mercredi 20 octobre 2010

"Cléo" de Fred Bernard

cl_o_rentr_eL'histoire: Je ne suis pas la plus belle
mais pas mal quand même,
je ne suis pas sotte
mais je dis des bêtises,
je ne suis pas folle
mais je dis des sottises,
je n'ai pas trente ans
et je suis une reine.
En amour,
j'ai l'impression d'avoir fait le tour,
mais je cherche mon roi.
Je suis une fille comme les autres ?
Peut-être...

La critique Nelfesque: J'aime bien la 4ème de couverture de cette BD. Ca me rappelle une chanson de Jeanne Cherhal, "Je suis liquide". Toute la contradiction des femmes se tient dans ces quelques phrases. Ces mots et la couverture kitsch m'ont donné envie de découvrir cette oeuvre.

Je m'attendais à découvrir la vie d'une quasi-trentenaire. Une vie décalée, voilà ce que laissait entendre le synopsis. Finalement, c'est à la vie sexuelle de Cléo essentiellement que nous avons affaire et la BD est très branchée cul. J'utilise sciemment le terme "cul" car l'auteur ne fait pas macher ses mots à son héroïne. Les partouzes, elle connait, la branlette aussi, se taper plusieurs mecs dans une même soirée ne lui fait pas peur. Nous voici donc pris dans le récit de ses histoires de fesse qui nous sont livrés sans retenue. Cléo est souvent à poil, elle se balade toute nue, tout le temps (non pas dans la rue quand même!): on voit en détail son passage à la douche, elle danse toute nue dans son appartement... Fred Bernard met à nue Cléo pour nous raconter sa vie sentimentale de femme de bientôt 30 ans, qui peine à trouver l'amour et qui a du mal à se faire à l'idée qu'elle va passer la barre fatidique des 30. Cette fameuse barre où tu es censé avoir trouvé l'homme de ta vie, t'être marié et avoir des enfants. Dur pour une fille qui peine à grandir...

Niveau dessin, je suis assez mitigée. Autant je trouve superbes les dessins pleine page au graphisme travaillé, aux ombrages subtiles où transparait la poésie de l'auteur et la fragilité de Cléo, autant je n'ai pas totalement adhéré aux dessins "casés", moins fournis. Certains passages sont toutefois de toute beauté quand l'auteur part dans des trips poétiques et fait flotter son personnage dans l'air.

cl_o

Au fil des pages on se rend compte que son malaise est plus profond. Ce n'est pas seulement une histoire de fesse qui mine le moral de Cléo mais une difficulté à vivre conformément à des règles préétablies par la morale judéo-chrétien. Les rapports qu'elle entretient avec ses parents, amoureux de l'Egypte et vivant Egypte tous les jours, représentés eux même en Horus et Thot, sont très bien rendus. On sent là toute la complexité de leur relation et la difficulté de communiquer avec Cléo, plutôt attirée par le Japon.

Finalement, "Cléo" est une BD assez complexe au niveau des sentiments qui se lit avec plaisir autant pour l'évolution du personnage et ses réflexions personnelles que pour la poésie de certains dessins.

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lundi 18 octobre 2010

"Le Zubial" d'Alexandre Jardin

zubialL'histoire: Le jour où mon père est mort, le 30 juillet 1980, la réalité a cessé de me passionner. J'avais quinze ans, je m'en remets à peine. Pour moi, il a été tour à tour mon clown, Hamlet, d'Artagnan, Mickey et mon trapéziste préféré; mais il fut surtout l'homme le plus vivant que j'ai connu. Pascal Jardin, dit le Zubial par ses enfants, n'accepta jamais de se laisser gouverner par ses peurs. Le Zubial avait le talent de vivre l'invivable, comme si chaque instant devait être le dernier. L'improbable était son ordinaire, le contradictoire son domaine.

Ce livre n'est pas un recueil de souvenirs mais un livre de retrouvailles. Le Zubial est l'homme que j'ai le plus aimé. il m'a légué une certaine idée de l'amour, tant de rêves et de questions immenses que, parfois, il m'arrive de me prendre pour un héritier.

La critique de Mr K:

Après la montée en pression avec le dernier Despentes, une lecture plus douce mais toute aussi folle avec cette biographie romancée haute en couleur avec un personnage principal totalement hors normes qui "habite" littéralement ce livre.

