mercredi 28 mars 2012

"Le parfum d'Adam" de Jean Christophe Rufin

Le-parfum-dadamL'histoire: Juliette est une jeune militante écologiste, fragile et idéaliste. Elle participe à une opération commando pour libérer des animaux de laboratoire. Cette action apparemment innocente va l'entraîner au cœur d'un complot sans précédent qui, au nom de la planète, prend ni plus ni moins pour cible l'espèce humaine.

L'agence de renseignements privée «Providence», aux États-Unis, est chargée de l'affaire. Elle recrute deux anciens agents, Paul et Kerry, qui ont quitté les services secrets pour reprendre des études, l'un de médecine, et l'autre de psychologie. Leur enquête va les plonger dans l'univers terrifiant de l'écologie radicale et de ceux qui la manipulent. Car la défense de l'environnement n'a pas partout le visage sympathique qu'on lui connaît chez nous. La recherche d'un Paradis perdu, la nostalgie d'un temps où l'homme était en harmonie avec la nature peuvent conduire au fanatisme le plus meurtrier.

La critique de Mr K: Ce livre est ma troisième incursion dans l'œuvre de Rufin et il confirme tout le bien que je pense de cet écrivain hors norme. Loin des clichés qui accompagnent les membres de l'Académie (vieux écrivains versant dans l'auto-satisfaction et dans la littérature roborative), j'ai été ici confronté à un thriller de haute volée, écrit dans une langue savoureuse et nous mettant aux prises d'un récit prenant du début à la fin.

La trame principale en elle-même est assez originale car elle a comme fond un phénomène peu connu mais cependant bien réel: l'éco-terrorisme. Sans doute fait-il moins d'audimat ou vendre moins de papier que les islamistes... mais après avoir lu ce roman (inspiré de théories et d'actes ayant été commis) peut-être changerez vous d'avis comme moi!

Tout débute par le cambriolage d'un laboratoire d'expérimentation par une jeune écolo naïve. Elle libère les animaux séquestrés et a été chargée de dérober une mystérieuse fiole emplie de liquide rouge. Chargée de le remettre à un commanditaire, elle refuse et impose à ce dernier de la mettre en contact avec les responsables d'une organisation extrémiste. Le personnage de Juliette est remarquable dans le sens où on la voit évoluer au fil des 750 pages de ce roman. Réaliste à l'extrême, elle incarne tour à tour la rébellion adolescente à la fois pulsionnelle et inconséquente (bien qu'elle ait dépassé la vingtaine) puis la femme libérée (quand elle décide de prendre son destin en main après l'action menée en Pologne). Elle grandit, expérimente et ouvrira finalement les yeux sur la cause qu'elle a épousé et ceux qui l'entourent.

Parallèlement, nous faisons la connaissance de Paul et Kerry, deux ex agents de la CIA qui avaient juré de se relancer dans les "affaires" si les circonstances s'y prêtaient. 10 ans ont passé depuis cette promesse et ils ont chacun suivi leur parcours de vie. Elle est devenue psy, est mariée et a deux enfants. Quant à lui, il est médecin pour les pauvres dans une clinique qu'il a monté de toute pièce mais qui périclite face au manque d'investissements financiers. Archie, leur ancien patron, fait appel à eux et c'est un retour aux sources. Les vieux démons et réflexes se réveillent. Ces deux personnages sont aussi très attachants notamment par le fait qu'ils replongent dans un univers auquel ils ont tenté d'échapper mais qui les rattrape. Loin de jouer aux héros et aux super agents, ils ont leurs fêlures, leurs coup de blues et l'enquête est aride. Leur relation complexe est développée avec finesse et chaleur comme sait si bien le faire Rufin.

Une fois de plus, ce roman de Rufin est aussi une invitation au voyage. Son passé de médecin humanitaire n'y est pas étranger et l'on visite nombre de contrées notamment la Pologne, la Suisse, l'Autriche, les États-Unis et surtout à la fin le Brésil que l'auteur avait déjà magnifiquement décrit dans les deux premiers ouvrages que j'ai pu parcourir de lui: Rouge Brésil et La Salamandre. Loin des clichés et du tape à l'œil, on oscille constamment entre réalisme crû et paysages mentaux (les regards croisés des différents protagonistes et des seconds couteaux rendent à merveille la complexité d'un pays comme le Brésil). C'est dépaysant, désarçonnant souvent mais toujours prenant! L'écriture est une merveille et les pages se tournent une fois de plus toutes seules et malgré un livre long et dense, il ne m'a fallu aucun effort pour en venir à bout surtout que Le Parfum d'Adam se révèle être un excellent polar, au suspens distillé parfaitement et au scénario sans faille.

Ce fut donc une lecture d'une rare intensité, qui procure un plaisir de tous les instants et à l'addictivité tenace. Je vous conseille donc chaudement ce livre qui, en plus de vous faire frissonner, vous fera certainement réfléchir à notre monde et notre planète, à la notion de combat et aux limites que l'on doit se poser quand on défend une cause. Une petite bombe au sens propre comme au sens figuré!

