jeudi 31 janvier 2019

"À même la peau" de Lisa Gardner

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L'histoire : Fille d’un tueur en série et sœur d’une meurtrière à 14 ans, Adeline est devenue médecin, comme son père adoptif. Sa spécialité : la douleur, qu’une anomalie génétique l’empêche pourtant de ressentir. C’est dans son cabinet qu’elle rencontre l’inspectrice DD Warren, blessée à l’épaule sur une scène de crime. Elle a été poussée dans l’escalier mais n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé. Alors qu’elle se laisse doucement séduire par les méthodes de sa thérapeute, DD Warren découvre que les meurtres sur lesquels elle enquête, des jeunes femmes écorchées, ressemblent étrangement à ceux commis par le père d’Adeline il y a plus de vingt ans...

La critique de Mr K : Chronique d'une lecture éclair aujourd'hui avec À même la peau, le dernier titre traduit en France de Lisa Gardner, tout juste sorti chez Albin Michel. Étant un fan quasi inconditionnel de la Dame, j'attendais avec impatience le nouvel opus des enquêtes de DD Warren, inspectrice forte en gueule entièrement dévouée à son travail. Pas de doute, dès le début, on est dans un Lisa Gardner, la mayonnaise prend immédiatement et il est impossible de se dépêtrer de ces pages tant on est pris par son sens unique du récit et du suspens.

On retrouve donc l'enquêtrice fétiche de l'auteure en bien fâcheuse posture. En revenant sur les lieux d'un crime, elle y croise le tueur en fuite qui la pousse et la propulse au bas des escaliers. En découle une grave blessure qui lui immobilise le bras et innerve son corps de douleurs insupportables. Quand on connaît le caractère retors du personnage, vous imaginez l'état de frustration dans lequel elle se trouve. Mis au placard pour cause de convalescence, elle n'en finit pas de pester sur son état et son incapacité temporaire de pouvoir aller bosser. Nombreuses sont les pages la mettant aux prises avec ses souffrances, distillant le doute chez un personnage pour le coup en état de faiblesse, situation peu commune pour DD Warren. Elle devra tout au long du roman se remettre en question et accepter la douleur pour pouvoir la dépasser. Long et rude est son retour à la normale et dans le domaine la description qu'en fait Gardner est une pure réussite.

En parallèle, on suit l'enquête menée par son équipe et son mari (prof à l'école de police), consultant pour l'occasion. Des jeunes femmes sont tuées selon un rituel effroyable : endormies puis tuées sans douleur, elles sont ensuite écorchées... Bon appétit ! Assez vite, les forces de l'ordre font le rapprochement avec des meurtres datant de quarante ans, même profil de victimes, même rituel sanglant. Le meurtrier d'alors étant six pieds sous terre depuis longtemps (Harry Day), difficile de pouvoir l'incriminer ! A qui a-t-on affaire ? Un Copycat ? Un fan cinglé ? Ou ne serait-ce pas l’œuvre d'une de ses deux filles survivantes ? Difficile d'éclaircir ce mystère entre un tueur insaisissable qui ne laisse que très peu d'indices derrière lui et des personnalités complexes qui se livrent peu... De fil en aiguille, le jour se fait peu à peu sur les ramifications d'une histoire qui n'épargnera personne et en premier lieu le concept de famille américaine tant vanté dans les productions US.

Au delà du personnage de DD Warren que j'ai trouvé particulièrement bien traité, j'ai adoré le traitement réservé aux deux sœurs par l'auteure. Elles sont très différentes l'une de l'autre : Shana est en prison pour perpétuité après de multiples meurtres et Adeline est devenue une psychiatre de renom spécialisée dans le domaine de la douleur (elle même est atteinte d'une affection rare qui l'empêche de ressentir la moindre douleur - comme un personnage de la première trilogie Millénium dixit Nelfe -). Chapitre après chapitre (alternance entre le point de vue de DD Warren et celui d'Adeline), la relation spéciale qui lie ces deux personnages est explorée en profondeur, faite d'attirance et de répulsion, d'amour et de ressentiment. On rentre dans la complexité de l'esprit humain, sa métamorphose au gré des expériences et sa capacité d'abstraction. Les visites en prison se succèdent, les discussions aussi et lèvent le voile sur des vérités enfouies profondément et sur la nature réelle des sentiments qui relient les deux sœurs. J'ai été vraiment conquis par ces deux personnages et la fin de l'ouvrage m'a laissé pantois les concernant, sentiment plutôt rare pour moi quand je lis des thrillers ou en général, on est rarement touché au plus profond de soi et de ses convictions.

On retrouve le don de l'auteure pour livrer une trame aux apparences classiques mais qui va dérouler des péripéties inattendues et des révélations surprenantes. Comme à chaque fois avec elle, on s'amuse à deviner qui a fait le coup, que cachent les masques exposés et je dois avouer que je me suis fait berner une bonne partie de l'ouvrage. Le sempiternel jeu du chat et de la souris fonctionne à plein, les menaces s'accumulent et les fausses pistes aussi. C'est ce qu'on en attend en premier avec ce genre de lecture et l'on n'est pas déçu ici avec en plus, ce talent hors pair que déploie l'auteure dans le tissage de sa toile et son style toujours aussi incisif et efficace. Un bon thriller qui fera plaisir aux amateurs du genre et comblera une fois de plus les fans de Gardner. Vivement le prochain pour ma part !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Disparue
Sauver sa peau
La maison d'à côté
Tu ne m'échapperas pas
Arrêtez-moi
- Les Morsures du passé
- Le saut de l'ange
- Derniers adieux


mardi 29 janvier 2019

"Le Vin naturellement" de Jane Anson

J'aime le vin, j'aime boire de bonnes bouteilles et partager des moments conviviaux autour d'un bon repas et du breuvage qui va avec. Cela fait déjà quelques années que je suis sensible à ce que je mets dans mon assiette mais aussi dans mon verre. Le vin tel que nos parents et nos grands-parents l'ont connu est devenu, comme beaucoup d'autres branches de l'agriculture, une machine à produire et un leurre pour le consommateur. Difficile de démêler le vrai du faux, slalomer entre les additifs présents dans les cuvées et décerner le goût "brut" du vin. Quand la chimie intervient dans mon verre, je m'en éloigne et me rapproche du vin bio ou naturel. Pour des raisons de santé mais aussi pour un retour à l'authenticité. C'est dans cette démarche que j'ai découvert "Le Vin naturellement" de Jane Anson.

Le Vin naturellement

Le contenu : Faire le choix de boire bio, c'est prendre le parti de la nature en opposition à l'industrialisation de la vigne et la pollution de la terre. Qu'ils soient biologiques, biodynamiques ou naturels, les 250 vins recensés dans ce livre sont produits dans le respect des terroirs et des saisons, les raisins sont soignés le plus manuellement possible et la vinification reçoit une attention particulière et individualisée.

Suivez Jane Anson, experte en oenologie reconnue, dans un tour du monde des vignobles et des caves à la rencontre des vignerons et des sommeliers pour mieux choisir ces vins que l'on apprécie de boire autant pour leur saveur recherchée que pour leur valeur écologique.

