ne retiendra pas grand chose de cette lecture si du moins on est un habitué du genre.

Étrange sensation donc, entre plaisir coupable et manque d’originalité frustrant. À chacun de se décider à tenter ou non l’aventure. Pour ma part, j’essaierai quand même de trouver le premier roman de l’auteur pour me faire une idée plus définitive sur lui.

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mercredi 21 juin 2017

"Méthode 15-33" de Shannon Kirk

Methode 15 33L'histoire : Une jeune fille de seize ans, enceinte et sans défense, est enlevée en pleine rue et jetée dans une camionnette crasseuse. On la croirait terrorisé et vaincue. Il n'en est rien.
Prodige scientifique à l'esprit calculateur et méthodique, elle va mobiliser toutes ses ressources pour atteindre ses deux objectifs : sauver l'enfant qu'elle porte et assouvir sa vengeance.
De cette confrontation entre un groupe de ravisseurs sadiques et une adolescente aux tendances sociopathes, personne ne ressortira indemne.

La critique Nelfesque : "Méthode 15-33" est un roman que j'avais repéré lors de sa sortie en broché chez Denöel, début 2016. Un thriller qui m'avait l'air bien efficace, d'une auteure que je ne connaissais pas encore (et pour cause, pour l'instant ce présent ouvrage est le seul traduit en français).

Amateurs de thriller, ce roman est pour vous ! Je suis une habituée du genre et j'ai tendance à dire que les schémas se répètent souvent et que la surprise est malheureusement de moins en moins au rendez-vous. Lorsque l'on aime les thrillers et qu'on en lit beaucoup, force est de constater que les romans sont souvent bien menés et se lisent très bien mais on retombe facilement dans les mêmes chemins balisés, une ou deux petites pirouettes faisant l'originalité de l'ensemble. Il m'est de plus en plus rare de tomber sur un ouvrage qui dépote et qui me tienne véritablement en haleine non pas pour connaître la fin de l'histoire mais pour le personnage principal, sa personnalité et les surprises qu'elle nous réserve. Ce fut le cas ici et ça fait un bien fou !

Nous suivons l'histoire d'une adolescente qui, sur le chemin de l'école, a vu une camionnette s'arrêter à sa hauteur et la conduire vers l'enfer. En moins d'une minute, sans qu'aucun témoin ne remarque quoi que ce soit, sa vie bascule et elle se retrouve enfermée dans une pièce pour une raison qu'elle ignore. Avec peu d'égards pour elle, alors qu'elle est enceinte de plusieurs mois, ses ravisseurs ne lui donnent aucune explication, ne semblent pas vouloir demander de rançon pour sa libération et la traitent comme un vulgaire objet. Seul semble les intéresser son bébé et ils veulent qu'elle accouche le plus vite possible. Qu'adviendra-t-il d'elle ensuite ? Est-elle la seule à être victime de tels agissements ?

Au lieu de se morfondre et de paniquer, l'héroïne de "Méthode 15-33" diffère de la grande majorité des victimes de thriller classiques. Certains la trouveront too much, je la trouve burnée ! Que ça fait du bien de voir une jeune fille qui n'a pas les deux pieds dans le même sabot et qui met tout en oeuvre pour s'échaper de ce taudis. A certains égards, durant ma lecture, j'ai repensé au personnage principal de "Split" de M. Night Shyamalan, vu au cinéma en mars dernier.

Atypique, elle a un esprit sans cesse en éveil et analyse depuis sa plus tendre enfance tout ce qui l'entoure. Aussi dans cette pièce qui en apparence ne possède rien pour mettre en place un plan d'évasion, elle va répertorier dans sa tête l'ensemble des éléments qui la constitue et les étiqueter en item (item n°16 : radio réveil, item n°23 : écharpe à franges...). Elle va également noter tous les faits et gestes de ses ravisseurs lorsqu'ils se trouvent avec elle, noter leurs habitudes, calculer leur poids selon leur taille et leur corpulence... Tout cela dans un but bien précis : s'évader et les surpasser ! En attendant elle joue la victime, ne laisse rien percevoir et fomente son plan en secret, pendant 33 jours...

