vendredi 20 mai 2011

"Passer l'hiver" d'Olivier Adam

passer_lhiverL'histoire: Ils sont sonnés, lessivés, cassés. Un souffle suffirait à les faire tomber. Chauffeur de taxi, infirmière, ex-taulard ou vendeuse dans une station-service, peu importe: ils restent invaincus.

La critique Nelfesque: Cela faisait un moment que je voulais lire une œuvre d’Olivier Adam. J’en ai entendu le plus grand bien et j’ai vu la magnifique adaptation cinématographique de "Je vais bien ne t’en fais pas". Bien que je ne sois pas vraiment "nouvelles", lorsque ce recueil s’est présenté sous mes yeux j’ai vu là l’occasion de tenter l’expérience.

"Passer l’hiver" est un recueil de 9 nouvelles ayant toutes comme point commun la saison hivernale, le froid et la solitude. Olivier Adam n’est pas un marrant. Mieux vaut avoir le moral au beau fixe lorsque l’on entame une de ses œuvres. Ici le quotidien est semé de doutes, de blessures, de trahison et de mal de vivre. Ici, les personnages ne sont pas des plus heureux. Ils mènent leur vie bon grè mal grè, au fond comme nous tous. Olivier Adam sait faire de ses personnages des Mr et Mme Tout-le-monde. Antoine, Claire, Martine, Anna, Lucas, … on pourrait tous être ces personnages avec nos vies faites de petits bonheurs et de moments de tristesse.

Avec ces nouvelles écrites à la première personne, Olivier Adam sait toucher l’homme ordinaire au plus profond de nous, celui qui pleure et sourit, celui qui aime et se résigne, celui qui a peur de la mort et pourtant qui vit. Une œuvre sensible qui nous émeut.

"Et dire
que nous n’aurons même pas
passé l’hiver."
Dominique A

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mercredi 18 mai 2011

"Du hachis à Parmentier" série Le Poulpe, Michel Cardoze

hachisL'histoire: Gabriel exilé dans un meublé au métro Parmentier est réveillé en pleine nuit par le cauchemar de son voisin Fardido. De son discours désarticulé, Gabriel retient «une femme nue remisée dans un frigo de la boucherie» du quartier. En allant y voir de plus près, notre Poulpe va tomber sur une drôle de secte, les Jardiniers de l'âme, qui cultive l'harmonisation du corps et de l'esprit à la sauce végétarienne... Mais alors que vient faire notre boucher dans cette affaire? Qui sont les frères Ménandre mêlés à de bien obscurs trafics? Et pourquoi la kiosquière de Parmentier-Surface est-elle saignée sur ses piles de journaux invendus?

Un sacré gâchis à Parmentier en perspective!

La critique de Mr K: «Un petit Poulpe ça ne se refuse pas» me suis-dis en préparant les quelques livres que j'emportais avec moi pour nos vacances en Dordogne. Je jetais mon dévolu sur celui écrit par Michel Cardoze. Grosse surprise, on ne retouve pas Gabriel dans son bistrot préféré, le désormais mythique Au Pied de Porc mais dans un café faisant l'angle à la sortie de métro Parmentier, quartier qui sera le théâtre des aventures du Poulpe. Cette fois ci, il va se retrouver confronter à une secte de végétariens amateurs d'UV et de dialogues cosmiques (on y croise un erstaz de Skippy le Grand Gourou du sketch des Inconnus), un réseau de trafiquants fort bien implanté y compris dans les hautes sphères politiques (sic), des personnages hauts en couleurs: une tenancière de bar limite nymphomane, des déménageurs de corps spécialisés dans le tapis, des babos retirés dans la montagne, un politique véreux de belle envergure et bien d'autres.

Cela devient une habitude dans cette série: ce livre se lit vite et facilement. L'écriture bien que simple est exigente et ne prend pas le lecteur pour un imbécile avec notamment moultes références à l'histoire disséminée ici ou là (La Commune et la répression des début de la IIIème République notamment) et comme toujours on trouve des descriptions plus vraies que nature du microcosme parisien. On retrouve le penchant gauche-libertaire du héros notamment quand il va dans les Alpes retrouver sa «famille», des originaux babos vivant chichement dans les montagnes en mode auto-gestion. Une fois de plus, le Poulpe se retrouve aux prises avec d'affreux jojos d'extrême droite et autres réactionnaires (ici des espèces de milices de quartier qui veulent nettoyer eux-même leur "territoire"). Les coups pleuvent, les bonnes formules aussi! N'oublions pas cette chère Chéryl encore présente dans ce volume avec qui notre héros va essayer de nouvelles positions aussi étranges qu'hilarantes et qui le couvrira au moment opportun en associée dévouée et indéfectible qu'elle reste (Un sacré p'tit bout de femme cette coiffeuse).

