samedi 23 janvier 2016

"Tu mourras moins bête - tome 2 : Quoi de neuf Docteur Moustache ?" de Marion Montaigne

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L'histoire : Après avoir brillamment démystifié la science au cinéma, Marion Montaigne s'attaque à... votre corps ! Si vous croyez que l'apoptose est une maladie des pieds ou si vous pensez que le "stade anal" est un lieu de concert de 100 000 personnes, alors ce livre est fait pour vous ! Grâce à son programme "cinq rires et légumes par jour", la Professeure Moustache vous promet un esprit sain dans un cornichon !

La critique de Mr K : Chronique d'un beau cadeau de Noël de ma chère et tendre ce soir  avec ce deuxième volume de Tu mourras moins bête de Marion Montaigne qui passe de la science appliquée au cinéma à l'exploration de notre corps, de nos cellules et de nos mauvaises habitudes. Tiré de son blog, on retrouve ici tout son talent de vulgarisation et de dérision pour un bonheur de lecture de chaque instant et où le rire a le premier rôle.

Un peu plus d'une trentaine de sujets sont ici abordés entre fonctionnement de la machinerie humaine (physionomie et psychologie), retour sur des grands noms de la médecine qui ont marqué l'Histoire de la discipline (dont Aristote et Paré tout de même!), les médecines parallèles (grand moment de drôlerie), la recherche et la biologie et toute une série de sujets annexes. Il est donc question des cellules et de leur fonctionnement, de la traque des virus, du fonctionnement de notre peau, des différents stades psychologiques de l'homme, du fonctionnement du cerveau pour traduire les informations qu'il reçoit, de sexe et des questions pseudo-existentielles qui l'entourent et bien d'autres thèmes que vous découvrirez en parcourant ce tome. On en apprend beaucoup, on re-découvre aussi des choses vues (flashback dans les années collège!) à travers des explications simples, des données chiffrées parfois bluffantes et un humour corrosif à souhait.

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Un peu à la manière de Il était une fois la vie (série culte de mon enfance sur le corps humain), Marion Montaigne donne vie aux cellules, virus et autres composants de notre corps. Pas d'effet de surprise du coup, le procédé ayant déjà été utilisé mais on retrouve ici en plus l'humour dévastateur de l'auteure qui décidément touche au but à chaque vanne ou gag. Il faut voir les défenses immunitaires sous leur uniforme de gardiens de l'ordre râler sur les clandestins (virus) qui essaient de pénétrer dans notre corps. Cette parabole et bien d'autres qui parsèment cet ouvrage font écho à l'actu et aux peoples de notre temps. On saluera les efforts de Montaigne d'en finir avec le Tsar Cozy (quoique dans ce domaine, il se suffit à lui même) et les frères Bogdanov à qui elle fait subir bien des choses et qui sont une énigme scientifique à eux tout seul.

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Comme dit dans la chronique du tome 1, les trentenaires sont le cœur de cible de ce recueil diablement séduisant où les dessins s'effacent derrière la somme de connaissances déployées et la dérision qui l'accompagne. Les références sont multiples, les dérapages comiques présents à quasiment chaque case et cette BD parlera aux plus grands comme aux plus petits même si ces derniers ne saisiront pas l'intégralité des sous-entendus. Et puis il y a le Docteur Moustache qui est une narratrice hors pair et possède un charme disons... particulier!

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Un essentiel dans le genre donc pour se cultiver et se gondoler en même temps. C'est tout à fait mon crédo car j'ai toujours pensé que c'était en s'amusant qu'on apprenait le mieux. Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

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vendredi 22 janvier 2016

"À la table des hommes" de Sylvie Germain

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L'histoire : Son obscure naissance au cœur d'une forêt en pleine guerre civile a fait de lui un enfant sauvage qui ne connaît rien des conduites humaines. S'il découvre peu à peu leur complexité, à commencer par celle du langage, il garde toujours en lui un lien intime et pénétrant avec la nature et l'espèce animale, dont une corneille qui l'accompagne depuis l'origine.

La critique de Mr K : Ce roman est le premier de Sylvie Germain qui m'est amené à lire. Cette auteure a bonne presse et j'ai sauté sur l'occasion pour la découvrir avec la sortie de son nouvel ouvrage dont la quatrième de couverture est aussi intrigante qu'engageante dans les thématiques qui semblent être abordées. La lecture fut rapide, le constat mitigé.

Tout le roman se déroule dans un pays dont on ne connaîtra jamais le nom, où se livre une guerre civile sanglante, où s'enchaînent les exactions et les vendettas vengeresses. Au milieu de ce chaos et la folie organisée des hommes, nous suivons la destinée de Babel depuis sa naissance trouble au fin fond de la forêt à son arrivée dans l'accomplissement de la quarantaine. Être hybride? Enfant sauvage? Candide des temps modernes? Il est un peu de tout cela à la fois et c'est à travers ses yeux et ceux de personnes qu'il va rencontrer et qui vont jalonner sa vie que l'histoire se déroule devant nos yeux entre réalisme, naturalisme et parfois du fantastique. Étrange voyage qui alterne morceaux de choix à la beauté pure et dérives parfois simplistes et digressives pas forcément de bon aloi.

Ce que j'ai préféré dans ce roman est sa première partie qui s'apparente directement aux récits que j'ai pu lire par le passé sur les enfants sauvages du XIXème siècle qui ont inspiré un de ses plus grands films à François Truffaut. On suit pas à pas, les premières sensations, expériences de Babel. Il se nourrit de son environnement, de ce qu'il ressent et tente de survivre. Il sera recueilli dans un village déserté par les hommes partis à la guerre et commencera le dur apprentissage de la vie au sein d'une population frustre et méfiante. Cela donne de très beaux passages sur l'éveil aux autres et sur le monde (une très légère ouverture à ce moment là de la vie de Babel) et des moments bien plus rudes quand il doit se confronter à la cruauté des autres jeunes du village qui ne voient en lui qu'un idiot buté dont on peut se gausser facilement et sans crainte de représailles.

