dimanche 24 juin 2012

"La mort du petit cheval" d'Hervé Bazin

001L'histoire: Seconde partie de la trilogie autobiographique d’Hervé Bazin. Jean Rezeau a quitté la famille. Même éloigné de sa mère, la terrible Folcoche, sa tyrannie le poursuit. À la mort de son père, Jean croit tenir sa revanche, mais comment humilier un être qui a le talent de rendre tout humiliant ? Des années de haine ne l'ont pas préparé à l'amour dont il faudra faire son apprentissage. À travers différentes expériences, Jean s'y appliquera et, peu à peu, il découvrira le bonheur.

La critique de Mr K: Un bon classique aujourd'hui avec la suite de Vipère au poing d'Hervé Bazin.

On retrouve Brasse-brouillon alias Jean Rézeau, quelques années après l'action du premier livre. Désormais jeune homme, il est à l'aube de faire sa vie tant au niveau professionnel que sentimental mais l'ombre de Folcoche (sa marâtre) est toujours présente et continue à avoir des influences néfastes sur ses relations et dans sa vie.

Notre héros a décidé de tenter sa chance à Paris contre l'avis de ses deux parents. Ces derniers en effet souhaitaient qu'il intègre une fac pour y faire son droit comme tout Rézeau qui se respecte. C'était mal connaître leur fils qui n'aspire qu'à devenir journaliste et qui va devoir se débrouiller seul pour tenter de concrétiser ses rêves. Il va donc dans un premier temps collectionner les petits boulots sans lendemain, se voir fermer des portes et des possibilités à cause du cercle relationnel de sa marâtre et connaître moultes difficultés.

L'auteur s'attache aussi à suivre le parcours sentimental de son héros qui papillonne beaucoup en début de roman jusqu'à une rencontre clef dans un jardin public qui va changer sa vie. Pour autant rien n'est réglé tant l'héritage de Folcoche est bel et bien là. A force de la combattre par tous les moyens possibles, Jean Rézeau se rend compte qu'il devient de plus en plus comme elle et qu'il est bien le fils de cette affreuse mégère. Cette révélation va le chambouler et le forcer à changer afin d'éviter d'être dévoré par ses propres penchants à la haine et parfois l'agressivité. Toute la difficulté de s'extraire du passé pour construire son avenir sont ici poser et le bonheur est parfois bien difficile à atteindre...

Ce fut une bien bonne lecture tant le style de Bazin fait une fois de plus merveille. Simple et aérien, il est difficile de relâcher ce livre avant d'en avoir parcouru la dernière ligne. J'ai particulièrement apprécié l'étude de caractère du personnage principal et les influences qu'ont les rapports qui existent dans le cercle familial sur le parcours de toute une vie. La mort du petit cheval est un livre que je vous recommande chaudement tant le thème est traité avec brio et possède une qualité littéraire intemporelle qui séduira tout type de public.

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vendredi 22 juin 2012

"La diva et le kriegspiel" de Pierre Christin et Annie Goetzinger

00149f70L'histoire: A la Libération de la France, une célèbre cantatrice est arrêtée interrogée par des maquisards. Elle refuse de parler, les résistants reconstituent à sa place son histoire, son parcours.

La critique de Mr K: Dans cet ouvrage, on suit la vie et la carrière de Camille Provost, grande chanteuse lyrique française, depuis sa naissance dans une famille modeste et sa déchéance lors de la libération. Derrière ce récit de vie se cache une réflexion plus générale sur la période de l'occupation et le rôle que chacun a pu y jouer du collaborationniste zélé au résistant le plus farouche.

Tout commence au début du 20ème siècle avec la jeunesse de Camille. Les fêlures familiales sont déjà là, son père chômeur longue durée va peu à peu glisser dans l'alcoolisme et se laisser séduire par les idées de l'extrême droite véhiculées par les ligues de patriotes (beau passage sur les émeutes du 6 février 34 qui ont vu s'affronter les deux extrêmes face au palais Bourbon) et sa mère qui fait vivre la maisonnée par de menus travaux de couture qu'elle réalise à droite et à gauche.. Camille va se découvrir un réel talent de chanteuse et ne vit que pour son art. Grâce à une rencontre providentielle, elle va pouvoir l'exercer et sublimer toutes les œuvres qu'elle interprète. Elle va au cours de ses tournées rencontrer un germanophile passionné qui va se révéler par la suite être un fervent amateur de l'État Français de Pétain qu'il jugera par la suite pas assez déterminé dans l'aide à apporter à l'Allemagne vis à vis du péril juif.