Un très bon moment que j'ai passé une fois de plus en compagnie du Poulpe alias Gabriel Lecouvreur. Une petite aventure bien sympathique que je vous conseille vivement.

Aussi chroniqués au Capharnaüm Éclairé: Nazis dans le métro et J'irai faire Kafka sur vos tombes.

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dimanche 15 mai 2011

"Lord of the ringards" d'Henry N. Beard et Douglas C. Kenney

livres_lord_of_the_ringardsL'histoire: Une quête, une guerre, un anneau dont même Wagner ne veut plus entendre parler, un roi sans royaume, un petit héros poilu nommé Fripon prêt – enfin, peut-être un peu forcé par le magicien Grandpaf – à s'embarquer dans une mission unique afin de sauver les Paires du Milieu de l'asservissement par le maléfique Salkon... Tels sont les premiers éléments du plus déjanté de tous les voyages en fantasy qu'aucun être ait jamais entrepris.

La critique de Mr K: Fruit d'un troc, j'ai lu ce volume en quelques heures. Grand amateur du Seigneur des anneaux de Tolkien (une de mes premières lectures), je me suis gondolé pendant toute ma lecture tant Lord of the ringards a été écrit par des amoureux peu révérencieux de l'œuvre originelle. On retrouve la trame générale mais totalement travestie par l'esprit potache des deux auteurs. Ainsi, au début du livre, on retrouve la fameuse carte du monde de La Terre du Milieu qui devient Les Paires du Milieu (sic)... apparaissent ainsi des nomenclatures délirantes comme les régions de Mordom, Tournéobar, Constip (très classe!), Rotan, Les Monts Kiskool, Le Pays des crétins qui marchent à genoux, Les Monts Crémeux... J'en passe tellement il y en a.

Fini les hobbits qui sont remplacés par les Grossbits aussi morfales que les goélands bretons, adeptes des plaisirs simples et salissants (bouffe, bière, vomi, etc...). Gandalf devient Grandpaf magicien raté qui fait apparaître lapins et carrés d'as dans ses manches, Grand-Pas alias Aragorn devient Glande-Pas, héritier du trône aussi maladroit que débile, Sauron devient Salkon, les Nazgûls deviennent les Nazbroks, Gollum se mute en Golmon etc... On est dans le pastiche pur jus tendance Melbrooks et sa "Folle histoire de l'espace". Sûr, c'est pas finaud mais ça fonctionne et on rigole sans discontinuer.

Petit exemple, voici la transposition rigolote correspondant à la révélation faite à Frodon par Gandalf concernant le danger que coure le monde:
[...] La peur envahira bientôt nos terres, sous l'impulsion du terrible Salkon.
- Salkon! S'écria Fripon. Mais il est mort.
- Ne crois pas tout ce que racontent les hérauts, dit gravement Grandpaf. On pensait que Salkon avait été définitivement détruit lors de la bataille de Thamponjex, mais il semblerait qu'on ait pris nos désirs pour des réalités. En fait, lui et ses Neuf Nazbroks se sont échappés, astucieusement déguisés en danseurs acrobatiques gitans. Fuyant par les marais de Golio, ils ont poussé jusqu'à la périphérie du Mordom, où le prix des terrains a chuté comme un faucon paraplégique. Depuis, c'est là qu'ils reconstituent leurs forces.

C'est du même acabit sur plus de 200 pages. Contrairement à ce que j'ai pu lire sur certains compte-rendus de lecture ce n'est pas trop court. Je pense qu'on pourrait se lasser de tout cet étalage délirant. Le format et la longueur sont parfaits pour ce genre de littérature (comment ne pas penser au génial Terry Pratchett voir ici et ). Au détour de quelques pages, on croise même Alice et le lapin blanc, Boucle d'or, le cousin Machin, le père Noël et beaucoup d'autres. Vous saliverez devant des Grouïk-Grouïk Burgers, des Ouah-Ouah Deluxe, les cotelettes de veau panées et commanderez des Orca-Cola. Un ersatz de Tom Bombadillon vous proposera des acides, un agent de péage demandera son dû aux pires créatures de cauchemar, une elfe vierge essaiera de dérober votre anneau en jouant de ses charmes, vous prierez Groupama la déesse elfique des Prêts à Court Terme, vous lirez Les dragons et basilics pour les nuls... tout ici est prétexte à parodies et blagues. Un grand moment de n'importe quoi en quelque sorte!