Disons le tout net, cette héroïne est l'élément qui fait toute la différence. Elle envoie clairement du bois et c'est un sentiment de jouissance qui habite peu à peu le lecteur. Fun et cathartique (oui moi ça m'éclate vraiment ce genre de bouquin), elle permet à tout à chacun de se défouler en lisant ce roman. "Boom, allez tiens prend ça ! Ah tu l'avais pas vu venir petit enc*** !" Accompagnez tout cela d'un rire sardonique et vous y êtes : le côté vengeur et justicier version "qui tache" du lecteur vient de se réveiller. On a affaire ici à la MacGiver de l'évasion, la sociopathie en plus.

Avec son héroïne froide et ses méchants vraiment très très méchants ("oula ils sont pas sympa eux, je leur confierai pas mes gosses..."), "Méthode 15-33" n'est pas un thriller des plus fins mais bon dieu qu'il fait bien le job ! Original de par son héroïne, sa construction et le ton employé, il révèle une auteure diablement efficace à suivre à l'avenir. Un excellent moment de lecture et un roman qui s'avale dans la journée. On en redemande !

J'ai lu ce livre dans le cadre d'un partenariat Livraddict / Folio. Merci à eux pour cette lecture.

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lundi 19 juin 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 7 et 8 de G. J. Arnaud

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L’histoire : On l’a surnommé le gnome, car il mesure à peine plus d’un 1m10. Nain dans un monde recouvert de glace, où tout est étroitement contrôlé par de grandes compagnies ferroviaires, il est devenu le père adoptif de Jdrien, l’enfant hybride de Lien Rag...

Son rêve ? Fonder sa propre compagnie ferroviaire ! Et en faire la compagnie la plus puissante du globe ! Mais entre le envieux qui préparent un coup d’état, la puissante panaméricaine qui complote pour lui voler ses ressources, et Lien Rag qui souhaite toujours, plus que tout, lui récupérer son fils, le Kid arrivera-t-il un jour à réaliser son rêve ?

La critique de Mr K : Retour dans l’univers de la saga de La Compagnie des glaces de G. J. Arnaud dont les tomes 7 et 8 sont réunis dans cette réédition tout juste sortie chez French Pulp éditions. La plus grande saga de SF jamais écrite, revient ici en laissant quelque peu de côté le héros principal Lien Rag pour s’attarder davantage sur son métis de rejeton aux prises avec la cupidité et le racisme des hommes et sur l’aventure commerciale menée par l’ancien aboyeur du théâtre Miki devenu entrepreneur de compagnie ferroviaire. Loin de ralentir la progression de l’intrigue principale, ces deux volumes complètent la caractérisation principale de ce monde futuriste inquiétant et procure un plaisir de lecture inchangé depuis les débuts de la saga.

Lien Rag exilé loin de lui et Yeuse déportée dans un train goulag pour l’assassinat d’un officier, Jdrien (le fils de Lien, fruit de son union contre-nature avec une femelle des hommes-roux) se retrouve confié au gnome et à sa compagne. Aimé et choyé, il va attirer bien des convoitises, notamment celle d’un général dictateur en fin de vie dont les souffrances sont apaisées par la présence de cet enfant différent. Car la jeune pousse a un don qui pourrait se transformer en malédiction si l’on découvrait sa vraie nature... Le gnome pour sauver cet enfant va devoir entreprendre un périple aux confins du monde et cette expérience va l’amener à s’interroger sur ses rêves et aspirations. Commence alors la longue construction d’un empire ferroviaire avec ses moments de gloire et ses difficultés. En parallèle, aux cours de quelques chapitres, nous retrouvons tout de même Lien Rag aux prises avec Mrs Diana, chef de la puissante compagnie panaméricaine qui souhaite mener à bien un projet qui risquerait bien de provoquer une apocalypse...

