mercredi 11 mai 2016

Tout un festival !

FILM-HOLLAND-2550

Dessin de Plantu tiré de son blog


mardi 10 mai 2016

"Bienvenue à Calais" de Marie-Françoise Colombani et Damien Roudeau

Bienvenue à CalaisLe contenu : Textes et croquis, sur le vif, pour écrire et décrire la situation des migrants à Calais.
Ce livre est le fruit d'une immersion des coauteurs dans ce "no man's land" pour donner à un problème politique et social, des noms, des visages, des souffrances, des rêves.
Les bénéfices et les droits d'auteur de ce livre sont reversés à l'association L'Auberge des migrants.

La critique Nelfesque : "Bienvenue à Calais" est un court essai de 56 pages faisant le constat de la gestion actuelle de la "crise migratoire" et des flux de migrants arrivant régulièrement sur notre sol français et plus particulièrement ici dans le Nord-Pas-de-Calais. Un constat froid, des chiffres, des faits. Des mots qui mis bout à bout font froid dans le dos...

Il ne faut pas plus d'une dizaine de pages pour avoir la nausée. Pour qui s'intéresse à la cause des migrants, ce qui est mon cas, rien de nouveau sous le soleil. Marie-Françoise Colombani décrit tout simplement l'actualité, les actions mises en place (ou non) par notre gouvernement, les conditions de vie des familles, hommes, femmes et enfants présents dans la junte, l'hostilité de certains habitants voisins, l'aide des associations, des quidam qui veulent bien donner de leur temps, de leur désarrois parfois aussi face à certains actes et les conditions de vie ici. Une mise à plat du contexte qu'il est important de décrire et de présenter à l'ensemble des personnes qui liront cet ouvrage tant on peut entendre tout et son contraire dans les médias (suivant les chaînes que l'on regarde). Ici nous sommes dans l'information pure, sans parti pris, sans commentaire. La réalité. Implacable.

Bienvenue à Calais 1

Agrémenté de croquis d'illustration de Damien Roudeau mettant des visages sur des prénoms et rendant visuel et plus percutant ce paysage de désolation, l'essai se transforme peu à peu en témoignage. Par de courtes présentations de 2 ou 3 phrases, nous faisons la connaissance de quelques réfugiés, leur histoire, leurs espoirs. Des témoignages bouleversants, qui font monter les larmes aux yeux et pétrifient le lecteur. Que ferions-nous à leur place ? Ne chercherions pas nous aussi à fuir notre pays, tout abandonner et essayer de retrouver une vie meilleure ailleurs, la peur au ventre et le coeur lourd ?

Face aux bombardements de la coalition, à la barbarie de Daesh et à la folie meurtrière de ceux qui les gouvernent, des hommes et des femmes prennent leurs enfants sous le bras (des mineurs continuent la route seuls sans famille) et arrivent chez nous qui avons la chance de vivre dans un pays en paix. Ils sont alors parqués dans des camps qui dans leur organisation, toute proportion gardée, font atrocement écho à ceux de la seconde guerre mondiale. Dénuement, manque d'hygiène, mépris : voici leur quotidien. Dans le froid, dans la boue, ils tentent malgré tout de recréer un semblant de vie normale en attendant de pouvoir partir pour l'Angleterre, leur eldorado. Tentant leur chance chaque jour, certains se font écraser, d'autres sont abusés. Avec des conditions de vie que nous n'accepterions pas pour nos animaux de compagnie, nous fermons les yeux, préférant ne pas voir, et laissons par lâcheté, par désintérêt ou par ignorance crasse, des centaines de personnes mourir sous nos fenêtres.

J'entends souvent des gens dire ce qu'ils auraient fait pendant la guerre, se révolter du traitement réservé aux juifs, handicapés, tsiganes, homosexuels (etc) pendant la seconde guerre mondiale et, sûrs de leur fait, s'exclamer "plus jamais ça". Non il n'est pas pensable aujourd'hui que l'on traite des personnes ainsi, comme des sous-hommes. Les mêmes s'émeuvent de l'exode de familles entières fuyant le territoire occupé dans les années 40. Et pourtant... Le constat de cet essai n'est-il pas tout aussi révoltant ? Les familles syriennes pèsent-elles moins lourds que Pierre et Paulette partant sur les routes avec leurs enfants ? Peu de personnes s'indignent sur ce sujet, se portent volontaire pour aider, s'informent tout simplement et passent le message comme nous le faisons modestement aujourd'hui grâce à cet ouvrage.

Espérons que "Bienvenue à Calais" permette d'éveiller les consciences, que bien au chaud dans nos chaumières et avec nos privilèges dans ce pays des droits de l'homme, nous ouvrions les yeux et exigions de nos politiques qu'ils agissent enfin. Pour eux. Pour nous. Pour l'humanité.

Bienvenue à Calais 2

La critique de Mr K : Document coup de poing avec ce petit livre paru en début d'année chez Actes Sud sur le scandale des conditions d'existence de certains êtres humains sur notre sol français, le cher pays de notre enfance. Loin des clichés véhiculés par les médias, les auteurs s'attachent à décrire la situation dans sa globalité, de manière factuelle avec des statistiques froids mais évocateurs. La dernière partie (sans doute la plus effroyable) raconte par de courts textes de 3 à 15 lignes, le parcours de certains migrants qui par bien des égards se rapprochent de nous et font écho aux pulsions qui nous animent.

