mardi 14 août 2012

"Les affreux" de Chloé Schmitt

affreuxL'histoire: "Grandir et crever. Même avec plein de choses au milieu, c est pas une vie."
D'un jour à l'autre, un homme perd l'usage de son corps. Pas tout à fait mort, plus réellement vivant, il assiste, impuissant, au spectacle d'un monde sur lequel il n'a plus prise. Lâche, cruel, vulgaire. Le monde tel qu'il est ou tel qu'il le voit?

La critique Nelfesque: J'ai eu la possibilité de lire ce roman en avant première en tant que membre du Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre. Puisqu'il est question de la notion de "coup de coeur", autant le dire tout de suite, "Les affreux" de Chloé Schmitt n'en fut pas un. Tout n'est pas à jeter, il y a même du bon dans ce roman mais certains éléments m'ont fait tordre le nez...

L'histoire est dure et effroyable: un homme dans la pleine force de l'âge se retrouve du jour au lendemain cloué à son lit et à son fauteuil roulant suite à un AVC. Lui qui aime la vie, qui la croque à pleine dent, voit son existence basculer et devient un légume. Ce terme péjoratif n'est pas de mon fait mais bel et bien ce que ressent le personnage d'Alphonse. Par certains côtés, "Les affreux" m'a fait penser au "Scaphandre et le papillon" que j'ai lu il y a plusieurs années avec pour différence de taille que l'auteur du Scaphandre, Jean-Dominique Bauby, vit ce qu'il écrit. Plus récemment, on ne peut s'empêcher de penser à "Intouchables" qui a fait un carton au cinéma, l'humour en moins. Rien de neuf sous le soleil donc, beaucoup de portes ouvertes enfoncées mais le handicap est un sujet difficile à traiter et se mettre dans la peau d'un tétraplégique n'est pas chose aisée.

Mais finalement cette toile de fond peut être également vu comme un prétexte à parler de notre société actuelle. En effet, Alphonse, spectateur malgré lui de sa propre vie et des faits qui nous entourent, assiste impuissant à tout un cortège de démonstrations tour à tour d'amour, d'égoïsme, d'humiliation, de tendresse et de mépris. Tromperie, mensonge, violence conjugale, alcoolisme sont autant de sujets abordés dans ce roman. Est-on totalement heureux dans nos vies de personnes valides? Jusqu'où vont les faux semblants? Que découvririons-nous de nos proches si un tel malheur devait nous frapper? "Les affreux"  s'attaque à des questions complexes et Chloé Schmitt nous propose ses réponses du haut de ses 21 ans. Une ébauche donc, une vue à travers une lorgnette encore jeune et une écriture qui gagnera à s'étoffer.  A défaut de nous dépeindre la société, l'auteure a au moins le mérite de nous présenter un échantillon de personnages assez abjectes.

Les phrases sont courtes, presque trop. Tant est que le lecteur ne s'attache pas vraiment aux personnages et assiste sans sentiments aux évènements que vit Alphonse. L'écriture est brute, le langage vulgaire assez souvent afin de montrer toute la violence du désespoir que ressent le personnage principal. Etait-ce vraiment indispensable?

Au final, j'ai trouvé "Les affreux" un peu too much et vide de vie alors que l'auteure prenait le parti de nous en montrer les méandres... Ce premier roman plaira sans doute à certains... Quant à moi, je suis restée sur ma faim.


lundi 13 août 2012

"The Dark Knight Rises" de Christopher Nolan

DNR afficheL'histoire: Il y a huit ans, Batman a disparu dans la nuit : lui qui était un héros est alors devenu un fugitif. S'accusant de la mort du procureur-adjoint Harvey Dent, le Chevalier Noir a tout sacrifié au nom de ce que le commissaire Gordon et lui-même considéraient être une noble cause. Et leurs actions conjointes se sont avérées efficaces pour un temps puisque la criminalité a été éradiquée à Gotham City grâce à l'arsenal de lois répressif initié par Dent.
Mais c'est un chat – aux intentions obscures – aussi rusé que voleur qui va tout bouleverser. À moins que ce ne soit l'arrivée à Gotham de Bane, terroriste masqué, qui compte bien arracher Bruce à l'exil qu'il s'est imposé. Pourtant, même si ce dernier est prêt à endosser de nouveau la cape et le casque du Chevalier Noir, Batman n'est peut-être plus de taille à affronter Bane…

