lundi 14 novembre 2016

"Les Orpailleurs" de Thierry Jonquet

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L’histoire : La main droite avait été tranchée, net, au niveau du poignet. Rien ne permettait d’identifier le cadavre, celui d’une femme. Dans la semaine qui suivit, on en découvrit deux autres, assassinées selon le même rituel. Si le meurtrier tuait ainsi en amputant ses victimes, c’était avant tout pour renouer avec ses souvenirs. Il effectuait un voyage dans le temps. Mais pour aller au bout du chemin, il lui fallut emprunter une route que bien d’autres avaient suivie avant lui. Des hommes, des vieillards, des enfants. Des femmes aussi.

La critique de Mr K : Ce Jonquet me faisait de l’œil dans ma PAL depuis un sacré bail  mais le temps passe, les lectures s’accumulent et on en oublie parfois des auteurs essentiels. Thierry Jonquet fait partie de ceux-là à mes yeux, il ne m’a jamais déçu, fournissant à chaque fois son lot d’émotions contradictoires et des intrigues bien ficelées, réservant de nombreuses surprises. Dans ce volume, Les Orpailleurs, on retrouve la même équipe d’enquêteur que dans le fabuleux Moloch qui m’a scotché littéralement. C’était de bonne augure avant de débuter ma lecture...

Des femmes sont donc assassinées dans Paris et sa proche banlieue. Les cadavres sont retrouvés exsangues, une main en moins et rien ne semble relier les victimes entre elles si ce n’est la manière peu orthodoxe de leur mise à mort. Parallèlement à l’enquête principale, on suit aussi les vies intimes des deux inspecteurs et de la juge d’instruction chargés de l’affaire. Autant de pistes de narration qui semblent éloignées les unes des autres mais qui vont finir par constituer un tout, comme toujours chez l’auteur.

Le roman est une fois de plus une belle réussite avec en premier lieu des personnages charismatiques qui donnent envie de poursuivre sa lecture. Le duo d’inspecteur fonctionne à merveille entre le bloc de granit Dimeglio, flic polyglotte à la vie rangée et aux avis sûrs, et le borderline Rovère à la vie personnelle détruite depuis la méningite de son fils. Rien ne les rapproche mais pourtant ensemble et en compagnie de seconds couteaux bien affûtés (le dénommé Choukroune est terrible dans son genre, p’tite racaille passée du bon côté), ils réussissent à faire avancer l’enquête avec pas grand-chose pour démarrer. Jonquet s’applique à ne rien laisser de côté dans le descriptif du processus d’investigation et loin de nous égarer en chemin, il nous accroche à ce quotidien parfois fastidieux mais néanmoins nécessaire pour la découverte de la vérité.

Il y a surtout Nadia, jeune juge d’instruction tout juste mutée à Paris pour un gros différent familial (la révélation finale à ce sujet est fracassante) qui s‘installe dans sa nouvelle vie mais doit déjà se confronter aux affaires courantes qui n’ont rien de reluisantes entre un père infanticide, un automobiliste ivre qui a attaqué les forces de l’ordre et cette série de meurtres mystérieux. On suit son installation et ses rapports avec son drôle de proprio. J’ai aimé la fraîcheur, la verdeur et le côté direct de la jeune femme qui loin d’être une caricature se révèle bien plus fine que ce à quoi elle ressemble de prime abord. Son caractère entier a obtenu mon adhésion quasiment immédiatement et j’ai aimé suivre ses pérégrination entre vie affective morne, installation calamiteuse et confrontation à sa nouvelle réalité professionnelle.

De manière générale, plus que l’affaire elle-même, tous les personnages ont leurs secrets et Jonquet s’amuse à nous livrer les détails et indices au compte-gouttes. Bien malin celle ou celui qui découvrira la vérité ultime avant les dernières pages de ce roman crépusculaire, poisseux mais aussi parfois lumineux à certains moments. Et puis, des passages entiers nous convient à être dans la tête du tueur, livrant ses émotions et pulsions. Ces passages sont d’un réalisme déviant et dérangeant, le genre de sensations qu’ils procurent sont rarement d’une telle intensité. Pour ma part, j’ai adoré ce parti pris qui ne fait qu’augmenter un peu plus la tension palpable entre ces pages qui se tournent toutes seules.

C’est le principal problème de ce livre. Comme bien souvent avec cet auteur, on devient très vite accro au récit et aux personnages. Impossible de décrocher, et il ne m’a fallu pour ma part que deux jours pour en venir à bout. On retrouve toute la science du récit qui habitait Jonquet, son amour pour ses personnages qu’il cisèle à merveille et son goût pour les histoires tordues parfaitement maîtrisées. Ce livre est une pépite de plus à mon tableau de chasse, une œuvre de choix qui vous procurera plaisir, évasion et quelques surprises de taille. À lire !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Le Pauvre nouveau est arrivé !
Moloch
Mémoire en cage
La bête et la belle
La vie de ma mère !
Mygale

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jeudi 10 novembre 2016

"Eldorado" de Laurent Gaudé

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L’histoire : "Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes."

Pour fuir leur misère et rejoindre l'"Eldorado", les émigrants risquent leur vie sur des bateaux de fortune... avant d'être impitoyablement repoussés par les gardes-côtes, quand ils ne sont pas victimes de passeurs sans scrupules. Le commandant Piracci fait partie de ceux qui sillonnent les mers à la recherche de clandestins, les sauvant parfois de la noyade. Mais la mort est-elle pire que le rêve brisé ? En recueillant une jeune survivante, Salvatore laisse la compassion et l'humanité l'emporter sur ses certitudes...

La critique de Mr K : Cet ouvrage me faisait de l’œil dans ma PAL depuis déjà un certain temps. Oui je sais c’est la honte, il a très bonne presse et j’adore cet auteur. Mais voila, j’aime distiller le plaisir d’une lecture et je préfère laisser passer du temps entre deux lectures du même auteur pour que le plaisir des retrouvailles soit plus intense. On peut dire qu’ici ce fut le cas et même encore plus tant Eldorado touche au sublime dans sa forme et son fond, provoquant un choc émotionnel de tous les instants chez le lecteur irrémédiablement pris dans les filets d’un Laurent Gaudé au sommet de sa forme.

Nous suivons en parallèle deux personnages totalement opposés. D’un côté, nous avons un commandant des gardes côte italien qui suite à une rencontre impromptue va remettre en cause toutes ses certitudes et sa vie. De l’autre, Soleiman, un jeune africain en partance pour un monde meilleur, l’eldorado européen qui promet travail et richesse pour tous. Au fil du déroulé de l’intrigue, le destin va les porter vers la découverte de soi, la traversée de frontières qu’ils ne pensaient jamais pouvoir dépasser...

