Du film de Tonton Pierrot à celui de Kubrick...
lundi 30 octobre 2017

"Blade Runner 2049" de Denis Villeneuve

Blade Runner afficheL'histoire : En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies...

La critique Nelfesque : Qu'il est bon de voir de la SF de cette qualité au cinéma ! Après avoir fortement apprécié l'excellent "Premier contact" de Denis Villeneuve l'an passé, et pour aimer sa réalisation dans d'autres genres de films (notamment du côté du polar avec "Prisonners"), il était tout naturel pour moi d'aller voir le dernier né de ce réalisateur, "Blade Runner 2049".

Quelle maîtrise une fois de plus ici ! Le long métrage ne dure pas moins de 2h45 et pourtant à aucun moment on ne regarde sa montre. Le temps file à toute allure, hypnotisés que nous sommes par la beauté des images et l'histoire en elle-même. On ne présente plus "Blade Runner", film culte sorti en 1982 situant son histoire en 2019 et très apprécié des amateurs de SF. "Blade Runner 2049" prend la suite et nous donne à voir le monde tel qu'il est 30 ans après l'oeuvre originelle.

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On retrouve ici tout ce qui fait la beauté et la portée du premier du nom. Denis Villeneuve ne trahit pas le premier opus et vient moderniser l'ensemble. Les plans sont sublimes, il n'y a rien à dire sur la photographie, le choix des couleurs et l'ambiance qui en découle. Tout est maîtrisé à l'extrême et c'est un pur bonheur de contempler l'architecture futuriste, se promener dans les rues de Los Angeles, en prendre plein les yeux avec les pubs géantes et les prouesses technologiques présentées.

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Côté émotion, on est aussi servi ici avec une histoire d'amour qui n'est pas sans rappeler celle présente dans "Her" et qui bien que virtuelle est on ne peut plus palpable et émouvante. Ryan Gosling fait du Ryan Gosling, il est assez froid et joue sensiblement toujours pareil mais ici cela se justifie par sa condition de Blade Runner (je serai tout de même curieuse de le voir un peu évoluer côté rôle pour voir ce qu'il a vraiment dans le ventre...). On a plaisir à retrouver Harrison Ford et les seconds rôles tels que ceux de Robin Wright ou Jared Leto ne sont pas en reste. Dommage qu'on ne les voit pas un peu plus à l'écran et que justement le personnage de Niander Wallace (Jared Leto) ne soit pas plus exploité. Cela restera le seul léger bémol du film car j'aurais aimé en apprendre plus sur son cas mais peut-être y aura-t-il un jour un long métrage centré sur ce personnage (on peut rêver !). Mention spéciale pour la sublime Ana de Armas qui en plus d'être très jolie (si si il faut le dire, elle est magnifique) interprète avec brio le rôle d'une créature "holographique" générée par une application permettant à l'officier K de ne pas vivre seul. Un rôle loin d'être évident à tenir et qu'elle tient avec talent.

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Jeu d'acteurs, réalisation, visuel, musique... Tout est ici réuni pour faire de ce long métrage un film que l'on n'oubliera pas de si tôt ! Ambiance sombre et avenir déshumanisé, l'espoir n'est pas ce qui caractérise le plus ce long métrage et pourtant à travers quelques touches d'optimisme (histoires d'amour, relations filiales...), l'ensemble prend une teinte plus claire et laisse entrevoir de belles perspectives. Un monde de nouveau de retour à la vie. Très beau !

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La critique de Mr K : 6/6. Encore une sacrée claque cinématographique avec cette vraie / fausse suite d’un film culte, tiré d’un texte tout aussi culte de Philip K. Dick qu’on ne présente plus, MON auteur favori de SF. C’est un sacré tour de force que réalise Denis Villeneuve, un réalisateur que nous aimons beaucoup au Capharnaüm éclairé. Pour résumer ma pensée, ce film s’est révélé puissant, beau, magnétique et hyper respectueux de l’œuvre originelle. Franchement, je suis épaté.

Au centre de l’intrigue, l’agent K un réplicant travaillant pour la LAPD de 2049 interprété par Ryan Gosling, un blade runner chassant les anciens modèles qui se sont infiltrés dans la population humaine. Lors d’une opération de contrôle habituelle, l’interpellation se révèle musclée, le Nexus 8 en question résistant par la force et finissant occis par le héros. En opérant un scan de la zone, l’agent K va mettre à jour un secret enfoui à 30 mètres sous terre, une vérité qui révélée pourrait tout changer notamment le sort réservé aux réplicants, esclaves robots pour le moment entièrement soumis aux hommes. Commence une enquête qui le mènera aux limites du droit et de la légalité, au dépoussiérage de vieux dossiers faisant référence au film de 1982 et l’amènera surtout à se questionner sur lui-même, son passé et sa réelle nature. Il faut bien 2h45 pour montrer tout cela et croyez moi, on ne les voit pas passer !

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Tout d’abord, quelle beauté formelle. Tout en respectant l’original, Villeneuve propose une vision extra-ordinaire du futur, un avenir sombre, incertain et profondément pessimiste. Il pleut toujours autant, certaines zones irradiées cachent bien des secrets et l’on rejette aux marges les populations déshéritées vivant comme des marginaux (terrible passage sur l’orphelinat qui ne peut que rappeler une réalité bien présente en 2017). Malgré cet aspect repoussoir, c’est vraiment bluffant, intriguant et fascinant. On retrouve les grandes pubs qui couvrent les immeubles, les voitures volantes, les armes futuristes et l’on rentre dans l’appartement de K avec son intelligence artificielle qui lui tient lieu de compagne. Très cohérent, chaque détail compte, ne tombe pas dans le gadget ; c’est une véritable immersion qui nous est proposée ici. On s’en remet difficilement !

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La musique est terrible, rappelant sans la copier la BO originelle qui a tendance à tourner en boucle à la maison quand il s’agit de corriger des copies. Vangelis ne rempile pas mais la relève assure. Denis Villeneuve propose quant à lui toute une série de séances chocs avec son inventivité qui le caractérise si bien, renversant les schémas établis, aimant perdre le spectateur pour mieux le retourner ensuite. C’est une fois de plus un travail d’orfèvre avec une photo incroyable, un travail sur les couleurs et un foisonnement d’effets spéciaux bien maîtrisé qui ne prend jamais le dessus sur le propos et les personnages.

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Et puis, que d’émotions ! J’avoue avoir versé ma petite larme à plusieurs reprises avec notamment une scène d’amour profondément triste (du genre de la scène de la baignoire dans The Foutain de Darren Aronofski), la scène finale reprenant le morceau Tears in the rain (Culte de chez culte la scène originelle sur le toit dans le film originel) et un Harrison Ford toujours aussi charmeur et touchant. Je dois avouer que la bonne surprise vient de Ryan Gosling que je qualifierai volontiers d’habitude d’acteur-moule, je trouve qu’il joue en général toujours de la même manière. Il est parfait dans ce métrage, le rôle lui va comme un gant et l’on guette la moindre de ses réactions pour assister à l’humanisation de cet être voué à servir. Les autres acteurs sont au diapason avec un Jared Leto impeccable mais que l’on ne voit malheureusement que trop peu (THE défaut du film, le méchant reste un peu trop caricatural, j’aurais nuancé davantage en creusant le perso – purée on ne me demande jamais mon avis !-) et des actrices au top avec une méchante bien teigneuse mais non dénuée de nuances et une IA adorable et sensible à souhait.