Le Zubial est un original qui a décidé de vivre sans contraintes et dont les actes et paroles vont marquer son fils. On lit avec délectation les délires de Pascal Jardin, son anticonformisme et son profond désir de liberté: il s'emmerde dans un dîner mondain, il le dit et se lève de table en saluant tout le monde; une femme mariée l'intéresse, il fera tout pour l'obtenir quitte à aller voir le mari ou escalier la façade... Le Zubial est avant tout un coureur de jupon, le mariage des Jardin (pour les deux morts) n'est pas un cadre figé... drôle d'existence donc où les enfants voient déambuler dans la propriété familiale les amant(e)s de tout bord. Voici un passage où l'on peut se faire une idée sur la conception de la vie du Zubial notamment sur son attirance pour l'infini et la puissance des envies illimitées:

- Et Président? lui demandai-je un jour. On peut devenir Président de la République, nous ? Parce que... ça me plairait bien. Il posa sa scie, réfléchit un instant et me répondit avec le plus grand sérieux.

- Oui, ça c'est possible... mais quand ?
- Quoi quand ?
- Quand veux-tu devenir un grand Président ?

Il me prenait un peu de court ; j'avais neuf ans et ne savais pas trop quoi répondre. Mais son attitude me confirma dans l'idée que l'affaire était jouable puisqu'il ne m' avait demandé qu'une seule chose : quand ?
A présent, je me rends compte de la beauté de sa réaction. Le Zubial me permettait tout, pourvu que mes désirs fussent exorbitants. Un père ordinaire eût sans doute ricané devant une telle question ; lui s'était seulement inquiété de la date. Le Zubial croyait en la puissance des envies lorsqu'elles sont illimitées. Etait-ce une naïveté? Sans doute, mais j 'y vois aussi une sagesse, un respect pour ce qu'il y a peut- être de plus précieux chez un petit garçon, et en l'homme les désirs. Dix-sept ans après, je garde encore le goût des siens, si vifs, si ensoleillants.

Papa, pourquoi m'as-tu abandonné? Pour quoi m'as-tu laissé dans ce monde où les vastes désirs semblent toujours un peu ridicules? Lui seul croyait en mes folies, lui seul me donnait envie de devenir quelque chose de plus grand que moi. Ce goût de l'infini, et de l'infiniment drôle, m'est resté comme une terrible nostalgie.

Alexandre Jardin se livre énormément dans ce livre, n'hésitant pas à lever le voile de la pudeur en relatant des moments clefs de sa relation avec son père. Écrit intimiste, on rit souvent devant les extravagances du père mais le ton devient par moment plus grave lorsqu'il arrive que les choses tournent mal (suicide d'Emmanuel Jardin). Souvenirs romancés placés sous le sceau de l'insouciance mais aussi des choix que l'on doit mais surtout que l'on VEUT faire. Le père, figure existentialiste par excellence, précepteur-modèle, à le fois proche et inatteignable, Idéal convoité par le jeune Alexandre qui va devoir se construire dans son ombre à la fois rassurante et étouffante. Ce livre est donc une très belle illustration du parcours initiatique que doit mener chaque ado pour se construire et s'affirmer.

Un livre qui se lit très facilement, on retrouve la très belle prose de l'auteur que j'ai déjà pratiqué par le passé avec Fanfan et le Zèbre. À la fois accessible et évocatrice au possible, les pages s'enchainent sur un rythme haletant sans que l'on s'en rende compte. Les chapitres sont très courts (5 pages maximum) et c'est par bonds successifs que nous découvrons et apprenons à connaître Pascal Jardin et ses relations avec son fils. Une bonne lecture, vivifiante à souhait que je vous recommande.

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dimanche 17 octobre 2010

"Deux jours à tuer" de François d'Epenoux

2j___tuerL'histoire: Rien à dire sur la vie d'Antoine Méliot. Il a une femme ravissante, trois enfants magnifiques, des amis fidèles, une maison dans les Yvelines meublée avec goût, une cuisine équipée et une belle situation.
Rien à dire sur la vie d'Antoine Méliot, sinon qu'en ce mois d'octobre il s'est donné un week-end pour saboter son bonheur : non seulement l'amour fou qui l'unit à sa femme et à ses enfants, mais aussi les liens indéfectibles qu'il entretient de longue date avec ses meilleurs amis. Deux jours, en vérité, pour détruire une existence. Pourquoi ? " L'araignée noire " qu'il nourrit en lui depuis l'enfance s'est-elle réveillée ?