La critique Nelfesque : Je vous ai déjà exposé le pourquoi de cette lecture en préambule de cette chronique. Cependant, il est compliqué de se lancer dans cette quête de savoir et de retour aux sources sans un minimum d'information. Cela est parfois digne du parcours du combattant tant chaque vigneron et chaque château est, à l'écouter, le plus clean et irréprochable possible... Comme souvent, les mensonges par omission vont bon train. "Le Vin naturellement" est une bonne mise en bouche pour éclaircir le sujet, donner quelques bases, découvrir le travail de vrais amoureux du vin et noter quelques références.

Le Vin naturellement 5

Découpé en plusieurs parties, ce livre explique les récoltes, le travail des viticulteurs et vignerons et met en avant des producteurs engagés et consciencieux sous forme de reportages et présentations de quelques cuvées. Les pages réservées aux sommeliers sont passionnantes tant leur amour transparait (j'aime beaucoup le métier de sommelier, je le trouve fascinant). Un court chapitre expose les bases des accords mets et vins. Comment réfléchir à l'accord parfait, où se référer dans le livre pour le bon type de vin... C'est une invitation à la réflexion et à la poursuite de son apprentissage.

Chaque vin présenté est accompagné d'un pictogramme pour nous signifier visuellement très rapidement si il s'agit d'un vin biologique, en biodynamie, nature, orange (que je ne connaissais pas) ou le travail de récoltants peu interventionnistes. A chaque type de vin, son explication. Comment le vin biodynamique est-il produit ? Quels phénomènes naturels sont-ils pris en compte pour la mise en bouteille ? ... Jane Anson ne nous dit pas qu'une méthode est mieux que l'autre mais donne une place à chacune pour que le lecteur puisse faire son choix suivant ses goûts et convictions par la suite. J'ai trouvé cette démarche pédagogique très intéressante et beaucoup plus efficace qu'une culpabilisation ou mise en garde alarmiste.

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Vient ensuite le tour de la présentation des vins par catégories selon si l'on souhaite découvrir un effervescent, un blanc sec, un blanc rond et dense, un rouge léger et structuré, un rouge charpenté et chaleureux, un moelleux ou un liquoreux. En présentant des vins du monde entier, Jane Anson nous fait voyager et donne envie de découvrir tous ces châteaux. Une belle part est réservée aux vins français et c'est l'occasion de noter quelques noms de domaines pour programmer de futures vacances dans leurs coins. Que les gens passionnés sont passionnants ! On a envie d'en savoir plus, de partager un moment avec l'un de ces vignerons et qu'il nous fasse partager son amour de la terre, des vignes, du respect du produit.

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On termine notre lecture sur une glossaire qui nous permet de mieux comprendre certains termes techniques tels que "agents de collage", "bâtonnage", "botrytis" ou encore "macération pelliculaire". Le monde du vin peu paraître obscur mais si on met le nez dedans, on se rend compte que tout cela relève du bon sens et qu'il est important de faire confiance à des producteurs consciencieux qui fournissent un boulot de dingue et dont l'expérience est une vraie valeur ajoutée.

"Le Vin naturellement" est un excellent ouvrage de découverte du vin dans une démarche écologique et respectueuse de l'environnement. Sans nous assaillir de termes techniques et de méthodes complexes, Jane Anson nous explique les choses de façon très claire et simple. Une démarche qui ne culpabilise pas le consommateur mais lui ouvre les yeux en douceur et lui donne envie d'en apprendre encore d'avantage. Un livre tout doux, plein de bienveillance et de respect pour les amateurs de vin et ceux qui veulent le découvrir.

dimanche 27 janvier 2019

"Sanctuaire" & "Sanctuaire Genesis" intégrales de Dorison, Bec, Thirault & Raffaele

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L'histoire : Un sous-marin en mission de surveillance le long des côtes syriennes, le USS Nebraska, reçoit un message de détresse non identifié qui le conduit au bord d’une immense crevasse sous-marine.

L’équipage y découvre l’épave d’un vieux sous-marin soviétique, gisant à proximité de ce qui semble être les gigantesques vestiges d’un sanctuaire antique.

Ce qui devait être une mission de routine se transforme alors en une véritable descente aux enfers.

La critique de Mr K : Chronique d'un cadeau de Noël aujourd'hui avec l'intégrale de Sanctuaire et Sanctuaire Genesis de Dorison, Bec, Thirault et Raffaele qui m'a été offerte par ma belle-mère qui a décidément bon goût car ce cadeau de choix a été opéré sans conseil de ma douce. Mélange d'anticipation, de thriller et de fantastique, voilà une BD qui fait mouche, instaurant une tension et un suspens montant crescendo et proposant une aventure prenante du début à la fin. Ce n'est pas le cas par contre pour Sanctuaire Genesis qui s'avère n'être qu'un bonus sans réelle saveur et plutôt inutile. Je n'en parlerai donc que très peu me concentrant sur la série de trois tomes de la BD originelle. Suivez le guide !

2029, le sous-marin USS Nebraska est en mission en mer Méditerranée pour surveiller les activités de la Syrie. Un jour, il capte un signal d'origine inconnue qui l'emmène explorer une faille où ils vont tomber nez à nez avec un sous-marin russe échoué par plus de mille mètres de fond et surtout l'entrée de ruines mystérieuses... Très vite, les événements s'accélèrent, pendant qu'une puis deux expéditions partent en exploration dans des ruines inexplorées jusqu'alors, des événements inexpliqués s’enchaînent à bord de l'USS Nebraska mettant en péril l'équipage et le bâtiment lui-même. Inutile de vous dire que le lecteur n'est pas au bout de ses surprises...

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Je ne connaissais pas du tout cette œuvre avant que l'on me l'offre et je peux vous dire que j'ai été soufflé. Nous avons affaire ici à une grande BD d'aventure matinée d'ésotérisme, dans une ambiance lorgnant vers la série des Indiana Jones. Malgré toutes leur technologie embarquée, les troupes US vont se retrouver confrontées à des forces qu'elles ne peuvent controler. Car derrière les remparts et statues de pierre peu rassurantes se cachent une entité que personne ne devait délivrer. Au fil des planches, une folie galopante s'insinue dans l'équipage, des actes totalement fous se produisent et aucune explication scientifique ne semble pouvoir éclairer ces événements. En parrallèle, une expédition disparaît lors de son exploration des ruines et la relève va aller de Charybde en Scylla en parcourant grottes, tunnels puis salles cyclopéennes. Quelque chose de terrible s'est déroulé ici bas et malheur à ceux qui souhaitent lever le voile de la vérité.

Sanctuaire 3

Bien que classique dans sa caractérisation et son déroulement, ce récit prend aux tripes. La faute à une tension très bien maitrisée qui met en valeur des personnages charismatiques au premier rang desquels on trouve le commandant de navire inconsolable depuis la mort de son épouse dans un accident de voiture. A la manière de classiques du fantastique, les auteurs s'amusent avec nos nerfs en distillant les informations au compte gouttes, en révélant peu à peu les éléments surnaturels qui au final renversent tous les schémas que l'on a pu établir. C'est très bien fait et très bien mis en image avec des dessins dynamiques, très beaux, précis et impressionnants notamment sur des fresques couvrants des doubles pages entières.