Loin de spoiler, ce résumé bref laisse entrevoir les nombreuses péripéties qui peuplent ses pages. On ne change pas une technique qui gagne et en bon feuilletoniste qui se respecte, l’auteur accumule les circonvolutions scénaristiques, les coups de théâtre et les visions hallucinées d’un avenir très sombre. Tractations et complots, trahisons et nouvelles alliances, amours et haines, espoirs et déchéances s’alignent à un rythme enlevé sans jamais perdre le lecteur. On reste en cela dans la droite lignée des opus précédents et même si la surprise est rarement de mise, le flot continue englobe le lecteur dans une douce euphorie et dans des tableaux évocateurs à souhait. Cette terre privée de soleil, plongée dans un froid polaire est décidément bien inhospitalière entre le climat rigoureux et les machinations inhumaines ourdies par les puissants. L’espoir a donc peu de place malgré quelques fulgurances joyeuses et de beaux moments de solidarité qui permettent aux personnages principaux de sortir pour un temps la tête de l’eau.

Derrière l’œuvre d’anticipation se cache aussi toujours de belles paraboles et réflexions sur le genre humain et notamment ici sur la conduite du pouvoir. Qu’il soit autoritaire ou démocratique, la puissance grise et donne à voir le pire de l’être humain. Luttes intestines, répression, propagande, domination des faibles et des minorités, autant d’éléments abordés avec finesse et frontalement par un auteur épris d’humanisme. Cela donne donc des passages parfois bien rudes où l’on se prend à s’agacer face à l’incurie de certains acteurs du roman voir leur passivité coupable. Bien vu aussi dans ce recueil, le focus sur la création d’une compagnie ferroviaire (rappelons qu’elles dominent le monde dans cette saga) depuis l’idée jusqu’à son exploitation. Tous ces passages enrichissent le background déjà exceptionnellement développé de cette saga qui n’en finit pas d’étonner et de bluffer par sa densité et sa qualité littéraire.

En effet, on ne peut que reconnaître le talent déployé en tant que conteur et faiseur d’histoire. La langue reste toujours aussi gouleyante, simple et efficace avec de magnifiques passages descriptifs, des moments plus techniques sur les technologies développées et des dialogues au cordeau, sans ajouts inutiles. Certes certains personnages peuvent se révéler à l’occasion un peu trop caricaturaux mais ils se prêtent finalement très bien au genre du feuilleton SF et l’ensemble dégage une force peu commune. Quand on sait qu’il reste plus de 80 romans de base à rééditer, on n'est pas près de voir se tarir une source de plaisir littéraire sans cesse renouvelée. Merci à French Pulp editions pour cette exhumation fort à propos dans un monde contemporain de plus en plus inquiétant.

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé de la saga "La Compagnie des glaces" de G.J Arnaud :
La Compagnie des glaces tomes 1 et 2
La Compagnie des glaces tomes 3 et 4
- La Compagnie des glaces tomes 5 et 6

samedi 17 juin 2017

"L'Horreur du métro" de Thomas Monteleone

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L’histoire : Le cadavre était presque réduit à l'état de squelette. Sur quelques lambeaux de chair verdâtre rampaient encore une multitude de choses voraces, grouillement informe de gélatine visqueuse, agitée de convulsions obscènes. Soudain les "choses" parurent remarquer la présence de Whitney, l'exterminateur de rats, et son hurlement de terreur et d'agonie résonna longuement dans les couloirs déserts du métro.

De Whitney, on ne retrouva que quelques os bien blancs, bien propres. De Jeff, le surveillant des égouts, et de Sam, le vieux poivrot, pas davantage.

Et l'inspecteur Corvino, chargé de l'affaire, soupçonne que ces meurtres inexplicables ne font que commencer. Comme si, en creusant ces tunnels immondes dans les entrailles de la terre, l'homme l'avait violée et devait dès lors payer pour ce crime.

La critique de Mr K : Aujourd’hui, présentation d’une lecture bien récréative qui m’a soulagé lors d’une "session angine" bien pénible le mois dernier. Quand on est malade, il est parfois difficile de se concentrer sur une lecture surtout quand elle est ardue ou ambitieuse. Hors de question pour moi par exemple de m’atteler à un Rushdie dans ces conditions mais par contre, un bon roman d’épouvante peut très bien faire l’affaire surtout qu’en général les personnages de l’écrit concernés souffrent bien plus que le lecteur, ce qui en soi est un réconfort bien sadique (sic). Me voila percé à jour ! Focus aujourd’hui donc sur L’Horreur du métro, un authentique titre de série B qui en tant que tel ne révolutionne pas le genre mais permet au lecteur amateur de frisson de passer du bon temps et de ressortir bien content d’une lecture certes anecdotique mais efficace.