La critique Nelfesque: J'avais envie de voir le film tiré de ce roman, dès sa sortie en salle, avec Dupontel au générique. Comme ça arrive souvent, j'ai laissé passer le temps et le film a fini par nous filer sous le nez. Qu'à cela ne tienne, j'avais noté le titre et l'auteur du roman et certes j'ai mis du temps, mais j'ai fini pas lire "Deux jours à tuer"!

Voici un petit livre, assez court (189 pages) mais dense et éprouvant. Antoine décide d'un coup d'un seul de saboter sa vie et il n'y va pas avec le dos de la cuillère. On peut comprendre le pourquoi de cette envie de tout foutre en l'air mais j'ai été assez choquée par certains de ses choix. Pourtant, pour me choquer, il faut y aller... Je ne peux dévoiler ici la raison d'un tel changement dans le comportement du personnage principal mais je ne pense pas que tout justifie une telle violence. Est-il vraiment utile d'aller à ce point dans le glauque pour quitter femme et amis? Le comportement d'Antoine avec ses enfants tout particulièrement et avec l'une de ses meilleures amies est détestable. L'auteur réussit à nous faire haïr le personnage, comme Antoine cherche à se faire haïr de son entourage. Bravo pour l'exploit.

La fin se laisse deviner mais l'auteur nous mène sur une autre piste tout à fait crédible et nous mène par le bout du nez. L'écriture est simple et, de façon assez voyeuriste, on ne peut s'empêcher de tourner les pages pour voir jusqu'où ira le personnage d'Antoine dans sa "folie préméditée". On imagine le pire bien des fois et la pression monte crescendo.

Au final un livre à ne pas mettre dans toutes les mains mais montrant à merveille la détermination d'un homme qui fait du mal pour le bien (drôle de concept mais qui se défend) et nous montre qu'on ne peut pas toujours aider les amis qui ne le veulent pas sous peine d'être rhabillé pour l'hiver. A lire. Quant à moi, il ne me reste plus qu'à voir le film. Enfin.

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mardi 12 octobre 2010

"Apocalypse bébé" de Virginie Despentes

virginie_despentes_apocalypse_bebeL'histoire: Apocalypse Bébé est un road movie électrique entre Paris et Barcelone où deux détectives aux personnalités diamétralement opposées se lancent sur les traces d'une adolescence déstructurée Valentine Gatlan, « adolescente nymphomane, défoncée à la coke et hyper active». Lucie, trentenaire, détective un peu désabusée, empotée et malgrè tout spécialisée dans les filatures d'adolescents,  est chargée par la famille Gatlan de surveiller Valentine, adolescente fragile, au comportement autodestructeur et à la sexualité très débridée. La perdant de vue  au cours d'une de ses filatures, elle se doit de la retrouver au plus vite. Manquant d'assurance et d'expérience, elle fait appel à une détective free-lance dit la « la hyène » lesbienne sulfureuse, violente,  manipulatrice, habituée aux méthodes radicales. Toutes deux se plongent à corps perdu  dans l'histoire tourmentée de l'adolescente.

La critique de Mr K: I love you Virginie! Tels avaient été mes derniers mots lors de ma critique de King Kong théorie, il y a quelques mois de cela. Ce livre le confirme, j'aime toujours autant cet auteur qui ici passe encore au cran supérieur nous livrant un livre aussi sulfureux qu'addictif. Le noir et le polar sied parfaitement à notre cherry bomb nationale. Ça fouette, ça "uppercute" et on en redemande! Mon côté maso est comblé et en redemande encore: vous l'avez compris, j'ai méchamment pris une claque avec cette lecture qui n'a eu qu'un défaut... trop courte!

Tout d'abord le genre. On a affaire à un polar drôlement bien ficelé avec sa dose de suspense et de personnages bien trempés. Le choix narratif est très efficace, on a un chapitre sur deux le point de vue de personnages secondaires à l'enquête principale: le père, la belle-doche, le cousin rebeu des quartiers, les potes d'extrême gauche... Tout pour que les pièces du puzzle (Valentine et sa psyché torturée) se révèlent petit à petit, mettant à jour peu à peu le parcours de cette gamine perdue. Les deux personnages principaux antinomiques à souhait se renvoient la balle continuellement créant un lien étrange, non dénoué d'humour (grande nouveauté despentienne!). On s'attache à la hyène, on trépigne face à la vacuité qui se dégage de Lucie... puis les repères deviennent flous et on se rend compte qu'on est balladé joyeusement par Despentes... la fin est effroyable! Pour soupoudrer le tout, rajoutez là dessus un petit air de romance lesbienne avec la découverte de l'amour avec une personne du même sexe (ça sent l'autobiographie), le tout sans en faire trop avec juste ce qu'il faut de beauté pour ne pas tomber dans la sensiblerie bon marché dont on nous abreuve à longueur de temps et vous obtenez un mélange détonnant!

