jeudi 31 mars 2016

"Kafka à Paris" de Xavier Mauméjean

Kafka à Paris

L'histoire : Septembre 1911, Franz Kafka et Max Brod débarquent à Paris. Les deux jeunes écrivains, encore débutants, laissent derrière eux leurs fastidieux emplois de bureau, sans compter, pour Franz, une famille étouffante. Voilà ce que l'on sait de source sûre. Autrement dit : rien, concernant ce qui leur advint dans la capitale. Heureusement, Xavier Mauméjean, la plume alerte, poursuit leur voyage. Voici nos deux praguois découvrant la gouaille des prostituées, les cabocheurs des Halles, les labyrinthes du Bon Marché, les coulisses du métro, les cabarets louches, le ratodrome de Neuilly... Ils croisent même un certain Apollinaire suspecté d'avoir volé la Joconde. Franz et Max prennent la vie à bras le corps, souvent pour rire, parfois en mourant de peur ou roués de coups. Mais l'époque est belle.

La critique de Mr K : Je me suis enfin décidé à sortir ce belle ouvrage de ma PAL. Je l'avais acquis aux Utopiales 2015 pour dédicace auprès de l'auteur que nous apprécions tout particulièrement au Capharnaüm Éclairé pour son humanité et sa jovialité communicative. Dernier ouvrage qu'il ait écrit, Kafka à Paris est un étrange mélange d'aventure picaresque et de panorama historique de la capitale avant guerre. Un petit bijou qui fait son effet comme vous allez pouvoir le lire.

On en sait beaucoup sur la vie de Kafka, bien des choses ont été dites et son existence a été passée au peigne fin par nombre d'observateurs et de critiques. C'est un passage plus secret de sa jeunesse qui a intéressé Xavier Mauméjean, en l’occurrence un voyage entrepris à Paris en compagnie de son meilleur ami Max Brod. L'histoire n'a rien retenu de ce séjour mais cela n'arrête pas l'auteur qui rappelle dans une postface savoureuse les mots que lui a tenu un certain Christopher Priest (Oh My god!) devant une choucroute partagée à gare du Nord: Un romancier n'est pas un historien. Il a le droit de s'écarter des faits si cela lui permet de découvrir le livre qui doit être écrit. Partant de ce postulat, commence le récit d'un voyage fantasmé mais néanmoins superbement documenté sur le Paris de l'époque.

Après quelques courts chapitres sur les préparatifs du voyage dont quelques uns édifiants sur la famille de Kafka et les rapports qu'ils entretiennent entre eux (je garde un souvenir charmé de sa jeune sœur notamment, jeune fille au caractère bien trempé), c'est l'arrivée dans la capitale. Ce bref séjour d'une dizaine de jours est l'occasion de découvrir la ville lumière entre splendeur et décadence. Les grands boulevards, le Louvre, le Bon Marché sont autant de lieux mythiques qui émerveillent nos deux héros entre beauté, agitation parisienne et ingéniosité des hommes. Et puis, il y a le côté face avec ces cabarets sauvages et bordels, lieux interlopes où l'on croise de drôles de zigs et des habitués hauts en couleur, les fins fonds du métropolitain avec le peuple des rats, le ratodrome en lui même est une curiosité d'une époque désormais révolue (on oscille entre la surprise et le dégoût dans ce passage).

Au milieu de ce carillon de lieux et des sensations qui les accompagnent, le lecteur s'attache beaucoup aux deux jeunes gens liés par une amitié profonde que n'épargnent pas pour autant les désaccords. Il traversent les épreuves avec un certain optimisme doublé d'une curiosité qui va les emmener loin dans les tréfonds de Paris. Les personnages secondaires ne sont pas en reste avec toute une galerie de rencontres plus étonnantes les unes que les autres: des prostituées au verbe haut plus vraies que nature (vous admirez au passage le catalogue des prestations proposées par l'établissement où vont les deux amis), un Apollinaire comme on se l'imagine quand on le lit, un commissaire taciturne aux méthodes expéditives, un chargé de rayon obsessionnel, un ancien des colonies complètement barré qui va entraîner Franz et Max dans des aventures rocambolesques. On alterne les chapitres courts (jamais plus de dix pages) qui portent souvent le nom des lieux traversés, le voyage est donc haletant et immersif à souhait.

Pari réussi pour Mauméjean avec un livre vraiment jubilatoire. On plonge littéralement dans l'époque et ses talents d'écriture explosent une fois de plus, langue virevoltante et gouleyante à souhait qui donne vie comme jamais à un voyage hors du commun qui nous fait redécouvrir une ville incroyable, une époque fascinante et un écrivain encore en devenir. Encore un carton plein pour notre chouchou, merci Xavier!

Lus, appréciés et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Lilliputia
- American gothic
- Ganesha
- Poids mort

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mardi 29 mars 2016

"Tout ce qu'on nous fait avaler : le guide pour mieux consommer" de Céline Hess-Halpern

Tout ce qu'on nous fait avalerLe contenu : Les polluants sont partout : dans l'air, dans l'eau, dans nos produits cosmétiques, dans notre habitat, et... jusque dans nos assiettes ! L'alimentation moderne n'est-elle pas l'une des causes de la montée exponentielle du taux de cancers, de maladies cardio-vasculaires, de diabète et de l'obésité dans le monde ?

Si nous ne connaissons pas l'ampleur des effets du cocktail d'additifs et de polluants innombrables que nous ingurgitons à notre insu chaque jour, il est urgent d'y porter attention. Et face à cette folie chimique de nos denrées, de devenir des consommateurs avertis et éclairés :
Quels aliments privilégier pour mieux préserver notre santé, ainsi que celle de nos enfants ?
Comment repérer les additifs et aliments nocifs ? Pourquoi les éviter ?
Cuissons, emballages et ustensiles : nos habitudes seraient-elles à revoir ?
Manger bio : est-ce la solution ?