Ce livre n’est plus tout jeune, il date déjà de 2001 (que le temps passe vite !) mais il est malheureusement encore plus d’actualité avec le drame des migrants qui se perpétue d’une décennie à une autre. Eldorado a le grand mérite de nous décrire avec une acuité impressionnante le processus du départ, les causes et raisons mais aussi ce que l’on abandonne : une terre, une famille, une histoire et même une culture parfois. En suivant Souleiman le déraciné, c’est toute la détresse de ces populations en exil qui nous est donnée à voir sans fioritures ni pathos. C’est aussi l’occasion lors de son parcours pour rejoindre notre continent d’apercevoir l’ombre des passeurs et des réseaux qui les gèrent, les pratiques commerciales et mafieuses mises en œuvre qui s’engraissent sur la misère humaine et les espoirs suscités par l’attrait de l’Europe.

Le commandant Piracci fait lui le cheminement inverse. Suite à sa rencontre avec une réfugiée vengeresse, il décide de tout laisser tomber car il est las de sa fonction et de ce qu’elle implique. Il veut retrouver sa part de vérité, d’humanité et il part. Lui aussi va traverser une frontière et du coup se livrer brut au lecteur hypnotisé par son parcours atypique. Ce bloc brut s’effrite et se découvre au fil des chapitres qui s’égrainent avec une régularité d’horloger et le mènent vers un avenir incertain. Ce personnage est littéralement magnétique et possède une aura incroyable comme d’ailleurs la plupart des personnages de ce roman qui en compte peu finalement mais l’auteur a le don de les magnifier pour densifier la portée de son oeuvre.

Ce roman se trouve au carrefour du conte métaphysique, du récit initiatique et du mysticisme parfois. On retrouve le souffle lyrique qui m’avait embarqué dans La Mort du roi Tsongor, la langue à la fois épurée et porteuse de sens de Laurent Gaudé qui manie à merveille les mécanismes de la narration et propose à travers ces histoires singulières (et en même temps universelles) de revisiter les thématiques classiques de la vengeance, du sacrifice et de la rédemption. C’est vraiment puissant et cette lecture se révèle bouleversante. Impossible de relâcher le volume tant on est emporté très loin et assujetti à des émotions contradictoires. J’ai pour ma part terminé ma lecture complètement assommé et admiratif de la maestria en œuvre dans ce livre.

C’est donc encore une lecture essentielle et magnifique que celle de cet ouvrage de Gaudé qui livre ici une œuvre profondément humaniste, intimiste et à la fois universaliste. Un bonheur de chaque mot, de chaque ligne, un voyage au bout de nous-même à la découverte de soi et de l’autre. Un must !

Egalement lus et appréciés du même auteur au Capharnaüm éclairé :
"Je finirai à terre"
"La Porte des Enfers"
"Pour seul cortège"
- "La Mort du roi Tsongor"
"Le Soleil des Scorta" (il n'y a malheureusement pas de chronique car lu avant de tenir ce blog)

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mercredi 9 novembre 2016

"Stalker" d'Arkadi et Boris Strougatski

StalkerL'histoire : Des Visiteurs sont venus sur Terre. Sortis dont ne sait où, il sont repartis sans crier gare. Dans la Zone qu'ils ont occupée pendant des années sans jamais correspondre avec les hommes, ils ont abandonné des objets de toutes sortes. Objets-pièges. Objets-bombes. Objets-miracles. Objets que les stalkers viennent piller au risque de leur vie, comme une bande de fourmis coloniserait sans rien y comprends les détritus abandonnés par des pique-niqueurs au bord d'un chemin.

La critique Nelfesque : "Stalker" est un roman qui dormait dans ma PAL depuis déjà bien trop longtemps. Je l'avais acheté aux Utopiales en 2011 (5 ans non mais c'est pas possible, le temps passe trop vite !) complètement sous le charme de sa couverture et intriguée par son résumé.

Adapté au cinéma en 1979 par Andreï Tarkovski, "Stalker" ou "Pique-nique au bord du chemin" est présenté comme le chef-d'oeuvre des frères Strougatski. Un roman qui a eu un tel impact sur le XXème siècle que c'est sous le surnom de stalkers qu'on connaît désormais les hommes et les femmes qui ont étouffé le coeur d'un réacteur en fusion de Tchernobyl, entre avril et mai 1986.

Et bien si c'est leur chef-d'oeuvre, je vais peut-être arrêter là ma découverte des écrits des deux frères... Entendons-nous bien, de Mr K et moi, c'est Mr K qui lit le plus de science-fiction. De mon côté, je ne suis pas une habituée du genre littéraire mais j'aime, 2 ou 3 fois dans l'année, me plonger dans un bon roman de SF. J'ai eu quelques aventures science-fictionnesques prometteuses avec de nombreux auteurs (en tout bien tout honneur) comme par exemple avec Pierre Bordage, Vincent Gessler, ou encore Orwell et son cultissime "1984". J'ai aussi pour projet de piquer entre autres "Métaquine" à Mr K. Mais je ne sais pas, avec "Stalker" ça ne l'a pas fait et j'ai été même carrément déçue par cette lecture...

Les extra-terrestres ont foulé le sol de notre planète. A 6 endroits différents, ils y ont séjourné et sont repartis comme ils sont venus. Sans prévenir et sans explication. Pourquoi étaient-ils là ? Que voulaient-ils ? Personne ne le sait (et pas plus le lecteur à la fin de ce roman). Toujours est-il qu'ils ont laissé sur place (comme les crados qu'ils sont, incapables de remporter leurs déchets) quantité de bibelots hétéroclites qui font l'objet d'un commerce clandestin. C'est ainsi que des hommes et des femmes, les stalkers, pénètrent, au péril de leur vie, dans ces zones désormais interdites d'accès car dangereuses, pour récupérer qui une "creuse", qui une "zinzine" ou des "éclaboussures noires" évitant les "calvities de moustique" et autres "gelées de sorcière" (kézako tout ça ? Cherchez pas je vous dis, ça restera mystérieux !). Tous ces objets et toutes ces substances étranges sont ensuite revendues en sous-main au marché noir.