Le style est une fois de plus frontal, hargneux, ironique et direct.DESPENTEScbertini_3 Tout ce que j'aime chez l'auteur. Jamais prétentieux, le but est de cerner vite et clairement les protagonistes, les lieux et l'action. J'ai lu chez d'autres blogueurs que la vulgarité est de mise tout au long de l'oeuvre. Je m'inscris en faux face à cette assertion: certes on est dans le familier mais vulgarité rime souvent avec facilité. Ici ce n'est pas le cas, ce roman est un pur reflet de notre époque et l'on voit mal des gosses de cité ou des malfrats parler comme dans le XVIème arrondissement. Alors, sûr, c'est brut de décoffrage mais ça ancre cette oeuvre dans une réalité (peu reluisante je vous l'accorde). Pour résumer, ça se lit comme du petit lait et il est vraiment très difficile de décrocher.

Mais on n'est pas seulement face à un roman classique. Au détour des pages, c'est un portrait de notre société qui nous est révélé. Une fois de plus, c'est la femme, sa féminité, sa sexualité et son rapport à l'homme qui au coeur de l'oeuvre. On retrouve dans Apocalypse bébé les questions qui taraudent l'auteur. Les piques sont nombreuses et les réflexions à l'avenant, on retrouve le féminisme punk propre à l'auteur et son dégoût-déception des hommes. Mais derrière ces éclairs thrash jubilatoires et cyniques se cache une tendresse profonde qui n'échappera à personne. C'est aussi une critique féroce de la bonne société bourgeoise avec notamment le père (François)  qui "laisse couler" face à une jeune fille en déséquilibre profond et finalement une gamine que personne ne recherche vraiment.

Une lecture enthousiasmante, un pied intégral, un souvenir littéraire vivace: un grand livre! Je persiste: I love you Virginie!

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samedi 9 octobre 2010

"L'ironie du sort" de Paul Guimard

ironieL'histoire: Nantes, le 11 septembre 1943, juste avant 23 heures. À proximité de la Kommandantur,  Antoine Desvrières est caché dans une porte cochère avec la mission d'abattre le "lieutenant Werner" qui est sur le point de terminer son enquête sur le réseau "Cornouaille".

Rue Monselet. Marie-Anne de Hauteclaire, fille du bâtonnier de Nantes, qui attend un enfant d'Antoine, est dans l'attente du résultat de cette action (dont elle ne connaît pas le détail).

Devant la Kommandantur, place Louis XVI. Le Feldgendarme Helmut Eidemann essaie de faire démarrer une camionnette pour la patrouille de 23 heures. Le lieutenant de Rompsay sort du bâtiment, reçoit le salut d'Helmut, descend vers le lieu de l’embuscade. Il pense à son métier, au passé de sa famille, à sa maîtresse française.

L'histoire peut commencer...

La critique de Mr K: Très bonne lecture que ce livre qui m'a été chaudement recommandé par un de mes collègues fervent admirateur de Guimard. Pour ma part, c'est ma première lecture de cet auteur et je pense que j'y retournerai bientôt tant son écriture et sa gestion de (des) intrigue(s) est prenante.

Ce livre ne raconte pas une histoire, mais plusieurs récits parallèles. Au centre, un acte fondateur: l'assassinat d'un officier allemand par un résistant. Selon sa réussite et son échec, les roues de l'histoire vont emprunter des rails différents. C'est justement là que réside l'ironie du sort, un choix, une réaction différente fait que notre vie prend telle ou telle direction. Livre "existentialiste" dans l'âme, le destin n'existe pas, nos vies ne sont que le résultat de nos choix. À partir de là, les personnages ont des destinées, des ressentis et des trajectoires bien différentes selon la réalisation ou non de l'acte fondateur suscité: résistant héroïque, collaborateur chevronné, mariage ou deuil, mort jeune ou vie bien remplie... Inutile de vous dire que j'ai pris un malin plaisir à passer d'un récit à un autre, examinant les changements intervenus dans la vie des personnages.

