dimanche 8 mai 2011

"Délicieuses pourritures" de Joyce Carol Oates

Delicieuses_pourrituresL'histoire: Un campus féminin, dans la Nouvelle-Angleterre des années 1970. Gillian Bauer, vingt ans, brillante étudiante de troisième année, tombe amoureuse de son charismatique professeur de littérature, Andre Harrow.
Celui-ci a décidé de faire écrire et partager en classe à ses élèves leur journal intime. Et gloire à celle qui offrira son intimité en pâture!
Anorexie, pyromanie, comportements suicidaires... un drame se noue. En son centre, l'épouse du professeur, énigmatique sculptrice qui collectionne la laideur.

La critique Nelfesque: Voici un roman court (126 pages) mais efficace. Pas de temps morts dans ce récit qui présente une année dans la vie d’une jeune étudiante américaine amoureuse de son professeur de littérature. On pouvait s’attendre à une bleuette, à une fixation sur ce bel homme dont toutes les filles de l’université sont amoureuses mais on était bien loin de s’imaginer ce que ce roman révèlerait.

Bien loin du simple amour impossible, nous suivons Gillian, élève douée mais timide, pensionnaire au Heath Cottage avec une dizaine de ses camarades, dans la course vers l’obtention des faveurs de Mr Harrow. Laquelle sera la plus prometteuse? Qui saura aller le plus loin et se livrer corps et âme lors de leurs ateliers de poésie? « Allez plus profond. Cherchez la jugulaire » tel est la maxime de leur professeur qui veut faire sortir de ses élèves leur part d’ombre, leurs secrets inavoués, la matière à travailler qui fera d’elles de grands auteurs. C’est donc le prix de l’impudeur, du don de soi à l’extrême et du sacrifice qu’elles devront payer. La jalousie et la cachotterie pousseront ces jeunes filles bien sous tous rapports à des actes violents et destructeurs: tentatives de suicide, anorexie, pyromanie…

Mais la recherche de l’Art et les beaux yeux de Mr Harrow justifient-ils de tels sacrifices? Que vont réellement trouver ces jeunes filles, et Gillian en particulier, en se pliant aux exigences de ce professeur?

Ce roman réserve bien des surprises à son lecteur tant les personnages sont tordus et malsains. Les sentiments qui les lient sont complexes et, coupées de tout résonnement logique, ces élèves sont capables de tout. En avançant dans la lecture, on franchit des paliers dans le sordide et peu à peu on se retrouve piégé comme Gillian dans une toile dont on n’aurait pas soupçonné l’existence… Un très grand roman!

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jeudi 28 avril 2011

"Tout à la main" de Jean Pierre Andrevon

001L'histoire: Le fleuve de boue coule à une cinquantaine de mètres de chez moi. Il remplit la vallée jusqu'à la chaîne de montagnes en face. La boue est brûlante, elle a surgi en une nuit, du néant, ou du cœur en fusion de la Terre.

Elle aurait pu m'engloutir pendant mon sommeil. Mais non. Elle s'est arrêtée de monter juste à temps, juste avant de submerger ma maison isolée au sommet de la colline. Il n'y a plus d'électricité, la radio est morte, j'ignore ce qui a pu se passer. Guerre atomique, Tchernobyl à l'échelle de la France, catastrophe naturelle? Je ne sais pas...

Dans ma petite maison sur la colline, entre ciel et boue, je suis seul avec Lascard, mon vieux matou castré. Seul aussi avec Françoise, Cathy, Marie-Thé, Josy, Mariangela... toutes ces femmes que j'ai connues, que j'ai aimées, et dont le souvenir aigre ou brûlant m'aide à tenir le coup. Je n'ai rien d'autre à faire qu'à penser à elles, pour le temps qui me reste à vivre. Pas longtemps, de toute façon. Parce que, pour autant que je puisse le supposer...

Je suis le dernier homme sur la Terre.

La critique de Mr K: C'est mon premier Andrevon et c'est le hasard d'une visite chez l'abbé qui a déterminé le premier titre que je parcours de cet auteur. A postériori, je pense que ce n'était pas le meilleur pour aborder cet écrivain. Non par défaut de qualité (ce livre en a) mais plutôt par rapport au thème et à la forme prise. En effet, Andrevon sous couvert de SF nous livre une sorte d'analyse de l'existence d'un individu lambda face à une fin proche, cet homme est le double de l'écrivain et son curseur d'analyse est sa sexualité.