Nous suivons ici l'histoire de Redrick, la vingtaine au début du roman, qui pour faire vivre sa famille et élever sa fille qui a la particularité de ressembler à un singe (un des effets de la Visite sur une partie des nouveaux-nés), se rend régulièrement dans la Zone. Les parties du roman se déroulant dans ce lieu interdit sont intéressantes et auraient mérité à mon sens d'être plus développées car pour le reste, il n'y a pas vraiment d'action. De plus on en sait très peu sur les objets découverts et les chapitres étant inexistants, les 4 longues parties qui composent cet ouvrage sont indigestes au possible (oubliez le "encore un chapitre et j'éteinds la lumière", vous êtes parti pour minimum 50 pages où on saute du coq à l'âne sans prévenir). Du coup, on décroche, le lecteur n'est pas immergé dans une histoire prenante et survole l'ensemble sans réel intérêt. On en est même à se dire que peu importe ce qui peut arriver au héros, ça ne nous fera ni chaud ni froid. Manque d'empathie pour des personnages qui risquent leur vie, avouez que c'est ballot !

Très SF classique dans son approche, j'ai trouvé le roman trop poussiéreux et ennuyeux. J'en suis la première peinée car je me suis faite bernée par l'accroche visuelle et le résumé. Ce roman plaira sans doute beaucoup plus aux habitués du genre (et encore ! mais ça je vous laisse me le dire en commentaire si vous l'avez lu...) mais je conseille aux néophytes de passer leur chemin. Nous avons aujourd'hui pléthore de choix en matière de romans SF et il y a beaucoup plus fun à lire pour débuter ou plus intéressant en terme de contenus. Bref, je suis passée pratiquement complètement à côté et j'avais hâte de terminer ma lecture pour passer à autre chose.

Le fond du roman est tout de même intéressant et je tenterai à l'occasion de voir le film. Peut-être qu'une autre approche me sera plus profitable. D'autant plus que j'ai aimé la toute fin... Vous la sentez la frustration là !?

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lundi 7 novembre 2016

"La Trêve" de Saïdeh Pakravan

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L’histoire : Plus aucun crime, plus de violence, plus de suicides, plus de crises cardiaques, de viols, de meurtres, d'accidents de voiture, d'agressions. Plus d'appels dans les commissariats, et les urgences des hôpitaux restent vides. La foule enthousiaste danse dans les rues, s'embrasse et scande : "Trêve éternelle !". Pourtant, deux individus sont hantés par une question : la trêve va-t-elle durer, et si oui... jusqu'à quand ?

La critique de Mr K : Aujourd’hui nous partons en Amérique pour passer une journée hors norme en compagnie de Saïdeh Pakravan qui nous propose, avec La Trêve, un roman étrange par sa forme et détonant par son contenu. Cet ouvrage est sorti au mois d’août à l’occasion de la rentrée littéraire et a fait sensation à ce moment là. À mon tour de me plonger dedans...

L’inspecteur Simon Urqhart se réveille le 9 juillet sans savoir encore qu’il va passer une journée extraordinaire. En effet, à partir de minuit plus aucune violence d’aucune sorte n’est commise sur le sol des USA, une espèce de "trêve" a été instaurée et plus personne ne cède à ses bas instincts. Nul ne sait combien de temps cela durera mais l’auteur à travers de nombreux portraits au vitriol va nous conter cette pause dans des vies fauchées, abîmées par l’existence. En parallèle, Simon et son amie journaliste vont chercher à découvrir la vérité sur cet événement incroyable.

Au départ, le lecteur est plutôt désarçonné. En effet, ce roman commence par une multitude d’histoires n’ayant pas de rapport les unes avec les autres. Ces quasi-nouvelles, nous présentent des personnes aux prises avec leur vie difficile et leurs démons qui s’apprêtent à les faire basculer définitivement dans le mal. Ainsi, on passe en revue toute une série de situations plus ou moins éprouvantes comme un couple qui va se séparer, un serial-killer en pleine chasse, des extrémistes prêts à commettre l’irréparable (vous avez la version islamiste et la version WASP dans ce livre), un dépressif au bord du gouffre, une rencontre entre deux âmes esseulées... Autant de situations explosives à plus ou moins brève échéance et que la fameuse trêve va bouleverser d’une manière ou d’une autre.

Petit à petit, l’ensemble prend une cohérence, une homogénéité. En plus de l’enquête de Simon et de sa journaliste de petite amie, on retrouve un triangle amoureux qui va jouer un rôle important par la suite. Ces deux trames sont un peu les fils rouge qui font avancer l’intrigue principale sublimée par le découpage de ces 24h de trêve en tranches / chapitres d’1/4 heure ou 1/2 heure. Le rythme est soutenu, rapide et ne laisse pas la place aux atermoiements et aux pauses. Les cas s’enchaînent et les interrogations s’accumulent menant le lecteur dans des directions très différentes entre exploration des réactions humaines et tentative d’explication du phénomène de la trêve.

Saïdeh Pakravan se révèle être une orfèvre en matière de description et d'analyse des comportements humains présentant les choses de manière accessible et sans barrière morale. Cela donne des passages de haute volée, sans chichis et toujours justes sans tomber dans le pathos ou l’exagération. C’est une certaine Amérique qui nous est donnée à voir à travers ces portraits sans concessions et ces situations du quotidien. Agissant comme un miroir déformant, ce récit révèle une société trop souvent repliée sur elle-même et des êtres poussés à bout par le système ou par le manque de communication entre eux. Le message en filigrane est puissant dans son genre et l’on se surprend à réfléchir à ce qu’on a lu après avoir refermé l’ouvrage, ce qui est gage de qualité vous en conviendrez. Et on se prend à rêver nous aussi qu’une trêve de ce genre soit possible, permettant à l’humanité de faire une pause et de se recentrer sur l’essentiel, à savoir l’écoute et l’empathie de chacun envers les autres.

Le bât blesse légèrement à mes yeux dans une fin que j’ai trouvé pour ma part trop elliptique. Attention, aucun regret d’avoir lu le roman mais je m’attendais à un revirement final autre et un dénouement plus en apothéose. La déception est cependant légère à la vue du plaisir ressenti durant cette lecture qui s’est révélée très vite addictive et totalement jouissive par moment. C'est en grande partie du à la structure générale déployée et une science du récit maîtrisée de main de maître avec comme oripeaux principaux un style immersif au possible et une langue brute et à la fois poétique. Une belle expérience littéraire en tout cas, à tenter si le cœur vous en dit.

dimanche 6 novembre 2016

Craquages du week-end de Mr K

C'est de façon tout à fait innocente que Nelfe et moi allions faire nos courses ce samedi. Par le plus grand des hasards, mes pas m'ont conduit sur un rayonnage déstockage de livres de la super maison d'édition Au Diable Vauvert à des prix riquiquis. Impossible de laisser passer cette occasion, vous me connaissez !