Sanctuaire 1

J'ai aussi adoré l'approche des éléments ésotériques qui mêlent croyances antédiluviennes, rites de passage et menaces sourdes sur le monde d'aujourd'hui. Mélangez à ceci des éléments purement historiques dont la fascination des nazis pour les artéfacts mystiques et la course à la toute puissance de l'URSS et vous obtenez un background efficace qui densifie les tensions dramatiques de l'histoire. Certes, certains vous diront que ce n'est pas original mais ça fait toujours son petit effet. Par contre, on peut se passer de la lecture de Sanctuaire Genesis qui nous promet monts et merveilles et se révèle être un récit sans âme, peuplé de personnages inintéressants. Tenez-vous au récit originel, cela suffit !

Au final, ce fut une très belle découverte, le genre de BD qui s'avale toute seule et sans douleur. Tout amateur du genre se doit de la lire, ça vaut le détour !

jeudi 24 janvier 2019

"Le Magicien" de Magdalena Parys

Le Magicien

L’histoire : Dès 1970, la Stasi et les garde-frontières bulgares montent une opération pour arrêter tous ceux qui tentent de fuir le bloc communiste. Opération qui sert également à assassiner des opposants politiques au régime...

En 2011, dans un immeuble abandonné de Berlin squatté par des Roms, on retrouve le cadavre atrocement mutilé de Frank Derbach, employé aux archives de la Stasi.

Au même moment, Gerhard Samuel, photo-reporter, meurt dans d'étranges circonstances à Sofia, où il enquêtait sur la mort d'un de ses amis, disparu en 1980 à la frontière entre la Bulgarie et la Grèce.

Kowalski, le commissaire chargé de l'enquête berlinoise, est rapidement écarté au profit de la police fédérale et des services secrets. Mais Kowalski est un rebelle et il décide de poursuivre ses investigations discrètement, aidé par la belle-fille de Gerhard. Ce qu'ils vont découvrir pourrait mettre en cause un homme politique allemand très en vue...

La critique de Mr K : Chronique de la première sortie de l’année aux éditions Agullo avec un ouvrage à la croisée des genres entre roman noir, polar et Histoire. Le Magicien de Magdalena Parys nous replonge entre passé et présent en Allemagne, pays meurtri pendant des décennies par sa partition et en première ligne de la Guerre froide. Au programme, des meurtres à résoudre sous fond de manipulation politique et de règlements de compte. Ma lecture fut contrastée, partagé que j’ai été par un fond très intéressant, des personnages attachants mais une forme qui n’a pas réussi à obtenir mon entière adhésion.

En 2011, deux meurtres sont commis dont un particulièrement atroce. Très vite écarté de l’enquête, notre héros, le commissaire Kowalski, va continuer ses investigations malgré de nombreux obstacles. En parallèle nous suivons plusieurs points de vue différents dont ceux des amis des victimes et d'un politicien allemand qui semble concerné au premier chef par ces crimes. Au fil des révélations, le passé sulfureux de certains personnages refait surface mettant à jour les pratiques iniques du pouvoir en place en RDA et notamment les exactions de la Stasi, police politique du régime en place. Entre manipulations, effacements des preuves, intérêts particuliers et raison d’État, la frontière se révèle très mince... Difficile dans ces conditions de faire éclater la vérité et d’appliquer une justice mesurée.

Ce roman est très dense en matière de caractérisation des personnages. Régulièrement, l’auteure fait des pauses dans le récit pour apporter un background complexe et très ramifié. Chacun a son importance dans le déroulé de l'histoire, les détails se cumulent pour donner une architecture complexe et en perpétuel mouvement. Ainsi, nos certitudes sont régulièrement questionnées, remises en perspective et bousculées. Peu ou pas de figures se détachent au final car chacun à sa manière, par ses prises de position et ses actes, joue une partition qui a son importance dans l’enchaînement des événements. On s’y perd parfois mais on finit toujours pas se raccrocher à ce qu’on peut. Cela nécessite un effort de concentration, parfois de relecture pour pouvoir appréhender au mieux l’ensemble.

Il faut dire que le choix de narration sort des sentiers battus. L’auteure n’hésite pas ainsi à livrer dès les premiers chapitres des éléments clef pour la compréhension de la trame ce que j’ai trouvé dommageable pour le suspens et les enjeux. C’est à mes yeux le principal défaut de ce roman qui en dit parfois trop, trop tôt. L’intérêt y perd et finalement on peut se désintéresser de destins pourtant poignants au premier abord. Pour autant, on y retourne, avec notamment quelques fulgurances savamment distillées qui permettent de relancer l’intérêt et la curiosité du lecteur. Le rythme s’en trouve tout de même haché et l’on perd le souffle d’une histoire qui aurait sans doute pu être plus passionnante.

Pour autant, on est en présence d'un ouvrage assez bluffant sur l’évocation qui nous est faite de l’histoire douloureuse de notre voisin d’outre-Rhin. On explore les arcanes du pouvoir, ses rouages et l’application des dogmes en vigueur. On partage le quotidien de familles déchirées ayant connu la séparation voir la disparition douloureuse de certains de ses membres, le sentiment d’injustice et de vengeance qui peut habiter les victimes de la répression en vogue dans ces années terribles. Magdalena Parys est une fine psychologue et avance ses pions avec talent et nuance, proposant une vision d'ensemble précise d’une situation que l’on a du mal à percevoir quand on n'a pas vécu en Allemagne pendant cette période, une réalité pas si lointaine que cela qui marque encore la population allemande. Ainsi ce récit s'apparente aussi à un questionnement constant pour les protagonistes principaux sur un passé pesant qui joue avec la vie de chacun, construisant personnalités et destins sur des décennies.

Au final, cette lecture fut une expérience intéressante quoique difficile à digérer et intégrer. Un passionné d’histoire contemporaine y trouvera son compte ainsi que les amateurs de récits policiers tortueux mettant en avant des individus brisés qui ne se rendent jamais.

mardi 22 janvier 2019

"Ces femmes-là" de Gérard Mordillat

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L'histoire : Personne n’avait jamais entendu un tel rugissement. Personne n’avait jamais vu ça : les jeunes, les vieilles, les vierges, les prostituées, les amoureuses, les musulmanes, les Africaines, les Asiatiques, les échevelées, les tondues, les sévères, les robes rouges, les pantalons noirs, les beautés, les disgraciées, les en fauteuil, les béquillardes, les sirènes, les gorgones, les talons hauts, les chaussures basses, les myopes, les lunettes noires, les battues, les battantes, les voilées, les seins nus, les callipyges, les hurleuses, les timides, les grandes, les petites, les grosse s dondons, les fils de fer, les roploplos, les œufs au plat, les révoltées, les rebelles, les révolutionnaires...

Elles étaient le chaos, l’insurrection.

