samedi 12 décembre 2020

"Petit lexique des idées fausses sur les religions" d'Odon Vallet

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Le contenu : Les idées fausses ont depuis toujours proliféré dans le domaine où elles sont le plus pernicieuses, porteuses de haines et de malentendus : celui des religions. Elles concernent alors le noyau identitaire de chaque culture, et sont si bien enracinées qu'il semble impossible, surtout en un temps où le vocabulaire religieux envahit l'actualité la plus guerrière, d'aborder rationnellement ce terrain périlleux.

C'est pourtant ce que fait ici Odon Vallet. Dans cette édition mise à jour de ce Petit lexique devenu un classique, il corrige les approximations véhiculées par la rumeur ou les médias, qu'il s'agisse du voile prétendument islamique, de la laïcité ou de l'antisémitisme. Il s'applique aussi à prendre en défaut, sans concession aucune, les lieux communs du "religieusement correct" sur le pacifisme bouddhiste, la tolérance protestante ou la "culpabilité judéo-chrétienne". Il montre enfin comment certaines confusions cachent de réelles difficultés auxquelles il nous invite à ne pas nous soustraire, pour faire reculer l'intolérance et l'ignorance.

La critique de Mr K : Retour à mes premiers amours d’étudiant en Histoire aujourd’hui avec un ouvrage traitant des religions, leur Histoire, leur contenu et surtout les images / clichés qu’elles peuvent véhiculer dans l’imaginaire collectif. Ce Petit lexique des idées fausses sur les religions d’Odon Vallet était déjà dans ma PAL depuis un certain temps, les récents événements dramatiques me l’ont rappelé à mon bon souvenir, je l’ai donc exhumé pour une lecture d’actualité et prometteuse. Je dois avouer qu’une fois l’ouvrage refermé, je suis ressorti mitigé. Je suis partagé entre l’apport de connaissances brutes, passionnantes et fiables et la propension malheureuse de l’auteur à donner parfois son avis... ce qui me paraît être totalement déplacé dans un ouvrage tel que celui-ci qui a pour but premier d’éclairer de manière objective.

À partir de 70 entrées rangées par ordre alphabétique, l’auteur se propose d’explorer un certain nombre d’idées préconçues touchant aux religions, des images faussées ou trompeuses qui ont la vie dure. Par l’apport de connaissances précises, de références avérées et le croisement des influences, Odon Vallet apporte nombre de réponses essentielles car comme il se dit si bien dans son introduction "les idées fausses sont à la collectivité ce que sont les idées fixes à l’individu: un attachement de l’esprit dont on ne peut se priver sans danger, sans remettre en cause un équilibre mental ou une harmonie sociale." En ces temps plus que troublés, ça fait du bien de rentrer dans la nuance et l’explication simple.

On balaie nombre d’interrogations dans ce lexique qui reprend des thèmes importants comme le voile, le déicide, l’excision, le nirvana, la sexualité et la notion de plaisir, l’antisémitisme et pléthore de concepts clefs qu’il interroge à partir d’affirmations courantes comme par exemple La religion est l’opium du peuple, Le célibat des prêtres ne date que du Moyen-Age, Moïse était juif, Le Coran interdit les images ou encore Le capitalisme est né du protestantisme. Dans une langue simple avec une pédagogie éprouvée, il nous explique les choses de manière claire et concise dans des articles n’excédant jamais les six pages. Bien souvent, il y a une part de vrai dans ces assertions mais il est toujours bon de remettre les choses dans leur contexte, de nuancer tout en restant précis. La mission est totalement réussie à ce niveau.

Gros bémol pour ma part cependant, mais c’est là mon côté râleur et historien scrupuleux où l’objectivité doit être de rigueur du début à la fin : l’auteur a tendance un article sur deux à donner son opinion sur le concept, sur la nécessité de l’entendre et de le confronter au monde réel. Cela paraît évident que c’est le but de cet ouvrage, pourquoi le gâcher en y ajoutant des opinions personnelles qui empêcheront le lecteur de se forger lui-même son opinion. Je trouve cela dommageable surtout que certaines idées exprimées ici me semblent bien consensuelles, irréalistes voire parfois inexactes... Je dois avouer que certains passages m’ont prodigieusement agacé...

Ne boudez cependant pas votre plaisir. Si le thème vous intéresse et que vous cherchez quelques réponses utiles et éclairantes, ce livre conviendra admirablement aux non initiés qui y trouveront largement leur compte et sortirons de cette lecture heureux de connaître un peu mieux les mystères de la foi et donc de l’être humain.

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mercredi 9 décembre 2020

"Djinn city" de Saad Z. Hossain

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L’histoire : Il est le fils du Dr Kaikobad, ivrogne et mouton noir de l’illustre clan Khan Rahman. De sa mère, il ne sait qu’une chose : elle est morte en lui donnant naissance. Mais quand son père tombe dans un étrange coma, le jeune Indelbed découvre le secret de ses origines et le vrai métier de Kaikobad : émissaire auprès du monde des djinns, êtres fantastiques, redoutables... et extrêmement procéduriers. Très vite, le garçon se retrouve au centre d’une controverse millénaire dont l’issue pourrait être l’extermination de l’humanité.

En donnant une nouvelle vie aux créatures surnaturelles de la mythologie arabe, Saad Z. Hossain livre un récit époustouflant où se croisent vaisseaux spatiaux, villes englouties, sous-marins soviétiques, guerres oubliées, manipulations génétiques et, bien sûr, quelques dragons...

La critique de Mr K : Quelle claque, mais quelle claque mes amis ! Saad Z. Hossain m’avait déjà bien calmé avec Bagdad, la grande évasion paru en 2017 déjà aux éditions Agullo. Il récidive en 2020 avec Djinn City paru en octobre et que je trouve encore meilleur, c’est dire si la barre est placée haute ! Lorgnant vers American Gods de Neil Gaïman ni plus ni moins, le lecteur se retrouve plonger dans un univers entre fantastique et SF où hommes et djinns tour à tour s’allient et se déchirent sur fond de fin du monde. C’est frais, novateur dans la narration et complètement décomplexé. Accrochez-vous ça dépote !

