lundi 20 février 2012

"Les voies d'Anubis" de Tim Powers

anuL'histoire: Vraiment, pourquoi Brendan Doyle, jeune professeur californien, aurait-il refusé de faire à Londres cette conférence payée à prix d'or? Comment deviner que l'attend la plus folle et la plus périlleuse des aventures?

Voyez plutôt: à peine arrivé, le voici précipité, par une mystérieuse brèche temporelle, dans les bas-fonds de Londres. De Londres en 1810! Sorciers, sectes et rumeurs de loup-garou... Et, nul doute, quelqu'un cherche à l'enlever sinon à le tuer! 

Au hasard de sa fuite, Doyle régressera jusqu'en 1685 puis sera projeté dans l'Égypte de 1811 où des magiciens vénèrent encore le dieu Anubis. 

Traqué, maintes fois capturé et toujours s'échappant, il cherche à corps perdu la "brèche" du retour. 

Ô douce Californie d'aujourd'hui, où es-tu? 

La critique de Mr K: Voila un livre que je voulais lire depuis longtemps et qui s'est éternisé dans ma PAL. Deux ans tout de même pour une œuvre considérée comme un classique dans le cercle des amateurs de Science-Fiction. Tim Powers est considéré comme un incontournable dans le milieu et malgré son absence de dernière minute à sa séance de dédicace aux Utopiales 2011, je me lançai dans cette histoire de voyage dans le temps, thème classique par excellence mais qui m'a toujours attiré. Mon avis final après une semaine de lecture est mitigé, partagé que je suis entre la densité impressionnante du scénario, les personnages attachants / repoussants à souhait et finalement un livre que je vais oublier assez vite... 

Un des gros points fort de ce livre est le héros: Brendan Doyle. Citoyen lambda par excellence, il est entraîné dans des aventures qui le dépasse et nous sommes plongés avec lui dans d'ahurissants bouleversements de situation et d'étranges rencontres. Malgré un background de SF pure (c'est pas tous les jours qu'on peut revenir dans le passé!), on baigne dans le réalisme pur au niveau du traitement du personnage principal et l'on se dit que dans les mêmes conditions, on aurait fait la même chose. L'empathie fonctionne à plein régime et l'on passe par tous les états car le malheureux subit un nombre incroyable d'épreuves avant la fin du livre! Face à lui, des êtres de cauchemar sortis de l'imagination débridée de l'auteur le pourchassent: le lecteur se retrouve face à une galerie effrayante de sorciers dégénérés, d'êtres hybrides aussi mystérieux qu'étranges (un loup garou changeant de corps en même temps que de victime) et d'armées de gueux sorties des tréfonds de Londres. C'est à leur apparition que l'on lorgne avec les frontières de la fantasy et du fantastique. On tremble à de nombreuses reprises et je dois l'avouer, c'est plutôt rare de ressentir cela en lisant (hormis assez régulièrement dans le genre polar). 

Autre point positif, la façon dont l'auteur a éludé les explications liées aux voyages dans le temps. Il n'aborde jamais de front le problème, se contentant d'évoquer des failles existantes qui auraient été créées par un sorcier dément (mention spéciale au Dr Romany, belle figure du mal dans le livre). En fait, il me semble que Tim Powers privilégie sciemment le côté "aventure" du récit (certains vont jusqu'à parler de roman picaresque) ce qui lui donne un rythme endiablé, un peu comme quand on regarde un bon vieil Indiana Jones. 

Pour autant, comme je vous le disais plus haut, cette œuvre n'est pas impérissable à mes yeux. Je ne ressentais pas un besoin irrépressible de revenir vers ce livre, l'addiction n'est jamais venue! Il y a même eu de grands moments de lassitude et d'ennui, la faute essentiellement à une écriture certes maîtrisée et évocatrice en diable mais que j'ai trouvé sclérosée et trop souvent ampoulée. Du coup, un sentiment de malaise m'a envahi peu à peu: c'est censé être un chef d'oeuvre mais je n'accroche pas! J'ai aussi été rarement surpris et je pouvais quasiment prédire ce qui allait arriver par la suite. Dommage vraiment car à la base tout était réuni pour que cette lecture soit bonne et enrichissante: SF, voyages dans le temps et XIXème siècle littéraire (références nombreuses aux grands poètes anglais dont mon chouchou, Byron). 

Au final, un bilan mi-figue mi-raisin. À chacun de se faire sa propre opinion vu les qualités certaines de ce livre mais aussi quelques défauts qui peuvent se révéler rédhibitoires. À vous de tenter l'expérience!