La critique de Mr K : Depuis ma lecture de La Tour abolie, Gérard Mordillat est rentré dans le cercle fermé de mes auteurs favoris. Clairement engagé à gauche, possédant une écriture gouleyante et parfois vertigineuse (il y a un peu de Teulé chez lui), il m'avait emporté avec lui le long d'un récit puissant et lourd de sens en sous-texte. Avec cette quatrième de couverture nébuleuse sans réel résumé du contenu, Ces femmes-là s'annonçait axé sur les femmes et leur combat perpétuel contre le machisme institutionnalisé. Il y a de ça mais pas seulement, et au final, c'est un brûlot impitoyable et clairement ancré dans notre réalité du moment qui nous est proposé. Ce fut une lecture éclair et passionnante malgré quelques défauts mineurs.

L'action se déroule en France en 2024, année où notre pays accueille les Jeux Olympiques d'été. La République a bien changé, cédant aux sirènes du populisme réactionnaire, la dictature n'est plus très loin. Médias aux ordres, forces de l'ordre paramilitaires présentes partout, censure étatique quasi complète et surveillance généralisée sont de rigueur. Il ne manque plus grand chose pour que l'on bascule dans le régime totalitaire. Pour autant, les forces progressistes n'ont pas dit leur dernier mot, une grande manifestation se prépare en plein cœur de Paris.

Divisé en trois parties, l'ouvrage se passe avant, pendant et après cet événement en suivant le parcours d'une cinquantaine de personnages d'origines très diverses : cela va de la simple femme de ménage d'origine maghrébine jusqu'aux ministres les plus influents. À travers ce panel très large, dans un premier temps l'auteur plante le décor et décrit les forces en présence. La démocratie n'existe plus vraiment, les pratiques et les valeurs en cours n'étant plus solubles avec la notion de droits de l'homme, notre devise républicaine et l'État de droit. Réaliste et pessimiste à la fois, l'état des lieux fait froid dans le dos, le pire étant que cela pourrait être dans l'ordre du possible. L'anticipation est réussie et cynique à souhait, et s'inscrit dans la digne logique des derniers développement de notre société : l'ultra-libéralisme et la course à l'individualisme (avec la fin programmée des services publics notamment), la montée de lois liberticides au nom de la sacro-sainte sécurité, la montée des extrêmes de tout bord qui servent les ambitions politiques de certains et pour chaque aspect abordé, la domination de la femme qui revient comme dénominateur commun sous diverses formes.

C’est au fil de la lecture que les figures féminines se révèlent et se développent. Plus ou moins effacées ou sous le joug d'un mari, d'un amant, d'un patron ; peu à peu une conscience commune se réveille et verra sa révélation dans la deuxième partie du livre. Variées, non schématiques, complexes et tantôt agaçantes ou fascinantes, ces femmes ont toutes à leur manière leurs fiertés, leurs faiblesses et leurs velléités de libération. Les parcours sont divers, les idées politiques et sociales divergent énormément mais elles prennent peu à peu le pas sur les hommes qui tour à tour disparaissent ou doivent se cacher pour éviter l'arrestation voir la suppression. Le roman en cela est bouillonnant, ne s'attarde pas plus de quatre pages sur chaque personnage, alternant les points de vue, les croisant pour fournir une histoire dense où les interactions sont nombreuses sous fond d'un climat général inquiétant. La tension est palpable dès les premières lignes et ne nous quitte pas, montant crescendo et n'hésitant pas à frapper là où ça fait mal : désir, jalousie, quête insensée du pouvoir sans repères moraux, clichés et raccourcis, violence physique et mentale, contrôle des masses, abrutissement généralisé...

Cela ne vous rappelle rien ? À mes yeux ce roman fait furieusement écho à notre époque avec la philosophie politique libérale de M. Macron qui aliène les pauvres au profit d'une caste dirigeante déconnectée des réalités de terrain, une télévision et un internet poubelle qui servent la soupe au pouvoir et développent par là même la montée des intégrismes, la criminalisation et la culpabilisation des oppositions montrées comme dangereuses et irresponsable, des Benalla qui font ce qu'il veulent où ils veulent sans réels garde-fou, le durcissement de l'ordre républicain avec son cortège de bavures... Ce roman est un bon résumé de la situation actuelle avec le prisme d'une pensée libertaire et progressiste.

Alors effectivement, certains personnages et situations sont poussées à l'extrême. Je trouve que par moment, ça manque un peu de finesse avec des personnages repoussoirs vraiment exagérés et des figures vertueuses quasiment parfaites. Le trait est parfois grossier, le langage rugueux mais il me semble nécessaire dans notre époque aseptisée que les œuvres soient percutantes et sans concession. Ce livre en fait partie et a le mérite d'exister. Au final, la mécanique fonctionne, soulignant l'incurie des puissants, la bêtise crasse qui est le point commun de beaucoup d'êtres humains quelque soit leur origine. Personne au final n'est épargné et long et difficile est le chemin vers la réconciliation et la concorde. Œuvre utopiste par excellence, on se plaît à croire qu'un avenir meilleur est possible et qu'il passerait par la gente féminine...

Une fois cette lecture débutée, il est tout bonnement impossible de relâcher le volume. Rythme rapide, caractérisation au cordeau avec des ramifications nombreuses et bien senties ; on avance dans la lecture tranquillement et sûrement. La pression monte vite, impossible de pouvoir s'en extraire, elle nous poursuit même lorsque l'on fait des pauses. Évidemment, si votre sensibilité vous porte à droite ou plus loin, inutile de vous dire que ce roman n'est pas fait pour vous mais si vos idéaux vous porte vers plus de liberté, une libération des consciences, une meilleure répartition des richesses et une égalité totale entre hommes et femmes, ce livre est fait pour vous avec un acte final apocalyptique à souhait. Un bonheur de subversion positive à savourer et à propager. No pasaran !


dimanche 20 janvier 2019

Premiers craquages de 2019 !

Et oui ! 2019 a débuté depuis peu et nous avons déjà craqué en matière d'ouvrages d'occasion. Bon en fait, surtout moi, mais cela ne vous surprendra pas, Nelfe a toujours su être plus raisonnable que moi en la matière. Mais bon, on ne se refait pas et comme je ne crois pas aux résolutions de début d'année, je n'avais rien promis... Vous retrouverez dans ce post des articles dégotés à prix vraiment très bas dans notre recyclerie locale et dans notre très achalandé Emmaüs, deux hauts lieux de chinage qui décidément nous déçoivent rarement ! Regardez-moi ça !

Ensemble janv 19

De belles prises, non ? Pour éviter de définitivement plomber ma PAL qui dépasse allégrement les 200 ouvrages dormants, j'essaie désormais d'aller vers des auteurs et des ouvrages que je souhaite absolument lire. Ça réduit un peu le degré de tentation même si ça ne permet pas d'éviter tous les écueils. Le butin est en tout cas bien alléchant et je m'en vais vous le présenter en détail !