Au cœur du récit, on retrouve Indelbed, un jeune garçon que rien ne distingue vraiment des autres. Il vit reclus dans une vieille demeure avec son père, un alcoolique fini qui vit en marge de la société et que sa famille (un clan bangladais de première importance) a rejeté. Un jour, son père ne se réveille pas. Plus qu’un énième coma éthylique, ce sommeil prolongé est d’origine surnaturelle. Le reste du clan vient à la maison, appelle les médecins mais rien n’y fait, le docteur Kaikobad est une véritable belle au bois dormant et rien ne semble pouvoir le réveiller.

Très vite le jeune garçon apprend la vérité. Sous ces dehors de déchet humain incapable de s’occuper convenablement de lui, le père était quelqu’un de haut placé auprès des djinns, des créatures qui n’ont rien de mythique et qui coexistent avec les humains depuis les origines ! Les apparences étaient trompeuses y compris dans sa famille quand il se rend compte que la redoutable tante July l’apprécie beaucoup ainsi que son fils Rais, un cousin qui semblait le snober jusque là. Suite à la visite d’un mystérieux émissaires afghan, Indelbed va disparaître dans un lieu caché de tous et va tout faire pour s’échapper du piège infernal que lui a tendu un djinn très retors. Rais quant à lui va devoir bon gré mal gré reprendre le flambeau de Kaikobad, entretenir des relations apaisées avec certains djinns et essayer de sauver (si c’est encore possible...) son cousin ! Rien ne va vraiment se passer comme prévu et le lecteur s’en va emprunter des chemins bien tortueux...

Cette lecture est vraiment unique en son genre. Certes comme dit précédemment, on pense à Neil Gaïman et son œuvre culte mais quelle originalité, quelle folie douce et fantaisie ! Dans ce domaine peu d’auteurs contemporains peuvent se targuer d’en posséder autant. C’est bien simple, ça ne s’arrête jamais car de chapitre en chapitre, en alternant les points de vue, on tombe vraiment de Charybde en Scylla. Ainsi, humains et créatures issues de la mythologie arabe se côtoient pour le meilleur, le pire et le rire ! On ne compte plus les situations abracadabrantesques qui s’alignent dans ce texte avec en point d’orgue un djinn chantant du Beyoncé allongé sur un piano et complètement bourré ! Des voyages extraordinaires sous la mer ou dans les cieux dans des appareils magiques, des expériences biologiques plus qu’hasardeuses effectuées sur des cobayes éberlués par les résultats, une guerre plurimillénaire qui se rejoue et des créatures étranges peuplent ses pages bien barrées mais toujours compréhensibles et accessibles car le foisonnement des situations, des personnages et des idées sont avant tout là pour divertir et fournir une histoire qui tient la route et déroute en même temps.

C’est peu commun et l’on peut dire que l’on en croise des êtres étranges ! À commencer par les djinns eux-même. Vieux grincheux retirés des affaires, jeunes loups en quête de gloire, une organisation officielle qui essaie de gérer les affaires courantes, les djinns sont ici présentés dans leur banalité car c’est avant tout une espèce très portée sur la bureaucratie, les contrats à rallonge et les procès qui peuvent s’ensuivre. Puissants, capables de détruire leur environnement immédiat d’un claquement doigts, ils n’en sont pas moins ridicules bien des fois, complètement perchés, voir à la rue dans le sens glandeurs et toxicos. Les humains ne sont guère mieux avec toute une brochette de personnages plus farfelus les uns que les autres qui finalement tentent de se débattre de leur condition de mortel. Autant dire que c’est compliqué pour eux mais qu’avec une bonne dose de malice, on peut toujours s’en sortir. Je n’en dis pas plus mais franchement attendez-vous à être surpris par les rebondissements et éviter de trop vous attacher... L’auteur va vraiment là où on ne l’attend pas et ça c’est plus que précieux à mes yeux !

Et puis derrière cette comédie féroce et ces moments plus centrés sur l’aventure avec un grand A, on ne peut s’empêcher de voir dans Djinn city une critique à peine voilée de notre monde avec quelques saillies cinglantes sur notre propension à polluer notre planète-mère, notre capacité à toujours vouloir plus au détriment de l’autre avec une course au progrès destructrice et au final une humanité qui s’est perdue en chemin. Non vraiment, ce roman est à part, on rit, on frémit, on se délasse et on part loin très loin de notre réalité pour un monde fantaisiste et cruel à la fois. Un incontournable de cette fin d‘année tout simplement, à découvrir absolument.

dimanche 6 décembre 2020

"Bug" volumes 1 et 2 d'Enki Bilal

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L’histoire : Dans un avenir proche, en une fraction de seconde, le monde numérique disparaît, comme aspiré par une force indicible. Un homme, seul, malgré lui, se retrouve dans une tourmente planétaire. Détenteur de l’ensemble de la mémoire humaine, convoité par tous, il n’a qu’un seul but : survivre pour sauver sa fille.

La critique de Mr K : Ça faisait pas mal de temps que je n’avais pas pratiqué Enki Bilal qui m’avait vraiment scotché avec sa trilogie Nikopol. À l’occasion d’un apéro-visio avec l’ami Franck, on avait parlé de son diptyque Bug qu’il a beaucoup apprécié. Il se trouve justement que le CDI de mon établissement venait de l’acquérir. Je décidai donc d’emprunter les deux volumes pour me faire ma propre idée. Même si j’émets toujours des réserves sur l’expressivité des personnages, j’ai adoré les dessins et le scénario. Il y a quasiment parfois un aspect prophétique dans cette œuvre qui interroge beaucoup sur la vacuité de l’espèce humaine notamment dans son rapport à la technologie.