Le tout est écrit dans une langue accessible, pleine de subtilité et à la précision extrême. Point trop de description, ce qu'il faut pour que l'esprit du lecteur puisse imaginer les lieux et les personnes, des scènes haletantes (notamment les deux scènes de l'acte -réussi ou non-). Et puis, une sensibilité à fleur de page que l'on retrouve à chaque détour de phrase, de paragraphe. En voici, un petit exemple: En amour on n'est pas du soir et du matin. Marie-Anne était du soir. Jean, au contraire, toujours éveillé par les premières pâleurs de l'aube, résistait mal au désir d'arracher à la nuit ce peloton de chair tendre et étroitement inscrit dans les courbes de son propre corps. Marie-Anne dormait incrustée dans Jean. Les mouvements nocturnes les désunissaient parfois, l'espace d'un instant, mais Marie-Anne, du plus profond de son inconscience, accomplissait les gestes qui les ressoudaient au corps de son homme aussi parfaitement qu'une cire prend l'empreinte d'un moule; elle épousait Jean dans le vrai sens du mot. Elle n'était jamais aussi belle que dans le sommeil. Toute en courbes, en lignes flexibles, en replis imprévus, le visage brouillé par ses cheveux épars, elle semblait composée par un maître de ballet génial, tableau vivant de l'apaisement, danseuse immobilisée au comble de sa grâce, vulnérable, divine. Jean la découvrait furtivement tout en se jurant de respecter cette harmonie fragile mais bientôt, des draps écartés montait l'odeur de Marie-Anne endormie, ce miel, ce myrte, cette rose d'Ispahan que les plus anciens poètes ont respirés dans le parfum matinal des corps de leurs maîtresses.

Ce livre se déguste d'une traite et sous son apparence de récit simple (quoique multiple!) se cache une belle réflexion sur la liberté et la condition humaine. Une lecture que je conseille fortement.

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vendredi 8 octobre 2010

"Les régulateurs" de Richard Bachman

r_gulateursL'histoire: Dans la petite ville paisible de Wentworth, en plein coeur des Etats-Unis, règne une chaleur caniculaire. En fond sonore, ce symbole rassurant de la vie banlieusarde : le ronronnement régulier des tourniquet d'arrosage. Une fin d'après-midi comme tant d'autres ; cependant, le tonnerre se met à gronder et, au même moment une fusillade éclate, bouleversant la quiétude de la population. Puis les montres s'arrêtent, le numéro d'urgence de la police ne répond plus. Et la terreur s'empare de tous. Lorsque la voiture de Mary Jackson déboule à tombeau ouvert, on est bien loin de cette fin de journée paresseuse de juillet... Que s'est-il passé ? Qui peut bien en vouloir à cette localité sans souci ?

La critique Nelfesque: Voici une éternité que je n'avais pas lu de Stephen King (je pense qu'il est de notoriété publique que Richard Bachman et Stephen King ne sont qu'une seule et même personne). Je me suis arrêtée à "Dreamcatcher" en 2002 où j'ai dit STOP. Cet auteur qui a bercé mon adolescence m'a lassée, je trouvais qu'il n'était plus aussi bon qu'au début, allant même jusqu'à dire qu'il était franchement mauvais par moment.

Et puis j'ai remarqué sur le net, le "Challenge Stephen King" de Neph. J'ai alors sauté sur l'occasion pour lui donner une seconde chance.

J'avais déjà lu "Les Régulateurs" à sa sortie. J'avais alors 14 ans et j'avais un vague souvenir de ce roman. Je me rappellais m'être passablement ennuyée et je crois même que je l'avais abandonné en cours de lecture. J'ai donc ressorti ce roman en version grand format (j'aime beaucoup la couverture, la queue du loup suit sur celle de "Désolation", le roman jumeau de celui-ci) et me suis rafraichie la mémoire.