Contemporain janv 19
(Ouvrages contemporains en pagaille)

- Les Vivants et les morts et La Brigade du rire de Gérard Mordillat. Un auteur que j'adore et sur lequel je fais coup double ! Je suis justement en train de lire son dernier (Ces femmes-là) qui dépote. J'aime la langue simple et truculente de l'auteur, son engagement à gauche et sa façon d'aborder les problèmes sans fioriture. Typiquement le genre de littérature qui me parle, fait réfléchir et donne du baume au coeur dans un monde devenu fou à mes yeux. Ils ne resteront pas longtemps dans ma PAL même si je vais essayer d'espacer mes lectures pour éviter l'overdose.

- Dans l'or du temps de Claudie Gallay. Une autre auteure que j'affectionne tout particulièrement. Depuis ma lecture enthousiaste des Déferlantes, dès que je vois un Claudie Gallay trainer dans un bac, je ne peux pas résister ! Elle nous raconte ici la rencontre improbable entre un homme père de famille et une vieille dame singulière qui va finir par se confier sur sa vie passée haute en couleur. On peut compter sur l'auteure pour nous dévoiler des personnages attachants et profonds, raconter les fêlures intimes voir l'indicible au détour d'un récit enlevé. Hâte d'y être !

- Hors d'atteinte d'Emmanuel Carrère. Encore un auteur que je pratique régulièrement et qui ne m'a jusque là jamais déçu. Il nous propose dans ce roman de suivre Frédérique, une prof de collège qui va tomber dans l'addiction au jeu et remettre sa vie au main du hasard par pur défi. On peut compter sur Emmanuel Carrère pour nous proposer un récit vertigineux à partir d'un point de départ basique. Je pense que ce sera encore une lecture plaisante.

- Comment j'ai raté mes vacances de Geoff Nicholson. Voici ma prochaine lecture, j'ai enfin réussi à trouver un ouvrage fun et décalé. J'enchaine les lectures sombres et pessimistes, il est bon aussi de bien rigoler parfois un livre à la main ! Croisement entre Tom Sharpe et les Marx Brother, l'auteur nous invite à passer des vacances en compagnie d'Éric et sa famille. À priori, rien ne se passe comme prévu et l'on croise un nombre impressionnant de personnages plus branques les uns que les autres. M'est avis que ça devrait me plaire ! Je vous en reparle très bientôt sur IG!

Imaginaire janv 19
(Pour quelques livres de genre en plus...)

- L'Oeuf du dragon de George R. R. Martin. En attendant que le maître incontesté de la lenteur d'écriture nous offre ENFIN la conclusion de sa saga, je suis tombé sur ce petit volume se déroulant avant Le Trône de fer. Ça me fera patienter et je suis impatient de passer quelques temps en compagnie du chevalier sans terre et surtout de son écuyer, un certain Aegon Targaryen ! Conspiration, baston et voyages en terres lointaines sont au programme. Ce volume ne restera certainement pas bien longtemps dans ma PAL, Westeros me manque trop !

- Druide d'Oliver Peru. Voici un volume qui m'avait fait de l'oeil plusieurs fois lors de nos séjours successifs aux Utopiales. Le hasard fait donc bien les choses, j'ai hâte là aussi de me plonger dans la lecture de cet ouvrage de fantasy mettant en lumières le culte druidique, protecteur du monde. Un crime va remettre tout en cause provoquant le chaos et le désordre. Précédé d'une excellente réputation, cet ouvrage promet beaucoup. Qui lira, verra!

- L'Univers en folie de Fredric Brown. Petit détour par la science fiction avec un auteur qui n'est plus à présenter et qu'il fait bon fréquenter régulièrement quand on est fan du genre. Suite à un accident lors d'un lancement de fusée, un journaliste renait dans un monde parallèle où il va devoir se confronter puis conjuguer avec son double. L'expérience promet d'être fascinante et complètement décalée.

- Le Djinn de Graham Masterton. Un petit ouvrage de terreur enfin avec un Graham Masterton auquel je ne peux pas résister non plus ! Un objet ancien venu de l'autre bout du monde, un esprit malveillant qui ne demande qu'à être libéré, une obsession dangereuse, un auteur aimant la démesure et à l'écriture addictive... Ce sont les ingrédients idéaux pour fournir un bon récit fantastique et gore. Le genre de lecture-récréation qui ne se refuse pas !

Thriller janv 19
(LA trouvaille de Nelfe !)

- Les Morsures de l'ombre de Karine Giébel. Une auteure que ma douce a découvert sur le tard mais qu'elle a beaucoup apprécié sur sa première lecturede Toutes blessent la dernière tue (chronique à venir quand elle le voudra bien...). Nelfe est une grande amatrice de thriller devant l'éternel, nul doute que cette histoire d'homme mis en cage suite à un RDV amoureux va lui plaire. On nous parle en quatrième de couverture de frontières floues entre bourreaux et victimes, de hasard inexistant et de psychologie torturée... Purée ça promet !

Au final, on n'est pas peu fiers de nos achats. Malgré une grille de sélection plus resserrée, on a vraiment de très bons dealers de livres de seconde main dans notre secteur et cela promet encore de très bonnes heures de lecture. La PAL ne s'en porte pas mieux mais que voulez-vous, quand on aime, on ne compte plus! Suite au prochain numéro, lors des chroniques à venir dans les jours, semaines, mois et années à venir !

vendredi 18 janvier 2019

"La Mort vivante" de Stefan Wul

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L'histoire : Loin de la terre désertée, Joachim désire poursuivre des recherches biologiques en un temps où le Consistoire l'interdit, car, désormais, la hiérarchie religieuse a reconquis sa toute-puissance.

Il fuira donc une planète d'exil pour poursuivre ses travaux en toute liberté.

Martha a vu mourir sa fille. Elle dispose de la puissance et de la fortune. Joachim ne peut ressusciter la fille de Martha, mais, peut-être est-il en son pouvoir d'en créer, l'exacte réplique.

Au risque de déchaîner La mort vivante.

La critique de Mr K : Petit trip revival SF avec La Mort vivante de Stefan Wul. Dégoté à notre Emmaüs préféré pour un prix modique, j'aime à l'occasion replonger dans des ouvrages des années 70. On y trouve souvent une fraîcheur dans l'écriture et des thématiques transgressives de bon aloi dans notre époque actuelle bien trop sage à mon goût et plutôt dans une optique réactionnaire depuis quelques temps. Dans cet ouvrage, il est question de recherche scientifique et notamment de la notion de Création. À la manière d'un baron de Frankenstein dont la créature lui échappe, Joachim est lui aussi un Prométhée mais des temps futurs ! Sous ses airs de ne pas y toucher et de série B littéraire assumée, ce livre va très loin et m'a ravi !

Joachim, un biologiste vénusien voit ses activités scientifiques bridées par la théocratie au pouvoir qui encadre sévèrement tous les aspects de la société au nom d'une foi unique et omnipotente. Le vieil homme s'en accommode malgré des regrets, il ne peut poursuivre ses travaux comme il le souhaite et sent bien qu'il est à deux doigts d'une découverte fondamentale. C'est dans cette période de doute qu'un étrange colporteur toque à sa porte et lui propose de lui vendre de vieux ouvrages mis à l'index par le pouvoir en place. Peu à peu se noue une relation faite d'attirance et de répulsion, le scientifique étant partagé entre son appétit inextinguible en matière de connaissances et la menace d'être mis au ban de la société à laquelle il appartient. De fil en aiguille, Joachim va apprendre l'existence d'une organisation basée sur Terre et dont fait partie le marchand itinérant.