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lundi 26 mars 2012

"La Légende de Robin des Bois" de Manu Larcenet

Robin-Larcenet-couvertureL'histoire: L'affection du sieur Alzheimer me paralyse tous les jours un peu plus. Il m'arrive trop souvent de voler aux riches sans plus me souvenir à qui je dois donner le pognon...

La critique Nelfesque: Ah Manu Larcenet! J'avais adoré "Le Combat ordinaire" et "Le Retour à la terre". Ces deux séries de bandes dessinées font partie de mes préférées. Je suis tombée par hasard sur "La Légende de Robin des Bois" au détour d'un vide grenier et connaissant l'auteur je n'ai pas hésité longtemps avant de repartir avec.

Dès les premières cases, je suis déjà prise d'un fou rire. La rencontre avec ce Robin des Bois version papi est hilarante. Atteint d'alzheimer, à l'image de Doris dans Némo, Robin ne sait jamais plus de 10 minutes ce qu'il fait là, qui est la personne qui l'accompagne et part dans des délires musicaux allant d'Annie Cordi à Carlos. On sent que c'est un trentenaire qui a fait cette BD, on a les mêmes références et on se poile franchement!

Petit Jean, de la même génération que Robin, est un vieux moine, est un peu la mémoire de ce dernier et l'aide franchement dans ses actions. Sans lui, il serait très certainement dans un hospice. Au lieu de ça, ils arpentent ensemble les chemins forestiers de Rambouillet à la recherche de touristes à détrousser. Bob Ricard, marcel et youki en laisse, pas de doute, c'est le signe d'une noblesse de grande lignée! Toujours décalé, à l'humour second degré et absurde, cette bande dessinée est un concentré de bonne humeur.

Assimilés à des serial kilers de touristes, ils sont recherchés par le célèbre shériff de Nottingham, en mal du pays. Ici point de cactus et d'indiens, il doit s'acclimater à la province française et trouve très vite en Lord Greystoke (alias Tarzan) un spécialiste de la forêt pour l'aider dans ses recherches. Quand je vous disais que c'était de grand n'importe quoi! 

Quand le troisième âge côtoie les héros de notre enfance, ça donne un mélange détonnant qu'il est vraiment plaisant de lire. Bataille en duel entre Tarzan et Robin, crise d'amnésie de ce dernier, réparties hilarantes, sans oublier Frère Tuck qui fait une apparition en Pape Tuck (les années ont passé et il a eu de l'avancement), quelques clins d'oeil à d'autres références BDesques telles que Tintin ou encore mythologiques avec le Cheval de Troie revu et corrigé à la sauce Larcenet: voici un aperçu de ce qui se passe dans "La Légende de Robin des Bois". Entre délires forestiers et incursion dans la cité, ce Robin est beaucoup plus drôle que l'original (beaucoup plus vieux aussi). Larcenet dépoussière nos classiques tout en les respectant. On sent une vraie tendresse dans cet ouvrage qui nous propose une vision drôle et fraîche de nos souvenirs d'enfance. A découvrir d'urgence!

la legende de robin des bois
(clic pour voir en plus grand)

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dimanche 25 mars 2012

"La Nuit éternelle" de Guillermo Del Toro et Chuck Hogan

la-nuit-eternelle-coverL'histoire: Une nuit sans fin s'est abattue sur la Terre depuis l'apocalypse nucléaire déclenchée par le maître. Les vampires, qui ont proliféré à un rythme vertigineux, ont réduit les humains à l'état de bétail, car, à leurs yeux, seul leur sang a encore de la valeur.

Un groupe de survivants résiste encore. Mais Ephraïm Goodweather, leur leader, n'est plus que l'ombre de lui-même: il ne s'est jamais remis de l'enlèvement de son fils et de la liaison entre sa petite amie, Nora, et son allié, Fet. Profitant de son désespoir, le maître lui propose d'épargner son fils en échange de l'Occido Lumen. Dans ce très ancien manuscrit, préservé au prix du sacrifice du professeur Setrakian, se trouve la clef pour détruire le Maître.

Ephraïm fera-t-il passer la vie de son fils avant le salut de l'humanité?

La critique de Mr K: Après quelques mois d'attente, j'ai pu finalement lire la fin de la trilogie de Del Toro et Hogan commencée par La Lignée et poursuivie par La Chute. Je vous avais fait part de la grande attente qui était la mienne à la fin de la lecture du tome 2. Et ben, ça a fait pshiiit comme l'a dit avant moi un grand amateur de croupes de ruminantes. Et encore, je reste poli car vous n'avez qu'à demander à Nelfe, je suis passé par tous les états au fil de cette lecture, le tout aboutissant à une grande déception doublée d'une colère que je n'avais pas ressenti depuis les épisodes 2 et 3 de Matrix ou l'épisode I de Star Wars (j'avais failli arracher les sièges du cinéma de Nanterre!). Bref, dégouté le Mr K!

