dimanche 29 août 2021

"Il y a un trou dans mon jardin" de James Stewart

Alors que la rentrée des classes approche à grand pas, cap sur un ouvrage jeunesse qui nous fait parcourir l'année à coup de petits et grands rêves. Il faut avouer qu'on en a bien besoin !

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L'histoire : Un jour de janvier, un petit garçon découvre un trou dans son jardin. Au fil des mois, le trou s'aggrandit... Qu'est-ce qui pourrait bien y pousser ? Un arbre à billes... un arbre à bonbons... un arbre à pianos... ?
Les mois passent et l'imagination du petit garçon est sans limite !

La critique Nelfesque : C'est un ouvrage étonnant que je vous propose de découvrir aujourd'hui. Dans "Il y a un trou dans mon jardin", nous suivons un petit garçon, mois après mois, qui a découvert en janvier un petit trou dans son jardin (comme son nom l'indique (incroyable !)) et qui se demande bien ce qu'il fait là, d'où il vient, où il conduit et surtout si il peut y planter des objets du quotidien pour en récolter les fruits plus tard. 

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Cet album a un petit côté surréaliste qui plaira à tous les lecteurs rêveurs. Par les interrogations et les expérimentations de ce petit garçon, l'enfant y découvre la notion de grandeur et de graduation. Il est également mis en face de la patience et de l'attente. Les illustrations et textes de James Stewart nous replonge dans nos questionnements que nous avions lorsque nous étions enfants, des questionnements bien éloignés de ceux des adultes (et c'est tant mieux !). On retrouve ici toute la poésie de l'enfance qui nous met le sourire aux lèvres.

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"Ce matin, j'ai découvert un trou dans mon jardin. Il n'est pas très grand ce trou. Mais il fait pile la taille de ma plus jolie bille, alors je l'ai laissée tomber dedans. J'espère qu'un arbre à billes va pousser." C'est ainsi que commence cette histoire. Un arbre à billes va-t-il pousser ou les espoirs de ce jeune garçon resteront-il vain ? S'arrêtera-t-il là où imaginera-t-il d'autres choses à planter dans ce trou de plus en plus large à mesure qu'il grandit ? Le temps qui passe est aussi au cœur de l'album et l'imagination ici présente est débordante.

"Il y a un trou dans mon jardin" de James Stewart enchantera les petits rêveurs à partir de 3 ans.

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jeudi 26 août 2021

"La Riposte" de Jean-François Hardy

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L’histoire : Tu sais, Jonas, je ne vais pas passer mon existence à baiser tandis que le monde tombe en morceaux. Il est temps d’arrêter le carnage et de riposter.

Dans un Paris désagrégé par la crise écologique, la misère a définitivement pris ses quartiers. Au rationnement alimentaire s’ajoutent la violence de l’appareil d’État, la canicule et la maladie. Un mystérieux mouvement, Absolum, placarde ses affiches dans toute la ville et gagne du terrain. Son slogan : "Révolution pour la Terre".

Dans ce chaos, Jonas est infirmier à domicile. Quand il ne s’occupe pas de ses patients, il se réfugie dans les bras de la jeune Khadija, déterminée à sauver le monde. À 37 ans, Jonas est au contraire désabusé et s’apprête à fuir comme tant d’autres vers le Nord, en quête d’une vie meilleure. Mais peut-il partir si facilement sans se retourner ? Qu’est devenue sa sœur Natalia, sa seule famille, dans la campagne aride privée d’électricité ? Et s’il parvenait à convaincre Khadija de le suivre ?

Perdu entre deux âges, incapable de s’engager comme de rester loyal à un système dont il a su pourtant profiter, Jonas va devoir faire face au murmure d’une grande révolte. Alors qu’il a oublié la dignité de mourir, au cœur de son serment, d’autres, par leurs combats, vont lui réapprendre celle de vivre.

La critique de Mr K : Rentrée littéraire 2021 aujourd’hui encore avec ce roman d’anticipation aussi prenant que glaçant qui se lit d’une traite avec un plaisir renouvelé. Dans La Riposte de Jean-François Hardy, le récit nous offre une vision sans fard de ce que pourrait être la France d’ici dix / quinze ans, à travers le parcours de Jonas, un être déchiré entre sa volonté de fuir une réalité devenue insupportable et l’envie de renverser l’ordre établi. Nuancé et fort bien écrit, voici un roman qui fera date et que tout un chacun serait fort inspiré de lire pour appréhender les enjeux dramatiques en cours dans le monde d’aujourd’hui.

Jonas est infirmier à domicile et s’occupe de personnes en fin de vie. Sans véritables attaches, désabusé, il entretient une relation non exclusive avec Khadija, une jeune fille révoltée par la marche du monde. La France et le reste de la planète ont bien changé dans ce futur pas si lointain. La Terre est saccagée par des décennies d’ultra-libéralisme, le réchauffement climatique va crescendo avec des villes à l’atmosphère étouffante et des campagnes cramées pour la plupart, les épidémies galopent. Malgré tout cela, les mêmes oligarchies et puissants se maintiennent au devant de la scène et assoient leur pouvoir de manière autoritaire creusant les inégalités et divisant pour mieux régner. Toute ressemblance avec la Macronie est évidemment purement fortuite...