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Le fond du film est tout aussi intéressant avec une charge sans complexe contre la destruction de toute vie naturelle par l’homme (la symbolique de l’arbre mort est sans appel), une frontière entre réel et irréel qu’il est de plus en plus dure à repérer, l’acharnement de l’homme à asservir pour asseoir son pouvoir et avec un constat sans appel sur notre nature profonde et la curieuse humanisation des robots qui prennent le sens inverse des êtres humains. Ce sont les replicants qui nous émeuvent le plus au final comme le personnage joué par Rudget Hauer dans l’original. On ressort clairement bouleversé de cette séance et on prend conscience très vite que ce film fait partie des suites réussies qui n’ont pas à rougir de la comparaison à l’original même si ce dernier reste indépassable. Une sacrée expérience que tout amoureux de SF se doit de voir au cinéma et sans 3D c’est très bien aussi !

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dimanche 8 octobre 2017

"Mother !" de Darren Aronofsky

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L'histoire : Un couple voit sa relation remise en question par l'arrivée d'invités imprévus, perturbant leur tranquillité.

La critique de Mr K : 6/6. Sans doute MA grosse claque annuelle cinématographique. En même temps, il est très rare que ce réalisateur se plante, il fait partie de mes chouchous depuis Pi, Requiem for a dream et The Fountain. De ce métrage, je n’avais pas vraiment entendu parler avant de voir la bande annonce sur Allociné, il y a quelques temps. Synopsis mystérieux et premières images au diapason, j’y suis allé sans trop savoir à quoi m’attendre. Je n’ai pas été déçu, le voyage fut éprouvant et assez jouissif dans son genre.

Je n’en dirai pas beaucoup plus que le résumé officiel sur ce film tant il faut se garder la surprise, tout spoiler pourrait vous gâcher la surprise. Sachez simplement que derrière ses apparences de drame domestique doublé de home invasion se cache une histoire universelle à la mystique développée de manière extrême. Il faut d’ailleurs posséder un certain bagage culturel pour pouvoir apprécier pleinement ce film car sinon vous risquez de vous agacer assez vite et de sortir outré de la séance comme ce fut le cas d’une spectatrice à notre séance qui a trouvé l’ensemble choquant et sans queue ni tête. C’est loin d‘être le cas, le film étant extrêmement bien construit et maîtrisé au niveau de la narration. Il faut aussi se laisser porter par les actes et les images, accepter de ne pas tout comprendre tout de suite même si l’ensemble paraît bancal, ici tout a une explication et croyez moi ça vaut son pesant d’or.

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Film sur le couple, la maternité, la dépendance de l’un envers l’autre, l’humanité et ses travers, les affres de la Création entre autre, on touche ici à la métaphysique pure et au mysticisme profond. En cela, il dérange car il touche au Sacré et aux convictions les plus intimes de chacun, attendez-vous à être sévèrement secoué et à réfléchir longtemps après le visionnage. Personnellement, j’ai été émerveillé par le propos distillé par le métrage, trouvant beaucoup de points communs entre la pensée du réalisateur et la mienne, comme si les images et l’histoire faisaient écho à mes convictions intimes. C’est une impression vraiment bluffante et confondante.

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Les acteurs sont tout bonnement merveilleux avec un Javier Bardem toujours aussi magnétique, dégageant un charme animal puissant (Nelfe du calme !) et une Jennifer Lawrence au talent d’actrice épatant (je ne l’avais vu pour le moment que dans la très bonne tétralogie Hunger games). Ces deux là se répondent à merveille, jouant sur toutes les nuances d’émotions, transmettant des charges émotives incroyables. Quand la révélation se fait jour sur leur nature profonde, leur jeu en devient tout bonnement lumineux. Les seconds couteaux ne sont pas en reste avec un Ed Harris impeccable et une Michelle Pfeifer vénéneuse à souhait. 

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Et puis, il y a la forme globale. Aronofsky est un des cinéastes les plus doués de sa génération, c’est beau, puissant, très bien rythmé, l’accélération est progressive jusqu’à devenir étouffante. Il magnifie le quotidien du couple avant de s’élever devant les enjeux cachés pour asséner violemment ses vérités avec une maestria de tous les plans : ce film se révèle inventif, délirant et assez unique en son genre. Je vous le dis, c’est un film qui scotche les rétines et fait profondément réfléchir. Passez votre chemin si vous n’aimez pas le space et les objets filmiques non identifiés. Si par contre, vous aimez vous faire mal, voir quelque chose que vous n’avez jamais vu auparavant, foncez. Ce film est une bombe !

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dimanche 3 septembre 2017

"Valérian et la Cité des Mille planètes" de Luc Besson

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L'histoire : Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d'agents spatio-temporels chargés de maintenir l'ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha - une métropole en constante expansion où des espèces venues de l'univers tout entier ont convergé au fil des siècles pour partager leurs connaissances, leur savoir-faire et leur culture. Un mystère se cache au cœur d'Alpha, une force obscure qui menace l'existence paisible de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l'avenir de l'univers.

La critique de Mr K : 4,5/6. Luc Besson et moi, c’est un peu les montagnes russes : un coup j’aime, un coup je déteste. Très beau faiseur, il sonne tout même bien creux en terme de scénario en général. Après le visionnage en début d’année de la première bande annonce de son adaptation de Valerian (sur un morceau culte des Beatles s’il vous plaît !), je me laissais tenter pour aller en salle obscure voir un Besson. Pas déçu pour un sou pour le coup, le film s’est avéré fun, beau et bien ficelé même si l’on peut déplorer certaines scories. Dans le genre grand spectacle, détente neurone, on est dans le dur et l’efficace.

Le scénario est simple : une menace sourde plane sur la cité des mille planètes et les deux agents spatios-temporels Laureline et Valerian doivent dénouer une intrigue qui fait la part belle au complot, l’injustice et les troubles intergalactiques. Clairement, on devine pas mal de choses avant qu’elles n'arrivent, la trame générale est cousue de fil blanc mais j’ai envie de vous dire qu’il en est de même pour la plupart des blockbusters que je peux aller voir à l'occasion. J’ai vu pas mal de critiques se déchaîner sur ce film pour cette raison et je ne comprends pas cette déferlante tant on est face à un film grand public, de SF de surcroît. Si on n'aime pas ce genre de production autant se contenter d’aller voir Interstellar ou encore Premier contact qui n’appartiennent clairement pas à la même catégorie. Ici, on est dans le simple, le niais par moment mais on est dans le cohérent et l’efficace ; l’objectif est de toucher le plus grand public possible.

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Pourtant, par certains aspects, ce film est l’antiblockbuster américain par excellence. À commencer par un métrage qui ne se prend pas au sérieux, à l'image de cet humour omniprésent, savamment dosé qui donne une consistance fort sympathique aux personnages principaux. Les deux héros font presque gamins dans leur manière d’agir et d’interagir ; cela donne quelques scènes cocasses, décalées qui allègent un film qui aurait pu tomber dans le lourdingue avec l’avalanche d’effets spéciaux qu’il envoie lors des plus de deux heures de film. Les personnages principaux, les secondaires, tous sont traités avec amour et bienveillance par un Besson amoureux de son projet qu’il gardait en lui depuis trop longtemps. Alors certes, c’est une adaptation et en tant que telle elle trahit quelque peu l’œuvre originelle mais je trouve que dans l’ensemble, tout est digeste et l’on passe un bon moment de cinoche plaisir comme il est bon de s’en offrir de temps à autre.