Dans ce roman, il ne fait pas bon traîner tard dans le métro de New York surtout hors des stations et des rames. Clochards, exterminateurs de rats et techniciens ont tendance à disparaître de manière impromptue et violente. Mais tout finit par réapparaître à la surface entre les victimes d’un tueur en série insaisissable et les victimes déchiquetées de mystérieuses créatures. La police est sur les dents, en perd son latin et pour certains agents même le sens commun ! Très vite, les personnages principaux se retrouvent confrontés à quelque chose qui les dépasse, une force occulte qui grandit en se nourrissant de la peur et du ressentiment. Sa soif inextinguible d’espace fait que la confrontation avec le genre humain sera violente et à priori à sens unique. Inutile de vous dire que la simple enquête de police se transforme quasiment en croisade...

On est clairement ici dans de la série B assumée aussi simple qu'efficace. Ainsi, vous ne trouverez pas de grande originalité dans la caractérisation des personnages : le flic intègre esseulé qui vit son métier comme un sacerdoce, la journaliste arriviste mais pas trop à laquelle on s’attache vite, le spécialiste mystérieux qui officie à la faculté et se nourrit de sa passion pour les rites étranges... Rajoutez dessus cela un soupçon d’idylle naissante, de vieilles fêlures qui se rouvrent, des découvertes extraordinaires annonçant un apocalypse latent et vous vous retrouvez entre de bonnes mains. La mayonnaise prend instantanément (beaucoup mieux que quand je tente d’en faire une vraie en cuisine), le récit très rythmé n’est pas avare en circonvolutions et la tension est très bien dosée. On est rarement surpris mais l’addiction est immédiate si ce genre de plaisir coupable vous tente car Monteleone est généreux en effets horrifiques et maîtrise très bien son sujet.

J’ai beaucoup aimé l’exploration des bas fonds de New York et notamment le véritable gruyère que se révèle être son sous-sol. C’est un aspect de la big pomme que je n’ai pas visité lors d’un séjour ancien dans cette ville fascinante (à faire une fois dans sa vie même si comme moi vous êtes plus un rat des champs). Vu ce qui s’y passe, je ne suis pas sûr d’avoir envie d’aller sur les chemins de traverse se cachant sous les rues et à côté des lignes régulières du métro. Ambiance poisseuse, monde interlope peuplés d’être avilis, nuisibles de toute sorte et une présence étrange qui ne fait que grossir et qui ne révélera sa vraie nature que dans le dernier tiers d’un roman fourni en détails et qui emmène littéralement le lecteur avec lui dans un univers glauque et bien déviant. Petit bonus à l’occasion de scènes bien épouvantables, un clin d’œil au mythe de Prométhée (un de mes préférés dans la mythologie classique) et des références à Lovecraft. L’auteur connaît ses classiques et ça me parle ! Voici un exemple tiré du livre d’une discipline qui intéresse le docteur Carter (rien à voir avec Urgences), un des piliers de l’équipe enquêtrice du livre: La mégapolisomancie. (Carter hocha la tête d’une mine sombre.) C’est une théorie mystique compliquée énoncée par un occultisme du début du siècle, un nommée Thibault de Castries dont le livre avait pour titre La Mégapolisomancie. Traduit librement, ce terme signifie à peu près la magie noire urbaine. De Castries était persuadé que quand une ville vieillit, elle acquière une vie métaphysique propre en attirant certaines des formes de vie les plus éthérées de la nature: esprits, démons et autres nébuleuses. Moi aussi, j’en suis arrivé à y croire tout récemment. Tripant, dans le genre.