Jusqu'à cette période trouble, le personnage de Camille est attachant. Elle se contente de vivre l'instant présent sans se préoccuper de la montée des périls durant les années 30 et mène une vie mondaine et insouciante. Son père devenu collabo, son mari propagandiste vichyssois, elle détournera la tête sans pour autant agir durant l'occupation malgré ses relations privilégiée avec des personnes de confession juive. Étrange personnage animé par le désir de vivre pleinement son art (voir l'intro avec sa maison en carton de petite fille) qui va se faire emporter par ses démons: l'indifférence et l'égocentrisme.

Le récit se présente comme la prise d'une déposition. Tout commence dans une ferme, où Camille est interrogée par un duo de résistants qui doit trier le bon grain de l'ivraie. Nous sommes donc situé au moment de l'épuration et il ne plane pas un seul doute sur le verdict qui sera prononcé envers Camille: la mort. Pour autant, au fil du déroulement, on se rend compte que les choses ne sont pas si simples, que les apparences sont parfois trompeuses et la fin vient nous cueillir comme si de rien n'était. On retrouve ici tout le talent de scénariste de Pierre Christin qui reconstitue de manière impeccable cette période historique complexe et le destin de Camille embrasse crédiblement l'Histoire avec un grand H. Ce fut une très bonne lecture qui conjugue à la fois ton épique et drame intimiste. Une belle expérience que je vous invite à partager!

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(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même scénariste:
- La maison du temps qui passe
- La croisière des oubliés
- Partie de chasse

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lundi 18 juin 2012

"Le Dieu du carnage" de Yasmina Reza

9782210755642L'histoire: À l'issue d'une altercation entre fils respectifs, deux couples se rencontrent pour régler le conflit à l'amiable. Mais le propos policé des adultes dégénère vite en dispute féroce... Mus par le "dieu du carnage", ils finiront par se quereller avec pertes et fracas, noyant un portable et décapitant un bouquet de tulipes, tout en agitant le spectre d'un hamster disparu!

La critique de Mr K: À mes yeux, une pièce de théâtre ne se lit pas, elle doit être vue. J'ai été "traumatisé" par les pièces qu'on m'a obligé à lire au collège et au lycée, ces lectures loin de me faire aimer le genre ont plutôt contribué à m'en éloigner un certain temps. C'est ainsi qu'aujourd'hui, étant passé de l'autre côté de la barrière et professant à mon tour, j'essaie d'aborder le théâtre comme ce qu'il est: un spectacle vivant et non un texte que l'on se contente de déclamer. Une fois n'est pas coutume, j'ai lu une pièce de théâtre pour le plaisir et le plus étonnant dans tout ça, c'est que je n'ai pas pu refermer le livre avant de l'avoir terminé... Bon signe, non? Je vous l'accorde, on est dans du moderne mais dans l'ancien, il y a aussi des textes qui m'ont marqué comme ceux de William Shakespeare (Hamlet et Songe d'une nuit d'été en tête) ou encore Corneille et Racine (Le Cid et Phèdre se détachant du lot à mes yeux). Dans le genre théâtral, j'aime beaucoup moins la comédie et le vaudeville.

Ici, un drame se joue et sous le prétexte d'une réunion de conciliation vont exploser des rancœurs anciennes et se révéler les caractères de chacun. Deux couples bien différents se font face et au départ tout semble bien parti pour être régler rapidement: la faute est reconnue très vite et la solution apparaît claire et facile à mettre en œuvre. Mais un grain de sable, une réplique incomprise, un brin de paranoïa et patatra! Le château de carte s'effondre et les règlements de compte peuvent commencer!

La pièce prend alors toute sa dimension. On exulte devant les répliques acerbes et les pics qui s'adressent d'abord entre eux les deux couples: la guerre est déclarée! Ce qui est tout bonnement génial tout au long des derniers deux tiers du livre, c'est que les antagonismes changent au fur et à mesure du déroulé: couple contre couple, les femmes contre leurs maris, homme contre homme... Véritable toile d'araignée à 4 sommets, on ne s'en sort plus et la situation finale est bien pire que le postulat de départ où il est juste question d'une querelle entre deux enfants.