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mardi 14 février 2012

"Les huit jours du Diable" de Didier Convard

huitjoursdudiableL'histoire: Le monde ne s'est pas défait en un jour...
Yahvé Dieu créa le monde en six jours: le septième, il se reposa.
Il a fallu au Diable huit jours pour le détruire, ou le faire détruire. De l'engloutissement de la civilisation des Atlantes à l'apocalypse atomique, en passant par la damnation de Sodome et Gomorrhe et les diaboliques "miracles" du Moyen Age, à huit reprises le Diable a guidé la main de l'homme.
Par huit fois, le Diable s'est amusé à nos dépens.
Le jour de l'Atlantide.
Le jour de la grande colère.
Le jour du Diable.
Le jour de la Pentecôte.
Le jour des korrigans.
Le jour de la vengeance.
Le jour du mirage.
Et puis, le Diable vit que cela était mauvais.
Il y eut un soir, il y eut un matin:
le jour du dernier homme.

La critique de Mr K: Retour dans les eighties avec cette œuvre de Didier Convard datant de 1983. Parti d'un projet qu'on lui avait soumis sur les villes disparues, il l'a fusionné avec une réflexion plus vaste sur le tentateur, le malin, bref... le Diable!L'entrée en la matière est un texte de l'auteur d'une cinquantaine de lignes qui nous plonge dans le bain directement, pas de quartier, le Mal étant le Mal, on s'apprête à pénétrer dans 8 récits courts et abrupts mettant en scène directement ou symboliquement le seigneur des mouches et surtout, la plus manipulable des créatures: l'homme!

Le jour de L'Atlantide est une variation intéressante autour du mythe de ce continent englouti quelque part dans l'océan. L'auteur y introduit un élément SF en faisant de cette terre dorée l'enjeu de tractations inter-galactiques! Vous connaissez tous la fin mais l'approche originale de l'auteur fait mouche et ce premier récit est une réussite. Le jour de la grande colère reprend le même principe avec le mythe de Sodome et Gomorrhe. J'ai trouvé cette version un peu tirée par les cheveux et un peu bâclée... et surtout très très sage! Même dans la Bible, la damnation des deux cités de la perversion est plus rock and roll! Passons...

Le jour du Diable est plus classique avec la légende de la ville d'Is, de Gradlon, Dahut sa fille et le Diable en personne! Soyons clairs, ce n'est pas la meilleure version que j'ai eu entre les mains, Dahut est ratée (elle doit être ensorcelante, ici c'est une guerrière casquée type quartier du Marais à Paris) et franchement, autant lire la légende originelle ou la variation intéressante décrite dans la série des Druides. Je sais, je n'en sors pas en ce moment... Le jour de la Pentecôte rehausse d'un coup le niveau avec une variation bretonne (eh oui!) d'Aladin et la lampe merveilleuse avec un jeune garçon cherchant fortune dans une caverne merveilleuse. Malheureusement le tentateur guide ses pas et il finira par chuter! Bien mené, assez court, ce récit est une vraie réussite!

Le jour des korrigans est un ovni parmi tous les autres récits. Je n'ai pas vu le rapport avec la choucroute (pardon, le diable et les cités enfouies...). Reste un récit sympathique où des géants se prennent une raclée monumentale par des korrigans et rien que ça c'est un événement à ne pas louper; gentillet mais sympathique, j'ai beaucoup souri à sa lecture mais dans le bon sens du terme. Le jour de la vengeance est cette fois-ci une variation autour du mythe de Faust. Un seigneur cupide veut mettre la main sur les terres des moines du secteur, il fait appel à trois démons pour l'aider. Ils vont l'assister mais pas dans le sens qu'il croyait... Pas original pour un sou, ce récit se suit néanmoins avec plaisir jusqu'à ce que l'arroseur soit arrosé. 

Le jour du mirage a pour cadre l'Arabie mystérieuse. Un roi puissant s'aveugle à vouloir construire la cité de ses rêves. A force d'injustices et de cruauté, le rêve s'évanouira mais pas seul. Une belle réussite pour une belle réflexion sur le pouvoir et ses chimères. Le jour du dernier homme clôt ce recueil et de quelle manière! Un jeune homme à la mise moyen-âgeuse parti en quête d'on ne sait quoi va découvrir que l'humanité est quasiment éteinte suite à un holocauste nucléaire et que les chats ont muté pour prendre possession de la terre. Un récit tout bonnement génial: bon OK, j'adore les chats et ça nous change des singes!

Il y a donc de tout dans ce recueil et je pense que chacun y trouvera quelque chose qui le contentera. Certes, il n'est pas parfait, les dessins sont marqués par le temps mais pour les amateurs de BD vintage comme moi c'est tout bon! Les huit jours du Diable malgré des défauts est très attachante et trouvera une place de choix dans la bédéthèque du Capharnaüm Éclairé.

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lundi 13 février 2012

"Le fond de l'enfer" d'Ian Rankin

rankin

L'histoire: Un junkie retrouvé mort dans un squat d'Édimbourg, juste un cadavre dont le corps a été placé sur le sol selon un étrange rituel. Une jeune fugueuse terrifiée qui pense que son ami a été assassiné.

