jeudi 17 décembre 2015

"Blog" de Jean-Philippe Blondel

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L'histoire : Le blog, c'était mon espace privé. Mon domaine. Et il a tout salopé. Je trouve ça dégueulasse. Ma révolte, je la revendique. Parce qu'il ne s'y est pas rendu qu'une fois. Il l'a suivi, pisté, décortiqué. Quand je suis en face de lui, maintenant, j'ai l'impression de me promener nu en pleine ville.

Révolté par cette trahison, le narrateur décide de ne plus adresser la parole à son père. Pour se racheter, ce dernier lui fait un don… une plongée dans le passé qui ne sera pas sans conséquence. Un roman de la filiation et de l'écriture intime.

La critique de Mr K : Une belle claque que ce roman jeunesse paru chez Actes sud junior en 2010 et dégoté à prix discount lors d'un énième craquage de votre serviteur. J'aime à l'occasion lire du roman jeunesse, histoire de me mettre à la page et de ne pas trop décrocher de la réalité que peuvent vivre mes chers têtes blondes qui sont (il faut bien l'avouer) parfois déconcertants et imprévisibles. Le héros de cet ouvrage est très éloigné de mes loulous pas très finauds mais sa quête quasi identitaire et introspective est à elle seule le symbole d'une période clef dans nos existences: l'adolescence entre splendeur et décadence.

Blogueur depuis quelques années, le narrateur s'y épanche en racontant ses journées, ses espoirs et ses déceptions. Véritable acte cathartique (comme les journaux intimes plus classiques), il y met tout son cœur et son âme. Peu à peu, l'écriture est devenue plaisir entre confessions et recherches stylistiques. Mais un jour malheureux, il découvre que son père l'a lu et cela le bouleverse profondément, il se sent découvert, violé dans son intimité. Oui je sais, ça paraît stupide à nous autres adultes mais un ado ne capte pas tout et surtout pas qu'il s'expose forcément en se livrant sur internet… mais bon, ça fait partie de leur charme entre candeur naïve et bêtise crasse. Très remonté contre son géniteur, il décide de lui faire la gueule et pas qu'à moitié! Silence radio, coupure des communications et une ambiance très pesante s'installe au foyer. Un soir, en sortant de sa chambre, il trouve un carton poussiéreux devant sa porte. Cela vient de son père qui le convie indirectement à découvrir son passé et à lever des secrets depuis trop longtemps enfouis…

Ce livre se lit d'une traite (ou deux pour moi, travail oblige!), l'addiction est immédiate. Prisonnier de la toile que l'auteur tisse avec finesse et brio, on s'attache directement à cet adolescent qui se cherche et s'oppose à la figure paternelle. Amateur de rock, attiré par les filles (dont une tout particulièrement qui aura un rôle décisif de révélateur), amateur de belles phrases, il ne comprend plus son père. Il remet en cause l'acte fatal qu'il a commis (la lecture du blog) mais aussi son attitude et comportement au quotidien, comme si ce viol virtuel avait libéré la fureur de ce jeune homme pourtant plutôt équilibré. Il est de son temps, il travaille juste ce qu'il faut au lycée, il boit des coups, fait des teufs, expérimente et bien évidemment connaît de grands bonheurs et de terribles désillusions. Il se dégage une énergie et une soif de vie qui transpirent des pages et des mots.

Et puis, il y a sa famille. Rien d’extraordinaire mais une famille que l'on apprend à connaître avec ses habitudes et ses non-dits. Une petite sœur horripilante, une mère aimante et effacée et un père un peu vieillissant, figure tutélaire de l'ensemble qui n'arrive plus à cerner son fils et regrette de suite son indiscrétion malheureuse. On y croit, le réalisme est poussé à son maximum et la caractérisation des personnages (y compris les rôles secondaires qui gravitent autour du lycée du héros) est d'une concision cristalline qui frôle la perfection.

L'exploration du carton et ce qu'il renferme est d'une intensité rare. Le fils va vraiment à la rencontre de son père, va apprendre à le connaître et mettre des mots et des vérités sur cet homme si important pour lui malgré leur brouille actuelle. Cela donne des passages parfois drôles souvent touchants, toujours puissants et enivrants. On trépigne à la fin de chaque chapitre, curieux d'en découvrir plus. A l'image du narrateur, on se doute bien que quelque chose de terrible va s'échapper de ce carton à première vue anodin, on n'est pas déçu et tout s'imbrique parfaitement en un ensemble cohérent et d'une délicatesse sans faille. De cette révélation, ressortira un jeune adulte neuf et apaisé prêt à affronter la vie et à renouer avec ses proches. On ressort véritablement bouleversé de ce livre.