Bien que profondément ridicule, l'aventure de Fripon et de sa compagnie ne manque pas de panache. On ne compte plus les rebondissements abracadabrantesques, l'écriture très agréable et imagée sert à merveille le genre tout en lui donnant ses lettres de noblesse (le pastiche est généralement sous-estimé). Une bien bonne et rustique lecture qui a détendu les zygomatiques de l'adepte de Tolkien que je suis. Loin d'être du domaine du blasphème (je pense aux fans-intégristes de Tolkien -si si ça existe!-), j'y ai vu une sorte d'hommage bien déjanté! Et puis, contrairement à Peter Jackson dans sa bonne adaptation cinématographique, les auteurs n'ont pas oublié Tom Bombadillon le transformant ici en baba cool des bois (j'en avais rêvé, ils l'ont fait!). Une lecture que je conseille très fortement tant on passe un bon moment au milieu de tous ces zouaves.

Je ne résiste pas à vous livrer un dernier extrait correspondant à l'ouverture des portes noires du Mordor (ici Mordom):
Des drapeaux noirs furent hissés sur les tours noires, et la porte s'ouvrit comme une paire de mâchoires en colère. Elle se mit à dégueuler ses renvois maléfiques. En sortit une armée comme on n'en avait jamais vu.. Des portes surgissaient cent mille Porks enragés qui faisaient tournoyer des chaînes de vélo et des crics, suivis de divisions dégoulinantes de mutants aux yeux exorbités, de zombies débiles, et de loups-garous mal lunés. A leurs côtés marchaient huit vingtaines de griffons fortement armés, trois mille momies marchant au pas de l'oie, et une colonne d'abominables yétis montés sur des motoneiges. Sur leurs flancs martelaient six compagnies de goules écumantes, quatre-vingts vampires desséchés munis de cravates blanches, et le Fantôme de l'Opéra. Au-dessus, le ciel était noir des formes noires de pélicans malveillants, de mouches domestiques de la taille de deux garages, et d'un Golgoth. Un flot d'ennemis aux formes et descriptions diverses coulait encore par le portail, y compris un diplodocus à six pattes, le Monstre du Loch Ness, King Kong, Godzilla, l'Etrange Créature du Lac Noir, le monstre aux 1 000 000 yeux, le Cerveau de la Planète Arous, trois espèces différentes d'insectes géantes, la Chose, Ca, la Femme de Cinquante Pieds et les Profanateurs de Sépultures. Le grand tumulte de leur charge aurait pu réveiller les morts s'ils n'avaient pas déjà formé l'arrière-garde.

Un must, je vous le dis!

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vendredi 13 mai 2011

"Je ne suis pas un serial killer" de Dan Wells

serialkillerL'histoire: John Wayne Cleaver est un jeune homme potentiellement dangereux. Très dangereux. Jugez-en plutôt: garçon renfermé, pour ne pas dire sociopathe, il vit au milieu des cadavres à la morgue locale, tenue par sa mère et sa tante, il a une certaine tendance à tuer les animaux et, depuis son plus jeune âge, il nourrit une véritable passion pour les tueurs en série. Ainsi, son destin semble tout tracé.
Mais conscient de son cas, et pas spécialement excité à l’idée de devenir un serial killer, John a décidé d’en parler à un psy et de respecter quelques règles très précises. Ne nourrir que des pensées positives à l’égard de ses contemporains. Ne pas s’approcher des animaux. Éviter les scènes de crime. Ce dernier commandement va néanmoins devenir très difficile à suivre lorsqu’on retrouve autour de chez lui plusieurs corps atrocement mutilés. Y aurait-il plus dangereux encore que John dans cette petite ville tranquille? Aurait-il enfin trouvé un adversaire à sa taille?

La critique Nelfesque: Un nouveau roman chez Sonatine, un nouveau thriller à lire! C’est avec empressement que je me suis jetée sur cet ouvrage et c’est avec une petite moue aux lèvres que je l’ai refermé.