Au final, cette lecture fut un délice, une excellente peinture du comportement et des réactions humaines. Belle description d'un règlement de compte, cette pièce met bien en valeur les mécaniques des disputes et leur côté bien souvent irrationnel. Un petit bijou que je vous recommande fortement!

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lundi 11 juin 2012

"Rebus et le loup-garou de Londres" d'Ian Rankin

Rebus-et-le-loup-garou-de-LondresL'histoire: Un tueur en série sème la terreur à Londres. Parce que sa première victime a été retrouvée dans Wolf street (rue du Loup), parce qu'il laisse une morsure sur le ventre des femmes qu'il assassine, la presse l'a baptisé le Loup-Garou.
Désemparée, la police londonienne fait appel à l'inspecteur John Rebus en qui elle voit, depuis l'affaire de L'Étrangleur d'Édimbourg, un expert ès tueurs en série. L'Écossais plonge alors dans l'univers de la métropole, avec ses métros bondés et ses quartiers dangereux.
Fidèle à lui-même, Rebus ne se fait pas que des amis dans la police londonienne et manque d'être renvoyé à Édimbourg. Quand une jeune et séduisante psychologue propose de réaliser un profil du tueur, l'occasion est trop belle pour qu'il la refuse. Toujours adepte des méthodes peu orthodoxes, il cherche encore à provoquer l'assassin. Celui-ci semble néanmoins garder une longueur d'avance sur la police.
Meurtre après meurtre, le Loup-Garou, rattrapé par sa folie, sombre peu à peu dans une spirale destructrice qui menace d'emporter Rébus et sa jolie – mais pas si innocente- psychologue...

La critique de Mr K: C'est avec un grand plaisir que je suis retourné dans l'univers de Rankin et dans la peau de son personnage fétiche: John Rebus, inspecteur écossais (ici en exil londonien) au caractère bien trempé et à la descente de pinte impressionnante! Il est ici confronté à un serial killer fort retors qui va lui donner bien des difficultés avant de bien vouloir se faire attraper!

D'emblée au bout d'un chapitre, le lecteur est transporté à Londres ce qui est nouveau quand on pratique un peu Rankin. En effet, son héros est écossais jusqu'au bout des ongles et je n'ai pu m'empêcher de sourire à l'idée de le voir déambuler dans la Capitale! Ce ne sera pas de tout repos pour lui car en plus des obstacles qu'il va rencontrer dans l'enquête pure, il va devoir conjuguer avec ses collègues londoniens et certains sont bien plus hostiles qu'ils ne devraient l'être. Cela donne lieu à des scènes mémorable où Rebus va rembarrer copieusement certains médisants.

L'enquête en elle-même est bien menée. Régulièrement, un court chapitre nous permet de nous introduire dans l'esprit malade du forcené. Ces passages vous glacent le sang et permettent vraiment de se faire une idée très précise du psycopathe qui sème la terreur à Londres. Comme dit précédemment, Rebus est égal à lui-même et reste toujours aussi attachant de par les fêlures de la vie. Ainsi, dans ce volume, on fait la connaissance de son ex-femme et de sa fille avec qui il a de gros soucis de communication. Son histoire personnelle va d'ailleurs se confondre avec l'enquête à un moment. Les personnages secondaires sont savoureux: l'ancienne famille de Rebus est décrite avec justesse et pudeur, les rapports ambigus qu'il entretient avec son homologue londonien m'ont aussi beaucoup plu entre méfiance et respect mutuel, la jeune psychologue sexy derrière un écrin classique cache un secret qui change la donne...

Les pages défilent à tout va et petit à petit la lumière se fait sur le mystérieux tueur et ses motivations. Le suspens est à son comble jusqu'au dénouement qui vient nous cueillir sans qu'on s'en rende vraiment compte. Décidément, Rankin fait mouche à chacun des livres que j'ai pu lire de lui. Si vous aimez les flic décalés, les histoires de famille compliquées, les frictions entre services de police, les tueurs machiavéliques, ce livre est pour vous!