C'est aussi à travers ce blog, les documents contenus dans ce carton, l'occasion de parler de l'acte d'écrire sur soi, sur son caractère curatif et défouloir. L'auteur le fait sans lourdeur, sans portes ouvertes et avec un ton, un décalage et un humour salvateur qui transforment cette entreprise en un livre vraiment unique et jubilatoire quand on est soi-même blogueur et amateur de témoignages de vie. L'écriture est limpide, d'une clarté sans pareille, accessible et touchant au cœur à chaque nouveau chapitre. Un petit bijou d'intelligence et de profondeur qu'il faut absolument avoir lu. Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

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mercredi 16 décembre 2015

"T'ien Keou" de Laurent Genefort et Jean-Michel Ponzio

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L'histoire : Un futur très lointain, où la Terre n'est plus qu'un souvenir... Dans le Guo, un astéroïde habité et taillé en un cube parfait, une colonie chinoise prospère depuis des siècles. Po Yung est un garçon de 16 ans qui rêve d'entrer dans le clan le plus puissant du Guo. Pour cela, il doit accomplir une épreuve: aller dans le territoire qui sépare le Guo du Palais des Immortels, le centre tabou de l'astéroïde. Mais Po Yung a acquis une arme redoutable. Avec elle, il pourra peut-être réaliser son désir de puissance: défier les Immortels eux-mêmes et leurs fabuleux dragons mortels, pour revenir en conquérant. A condition de leur survivre...

La critique de Mr K : Ne vous fiez pas à l'hideuse couverture proposée par les éditions Soleil pour ce one shot de haute voltige, peu ou pas de gore mais plutôt ici une réflexion futuriste doublée d'un récit initiatique.

Bien loin de la Terre (qui apparemment n'existe plus), sur l'astéroïde Guo où vit tant bien que mal une communauté asiatique, la lutte des classes bat son plein. Pendant qu'une minorité privilégiée vit dans le luxe et le plaisir, les basses classes tentent de survivre dans des conditions épouvantables. Un jeune homme (Po Yung) va tenter de rejoindre ce paradis inaccessible en tentant l'épreuve ultime qui permet à une poignée de paria de rejoindre l'autre côté. Il n'est pas au bout de ses surprises!

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On retrouve nombre de figures classiques dans cette BD. Le jeune héros tout d'abord en quête de lui-même qui a travers l'épreuve qu'il va devoir traverser va avant tout chercher ses limites et tenter d'améliorer son existence. La liberté a un prix et dans l'ultime vignette de l'ouvrage, il l'apprendra à ses dépens! Durant, toute son aventure, il va être confronté à des choix parfois difficiles, relevant parfois de la morale, mettant à mal ses certitudes et tout ce qu'il considérait comme acquis. Rien de neuf me direz-vous, je vous le concède, mais ça produit son petit effet et il a fonctionné sur moi. A ces côtés, on retrouve un ami proche et sa petite amie, leur rôle n'est que secondaire jusqu'au moment où ils seront justement au centre des choix qui seront proposés à Po Yung. J'ai aussi apprécié la figure du maître à penser qui oriente et conseille le héros, il est le reflet futuriste du vieux maître asiatique tel qu'on se l'imagine. Étrange transposition version SF qui fait elle aussi mouche même si on se doute qu'il n'est pas tout à fait innocent dans le drame qui est en train de se jouer.

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Là où l'ouvrage frappe vraiment fort, c'est au niveau de la caractérisation des lieux et de l'époque. En quelques cases et commentaires de l'auteur (Il s'agit de Laurent Genefort tout de même), on se représente très bien ce monde en vase clos, à la dérive inégalitaire voir totalitaire. Décors cyclopéens, puits sans fond anti-gravité, jardins hydroponiques cachés dans les hauteurs, mystérieux dragons gardiens de l'ordre et de l'autorité, technologie de pointe… tous ces éléments constituent un background assez dense malgré la brièveté de ce one-shot d'une soixantaine de pages. La SF se fait ici sombre et sournoise, l'ultime revirement bien qu'attendu est un choc qui renvoie directement à la nature profonde de l'être humain… Rien de vraiment reluisant, vous pouvez me croire!

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Je suis plus partagé sur l'esthétique pure et dure de cette BD. Ponzio nous sert des dessins entre images de synthèse, manga et dessin plus traditionnel. Ce mélange original dépote notamment dans les scènes d'action ou les cases d'exposition des décors, je le trouve moins efficace dans les parties plus intimistes. J'ai trouvé même certains passages laids (2 à 3 dans tout l'ouvrage seulement mais ça compte!). Malgré cette réserve et le manque d'originalité du déroulé, on passe un bon moment d'évasion et parfois de réflexion. Cette BD est donc à découvrir pour son côté fun et court. Avis aux amateurs!