L'écriture est d'une grande beauté, un souffle inédit se fait sentir et l'on partage scènes du quotidien et réflexions plus profondes notamment lors de la fuite de Babel vers un ailleurs prometteur. L'apprentissage des mots et la magie inhérente qui les accompagnent, Dieu et ses multi-facettes à travers le monde mais aussi l'injustice, l'intolérance placent ce roman définitivement sous le sceau du récit initiatique avec ce jeune garçon plongé dans un monde qui le dépasse. Mais cet univers est désormais le sien, il va devoir s'en accommoder pour se trouver lui-même. Il pourra compter sur deux vieux clowns libertaires en colère contre le monde entier et la douce Zelda qui lui fera connaître l'Amour. La langue est limpide, exigeante par moment pour ciseler aux mieux personnages et situations, l'immersion totale. Tout pour plaire normalement, mais malheureusement il y a un hic…

Bien que séduisante dans sa forme, la prose ici livrée n'a vraiment rien d'originale et vire parfois au pamphlet simpliste contre l'espèce humaine. Entendons-nous bien, je me classerai volontiers dans le camp des pessimistes et déclinistes concernant notre espèce qui excelle dans la destruction et l'auto-satisfaction. Je trouve que dans ce roman, l'auteur passe parfois du coq à l'âne pour dénoncer de manière frontale et pas très fine des errances de notre développement: je pense notamment au passage sur le sort que l'on réserve aux animaux ou encore la suppression d'esprits libres par des intégristes (passage qui m'a fait penser aux attentats de janvier 2015). Cela alourdit le roman et surtout son propos qui se démarquait dans les 100 premières pages par une ambiance cotonneuse teintée de mystère et de décalage (j'adore cette sensation). Par la suite, on perd cette impression au profit d'un brûlot certes allant dans le bon sens mais plutôt simpliste et au final, manquant de puissance. Un soupçon de nuance ne fait jamais de mal!

Impossible donc de ne pouvoir dire que du bien de ce roman pourtant tellement réussi dans le traitement de son personnage principal (que j'ai adoré et dont je garderai un souvenir ému). Je suis adepte du genre et j'ai trouvé dix fois mieux en terme de parcours initiatique dans un monde en pleine déshérence. Reste que je ne reste pas définitivement fermé à cette auteure tant j'ai aimé son style d'écriture qui ne ressemble pas à ce que l'on peut lire généralement. Elle mérite un deuxième essai, je le tenterai quand un chinage de plus me mettra sur sa route...

jeudi 21 janvier 2016

Le presque challenge "Destockage de PAL en duo" V5

La session précédente ayant pris fin il y a quelques semaines, c'est l'heure de remettre le couvert pour le challenge "Destockage de PAL en duo". On prend les mêmes et on recommence, je continue de faire baisser ma PAL en compagnie de ma copinaute faurelix. Il y a cependant une petite différence cette fois ci puisque nous ne participons pas officiellement au challenge, mon choix pour faurelix n'étant pas validé par les organisatrices. Qu'importe, on fait comme ci et on sort un roman de nos PAL dans la joie et la bonne humeur et avec un thème de saison !

Cette nouvelle version est un peu particulière puisque c'est celle des fêtes de fin d'année (oui je sais, maintenant elles sont passées mais j'ai mis du temps à mettre en ligne cet article). Les règles diffèrent quelque peu. Nous avons eu le choix entre trois "thèmes" différents (d'ordinaire il n'y en a qu'un imposé d'office) et pour chacun uniquement une seule proposition de lecture (d'habitude, c'est 2). Du coup, on est bien contente de bien se connaître faurelix et moi, puisqu'on est sûre de se voir imposer un roman qu'on aura forcément fortement envie de lire. Cette fois ci, nous avons opté pour le thème "Un hiver à la montagne".

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Le challenge a déjà commencé depuis quelques semaines et nous avons ici jusqu'au 29 février pour le lire. Comme nous ne participons pas vraiment au challenge comme je l'ai expliqué précédemment, si besoin, on s'octroiera un petit délai supplémentaire (rebelles jusqu'au bout les nanas).

Cinquième mission : du 1er décembre 2015 au 29 février 2016 !
ORDRE DE MISSION : UN HIVER A LA MONTAGNE

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Pour cette fois, faurelix devra lire "Enfant 44" de Tom Rob Smith qui, pour nous, rentre complètement dans le thème puisque l'histoire se situe durant l'hiver 1953 à Moscou. Le titre ne comportant pas de mots propres à l'hiver (voilà pourquoi nous n'avons pas la possibilité de participer au challenge), on aurait pu également le faire entrer dans la catégorie "Avance dans une série" qui était un des thèmes proposés cette fois ci mais là aussi ça bloque puisque c'est un tome 1. Bon, on a voulu faire nos malignes, on a perdu ! La PAL de faurelix ne regorge pas de romans hivernaux, le choix n'a donc pas été difficile mais je suis curieuse d'avoir son avis sur l'oeuvre originelle qui a inspiré le film du même nom sorti au cinéma l'an dernier.

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Quant à moi, faurelix m'a choisi "Hiver Arctique" de Arnaldur Indridason parce qu'elle a remarqué que je l'avais proposé au dernier Book Club et qu'il n'avait pas été retenu ! Merci faurelix de me le faire lire tout de même !

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On reste dans le policier encore une fois. On ne se refait pas... Je sais d'avance que nous prendrons beaucoup de plaisir avec nos lectures !

Pour découvrir le billet de faurelix ainsi que son avis sur "Enfant 44" un peu plus tard, je vous laisse vous rendre sur son blog. Bonne lecture !

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mercredi 20 janvier 2016

"Star Wars VII : Le Réveil de la Force" de J.J. Abrams

star wars afficheL'histoire : Dans une galaxie lointaine, très lointaine, un nouvel épisode de la saga "Star Wars", 30 ans après les événements du "Retour du Jedi".