Disons le tout net: j'aurai mieux fait de m'abstenir! Je me suis encore une fois ennuyée pendant la moitié du roman, trouvant l'écriture franchement affreuse et brouillonne. L'histoire part dans tous les sens, la présentation des personnages se fait sans cohérence, c'est un véritable calvaire... Je comprends mieux pourquoi à 14 ans je n'ai pas voulu aller plus loin. J'ai poursuivi cette fois car depuis je ne laisse plus un seul roman de côté en cours de lecture, craignant de passer à côté de THE révélation qui fait du roman en question une pépite. Finalement, j'ai bien fait puisque la seconde partie relève le niveau. Peut-être parce que nous nous sommes habitués aux personnages, peut-être par habitude... Plus que cela, l'action devient plus intéressante, sous forme de huis clos, plus oppressante. Jusqu'ici on survolait l'histoire, là on est un peu plus dedans, connaissant les tenants et les aboutissants de l'intrigue. Le personnage du jeune garçon autiste sauve l'affaire.

challenge_stephen_kingEn fait, je n'ai pas trouvé l'histoire phénoménale. Ce n'est pas très original, j'ai l'impression d'avoir déjà lu cette histoire (et pas seulement quand j'avais 14 ans!). Peut être me suis-je vraiment lassée de Stephen King. Peut être suis-je tombée sur le mauvais pour reprendre ma lecture de cet auteur. Toujours est-il que futurs lecteurs, si vous voulez lire un bon Stephen King, passez votre chemin.

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mercredi 6 octobre 2010

"Les demoiselles de l'étrange" de Jean Rollin

demoiseloles_de_l__trangeL'histoire: Estelle et Edwige sont des fillettes autistes investies de pouvoirs médiumniques par un grand Maître tibétain. Pour traquer les ombres farouches du démon Andras, de la Nonne assassine et des dieux thériomorphes de l'Ancienne Égypte, elles sillonnent les étendues brumeuses des terres celtiques, elles pénètrent dans le couvent des moniales éventrées et gravissent les pentes escarpées qui mènent au repaire des Rêveurs éternels.

La critique de Mr K: Quel programme me direz-vous! C'est exactement ce que j'ai pensé quand je suis tombé dessus (une fois de plus chez l'abbé!). Un pitch délirant à souhait qui résonne dans mon esprit geek amateur de série B horrifiques et surtout, un auteur, un nom, que dis-je... un grand nom de la production bis française: Monsieur Jean Rollin! Avant tout réalisateur, j'ai particulièrement apprécié Les deux orphelines vampires et La morte vivante. Entre érotisme, épouvante, gore: mélange de cadrages et de lumières parfois improbables, ces films transpirent l'amour pour le film de genre à 2000 lieues de grosses productions US à grand succès de ces dernières années. Rollin, l'éternel fauché mais pour moi, le petit poil à gratter de la production française du genre.

Mais revenons à nos deux demoiselles et donc au livre qui nous intéresse. Vous l'avez compris avec le paragraphe précédent, j'en attendais beaucoup vu mon admiration pour le bonhomme. La déception n'en a été que plus grande! Je me suis gonflé mais d'une force... comme diraient mes gamins. Le postulat de base était pourtant intéressant, complètement barré... mais voilà, on se rend très vite compte d'une chose: Rollin ne révolutionne pas le genre, au contraire on a l'impression de retourner aux origines du roman d'épouvante, celui que l'on trouvait sous forme de feuilleton dans les feuilles de choux bon marché et que l'on a oublié depuis avec raison.

Les histoires sont plates au possible, aucune surprise au détour des pages que l'on tourne de plus en plus péniblement: les péripéties s'enchaînent sans empathie, sans attachement, on abat un travail plus qu'on ne prend de plaisir. Mais Mr K est un obstiné de nature, il veut croire en son Rollin! Le style est poussif, l'auteur se répète deux, trois voir quatre fois dans la même page. Ca en devient triste au bout d'un moment tant on a l'impression de se retrouver devant un écrit de collégien. Alors certes, il y a un apport culturel important, il y a quelques passages sympathiques mais franchement c'est dispensable en tant que lecture. Pour preuve, je me suis arrêté à la fin de la première histoire n'ayant pas eu le courage de poursuivre.

Une grosse erreur de casting dans ma PAL, un égarement que je vais me dépêcher d'oublier. Quant à Rollin, préférez ses oeuvres cinématographiques qui bien qu'étant sujettes à controverse chez les cinéphiles s'avèrent beaucoup plus intéressantes et surtout non-consensuelles. À bon entendeur.

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samedi 2 octobre 2010

"Darkhouse" d'Alex Barclay

darkhouseL'histoire: Quand une filature de routine se solde par les deux meurtres les plus atroces de sa carrière, l'inspecteur Joe Lucchesi quitte la police de New York et s'installe avec femme et enfant dans un village paisible de l'Irlande.