Lu et chroniqué au Capharnaüm éclairé:
- "Nom de code: Witch"
- "Le fond de l'enfer"

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samedi 9 juin 2012

"Les lieux sombres" de Gillian Flynn

les lieux sombresL'histoire: Début des années 1980. Libby Day a sept ans lorsque sa mère et ses deux sœurs sont assassinées dans leur ferme familiale. La petite fille qui a échappé au massacre, désigne le meurtrier à la police: son frère, âgé de quinze ans.
Vingt-cinq ans plus tard, alors que Ben est toujours derrière les barreaux, Libby souffre de dépression chronique. Encouragée par une association passionnée par l'affaire, elle accepte de retrouner pour la première fois sur les lieux du drame. Et c'est là, dans un Middle West dévasté par la crise économique, qu'une vérité inimaginable commence à émerger...

La critique Nelfesque: J'avais remarqué la sortie de ce roman chez Sonatine en février 2010. Vous connaissez maintenant l'amour que je porte à cette maison d'édition (en fouinant sur le blog, vous trouverez pas mal de critiques de romans sortis chez eux) et je me doutais bien que "Les lieux sombres" serait un thriller de qualité. Je me le suis procurée lors de sa sortie en poche et voici plus d'un an qu'il croupissait dans ma PAL. Honte à moi! Heureusement, une lecture commune impulsée par mimigogotte m'a permis de l'en sortir...

Avec "Les lieux sombres", le lecteur navigue entre l'époque actuelle et le triste jour du 2 janvier 1985 où une famille a été abattue en plein milieu de la nuit dans sa ferme du Missouri. Plus qu'un meurtre, c'est une véritable boucherie aux relents de satanisme qui a été commise. Seule Libby échappe à ce massacre en s'enfuyant par la fenêtre de sa chambre et en restant prostrée dans la neige pendant des heures en chemise de nuit. Cette fillette âgée de 7 ans va alors accuser son frère aîné qui sera condamné à perpétuité. Cela fait maintenant 25 ans que Ben est en prison et un évènement va venir tout bousculer.

Libby est un personnage étrange dont toute la vie a été conditionnée par le meurtre de sa mère et de ses deux soeurs. Elle a un caractère "plat", n'a pas beaucoup d'entrain, se laisse porter et vit grâce aux dons que des anonymes, pris de pitié, ont fait à cette rescapée à l'époque des meurtres. Au début du roman, j'avoue que je n'avais pas une grande estime pour elle et pour la vie qu'elle a mené. Lorsqu'elle est contactée par une association qui se passionne pour son histoire, se réunit pour démêler l'affaire et est prête à payer Libby pour son aide, cette jeune femme arrive sur ses réserves d'argent. Bien qu'il lui en coûte de se replonger dans l'horreur de son enfance, elle considère qu'elle n'a pas le choix et accepte la proposition. Libby n'a jamais rien fait de sa vie, il n'y a pas d'autres issues.

Agaçante au départ, on va au fur et à mesure du récit s'attacher à elle. Les retours sur son passé, ce 2 janvier, heure par heure, à travers les yeux de sa mère, Patty, et de son frère, Ben, vont nous faire apparaître l'histoire sous différents angles. Les pièces du puzzle vont s'assembler au fil de son enquête qui la mènera vers son frère après plus de 20 ans de silence, vers son père Runner, personnage pathétique et alcoolique qui n'a jamais assumé sa famille mais aussi vers les amis de l'époque de son frère. Gillian Flynn nous mène alors littéralement en bateau, nous convainquant de la culpabilité de Ben, puis nous faisant douter, puis nous reconvainquant... Le lecteur est baloté dans tous les sens et toutes ses certitudes sont mises à mal.

Cette double lecture, à l'époque actuelle et en 1985, est rondement menée. On avance ainsi sur les deux tableaux et la vérité arrivera pour nous comme pour Libby dans un final qui laisse le lecteur sur le cul! Qu'est ce qui pousse un homme à tuer, jusqu'où va l'amour des siens...? sont autant de questions abordées dans ce roman.