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mardi 15 décembre 2015

"Casse-Noisette" d'E. T. A. Hoffmann

Casse_noisetteL'histoire : Le soir de Noël, Marie s'endort, entourée de ses cadeaux. Elle a couché Casse-Noisette, le pantin de bois, dans un lit de poupée. Mais, lorsque l'horloge sonne le douzième coup de minuit, les jouets s'animent ! Casse-Noisette se prépare à affronter le terrible Roi des Rats pour sauver une princesse victime d'une affreuse malédiction. Marie, qui assiste au combat, se retrouve entraînée dans une aventure fantastique et périlleuse...

La critique Nelfesque : Décembre oblige, le Book Club de ce mois-ci a pour thème "L'Hiver". "Casse-noisette" de Hoffmann est la lecture idéale en cette période de fin d'année tant elle mêle esprit de Noël, enfance et rêverie.

Marie Stahlbaum est une petite fille ordinaire. Le soir de Noël, elle se voit offrir un pantin de bois qui la fascine et pour lequel elle développe tout de suite un amour sans bornes. Son frère, quant à lui, reçoit des petits soldats. A l'heure d'aller se coucher, Marie préfère rester un peu avec ses jouets afin de les admirer et leurs souhaiter bonne nuit. Minuit sonne alors à la grosse horloge de l'habitation et les jouets jusqu'ici inanimés commencent à bouger...

Ce conte date du début du XIXème et fait partie des "Contes fantastiques" de l'auteur, Ernst Theodor Wilhem Hoffmann. L'écriture est datée, les réactions des personnages sont bien loin de celles d'aujourd'hui mais il flotte sur ces pages un parfum de poésie. Tout d'abord interpellé par le style surannée de l'ouvrage, le lecteur se laisse emporter par la magie du conte.

Casse-Noisette va devenir au fil des pages un être vivant devant affronter les plus grands dangers. En effet, le Roi des Rats à sept têtes, souhaitant la mort de Casse-Noisette, va tout mettre en oeuvre pour se débarrasser de lui. Marie va alors aider ce dernier dans ce combat et faire en sorte qu'il retrouve sa place de Prince, en chair et en os. La morale de l'histoire est tout de suite lisible et l'adage "l'habit ne fait pas le moine" prend tout son sens ici. Les personnages sont stéréotypés, la petite fille est une "vraie" petite fille qui adore ses poupées, son petit frère est un "vrai" petit garçon qui joue aux petits soldats... Cela reste un conte pour enfants, ne le perdons pas de vue et la théorie du genre n'était pas sur toutes les lèvres à l'époque. Tout est là : une princesse, un méchant, un homme bon sous ses airs repoussants, un mystérieux conteur...

"Casse-Noisette" réserve de belles surprises au lecteur qui veut bien laisser ses certitudes d'adulte de côté et replonger le temps de quelques heures en enfance. Avec ce conte traditionnel, on se laisse peu à peu porter par la magie de l'histoire et ce voyage au pays des rêves est des plus agréables. A lire au coin du feu, un chocolat chaud à la main !

logo-epubCe conte ainsi que tous les "Contes fantastiques" d'Hoffmann sont dans le domaine public et peuvent être téléchargés en tout légalité ici. Quant au ballet, il a été diffusé il y a 2 ans pendant les fêtes de fin d'année sur Arte et est visible ici (l'histoire diffère quelque peu de l'oeuvre originelle mais personnellement j'ai été captivé par les tableaux proposés). Bonnes fêtes !

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lundi 14 décembre 2015

"Gandahar" de Jean-Pierre Andrevon

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L'histoire : Au royaume de Gandahar, sur la planète Tridan jadis colonisée par des êtres humains, une vie sereine et pacifique s'est établie, loin de la technologie et de ses instruments de mort. Mais voici que les oiseaux-miroirs, qui veillent aux limites de Gandahar, annoncent qu'une armée de robots destructeurs est en marche, menaçant l'existence même du royaume. Ces hommes-machines invincibles viennent-ils de Tridan, de l'espace, ou bien d'une autre époque ? La Reine Ambisextra confie à un jeune servant, Sylvin Lanvère, la mission de le découvrir pour tenter de sauver Gandahar de ce péril mortel.

La critique de Mr K : Aujourd'hui un sacré trip revival avec Gandahar de Jean-Pierre Andrevon paru en 1969 (bien avant ma naissance), un auteur que j'apprécie tout particulièrement. Plus jeune, j'ai regardé à de multiples reprises le film d'animation éponyme de René Laloux qui exerçait sur moi un fort pouvoir de fascination. Gandahar m'a en quelque sorte initié à la SF dès mon plus jeune âge (vu pour la première fois à 9 ans si je ne m'abuse) et la découverte impromptue de cet ouvrage dans un bac à chinage m'a empli de nostalgie. C'est avec une impatience non feinte que j'entamai ma lecture.