D’une lecture très rapide, accessible mais pas simpliste (faut pas pousser quand même, il y a tellement de livres à lire), j’avoue qu’il m’a bien accompagné deux jours durant entre frissons, visions ésotériques et romance à deux balles. Certainement pas le livre de l’année ni le meilleur dans le genre mais un très bon divertissement qui remplit royalement son office. Vous avouerez que c’est déjà pas mal, non ?

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jeudi 15 juin 2017

A la découverte de "Terres de Tisanes" - Cléguer (56)

Celles et ceux qui me suivent sur Instagram connaissent mon amour pour les produits naturels, le goût des choses simples et la qualité des bons produits. Le BIO est de plus en plus plébiscité et il en va autant de notre santé que de celle de notre planète. Préserver la Terre et ses ressources mais aussi éviter d'ingérer des tas de cochonneries : voici une des préoccupations grandissantes de notre époque.

Cela fait plusieurs années que je mets l'accent sur les produits bio dans ma cuisine (fruits, légumes, produits laitiers et thés surtout), dans ma salle de bain et ma trousse à pharmacie. Je m'intéresse de plus en plus aux huiles essentielles et à la phytothérapie. Je n'ai pas fini d'apprendre tant c'est un puits sans fond ! C'est dans cette démarche que j'ai découvert "Terres de Tisanes" et Alexandre Bompard, producteur de tisanes bio, à deux pas de chez moi. J'en ai parlé plusieurs fois sur les réseaux sociaux et ai attisé la curiosité de certains qui depuis ont testé leurs produits via leur boutique en ligne. J'ai aujourd'hui une excellente raison d'en parler plus longuement au Capharnaüm éclairé !

PO Terres de Tisanes 1

Samedi dernier avaient lieu les Portes Ouvertes de "Terres de Tisanes" et c'était l'occasion parfaite de découvrir les champs de plantes, mais aussi l'atelier et glaner quelques bons conseils au passage. Y étant toujours allée seule, c'était aussi l'opportunité de faire découvrir à Mr K ce petit havre de paix.

C'est au lieu-dit St-Guénaël sur la commune de Cléguer, à quelques kilomètres de Lorient (56), que "Terres de Tisanes" est implanté. Rendez-vous est pris devant la petite chapelle voisine de cette longère bretonne où l'atelier de séchage et de conditionnement ainsi que la boutique sont installés. Comme cadre, on ne fait pas mieux !

PO Terres de Tisanes 2

Avec un petit groupe de 8/10 personnes et Alexandre, nous nous dirigeons immédiatement vers les champs. Ici il nous explique ses principes de production, très proches de la permaculture. Les champs ne sont pas nickel, il y a pas mal d'herbes folles mais tout est fait dans le respect de la nature. En ce moment nous sommes en quasi sécheresse et il n'y a pas d'arrosage des champs. Une invasion d'insectes ? D'autres espèces se propageront pour contrer le problème. La nature a toujours su conserver un équilibre, il faut lui faire confiance. Pas de pesticides donc, pas de désherbant non plus. Un champs n'est pas un musée, il y a de la vie et si l'on veut se nourrir du fruit de la terre, il faut la préserver.

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40% du travail s'effectue dans les champs (désherbage, plantation, récolte), 40 autres sont pour le traitement des plantes récoltées (manutention, séchage et conditionnement), les 20 derniers sont pour la vente et l'administratif. Chez "Terres de Tisanes", on trouve plantés, à même le sol, de la mélisse, de la lavande, du fenouil, de la camomille, du cassis, de l'hysope, de la mauve, de la reine des près... On fait de la récolte sauvage d'aubépine, de sureau, de frêne... Et ce sont milles senteurs qui viennent taquiner les narines des curieux que nous sommes.

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Chacun y va de sa petite question : Quels sont les bienfaits de la mélisse ? Comment et quand récolter les roses ? Comment se débarrasser de façon naturelle des limaces qui envahissent nos cultures ? Aujourd'hui, les gens se sont déplacés pour découvrir cette petite entreprise mais aussi pour repartir avec plein de bons conseils. Le maître des lieux n'en est pas avare, l'ambiance est conviviale et la visite très agréable.