Un vrai guide pratique pour que notre assiette soit enfin présumée... innocente : un éclairage sur les choix à faire pour manger sainement, des repères pour mieux consommer et chasser les fausses idées.

La critique Nelfesque : Voici quelques temps déjà que je m'intéresse de près à ce qu'il y a dans mon assiette. J'étais déjà sensibilisée à ce sujet lorsque j'ai lu en 2011 "Le Livre noir de l'agriculture" d'Isabelle Saporta. Cette lecture tira une sonnette d'alarme dans mon esprit et depuis ce jour je ne cesse d'amériorer mes habitudes. 5 ans donc que je vérifie les provenances des produits, que je lis les étiquettes, que je me questionne sur le bio / le non-bio / le raisonné. Rome ne s'est pas faite en un jour et je ne vous cache pas que parfois je cède aux vieux démons de la malbouffe (coucou les Chocobons plein de cochonneries qui sont pourtant dans mon placard) mais j'ai limité ces écarts de conduite et je m'y tiens. Tout est une question de modération...

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Pourquoi ? Comment ? Plutôt que de vous raconter ma vie, je vais vous conseiller de lire ce "Guide pour mieux consommer" de Céline Hess-Halpern qui vous expliquera justement le pourquoi du comment, les pièges à éviter, pour quelles raisons et dans quel but. Un parcours du combattant pensez-vous ? Non, revenez, vous allez voir que ce n'est pas plus compliqué que de décider un jour de manger équilibré. Cela demande une prise de conscience de la part du consommateur c'est sûr, on ne peut pas le faire pour vous, mais une fois décidé, c'est le début d'une cure de détox salvatrice pour notre santé et celle des générations futures. Et puis le détox, c'est à la mode non ? Vous n'imaginez pas tout ce que notre corps peut contenir comme substances nocives lorsque l'on accorde peu d'importance à la qualité des produits que l'on ingurgite... "Tout ce qu'on nous fait avaler" fait l'inventaire des petits plus (qui s'avèrent être de gros moins) présents dans nos assiettes et que l'on peut réduire voir supprimer avec un peu de discipline et de bonne volonté.

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L'auteure est avocate spécialisée en droit de la santé, enseignante et animatrice de colloques consacrés à l'impact de l'alimentation sur la santé. Elle a donc l'habitude de présenter les choses clairement, de façon pédagogique, pour que tout le monde soit en mesure de comprendre ses propos et mesure l'importance du changement. Son guide est une grande fiche pratique, claire et documentée, qui donne les clés du décryptage face aux étiquettes. Des classiques glucides / lipides / protides pour une alimentation saine et variée aux pesticides que l'on ingère contre notre gré, en passant par les additifs alimentaires présents dans les plats préparés (de la barquette micro-ondable aux yaourts) et les OGM que l'on fait manger aux animaux qui seront ensuite abattus pour nos appétits carnassiers, tout ce que nous sommes amenés à ingérer est disséqué et expliqué. Le but ici n'est pas de nous faire peur mais de nous donner les clés pour contourner ce qui peut l'être, pour bannir de notre alimentation les ingrédients néfastes et pour manger sainement. Chacun est libre ensuite de suivre ces conseils et ces alertes mais personne ne pourra plus dire qu'il n'était pas au courant...

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Ce guide s'adresse à tous. A celles et ceux qui veulent diversifier et équilibrer leur alimentation, ceux qui veulent apprendre les grandes lignes de la nutrition, ceux qui connaissent déjà les bases et veulent aller plus loin, ceux qui sont à l'affut du moindre intrus chimique... J'ai commencé cette lecture dans l'optique de traquer les quelques malins indésirables présents dans mes placards. Je ne mange jamais de plats préparés, je cuisine et varie mes menus. Je privilégie le fait maison et vais même jusqu'à faire mes yaourts (l'intégriste !). Alors oui, je ne suis pas parfaite et bien que privilégiant le bio ou le raisonné, je vais parfois à la facilité et ne regarde pas toujours les étiquettes. De moins en moins mais ça m'arrive... Avec ce guide, j'ai pu faire un tour dans mes placards et remarquer des choses qui ne me plaisent pas. Comme j'ai une sainte horreur du gaspillage, je ne vais pas jeter frénétiquement tout cela à la poubelle mais lorsqu'il faudra refaire le plein, je serai avertie et me tournerai vers d'autres marques ou d'autres produits.

Nous n'avons jamais fini d'apprendre et les industriels n'en finiront jamais d'inventer de nouveaux subterfuges pour nous faire passer des vessies pour des lanternes. Montrons-nous plus malins et voyons plus loin que le marketing ! Cet ouvrage de Céline Hess-Halpern est un excellent compagnon de route pour cela.

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lundi 28 mars 2016

"Guillermo Del Toro : Des hommes, des dieux et des monstres" de Charlotte Largeron

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Le contenu : Amoureux des œuvres de H.P. Lovecraft, Tolkien et Ray Bradbury, Guillermo Del Toro s'est familiarisé avec l'anglais dès son plus jeune âge en regardant des films d'horreur sous-titrés et en lisant, avec l'aide d'un dictionnaire bilingue, le magazine Famous Monsters of Filmland. Cela donne le ton et détermine le champ des inspirations du futur cinéaste mexicain, également auteur d'une étude détaillée du cinéma d'Alfred Hitchcock. Dès Cronos, son premier long métrage, Del Toro impose un univers original, mêlant mythologie, spiritualité et épouvante. La suite de son œuvre va s'enrichir de mondes sous le monde, d'univers emboîtés, de monstres humains et surhumains, créatures, super héros, fantômes, vampires.

La critique de Mr K : Une fois n'est pas coutume, voici le compte rendu d'un essai. Il m'a été offert à Noël par ma chère sœur qui connaît mes goûts en terme de cinéma et notamment pour sieur Del Toro qui nourrit mon imaginaire depuis très longtemps. Il s'agit pour l'auteur Charlotte Largeron d'exposer en le simplifiant son travail de thèse, il y a pire comme sujet! Voyage donc dans l'enfance, la formation et l’œuvre d'un génie ultra-productif qui n'est pas prêt de s'arrêter.