Gandahar est un monde pacifique où la guerre n'a plus le droit de cité. L'ensemble des habitants vivent en bonne intelligence y compris avec la faune et la flore. Monde harmonieux où règne respect et osmose inter-espèces, le temps coule tranquillement. Une menace pourtant va fragiliser ce monde utopique: de mystérieux hommes-machines font leur apparition aux confins du royaume et avancent vers la capitale Jasper en ravageant tout sur leur passage, tuant tout être vivant s'opposant à eux. Complètement désarmée face à une situation si inhabituelle, la reine Ambisextra fait appel à Sylvin Lanvère chevalier du royaume pour enquêter et tenter de trouver une parade à cette invasion venue d'ailleurs...

J'adore le film et j'ai beaucoup aimé ce livre qui s'apparente avant tout à un conte SF, un texte lourd de sens et de sous-entendus dont la lecture conviendra à tout âge tant les grilles de lectures sont nombreuses, chacun pouvant en retirer quelque chose.

Les plus jeunes se verront conter une quête héroïque, une lutte pour la survie d'un monde déclinant avec le personnage central Sylvin, chevalier new age (il est bien perché le bonhomme tout de même!) auquel on s'attache immédiatement. Les rencontres et rebondissements sont nombreux donnant un dynamisme fort au livre qui se lit très vite. Certes, le héros est un peu mièvre et pétri de bons sentiments, rappelons-nous qu'au moment de l'écriture de ce livre, nous sommes à l'aube des 70', la vague beatnik est déjà là et par certains aspects, on pense un peu à Kerouac quand on suit les pérégrinations de Sylvin.

Au delà de la quête en elle-même, les plus grands auront matière à s'interroger sur nombre de sujets qui nous touchent au quotidien et qui, à Gandahar, bouleversent complètement l'ordre du monde: la différence entre besoin et désir (ce dernier accouchant notamment du matérialisme et la dégradation de notre écosystème planétaire), l'immédiateté et la perdurance (culture et nature pour les fans de philo), la querelle des anciens et des modernes… La symbolique est forte dans cet ouvrage, elle est source d'émotion et de réflexion. Comment ne pas faire le parallèle entre la disparition programmée de Gandahar et les propres maux que nous connaissons actuellement entre réchauffement climatique et course en avant sans âme en matière technologique? Pas de réponses dans ce livre mais des pistes de raisonnement fort intéressantes, mâtinées d'évasion et d'aventure.

Pas le temps de s’appesantir dans ce livre, Andrevon va à l'essentiel. À travers de courtes mais remarquables descriptions, il plante le décor de son roman. Malgré cette avarice de mot en la matière, le background est très poussé et évocateur comme jamais: paysages, us et coutumes des gandahariens, les envahisseurs et leurs outils / transports… On est plongé ici dans un univers mêlant habilement fantasy et science-fiction, ce qui donne à ce livre un charme bien particulier. En tous les cas, si vous tentez l'aventure, vous serez dépaysés et parfois étonnés par la logique qui gouverne ce monde imaginaire à nul autre pareil. La lecture est aisée et très agréable, les pages se tournent toutes seules et on est très vite addict.

Au final, on peut dire que Gandahar est un classique du genre, inhabituellement enrichi par des références multiples et habilement mêlées de notre propre monde ce qui lui donne un aspect prophétique indéniable. Une grande et belle expérience littéraire que je vous conseille d'entreprendre à votre tour au plus vite.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Un horizon de cendres
Tout à la main
Le monde enfin
La Fée et le géomètre
Le Travail du furet
- Cauchemar... cauchemars !

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samedi 12 décembre 2015

"Le Passager" de Jean-Christophe Grangé - ADD-ON de Mr K

Le-passager-de-Jean-Christophe-GrangeJ'ai déjà lu et chroniqué ce roman le 19/09/11. C'est maintenant au tour de Mr K.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de son avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique de Mr K à la suite de la mienne.

Nous procédons ainsi pour les ouvrages déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lus à nouveau par l'un de nous.

Pour "Le Passager", ça se passe par là.

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jeudi 10 décembre 2015

"Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus" de Eric-Emmanuel Schmitt

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L'histoire : Madame Ming aime parler de ses dix enfants vivant dans divers lieux de l’immense Chine. Fabule-t-elle, au pays de l’enfant unique ? A-t-elle contourné la loi ? Aurait-elle sombré dans une folie douce ? Et si cette progéniture n’était pas imaginaire ?
L’incroyable secret de Madame Ming rejoint celui de la Chine d’hier et d’aujourd’hui, éclairé par la sagesse immémoriale de Confucius.