L’idée de départ est excellente. John est un jeune ado de 15 ans, sociopathe et passionné par les serial killers, il a conscience d’être une bombe à retardement. Sa mère tient un laboratoire de thanatopraxie où elle officie avec sa soeur et sa fille. Depuis tout jeune, John a cotoyé la mort et les macchabées. A la "Six feet under", dans ces pompes funèbres, on travaille en famille. Avec sa mère, sa tante Margaret et sa soeur Lauren, John aide à l’embaumement des corps des défunts. Une activité loin d’être passionnante et tentante pour le commun des mortels mais dont John a besoin pour canaliser ses pulsions et avoir un rapport sain à la mort.

Car John sait qu’il n’en faudrait pas beaucoup pour tomber du côté obscur de la force… Lors de ses nombreux entretiens chez son psy, le docteur Neblin, il exprime son obsession pour les tueurs en série, sa fascination pour leurs modes opératoires et les règles qu'il a mis en place telles des barrières pour contenir le monstre qui est en lui et ne demande qu’à tuer. Sans sentiments, il vit avec la crainte de tuer un jour ou l’autre et du haut de ses 15 ans, il tente d’éloigner ce moment le plus possible.

Lorsqu’un corps est découvert dans sa petite ville des Etats-Unis, éviscéré et dévoré, John est aux anges. Il tient là l’occasion rêvée de vivre en direct le parcours d’un serial killer, là dans sa ville natale. Lui qui n’a pas d’amis et a eu tant de soucis jusqu’à présent avec ses camarades de classe et ses professeurs en proposant des exposés morbides en cours et en tenant des conversations déviantes dans la cours de récréation, va pouvoir s’en donner à cœur joie avec Mr Neblin! Il va traquer le tueur, le démasquer, lui tendre un piège… Tout en se battant contre ses propres démons, il doit savoir qui agit et doit le stopper. Plusieurs meurtres se succèdent, les corps sont amenés au labo de sa mère et John est au cœur du cyclone.

Le fond est très prenant, la psychologie du gamin et ses rapports avec ses semblables m’ont vraiment accrochée. Dan Wells dépeint avec humour (souvent noir) et esprit décalé le quotidien d'un jeune psychopathe en puissance. L'histoire de "Je ne suis pas un serial killer" est originale et on ne peut pas dire que ce soit un énième thriller jouant avec les codes habituels. Là où j’ai été moins convaincue c’est sur la nature même du tueur. Je n’en dirai pas plus ici pour ne pas spoiler mais j’aime quand les thrillers restent dans le réel, quand les évènements sont plausibles. Là nous sommes en plein fantastique et ce n’est pas ce que je recherche quand je lis ce genre de littérature. Petit point négatif donc dans un ensemble qui mérite d’être découvert. D'autant plus que l'on ne va pas en rester là puisqu'il y a deux autres romans à venir.

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jeudi 12 mai 2011

"Les Désaxés" de Christine Angot

angotL'histoire : Il l'avait serrée dans ses bras. Il l'avait embrassée. Elle lui avait demandé s'il l'aimait. Il avait répondu : bien sûr, je t'aime. Je suis là. Je suis pas loin. Elle s'était rendu compte à quel point elle était heureuse de le savoir dans sa vie, d'être avec lui, de vivre avec lui. Surtout quand il n'était pas là comme en ce moment. Elle détestait son désordre, elle détestait l'odeur du tabac froid, les cendriers pleins, les fenêtres ouvertes en plein hiver pour essayer de faire partir l'odeur, elle détestait quand il dormait des heures le matin, au lieu de venir lui faire l'amour. Elle était contente de penser à lui, de penser qu'il l'aimait, qu'il pensait qu'il était avec elle. Qu'il existait. Mais il y avait quelque chose qui n'allait pas depuis le début. Des signes bizarres auraient dû les alerter. Ils ne s'étaient pas méfiés, au contraire, ils avaient foncé, trop contents d'être amoureux.

La critique de Mr K : Les Désaxés est mon premier Angot. Je ne suis que de loin l'effervescence du monde littéraire mais il me semble que cette auteur attise les passions : soit on adore, soit on déteste. J'ai le souvenir de l'avoir aperçue dans une émission télé lambda et d'avoir trouvé Christine Angot plutôt antipathique. C'est encore une fois le hasard d'une trouvaille chez l'abbé qui m'a permis de découvrir un livre marquant que j'ai dévoré d'une traite.

