vendredi 18 avril 2014

"Des Mille et une façons de quitter la Moldavie" de Vladimir Lortchenkov

des1001L'histoire: Drôle, grotesque, cruel. Partez à la rencontre du peuple le plus pauvre d’Europe.
Ceci est l’histoire d’un petit village moldave. À Larga, tous les habitants ne rêvent que d’une chose : rejoindre l’Italie et connaître enfin la prospérité. Quitte à vendre tous leurs biens pour payer des passeurs malhonnêtes, ou à s’improviser équipe moldave de curling afin de rejoindre les compétitions internationales.
Dans cette quête fantastique, vous croiserez un pope quitté par sa femme pour un marchand d’art athée, un mécanicien génial transformant son tracteur en avion ou en sous-marin, un président de la République rêvant d’ouvrir une pizzeria… Face à mille obstacles, ces personnages résolument optimistes et un peu fous ne renonceront pas. Parviendront-ils à atteindre leur Eldorado ?

La critique Nelfesque: "Des Mille et une façons de quitter la Moldavie" est sorti en librairie hier et si j'ai un conseil à vous donner, courrez vous procurer ce roman hors du commun. Vous passerez ainsi un bon moment de délire où rire et consternation face aux situations présentées (et non à l'écriture de Vladimir Lortchenkov) se mêlent.

La Moldavie, il faut bien le reconnaître, on connaît peu. On serait même incapable de situer ce pays sur une carte. Si, avouez! Vladimir Lortchenkov lui la connaît bien puisque c'est son pays et une chose est sûre, si le peuple moldave est vraiment comme il le présente dans son ouvrage, je ne sais pas si il faut en rire ou en pleurer.

Nous suivons dans ces 250 pages une communauté moldave qui n'a qu'un rêve en tête, que dis-je une obsession (!): quitter la Moldavie et rejoindre leur Eldorado, l'Italie. Pourquoi l'Italie? Et bien pourquoi pas!? Comme un mythe, l'Italie semble être le pays béni où tout moldave voulant bien vivre doit se rendre. Et pour l'atteindre, ils vont rivaliser d'astuces et fomenter des plans abracadabrantesques que, nous savons, nous lecteurs, perdus d'avance. Mais un peu sadiques et franchement curieux de savoir jusqu'où ils comptent bien aller sous la plume de Lortchenkov, nous suivons leur périple avec délectation.

Avec cet ouvrage et l'écriture de Lortchenkov, le lecteur part dans tous les sens. On ne sait plus vraiment où l'on est, on se perd, on se questionne, on est déboussolé mais c'est cela qui est bon! Perdre ses repères, oublier tout ce que l'on a pu lire jusque là et découvrir un univers complètement loufoque et déjanté. Il y a, dans ce roman, par le côté road-trip et la dinguerie de l'histoire, un petit côté "Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" de Jonas Jonnason. Un petit côté seulement car ici on ne rentre pas vraiment dans des dimensions historiques (de l'Histoire avec un grand H) mais on sent la similitude dans le besoin de partir des personnages, la "bizarrerie scénaristique" addictive et ce que j'ai évoqué précédemment.

Ce roman donne-t-il envie de se rendre en Moldavie? Non, pas vraiment (à moins d'affectionner les no man's lands avec des airs de décharges publiques). Nous fait-il aimer le peuple moldave? Assurément! Car par leurs faiblesses, leurs espoirs, leurs côtés jusqu'au-boutiste et leur imagination, on ne peut qu'être attendris.

A côté de cela, sous ces airs comiques, ce roman soulève de nombreuses questions. La pauvreté de ce peuple, leur situation géographique aux portes de l'Europe (pour info, si vous ne situez toujours pas, la Moldavie est prise en sandwich entre la Roumanie et l'Ukraine et est de taille quasi similaire à celle de la Belgique), le mépris avec lequel ils sont traités par certains... Tout cela laisse songeur. A leur place aussi, sans doute, nous voudrions quitter notre chez-nous et poursuivre un but. Espérons juste pour nous qu'on s'y prendrait autrement!

Mais "Des Mille et une façons de quitter la Moldavie" est surtout un roman comique où en tant que lecteur, laissant toutes considérations d'ordre politique de côté, nous prenons un malin plaisir à nous y plonger. Comme une petite sucrerie que l'on retrouve après une journée de boulot et qui se déguste avec un plaisir coupable mais tellement rafraîchissant! Je vous le conseille donc vivement!

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jeudi 17 avril 2014

"Le Maître bonsaï" d'Antoine Buéno

maitre-bonsaiL'histoire: "La légende de la fin des temps raconte qu'après la mort de Sakurako le monde n'était plus que désolation. Pourtant, sur la terre désertée, s'éleva bientôt un arbre à l'endroit même où la jeune fille s'était éteinte, frappée par le sabre de son père. À la fin du monde, ne subsista plus qu'un cerisier blanc, gardé par un serpent."

Empreint de mystère et d’étrangeté, ce roman à la lisière du conte initiatique nous ouvre à la magie des bonsaïs pour révéler un secret : celui de notre part d’ombre.

La critique de Mr K: Voici un livre à côté duquel je serai sans doute passé si l'on ne me l'avait pas proposé en partenariat. Je ne connaissais pas du tout cet auteur avant la lecture du "Maître bonsaï" et franchement, le hasard fait bien les choses tant cette expérience s'est révélée marquante entre plaisir simple pour débuter et plongée ténébreuse en toute fin de roman. Apprêtez-vous à rentrer en territoire inconnu entre vie ascétique et secrets enfouis.