La critique Nelfesque : Ah ! Le 7ème volet de la saga Star Wars, on peut dire qu'on l'attendait ! Et qu'on avait hâte de le voir ! Mais bon, comme on est un peu maso, on a attendu avant de nous ruer dans les salles. Justement pour éviter cette ruée... Devoir réserver sa place de cinéma plusieurs semaines à l'avance pour avoir une chance de voir un film dans une salle bondée de mangeurs de pop-corns, c'est au dessus de nos forces. Question de principes et de tranquillité.

C'est donc la semaine passée que nous sommes allés voir le film. Sans en lire quoi que ce soit pour ma part, en essayant d'éviter les articles sur le net et les spoilers à la radio (oui, même France Info s'y est mise). J'étais assez curieuse de découvrir ce 7ème opus et juger par moi-même si J.J. Abrams s'était ramassé ou au contraire apportait un nouveau souffle à la série. Avec tout le tapage qu'il y a eu autour de la sortie du film, les produits dérivés, les campagnes publicitaires, il n'y avait pas de droit à l'erreur et l'overdose n'était pas loin (je ne serai pas surprise de découvrir du PQ Star Wars...).

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Dès les premières secondes, l'excitation monte. Le texte défile sur l'écran, les premières notes de musique du célèbre générique se font entendre, je n'en peux plus, j'ai 10 ans d'âge mentale !

On retrouve dans "L'Eveil de la Force", l'humour bien présent dans les volets 4, 5 et 6. Ça ne se prend pas au sérieux, ça joue, c'est efficace. Heureuse de retrouver Han Solo et Chewie, je n'ai pas non plus bouder mon plaisir à la découverte des nouveaux personnages. J'attendais au tournant celui de Rey, interprété par Daisy Ridley, ayant lu (et oui même en essayant de ne pas trop en voir, on finit toujours par tomber sur des infos (merci les réseaux sociaux!)) que c'était un personnage féministe. Oui... Alors... Bon... Comment dire... Quand une fille ne minaude pas, ne frise pas l'hystérie, ne court pas en talons aiguilles mais fait les choses par elle-même, se défend et prend ses propres décisions, on sort le drapeau "féministe" ? C'est ça l'idée ? Bon ben désolée hein mais elle se comporte tout simplement normalement ! Bienvenue dans le monde actuel !

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J'apprécie beaucoup la saga Star Wars mais ne suis pas une fan absolue. Je n'ai pas de petites culottes Dark Vador ni d'affiches du film dans mon salon. Pour autant, j'ai toujours pris beaucoup de plaisir à me plonger dans cette univers et avec "Le Réveil de la Force", j'ai retrouvé ce plaisir. Je ne crierai pas au génie (on est quand même dans une franchise ultra codifié) mais le réalisateur ne se moque pas des spectateurs avec ce nouvel opus. Les paysages sont superbes (ambiance Burning Man), le rythme est bien géré, les perso sont crédibles (bon mis à part peut être Kylo Ren qui ne fait pas flipper pour 2 sous avec sa tête de Mickey mais passons). La saga est repartie pour un tour et on voit déjà au final pointer quelques indices pour la suite. Une suite que j'attends donc avec impatience !

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La critique de Mr K : 5/6. Après une attente voulue pour éviter les foules et la frénésie qui régnait autour de l’événement, c'est le cœur enjoué et plein d'espérances que Nelfe et moi avons enfin été voir le dernier né d'une saga incontournable en matière de SF et surtout de space opéra. Je n'avais guère goûté les épisodes I, II et III très beaux visuellement mais plutôt creux et sans âme malgré de purs moments de délire dans chacun des épisodes et quelques persos marquants. Il me manquait le second degré, l'humour et l'esprit libre qui soufflait sur la trilogie originelle: je ne me suis jamais vraiment remis de mon premier visionnage du cultissime épisode V L'Empire contre attaque. Au final, le VII est le meilleur film depuis ce dernier et laisse augurer de belles suites malgré quelques légers défauts. Mais vous me connaissez, j'aime pinailler!

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Pour reprendre la réplique culte de Han Solo dans la bande annonce de Star Wars VII: L'Éveil de la Force, on est à la maison! J'ai retrouvé mon esprit d'enfant durant 2h15 que l'on ne voit pas passer, où le récit fait la part belle à la présentation de nouveaux personnages, des retrouvailles avec de vieilles connaissances adorées et des morceaux de bravoures transcendés par les techniques modernes d'effets spéciaux. Je me tairais sciemment sur les ressorts de l'histoire et ses nombreuses ramifications et pistes ouvertes, à chacun de les découvrir par soi-même le jour J mais on retrouve pêle-mèle: les drames familiaux, les deux factions rivales, la découverte d'un nouveau pouvoir par de jeunes pousses en devenir, nouvelles alliances et traîtrises iniques, technologie à gogo et menace insidieuse en marche.

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La réussite principale de ce film réside dans ses deux personnages principaux Ray et Finn, tous les deux porteurs d'un nouveau souffle entre interrogation sur soi et dépassement personnel pour progresser et trouver sa voie. Le ton est redevenu léger entre humour et drame, savant dosage d'orfèvre apportant nuance et crédibilité à deux individus attachants. Les deux acteurs sont impeccables, très justes, versant souvent dans l'auto-dérision, les remords pour Finn et blocage/ouverture pour la belle Rey. Pour une fois, les jeunes premiers sont très charismatiques et n'ont pas à pâlir du côtoiement avec des légendes.

