jeudi 16 juin 2011

"Si tu savais..." de Richard Plourde

situsavaisL'histoire: "Il progressait d'un pas assuré. La neige fine cédait immédiatement sous son poids et laissait une trace solitaire. Son corps s'arrêta aux feux de circulation à l'intersection de l'avenue Decelles. Ses yeux attendaient le feu vert pour redonner le signal aux jambes de poursuivre. Bill ressentit soudainement une très brève, mais intense sensation d'étourdissement et fut brusquement sommé de répondre à une alerte interne. Ses yeux avaient fait appel au cerveau afin d'exiger son attention immédiate. Quelque chose d'important semblait alerter sa vigilance. Bill ignorait complètement que dans 3.2 secondes, sa vie ne serait plus jamais la même."
Inspiré du courage et de la détermination d'un enfant et de sa famille face à la maladie, ce roman relate les péripéties d'un jeune étudiant qui, en route pour l'université, est, bien malgré lui, plongé dans son futur. Il deviendra alors témoin de ce que l'avenir lui réserve. A la suite d'aventures parfois palpitantes, tantôt émouvantes et, à l'occasion, cocasses, il finira par être devant un choix capital... Choisira-t-il de mettre cet enfant au monde?

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La critique Nelfesque: Il y a quelques mois, j'ai été contacté par mail par Richard Plourde qui souhaitait soumettre son roman, "Si tu savais...", à ma "critique". Ravie par cette proposition et après avoir lu la 4ème de couv' accrocheuse, je l'ai accepté et c'est un roman en provenance directe du Canada qui est arrivé dans ma boîte aux lettres un beau matin.

Il m'est aujourd'hui délicat de donner un avis négatif sur ce roman, suite à la démarche spontanée et généreuse de Mr Plourde mais c'est un fait: je n'ai pas vraiment apprécié ma lecture de "Si tu savais...". Il y a plusieurs raisons à celà. La première est que la quatrième de couverture aux accents SF n'est qu'un prétexte à parler avant tout de la maladie de Gabriel. Les détails sur les traitements médicaux et les effets indésirables de la maladie sont étalés sans pudeur. Je comprends le besoin qu'a ressenti l'auteur de coucher sur papier son histoire, la dure épreuve qu'a vécu sa famille et son petit garçon (le fils de Richard Plourde a fait une rechute et a subi une greffe de moëlle osseuse) mais quand je me détends avec un roman ce n'est pas un essai sur la leucémie que je souhaite lire.

Mais l'aspect qui m'a le plus déplu et qui m'a vraiment agacée (non, le mot n'est pas trop fort), c'est  les références omniprésentes à la religion. Si l'on se met à comptabiliser toutes les références au Christ, à la Vierge Marie, au Destin et même à Moïse (!!!), on est vraiment surpris. Certes la Foi prend une place importante dans les moments difficiles pour les personnes croyantes (ce n'est pas ça que je remets en cause et je le conçois tout à fait) mais en lisant ces pages, j'avais plus l'impression de lire un prêche de pasteur qu'un véritable roman. Mr Plourde chercherait-il à évangéliser avec son roman qu'il distribue à la blogosphère?

Je crois que la référence à Moïse, arrivant comme un cheveux sur la soupe, a été la goutte d'eau à la page 141:
"- Lise. Je comprends ta déception, mais tu es beaucoup trop dure à ton égard et trop sévère envers cette providence que tu assailles à tort. Tu oublies que, sans Moïse, le peuple n'aurait jamais atteint la terre promise. Ne m'as-tu pas déjà parlé de ces vieilles âmes, sans dette karmique, qui ne choisissent de se réincarner que pour aider et soutenir de pauvres jeunes âmes comme la mienne? Le club élite que tu rêves d'atteindre, tu en fais déjà partie. Tu n'as pas à entrer dans la terre promise, tu y habites déjà."

Mouais...

Avec tout ça, je vous laisse imaginer la réponse à la question posée dans la quatrième de couverture...

