jeudi 25 novembre 2010

"Vol de nuit" d'Antoine Saint-Exupéry

Saint_Exupery_Vol_de_nuit_FolioL'histoire: Ainsi les trois avions postaux de la Patagonie, du Chili et du Paraguay revenaient du sud, de l'ouest et du nord vers Buenos Aires. On y attendait leur chargement pour donner le départ, vers minuit, à l'avion d'Europe.

Trois pilotes, chacun à l'arrière d'un capot lourd comme un chaland, perdus dans la nuit, méditaient leur vol, et, vers la ville immense, descendraient lentement de leur ciel d'orage ou de paix, comme d'étranges paysans descendent de leurs montagnes.

Rivière, responsable du réseau entier, se promenait de long en large sur le terrain d'atterrissage de Buenos Aires. Il demeurait silencieux car, jusqu'à l'arrivée des trois avions, cette journée, pour lui, restait redoutable...

La critique de Mr K: Une belle lecture de plus à mon actif. Dans cet ouvrage, Saint-Exupéry nous raconte le vol d'un pilote en perdition dans la nuit, dans un orage au dessus de la Cordillère des Andes. C'est aussi la description de l'angoisse qui taraude ceux qui restent au sol: femme, supérieur hiérarchique et collaborateurs. La peinture est réaliste à l'extrême vu qu'une fois de plus, l'auteur ne fait que peindre sa propre vie. Quand en 1931, "Vol de nuit" est édité, cela fait deux ans qu'il est le directeur de l'Aéroposte Argentina. Rappelons aussi qu'il est pilote de métier et qu'il est donc aux premières loges pour décrire avec précision les bonheurs et affres de ce métier si particulier.

Ce livre est curieux. Ce n'est pas un simple roman. Certes, nous suivons un événement et ses conséquences mais à travers ce récit, l'auteur s'adonne à la méditation, à une réflexion sur ce que peut être le bonheur pour l'Homme. La liberté? Le devoir? Des questions qui traversent toutes ses oeuvres ayant pour thème l'aviation. Ce sont aussi des vertus qui apparaissent comme cardinales pour ce poète de l'action comme certains l'ont appelé: la fidèlité, l'amitié, la parole donnée, le sens du devoir, l'épanouissement par le dépassement de soi... On se prend à réfléchir avec lui, à plusieurs centaines de milliers de pieds au dessus de paysages extraordinaires, le vent fouettant notre visage et le danger pouvant survenir à n'importe quel moment.

C'est un livre qui vous transporte par son style poétique et évocateur, style si propre à cet auteur dont nombre de personnes ne retiennent que l'emblématique "Petit Prince". Dommage, car le reste de son oeuvre mérite d'être redécouverte tant elle a pu marquer une génération, celle des jeunes gens de l'entre-deux-guerres, de nos aïeux. Une écriture qui nous berce, des idéaux nobles mais non moralisateurs... beaucoup de choses qui font défaut dans notre période actuelle marquée du sceau de la consommation et de l'éphémère. Un livre poignant et optimiste à la fois, un petit bonheur de 188 pages dont il serait dommage de se priver!

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mardi 23 novembre 2010

"Millénium 2 - La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette" de Stieg Larsson

mill_nium_2L'histoire: Tandis que Lisbeth Salander coule des journées supposées tranquilles aux Caraïbes, Mikael Blomkvist, réhabilité, victorieux, est prêt à lancer un numéro spécial de Millénium sur un thème brûlant pour des gens haut placés : une sombre histoire de prostituées exportées des pays de l'Est. Mikael aimerait surtout revoir Lisbeth. Il la retrouve sur son chemin, mais pas vraiment comme prévu : un soir, dans une rue de Stockholm, il la voit échapper de peu à une agression manifestement très planifiée. Enquêter sur des sujets qui fâchent mafieux et politiciens n'est pas ce qu'on souhaite à de jeunes journalistes amoureux de la vie. Deux meurtres se succèdent, les victimes enquêtaient pour Millénium.
Pire que tout, la police et les médias vont bientôt traquer Lisbeth, coupable toute désignée et qu'on a vite fait de qualifier de tueuse en série au passé psychologique lourdement chargé. Mais qui était cette gamine attachée sur un lit, exposée aux caprices d'un maniaque et qui survivait en rêvant d'un bidon d'essence et d'une allumette ? S'agissait-il d'une des filles des pays de l'Est, y a-t-il une hypothèse plus compliquée encore ?
C'est dans cet univers à cent à l'heure que nous embarque Stieg Larsson qui signe avec ce deuxième volume de la trilogie Millénium un thriller au rythme affolant.

La critique Nelfesque: Quel plaisir de retrouver les personnages si attachants et charismatiques de "Millénium" dans ce second volet "La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette". Après avoir lu le 1er tome, je n'avais qu'une envie: me replonger dans l'univers de Stieg Larsson.

On retrouve ici tous les protagonistes du tome précédent mais l'histoire est clairement centrée sur Lisbeth. On en apprend plus sur son passé, sur sa psychologie et sa vie privée pour le plus grand bonheur des fanas de son personnage (dont je fais partie). Dans ma critique du tome précédent, j'avais évoqué le fait que Millénium ne serait pas Millénium sans Lisbeth Salander. Dans "La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette" cette affirmation prend tout son sens car tout ce qu'elle a toujours voulu cacher se retrouve révélé au grand jour. On apprend pourquoi Lisbeth a tant de mal avec l'autorité, pourquoi elle est aussi renfermée et on s'attache de plus en plus à elle. Elle est le pivot central autour duquel tourne tout le roman.