Et là, on peut le dire, on est en plein dedans! Le titre de l'ouvrage aurait dû me mettre sur la voie mais n'ayant rien lu à propos de "Tout à la main" avant de tomber dessus, j'ai pris une petite claque au bout d'une dizaine de pages quand le narrateur-héros s'empoigne vigoureusement pour s'offrir une petite tranche de plaisir solitaire... et ce n'était que le début! Repensant à sa vie passée, il passe en revue son carnet d'adresses comportant les noms des femmes qui ont partagé un temps ou plus longtemps sa vie: sources de flashbacks aussi crûs que fantasmés, on se rend vite compte que l'on dépasse la pornographie pure et dure pour une sorte de bilan sans tabou d'une vie. Attendez-vous tout de même à des scènes qui peuvent choquer tant Andrevon ne prend pas de gants (sans mauvais jeu de mot) et enchaîne les «moments de bravoures» dans la recherche de l'extase!

Il faut rajouter à ces épisodes bien salés, un cadre assez inquiétant qui entoure le héros et son chat castré (sic!). Il n'a plus de contact avec personne et l'apocalypse a eu lieu. Sans jamais donner plus de précision, la tension monte, la solitude se fait sentir et on est face à quelqu'un de profondément humain. C'est sans doute cela qui sauve ce roman: la possibilité de s'identifier par moments (pas tout le temps je vous rassure, le personnage est bien barré tout de même!) à un être esseulé et néanmoins lucide.

La langue utilisée est elle aussi particulière. Proche du langage oral, très crû, Andrevon se joue de la syntaxe et de l'écriture classique. Il coupe et charcute ses phrases, se répète à l'envie, donnant un surplus de fièvre et d'obsession à cette quête très intime. Franchement, je n'ai jamais lu quelque chose de cet acabit et ça se révèle rafraichissant et surprenant (et Dieu sait que j'aime être surpris dans mes lectures).

Certes ce n'est pas le livre de l'année pour moi mais cela reste une découverte intéressante pour qui remise sa pudeur et sa morale le temps d'une lecture aux accents parfois épiques. Pour lecteurs avertis uniquement!

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mercredi 27 avril 2011

"Autobiographie d'une fille Gaga" de Diglee

autobiographie_fille_gaga_digleeL'histoire: Je m'appelle Diglee, j'ai 22 ans, une sœur dingo et géniale, un homme roux, une Best Friend Forever qui me supporte depuis 10 ans, une mère super canon, et trop de cellulite pour mon IMC, malgré mes chorées diaboliques sur Lady Gaga. Et comme ma vie intéresse tout le monde, hein, bah .. J'en ai fait un blog. Et puis de ce blog, j'en ai fait un livre. Voilà.

La critique Nelfesque: J'ai eu "Autobiographie d'une fille Gaga" en cadeau de la part de Mr K pour mon anniversaire. Bonne pioche puisque je la voulais!

Accro aux blogs BD, à la mouvance des strips autobiographiques à base de vie de gonzesses déjantées et drôles, je lis bien entendu le blog de Diglee comme celui d'Yrgane ou encore de Pénélope ou Margaux Motin pour ne citer qu'elles. J'ai adoré l'intégrale "Joséphine" et c'est avec le même engouement que je me suis lancée dans cette lecture.

Pour avoir maintenant quelques strips de Diglee dans mon étagère à BD, pouvoir les lire quand je veux, sans connexion internet, je suis ravie. C'est drôle, c'est frais. Cependant, je n'ai pas ressenti le même sentiment qu'à la lecture de "Joséphine" (bien obligé de comparer puisque ces deux jeunes dessinatrices jouent dans la même cours). Diglee est plus jeune et je me sens beaucoup plus proche de l'univers de Pénélope Bagieu que du sien. Les références, les préoccupations de Diglee, sont celles d'une nana de 22 ans et non d'une presque trentenaire. De plus, "Joséphine" aborde aussi "le côté obscure de la force", ce qui donne une autre dimension à la lecture (pas seulement comique). Lire un strip par jour sur le blog de Diglee est marrant, les situations sont cocasses, mais s'en enchainer plusieurs dizaines à la suite fait retomber l'enthousiasme comme un soufflé.