Mais tout le monde s'en moque. Ce sont les déchets de la société, des drogués et des petits délinquants. Mieux vaut s'intéresser aux nouvelles entreprises en plein essor et aux lotissements flambants neufs qui vont apporter la prospérité à une ville qui se vante déjà de sa "qualité de vie".

Il n'y a guère que l'inspecteur Rebus pour s'en préoccuper, sentir quelque chose de trop malsain, de trop dangereux pour être laissé dans l'ombre... Quelque chose qui n'est peut-être pas sans lien avec le monde merveilleux que promettent promoteurs et publicistes...

la critique de Mr K: J'avais été enchanté par mon premier séjour livresque dans l'univers de l'inspecteur Rébus et d'Ian Rankin: Nom de code: Witch. Puis le temps a passé, les livres se sont accumulés dans ma PAL (ô malédiction du lecteur!) et c'est seulement deux ans et quelques après ce premier contact que je replonge... Mais quelle immersion et quel plaisir!

L'action se déroule à Édimbourg, Écosse. Dès les premières pages, le décor est planté: l'Écosse c'est gris, ça boit, ça se traîne et l'ambiance n'est pas des plus joviales. Au milieu de ce charmant tableau, un cadavre de junkie qui gène pas mal de monde et du beau linge en plus! Flairant l'entourloupe, l'inspecteur Rebus se met en chasse pour essayer d'abord de comprendre le pourquoi de cette overdose instrumentalisée puis trouver les responsables. Tout au long des 300 pages que compte cet ouvrage, on va suivre les errances de cet inspecteur peu commun entre lieux du crime et pubs enfiévrés peuplés d'habitués hauts en couleur.

Aaaah, Rebus! Il est de la race des Adamsberg et des Bosch, un gars meurtris par la vie possédant un haut sens de la justice mais qui aime à se laisser aller quand son âme se teinte de gris. Dans Le Fond de l'Enfer, il s'est fait larguer par sa compagne et ne s'en est jamais vraiment remis. Son chef nouvellement nommé l'indiffère (pour rester poli) et la routine le guette. Sa route va rencontrer celle de Tracy, jeune paumée liée au défunt. Cette boule d'énergie désespérée va lui permettre de se remettre en selle et finalement de se sentir utile. Cet inspecteur est vraiment très attachant car oscillant constamment entre le râleur invétéré, le pygmalion motivant pour ces jeunes troupes (constable in english) et l'être sensible au fond du gouffre.

L'enquête est intense et nous suivons les moindres pistes explorées par Rebus et ses acolytes. Les rebondissements sont nombreux et la fin est implacable à sa manière car même si l'énigme est résolue, la justice n'est pas forcément rendue. On est donc loin du happy end et clairement, on se situe dans le genre du polar bien poisseux où toutes les vérités ne sont pas forcément bonnes à dire et où les apparences sont trompeuses. Avis aux amateurs de polar et policier, Ian Rankin est vraiment très doué et il serait bien dommage de passer à côté!

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dimanche 12 février 2012

"Memories of Sand" de Frezzato

frezzatoL'histoire: J'ai toujours pensé que les pierres abritaient une mémoire et pas que géologique.
Il y a quelques années, j'ai fait un rêve dont je dessinai la partie la plus banale...
J'étais adulte, je voyageais seul et j'avais déjà tout vu. J'arrivai à l'endroit où il y avait un homme dont seule la tête émergeait du sable, les vagues submergeaient régulièrement son visage, mais il ne semblait ni souffrir, ni suffoquer. Il avait mon visage et il me dit: laisse tomber tes petits jeux et viens écouter la légende du sable...


La critique Nelfesque: Je ne connaissais pas Frezzato, dessinateur et scénariste italien, mais une chose est sûre, après avoir lu "Memories of Sand", je vais me pencher plus avidement sur ses précédentes publications.

Je dis que j'ai "lu" "Memories of Sand" mais je devrais plutôt dire que je l'ai admiré et ressenti. Ce n'est pas une bande dessinée à proprement parlé puisqu'ici il n'y a aucun texte et aucune dialogue. Tout se passe dans les yeux des personnages et la beauté des dessins de Frezzato. On se laisse porter par les couleurs vives et le caractère nostalgique qui ressort des quatre histoires contenues dans ce recueil au format à l'italienne qui s'apparente plus à un beau livre qu'à une BD.

"La Rose" tout d'abord montre la chute au sens propre d'un homme, venant d'on ne sait où et se dirigeant vers une destination inconnue. Au long de sa chute, il passe différentes matières, pense s'écraser puis passe à travers et continue de chuter. Il se dégage de cette histoire quelque chose d'angoissant jusqu'à ce qu'il se transforme en phoenix et se mette à voler. Là il aperçoit au loin un ballon coloré sur lequel est allongée une jeune femme complètement nue ayant une rose en lieu et place du sexe. Il va alors perdre la tête et se diriger vers cet antre sacré la bave aux lèvres. Il y a un côté grivois à cette histoire que l'on ne retrouvera pas dans les autres et qui nous fera sourire sur plusieurs cases. Cette destination est-elle le but à atteindre? Qu'y a-t-il dans cette rose? Ca vous le saurez en le lisant!