On pourrait rebaptiser cet ouvrage "Chronique de la mort annoncée d'un couple". Je ne trahis pas un grand secret en disant que l'histoire qui nous est racontée est à sens unique et va s'attacher à décrire la lente destruction des liens d'amour qui unissent Sylvie et François. Le cadre : un appartement bourgeois et différents lieux de RDV très hypes (cafés, boîtes, réceptions et tutti quanti). Les deux protagonistes naviguent de près et de loin dans les milieux du cinéma et de la télévision. Ils ont deux enfants qui apparaissent finalement très peu dans le récit tant Angot se concentre sur les rapports complexes qu'entretiennent les deux parents. Sylvie est maniaco-dépressive et alterne phases d'excitation et phases dépressives, on la suit au gré de ses sautes d'humeur et comme pour son mari, il est difficile de la suivre. Pour avoir eu un ami très proche bipolaire, j'ai trouvé le personnage fort bien décrit et crédible de bout en bout. François lui, se pose beaucoup de questions. Aux petits soins avec sa moitié, peu à peu le doute s'installe en lui et il semble lâcher prise. La lassitude prend possession de lui et le torchon commence à brûler entre ces deux êtres qui s'aiment mais ne se comprennent plus et finissent par ne plus communiquer. Peu à peu, après moult révélations, on se rend compte que le ver était dans le fruit dès le début et l'évolution de leur histoire est d'une logique implacable.

Au final, il ne se passe pas grand chose dans Les Désaxés. Ecrit à la troisième personne, le lecteur suit en voyeur ce couple s'enfoncer dans un quotidien qui devient écrasant et aliénant. Si proches et si éloignés en même temps, c'est avec la boule au ventre que l'on tourne les pages tant ce qu'on lit peut rappeler des situations connues par tout un chacun mais ici exacerbées, concentrées. A mon avis, c'est un livre que l'on devrait prescrire à nombre de couples qui s'entre-déchirent et qui par le biais de cette lecture pourrait empêcher le naufrage de leur histoire, tant François et Sylvie cristallisent les défauts qui peuvent s'accumuler dans une histoire d'amour durable. C'est extrêmement dur par moment justement parce que ça sonne vrai ! L'écriture limpide et fluide de l'auteur y contribue grandement avec notamment par moment des références à Lacan pour éclairer les comportements parfois agressifs et paradoxaux des êtres humains face à leur conjoint. On ne peut s'empêcher de penser qu'il y a des références autobiographiques dans le récit tant les soucis et les fêlures abordés dans Les Désaxés transpirent le vécu. Je suis ressorti changé et ému de cette lecture comme rarement avant.

Vous l'avez compris, ce fut une excellente lecture : difficile dans les propos mais délectable au niveau de la qualité littéraire et des réflexions qu'elle peut susciter chez le lecteur. Un p'tit bijou en somme !

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mardi 10 mai 2011

"USA 1972" de Ian Hunter

MottL'histoire: Au début des années 70, le groupe Mott The Hoople sillonne l'Amérique et rencontre le gotha du rock. Ian Hunter, le chanteur, tient son journal de bord, "pour rester en contact avec les fans". Dans ce livre, traduit pour la première fois en France, Hunter gratte le vernis du rock'n'roll et la dorure colle aux doigts. Ici pas de mythes rapidement fabriqués pour la galerie.

La critique Nelfesque: Voici une belle immersion dans le monde du rock des années 70. Nous suivons le groupe Mott The Hoople sur sa tournée américaine, de leur départ d’Angleterre à leur dernière date à Memphis. A travers les écrits de Ian Hunter, le leader du groupe, nous faisons un bond dans l’histoire du Rock avec l’impression de toucher du doigt l’esprit 70’.

Même si le groupe Mott The Hoople n’est pas resté dans la mémoire collective comme un grand nom du rock, ils ont eu leur moment de gloire et ont fréquenté des légendes du rock. Au détour des pages de ce road movie, nous croisons Franck Zappa, David Bowie, Bryan Ferry, Iggy Pop, avec curiosité et simplicité.

Avant tout, petite présentation du groupe. Mott The Hoople, Moot pour les intimes fait dans le Glam Rock. Formation britannique de 1969, ils ont du mal à décoller et le chanteur, Ian Hunter souhaite quitter le groupe en 1972. C'est là qu'ils sont contactés par David Bowie (rien que ça!) qui les admire (rien que ça!!) et souhaite leur proposer quelques une de ses compositions (rien que ça!!!). All The Young Dudes devient vite un tube et le groupe est propulsé à la troisième place des hit-parades. En à-peine six mois, le groupe accède au rang de stars du rock et part en tournée aux États-Unis. C'est là que débute "USA 1972".