On a tous en tête des images de ce qui se passe à Calais. Bien souvent, elles sont noyées sous un flot de commentateurs, de politiques et d'agités du bocal. On traite cette information de façon passionnée et finalement sans distanciation, faisant la part belle aux délires paranoïaques et la déshumanisation d'individus jetés sur les routes comme nos concitoyens dans les années 40. Mais avoir la mémoire courte semble être le credo du moment… Ici, point de tout ça, pas d'angélisme non plus, simplement des constats clairs avec des chiffres qui donnent parfois le tournis et une description des conditions de vie dantesques de ces naufragés de l'existence.

Parmi eux des médecins, des profs, des artistes, des cuisiniers… on est loin des masses de mendiants et de miséreux que se plaît à colporter les extrêmes et la masse abrutie par la crise, la télévision et la consommation à tout crin. Des destins singuliers nous sont livrés en fin de livre et je peux vous dire que nous ne sommes pas dans un film édulcoré, beaucoup ont connu l'incurie de l'injustice et des avilissements qui auraient mis à bas n'importe lequel de ces français soit disant en souffrance qui passent leur temps à rejeter la faute sur ces pauvres diables à la quête d'un Eldorado (le Royaume-Uni) qui se dérobe à eux… Loin de moi l'idée de nier une réalité parfois difficile pour un certain nombre de français mais force est de constater qu'il faut raison et proportion garder. Lisez les courtes lignes de fin d'ouvrage et on en reparlera!

Bienvenue à Calais 3

Des hommes et des femmes regroupés en associations ou parfois de leur propre chef font leur possible pour améliorer l'ordinaire. On retrouve alors l'humanité et l'esprit fraternel que sont censés inspirer nos fameux Droits de l'homme, clef de voûte en théorie de notre société. Combat de Don Quichotte face à ses fameux moulins, ils ne baissent pas les bras. Loin d'être un hommage dithyrambique, ce livre expose ces petites actions quotidiennes qui sont de simplement prêter ses toilettes ou sa salle de bain à une famille, d'apporter du café chaud, de recueillir illégalement des enfants séparés de leur famille depuis plusieurs mois… autant d'actions qui semblent aller de soi si l'on respecte le contrat social qui nous lie tous.

On ressort profondément bouleversé de cette très courte lecture. On a beau se douter des réalités qui peuvent exister sur notre territoire national, là on n'est plus en Europe, plus au XXème siècle. La description des latrines et des douches font penser aux camps de concentration que l'on a connu durant la Seconde Guerre mondiale ou plus proche de nous les malheureusement trop méconnus camps mis en place en Tchétchénie à partir de la fin des années 90 pour "normaliser" la population résistante à l'occupant. Le parquage, l'insalubrité des conditions de vie, les vexations, la séparation des familles, les mafias qui s'engraissent, les politiques qui récupèrent le tout, les simplets qui attisent la haine… tout cela nous saute à la gueule sans fioriture ni arrangement avec la réalité. Un livre fort et plus que nécessaire pour peut-être retrouver notre humanité perdue et le sens civique pour ne pas dire humain qui devrait tous nous guider… J'ai parfois vraiment honte de mon pays.

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dimanche 8 mai 2016

Pour quelques petits craquages de plus...

En mai, fais ce qu'il te plaît dit l'adage bien connu. Je l'ai pris au mot avec ces petites acquisitions pas piquées des vers et accumulées au fil de trouvailles faites au détour d'une promenade ou de chinages désintéressés (si si, je vous l'assure!). Le stock augmentant, il était temps pour moi de vous les présenter pour mieux les intégrer à ma PAL juste après. Au programme: des auteurs chéris qui se présentent de nouveau à moi, des livres à la réputation déjà bien fournie et des coups de poker qui je l'espère s'avéreront payants en terme de plaisir de lecture. Suivez le guide!

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(Ooooooh, qu'ils sont beaux!)

Belle photo de famille, non? Il faut dire qu'on a un magnifique tapis qui va super bien dans la pièce et de surcroît très photogénique! J'imagine que vous avez déjà repéré des auteurs déjà croisés sur le blog et qui font écho à vos propres pulsions de lecteur? Hé hé, cherchez pas, ce sont mes nouveaux adoptés!

Acquisition mai 4
(Si c'est américain, c'est bien! Bruce Campbell alias Ash dans la série des Evil Dead de Sam Raimi)

- Sacrés Américains de Ted Stanger. J'avais été partagé par son précédent ouvrage sur la France et les français, le trouvant parfois pertinent, parfois très caricatural notamment sur les aspects culturels de notre beau pays. Je suis curieux de voir ce qu'il propose avec cet essai drolatique (c'est la marque de fabrique du bonhomme, ancien correspondant US à Paris) sur ses compatriotes. Vous serez les premiers informés dès que je l'aurai lu!

- Marionnettes humaines de Robert Heinlein. Difficile de résister à Heinlein qui fait partie du panthéon des auteurs cultes de la SF. Alors quand en plus l'histoire parle d'invasion extra-terrestres manipulateurs de l'esprit humain sans que personne ne se doute de quoique ce soit (sauf le héros bien sûr!), je ne peux que me précipiter sur ce pauvre livre égaré dont la quatrième de couverture est attractive au possible. Hâte d'y être!

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(22 v'la les flics, les psychopathes et les meurtriers!)

- Le Bal des débris de Thierry Jonquet. Un auteur qui ne m'a jamais déçu et m'a souvent cloué sur place avec des personnages bien tordus et un jugement sans appel sur notre société actuelle en arrière-plan. Je ne connaissais pas ce court roman qui se déroule dans un hôpital qui sera le théâtre d'une course effrénée à la suite de diamants volés. À priori court et efficace selon des critiques de blogs-amis, je me lance bientôt!