Parallèlement à "l'affaire personnelle" de Lisbeth et étroitement mêlé à son destin, on suit la mise en place d'un nouveau sujet pour le journal: prostitution et trafic de femmes en provenance des pays de l'est. Deux nouveaux personnages font leur entrée, Mia Bergman et Dag Svenson, respectivement thésarde et journaliste pigiste pour Millénium amenant sur un plateau d'argent un futur article brûlant qui risque de faire tomber pas mal de têtes dans les plus hautes sphères. Leur assassinat sème le trouble au sein du journal et l'enquête officielle se mène en parallèle d'une enquête officieuse à la Mickaël Blomkvist. Les pistes se croisent, la lumière doit être faite sur l'affaire et c'est parti pour des centaines de pages de folie mêlant réflexions d'investigation de différents protagonistes sous plusieurs angles et course contre la montre.

J'ai été totalement prise dans ce roman et j'ai eu beaucoup de mal à le lâcher certains soirs (ce qui m'a valu pas mal de tête dans le c** aux matins). Contrairement au roman précédent, je suis rentrée tout de suite dans l'histoire car les personnages que l'on connait déjà se retrouvent directement engagés dès les premières pages. Même si j'avais déjà beaucoup aimé le précédent, ce tome ci est pour moi meilleur car il appuie là où ça fait mal avec un rythme effréné qui tient le lecteur en haleine de la première à la dernière page. Quant à la fin, je conseille vivement à tous les futurs lecteurs d'avoir près d'eux le tome 3. Autrement, vos nerfs n'y résisteront pas! Je sais de quoi je parle...

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lundi 22 novembre 2010

"Un monde sans fin" de Ken Follett

mondeL'histoire: 1327. Quatre enfants sont les témoins d'une poursuite meurtrière dans les bois: un chevalier tue deux soldats au service de la reine, avant d'enfouir dans le sol une lettre mystérieuse, dont la teneur pourrait mettre en danger la couronne d'Angleterre. Ce jour lie à jamais leurs sorts...

L'architecte de génie, la voleuse éprise de liberté, la femme idéaliste, le guerrier dévoré par l'ambition: mû par la foi, l'amour et la haine, le goût du pouvoir ou la soif de vengeance, chacun d'eux se bat pour accomplir sa destinée dans un monde en pleine mutation - secoué par les guerres, terrassé par les famines, et ravagé par la Peste noire.

La critique de Mr K:  J'avais adoré Les piliers de la terre, au mois d'août juste après notre retour de Thaïlande. Avec ce volume, Follett réédite son coup de maître en nous proposant de nouveau une fresque historique très réaliste et romanesque à souhait. Plus gros roman que j'ai jamais lu dans la collection Le livre de poche, c'est la bagatelle de 1337 pages en un volume que le lecteur dévore et cela sans souci. Heureusement j'ai une compagne compréhensive qui m'a laissé faire mon autiste sans grincer des dents!

Un monde sans fin n'est pas la suite des Piliers de la terre, les personnages principaux que l'on va suivre sont de lointains descendants de Jack le bâtisseur, grande figure du livre précédent. L'action se déroule toujours à Kingbridge mais 200 ans après, pendant la guerre de 100 ans. C'est avec un plaisir non feint que l'on retrouve la bourgade qui depuis s'est muée en grande ville et au détour des 100 premières pages, on se rappelle des lieux et des personnages évoqués dans les Piliers de la terre. Vous l'avez compris, sieur Follett caresse ses aficionados dans le sens du poil.

Quatre destins donc! Quatre destins bien différents qui s'entrecroisent continuellement tout au long de cette volumineuse histoire. Il y a tout d'abord les deux frères: Merthin et Ralph. Merthin désirait plus que tout devenir chevalier, son rêve contrarié, il va être mis en compagnonnage auprès d'un menuisier (Elfric, infect et revanchard à souhait!). Dépassant le maître, il va connaître mille et un déboires avant de pouvoir réaliser son rêve: construire le plus haut bâtiment d'Angleterre! Ralph son frère est un être violent et sans scrupule, il cherche par tous les moyens l'annoblissement afin de laver l'honneur familial. Caris est-elle une femme indépendante, amoureuse de Merthin mais qui ne veut en aucun cas se marier ou avoir d'enfant afin de garder sa liberté. Épris de science et notamment de médecine, elle sera confrontée de près à la Peste Noire. Fille de marchand, puis religieuse, l'histoire d'amour qu'elle vit avec Merthin est complexe et parfois contradictoire. Enfin, il y a Gwenda, fille d"un fieffé coquin, voleuse de son état, désespéremment amoureuse d'un certain Wulfric -fils de riche paysan-. Elle n'aura de cesse de conquérir l'homme qu'elle aime et de le défendre bec et ongles voir plus...