Sans prévenir, en 2041, tout l’aspect numérique de notre monde-civilisation disparaît et ce n’est pas sûr que l’on s’en remette. C’est le fameux BNG (Bug Numérique Généralisé). Devenus totalement dépendants au numérique (faites un tour un jour dans les couloirs d’un lycée de nos jours, vous comprendrez), l’espèce humaine est perdue. Pertes de données massives à force d’enregistrer les informations sur leurs appareils plutôt que dans leur propre mémoire, la plupart des moyens de transports arrêtés car entièrement automatisés, risques nucléaires et en conséquence la montée des intégristes de tout poil font de cette période une véritable poudrière. Les grandes puissances ont peur de perdre leur position au profit de leurs concurrents naturels, des groupuscules radicaux y voient une occasion unique de prendre leur revanche sur les États et de doux rêveurs pensent qu’ils pourraient réaliser l’utopie dont ils rêvent depuis tellement longtemps.

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Leur attention va se porter sur un homme, Kameron Obb, seul rescapé d’une expédition sur Mars et qui semble concentrer désormais en lui l’ensemble des données perdues lors du fameux Bug. En parallèle, on suit sa fille Gemma dans sa surprise initiale et sa peur de ne pas revoir son père. Ce dernier est devenu l’équivalent d’un disque dur gigantesque, une véritable mémoire de l’humanité, phénomène inexplicable qui serait l’œuvre d’une entité extra-terrestre. Il attise forcément les convoitises et va devoir à la fois lutter pour sa liberté et libérer sa fille prise en otage par des mafieux désireux de s’enrichir. Tout un programme !

Le récit est véritablement passionnant. L’aspect anticipation est très bien maîtrisé et crédible. Il reprend dans ces deux premiers volumes (un troisième est en préparation) des thématiques qui lui sont chères liées à notre espèce et sa propension à l’égoïsme et la destruction. Il est assez jouissif de voir cette humanité perdue qui s’est révélée incapable de maîtriser ses désirs de toute puissance, d’omniscience réduite désormais à néant. Ainsi, certains individus haut placés qui avaient intégrés dans leur propre organisme des puces leur permettant de rallonger leur existence voient cette dernière écourtée de manière irrémédiable, des carcasses d’engins de toutes sortes gisent un peu partout on revient à une approche plus locale pour survivre et les journaux sont truffés de fautes d’orthographe depuis la disparition des correcteurs orthographiques. Le modèle de développement capitaliste semble avoir vécu et révèle ses faiblesses. On n’est finalement pas très loin de l’apocalypse, en tous les cas de grands changements s’annoncent.

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Les personnages principaux sont un peu perdus dans ce gigantesque capharnaüm qu’est devenu le monde connu. Ils subissent beaucoup les événements et la déstabilisation est totale. L’exposition prend son temps pour parfaire un background impressionnant et puis, à partir du deuxième tome, on vire dans le polar avec l’enlèvement de Gemma par une équipe de mafieux plutôt drôlatiques qui détonent dans cet univers de fin du monde. Le fun s’invite un peu même si la tension reste palpable et que le héros a fort à faire. Sachez que tout reste à savoir à la fin de la lecture du tome 2 notamment sur la nature du Bug et le devenir de personnages clef.

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Comme toujours avec Bilal, on peut s’attendre à de superbes planches. C’est encore le cas avec des décors grandioses, de très belles reproductions de certaines capitales connues et une dominante chromatique bleue et grise qui colle parfaitement au sujet traité. On retrouve son trait si caractéristique qui séduit l’œil au premier regard. Reste que comme dit précédemment, je trouve que depuis quelques temps, ces personnages bien qu’admirablement croqués semblent parfois fades, comme extérieurs à eux-mêmes et que cela joue sur leur expressivité et donc l’empathie que l’on peut éprouver pour eux.

L'œuvre cependant est très addictive et ne relâche jamais son étreinte, prisonniers que nous sommes d’un contenu riche, engagé à sa manière et un récit maîtrisé de main de maître. Il ne reste maintenant plus qu’à attendre la suite qui espérons-le ne sera pas trop longue à venir...

Lus, appréciés et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Mémoires d'outre-espace
- Partie de chasse
- La Croisière des oubliés
- La Trilogie Nikopol

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mercredi 2 décembre 2020

"Face à la mer" de Pierre Montbrand

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Le contenu : Un jeune étudiant amoureux de sa professeure d’anglais, un commandant de ferry voulant à tout prix retrouver une baigneuse aperçue de sa passerelle, un critique de cinéma à la recherche du passé d’Ingmar Bergman et de Harriet Andersson sur l’ile d’Ornö, un professeur d’université désargenté jouant les reporters sur les routes du Mississippi... Tous ont en commun la quête de l’éternel féminin, mystérieux et insaisissable.

La critique de Mr K : Petite incartade au pays de la nouvelle avec ce nouveau recueil paru chez Quadrature, une maison d’édition qui a l’art de proposer de très bons formats courts qui ne manquent pas de toucher leur cible à chaque lecture que j’ai pu faire. Dans Face à la mer de Pierre Montbrand (qui n’est pas le pseudo de Calogero, je vous vois venir petits coquins !), l’auteur nous propose à travers six récits d’explorer la figure féminine à travers des récits intimes masculins où l’amour sous toutes ses formes prend beaucoup de place. Six textes pour six expériences très différentes mais qui se relient entre elles par un fil ténu mais bel et bien là.

Dans Photo de classe, le narrateur apprend la mort de sa prof de français de lycée avec qui il avait noué une relation interdite et passionnée. Pendant le trajet qui le mènera au lieu de l’inhumation, il repense à cette période si particulière de sa vie qui l’a forgé. On commence très fort avec un récit poignant et éclairant sur la notion de passé, de construction de soi et d’amour fou. J’ai lu cette nouvelle d’une seule traite, déjà captivé par un style aussi simple que profond. Sacré démarrage ! On enchaîne ensuite avec Droits de succession qui voit une femme retourner dans la propriété de son défunt père, un artiste plasticien qui vient de passer l’arme à gauche et dont elle doit régler les affaires. Partie depuis longtemps de la maison, elle est froide, distante et les gens de la commune cancanent dans son dos... mais ils sont à mille lieux de savoir ce qui s’est déroulé dans cet endroit et ce à quoi doit se confronter l’héroïne dans ce retour aux origines. Sans doute, la nouvelle la plus bouleversante du recueil, on se fait cueillir par la trajectoire évoquée, la révélation finale et le rythme lent mais redoutablement efficace de l’auteur pour emmener le lecteur vers des rivages insoupçonnés. Franchement bravo !