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Le spectacle est total et d’une beauté parfois à couper le souffle. Pourtant, au départ c’est plutôt mal parti avec un prologue se déroulant sur une planète pacifique à l'esthétique totalement ratée et que j'ai trouvé très laide à regarder. Heureusement très vite, le réalisateur se rattrape avec des moments à couper le souffle avec un marché virtuel ébouriffant, une Cité aux Mille planètes fascinante et tout un environnement très bien pensé et illustré (des myriades de créatures, d’objets, d’artefacts, de vaisseaux, de technologies...). L’ensemble est dense, flashy, virevoltant et emporte le spectateur très très loin. À noter que j'ai vu le film sans 3D et que c’était top ainsi ! On en a pour son argent si on aime être émerveillé, Besson respecte bien l’univers graphique et le bestiaire de la BD d’origine fournissant une œuvre SF foisonnante et très riche visuellement.

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Pour le reste, Besson est un bon faiseur, les scènes d’action sont lisibles, les acteurs plutôt bons (même si Laureline est très belle, elle reste un peu trop mono-expressive), la musique bien tripante et au final, on ne voit pas passer les deux heures de film. Un métrage que je ne saurai que vous conseiller d’aller voir si vous aimez les productions à grand spectacle et les expériences bien fun ; rien de vraiment novateur dans l’entreprise en elle-même mais un bon moment de cinoche sans chichi et efficace.

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mercredi 5 juillet 2017

"La Momie" d'Alex Kurtzman

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L'histoire : Bien qu’elle ait été consciencieusement enterrée dans un tombeau au fin fond d’un insondable désert, une princesse de l’ancienne Égypte, dont le destin lui a été injustement ravi, revient à la vie et va déverser sur notre monde des siècles de rancœurs accumulées et de terreur dépassant l’entendement humain. Des sables du Moyen Orient aux pavés de Londres en passant par les ténébreux labyrinthes d’antiques tombeaux dérobés, La Momie nous transporte dans un monde à la fois terrifiant et merveilleux, peuplé de monstres et de divinités.

La critique de Mr K : 4/6. Un bon film détente neurone qu'il faut prendre uniquement en tant que tel. Perso, j'ai passé un bon moment en salle obscure en compagnie d'un pote, le film remplissant complètement le cahier des charges en terme de beauté, d'action et d'humour. Après certes, le cinéaste n'invente rien, le scénario tient sur une feuille de papier à rouler mais bon... il est de bon ton parfois d'aller voir du pur spectacle décérébré surtout quand la place n'est qu'à 4€ à l'occasion de la Fête du Cinéma.

Tom Cruise joue ici le rôle d'un pillard des temps modernes, comprendre un éclaireur de l'armée américaine opérant en Irak qui au détour de certaines missions revend des antiquités à des amateurs d'art. Manque de pot, cette fois ci, il met à jour bien involontairement une tombe (une prison plutôt ?) d'une princesse égyptienne maudite qui a une forte propension à se réveiller d'entre les morts et qui cherche à tout prix à terminer un rituel vieux de plusieurs millénaires. La bête réveillée (plutôt sexy dans son genre d'ailleurs), les ennuis commencent et le rythme ne redescend pas d'un cran durant 1h50 de métrage.

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Tout d'abord, Tom Cruise est impérial dans son rôle. Voleur minable, ne prenant rien au sérieux, très gamin dans l'âme, on peut dire qu'il les accumule durant la majorité du film. Très drôle, second degré à donf, se moquant de l'image qu'il renvoie. L'alchimie fonctionne à plein régime avec le spectateur même si je n'arrive toujours pas à comprendre comment il réussit à garder un tel physique à son âge ! Incroyable, on finirait presque par devenir scientologue... non je déconne ! Le reste du casting sert bien la soupe après c'est un minimum pour un blockbuster. Personnages classiques, caricaturaux mais on retiendra un Russell Crow qui cachetonne bien et un ersatz de Rihanna très convaincant en momie pas contente du tout.

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On en prend plein les mirettes en terme d'action avec notamment une superbe séance de crash aérien en apesanteur. On ne fait que l'entrapercevoir dans la BA, elle dure bien 10 minutes au cinoche et franchement, j'ai rarement eu l'impression d'être autant au cœur de la scène et ceci sans 3D (faut pas pousser non plus !). De bonnes scènes de baston aussi avec des morts-vivants efficaces (ben oui les amis, une momie ça peut se créer une armée de garde du corps venus d'outre-tombe) et un héros qui encaisse vraiment bien les coups, ça en devient même très suspect ! Tempêtes de sable, course poursuite en forêt, visions ténébreuses, blagues à deux balles, choix cruciaux... tous les poncifs y passent mais ça fonctionne.

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Inutile d'en dire plus, le fan de péplum et de film fantastique que je suis a aimé ce plaisir purement régressif qui à priori en appellera d'autre sous la bannière Dark Universe d'Universal. L'idée serait de revenir sur les grands mythes fantastiques à travers une série de nouveaux films clairement calqués sur la mode des adaptations de comics qui fleurissent sur la toile depuis quelques années (pour le coup, je ne suis pas fan du tout !). Dis comme cela ce n'est pas rassurant et clairement les grands classiques n'ont aucune chance d'être égalés mais si ces futures productions procurent autant de plaisir simple que La Momie, pas sûr du tout que je fasse l'impasse !

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samedi 6 mai 2017

En mai, craque comme il te plait !

Cette adage me convient très bien et c'est cette fois-ci neuf petits nouveaux qui vont rejoindre ma PAL, des petits orphelins adoptés en majeure partie chez l'abbé, notre fournisseur officiel de livres de seconde main. Décidément, il ne nous déçoit jamais !

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Comme vous pouvez le voir, il y en a de toutes les couleurs et pour tous les goûts entre auteurs français à la renommée certaine, d'autres à la côte plus underground mais aussi des ouvrages à stature internationale et des classiques immortels. Suivez le guide pour le debriefing de ce craquage finalement plutôt sage par rapport à des récoltes parfois pléthoriques par le passé !

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(Balade entre légendes et classiques de la littérature)

- Hamlet, Othello et Macbeth de William Shakespeare. Depuis ma très réjouissante relecture de Roméo et Juliette l'année dernière, je m'étais juré de relire quelques classiques du même auteur. C'est désormais chose possible avec cette acquisition qui concentre en elle trois pièces majeures du maître dont ma préférée qui m'avait valu à l'époque de ma lecture et étude une super bonne note à l'épreuve de lettre en terminale L : Hamlet. Je pense que je me replongerai dans les abysses de l'âme humaine version Shakespeare dès cet été.

- La Chartreuse de Parme de Stendhal. Un classique de la littérature française qui m'avait échappé jusque là, heureusement cette trouvaille impromptue va me permettre de réparer mon tort, surtout que j'ai de très bons souvenirs de mes lectures anciennes du Rouge et du noir et de Lucien Leuwen du même auteur. Ma PAL manquant de classiques, l'occasion ne pouvait être loupée.