Après une préface de Joann Sfar que je qualifierai gentiment de dispensable (il est à la mode et les éditions Rouge Profond le mette en avant), on rentre de suite dans le vif du sujet avec l'enfance de Guillermo Del Toro. Friand de lecture et de fantastique dès son plus jeune âge, il fait écho à mes propres expériences littéraires de mes débuts. En fait, nous avons beaucoup de lectures communes au même âge: Tolkien bien évidemment mais aussi Lovecraft, Poe et consorts. Il multiplie les références cultes et celles-ci se ressentent grandement dans les œuvres qu'il va livrer par la suite. En hommage d'ailleurs à toutes ces références, Del Toro possède sa Bleak House à Los Angeles où il expose nombres d'objets et livres en rapport avec ses influences. Je vous laisse découvrir la plupart des détails croustillants et autres anecdotes de sa vie privée mais sachez qu'ils sont nombreux et très éclairants sur le parcours d'un artiste hors norme.

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La suite de l'ouvrage se veut plus thématique. Certains thèmes en effet traversent l’œuvre de Del Toro, certaines obsessions et questionnements traités différemment se retrouvent et se mélangent pour donner l'alchimie si particulière que l'on trouve dans la filmographie du maître. Ainsi, il a une fascination pour le temps qui passe et qu'on ne maîtrise pas. Certains des personnages des films de Del Toro tentent justement de contrôler ce temps qui coule et en général n'y arrivent pas. Le goût pour l'Histoire, le surnaturel et le sacré est aussi très ancré dans les productions de Del Toro. C'est le mélange de son éducation catholique (sa grand-mère était très fervente et exerçait une influence forte sur le jeune Guillermo) et de son attirance pour le mystique qui donne une couleur si connotée à son œuvre entre paganisme et christianisme, magie et religion, le mysticisme nazi à l'occasion (que l'on retrouve dans nombre de films de genre)...

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Et puis, il y a son amour pour les monstres, ces êtres différents qui attisent le ressentiment et la haine des hommes en occident mais qui sont appréciés en Amérique latine, les êtres humains qui se révèlent être finalement les vrais monstres dans la plupart des films que Del Toro a réalisé ou produit. Le bestiaire de la filmographie du mexicain fou est impressionnant et a donné des figures qui resteront à jamais dans les mémoires du cinéma international: l'archange prophétique de Hellboy 2 est pour moi la plus belle représentation de la mort jamais crée, il y a l'homme faune du Labyrinthe de Pan, les insectes humanoïdes de Mimic, et bien d'autres encore (quelle richesse de création dans le domaine!). Les personnages les plus cruels sont finalement les humains, enfermés dans leurs certitudes, leur tendance au fanatisme et au totalitarisme larvé. Dans ce domaine, le colonel Vidal du Labyrinthe de Pan est dix fois plus effrayant que n'importe quel Grand Ancien lovecraftien. La violence est ici moins graphique, plus intime et psychologique. Elle dérange durablement et en profondeur le spectateur. Car Del Toro c'est aussi cela, un imaginaire flamboyant au service d'émotions profondes.

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D'ailleurs une autre thématique est souvent présente chez lui, celle de l'enfance et de son rapport à la mort. Il met souvent en lien l'innocence supposée des jeunes avec la dureté de la vie et l'échéance finale qui nous guette tous. Cela facilite l'insertion de l'angoisse et de la peur qui est souvent présente dans l’œuvre de cet artiste. Ces grands petits personnages transpercent l'écran et luttent pour la survie de leurs proches et la leur. En cela L'Échine du diable est un modèle du genre où de jeunes orphelins sont confrontés à la grande Histoire et à l'incurie d'hommes fanatisés, leurs grands yeux et leur ventre creux sont les plus beaux symboles de l'humanisme dont est pétri le travail de Del Toro. 

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Au final, ce fut une lecture jubilatoire et très enrichissante. Très abordable, remarquablement documentée (beaucoup d'illustrations pour enrichir le propos), on passe un excellent moment en compagnie d'un super réalisateur. Bravo à Charlotte Largeron pour son travail de fourmi et son enthousiasme qui s'exprime à chaque page d'un ouvrage à lire absolument si l'on est amateur.

Voici en bonus quelques notes et avis personnels sur l'ensemble de sa filmographie :

Cronos (1993) : Toujours pas vu mais après cette lecture, ça ne saurait tarder! Il s'agit d'une variation originale autour du mythe du vampire.

Mimic (1997) : 4,5/6. Un pur film de genre, assez réussi avec une Mira Sorvino électrique et une menace sourde et insidieuse.

L'Échine du Diable (2001) : 6/6. Une sacré claque, prise récemment après lecture de cet ouvrage, entre poésie, film de fantôme et chronique de l'enfance qui passe.

Blade 2 (2002) : 3/6. Très très con mais superbement réalisé. Avis aux amateurs de gore et d'action.

Hellboy 1 et 2 (2004 et 2008) : 5/6. De très bons films entre flamboyance, intimisme et humour. Je ne suis pourtant pas fan de super-héros mais ici c'est jouissif et tellement beau.

Le Labyrinthe de Pan (2006) : 6/6. Sans doute son chef d’œuvre, un monument de cinéma où émotion et émerveillement sont palpables à chaque plan. Rien que d'en parler me donne envie de le revoir!

Pacific Rim (2013) : 4/6. Honnêtement, je n'y croyais pas et j'ai aimé malgré tout. Pas pour les robots mais plutôt pour les créatures venues d'un autre plan existentiel et des scènes intimistes bien menées. Un blockbuster avec du cœur. Honnête!

Crimson Peak (2015) : 5/6. Dernier en date, magnifique dans la forme pour un fond un peu classique mais là encore quelle maestria et quelle maîtrise!