Voici le fruit de mes trouvailles :

Acquisitions novembre

- Hiroshima n'aura pas lieu de James Morrow. Un livre à priori complètement frappé où l'armée américaine décide durant 1945 de faire appel à un acteur spécialisé en monstres de tout genre pour éviter de recourir à l'arme atomique contre l'empire du soleil levant. L'idée ? Des iguanes géants cracheurs de feu prêts à dévaster les terres nippones. Dingue, vous avez dit dingue ? À priori, on nage dans le loufoque et l'auteur rend hommage au passage au cinéma de série Z. Tout bon pour moi !

- Le Jour où la guerre s'arrêta de Pierre Bordage. Un Bordage que je n'ai pas lu. Si si, c'est possible ! Dans ces conditions, je ne regarde même pas la quatrième de couverture et j'adopte directement l'opus. Sachez qu'il est ici question d'un mystérieux jeune homme qui fait cesser toute forme de conflit sur Terre pendant toute une semaine. Comment ? Pourquoi ? Pour le savoir, il ne me reste qu'à lire l'ouvrage. Hâte, hâte, hâte !

- Crime d'Irvine Welsh. Là encore difficile de résister à un auteur qu'on apprécie beaucoup et Irvine Welsh en fait partie notamment depuis la lecture enthousiaste du très space Une Ordure et du classique Trainspotting (lu avant l'ouverture du blog). Suite à une mauvaise passe, un inspecteur écossais se retrouve en Floride pour changer de vie, malheureusement pour lui on ne fuit sa nature qu'un temps et il va devoir à nouveau se mouiller pour protéger l'enfance en danger. Ça promet un polar captivant et sans doute inspiré. Wait and read !

- Transparences et Balade choreïale d'Ayerdhal. Disparu trop tôt selon beaucoup d'amateurs de SF, Ayerdhal m'est inconnu en terme d'oeuvre littéraire pour le moment. L'occasion était rêvée de le découvrir avec ces deux brochés à moindre prix, l'un étant un polar pur jus mettant en perspective notre histoire immédiate et l'autre versant plus dans la SF avec la thématique de la colonisation d'une nouvelle planète par l'espèce humaine. Je suis impatient de découvrir cet auteur, j'essaierai de m'y mettre avant la fin de l'année.

plage novembre

Aujourd'hui c'est dimanche, le temps le permettant, Nelfe et moi sommes allés nous promener sur le beau littoral de Guidel près de chez nous. Du beau temps, du vent et quelques nuages après nous rentrons chez nous et paf ! Nous croisons la boîte à livre de Guidel placée en face de l'église et patatra, je tombe sur trois volumes intéressants ! Qui a dit que j'étais irrécupérable ? Aaaaaarrrrrrrg !

Acquisitions novembre 2

- Niourk de Stefan Wul. Un roman de SF pour la jeunesse où dans un monde post-apocalyptique, un jeune enfant différent fuit l'incurie des adultes superstitieux. La quatrième de couverture est engageante et vu mon amour immodéré pour Stefan Wul, je ne pouvais décemment laisser ce livre dans le froid de ce mois de novembre commençant. 

- Une saga moscovite de Vassili Axionov. Deux volumes pour un roman, format traditionnel des grandes sagas russes à la Dostoïevski. L'auteur nous raconte la destinée des Gradov, famille de grands militaires et de fameux médecins pendant la période du règne stalinien de 1924 à 1953. C'est le genre de pitch qui me parle, il mêle à la fois l'Histoire et la vie des gens qui la font ou la défont, et ici plus particulièrement, l'auteur a l'occasion de peindre le portrait de la Russie au temps de la dictature. De grandes promesses que j'ai hâte de découvrir.

+ 8 dans ma PAL ! Aie aie aie ! C'est mal barré cette affaire ! On a beau dire, on a beau faire, on ne sait jamais quand l'addiction frappera. Je suis quand même bien content d'avoir croisé ces volumes qui tous autant qu'ils sont promettent de riches heures de lecture.

Si vous avez lu l'un ou l'autre, n'hésitez pas à laisser vos avis dans les commentaires. Je ne sais pas encore par lequel je vais commencer...


vendredi 4 novembre 2016

"Harry Potter et l'Enfant maudit" de John Tiffany et Jack Throne

Harry Potter et l'enfant mauditL'histoire : La huitième histoire.
Dix-neuf ans plus tard.

Être Harry Potter n'a jamais été facile et ne l'est pas davantage depuis qu'il travaille au coeur des secrets du ministère de la Magie. Marié et père de trois enfants, Harry se débat avec un passé qui refuse de le laisser en paix, tandis que son fils Albus affronte le poids d'un héritage familial dont il n'a jamais voulu.
Quand passé et présent s'entremêlent dangereusement, père et fils se retrouvent face à une dure vérité : les ténèbres surviennent parfois des endroits les plus inattendus.

La critique Nelfesque : Ah ! Un nouvel Harry Potter ! L'événement de cette fin d'année pour tous les moldus mordus de la saga ! Cet ouvrage tout juste sorti en librairie a déjà été beaucoup lu et beaucoup commenté. De mon côté, j'ai évité de lire les chroniques et papiers qui ont été fait depuis sa parution, je me suis tenue loin des commentaires et j'ai tenté d'avoir une approche neutre. Pour resituer un peu mon parcours potterien, j'ai lu l'intégralité de la saga en 2010 (donc longtemps après la sortie du premier tome). Je n'ai jamais été une hystérique d'HP, attendant frénétiquement la sortie d'un nouvel opus puisque tous étaient déjà dispo en librairie mais je dois avouer que j'ai été très vite prise dans la magie de l'écriture de J.K. Rowling. Lorsque le texte intégral de la pièce de théâtre est sorti en langue anglaise, j'ai commencé à trépigner et naturellement je me suis jetée sur la traduction française dès que ce fut possible.

Mais trêve de blabla, alors il est comment ce nouvel Harry Potter version théâtre ?

Eh bien, ne faisons pas durer le suspens 36h, de mon côté, je l'ai trouvé très bien ! Il y a du pour et du contre mais dans l'ensemble j'en retiens un ouvrage tout à fait correct (et même plus que cela) et une approche différente de l'ensemble de la saga qui n'est pas inintéressante.

Comme cela ne vous aura pas échappé, il s'agit ici d'un texte de théâtre. Il ne faut donc pas y chercher une dimension littéraire, dans les descriptions notamment et plus spécifiquement, puisqu'il n'y en aura pas. Certes, J.K. Rowling sait mettre en place une ambiance et nous plonger dans son univers mais ici c'est du théâtre, l'univers et l'ambiance sont donc beaucoup plus perceptibles visuellement. Ici, avec le texte brut, il faut faire preuve d'un peu plus d'imagination et voir les décors de théâtre dans notre tête. Ceci demande un temps d'adaptation mais une fois le lecteur habitué à la lecture "théâtre", le plaisir est de nouveau là.