Clair de lune nous conte quant à lui les réminiscences d’un homme lors d’une réunion de famille où il croise une personne qu'il n'a pas revu depuis des années mais avec qui il a eu une brève aventure que la morale réprouve. Très courte, allant à l’essentiel, l’émotion est ici à fleur de mot, la gradation rudement bien menée et le lecteur se fait embarquer là encore très facilement. Dans Face à la mer, la nouvelle éponyme, un capitaine de navire ferry tombe sous le charme mystérieux et sauvage d’une baigneuse au charme certain. Il va partir à sa recherche, retrouver sa trace et discuter avec un de ses proches qui livrera quelques vérités sur cette sirène des temps modernes. Le charme agit toujours autant sur le lecteur avec un personnage central des plus attachants et une chute brusque et saisissante, j’ai beaucoup aimé aussi.

Mon été 52 voit un critique de cinéma partir en Suède sans sa femme à la recherche d’un lieu mythique de tournage de Bergman. Il s’y logera un temps et fera la connaissance d’une femme fort charmante. On mélange ici fantasme et réalité, le cinéma et son aura ainsi que les lieux sur lesquels l’empreinte du septième art est parfois palpable. On brouille les pistes pour mieux revenir à l’esprit humain et ses contradictions. Il m'a fallu plus de temps pour rentrer dans ce récit mais au final, la chute est intéressante et la nouvelle plutôt réussie. Enfin, On dirait le sud, clôture ce recueil de manière plutôt banale avec l’histoire d’un universitaire en pleine déprime qui part sur les routes avec une de ses étudiantes. Je n’ai pas vraiment été convaincu par les personnages et l’objectif poursuivi, ce texte m’a paru vraiment un ton en dessous des autres. Un coup dans l’eau.

On passe cependant un très bon moment avec ce recueil qui fait la part belle aux souvenirs, aux choses qui nous habitent et guident nos pas tout le long de notre vie. C’est beau et cruel à la fois, triste et drôle, plein de contrastes en fait comme une existence humaine. Pierre Montbrand est très bon pour ce qui est d’explorer les affres de l’amour, de l’attirance / répulsion, des fêlures familiales et amoureuses qui peuvent marquer une personne à jamais. On n’est jamais dans la démesure ou les effets de manche superficiels, tout ici est d’une justesse fort à propos avec un style très accessible sachant se contenter d’aller à l’essentiel, essence même du genre de la nouvelle. À part un dernier acte légèrement hors sujet à mes yeux, le reste s’apparente à de la très bonnes nouvelles contemporaines et les amateurs ne s’y tromperont pas !

lundi 30 novembre 2020

"Seoul Copycat" de Lee Jong-Kwan

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L’histoire : Un inspecteur se réveille à l'hôpital, sous les yeux d'une collègue et de son chef. Il a réchappé de justesse à un incendie alors qu'il poursuivait un dangereux copycat. Ce dernier a déjà tué trois personnes, trois personnes suspectées d'avoir commis des crimes, trois personnes qui ont été assassinées comme elles avaient probablement elles-mêmes assassiné leurs victimes. Trois personnes qui étaient parvenues à échapper à la justice.

Quel est ce copycat qui pense pouvoir pallier les imperfections de la justice, pourrait-il lui-même appartenir au système judiciaire, ou à la police ?

Le copycat est un assassin qui tue en imitant d'autres criminels dont il a connu les modes d'action dans les médias. Généralement il est lui-même un tueur en série. Ce mimétisme peut aller jusqu'à copier des crimes fictifs décrits dans des livres, films ou séries.

La critique de Mr K : Chronique d’une sacrée claque aujourd’hui avec Seoul Copycat de Lee Jong-Kwan paru chez la jeune maison d’édition Matin Calme qui m’avait déjà diablement séduit avec le très bon Sang chaud de Kim Un-Su. À la confluence de plusieurs genre, entre thriller, policier et polar pour la caractérisation de certains personnages, ce récit enlevé de 250 pages propose une enquête resserrée assez jubilatoire dans son genre autour de quelques personnages charismatiques et une ambiance à couper au couteau.

Lee Suyin se réveille aveugle et amnésique sur un lit d’hôpital. Ce policier suivait la trace d’un copycat s’amusant à tuer ses victimes de la même dernière que ces dernières se sont débarrassées de leur propre victime. Suite à un incendie, le voila diminué et obligé de survivre comme enfermé dans son propre monde. Impossible pour lui de se rappeler de son nom et de sa vie. Seule certitude : il connaît le copycat et il est le seul à pouvoir révéler son identité. Han Jisu est à son chevet. Cette jeune femme solitaire et peu sûre d’elle est profileuse et dans son métier peu lui arrivent à la cheville. Entre les deux commence une drôle d’enquête entre entrevues dans la salle d’hôpital, retours sur les affaires copiées par le tueur et des révélations qui vont finir par pleuvoir et dérouter tout le monde, à commencer par le lecteur lui-même.

Tout commence de manière très classique. Le rythme est plutôt lent, on alterne le point de vue du héros en pleine convalescence qui ne doit se fier qu’à son ouïe et sa manière de penser. Malgré le fait qu’il soit très diminué, il a de la cervelle à revendre, beaucoup de questions aussi et avec l’aide de sa visiteuse, on essaie de retrouver la trace d’un imitateur pour le moins discret et insaisissable. Beaucoup de doutes habitent donc les deux collègues de circonstance, on revient sur les lieux des crimes originels, on ré-observe les données récoltées, on émet des hypothèses et surtout on essaie de comprendre les agissements de ce tueur peu commun. Pourtant, on sent bien que quelque chose cloche, on ne sait pas quoi mais le feeling ne trompe pas. Il manquait juste une pièce du puzzle...