A travers les Etats-Unis, Mott saute d’un avion à un autre pour aller au devant de leurs fans dans des salles à guichet fermé mais aussi dans des trous paumés américains où même le programmateur ignore leur existence… S'ensuivent shows annulés et heures d'attente interminables... Ian Hunter nous fait part minute par minute de ce qui se passe mais aussi de ses pensées, de ses réflexions (un exemple au hasard à propos de Los Angeles by night "C'est un peu comme regarder un immense champ de pommes de terre électriques, des millions de pieds de patates"). Cela ne vole pas bien haut soit, ce n’est pas de la philo non plus mais ça a le mérite d’exister et de faire revivre une époque qui passionne encore aujourd’hui bon nombre de mélomanes. Les anecdotes sont savoureuses et Ian Hunter nous livre sans pudeur les manies et petites habitudes du groupe. On s’attend au bon vieux « sex, drugs and rock 'n' roll » mais on n’aura que le dernier car Mott est un groupe relativement clean et ses membres sont des hommes fidèles. Cela n’empêche pas certaines groupies de tenter leur chance mais avec le recul elles auraient mieux fait de jeter leur dévolu sur d’autres groupes de l’époque (non non je ne citerai personne…).

L.A., Philadelphie, New York, Kansas City, Detroit, Chicago… Limousines, tour des prêteurs sur gage à la recherche de l’affaire du siècle niveau guitare, soirées à l’hôtel ou dans une salle de concert, soirées VIP à l’occasion… Toujours les mêmes rituels qui au bout des 250 pages qui constituent cet ouvrage s’avèrent redondants. Ian Hunter le dit lui-même, il veut laisser une trace écrite de cette tournée et "rester en contact avec les fans". De ce point de vue ci c’est réussi. "USA 1972" c'est la vie en tournée, la vraie!

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lundi 9 mai 2011

"Guerre aux invisibles" d'Eric Frank Russell

guerreinvL'histoire: C'était un savant américain; il venait de faire une importante découverte, mais il n'eut pas le temps de la communiquer car il mourut aussitôt, foudroyé.

C'était un homme très équilibré, un chercheur d'une grande valeur. Or, après avoir fait une prodigieuse découverte, il décida de... se suicider.

C'est un très brillant enquêteur et il tient à savoir pourquoi, aux États-Unis, dans toute l'Europe et en Asie, les plus grands savants sont frappés d'une mort brutale après avoir fait une découverte capitale.

La critique de Mr K: Retour à la Science-Fiction aujourd'hui avec un ouvrage datant de 1939. C'est mon premier livre d'Eric Frank Russell et il m'a été prêté et chaudement recommandé par mon futur ex-collègue Georges (bientôt retraité). Il m'avait prévenu en me disant que le style n'était pas forcément remarquable mais que l'intérêt du bouquin résidait dans son propos et que la révélation était formidable. Cette sentence lourde de mystère ayant fortement aiguisé ma curiosité, je me lançais dans cette lecture...

Nous suivons Bill Graham, agent spécial du gouvernement dans une enquête étrange et haletante: la mort soudaine de nombreux savants du monde entier travaillant notamment dans le domaine de l'optique. Je ne vous en dirais pas davantage afin d'éviter d'éventer la teneur de l'histoire, nous avons une politique rigoureuse en matière de refus de «spoiler» au Capharnaüm éclairé! Sachez simplement qu'arrivé à la moitié du livre, Graham va comprendre ce qui se passe (un peu à la manière de Néo découvrant l'existence de la matrice dans Matrix), sa vision du monde va changer irrémédiablement et une réaction va s'avérer plus que nécessaire! Cette révélation qui fait la force du livre est vraiment inattendue et donne une bonne claque au lecteur. L'histoire est bien menée et malgré quelques défauts (peu ou pas de personnages féminins -ici réduits à leur plus simple expression-, les États-Unis une fois de plus désignés comme sauveurs), je n'ai pas été déçu par le dénouement plutôt attendu.

Rien d'exceptionnel au niveau du style effectivement, ça se lit bien, sans souci mais aussi sans fioritures. L'auteur déroule son histoire classiquement et les éléments s'accumulent sans réels effets de manche. Par contre, l'intérêt ne faiblit pas et malgré une certaine platitude stylistique, on reste «accroché» jusqu'au bout malgré une baisse d'intensité dans la dimension dramatique dans le dernier acte.

Un bon roman de SF qui résiste assez bien à l'épreuve du temps et qui mérite le détour pour l'originalité de son twist et le suspens grisant qui précède sa révélation. Avis aux amateurs!