Je ne dis pas qu'"Autobiographie d'une fille Gaga" est mauvais. Au contraire, j'aime beaucoup ce dessin dynamique et les strips sur sa vie de couple qui font forcément penser à la vie de couple de chacune d'entre nous mais il manque le petit plus... l'appartenance au "groupe" de Diglee, une identification... 7 ans de moins peut être aussi.

Planche_bd

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lundi 25 avril 2011

"Moby Dick" de Herman Melville

mobydickL'histoire: Mystérieux bateau, le Péquod est commandé par un homme étrange : le capitaine Achab. Brusque, farouche, appuyé sur une jambe d'ivoire, il n'a qu'une idée retrouver et tuer de ses mains Moby Dick, l'immense baleine blanche qui l'a blessé. Sur toutes les mers du globe, la poursuite est semée d'embûches : tempêtes, noyades et accidents. Soudain, le terrible géant blanc surgit des profondeurs. Qui gagnera? L'homme ou le monstre?

La critique de Mr K: Après Terreur de Dan Simmons, je reprends à nouveau la mer avec un livre considéré comme un classique de la littérature en langue anglaise. Comme beaucoup, je connaissais l'histoire sans avoir lu l'ouvrage originel et je m'étais contenté jusque là de la version cinématographique de John Huston avec un Gregory Peck impérial, campant avec majesté et brio un capitaine Achab plus possédé que jamais.

Ce qui frappe en premier c'est la modernité de la langue. L'écriture date de 1851 mais les pages se tournent sans qu'on s'en rende compte et le plaisir de lecture est quasi immédiat. Le style est imagé et très évocateur, on plonge littéralement dans l'univers des expéditions de baleiniers de l'époque. Nous ne sommes pas dans un simple récit de chasse aux cétacés, c'est une véritable aventure humaine qui nous est présentée ici grâce à l'intermédiaire du jeune Ishmaël qui va participer à son premier voyage sur un bateau de ce type. Bien qu'opposé fondamentalement à la pêche à la baleine, j'ai lu ce livre avec beaucoup de plaisir car les personnages sont remarquablement rendus par Melville: le jeune novice qui va grandir et acquérir une certaine maturité, le harponneur d'origine «sauvage» au cœur innocent et aux rites étranges (Queequeg, mon personnage préféré du livre avec Achab), les officiers de second ordre aux tempéraments opposés et leurs fidèles lieutenants, et bien sûr, le désormais mythique capitaine Achab, certainement l'unijambiste le plus célèbre de la littérature, assoiffé de vengeance, pourchassant à travers les mers et océans du globe le mythique cétacé lui ayant ôté une de ses jambes.

Malgré ses indéniables qualités et son histoire prenante, quelques scories sont venues entachées cette lecture au demeurant plutôt agréable. Ainsi, certains chapitres sur les 135 qui constituent Moby Dick s'apparentent davantage à des cours magistraux qu'à du roman pur et dur. Là où un Jules Verne va distiller des connaissances scientifiques au gré des péripéties et autres rebondissements, Melville fait dans le catalogue pesant et indigeste: description du navire, biographie d'un personnage, énumération de tous les cétacés et de leurs caractéristiques... Personnellement, je recherchais avant tout le souffle épique d'une histoire plus qu'une leçon sur le milieu marin (tout le contraire en fait du talent déployé par Dan Simmons dans Terreur qui mélangeait idéalement récit et apport culturel). Je ne m'en cacherai pas, j'ai «sauté» des chapitres entiers de Moby Dick pour retrouver le récit et franchement, je ne pense pas être passé à côté d'éléments essentiels pour la bonne compréhension de l'histoire.

Que ces dernières lignes ne réfrènent pas votre envie de découvrir cet œuvre qui reste unique de part sa puissance évocatrice et ses personnages cultes. On passe tout de même un sacré bon moment.

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vendredi 22 avril 2011

"Charly 9" de Jean Teulé

CHARLY_1L'histoire: Charles IX fut de tous nos rois de France l'un des plus calamiteux.

À 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint-Barthélémy, qui épouvanta l'Europe entière. Abasourdi par l'énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses.

Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous.

Pourtant, il avait un bon fond.

La critique de Mr K: Il est des auteurs que je retrouve toujours avec un plaisir non-dissimulé, Teulé fait partie de ceux-là. J'avais bien apprécié Darling et adoré Je, François Villon. Avec Charly 9, cet auteur amateur d'Histoire s'attaque (sic) à une partie sombre de notre mémoire collective: les guerres de religion, le massacre de la Saint-Barthélémy et le règne chaotique et méconnu de Charles IX. Fils mal-aimé d'une mère despotique (Catherine de Médicis), nous suivons le «p'tit Charly» de sa décision désastreuse à sa déchéance mentale et physique.