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dimanche 27 mars 2016

Litanie de printemps...

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Dessin de Goubelle

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samedi 26 mars 2016

"Le Cycle de Tschaï" de Jack Vance

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L'histoire : En découvrant la planète Tschaï, le vaisseau terrien Explorator IV est aussitôt détruit par un missile. Unique survivant de la catastrophe, Adam Reith va devoir affronter un monde baroque, violent et d'une beauté envoûtante. Un monde peuplé de quatre races extraterrestres: les belliqueux Chasch, les impénétrables Wankh, les farouches Dirdir et les mystérieux Pnume. Déjouer les traquenards, explorer les secrets des cités géantes, percer le mystère des hommes hybrides: autant d'étapes pour une extraordinaire odyssée, qui permettra peut-être à Reith de rentrer chez lui...

La critique de Mr K : Dépoussiérage de PAL avec cette tétralogie du Cycle de Tschaï de Jack Vance exhumée de mon stock perso où elle traînait sa peine depuis trop longtemps. Du même auteur, j'avais dévoré La Planète géante, bon roman de Space opéra où Vance faisait preuve d'une grande maîtrise en terme de création d'un univers et présentait un super récit d'aventure à l'ancienne. Je n'ai pas été dépaysé avec ce cycle qui présente les mêmes qualités et m'a fait passer un très bon moment de lecture.

Naufragé de l'espace, Adam Reith se retrouve plongé dans un monde très étrange. La planète Tschaï est bien différente de la Terre et il va devoir faire appel à toutes ses capacités d'adaptation pour pouvoir survivre et peut-être rentrer chez lui. Complètement démuni à son arrivée, confronté très tôt à l'adversité (sa navette d'exploration est détruite peu après son crash, son compagnon d'infortune exécuté devant ses yeux sans qu'il puisse intervenir). À travers les quatre tomes ici réunis, il va devoir explorer Tschaï, il sera aidé dans sa quête par deux êtres mis au ban de leurs sociétés respectives. Le récit se partage alors entre voyage exploratoire, quêtes insensées, projets d'évasion, entre-aide et traîtrises diverses. Impossible de s'ennuyer durant les 860 pages de ce volume.

On a affaire à un pur récit classique dans le Cycle de Tschaï de Vance. Si vous cherchez de la surprise, de l'originalité, passez votre chemin, vous risquez d'être déçu. C'est d'ailleurs le seul reproche que l'on peut faire à cette entreprise. Notre héros est très bien sous tout rapport, il conjugue aptitudes physiques hors norme, intelligence pratique et diplomatique, morale à toute épreuve même sous la menace et esprit d'ouverture. Dit comme cela, on pourrait être rebuté. Mais il n'en est rien tant ce personnage 100% terrien (américain diront les mauvaises langues), sort du lot dans ce monde inconnu. Il déteint singulièrement par rapport aux us et coutumes en vigueur sur Tschaï, et ce qui paraît surfait et caricatural dans un livre de littérature plus classique permet ici de donner un point d'ancrage au lecteur se retrouvant à des millions d'années de ses certitudes et de ses références culturelles.

Dans sa tâche, Adam Reith est aidé par Anacho, un sous-homme Dirdir, et Traz, un exilé des steppes. Adam Reith partage avec eux un statut de paria, de marginal. L'incompréhension première va vite céder la place à la curiosité puis peu à peu à l'amitié. C'est un peu le syncrétisme de toute relation naissante entre des êtres différents que nous voyons se dérouler devant nous: dogmes et pensées aux références distinctes donnent lieu à des moments savoureux entre déconcertation et rapprochement. C'est assez finement mené par Jack Vance qui se révèle très psychologue et construit une relation vraiment spéciale et attachante entre ces trois larrons. Loin d'être un long fleuve tranquille, cette odyssée va mettre à l'épreuve leur nouvelle amitié, la fortifier à travers les épreuves. Cet aspect du roman est très réussi et accroche le lecteur.

Le gros point fort de cette saga réside dans le background, Jack Vance excelle dans la création d'une planète entière entre naturalisme, sociologie et géopolitique. Il fournit un ensemble cohérent, impressionnant de densité, immersif à souhait. On tremble vraiment à l'évocation des terribles dirdirs et leurs mœurs sauvage, on est fasciné par les mystérieux Wankh qui vivent reculés en dehors du monde, on est troublé et désorienté par la race troglodyte des Pnumes... On voyage donc énormément entre cités cosmopolites grouillantes et inquiétantes, vastes espaces vides où le danger est omniprésent, les forêts sacrées impénétrables, les mers oubliées peuplées de pirates, les zones de fouilles archéologiques aux mirages mirifiques... autant de lieux décrits avec précision qui assurent variété, intérêt et fascination au lecteur. On ne peut s'empêcher d'ailleurs de penser par moment à un roman de fantasy tant de lieux commun à ce genre sont présents dans cette tétralogie: les incontournables passages à l'auberge, les phases de marchandages, les scènes d'action et la technologie peu présente dans les pages sauf à des moments clefs. Il en résulte une impression étrange, une originalité de bon aloi qui encourage le lecteur à poursuivre sa découverte.

Ce fut donc une lecture très agréable malgré un côté fléché pour le lecteur vétéran du genre. Pas de souci pour autant en terme d'accroche tant l'auteur se plaît à explorer de multiples pistes et sait nourrir les attentes suscitées par sa trame principale. Quel talent déployé dans ce domaine et dans celui de la stylistique: la langue est très abordable mais d'une finesse bienvenue qui sort un récit classique de ses limites, les personnages sont choyés par leur créateur et les visions proposées saisissantes de réalisme. Une très bonne tétralogie qui ravira les amateurs de voyage et de SF à l'ancienne.

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jeudi 24 mars 2016

"The Revenant" de Alejandro González Iñárritu

the revenant afficheL'histoire : Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Seul, armé de sa volonté et porté par l’amour qu’il voue à sa femme et à leur fils, Glass entreprend un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de l’homme qui l’a trahi. Sa soif de vengeance va se transformer en une lutte héroïque pour braver tous les obstacles, revenir chez lui et trouver la rédemption.