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dimanche 8 mai 2011

"Délicieuses pourritures" de Joyce Carol Oates

Delicieuses_pourrituresL'histoire: Un campus féminin, dans la Nouvelle-Angleterre des années 1970. Gillian Bauer, vingt ans, brillante étudiante de troisième année, tombe amoureuse de son charismatique professeur de littérature, Andre Harrow.
Celui-ci a décidé de faire écrire et partager en classe à ses élèves leur journal intime. Et gloire à celle qui offrira son intimité en pâture!
Anorexie, pyromanie, comportements suicidaires... un drame se noue. En son centre, l'épouse du professeur, énigmatique sculptrice qui collectionne la laideur.

La critique Nelfesque: Voici un roman court (126 pages) mais efficace. Pas de temps morts dans ce récit qui présente une année dans la vie d’une jeune étudiante américaine amoureuse de son professeur de littérature. On pouvait s’attendre à une bleuette, à une fixation sur ce bel homme dont toutes les filles de l’université sont amoureuses mais on était bien loin de s’imaginer ce que ce roman révèlerait.

Bien loin du simple amour impossible, nous suivons Gillian, élève douée mais timide, pensionnaire au Heath Cottage avec une dizaine de ses camarades, dans la course vers l’obtention des faveurs de Mr Harrow. Laquelle sera la plus prometteuse? Qui saura aller le plus loin et se livrer corps et âme lors de leurs ateliers de poésie? « Allez plus profond. Cherchez la jugulaire » tel est la maxime de leur professeur qui veut faire sortir de ses élèves leur part d’ombre, leurs secrets inavoués, la matière à travailler qui fera d’elles de grands auteurs. C’est donc le prix de l’impudeur, du don de soi à l’extrême et du sacrifice qu’elles devront payer. La jalousie et la cachotterie pousseront ces jeunes filles bien sous tous rapports à des actes violents et destructeurs: tentatives de suicide, anorexie, pyromanie…

Mais la recherche de l’Art et les beaux yeux de Mr Harrow justifient-ils de tels sacrifices? Que vont réellement trouver ces jeunes filles, et Gillian en particulier, en se pliant aux exigences de ce professeur?

Ce roman réserve bien des surprises à son lecteur tant les personnages sont tordus et malsains. Les sentiments qui les lient sont complexes et, coupées de tout résonnement logique, ces élèves sont capables de tout. En avançant dans la lecture, on franchit des paliers dans le sordide et peu à peu on se retrouve piégé comme Gillian dans une toile dont on n’aurait pas soupçonné l’existence… Un très grand roman!

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jeudi 28 avril 2011

"Tout à la main" de Jean Pierre Andrevon

001L'histoire: Le fleuve de boue coule à une cinquantaine de mètres de chez moi. Il remplit la vallée jusqu'à la chaîne de montagnes en face. La boue est brûlante, elle a surgi en une nuit, du néant, ou du cœur en fusion de la Terre.

Elle aurait pu m'engloutir pendant mon sommeil. Mais non. Elle s'est arrêtée de monter juste à temps, juste avant de submerger ma maison isolée au sommet de la colline. Il n'y a plus d'électricité, la radio est morte, j'ignore ce qui a pu se passer. Guerre atomique, Tchernobyl à l'échelle de la France, catastrophe naturelle? Je ne sais pas...

Dans ma petite maison sur la colline, entre ciel et boue, je suis seul avec Lascard, mon vieux matou castré. Seul aussi avec Françoise, Cathy, Marie-Thé, Josy, Mariangela... toutes ces femmes que j'ai connues, que j'ai aimées, et dont le souvenir aigre ou brûlant m'aide à tenir le coup. Je n'ai rien d'autre à faire qu'à penser à elles, pour le temps qui me reste à vivre. Pas longtemps, de toute façon. Parce que, pour autant que je puisse le supposer...

Je suis le dernier homme sur la Terre.

La critique de Mr K: C'est mon premier Andrevon et c'est le hasard d'une visite chez l'abbé qui a déterminé le premier titre que je parcours de cet auteur. A postériori, je pense que ce n'était pas le meilleur pour aborder cet écrivain. Non par défaut de qualité (ce livre en a) mais plutôt par rapport au thème et à la forme prise. En effet, Andrevon sous couvert de SF nous livre une sorte d'analyse de l'existence d'un individu lambda face à une fin proche, cet homme est le double de l'écrivain et son curseur d'analyse est sa sexualité.