- Les Morsures du passé de Lisa Gardner. Aaaah, Lisa Gardner! Quand on me parle d'elle, je m'enflamme de suite! Autant, elle a su me proposer des livres vraiment puissants et réussis, autant elle est tombée parfois dans le pathos et l'artificiel (voir mes chroniques). Ce titre est considéré par beaucoup comme son meilleur, un véritable cauchemar dont on ne sort pas indemne. Comme je ne suis pas rancunier, je me suis laissé tenter. Le verdict (quelqu'il soit) tombera bientôt.

- Touche pas à mes deux seins de Martin Winckler. Bon ben pas d'excuse là... C'est un Poulpe et en grand amateur des aventures de Gabriel Lecouvreur, je ne pouvais résister. Selon le résumé, on plonge pour une fois dans le passé du Poulpe, sur ses années de formation et ses premiers amours. Tout un programme que j'ai vraiment hâte de découvrir!

- Le Nuisible de Serge Brussolo. Encore un auteur que j'adore. Brussolo, en plus d'être prolifique et remarquable d'efficacité dans la gestion du suspens, surprend souvent à la fin de ses romans pour ne pas dire tétanise dans ses romans policier / polar. Il est ici question d'un mystérieux corbeau qui révèle des vérités à un auteur à succès. Ce dernier va alors entrevoir sa part d'ombre et s'en servir pour régler ses comptes. Cela promet beaucoup, une sorte de voyage à la confluence de la folie et des choix que l'on doit parfois faire. M'est avis qu'il sera vite lu celui-là!

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(Un beau mix de tout plein de bonnes choses!)

- Chambre 2 de Julie Bonnie. Un authentique coup de poker que cette acquisition basée uniquement sur une couverture intrigante (voir fascinante) et une quatrième de couverture du même acabit. Une femme travaillant dans une maternité se raconte et témoigne de ce qu'elle vit et voit dans chaque chambre de l'établissement. Perçu comme un vibrant hommage au corps des femmes et un regard impitoyable sur ce qu'on peut lui imposer, je m'attends à un grand choc salutaire. Wait and see!

- À l'est d'Eden de John Steinbeck. Alors on touche à du classique en puissance par un auteur auquel je voue un culte sans borne. Steinbeck c'est l'art d'écrire à l'état pur, des personnages ciselés avec une économie de mots et une poésie peu commune. Je viens d'ailleurs de terminer Tendre jeudi la semaine dernière, la chronique est déjà écrite et sera publiée dans les semaines à venir. Bref, quel bonheur de tomber sur ce titre, célèbre par son adaptation avec l'éternellement jeune James Dean, récit d'une chronique familiale et d'une région où a grandi l'auteur. Cela sent le chef d'oeuvre! D'ailleurs ce roman a permis à Steinbeck de recevoir le prix Nobel de littérature, ce n'est pas rien tout de même! Aaaaarg! 

- La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jerusalmy. Précédé d'une réputation flatteuse, ce livre semble avoir tout pour me plaire. Avec Villon comme personnage principal (il faut lire le remarquable ouvrage de Teulé sur ce poète-bandit hors du commun!), l'auteur nous invite à une plongée dans la Jérusalem d'en bas, les jeux d'alliances, les complots et contre-complots avec au centre de l'histoire les livres, l'humanisme et la lutte contre les dogmes politiques et religieux liberticides de l'époque. Ça ne donne pas envie?  

- Moon Palace de Paul Auster. On ne peut pas dire non à cet auteur: univers étrange, écriture unique et immersive. On est toujours surpris et une lecture de Paul Auster est toujours une promesse d'exploration de l'âme humaine. C'est donc sans même lire la quatrième de couverture que j'adoptais Moon Palace qui suit le destin d'un américain depuis son enfance, une vie riche où l'on retrouvera sans nul doute les thèmes chers au coeur de l'auteur dont la solitude et la chute. Belle pioche encore!

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(Et pour finir en beauté, des Actes sud à prix modique! Yes yes yes!)

- Le jaune est sa couleur de Brigitte Smadja. Jonas va mourir et sa meilleure amie (la seule a être au courant) va l'accompagner. Évocation du passé, recherche d'un ami perdu et moments de complicité se complètent dans un roman sortant des sentiers battus de la littérature de deuil, proposant à priori des personnages denses et romanesques. Comme j'adore cet éditeur, je fonce les yeux fermés!

- La Souris céleste de Jean Cavé. Seul recueil de nouvelles de mon chinage du jour, le résumé annonce la couleur dès le départ avec des nouvelles complètement branques faisant la part belle à la jalousie, l'adultère, aux êtres en perdition dans le réel ou leurs fantasmes. J'aime être dérouté et les courts récits ont l'avantage d'aller à l'essentiel et de multiplier parfois les émotions. Qui lira, verra comme on dit!

Pas mal ma nouvelle portée, non? Certes cela n'arrange pas le sort de ma PAL mais les promesses sont riches et mon impatience est grande. Si seulement, je pouvais être payé pour lire, j'abandonnerai de suite mon travail (que j'adore pourtant!) pour me plonger avec délice dans ces récits variés et accrocheurs (en plus ma PAL baisserait plus rapidement!). Pour la suite, vous savez ce qu'il vous reste à faire: guetter les chroniques et peut-être vous laisser tenter à votre tour!

vendredi 6 mai 2016

Ascension bretonne sur les côtes du Morbihan

Le pont de l'Ascension est souvent l'occasion d'un long week-end synonyme d'escapades reposantes et dépaysantes. Cette année, nous ne pouvions pas partir, Mr K ayant des copies de DNB (ancien Brevet) blanc à corriger et des dossiers de nouveaux élèves pour la rentrée prochaine à examiner. Les finances ne sont plus non plus ce qu'elles étaient (c'est la crise, ma bonne dame).