On retrouve cet homme (qui a cessé de chuter) dans l'histoire suivante: "La Clef". Mon coeur penche pour cette histoire ci et son côté nostalgique. Métaphysique, allégorique, elle est presque une parabole sur l'amour, l'incompréhension et la peur de l'inconnu. Elle peut être lu de différentes façons, peut être que certains n'y verront rien de spécial mais c'est elle qui a su le plus me toucher. Il est difficile d'en raconter l'histoire dans les détails tant elle est imagée.

frezzato1

La suivante, "Le Parapluie" diffère complètement dans son traitement de ses 3 autres compagnes. Le procédé de dessin, la colorisation et les cases tranchent dans ce recueil. Un homme monocycle (toujours le même) pénètre dans une grotte au fond de laquelle, après avoir bravé les éléments, il découvre une jeune fille à la source même des évènements se déchainant. Fragile et perdue, à la fois victime et maitresse de ses pouvoirs, il va tout faire pour la sauver d'elle-même et la sortir de cette grotte. Encore une fois, l'histoire a un fond philosophique et éprouvant mais, de part le personnage du petit asticot cyclope, Frezzato a su dédramatiser l'ensemble et faire sourire le lecteur.

Enfin, la très courte dernière histoire de cet ouvrage, "Le petit cochon", montre la cruauté des hommes à préparer à la chaine des cochons grillés. Frezzato serait-il végétarien? En tout cas son héroïne oui puisqu'elle n'hésite pas à faire sauter sans remords l'usine en question.

Entre fantasy et science-fiction, avec des machines/robots, des situations clairement SF, des créatures improbables et un fond philosophique, Frezzato nous propose, avec "Memories of Sand", un ouvrage hors du commun qui nous émeut et nous réconforte. D'une beauté saisissante et d'un lyrisme touchant, il nous parle d'amour de la plus belle façon qu'il soit. Un seul bémol à ce très bel ensemble: un goût de trop peu...

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vendredi 10 février 2012

"Les Anges de New York" de R. J. Ellory

angesdenyL'histoire: Frank Parish, inspecteur au NYPD, a des difficultés relationnelles. Avec sa femme, avec sa fille, avec sa hiérarchie. C'est un homme perdu, qui n'a jamais vraiment résolu ses problèmes avec son père, mort assassiné en 1992 après avoir été une figure légendaire des Anges de New York, ces flics d'élite qui, dans les années quatre-vingt, ont nettoyé Manhattan de la pègre et des gangs.
Alors qu'il vient de perdre son partenaire et qu'il est l'objet d'une enquête des affaires internes, Frank s'obstine, au prix de sa carrière et de son équilibre mental, à creuser une affaire apparemment banale, la mort d'une adolescente. Persuadé que celle-ci a été la victime d'un tueur en série qui sévit dans l'ombre depuis longtemps, il essaie obstinément de trouver un lien entre plusieurs meurtres irrésolus. Mais, ayant perdu la confiance de tous, son entêtement ne fait qu'ajouter à un passif déjà lourd.
Contraint de consulter une psychothérapeute, Frank va lui livrer l'histoire de son père et des Anges de New York, une histoire bien différente de la légende communément admise. Mais il y a des secrets qui, pour le bien de tous, gagneraient à rester enterrés.

La critique Nelfesque: Un nouvel Ellory sort en librairie le 15 mars prochain et j'ai eu la chance de le lire en avant première. Grande amatrice de la plume de cet auteur, j'en suis doublement ravie.

"Les Anges de New York" ne fait pas pâle figure au côté des autres romans d'Ellory aujourd'hui traduits en français ("Seul le silence", "Vendetta" ou encore "Les Anonymes"). Il est même clairement dans la lignée de "Vendetta"!

Nous sommes ici dans une histoire sombre et complexe, jonglant dans les méandres des souvenirs de Frank Parish et son enquête en cours. L'enquête est classique, un tueur en série sévit dans la ville et Frank est persuadé d'avoir le coupable sans les preuves qui vont avec. Il va alors tout mettre en place pour le faire tomber, allant jusqu'aux limites de la légalité et mettant sa carrière déjà fragile en péril. Sur l'enquête pure de ce roman, je n'ai pas été transportée. Tout s'imbrique comme par magie et c'est presque trop simple pour être attirant. Les coïncidences fusent, les convictions de Frank dominent et même son nouvel équipier, Radick, ne tique pas... Mouais... Heureusement, ce roman a deux facettes.