La critique Nelfesque : Plonger dans un roman d'Eric-Emmanuel Schmitt, c'est avoir la certitude de se déconnecter de notre quotidien et être entraîné dans des contrées lointaines. Avec "Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus", nous ne dérogeons pas à la règle ! Départ ici pour la Chine et la sagesse asiatique.

Notre narrateur, un homme d'affaires parisien, se retrouve très souvent à séjourner au Grand Hôtel de Hong Kong afin de signer divers contrats avec la Chine. C'est là qu'il va faire la connaissance de Madame Ming, dame pipi au sous-sol de ce palace. De voyage en voyage, un dialogue au long cours et une certaine intimité vont se tisser entre eux. Deux personnages que tout semble opposer sociologiquement parlant vont s'enrichir l'un de l'autre.

Madame Ming va trouver en cet homme d'affaires une oreille attentive et bienveillante. Quant à lui, c'est tout un univers onirique, philosophique et une véritable leçon de vie que Madame Ming s'apprête à lui conter. Véritable détentrice d'une sagesse ancestrale, elle va, à travers son histoire, lui enseigner les préceptes de Confucius, l'aider à voir dans sa vie d'occidental hyperactif des bonheurs simples et le véritable sens de la vie.

Loin d'être un roman ardu et pénible, "Les dix enfants..." se lit tel un conte et les petites histoires de Madame Ming et l'évocation de ses enfants font réfléchir le lecteur sans lourdeur et effort. Ho, Da-Xia, Kun, Kong, Li Mei, Wang, Ru, Zhou, Shuang et Ting Ting sont autant de prétextes pour essaimer des morceaux de vies loufoques et singuliers.

Dans ce pays de l'enfant unique, il est difficile de croire qu'une femme ait pu donner la vie à 10 enfants. Madame Ming serait-elle une parfaite usurpatrice ou aurait-elle vraiment réussi à éduquer autant de bambins devenus aujourd'hui des adultes si originaux ? Telle est la question que va se poser notre parisien tout le long de cet ouvrage tout en ayant conscience que là n'est pas le plus important.

Avec "Les dix enfants que Madame Ming n'a jamais eus", le lecteur ressort apaisé et avec un véritable sentiment de bien-être, Eric-Emmanuel Schmitt nous livrant ici encore un roman plein de douceur et de sagesse qui fait du bien à l'âme. Lecteurs en mal de vivre dans une époque troublée, vous savez ce qu'il vous reste à faire !

Egalement lus et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Evangile selon Pilate
- La Part de l'autre
- Oscar et la dame rose
- Crime parfait, Les Mauvaises Lectures : deux nouvelles à chute
- L'Elixir d'amour
- Le Poison d'amour

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mercredi 9 décembre 2015

"En France" de Florence Aubenas

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Le contenu : Loin des beaux quartiers, Florence Aubenas arpente les plages du Sud-Est, les villes et les banlieues du Nord, à la rencontre de ces gens délaissés par le monde politique et médiatique. Petits commerçants, jeunes intérimaires, maires de villages oubliés, ouvriers menacés de chômage... Autant de vies que la journaliste décide de mettre en lumière et qui dessinent le visage de la France.

La critique de Mr K : Chronique un peu spéciale aujourd'hui avec cet ouvrage documentaire, En France, que j'ai eu l'occasion de découvrir il y a peu. Je fais étudier régulièrement en cours des extraits de Quai de Ouistreham où Florence Aubenas avait réalisé une expérience intéressante en se mêlant à la troupe des demandeurs d'emploi dans une ville du nord de la France. Poursuivant sur cette thématique et en l'élargissant à d'autres, elle propose à travers ses chroniques écrites pour le journal Le Monde de partager brièvement le quotidien et les aspirations de populations trop souvent oubliées par les médias. La plongée est saisissante pour ne pas dire inquiétante. On ressort profondément bouleversé de cette lecture surtout à la vue des résultats récemment sortis des urnes…

La journaliste a donc beaucoup voyagé et elle se concentre dans cet ouvrage sur trois sujets qui lui tiennent à cœur: la France des oubliés et la politique, le cas du dernier camping sauvage de Méditerranée sur la plage de Piémanson et la jeunesse française. Pour concentrer au mieux la teneur de ces rencontres, de ces scènes de vies croquées sur l'instant, le format est court. Florence Aubenas n'excède jamais les 8 pages pour présenter un lieu, une situation. Il se dégage une certaine urgence et une concision bienvenue et non réductrice qui permet de faire le point sur un aspect de notre société sans enrobage inutile ni ciblage particulier. On est bien loin donc des reportages à charge ou lénifiants tels qu'ils pullulent dans la boîte à connerie (B-FN et consorts s'amusant à distiller peur et ressentiments à longueur de courts et longs documentaires sur la délinquance, les trafics divers et variés). Le but ici est de faire le portrait d'une certaine France sans arrière-pensée et sans volonté de faire la morale.