Qu'à cela ne tienne, nous avons la chance de vivre là où certains partent en vacances et nous en profitons un maximum ! Je vous fais régulièrement découvrir ma Bretagne sur mon compte Instagram mais l'arrivée du soleil et de la chaleur est une bonne occasion de partager avec vous, ici au Capharnaüm éclairé, un petit bout de notre quotidien.

Voyez un peu comme la vie est dure...

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C'est au péril de nos vies que nous avons préparé ce post (comment ça, c'était férié jeudi !?)

Après avoir garé notre voiture à 1km de la plage (terrain militaire oblige), nous traversons les dunes (sur les sentiers toujours ! ne vous aventurez pas dans la lande, la flore est protégée malheureux !) pour retrouver une étendue désertique apaisante et ressourçante.

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A voir les photos du sud ou du sud-ouest de la France ce week-end, la différence d'affluence est saisissante. Ici, nous sommes seuls en plein jeudi de l'Ascension ! Avec une météo idéale, 28° au thermomètre de notre voiture (encore 18° cette nuit à 2h du mat' lorsque je suis sortie admirer la pluie d'étoiles (que je n'ai pas vu d'ailleurs...)), une légère brise, le bruit des vagues, un bon bouquin. Le bonheur ! L'été aussi, nous sommes tranquilles sur ces 8km de plage.

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L'eau est fraîche et nous ne nous y aventurons pas encore mais d'ici quelques semaines, si il continue à faire beau, à nous la belle bleue ! En poussant un peu plus loin, il n'y a plus de galets et uniquement du sable fin, spot que nous préférons pour la baignade (j'ai les pieds fragile hey !).

En attendant, on se pose, on sort les bouquins et on profite. J'ai même attrapé un léger coup de soleil entre l'épaule gauche et la nuque (j'ai une vie de DINGUE !).

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Mulder est avec nous !

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Certes ce lieu nous est familier et nous n'avons rien découvert de nouveau mais avec de tels paysages (pas de filtre sur les photos mise à part la dernière) comment ne pas en profiter !?

Allez, comme je suis sympa et que je pense à ceux qui ne partent pas non plus, je vous laisse avec une courte vidéo du tableau naturel que nous avions sous les yeux avec en prime le bruit des vagues, le chant des oiseaux et aussi un peu de vent dans mon micro (c'est cadeau, ne me remerciez pas). Bon week-end !

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jeudi 5 mai 2016

Courage, fuyons !

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Dessin de Bar tiré de son blog

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mercredi 4 mai 2016

"La Cinquième sorcière" de Graham Masterton

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L'histoire : Los Angeles est plongé dans une vague de terreur. Une alliance de criminels s'est emparée de la ville. Tous ceux qui s'y opposent connaissent un destin épouvantable dont les causes ne sont pas humaines : accidents étranges, maladies soudaines, morts inexplicables et horribles... Dans ces conditions, nul ne tient tête aux barons du crime, qu'accompagnent quatre femmes mystérieuses, des figures fantomatiques aux pouvoirs démentiels. Seul à s'opposer au cartel maudit, le détective Dan Fisher a rendez-vous, au cœur du cauchemar, avec la cinquième sorcière!

La critique de Mr K : Retour vers un auteur que j'affectionne beaucoup dans le genre récit horrifique: Graham Masterton. Je vous l'accorde c'est rarement de la grande littérature, ça flirte souvent avec le grand guignol mais ça a l'avantage de se lire vite, de procurer un plaisir coupable immédiat et durable et finalement ça remplit pleinement son office en matière de frisson et d'évasion. Cette Cinquième sorcière n'échappe pas à la règle, je l'ai lu en deux jours sans réellement avoir eu envie de relâcher l'ouvrage avant d'avoir eu le fin mot de l'histoire.

Dan Fisher est détective à la criminelle de Los Angeles. Endeuillé par la mort accidentelle de Gayle, sa douce fiancée dont la responsabilité du trépas lui incombe pleinement, il noie son chagrin dans le boulot. Et il va en avoir, les trois principaux caïd de la ville se sont adjoints les services de quatre sorcières aux pouvoirs démentiels. Ils sèment la mort et la désolation dans les rangs de la police et les autorités ne savent plus quoi faire si ce n'est céder aux caprices des nouveaux maîtres de la ville. C'est plus que ne peut en supporter notre fringant héros, qui avec l'aide de son fidèle coéquipier Ernie et de sa charmante voisine adepte d'ésotérisme, va partir en croisade pour remettre de l'ordre dans tout ce chaos ambiant. Problème: il est seul contre tous et ne peut même plus se fier à ses sens. Ça promet d'être coton!

Disons-le tout de go, le récit se lit d'une traite et sans réelle difficulté. La trame est fléchée du début à la fin, d'ailleurs aucune réelle grande surprise ne vient émailler les faits décrits, surtout si vous êtes un vieux briscard du genre. Les méchants sont ici très très méchants (et même plus encore!) et les preux le sont aussi vraiment. Manichéisme quand tu nous tiens! En même temps, je vous avais prévenu dès le début, on est dans de la pure série B des familles. Certes, on ne nage pas dans l'originalité mais l'ensemble est efficace et assez dense en terme de contenu. Il s'en passe des vertes et des pas mûres et croyez-moi, il faut avoir le cœur bien accroché par moment tant les passages gores pullulent et sont très réussis.