Le héros n'a pas de nom, pas de nationalité précise... On sait juste qu'il est plutôt âgé et qu'il exerce la profession de maître bonsaï. Il semble vivre reclus dans sa boutique où il mène une existence en osmose avec ses arbres miniatures. Il voit peu ou pas de personnes hormis ses clients qui sont nombreux et reviennent régulièrement louer les talents fabuleux de ce professionnel plus que méticuleux. Il le dit lui-même au début du roman, il a quitté le règne animal pour celui apaisant du règne végétal. Il communique littéralement avec ses bonsaïs et le héros plane à dix mille mètres au dessus des réalités terrestres.

Tout change quand une jeune femme sans nom elle aussi rentre dans sa boutique. Au début rien de notable, puis peu à peu une étrange relation semble se nouer entre ces deux êtres que tout semble opposer: il est stoïque la plupart du temps, elle bouillonne d'énergie. Loin d'être une simple rencontre fortuite, cette relation va être au centre de l'évolution de l'intrigue, très vite sous le glacis des apparences se noue un drame viscéral qui ne trouvera sa résolution qu'à la toute fin de l'écrit, qui change du tout au tout lors d'une révélation finale aussi glaçante que traumatisante. Sans rire, j'ai eu du mal à m'endormir après cela...

Ce livre est une vraie petite bombe que je trouve pour ma part très original. Son écriture est assez unique en son genre avec la multiplication de litanies sous la forme de phrases très courtes à la syntaxe plus qu'approximative comme dirait les gardiens du temple! Mais voilà, c'est justement ce côté déséquilibré et étrange qui rend ce récit attachant et vivant. On suit le personnage principal à travers ses monologues intérieurs et on n'ignore rien de ce qu'il ressent ou feint de non ressentir. Très évocatrice, la langue se fait douce et enivrante par moment, on se fait emporter très rapidement avec aucun espoir de pouvoir refermer ce livre avant la fin.

Au fil de la lecture, l'aspect répétitif prend tout son sens. Par petites couches successives, on entrevoit un passé bien trouble chez ce maître bonsaï. Peu à peu, une boule se noue et on se rend compte que cette vocation n'est pas venue par hasard, que derrière tout cela se cache quelque chose de très douloureux et une immense solitude. Quand la révélation vient, toute la tranquillité et l'aspect taoiste du livre disparaissent pour ne laisser place qu'à un désert exsangue et mélancolique. On ressort de cette lecture remué comme jamais (sauf peut être avec "Rafael, derniers jours" de Gregory McDonald) et avec la conscience d'avoir lu une belle et grande oeuvre.

Vous l'avez compris, ce livre est désormais classé parmi les meilleurs que j'ai pu lire tant on baigne dans un univers intemporel, sans effet de manche inutile, où l'humain et la nature sont au centre du monde. Une belle et rude lecture que je vous invite à entreprendre au plus vite!

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mardi 15 avril 2014

"In God We Trust" de Winshluss

winshluss-in-god-we-trust-couv-jpg-529b02afeb4c5L'histoire: Après s’être attaché à déconstruire Pinocchio, Winshluss s’attaque au livre de contes et de légendes le plus lu au monde : la Bible.

La critique Nelfesque: Winshluss, c'est l'auteur de l'excellent "Pinocchio" primé à Angoulême en 2009. Fin 2013, il sort un nouveau recueil BDesque, "In God We Trust", également présent à Angoulême. Il n'a pas reçu de prix pour cet ouvrage cette année mais une chose est sûre, ça envoie du pâté!

Winshluss continue son exploration des contes, légendes et récits oniriques et s'attaque cette fois ci à un best seller catholique: la Bible. Retroussez vos manches avant de tourner la première page car l'auteur ne fait pas dans la dentelle et propose une vision provocatrice et humoristique des Saintes Ecritures.

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(cliquez sur les planches pour voir en plus grand)

Ancien et Nouveau Testaments sont ici dépeints avec un oeil sarcastique. Adam et Eve jouant au badminton dans le jardin d'Eden, Dieu créant la Terre en bleu de travail, le serpent réalisant des films porno amateur qu'il revend par la suite aux petits lapins du jardin... Il m'est avis que Winshluss n'est pas à ranger dans la famille des catho fervents. Anti-clérical et parfois jusqueboutiste dans sa vision de la Bible, le lecteur rit à la vue de certains visuels et situations comiques. En revanche, je n'ai pas pu m'empêcher d'être limite choquée par d'autres gags assez courus, faciles et trop irrespectueux à mon goût. Dans ce cas là, je suis vite passée à la planche suivante et dans l'ensemble je dois avouer que, ces petites touches de punk gratuites mises à part, j'ai pris beaucoup de plaisir à parcourir cet ouvrage.

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Dans "In God We Trust", Dieu est un bon alcoolique, séducteur à 2€, ayant pour fils un looser rêvant de gloire. Ca commence bien! Winshluss adapte alors son dessin suivant les situations et propose à ses lecteurs différents supports et techniques tels que la publicité détournée, la gravure, les épures, le comics, l'aquarelle... Ainsi pas de risque d'ennui, la surprise étant totale à chaque page. Et pour le dessin, c'est indéniable, Winshluss a un grand talent. Sous son crayon tous y passent: Gabriel, secrétaire de Dieu, cyclope omnicient et omnipotent, Marie amoureuse gnangnan, Saint Pierre physionomiste à l'entrée du Paradis et plus surprenant ... Superman! (et oui!)