Et pourtant, il ne manque pas de qualités ce livre! Les chapitres s'enchainent rapidement, la mayonnaise prend, les vampires sont bien thrash à la sauce Templesmith (30 jours de nuit) et franchement, je n'ai pas pu décrocher avant d'avoir fini. Certes la qualité littéraire est maigre mais les deux compères s'y connaissent en matière de suspens et de rebondissements... mais malheureusement pour eux ça ne veut pas dire pour autant qu'on puisse prendre ses lecteurs pour des cons! Moi le premier, j'en suis un... d'avoir banqué 21,50 euros pour cette bouse me retourne encore le bide...

Tout d'abord un postulat: j'adore le cinéaste Guillermo Del Toro. Le Labyrinthe de Pan est pour moi un classique et j'ai apprécié les Hellboy. Du coup, j'attendais de sa part le même génie au niveau littéraire. Grand mal m'en a pris vu que je me retrouve, dans ce volume trois, face à une "production" américaine bas de gamme, limite gerbante. Tout d'abord, nous n'avons plus vraiment de personnages devant les yeux mais des caricatures outrancières ce qui fait qu'on voit les choses arriver à 10 000 lieues à la ronde, la psychologie est réduite à son strict minimum et la beaufitude est érigée au sommet des qualités humaines (voir le personnage de Gus qui se révèle épouvantable et qu'on a envie de tuer tout au long du livre, ça finit par arriver et tant mieux!). Dieu est désormais omniprésent. D'ailleurs les vampires sont ses rejetons ou plus précisément les restes du cadavre d'un ange déchu!!! Oui, vous avez bien lu! D'un mythe païen mélangeant violence et sexe (Aaah! Bram Stocker me manque énormément d'un coup!), il faut que des bondieuseries viennent gâcher l'ensemble! Le héros a des visions qui lui disent quoi faire, il finit par se sacrifier... ça ne vous rappelle rien?! À la fin de ma lecture, je ne savais plus s'il fallait que j'en rie ou que j'en pleure! Rajoutez à cela un chapitre sur deux dédié à des scènes de baston à la Vandamme et vous obtenez ce livre que je qualifierai de bel étron littéraire!

Ouf! Ça fait du bien quand c'est dit! Vous l'avez compris, ma déception est immense face à ce que je considère comme un gros gâchis. Certes les deux premiers volumes n'étaient pas exceptionnels mais franchement il faut savoir s'arrêter avant de pourrir son travail. À lire seulement si vous n'avez jamais rien lu sur les sujets suivants: vampire et fin du monde. À lire aussi pour tous les amateurs de la série 7 à la maison car ils y retrouveront le manichéisme bien rétrograde et une coulée de bons sentiments factices à la mode Camdel. Pour les autres, franchement à part si vous avez lu les deux premiers tomes, passez votre chemin pour éviter toute perte de temps car franchement vous trouverez dix fois mieux sur les mêmes thèmes! Guillermo contente toi de faire des films!!!

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mercredi 21 mars 2012

"Star Wars, le côté obscur: Aurra Sing" de Truman et Fabbri

starwarscoteobscur08L'histoire: Après Boba fett, Aurra Sing est sans doute la plus redoutée des chasseurs de primes de toute la galaxie. Formée par la mystérieuse "Femme Sombre", Aurra Sing laisse derrière elle une traînée sanglante au sein de l'Ordre Jedi, comme en atteste la collection de sabres laser qu'elle arbore. 

La critique de Mr K: Retour dans l'espace avec ce volume supplémentaire de la série consacrée au côté obscure de la force (à prononcer d'une voix gutturale à la lueur d'une lampe torche placée sous le menton). Avant cette lecture, je ne connaissais pas ce personnage haut en couleur que cette mercenaire assoiffée de vengeance à l'encontre de l'ordre Jedi, collectionneuse de sabres lasers à ses  heures perdues (faut bien s'occuper!).

Deux récits constituent ce volume. Très différents au niveau du graphisme (une nette préférence pour la deuxième partie), ils traitent à chaque fois de contrat que doit honorer cette tueuse implacable formée aux arts jedis (par un chevalier femme rongée par les remords depuis le passage dans le côté sombre de la force de sa protégée) qui aime par dessus tout envoyer ad patres certains de ses anciens camarades! Pour être honnête, le premier récit est bas de plafond et surtout prétexte à quelques morceaux de bravoure et autres bastons sidérales sidérantes (+1 point pour l'allitération!). Et surtout, jamais les auteurs ne nous révéleront pourquoi Aurra Sing semble obnubilée par les jedis et cherche à les massacrer! Un peu stupide quand on lit le postulat de base à l'arrière de la BD! Heureusement que je l'ai eu d'occaz, j'aurais presque pu me fâcher! 