Dès les premières lignes, pas de doute, c'est du Teulé! On retrouve son style si particulier sans concession, direct et efficace. On navigue constamment entre fascination et répulsion pour ce roitelet de pacotille, tyrannisé par une mère avide de pouvoir et un frère qui ne l'aime pas et attend son tour pour monter sur le trône (Charly met du temps à mourir...). Personnage pathétique par excellence, on aimerait pas être à sa place. Surtout qu'au fur et à mesure, la culpabilité le ronge littéralement, il perd pied avec la réalité et sombre dans la folie. Le tout est raconté sur le ton de la farce ce qui permet de faire digérer l'ensemble qui se rapproche parfois du roman paillard et gore.

J'ai lu sur la blogosphère des avis forts négatifs sur ce livre notamment des personnes défendant l'Histoire avec un grand H. Étant moi-même historien de formation, je ne comprends pas cette haine quasi viscérale envers Teulé. On peut ne pas aimer cet auteur, c'est une histoire de goût mais j'ai pris ce livre pour ce qu'il est avant tout: un roman! Certes, il y a des références historiques erronées, incomplètes voir fausses mais on est avant tout devant un roman, une fiction qui s'inspire de faits réels et les transforme au gré de la fantaisie de Teulé. Celui qui cherche à se cultiver de façon universitaire passera donc son chemin et s'orientera vers des livres spécialisés écrits par des historiens. Teulé est avant tout un faiseur d'histoires aimant l'Histoire... Je ne vois vraiment pas où est le mal...

Pour ma part, j'ai bien aimé cet ouvrage même s'il n'est pas mon préféré de l'auteur. Relativement court, je l'ai lu très vite et avec plaisir. C'est l'essentiel!

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mercredi 20 avril 2011

"Vendetta" de R.J. Ellory

ellory_vendettaL'histoire: 2006, La Nouvelle-Orléans. Catherine, la fille du gouverneur de Louisiane est enlevée, son garde du corps assassiné. Confiée au FBI, l'enquête prend un tour imprévu: le kidnappeur, Ernesto Perez, se livre aux autorités et demande à s'entretenir avec Ray Hartmann, un obscur fonctionnaire qui travaille à Washington dans une unité de lutte contre le crime organisé. A cette condition seulement il permettra aux enquêteurs de retrouver la jeune fille saine et sauve.
A sa grande surprise, Hartmann est donc appelé sur les lieux. C'est le début d'une longue confrontation entre les deux hommes, au cours de laquelle Perez va peu à peu retracer son itinéraire, l'incroyable récit d'une vie de tueur à gages au service de la mafia, un demi-siècle de la face cachée de l'Amérique, de Las Vegas à Chicago, depuis Castro et Kennedy jusqu'à nos jours.
Quel est le véritable enjeu de cette confrontation? Pourquoi Perez souhaite-t-il Hartmann comme seul interlocuteur? Alors qu'une course contre la montre s'engage pour retrouver Catherine et que, dans l'ombre, la mafia et les autorités s'inquiètent du dialogue qui s'établit entre les deux hommes, Hartmann ira de surprise en surprise jusqu'à l'incroyable coup de théâtre final.

La critique Nelfesque: J'ai découvert Ellory avec "Seul le silence" que j'ai plus qu'adoré. N'étant pas vraiment portée sur les histoires de mafia, j'ai laissé passer "Vendetta" pour attaquer directement "Les anonymes" que j'ai trouvé différent du premier mais encore une fois assez réussi. Comme à ce jour, il n'y a que 3 romans de cet auteur traduits en français et qu'il faut bien l'avouer j'étais en manque, je me suis lancée dans la lecture de "Vendetta". Alors traumatisée? Déçue? Conquise?

Il est vrai que je ne voue pas un culte aux thèmes mafieux. L'univers mafioso ne me branche pas plus que ça mais quand on sait qu'Ellory est à la plume, on fait un petit effort et on se lance. Effectivement la mafia fait partie intégrante de ce roman. Perez est un récent repenti qui se livre spontanément à la police après la découverte d'un corps dans une voiture et la disparition de la fille du gouverneur. En ponte de la mafia, il a des exigences et ne veut s'entretenir qu'avec Hartmann. Pourquoi ce choix? Qui est vraiment Hartmann? De nombreuses questions trottent dans la tête du lecteur. Elles trouveront leurs réponses au fil du roman.