Il ne faut cependant pas s'attendre à lire un polar classique quand on se plonge dans "Les Anges de New York". Ici, bien avant l'enquête policière, c'est la psychologie et l'histoire familiale du personnage principal qui priment. Ellory est très fort à ce petit jeu et le lecteur s'attache toujours profondément à ses personnages. Ici, on ne déroge pas à la règle avec Frank Parish, personnage fouillé aux félures palpables. C'est avant tout son "enquête personnelle" qui séduit le lecteur, son chemin pour faire la paix avec le passé et changer ses comportements. Alors certes, les policiers alcooliques et fragiles sous des apparences dures sont assez courants dans les romans policiers mais j'ai rarement vu des personnages aussi aboutis, crédibles et attachants que ceux d'Ellory. Nous sommes ici dans le vrai roman de flics, celui où les magouilles cotoient la mafia et les nuits blanches l'alcool. Il y a un arrière goût de polar noir à l'image d'"Un amour fraternel" de Pete Dexter dans ce roman. Dès les premières pages, le lecteur ressent toute la force de l'écriture de cet auteur, une écriture magnifique qui nous transporte au delà du simple polar/thriller.

"Les Anges de New York", à l'image de "Seul le silence", est un roman qu'il faut lire avant tout pour ses personnages, pour leurs descentes aux enfers, pour leurs travers et pour leurs malaises. Ellory nous fait ressentir des sentiments que peu d'auteurs nous proposent dans le polar/thriller. Je suis une fois de plus charmée par Ellory et vous invite à sauter sur cet ouvrage dès sa sortie en librairie. De mon côté, je n'ai plus qu'à attendre le prochain...

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mardi 7 février 2012

"La vengeance du wombat et autres histoires du bush" de Kenneth Cook

wombatL'histoire: Wombats sur ma gauche, wombats sur ma droite: tous piétinaient et grognaient. Planté parmi eux au clair de lune, immense, le corps flasque et hardi, le filet dans une main, la seringue dans l'autre, j'attendais le wombat qui m'intéressait. [...] Avec l'aisance du geste entraîné, je lui lançai le filet sur le corps. Il le déchiqueta en moins de deux secondes. [...] Comment étais-je censé m'y prendre à partir de là?
K.C.

Une rencontre dans un bar, quelques bières fraîches, et voilà Kenneth Cook, écrivain d'âge mûr "en léger surpoids", embarqué dans d'incroyable aventures où la faune humaine et animale du bush joue le premier rôle.
Kangourou suicidaire, koalas explosifs, wombats vindicatifs, aborigènes roublards finissent toujours par contrarier son penchant naturel pour le confort.

La critique Nelfesque: Après "Cinq matins de trop" du même auteur, me voici de retour dans le bush australien. Autant les paysages arides pourraient m'attirer, autant la population dépeinte dans "Cinq matins de trop" et aujourd'hui dans "La Vengeance du wombat..." ne me donne qu'une envie: demeurer le plus loin possible de cette région du monde!

Là s'arrête la comparaison car nous sommes ici dans un registre totalement différent. Dans "La vengeance du wombat...", Kenneth Cook choisi l'humour et la dérision pour nous présenter ses aventures. Le narrateur est une sorte d'aventurier de canapé, qui serait bien mieux dans son salon que dans le pub du coin mais qui, par je ne sais quel malheureux hasard, se retrouve dans des situations impossibles (et hilarantes) souvent par lâcheté. Et oui, cet homme est un gros mou et au fil des nouvelles, il se laisse entrainer pas les grands mââââles australiens dans des aventures abracadabrantes.

C'est ainsi qu'il va partir à la capture du wombat au clair de lune et du buffle en territoire aborigène, assister à des paris dignes des grands westerns, tenter de faire partir un lézard en orbite, risquer sa vie en tentant de sauver un kangourou et un wallaby, essayer de dompter des serpents malgré sa phobie, surveiller une valise au contenu illicite, assister à une démonstration de grenade à moins d'un mètre, partir à la pêche au requin, écouter des souvenirs ayant pour sujet des koalas explosifs... Du grand n'importe quoi! Mais un n'importe quoi de qualité, rafraichissant et drôle.

Ma préférence va à "Des serpents très, très perturbés", nouvelle de 18 pages, où l'on se demande qui du serpent, du narrateur ou de l'ami dompteur qui l'entraine dans une histoire foireuse (n'ayons pas peur des mots)  est effectivement le plus perturbé. J'ai franchement rit à la lecture de cette nouvelle tant l'auteur dépeint avec brio les différents états par lesquels passe le narrateur. Si il ne devait rester qu'une seule nouvelle ce serait celle ci!

N'étant pas une grande adepte des nouvelles (trouvant souvent l'ensemble frustrant et vite oublié), j'ai été charmée par "La vengeance du wombat et autres histoires du bush". Même si certaines histoires sont jouissives alors que d'autres sont anecdotiques, dans l'ensemble on passe un bon moment.

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lundi 6 février 2012

"Survivant" de Chuck Palahniuk

chuckL'histoire: «Personne ne peut voir ses problèmes résolus. Ses drames, ses égarements, ses histoires réglées, sa vie débarrassée de ses merdes. Sinon, que resterait-il à tout à chacun? Rien que l'inconnu qui fiche la trouille».