Là-dessus, vous rajoutez une bonne vingtaine de personnages secondaires issus de toutes les sphères sociales de l'époque et vous obtenez un microcosme criant de vérité et une immersion totale dans le monde médiéval du XIVème siècle. On retrouve dans cet opus le souffle épique époustouflant qui m'avait littéralement bousculé et habité lors de ma lecture des Piliers. Difficile de décrocher et ce malgré l'épaisseur, chaque fin de chapitre est propice à l'interrogation et au suspens. J'ai  éteint la lumière de mon chevet bien tard certains soirs (Attention: livre chronophage par excellence!). L'écriture n'est jamais lourde, elle se déguste et se digère sans aucun effort. Follett fait une fois de plus preuve de talent et d'ingéniosité pour nous maintenir en haleine. Seul défaut, certains artifices scénaristiques (une trahison, un méchant teigneux comme une teigne, une condamnation en justice...) déjà utilisés dans les Piliers et qui au bout d'un moment ereintent littéralement le lecteur (Vont-ils pouvoir s'aimer tranquille? Va-t-il finir par crever ce salaud? Mais pourquoi tant de haine?). Pour cela, je situerai cet opus un ton en dessous du premier... Mais franchement, cette critique négative n'est que du pipi de chat (pardon Tesfa) comparé aux qualités énumérées ci-dessus.

Un bon, gros et grand livre que je ne saurai trop vous conseiller. Merci Mr Follett!

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samedi 20 novembre 2010

"Les fleurs d'Hiroshima" d'Édita Morris

hiroshimaL'histoire: Nos voix ne sont que des murmures et nous chantons ces complaintes qui nous sont si chères. [...] C'est avec toute notre passion que nous lançons ce cri du coeur: "Jamais plus Hiroshima!" - Comme nous nous sentons proches les uns des autres! Nous sommes une espèce à part.

Yuka a 30 ans. Elle et sa famille ont survécu à la bombe jetée sur Hiroshima quinze ans avant le début de cette histoire. Yuka fera tout pour que sa famille et ses proches aient une vie normale, même à l'arrivée de ce jeune Américain qui lui loue une chambre et qui a la joie de l'innocence.

C'est l'histoire simple de gens incapables d'oublier mais qui font preuve du courage immense des rescapés et des sacrifiés: celui de cacher au reste du monde leurs souffrances.

La critique de Mr K: Un pur chef d'oeuvre! Difficile de résumer en quelques phrases l'empreinte indélébile qu'un tel livre laisse dans votre coeur. C'est un livre difficile, d'une tristesse infinie où la pudeur toute japonaise de l'héroïne cache l'une des pires atrocité de l'histoire contemporaine: le largage de la bombe d'Hiroshima et ses conséquences sur la population.

Nous plongeons avec Sam-san (le locataire américain) au sein d'une famille de rescapés. Il y a tout d'abord la narratrice, Yuka, qui s'évertue à masquer les apparences pour protéger les siens et épargner leur invité car dans la culture japonaise ce dernier doit être traité avec tous les égards (l'hôte a un devoir quasi sacré de bien recevoir). Il y a Fumio son mari irradié tout comme elle qui rechute et qui irrémédiablement s'enfonce vers la mort. Ohatsu, jeune soeur de la narratrice à la sensibilité à fleur de peau, éperdument amoureuse d'Hiroo jeune homme de bonne famille. Et puis, il y a Sam, jeune américain idéaliste et naïf qui n'a aucune idée des secrets dissimulés dans cette maison et qui peu à peu, à force de faux pas et d'indiscrétions va découvrir un à un les traumatismes vécus par Yuka et les siens (le récit de la mort de sa mère lors du jour J est douloureux et pénible tant pour Yuka que pour nous lecteur-voyeur).

Au delà des souffrances morales et physiques que l'on découvre et vivons au fur et à mesure de notre lecture, ce qui marque le plus c'est l'ostracisme dont sont victimes les survivants de la bombe. Considérés comme des parias, ces hommes "radios-actifs" sont mis à l'écart du reste de la population et sont marqués du sceau de la honte, le souvenir de la défaite impériale de 1945. Ainsi, lors de l'introduction d'Ohatsu dans la maison de son amoureux Hiroo, sa "candidature" est rejetée par les parents du jeune homme qui la considère comme une pestiférée. En effet, les radiations même quinze ans après le bombardement, pourrissent encore les coeurs et les corps. La jeune fille ne sera jamais à 100% sûre de pouvoir enfanter ou du moins, mettre au monde un enfant dit "normal" sans déformations ou autres "défauts". Ce passage est rude à l'image de celui où le mari de Yuka doit retourner à l'hopital car la maladie se déclare à nouveau. Fumio tombe à terre lors d'une fête familiale et ne veut aucunement montrer à son invité occidental (américain de surcroît!) qu'il est en état de faiblesse, les visites à l'hopital de sa femme auxquelles nous assistons par la suite se révèlent de plus en plus épouvantables à suivre tant cette attitude pudique devient pesante. Les larmes ne sont pas loin...