Le deuxième récit m'a beaucoup plus séduit même s'il ne révèle rien de faramineux sur les motivations profondes de l'héroïne (si ce n'est garnir le porte feuille des deux auteurs!). Mi quête initiatique mi traque infernale, la beauté des dessins est à couper le souffle et on est bien loin du côté simpliste des traits décrivant la première. Comble du bonheur, Aurra Sing bute de l'Ewok et franchement depuis le premier visionnage du Retour du jedi, ça me démangeait furieusement d'éradiquer une ou deux de ces peluches uniquement présentes pour attirer un public jeune et naïf. Justice est donc rendu dans cet opus!

Clairement cet BD est de l'ordre du dispensable pour les non puristes de Star Wars. Rien de neuf niveau scénario et esthétique pure. Pour moi ce sera juste l'occasion de rajouter un volume à ma collection qui s'étoffe de plus en plus...

personnage-aurra-sing-1

Déjà chroniqués dans l'univers Star Wars en BD au Capharnaüme éclairé:
- Star Wars Legacy, volumes 1 à 5, volumes 6 et 7, volumes 8, 9 et 10.
- Star Wars, le côté obscur: Dark Maül, La quête de Vador

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mardi 20 mars 2012

"Nouvelle vie et autres récits" de Pierre Bordage

nouvelle viePrésentation: Les avancées de la science fascinent et inquiètent Pierre Bordage. Écrivain de science-fiction reconnu, il se demande jusqu'où l'homme pourra aller au nom du progrès.

Abordant cette thématique, les cinq nouvelles de ce recueil font mouche: clonages, sociétés hyperindustrialisée, vente de patrimoine génétique, chasse à l'homme grandeur nature... Bienvenue dans les «nouvelles vies» de Jérémie Quint, P'tit Tom, Emna, Azem, et des frères du G5.

La critique de Mr K: Et oui! Pour une fois, j'ai trouvé un ouvrage intéressant dans mon casier de prof! Un recueil de nouvelles d'un de mes auteurs fétiches: Pierre Bordage. Décidément, Flammarion et ses Étonnants classiques se diversifient et touchent maintenant à un genre que j'affectionne particulièrement sans pour autant rester coltiné aux sempiternels auteurs classiques. Ce sera je l'espère en tout cas la possibilité pour de jeunes âmes de découvrir un conteur talentueux et intarissable.

Dans les programmes de BAC pro et même de CAP (sur certains aspects), il est question désormais d'aborder avec nos chers élèves les avancées de la science, des questions de bioéthique, mais aussi de parcourir avec eux les genres de l'imaginaire pur (fantasy et SF). Cette édition peut être un premier pas. On retrouve en incipit une biographie allégée de l'auteur, il faut dire que sa vie est dense et trépidante (je vous laisse faire vos curieux). Puis vient une notice sur la science-fiction, sur le genre de la nouvelle et des pistes de réflexion pour aborder l'œuvre. Inutile de vous dire que c'est un véritable plantage pour essayer de captiver les mômes car le niveau est élevé et la réflexion purement littéraire mais par contre le contenu est top pour tous les amateurs et cette vingtaine de pages est un excellent apéritif avant la lecture en elle-même.

Le recueil s'ouvre sur la nouvelle éponyme Nouvelle Vie. Le héros, Jérémie Quint, reçoit la visite d'agents d'une entreprise de génétique. Ils ont une terrible nouvelle à lui annoncer. Le livre commence sur les chapeaux de roues avec cette nouvelle très ramassée et efficace en diable à la conclusion terrifiante. Vous ne verrez plus vos enfants de la même manière et la nature profonde du genre humain se révèle en plein jour. Il est question d'un pacte bien particulier, de thérapie génique et des relations parents-enfants.

Vient ensuite La classe de maître Moda. Je vous le dis tout de go, c'est la meilleure nouvelle de l'ensemble. Dans un futur éloigné, les enfants aisés font classe depuis chez eux et restent cloîtrés. Mais un jour, un jeune enfant d'origine pauvre vient participer aux cours en ligne... tout cela va remuer les habitudes, aiguiser les jalousies et les ressentiments pour aboutir à une conclusion aussi implacable qu'inattendue. Pierre Bordage nous ballade littéralement tout au long de ces 18 pages. Il fournit une belle réflexion sur les notions d'égalité, sur le sens de l'enseignement et la nature des sentiments et leur possible manipulation.

Jour de noces poursuit l'ouvrage avec une réunion de famille complètement déjantée pendant laquelle un jeune homme va à l'aide de son grand père découvrir qui il est vraiment et la réalité qu'on lui cache depuis trop longtemps: le monde n'existe plus et il n'est pas un être de chair et de sang. La question du pourquoi se pose très vite. Malgré un pitch brillant, j'ai été quelque peu déçu par cette nouvelle. Trop extrême dans les descriptions des vices de la famille, j'aurais aimé que l'auteur s'attarde davantage sur le cheminement du petit fils et de son grand-père. Enfin... ça se lit bien et vite tout de même!