Je ne suis pas anticléricale, je suis moi même croyante, mais je n'ai vraiment pas aimé cette atmosphère emplie de bons sentiments et de bondieuseries. Pire que cela, cela m'a entravée dans ma lecture et finalement je ne ressors pas si touchée que ça par ce roman, me sentant bien plus prise en otage que simple lectrice. Même si j'ai été jusqu'au bout de ma lecture, je n'en suis pas ressortie émue. Un bon gros flop.


mardi 14 juin 2011

"Monsieur Sourire" de Ray Bradbury

sourire4L'histoire: Le succès de l'album Planète Rouge, l'enthousiasme de nombreux lecteurs, et de Ray Bradbury lui-même, rendaient nécessaire ce deuxième recueil de BD adaptées de l'œuvre du grand écrivain.

Mais là où Planète Rouge s'inscrivait dans un univers familier (celui des Chroniques Martiennes et du Bradbury SF), Monsieur Sourire a l'ambition de révéler au lecteur un autre Bradbury, plus secret mais tout aussi fascinant. Monsieur Sourire est une plongée inquiétante dans un univers oppressant, celui des morts-vivants et des ectoplasmes, des messes noires et des abominations, en un mot, Monsieur Sourire a le sourire de la mort, le rictus de l'horreur.

La critique de Mr K: Voilà encore un très bon recueil trouvé par hasard lors de l'une de nos pérégrinations dans une brocante. Avant la lecture de cet ouvrage, Bradbury se résumait uniquement pour moi à ses œuvres SF. Bien mal pensé tant cette BD au parfum de Tales from the crypt est efficace et distrayante à souhait.

13 récits sont donc compilés dans ce Monsieur Sourire. On retrouve les thématiques classiques du fantastique: l'ambition et l'avidité punies, une obsession qui vire au cauchemar (récit L'empreinte sans doute la plus belle pièce de ce recueil), le voyage dans le temps et le principe de l'effet papillon, la curiosité mal placée qui finira par se retourner contre son initiateur, la vie éternelle et sa contrepartie, une personne enterrée vivante qui essaie de se faire secourir, un lac hanté par des créatures innommables, des enfants pas si innocents que ça (récit Poison, Poison assez terrifiant dans le genre), le paradis qui se trouverait quelque part dans l'espace... Vous le voyez, la variété est au RDV et les histoires sont plus étranges et morbides les unes que les autres.

L'ensemble se dévore sans aucun souci, cette œuvre couplant à merveille le talent de compteur de Bradbury avec les dessins en noir et blanc d'un collectif de dessinateurs US (certains ont aussi officié pour les Tales from the crypt). Le tout a un parfum de nostalgie et de noirceur profonde qui n'est pas pour me déplaire. Happé par les récits, on frissonne et parfois on sourit face aux mésaventures qui nous sont ici comptées. Amateurs du genre, ce recueil est un must qu'il vous faudra dénicher car il n'a pas été réédité depuis un certain temps... Bonne chasse!

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lundi 13 juin 2011

"L'enfer de Matignon" de Raphaëlle Bacqué

matignonL'histoire: "Matignon? Une magnifique machine à broyer..." Jean-Pierre Raffarin
"Un enfer gestionnaire" Michel Rocard
"Dans une journée, vous recevez 10% de bonnes nouvelles et 90% de mauvaises" François Fillon
"Quand on est à ce poste, on a du plaisir à dormir, le soir, pour tout oublier" Pierre Mauroy
"Un harassement continuel" Raymond Barre
"Une fonction sacrificielle, avec une dimension presque christique. Au fond, c'est un formidable observatoire de la nature humaine" Edith Cresson
"Le job le plus dur de la République" Dominique de Villepin
"Il faut vraiment une âme de martyr pour jouer un rôle pareil. Moyennant quoi, je n'ai jamais entendu dire que qui que ce soit ait refusé de l'être" Edouard Balladur