Les sorcières sont ici bien éloignées des guérisseuses montrées du doigt dans notre bon vieux Moyen-âge obscurantiste. Les diablesses communiquent avec les Démons, Lucifer lui-même et aiment par dessus tout le pouvoir. Elles ne lésinent donc pas sur les moyens pour asseoir leur domination en compagnie de leurs compagnons malfrats. Vous assisterez à de furieuses scènes de massacre (la Police de Los Angelès recrute si ça vous intéresse!), à l'extraction d'animaux parasites de personnes totalement hagardes (crapauds, asticots, mouches i tutti quanti), la convocation de démons furieux se livrant à des orgies de sacrifices, au contrôle des esprits et des corps… le tout dans une furia de cruauté et de violence dont Masterton a le secret. On flirte souvent avec la limite du crédible mais personnellement j'adhère comme quand je regarde un bon film sanguinolent à la Peter Jackson ou le Sam Raimi des débuts.

Les personnages se débrouillent comme ils peuvent et pendant les 2/3 du livre, on se demande bien comment ils vont s'en sortir face à une adversité implacable qui ne semble posséder aucune faiblesse réelle. Une éclaircie se fera jour cependant et dans un dénouement assez rapide (trop, diront les mauvaises langues), le monde finira pas être sauvé… mais de quelle manière! Malgré le côté caricatural qui ressort du trio de forces positives, il se dégage une belle énergie (celle du désespoir) de ces personnages vifs qui tentent bon gré mal gré de renverser la vapeur. J'ai tout particulièrement apprécié Annie et son chat, voisins étranges d'un Dan Fisher profondément rationnaliste qui par la force des choses va devoir remettre en question ce en quoi il croit depuis toujours. Le récit avance sereinement vers une fin attendue mais cependant salutaire. J'ai refermé le livre le sourire aux lèvres avec la sensation d'avoir passé un bon moment, sans prise de tête et en total décrochage avec la réalité. C'est déjà pas mal, non?

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
- Apparition

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lundi 2 mai 2016

"Bad Land" de Frédéric Andréi

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L'histoire : Plutôt mourir que de renoncer à la terre de ses ancêtres ! Indienne blackfoot aussi butée que richissime, la belle Tina est prête à tout pour racheter ces terres aux blancs et les restituer à sa communauté. Sur le point d’accoucher, elle part braver les blizzards du Montana pour récupérer, avant qu’il ne soit trop tard, ces milliers d’hectares et leur précieuse mine d’or, objet de toutes les convoitises. Laissant son mari, l’ex-journaliste Nicholas Dennac, sans nouvelle et fou d’inquiétude.

Témoin d’un attentat perpétré en plein rodéo à Las Vegas, Nicolas se retrouve pendant ce temps dans le collimateur du FBI, qui le soupçonne d’en savoir un peu trop sur cette affaire pas très claire…

La critique de Mr K : Ce roman est le deuxième de Frédéric Andréi après Riches à en mourir qui avait marqué un certain nombre de blogueurs. Pour ma part, je ne l'ai pas lu et je me suis demandé un temps si je n'allais pas en pâtir pour apprécier ou non le présent ouvrage. Il n'en a rien été, de légers flashbacks et rappels permettent au néo-lecteur de pouvoir profiter au maximum du récit et de ses personnages. Au final, mon avis est mitigé malgré une lecture plutôt enthousiaste et rapide.

La belle Tina, jeune femme richissime au caractère vif et son compagnon reconverti dans la menuiserie sont à Las Vegas pour assister à un championnat de rodéo (oui, je sais, sur le papier ce n'est pas passionnant!). Enceinte jusqu'au yeux, elle rentre plus tôt dans son ranch pour régler une affaire de vente de terrain qui pourrait garantir un avenir plus sûr à son peuple (elle est d'origine amérindienne). Nicholas va être lui témoin d'étranges événements dans les coulisses du spectacle et va se retrouver lié à une affaire de terrorisme en plein territoire américain. Très vite, un compte à rebours s'amorce entre traque terroriste, magouilles politiques, grizzly affamé et reconquête de biens volés. Le rythme s'accélère et va crescendo jusqu'à des révélations finales en cascade.

J'ai mis du temps à rentrer dans ce roman. La faute à un style pas accrocheur, plutôt convenu et basé sur des effets que j'ai trouvé tape à l’œil et parfois contre-productifs. Par exemple, l'accumulation de références à la marque à la pomme pour tout ce qui relève de la technologie, on sent le placement de produit à plein nez et franchement ça devient lourd au bout d'un moment. Surtout que ce matériel extraordinaire fonctionne sans discontinuer et même en plein blizzard! Ils sont forts chez Apple! Pour reprendre Ash, le sagace héros de la franchise Evil Dead: Achetez américain, c'est bien! Sans m'appesantir davantage, j'ai trouvé les formulations parfois inutilement vulgaires, les phrases mal construites parfois brouillonnes et sans rapport avec le sens profond du propos. Ça m'agaçait au départ puis le récit se densifiant, je me suis laissé prendre au jeu de cette course poursuite haletante.