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Découpé en chapitres, cet ouvrage revient sur les moments clés de la Génèse, le sacrifice d'Abraham, les 10 Commandements, le Saint Esprit, la Résurrection, le Jugement Dernier... Oui il faut s'y connaitre un peu pour apprécier toutes les subtilités de cette vision décalée. Mais à côté de cela, Winshluss s'attaque aussi aux grandes fumisteries et aux scandales de l'Eglise Catholique et des groupuscules qui surfent sur la tendance bénite. Prêtres pédophiles (facile...), témoins de Jéhova, "Dieu est ton ami même sur Facebook", abstinence, créationnisme vs théorie de l'évolution...

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On passe un bon moment de détente neurones avec "In God We Trust". J'ai mis parfois un mouchoir sur mes convictions religieuses et mon éducation catholique pour apprécier à sa juste valeur cet ouvrage où humour et talent se cotoient. Certains grinceront des dents, d'autres taperont dans le dos de Winshluss pour dessiner tout haut ce qu'ils pensent tout bas. Reste une bande dessinée punk d'un athée vénère au talent impertinent évident. A découvrir!

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vendredi 11 avril 2014

"Au carrefour des étoiles" de Clifford D. Simak

au_carrefour_des_etoilesL'histoire: Étrange demeure que cette ferme Wallace, qui se dresse sur une falaise escarpée du Wisconsin.
Une ferme aux fenêtres aveugles, vieille de plusieurs siècles et cependant intacte, comme si le temps n'avait nulle emprise sur elle. Enoch Wallace, son propriétaire, vit là, de toute éternité semble-t-il. Or, c'est par cette maison – cette station – que transitent les voyageurs de l'Espace: les Thubains, masses globuleuses et bavardes, les Lumineux de Véga XXI, rayonnant d'ondes heureuses, d'autres encore...
Depuis bientôt deux ans, Claude Lewis – agent des Renseignements déguisé en ramasseur de gingseng – enquête et tourne autour de la ferme...

La critique de Mr K: Petite incursion en science fiction aujourd'hui avec un nouveau roman de Clifford D. Simak, grand nom du genre, à qui l'on doit notamment le remarquable Demain, les chiens. Cet ouvrage a attiré mon œil chez l'abbé par sa quatrième de couverture intrigante et une couverture étrange et délirante signée une fois de plus Caza, grand dessinateur qu'on ne présente plus et qui a laissé nombre de dessins talentueux dans ma bibliothèque chérie!

L'auteur nous invite ici à suivre un étrange destin. Il s'agit d'Enoch Wallace, un ancien combattant de la première guerre mondiale, revenu écœuré de cette dernière et qui par un mystérieux hasard s'est vu confier une drôle de tâche par des extra-terrestres: celle de gardien d'une station de voyage un peu particulière. À l'intérieur de ce qui ressemble à s'y méprendre à une demeure victorienne classique, se cache une espèce de gare intersidérale par laquelle transite des voyageurs venant des quatre coins de l'univers. Cet homme ordinaire aime ce qu'il fait et profite d'un avantage certain: tant qu'il reste dans sa maison (transformée complètement à l'intérieur), il vieillit très lentement, il a donc plus d'une centaine d'années lorsque commence ce récit. Bien évidemment tout cela commence à interroger les autorités qui envoient sur place un enquêteur qui rode de plus en plus près et fouine. La menace guette et il est des choses qu'on ne peut dévoiler aux yeux de la Terre entière...

On s'attache immédiatement à cet homme que le sort a placé sur le chemin d'Ulysse, agent inter-galactique chargé de créer le réseau de transport et de sa maintenance. Cet extra-terrestre haut en couleur (voir le dessin de couverture) est amateur de bons mots et de café, une boisson des plus délicieuse selon lui, parmi les meilleures du cosmos. Régulièrement, il rend visite à ce qu'il convient d'appeler un ami. Leurs discussions sont variées mais peu à peu la menace qui pèse sur le secret de l'existence de la station rajoute de la tension. Surtout que l'inspecteur venu de Washington se rapproche dangereusement de la vérité. Enoch Wallace lui est un homme simple, épris de liberté et de justice. Pacifique, rêveur (belles descriptions de promenades en forêt à l'appui), il est le reflet fidèle de l'auteur lui-même! J'ai aussi aimé le personnage de Lucy, jeune sourde et muette qu'il rencontre régulièrement lors de ses errances à l'extérieur. Elle est la douceur et la poésie incarnée, l'innocence bafouée par une famille qui ne la comprend pas et la maltraite. Un sort tout particulier l'attend qui changera sa vie à jamais!