Le moins que l'on puisse dire c'est qu'on en prend plein la figure quand on est soi-même un républicain convaincu, adepte du consensus et du dialogue. Au détour d'une usine qui ferme, d'une sortie des classes, au beau milieu d'une exploitation agricole, dans un foyer français d'origine maghrébine, dans les rues de Lille et tout un tas d'autres lieux, c'est l'inquiétude qui ressort à quelques exceptions prêt. Peur de l'autre tout d'abord avec cette montée irrépressible du FN et sa démagogie qui fait mouche chez les oubliés de la politique. Ce parfum des années 30 qui sent bien mauvais depuis quelques années avec notamment le relais d'idées nauséabondes par un certain Tsar Cosy et une gauche molle et sans réelle ambition sociale qui a abandonnée les masses laborieuses depuis trop longtemps. Dans la patrie des droits de l'homme, ça fait un peu tâche non? 30% de voix pour l'extrême droite! Loin d'être tous des racistes bornés, ce vote trouve son origine chez des personnes qui se considèrent comme totalement hors course économiquement, socialement. Cela donne lieu a des témoignages bruts de décoffrage mais reflets de cette colère et de ce désarroi qui monte.

Peur du changement aussi qui donne raison à un certain Louis XIV ou encore au général De Gaulle qui avaient dit en leur temps que la France était un pays ingouvernable, impossible ou presque à reformer. Certaines histoires comptées ici font directement échos à ces propos pourtant lointain. On veut bénéficier de la modernité, consommer mais pour autant garder une certaine identité, se replier sur soi et sur le fameux bon vieux temps qui n'existe que dans des souvenirs figés et subjectifs. Une mélancolie s'installe dans ces pages, jadis est regretté et demain fait peur. Personnellement, travaillant avec des jeunes adolescents déboussolés (je sais c'est un pléonasme), je ne peux penser ainsi et l'idée que l'on puisse revenir en arrière notamment sur des grandes avancées sociales me fait peur (je pense notamment à la possible arrivée d'une Le Pen en PACA qui couperait les vannes financières au planning familial).

Quelques éclaircies traversent cependant cet ouvrage avec des français tout de même heureux de l'être. J'ai aimé cette femme aubergiste venue s'installer en pleine cambrousse et qui va épouser sa compagne malgré les commérages et les mauvaises langues. Au final, sa joie de vivre finit par vaincre les préjugés. J'ai été touché par ses immigrés de la deuxième génération qui remercient encore et toujours ce pays qui les a accueillis mais dont certains habitants réclament le départ et qui ne comprennent pas ce qui arrive dans leur terre d'accueil. Par petite touche et à travers une langue très simple d'accès, sans fioriture, Florence Aubenas donne à voir une France plurielle, anxiogène parfois, mais aussi riche en possibilité malgré la crise. À la vue des derniers résultats, mon inquiétude est grande, mais relâcher nos combats serait la pire des solutions.

Cet ouvrage fut donc à la fois instructif et source d'inspiration. On pense à des questions, des problématiques que l'on oublie trop souvent. Malheureusement, certains en font leur fond de commerce, dévient les soucis ici exprimés et proposent de fausses solutions qui au lieu de régler les choses les empireront. En France de Florence Aubenas est un constat. Il est amer, parfois dur à lire, mais il a pour lui son authenticité. À lire en toute connaissance de cause pour espérer un jour faire renaître un espoir fondé non pas sur la différence et le rejet mais sur la coexistence et l'intelligence. Purée, c'est mal parti...

lundi 7 décembre 2015

"Retour à Little Wing" de Nickolas Butler

retour à little wingL'histoire : Ils étaient quatre inséparables. Hank, Kip, Ronny et Lee. Les rois de la petite ville de Little Wing. A l'âge adulte, leurs chemins ont divergé. Certains sont restés et voudraient fuir. D'autres sont partis loin et ne pensent qu'à revenir. Tous sont en quête de quelque chose, du bonheur peut-être. Quoi qu'il arrive, Little Wing est leur port d'attache. C'est chez eux. Et toujours, ils y retournent.

La critique Nelfesque : Il y a des romans qui vous marquent. Des romans qui vous parlent et qui résonnent en vous, dès la quatrième de couverture lue. "Retour à Little Wing" en fait partie...