Ce n'est plus un secret pour personne, l'équipage du Faucon Millénium est de retour avec mes deux personnages préférés de la saga originelle: Han Solo et Chewbacca. Le duo fonctionne une fois de plus à merveille et le fan que je suis était ravi de repartager leurs aventures rocambolesques et leurs répliques toujours entre désespoir et complicité ironique. Votez Chewie! Je suis plus réservé sur Leia qui a morflé avec le temps et tient une place bien plus secondaire. Et puis deux ombres planent sur la scène: Vador et son influence toujours aussi forte malgré sa mort et Luke Skywalker mystérieusement disparu et que tous cherchent pour des raisons bien particulières. Mention spéciale aussi à BB8 qui réussi à égaler R2D2 en terme de ressort comique et technologique, il est très attachant et rempli son rôle parfaitement.

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J'ai aussi beaucoup aimé la présence de beaucoup de paysages et décors naturels. Les effets spéciaux inondent l'écran par moment mais le réalisateur semble avoir fait le choix de refuser le tout numérique. Pari gagnant, l'immersion est bien plus efficace, plus crédible aussi. On retrouve John William à la baguette pour la musique, les premiers accords ne trompent pas, c'est du classique et c'est efficace. Certains diront que c'est le choix de la facilité (ils n'ont pas entièrement tort) mais Star Wars c'est aussi des codes et des repères ancrés dans l'inconscient collectif, au même titre que la séance d'ouverture et son fameux déroulé narratif. Non vraiment tout est fait pour passer un bon moment, se caler bien au chaud dans son fauteuil et profiter d'un spectacle total où les émotions s'enchaînent sans discontinuer à un rythme soutenu, millimétré et brillamment pensé.

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Pas de note maximum pour autant à cause de quelques défauts et scories qui viennent entacher quelque peau un tableau général pourtant jubilatoire. Le scénario tout d'abord presque calqué parfois sur l'opus 4 et des surprises qui n'en sont plus vraiment. Le fan-service c'est bien mais ça a ses limites, les références sont nombreuses en terme de scènes cultes et j'espère que les épisodes suivant s'affranchiront davantage à ce niveau là. J'ai trouvé le méchant pas si angoissant non plus, il manque un peu d'épaisseur et ses rouages intimes sont trop vite exposés gâchant l'effet dramatique qu'il devrait produire pour plus de noirceur et de portée maléfique. Son sabre laser est aussi une originalité que j'ai trouvé laide et sans intérêt, trop proche à mes yeux de l'iconographie médiévale. L'influence nippone sur le sabre original est bien plus mystique et en cohérence avec le reste… Mais passons, il semblerait que le sabre de Skywalker fils fasse son apparition à un moment…

Pour conclure, ce film est à voir au cinéma si on est fan de SF et de récits à tiroir. Impressionnant par sa forme, porteur de sens et d'une histoire universelle, avec L'Éveil de la Force on prend un pied certain à suivre aventures spatiales, complots et destinées personnelles. On en redemande!

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lundi 18 janvier 2016

"La Fée de Verdun" de Philippe Nessmann

La Fée de Verdun

L'histoire : "Plus elle chantait, plus les soldats se tournaient vers la scène et se mettaient à écouter. La magie de la musique opérait : Les poilus ne pensaient plus à la guerre. Il étaient simplement heureux d'être là, de profiter de ce moment de paix."
Un jour, j'ai entendu parler de Nelly Martyl, une cantatrice de la Belle-Epoque, aujourd'hui oubliée. Je suis alors parti à sa recherche, au coeur de la guerre. Mon enquête m'a conduit jusque dans les tranchées glacées de Verdun où j'ai pu admirer la force de son courage.

La critique Nelfesque : Une fois n'est pas coutume, je me suis lancée dans un ouvrage traitant de la Première Guerre mondiale. D'ordinaire, c'est plutôt Mr K qui aime ce genre de récits, étant moi-même plus tournée vers la Seconde. C'est la dimension musicale ici qui m'a fait sauter le pas. 

Tout commence sur une coïncidence. Un jour qu'il rentre chez lui, un jeune étudiant en Histoire porte son regard sur un bâtiment parisien qui va être rasé pour construire une crèche. Sur le fronton, une inscription : "Fondation Nelly Martyl". Nelly Martyl... Ce nom lui dit vaguement quelque chose... Les souvenirs reviennent. Nelly Martyl est le nom d'une femme que la grand-mère de l'étudiant a vu, blessée sur son trottoir, lorsqu'elle était enfant. Un nom qui est toujours resté dans sa mémoire et dont elle a conté l'histoire maintes fois à son petit-fils. Un tel signe ne peut avoir lieu sans raison. Il va alors commencer à faire des recherches sur cette Nelly et découvrir sa vie.

"La Fée de Verdun" est un roman jeunesse et la façon dont Philippe Nessmann l'a construit est très judicieux. Alternant passages romancés racontant le quotidien de Nelly, carnets de notes où le personnage principal inscrit ses progressions dans ses recherches et ses questionnements, discussions avec sa grand-mère et images d'archives, l'auteur tient le jeune lecteur en haleine. Nous avançons pas à pas avec lui dans sa quête et ses découvertes sont autant de points lumineux dans une époque difficile.

C'est ainsi que nous faisons connaissance de Nelly. Une jeune fille qui n'a pas eu une vie facile mais avait un rêve, celui de devenir cantatrice à l'Opéra de Paris. Avec force et courage, elle va accéder à ce rêve mais 1914 apporte avec elle la guerre entre la France et l'Allemagne et Nelly, poussée par son patriotisme, se sent alors plus utile à aider la France qu'à chanter à l'Opéra. Ainsi, elle va entreprendre des études d'infirmière et soigner les blessés. Peu à peu, nous découvrons l'histoire vraie de cette femme hors du commun qui chantait pour les soldats en attente de partir au front. Avec un courage sans bornes, elle va donner de la voix le soir pour mettre du baume au coeur de ces hommes éloignés de leurs familles et soigner les soldats le jour. Sans jamais s'écouter, elle va aller elle-même en première ligne pour prodiguer les premiers soins, affronter la grippe espagnole, assister les chirurgiens dans les amputations...