Arrivé à la moitié de l’ouvrage, l’impact a lieu. Au détour d’une fin de chapitre, toutes les certitudes s’effondrent et l’emballement se produit. On se rend compte que manipulations et mensonges nous ont conduits sur des fausses pistes et les apparences s’avèrent trompeuses. Le jeu de dupe ne fait en fait que commencer, les nouvelles pistes elles aussi se révèlent fausses et c’est un véritable récit à tiroirs qui s’ouvre à nous. Moi qui suis habitué à ce genre de littérature et les effets qui y ont cours, je me suis fait avoir comme un bleu. C’est dire la fraîcheur et l’originalité de l’œuvre qui ménage parfaitement le suspens. On ne voit vraiment rien venir et on sort de cette lecture bluffé par la maestria narrative déployée.

Le traitement psychologique des personnages est un modèle du genre, tout en subtilité et méandres emberlificotés. Il faut aussi faire le tri de ce qui est de l’ordre du ressenti ou du fait, tout peut être entièrement relu quelque pages plus tard par un autre point de vue. C’est réjouissant d’intelligence et la structure du récit s’apparente à une architecture complexe mais aux fondations solides. Tout trouve finalement sa place et le climat instauré tout du long est électrisant. Rajoutez par dessus, une écriture accessible et trompeuse dans son apparente simplicité, et vous obtenez Seoul Copycat, un livre fascinant et déroutant à la fois. Les amateurs y trouveront plus que leur compte et ne doivent surtout pas passer à côté !


vendredi 27 novembre 2020

"Petit traité d'intolérance" de Charb

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Le contenu : Vous trouvez touchants les dessins d'enfants affichés au bureau ? Sexy, les filles qui boitent, torturées par leurs chaussures à talons ? Accueillants, les hôtes qui insistent pour vous offrir "quekchose" à boire quand vous arrivez chez eux, comme si vous veniez de traverser le désert de Gobi ? Alors, ce livre n'est pas fait pour vous ! Tous ces détails de la vie quotidienne qui enchantent Amélie Poulain donnent plutôt à Charb l'envie de distribuer des fatwas !

La critique de Mr K : Dans une époque qui se révèle de plus en plus effroyable, il me semble important de revenir parfois à l’essentiel : NOTRE liberté d’expression qu’il faut défendre envers et contre tous s’il le faut. À l’heure où des dirigeants étrangers pour le moins excités ameutent les foules pour qu’elles déversent leur haine et provoquent par ricochet des actes innommables, il me paraissait primordial de lire un ouvrage qui décape, rugueux et représentant à merveille l’espace de liberté que nous offre notre République. Alors certes, le Petit traité d’intolérance du très regretté Charb m’a paru inégal voire déplaisant parfois mais il a le mérite d’exister et pour cela il faut je pense y jeter un œil.

Sous la forme de cinquante petites chroniques acides et fulgurantes, il revient sur ce qu’il considère comme des travers et des choses exaspérantes du quotidien. Garanti 100% mauvaise foi, l'auteur passe en revue une multitude de personnes et de thèmes du plus cocasse au plus sérieux. Chaque chronique est écrite à la manière d’une fatwa en commençant dans son titre par Mort aux... : de la tong aux petits actionnaires, en passant par les moustaches de Bachar Al-Assad, aux festivals et mêmes aux couilles, tout le monde y passe ou presque !

Il n’y a pas de fil conducteur, de continuité entre les différents textes présentés. On passe donc du coq à l’âne avec un plaisir certain et parfois quelques réticences je l’avoue. Selon notre sensibilité, forcément il y a des choses dont on n’arrive pas à rire et c’est justement là que réside l’âme républicaine à la française. On n'est pas forcément d’accord et ce n’est pas pour autant qu’il faut censurer et interdire tant que l’on reste dans les limites fixées par la loi, limites que je trouve personnellement bien établies et justes (interdiction de diffamer, d'appeler à la haine ou au meurtre etc...). Le ton est volontiers acide ici, agressif parfois, on grince des dents parfois mais on rit énormément et l’on s’amuse de ces flèches assénées de manière vigoureuse qui révèlent bien souvent les défauts larvés de notre société comme l’égocentrisme érigé comme règle sociale, le consumérisme et l'apparence notamment.

J’ai lu ce Petit traité d'intolérance très vite mais par petites doses pour ne pas frôler l’indigestion. La structure / forme est la même pour chaque chronique et pour éviter une forme de lassitude (les textes sont très courts, une page et demi à chaque fois), il est bon de les intercaler avec d’autres lectures (comme le Canard enchaîné par exemple pour ma part). Entre ironie, cynisme et exagérations on passe un très bon moment et l’on se dit que malgré tous les défauts que l’on peut nous trouver (parfois à raison), c’est bon d’être citoyen français et de sentir libre. No pasaran !

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mardi 24 novembre 2020

"La Ligue des héros" de Xavier Mauméjean

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L’histoire : 1898 : Londres. L’Angleterre victorienne est en proie aux agressions de Peter Pan et des créatures du Pays de Nulle Part. Pour faire face à la menace, Sir Baycroft crée La Ligue des héros et recrute les meilleurs : Lord Kraven, English Bob, Lord Africa ou le Maître des détectives. Ils mènent ainsi une lutte sans fin contre les ennemis issus du peuple imaginaire.

1969 : banlieue de Londres. Un vieil homme est ramené dans sa famille par deux blouses blanches. D’où vient-il ? Qu’a-t-il fait ces dernières années ? Nul ne le sait. Jusqu’au jour où disques de rock et lectures de comics lui font redécouvrir l’aventure, l’héroïsme, l’honneur... et quelques souvenirs.

Entre merveilleux et réalité, entre steampunk et uchronie, les deux destins se rejoindront dans un tourbillon d’intrigues et de personnages savoureux.