Jonas a décidé de partir, de fuir la France pour se réfugier dans le Nord de l’Europe où le climat est encore clément et où une certaine concorde sociale semble régler dans les territoires. Mais il a du mal à assumer son choix auprès de Khadija qui ne partage pas du tout cette manière de penser. Pour elle, la révolution gronde et il faut renverser l’ordre établi pour une société plus juste. Avant de partir définitivement de France, Jonas décide de passer voir Natalia, sa sœur restée au village natal et qu’il n’a pas vu depuis huit ans sans réelles raisons. Ces retrouvailles vont bouleverser Jonas, ébranler ses convictions et l’ouvrir à d’autres horizons.

On peut distinguer deux parties bien distinctes dans ce roman. La première prend cadre dans un Paris devenu particulièrement effroyable où ségrégation sociale rime avec inhumanité.Les morts se ramassent à la pelle, les restrictions sont nombreuses et les pénuries font exploser la délinquance et les actes délictueux. Il règne une ambiance de fin du monde, d’ultra-individualisme qui rend la ville dangereuse et inquiétante. L’ambiance générale est très bien rendue par un auteur soucieux d’aller à l’essentiel (l’œuvre en elle-même est relativement courte) avec ce qu’il faut de détails sans pour autant surcharger l’ensemble. On s’inscrit complètement dans les logiques comportementales et sociétales de ces dernières années ce qui rend le propos prémonitoire et foutrement flippant. Le pire c’est que ce n’est pas faute de prévenir le monde (rapport récent du GIEC notamment) mais malheureusement notre propension à nous diviser, nourris pas les cibles lâchées par les gouvernements successifs fait que l’on passe à côté de l’essentiel. La maison brûle mais l’on regarde ailleurs tout en nous complaisant dans de vaines et stériles polémiques...

Jonas va donc rejoindre sa sœur pour un séjour qui va se prolonger. C’est l’occasion d’explorer les fêlures et méandres d’un personnage très complexe. Natalia vivant à la campagne, ce jour s’apparente à une mise au vert. Jonas va renouer avec la seule famille qui lui reste et s’immerger totalement dans une vie rurale où l’essentiel est au cœur des vies de chacun. Communauté apaisée, solidarité locale rythment les jours et le désir de s’exiler s’effilochent au fil du temps passé. Mais la réalité des temps qui changent va finir par le rattraper et le précipiter dans un dernier acte douloureux.

La Riposte se lit d’une traite sans que l’on puisse le lâcher, l’écriture de l’auteur est alerte et volontiers cynique par moment. Quand on sait que Jean-François Hardy a été "plume" au ministère de l’écologie en Macronie, on se dit qu’il a du en avaler des couleuvres et prendre conscience de l’indigence environnementale du quinquennat de Micron Ier. La Riposte est une superbe lecture, pas rassurante mais terriblement bien menée et évocatrice en diable. À lire absolument !

mardi 24 août 2021

"Au-delà de la mer" de Paul Lynch

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L’histoire : Muets de saisissement, Hector et lui regardent le monde se recomposer dans une magnificence de couleurs. Comme s’ils étaient les premiers à contempler des ciels pareils. Chacun commence à entrevoir la vérité de l’autre, à deviner qu’ils sont tous les deux pareillement démunis au cœur de la vérité des choses. Et qu’au sein d’une telle immensité, ce qu’un homme porte en son cœur n’a plus guère de poids.

Malgré l’annonce d’une tempête, Bolivar, un pêcheur sud-américain, convainc le jeune Hector de prendre la mer avec lui. Tous deux se retrouvent vite à la merci des éléments, prisonniers de l’immensité de l’océan Pacifique. Unis par cette terrifiante intimité forcée et sans issue, ils se heurtent aux limites de la foi et de l’espoir, à l’essence de la vie et de la mort, à leur propre conscience.

La critique de Mr K : C’est avec grande impatience que j’attendais le dernier né de Paul Lynch, un auteur qui m’avait transporté comme jamais avec Grace, un portrait fin et dense d’une jeune femme marginale à une époque reculée. J’avais tout particulièrement apprécié son style : complexe, évocateur et volontiers poétique à l’occasion. Dans Au-delà de la mer, sorti en cette rentrée littéraire 2021, j’ai retrouvé cette flamme narrative avec une forme légèrement différente et deux personnages principaux attachants comme jamais derrière lesquels se joue ni plus ni moins que la destinée humaine dans ce qu’elle a de contradictoire entre espoirs et déceptions. Un sacré voyage qui m’a transporté et littéralement laissé sur les genoux.