La critique de Mr K: Une fois n'est pas coutume, la critique du jour porte sur un livre non-romanesque, ici un recueil de témoignages d'anciens premiers ministres de la Vème République sur la haute fonction qu'ils ont occupé ou occupent encore. Le livre est organisé par chapitres, chacun correspondant à un thème bien précis: la nomination, les premiers jours, le casting gouvernemental, la forteresse Bercy, les relations avec le Président, la cohabitation, le maniement des hommes, l'ennemi de l'intérieur, l'œil du parti, les sables de l'administration, secrets et mensonges, la solitude du pouvoir, une réforme sur vingt ans (les retraites), le stress, derrière les dorures, l'usure du corps, les médias, grâce et disgrâce, traverser la Seine... jusqu'à l'Élysée, démission, après l'épreuve... Autant de courts chapitres qui couvrent de façon exhaustive un métier hors du commun, souvent caricaturé mais rarement compris et cerné avec précision.

Ce n'est pas moins de 12 anciens premiers ministres qui témoignent ici, dans l'ordre chronologique de leur occupation du poste: Pierre Messmer, Raymond Barre, Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Michel Rocard, Édith Cresson, Edouard Balladur, Alain Juppé, Lionel Jospin, Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin et François Fillon. Ce qui est marquant avant tout, c'est que malgré leurs grandes divergences d'opinion sur la manière de mener les affaires du pays et leurs priorités, leur point vue est convergent concernant la fonction: elle est rude et ingrate. Rude car la tâche qui leur incombe est immense et la solitude pointe le bout de son nez très vite et ingrate car l'opinion ne suit que rarement les camps réformistes (réflexe assez français de défiance envers le changement, je sais je suis parfois pareil!). À gauche comme à droite, l'usure, la frustration, la déception sonnent la fin d'un moment de vie professionnelle intense. Pour autant, ce livre n'est pas une compilation de plaintes, on y trouve de grandes satisfactions: celle de servir un pays qu'ils aiment, d'avoir l'impression d'avoir fait progresser les droits et les prérogatives des citoyens, d'avoir vécu des moments historiques inoubliables et moultes choses que vous découvrirez au fil de votre lecture.

On rentre aussi dans les arcanes de la République avec ses secrets inavouables, ses tensions, ses oppositions et ses tractations secrètes! Difficile de ne pas éprouver de compassion pour les Cresson et Rocard qui doivent se battre à la fois contre leurs opposants traditionnels et les membres de leur propre parti! La figure de Bérégovoy (alias «le suicidé») en prend un coup quand on apprend qu'il était en première ligne dans le rang des détracteurs de Mme Cresson. Intéressant aussi de lire Edouard Balladur dans le texte quand il évoque sa rivalité avec Jacques Chirac lors de la course à la présidentielle de 1995 et les regrets de Lionel Jospin quant à sa manière de conduire sa campagne de 2002. Autant de "moments" de l'histoire politique qui m'ont intéressé en leur temps et qui ici reviennent sous un éclairage novateur et intéressant.

Une excellente lecture donc pour tous ceux que la politique interpelle et intéresse. C'est mon cas depuis mon adolescence même si parfois on peut frôler le désespoir ou l'écœurement face à l'évolution des mœurs et des pratiques de ce milieu qui frise parfois aujourd'hui le grand spectacle de foire (Tsarkozy). À noter pour finir que l'auteur, journaliste du Monde, a dirigé avec le réalisateur Philippe Kohly le documentaire "L'enfer de Matignon" passé à son époque à la télévision.

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samedi 11 juin 2011

"Monsieur Jean, l'amour, la concierge" de Dupuy - Berberian

jeanL'histoire: Monsieur Jean approche de la trentaine. Il vit seul dans son appartement, où il écrit, et reçoit régulièrement des amis ou des conquêtes d'un soir. Il n'entretient pas franchement les meilleures relations du monde avec sa concierge, qui lui lance des regards noirs lorsqu'il sort sans être rasé et qui lui bloque son courrier pour se venger des remarques assassines lancées par Félix. Félix est un ami de Jean. Enfin, un ami... un type avec lequel Jean a des souvenirs communs et qui profite de sa gentillesse. Et puis il y a Chantal, une ex que Jean croise au musée. Ou encore une jolie blonde qui fait un sondage dans un supermarché. Sans parler de ce producteur qui invite Jean dans sa propriété pour lui soumettre un projet de scénario.