Perez raconte donc sa vie sous le regard d'Hartmann, sous l'oreille du FBI disséquant les enregistrements et surtout dans un climat de tension où la peur et la pression pèsent. Le gouverneur est un homme important et tout doit être mis en oeuvre pour retrouver sa fille. Toutefois, il faut respecter les désidératas de Perez et il ne veut pas aller trop vite. Alors commencent de longues conversations à base de flash-backs et l'existence de Perez est détaillée de sa prime enfance à aujourd'hui. Perez est un tueur, un homme froid qui exécute les ordres sans poser de questions. En respectant cette discipline, il va fréquenter les Grands de la Cosa Nostra et gravira les échelons. Seul bémol pour la police: le nom de Perez n'apparait nul part. Cet homme n'existe pas! Difficile alors de démêler le vrai du faux et d'opter pour la bonne solution... Un vrai casse tête pour les enquêteurs.

Il est vrai que les personnages sont multiples dans la vie de Perez et il est parfois difficile de s'y retrouver. Il faut situer les Familles, leurs quartiers et leurs villes (parfois même leurs pays), la hiérarchie et les codes mafieux. Mais une fois tout ceci intégré, l'ensemble se révèle passionnant. Perez qui a tout pour être détesté apparait humain et, sous certains aspects, on le plaint...

Une immersion très instructive sur le monde de la mafia, la vie d'un homme en toile de fond et des liens psychologiques étroits avec les personnages. Vivement la prochaine traduction d'un roman d'Ellory!

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lundi 18 avril 2011

"Vampyres, sable noir" tome 1, collectif

Vampyres_tome_1L'histoire: le mythe des vampyres... recrée par trois écrivains et trois duos d'auteurs de bande dessinée.

La critique de Mr K: Une BD bien sympathique que celle là. 3 histoires illustrées de trois manières bien différentes traitant du même thème: le vampirisme. Dieu sait que c'est à la mode par les temps qui courent et qu'en indécrottable vieux con, je persiste et je signe, Dracula reste (et de loin) la pièce maîtresse en la matière en littérature, tant l'écriture de Bram Stocker est marquante pour tout amateur de fantastique (Anne Rice se défend pas mal non plus d'ailleurs). Pour moi, un vampire est avant tout un être compulsif et bestial bien plus proche de ceux présentés dans la BD 30 jours de nuit de Templesmith que leurs ersatz poudrés de la série Twilight et consorts. À noter que Vampyres Sable noir fait parti d'un projet assez vaste avec deux tomes BD, un livre et un DVD.

Ici, nous avons donc trois histoires courtes, genre que j'affectionne depuis longtemps notamment à travers Les Contes de la crypte. D'ailleurs, De sang frais, la première histoire, dans son traitement et son twist final s'en rapproche énormément. Frank Marvel, journaliste, et sa petite famille recommencent leur vie dans une nouvelle localité. Peu à peu des événements étranges vont amener le héros à enquêter sur le passé de l'endroit et il n'est pas au bout de ses surprises. Je vous l'accorde l'histoire est des plus classiques et j'ai même deviné la fin avant la dernière planche mais les dessins sont bien réussis et la narration est efficace. Une bonne entrée en matière en somme.

On change de style avec La maison sur la colline. Une jeune femme entame un suivi psychiatrique avec un spécialiste et déballe sa vie: une jeunesse passée de foyer en foyer, une mère célèbre et absente, un père qu'elle ne connaît pas... Puis un jour, sa génitrice vient la chercher à la sortie de l'école et c'est le début d'une nouvelle vie de famille, un grand espoir. Sauf que le père ressurgit et les ennuis avec... Le récit commence comme une banale biographie racontée de patient à médecin mais plus on s'enfonce dans les mémoires de cette jeune fille plus on sent que quelque chose cloche et franchement, la fin part en freestyle le plus complet. Le lecteur est bringuebalé, se perd, semble retrouver son chemin pour finalement aboutir à un final inattendu et franchement glaçant. Une bien belle réussite que ce morceau là avec des dessins simples et fortement poétiques rendant parfaitement compte de l'état d'esprit des personnages (certains portraits m'ont fait penser à Munch et son fameux Cri).