Bolivar est un simple pêcheur, il se plaît à se décrire ainsi. Très bon dans son domaine, depuis huit ans, il vit chichement de son activité et quand il est à terre il partage son temps entre des coups aux bar avec ses connaissances et des aventures sans lendemain. C’est un bloc, un roc, il est musculeux et sûr de lui. L’histoire débute quand on annonce une tempête redoutable mais lui veut tout de même embarquer pour une petite campagne de pêche. Il doit se renflouer et il ne doute pas une seconde que sa pêche sera bonne. Seul souci, son acolyte habituel est introuvable, or il ne peut partir seul, son embarcation nécessite deux personnes entre navigation, préparation des lignes et transvasement des prises dans la glacière.

Face à l’insistance de Bolivar, son boss lui propose de partir en mer en compagnie d’un jeune homme à peine sorti de l’adolescence, Hector, un gringalet qui a déjà pratiqué la pêche sur le lac du coin avec des membres de sa famille. Aux yeux de Bolivar, c’est un amateur mais il va devoir se contenter de lui s’il veut mener à bien son expédition. Les voila donc partis sur l’Océan au bout de seulement quelques pages. Bien sûr, ce que l’on pressentait finit par arriver, ils sont pris dans la fameuse tempête puis totalement perdus au milieu des eaux. Commence un récit d’introspection et de survie d’une rare force.

Tout au long de ma lecture, des références, des liens m’ont sauté aux yeux. J’ai pensé à Hemingway et Steinbeck mais aussi à Camus pour la dimension spirituelle et réflective. Les deux protagonistes traversent une épreuve terrible qui va les mettre à nus, forcer leurs barrières morales et intimes. Très différents l’un de l’autre, le drame va les rapprocher inexorablement au fil du temps qui s’écoule et des difficultés rencontrées. L’un a la foi, l’autre est un indécrottable matérialiste. L’un est jeune, indolent et a des projets, l’autre est vieux et possède une grande expérience de la vie et une certaine aigreur. Des tensions initiales va surgir une amitié, une relation presque filiale qui va s’entrechoquer avec la dureté des conditions de vie et un moral en berne. La faim, la soif, la fatigue se conjuguent avec l’appréhension, les espoirs déçus au fil des fortunes de mer et une folie qui guette les deux infortunés. Le glissement est insidieux mais bel et bien présent, régulier, sapant les deux hommes jusque dans leur chair.

Peu à peu, les barrières tombent, les deux hommes se racontent, se rencontrent, échangent, se jaugent, se jugent et finissent par se comprendre. Le processus est proprement bouleversant, remarquablement emmené par l’auteur qui cisèle ses personnages dans une langue épurée, très poétique qui donne à ce récit une portée universelle en abordant des questions cruciales comme l’amour, la paternité, le sens que l’on peut donner à sa vie et les regrets que l’on peut nourrir quand le déclin arrive. Le tout alterne avec le quotidien étouffant de cette barque perdue au milieu de nul part, l’espoir bien mince d’être secouru et l’épuisement des corps et des esprits narrés dans leurs moindres détails.

Addictive, cette lecture marque, donne à voir des êtres humains au bord de la rupture, où le réel et le fantasmé ne sont plus si différenciés. Contemplatif avec des phases d’accélérations parfois brutales, le récit prend littéralement aux tripes et l’on sort de cette expérience complètement rincé mais conscient d’avoir lu une œuvre à part, un bijou littéraire qui hante longtemps après sa lecture. Une sacrée claque que je vous invite à prendre au plus vite !

dimanche 22 août 2021

"Le Grand méchant renard" de Benjamin Renner

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L’histoire : Un renard chétif tente de se faire une place de prédateur face à un lapin idiot, un cochon jardinier, un chien paresseux et une poule caractérielle. Il a trouvé une stratégie : il compte voler des œufs, élever les poussins, les effrayer et les manger.

La critique de Mr K : Quel bonheur que cette lecture à la fois drôle et tendre ! Elle fait partie des ouvrages que j’ai emprunté au CDI de mon établissement pour les vacances d’été et franchement, je m’en suis payé une bonne tranche. Le Grand méchant renard de Benjamin Renner est un roman graphique humoristique à destination de tous car jeunes et moins jeunes y trouveront leur compte. Pour peu que vous soyez jeune papa comme moi, vous pourrez même être ému aux larmes sur certains passages.

Renard est un cas. Il crève la dalle dans sa forêt et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’est pas doué ! À chaque incursion dans la ferme voisine pour se faire les crocs sur une poule, il se fait rétamer par le chien de garde pas très vaillant et des poules qui s’avèrent résistantes. On a pour lui de la pitié, les animaux le trouvent plutôt sympa à commencer par le lapin et le cochon. Un jour, le loup lui propose un deal : voler des œufs pour les couver, élever un peu les poussins pour se faire ensuite un bon gueuleton ! Le plan mis en route ne va pas se passer tout à fait comme prévu... Voilà ce qui se passe quand un renard commence à s’attacher à ses proies.