L'aspect chasse au terrorisme est très bien rendu, la tension des équipes travaillant sur le dossier est palpable et l'ambiance générée bien flippante dans ce pays qui ne s'est jamais vraiment remis du 11 septembre 2001. On se tire dans les pattes entre FBI et services secrets américains, la piste islamiste est privilégiée et d'ailleurs tout porte à le croire. Cependant, plus on avance dans la lecture, plus on se rend compte que l'affaire est loin d'être simple, que des hommes puissants (tendance marionnettistes) manipulent tout le monde. On navigue alors dans les arcanes des médias et de la politique, la plongée est ahurissante et on se demande bien où les ramifications s'arrêtent. C'est bien rendu à défaut d'être original, la construction et la révélation du grand secret du livre est nette et sans bavure. J'aime!

Au rayon des déceptions se trouve le personnage de Tina que j'ai trouvé sans finesse et agaçante au possible par moment. Pourtant sur le papier, elle a tout pour plaire: une revanche à prendre sur l'Histoire pour son peuple d'origine, un caractère affirmé comme je les aime (hein Nelfe!) et une relation complexe avec Nicholas, son compagnon d'origine française. Malheureusement ici, c'est parfois too much et on n'y croit pas. Dommage, là où certaines scènes devraient être dramatiques ou piquantes pour notre curiosité, je n'ai qu'éprouvé indifférence voir cynisme à son égard. Les choses s'améliorent à partir de la deuxième partie de l'ouvrage, le personnage vivant un véritable chemin de croix et se révélant à elle-même. Cela rattrape tout le reste notamment une scène dans la neige mystique à souhait! Pour contrebalancer cette semi déception, le personnage de Nicholas Dennac relève le niveau bien que classique. Perdu dans sa relation ambiguë avec sa compagne (passion rime avec élans de tendresse et engueulades), il s'accroche à cette femme qui représente tout pour lui malgré son aspect crispant. Son passé de journaliste fait aussi merveille quand il mène de front la recherche de sa femme en pleine tempête et quête de renseignements pour une enquête anti-terroriste, son esprit vif et analytique fonctionnent à plein. Un bémol tout de même, on ne peut y croire une seconde, les séquences What the fuck s'enchainant (voir ma diatribe plus haut concernant Apple) mais il est bon parfois de se laisser porter par une histoire aussi délirante soit-elle sur certains détails.

Bref, je râlais pas mal en début d’ouvrage mais la seconde moitié m'a littéralement emporté malgré les défauts sus-cités. La faute à une science du récit et du rythme implacable qui est le sceau des bons page-turner et des indices savamment disséminés qui entretiennent suspens et interrogations. Je suis ressorti plutôt content du récit malgré une fin abrupte et un style d'écriture décevant. Ce Bad Land, loin de pouvoir rivaliser avec du Grangé par exemple, reste un excellent détente neurone parsemé de fulgurances parfois saisissantes qui procure un désir de lire évident. Une bonne partie du contrat est remplie, non?

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dimanche 1 mai 2016

Le Challenge sans nom - V2

Hey, mais on est le 1er mai !? La date du début de notre seconde édition du "Challenge sans nom" avec faurelix ! Après un démarrage en trombe avec notre premier challenge home made, nous voici de nouveau prêtes à repartir à l'aventure. Et de l'aventure, cette fois, il y en aura...

Rappel du principe du CSN (comme on va se côtoyer longtemps lui et moi, on est intime maintenant et il a le droit à son petit sigle) : on choisit chacune 2 romans dans la PAL de l'autre selon un thème imposé et on s'engage chacune à en lire un dans un délai de 2 mois.

Notre challenge se veut libre, on peut donc lire les 2 si on le souhaite, raccourcir le délai ou le rallonger à notre guise. Pas de contrainte.

Challenge sans nom - A l'autre bout du monde

Pour cette seconde édition, le thème est "A l'autre bout du monde". Pour un voyage dans des contrées lointaines, pour la découverte de nouveaux horizons mais aussi peut-être pour des expéditions à l'autre bout des mondes ou dans une temporalité autre que celle que nous connaissons (hey, ça fleure bon les Utopiales ça !).

Le challenge commence maintenant et prendra fin le 1er juillet prochain (enfin... si on en a ENVIE !)

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Pour faurelix, j'ai choisi "L'héritière de Jacarta" de Tamara McKinley parce que j'aime beaucoup cette auteure, que le premier livre que j'ai lu d'elle ("La Dernière valse de Mathilda") m'avait vraiment transportée en Australie et qu'on ne peut pas passer à côté d'elle quand on parle de voyage en littérature. 

héritière de jacarta

Mon deuxième choix est "Replay" de Ken Grimwood parce qu'un peu de voyage temporel, ça ne fait pas de mal ! C'est le seul roman de ce type dans la PAL de faurelix. On s'éloigne de son genre de prédilection mais je suis persuadée qu'elle aimera ce roman. Je l'ai lu pour ma part lors de notre dernier voyage en Thaïlande et l'avais découvert, pour le coup, "à l'autre bout du monde".

replay

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De son côté, faurelix a dégoté dans ma PAL "Eclair d'été" de Tamara McKinley (c'est juré, on ne s'était rien dit avant) parce qu'il est effectivement difficile de passer à côté quand il est question de voyage. Au programme, un trip de l'Irlande à l'Australie et une petite romance en cette saison qui devrait bien passer.

Eclair d'été

En second choix, elle me propose "Wisconsin" de Mary R Ellis parce qu'elle a hésité longtemps avec d'autres titres mais une fois tombée sur celui-ci, elle a craqué pour son histoire. M'est avis que si je le lis et qu'il me plaît, il atterrira directement dans sa wishlist... (tu parles d'un challenge pour faire baisser nos PAL toi !)