En clair, Jean vit, donc rencontre des gens.

La critique de Mr K: C'est encore une fois le hasard qui m'a replongé dans le passé. En effet, je pratiquais assidûment Monsieur Jean dans les années 90 lors de mes années lycée, la documentaliste étant amatrice des aventures de cet apprenti écrivain (du moins dans ce tome 1). Le présent volume m'attendait bien sagement dans un hangar d'une association pour la réinsertion d'anciens détenus.

Ce premier tome nous permet de faire connaissance avec Monsieur Jean. Récemment remarqué lors de la saison littéraire, il vit seul dans son appartement. Au cours de huit "historiettes" et 4 / 5 strips, on est témoin de ses rapports compliqués avec sa chère concierge (archétype de la commère chiante et envahissante, à l'inverse de Renée dans "L'élégance du hérisson"). Il retombe par hasard lors d'une exposition sur son ex qui a beaucoup compté pour lui et qui depuis s'est recasée. On assiste à sa recherche désespérée de potes disponibles pour une soirée que Monsieur Jean finira par passer chez ses parents, à une rencontre foudroyante au supermarché, à la garde d'un tigre de salon (au sens propre vu la teigne de félin que son pote lui refile à garder). On croise aussi Félix son meilleur ami toujours à la ramasse et qui s'incruste chez lui...

Les dessins sont sympathiques et plutôt originaux, on reconnaît de suite un volume de Monsieur Jean. Le ton est plaisant; l'humour léger issue de scènes quotidiennes et habituelles... On se reconnaît facilement dans certaines situations car c'est une vie ordinaire avec ses hauts et ses bas qui nous est montrée ici. On passe un chouette moment et j'ai retrouvé le même plaisir qu'à mes 16 ans. L'ensemble n'a pas vieilli et l'humour fait toujours mouche. Une série vraiment à découvrir si vous ne la connaissez pas.

Mais celle qui en parle le mieux, c'est encore sa concierge: "Monsieur Jean? Ah celui là! On se demande ce qu'il fait de ses journées..." (Paulette Poulbot, gardienne d'immeuble).

mardi 7 juin 2011

"Baby-foot" de Joseph Joffo

baby-footL'histoire: Baby-Foot est la suite d' Un sac de billes, le roman du petit Jo, devenu adolescent, dans le Paris et la France de la Libération. Une époque étrange pour un jeune garçon, où se mêlent la joie de la liberté retrouvée, le temps du marché noir et des trafics en tous genres, la découverte du Nouveau Monde et des Américains, l'anxiété d'avoir le certificat d'études à passer.

La critique de Mr K: Retour dans l'univers de Joseph Joffo quelques mois après ma relecture enthousiasmante d'Un sac de billes. La guerre est passée et l'on retrouve le petit Jo qui a bien grandi depuis et s'apprête à passer son certificat d'étude. Le papa n'est jamais rentré de son emprisonnement et c'est une période de doutes et de choix difficiles qui s'ouvre devant le jeune adolescent.

On retrouve le grand frère Henry qui s'affaire dans son salon de coiffure, figure protectrice qui remplace le père disparu dont l'autorité pèse parfois un peu trop sur son jeune frère en pleine révolte adolescente (il verrait bien le cadet le seconder à la boutique). La mère est aussi omniprésente dans ce livre, une mère rassurante et aimante qui sent bien que son fils lui échappe, une mère que les épreuves endurées ont vieilli prématurément et qui ne souhaite qu'une chose: la réussite de Jo. Il y a les copains, archétypes des titis parisiens si joliment représentés par Doisneau dans ses photos immortelles.