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On se prend immédiatement d’affection pour Renard. Faux dur au cœur tendre, il tente d’obéir à sa nature profonde de prédateur mais il n’est pas fait du bon bois. Il ne fait pas peur, il est tout maigrichon et personne ne le prend au sérieux. Être différent, il va se laisser porter par ses sentiments ambivalents une bonne partie de la BD et va littéralement craquer face aux trois poussins qu’il va éduquer bon gré mal gré avec un loup menaçant qui, lui, souhaite à tout prix les dévorer. Cela donne lieu à de multiples scénettes facétieuses, très drôles mais aussi très émouvantes. On ne peut rien contre son instinct et très vite on sait que le renard va se révéler être un papa-poule... Un comble !

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Toute une galerie de personnages loufoques naviguent autour du Renard. Le chien de ferme adepte de sieste qui n’en fiche pas une ou alors sous la menace, un lapin d’une stupidité abyssale, un cochon jardinier à ses heures philosophes et une poule caractérielle plus que vindicative qui organise un groupe d’auto-défense dont la formation principale est de passer en revue les différentes manières de trucider un renard sont autant de protagonistes dont les interactions bien pensées donnent un rythme endiablé au volume où les gags s’enchaînent et où l’on ne s’ennuie pas une seconde.

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Le Grand méchant renard se dévore tout seul avec des dessins très réussis, un sens du rythme qui ne se dément jamais pour une œuvre qu’on n’oublie pas de sitôt avec son ton décalé qui ne prend jamais les plus jeunes pour des buses. À découvrir et lire absolument.

vendredi 20 août 2021

"Les Ombres" de Wojciech Chmielarz

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L’histoire : Dans ce dernier volet des aventures de l'inspecteur Mortka, le Kub règlera enfin ses comptes avec l'ombre maléfique qui plane sur Varsovie, le boss Borzestowski. Et pour ce faire, il devra faire le ménage parmi quelques collègues ripoux...

Récemment, le cadavre d'un gangster disparu dans des circonstances mystérieuses six ans plus tôt a été retrouvé par l'inspecteur Kochan, ex-partenaire d'enquêtes de Jacub Mortka, dit le Kub.

Quelques jours plus tard, la femme et la fille du gangster sont retrouvées mortes, abattues avec l'arme de Kochan. Flic et mari violent, ce dernier ne trouve pas grand monde pour le défendre et décide de se planquer. Il appelle tout de même Mortka, qui ne croit pas à la culpabilité de son collègue et va donc s'efforcer de trouver la vérité en travaillant discrètement. Pendant ce temps, la Sèche, la jeune adjointe du Kub, découvre sur une clé USB la vidéo du viol collectif d'un jeune garçon où figurent des politiciens de haut rang.

Si elle révèle ce film à sa hiérarchie, elle sait que l'affaire sera étouffée, vu la stature des hommes impliqués. Mortka et la Sèche décident de s'entraider - ils ne savent pas encore que leurs enquêtes sont liées et qu'ils feront face à la mort en essayant de résoudre ces crimes. Et au centre de tout, il y a Borzsestowski, le grand requin du crime organisé à Varsovie...

La critique de Mr K : Quelle lecture que celle-ci ! Cinquième et ultime volet des enquêtes du Kub, un inspecteur polonais plus qu’attachant, Les Ombres de Wojciech Chmielarz ne laisse aucune chance à son lecteur tant on est pris par l’univers en pleine déréliction qu’il nous donne à lire. Personnages torturés, enquête sous pression et focus sur les déviances de la société polonaise nous entraînent dans une sarabande littéraire mortifère dont personne ne sortira indemne, à commencer par le lecteur pris par une addiction redoutable qui prolonge la lecture parfois jusqu’à tard dans la nuit.

L’action reprend juste après le tome précédent La Cité des rêves, certains éléments de l’intrigue risquent donc de vous échapper si vous ne l’avez pas lu. À la fin de ce dernier, La Sèche (enquêtrice et collègue du Kub) avait mis la main sur une vidéo explosive mettant en scène des hommes influents participant à un viol collectif ayant conduit la victime au suicide. Heurtée par l’injustice sous toutes ses formes, la Sèche mène son enquête en sous-main surtout que quelques hauts responsables de la police de Varsovie pourraient être impliqués. En parallèle, le Kub doit faire la lumière sur le meurtre de deux femmes (la femme et la fille de gangsters disparus depuis longtemps) et tout porte à croire que c’est son ancien coéquipier Kochan qui serait le meurtrier. Mais les indices confondants sont trop gros et certains détails laissent à penser à un coup monté. Lui aussi va devoir enquêter en parallèle sans en référer à ses supérieurs qui y voient une affaire réglée et bientôt classée. Le duo d’enquêteurs va bientôt se rendre compte que ces deux affaires se recoupent et qu’ils s’apprêtent à révéler un système, quelque chose de bien plus gros que de simples crimes sordides.