La critique de Mr K : Chronique d’une superbe lecture aujourd’hui avec La Ligue des héros de Xavier Mauméjean, un auteur que j’adore et que je n’ai malheureusement pas pu voir cette année aux Utopiales à cause du contexte que l’on ne connaît que trop bien. Avant le reconfinement, nous sommes partis voir la grand-mère de Nelfe dans son havre de paix, perdu au milieu de la campagne périgourdine. Il me fallait emmener avec moi un ouvrage séduisant, propice à l’évasion et à la délectation littéraire. On peut dire que j’ai fait un choix fort judicieux avec un ouvrage virevoltant à souhait entre intrigues tortueuses, manipulations historiques délectables et langue toujours aussi érudite et jubilatoire.

Rien ne va plus sur Terre en cette fin du XIXème siècle depuis l’invasion venue du pays de Nulle part menée par Peter Pan. Les êtres imaginaires débarquent et font régner le chaos, poussés par un leader aussi juvénile que soupe au lait. Pour contrer cette menace plus que redoutable, un lord anglais haut placé décide de créer La Ligue des héros, sorte d’association d’êtres exceptionnels sensés nous protéger et apporter la paix à un monde qui en a bien besoin. En parallèle en 1968, on suit la destinée d’un vieillard anonyme qui semble un peu paumé et que l’on confie à sa famille. Rien ne semble le lier à l’univers fantastique précédemment décrit... et pourtant ! Plus la lecture avance, plus l’ensemble gagne en cohésion, les révélations surprenantes voire tétanisantes se succèdent pour mener à une conclusion renversante qui m’a totalement chamboulé.

Difficile d’en dire beaucoup plus, le spoiler ne serait jamais loin. Sachez simplement que le contenu est foisonnant et que l’on alterne l’aventure à l’état pur avec des passages bien prenants où le rythme se dispute aux péripéties les plus délirantes, des passages plus uchroniques où l’auteur s’amuse à faire dévier la trajectoire du temps bouleversée par l’arrivée d’êtres venus d’ailleurs, mais aussi des focus sur les tractations en jeu entre une impératrice qui a troqué son pouvoir contre une longévité accrue, des luttes d’influence entre factions rivales (on retrouve les traditionnels humains confrontés aux garçons perdus, les pirates et les peaux rouges). C’est très dense, parfois étourdissant même. Il faut accepter pour cela de se laisser balader un peu à l’aveugle mais rassurez-vous tout est savamment orchestré pour nous emmener vers une vérité qui éclaire tout et fait frissonner. Personnellement, je n'ai rien vu venir et j’aime tout particulièrement ça. Je ne m’y attendais pas du tout et cela devient rare de nos jours en matière de lecture donc bravo à l’auteur.

Il y a énormément de références dans cet ouvrage et elles font régulièrement le bonheur du lecteur. Xavier Mauméjean évoque et invoque tour à tour l’œuvre de James Matthew Barrie (l’auteur de Peter Pan) pour l’irruption de ses créatures, Sir Conan Doyle pour l’aspect policier / déduction avec un membre de la ligue qui se rapproche du locataire de Baker Street dans son esprit. Il y a aussi toute une filiation avec la culture des pulps, littérature populaire qui a fait les joies des amateurs à l’époque avec des personnages au premier abord caricaturaux qui se révèlent au final bien plus fins qu'il n’y paraissent de prime abord car comme le dit Mauméjean à la page 232 : "Savez-vous pourquoi l’équipe ne s’appelle pas "Compagnie des justiciers courtois" ou "Escadron des généreux gentlemen" ? Parce qu’il faut des héros. C’est-à-dire des hommes sans scrupule, capables de commettre des actes que tout le monde feint d’ignorer. Des missions indignes, qu’un écrivain romantique enjolivera plus tard pour en faire des actions d’éclat, nobles et chaleureuses. Il en a toujours été ainsi." Moi qui ne suis pas fan des films et productions Marvel (bien trop lisses et sans surprises à mes yeux quand on a dépassé 15 ans), j’ai donc été conquis par ces personnages hors norme qui s’avèrent complexes dans leur développement et parfois totalement surprenants. Là encore c’est un point de plus dans la balance d’une lecture vraiment épatante qui mêle de surcroît des références plus contemporaines comme Moorcock, Orwell et Christopher Moore. Oui, rien que ça !

Ce recueil qui regroupe deux romans, des nouvelles et des "ajouts temporels" de bon aloi est donc un joyeux bazar qui mêle différents genres avec une réussite de tous les instants. À la frontière du fantastique, de l’uchronie et de la rétro-SF, voila un livre qui ne se laisse jamais dépasser par ses ambitions, qui oscille entre le fun et l’humour mais passe aussi parfois par des abysses ténébreuses saisissantes à souhait. Derrière un aspect foutraque, on retrouve la plume si incisive et juste de l’auteur quand il s’agit d’explorer la psyché humaine. On dévore littéralement cette œuvre à moins que ce soit elle qui le fasse sans que l’on s’en rende compte... On retrouve le style si plaisant et renversant d’un auteur vraiment à part et qui se livre ici avec virtuosité à un exercice de style complètement barré et qui emporte tout avec lui. À lire absolument pour tous les amateurs des genres suscités, le voyage est incroyable et à nul autre pareil !

Lus, appréciés et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- La Société des faux visages
- La Vénus anatomique
- Kafka à Paris
Poids mort
Ganesha
American gothic
Lilliputia

samedi 21 novembre 2020

Acquisitions sous confinement

L'envie m'a pris de passer commande de quelques ouvrages d'occasion en ce début du mois auprès d'une librairie parisienne spécialisée dans les livres de seconde main. Nelfe m'avait dit qu'elle avait lu sur le net que ce haut lieu de la tentation que je fréquentais assidûment lorsque j'habitais en région parisienne rencontrait des difficultés... alors si je peux à la fois les aider en apportant ma pierre à l'édifice et succomber par la même occasion à une tentation qui me démangeait depuis quelques temps (NOUVEAUUUUUX LIIIIIIIIIIIIIIIIVRES !), je n'allais pas me gêner ! Ma PAL est déjà fournie mais pas de culpabilité pour autant, côté SF c'est tout de même réduit, il était donc temps de l'achalander à nouveau.