Exilé de force par sa nouvelle relation, Joachim fait alors connaissance du chef de cette organisation : Martha. Endeuillée par la mort de sa petite fille suite à la morsure d'un animal venimeux, elle ne se remet pas de cette perte à priori irréparable... Joachim comprend mieux alors pourquoi il a été enlevé et mené sur Terre : il travaille justement sur une technique de reproduction asexuée, méthode de clonage qui s'offre comme une solution miraculeuse pour opérer la résurrection de la jeune disparue. À partir de tissus prélevés sur le cadavre, il va tenter l'impossible : rendre une fille décédée à sa mère. Tout paraît bien se passer au départ mais attention... à vouloir jouer à Dieu, on réveille souvent des forces insoupçonnées. Gare aux conséquences !

En 153 pages, l'auteur réussit le tour de force de nous proposer une histoire prenante, au suspens insoutenable et au sous-texte riche. Ne perdant pas beaucoup de temps pour planter le décor, le background et caractériser ses personnages, Stefan Wul privilégie clairement les événements, leur enchaînement et leur amplification. Quelle tension crescendo durant tout le roman ! Partant de la traditionnelle opposition entre Foi et Raison, les vingt premières pages sont un modèle du genre. On s'oriente ensuite sur un récit d'expérimentation scientifique à la manière du classique de Shelley évoqué en ouverture de chronique. Les meilleures intentions menant souvent au pire, l'expérience dérape et l'on ne sait plus à quel saint se vouer. Le clonage initial se révèle être vite être le truchement d'un être humain et quelque chose d'autre, une entité insatiable qui va grandir, grossir et dont on ne peut garantir le contrôle ! En parallèle par petites touches au milieu d'événements qui les dépassent, on explore aussi les destinées de Joachim et Martha entre amour naissant, affres de la parentalité et obsessions qui peuvent en découler...

Très série B dans son écriture, simplissime à comprendre au départ, aux deux-tiers on vire dans l'abstraction, le délire mental (la couverture m'avait déjà mis sur la voie...). Au delà du mythe du Prométhée à la sauce SF, c'est l'humanité, son libre-arbitre et sa soif de connaissance qui est ici questionnée. Quelles limites doit-on poser à la science ? La Foi apporte-t-elle toutes les réponses ? Le dénouement dramatique remet tous les compteurs à zéro et m'a paru d'une logique implacable et assez jouissive dans son genre. Sans concessions, ce roman laisse peu d'espace à l'espoir mais nous marque durablement par sa vision globale pessimiste d'une terrible actualité. Un très bon moment de lecture que je ne peux que conseiller à tous les afficionados de SF vintage. Stefan Wul a encore frappé !

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Oms en série
- Le Temple du passé
- Niourk

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mercredi 16 janvier 2019

"Une Dernière chance pour Rebus" de Ian Rankin

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L'histoire : Pour avoir lancé un mug de thé à la tête de sa supérieur, John Rebus va devoir réapprendre les règles du travail en équipe à l'Académie de police écossaise, dite "le saloon de la dernière chance."

Il devra plancher sur le meurtre non élucidé d'un petit voyou de Glasgow, ainsi que cinq autres officiers insoumis. Or l'un d'eux, Gray, tout comme Rebus, a jadis travaillé sur ce dossier. Simple coïncidence ? Parallèlement, Siobhan Clarke, désormais sergent, enquête sur l'assassinat d'Edward Marber, un galeriste d'Edimbourg. Les deux affaires avancent en un contrepoint subtil, reliées par la figure menaçante de Big Ger Cafferty, le caïd de la côte Est. Les vieux démons de Rebus sont toujours là : l'alcool et la solitude, le mépris de la hiérarchie et quelques doutes existentiels. Un bon flic n'est-il pas obligé, parfois, de pactiser avec le diable ?

La critique de Mr K : Compte rendu aujourd'hui de ma lecture annuelle des aventures de John Rebus, policier borderline écossais que j'aime énormément et dont j'économise les volumes présents dans ma PAL car c'est bien connu, rien n'est éternel... Dans Une Dernière chance pour Rebus, Ian Rankin va encore bien jouer des tours à son personnage fétiche ainsi qu'à tous ses personnages récurrents dans un récit policier âpre et sans concession s'étalant sur plus de 720 pages. Une épaisseur conséquente qu'on ne voit pas passer tant une fois de plus, on revient dans l'univers de Rebus comme on retourne chez soi après un long voyage...

Deux trames se déroulent en parallèle au début de l’ouvrage. D'un côté, on apprend que Rebus semble avoir définitivement pété un câble lors d'un briefing de sa supérieure et qu'il est de retour à l'académie de police pour réapprendre les bases du travail d'équipe en compagnie de cinq autres policiers mal embouchés qui très vite se font surnommer la Horde sauvage. Des cours leur sont dispensés, des séances de psy et une ancienne enquête non résolue leur est soumise pour essayer de réveiller les vieux réflexes de collaboration, les suivre dans leur investigation pour mieux les conseiller et tenter de les remettre sur le droit chemin. Difficile de croire que cela pourrait fonctionner vu le tempérament et les vices de chacun, Rebus paraît presque être un enfant de cœur à côté des autres alors que les amateurs de ses aventures savent bien qu'il flirte de trop près avec l'alcool et n'hésite pas à traverser la ligne jaune quand c'est pour le besoin d'une enquête. Au fil de celle-ci, comme les protagonistes, on s'interroge très vite  sur le pourquoi du comment de cette mise à pied. En effet, les coïncidences s'accumulent et il se pourrait bien que tout cela cache quelque chose de bien plus gros.

L'autre pan de l'ouvrage suit Siobhan Clarke, récemment promue inspectrice et fille spirituelle de Rebus que l'on suit déjà depuis quelques volumes de la saga. Elle participe à l'enquête portant sur le meurtre sauvage d'un marchand d'art agressé en bas de chez lui. Le lecteur côtoie l'équipe dans son quotidien pas forcément très fun avec son lot d'appels à donner, de filatures, d'interrogatoires et clairement l'enquête semble tout d'abord faire du sur place. Mais Siobhan est acharnée et très vite va se rendre compte que des personnages occultes sont à la manœuvre et notamment un nom attire son attention : Big Ger Cafferty, le grand caïd d'Edimbourg, personnage récurrent de la série que la justice n'arrive jamais à attraper. Des ponts se construisent entre cette affaire et les propres recherches de Rebus, le final mettra à jour des vérités nombreuses, surprenantes et donnera lieu à un dernier acte redoutable qui m'a laissé pantois tant je n'avais pas vu certaines choses venir.