Sous ses dehors classiques dans sa structure et certains de ses protagonistes principaux, voila un roman qui remue les tripes. À commencer par le décorticage des hautes sphères de la société avec des gens bien sous tout rapport qui cachent bien des secrets et des pratiques on ne peut plus douteuses. Le milieu des affaires, du conseil stratégique, la police et ses arrangements avec la vérité et la légalité, le grand banditisme avec un baron sur le déclin qui doit lutter contre son corps qui l’abandonne et les requins qui rodent pour prendre sa place. Tout cela est décrit avec luxe de détails au fil de l’intrigue qui se déroule et révèle des circonvolutions des plus pernicieuses. On plonge avec effroi dans ce monde interlope qui nous entoure, que l’on ignore (ou que l’on préfère ignorer parfois) et cela fait froid dans le dos. Le roman est noir, très noir même et révèle une réalité froide et sans pitié où selon notre statut social, on souffre ou l’on jouit.

Le Kub et la Sèche sont au cœur du récit et l’on creuse encore davantage le passé, la psychologie et les logiques internes propres à ses deux policiers que l’on a appris à aimer, à apprécier pour leur sens de la justice. Ils sont ici mis à rude épreuve et des révélations sont faites notamment sur la Sèche qui donne à voir son parcours personnel et le trauma à l’origine du forgeage de sa personnalité. De manière globale, tous les personnages sont fouillés à l’extrême. Même si certains sont clairement abominables, on en apprend de belles chez eux, mention spéciale à celui qui a trouvé le secret d’un mariage réussi : se lever en avance et préparer le petit déjeuner de sa femme et ceci depuis des décennies. On alterne donc les émotions quelque soit les protagonistes et les montagnes russes émotionnelles ne s’arrêtent jamais entre petites trahisons, vérités dévoyées, corruption active et passive, petites compromissions mais aussi loyauté et amitiés qui se mêlent et livrent un portrait de la comédie humaine et du pouvoir saisissant.

Le tout est emmené avec une maestria narrative bluffante et diablement prenante, il est impossible de relâcher l’ouvrage avant sa fin. Descriptions ciselées, phases de dialogues léchées et un style vif et précis font de cet auteur un écrivain à part qui procure un immense plaisir de lecture. Cette pentalogie du Kub se termine en beauté et je ne peux que forcément inviter les amateurs de romans policiers noirs à entreprendre à leur tour l’aventure, ça vaut le détour et on prend claque sur claque. Un must dans son genre.

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- La Ferme aux poupées
- La Colombienne
- La Cité des rêves

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mercredi 18 août 2021

"Wannsee" de Fabrice Le Hénanff

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L’histoire : Wannsee, banlieue de Berlin, le 20 janvier 1942. Quinze hauts fonctionnaires du Troisième Reich participent à une conférence secrète organisée par les SS. En moins d'une heure trente, ils vont entériner, et organiser, le génocide de millions de Juifs.

La critique de Mr K : Attention chef d’œuvre ! J’ai emprunté Wannsee de Fabrice Le Hénanff au CDI de mon bahut et je dois avouer que j’ai pris une grosse grosse claque. J’avais beau connaître les faits pour les avoir étudier en faculté d’Histoire il y a déjà un petit bout de temps, replonger dans cette conférence secrète reste très éprouvant et quand en plus c’est fait avec talent, cela donne un ouvrage que l’on peut placer dans sa bibliothèque juste à côté de Maüs d’Art Spiegelman. Pédagogique, sobre et documenté comme il faut, voila un ouvrage essentiel et à lire en ces temps troublés où les chemises brunes font leurs réapparitions sous d’autres oripeaux mais toujours avec les mêmes idées nauséabondes.

Villa Marlier, banlieue de Berlin, le 19 janvier 1942, un génocide unique dans l’Histoire du monde est mis au point en quelques heures dans une réunion de travail qui ressemble à n’importe quelle autre. Quinze hauts responsables représentants les différents ministères du IIIème Reich et autres autorités se réunissent pour régler la question juive et entériner une méthode pour mettre en œuvre la Solution Finale, celle  qui doit radier tous les juifs d’Europe. Entre discours liminaires, expositions des expériences passées, moyens techniques et financiers mis sur table, menues oppositions et tensions internes au régime, course aux faveurs du Führer, rien ne nous est épargné de ce moment clef particulièrement horrible de l’Histoire contemporaine.

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Cette bande dessinée est basée sur Le Protocole de la conférence de Wannsee numéro 16, un document qui n’aurait jamais du exister et qui s’apparente à un verbatim très précis de la réunion. En théorie, chacun devait détruire son exemplaire et seul devait rester un exemplaire tronqué et modifié par les soins de Eichmann lui-même. Mis en dessin et en bulle, l’auteur colle donc à la réalité avec quelques petits effets narratifs pour rendre l’ensemble digeste malgré l’horreur du sujet. Classique dans son découpage des planches, les dessins sont sobres et rendent bien compte de l’ambiance et du sujet. L’ensemble se lit donc facilement même si parfois il faut s’accrocher sur certains détails et titres très bien définis et recontextualisés en fin d’ouvrage.