La critique Nelfesque : "The Revenant" n'est pas une nouveauté puisqu'il est sorti en salle il y a tout pile un mois. On en a beaucoup entendu parler, avant la diffusion du film au cinéma, au moment de la sortie et depuis. Le phénomène Oscars est aussi passé par là puisque tout le monde attendait Di Caprio en grand vainqueur de celui du meilleur acteur. Il l'a décroché haut la main et le moins que l'on puisse dire c'est qu'ici il l'a amplement mérité.

J'attendais la sortie de ce film. Je ne me suis pas laissée avoir par la promo, j'avais seulement vu la bande annonce et ne cherchais pas à en voir davantage. Je suis donc restée loin des critiques et des articles de presse vantant le génie de ce long métrage. Force est de constater que la grosse claque, je me la suis prise comme tout le monde ! Les plus de 2h30 du film passent à la vitesse de la lumière. Les acteurs prennent les spectateurs dans leurs filets et le réalisateur propose ici un film de toute beauté et incroyablement vivant.

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On ne peut pas parler de "The Revenant" sans évoquer la prestation de Leonardo Di Caprio tant il crève l'écran ici. Dire que c'est son meilleur rôle serait réducteur au regard de ses précédentes prestations dans d'autres longs métrages forts intéressants (ne serait ce que l'un de ses premiers, "Gilbert Grape", dans lequel il interprète le petit frère de Johnny Depp, souffrant de troubles mentaux). Ici Leo est plus mûr et sans doute plus habité. Mû par une vengeance viscérale, il va combattre la mort, combattre les éléments, survivre et mettre tout en oeuvre pour retrouver l'assassin de son fils.

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Le spectateur est heurté à plusieurs reprises par la violence du quotidien dans cette Amérique sauvage et glacée. Les villages indiens détruits et les hommes massacrés, la menace face aux animaux sauvages (la scène avec l'ours est une des plus effroyables et réalistes que j'ai pu voir au cinéma jusqu'alors), la nature déchaînée et menaçante, la noirceur des individus entre eux... Une vie d'effort, d'aventure et de dépassement pour ces trappeurs au milieu de paysages somptueux. "The Revenant" est aussi une ode aux grands espaces, à l'Amerique reculée faite de forêts, de rivières et de montagnes escarpées.

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L'histoire est effroyable, la nature est hostile et le réalisateur, Alejandro González Iñárritu, transcende ses acteurs en leur offrant des rôles intenses et sur mesure. On a beaucoup parlé de Leo mais, bien que très présent à l'écran, il n'est pas le seul à donner de sa personne. Tom Hardy, dans le rôle de John Fitzgerald, est un "méchant" que l'on aime haïr. Personnellement, j'ai adoré ce personnage. Il est moins viscéral que celui de Di Caprio mais il est loin d'être dénué d'intérêt. Trappeur solitaire, il n'a en tête que d'arriver à sauver ses peaux pour lesquelles il a fourni beaucoup d'efforts et qui lui rapporteront beaucoup d'argent. Pour sauver la sienne et récupérer son dû, il est prêt à tous les sacrifices et à toutes les bassesses. C'est sans doute le personnage le plus humain de ce long métrage, dans tout ce qu'il a de plus vil et d'égoïste. Un pragmatisme qui fait froid dans le dos et que nous côtoyons pourtant tous les jours. Tom Hardy était d'ailleurs nommé pour l'Oscar du meilleur second rôle et ce n'était pas pour rien...

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"The Revenant" est un film qui prend aux tripes, qui va chercher le spectateur au fond de son siège et l'attire dans des contrées froides et menaçantes. On se laisse porter par la beauté des images, par la pureté de la nature qui contraste ici avec l'horreur humaine. 2h30 de purs moments de cinéma entre frissons, éblouissements et émotions dans un long métrage jusqu'au-boutiste qui ne sacrifie ni ses acteurs, ni son propos, ni sa beauté, ni son réalisme. Un film maîtrisé de bout en bout et à l'intensité rare. Superbe !

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La critique de Mr K : Deuxième grosse claque cinématographique de l'année avec le dernier film d'Alejandro González Iñárritu, multi récompensé fort justement lors de la dernière cérémonie des Oscars. Il nous tardait vraiment d'aller le voir avec Nelfe depuis la sortie de la bande annonce qui nous faisait sérieusement saliver, promettant de superbes images sous fond d'histoire de vengeance. Le réalisateur a comblé toutes mes attentes et même encore plus... Suivez le guide et ceci sans spoilers!

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Inspiré d'un fait réel, l'histoire est terrifiante. Hugh Glass est éclaireur pour le compte d'un petit groupe de trappeurs liés à l'armée. Suite à une attaque indienne (ils recherchent une femme de leur clan qui a été enlevée), ils doivent partir dans la précipitation pour rentrer à leur fort sous la menace de la troupe indienne qui les suit. Glass est abandonné pour mort par ses compagnons d'infortune suite à une rencontre malheureuse avec une ourse vindicative. Commence alors le lent retour vers la civilisation du personnage de Di Caprio entre rémanence du passé, douleur physique, rigueur climatique et soif de vengeance insatiable. Nous suivons alternativement son parcours mais aussi celui de ceux qui l'ont abandonné entre rebondissements nombreux et plans larges sur le nord de l'Amérique plongé sous la neige et le vent.