"La Fée de Verdun" est une plongée dans la Belle-Epoque et 14-18. Nelly Martyl va troquer ses belles toilettes de cantatrice et son univers de paillettes pour l'uniforme d'infirmière et l'enfer des lignes de front. C'est l'occasion aussi pour l'auteur de revenir sur les conditions difficiles des hommes dans les tranchés, sur leur quotidien fait d'attente, de pluie d'obus et de membres déchiquetés. Autant de passages qui serrent le coeur du lecteur.

Cet ouvrage très facile à lire grâce à sa construction est une excellente approche de la Première Guerre mondiale pour les jeunes lecteurs. Passionnant en ce qui concerne l'histoire personnelle de Nelly Martyl et instructif concernant l'Histoire, il met en lumière une héroïne méconnue de la Guerre de 14. Soigner les corps et les âmes, tel était son destin. Un destin que l'on prend beaucoup de plaisir à découvrir sous la plume de Nessmann. Un roman à lire et à faire lire à vos enfants !


dimanche 17 janvier 2016

"Un Jeu à somme nulle" d'Eduardo Rabasa

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L'histoire : "Notre époque est parvenue à dépasser le fétichisme de la propriété : l'argent a bien compris que la meilleure façon de gouverner dans l'intérêt d'une petite minorité, c'est de convaincre tous les autres que leur bien-être en dépend".
Max Michels a l'habitude de cohabiter avec les voix présentes dans sa tête. La voix de son père, un homme exigeant jusqu'à la tyrannie qui lui a inculqué de force la maxime selon laquelle "la valeur de tout homme se mesure à la dose de vérité qu'il peut supporter". Et les voix des "nombreux" qui remettent sans cesse en cause le moindre de ses actes. Jusqu'au jour où, lassé d'être la marionnette de ses démons, il décide de se présenter à la présidence de Villa Miserias, une "unité habitationnelle" régie par un système subtile mais implacable : le quiétisme en mouvement.

La critique de Mr K : Une pièce maîtresse en matière de lecture prospective et enthousiasmante comme jamais aujourd'hui avec Un Jeu à somme nulle d'Eduardo Rabasa qui s'apparente à la fois au fameux 1984 de Orwell (l'auteur ne cache pas son influence) et aux chroniques sociétales chères aux auteurs sud-américain. L'entrée en matière est cependant rude, ce livre se mérite! Mais une fois que vous serez plongés dedans, il vous sera impossible de le relâcher tant la portée philosophique est puissante et le récit bien mené vers un final haletant.

Disons-le tout de go, il ne se passe pas grand chose dans ce roman. D'ailleurs le résumé en quatrième de couverture est trompeur, la fameuse campagne électorale se concentrant sur le dernier quart du livre. Durant la majeure partie de cet ouvrage, l'auteur nous invite à suivre Max, un jeune homme très particulier. On suit son existence à travers un savant mélange de flashbacks détournés, de digressions dithyrambiques sur telle personne qu'il croise ou tel concept appliqué dans ce vase clos que se révèle être Villa Miserias. En cela, la construction du personnage de Max (et de tous les autres protagonistes d'ailleurs) est un régal de chaque ligne, l'auteur s'amusant à nous livrer les détails de son existence dans le désordre et sans cohésion apparente (son enfance avec un père autoritaire, sa découverte de l'Amour, sa perception du microcosme de Villa Miserias entre autre). Les liens se font plus tard au contact de personnages secondaires, de voix schizophréniques qui déprécient systématiquement le héros et le torturent inlassablement.

Car Max entend des voix! Sa vie s'en révèle d'autant plus difficile que Villa Miserias est un univers à part sur notre planète. Régie par de curieux concepts à la frontière du communisme le plus pur et l'individualisme forcené (c'est étrange dit comme cela mais tout se tient dans le livre), à travers les expériences passées de Max et certains chapitres consacrés aux maîtres de la cité, on plonge dans un régime dit démocratique mais derrière lequel se cache des rouages et des intérêts loin du bien commun. Churchill disait que la démocratie était le moins mauvais des systèmes politiques, cette citation prend tout son sens ici où la population est entretenue dans l'ignorance sciemment et encouragée à voter malgré le caractère inutile de cet acte citoyen. En effet, en amont, tout est contrôlé et orienté pour que les grandes messes démocratiques ne réservent aucune surprise par les élites et surtout, il plane sur l'ensemble l'influence du mystérieux créateur du fameux concept de quiétisme en mouvement que je vous laisserai découvrir par vous-même lors de votre lecture.

Cette oeuvre fascinante est une belle critique en filigrane des déviances de notre chère démocratie qui laisse de plus en plus de terrain au sacro-saint argent-roi: endormissement des masses, lobbying larvé dans toutes les réformes engagées, recul de l'esprit critique par la médiatisation extrême et la bipolarisation des idées… Autant d'orientations néfastes bien visibles dans notre société et qui sont ici dynamitées par Eduardo Rabasa qui signe ici un premier roman d'une rare justesse et d'une maîtrise totale. La langue est exigeante (certains passages méritent qu'on s'y attarde pour en saisir toute la profondeur) mais jamais rébarbative, faisant aussi la part belle à des introspections personnelles du héros et à ses errances physiques et cérébrales (la flagrance Gainsbourg période L'Homme à la tête de chou flotte sur ces pages).

Politique-fiction et étude maligne de la société, destin contrarié forçant l'empathie du lecteur, érotisme révélateur de nos pulsions et de notre construction personnelle sont au RDV de ce grand et beau livre qui marque durablement et touche parfois au génie. Un must et une nouvelle pierre angulaire dans le genre! À lire!

jeudi 14 janvier 2016

"Genetiks, Récit complet" de Richard Marazano et Jean-Michel Ponzio

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L'histoire : Thomas Hale est chargé de recherches pour le laboratoire Génétiks™. Sans réelle vie privée, entièrement voué à son travail, ses relations semblent se limiter à ses collègues et à son père, Nathan Hale, un peintre adulé devenu paralytique suite à un accident de voiture.