L'écriture est simple, fine, légère et poétique à l'image de l'attitude de Yuka. Édita Morris ne verse jamais dans l'apitoiement ou le misérabilisme, la vie doit continuer malgré tout malgré cela. Petit à petit le voile se lève, l'émotion grandit, noue l'estomac et finit par nous achever par un dernier chapitre éprouvant. Pour ces raisons et bien d'autres que je n'ai pas évoqué, c'est un livre qu'il faut lire absolument car chaque lecteur, en partageant les douleurs et souffrances de cette famille, ne peut que garder en mémoire le bouquet de fleur évoqué dans le titre de l'ouvrage (déposé par Ohatsu chaque jour à un endroit bien précis de la rive du fleuve), symbole du souvenir de l'atrocité commise au nom de la guerre un certain 6 août 1945... Préparez vos mouchoirs, prenez une bonne inspiration et tentez l'expérience... vous en ressortirez changé(e) à jamais.

jeudi 18 novembre 2010

"Lumière noire" de Didier Daeninckx

luxL'histoire: Une patrouille de police tire sur une voiture, à Roissy-Charles-de-Gaulle, tuant le conducteur. La bavure est manifeste mais le climat crée par la vague d'attentats terroristes qui secoue alors Paris pousse les différentes hiérarchies à travestir la réalité.

La raison d'État se substitue à la recherche de la vérité. Le passager de la voiture, Yves Guyot, tentera de lutter contre l'évidence imposée. Pour cela, il devra aller jusqu'à Bamako, à la recherche du seul témoin du crime, l'un des cent un Maliens parqués au dernier étage d'un hôtel de l'aéroport, juste avant leur expulsion par charter.

La critique de Mr K: Encore un livre trouvé chez l'abbé! Ils sont vraiment trop forts à l'Émaüs de notre secteur! Une bonne action pour une bonne lecture!

Avec ce livre, Daeninckx nous entraîne une fois de plus dans un polar à suspens dont il a le secret. L'action se déroule essentiellement en France mais aussi pour quelques chapitre au Mali sur les traces d'un mystérieux clandestin qui auarit vu des choses qu'il n'aurait pas du voir. Le fond de l'intrigue est tissé sur l'idée de conspiration, du moins de personnes haut-placées qui essaient par tous les moyens d'étouffer la vérité. face à eux, un homme bien déterminé à comprendre le pourquoi de la mort de son ami.

C'est donc dans l'univers paranoïaque du héros que le lecteur évolue. Justice inique par certaines de ses décisions, police et hautes autorités corrompues, que cache cette bavure? Pendant longtemps, le mystère s'épaissit et l'auteur se plait à nous ballader, faisant naître dans l'esprit fébrile du lecteur les hypothèses les plus folles. Ce n'est que dans les toutes dernières pages que la vérité sera révélée... et quelle vérité! Ne vous attendez pas à un happy end, nous sommes ici dans la pure tradition des romans noirs où le héros se débat comme il peut dans une gigantesque toile d'araignée sans pouvoir s'en extraire. La fin est abrupte mais logique. Elle suscite dégoût et honte mais aussi la réflexion. Sommes-nous en démocratie ou en oligarchie? Qui nous dirige vraiment? Quel poids pesons-nous face aux puissants? Pas grand chose c'est sûr...

Une lecture bien sympa donc, même si ce n'est pas le meilleur Daeninckx (je lui préfère notamment Meurtre pour mémoire, lu il y a déjà un certain temps). On retrouve cependant sa plume alerte, directe et efficace. Son goût aussi pour le souffre et le politiquement incorrect (ça devient rare de nos jours). Avis aux amateurs!

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mercredi 17 novembre 2010

"Dragon rouge" de Thomas Harris

dragonL'histoire: Une série de meurtres terrifiants secoue les Etats-Unis. Tous suivent le même rituel d'horreur, tous sont signés d'un mystérieux dragon rouge.
Un homme est sur une piste. Il s'appelle Will Graham. Il a déjà démontré par le passé sa curieuse aptitude à se mettre dans la peau des psychopathes, à adopter leur point de vue, à deviner leurs pulsions les plus secrètes.
Dans cette sinistre traque, il doit rencontrer dans sa prison un autre monstre: le diabolique Hannibal Lecter. Pour Graham, commence une lente descente aux enfers, dans les recoins les plus sombres du psychisme de ces meurtriers en série, au risque de s'y perdre lui-même...

La critique Nelfesque: J'avais lu "Le silence des agneaux" étant plus jeune et cette lecture m'avait fait froid dans le dos. J'avais aussi vu le film où Anthony Hopkins excelle dans le rôle d'Hannibal Lecter, dangereux psychopathe esthète et méticuleux. J'ai ensuite vu le film "Dragon rouge" quelques années plus tard mais ce n'est qu'il y a quelques semaines que j'ai décidé de lire l'oeuvre originelle.

Le roman commence avec une enquête somme toute assez classique. Des meurtres ont été commis, une équipe est mise en place pour traquer le meurtrier et on suit l'évolution de l'enquête. Graham a déjà l'expérience des tueurs en série, il en a traqué un célèbre quelques années auparavant, il a d'ailleurs failli y passer et il reprend du service pour démasquer le "Dragon rouge". Nous avançons petit à petit dans le raisonnement de Graham et menons les investigations quasiment en même temps que lui.