Tender Branson est bien placé pour le dire. Il est le dernier survivant d'une secte d'allumés et il navigue seul, après l'avoir détourné, dans un boeing 747 mis en pilotage automatique à 13 000 mètres d'altitude. Destination l'Australie et le crash assuré. Plus que sept heures de vol à vivre pour raconter à la boîte noire ses incroyables secrets. Quelques litres de kérosène avant de finir éclaté en milliards de petits débris...

La critique de Mr K: Autant j'avais été déçu lors de ma lecture de Peste du même auteur (Fight Club quand même!), autant Palahniuk m'a bien calmé et cueilli avec Survivant. On suit ici la confession d'un allumé total lors des dernières heures de sa vie et quelle existence! De son enfance au sein de la secte des Creedish à sa survie après le suicide collectif de ses frères, en passant par son élévation au statut de nouveau prophète, c'est à un récit s'apparentant à des montagnes russes que nous convie l'auteur. Mettez bien vos ceintures car ça secoue!

Écrit à la première personne, le lecteur est dès les premières pages immergé dans cet esprit que l'on devine malade. Plus on avance, plus la lumière se fait sur les raisons réelles de ces névroses. On se rend compte qu'on a face à soi un homme qui depuis sa prime enfance est manipulé et quasiment télécommandé par des personnes ou des groupes. Il y a la secte bien sûr, ensuite il y a l'assistante sociale chargée de son cas suite au suicide collectif de ses proches puis l'agent qui va "s'occuper" de lui lors de son accession à la célébrité. Autant vous le dire de suite, c'est rude et éprouvant car Tender est finalement plus une victime qu'autre chose et la boule à l'estomac ne fait que grandir au fil de la lecture. On retrouve donc ici les thématiques chères à l'auteur comme la manipulation mentale, les camisoles chimiques et leur empreinte sur un esprit, la violence des foules et les destins individuels brisés face à des intérêts privés puissants.

L'ensemble est habillé du style inimitable de Palahniuk. Beaucoup de cynisme tout d'abord avec un portrait au vitriol de l'Amérique et de ses habitants (le passage concernant la finale du Superbowl est édifiant dans ce domaine!), ça taille dans le vif et personne ne s'en sort indemne entre les politiques, la police et les acteurs de l'entertainment. L'humour est corrosif, d'un noir épais mais toujours au service d'une réflexion bienvenue en ces temps de doute sur le bienfondé du modèle capitaliste-libéral. La conclusion est d'ailleurs sans appel et aboutit à l'effacement de l'individu au profit de la conscience grise commune. L'écriture est toujours aussi limpide, abrupte et parfois virtuose (notamment les lignes relatant les pensées contradictoires du "héros"). Petit détail et non des moindres, le chapitrage est inversé (du chapitre 47 au chapitre 1) ainsi que le numéro des pages (365 à 1) ce qui rajoute en intensité et en tension, on a l'impression d'assister à un véritable compte à rebours à l'image de Tender qui n'a qu'environ 7 heures pour témoigner au monde de son parcours de vie.

C'est tout chamboulé mais heureux que je suis sorti de cette lecture qui fera date. Expérience peu commune et assez radicale, on ne perd pas son temps et on en ressort un peu différent. C'est pour moi le signe d'une grande et enrichissante rencontre entre le lecteur et l'auteur. Un petit bijou de plus en somme!

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samedi 4 février 2012

"Les Druides, vol 1, 2 et 3" de Lamontagne, Jigourel et Istin

d1L'histoire: Gwenc'hlan... 

Mon maître, celui vers qui se tournent toutes mes pensées maintenant, à l'heure où il me tarde de le rejoindre dans l'autre monde, là-bas, par-delà les brumes... Nous, druides, pensions à raison que l'écriture ne devait pas figer nos sciences, que nous devions les enseigner par la parole et non par l'encre. 

Mais vint le crépuscule des druides, et maintenant que nombre d'entre nous se sont convertis à la religion du dieu unique et que les autres ont disparu, il nous faut consigner par écrit ce qui sera perdu faute de bouche pour initier... Il apparaît fort louable que ceux qui restent, et dont je fais partie, transcrivent notre mémoire sur ce papier, si éphémère, mais qui demeure en ce jour notre seule possibilité de perdurer au travers des époques à venir... Mes souvenirs étreignent mon coeur, se changent en larmes et mes larmes se mêlent à l'encre... 

Gwenc'hlan... Mon maître... 

d2La critique de Mr K: On ne le dira jamais assez mais avoir de bons voisins c'est bien! Tinmar (le voisin donc) et sa douce m'ont offert pour mon anniversaire le volume 3 de la série des Druides. C'est donc l'occasion pour moi de vous en parler aujourd'hui en revenant sur les volumes 1 et 2 non chroniqués jusqu'alors (Hou la honte!). 