Ma main à couper voit Azem un jeune homme de vingt deux ans à la dérive participer à un jeu très dangereux mais lucratif: 20 000 euros pour participer à une chasse à l'homme. 5 heure à tenir et il sera riche! Bien maîtrisée cette histoire m'a fait irrémédiablement penser à Running man de Stephen King que Nelfe a chroniqué il y a quelques temps et qui m'avait marqué à sa lecture pendant mon adolescence. Pas de surprise donc dans cette relecture nantaise et au final mollassonne. Un des éléments les plus faibles des cinq maillons constituant cet ouvrage.

Les frères du G5 termine avec brio cette virée avec Pierre Bordage. Un homme en attend un autre, le suit jusqu'à son appartement. Il a pour mission de le tuer... mais pourquoi? Cette nouvelle est la deuxième en qualité de cet ouvrage. Le récit est maîtrisé et millimétré et la révélation finale est aussi inattendue que pétrifiante! On retrouve les thématiques de la science devenue folle avec le trafic et la marchandisation du corps, la terre trop polluée et l'exode vers Mars, la paranoïa face à l'inconnu... autant de thématiques qui érigent cette nouvelle au sommet du genre.

J'ai donc beaucoup aimé cette lecture malgré deux petites déceptions. Reste que pour moi, Bordage est largement meilleur romancier que nouvelliste tant son imagination sans borne est à l'étroit dans le format court. Par contre, ce recueil est idéal pour faire découvrir de la SF abordable aux jeunes générations ou assouvir la soif inextinguibles des fans du maître ou du genre. Avis aux amateurs!

Autres Bordage chroniqués par mes soins au Capharnaüm éclairé:
- Wang
- Abzalon
- Orcheron
- Les derniers hommes
- Ceux qui sauront
- Porteurs d'âmes
- L'Evangile du Serpent
- Griots célestes

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vendredi 16 mars 2012

"Le Montespan" de Jean Teulé

jean-teule-le-montespanL'histoire : Au temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. C'était mal connaître Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan...

Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu'il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l'homme qui profanait une union si parfaite. Refusant les honneurs et les prébendes, indifférent aux menaces répétées, aux procès en tous genres, emprisonnements, ruine ou tentatives d'assassinat, il poursuivit de sa haine l'homme le plus puissant de la planète pour tenter de récupérer sa femme...

La critique de Mr K : Retour aujourd'hui à un auteur que j'affectionne tout particulièrement et dont le présent ouvrage m'a été prêté par mon paternel. J'en avais entendu beaucoup de bien et ce n'est pas moi qui dirait le contraire: il m'a pas fallu longtemps pour le dévorer et l'apprécier. Impossible de se détacher des mots de Teulé tant ils frappent et marquent le lecteur.

À mes yeux, ce livre est avant tout une magnifique histoire d'amour. J'ai été transporté par la passion déchirante qui emporte le marquis. Romantique à souhait, ce personnage court constamment après l'absolu et la perfection, il a trouvé auprès d'Athénaïs (alias LA montespan) une alter-égo, la moitié qui lui manquait et chaque jour qui se lève est pour eux un renouveau mais aussi un renforcement de leurs liens. Ils ne roulent pas vraiment sur l'or (Montespan est plutôt ce qu'on appelle un hobereau -noble campagnard de moindre importance-) mais ils vivent d'amour et d'eau fraîche si je puis dire... Mon côté fleur bleue (si si !) a hautement apprécié les élans d'affection et les rapports entre les deux amoureux. On veut croire en leur histoire malgré le résumé de la quatrième de couverture...

Et puis patatra! Voulant améliorer l'ordinaire du couple vu les échecs successifs de son mari dans ses tentatives d'accéder au cercle des intimes de Sa Majesté par les voies de la guerre, la marquise se fait introduire à la cour du roi de France. Cela donne lieu à des pages que l'on dirait toutes droites sorties du script du film "Ridicule". Monde de l'apparence, des mensonges et des belles paroles, l'innocence n'y a pas sa place au milieu des calculs et des aspirations de chacun. La monstespan va s'y perdre et son mari va rentrer littéralement en guerre contre le monarque absolu. Cela donne lieu à des épisodes truculents, débridés voir dramatiques. Fou d'amour pour sa femme, il ne peut s'imaginer la partager avec quiconque même avec le représentant de Dieu sur terre (alias Louis XIV RTC -Roi Très Chrétien-). On sourit toujours mais on sent la trame du drame se refermer sur les protagonistes et c'est toujours à travers les yeux du cocu qu'on suit l'histoire. On oscille constamment entre le ton pathétique et le ton quasiment épique, on sourit, on s'attriste... Teulé ne nous épargne pas.