On s'attache à Libby mais on s'attache également à Patty, la mère de famille, un exemple de courage et d'abnégation. Dans sa ferme en faillite, seule face aux créanciers, elle élève ses 4 enfants en mère célibataire, leur apportant le meilleur avec ce qu'elle a. Michelle, la plus grande de ses filles, est une vraie petite fouine qui veut tout savoir sur tout et tyranise son frère pour connaître ses secrets et le faire chanter. Dur pour un gamin de 15 ans de voir sa famille dans le besoin quand il a des amis riches. Il aide financièrement sa mère en faisant des ménages, comprend et soutient sa famille mais en même temps il est déçu de ne pas pouvoir vivre comme tout le monde, de ne pas avoir de voiture pour emmener sa copine au cinéma ou s'acheter des vêtements qui ne ressembleraient pas à des loques. Et là dessus, ses amis ne sont pas d'une grande aide et le rabaissent sans cesse. Je me suis demandée durant toute ma lecture pouquoi Ben continuait de fréquenter des gens aussi abjectes et condescendants. N'y connaissant pas grand chose en psychologie d'ado, j'aurai volontier mis des tartes à ce garçon pour qu'il cesse de fréquenter ces résidus de fausses couches drogués jusqu'aux yeux! Mais Ben est un adolescent en souffrance et en quête de reconnaissance.

"Les lieux sombres" est l'histoire d'une tragédie, d'un énorme gâchis. C'est un roman qui prend aux tripes et dans lequel Gillian Flynn, qui signe là son second roman, fait montre d'un véritable talent d'écrivain pour dépeindre des ambiances et des scènes de la vie quotidienne emplis d'amour et de compréhension. J'ai vraiment beaucoup aimé ce thriller très axé "histoire de famille". Je vous le recommande chaudement!

A lire également, les avis de mes compagnons de LC: mimigogotte, Tousleslivres, reveline, Gentiane et licorne.

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dimanche 3 juin 2012

"Ru" de Kim Thuy

ruL'histoire: Une femme voyage à travers le désordre des souvenirs : l'enfance dans sa cage d'or à Saigon, l'arrivée du communisme dans le Sud-Vietnam apeuré, la fuite dans le ventre d'un bateau au large du golfe de Siam, l'internement dans un camp de réfugiés en Malaisie, les premiers frissons dans le froid du Québec. Récit entre la guerre et la paix, ru dit le vide et le trop-plein, l'égarement et la beauté. De ce tumulte, des incidents tragi-comiques, des objets ordinaires émergent comme autant de repères d'un parcours. En évoquant un bracelet en acrylique rempli de diamants, des bols bleus cerclés d'argent ou la puissance d'une odeur d'assouplissant, Kim Thúy restitue le Vietnam d'hier et d'aujourd'hui.

La critique Nelfesque: Voici une très jolie lecture, une très jolie incursion dans la vie de Kim Thuy, écrivaine originaire du Vietnam, qui nous narre ici ses souvenirs d'enfance. "ru" est son premier roman autobiographique mêlant récit d'exil et photographies d'une vie.

Passé et présent se côtoient dans ce roman que je qualifierais plus de recueil de souvenirs. Ce n'est pas une histoire linéaire que nous propose Kim Thuy mais ses souvenirs d'enfance et ses réflexions d'adulte. Nous avons donc là plutôt une accumulation d'anecdotes qui peuvent presque se lire de façons indépendantes. Tantôt émouvantes, tantôt éprouvantes, elles nous entrainent dans l'Histoire du Vietnam, l'histoire de la famille de Kim Thuy et la façon dont aujourd'hui elle élève ses enfants au regard de tout ce qu'elle a vécu. L'auteur papillonne de souvenir en souvenir, l'un en évoquant un autre.

"ru" est une lecture particulière. Il est difficile d'en parler de manière tranchée comme je peux le faire pour les romans de fiction que je lis. Ici, nous sommes dans la vraie vie. L'auteure nous livre son intimité avec pudeur et ses mots sont choisis avec soin. Une véritable poésie réside dans la plume de cette femme et suscite l'émotion du lecteur. Malgré la violence de certains passages, les descriptions de Kim Thuy, sont emplies de douceur, de beauté, d'apaisement.

Avec cette autobiographie de 200 pages, Kim Thuy nous fait part des évènements qu'elle a pu vivre mais aussi de ses pensées. Son enfance au Vietnam, son arrivée au Québec, les boat-people, son fils atteint de trisomie... Néanmoins ne vous attendez pas à tout apprendre sur son parcours, ce n'est pas ici la démarche de Kim Thuy qui ne fait qu'effleurer les choses mais d'une caresse infiniment douce qui fait de ce roman une oeuvre à découvrir. 