Et puis évidemment, il y a Jo. On retrouve sa malice et son indéfectible désir de vivre sa vie en jeune homme libre. Il se fiche un peu de son certif et ne veut à aucun prix devenir coiffeur. Il multiplie les rêves mais aussi les désillusions. Il s'intéresse à la boxe qu'il va pratiquer puis abandonner, se rendant compte qu'il n'est pas fait pour cela (la scène du match est un monument de narration et d'émotion pure). C'est un week-end en autostop et la découverte de la vie des nomades (les jeunes partent voir l'oncle d'un d'entre eux, tsigane installé avec sa communauté aux alentours de Marseille -haut lieu de tension pour le jeune Jo dans Un sac de billes-). Il y a aussi pour lui et ses amis la fascination qu'exercent sur eux les GI américains qui ont libéré le pays et l'Amérique si proche et si lointaine à la fois, riche de promesses. Il y a aussi les petits trafics de l'après guerre et les plans foireux propre à cet âge aussi attendrissant qu'exaspérant qu'est l'adolescence.

Remarquable chronique d'une adolescence dans le monde de l'après guerre, on retrouve dans Baby-foot tout le talent de Joseph Joffo pour dépeindre l'Histoire et ses tourments, sa concision et sa franchise dans la description des personnages et la délicatesse qu'il met dans la peinture des sentiments, une émotion simple à l'état brut. Une très belle lecture que je recommande chaudement.

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lundi 6 juin 2011

"Un amour fraternel" de Pete Dexter

un-amour-fraternelL'histoire: La mort accidentelle de la petite Angela plonge la famille Flood dans le désespoir. Charley, le père de famille, veut tuer le responsable, qui se trouve être son propre voisin. Mais ce policier corrompu travaille, comme Charley, pour la mafia de Philadelphie. Il est protégé par le parrain du gang. En allant au bout de sa vengeance, Charley va précipiter le destin de chacun des membres de la famille Flood...

La critique Nelfesque: C'est grâce à un partenariat Livraddict et Points que j'ai pu lire "Un amour fraternel" de Pete Dexter. Merci à eux car je ne connaissais pas cet auteur et c'eût été dommage de passer à côté. La couverture promettait un roman noir et elle n'a pas menti. Ici, il n'y pas de place pour la joie.

L'histoire est simple, sobre et efficace. Je ne vous fais pas de redite, tout est indiqué dans la quatrième de couverture. Nous suivons la vie d'un homme qui n'est pas né dans une famille comme les autres. Chez lui, pas de maman et de papa "normaux", pas de repas en famille dans un climat harmonieux et pas d'épanouissement personnel dans un travail ordinaire ou avec des loisirs "de base". Le destin de Peter est sombre et on sent dès le début du roman, à la lecture de son enfance, que les choses se finiront mal. Une tension sourde plane sur les pages de ce roman.

"Un amour fraternel" commence sur les chapeaux de roue avec la mort accidentelle mais sordide d'Angela, la petite soeur de Peter. Cette scène, détaillée jusqu'à la nausée par l'auteur, marquera l'enfance et la vie du personnage principal qui, se drappant dans un quasi mutisme, ne cessera de poursuivre un but mais de manière inconsciente: venger sa soeur et sa famille qui a éclaté après ce drame.

Mais "Un amour fraternel" n'est pas seulement un roman de vengeance, c'est aussi le récit de la vie d'un homme qui fait tout pour sortir du déterminisme social mais qui traine un boulet invisible qui l'empêche de changer. Sur sa route, il va croiser Nick, ancien boxeur, maintenant gérant d'un gymnase où cassés de la vie et futurs grands boxeurs se cotoient. Auprès de lui, il va apprendre le respect et les codes de l'honneur propres à cette discipline. J'ai particulièrement aimé les liens qui unissent ces deux personnages, forts mais tout en retenue. De manière générale, le personnage de Nick est à mon sens le plus abouti et rien que pour lui et sa vie dans son club de boxe, la lecture de roman vaut le détour. Les autres personnages tournant autour de Peter ne sont pas en reste: son cousin opportuniste et médiocre, son oncle profiteur et malhonnête, le fils de Nick, Harry, protecteur et jaloux...