- Contes et légendes de la mer et des marins de Quinel et De Montgon. Instant émotion que cette rencontre lecteur-acquéreur / livre car cette collection de chez Fernand Nathan a fourbi mes premières armes de lecteur, j'ai d'ailleurs de nombreux volumes dans notre bibliothèque et c'est toujours avec un petit serrement au coeur que je repose les yeux dessus. En plus, ici les deux auteurs reprennent des légendes en lien avec la mer et les hommes qui tentent de la dompter, difficile de passer à côté vous en conviendrez. Une de mes prochaines lectures sans nul doute !

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(Échappatoire dans la littérature française plus contemporaine)

- Ni d'Ève ni d'Adam d'Amélie Nothomb. Ca fait un sacré bout de temps que je n'ai plus lu Amélie Nothomb que j'ai tour à tour adoré, apprécié puis ensuite déprécié car le sentiment de "déjà-lu" m'envahissait régulièrement à chaque nouvel ouvrage parcouru. Le temps a passé (seules restent les pensées) et je me décidai à acquérir cet ouvrage qui revient sur un pan de sa vie au Japon lorsqu'elle était fiancée ! Ça promet du lourd, du fracassant et j'espère retrouver la langue accrocheuse et gouailleuse qui a fait la marque de fabrique de cette écrivaine belge bien dérangée.

- La Folle aventure des Bleus... et DRH de Thierry Jonquet. Thierry Jonquet et moi, c'est une grande histoire d'amour. Chaque lecture de cet auteur me procure à chaque fois un plaisir inégalé entre frisson et bonheur de lecture instinctif et sans concession. Cet ouvrage réunit deux nouvelles qui feront la part belle une fois de plus j'en suis sûr au regard impitoyable que pose l'auteur sur les noirceurs et lâchetés des hommes ordinaires. M'est avis que ce livre ne fera pas long feu dans ma PAL !

- Méchamment dimanche de Pierre Pelot. Là encore, un auteur que j'affectionne tout particulièrement et qui a le mérite d'être aussi doué que polymorphe dans les genres qu'il aborde très souvent avec succès. Pierre Pelot aborde dans cet ouvrage une histoire d'enfance qui va mal tourner, un roman d'apprentissage sur l'innocence et les illusions d'adultes. Tout un programme qu'il me tarde de découvrir !

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(Voyages en terres étrangères entre exotisme et introspections maladives)

- White spirit de Paule Constant. Coup de poker que cette acquisition dont je ne connais pas l'auteure mais dont la quatrième de couverture m'a de suite séduit. Fable féroce et roman initiatique se mêlent autour du destin de trois figures innocentes cernées par les ambitions, les jalousies et les envies dans le cadre d'une bananeraie perdue au milieu de nul part. Bizarre vous avez dit bizarre ? Carrément et c'est ce qui me plait !

- Histoire de ma vie de Lao She. Il s'agit ici d'une autobiographie de l'auteur qui durant sa vie a traversé nombre d'épreuves et de régimes politiques antagonistes. Je suis curieux d'avoir son regard sur cette Chine mouvante, changeante et multi-forme. La quatrième de couverture nous promet un récit émouvant et une réflexion intéressante sur le temps qui passe. Hâte de lire cela !

- Fleur de béton de Wilfried N'Sondé. Un livre qui me tente énormément depuis que j'ai mis la main dessus. Dans le microcosme d'une cité, on suit le destin de Rosa Maria, une jeune fille qui veut échapper au fatum de sa condition sociale mais qui n'entrevoit pas le bout du tunnel entre un père violent et un environnement mortifère. L'écriture à l'air puissante, vive et sans fioriture. Le genre de promesses qui peuvent conduire à un véritable coup de coeur ! Là encore, cette lecture sera entamée très vite.

Voila pour ces nouvelles acquisitions qui comme vous avez pu le lire promettent beaucoup en terme d'évasion, de découverte d'horizons lointains ou quotidiens. Chaque lecture sera un renouveau, une nouvelle découverte et je l'espère un voyage sans précédent. Les chroniques à venir sur chacun de ces ouvrages vous en diront un peu plus.


dimanche 30 avril 2017

"Grave" de Julia Ducournau

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L'histoire : Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

La critique Nelfesque : Mea maxima culpa, nous sommes affreusement en retard pour poster cette chronique ciné. J'ai traîné, traîné, traîné. Comme une envie de garder pour moi toute seule cette petite pépite de cinéma et cette expérience incroyable... Mr K étant quelqu'un de très persévérant (ça c'est le politiquement correct de "un peu chiant sur les bords" (coucou chéri !)), je finis par ENFIN rédiger mon billet. Remarquez, ainsi je suis étonnamment en avance sur la sortie DVD du film en juillet prochain (remarquez cette belle pirouette !).

Justine est une jeune fille qui débute ses études vétérinaires. Dans sa famille, tout le monde est passé par sa nouvelle école, tout le monde a suivi ses mêmes cours, tout le monde a subi le même bizutage. Celui qui va la transformer au plus profond d'elle-même. Elle ne ressortira pas de sa première année indemne. La Justine qu'elle était jusque là n'existera plus.

"Grave", en abordant de manière frontale le bizutage, est plus subtil qu'il n'y parait. Et oui, le film de genre cache parfois son jeu et pour qui sait voir au delà des apparences, le sang et l'horreur permettent d'aborder des thèmes plus universels. Mr K et moi-même étant très friands du genre, nous ne sommes pas des psychopathes en puissance (pas que !). Ici, Julia Ducournau se sert du bizutage comme prétexte pour parler de la différence et elle le fait de la plus belle des manières.

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Justine est végétarienne. On peut se dire "oula facile de surfer sur une problématique assez en vogue ces derniers temps" ou encore "non mais franchement voilà l'idée quoi, faire devenir cannibale une jeune végé, bravo le cliché". Et bien non, il n'y a ni volonté de faire du buzz avec un sujet à la mode, ni quelconque velléité de ridiculiser  une partie de la population sous prétexte qu'elle ne mange pas de viande. Finalement que Justine soit végétarienne, on s'en fiche un peu. C'est sa transformation, la façon dont elle la vit, dont elle est perçue, son combat, sa volonté qui importent.

Justine a des certitudes. C'est une jeune fille tout ce qu'il y a de plus banale. Elle est un peu impressionnée d'entrer dans une grande école où elle ne connaît personne si ce n'est sa grande soeur qu'elle croisera de temps en temps. Elle doit se faire de nouveaux amis, peut-être tombera-t'elle amoureuse. Elle va grandir, mûrir et comme n'importe quelle jeune adulte, changera pendant ses années étudiantes. Entre ce qu'elle pense être, ce qu'elle pense ressentir et la femme qu'elle deviendra, le fossé va se creuser peu à peu et c'est seule qu'elle devra faire face à ses changements intérieures, à ses doutes, à son deuil d'une vie passée.