Et là, on peut le dire, on est en plein dedans! Le titre de l'ouvrage aurait dû me mettre sur la voie mais n'ayant rien lu à propos de "Tout à la main" avant de tomber dessus, j'ai pris une petite claque au bout d'une dizaine de pages quand le narrateur-héros s'empoigne vigoureusement pour s'offrir une petite tranche de plaisir solitaire... et ce n'était que le début! Repensant à sa vie passée, il passe en revue son carnet d'adresses comportant les noms des femmes qui ont partagé un temps ou plus longtemps sa vie: sources de flashbacks aussi crûs que fantasmés, on se rend vite compte que l'on dépasse la pornographie pure et dure pour une sorte de bilan sans tabou d'une vie. Attendez-vous tout de même à des scènes qui peuvent choquer tant Andrevon ne prend pas de gants (sans mauvais jeu de mot) et enchaîne les «moments de bravoures» dans la recherche de l'extase!

Il faut rajouter à ces épisodes bien salés, un cadre assez inquiétant qui entoure le héros et son chat castré (sic!). Il n'a plus de contact avec personne et l'apocalypse a eu lieu. Sans jamais donner plus de précision, la tension monte, la solitude se fait sentir et on est face à quelqu'un de profondément humain. C'est sans doute cela qui sauve ce roman: la possibilité de s'identifier par moments (pas tout le temps je vous rassure, le personnage est bien barré tout de même!) à un être esseulé et néanmoins lucide.

La langue utilisée est elle aussi particulière. Proche du langage oral, très crû, Andrevon se joue de la syntaxe et de l'écriture classique. Il coupe et charcute ses phrases, se répète à l'envie, donnant un surplus de fièvre et d'obsession à cette quête très intime. Franchement, je n'ai jamais lu quelque chose de cet acabit et ça se révèle rafraichissant et surprenant (et Dieu sait que j'aime être surpris dans mes lectures).

Certes ce n'est pas le livre de l'année pour moi mais cela reste une découverte intéressante pour qui remise sa pudeur et sa morale le temps d'une lecture aux accents parfois épiques. Pour lecteurs avertis uniquement!

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mercredi 27 avril 2011

"Autobiographie d'une fille Gaga" de Diglee

autobiographie_fille_gaga_digleeL'histoire: Je m'appelle Diglee, j'ai 22 ans, une sœur dingo et géniale, un homme roux, une Best Friend Forever qui me supporte depuis 10 ans, une mère super canon, et trop de cellulite pour mon IMC, malgré mes chorées diaboliques sur Lady Gaga. Et comme ma vie intéresse tout le monde, hein, bah .. J'en ai fait un blog. Et puis de ce blog, j'en ai fait un livre. Voilà.

La critique Nelfesque: J'ai eu "Autobiographie d'une fille Gaga" en cadeau de la part de Mr K pour mon anniversaire. Bonne pioche puisque je la voulais!

Accro aux blogs BD, à la mouvance des strips autobiographiques à base de vie de gonzesses déjantées et drôles, je lis bien entendu le blog de Diglee comme celui d'Yrgane ou encore de Pénélope ou Margaux Motin pour ne citer qu'elles. J'ai adoré l'intégrale "Joséphine" et c'est avec le même engouement que je me suis lancée dans cette lecture.

Pour avoir maintenant quelques strips de Diglee dans mon étagère à BD, pouvoir les lire quand je veux, sans connexion internet, je suis ravie. C'est drôle, c'est frais. Cependant, je n'ai pas ressenti le même sentiment qu'à la lecture de "Joséphine" (bien obligé de comparer puisque ces deux jeunes dessinatrices jouent dans la même cours). Diglee est plus jeune et je me sens beaucoup plus proche de l'univers de Pénélope Bagieu que du sien. Les références, les préoccupations de Diglee, sont celles d'une nana de 22 ans et non d'une presque trentenaire. De plus, "Joséphine" aborde aussi "le côté obscure de la force", ce qui donne une autre dimension à la lecture (pas seulement comique). Lire un strip par jour sur le blog de Diglee est marrant, les situations sont cocasses, mais s'en enchainer plusieurs dizaines à la suite fait retomber l'enthousiasme comme un soufflé.

Je ne dis pas qu'"Autobiographie d'une fille Gaga" est mauvais. Au contraire, j'aime beaucoup ce dessin dynamique et les strips sur sa vie de couple qui font forcément penser à la vie de couple de chacune d'entre nous mais il manque le petit plus... l'appartenance au "groupe" de Diglee, une identification... 7 ans de moins peut être aussi.

Planche_bd

Posté par Nelfe à 18:34 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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