Wisconsin

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Pour cette édition ci, je choisis de lire "Wisconsin" de Mary R Ellis. J'avais prévu de le lire très prochainement en LC avec une de nos fidèles lectrices (coucou Nath) et comme j'ai un rythme de lecture ralenti ces derniers temps, je le prends comme un signe du destin !

Pour découvrir le choix de faurelix, je vous laisse vous rendre sur son blog. Et hop, c'est parti !

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vendredi 29 avril 2016

"Tu n'as rien à craindre de moi" de Joann Sfar

Tu n'as rien à craindre de moi sfarL'histoire : C'est l'histoire des meilleurs moments de l'amour : ils se rencontrent, se regardent, se parlent des nuits entières, s'aiment sans cesse. Il la peint, elle s'amuse à être peinte... et après ?

La critique Nelfesque : Joann Sfar est un touche-à-tout. Dessinateur de talent, incroyable réalisateur, surprenant auteur, il est aussi prolixe sur les réseaux sociaux où on peut lire son avis et ses questionnements sur l'actualité, la politique, la religion mais également connaître ses goûts musicaux, ses coups de coeur ciné... Sfar, c'est un peu un copain... mais avec un cerveau (non, les amis revenez !) tant il pousse loin la réflexion. Qu'il soit en petit comité ou en ITW, il est fidèle à lui-même, en toute simplicité et sans arrière pensée. Proche de ses admirateurs et accessible, il n'en est pas moins quelqu'un de profond avec une vision sur le monde qui lui est propre. Avec "Tu n'as rien à craindre de moi", Joann Sfar nous le prouve encore une fois.

Seabearstein est artiste peintre. En couple avec Mireille Darc (pas la vraie comme il dit, mais sa fiancée qu'il aime appeler ainsi), il prépare une exposition pour le musée d'Orsay et pour cela s'apprête à peindre sa dulcinée dans le plus simple appareil. Commencent alors des questionnements, des tabous, des "brides d'inspiration". Sa fiancée ainsi peinte sera à la vue de tout un chacun et ça Seabearstein ne peut le supporter. Mireille Darc est belle, très belle mais elle est à lui et il garde jalousement sur elle son oeil lubrique et amoureux.

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Cette bande dessinée déroutera plus d'un lecteur. Il y est question de la vie d'un couple mais cette dernière n'est pas relatée d'une façon classique (on n'en attendait pas moins de Sfar). Bien que témoin des moments forts de leur vie à deux, le lecteur survole des instants fugaces et tenant plus de l'émotion et du sensoriel que du factuel. Point ici de premier repas dans la belle famille ou de récit d'emménagement dans les moindres détails. Sfar s'attache aux ressentis de ses personnages et particulièrement de celui de Seabearstein dans lequel il met une part de lui-même, de son talent, de ses obsessions. "Tu n'as rien à craindre de moi" n'est pas une BD facile qui s'appréhende dès la première planche, c'est une sorte de compilation de moments solitaires et à deux qui s'égrainent au fil des pages comme de minuscules sauts de puce. La sensation en fin de lecture est unique et l'envie de s'y replonger pour découvrir des détails passés inaperçus est immédiate.

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Amour, sentiment de solitude ou de dépendance, sensualité, sexualité, fantasmes et mensonges sont au coeur de cet ouvrage mais pas seulement. Quand on connaît Sfar, cela fait longtemps que l'on s'est rendu compte que certains sujets revenaient quasi systématiquement dans ses oeuvres. Des petites choses qui font que certains se sont lassés ou agacés, des "marronniers" spirituels, des schémas de pensée ou des raisonnements qui tournent en monologues philosophiques. On retrouve dans cet album la question de la religion et plus particulièrement du judaïsme. Sfar n'est jamais avare de considérations sur ce sujet. Quel place tient un juif dans le monde ? Y-a-t'il un dénominateur commun psychologique au peuple juif ?... Il y a une véritable quête de sens dans les ouvrages de Sfar et dans celui-ci en particulier, quitte à perdre en chemin ceux qui ne se sentent pas intéressés par le sujet, à l'image de Mireille Darc ici qui au détour d'une bulle apostrophe Seabearstein ainsi : "On peut tout de même se promener aux Galeries sans créer une guerre de religions !". La religion est au coeur de cet ouvrage, comme dans la vie de celui qui en pratique une ou tout simplement se questionne. Autant dire que Sfar se questionne beaucoup et nous bouscule avec ses cheminements de pensée et les réactions parfois surprenantes de ses personnages.

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Enfin, et surtout, il est beaucoup question d'Art. Seabearstein est peintre, il est artiste dans l'âme et pratique son art comme une nécessité. L'Art est vital pour lui. Quand l'expression de celui-ci se retrouve intrinsèquement lié à une femme qui devient à la fois sa maîtresse et sa muse, tout se complexifie. La création artistique est imbriquée à l'existence de ces personnages, de cet homme et de cette femme, de ce couple, de ce moment de vie volé au temps. Se posent alors les questions de processus créatifs, de la position du modèle et du peintre, de la Beauté...

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"Tu n'as rien à craindre de moi", vous l'aurez compris, est un ouvrage singulier. Complexe et pur, philosophique et cru mais surtout libre. Libre dans son expression et dans son ton. Une oeuvre à part que je vous conseille de découvrir quand vous vous sentirez prêt pour apprécier au mieux ce moment de lecture !

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jeudi 28 avril 2016

"En remorquant Jéhovah" de James Morrow

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L'histoire : L'annonce en fut faite au capitaine Anthony Van Horne le jour de son cinquantième anniversaire. L'archange Gabriel se tenait devant lui, ailes lumineuses, auréole clignotante : "Dieu est mort. Il est mort et Il est tombé dans la mer".