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Un haut responsable SS, des industriels, docteurs, hauts fonctionnaires vont donc discuter de la solution à mettre en œuvre pour débarrasser l’Europe d’un peuple parasite dangereux entre tous selon l’idéologie raciste d’Hitler. On revient sur les premières exécutions effectuées par les Einsatzgruppen, commandos spécialisés dans l’extermination et qui passaient après les troupes régulières pour raser des villages entiers et supprimer toutes les populations considérées comme appartenant à des races inférieures. Il est aussi question des expériences menées avec des camions à gaz. Mais les intervenants en viennent à une conclusion logique : cela ne va pas assez vite et le temps presse. Sans doute sentent-ils le vent tourner à l’est avec l’enlisement du front soviétique ? Suivent des considérations techniques sur le statut des personnes métissées, sur les moyens techniques à mettre en œuvre. À aucun moment les mots meurtres, massacres, extermination ou élimination ne seront prononcés. Les responsables utilisant plutôt le terme de déplacement ou d’évacuation. Le cynisme est total, l’inhumanité portée à son paroxysme.

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L’ouvrage se lit d’une traite dans un sentiment d’effroi total. Je plains vraiment celles et ceux qui vont découvrir la conférence de Wannsee pour la première fois avec cet ouvrage. Personnellement lors du cours suivi en amphi sur le sujet, j’avais été remué comme jamais et j’avais enquillé sur quelques godets au bar pour m’en remettre. Préparez-vous à quelque chose d’innommable et de renversant, quelque chose que l’on a du mal à imaginer malgré ce que vous savez déjà sur cette période de l’Histoire. Très bien documenté, historiquement imparable, on est ici dans le Devoir de mémoire et la transmission nécessaire aux générations futures. À l’heure où les rescapés des camps se font de plus en plus rares, voila un ouvrage accessible et essentiel à partager et faire lire au plus grand nombre pour espérer qu’une telle abomination ne se reproduise jamais.

lundi 16 août 2021

"La Tour" d'Hélène Bessette

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L’histoire : Louise, mariée depuis un mois à Marcel, gagne une grosse somme d’argent à l’émission "Quitte ou double". Malgré l’érudition biscornue qui lui a permis de briller à l’émission, Louise n’a qu’une passion, qu’un but dans la vie : dépenser. On ne parle qu’argent, on ne pense qu’à lui. Il est comme le temps : passé, futur, jamais présent, et pourtant toujours là.

Opposée au dynamisme monétaire du couple Louise/Marcel, la pauvreté relative du couple Fernande/André. L’argent compte pour eux tout autant, on en parle avec la même constance, mais on n’a pas la même certitude d’en avoir de plus en plus. Fernande est amère quand elle accompagne son amie dans les grands magasins qui tournent la tête à Louise à tel point que son ménage va sombrer... Quel sera l’avenir de ces êtres après la déconvenue de la vie à crédit et de ses illusions ?

La critique de Mr K : Au programme de la chronique du jour, un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) datant de 1959 et qui n’a pas pris une ride si je puis m’exprimer ainsi. Dans La Tour, Hélène Bessette nous propose un court roman percutant qui dénonce les méfaits de l’argent et de la société de consommation avec un aspect prophétique assez bluffant. Pas forcément évident d’approche, voila un ouvrage que l’on peut qualifier d’expérience à lui tout seul.

Suite à sa participation à un jeu radiophonique, Louise touche le pactole. Commence alors une lente métamorphose avec en toile de fond la dépense et la consommation. Cela va créer des tensions dans son couple mais aussi avec un couple d’amis avec lesquels pourtant ils sont très proches au départ. Course effrénée au bonheur matérialiste et corruption des âmes vont de pair dans un ouvrage qui va très loin dans le décorticage du procédé avec en toile de fond la peur terrible du déclassement et du retour à la case départ.

Peu à peu, Louise perd son empathie, sa sensibilité, son humanité au profit du Dieu argent. C’est l’occasion d’une ascension sociale inespérée et très vite cette fortune l’hypnotise littéralement et lui fait perdre toute proportion et tout jugement. Perdant pied (sans s’en rendre compte), l’appât du gain et de la dépense remplace peu à peu le ciment amoureux de son mariage, le bonheur d’être deux, son mari devenant un élément quasi facultatif de sa vie. Quant à leurs amis (Fernande et André), ils ne semblent plus qu’inspirer jalousie et envie, les rapports amicaux se muant peu à peu en échanges artificiels. On tombe assez vite dans la désespérance et la vacuité.

L’écriture est bien strange, personnellement j’ai rarement lu ce type de prose, à la fois déstructurée, frontale et ensorcelante. Les mots sont jetés parfois pèle mêle à la figure du lecteur, de manière énumérative avec des suites de termes qui frappent à la porte de l’imagination et infligent bien souvent de bons chocs accompagnant merveilleusement bien les réactions, les humeurs et l’évolution des mœurs des personnages.

C’est un ouvrage qui ne laissera personne indifférent en tout cas et qui pour ma part m’a séduit par sa singularité formelle et l’intelligence du procédé pour dénoncer le cœur de tous nos problèmes actuels : la surconsommation. Brillant !