On retrouve dans "Harry Potter et l'Enfant maudit", notre grand copain Harry, celui avec qui de nombreux lecteurs ont grandi. Aujourd'hui, il est marié à Ginny et a trois enfants (merci le coup de vieux mais c'est la vie ma pauvre Lucette, on en est tous là !). On va suivre ici plus particulièrement Albus, leur fils cadet, qui s'apprête au début de la pièce à entrer à Poudlard pour sa première année. Dans le Poudlard Express, il va faire la connaissance de Scorpius, le fils de Drago Malefoy, qui va devenir son meilleur ami. Il plane sur cette aventure l'ombre d'Harry Potter et sa bande, on retrouve des personnages aimés ou détestés dans la saga de Rowling mais également les mêmes schémas de fonctionnement (l'importance de l'amitié, la rébellion adolescente...).

Pour ce qui est de l'histoire, c'est somme toute assez classique puisqu'on a ici un mélange de l'Effet papillon et Retour vers le futur à la sauce fantastique mais le lecteur qui a accepté de se laisser porter par la forme ne boude pas son plaisir pour autant. Les rebondissements sont là, le suspens également. On frémit avec les personnages, on est attendri par d'autres, on a son chouchou, on se fait berner... Bref, tout ce qui a fait le succès narratif d'HP est ici réuni et la magie de Poudlard opère toujours.

Je n'attendais rien de spécial de ce présent ouvrage, je l'ai lu plus dans l'optique de retrouver le plaisir de me plonger dans un Harry Potter et découvrir une histoire originale dans des lieux connus et que l'on a plaisir à retrouver. De ce point de vue là, c'est tout à fait réussi. C'est du condensé et ça va assez vite dans le déroulement de l'histoire mais, connaissant déjà les principes de scolarité à Poudlard, ce n'est pas gênant. C'est la curiosité qui m'a poussée à découvrir cette pièce de théâtre version papier et en ayant cette approche je pense ne pas m'être trompée. On ne prend pas beaucoup de risque ainsi et la surprise est agréable. Il ne manque plus qu'une chose maintenant : voir la pièce ! Les effets décrits ici donnent furieusement envie de voir tout ça de ses propres yeux !

Pour résumer, ce texte intégral est clairement destiné aux fans d'Harry Potter. Cette pièce n'a pas vraiment d'intérêt pour qui n'a pas lu la saga (mais d'ailleurs, qu'attendez-vous !?). Classique dans l'histoire, "Harry Potter et l'Enfant maudit" respecte l'univers originel, présente des rebondissements sympa et surtout apporte aux lecteurs la joie de retrouver certains personnages, d'en découvrir de nouveaux et de les aimer tout autant. On se fait avoir, on en redemande et on dévore les pages sans s'en rendre compte. Ça n'égalera pas la saga, ici c'est du théâtre donc dans l'approche c'est très différent, mais l'ensemble n'a pas à rougir des opus précédents pour autant. Un chouette moment de lecture, comme un cadeau bonus !

La critique de Mr K (add-on du 30/01/17) : En grand fan de la saga Harry Potter (que je peux me vanter d'avoir fait découvrir à ma Nelfe adorée), je ne pouvais décemment pas passer à côté de cette lecture que ma douce a entrepris avant moi et apprécié. J'ai lu ici et là des avis plutôt partagés entre attentes déçues et replongée nostalgique dans l'univers merveilleux fruit des sept volumes précédents.

Je ne m'attarderai pas sur l'histoire en elle-même pour éviter tout spoiler et garder la surprise pour ceux qui ont échappé au phénomène lors de sa sortie en automne dernier. Sachez simplement qu'on retrouve Harry et toute la bande trente ans environ après les événements ayant mis fin au retour de Voldemort. Des mariages ont été célébrés, des enfants sont nés et ces derniers vont à leur tour à Poudlard. Il est beaucoup question dans cet ouvrage du mystérieux enfant maudit qui serait le fruit des entrailles de Voldemort lui-même et des rapports enfants / parents. En deux parties et quatre actes, se noue devant nos yeux un drame intimiste à la portée bien plus importante qui pourrait nouer le destin du monde, rien que cela !

La grosse différence réside évidemment dans l'écriture théâtrale qui a été retenue par les auteurs pour conter les nouvelles aventures du sorcier, de sa famille et de ses amis. Pour ma part, cela ne m'a posé aucun souci tant on retrouve l'esprit de la saga d'origine avec des personnages bien plantés grâce à des dialogues savoureux et des didascalies bien senties (et d'ailleurs bien plus longues que dans le théâtre classique). L'ensemble se lit très aisément, on se représente bien les lieux grâce aux souvenirs accumulés lors de la lecture de la saga originelle. D'ailleurs à ce propos, ce livre me semble dénué de tout intérêt si on n'a pas déjà lu les aventures de Harry jeunot car les références sont nombreuses et importantes à saisir si l'on veut appréhender totalement les tenants et les aboutissants des ressorts dramatiques de l'histoire.

On retrouve avec un grand plaisir des personnages que l'on a aimé et apprécié. Ron reste égal à lui même, ainsi qu'Hermione et Ginny. Harry lui a du mal avec son rôle de père, difficile en effet de savoir s'y prendre quand on est soi-même orphelin. Comme tout géniteur, il fait des erreurs qui ont un retentissement important sur le jeune Albus, son plus jeune fils qui rentre dans l'âge de la rébellion et se cherche. Ma préférence est allée dans ce volume envers Drago Mallefoy et surtout son fils Scorpius que j'ai trouvé en tout point attachant. Le couple père fils est émouvant à de nombreuses reprises, les changements opérés chez Drago (ses nouveaux rapports avec Harry notamment) et sa relation avec son fils font décoller bien souvent l'intrigue et les relations entre les différents personnages. D'autres anciens personnages apparaissent aussi à l'occasion dont mon préféré de la saga dans une séquence d'anthologie avec les mémorables Détraqueurs, gardiens de la prison d'Azkaban.

L'univers reste fidèle bien que moins présent dans l'écrit, l'imagination fait le reste entre tours de magie, potions aux effets hasardeux, chambrées de Poudlard, maison d'Harry Potter, les bois maudits, Pré aux lards et pléthore de lieux déjà vus (dont certains clef) mais que l'on revisite à l'occasion des différentes scènes de cette pièce de théâtre. Pas de réelle frustration là encore, l'écriture et les interactions entre personnages permettent une belle immersion et les précédentes lectures nourrissent celle-ci. On retrouve des ambiances familière et je me demande bien d'ailleurs comment ils ont pu retransmettre tout ceci sous forme théâtrale. J'irai faire un tour sur le net pour en avoir une petite idée.