En bref, une lecture agréable bien qu'oppressante (vous êtes prévenus) avec des personnages fouillés et une ambiance noire. Une écriture simple et un style direct. Que demander de plus?

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dimanche 29 mai 2011

"La trilogie des elfes" de Jean-Louis Fetjaine

trilogie_elfesL'histoire: Il y a bien longtemps, avant même Merlin et le roi Arthur, le monde n'était qu'une sombre forêt peuplée d'elfes et de races étranges dont nous avons aujourd'hui perdu jusqu'au souvenir. Dans ces temps anciens, les elfes étaient un peuple puissant et redouté des hommes. Voici le récit de leurs dernières heures, depuis la rencontre du chevalier Uter et de Lliane, la reine des elfes. L'histoire d'une trahison et de la chute de tout un monde, d'un combat désespéré et d'un amour impossible.


La critique de Mr K: Quelle bonne lecture que celle-ci! Je n'ai pas mis longtemps à parcourir cette trilogie fort réussie qui mélange à merveille «légendes arthuriennes» et fantasy à la Tolkien. Abandonnez donc toute velléité historienne, c'est à un étrange voyage entre éléments historico-légendaires et éléments romanesques que nous convie l'auteur. Vous croiserez des figures célèbres comme Merlin, Uter, Morgane mais aussi trolls, gobelins, elfes et autres créatures imaginaires.

Une fois la lecture entamée, difficile d'en sortir tant on rentre directement dans le vif du sujet. C'est tout à l'honneur de Fetjaine, il ne perd pas de temps en scènes d'exposition et autres descriptions alambiquées, on plonge directement dans le récit et le cadre est posé très vite. On ne tombe pas pour autant dans le simple récit d'aventure, l'auteur se permettant par moment de s'attarder sur les mœurs des uns et des autres: le pacifisme froid des elfes, les rustres et besogneux nains aux fond de leur mines, la bêtise crasse des kobolds, l'ingénierie et l'ambition démesurée des hommes, les sombres desseins du maître des ténèbres...

En trois volumes, il s'en passe des choses! Le lecteur évolue constamment entre scènes de vie pastorales, amours contrariés, trahisons et complots, batailles dantesques, manipulations religieuses, disparitions d'espèces entières et menaces récurrentes. On s'attache très vite aux personnages et bien souvent les nerfs sont mis à l'épreuve face aux événements qui nous sont comptés. Certains de mes favoris meurent assez vite ou disparaissent, les malfaisants ont souvent le dernier mot (en premier lieu les hommes ce qui n'est pas étonnant) et les événements tournent en défaveur des formes de vie les plus pacifiques en faveur des ambitieux, des belliqueux et des industrieux (recul de la nature face à l'industrie et au développement).

Je ne crie pas au génie pour autant car il n'y a rien de véritablement original dans tout cela pour quiconque pratique un tant soit peu l'heroic fantasy (thèmes abordés, personnages-type). Cependant Fetjaine tire son épingle du jeu par son écriture simple, accessible ne cédant jamais pour autant à la facilité et sa capacité à maintenir le suspens. Dans ces conditions, les pages défilent devant nos yeux sans vraiment qu'on s'en rende compte. J'ai passé de très agréables moments en compagnie de la magnifique reine des elfes et de tous les autres personnages de ce roman. À lire absolument si on est amateur.

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samedi 28 mai 2011

"Saga" de Tonino Benacquista

sagaL'histoire: Nous étions quatre: Louis avait usé sa vie à Cinecittà, Jérôme voulait conquérir Hollywood, Mathilde avait écrit en vain trente-deux romans d'amour, et moi, Marco, j'aurais fait n'importe quoi (mais n'importe quoi!) pour devenir scénariste. Même écrire un feuilleton que personne ne verrait jamais. "Saga", c'était le titre.