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Puis, nous sommes laissés entre les mains de sa collègue pour une découverte de l'atelier de séchage. Accueillis avec une tasse de tisane, nous passons de l'autre côté du miroir, l'endroit sur lequel s'interroge bon nombre de visiteurs.

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Installé à l'étage de la longère, sous les combles, l'atelier de séchage est un endroit important du processus de fabrication de tisanes. La pièce est gardée à température constante et à un taux d'humidité bien spécifique. Des ventilateurs et déshumidificateurs d'air sont installés ça et là pour aider à la bonne conservation et au séchage optimal des plantes.

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Tilleul, thym citron, roses, mauve... On en prend plein les yeux et encore une fois plein le nez ! Là encore les questions sont nombreuses : Combien de temps faut-il pour que telle plante sèche ? Comment sait-on que c'est le bon moment pour les ensacher ? Faut-il les brasser pour homogénéiser le séchage ? On sent bien que nous allons tous mettre en pratique les informations récoltées dès que nous serons rentrés à la maison ! Qui n'a pas dans son jardin un peu de thym, de la lavande ou de la menthe ? 

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C'est beau, ça sent bon mais on crève de chaud dans ce séchoir (enfin surtout moi qui suis très sensible aux variations de température) ! Petit passage maintenant du côté des stocks, "Terres de Tisanes" fournissant quelques enseignes alentours.

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Retour au rez-de-chaussée où se trouve la machine permettant de conditionner les tisanes pour la vente. Si vous vous rendez sur place, vous la découvrirez dans la salle principale servant aussi de boutique.

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C'est là également que se trouvent les stocks d'autres plantes servant à confectionner les mélanges. A savoir également que l'on peut vous faire sur place les mélanges de votre choix.

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La visite est maintenant terminée. Chacun à la possibilité d'acheter quelques sachets de tisanes et encore une fois poser toutes les questions dont il a besoin afin de s'orienter vers les bons produits. La santé passe par ce que nous consommons, je n'ai aucun doute là dessus. Depuis quelques temps, je sais aussi qu'elle passe par les plantes et en mesure chaque jour les bienfaits !

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Après le thym citron, le basilic, la coriandre, l'origan, la ciboulette et la menthe, c'est maintenant la verveine qui vient s'inviter dans notre jardin. Depuis samedi, je la regarde grandir doucement et s'épanouir chez nous. Pas de doute, elle sera chouchoutée ici ! Je suis également repartie avec un sachet de Camomille romaine que nous consommons en tisane mais que j'utilise également en compresse sur le visage, ayant de gros soucis de peau en ce moment (oui je sais, j'envoie du rêve ! mais je peux vous dire que ça me sauve et que je suis en passe de retrouver un visage normal ! hourra !).

J'espère que la visite vous a plu, n'hésitez pas à aller faire un tour chez Alexandre, virtuellement ou en vrai si vous êtes du coin. Vraiment, vous ne le regretterez pas ! Et si vous êtes adeptes de plantes, avez des petites astuces à partager ou vous posez des questions, laissez un petit mot ici et on échangera avec plaisir sur le sujet (on le fait déjà beaucoup ensemble sur IG mais tout le monde n'y est pas).

Merci "Terres de Tisanes" pour cette après-midi fort intéressante et enrichissante. Accueil au top, bonne humeur, convivialité mais aussi professionnalisme et produits de qualité ! J'en ai de la chance d'être votre voisine !

mardi 13 juin 2017

"Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

Le Cercle littéraireL'histoire : Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet pour son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil de ses échange avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre un monde insoupçonné, délicieusement excentrique ; celui d'un club de lecture au nom étrange inventé pour tromper l'occupant allemand : le "Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates". De lettre en lettre, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté débordante de charme, d'humour, d'humour, d'humanité. Et puis vient le jour iù, à son tour, elle se rend à Guernesey...

Fantasque, drôle, tendre et incroyablement attanchant...
Bienvenue dans Le Cercle des amateurs d'épluchures de patates !