Décidément, cett auteur est très talentueux: une fois de plus, il m'a transporté et m'a fourni un plaisir de lecture délectable à souhait et réflectif. Derrière cette histoire de SF basique et sans prétention, on peut y percevoir un plaidoyer puissant et humble contre la guerre et les conflits de tout genre. Réflexion sur le genre humain, c'est aussi une ode à la nature, un thème qui est d'ailleurs très cher aux yeux de Simac et qui revient régulièrement dans ses œuvres. Certains diront qu'on baigne dans une certaine niaiserie ambiante, moi j'y vois plus une pensée utopique qui fait du bien dans ces temps troublés. L'écriture est toujours aussi limpide et accessible. Simac ne tombe ni dans la facilité ni dans l'ésotérique, son langage est celui de tous pour tous, réussissant le tour de force d'aborder des thèmes universels et philosophiques tout en les mettant à la portée de n'importe qui. C'est beau et puissant. Bref, c'est à lire!

Autres lectures de Clifford D. Simak chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Demain les chiens
- L'empire des esprits
- Mastodonia

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mardi 8 avril 2014

"Sacrés Français: Un Américain nous regarde" de Tod Stanger

sacrésfrancaisL'histoire: Depuis la guerre en Irak, entre Français et Américains, c'est la grande brouille. Ce n'est pas la première et sans doute pas la dernière fâcherie. Et voilà qu'un Américain qui a choisi de vivre à Paris décide de nous dire ce qu'il pense de la France. En Huron de l'Ohio, Ted Stanger s'est penché sur nos habitudes, nos modes de vie et de pensée. Loin de répondre à un anti-américanisme ambiant qui ne l'épargne pas, il tente de nous aider à comprendre ce grand malentendu qui fait des Français et des Américains des alliés-ennemis.
Imaginez sa stupéfaction face aux 35 heures, dans un pays où les restaurants et les pharmacies sont toujours fermés quand on en a besoin. Du règne de la bagnole à notre frilosité devant ce XXIème siècle qui s'ouvre, rien ne lui a échappé. Truffé d'anecdotes, impertinent et drôle, sans complaisance et volontiers polémique.

La critique de Mr K: Voila un volume qui m'attendait depuis plus de deux ans dans ma PAL. A chaque fois que mon regard se portait sur lui, je me disais que je le lirai après deux / trois autres lectures et le temps passe et tout lasse, tout casse... Trêve de plaisanterie me disais-je en composant mon bagage littéraire de vacances, quoi de mieux que le Périgord, département à haute valeur ajoutée en terme de culture française, pour lire un tel livre? Quelques heures de lecture ont suffi, voici mon avis...

Je vous le dis tout de go, je suis très partagé. Je n'ai vraiment rien contre l'idée de lire un livre sur mon pays à travers le témoignage d'un étranger, j'ai pendant très longtemps été abonné au remarquable journal Courrier International. Cependant, Ted Stanger n'évite pas l'écueil du parti pris non étayé dans la deuxième partie de l'essai notamment tout ce qui concerne la culture française. Il faut dire aussi qu'il a surtout vécu à Paris dans le milieu bobo, prout prout et qu'il semble être passé à côté de pas mal de choses...

Ted Stager a été pendant plus de dix ans reporter en France pour le magazine Newsweek, si vous vous en rappelez on le voyait d'ailleurs assez souvent sur les plateaux de télévision (JT essentiellement) pour donner son point de vue notamment lors de la crise irakienne. Dans ce livre, il dissèque la France et l'esprit français à travers divers chapitres comme la politique, les relations internationales, le sport, la culture... autant de thèmes intéressants qu'il agrémente avec quelques anecdotes croustillantes et des raisonnements mettant en parallèle notre vision des choses et celle des américains. Il en ressort que malgré un certain désamour (qui s'est calmé depuis 10 ans, le livre date de 2003) beaucoup de points nous rapprochent et qu'à compter les points de part et d'autre, personne ne gagne.

Cela donne lieu à des portraits au vitriol de notre façon de conduire (portrait hilarant des serial-killers en puissance que nous sommes derrière nos volants, je plaide coupable là-dessus), de notre attitude parfois hautaine, de notre goût pour le secret, de la servilité de nos journalistes face aux politiques, de notre goût pour le débat même quand il n'y a pas de fond, de l'importance énorme que prend l'art de bien vivre dans notre journée (les passages sur la gastronomie française sont aussi très réussis)... Le style est simple et incisif, l'auteur a d'ailleurs écrit directement le livre en français.

Cependant, en bon français râleur que je suis, je ne peux que rouspéter quand je lis que depuis les années 50 la littérature française n'a pas livré de bons romans (le nouveau roman l'aurait tué soit disant...), que le cinéma doit se contenter d'être un divertissement tout public, que la philosophie finalement ne sert pas à grand chose et qu'il faut aller directement au cœur des problèmes... Bref, Ted Stanger chausse alors de bon gros sabots de texans, étrange pour quelqu'un qui n'a fait que fréquenter les beaux quartiers de Paris (voir l'école que fréquente son fils et les personnes avec qui il traîne et qui sont tout sauf des citoyens lambda).

Au final, ce livre s'est avéré plaisant mais dispensable tant en voulant en faire trop, l'auteur se prend les pieds dans le tapis et livre un ouvrage certes drôle, décapant et parfois éclairant mais aussi caricatural et mensonger par moment. C'est vraiment dommage que des éléments viennent ternir une entreprise qui au départ m'avait séduit au plus haut point!

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dimanche 6 avril 2014

"Et puis, Paulette..." de Barbara Constantine

pauletteL'histoire: Ferdinand vit seul dans sa grande ferme vide. Et cela ne le rend pas particulièrement heureux. Un jour, après un violent orage, il propose l'hospitalité à sa voisine dont le toit de la maison a été détruit pendant la tempête. De fil en aiguille, la ferme se remplit: un ami d'enfance devenu veuf, deux très vieilles dames affolées, des étudiants un peu paumés, un amour naissant, des animaux. Et puis, Paulette...