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Les 2h36 du métrage passent à une vitesse folle. C'est l'apanage des grands films longs qui ne le paraissent finalement pas. Bien que plutôt lent, le rythme est prenant, le réalisateur passant de phases contemplatives planantes à souhait à des scènes d'action chocs et efficaces. Comme les péripéties sont nombreuses et la tension permanente, je vous laisse imaginer le résultat. Il y aurait trop de scènes à dévoiler pour en faire le tour mais la maestria du maître González Iñárritu s'exprime parfaitement avec notamment la scène avec l'ourse où l'on a vraiment l'impression que cette dernière va nous sauter dessus (et sans 3D!), la course-poursuite à cheval avec la chute surprise (j'avoue j'ai flippé!), l'attaque des indiens sur le campement des trappeurs, la tempête de neige, la scène de l'avalanche... Il y a trop de moments de bravoure pour tous les évoquer. Mais sachez que l'immersion est totale, qu'on caille vraiment durant tout le métrage et que les nerfs sont mis à rude épreuve.

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Il y a aussi l'aspect initiatique du film qui transpire de chaque plan, chaque scène. L'existence humaine est changeante et imprévisible, l'histoire de Glass en est la parfaite illustration. Bien qu'il ait payé un lourd tribut au destin, ce dernier le rattrape pour le frapper encore une fois. Le film devient une mine d'inspiration à partir de cet énième coup du sort: Comment survivre à la perte d'un être cher? La vengeance apporte-t-elle la sérénité à l'être torturé par la douleur? Profondément viscérale, l'expérience est assez unique et extrême. On pénètre vraiment dans l'esprit du héros brisé, on subit les affres de la douleur physique (beaucoup de scène crues et réalistes dans le film) et des errances mentales avec une rare intensité et c'est complètement rincé qu'on ressort de la salle.

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Les acteurs sont tous très bons avec deux antagonistes remarquablement interprétés par deux acteurs vraiment au sommet de leur art. Tout d'abord Di Caprio qui explose l'écran et impose son charisme avec brio. Son personnage est un savant mélange d'homme en peine, fort et sensible à la fois. Je n'oublierai jamais ses longs regards humides et tristes qu'il lance vers la résolution du métrage et qui imprègnent encore mon esprit à l'heure où j'écris ces lignes. Il mérite largement son Oscar et le confirme dans la catégorie des meilleurs acteurs en activité. Vraiment, il est bluffant. Pour lui donner la réplique, on retrouve Tom Hardy (Max dans le dernier film de George Miller tout de même!) qui plante un personnage de salopard magnifique, tout en nuance et en gradation. Chacun dans ce film a sa part d'ombre, loin du manichéisme outrancier dont sont coutumières les grandes productions made in USA. Chacun ses faiblesses, ses erreurs et après, sa nécessaire confrontation avec lui-même. C'est très réussi à ce niveau là aussi et les personnages sont ici poussés dans leurs retranchements les plus intimes, exposés à nu devant les yeux émerveillés du spectateur pris en otage.

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Le film est donc un bonheur de tous les instants: les moments crus très réalistes procurent des frissons et révèlent des conditions de vie et des mœurs que l'on avait oublié, c'est une époque rude et violente que l'on prend en pleine face dans cette œuvre épique et grandiose qui marque durablement le spectateur. Le titre de meilleur film de l'année se joue pour moi entre celui-ci et Knight of cup. Nous verrons les sorties à venir mais le niveau est ici très haut. À voir absolument au cinéma!

mercredi 23 mars 2016

"Dans la peau d'un Noir" de J. H. Griffin

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L'histoire : Comment un écrivain américain s'est transformé en Noir avec l'aide d'un médecin, pour mener pendant six semaines la vie authentique des hommes de couleur.

La critique de Mr K : C'est une fois de plus le hasard qui mit sur mon chemin Dans la peau d'un Noir dont j'ai entendu parlé pour la première fois il y a bien longtemps lors d'un cours d'anglais au lycée. Notre prof de l'époque ne tarissait pas d'éloge sur cette œuvre qui pour lui était indispensable et remarquable dans sa dénonciation de la discrimination raciale dans le sud des USA dans les années 60. Vous savez ce que c'est quand on lit énormément, on note les références puis on les perd à l'occasion. C'est dans une boite à livre d'une commune voisine à la notre que je dégotai ce petit bijou qui n'a pas perdu une once de son pouvoir de réflexion et qui malheureusement reste encore d'actualité dans les thématiques qu'il aborde et qui peuvent être transposées ailleurs dans le monde.

John Howard Griffin écrit ce livre en 1962 soit trois ans après l'expérience qu'il va mener. Grâce à un médicament utilisé contre certaines maladies de peau, des séances d'UV intensives et quelques raccords maquillage, il va se transformer en Noir. Il a pour but de répondre à deux questions qui le taraudent: Si au cœur des États du Sud, un Blanc se transformait en Noir, comment s'adapterait-il à sa nouvelle condition? Qu'éprouve-t-on lorsqu'on est l'objet d'une discrimination fondée sur la couleur de votre peau, c'est-à-dire sur quelque chose qui échappe à votre contrôle?

Il va vivre ainsi six semaines, séjour très long qui s'apparente bien des fois à l'Enfer sur terre comme il le dit lui-même. Il constate ainsi que les gens ne se comportent pas du tout de la même manière selon la couleur de peau de leur interlocuteur, le racisme est ancré dans les habitudes et la perception que l'on a de l'autre. Regard en biais, froncements de sourcils s’enchaînent quand ce ne sont pas des refus injustes (le passage du voyage en car est éloquent sur le sujet, les Blancs durant la pause ont le droit d'aller aux toilettes, pas les Noirs), des allusions racistes et déviantes (discussions avec les automobilistes qui le prennent en stop et qui ne semblent que s'intéresser à l'activité sexuelle supposée frénétique des Noirs) voir des menaces lourdes de sens.