Avec une histoire simple, Nickolas Butler retient le lecteur dans ses filets. Il ne se passe rien d'exceptionnel à Little Wing, il n'y a pas d'histoires sordides, pas d'évènements joyeux à retentissement mondial. Il n'y a pas foule de touristes l'été et encore moins l'hiver quand la neige fait son apparition. Nous ne sommes pas ici en bord de mer ou en haute montagne. Rien ne fait de Little Wing une ville différente des autres.

Little Wing est une ville agricole en plein coeur du Wisconsin. Un silo à grains, un bar, une grange où l'on fête les mariages, plusieurs fermes... Et guère plus. C'est dans ce décor que se plante ce roman de Butler. Un premier roman qui sent bon la campagne américaine et les grands espaces, les sentiments simples et l'humanisme.

Hank est fermier et mène une vie paisible avec sa femme Beth et leurs deux enfants. Kip, après des années en tant que trader à Chicago, décide de monter un restaurant à Little Wing. Ronny a un léger handicap mental depuis un accident de rodéo et Lee est une rock star internationale qui revient toujours se ressourcer dans sa ville natale. Tous les quatre se connaissent depuis l'enfance et sont amis depuis toujours. A Little Wing, ils ont vécu leurs premiers amours, leurs premières blessures, leurs premiers passages à vides et leurs plus grands bonheurs. Comme les quatre murs d'une maison, ils représentent les uns pour les autres un soutien, un refuge, une épaule sur laquelle  s'appuyer quand tout va mal et un coup de pied aux fesses quand il y en a besoin.

"Retour à Little Wing", c'est une grande histoire d'amitié. Une amitié virile entre 4 mecs de la campagne qui ont mené leurs barques différemment en grandissant mais gardent dans leurs coeurs une place pour leurs jeunes années. Une amitié virile mais qui ne tombe pas dans les clichés overdosés en testostérone. Ici, il n'y a pas de place pour la jalousie, on ne compare pas la taille de son sexe ou celle de sa voiture, on ne règle pas les problèmes à coups de poing. Tout n'est pas rose, loin de là, et l'amitié peut aussi faire mal mais dans l'humilité et le respect des années passées ensemble, les conflits se règlent en toute intelligence et l'amitié s'en trouve grandie.

Il y a en chacun de nous une part de Little Wing. Hank, Kip, Ronny, Lee ressemblent terriblement à nos amis d'enfance ou d'adolescence. Ils sont peut-être devenus plombier, ingénieur, agriculteur ou serveur. Ils se sont peut-être mariés, ont peut-être divorcé, n'ont pas pu avoir d'enfants... Difficile de ne pas mettre un visage sur chacun d'entre eux et lire ce roman sans y voir une portée plus personnelle. Dans ce monde où tout va vite, où les conflits se soldent par des fins de non recevoir, où l'on tire un trait sur des pans entiers de nos vies pour avancer parfois, "Retour à Little Wing" est un vrai retour aux sources et une lecture qui fait du bien.

L'écriture de Nickolas Butler est simple et douce. Comme une caresse, un réconfort, elle murmure à nos oreilles que la vie n'est pas simple tous les jours mais que l'on peut la traverser ensemble. Avec une finesse rare, l'auteur nous dépeint l'être humain dans ce qu'il a de plus beau. Fidélité et honnêteté sont les maîtres mots de l'amitié qui lient ces 4 personnages qui vont tour à tour prendre la parole dans ce roman et montrer aux lecteurs leurs bons côtés et leurs faiblesses. Sur 370 pages, nous allons les voir évoluer, se différencier, se rapprocher... C'est leur vie tout simplement qui va défiler sous nos yeux.

Vous l'aurez compris, avec "Retour à Little Wing", on prend son temps. Loin de la frénésie des grandes villes américaines, ici, l'accent est mis sur les grands espaces et la vie simple de ses quelques habitants. Véritable dissection de l'âme humaine, les sentiments sont passés au microscope et donnent à voir au lecteur une belle leçon de vie à qui veut la saisir, sans emphase et grands préceptes. Un petit coup de coeur !

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samedi 5 décembre 2015

"Causes mortelles" de Ian Rankin

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L'histoire : Le festival théâtral d'Edimbourg bat son plein. Mais l'inspecteur John Rebus n'a pas le cœur à se mêler à la liesse générale : on a découvert, dans les couloirs de la vieille ville souterraine, le cadavre d'un jeune homme. Il a été torturé et assassiné selon la méthode utilisée par l'IRA pour punir les traîtres. Or la victime semble avoir été plutôt liée aux nationalistes écossais. Les feux d'artifice du festival risquent d'être particulièrement explosifs cette année...