La critique Nelfesque: J'ai beaucoup de tendresse pour les personnes âgées. Des souvenirs d'enfance, entourée de ma grand-mère, arrière grand-mère et arrières tantes remontent souvent à la surface. Alors quoi de mieux d'un roman tel que "Et puis, Paulette..." pour retrouver ces doux moments en lecture et tout ça au meilleur endroit qui soit: en vacances chez mémée!

Barbara Constantine est une auteure que j'aime beaucoup. Avec des mots simples, des situations de la vie de tous les jours, elle arrive à livrer une émotion profonde à ses lecteurs. La simplicité et la douceur de vivre, on les retrouve dans ce roman ci. Très vite, on s'attache à Ferdinand et à sa petite communauté peu commune qui se constitue petit à petit. Le genre d'initiative qui serait bien utile dans la vraie vie pour combler la solitude et continuer à vivre dans la joie et ce même après un certain âge. Trop de nos "petits vieux" vivent seuls, aigris, sans lien avec l'extérieur... "Et puis, Paulette" redonne foi en un avenir meilleur pour nos anciens et nous même dans quelques années.

Les personnages sont tous plus attachants les uns que les autres, avec leurs manies, leurs folies mais aussi leurs fêlures. Les soeurs Lumière, deux "presque soeurs" (l'une est la belle soeur de l'autre), de plus de 80 ans ont passé toute leur vie ensemble et m'ont particulièrement touchées. J'aurai voulu les prendre dans mes bras et leur dire que tout allait bien se passer, mamies... Mais c'est Barbara Constantine qui l'a fait à ma place en les faisant intégrer la ferme du bonheur. Un endroit où solidarité et prévenance animent les coeurs.

Vaincre la solitude en se regroupant c'est bien mais ça engendre des situations cocasses qui ne laisseront pas le lecteur de marbre. Avec 2, 3, voir 5 petits vieux dans une même maison, la logistique doit suivre! C'est 5 fois plus de médicaments à distribuer dans les semainiers, des comptes à entreprendre pour se répartir les charges, des tableaux à compléter pour les tâches ménagères... et de bonnes tranches de rigolade!

Mais, ne vous y méprenez pas, Barbara Constantine n'a pas fait de son oeuvre un roman culcul où tout le monde est beau et gentil, tout le monde s'aime, bisounours et compagnie. Il est aussi question de la vieillesse, de la maladie, de la mort et de souffrances psychologiques telles que l'absence, la tristesse et la solitude. Tant de sujets inévitables quand la vie est plus longue lorsque l'on regarde en arrière. On rit certes mais au détour d'une page la larme peut faire son apparition. Comment continuer de vivre lorsque l'être aimé s'en est allé? Comment ne pas être nostalgique des moments passés avec ses petits-enfants quand on les voit trop peu souvent à son goût? Mais que voulez-vous ma bonne dame, c'est comme ça, les jeunes, ils ont leur vie aussi...

Je vous conseille la lecture de ce roman qui se lit très rapidement et qui laisse au lecteur un sentiment doux-amer une fois terminé. Le sentiment d'avoir passer un moment hors du temps où la douceur de vivre et la simplicité prévalent sur la frénésie et l'égoïsme de notre époque mais aussi une indéniable nostalgie d'un temps révolu qui noue la gorge. Longue vie à nos mamies à blouse!

Et puis, Paulette... Je vous laisse la découvrir...

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "Allumer le chat"
- "A Mélie, sans mélo"

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jeudi 3 avril 2014

"L'Amant" de Marguerite Duras

lamantL'histoire: "Très vite dans ma vie il a été trop tard."

La critique de Mr K: Voici un roman qui est une très récente acquisition. Trouvé par hasard dans un vide grenier près de chez nous, juste avant notre départ pour le sud-ouest, je l'ai glissé dans mes bagages en me disant que peut-être, si le cœur m'en disait, je pourrais le lire vu toutes les passions qu'il a pu déchaîner à sa sortie et ma haute opinion de l'adaptation qu'en a fait Jean Jacques Annaud. J'en ai lu la première page et je fus instantanément conquis par le style de Duras. Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour en venir à bout!

Il s'agit d'un roman autobiographique, il faut donc entendre par là que Marguerite Duras s'est inspiré de ses souvenirs et qu'elle a brodé autour, tour à tour magnifié ou déprécié on retrouve des moments clefs de son adolescence car ici, il s'agit avant tout d'un focus approfondi sur la jeunesses de Duras en Asie du sud-est quand elle était petite durant l'entre-deux-guerre. Sa mère institutrice, ses deux frères et elle se démènent tant bien que mal dans ce qui était à l'époque une colonie française en Indochine. Une rencontre sur le bac de la rivière locale va l'initier à l'amour charnel et au désir, la forcer à prendre de la maturité et va bouleverser sa vie. Au passage, Duras égratigne sa famille et semble régler ses comptes avec un frère aîné à la fois tyrannique et déviant dans son comportement (menteur et voleur au sein du foyer familial et même ensuite).