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C'est donc un très beau butin que je vous présente aujourd'hui avec trois auteurs que j'aime tout particulièrement. D'ailleurs, si vous nous lisez depuis un certain temps, vous les avez sans doute déjà croisés plusieurs fois et souvent avec une chronique plus que positive voire dithyrambique. Entre Dan Simmons auteur US surdoué, le pape de la SF française Pierre Bordage et les récits de haute volée entre aventure et SF de Jack Vance, je pense que je vais me régaler. Voici une brève présentation de mes nouvelles acquisitions qui s'annoncent plus que prometteuses !

- Le Styx coule à l'envers de Dan Simmons. On commence avec ce recueil de douze nouvelles qui se propose de nous faire voyager jusqu'au bout de l'Enfer entre SF et fantastique. Je n'ai jusqu'à maintenant jamais lu cet auteur dans le format nouvelles. J'en ai entendu le plus grand bien et avec la quatrième de couverture bien barrée présentant des textes au contenu délirant (un parc d'attraction pour se rejouer la guerre du Vietnam, une nouvelle technologie qui a permis de vaincre la mort, la reconstitution de l'Enfer de Dante...), voila un recueil qui fait saliver.

- L'Abominable de Dan Simmons. Même auteur mais en version roman cette fois-ci avec ce titre qui me fait de l’œil depuis que j'ai lu des avis enthousiastes publiés sur IG, notamment celui de ma copinaute blogueuse Walpurgis. On se lance ici sur les traces du Yéti ni plus ni moins dans un thriller fantastique à priori très documenté et haletant. L'ambiance décrite entre folie humaine et expédition vouée à l'échec m'ont directement fait penser au très bon Terreur du même auteur et que j'avais dévoré. M'est avis que celui-ci ne fera pas long feu dans ma PAL !

- Résonances de Pierre Bordage. Cela faisait trop longtemps que je n'avais pas lu de roman de cet auteur que j'adore. Dans ce roman, Bordage revient au space opera, un sous-genre de la SF qu'il maîtrise sur le bout des doigts. Amour et aventure promettent d'être au RDV avec cette histoire de deux êtres que tout sépare et qui vont devoir s'associer. Trame classique chez l'auteur avec sans doute pour moi un grand plaisir de lecture entre voyage spatial, complot, capacités spéciales et religion. J'en m'en délecte d'avance.

- Mission M'Other de Pierre Bordage et Melanÿn. Même auteur mais en association cette fois-ci avec un scénariste bien connu du monde de la BD. Une jeune femme suite à une avarie sur son vaisseau spatial va se retrouver sur Terre, une planète désormais en ruine où personne ne semble avoir subsisté. Elle commence un terrible périple afin de retrouver d'éventuels survivants... J'imagine que les auteurs vont nous livrer un récit initiatique mitonné à la sauce post-apocalyptique. Avec le talent de conteur des deux hommes, ça promet !

- La Mémoire des étoiles de Jack Vance. À l'heure où j'écris ces lignes, j'ai terminé l'intégrale des Chroniques de Durdane du même auteur (chronique à venir). Je me suis tellement régalé une fois de plus que j'ai commandé celui-ci pour avoir toujours un Jack Vance d'avance -sic-. Lors d'une expédition ethnologique, un couple sauve un garçonnet de six ans d'une mort certaine et l'adoptent. Mais qui est ce petit garçon qui régulièrement semble habité par des visions et qui reçoit des messages télépathiques ? Un long voyage plein de révélations débute. Cet ouvrage est excellemment noté par mes collègues blogueurs, je n'ai donc pas hésité une seconde pour l'acquérir.

Beau programme, n'est-ce pas ? J'ai hâte de les découvrir, ce sera pour la fin du mois avec pour le moment deux titres qui se battent en duel pour avoir la primauté de la lecture. Et vous, par lequel me conseilleriez-vous de débuter ? Il n'y a rien à gagner si ce n'est la mention de votre nom dans la future chronique de l'ouvrage concerné. Hé hé !

mercredi 18 novembre 2020

"Souvenirs de la troisième guerre mondiale" de Michaël Moorcock

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Le contenu : Michael Moorcock est né à Londres en 1939. Écrivain autodidacte, il acquiert sa notoriété avec le personnage d'Elric le Nécromancien, auquel il consacre une suite romanesque prenant à contre-pied les poncifs de l'heroic-fantasy. Les trois nouvelles de Souvenirs de la troisième guerre mondiale, rassemblées ici pour la première fois en volume, sont, pour deux d'entre elles, inédites en français.

La critique de Mr K : C’est un tout petit ouvrage de 95 pages que je vous invite à découvrir aujourd’hui avec Souvenirs de la troisième guerre mondiale de Michael Moorecock, un auteur qu’on ne présente plus aux fans de fantasy. Figurez-vous qu’ici, il change de crèmerie en offrant trois courtes nouvelles aux confins de l’anticipation et de la dystopie en imaginant une terre livrée à un nouveau conflit planétaire.

Ces trois nouvelles ont pour même protagoniste principal Tim Dubrowski, espion du KGB dans trois phases de sa vie professionnelle plutôt mouvementée. Sous fond de tensions internationales qui vont se dégradant de récit en récit, on le suit tour à tour comme espion / taupe, puis comme agent et finalement combattant de terrain. Froid et efficace, on le sent parfois fébrile et pas forcément en adéquation avec les ordres qu’il peut recevoir. Tueur de sang froid, on le découvre aussi amoureux dans une seconde nouvelle plus intimiste sous fond de guerre qui se généralise.