Thomas est souvent l’objet de cauchemars. Il voit des silhouettes évoluer dans une brume irréelle. Réminiscence du passé ? Mais de quel passé puisqu’il n’en a aucun souvenir ?

Sa vie bascule le jour où Génétiks™ devient la première entreprise à parvenir à identifier la succession complète des gènes codant du génome d’une cellule humaine. Premier problème, la cellule décodée appartient à Thomas. Second problème, Thomas en a fait don par contrat à son entreprise. Va-t-il accepter, comme on l’y pousse, à devenir le premier homme privatisé, propriété d’un groupe industriel?

La critique de Mr K : Nelfe avait lu le premier volume de cette trilogie suite à des Utopiales où nous nous l'étions vu offert. Elle avait apprécié le background, beaucoup moins la forme, elle devait cependant lire la suite des pérégrinations de Thomas Hale, un cerveau au service d'une multinationale hégémonique dans son domaine: la biotechnologie. Le temps a passé, seul reste les pensées comme disait Michel P. et Madame a oublié de parcourir la suite. Un copain à nous s'en rappelait lui et lui a prêté le présent volume depuis déjà plus d'un an! C'est finalement moi qui ai lu cette intégrale et qui vais vous donner mon avis qui vous le verrez est partagé entre enthousiasme quant au fond et beaucoup plus de regrets au niveau de l'esthétique pure, du dessin notamment.

On retrouve toute une série de thèmes chers au genre qui ici s'entremêlent en une alchimie grisante et d'une grande densité. Appartenant à la dimension anticipation, le récit n'est pas avare en détails sur le monde comme il pourrait le devenir. Consumériste à l'extrême, tout s'achète ou se vend, les grandes entreprises sont au centre de l'organisation politique. Corruption et coups bas sont monnaie courante avec à la clef le progrès au nom de la sainte valeur du profit. Le récit en cela est dérangeant car il colle à la société Genetiks qui sous couvert d'améliorer l'existence humaine va proposer un pacte faustien à un de ses employés les plus brillants.

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La dimension philosophique et morale prend tout son sens à travers les questionnements de Thomas sur son identité, ses valeurs et son propre corps et esprit. Au nom du progrès, peut-on tout accepter, se sacrifier même quitte à se détourner de nos principes moraux les plus intimes? La question est là, lancinante durant le triptyque et accompagne ce personnage que rien ne destinait à devenir un héros ou un symbole de lutte. Cet être lambda tombe dans quelque chose qui le dépasse, le transcende et finalement le menace. L'action s'accélère donc beaucoup à partir du deuxième tome pour résoudre l'équation de base posée dans le premier volume. Quelle valeur a un être humain et sa personnalité?

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Le reste est très vague volontairement pour ne pas lever le voile sur une intrigue fournie, à rebondissements et saisissante de froideur et d'efficacité. On ne s'ennuie pas une seconde entre scènes du quotidien (avec à la clef des visions étonnantes d'une réalité déviante), des passages hallucinés entre rêves et cauchemars, courses-poursuites haletantes et scènes complotistes léchées et glaçantes. Les pages se tournent toute seules tant l'addiction à l'histoire et aux concepts abordés est importante. Impossible d'en avoir terminé avant de savoir le mot de la fin, les surprises sont au RDV et la lecture terminée, on sent tout le cœur et la sophistication en œuvre dans un récit mené de main de maître.

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Et pourtant… un élément rédhibitoire ternit quelque peu le tableau, la faute à un choix artistique qui m'a rebuté. Vous verrez en feuilletant l'album que nous ne nous trouvons pas en face d'une œuvre classique dans son approche du dessin. J'ai trouvé que les personnages paraissaient comme figés avec un effet roman photo qui m'a interloqué et déçu. Beau livre d'images avec des cases très belles (notamment les extérieurs et paysages), les scènes de narration pures semblent sans vie et empêchent de rentrer à 100% dans les phases trépidantes de la quête de Thomas. Un sérieux bémol quand il s'agit de BD, vous en conviendrez.

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Au final, Genetiks est un ouvrage à découvrir surtout pour l'histoire et le traitement scénaristique employé, on s'approche de classiques de la Science Fiction. Par contre, si le dessin est le plus important pour vous, passez votre chemin au risque d'être déçu. Vous voila prévenus!

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mercredi 13 janvier 2016

"Le Zoo de Mengele" de Gert Nygardshaug

Le-zoo-de-MengeleL'histoire : La vie du jeune Mino Aquiles Portoguesa, chasseur de papillons, changera à jamais le jour où il verra son village et sa forêt réduits à néant par les grandes compagnies pétrolières américaines, et tous ceux qu'il aime tués ou envoyés dans les bidonvilles des mégapoles surpeuplées.
Alors il deviendra le bras armé de cette Amazonie que l'homme blanc foule au pied, de tous ces pauvres gens sacrifiés au nom du progrès.
Alors il les tuera à son tour.
Tous. Un par un.

La critique Nelfesque : Je ne connaissais pas cet ouvrage et pourtant "Le Zoo de Mengele" est le livre de plus célèbre de Nygardshaug et il a eu beaucoup de succès en Norvège. Traduit pour la première fois à l'étranger, c'est le moment de découvrir cette oeuvre initialement écrite dans les années 80 et malheureusement toujours d'actualité.

Dans "Le Zoo de Mengele", on navigue constamment entre thriller, essai et roman contemporain. Mino est un jeune garçon de 10 ans au début du roman. Il vit avec ses parents, ses frères et soeurs et toute une communauté, dans un village d'Amérique du Sud. Les lieux ne sont pas explicitement cités mais l'histoire est transposable à de nombreux pays de ce continent. Dans son village, les gens sont pauvres et se contentent de peu mais arrivent à vivre grâce à leurs productions, à l'échange et à l'entraide. Une petite vie de village, proche de la nature, où Mino s'épanouit à chasser des papillons tous plus fascinants les uns que les autres que son père prépare ensuite pour les revendre à des lépidoptérophiles.