On retrouve le style inimitable de cet auteur, un souffle évocateur rare qui m'a guidé tout au long de cette lecture passionnante. Personnages charismatiques, sens aigu du récit et détails crus font de cette expérience, une de celles dont on se souvient longtemps après l'avoir vécue. Sans doute un des meilleurs ouvrages de l'auteur.

Déjà lus et appréciés du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
-Darling
-Je, François Villon
-Charly 9
-Mangez-le si vous voulez

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mercredi 14 mars 2012

"Philémon: L'arche du A" de Fred

philemon08archeL'Histoire: Philemon se retrouve une fois de plus dans le monde parallèle des lettres de l'Océan Atlantique. Il recherche son ami Barthélémy (le puisatier naufragé du A dans un opus précédent) et se rend vite compte qu'un Déluge antédiluvien s'est abattu et a fait disparaître les lettres sous les eaux. La route sera longue pour qu'il retrouve son chemin...

La critique de Mr K: Aujourd'hui, nouvelle incursion dans le monde fantasmagorique de Fred. Une fois de plus, il nous convie à une lecture fantastique et à un voyage hors du commun. On retrouve Philémon ce jeune garçon qui connaît l'existence d'un monde parallèle mais dont le père croit qu'il affabule. Cette fois-ci c'est à travers un tonneau que son oncle Félicien lui a demandé de réparer un soir d'orage (???) qu'il se retrouve embarqué sur une mystérieuse arche ayant recueilli tous les êtres résidant sur les lettres désormais submergées. Depuis 40 jours et 40 nuits, un orage tonne et déverse des trombes d'eau.

Niveau dépaysement on est une fois de plus gâtés! On apprend dès le début que la fameuse arche grandit au contact de l'eau et qu'il s'agit de la maison de Barthélémy qui pousse quand on l'arrose! Cette étrange embarcation accueille des êtres tout droit sortis de l'imagination débordante de l'auteur: les commodes cannibales qui enferment dans leurs tiroirs toutes les malheureuses personnes qui passent trop près d'elle, la main géante manu-manu qui aide le héros dans sa quête, une licorne au rôle de Pythie, un trompomp (créature bicéphale à la trompe extensive) qui se réveille à chaque déluge pour pomper l'eau. C'est aussi l'occasion de revoir Vendredi, le fidèle serviteur centaure de Barthélémy toujours aussi irascible et maniaque quant il s'agit du cirage des planchers. Je m'arrête là tant la liste est longue et pour préserver la découverte.

Philémon dans ce volume va même rencontrer la Mort et lui sauver la vie (sic!) dans la deuxième partie de l'ouvrage. Représentée sous la forme d'un industriel fumant le cigare (y'a du taf dans ce secteur et ça ne désemplit jamais), il va explorer avec elle le pays des ténèbres, rencontrer un cerbère qui s'avère être un tricheur de première catégorie et terminera son voyage au standard de l'éternité. On nage alors en plein surréalisme avant de revenir enfin sur notre bonne vieille Terre familière!

On retrouve les dessins si spécifiques de l'auteur et ces montages à partir de veilles gravures mais aussi son goût pour la poésie et les dialogues familiers dans un univers totalement décalé se nourrissant d'imagerie neuve et de vieux mythes (la Mort, la Licorne, le centaure entre autres...). On passe un bon moment au milieu de ce zoo aussi improbable que délirant. À ne pas manquer si vous êtes amateurs de trips du genre!

Autre BD de Fred chroniqué au Capharnaüm Éclairé:
-Philémon, Le naufragé du A

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mardi 13 mars 2012

"Frères de sang" de Richard Price

freresdesangL'histoire: Le Bronx, dans les années 1970. A bientôt dix-huit ans, il est temps pour Stony de choisir son chemin. Tout le pousse à suivre les pas de son père, et à devenir électricien? Une perspective qui ne l'enchante guère. Mais entre une petite amie volage, un jeune frère anorexique qu'il essaie de protéger de leur mère et une famille envahissante, Stony n'a pas le temps de penser à son avenir. Pourtant, lorsqu'il trouve un emploi dans un hôpital, il se prend à rêver d'une autre vie que celle à laquelle la tradition familiale le destine. Mais pourra-t-il échapper à ses origines?

La critique Nelfesque: Avec "Frères de sang", j'ai pris une bien belle claque. Ames sensibles d'abstenir! Entre déterminisme social, famille de cas soc' et amour fraternel, on suit la vie de toute la tribu De Coco: Chubby et Tommy, respectivement l'oncle et le père de Stony, deux queutards sans vergogne qui partagent leur temps entre les chantiers où ils sont électriciens et le bar du coin où ils séduisent des filles faciles; Marie, sa mère, égoïste et violente avec son petit frère Albert, 8 ans et anorexique; Phillis, sa tante décérébrée... et Butler, son meilleur ami.