Le recueil se termine avec Alizarine qui pour moi est le segment le plus faible de ce triptyque vampirique. On y suit un boxeur et son meilleur ami dans un coup qui doit les rendre riches. Les auteurs s'attardent beaucoup sur le boxeur qui a un bon fond mais finalement se révèle manipulable notamment à travers les rapports qu'il entretient avec son vieux pote. Même si la fin est à la fois logique et sadique à souhait, j'ai trouvé cela léger et convenu. Même les dessins ne s'avèrent pas à la hauteur des deux premiers récits. Une petite déception donc...

Comme souvent dans les recueils de nouvelles ou les BD à sketch, on trouve à boire et à manger. Ici, le bilan est tout de même positif même si on ne trouvera pas d'originalité ou de singularité dans ce tome 1. Reste des histoires sympathiques et deux premiers récits qui valent largement le détour. Avis aux amateurs de sang frais non pré-pubères.

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Extrait du segment 1, De sang frais.

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jeudi 14 avril 2011

"Terreur" de Dan Simmons

TerreurL'histoire: 1845, Vétéran de l'exploration polaire, Sir John Franklin se déclare certain de percer le mystère du passage du Nord-Ouest. Mais l'équipée, mal préparée, tourne court; le Grand Nord referme ses glaces sur Erebus et Terror, les deux navires de la Marine royale anglaise commandés par Sir John.

Tenaillés par le froid et la faim, les cent vingt-neuf hommes de l'expédition se retrouvent pris au piège des ténèbres arctiques. L'équipage est, en outre, en butte aux assauts d'une sorte d'ours polaire à l'aspect prodigieux, qui transforme la vie à bord en cauchemar éveillé. Quel lien unit cette "chose des glaces" à Lady Silence, jeune Inuit à la langue coupée et passagère clandestine du Terror? Serait-il possible que l'étrange créature ait une influence sur les épouvantables conditions climatiques rencontrées par l'expédition? le capitaine Crozier, promu commandant en chef dans des circonstances tragiques, parviendra-t-il à réprimer la mutinerie qui couve?

La critique de Mr K: Dan Simmons frappe de nouveau très fort avec ce thriller historique teinté de surnaturel. De lui, j'avais adoré ses œuvres de science-fiction comme les cycles d'Hypérion et d'Endymion, le diptyque Ilium et Olympos et le chef d'œuvre de thriller d'anticipation L'échiquier du mal. C'est donc avec confiance et envie que j'ai débuté ce pavé (700 pages quand même) qui retrace une histoire vraie, celle de l'expédition Franklin partie du Royaume Uni au milieu du XIXème siècle pour découvrir le passage du Nord-Ouest, une route permettant de traverser l'Arctique. Sur ce canevas déjà existant, Simmons a greffé des éléments surréels qui permettent de relever l'ensemble et lui donner une dimension quasi métaphysique par moment (la fin est un vrai bonheur à ce niveau là).

Il ne m'a fallu qu'une quarantaine de pages pour me faire emporter par un récit à la fois prenant et détaillé. D'un chapitre à l'autre, on passe d'un point de vue à un autre. Ainsi l'on peut suivre l'évolution de l'histoire à travers les yeux des capitaines de vaisseau Franklin et Crozier, du Dr Goodsir, de l'enseigne Irving (officier de la marine), du mousse Golding et de nombreux autres personnages. On se retrouve plongé dans l'univers masculin et rude des voyages de découverte, thématique qui m'a fasciné dès mon plus jeune âge (j'avais particulièrement frémi à la lecture du périple fatal de Robert Falcon Scott pour arriver le premier au pôle sud, doublé par Amundsen, il mourra gelé ainsi que toute son équipe!). À ce propos, on ne peut que saluer le travail de recherche que l'auteur a du effectuer pour pouvoir écrire ce roman. Impressionnant de bout en bout, le récit épouse à merveille la réalité historique tout en la mêlant d'éléments fantastiques. On en apprend beaucoup sur les conditions matérielles et les mœurs de l'époque sans pour autant tomber dans l'overdose de termes techniques et de descriptions à n'en plus finir.