Mission du capitaine : aux commandes du supertanker Valparaiso, remorquer le divin Corps (trois kilomètres de long) des eaux équatoriales jusqu'aux glaces de l'Arctique, pour Le préserver des requins et de la décomposition. Là-bas, sur la banquise, les anges Lui ont construit un tombeau…

Oui, mais ça n'arrange personne, cette histoire. Écologistes et féministes s'en mêlent. Le Vatican aimerait éviter toute publicité – on le comprend ! Bref, ils sont plus d'un à vouloir enterrer l'affaire, c'est-à-dire couler le Valparaiso… et sa précieuse cargaison!

La critique de Mr K : C'est le hasard d'un chinage (une fois de plus) qui a mis sur ma route un livre pas tout à fait comme les autres. Je connaissais l'auteur, James Morrow, de nom grâce à une vieille amie qui en son temps n'avait pas tari d'éloges sur Notre mère qui êtes aux cieux du même auteur narrant l'histoire d'une petite fille, progéniture de Dieu livrée à la vindicte des humains (je l'ai dans ma PAL, il ne fera pas de vieux os je pense!). On retrouve ici dans En remorquant Jéhovah le goût de l'auteur pour le savant mélange de SF et de religion avec cette histoire incroyable aux lourdes répercussions et interrogations sur le genre humain. Vous allez voir, ça dépote!

Rien que le thème déjà interpelle: la mort de Dieu! Pour plus de la moitié de la planète, ce serait une catastrophe épouvantable si ça venait à se savoir. Il n'en est rien dans ce livre car un petit groupe d'humains triés sur le volet sont au courant de cette vérité inouïe. La révélation leur en est faite par le biais des archanges qui se meurent à la suite du Créateur. Ils confient à un ex capitaine de supertanker une mission sacrée: celle de convoyer dans le grand Nord le Corpus Deo dans sa sépulture de glace. Il sera accompagné dans sa tâche par un prêtre jésuite cosmologue et un équipage au complet. Le voyage va être celui de tous les dangers: extérieurs car bien des lobbys et intérêts particuliers s'intéressent à la mystérieuse cargaison mais aussi intérieurs avec les doutes et questionnements qui assaillent les protagonistes cohabitant avec le cadavre du Démiurge…

Ce livre est d'abord un très bon roman d'aventure maritime. Je suis amateur du genre et James Morrow est un talentueux conteur pour narrer la vie à bord d'un navire. Rien ne nous est épargné des atermoiements de l'équipage, des fortunes de mer et des rebondissements techniques. On pourrait se dire que le cadre d'un pétrolier gigantesque a moins de charme qu'un trois mâts ou un paquebot, loin de là! Le voyage en est plus exotique, original et la nature même du bateau prend toute son importance au moment clef de l'intrigue. On ne s'ennuie pas une seconde et la tension devient vraiment palpable et saisissante aux deux tiers du récit quand les éléments contraires se déchaînent contre l'expédition, on s'accroche aux pages comme à la barre d'un navire en pleine tempête, sensations fortes garanties!

Les personnages quoiqu'un peu caricaturaux (pas de réelle surprise dans leur développement personnel, leurs fêlures et les éléments de résolution) sont attachants, en premier lieu desquels le capitaine Anthony Van Horne hanté par un manquement qui a changé à jamais sa carrière et ses rapports avec un père autant admiré que craint. Figure tragique par excellence, c'est un chemin de croix pour lui que ce voyage aux frontières avec le fantastique et ses limites personnelles. Gravite autour de lui une galerie de personnages aux destins contrariés et aux aspirations biens différentes que l'auteur traite avec détail et finesse pour nourrir un récit qui très vite décolle et atteint des sommets insoupçonnés. Il y a Cassie, naufragés involontaire, féministe acharnée fascinée par Anthony Von Horne, Oliver son athée intégriste de fiancé qui la recherche partout grâce à la fortune accumulée de son industriel de père, les cardinaux du Vatican obnubilés par le Pouvoir en place et les conséquences de la révélation au monde de la mort de Dieu, deux associés amateurs de reconstitutions de batailles de la Seconde Guerre mondiale grandeur-nature obsédés par la menace japonaise et tout une pléthore d'autres personnages que je vous laisse découvrir par vous-même lors de cette lecture.

Là où le livre frappe vraiment fort, c'est dans sa dimension spirituelle. Loin d'être un ouvrage évangélisateur ou moralisateur, il nous interroge clairement sur la nature de la divinité, sur la notion de croyance et d'espoir. On peut apprécier ce livre que l'on soit croyant ou non, il donne à réfléchir sur la nécessité pour l'homme d'imaginer ce qu'il y a ou non après la mort (cause principale à mes yeux de la création des religions). Sur la nature humaine, cet ouvrage est assez éclairant notamment sur la notion d'engagement mais aussi d'hybris qui peut conduire à l'extrémisme (et Dieu sait qu'en ce moment, cette notion est au centre de l'actualité mondiale). Une fois quelques termes techniques déminés, fiction et éléments de science des religions (mon dada lors de mes études d'Histoire) se mêlent pour apporter au lecteur plaisir et enrichissement dans un mélange digeste et vraiment humaniste.

J'ai adoré cette lecture que je ne peux que conseiller aux amateurs du genre tant elle procure évasion et réflexion. Sachez qu'il s'agit du premier tome d'une trilogie mais que ce roman peut se lire en one-shot, vous n'avez donc aucune raison de ne pas vous laisser tenter!

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