Mais une menace pèse sur le village de Mino, une entreprise s'installe à proximité, détruit la jungle, rase les terrains de production des villageois avec l'aval des autorités locales qui bénéficient des largesses des entrepreneurs. Mino sent que peu à peu son village se transforme, les habitants peinent à se nourrir, ils sont sans cesse expropriés et du haut de ses 10 ans il décide d'agir pour le bien de la communauté. Les déforestations ralentissent, les habitants respirent de nouveaux... Mais un jour où il rentre de sa chasse aux papillons quotidiennes, il découvre un théâtre d'horreur. Son village est détruit, les habitants ont tous été exterminés, les maisons brûlées et le sang coule dans les ruelles. Mino, orphelin, prend la fuite et commence alors une épopée à travers l'Amérique du Sud où il va grandir, évoluer et rencontrer des personnes qui vont changer sa vie.

"Le Zoo de Mengele" est un roman d'une incroyable force. Sur fond d'écoterrorisme, l'auteur nous donne à voir l'enfer que vit toute une population poussée à la famine et écrasée par la mondialisation. Sur sa route, Mino va apprendre la magie pour survivre, rentrer à l'université et développer une haine des américains et de tout ceux qui à l'échelle mondiale détruisent la planète en plaçant le profit au dessus du respect de la nature.

Là où souvent dans les ouvrages de ce type, l'auteur focalise son histoire du côté des puissants, Nygardshaug centre son roman sur Mino, sur son ressenti, sur ses aspirations. Le lecteur est alors plongé dans la vie d'un gamin qui a vécu l'horreur et qui peu à peu développe des idées écoterroristes. Comment s'organiser lorsque l'on se bat contre un pot de fer ? Comment agir lorsqu'on est un simple enfant de la jungle et que l'on veut sauver la planète ?

Vengeance, injustice et meurtres peuplent ce roman mais aussi amitié, espoir et action. Les personnages sont fouillés à l'extrême, tous plus attachants les uns que les autres, les phrases sont concises, les mots crus, les actes abjectes. Le lecteur ne ressort pas indemne de ce roman et souvent les larmes perlent aux bords de ses yeux. Loin d'être une apologie du terrorisme, il nous permet d'en comprendre le fonctionnement et les racines. De quel droit détruire notre terre nourricière ? En quoi l'argent peut-il être placé au dessus des valeurs humaines et de la vie des gens ?

C'est déprimé et pourtant plein d'espoir que l'on termine la lecture de ce "Zoo de Mengele". Conscient d'avoir lu ici un grand roman, de ceux qui vous retournent les tripes et vous font réfléchir. Prendre les armes est une solution extrême pour contrer les puissances de l'argent mais c'est la seule qu'a trouvé Mino pour que le monde soit moins moche et que la Terre ne soit plus bradée pour quelques billets de banque. Une idée discutable mais une vie riche en action où sa propre personne passe au second plan. Un crève coeur mais un coup de coeur que je vous encourage tous à lire !

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mardi 12 janvier 2016

"Les Bébés de la consigne automatique" de Ryû Murakami

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L'histoire : Au Japon, les nouveau-nés abandonnés dans les consignes des gares sont voués à une mort certaine. Deux d'entre eux pourtant, Hashi et Kiku, vont vivre. La vie de ces deux enfants est une plaie béante qui ne se cicatrise pas, un cri qui ne se tait pas. Le cauchemar les hante, leur univers s'est réduit aux parois d'une consigne, un monde sans espoir où l'on cherche une échappatoire tout en sachant qu'elle n'existe pas. Autour d'eux, un brouillard épais et pesant s'est formé, un ciel plombé, où seule la survie reste possible. Et cependant, des éclaircies parfois apparaissent, un chant qui surgit de la gorge de Hashi comme une accalmie au milieu d'une tempête, un saut de Kiku comme une envolée vers un ciel plus bleu, des moments d'émotion suspendus. Mais la douleur est plus forte, aucune libération n'est possible et, ne pouvant supprimer la souffrance, c'est en l'infligeant aux autres qu'ils tenteront de l'oublier.

La critique de Mr K : Deuxième incursion dans l'univers si particulier de Ryû Murakami, à ne pas confondre avec Haruki Murakami, un de mes chouchous! J'avais lu et apprécié Love and pop qui avait fait son petit effet et montrait sans faux fuyant la réalité de la prostitution chez les jeunes filles japonaises. Ryû n'est pas Haruki, le Japon décrit ici est bien plus sombre, tortueux et sans attrait romantique comme dans les livres d'Haruki. Les Bébés de la consigne automatique a eu un certain retentissement lors de sa sortie, c'est donc bien après la sortie du phénomène que je dégotais cet ouvrage lors d'un chinage de plus, voici le compte-rendu de ma lecture.

Deux très jeunes enfants se retrouvent frères car adoptés par la même famille. Entre Hashi et Kiku, c'est à la vie et à la mort. Pourtant, ils sont très dissemblables tant en terme de physique que de caractère mais ils s'accrochent à la vie qui ne leur a pas fait de cadeaux. Nous suivons leur histoire depuis leur toute petite enfance, jusqu'à l'adoption puis la découverte du monde adulte. L'un est artiste dans l'âme, l'autre plutôt sportif. Mais ces deux tremplins sont trompeurs, les blessures du passé ne cicatrisent pas, la colère monte et va finir par exploser à la face d'un monde qui décidément n'a jamais été tendre avec eux.