Ce roman est violent de par les mots qu'il emploie et les idées qu'il véhicule. Richard Price, afin de pousser jusqu'à son paroxysme la violence quotidienne de cette famille, utilise des mots crus, des mots vulgaires qui peuvent choquer le lecteur à la première approche mais qui se trouvent être appropriés au climat de son roman. Les scènes de sexe et de violence physique sont explicites et ne ménagent pas le lecteur. Ici, on appelle un chat un chat...

Cette écriture crée une ambiance particulière et dès le départ, on sait que quelque chose d'irréversible va avoir lieu. De la première à la dernière ligne, on appréhende ce moment tout en sachant qu'il est inévitable. On ne sait pas encore de quoi il en retournera et l'espoir peut poindre par moment mais on est comme résigné, à l'image des personnages. En vrai roman noir, la lecture se fait sous une chape de plomb et on vit avec Stony les moindres évènements de sa vie avec fatalisme.

Loin d'être manichéen, ce roman ne se contente pas de présenter le combat de Stony pour mener sa propre vie face à une famille bornée qui veut faire de lui un électricien comme le père et l'oncle et à un milieu social populaire dans tout ce qu'il a de plus veul (alcoolisme, violence physique et morale, populisme, racisme...) qui ne l'aide pas à atteindre son rêve: travailler avec des enfants. Plus que cela, il brosse, à travers la famille De Coco, le portrait d'une société qui place l'argent, la sécurité de l'emploi et la chaleur de la routine avant les aspirations personnelles et les rêves d'idéaux. En cassant les espoirs de Stony, c'est leurs vies qu'ils créditent, leurs propres démons, leurs rêves brisés... On rentre alors en détail dans la destinée de chaque personnage et certains paraissant vraiment abjectes au premier regard deviennent humain. On comprend ainsi (sans excuser) pourquoi Marie s'acharne sur Albert même si cette relation est vraiment très difficile à lire. La scène du riz est à la limite du soutenable (vous comprendrez quand vous l'aurez lu). J'en avais les larmes aux yeux, chose très rare lors de mes lectures...

Au final, "Frères de sang" est un roman dur, au langage cru et aux destinées tragiques. Un très beau roman noir qui laisse un drôle de goût dans la bouche tant on s'attache aux personnages et qui laisse le lecteur pantois et triste. Un roman poignant.

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lundi 12 mars 2012

"1Q84: Livre III, Octobre - Décembre" d'Haruki Murakami

1Q84-3L'histoire: Ils ne le savaient pas alors, mais c'était là l'unique lieu parfait en ce monde. Un lieu totalement isolé et le seul pourtant à n'être pas aux couleurs de la solitude.

Le Livre 3 fait entendre une nouvelle voix, celle d'Ushikawa.

Et pose d'autres questions: quel est ce père qui sans cesse revient frapper à notre porte? La réalité est-elle jamais véritable? Et le temps, cette illusion, à jamais perdu?

Sous les deux lunes de 1Q84, Aomamé et tengo ne sont plus seuls...

La critique de Mr K: Acheté quasiment à sa sortie, on peut dire que je l'ai attendu celui-là! Suite aux lectures hautement addictives des deux premiers volets, les mois ont semblé bien long en attendant de connaître la fin de parcours d'Aomamé et Tengo. Le risque majeur dans ce cas de figure est la déception face aux attentes suscitées. Il m'a fallu quelques jours pour dévorer ce Livre 3 et clairement... c'est une réussite totale, une joie sans pareille, de voir un cycle se terminer de cette façon! Franchement, la trilogie 1Q84 est un chef d'œuvre qui gagne directement mon top 10!

Ce troisième tome se situe dans la lignée du précédent: très intimiste, on colle au plus près des protagonistes, suivant leurs gestes quotidiens, leurs doutes et leurs espoirs. Petite nuance et non des moindres, l'ajout d'un point de vue supplémentaire, celui de d'Ushikawa (privé déjà croisé dans les tomes précédents). Le volume 3 fonctionne donc sur un rythme ternaire, on passe du privé, à Aomamé, à Tengo puis on revient à Ushikawa et ainsi de suite. Le Livre 2 nous laissait avec nombre de questions, le Livre 3 y répond avec soin et délicatesse à l'image du style de l'auteur. Tengo et Aomamé vont-ils se retrouver? Où finiront-ils: dans notre réalité ou le monde de 1Q84? Aomamé va-t-elle suivre les indications du leader de la secte avant sa mort? Sans compter tout le reste: les little people, Fukaëri, Tamaru, la vieille dame et consorts...