Avec cette série, on replonge dans la Bretagne des origines, dans les temps troubles où l'ancienne religion druidique est menacée par l'évangélisation chrétienne quasi forcée des populations. Tout débute par une série de meurtres rituels perpétrés sur des hommes d'Église. Tout porte à croire que les auteurs de ces méfaits sont des druides... mais les indices sont laissés bien en évidence et bien trop voyants pour être fortuits. Un ecclésiastique va donc décider de confier l'enquête à Gwenc'hlan, druide à la renommée fameuse et à la sagesse reconnue. Il est accompagné par son jeune apprenti qui sert durant la série de narrateur à ces événements aussi lointains que nébuleux. Au cours de ces trois premiers volumes, ils vont peu à peu découvrir qu'une machination impitoyable est en marche... 

J'ai adoré ce début de cycle. Pour commencer, elle est extrêmement bien documentée. On n'est pas dans la pseudo BD historique de base mais dans une œuvre qui a l'ambition de coller au plus près de la réalité historique aussi mystérieuse puisse-t-elle être. Le d3traitement de la religion animiste des druides est non caricaturale (voir le pitoyable film Brocéliande) et permet aux non-initiés de se faire une idée assez précise des anciens rites qui étaient pratiqués dans notre si belle région. Vous y rajoutez la touche de fantastique inhérente au monde des croyances occultes et cela vous donne un mélange détonnant. On retrouve aussi d'autres éléments de la culture druidique, notamment les fameux Oghams (signes religieux proches des runes nordiques) et des éléments de croyance dispensés par le maître à son apprenti (le respect de la nature, des autres être vivants, le panthéon des dieux anciens etc...). Un vrai régal pour tout amateur! 

Pour autant, cette BD a aussi pour but de divertir et de provoquer l'évasion intérieure de son lecteur. Loin d'être confronté à un pensum-repoussoir, le lecteur suit des faits relatés qui rejoignent la légende. Ainsi, à plusieurs reprise l'île d'Avalon est évoquée, à partir du volume 2, on se retrouve dans la ville d'Is, cadeau du légendaire roi de Quimper Gradlon à sa fille Dahut (Quel charme! Je m'en suis toujours pas remis!). Enfin, à travers le parcours de Taran, l'apprenti de Gwenc'hlan, on assiste à une belle aventure, un beau parcours d'apprentissage avec ses expériences diverses entre leçons de vie et mauvais moments à passer. 

Cette BD est très bien illustrée et l'on se surprend en la relisant à remarquer des détails qui nous ont échappé à la première lecture. La langue est admirable entre traditions ancestrales et modernité nécessaire pour rendre la BD plus accessible aux jeunes lecteurs. Les pages se tournent toutes seules et c'est tout dépité que j'ai refermé le tome 3. Heureusement, le voisin n'est pas loin et possède les tomes 4 et 5!

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vendredi 3 février 2012

"Cygnis" de Vincent Gessler

cygnisL'histoire: Est-ce le ciel ou la forêt? Un fourmillement frémit à la limite de son champ de conscience, sensation familière associée au danger. Il se redresse à demi et s’empare de son fusil. Ses oreilles bourdonnent. L’œil à la lunette, il fait défiler différents modes de vision. Au-delà de l’espace délimité par l’ouverture de l’abri s’étend la forêt. Et au milieu, bien droit sous la pluie, un robot solitaire. Il n’a pas d’arme et se contente de regarder Syn dans les yeux.

C’est l’histoire de Syn, un trappeur accompagné de son loup au pelage greffé de bandes synthétiques, dans un monde de ruines technologiques. La menace est partout, une guerre se déclare mais Syn ne veut plus tuer ses semblables…

La critique Nelfesque: Je suis revenue des Utopiales avec (entre autres) "Cygnis" dans ma besace. Après une rencontre fort sympathique avec l'auteur, j'avais hâte de découvrir le Prix Utopiales 2010. C'est à l'occasion d'une lecture commune que je me suis plongée dans ce roman et j'en suis ravie.

La couverture est superbe et l'écrin ne ment pas sur le contenu de ce roman de science-fiction qui surprend de par l'écriture poétique de Vincent Gessler. Je n'avais encore jamais lu un roman de SF capable de mêler avec brio poésie et images crues. Parfois l'histoire et les descriptions sont difficiles, éprouvantes, mais l'ensemble est tellement bien emballé que le lecteur ne peut qu'être agréablement surpris. Le monde dans lequel vit Syn est froid et hostile, pourtant sous la plume de Gessler, les paysages sont beaux. Cela donne un foisonnement de descriptions qui cassent le rythme de ce roman et le laisse glisser davantage vers le contemplatif que vers l'action. Personnellement, cela ne m'a pas gênée (bien au contraire) mais il est important de souligner cet aspect pour les futurs lecteurs.