"ru" est une oeuvre touchante qui se lit très vite mais reste longtemps en mémoire autant pour la beauté de ses mots que pour le sentiment de paix qui en émane.

samedi 2 juin 2012

"Les Croisés du Cosmos" de Poul Anderson

foliosf170-2004L'histoire: Messire de Tourneville s'apprêtait à rejoindre le bon roi Édouard guerroyant en France quand, à la stupeur générale, un fantastique engin volant atterrit près de son château, libérant toute une floppée de drôles de petits hommes bleus aux longues oreilles. «Sans doute des Sarrasins que ces maudits Français auront ralliés à leur cause» songe le bon Roger qui les fait illico trucider.

Grâce au merveilleux char volant pris à l'ennemi, il ira libérer la Terre sainte. Mais trahison! Au lieu de mettre obligeamment le cap sur Jérusalem, un otage détourne à travers les espaces intersidéraux nos preux chevaliers bardés de fer qui, s'ils ne comprennent pas grand-chose au film, n'en démontreront pas moins à toute la galaxie ce qu'un loyal sujet de la Couronne d'Angleterre peut faire avec une simple arbalète, un peu de ruse et beaucoup de vaillance!

La critique de Mr K: Belle surprise que ce livre trouvé une fois de plus chez l'abbé (on a nos entrées!). C'est ma seconde incursion dans l'univers SF de Poul Anderson après La Patrouille du temps que j'avais bien apprécié à l'époque. On retrouve ici le thème du choc des civilisations qui ici se traduit dans la distance et non le temps, d'où des situations tout bonnement ubuesques pour le plus grand plaisir du lecteur. C'est tout de même pas tous les jours qu'on a l'occasion de voir des chevaliers du Moyen-Âge explorer les confins de l'univers! Passé les premiers moments d'hébétude du pauvre lecteur incrédule que je suis, je me suis régalé! On retrouve l'esprit déjanté du Guide Galactique en un peu plus soft.

Et pourtant, au début, on se retrouve plongé dans un univers 100% médiéval assez bien rendu. Les mœurs sont cernées avec justesse et concision, et rien ne nous prépare vraiment au virage à 180° auquel l'écrivain va nous convier. On retrouve ici tout le talent de Poul Anderson pour peindre une période historique ancienne, son exigence en la matière est remarquable et a su me toucher. Mais cela ne dure pas longtemps, très vite un vaisseau spatial fait son apparition et nos aïeux vont devoir affronter une situation qu'ils expliquent difficilement: ces êtres étranges ne peuvent venir que des enfers vu leur aspect de diablotins bleus. La réponse ne se fait pas attendre et un bon massacre est perpétué au nom de la Foi et de l'Angleterre éternelle. De fil en aiguille, Sir Roger, le seigneur des lieux, et ses hommes se retrouvent plonger dans un gigantesque univers jusque là hors de portée où règnent en maître les Wersgorix.

C'est là qu'on rentre en plein délire, loin d'être décontenancé et de se laisser abattre Sir de Tourneville voulant sauver la face va s'employer à se comporter comme sur notre bonne vieille terre et jouer aux jeux qu'il préfère: la diplomatie et la guerre. S'ensuivent alors de longues partie de poker menteur avec son lot de bluffs et de trahisons qui vont nous mener jusqu'à une fin qu'on n'aurait jamais imaginé en tout début de lecture! La nature humaine étant de s'adapter et d'évoluer, vous verrez qu'ici nos chevaliers en armure font largement mieux que bien s'en sortir, malgré le gouffre technologique qui les sépare de leurs ennemis!

On passe donc un excellent moment entre bonne rigolade et dimension épique de l'ensemble. Les humains et leurs réactions sont parfaitement bien rendus, on n'imaginerait pas les choses se passer autrement à la vue de ce que l'on connaît des croyances et des us et coutumes du Moyen-Âge. Les extra-terrestre sont aussi très bien traités à leur manière, on suit avec délectation leurs raisonnements et erreurs qui vont leur poser bien des problèmes par la suite. Il ne m'a fallu que deux jours pour parcourir cet ouvrage qui trouvera une belle place sur mes étagères SF / Fantasy entre Terry Pratchett et Douglas Adams. À découvrir pour tous les amateurs!