Si cet ouvrage avait été seulement ceci, nous aurions un polar commun sans grand intérêt. Mais voilà, la seconde partie du roman revient sur l'enfance du Dragon et l'on se surprend à ressentir de l'empathie pour ce tueur sanguinaire qui massacre des familles entières et place des bouts de miroirs brisés dans les orifices naturels de ses victimes. Aussi surprenant que cela puisse paraître, on le comprend... Comment une enfance bafouée peut façonner la vie d'un homme, le plier à des délires paranoïaques et schizophrènes et mettre en péril des vies futures. Les pages décrivant l'enfance du tueur sont émouvantes et révoltantes à la fois. On se laisse porter par la justification de l'injustifiable et on est ému. Thomas Harris frappe là un grand coup! Toute la seconde partie donne un visage humain au tueur. On découvre son enfance mais on découvre aussi en même temps que lui ses sentiments amoureux. Il va faire la connaissance d'une jeune aveugle qui accorde plus d'importance au coeur des gens qu'à leur physique. Le Dragon, aussi horrible qu'il puisse être, est avant tout un homme et face à l'amour il va essayer de changer et combattre le mal qui le ronge. Nous sommes là bien loin du manichéïme qui ferait du rôle du "méchant" seulement un être répugnant.

Je trouve que cette partie est bien trop absente du film que j'ai revu après ma lecture. Certes le réalisateur Brett Ratner fait la part belle aux sentiments amoureux du Dragon mais il ne développe pas du tout l'enfance du tueur, partie que j'ai préféré dans le roman. Il existe une autre version cinématographique de "Dragon rouge": "Manhunter" ("Le Sixième sens" en français). Je ne l'ai pas encore vu mais projette de le visionner. Peut être sera-t-il plus fidèle au livre de ce point de vue. Tant que nous sommes dans le film "Dragon rouge", j'ai également remarqué que le personnage d'Hannibal Lecter y était bien plus présent que dans le roman où il n'intervient qu'à deux reprises lors d'entrevues avec Graham. Ne lisez donc pas "Dragon rouge" en ayant uniquement Hannibal dans la tête, vous risqueriez d'être déçu. Cependant, les interventions du docteur sont toujours aussi dérangeantes et le malaise de Graham est palpable.

"Dragon rouge" est au final un polar saisissant de par sa dimension psychologique. Bien moins fascinant que "Le silence des agneaux", il n'en demeure pas moins une lecture perturbante et interrogative.

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lundi 15 novembre 2010

"Les yeux jaunes des crocodiles" de Katherine Pancol

pancol L'histoire: Ce roman se passe à Paris.
Et pourtant on y croise des crocodiles.
Ce roman parle des hommes.
Et des femmes. Celles que nous sommes,
celles que nous voudrions être,
celles que nous ne serons jamais,
celles que nous deviendrons peut-être.
Ce roman est l'histoire d'un mensonge.
Mais aussi une histoire d'amours,
d'amitiés, de trahisons, d'argent, de rêves.
Ce roman est plein de rires et de larmes.
Ce roman, c'est la vie.

La critique Nelfesque: Au secours... Mais qu'est ce qu'il m'a pris d'ouvrir ce roman... Pourquoi ai-je succombé aux louanges glânés deci delà sur le net à propos de cet ouvrage et à la proposition de prêt de ma voisine qui tombait on ne peut mieux? Note pour l'avenir: NE JAMAIS ECOUTER LES AUTRES!!!

La lecture de ce roman de Pancol, "Les yeux jaunes des crocodiles", a eu un immense succès. Forcément ça interpelle. Savoir que ce roman a été acheté 3 fois, pour cause de perte, par tinmar's girlfriend, ça interpelle encore plus! Je me suis dit que ce livre devait être une vraie pépite et sa lecture allait peut être même changer ma vie! Et puis à défaut d'être une révolution, ce fut une vraie torture...

"Ce roman, c'est la vie" nous dit la 4ème de couv. Et bien oui tout à fait, c'est la vie et ça n'est que ça. J'aurai pris un immeuble au hasard dans n'importe quelle ville de France, j'aurai fait une étude sur une famille résidant dans un des appartements en cherchant à connaître tous les détails de sa vie, ses fréquentations, ses proches... je serais arrivée au même résultat. Un concentré de "Confessions intimes" et "Pascal le grand frère" saupoudré de "C'est quoi l'amour". Ouais, c'est ça, un mauvais téléfilm diffusé sur TF1 le dimanche après midi. Ca m'a rappelé une série TV quand j'étais petite,"La vengeance aux deux visages". Ca tombe bien il y était aussi question de crocodile!

Bon vous l'aurez compris, j'ai détesté ce roman. Je ne comprends pas le succès qu'il y a eu autour de cet auteur. Pancol par ci, Pancol par là. J'ai essayé un livre, ça sera le dernier, merci bien. Mais pourquoi tant de haine me direz vous? C'est vrai en soit, cette pauvre Katherine ne m'a rien fait! Et bien si un peu quand même. J'ai dû m'avaler les 664 pages (parce que je suis un peu maso) d'un roman insipide où il ne se passe pas des évènements extraordinaires qui mériteraient d'être relatés dans un livre, où l'écriture est plate, parfois proche d'un Harlequin (quand Joséphine se pâme d'admiration devant le bel inconnu de la bibliothèque... au secours!) et où le vocabulaire est pauvre (on retrouve toujours les mêmes termes). J'ai l'impression que c'est un énorme foutage de gueule et que n'importe qui est capable d'écrire au moins aussi bien.