À travers les différentes scènes qui se succèdent, on suit le destin tragique de cette expédition qui semble vouée à l'échec dès la prise par les glaces de leurs deux vaisseaux (à ce propos deux cartes sont fournies en début d'ouvrage pour suivre les pérégrinations de l'Erebus et du Terror, les deux navires de l'expédition et elles se révèlent très pratiques). Véritable et grandiose roman d'aventure, pendant la lecture de Terreur, on ne peut s'empêcher de tourner les pages pour savoir la suite. Les relations entre les membres de l'expédition sont admirablement rendues et les tensions ne tardent pas à se faire sentir, d'abord insidieusement puis de façon plus frontale (vers le dernier tiers, on atteint vraiment des sommets avec des passages peu ragoûtants). Il ressort de ce livre, une impression de «fatum», un destin implacable qui s'acharne sur les voyageurs, Simmons prenant un malin plaisir à abattre ses cartes les unes après les autres comme autant de coups du sort.

Parallèlement à cela, une mystérieuse inuit a été recueilli au sein de l'équipage du Terror. Muette suite à une mutilation, depuis son apparition une mystérieuse apparition rode autour de l'expédition et élague peu à peu les rangs des marins anglais. Cela donne de bons moments de frisson surtout que l'auteur s'évertue à ne pas trop en dire sur cette «créature» se contentant de vagues descriptions, fruits de témoignages des hommes affolés. Impressions, illusions, travestissement des sens... il n'en faut pas moins pour égarer le lecteur à l'image de ces hommes perdus en pleine mer des glaces... car le véritable ennemi est là et il est blanc! Comme Spielberg à son époque dans son superbe Dents de la mer, le blanc est synonyme de danger et de mort. Simmons décrit à merveille les rigueurs de l'Arctique entre vents violents, températures extrêmes, glaces flottantes, mers gelées. L'ensemble est saisissant à l'image de ses corps éreintés et diminués par ces conditions extrêmes. C'est à une véritable plongée en Enfer que nous convie l'auteur, un Enfer blanc mais aussi profondément humain.

Vous l'avez compris, j'ai adoré ce livre qui rentre dans mon panthéon personnel tant je me suis retrouvé happé par l'univers que propose Simmons entre Histoire, suspens et fantastique. Un voyage éprouvant certes, mais une expérience à nulle autre pareille. Un must!

mercredi 13 avril 2011

"Le Prédicateur" de Camilla Läckberg

le_predicateurL'histoire: Dans les rochers proches de Fjällbacka, le petit port touristique suédois dont il était question dans "La Princesse des glaces", on découvre le cadavre d’une femme. L’affaire se complique quand apparaissent, plus profond au même endroit, deux squelettes de femmes...
L’inspecteur Patrik Hedström est chargé de l’enquête en cette période estivale où l’incident pourrait faire fuir les touristes et qui, canicule oblige, rend difficiles les dernières semaines de grossesse d’Erica Falck, sa compagne.
Lentement, le tableau se précise : les squelettes sont certainement ceux de deux jeunes femmes disparues vingt-quatre ans plus tôt. Revient ainsi en lumière la famille Hult, dont le patriarche, Ephraïm, magnétisait les foules accompagné de ses deux petits garçons, Gabriel et Johannes, dotés de pouvoirs de guérisseurs. Depuis cette époque et un étrange suicide, la famille est divisée en deux branches qui se haïssent.
Alors que Patrick assemble les morceaux du puzzle, on apprend que Jenny, une adolescente en vacances dans un camping, a disparu. La liste s’allonge...

La critique Nelfesque: Je me suis lancée dans la lecture de la bibliographie de Camilla Läckberg il y a peu. Comme elle a mis les mêmes personnages, Erica Falck et Patrick Hedström, au coeur de tous ses romans, j'ai commencé par le début avec "La Princesse des glaces" qui m'avait plu mais sans être transcendant pour autant... Je suis tétue et je me mets à son second "tome" "Le Prédicateur". 

Bonne surprise! Au niveau de l'intrigue, j'ai trouvé ce roman ci bien plus intéressant que le précédent. On retrouve les personnages dont on a fait connaissance dans "La Princesse des glaces" mais cette fois ci, Patrick est bien plus présent. Erica, en pleine grossesse,se repose gentiment à la maison (ou du moins essaie, vu tous les squatteurs tentés par un été à la mer...) tandis que Patrick doit déméler les fils d'une histoire sordide où histoires de famille et croyance sont étroitement liées.