"Grave" m'a beaucoup touchée. C'est un film qui n'est pas à mettre sous tous les yeux pour son côté gore et dérangeant (n'allez pas montrer ça à un gamin mais ça va sans dire, ne le regardez pas non plus si vous êtes ultra-sensible) mais pour qui aime être bousculé, questionné lorsqu'il se déplace en salle, ce film est une petite pépite. Plus qu'un long métrage, c'est une véritable expérience cinématographique. "Grave" ne ressemble à aucun autre film. Les plans sont superbes et cadrent parfaitement aux propos, les acteurs sont sobres et justes, la bande son épouse le film comme une seconde peau et le sublime, la réalisatrice n'en fait pas des tonnes. Inutile de déverser des litres de sang, inutile aussi de cacher quoi que ce soit. Le bouleversement que vit Justine est viscéral et il nous est livré brut de décoffrage. Au spectateur ensuite de décoder tout ça, de le digérer et de laisser l'ensemble vivre en lui tout simplement. Un film de genre français qui ne nous prend pas pour des imbéciles, nous fait confiance et nous questionne avec sobriété, c'est beau, puissant et sans concession. Une claque comme on aime en prendre !

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La critique de Mr K : 6/6. Une sacrée claque cinématographique, la première pour ma part pour 2017 avec un film de genre différent, troublant et réalisé de main de maître. 1H38 de spectacle total, dépourvu de filtres commerciaux aseptisants et de plans attendus. Car la première force de ce film est avant tout de balayer autre part que sur les chemins ultra-codifiés du film de genre pour nous proposer autre chose entre conte cruel et récit initiatique.

Justine rentre en école vétérinaire comme tout le monde dans sa famille. Végétarienne assumée, elle se retrouve seule dans un univers qu’elle ne connaît pas : l’école vétérinaire qui accueille sa sœur aînée et qui a accueilli avant ses parents respectifs. C’est le temps de la découverte de la collocation, les premiers cours, les premiers proches et malheureusement pour elle le premier bizutage. Au cours d’une cérémonie décadente, elle va devoir pour "s’intégrer" manger de la viande crue. Au delà de la vexation et de la honte, il se passe quelque chose en elle. Des plaques, des rougeurs, des démangeaisons et un estomac jamais en paix commencent à lui rendre la vie très difficile. Perdue et déboussolée, peu à peu, elle va se rapprocher de la terrible vérité...

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Ce film est merveilleux d’interprétation tout d’abord. On ne tombe jamais dans l’excès de zèle et la volonté de trop en montrer. La réalisation est sobre et met en avant le jeu d’acteur impeccable de tout le casting. L’actrice Garance Marillier est une belle révélation qui donne fraîcheur, aspect inquiétant et flippant à son personnage en pleine métamorphose. On s’attache très vite à elle, petite fille perdue dans un univers qu’elle ne connaît pas et qui de surcroît ne se connaît pas elle-même. Les scènes s’enchaînent sans vraiment que l’on sache ce à quoi s’attendre, on espère, on sursaute, on tombe des nues et ceci toutes les dix minutes grâce à un dynamitage des codes de l’horreur au cinéma et du teen movie.

A ce petit jeu, la réalisatrice détonne en proposant une technique léchée et sans fioritures inutiles. La tension est palpable à chaque plan, chaque note de musique (la BO est top de chez top !). Julia Ducournau s’amuse à nous mener par le bout du nez et ça marche à plein régime. Les jeunes sont ici montrés sans fard dans leur réalité parfois délirante (les teufs, les regroupement de moutons face à une bagarre, le simplisme de leurs positionnements parfois) mais aussi dans le quotidien parfois morose avec les cours, le travail personnel mais aussi la découverte de l’autre, de la sexualité et le regard des autres qu’on subit ou qu’on utilise. C’est très fin, bien mené, toutes les réponses ne sont d’ailleurs pas flagrantes lors du visionnage du métrage, on se prend à réfléchir de concert en sortant de la salle pour expliciter certaines impressions, des cadrages ou des partis pris bien particuliers.

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Cela donne un film assez unique, lent dans le rythme mais ne laissant quasiment aucune échappatoire au spectateur pris dans un engrenage dans lequel la jeune Justine essaie de se débattre malgré son ignorance et parfois ses mauvaises réactions. J’ai pensé à David Cronenberg pendant cette séance, le côté organique, viscéral et psychologique est poussé au maximum. On ne ressort pas indemne d’un tel film, pas traumatisé mais profondément ébranlé et conscient d’avoir vu un film à part qui fera date dans l’histoire du cinéma. Une petite bombe franco-belge gore et poétique à la fois, à voir absolument pour les amateurs du genre qui aiment être bousculés dans leurs certitudes.

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jeudi 30 mars 2017

"T2 Trainspotting" de Danny Boyle

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L'histoire : D’abord, une bonne occasion s’est présentée. Puis vint la trahison.
Vingt ans plus tard, certaines choses ont changé, d’autres non.
Mark Renton revient au seul endroit qu’il ait jamais considéré comme son foyer.
Spud, Sick Boy et Begbie l’attendent.
Mais d’autres vieilles connaissances le guettent elles aussi : la tristesse, le deuil, la joie, la vengeance, la haine, l’amitié, le désir, la peur, les regrets, l’héroïne, l’autodestruction, le danger et la mort. Toutes sont là pour l’accueillir, prêtes à entrer dans la danse...

La critique Nelfesque : Ah "Trainspotting" ! Pour tous les gens de ma génération, ce film veut dire quelque chose. Il a bercé notre adolescence et on le regarde toujours avec plaisir. En un mot, il est culte ! Alors quand j'ai appris qu'un second volet allait voir le jour, je dois vous dire que j'étais sceptique. Tout d'abord parce qu'on ne touche pas aux choses sacrées, parce que j'avais peur de l'opé pour faire du blé et parce que j'ai en tête l'abomination "Bronzés 3" (oui il est possible d'inserrer "Les Bronzés" dans une critique pour "Trainspotting 2", la preuve !)... Mais en voyant que Danny Boyle était toujours aux manettes et que tous les acteurs rempilaient, j'ai cédé. Même si la bande annonce sentait le ressucé et que j'avais toujours une petite appréhension, c'est avec un grand sourire que nous nous sommes dirigés vers notre salle de cinéma préférée et le regard lancé entre spectateurs avant le début du film ne trompe pas. "Trainspotting", c'est vraiment un partage !

Alors déçue ? Pas déçue ? Bien ou bien ? Globalement pas déçue et plutôt bien oui ! On retrouve toute la bande comme ses potes (en moins trash les miens mais le fond y est), on est curieux de voir comment ils ont évolué, ce qui a changé dans leur vie, où ils en sont aujourd'hui. Certains ont stagné, d'autres ont mûri et l'ensemble est toujours aussi cohérent.

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"T2 Trainspotting" fonctionne à plein sur la nostalgie, reprend les codes du premier en les actualisant. Maintenant, on twitte, on instagramme, on a un smartphone, on prend un Uber... Les habitudes ont changé mais dans le fond tout est pareil. L'amitié, bien qu'écornée, est toujours là, les absents continuent d'exister (j'avoue avoir essuyé une grosse larme lors de l'hommage à Tommy et une petite pour la maman de Renton (mais bon j'ai perdu un proche dernièrement et j'ai un peu de mal à canaliser mon flux lacrimal avec tout ce qui touche au deuil en ce moment)), les plus faibles sont soutenus (ah Spud ! J'ai toujours eu de la tendresse pour lui !). Et puis il y a l'oeil de Danny Boyle qui encore une fois envoie de grosses patates dans nos rétines à plusieurs reprises (Spud sur le toit, scènes de liesse, shoots, dernière image du film). Non vraiment il n'y en a pas deux comme lui. Sa façon de filmer dans cette licence est hypnotisante et tellement représentative de ce que ses personnages ressentent. En amenant le spectateur à avoir conscience des sensations en même temps que ses personnages, Danny Boyle nous propose une expérience sensorielle. Et que dire une fois encore de la BO qui colle parfaitement à l'image ! "Trainspotting" est un oeuvre éminemment fédératrice.