Reste que cet écrit reste nettement inférieur aux sept volumes de base, la faute principalement à l'histoire ultra-classique qui se déroule devant nos yeux. Pas de réelles surprises (si ce n'est dans la trajectoire qu'ont prise quelques personnages déjà connus) et le sentiment d'avoir un récit codifié sans réelle originalité. On le lit sans déplaisir mais sans réelle passion pour la trame, c'est plus l'intérêt de tomber sur une référence, une relation entre protagonistes qui donne de l'intérêt à l'ensemble. C'est déjà pas si mal et j'ai lu ce volume en une journée preuve de sa qualité d'addiction. J'espère désormais que JK Rowling revienne aux affaires (après sa nouvelle saga cinématographique) et propose une nouvelle œuvre romancée se déroulant dans son univers si fascinant.

jeudi 3 novembre 2016

"La Tête légère" d'Olga Slavnikova

La tête légère d'Olga Slavnikova

L’histoire : Maxime Ermakov a Moscou à ses pieds : publicitaire talentueux, il a fait fortune en vendant du chocolat. Un jour, il reçoit la visite d’étranges individus, fonctionnaires des services secrets, qui lui annoncent qu’il doit se suicider au plus tôt. De cette manière, il sauvera des millions de gens. On lui remet donc une arme en le priant de se conduire en patriote. Mais le suicide n’entre pas dans les projets de Maxime, et les services secrets sont obligés de lui rendre la vie infernale : ils déclarent aux habitants de son immeuble que Maxime est un ennemi, des gens patrouillent sur son palier, les voisins colportent des ragots sur lui. Et pour couronner le tout, un nouveau jeu vidéo gratuit passionne la Terre entière : il s’agit de tuer un personnage en tous points semblable à Maxime.

La critique de Mr K : C’est une sacrée claque littéraire que je vous propose de partager aujourd’hui avec La Tête légère d’Olga Slavnikova, tout juste sorti ce jeudi aux éditions Mirobole qui décidément proposent des lectures différentes et prenantes. Ici, on navigue aux confins du réalisme et du fantastique dans une histoire flirtant avec Kafka et Orwell, un sacré mix qui prend le lecteur à la gorge dès le départ. Suivez le guide !

Maxime T. Ermakov est un col blanc qui réussit. Travaillant dans la publicité, il gagne très bien sa vie et cela lui convient. Il a une "régulière", possède une bonne voiture, et un appartement convenable. Tout bascule le jour où des membres des services secrets viennent lui annoncer qu’il est la cause de grands malheurs à venir et que pour cela il va falloir qu’il se suicide et ainsi éviter nombre de catastrophes au nom de la sacro-sainte loi des causes et conséquences. Imperméable à ce raisonnement ubuesque, et ayant envie de croquer la vie à pleines dents, Maxime va tout faire pour échapper à ce fatum funeste... Mais comment faire quand on devient l’ennemi public numéro un désigné par l’État et que les foules manipulées s’en mêlent ?

Après une très brève présentation de Maxime, on rentre très vite dans le sujet avec l’entrevue première entre notre héros et les hommes du gouvernement. On sait dès lors que l’on a basculé comme Maxime dans un monde déviant qui va mettre à mal les frontières morales communes. Ainsi, au nom d’une loi de la nature obscure, sans réelle explication ni développement, Maxime se voit attribuer une responsabilité sur des atrocités comme des attentats, des accidents de transport ou encore des épidémies. Selon les autorités, il en est responsable au gré des choix anodins qu’il peut effectuer au cours de ses journées. Bien évidemment, Maxime va s’ériger contre cette logique totalement absurde et va tenter de se débattre avec toute l’énergie du désespoir car beaucoup de monde est contre lui.

À commencer par les autorités qui font apparaître en filigrane un état autoritaire, surveillant ses concitoyens et s’en servant pour mener sa politique au détriment des libertés fondamentales et de la vérité. Mensonge, manipulation, relais par les réseaux, médias et même applications ludiques ne sont pas de trop pour pousser notre innocent au suicide. Car les autorités en sont persuadées, il faut que son décès vienne de lui et qu’il mette fin à ses jours. Peu à peu, vous imaginez bien que la vie du héros devient insupportable avec un piquet de manifestants campant jour et nuit devant chez lui, sa mise au placard à son travail, la méfiance qu’il inspire avec notamment des commerçants qui lui refusent l’entrée de leurs magasins... Malgré tout cela, Maxime s’accroche, il refuse d’accepter d’être traité en coupable et va tenter de multiples stratagèmes pour échapper à la curée.

Il trouvera quelques secours avec une mystérieuse communauté habitant le même immeuble que lui, d’anciennes connaissances qui ressurgissent, une femme qui va lui inspirer l’amour pour la première fois de sa vie (très très beau passage sur le fait de tomber amoureux, ça m'a humecté l’œil). Et puis, il y a le poids du passé et des passages en flashback sur le grand-père, héros stakhanoviste de l’ex-URSS avec qui Maxime va même parler dans des passages de fantastique pur qui font leur petit effet. Mais là encore, on ne sait à quel saint se vouer, l’auteur se plaisant à brouiller les pistes et multiplier les retournements de situation. Il faut avoir le cœur bien accroché pour encaisser les différentes péripéties qui s’enchaînent et la fin m’a laissé tout pantelant comme un poussin de trois jours. Même si j’en ai entrevu les grandes lignes à l’avance, l’effet est garanti !

Sans en dire beaucoup plus, sachez que la tension est palpable tout du long, qu’elle ne redescend jamais et qu’Olga Slavnikova a un don pour créer des ambiances glauques et étranges où la réalité peut dévisser à tout moment. L’angoisse monte très vite, les interrogations aussi, le lecteur pris au piège ne peut se dépêtrer de cette gigantesque toile d’araignée tissée avec maestria et finesse. L’écriture est d’une beauté à couper le souffle : riche et accessible, très franche et parfois d’une poésie à fleur de mot, elle sert remarquablement bien le récit et propose une plongée dans l’absurde, la cruauté et l’humanité avec une rare force. L'oeuvre a en plus une portée universelle tant elle touche à des notions communes à tous comme la responsabilité, l’innocence ou encore la justice.