L'enquête est bien menée. On retrouve ici la lenteur propre à l'écriture nordique qui progressivement crée un climat singulier entre sensations du quotidien et ambiance cotonneuse dans laquelle le lecteur s'enfonce peu à peu. C'est très particulier et tout le monde n'adhère pas (Mr K est encore sous le choc du Mankell et son "Guerrier solitaire" ^^) mais moi j'aime beaucoup! L'histoire ici est vraiment prenante, l'enquête policière passionnante et les personnages savoureux: deux branches d'une même famille que tout oppose, les cas sociaux face aux bourgeois avec une histoire à la "Roméo et Juliette" contemporaine à la clé. Patrick est quant à lui au centre de cet opus et ça n'est pas pour me déplaire! Certains de ses collègues prennent de l'épaisseur et tout cela ne donne qu'une envie: lire la suite.

Un tome bien meilleur que le premier à mon sens. Ce dernier étant un bon "pilote" mais ne présentant pas une histoire palpitante. Les histoires personnelles d'Erica et Patrick, ainsi que de leurs familles, sont toujours présentes et pour ceux qui n'ont pas aimé cet aspect dans le premier, ça n'ira pas en s'arrangeant avec l'arrivée du bébé... Pour tout ceux qui comme moi apprécient l'ensemble, espérons que cette tendance au crescendo se vérifiera dans les tomes suivants.

lundi 11 avril 2011

"Métamorphose en bord de ciel" de Mathias Malzieu

metamorphoseL'histoire:Tom Cloudman est sans conteste le plus mauvais cascadeur du monde. Ses performances de voltige involontairement comiques le propulsent au sommet de la gloire. Jusqu'à ce qu'un médecin qui le soigne pour une énième fracture décèle chez lui une maladie incurable.
Commence alors pour Tom un long séjour hospitalier pour tenter de venir à bout de ce qu'il appelle "la Betterave". Lors d'une de ses déambulations nocturnes dans les couloirs de l'hôpital, cet homme qui a toujours rêvé de voler rencontre une étrange créature, mi-femme mi-oiseau, qui, lui propose le pacte suivant: «Je peux vous transformer en oiseau, ce qui vous sauverait, mais cela ne sera pas sans conséquences. Pour déclencher votre métamorphose vous devrez faire l'amour avec moi. De cette union naîtra peut-être un enfant. Un risque à accepter».

La critique de Mr K: J'avais adoré La Mécanique du cœur à sa sortie. Livre marquant, à la langue poétique à souhait, il s'est révélé être un coup de foudre pour un écrivain dont je connaissais uniquement la carrière musicale avec le groupe Dionysos. Il nous revient ici avec un autre conte pour grands enfants que nous sommes, une rencontre inattendue entre un cascadeur raté condamné par une maladie incurable et un être hybride qui pourrait lui apporter la guérison.

On retrouve dans cet ouvrage toute la mélancolie teintée d'espoir qui m'avait tant charmé dans La Mécanique du cœur. Ici, on est plongé dans le quotidien d'un malade qui attend une mort qui lui est promise. Des passages sont difficiles tant ils peuvent rappeler le quotidien de personnes qui nous sont chères: la douleur, la dépendance, l'esprit qui s'évapore, l'indifférence des personnels soignants et l'impression d'être seul au monde, sans confident ou ami à qui se confier. C'est avec la boule au ventre que j'ai progressé dans la première partie de cet ouvrage. Puis, vient se greffer sur le récit, un élément de conte pur et dur: un être mi-femme mi-oiseau qui entrouvre un espoir de futur possible pour notre héros. L'oiselle lui propose un pacte et la majeure partie de la seconde partie de l'ouvrage est consacrée à la réflexion de Tom vis-à-vis de ce possible accord et à ses délires de plus en plus prégnant sur la «normalité».

Sans égaler son précédent livre, Métamorphose en bord de ciel est une grande réussite. La langue de Malzieu touche juste et fort, le lecteur est constamment balloté grâce aux images et aux formulations originales sans jamais tomber dans le pathos ou la lourdeur stylistique. Écriture poétique en diable, l'histoire avance tranquillement à son rythme sans jamais faire de concession ou baisser en intensité. On se prend irrémédiablement d'affection pour ce bras cassé de la vie et de sa belle soupirante hybride. C'est une fois de plus heureux et comblé que j'ai refermé cet ouvrage. À signaler qu'il est possible de se procurer une version dite «limitée» illustrée de nombreux dessins d'artistes divers et variés, à commencer par la couverture signée Nicoletta Ceccoli (merci Lenelaï).

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Posté par Mr K à 17:26 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
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