Non vraiment je ne retiendrai rien de cette lecture. Ou plutôt si, je retiendrai le personnage d'Hortense que j'ai eu envie de trucider au moins 3200 fois dans le roman et qui m'a bien gâchée le peu de plaisir que j'aurais pu prendre à lire ce livre. Hortense, fille de Joséphine, est une petite arriviste prompte au jugement, qui ne supporte pas la pauvreté, qui parle à sa mère pire qu'à son chien (qu'elle n'a pas mais si ça avait été le cas je suis sûre qu'elle aurait choisi un chiwawa) sans s'apercevoir que cette dernière trime jour et nuit pour elle et sa soeur. Du haut de ses 17 ans, plutôt que de bouger ses petites fesses de fille indigne et d'aller servir des hamburgers chez le clown vert (oui il est vert maintenant ça fait plus écolo, c'est tendance) pour aider sa mère et bien mademoiselle préfère critiquer et se faire offrir des sacs Vuiton et vestes Colette par sa tante pleine aux as et aussi fourbe qu'elle...

Du coup je retiendrai bien l'énervement dans lequel m'a mis cette gamine prétentieuse. Notez qu'il y a plus agréable comme sensation de lecture. Le reste: poubelle!

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dimanche 14 novembre 2010

"L'élégance du hérisson" de Muriel Barbery

_l_gance_du_h_rissonL'histoire: " Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois.
Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.

Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches.
Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai. "

La critique Nelfesque: Quand j'ai commencé à lire "L'élégance du hérisson", je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre. Je savais vaguement que l'histoire était centrée sur une concierge d'immeuble parisien plus instruite qu'elle ne le laissait entendre... J'ai donc plongé dans l'inconnu et quel beau plongeon m'attendait!

J'ai tour à tour fait la connaissance de Renée, concierge d'immeuble bourgeois qui souhaite "rester à sa place" de concierge sans éveiller les soupçons quant à son érudition, de Paloma, habitant l'immeuble, ayant une vision très éclairée sur le monde du haut de ses 12 ans et de Kakuro, japonais venant d'emménager dans l'immeuble, personnage frais et dépaysant. Autour de ces 3 personnages centraux gravitent d'autres personnages tout aussi intéressants: la famille de Paloma, les amis de sa soeur, des voisins bourgeois... Tout ce beau monde compose un microcosme fait d'apparence et de bonne éducation. Chacun a une place bien déterminée suivant son rang et il est de bon ton de rester dans ses cordes. Seulement voilà, les 3 personnages principaux ne sont pas faits pour être dans un moule: Renée est une esthète dans un costume de concierge, Paloma est une petite fille aux réflexions avisées d'adultes et Kakuro est un riche japonais aimant la simplicité et les gens vrais. Ils bousculent cette organisation et sont destinés à se rencontrer.

Toute la magie du livre se situe dans l'écriture de Muriel Barbery qui m'a transportée. Tour à tour on découvre les pensées de Renée et de Paloma sous forme de réflexions philosophiques ou de "pensées profondes" égrainées avec poésie et délicatesse. J'ai lu dans une critique de ce roman que lire ces pages étaient comme se faire chuchoter l'histoire au creux de l'oreille. Je partage complètement ce sentiment. En lisant "L'élégance du hérisson" on se sent bien. L'écriture est magnifique, très littéraire mais sans être pompeuse, le vocabulaire est soutenu, les phrases sont bien construites, les personnages attachants... Certains ont qualifié ce roman de prétentieux, le personnage de Renée d'hautain. Je ne partage pas cette opinion. Certes Renée est plus cultivée qu'elle ne le laisse paraître et aime reprendre les gens intérieurement mais à aucun moment elle ne laisse percer une quelconque supériorité. Je peux comprendre que ce roman soit indigeste pour certains lecteurs car il laisse la part belle à la philosophie et nombre de pages sont des réflexions philosophiques sur la vie mais ce sont autant de moments de remises en question pour le lecteur et un pied de nez aux nombreux préjugés qui font légion dans notre monde actuel. Et c'est une enfant de 12 ans qui nous les met devant les yeux... Finalement, le plus pauvre n'est pas forcément celui que l'on croit.

Pour moi cette lecture fut un vrai régal. J'ai passé un très agréable moment et je ne trouve rien à jeter à ce roman de Muriel Barbery. La fin fut éprouvante tout d'abord parce que je n'avais pas envie de mettre un terme à cette lecture dans laquelle j'avais plaisir à me lover mais aussi pour le côté brutal du destin. J'ai refermé ce livre la larme à l'oeil avec 2 mots flottants dans l'air: beau et sensible.

La critique de Mr K: J'ai lu ce livre juste après Nelfe vu son air de haut contentement et ses imprécations pour me le refiler. C'est vrai que cet ouvrage se révèle être d'une profonde beauté! Pour rien vous cacher, au départ, j'étais pas mal sur la défensive et le personnage de Renée m'a agacé: elle critique beaucoup les autres et s'emmure derrière ses livres, ça me paraissait un peu facile et déplacé. Heureusement, arrive le japonais! Un voisin riche comme tous les autres propriétaires mais différent. Il perce à jour  la concierge aigrie dès leur première entrevue et c'est le début d'une relation intense entre discussions d'amateurs d'art et jeu de la séduction. Mon coeur de midinette (et oui!) a bondi, le romanesque fait brusquement irruption et le livre décolle! J'ai adoré!