Ce livre est remarquable a bien des points de vue. On ne peut dépeindre le style Duras sans en rendre la beauté et l'incroyable finesse. Se jouant de la syntaxe classique, du point de vue de narration (elle en change tout le temps et sans prévenir), la poésie est présente dans chaque phrase, dans chaque tournure, description et même dialogue. On nage dans l'esprit de l'écrivaine vieillissante qui revient sur une partie de sa vie marquante et plus généralement sur les dysfonctionnements de sa famille. On ne se cantonne donc pas à une histoire d'amour physique et sans issue (sacré Gainsbourg!) mais bel et bien à l'analyse d'une famille type de l'époque. Ainsi la mère déçue par la scolarité ratée (du moins le pense-t-elle) de ses deux garçons a de grandes ambitions pour sa fille et l'inscrit dans une pension, pour ensuite pouvoir l'envoyer dans l'équivalent de maths sup. Très vite cependant, la jeune fille lui fait part de son désir grandissant d'écrire, de livrer des histoires. Les heurts sont assez rock and roll au départ mais le caractère têtu de l'héroïne finira par briser la volonté maternelle qui n'a d'yeux finalement que pour l'aîné qui enchaîne déboires et malversations (il joue beaucoup et perd encore plus!). Tout cela donne lieu à de nombreuses réflexions de l'auteur qui revient pendant plus de la moitié du livre sur ses rapports si particuliers qui ont constitué son quotidien de jeune fille.

La relation qui s'instaure avec le jeune héritier chinois fait donc écho avec cette vie familiale mouvementée. On parle encore de race et c'est une étrange fascination l'un pour l'autre qui nous est décrit. Il a beau avoir 15 ans de plus qu'elle, c'est lui qui semble le plus fragile, le plus dépendant de l'autre. Il m'a bouleversé par sa sincérité et son amour infini pour cette jeune fille assez immature et inconsciemment cruelle. Leurs rencontres et leurs ébats donnent lieu à de très belles pages de littérature, peut-être même parmi les plus belles dans le genre tant il en émane de la pureté, de la cruauté et finalement une finesse à vous couper le souffle. Le côté éphémère de l'affaire rajoute une touche d'urgence et de passionnel développant l'émoi du lecteur qui ne peut s'échapper, prisonnier d'un style enchanteur et d'une histoire d'amour profonde et pourtant différente à la fois.

Au final, on peut dire que ce livre est un authentique chef d’œuvre où l'onirisme côtoie le réalisme le plus cru et parfois le plus dur (rapports frères – sœurs, l'amant chinois et sa famille). L'Amant propose aussi une très belle vision d'une époque désormais révolue sans jamais sacrifier à la psychologie des personnages pour lesquels on ne peut que s'attacher. J'ai été conquis, cueilli et estomaqué par cette lecture d'un autre temps à la dimension intemporelle cependant. Le serez-vous à votre tour?

lundi 31 mars 2014

"La mort dans l'âme" de Ian Rankin

lamortdslameL'histoire: Les services sociaux installent un pédophile avéré bénéficiant de la liberté conditionnelle en face... d'un jardin d'enfants. Un policier exemplaire se jette d'une falaise alors que les voies de l'ascension sociale lui étaient ouvertes. Des gosses disparaissent du jour au lendemain, sans que leurs familles n'aient la moindre explication. Un tueur en série revient libre des États-Unis pour narguer John Rebus et les médias, dans un jeu terrifiant dont nul ne sait qui sera la prochaine victime... Décidément, rien ne va plus dans la ville d'Edimbourg. Comment faire la part des choses? Partagé entre la raison d’État, les fidélités intimes, le désir de justice et les nostalgies du passé, l'inspecteur John Rebus, une fois de plus, va devoir affronter ses propres contradictions.

La critique de Mr K: Il y avait bien longtemps que je n'avais pas arpenté l'asphalte d'Edimbourg en compagnie de ce cher inspecteur Rebus. Chaque livre d'Ian Rankin s'est révélé un petit bijou d'écriture et de suspens, en l'espace de deux visites chez l'abbé et une brocante, je me suis porté acquéreur de pas moins de quatre aventures de l'inspecteur écossais au pédigré très lourd entre alcool et mélancolie. Vous l'avez compris, il était temps que je me replonge dans la grisaille écossaise pour une enquête haletante et multiforme.

Plusieurs mystères à résoudre se chevauchent dans ce livre placé sous le signe des ténèbres et du côté obscur de l'humanité. Des enfants disparaissent et très vite les soupçons s'orientent vers un pédophile repenti qui va être livré à la vindicte populaire aussi aveugle que monstrueuse. Clairement le ton est donné, on se rapproche d'une ambiance à la Mystic River ou plus récemment, Prisoners. Surtout que Rebus n'est pas blanc-blanc dans l'histoire, son parti-pris premier a des conséquences qu'il ne soupçonnait pas et vont le faire sombrer. Une de ses connaissances et ami flic se suicide sans raison ce qui va l'entraîner encore plus bas. Rajoutez là-dessus un serial killer particulièrement retors relâché pour bonne conduite aux USA avec retour au pays à la clef (Edimbourg) et vous obtenez un cocktail explosif au centre duquel on retrouve la figure tutélaire de Rebus qui va avoir fort à faire durant les 610 pages de ce volume.