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vendredi 1 juin 2012

"Porteurs d'âmes" de Pierre Bordage - ADD-ON Nelfesque

bordageMr K a déjà lu et chroniqué ce roman le 09/06/10. Je viens de le terminer et de le chroniquer à mon tour.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de mon avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique Nelfesque à la suite de celle de Mr K.

Nous procédons ainsi pour les romans déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lu à nouveau par l'un de nous.

Pour "Porteurs d'âmes", ça se passe par là.

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jeudi 31 mai 2012

"L'échappée belle" d'Anna Gavalda

echappee-belleL'histoire: Simon, Garance et Lola, trois frères et soeurs devenus grands (vieux?), s'enfuient d'un mariage de famille qui s'annonce particulièrement éprouvant pour aller rejoindre Vincent, le petit dernier, devenu guide saisonnier d'un château perdu au fin fond de la campagne tourangelle.
Oubliant pour quelques heures marmaille, conjoint, divorce, soucis et mondanités, ils vont s'offrir une dernière vraie belle journée d'enfance volée à leur vie d'adultes.

La critique Nelfesque: J'avoue, j'aime Anna Gavalda. Que dis-je, j'adore Anna Gavalda! C'est mon petit péché mignon girly en littérature. J'ai tenté d'autres auteures estampillées "fille" comme Cecelia Ahern avec "Un Cadeau du ciel", Katherine Pancol avec "Les Yeux jaunes des crocodiles" ou encore Rachel Johnson avec "Le Diable vit à Notting Hill". J'ai pleuré d'ennui parfois, trouvé quelques points d'accroche à certains mais je n'ai jamais ressenti ce que me procure la lecture d'un roman d'Anna Gavalda. Cette auteure me touche, je me sens proche de ce qu'elle dit, la façon dont elle écrit me parle. Je suis en symbiose avec cette nana. Voilà c'est dit!

J'ai lu "L'Echappée belle" en une après-midi et ce roman-ci ne déroge pas à la règle évoquée plus haut. J'ai été encore une fois émue par sa plume. Emue mais aussi amusée, touchée, happée par ses mots et ses personnages. Je suis ressortie de cette lecture le sourire aux lèvres et celle-ci m'a fait l'effet d'un bonbon sucré. Je me retrouve totalement dans un des personnages de ce roman (Garance), les situations sont excellentes et l'humour distillé au cours des pages m'a permis vraiment de m'échapper avec ce livre. N'est ce pas l'une des premières choses que l'on demande à un roman?

J'avais lu pas mal d'avis négatifs sur "L'Echappée belle" qui ont retardé ma découverte de cette oeuvre. Certains le jugent facile et creux, d'autres le voient comme du vol (beaucoup trop court pour le prix), j'ai même lu que c'était du "foutage de gueule" et que seul le nom de l'auteur faisait vendre le roman... Bien mal m'en a pris de retarder ma lecture à l'aulne de ces mots! Je l'ai certes acheté d'occasion mais je veux bien le racheter neuf demain s'il le faut. Sans prétention, frais et avec un effet "baume au coeur", Anna Gavalda remplit son contrat avec ce roman qui se rapproche plus de la nouvelle de par sa taille.

L'écriture est simple et fluide, sans fioritures ni superflu. Chez Gavalda, et dans "L'échappée belle" en particulier, les plaisirs sont simples. Ca peut paraître niais, c'est vrai, mais je trouve que dans notre monde actuel, on ne laisse pas assez de place à la simplicité, à ces petits moments de bonheur sans prétention. J'aime qu'un auteur me les remette sous le nez et d'autant plus avec talent comme c'est le cas ici. Le petit côté nostalgique présent également dans cet ouvrage n'est pas non plus pour me déplaire (hey ce n'est pas pour rien que j'aime Vincent Delerm ;) ).