La critique Nelfesque: Je ne suis pas une adepte des films de super-héros, loin de là même. Ce n'est pas que je les fuis comme la peste mais je n'ai jamais été attirée par ce genre, le "tchac tchac boom boom" ne m'intéresse pas et le principe même de voir une image macho du super mec bodybuildé sauvant le monde et tout est bien qui finit bien m'agace.

Oui mais voilà, il y a quelques années, Mr K m'a fait découvrir le premier Batman de Nolan et j'y ai trouvé un intérêt que je n'avais jusque là pas décelé dans d'autres films. J'ai donc découvert les deux premiers Batman bien après leurs sorties en salle et il était presque logique que j'aille voir ce dernier volet, "The Dark Knight Rises" au cinéma.

Que dire de cet opus? Je ne ferai pas un billet détaillé, n'étant pas une experte ès homme chauve-souris, mais je peux dire que dans l'ensemble je l'ai aimé. Je dis dans l'ensemble car vers le milieu du film j'ai été prise de quelques baillements (c'est que ce film dure quand même presque 3 heures!) réfreinés non pas après un petit somme mais avec une suite et une fin bien punchy qui réveille. "Dans l'ensemble" également car il faudrait qu'on m'explique ce que les Etats Unis trouvent à cette moule de Marion Cotillard!? Certes, elle a un joli minois et j'avoue même apprécier son jeu dans "Jeux d'enfants" mais depuis quelques années je la trouve insipide... Et en doubleuse voix française pour son propre rôle dans ce film, n'en parlons pas... Et que dire de sa dernière scène ici... Mieux vaut se taire en fait!

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Mis à part cela, j'ai aimé le scénario de ce Batman ci. L'Anarchie au pouvoir, un méchant baraque et flippant par sa présence et son charisme, la noirceur du film... Ces différents aspects m'ont séduite et notamment la crainte, toujours d'actualité, qu'ont les Etats-Unis, du terrorisme et de voir leur monde s'écrouler. Cette notion est bien présente dans ce long métrage de Nolan et traitée d'une bien belle façon. Rajouter à cela le capitalisme et le peuple opprimé et vous avez un beau cocktail molotov qui explose dans ce "Dark Knight Rises". Explosion au visuel léché qui plus est. Pourquoi bouder son plaisir?

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Je laisse la parole à Mr K qui développera sans doute un peu plus son avis. En attendant, de mon côté, en non adepte de super-héros (je le répète), je vous conseille ce film. Bon et puis Gary Oldman perso, je suis fan!

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La critique de Mr K: 6/6, la conclusion parfaite pour une trilogie qui n'a finalement fait que s'améliorer d'opus en opus. Je rappelle qu'à part la série des Spiderman de Sam Raimi et des Batman de Christopher Nolan, je n'aime pas les films de super-héros qui s'apparentent en général à de la propagande pro US déguisée et un spectacle trop souvent décérébré (pour cela rien ne vaut un bon film d'horreur des familles à mes yeux!). Batman, c'est justement quelqu'un qui n'a pas de super pouvoirs et Nolan a su capter mieux que quiconque (même Burton c'est dire!) l'essence de ce personnage hors norme.