Pour autant, rassurez vous, ce n'est pas un livre pour malade atteint de bovarisme aigu ou adepte de la collection Harlequin; l'écriture est terrible, entre préciosité (les "leçons" de philo) et légereté (les passages plus narratifs -voir passage dans les gagadous de Kakuro-). Les personnages sont attachants: la concierge repliée sur elle même qui s'ouvre peu à peu à des étrangers, Manuela sa seule amie femme de ménage portugaise haute en couleur, Kakuro le nouveau voisin japonais aussi esthète que sensible, Paloma jeune fille mal dans sa peau qui veut en finir et qui va au contact de René modifier sa vision des choses... Sans compter tous les autres bourgeois de l'immeuble qu'on aime détester tant ils sont égoïstes, bornés et stupides.

Une belle lecture qui apporte le thème de la culture et de l'apparence en évitant les écueils de la morale cucul ou du jugement hatif. Un p'tit bijou!

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vendredi 12 novembre 2010

"FLASH ou le grand voyage" de Charles Duchaussois

FlashL'histoire: De Marseille au Liban, d'Istanbul à Bagdad, de Bombay à Bénarès, en bateau, à pied, en voiture, Charles peu à peu se rapproche de Katmandou, le haut lieu de la drogue et des hippies. Sa route est jalonnée d'aventures extraordinaires. À Beyrouth, il s'associe à des trafiquants d'armes, il participe dans les montagnes du Liban à la récolte du haschisch. À Koweït, il dirige un night-club. Au Népal, il devient pendant quelque temps le médecin et le chirurgien des paysans des contreforts de l'Himalaya. C'est enfin l'épisode de Katmandou et l'évocation saisissante de l'univers des drogués: l'opium et le haschisch qui font "planer", le "flash" de la première piqûre, le "grand voyage" du LSD.

La critique de Mr K: Il est des livres qui traînent derrière eux une réputation, "Flash" par beaucoup est considéré comme culte. Je suis tombé dessus par hasard, on peut dire en quelque sorte que c'est lui qui m'a trouvé. Ca m'a rappelé les propos d'un copain de fac qui l'avait lu et adoré. Le temps a passé et je ne l'avais toujours pas lu. Justice est aujourd'hui rendue!

Tout dans ce livre est vrai et c'est ce qui marque le lecteur. Comme expliqué en postface, une fois évacué pour raisons humanitaires du Népal, Duchaussois a éprouvé le besoin de s'épancher sur son expérience avec les drogues (après une première désintox) et a fait livrer aux éditions Fayard, 18 bandes enregistrées! Il n'est pas écrivain et en parcourant le livre, on se rend compte très vite qu'on a plus affaire à un témoignage qu'à un roman: un griot halluciné! C'est une des forces du livre qui par cet aspect accroche immédiatement le lecteur à la manière d'une drogue dure.

Ce livre est d'abord l'histoire d'un jeune homme en rupture avec ses proches qui décide de partir à l'aventure, un tour du monde plus exactement. Au fil des pages, on traverse nombre de pays: la Turquie, le Koweït, l'Inde, le Népal... Totalement dépaysant et abrupt dans la manière d'être décrits, ces lieux qui peuvent laisser rêveur nombre de voyageurs, révèlent ici leur part de noirceur intrigante voir répulsive. J'ai tout particulièrement été marqué par une scène décrite lors du passage à Bénarès (Inde): la mutilation d'un enfant pour qu'il ramène davantage d'argent lors de ses séances de mendicité. Jamais au cours de cet ouvrage, Duchaussois ne cherche à enrober, adoucir la réalité: tout ici est brut de décoffrage avec un fort ancrage dans le réel aussi rude soit-il à contempler.

À partir de la moitié du livre, lorsque Duchaussois commence à s'adonner à l'opium et à y prendre goût, on rentre dans une autre logique, un autre voyage. Destination? L'esprit et la vie quotidienne d'un junkie! Et franchement, ça décoiffe! Prenez le film "Requiem for a dream" et multipliez son effet par 100 et vous aurez une vague idée de la puissance évocatrice de cet écrit. Véritable plongée en enfer, tour à tour Duchaussois nous décrit les produits et leurs effets, la manière d'en trouver et de se les administrer, la dégradation physique et mentale (sa déchéance dans la dernière partie du livre est totale et il s'en faut de peu pour qu'il disparaisse). Folie, délirium tremens... rien ne nous est épargné et c'est tant mieux! On est bien loin des oeuvres consensuelles parlant de la drogue. Par exemple, au moment d'expliquer pourquoi il a commencé à se droguer, sa réponse est simple et commune à une majorité de toxicos: parce que c'est bon et que ça fait du bien! Extrait: D'abord, à la question: Pourquoi se drogue-t-on? Je répondrai sans y aller par quatre chemins. Parce que c'est bon. Parce que ça vous rend heureux, ça vous permet de mieux supporter la fatigue, ça vous aide à vivre, à supporter vos ennuis, à mieux voir la vérité des choses, ça vous fait deviner des rapports et des associations entre les choses que vous auriez mis des années à trouver tout seul ou que vous ne découvririez peut-être jamais. Certes ce n'est pas politiquement correct mais c'est une réalité!