La critique Nelfesque: J'ai découvert Benacquista il y a plusieurs années avec "La boîte noire et autres nouvelles" qu'un ami m'avait prêté. Séduite par le style de l'auteur je m'étais toujours dit que je poursuivrai dans la lecture de son oeuvre mais le temps a passé... En tombant sur "Saga" (non je ne me suis pas fait mal...), la quatrième de couverture m'a plu et c'était le moment de retenter l'expérience.

Quel bonheur que la lecture de"Saga"! Je conseille vivement ce roman à qui aime rire jaune et aux esprits critiques sur la société qui nous entoure. Benacquista met les pieds dans le plat avec talent et ce roman est surprenant.

Par le biais de situations délirantes, l'auteur nous met sous le nez notre quotidien télévisuel à vomir. Les quatres protagonistes de cette histoire sont des loosers de l'écriture. Il se sont fait spolier, plagier, sont restés dans l'ombre de nombreuses années mais sont des plus talentueux. Avec la liberté que leur offre la diffusion de leur saga à 4 heures du matin, ils s'autorisent un ton décalé et des aventures loufdingues. Alors que personne ne pouvait s'y attendre, ce "Plus belle la vie" sous acide va envoûter les insomniaques et gravir peu à peu les échelles de la programmation, jusqu'à se retrouver en prime-time. "Saga" prend alors une place importante dans la vie des téléspectateurs et avec elle, les auteurs tiennent leur revanche. Pourquoi ne pas en profiter pour faire sauter le système et ouvrir les yeux à cette masse de cerveaux disponibles?

Terriblement d'actualité et en même temps très drôle, Benacquista nous montre qu'il ne faut pas tout avaler, même si c'est "vu à la TV" (surtout si c'est "vu à la TV"!), et que les plus forts ne sont pas forcément ceux qu'on croit. D'une justesse et d'une plume endiablée, cet écrit devrait être inscrit dans les programmes scolaires! A lire d'urgence!

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mardi 24 mai 2011

"Les jolies choses" de Virginie Despentes

lesjolieschosesL'histoire: Il y a eu ce jour-là: il l'a ramenée devant sa porte et, assis sur le capot de sa caisse, s'est mis à lui dire des blagues. Claudine est arrivée, elle lui a fait son numéro. Et quand elle s'est éloignée, Seb a juste décrété: «Elle est drôlement jolie ta soeur. Mais elle n'a pas ce que t'as».

Pauline et Claudine sont soeurs jumelles, et pourtant tout les sépare. La première, rebelle et fidèle, refuse le compromis. La seconde, fonceuse et paumée, aime séduire et plaire. Mais quand cette dernière se suicide, Pauline prend sa place et bascule dans un monde factice et frelaté.

La critique de Mr K: Voilà un Despentes fort réussi qui m'avait pour le moment échappé. Je suis tombé dessus par hasard dans une brocante à Périgueux, il me tendait ses petits bras, je n'ai pas pu résister, je l'ai adopté! Je l'ai lu en une nuit tant je n'ai pas pu le lâcher, happé que j'ai été par cette histoire.

Le postulat est simple: deux soeurs jumelles bien différentes, l'une se suicide et l'autre prend sa place usurpant son identité et peu à peu sa vie... et quelle vie! On rentre avec Pauline dans l'intimité et l'existence de Claudine, être thrash par excellence qui côtoie des gens peu recommandables. Le milieu de la musique y est décrit de façon non complaisante: le fric mène la danse et pour y arriver la position horizontale est assez prisée des patrons de labels surtout si la jeune fille est attirante. Quelques passages dans certaines party très jet-set dévoilent aussi ce qu'il y a derrière le rideau de strass et de paillettes, un monde de manipulation, de rencontre et de drogue. A l'heure où certains «people» et médias banalisent des objets comme une «sex-tape», Virginie Despentes décrit ici sans pudeur le contenu de l'une d'entre elle « tournée» par la sœur disparue et les conséquences qu'une telle vidéo peut avoir sur un individu et son image (à 10 000 lieues des âneries que l'on peut lire ou voir sur le sujet). Assez effrayant par moment, très crû aussi, on a bien affaire à un Virginie D. pur jus!