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Le film est sorti au début du mois de mars et n'est pas resté très longtemps à l'affiche. Je n'ai pas trop compris pourquoi. Il méritait vraiment d'être vu... Où sont passés les quarantenaires ? Scotchés à leur Facebook, lobotomisés par la TV ? Non, je ne peux le croire ! En tout cas, si vous l'avez laissé passer, reportez-vous sur la VOD ou le DVD pour passer un bon moment de cinéma. Vous serez aussi surpris de découvrir que les plus idiots ne sont pas forcément ceux que l'on pense...

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La critique de Mr K : 5/6. Voici un film que j’attendais et que j’appréhendais en même temps quand j’ai su que Danny Boyle allait tourner la suite du cultissime premier opus. Je fais clairement partie de la génération Trainspotting, un film qui m’a marqué, novateur pour l’époque et dont la BO d’anthologie résonne régulièrement chez moi en soirée. Le réalisateur a fait du chemin depuis avec notamment les très bons 28 jours plus tard, Sunshine ou encore Slumdog millionaire. C’est donc plutôt confiant que je rentrais dans la salle obscure. Au bout de dix minutes, j’étais déjà dedans et c’est tout surpris et heureux que je ressortais deux heures plus tard sans avoir vu le temps passer !

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Renton (Mc Grégor) rentre à Edimbourg où il avait abandonné ses meilleurs potes suite à un coup où il a raflé la mise sans en laisser une miette aux autres. On imagine leur ressentiment à son égard et les retrouvailles seront loin d‘être faciles. Spud continue à vivoter bon gré mal gré, Sick Boy s’essaie au métier peu reluisant de maquereau et Big Bee est en taule suite à son pétage de plomb lors du premier film. Ça va faire des étincelles et pas qu’un peu ! Très vite, l’équipe de bras cassé va tenter un autre coup et à nouveau, tout ne va pas se passer comme prévu. En même temps, ils ont l’habitude...

D’ailleurs cela se sent dès que l’on visionne la bande annonce, le temps a passé mais on retrouve la même recette : une bande de potes légèrement fondus sur les bords (le temps a passé et ils sont moins thrash que dans le premier). Au fil du film, on retrouve beaucoup de clins d’œil au film originel, on en a profité à plein avec Nelfe car nous avions revu l’original deux jours avant notre séance cinoche ! Bon choix car celui qui ne s’en rappelle pas ou pire qui ne l’a jamais vu perdra beaucoup des nuances et de contenu de cette suite qui joue à fond la carte de la nostalgie et des références. On passe un délicieux moment à retrouver chacun des personnages entre ce qu’ils sont devenus et de beaux flashback sur les 90’ voir quand ils étaient plus jeunes avec un passage émouvant sur Tommy, celui qui ne s’en est pas sorti dans l’opus précédent.

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Scènes comiques, d’autres plus tragiques s’enchaînent. Certes cela ne respire pas l’originalité (d’où le point en moins sur la note globale) mais la recette fonctionne toujours avec en plus les avancées technologiques qui pointent en arrière plan. La technique de Danny Boyle est éprouvée et toujours aussi efficace avec des plans originaux et vif, des passages brusques entre réalité et rêve, délires psyché et passages plus intimistes avec une tension et une émotion à fleur de pellicule. l’ensemble est très beau, doublé d’une BO redoutable alternant reprises de l’originale et nouveaux morceaux proposant un écrin sonore de toute beauté. Le film est vraiment magistral dans sa forme et les acteurs sont formidables. D’ailleurs, ils ont tous re-signé, preuve de leur attachement au réalisateur et aux personnages.

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Ce qui m’a le plus touché au final, c’est cette nostalgie qui est distillée pendant tout le métrage avec une vision acerbe et drolatique à la fois du temps qui passe. Nos quadras sont ici attachants (peut-être même plus qu’avant) car la vie ne leur a pas joué que des bons tours, les rides sont là, les physiques ont changé (plus ou moins selon les personnages), les parcours se sont séparés. Le fait de tous se revoir, de reparler, de se friter et de se réconcilier est l’occasion pour chacun d’entre eux de faire le point, de revenir sur le passé (même pour le psychopathe de service Robert Carlyle qui dans le genre flippant double la dose dans ce film !). C’est fin, bien mené et totalement assumé, j’ai aimé ce film pour cette douceur, ces temps de pauses malgré le fait qu’au final le film soit moins thrash que l’original. Différent mais pas pour autant has-been, on aime suivre cette équipe de bras cassés qui décidément n’a pas fini de faire parler d’elle.

Une suite au grand cœur qui à défaut de surprendre, tour à tour émerveille, émeut et soigne son public. Un must !

lundi 13 mars 2017

"Split" de M. Night Shyamalan

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L'histoire : Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey, aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats.

La critique Nelfesque : Ah ! Un nouveau Shyamalan au cinéma ! Chouette ! Au Capharnaüm éclairé, on aime beaucoup ce réalisateur. Il donne dans le film grand public mais il le fait sacrément bien, avec de bons acteurs, de bons scénarios qui souvent nous laissent sur le cul et une réalisation vraiment sympa. Allons donc voir ce qu'il nous propose aujourd'hui avec son tout dernier film "Split" dont la bande annonce nous a fait nous lécher les babines...

Kevin n'est pas un homme comme les autres. Suivi par une psychiatre depuis plusieurs années, il a la particularité de posséder 23 personnalités différentes. Tour à tour enfant de 9 ans, femme mystique, homme maniaque... dans une même journée, il revêt différentes tenues, différentes attitudes, différentes singularités. Ces 23 personnalités cohabitaient jusqu'alors relativement bien, avec l'aide du docteur Fletcher, mais voilà qu'une crainte s'empare d'elles. Celle de voir apparaitre une bête sauvage et obscure, tapie dans l'ombre, au plus profond de Kevin, et qui s'apprête à prendre le pas sur l'ensemble de son être. Pour la nourrir, il(s) va(vont) kidnapper trois jeunes filles et les séquestrer jusqu'à la venue du monstre...

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James McAvoy, dans le rôle principal, est saisissant de justesse. Il montre ici toute l'étendue de son talent et objectivement, sans une performance telle que la sienne ici, le film aurait pu très vite tourner au ridicule. Mais rien de tout cela ici ! Le spectateur croit réellement à chacune des personnalités qui est jouée. Pas de caricatures ou d'effets de manche pour cacher une faiblesse d'interprétation : ici tout est maîtrisé dans le jeu d'acteur et on a bien 24 personnages différents sous les yeux. Hypnotisant ! Bravo à James McAvoy pour cette performance qui, en plus d'être bluffante, nous permet d'avoir de l'empathie pour ce personnage effrayant et chacune des entités en son sein. Un peu comme pour Jerry dans "The Voices", j'ai vraiment été touchée ici par un homme qui, de l'extérieur, a tout d'un monstre mais qui lorsque l'on gratte sous les apparences est un être blessé.