Bien menées, les intrigues ne versent pas dans le spectaculaire comme toujours avec les enquêtes de Rebus. On est ici dans la recherche du réalisme le plus pur, le plus crû avec une plongée sans concession dans un univers sombre. Les âmes sont torturées de quelque côté que l'on soit et rare sont les moments de relâche, de repos pour évacuer stress et pression. Plus on avance dans la saga, plus on est sous le charme de l'évolution parallèle de Rebus et Siobhan, âmes sœurs qui se comprennent rapidement, sans avoir nécessairement besoin de parler. Le vieux briscard a trouvé là sa disciple la plus dévouée, au caractère bien trempé comme lui. Eux comme tous les autres personnages sont une fois de plus soignés aux petits oignons par un auteur littéralement épris de ses créations littéraires auxquelles il donne vie avec maestria et un certain sadisme. Ils en subissent des choses, la vie ne leur fait pas de cadeau et finalement quand on lit un Rebus, on le lit presque plus pour retrouver des personnages que l'on aime plutôt que pour les enquêtes. Le manichéisme n'a pas sa place ici, tout est gris des décors aux âmes de chacun car tous ont leur part d'ombre et de lumière. De l'ensemble, il se dégage une humanité en proie au doute, aux chagrins et aux regrets mais une humanité qui cherche toujours à rebondir et à faire reculer le mal, chacun à sa manière.

Pour autant, n'allez pas croire que les enquêtes en elles-même n'ont pas d’intérêt. Au contraire, elles se voient transcender par l'état mental des personnages qui dans ce volume frôle la paranoïa. Qui manipule qui ? Sur qui peut-on compter ? Quels sont les enjeux cachés, les chausse-trappes qui semblent avoir été posées pour faire chuter Rebus ? Ellipses et fausses pistes se multiplient pour le plus grand plaisir du lecteur qui clairement s'égare régulièrement et se raccroche au monolithe Rebus qui une fois ou deux montre des faiblesses inquiétantes : le temps passe, l'usure est bien amorcée et ses vieux démons peuvent le rattraper malgré ses amitiés et la douce Jean si patiente avec lui... Ce qui est dément avec Rankin, c'est que tous ces petits détails accumulés sur les personnages, les paroles et actes prononcés, les indices, tout finit par concorder parfaitement et conduit à une conclusion sans appel et logique malgré qu'on ne l'ait pas vu arriver. Non vraiment, pour moi cet auteur est décidément à part.

On retrouve l'ambiance unique d'Edimbourg mais aussi de ses environs et malgré une grisaille persistante et un temps pas très clément, on n'a qu'une envie c'est d'y aller. Balades à travers les pubs (ça boit énormément une fois de plus), les quartiers malfamés, les docks, la résidence du parrain (un sacré loustic, dangereux comme un requin en smoking), l'académie de police, les routes désertes d’Écosse... Le background est une fois de plus remarquablement rendu, on sent les odeurs, les bruits des lieux comme si on y était, l'immersion est totale et vraiment très addictive. Rajoutez dessus, un vernis des apparences gratté avec subtilité sur les carences de la justice et de la police, la corruption ambiante et la collusion entre le grand banditisme et certains cercles de pouvoir, le milieu des arts qui n'est pas reluisant, au milieu de tout cela des déclassés au destin horrible, et vous obtenez un roman coup de poing qu'on ne peut décemment refermer avant la fin tant l'écriture est une fois de plus un modèle de finesse et d'efficacité. Rankin fait à nouveau très fort !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé :
"Nom de code: Witch"
"Le fond de l'enfer"
"Rebus et le loup-garou de Londres"
"L'Étrangleur d'Edimbourg"
"La Mort dans l'âme"
"Le Jardin des pendus"
"Causes mortelles"
"Du Fond des ténèbres"
- "La Colline des chagrins"
- "L'Ombre du tueur"

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lundi 14 janvier 2019

"Procédure d'évacuation immédiate des musées fantômes" de Serge Brussolo

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L'histoire : Dans un Paris en partie vitrifié par un récent conflit nucléaire, la crise énergétique fait rage. Pour remédier à la pénurie, un groupe de savants a imaginé de convertir l'âme des morts en électricité. Désormais, les kilowatts sortent tout droit des cimetières ! L'énergie-fantôme, c'est la mort mise au service de l'électroménager, c'est l'au-delà commandé par un interrupteur, le fleuve des morts qui court sur le filament d'une ampoule électrique, le carburant d'outre-tombe grâce auquel vous pourrez, demain, mettre un fantôme dans votre moteur ! Mais comme l'apprendra Georges, le médium-dépanneur qui guérit les téléviseurs par simple imposition des mains, l'énergie-fantôme, c'est aussi... l'enfer !

La critique de Mr K : Retour sur une lecture bien space aujourd'hui avec une nouvelle incursion chez un de mes auteurs français préférés : Serge Brussolo. Écrivain à l’œuvre multiforme, dans Procédure d'évacuation immédiate des musées fantômes, on se retrouve dans un univers SF où l'anticipation se fait rageuse et particulièrement préoccupante. Même si l'ouvrage n'est pas exempt de défauts, j'ai passé un excellent moment, voici pourquoi...

Suite à une guerre nucléaire généralisée, la planète Terre est irrémédiablement changée. Les trois quarts de la population a disparu et les sociétés qui se relèvent péniblement du désastre doivent faire face à une crise énergétique sans précédent. L'énergie de l'atome étant désormais bannie et totalement tabou (on le comprend aisément !), les hommes ayant perdu les savoirs liés à l'énergie solaire, ils se rabattent sur une ressource nouvelle : la conversion des âmes des morts en énergie pure ! Ainsi, on peut même se servir des morts pour améliorer le sort des vivants ! Vous vous imaginez bien qu'en jouant aux apprentis sorciers et aux nécromants d'un nouveau genre, l'homme court à sa perte. Le lecteur s'en rendra compte en suivant les destins croisés de Georges, médium-dépanneur pour objets "possédés" et Sarah, une jeune femme tout feu tout flamme qui travaille pour une mystérieuse organisation dirigée par l'État. Quel lien y'a-t-il entre ces deux êtres que tout semble séparer ? Que cache vraiment cette nouvelle technologie ? Voila les deux questions principales qui vont guider le lecteur durant sa lecture.

Ce roman est assez bluffant dans son approche d'un monde post-apocalyptique. On s'y croirait vraiment avec des descriptions hallucinantes de sociétés à l'agonie où les tensions sont nombreuses. Villes semi-désertes, groupes de pression extrémistes en goguette dans les rues (fortement teintés de bleu-marine...), habitants calfeutrés dans leurs logements vivant quasiment en autarcie et bâtiments détruits / vitrifiés, figures errantes et hagardes dans les rues... On prend tout cela en pleine face dès les premiers chapitres qui plantent d'entrée de jeu une ambiance pesante et un climax oppressant. Sans pour autant alourdir la lecture, ces passages plus contemplatifs qu'autre chose donnent à voir un monde déchiré et en proie à une déchéance qui semble inéluctable. Et puis, il y a l'utilisation au quotidien par tous de cassettes renfermant l'énergie tant convoitée mais qui parfois fait se détraquer les objets qui les utilisent... Cet élément proche du fantastique donne une saveur alors toute particulière à un ensemble déjà bien singulier.