C'est un coup de bambou que reçoit John qui se rend compte qu'au delà des vexations et des interdits, il est très dur tout simplement de vivre: trouver un logement, un travail, se nourrir. Tous les actes quotidiens sont viciés par la ségrégation de fait qui s'exerce dans les États du sud de l'époque. L'auteur traverse plusieurs États et à chaque fois, le malaise persiste et nourrit sa réflexion. Il rencontre énormément de Noirs avec qui il échange et parfois vit un petit laps de temps. Il prend d'autant plus conscience de leur précarité et du poids des préjugés sur leurs épaules. Le racisme est tellement installé dans les mentalités qu'ils en viennent à douter d'eux-même et de leurs capacités: Je réalisai que toutes les personnes compétentes à qui j'avais pu parler, grâce au lien rassurant de notre couleur identique, avaient admis la dualité du problème du Noir. D'abord la discrimination que les autres lui font subir. Ensuite celle, encore plus pénible, qu'il s'inflige à lui-même; le mépris qu'il a pour cette noirceur associée à ses tourments. C'est irrémédiablement changé que John rentre enfin au sein de sa famille.

La dernière partie du livre est consacrée à l'après: la tournée américaine de l'auteur pour parler de son expérience et de son engagement pour la défense des droits civiques (l'ombre de Martin Luther King plane à de nombreux moments dans l'ouvrage, d'ailleurs ils sont contemporains lui et Griffin). Cela ne va pas se faire sans difficultés avec des menaces sur lui et sa famille, ils devront d'ailleurs déménager pour éviter le pire. Des années plus tard, après bien des péripéties, les Noirs obtiendront enfin justice et seront désormais considérés comme des citoyens à part entière sur tout le territoire américain.

La force de cet ouvrage réside dans son authenticité et sa simplicité. Tout est réel et il fait parfois l'effet d'un uppercut en plein cœur tant on peine à croire que nous nous trouvons dans une démocratie occidentale. Témoignage percutant très accessible, on accompagne sans peine le pèlerinage de sens du héros et la construction de sa pensée. Au contact des populations, d'intellectuels et de prêtres parfois, il se forge une idée, un combat qu'il portera bien des années après et qu'il exprime clairement dans les ultimes pages de son ouvrage.

Aisée d'accès, cette lecture est cependant rude de part ce qu'elle soulève et surtout ce à quoi elle fait écho. La peste brune est en pleine résurgence en France et chez ses voisins, nous nous sommes peut-être endormis... Voilà un ouvrage salutaire et éclairant qui vous aidera à raviver la mémoire et maintenir la flamme de l'amitié entre les êtres humains. Un classique parmi les classiques.

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mardi 22 mars 2016

De tout cœur avec nos amis belges...

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Dessin de Dilem tiré de son compte Tweeter

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dimanche 20 mars 2016

Frémissements de PAL

Nouveaux arrivants dans ma PAL et pour une fois, l'abbé n'est pas responsable. D'ailleurs, je n'ai plus le droit d'y mettre les pieds avant l'été tant les dégâts causés par notre dernier séjour chez lui ont été importants... Cela n'empêche pas de tomber sur quelques occasions auxquelles on ne peut résister tant le hasard fait bien les choses, mettant sur notre route ici un livre recherché depuis longtemps ou là, une découverte prometteuse.

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Belle pioche, non?  Destockage massif dans une chaîne de magasins discount, brocante pétrocorienne, recyclage municipal made in 56... autant de lieux ou événements qui se sont mis au travers de ma route de repentance concernant mon addiction aux achats de livres de seconde main. J'ai joué... et une fois de plus, j'ai perdu! Reste des ouvrages à fort potentiel dont je vais vous parler.

Acquisitions (6)

- "L'Humanité disparaîtra, bon débarras!" de Yves Paccalet. Prix du pamphlet 2006, il comblera sans aucun doute mes tendances misanthropiques avec un essai écologique teinté d'humour noir. À travers 13 scénarios catastrophes, l'auteur s'affère à pointer du doigt le caractère envahissant, nuisible, mal embouché et peu durable de notre espèce. Ça sent la fessée!

- "Le Journal de Zlata" de Zlata Filipovic. Quel bonheur de tomber sur ce livre! J'en avais déjà lu des extraits et je me suis toujours dit que je le lirai en entier un jour. Un premier pas a été effectué! Journal d'une enfant plongée bien malgré elle dans le conflit yougoslave des années 90, on le compare souvent à Anne Franck tant sa lecture est aisée et poignante. J'ai bien hâte de m'y mettre!

- "Le Coeur cousu" de Carole Martinez. Coup de poker que cette acquisition où un héritage familial (une mystérieuse boîte) va entraîner l'héroïne dans une histoire teintée de merveilleux et de roman picaresque. Les critiques sont dithyrambiques, le serai-je aussi?Grande

Acquisitions (4)

- "Je suis vivant et vous êtes morts" d'Emmanuel Carrère. J'adore cet auteur et j'aime encore plus son sujet, K. Dick étant ce qui se fait de mieux à mes yeux en terme de SF dérangeante et immersive. Ce portrait romanesque promet beaucoup et son format étrange (j'innove avec ce titre et celui qui suit) rajoutera un degré supplémentaire à l'expérience. RDV dans quelques temps pour le verdict!

- "La Villes des prodiges" d'Eduardo Mendoza. Livre de l'année 1988 pour le magazine Lire, célébré comme un chef d'oeuvre par beaucoup (dont ma mère!), j'y vais avec beaucoup d'espoir et de curiosité. Véritable saut dans l'inconnu, je suis curieux de découvrir cet écrivain qui m'a été tant vanté!

Acquisitions (5)

- "Double hélice" et "Ring zéro" de Koji Suzuki. Ceux qui nous suivent connaissent mon attachement à ce maître de l'horreur à la mode nippone. Gros coup de pot sur Périgueux quand je tombai sur les deux ouvrages qui manquaient à la série littéraire consacrée à la fameuse cassette maudite de la troublante Sadako. Je remercie encore le dieu des chineurs d'avoir mis ces deux ouvrages sur ma route! Hâte, hâte, hâte!

Acquisitions (7)

- "Ys, le monde englouti" de Gabriel Jan. Maître du suspens et romancier hors pair, Gabriel Jan s'attaque ici à la formidable légende de cette ville engloutie par les flots, la colère divine s'abattant sur les humains présomptueux. Je vogue vers des rivages connus mais l'expérience me tente vraiment entre Madeleine de Proust et plaisirs inconnus. Et puis, il y a Dahut...