La critique de Mr K : Retour chez Rankin avec la deuxième enquête de ce cher inspecteur Rebus que j'affectionne tant! Retour en arrière dans la chronologie des aventures de ce policier, sous la plume de Ian Rankin, les voies du chinage sont elles aussi impénétrables... Il s'agit dans Causes mortelles du deuxième ouvrage le mettant en scène. Ce détail a de l'importance car il permet de mesurer l'évolution de Rebus et faire davantage connaissance avec des personnages déjà croisés auparavant, le tout sous le signe du terrorisme nationaliste et de l'embrigadement de la jeunesse. Tout rapprochement avec la récente actualité est totalement fortuit et non voulu.

Rebus n'aime pas cette période festive qui bat son plein chaque année à la même époque à Edimbourg. Non pas qu'il déteste le théâtre de rue (sic) mais la tension monte d'un cran, la surveillance doit être accrue et la police est sur les dents. Simple inspecteur de quartier, il se retrouve confronté à une affaire plus importante qu'à son habitude. Un jeune homme est retrouvé mort dans l'ancienne ville et tout porte à croire qu'il a été exécuté à la mode IRA, une balle dans chaque articulation et pour finir un ravalement de façade façon mafia. Très vite, il va devoir collaborer avec une section spéciale dédiée aux affaires dites "d'État". Vu le caractère du bonhomme, vous imaginez que la collaboration ne va pas être facile surtout qu'il semble qu'on lui mette des bâtons dans les roues. La quête de la vérité sera longue, âpre et pavée de mauvaises intentions…

Quel plaisir d'abord de retrouver Rebus. Plus jeune, plus instinctif, on retrouve son côté impulsif, borderline et ses intuitions dont il a le secret. Sa fille n'est pas encore handicapée mais il ne la voit pas du tout. Il a une liaison avec Patience, sa douce et compréhensive doctoresse de maîtresse mais malgré ces quelques embellies, il abuse de la dive bouteille pour noyer ses remords et son chagrin. Pour autant, il se bat contre ses démons et mène l'enquête avec le brio qu'on lui connaît. Inspirant la méfiance auprès de la brigade spéciale qu'il doit intégrer contre son gré (Rebus est peu sociable), il va se heurter au syndrome du petit nouveau (assez rigolo quand on connaît son passif et son expérience) et "se frictionner" sévèrement avec quelques collègues. Il fera aussi de bonnes rencontres et trouvera même son alter ego, ce qui donne lieu en fin de roman à des passages savoureux entre interrogatoires croisés et scènes d'action drôlatiques les mettant aux prises avec de jeunes imbéciles insolents et mal élevés (pour rester poli).

Édimbourg est arpenté une fois de plus de part en part par les personnage, livrant ainsi une vision tourmentée et détaillée de cette métropole. L'ambiance est à la fête certes mais en arrière plan se joue des luttes séculaires d'influence et de territoire. Il est ainsi beaucoup question de l'opposition entre catholiques et protestants (au détour d'un derby entre deux équipes du cru notamment) où chacun se lance des noms d'oiseau et se répand en sentences agressives. Véritable cercle vicieux, Rebus et ses acolytes se doivent de déjouer les apparences et de démêler le vrai du faux dans un sac de nœud bien fourni! Rajoutez là-dessus, une dose d'organisation identitaire radicale avec ses théoriciens, ses financiers, ses recruteurs et ses jeunes loups aux dents longues (souvent décérébrés et totalement manipulés) et vous obtenez un livre policier bien tendu où la pression ne fait que monter, débordant le cadre de l'enquête en elle-même et menaçant la vie de Rebus. Horreur, Malheur!

En cela, Causes mortelles se démarque quelque peu des autres romans de la saga Rebus par son caractère documentaire qui apparaît à travers les situations et personnages exposés. Portrait d'une société clivée qui essaie de survivre malgré tout, de penser au lendemain plutôt qu'au passé, l'Écosse est ici joyeuse et taciturne, revendicatrice mais aussi ouverte. L'écriture de Rankin fait une fois de plus merveille et retranscrit à merveille les lieux, la tension et des scènes d'action parfois hautes en couleur. Un bijou de plus dans ma collection pour un auteur toujours aussi efficace et talentueux. Vivement le prochain, trois autres volumes m'attendent dans ma PAL!

Egalement lus et chroniqué au Capharnaüm éclairé :
"Nom de code: Witch"
"Le fond de l'enfer"
"Rebus et le loup-garou de Londres"
"L'Étrangleur d'Edimbourg"
"La Mort dans l'âme"
- "Le Jardin des pendus"

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vendredi 4 décembre 2015

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Dessin de Bar tiré de son blog

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