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vendredi 13 août 2021

"La Ferme des animaux" de George Orwell - ADD-ON de Mr K

La Ferme des animaux

Nelfe a déjà lu et chroniqué ce roman le 01/07/11. Je viens de le terminer et de le chroniquer à mon tour.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de mon avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez ma critique toute fraîche à la suite de celle de Nelfe.

Nous procédons ainsi pour les romans déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lu à nouveau par l'un de nous. Pour "La Ferme des animaux" de George Orwell, ça se passe par là.

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mercredi 4 août 2021

"Tu es chez toi" de M. H. Clark et Isabelle Arsenault

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L'histoire : La lune et les étoiles illuminent la nuit. Elles sont chez elles dans l'univers infini. Partout où il souffle, le vent est chez lui... et ma place est avec toi, ici !

La critique Nelfesque : Quel joli album que celui que je vous présente aujourd'hui ! "Tu es chez toi" de M. H. Clark et Isabelle Arsenault est un bijou de poésie et de beauté. J'ai tout de suite fondu devant la douceur que dégage la couverture et ce titre si rassurant. En feuilletant l'ouvrage, ce sentiment n'a fait que s’accroître.

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Conseillé à partir de 3 ans, "Tu es chez toi" est un puits de douceur, une couette bien chaude dans laquelle on aime s'enrouler, un gros câlin pour les jours de moins bien. Les enfants y puiseront réconfort, apaisement et réassurance. Il n'y a pas d'histoire à proprement parlé ici, on ne suit pas les aventures d'un lapin ou d'une petite fille bien déterminée. On y lit des phrases simples et pleines de bon sens qui font du bien à l'âme.

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Les enfants aiment quand leur entourage est rassurant. Ils aiment que les choses ait une place bien précise et évoluer dans un cadre connu. Malheureusement dans la vie il y a des perturbations, des événements que l'on ne contrôle pas ou tout simplement des pics d'anxiété qui peuvent survenir sans raison connue. Pour ces moments là "Tu es chez toi" est LE livre à avoir près de soi.

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Il fait prendre conscience aux enfants que même si le temps passe, que les lignes bougent dans nos vies, il reste des choses immuables. Aussi incontestable que le feu est chaud et qu'après l'hiver vient le printemps, nous observons ici que chaque être vivant est sur la Terre dans un habitat naturel qui lui est adapté et chaque élément qui nous entoure existe pour une raison précise. Les baleines sont dans les océans, les grenouilles dans la mare, les loutres près d'une rivière... toujours dans un environnement rassurant, accompagnées par la nature, constituant un tout. Les vagues roulent sur le rivage de l'océan où vivent les baleines, les nénuphars peuplent la mare permettant aux grenouilles de se déplacer, les joncs se reflètent dans l'eau claire de la rivière où évoluent les loutres... tout est exactement où il doit être.

Tu es chez toi 2

Par analogie, l'enfant est amené à comprendre qu'il est lui aussi entouré et que si il est amené à changer de quotidien, l'amour d'un proche, d'une personne qu'il aime, le suivra toujours. Quoi qu'il fasse, quoi qu'il décide plus grand, où qu'il soit, il ne sera jamais seul et aura toujours à ses côtés et dans son cœur l'amour et la bienveillance d'une personne aimée. Cela permet de se placer au centre d'un tout, de sentir une réel appartenance à sa famille et à l'univers et ainsi chasser le sentiment de solitude.

Tu es chez toi 3

Les illustrations d'Isabelle Arsenault accompagnent merveilleusement le texte de M. H. Clark, le nimbant encore plus de douceur et de sérénité. Tout est fluide, rien n'est agressif. Avec des tons apaisants, "Tu es chez toi" peut aussi constituer une très jolie lecture du soir pour amener les enfants vers le sommeil sans crainte.

Vous l'aurez compris, "Tu es chez toi" est un ouvrage poétique coup de cœur où sérénité et tendresse reconnectent le lecteur à ce qu'il y a de plus important dans la vie : l'amour. L'amour d'une mère, l'amour d'un père, d'une famille de sang ou de cœur, l'amour au sens large qui nous fait déplacer des montagnes et prendre connaissance de notre valeur. Une valeur qui n'a pas de prix et qu'il est important que chaque enfant découvre pour avancer sereinement dans sa propre vie. Touchant et réconfortant.

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jeudi 15 juillet 2021

"Insectes" de Minhye Zang

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L’histoire : Qui jette ses reflets émeraude sous le soleil quand l’inspecteur le sort intact du conduit auditif de la petite fille. La petite fille dont le cadavre desséché vient d’être retrouvé dans la broussaille d’un jardin peu entretenu au milieu des immeubles.

Trois ans que la police la recherchait.

Un suspect est vite appréhendé, Da-in, un adolescent, livreur de journaux qui élève des milliers d’insectes dans le taudis où il vivote avec un copain, lui aussi enfant des rues, abandonné. Da-in serait un récidiviste, il aurait tué sa mère et sa sœur et aurait déjà utilisé les corps pour y élever ses petits compagnons nécrophages.