Une excellent lecture qui tape fort dans le cœur et l’esprit, provoque évasion et réflexion chez le lecteur captif et ravi. Une bombe à retardement qui comblera tous les amoureux de littérature. Courez-y !

lundi 31 octobre 2016

"La Vie d'une autre" de Frédérique Deghelt

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L'histoire : Marie a vingt-cinq ans. Un soir de fête, coup de foudre pour le beau Pablo, nuit d'amour et le lendemain... Elle se réveille à ses côtés, douze ans plus tard, mariée, mère de trois enfants, sans un seul souvenir de ces années écoulées. Comment faire pour donner le change à son entourage ? Et comment retrouver sa propre vie ?

La chronique de Mr K : C'est une belle lecture que je vais vous présenter aujourd'hui avec un ouvrage de Frédérique Deghelt dont la quatrième de couverture m'a de suite interloqué lors d'une quête effrénée d'une galette saucisse digne de ce nom (si si, rappelez-vous, la journée avait mal commencé à l'époque). Franchement, impossible de résister surtout que cette auteur m'avait séduit lors d'une lecture précédente : L'Oeil du prince. Grand bien m'a pris de me porter acquéreur de La Vie d'une autre qui s'est révélé aussi étrange que son résumé, maîtrisé de bout en bout et diablement enrichissant.

Le postulat est simple : Anna se réveille un jour avec un vide de 12 ans. Pour elle, son mari est le jeune homme avec qui elle a passé une folle nuit le soir précédent ! Sans aucun repère, complètement larguée, la voilà confrontée à sa vie de couple, ses enfants, ses amis et sa famille. Difficile de s'y retrouver quand on n'a aucun repère de la vie qu'on est censé avoir vécu. De tâtonnements en surprises, elle va tenter de retrouver sa mémoire et va se redécouvrir elle et sa vie avec son lot de choix et de fuites en avant.

Dans ce genre d'histoire, il faut absolument que le personnage central soit réussi. Le moins que l'on puisse dire est qu'ici c'est le cas avec une héroïne décortiquée et ciselée à souhait. Écrit à la première personne, ce roman permet de rentrer dans son esprit embrumé et de suivre son processus de renaissance. Le mot n'est pas trop fort pour désigner le phénomène qu'elle affronte et qu'elle va devoir dépasser. Elle se retrouve dans le corps d'une femme ayant construit sa vie alors que son esprit reste celui d'une fille rentrant dans la vie active. Le choc est puissant et désarçonnant dans un premier temps. Elle doit se confronter aux choix qu'elle a du faire et au temps qui a passé, semant espoirs et déceptions sur son chemin.

Autour d'elle gravitent du coup de parfaits inconnus (à part ceux dont elle a gardé le souvenir de sa vie d'avant) qu'elle va devoir réapprendre à connaître, certains se révélant des épaules solides sur lesquelles s'appuyer. Mais difficile de se confier à son proche entourage (maris et enfants en première ligne) quand on ne sait pas dans quoi on met les pieds. Cela donne des ambiguïtés, des quiproquos, des jeux du chat et de la souris totalement surréalistes par moment mais tellement émouvants. Les émotions perlent des mots de ce recueil et cette femme qui nous est livrée nue et sans parage, seulement livrée à elle-même est touchante au possible.

Surtout qu'au bout d'un moment, on se rend compte que cette amnésie partielle cache un traumatisme psychologique profond, une fêlure que l'image de mariage modèle véhiculée par les proches et les amis masque totalement. Peu à peu, l'héroïne va se rapprocher d'une vérité qui va tout changer, lui révéler qui elle est vraiment et surtout l'aiguiller vers la direction qu'elle doit prendre ensuite. Beau parcours de vie finalement malgré l'étrangeté du ressort principal, on peut se reconnaître dans les épreuves et interrogations que l'héroïne affronte pendant les quelques 250 pages de ce roman aussi court que puissant.

L'écriture de Frédérique Deghelt reste toujours aussi séduisante, accessible mais très dense, les pages se tournent toutes seules et le plaisir est renouvelé à chaque paragraphe. L'addiction est assez immédiate et l'on ne peut s'empêcher de se projeter sur l'après, l'ailleurs où se dirige tout droit Anna. L'auteur explore à merveille les abysses de l'âme humaine, sans artifices et sans fard, en nous présentant juste la clarté et les contradictions d'une existence. Un petit bijou de lecture.

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mercredi 26 octobre 2016

"Pauline" d'Alexandre Dumas

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L’histoire : Quel est le secret que cache Pauline ? Pourquoi fuit-elle le regard d’autrui ? Quel drame creuse son visage et altère son teint ? "Personne n’ignore par expérience que le danger inconnu est mille fois plus saisissant et plus terrible que le péril visible et matérialisé", confie Pauline. En épousant le comte Horace de Beuzeval, un homme diabolique, la jeune femme a signé son arrêt de mort : chaque jour est devenu synonyme d’angoisse et d’effroi...

La critique de Mr K : Impossible de résister à un Dumas qui vous tend ses bras lors d’un chinage. C’est ce que je me suis dit lorsque j’ai découvert le présent volume dans une caisse à priori anecdotique. Je ne connaissais pas du tout l’existence de ce court roman, la quatrième de couverture a fini de me convaincre et je m’en portai acquéreur. Quelques temps plus tard, je me décidai à entamer la lecture. Grand bien m’en a pris car Pauline nous donnant à lire un curieux roman entre aventure et roman noir, une petite bombe à addiction immédiate.

L’histoire nous est racontée par le biais d’Alfred de Nerval (sic) qui raconte à son ami (on s’imagine que c’est Dumas lui-même) une bien étrange et triste histoire qui lui est arrivée : sa rencontre avec Pauline, une superbe jeune fille dont il tomba amoureux fort jeune mais qui lui échappa à cause des conventions sociale de l’époque qui ne le jugeaient pas assez pourvu financièrement pour pouvoir prétendre l’épouser. Des années plus tard, leurs chemins sont amenés à se recroiser dans des circonstances beaucoup plus tragiques : Pauline n’est plus que l’ombre d’elle-même, son mariage est un échec et une menace sourde plane sur elle. Plus on avance dans le récit-témoignage, plus on sent ce fatum se resserrer, emprisonnant les principaux personnages dans une chape de plomb où nul espoir n’est permis.

L’action se déroule au XIXème siècle, ce qui change par rapport à mes lectures précédentes de Dumas. L’ambiance est donc bien différente, loin des intrigues de couloirs et des combats à l’épée, l’ambiance est ici plus feutrée, plus sombre aussi. S’inscrivant dans la tradition du roman gothique à l’anglaise, Pauline propose ainsi des décors inquiétants, des événements quasi surnaturels, des situations macabres et des personnages extrêmement violents car torturés intérieurement. Noir c’est noir : épisodes nocturnes nombreux apportant frissons et mystères, tempête quasi biblique, des ruines étranges perdues au milieu de nul part, un passage secret découvert par hasard, le poison et la mort omniprésente qui transpirent des pages et attirent inlassablement le lecteur vers un dénouement que l'on devine funeste.