On retrouve tout l'amour pour ses personnages qui anime Rankin. C'est avec grand plaisir que l'on retrouve son héros lunaire, grand escogriffe écorché qui s'accroche à la vie on ne sait vraiment pourquoi et comment. Alcool-addict en cours de cure, compagnon absent pour sa compagne la bien nommée Patience, grand nerveux aux accès de fureur peu ou pas contrôlés, il semble s'enfoncer de plus en plus au fil des pages. C'est prégnant et angoissant pour le lecteur, surtout que Rebus s'avère être assez réactionnaire par moment ce qui brouille les pistes et l'empathie que l'on peut ressentir pour ce personnage hors norme. On passe donc par de nombreux états en sa compagnie: on flippe, on rit parfois (mais un tout petit peu...), on est écœuré et par moment l'auteur nous accorde quelques pauses entre nostalgie et mélancolie quand Rebus repense au passé et notamment à son adolescence.

Les personnages secondaires sont aussi très bien traités, que ce soient les proches et amis de Rebus: Patience la compagne fidèle et compréhensive, Sammy sa fille désormais handicapée qui essaie de combattre son état en déversant toute son énergie dans des exercices physiques, Janice (premier amour de Rebus) désespérée par la disparition de son garçon. Autant de destins liés à Rebus et qui comptent sur lui. Les "bad guys" sont de haute volée avec notamment Cary Oakes qui très vite se montre instable et extrêmement dangereux. Vu l'ouverture finale du roman, je pense que l'on le retrouvera dans de futurs romans de la série. Sadique patenté, doublé d'un appétit pour le sang et la violence, il est redoutable de perversité et marque les esprits. Mention spéciale aussi aux émeutiers réacs des quartiers pauvres d'Edimbourg qui m'ont fait irrémédiablement penser au retour des ligues d'extrême droite qui ont tendance à envahir nos écrans de manière nauséabonde (notamment après la fameuse manifestation du "jour de colère"). Ce livre met en exergue les tensions de la société suite à un fait divers affreux et montre bien le fonctionnement de l'esprit humain et surtout de l'effet de foule. On en ressort tout de même ébranlé et franchement avec peu d'espoir dans l'esprit humain.

La mort dans l'âme porte très bien son titre. On rentre vraiment dans un univers morne, sombre, désespéré, décrépi... L'Écosse qui nous est ici décrite n'est pas des plus reluisante. Le malheur est ici omniprésent, les bleus de l'âme sont étalés au grand jour et personne n'est ici épargné. Ian Rankin prend un malin plaisir à tisser les trames d'un scénario qui se révèle ici être une véritable toile d'araignée. On se fait balader du début à la fin et franchement le suspens est maintenu jusqu'au bout. On retrouve tout le talent d'écrivain hors pair de Rankin, la langue est simple, détaillée et gouleyante à souhait. Les pages se tournent sans effort et il est quasiment impossible de relâcher le livre avant la dernière page tant l'addiction est forte.

Pour ma part, c'est le meilleur de la série en attendant de lire les trois autres qui sont toujours dans ma PAL.

Lu et chroniqué au Capharnaüm éclairé:
- "Nom de code: Witch"
- "Le fond de l'enfer"
- "Rebus et le loup-garou de Londres"

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vendredi 28 mars 2014

"Le Magasin des suicides" de Jean Teulé

le-magasin-des-suicidesL'histoire: Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! Imaginez un magasin où l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre...

La critique de Mr K: Un Jean Teulé a toujours une saveur particulière surtout si le titre est attendu au tournant. Que ne m'a-t-on pas dit concernant Le magasin des suicides? Génial, drôle à souhait, piquant, dérangeant, ignoble... j'en passe! Avant ma lecture, je dois bien avouer que je pars avec un sentiment de confiance tant j'ai adoré nombre de lectures de cet auteur (liste des chroniques disponible en fin de post) et que je n'ai jamais été déçu.

L'auteur nous présente une famille très particulière. Espèce de famille Adams à la française, ils tiennent un magasin qui fournit tout ce qu'il faut pour se suicider: cela va de la corde classique, au revolver, aux poisons les plus raffinés aux effets divers et variés. Inutile de vous dire que ce n'est pas la joie de vivre qui les étouffe! Le fils aîné est mono-maniaque et crée des inventions plus macabres les unes que les autres et sa sœur ne s'aime pas et se révèle dépressive. Tout ceci fait le bonheur des deux parents qui prospèrent économiquement et ne voient aucune raison de changer. Mais voilà, en voulant tester un préservatif percé (nouvel acquisition du magasin pour se refiler des MST) les voilà parents pour une troisième fois... le petit Alan naît et au grand malheur de ses parents, il s'avère animé d'une joie de vie indéfectible!

Il faut bien avouer que le postulat de base est vraiment appétissant. Tout tourne autour du renversement des valeurs établies. On nage ici en plein univers ubuesque où les relations entre être humains et idées sont déviantes disons-le clairement! Mort, souffrance, suicide autant de notions souvent éludées ou évitées dans nos sociétés occidentales. Ainsi par exemple, les séquences narratives mettant en scène les commerçants et les clients sont toutes plus délirantes les unes que les autres, les amateurs d'humour noir (dont je fais partie) sont logés à la bonne enseigne. Les personnages sont croustillants à souhait, les parents qui ne comprennent pas leur petit dernier, le grand frère qui fait penser au Vincent du premier court métrage de Tim Burton, Alan le délirant et joyeux petit dernier... mais ma préférence va sans conteste à la sœur qui m'a touchée dans son évolution et qui me paraît être la grand réussite du livre avec la toute dernière phrase que j'ai trouvé lapidaire à souhait! On retrouve toute la verve et l'inventivité de Teulé pour nous marquer au détour d'une bonne phrase et d'une belle formulation. La langue fait une fois de plus merveille et c'est avec délectation que les pages s'enchaînent sans difficultés.