- "Compartiment tueurs" de Sébastien Japrisot. Dans un train, les gens se rencontrent, parfois tuent. Vient alors le temps de la suspicion. L'auteur me plaît ainsi que les histoires se passant dans les trains (sans doute depuis Bons baisers de Russie de Terence Young!) et puis ma PAL est dépourvue en matière de policiers... Question de rééquilibrage, vous comprenez? 

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- "Axiomatique" de Greg Egan. 18 récits SF pour terminer ce tour d'horizon, avec ce recueil d'un auteur reconnu pour son écriture et son innovation. Je vais tenter l'expérience tant les thèmes abordés me fascinent: drogues brouillant la réalité, robots intelligents, manipulation génétique, artefacts mémoriels, implants... À priori, ça dépote!

Je suis bien content de ces trouvailles qui vont rejoindre leurs aînées dans ma belle PAL. Vous retrouverez dans les semaines, mois (années?) à venir mes impressions sur mes acquisitions. J'ai quand même limité la casse et niveau PAL, elle semble se stabiliser. La vrai question est: jusqu'à quand?

vendredi 18 mars 2016

"Du fond des ténèbres" de Ian Rankin

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L'histoire : Noël approche, les élections législatives aussi. Les ouvriers s'activent à Queensberry House : le siège du nouveau Parlement doit être prêt à temps. La découverte d'un corps momifié dans une cheminée, puis la mort d'un mystérieux clochard passent presque inaperçues au regard de l'assassinat d'un fils de famille engagé dans la course électorale. Trois morts, dont deux inconnus : l'inspecteur Rebus voit un lien entre eux et suit son instinct. Sa hiérarchie, lui reprochant de toujours chercher ce qui n'existe pas, désapprouve. En chemin, il croisera ses démons habituels, l'alcool, la solitude, les aléas de la justice, et son vieil ennemi, le caïd "Big Ger" Cafferty.

La critique de Mr K : Mon premier Rebus de 2016 et quel volume! Rankin va très loin avec Du fond des ténèbres qui porte très bien son nom. Un inspecteur au fond du gouffre qui laisse libre court à son alcoolisme latent, des morts mystérieuses, des magouilles peu recommandables entre le crime organisé et le pouvoir politique, voici les principaux ingrédients de cette enquête haletante d'un de mes héros policiers préférés! Suivez-moi à Edimbourg entre ruelles obscures et salons de privilégiés pour un livre qui décoiffe et retourne son lecteur!

L'action commence plutôt classiquement avec la découverte de cadavres que rien ne semble relier les uns aux autres. Il y a ce clochard qui semble s'être suicidé et qui a choisi de vivre dans la rue malgré les 400 000 livres déposées sur son compte en banque, ce jeune politique plein d'avenir agressé et tué à l'arme blanche à la sortie d'un pub et puis il y a un violeur en série en liberté que la police n'arrive pas à attraper… Rebus est sur le coup mais on le muselle une fois de plus en lui collant aux basques dans le présent volume un jeune arriviste aux dents longues. Il faut dire que cela fait longtemps qu'il n'est plus en odeur de sainteté avec sa hiérarchie qu'il aime tant provoquer et malmener. Heureusement, il peut compter sur ses fidèles lieutenants dont la séduisante Siobhan Clarke qui aura ici un rôle décisif.

Nous continuons à explorer Edimbourg de fond en comble avec une visite des beaux quartiers dans Du fond des ténèbres, élément qui diverge de mes précédentes lectures tant Rankin aime détailler le caractère crépusculaire de la cité écossaise. Pour autant, les riches n'ont rien à envier aux classes populaires, les scènes d'interrogatoires donnent lieu à de savoureuses passes d'armes entre membres d'une même famille et même vis-à-vis des policiers considérés comme des larbins. Rébus ne s'en laisse pas pour autant compter et va avoir bien du mal à démêler un sac de nœud particulièrement retors. Surtout qu'il traîne sa peine avec lui et a bien du mal à résister à l'appel des pubs, de la bière et du whisky. Jamais on ne l'a senti aussi proche de la chute et on tremble pour lui tant il flirte avec les lignes et est à deux doigts de perdre son travail et même la vie.

En contre-point, on explore encore les arcanes du crime et c'est avec un bonheur non feint que l'on retrouve l'alter ego négatif de Rebus dans la peau de son plus vieil ennemi "Big Ger" Cafferty. Ils entretiennent vraiment de drôles de rapports ces deux là, un peu à la manière de Ryan Hardy et Joe Carroll dans la super série The Following. Ils aiment se détester mais ils ne peuvent s'empêcher de s'apprécier et finalement de se mesurer l'un à l'autre pour se mettre en valeur. Cela donne lieu à des discussions alambiquées, mêlant fiel et petites reculades sensibles à la teneur hautement jubilatoire quand on suit bien la saga Rebus.

Loin de se clarifier, la trame se complexifie au contraire au fil des chapitres, Rankin aime à perdre son lecteur en lui fournissant fausses pistes et demi-vérités comme à nos enquêteurs chéris qui pataugent littéralement les 3/4 du livre. Le final est assez tétanisant dans son genre et ouvre la voie à de futurs développements qui laissent envisager de gros bouleversements et des combats à venir riches en promesse. La lecture fut donc prenante comme jamais, j'ai alterné entre exaltation, abattement et nouvel espoir comme jamais dans un livre du genre policier. Sans doute un des meilleurs de la série des Rebus. À ne surtout pas manquer!

Egalement lus et chroniqué au Capharnaüm éclairé :
"Nom de code: Witch"
"Le fond de l'enfer"
"Rebus et le loup-garou de Londres"
"L'Étrangleur d'Edimbourg"
"La Mort dans l'âme"
"Le Jardin des pendus"
- "Causes mortelles"

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