Tout a sa réponse si on sait attendre et être patient. Loin de la tension sous-jacente à la fin du volume 2, on reprend la série dans un rythme très lent qui pourrait en exaspérer certains. Pour ma part, j'ai trouvé cela idéal pour replonger dans l'univers à la fois poétique et mystérieux que Murakami nous a concocté. Les détails qui de prime abord apparaissent comme sans importance s'amoncèlent, se croisent, se complètent mutuellement pour arriver à la fin que je souhaitais de tout mon cœur. On suit avec émerveillement et impatience cette histoire d'amour platonique qui au fur et à mesure monte crescendo. On peste et on tourne les pages en espérant l'impensable... et finalement, c'est la révélation, la rencontre et le voyage final. Franchement, j'en pleurais presque de joie sous ma couette... Plus romantique tu meurs! Attention, on n'est pas ici dans du soap ou du ringard, ici c'est la passion et la pureté qui l'emporte mais de façon tellement naturelle et innée qu'on ne peut qu'être conquis! Pour peu, je me transformerais en midinette!

Les personnages sont toujours aussi bien cernés, leurs motivations et réactions disséquées entre justesse et onirisme larvé à chaque détour de phrase. Le style de l'auteur fait ici encore merveille et il est difficile de lâcher son livre tant on est emporté par cette œuvre. Vive le bovarisme! Le retour au monde réel est parfois difficile quand on on se sent si bien dans un livre! Je crois que je vais vraiment mettre du temps à me remettre de cette lecture à la fois exaltante et pure: un pur bonheur que l'on a envie de partager et repartager tant il irradie longtemps après la lecture. Une œuvre puissante et essentielle!

Les Livres précédents déjà chroniqués:
- "Livre I, Avril-Juin"
- "Livre II, Juillet - Septembre"

vendredi 9 mars 2012

"La croisière des oubliés" de Christin et Bilal

CroisieredesoubliesLa01La critique de Mr K: Retour aujourd'hui sur une BD de 1984 trouvée dans notre magasin d'occaz préféré de Lorient. Dégoté pour pas chère (elle est légèrement abîmée), c'est un petit flashback dans mon adolescence qui m'attendait au détour d'un rayonnage. J'avais en effet lu cet ouvrage au CDI de mon bahut étant lycéen et il m'avait marqué. Il avait aussi été mon premier contact avec Christin dont j'ai déjà chroniqué un ouvrage il y a peu: La Maison du temps qui passe

Tout débute un beau matin dans un petit village des Landes perdu au milieu de la forêt à proximité d'un énigmatique camp militaire. Un habitant se réveille et sort de sa maison pour aller faire paître ses vaches... et là! Il chute d'un beau mètre de hauteur! Les maisons du village ont décollé durant la nuit semblant ignorer la bonne vieille pesanteur chère à Newton! La surprise est de taille pour la population locale peu habituée aux phénomènes étranges et aux mœurs réglés comme du papier à musique! Bizarre vous avez dit bizarre? Un étrange couple fait justement irruption l'après midi même, un homme anonyme possédant une machine aux pouvoirs extraordinaires et une ancienne membre du CNRS ayant travaillé sur la gravité et remerciée il y a peu... pas le temps pour autant de s'interroger car le temps se lève et le village embarque dans une croisière improbable... 

Derrière cette histoire farfelue se cache une belle parabole sur les dangers liés au développement sauvage et non contrôlé. Des expérience étranges sont menées par les militaires dans les parages et contre toute attente ils en seront les premières victimes impuissantes. En plus de cet antimilitarisme revendiqué, cette BD est une ode à l'écologie (voir le passage sur la marina construite à même les dunes, le dérèglement d'une usine, la pollution des eaux) à la fois réflexive et délirante. C'est aussi une BD profondément humaniste montrant les humains dans ce qu'ils ont parfois de plus beau dans leurs relations et leur hédonisme. Les habitants du village volant, loin de paniquer, décident de profiter de cette croisière impromptue, de festoyer et de retourner ensuite la situation en leur faveur face aux militaires bornés et incompétents. Les populations les acclament sur leur passage, les aident (nourriture, eau) et le village sème la liesse dans son sillage. 

Cet ouvrage est vraiment extraordinaire dans son contenu mais aussi dans sa forme. Les dessins de Bilal font merveille et c'est la période que je préfère. Loin de sa période bleue et fade d'aujourd'hui, les teintes sont variées et le trait à la fois précis et inachevé. Le scénario est béton et les dialogues à la fois brut de décoffrage (les héros sont des ruraux frustres mais attachants de réalité) et acerbes (jugements sur les militaire et l'adjoint au maire conservateur). À noter que ce récit possède un incipit BD d'une dizaine de page aussi énigmatique que curieux qui amorce le récit par une étrange réunion se tenant au beau milieu d'un hôtel particulier de Paris où des pontes des services secrets essaient de reconnaître le mystérieux homme présent au village lors de cette «croisière» et nombre d'autres événements comme mai 1968, la guerre d'Algérie, les maquis de la Résistance, une procession dans l'Empire Aztèque...). 

Un bien bel ouvrage donc que je vous invite à découvrir au plus vite!

go

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