Pour autant, ce titre est loin d'être mon préféré de l'auteur. Je n'ai pas apprécié le tournant pris par la famille au contact du petit dernier, j'ai trouvé l'ensemble convenu et quelque peu cucul voir lénifiant, un comble pour un Teulé! Attention, ce livre est tout de même une belle expérience mais elle est loin d'être aussi marquante qu'un Darling, Le Montespan ou un Je, François Villon. Je trouve que Teulé ne va pas au bout de son concept et se complet dans un récit qui devient finalement assez prévisible hormis l'ultime pirouette finale qui rattrape tout de même ce qui précède.

C'est donc une semi-réussite ou une semi-déception pour moi, la première concernant un livre de cet auteur. Peut-être en attendais-je trop? Toujours est-il qu'à mes yeux, on est loin pour moi du côté "définitif" qui caractérisait ses œuvres jusqu'ici...

Déjà lus et appréciés du même auteur au Capharnaüm Éclairé:
- Darling
- Je, François Villon
- Charly 9
- Mangez-le si vous voulez
- Le Montespan
- Fleur de tonnerre

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lundi 24 mars 2014

"Un coeur simple" de Gustave Flaubert

un coeur simpleL'histoire: Pour Félicité, vivre, c'est servir. Elle se dévoue à sa maîtresse, aux enfants de celle-ci, à son neveu, et... à son perroquet! Hélas, ce don de soi ne trouve guère de récompense dans l'existence terrestre de Félicité. Toute sa vie, elle dispense son amour sans retour, ce qui lui vaudra une bien singulière apparition du Saint-Esprit lors de son décès...

La critique de Mr K: Petit retour dans le classique pur et dur avec ce livre une fois de plus trouvé dans mon casier et qui m'a replongé dans mes premiers amours: les grands classiques du 19ème siècle avec cet ouvrage de Flaubert, auteur qu'on ne présente plus et dont j'avais dévoré et adoré L'Éducation sentimentale. Format court avec cette nouvelle d'une soixantaine de pages dont je suis venu à bout très vite et qui m'a laissé un doux goût de nostalgie et une légère pointe de déception.

On suit ici le parcours de Félicité, jeune fille d'extraction modeste qui après avoir vécu une jeunesse difficile va finir par se faire embaucher par une femme de la bourgeoisie normande qu'elle va servir jusqu'à sa mort. Nous faisons ainsi connaissance de Madame qui agit dans un premier temps avec beaucoup de froideur mais qui va finalement finir par s'ouvrir à elle avec le temps qui passe, des invités qui viennent partager des parties de carte au manoir et qui profitent des largesses de la maîtresse de maison, nous voyageons dans la Normandie de l'époque et explorons les différentes couches sociales d'une société encore très hiérarchisée malgré la révolution française.

Au milieu de ce monde difficile où la maladie, la cupidité et les conventions règnent, la figure de Félicité émerge comme celle d'une sainte toute dévouée à sa tâche. Elle en devient presque énervante tant elle semble parfois tendre le cou pour se le faire trancher; malgré que l'on se conduise mal envers elle, elle ne rechigne jamais à la tâche et se dévoue corps et âme pour son employeur et sa famille. Son quotidien est d'une monotonie désespérante et laisse peu ou pas de place aux plaisirs des nourritures terrestres. Félicité malgré tout avance, maintient ses efforts et se consacre à son travail jusqu'à s'épuiser et perdre de sa vitalité. Cette histoire finit forcément mal, vous vous en doutez!

Le point de vue externe donne à l'ensemble un côté témoignage indéniable et permet au lecteur une distanciation vis-à-vis du personnages principal ce qui est à la fois un avantage et un inconvénient. Flaubert nous offre des portraits saisissants et en profite pour croquer la société de l'époque, n'épargnant rien ni personne. J'ai aussi particulièrement apprécié les descriptions des conditions de vie des paysans et bourgeois de l'époque, les uns étant nécessaires aux autres, vivant si proches les uns et les autres mais ne partageant rien ou si peu de choses. On retrouve tout le talent évocateur de Flaubert avec une écriture alerte et complexe, ce qui en rebutera sans doute un certain nombre d'entre vous.

Reste tout de même que je me suis légèrement ennuyé pendant cette lecture et qu'il n'aurait pas fallu le double de pages tant certains passages m'ont apparu plats et sans consistance. La dénonciation est bel et bien présente mais manque parfois de finesse avec un personnage principal qui finit par agacer fortement et dont on se détache finalement assez vite. C'est dommage car à trop vouloir en faire, Flaubert pour moi a raté sa cible... je sens que je vais être frappé par la foudre qui va s'abattre sur moi mais je trouve que ce volume est indigne de son talent et vire à la charge facile et manquant de nuance.

Je ne le conseillerai donc pas plus que ça et vous oriente bien volontiers vers son chef d'œuvre nommé ci dessus qui pour moi reste à jamais à placer au panthéon des œuvres réalistes de l'époque.

Posté par Nelfe à 19:11 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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