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Le côté angoissant du kidnapping est de lieu de rétension est contrebalancé par les séances chez la psy et les recherches de cette dernière. Au début, j'ai trouvé dommage que l'on soit ainsi tiré de la stupeur mais peu à peu ces escapades se révèlent bienfaisantes et permettent de donner du rythme au film qui navigue sans cesse entre le thriller et le fantastique, jusqu'à la scène finale qui, comme souvent chez ce réalisateur, fait pousser un "Ah ouais !!!" au spectateur. Pour ma part, je n'ai pas été ici complètement bluffée par la révélation (qui pour moi n'en est pas une du coup) comme ce fut le cas avec "Le Sixième sens" ou plus récemment "The Visit" qui nous laisse avec un profond malaise. Et tant mieux ! J'aime ce réalisateur qui sait nous surprendre en n'allant pas forcément là où on l'attend. Oui, Shyamalan est le roi des fins qui nous laissent sur le cul mais il est aussi capable de ne pas jouer sur la surprise et apporter de la profondeur à son propos. Bravo !

Jeu d'acteurs impeccable (mention spéciale aussi à Anya Taylor-Joy), suspens, tension : tout est ici réuni pour faire de "Split" un très bon thriller navigant entre psychologie, horreur et fantastique. C'est bientôt le Printemps du Cinéma, pensez-y ! Vous ne regretterez pas !

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La critique de Mr K : 5/6. La dernière production de Shyamalan s'est révélée être un très bon crû et malgré quelques imperfections, on passe un excellent moment entre histoire bien tordue et acteurs en état de grâce au premier rang desquels James McAvoy extraordinaire dans un rôle aux multiples facettes.

Trois lycéenne sont enlevées par Kevin, un jeune homme plus que perturbé. Souffrant d'une dissociation d'identités multiples (23 puis 24 identités différentes cohabitent dans le même corps), il attend l'avènement de la Bête. Nous suivons donc la claustration des filles qui se rendent vite compte que leur ravisseur est sérieusement dérangé et change de personnalité de façon impromptue entre le séquestrateur pervers, le styliste maniéré, la femme mystique zen, un jeune garçon fragile et au bon fond entre autre. Cette partie lorgnant vers le survivor est contrebalancée par des passages mettant en scène la psy qui suit le jeune homme et des flashback concernant l'héroïne principale. Comme dans les principaux films de ce maître du suspens, les pièces du puzzle vont s'assembler au fil du déroulé pour éclairer les motivations et passés de chacun des personnages.

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Je dois avouer que depuis la série de films mettant en scène Hannibal Lecter et l'injustement méconnu Identity (à voir absolument !), je n'avais pas été aussi saisi par un esprit criminel (sauf peut-être le bad guy Joe Caroll de la superbe série The Following). McAvoy a un talent fou pour jouer cet esprit perdu qui tour à tour inquiète, questionne et même émeut profondément. D'un simple regard, d'une posture changeante, il incarne à merveille la folie galopante de Kevin. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser avec ce personnage déroutant. Le contre-point des passages avec la psy permettent des allers-retour incessants entre le monstre persécuteur et l'être brisé qui se débat avec sa vie. Jamais caricatural, toujours juste, on se prend au jeu de ces identités interchangeables protégeant un secret et surtout une souffrance jamais vraiment guérie. Il porte véritablement le film et en est un point fort indéniable.

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Il est aussi très bien mis en valeur grâce à l'actrice Anya Taylor-Joy qui sous son apparente fragilité et un certain mutisme cache elle aussi quelque chose qui le temps venu prendra son importance. Loin de se contenter de filmer des filles apeurées, Shyamalan leur donne une certaine profondeur, une volonté de se battre et de résister au monde qui semble s'écrouler autour d'elle. La psy ferme ce trio hors du commun avec une figure maternelle qui peu à peu (bien que conscient du mal qui ronge son patient) va se rendre compte de la nature du mal et de ses conséquences. Le dernier acte est assez haletant et livre un déchaînement de révélations et de scènes chocs qui scotchent littéralement le spectateur à son siège. Seul bémol majeur de ce film (d'où le point en moins sur ma note), je n'ai pas été vraiment surpris par le final (comme dans 6ème sens d'ailleurs) que j'ai vu venir assez vite. Plutôt classique la révélation fait quand même son effet et fait retomber le film de manière logique.

On retrouve tout le talent de Shyamalan pour raconter une histoire, son sens de la narration croisée qui distille un suspens montant crescendo qui prend aux tripes. Les images sont belles, la musique oppressante à souhait et certains cadrages originaux achèvent de donner à voir un film idéal pour une séance cinéma riche en émotions et en rebondissements. Un film qu'on ne peut que conseiller si vous aimez les thrillers, les scénarios biscornus et les sensations fortes.

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mercredi 1 mars 2017

"Nocturama" de Bertrand Bonello

Nocturama afficheL'histoire : Paris, un matin. Une poignée de jeunes, de milieux différents. Chacun de leur côté, ils entament un ballet étrange dans les dédales du métro et les rues de la capitale. Ils semblent suivre un plan. Leurs gestes sont précis, presque dangereux. ls convergent vers un même point, un Grand Magasin, au moment où il ferme ses portes. La nuit commence.

La critique de Mr K : Chronique tardive mais chronique quand même ! Voici enfin mon avis sur Nocturama, vu dans le cadre du festival Télérama en début d'année. Dans le genre dérangeant ce film se pose là ! Nelfe l'a vu également mais n'est vraiment pas motivée pour rédiger son avis ici, pourtant elle avait très envie de le voir (petite confidence, elle ne l'a pas aimé du tout du tout).

3,5/6. Autant le film est magnifique dans sa forme autant le fond m’a interloqué, bousculé et finalement presque écœuré. Ce qui est sûr, c’est qu'il marque bien une époque et un moment de civilisation dans un contexte de désacralisation du politique, du malaise grandissant des populations et de la menace terroriste généralisée.

Nocturama 3

Le film est divisé en deux parties bien distinctes. La première met en scène des jeunes de toutes origines et de toutes classes sociales (pour éviter la stigmatisation j’imagine) qui déambulent dans le métro, dans les rues de la capitale et enfin différents bâtiments comme une tour du quartier de la Défense, un ministère ou encore un centre commercial. Ils sont reliés entre eux, reçoivent des textos, des photos, se croisent sans se parler, sont parfaitement coordonnés. On pense immédiatement aux reportages que l’on a pu voir sur les djihadistes qui ont durement frappé la France ces dernières années. Enfin, l’acte se déroule menant à une deuxième partie plus en vase clos, où les protagonistes se retrouvent regroupés et réagissent à ce qui vient de se passer. La fin clôture le film comme le couperet de la guillotine laissant le spectateur perdu et hagard.

Nocturama

J’ai largement préféré la première partie qui fait la part belle aux protagonistes sans qu’il y ait vraiment de paroles échangées. Les plans se succèdent, répétitifs mais d’une beauté parfois stupéfiante. La pression monte avec une musique insidieuse, une incrustation à l’occasion d’un mystérieux compte à rebours des heures qui s’écoulent avant l'heure fatidique. C’est beau, les rétines explosent, le spectateur est tenu en haleine pour savoir de quoi il en retourne. Quand vient la révélation, on est soufflé. Peu surpris mais en attente de réponses sur les motivations profondes de cette sédition extrême à l’égard d’un pays et d’un pouvoir démocratique.