Au milieu de tout ça, on retrouve deux personnages attachants aux motivations bien différentes et au charisme certain. L'auteur s'amuse beaucoup avec eux, nous menant sur de fausses pistes et les hypothèses les plus folles. Entre un réparateur doué de pouvoirs surnaturels ayant du laisser tomber sa famille (femme et fille) au profit d'une cause supérieure et une jeune fille qui va de découverte en découverte sur la vraie nature de ses activités, on navigue vraiment en eaux troubles. Certes on devine certaines choses assez vite, mais on se plaît à suivre ces existences bouleversées qui tendent à se raccrocher à tout ce qui pourrait donner du sens à leur vie. Quand la roue tourne ou qu'une révélation a lieu, gare aux dégâts! Crédibles et en constante évolution, Georges et Sarah sont vraiment des personnages à part, toujours sur le fil du rasoir. Ces deux existences malmenées vont être confrontées à une vérité pas forcément bonne à entendre et qui aura des répercussions énormes sur leurs existences respectives.

Bien mené, le roman se lit vite et bien. On oscille entre polar, roman initiatique, SF et même fantastique dans une aventure rythmée et séduisante. On peut cependant déplorer par moment quelques lenteurs, des scories narratives pas forcément très utiles mais quand l'auteur revient à l'essentiel, quelle claque ! Méandres de l'esprit humain, les effets de choix hasardeux, la raison d'État qui sacrifie des innocents sont certains des nombreux thèmes que l'on trouve traités dans ce volume bien malin où l'on retrouve l'imagination débordante de l'auteur et son goût pour les intrigues tortueuses. Un très bon livre de SF, à recommander aux amateurs du genre, friands d'écrits différents et originaux.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
"La Fille de la nuit"
"La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond"
"Le Livre du grand secret"
"Trajets et itinéraires de l'oubli"
"Le Nuisible"
"Le Murmure des loups"
- ''Le Cycle des ouragans"
- ''L'Armure de vengeance"

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samedi 12 janvier 2019

"Derniers adieux" de Lisa Gardner

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L'histoire : Est-ce parce qu'elle attend un enfant que Kimberly Quincy, agent du FBI, se sent particulièrement concernée par le récit incroyable et terrifiant d'une prostituée enceinte ? Depuis quelque temps, elles sont plusieurs à avoir disparu d'Atlanta sans explication, comme évaporées, et Kimberly est bien la seule à s'en préoccuper. Un serial killer s'attaquerait-il à ces filles vulnérables ? Aurait-il trouvé la clé du meurtre parfait ou s'agit-il de crimes imaginaires ? Sans le savoir, la jeune femme s'enfonce dans le piège tendu par un psychopathe. Comme pour sa mère et sa sœur, victimes autrefois d'un tueur en série, le temps des derniers adieux est peut-être arrivé pour Kimberly...

La critique de Mr K : Un Lisa Gardner, ça ne se refuse pas ! Elle est mon pêché mignon en terme de thriller et chaque lecture d'elle me procure toujours plus de plaisir. Derniers adieux n'échappe pas à cet adage, ce fut une fois de plus une expérience intense et haletante, typiquement le genre de livre qui vous emporte et ne vous laisse aucune chance de vous échapper ! À travers trois / quatre points de vue différents que l'auteure alterne de chapitre en chapitre, nous suivons une bien nébuleuse affaire qui nous plonge au cœur du Mal, de la déchéance humaine et de la souffrance.

Kimberly est enceinte et continue malgré tout à mener de front sa grossesse (elle en est à six mois) et son travail d'agente au FBI. Elle va se retrouver mêler à une affaire hors-norme via une prostituée enceinte qui lui fait des révélations inquiétantes. De nombreuses filles de joie disparaissent sans laisser de traces (sans que les autorités compétentes ne s'en alertent jusque là) mais tout laisse à penser qu'un certain nombre de ces cas seraient le fait d'un insaisissable serial-killer, amateur fétichiste des araignées. Au fil de l'enquête, l'étau semble se resserrer autant sur le tueur que sur l'enquêtrice, les menaces insidieuses s'accumulant notamment autour de Kimberley qui a de plus de plus de mal à gérer sa vie personnelle, son enquête et à faire la part des choses entre mensonge, vérité et manipulation. En parallèle, nous suivons le parcours chaotique de deux mômes livrés en pâture à des bêtes inhumaines et le point de vue du serial killer lui-même, ce qui densifie encore plus la trame principale du roman. Tout finit pourtant par faire écho dans un dernier acte tétanisant où la vérité éclate, n'épargnant personne !

Il n'y a pas à dire mais Lisa Gardner s'y entend comme personne pour mener ses lecteurs à la baguette et livrer un ouvrage au suspens intenable. Chaque court chapitre apporte un élément de réflexion, une révélation qui met à mal les hypothèses que l'on a pu échafauder précédemment. Pas le temps d'ailleurs de se remettre de ses émotions que le récit rebondit déjà sur un nouvel angle d'attaque, mêlant et démêlant l'écheveau de destins brisés et épouvantables. La tension monte insidieusement, les tenants et les aboutissants se révèlent très vite d'une grande complexité, faux semblants et façades s'écroulent et livrent au final une intrigue d'un rare machiavélisme qui fait froid dans le dos.

On ne s'ennuie pas une seconde et on est littéralement happé par la noirceur du récit. Rien ne nous est épargné ici, on côtoie vraiment les abysses de l'âme humaine avec notamment un bad guy dérangé à souhait, très bien caractérisé dans son attirance pour le Mal mais aussi ses fêlures intimes que l'on apprend à connaître et le font voir sous un jour nouveau. De manière générale, avec une once de caricature (on est dans un thriller tout de même), les protagonistes de ce roman sont fouillés et les interactions entre eux fonctionnent très bien, rendent l'histoire crédible et efficace. Impossible dans ces conditions de lâcher un ouvrage au charme vénéneux où enlèvement d'enfants, pédophilie et pédopornographie côtoient le sentiment de solitude, des rancœurs exacerbées et de la jalousie. Le cocktail est explosif, jamais voyeuriste. En effet, on ne tombe pas dans le gratuit ou l'exhibitionnisme malsain, l'auteure sait y faire et veut surtout proposer un récit trépidant. Et puis, comme dit précédemment, l'étude psychologique des personnages est d'une grande profondeur et lève le voile sur les capacités du cerveau humain à se protéger ou au contraire à se désinhiber. C'est violent, impressionnant et à sa manière éclairant.

Au final, malgré des thématiques rudes, on passe un très bon moment si on est amateur de thrillers froids et réalistes. L'écriture simple et efficace de Lisa Gardner fait merveille et l'addiction prend vite racine. Petit bémol sur la fin que j'ai trouvé un peu précipitée (même si le sous-texte final est lourd de sens et passionnant) mais il faut savoir clôturer une lecture. Tout est expliqué mais je crois que j'en aurais bien lu encore quelques pages... Une lecture très agréable en tout cas et que tous les amateurs du genre peuvent entreprendre sans risque !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Disparue
Sauver sa peau
La maison d'à côté
Tu ne m'échapperas pas
Arrêtez-moi
- Les Morsures du passé
- Le saut de l'ange

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