Ce que j'ai préféré et qui est admirablement bien rendu dans cet ouvrage, c'est l'effet de mimétisme qui s'opère entre la sœur vivante et le souvenir de cette sœur haïe. Car c'est une histoire de haine et de répulsion qui peu à peu se transforme en une sorte de fascination, d'auto-destruction à laquelle on assiste impuissant et qui provoque irrémédiablement une boule à l'estomac. Entre flashback sur leur enfance difficile (relations troubles entre elles, père autoritaire et mère démissionnaire) et le présent, peu à peu l'auteur cerne de plus en plus ses personnages qui en deviennent profonds, humains et finalement attachants. On comprend au fur et à mesure où Despentes veut nous emmener. A cet égard, le procédé littéraire que l'on retrouve au tout début et à la toute fin est un modèle du genre et rend compte de l'absurdité de l'existence humaine sans pathos et autres lourdeurs. On peut signaler aussi que, Despentes oblige, ce roman est un vecteur pour l'auteur afin d'exprimer son ressentiment et sa profonde méfiance envers les hommes qui s'avèrent être tous soit des pervers, soit des faibles, soit des manipulateurs. On est souvent plus dans la caricature que dans la peinture réaliste mais c'est aussi ce qui fait le charme de cette auteur que j'affectionne tout particulièrement.

Pour ceux qui suivent notre blog, vous savez que Despentes est une de mes auteurs fétiches. Ce livre ne me fera pas changer d'avis tant j'ai pris du plaisir à le dévorer entre fascination-répulsion et le bonheur de retrouver l'écriture si directe et fraîche de l'auteur. Un p'tit plaisir bien déviant dont il serait dommage de se priver! A bon entendeur...

Oeuvres de Virginie Despentes aussi chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Les chiennes savantes
- King Kong theorie
- Apocalypse bébé

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vendredi 20 mai 2011

"Passer l'hiver" d'Olivier Adam

passer_lhiverL'histoire: Ils sont sonnés, lessivés, cassés. Un souffle suffirait à les faire tomber. Chauffeur de taxi, infirmière, ex-taulard ou vendeuse dans une station-service, peu importe: ils restent invaincus.

La critique Nelfesque: Cela faisait un moment que je voulais lire une œuvre d’Olivier Adam. J’en ai entendu le plus grand bien et j’ai vu la magnifique adaptation cinématographique de "Je vais bien ne t’en fais pas". Bien que je ne sois pas vraiment "nouvelles", lorsque ce recueil s’est présenté sous mes yeux j’ai vu là l’occasion de tenter l’expérience.

"Passer l’hiver" est un recueil de 9 nouvelles ayant toutes comme point commun la saison hivernale, le froid et la solitude. Olivier Adam n’est pas un marrant. Mieux vaut avoir le moral au beau fixe lorsque l’on entame une de ses œuvres. Ici le quotidien est semé de doutes, de blessures, de trahison et de mal de vivre. Ici, les personnages ne sont pas des plus heureux. Ils mènent leur vie bon grè mal grè, au fond comme nous tous. Olivier Adam sait faire de ses personnages des Mr et Mme Tout-le-monde. Antoine, Claire, Martine, Anna, Lucas, … on pourrait tous être ces personnages avec nos vies faites de petits bonheurs et de moments de tristesse.

Avec ces nouvelles écrites à la première personne, Olivier Adam sait toucher l’homme ordinaire au plus profond de nous, celui qui pleure et sourit, celui qui aime et se résigne, celui qui a peur de la mort et pourtant qui vit. Une œuvre sensible qui nous émeut.

"Et dire
que nous n’aurons même pas
passé l’hiver."
Dominique A

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