Le gros point fort du roman réside dans la caractérisation des personnages. Rien ne nous est épargné en la matière, nous savons quasiment tout d'eux dans tous les domaines. Nous assistons à leur abandon à la gare, leur passage par l'orphelinat avec les premières confrontations conscientes avec la vie réelle, le départ pour une île de Kyushu où ils vont devoir apprendre à composer avec leur famille d'adoption. Parcours classique d'une enfance difficile se conjugue avec une psychologie poussée à son paroxysme, nous faisant pénétrer dans leurs pensées les plus intimes, leurs pulsions et leurs espérances. C'est très fin, très proche de ce que l'on peut observer quand on travaille avec des ados. Un coup, c'est tout feu tout flamme, un coup la langueur envahit les corps et les esprits.

Puis Hashi disparaît sans prévenir personne. C'est l'élément déclencheur qui va faire dévisser les deux personnages principaux. C'est le début de la chute pour l'un comme l'autre avec des expériences traumatisantes et avilissantes pour l'un (la prostitution, la découverte du milieu sordide de la musique) et une perte de repère et une souffrance larvée pour l'autre. Ce moment clef de la disparition d'Hashi va donc nous entraîner très loin dans un Japon interlope où tout à chacun peut réussir certes mais aussi se faire broyer. Les deux "frères" vont en faire l'amère expérience. Rappelons qu'au contraire de son homonyme, Ryû Murakami n'est pas réputé pour sa joie de vivre et qu'il est vu comme un agitateur d'idée, rebelle au système et n'hésitant pas dénoncer les travers de son pays en filigrane dans l'ensemble de son œuvre.

Cet aspect du livre est très réussi. Fourmillant de détails culturels, géographiques et sociaux, chaque scène en plus de faire avancer l'intrigue est un prétexte à décorticage, explication et critique d'une société engoncée dans ses certitudes et ses assises culturelles ancestrales. Mais le modèle du Soleil levant a aussi son revers, aspect plus sombre et désespérant que Ryû Murakami se plaît à nous exposer sans concession. Ne vous attendez pas pour autant à de la violence crue, étalée et tétanisante. C'est plus l'ambiance, quelques micro-scènes aussi et surtout le vécu des personnages qui est éprouvant et donne à réfléchir sur la société japonaise mais aussi plus généralement sur l'être humain et ses désirs de bonheur. La prose est virevoltante, dense mais jamais indigeste notamment dans les descriptions qui transcendent l'histoire. Je me souviendrai longtemps du Tokyo des ruelles et des arrières-boutiques, des squatteurs et damnés de la terre associés, de la petite île tranquille où Kiku et Hashi ont grandi, de l'orphelinat lugubre et aussi de ce casier de consigne étroit et sombre d'où s'échappent des vagissements de bébé effrayé. C'est donc un regard unique et très noir sur la société japonaise contemporaine que porte l'auteur, en voici d'ailleurs un petit extrait pour vous faire une idée:

"Rien n'a changé depuis l'époque où on hurlait enfermés dans nos casiers de consigne, maintenant c'est une consigne de luxe, avec piscine, plantes vertes, animaux de compagnie, beautés nues, musique, et même musées, cinémas et hôpitaux psychiatriques, mais c'est toujours une boite même si elle est énorme, et on finit toujours par se heurter à un mur, même en écartant les obstacles et en suivant ses propres désirs, et si on essaie de grimper ce mur pour sauter de l'autre côté, il y a des types en train de ricaner tout en haut qui nous renvoient en bas à coups de pied."

Malgré cet aspect sombre, on s'accroche, on apprécie, on aime ce qu'on lit. On croise des personnages truculents à souhait, au premier rang d'entre eux Anémone qui élève un crocodile géant dans son salon transformé en marais tropical. Impossible de deviner le dénouement tant les pistes sont possibles et crédibles, l'addiction est quasi immédiate et les pages se tournent toutes seules. C'est un peu tremblant et conscient d'avoir lu une œuvre hors-norme qu'on referme l'ouvrage. Un must!

lundi 11 janvier 2016

Can you hear me, Major Tom ?

C'est avec une grande tristesse que je commence ce post aujourd'hui. Comme tout le monde, j'ai appris ce matin le décès de David Bowie. Un choc. Certains hommes sont immortels et Bowie est un de ceux-là. Il fêtait le 8 janvier dernier ses 69 ans, il sortait pour l'occasion un nouvel album. Le dernier...

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Je suis une fan inconditionnelle de Bowie. Tout ce qu'il a touché, il l'a transformé en quelque chose d'exceptionnel. L'homme caméléon, l'homme aux mille visages, un artiste qui s'est sans cesse renouvelé, qui n'a jamais arrêté d'expérimenter dans sa musique, qui nous a transporté loin sur Mars et qui n'avait pas d'âge. Une immense perte...

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Je ne vous referai pas ici toute sa bio, de nombreux médias s'en chargent depuis ce matin et il y aura sans doute de très beaux reportages dans les jours à venir sur le petit écran. Reste qu'il n'est plus là et que j'ai envie de partager avec vous quelques morceaux, quelques extraits de films, quelques instants de grâce. Un modeste hommage d'une petite fan à un grand artiste.

Rest in peace David. This is our last dance. This is ourselves.

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Bowie en chansons :


Son titre inoubliable


Mon duo préféré (avec cette montée en puissance)


Une des dernières polémiques


Ses années 80

Bowie sur grand écran :


Petite compil'


Dans "Le Prestige", un de ses derniers films


Et surtout Labyrinth !

Les looks de Bowie :

Bowie dans les BO :


C.R.A.Z.Y. (un de mes films préférés)


Trainspotting - Choose life. Choose a job. Choose a career... (co-écrite avec Iggy Pop)


American Horror Story et Jessica Lange


La Vie rêvée de Walter Mitty

Et pour finir, une vidéo qui a beaucoup fait parler d'elle en 2013. Ce n'est pas la voix de Bowie (inimitable) mais c'est le plus beau clin d'oeil que l'on pouvait lui faire. Les dernières notes seront donc pour l'astronaute Chris Hadfield qui a enregistré "Space Oddity" dans la station spatiale internationale en orbite à 400 km. Ciao l'artiste !

Posté par Nelfe à 17:20 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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