Il ne se doute pas qu'il est sur le point de vivre un cauchemar plus terrifiant que tout ce qu'il a connu: Katie, l'amie de leur fils, est retrouvée morte. Tourmenté par les rumeurs qui circulent au sujet de sa famille, Joe se lance dans une enquête solitaire, dangereuse... Car son fils lui ment, sa femme lui ment, et un tueur l'attend au tournant.

La critique de Mr K: Darkhouse est le premier roman de son auteur, son premier best-seller aussi comme écrit en blanc sur rouge sur mon exemplaire... C'est plutôt le genre de signe extérieur qui me refroidit d'habitude mais heureusement la curiosité l'a emporté un dimanche matin chez Emaüs et je l'ai pris (Merci encore l'abbé!). Ce fut une excellente lecture qui ne m'a pris que deux jours tant on devient addictif à l'oeuvre de cette diablesse d'Alex Barclay.

Et pourtant, on nage dans le classicisme absolu en terme de thriller. Un héros paumé et attachant à la Harry Bosch. Une petite famille à priori heureuse où les omissions et mensonges seront révélés (attention, la phrase d'accroche au dos est trompeuse...). Un tueur bien sadique à souhait et une populace bien conne, fan de ragots. Tout est en place pour mener la vie dure au héros qui pendant les 3/4 de l'histoire s'en prend plein la face. Le procédé narratif n'a lui aussi rien de vraiment original, on alterne les chapitres se déroulant à notre époque et les chapitres (plus courts) consacrés à la génèse du tueur en série (son enfance dramatique et tout ce qui va en découler). Rien d'original donc...

Et pourtant, c'est un livre qui m'a énormément plû parce qu'excellemment maîtrisé. Alex Barclay n'a pas inventé le fil à couper le beurre mais elle le manie avec une maestria rare pour un premier roman. Décidément les auteurs de thriller femmes sont machiavéliques. Avec une précision d'horlogère, elle installe une ambiance (vie de famille très bien décrite et jamais lourdingue) pour mieux la démonter ensuite quand une menace vient plâner sur ce microcosme paradisiaque. Chaque fin de chapitre laisse le lecteur pantelant et l'oblige (y'a pas d'autre mot) à attaquer la suite sous peine de frustration extrême. Le suspens est dosé à merveille et l'écriture aussi limpide que précise ajoute au réalisme et donc à la crédibilité de l'ensemble. Dans ces conditions, on arrive très vite à la fin qui ne déçoit pas même si l'on se doute un peu de ce qui va se passer.

Une bonne lecture que je recommande à tous. Il paraît que depuis, Alex Taylor en a sorti trois autres dont un reprenant le personnage de Joe Lucchesi, je me laisserai sans doute tenter de nouveau.

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vendredi 1 octobre 2010

" Récit d'un branleur" de Samuel Benchetrit

branleurL'histoire: Roman Stern a un vrai problème : les dingues et les dépressifs du globe semblent l'avoir choisi comme confident exclusif. Au comptoir d'un café, dans la rue ou sous un Abribus... A chaque fois, le jeune homme devient la cible privilégiée de tous ceux qui ont besoin de se plaindre. Et Roman ne s'emporte jamais. Il a toujours été comme ça. Plutôt spectateur qu'acteur, docile, adepte des salles obscures et du repli sur soi.
Jusqu'au jour où son alcoolique de tante lui lègue un caniche blanc accompagné d'un joli pactole ! Un coup du sort vite transformé en coup fumant : en créant La société des plaintes, Roman devient écouteur professionnel sans perdre de vue l'essentiel : dans la vie, on ne fait que passer et l'onglet à l'échalote se déguste bien chaud...

La critique Nelfesque: Voici un livre que j'avais dans ma bibliothèque depuis des années et dans lequel je n'avais jamais mis mon nez. Et bien mieux vaut tard que jamais, j'ai lu ce "Récit d'un branleur" en 2 jours.

Je m'attendais à un livre très drôle mais ce ne fût pas le cas. J'ai souri aux histoires des messieurs tout le monde qui défilent devant le personnage principal et à la capacité qu'à ce dernier à se transformer en "éponge hermétique" (paradoxal n'est ce pas?) le temps qu'ils lui déversent sur la tronche tout ce qui ne va pas dans leurs vies. Ce branleur est finalement ambitieux et décide de faire de cette malédiction, une opportunité qui va changer sa vie.