Autre passage intéressant quand il aborde le sujet de la rechute. Vers la fin du récit, il semble être sur la bonne pente, près de s'en sortir et il va craquer suite à une contrariété. Voici sa "justification-explication: Mais qui n'est jamais allé se cuiter au bistrot ou chez lui pour oublier un coup dur? Qui n'a jamais eu de passage à vide? Qui n'a jamais eu envie de tout laisser tomber? Il y a autre chose. La drogue. L'existence de la drogue. La conscience que la drogue existe. Et la faiblesse du drogué à peine rétabli et dont les nerfs, le cerveau et tous les organes restent imprégnés du délicieux souvenir de la drogue. Car, n'est ce pas, on oublie toujours facilement les moments désagréables et douloureux du passé, les souffrances, les tortures, les ennuis. Mais on n'oublie jamais les moments de bonheur et de plaisir. Ceux-là seuls restent. Et c'est le drame des drogués quand ils ont arrêté: le souvenir de leur calvaire s'est vite estompé, celui de leurs jouissances s'exacerbe sans cesse un peu plus.

Cet ouvrage contribue aussi à démystifier le mouvement hippie, le séjour à Katmandou du narrateur est éloquent à ce sujet. L'idéal Peace and Love ne résiste pas à la réalité et surtout à la nature profondément égoïste de l'être humain. Coups de gueule et coups tordus sont légions: escroqueries, vols, trahisons et abus de confiance essaiment tour à tour cette période de la vie de Duchaussois et de son entourage (copains, "boys", médecins dealers, morbacs profiteurs en tout genre...). On ne s'attache pas vraiment à cet homme opportuniste et profondément malade à partir de son arrivée en Inde mais on ne peut que rester scotcher devant ce roman d'aventure qui lui a servi de vie pendant une année. Pétris de contradiction, le héros est un homme avant tout. Pas d'angélisme donc sur ce qui lui est arrivé, pas de critique systématique, juste les faits et rien que les faits.

Vous l'avez compris, ce livre s'est révélé être pour moi une gigantesque claque, au point qu'il rentre directement dans le panthéon des oeuvres préférées de Mr K. Un grand livre pour une expérience hors du commun.

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lundi 8 novembre 2010

"10 000 litres d'horreur pure" de Thomas Gunzig

10000L'histoire: Cinq étudiants partent en week-end dans un chalet perdu au bord d'un lac pour se détendre après leurs examens. À la nuit tombée, ils aperçoivent une ombre qui les observe en lisière de la forêt. Le cauchemar va commencer...

La critique de Mr K: Une courte et agréable lecture de vacances que celle-ci. Livre trouvé par hasard dans une énième brocante, j'ai pris un plaisir non dissimulé à lire cet ouvrage: 2 heures montre en main, juste le temps d'un bon p'tit film! Thomas Gunzig est un fan de films de genre et ça tombe bien, moi aussi! Ce roman est avant tout un témoignage d'amour aux films qui l'ont marqué et nombre d'entre eux font partie de mes classiques: Evil dead, The thing, Vendredi 13... On parle ici des originaux bien évidemment, non des "reboots" bien lisses sortis ces dernières années.

Le pitch est classique: 5 jeunes dans un endroit désert et le sang qui va être versé par litres! Rien d'original et pourtant... c'est LA grande force de ce récit. Tout ici est référence et code. Les personnages sont caricaturaux et font immanquablement penser aux victimes des slashers des 80' et plus ils sont cons, plus on attend leur trépas avec impatience! On retrouve ici la bimbo et le sportif décérébrés, le frustré pas très beau et timide, l'alcool et la dope et bien sur le sexe. Et comme énoncé dans le premier Scream, il ne faut jamais mais alors JAMAIS coucher avant le mariage ou fumer des substances psychoactives sinon la mort frappera.

Les lieux n'échappent pas à la règle du genre: maison isolée située au bord d'un lac (impossible de ne pas penser à la série des Vendredi 13, saga que j'adore!), épicerie la plus proche à plusieurs kilomètres dont le patron est un vieux bouseux pas engageant du tout, la nuit sombre et obscure (obscure et sombre...) parachève le tout pour installer un climax bien flippant. L'auteur rajoute là dessus une menace aussi invisible qu'inquiétante et vous voila embarqué dans une histoire somme toute classique...

Sauf que Thomas Gunzig est un malin. On croit s'être embarqué dans une banale histoire de sérial killer et finalement, il nous emmène dans quelque chose de bien plus gore, de bien plus craspect. Je n'en dirais pas plus sur les tenants et les aboutissants mais sachez que le titre du livre a été bien choisi! Bien sûr, on est dans le délire, la crédibilité a quitté le navire depuis déjà un bon bout de temps mais justement c'est cela qui plait tant aux geeks amateurs de gore bon marché et poilant. On rit beaucoup en lisant cet ouvrage, on retouve l'esprit des artisans du cinéma d'horreur de la fin de siècle dernier: le gore, la violence mais aussi ce qui va avec: la dérision et le second degré. À 10 000 lieues (sic) du gore sadique et imbécile qui innonde aujourd'hui les salles obscures. Mention spéciale aux illustrations de Blanquet qui parsèment l'ouvrage et participe bien au voyage au bout de l'horreur que nous propose ce livre.

Avis aux amateurs donc, les autres n'y verront qu'un petit livre sans importance. Pour ma part, j'ai pris un bon pied en suivant les aventures rocambolesques et macabres de ces 5 loosers. Une excellente série B littéraire en quelque sorte!

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