Ce n'est pas pour autant que l'histoire se révélerait plate et sans rebondissements. Dans ce monde post-apocalyptique aux accents de Moyen-Age, le lecteur prend ses marques entre fantasy (contexte et techniques de guerre) et cyberpunk. Un étrange mélange me direz-vous? Et hop, deuxième surprise! Des robots, vestiges d'un monde disparu, semblent traquer les hommes. Pourquoi cette guerre? Et qui est ce monstre dont l'auteur sur quelques chapitres nous présente la vision et la quête? Au fil des pages de ce roman, le lecteur emmagasine des informations qui ne prendront toute leur ampleur qu'une fois la dernière page lue. C'est un final en apothéose que nous propose Gessler avec un univers gigantesque et une destinée complexe.

J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui sort des sentiers battus et mérite son Prix. Le fond et la forme sont surprenants, l'histoire est originale et au delà d'une fin qui mériterait à lui seul la lecture de ce roman, c'est l'univers dépeint par Gessler qu'il faut découvrir.

challenge_fin_du_monde_apocalypse_post_apo_7A lire également, les avis de mes compagnes de lecture: Cachou et Lhisbei

Ce roman entre aussi dans le cadre du Challenge [Fins du Monde] de Tigger Lilly.

Posté par Nelfe à 17:10 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
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mercredi 1 février 2012

"Quand la porte s'ouvre" de Béatrice Saubin

quand-la-porte-s-ouvre-89542-250-400L'histoire: Dans L'épreuve, Béatrice Saubin racontait son odyssée dramatique en malaisie: son arrestation, son séjour dans le quartier des condamnés à mort, ses années de détention et sa libération en octobre 1990.

Les jours et les mois qui ont suivi furent une autre forme d'épreuve. Après dix ans d'enfermement, la liberté est devenue une notion abstraite. Elle ne sait plus ce que c'est.

Cette liberté, il lui faut l'apprivoiser, la conquérir. La jeune femme brisée doit se reconstruire, admettre à nouveau qu'elle existe, qu'elle n'est plus un matricule, qu'elle peut redevenir un être autonome, éprouver des sentiments, aimer, se laisser aimer, enfin, renaître à la vie.

La critique de Mr K: J'avais grandement apprécié la lecture de L'épreuve que ma mère m'avait prêté il y a déjà un certain temps. J'avais été aspiré par ce témoignage à la fois brut et détaché d'une femme victime d'une injustice flagrante, condamnée tout d'abord à la pendaison puis à la prison à perpétuité. C'est une fois de plus par hasard que je suis tombé chez l'abbé sur cet exemplaire que je ne connaissais pas: la suite du récit précédent, l'histoire de la rédemption et du retour à la réalité.

On suit donc Béatrice Saubin depuis l'annonce de sa libération prochaine à trois ans après son retour en France. Sans réelle pudeur mais aussi sans voyeurisme, on assiste à ses états d'âme et sa lente transfiguration face au retour. Difficile en effet de se libérer intérieurement après dix ans de calvaire, difficile d'enlever les vêtements et l'esprit de la prisonnière pour se muer en femme libre et indépendante. Heureusement, elle peut compter sur les amis qu'elle a pu se faire durant son incarcération et qui continuent à la suivre et la soutenir après sa sortie.

C'est aussi l'histoire de l'emballement médiatique qui a suivi sa libération avec son lot de sollicitations, de paillettes et de gènes provoquées chez la rescapée. Loin de se décrire comme une victime, elle expose cependant les différentes phases de son mental: l'hésitation et l'appréhension au départ, son passage chez PPDA, le reportage photo chez l'amie qui l'héberge, la demande d'une grande maison d'édition pour rédiger son témoignage, la rédaction de ce dernier, la promo qui s'ensuit... Dure reconstruction personnelle, dur contact aussi avec sa famille (élevée depuis son plus jeune âge par sa grand mère, sa génitrice l'ayant laissée à charge à sa naissance). On ne peut pas dire que la vie l'ait particulièrement gâté...

Elle retourne même en Asie pour les besoins de repérage pour un film qui devait adapter son histoire. C'est l'occasion pour elle de se confronter avec son vécu, ses meilleurs souvenirs (des odeurs, des goûts, des gens) mais aussi ses traumatismes (des passages sont d'ailleurs assez rudes). C'est aussi vers la fin du témoignage la rencontre avec un homme qui va lui redonner le goût de l'amour et va finalement signer la fin de la reconstruction personnelle de l'auteur. Le passage est assez gnan-gnan mais j'imagine que suite aux épreuves endurées, ce fameux chevalier blanc est apparu au bon moment...

D'une lecture aisée et agréable, Quand la porte s'ouvre bien que ne dépassant pas en intensité L'épreuve reste un livre passionnant et un miroir hyper-réaliste du cheminement curatif d'un être humain avili par le désespoir et le confinement carcéral. N'y cherchez donc pas de la joie ou des sourires mais davantage des réponses à certaines questions et une forme d'espoir. Un beau témoignage que je vous invite à parcourir à votre tour.

Posté par Mr K à 14:36 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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