La fuite de cette fratrie de trentenaires, entre espièglerie, je-m'en-foutisme et conscience du fait qu'ils font là un acte que l'on ne fait pas lorsque l'on est adulte, est savoureuse. Partir sur un coup de tête, le jour d'un mariage où toute la famille est endimanchée, laissant femmes et enfants sans explications, pour retrouver un frère qui n'a pas pu se libérer pour ce jour particulier a un côté pied de nez qui me plait bien. Un coup de pied dans les conventions, préférant la simplicité de retrouvailles entre frères et soeurs au paraître en société. A partir de là, le roman est le reflet de ce qui se passe dans l'intimité d'une fratrie ou d'un groupe d'amis très proches: la franchise, l'humour, l'intimité, les souvenirs que l'on se construit ensemble...

"L'Echappée belle" est un roman tendre et frais que l'on prend plaisir à lire en quelques heures, en toute simplicité.

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samedi 26 mai 2012

"Les hommes de paille" de Michael Marschall

9782290349182_1_75L'histoire: Mercredi 30 octobre 1991, à 12h53, dans un fast-food de Palmerston, Pennsylvanie, une femme hurle. Deux hommes, jeunes, vêtus de longs manteaux et armés de fusils semi-automatiques, abattent soixante-huit personnes. Avant de prendre la fuite, ils écrivent en lettres de sang: "Les Hommes de Paille".

Onze ans plus tard, à Santa Monica, Californie, une adolescente, Sarah Becker, est kidnappée. Le serial killer que le FBI a surnommé l'Homme Debout a encore frappé.

À Dyerburg dans le Montana, Donald et Beth Hopkins trouvent la mort dans un accident de voiture. Ward, leur fils, est incapable d'envisager la réalité de leur disparition. D'autant qu'il découvre un message caché dans le fauteuil de son père: "Nous ne sommes pas morts".

Trois faits divers, trois énigmes dont la clef est enfouie sous une chape de plomb.

La critique de Mr K: Un polar de plus à mon actif trouvé chez l'abbé ! Tout commence par un premier chapitre apocalyptique où deux individus lourdement armés massacrent apparemment sans remord des dizaines de personnes dans un Mc Do (ils n'avaient pas qu'à y aller d'abord! -sic-). Après cette entrée en matière sanglante et furieuse, on suit le deuil d'un homme qui vient de perdre ses deux parents dans un banal accident de voiture et le calvaire d'une jeune fille, enlevée et séquestrée par un être abominable. Le pitch est intéressant et accrocheur à souhait et on se prend à croire que pour une fois le commentaire commercial de Stephen King apposé sur la couverture (Hors norme, terrifiant... c'est un véritable chef d'œuvre) est justifié...

Mais voilà... ce n'est pas le cas. Non que ce livre soit une perte de temps mais pendant les 3/4 du livre, il ne se passe pas grand chose et l'auteur enfonce des portes ouvertes et enfile les clichés comme des perles. On s'ennuie donc pendant trois cents pages environ où le lecteur averti que je suis s'est coltiné un énième avatar de flic usé par les épreuves qui ici n'est pas vraiment attachant ni même repoussant, juste caricatural. Les rapports entre la jeune victime et son kidnappeur sont du même ordre et dans le genre j'ai lu beaucoup mieux. Je n'ose pas imaginer ce que Nelfe aurait pu en dire tant elle est LA spécialiste du genre dans notre couple! Bref pendant, une bonne partie de cette œuvre, Marschall accumule les détails, les petites actions habituelles (filatures, recherches, discussions d'enquêtes, simili-révélations...) sans réel talent à mes yeux tant j'avais du mal à rester concentré et concerné par le récit proposé.

Heureusement, l'auteur semble se réveiller à 100 pages du dénouement (le lecteur aussi par la même occasion) avec enfin des rebondissements qui en sont vraiment et une fin qui m'a cueilli sans que je m'en doute. Le rythme gagne en rapidité, toutes les vérités assénées jusque là, parfois assommantes il faut bien l'avouer, se révèlent caduques et laissent le champ libre à l'innommable et à la Vérité la plus crue. Je m'en suis trouvé fort bouleversé et finalement rassuré sur les qualités de cet écrivain que je découvre avec ce volume.

Nous ne sommes donc pas en présence d'un chef d'œuvre mais plutôt d'un petit thriller sympa des familles qui vaut le coup qu'on s'accroche sans pour autant qu'on puisse crier au génie. Il semblerait qu'il y ait deux autres tomes de la même série... pas sûr que je me laisse tenter, le genre abondant de classiques et autres œuvres cultes à côté desquelles Les hommes de paille fait tout de même pâle figure...

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