Nocturama 2

C’est là où le bât blesse. On a très peu de réponses, le réalisateur se réfugiant derrière un fond abscons, voulant sans doute par là incarner par son œuvre une jeunesse en révolte dont la souffrance non entendue a causé un passage à l’action effroyable. Il se contente alors de filmer (de fort belle manière encore) les réactions de chacun entre joie et angoisse montante. Pas de réponse précise à leurs motivations simplement une étude de caractère et de réactions humaines, et au final un message naïf, simpliste et puéril (à l’image de la jeunesse bien souvent je vous l’accorde). C’est trop peu pour moi quand on porte un projet si fort et un sujet plus que polémique. J’adore être dérangé dans mes habitudes de spectateur, j’aime être heurté au fond de mon être (voir les chroniques d’Antichrist ou de Martyrs) mais ici, on tourne en rond et finalement l’entreprise s’avère ratée en terme de fond. La forme est elle magnifique et le déroulé de narration alternatif en fin de métrage est un modèle du genre.

Pour autant cela ne suffit pas, difficile dans ces conditions de défendre complètement un tel film qui bien que très abouti esthétiquement m’a paru rater sa cible et son but. Dommage...

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dimanche 12 février 2017

"Juste la fin du monde" de Xavier Dolan

Juste la fin du monde afficheL'histoire : Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine.
Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

La critique Nelfesque : Encore un film que j'avais remarqué (et comment pouvait-il en être autrement puisqu'il a reçu le Grand Prix !?) au dernier Festival de Cannes et que j'ai pu voir dernièrement grâce au Festival Télérama.

Avec une brochette d'acteurs impressionnants (Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel et Marion Cotillard), ce huit clos fait un focus sur les relations familiales, sur les liens qui se créent ou non entre des êtres qui, de par le fait qu'ils appartiennent à une même famille, doivent de facto s'aimer. Difficulté de vivre, de trouver sa place au sein d'une fratrie, amour et désamour, jalousie, questionnement... "Juste la fin du monde" est très riche émotionnellement et chacun y trouvera des schémas déjà connus ou vécus dans sa propre famille et voit défiler sous ses yeux situations ambigües et non-dits.

Juste la fin du monde 3

Louis a quitté la maison il y a très longtemps et ne parle plus particulièrement à sa famille depuis son départ. Metteur en scène de talent, il vit maintenant sa passion professionnelle et personnelle, loin du poids familial et de ses problématiques. Toutefois, il ressent le besoin de retrouver les siens à l'annonce de sa maladie. Louis va mourir et doit l'annoncer à sa famille. Nous suivons donc Louis lors de sa visite, un dimanche, après 12 ans d'absence. En une après-midi, les tensions s'exacerbent, les événements passées reviennent à la surface et démêler les fils d'une vie en si peu de temps n'est pas sans difficulté.

En y mettant beaucoup de lui-même, Xavier Dolan plonge le spectateur au plus près de ses personnages et les tensions sont palpables. Chaque phrase prononcée est lourde de sens ou d'affect et les dialogues entre les différents protagonistes peuvent déraper à chaque moment entre un Louis effacé, une Suzanne (sa jeune soeur) en demande d'affection, un Antoine (son grand frère) nerveux et plein de rancoeur, une Catherine (sa belle-soeur) soumise et leur mère superficielle. Les situations sont tendues, le spectateur est nerveusement éprouvé mais tout cela n'est pas sans amour. Dans "Juste la fin du monde", on aime mal mais on aime... Comme dans toutes les familles. A chacun ensuite, comme ici de faire sa vie et choisir son chemin, en accord ou en rupture avec la tradition familiale. La dernière scène est d'ailleurs lourde de sens, à titre personnel m'a beaucoup touchée et est tout à fait cohérente avec l'ensemble du film que Xavier Dolan a construit. Superbe à tous les niveaux !

Juste la fin du monde 4

La critique de Mr K : 6/6. Une sacrée claque cinématographique pour un film que nous avions raté lors de sa sortie initiale en salle l'année dernière. Heureusement le festival Télérama a permis de rattraper cet impair tant ce film est à découvrir. C'est pour ma part, le premier du réalisateur que je vois et je pense me pencher sur son cas très vite vu les critiques élogieuses notamment d'un de ses précédents film "Mommy".

Louis va rendre visite à sa famille qu'il n'a pas vu depuis douze ans, il doit leur annoncer sa mort prochaine. Dans un huis clos tendu de 1h40, le réalisateur explore la mécanique familiale révélant les cassures et dysfonctionnements qui se sont accumulés avec le temps qui passe et le caractère de chacun. Louis (Gaspard Ulliel) est quelqu'un d'effacé qui appréhende ce retour aux sources entre une mère fantasque et maladroite (Nathalie Baye), un grand frère hégémonique et violent (Vincent Cassel), une belle sœur écrasée par le poids de son mari (Marion Cotillard) et une petite sœur qu’il n'a pas réellement connue (Léa Seydoux). À travers leurs discussions communes, les dialogues plus intimistes qu'ils s'accordent les uns aux autres, transparaît doucement un mode de fonctionnement et une grande souffrance que chacun semble vouloir ne pas regarder, accepter.

Juste la fin du monde 1

Le film a une force peu commune avant tout par le talent de Xavier Dolan à diriger ses acteurs qui tous explosent les clichés et leur jeu d'acteur. Le ton est toujours juste, très intimiste (on pénètre vraiment dans l’intimité familiale) et chacun rivalise de sensibilité sans pathos, exagération et autres scories inhérentes parfois au genre dramatique. C'est la vraie vie, avec de vrais gens même si ce sont des acteurs de renom qui tiennent les rôles. Tous à leur manière apportent une pierre à cet édifice qui nous parle forcément à un moment à un autre, les notions abordées pouvant être bien souvent appliquées à nos propres vies et à nos expériences. C'est parfois grinçant, amusant mais aussi profondément mélancolique et dramatique. Certains passages sont autant d'uppercuts que l'on reçoit, que l'on accepte finalement au nom de cette chronique familiale si en adéquation avec son temps et ses codes.

Juste la fin du monde 2

La technique du réalisateur est au diapason, ce dernier étant bourré de talent malgré son jeune âge. Il tient d'ailleurs beaucoup de postes allant de la caméra, au scénario, aux dialogues et même à l’élaboration des costumes. Les images sont belles, les personnages traités avec une minutie et un amour peu commun, la musique enveloppe délicatement l'ensemble qui séduit et fait réfléchir. C'est donc une expérience peu commune, totale dirais-je même, que le parcours de Louis qui tente de dépasser ses difficultés relationnelles pour avouer sa vérité. On sent que tout peut basculer à n'importe quel moment lors d'une innocente balade en voiture, d'une cigarette fumée dans le jardin ou lors de face à face tendus avec chacun des membres de la famille. Bien souvent, la tension retombe sans pour autant que rien ne soit réglé tant une chape de plomb et les usages en cours chez cette famille semblent bloquer tout bond en avant, toute évolution de la situation actuelle.

C'est beau, c'est fort, ça prend aux tripes et on ressort sonné de cette séance. On en a parlé pendant tout le trajet du retour et même après avec Nelfe tant ce film nous a ému et interpellé. À voir absolument !

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