En parallèle, on verse dans l’écrit romantique avec des personnages animés par la passion qui dévore et possède totalement celui qui lui cède. Horace De Beuzeval est un modèle du genre et dans sa folie, il se révèle bien plus intéressant que le palot narrateur, archétype du héros chevaleresque cherchant à sauver sa bien aimée déjà condamnée sans qu’elle le sache. La nature est aussi très présente dans ces pages et prend des formes variées. Le ton quasi lyrique de certains passages la rende tour à tour merveilleuse comme très inquiétante. Le passage dans la forêt est un modèle du genre et prouve qu'une description bien faite vaut tous les artifices à suspens du monde. L’expression des sentiments est ici à fleur de mot, chacun se livrant sans entrave ni limite dans ses retranchements. L’amour, la mort, la paix et le désordre sont autant de thématiques disséquées et jetées à la face du lecteur pantelant et totalement possédé par ses pages pourtant datées.

Tout s’explique par le génie littéraire de Dumas, l’aspect classique de l’histoire cache un don de la narration vraiment hors pair (ici nous sommes dans le non linéaire, chaque récit s’emboîte parfaitement avec les autres) et un style qui n’a pas vieilli ou si peu. Emporté par le souffle d’un Dumas inspiré, j’ai lu Pauline en deux traites (il faut bien dormir) et j’en suis ressorti heureux et profondément marqué par les destins brisés qu’il nous convie à observer. Une superbe lecture à entreprendre au plus vite !

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lundi 24 octobre 2016

"Swastika Night" de Katharine Burdekin

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L'histoire : Sept cents ans après la victoire d'Hitler, l'Europe est soumise à l'idéologie nazie. Les étrangers servent de main-d'oeuvre servile, les femmes de bétail reproducteur, le progrès technique est interdit dans une société exclusivement agraire. Alfred, un jeune anglais en pèlerinage, est mis au courant par le chevalier Von Hess de l'existence d'une chronique retraçant l'histoire de l'ancien monde...

La critique de Mr K : Une sacré découverte que ce Swastika Night réédité aujourd’hui chez les éditions Piranha et qui date de 1937. C’est fou de se dire que quelqu’un ait eu l’idée d’écrire une uchronie sur le règne du nazisme sur le monde alors que la seconde guerre mondiale, bien que prévisible, n’avait pas encore eu lieu. Et pourtant, c’est ce que Katherine Burdekin a réalisé avec brio provoquant chez le lecteur effroi et réflexion. Suivez le guide !

L’action se déroule 700 ans après Hitler selon l’un des personnages principaux. Il faut comprendre par là que ce dernier a soumis une bonne partie du monde à son bon vouloir suite à une guerre mondiale qui a duré 30 ans et que le saint empire hitlérien étend son pouvoir dictatorial sans pitié ni concession, ayant instauré un nouvel ordre mondial et une société calquée sur un moyen-âge idéalisé et surtout fantasmé. L’auteur nous invite à suivre la destinée d’Alfred, un anglais en pèlerinage en Allemagne pour faire le tour des lieux saints du nazisme (l’Angleterre est elle aussi tombée sous la coupe des chemises brunes). Il va rencontrer un vieux chevalier (ordre supérieur au dessus des nazis, des propriétaires terriens, gardiens de l’orthodoxie et aux prérogatives seigneuriales) lassé du mensonge et des faussetés du régime. Au cours d’entretiens privés, il va lui livrer une vérité qu’Alfred ne soupçonnait pas et lui léguer un objet qui pourrait bien changer la face du monde : un livre de famille.

L’univers décrit dans ce livre est tout bonnement effroyable. Dans cet empire nazi, les juifs ont été exterminés ainsi que tous les êtres dits "anormaux". Les femmes ont été relégués au rang d’animaux de compagnie et de plaisir, leur fonction étant purement reproductive. Elles sont enfermées dans des camps à part et appartiennent aux hommes. Le propriétaire peut changer de femme selon ses desideratas et celles-ci n’ont strictement aucun droit sur leur progéniture mâle qui est le nec plus ultra (dès leurs un an et demi -sevrage-, ils sont confiés à leur père), les petites filles restant avec leur mère pour devenir à leur tour un objet de jouissance. Ce livre est une charge féministe absolument dantesque, l’auteur imaginant la logique que suivrait Hitler et ses sbires s’ils arrivaient à instaurer leur société idéale.

Le révélateur de tout cela est bien évidemment Alfred qui va voir ses certitudes s’évanouir totalement au contact de vérités cachées qui vont lui révéler l’envers du décor. Il va prendre conscience peu à peu de la brutalité extrême de cet ordre omnipotent et omniprésent dans la vie de chacun. Accompagné de Herrmann un jeune nazi en pleine disgrâce, il va tenter à sa manière de changer les choses à son échelle grâce aux conseils éclairés du vieux chevalier Hess et d’un patriarche chrétien (seuls êtres différents plus ou moins tolérés par l’ordre nazi). Il va redécouvrir des sentiments et des valeurs oubliées ou disparues suite à l’installation du nazisme. L’amour d’une femme, l'amour de son prochain notamment mais aussi la puissance de l’écoute et de l’entraide considérées comme des faiblesses par l’ordre en place. Cette redécouverte d’humanité est assez incroyable et prend au coeur et aux tripes.

La puissance uchronique est ici mise au service de la démocratie. Plus qu’un roman, c’est presque à un essai dont on a affaire ici. Il ne se passe finalement pas grand chose durant ces 230 pages ou du moins rien de vraiment original en terme de trame narrative. Mais ce n’est pas bien grave, la densité du contenu en terme de réflexion est imposant avec les discussions d’Alfred avec Hess puis avec Joseph Black (patriarche chrétien) où ils balaient l’histoire humaine, des questions théologiques et philosophiques mais aussi la nature profonde de l’être humain et la logique qui a suivi l’installation de la dictature. Loin d’être un pensum imbuvable, ce livre est d’une limpidité et d’une accessibilité de tous les instants grâce à un sens du récit millimétré et un apport théorique dispatché avec intelligence et pédagogie.

On prend donc une gigantesque claque avec cet ouvrage prophétique en son temps qui fait écho aux maux du nôtre. Bien que dur par moment par les scènes qu’il nous donne à voir, Swastika Night est avant tout une ode à la liberté et à l’entraide face aux fascismes de tout horizon qui ne cessent de prospérer autour de nous. Une lecture vraiment essentielle.