Alors, ce scarabée, est-ce la signature macabre d’un gamin psychopathe ? Si tous semblent le penser, une personne ne peut y croire : la mère de la petite fille assassinée. Qui va suivre le chemin des insectes vers la vérité.

La critique de Mr K : Je vais vous parler aujourd’hui d’une lecture coup de poing, de celles qui marquent de leur empreinte l’esprit du lecteur et ceci même si vous pensez avoir fait le tour d’un genre, ici le thriller. Les éditions Matins calme avec Insectes de Minhye Zang proposent un ouvrage qui touche fort et juste au plus profond de nous avec cette histoire de meurtre qui va révéler une réalité affreuse au cœur de laquelle nous retrouvons des gamins des rues livrés à eux-mêmes dans une société qui finalement n’en a pas grand-chose à faire. Suspens haletant et constat terrible se conjuguent dans cet ouvrage pour livrer une œuvre inoubliable à la lecture addictive.

Tout débute par la découverte du cadavre desséché d’une très jeune fille près de logements populaires. Hyeon-Ji, la maman, était sans nouvelles depuis trois ans et cette annonce est bien évidemment un choc pour elle. L’enquête est menée tambour battant par des flics pressés de trouver le responsable de ce crime épouvantable et le jeune Da-In, un garçon des rues mutique et étrange, semble correspondre au profil recherché. Le procureur l’accable malgré des preuves incomplètes. Cependant quelques détails semblent prouver que ce coupable idéal est innocent et Hyeon-Ji va continuer ses recherches en parallèle d’un jeune policier surdoué qui se doute bien que l’enquête a été bâclée. Par le biais de différents points de vue, on pénètre dans une autre dimension de la Corée du sud, une Corée interlope et malsaine que je n’avais pas encore vraiment lue ou vue.

Par sa construction erratique, multipliant les voix, l’auteure construit savamment et avec une science de la narration millimétrée une intrigue tortueuse et malsaine qui met en lumière les vicissitudes de la nature humaine. Plus on avance, plus on a l’impression de s’enfoncer en Enfer. Les révélations se succédant, on prend la mesure des atrocités et manipulations en jeu car derrière le "simple" meurtre d’une jeune fille lambda se cache un "système", une organisation souterraine terrifiante. Ce thriller met en avant de jeunes laissés pour compte qui sont approchés par un certain Jo, un homme charismatique manipulateur qui poursuit des objectifs bien sombres...

Le pire, c’est qu’on se rend compte que la société et ses différents acteurs couvrent indirectement ses agissements parce que ces mômes ne comptent plus. Disparus, fugueurs, loosers, en marge du système, ils sont totalement déboussolés et représentent des cibles idéales. La perversion des hommes étant sans limite, le sort qui leur est réservé ici est ignoble et le lecteur a l’œil bien humide à de nombreuses reprises, assaillis que nous sommes par des considérations et des pratiques que la morale réprouve. Face au drame, les autorités semblent donc passives, plus intéressées par la rentabilité et les chiffres de résolution d’enquête. Heureusement, il reste certains policiers consciencieux, habités par leur mission qui vont continuer à enquêter malgré les certitudes établies. Au passage, l’auteure nous livre aussi des scènes sidérantes où la foule fanatisée, la vindicte populaire, s’exprime à partir de on-dit et de pseudos certitudes, réactions intransigeantes qui m’ont fortement ébranlé.

Au milieu de cette rage, de ces injustices et de cette tristesse émerge la figure de la mère éplorée qui va poursuivre son chemin de croix et tout faire pour faire surgir la vérité. Symbole de la tolérance, de la résilience et de la compréhension, Hyeon-Ji incarne avec le jeune flic idéaliste ce qu’il y a de plus beau et noble chez l’homme. Face au machisme ambiant (l’auteure n’y va pas avec le dos de la cuillère là aussi), malgré son chagrin et sa peine, elle va contribuer à lever le voile sur des secrets bien enfouis. Bien marquant également se révèle être aussi le parcours de Da-In, figure exutoire de l’opinion publique populaire, victime qui inspire une commisération sans bornes et envoie en pleine face du lecteur toute la misère et l’injustice du monde. Il faut du temps pour s’en remettre.

Insectes est une perle. Personnages fouillés, trame complexe à la construction labyrinthique, engagement social fort se mêlent avec une langue frontale et nuancée à la fois qui ne ménage pas le lecteur et l’immerge dans un milieu désaxé. Dérangeant, troublant et révoltant à la fois, cet ouvrage est d’une rare puissance évocatrice et se révèle être aussi un thriller très efficace qui provoque une addiction immédiate. À mes yeux, ce titre est un des meilleurs du catalogue des éditions Matins calme et les amateurs du genre seraient bien inspirés de se le procurer au plus vite. À bon entendeur...

Posté par Mr K à 16:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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