À part dans la troisième nouvelle, l’auteur axe donc énormément ses courtes histoires sur le personnage en lui-même ce qui permet d’offrir de belles pages sur l’humanité dans toute sa complexité. Concis et économe en mots, on gagne en puissance et en évocation notamment à propos d’une certaine vacuité de l’âme. Intéressant et surprenant. L’engagement pour une cause que l’on remet en question à l’occasion, les femmes et l’amour au travers de portraits incisifs de filles de joie rencontrées dans la cadre du travail, les atermoiements des supérieurs et toute une palanquée de situations basiques donnent à lire une critique acerbe du genre humain et de sa bêtise.

Le troisième récit est moins intimiste. On est plongé en plein conflit en compagnie du héros envoyé au Cambodge dans une compagnie de cosaques. On a l’impression d’être plongé dans un film sur le Vietnam avec une opération ratée et une fuite en avant qui ne peut que mener nulle part. La guerre est évoquée frontalement, sans fioriture avec un luxe de descriptions aussi courtes que judicieuses. On ressent une tension permanente et forte, de celle qui paralyse le jeune appelé qui va au front pour la première fois. Quoi de mieux pour mieux dénoncer la guerre et son cortège d’atrocité dans une ambiance plus que pesante où la menace peut venir de n’importe où ? Dans un style différent des deux premiers récits, celui-ci fait lui aussi mouche mais dans un autre registre.

Vous l’avez compris ce petit opus est une belle réussite qui donne envie de découvrir encore plus cette façade plus branchée SF prospective d’un l’auteur dont je n’avais lu jusque là que la partie fantasy. Je vais creuser cette facette de l’œuvre de Moorcock dans les mois et années à venir !

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Le Cycle d'Elric
- La Légende de Hawkmoon

lundi 16 novembre 2020

"La Femme qui a mangé les lèvres de mon père" de Tudor Ganea

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L’histoire : En 1995, un vagabond, Litsoï, est retrouvé mort sur la terrasse d'un bunker de Constanta construit par les Nazis, dans le delta du Danube. Dix ans plus tard, trois ouvriers disparaissent en explorant ce bâtiment. L'enquête mène sur la voie d'une famille de maquereaux ensorceleurs, d'un mystérieux village de Lipovènes perdu dans les bras du delta, et d'une malédiction qui rend les hommes impuissants.

La critique de Mr K: Aujourd’hui, je vais vous présenter un livre bien étrange, déroutant entre tous. La Femme qui a mangé les lèvres de mon père de l’auteur roumain Tudor Ganea est un véritable OLNI (Objet Livresque Non Identifié), un ouvrage qui ne ressemble à rien d’autre et qui par là même partagera ses lecteurs. Pour ma part, j’ai apprécié cette balade à travers le temps dans une petite communauté repliée sur elle-même qui doit faire face à des phénomènes étranges dans un ouvrage qui mêle réalisme et onirisme de manière très fine et déstabilisante.

Dans ce petit village perdu près du Danube, un jeune homme a trouvé la mort 10 ans auparavant. Les habitants n’ont jamais eu d’informations précises sur ce décès qui reste inexpliqué et lié à une casemate, bâtiment bétonné fortifié construit par l’occupant nazi il y a déjà bien longtemps. Les rumeurs les plus folles courent sur ce bâtiment et cela ne s’arrange pas quand une décennie plus tard trois ouvriers disparaissent sur le chantier de construction de barres d’immeuble qui a lieu au même endroit. La police envoie sur place un jeune inspecteur qui tente de démêler le vrai du faux des témoignages pour le moins truculents des pêcheurs-poivrots du coin. Tout va changer irrémédiablement quand lui-même va devenir témoin d’événements et de phénomènes pour le moins étranges mettant à mal la réalité qu’il pensait jusque là avérée...

Difficile de vous éclairer davantage sur un contenu tout à fait ésotérique. Autant vous prévenir de suite, pour apprécier au mieux ce roman hors-norme, il va vous falloir accepter l’idée de sortir des sentiers balisés, de ne pas tout comprendre et de vous laisser porter. Je dois avouer qu’on y comprend pas grand-chose pendant une bonne part de notre lecture, il est difficile de faire du lien entre les différents éléments et de définir ce qui est de l’ordre du fantasme et ce qui est de l’ordre de la réalité. Mais au final, l’intérêt n’est pas là (même si une explication finit tout de même par arriver), ce récit est une expérience à part se situant aux confins du roman policier, du conte initiatique et du pamphlet écologique et social.

Derrière l’enquête sur ces disparitions qui devient peu à peu secondaire, il est question du lien entre les hommes et les femmes, de frustration sexuelle, de désir, de paternité aussi. Derrière les échanges bien bourrus et les allusions salaces, on sent la misère sociale et sexuelle qui règne sur les lieux, quelque chose lié à un événement fondateur à l’origine d’une malédiction terrible qui fait que les hommes du cru ne peuvent engendrer de descendants. Et pourtant, il y a des enfants, tous ont les yeux verts et semblent venir d’ailleurs... Il y a aussi le bunker auprès duquel des personnes disparaissent ou d’autres semblent trouver des passages qui n’existent pas... On note aussi une opposition forte entre l’urbanisation massive et la Nature qui perd du terrain mais pourrait bien revenir prendre ses droits tôt ou tard. Vous trouverez donc nombre de situations improbables, de passages délirants (j’ai adoré celui sur le fonctionnement du bordel flottant évoqué en quatrième de couverture avec un instrument de musique plus que particulier) et des retournements de situation impossibles à prédire.

On alterne donc durant cette lecture, rêve éveillé quasi subliminal par moment et plongée dans les eaux troubles des personnages qui hantent un ouvrage à la langue unique. Imagée, souple, dense et brute à la fois, vous ne lirez pas deux livres comme celui-ci. Une fois accepté le fait de se laisser bringuebaler en tout sens, les pages se tournent avec un plaisir infini, un régal qui se perpétue encore et encore et amène le lecteur vers une fin complètement perchée et hautement symbolique. Entre crépuscule et aube nouvelle, voila un récit qui m’a séduit au plus haut point et m’a permis en plus de découvrir une nouvelle maison d’édition qui semble aimer le risque. À découvrir pour tous les amateurs de littérature différente et surprenante.