L'histoire est découpée en 6 parties: moi, mon chien, ma femme, mon travail, encore moi et ma famille. Oui, le branleur est narcissique! Mais qu'est ce qu'un branleur exactement? Là dessus je n'ai pas trouvé la réponse dans ce roman de Samuel Benchetrit mais, de ce qui s'en dégage, nous n'avons pas la même définition. J'aurai aimé un humour plus cinglant, c'est un peu mou du genou...

Vous l'aurez compris, je suis assez mitigée. Ce n'est certes pas le livre du siècle mais il ne m'a pas ennuyée pour autant. Disons que l'on passe le temps avec ce roman et que l'été sur la plage me semble être le moment le plus approprié, celui où notre capacité à se servir de notre cerveau avoisine le 0.

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lundi 27 septembre 2010

"Un bébé pour Rosemary" d'Ira Levin

levinL'histoire: Un cinq pièces au Bradford, en plein coeur de New York, quel bonheur pour un jeune couple! Rosemary et Guy n'en reviennent pas. Les jaloux disent que l'immeuble est maudit, marqué par la magie noire.

Peu de temps après l'arrivée de Rosemary, une jeune fille se jette par la fenêtre. Une étrange odeur règne dans les appartements. Quant aux voisins, leurs yeux sont bizarres, leurs prévenances suspectes. Guy lui-même change, et sa jeune femme, poursuivie par des rêves atroces, lutte en vain contre une terreur grandissante.

Que deviendra, dans ces conditions, le bébé de Rosemary...?

La critique de Mr K: Je voue un véritable culte à l'adaptation de Polanski mais je n'avais jamais lu le livre dont est tiré le fameux film que tout le monde connaît. Je pars donc avec un désavantage de taille: je connais déjà la fin! Le livre a-t-il donc toujours un intérêt?

Oui oui oui! Un grand OUI! Il faut dire aussi que l'auteur n'est pas n'importe qui! Ira Levin m'avait déjà enchanté lors de ma lecture d'Un bonheur insoutenable. On retrouve son talent pour définir et caractériser ses personnages en quelques lignes aussi concises que suffisantes et un don pour les descriptions à la fois discrètes mais évocatrices (à ce sujet la description de l'immeuble Bradford en début d'ouvrage est un modèle du genre).

Mais surtout, c'est dans la gestion de l'intrigue et l'évolution des personnages que Levin excèle. Petit à petit, les éléments du puzzle s'enchassent, les événements s'empilent pour arriver à la révélation finale (promis, pas de spoiling pour tous ceux qui auraient vécu en Antarctique ces 40 dernières années). L'héroïne s'enfonce dans l'angoisse, le doute et la méfiance. Les êtres autour d'elles sont-ils bien intentionnés? Pourquoi leur comportement change au fil des mois de sa grossesse? D'ailleurs, Rosemary change elle aussi, en fin d'ouvrage, elle est bien loin de l'épouse dévouée et "neuneu" de début de livre. Elle finit par réagir, même si par moment, on aurait bien envie de la baffer pour qu'elle réagisse plus vivement! Ce personnage reste très attachant et surtout, réaliste par rapport aux choses étranges qui se produisent autour d'elle.

Point d'exclusivité à Rosemary dans le traitement psychologique, Levin s'attarde aussi sur les autres personnages. Il y a Guy, le mari dévoué et amusant du début qui sombre peu à peu dans l'indifférence, les voisins intrusifs agaçants à souhait qui peu à peu se révèlent inquiétants, le gynécologue reconnu aux réponses évasives, le dynamisme et la joie des amis du jeune couple par rapport à l'ambiance mortifère régnant au Bradford et donc dans l'existence de Rosemary... Tout cela concourt, à la mise en place d'une ambiance glauque, décalée qui contraste avec l'image de la femme enceinte qui attend de mettre au monde son enfant. C'est assez glaçant et ici très efficace.

Difficile de lâcher le livre une fois de plus avant de l'avoir complètement terminé. C'est un must, garantie de découvrir un scénario diabolique à souhait pour ceux qui ne connaissent pas le film, la joie de prolonger le plaisir du film pour ceux ayant vu l'oeuvre de Polanski. À lire!

Posté par Mr K à 15:25 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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