La critique Nelfesque : Voici un roman que j'avais dans ma PAL depuis un petit moment. Tout le monde ou presque connaît "Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates". Son titre à rallonge à l'aspect farfelu explique peut être cela. A sa sortie, de nombreux lecteurs se sont jetés dessus et le bouche à oreilles a fonctionné à plein tube au point qu'aujourd'hui il est rare de croiser quelqu'un ne l'ayant pas lu. Et c'était pourtant mon cas il y a encore quelques semaines ! Je ne suis pas fan des effets de mode, je n'aime pas lire tout ce que tout le monde lit au moment même où tout le monde le lit, je ne suis pas amatrice non plus des romans épistolaires, j'adore tout ce qui a trait à la seconde guerre mondiale mais celui-ci me semblait trop "frais" ou superficiel pour un sujet si dur. Et puis bon, il faut l'avouer, je suis un peu râleuse aussi...

Un jour ma mère déboule chez moi avec ce roman, me disant qu'elle vient de le lire, qu'elle l'a adoré et qu'elle me le donne. Genre, je prêche la bonne parole, évangélisation, il FAUT le lire ! Notons ici que ma mère n'est pas une grande lectrice. Elle aime bien lire un ou deux bouquins de temps en temps et elle n'avait jamais entendu parlé de celui-ci (hum...). "Bon ben maman, pose ça là, merci c'est gentil, je verrai ça plus tard". Et le "plus tard" s'est transformé en année. Oui, je suis une fille indigne (en plus d'être râleuse) ! Le 8 mai, Mr K me lance le défi de lire un roman de ma PAL en lien avec le thème du jour. Bingo le moment est tout trouvé pour le sortir enfin et m'y mettre sérieusement malgré mes a priori. Et franchement j'avais hâte de sortir de la spirale infernale du syndrome Fight Club... Vous savez le fameux "Quoi t'as JAMAIS vu Fight Club !?" (remplacez ici "Fight Club" par "Le Cercle..." et le verbe "voir" par le verbe "lire", ça va, vous n'êtes pas idiots !).

BREEEEF ! Et si j'arrêtais de raconter ma vie et que je rentrais dans le vif du sujet ? Vous le voyez le stratagème qui consiste à tourner 3h autour du pot parce que ça vous fait suer d'avouer que vous avez eu tort !? Bon, ben voilà, c'est dit, pffff... J'ai lu "Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" 20 ans après tout le monde et j'aurais dû le lire avant parce que je l'ai trouvé super... Ça va ? Vous êtes contents !? Pardon maman, j'aurai dû t'écouter... Gnagnagna...

1946. La guerre est terminée et la vie reprend son cours. Juliet qui durant la période de conflit a écrit une rubrique dans un journal londonien doit maintenant penser à son prochain ouvrage. Problème, elle n'a aucun sujet en tête. Et voilà qu'il va peu à peu se mettre en place avec l'arrivée d'une lettre de Dawsey, habitant de Guernesey, amoureux de l'écriture de Charles Lamb et cherchant sa biographie. Très naturellement et avec cette simple requête va débuter une correspondance entre Juliet et Dawsey. A partir de là, on rentre dans l'intimité d'un groupe de lecteurs fondé en pleine seconde guerre mondiale. Que s'y passait-il ? Que lisaient-ils ?

Je me suis surprise à être entraînée dans cette lecture et avoir envie de connaître la suite. Comme une petite fouine qui lit les lettres d'autrui mais aussi par amour des personnes car ceux-ci sont tous attachants et ont tous quelque chose d'unique. On se prend à être touché par ce groupe, à aimer les connexions qui existent entre eux et à voir avec leurs yeux ces années sombres. Loin du tumulte et pourtant si affectés par les événements, ils vont ensemble construire un avenir et vivre ensemble sur cette île où le lecteur les rejoindrait bien...

"Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" est le titre le plus long qu'il m'ait été donné à voir mais ce qu'il contient est précieux et ses lettres mettent du baume au coeur, redonnent foi en l'être humain et donnent à voir une très jolie histoire qui nous plonge dans une époque dure et injuste où perce tout de même un rayon de lumière. Voir la beauté dans toutes choses, jouir de chaque petit bonheur et croire en des lendemains plus heureux : voici ce qu'il faut retenir de cette lecture. A lire donc !