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Deux choses m'ont profondément marqué dans ce métrage parmi tant de bons éléments qu'il serait ici impossible de tous les abordés sans écrire une bonne tartine! Tout d'abord, l'humanité que ce film dégage. Cela peut sembler étrange à propos d'un film de ce genre et pourtant... les états d'âme et les motivations de Bruce Wayne sont ici disséqués et livrés en pature au spectateur qui s'étonne de voir l'étalage de tant de noirceur dans un blockbuster estival. Le précédent opus avec le joker était déjà pas mal mais ici on atteint vraiment des sommets. Les personnages secondaires ne sont pas en reste et notamment la figure de Bane qui est ici remarquablement traitée et on se prend à éprouver de la compassion pour ce terroriste mercenaire brut et sans coeur (en apparence seulement). Nolan prend un malin plaisir à explorer les fêlures de ces personnages qui se détachent des êtres policés qu'on nous sert régulièrement. Du coup, le film gagne en humanité et en crédibilité et ceci sans épargner le spectateur. C'est bon de ne pas être pris pour des imbéciles!

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L'autre aspect très intéressant de ce film est qu'il poursuit l'exploration des pistes entraperçues précédemment concernant la nature humaine et la violence qui nous habite dans les rapports qu'on peut entretenir avec autrui. Sont aussi abordés de façon frontale le rapport à l'autorité et à la politique, ainsi la ville de Gotham City (alias New York) livrée à un seigneur de guerre voit ses habitants collaborer, s'en arranger ou résister, un tribunal révolutionnaire est mis en place avec l'épouvantail à sa tête (j'adore cet acteur), les policiers enfermés dans les souterrains de la ville, l'anarchie s'installe... Nolan nous dresse à cette occasion de véritables tableaux apocalyptiques d'une crédibilité effrayante tant on se dit que cela pourrait se dérouler ainsi. J'ai clairement adoré cette deuxième partie du film où on retrouve la folie pure que l'on avait déjà perçue à travers le personnage du joker dans le film précédent.

Ce film est une bombe dont on ne voit pas la longue durée passer. Le spectacle est époustouflant, le souffle épique et la noirceur sont bel et bien au rendez vous. Le tout est servi par un réalisateur esthète à l'extrême et des acteurs formidables (à part la Cotillard dans son ultime scène qui vire au riducle, dommage...). Un must qui perdra beaucoup de sa superbe sur votre téléviseur... vous voila prévenus!

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vendredi 10 août 2012

Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre

Comme vous le savez, à la maison, nous sommes de grands lecteurs (oh oui 1.80m et 1.74m tout de même!). Si bien qu'au fil du temps Le Capharnaüm éclairé est devenu majoritairement un blog littéraire. Je participe à de nombreux sites dédiés à cette passion et j'ai eu la joie de découvrir pendant nos vacances en Auvergne (je suis moderne, j'ai un téléphone qui me permet également de recevoir mes mails) que j'étais retenue pour faire partie du panel de lecteurs VIP qui participera à l’élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre.

Entrée Livre est un site communautaire créé par les librairies Decitre. Y sont inscrits de nombreux lecteurs mais aussi des auteurs, des libraires, des bibliothécaires... Une mine donc d'idée lecture et d'échanges sur laquelle je suis inscrite depuis son arrivée sur le net il y a plusieurs mois.

C'est hier matin qu'un porteur a sonné à ma porte et m'a remis le colis rempli de romans!

Colis

Je me suis empressée de l'ouvrir et y ai découvert des romans des éditions Albin Michel, Presses de la Cité, P.O.L, Actes Sud... Ce n'est pas moins de 7 romans qui ont rejoint ma PAL et que je dois maintenant lire et chroniquer afin que le site Entrée Livre puisse faire le bilan des lectures des membres du panel pour en dégager une tendance et donc faire apparaitre les trois ouvrages que le panel aura le plus plébiscités. A la mi-septembre, ces trois ouvrages seront disposés au sein des 9 libraires Decitre et présentés sous l’appellation Coups de cœur des Lecteurs d’Entrée Livre.

"Mais quels sont ces romans!? Dis-nous en plus Nelfe! On en peut plus d'attendre!". Et hop un petit coup d'oeil furtif dans le carton:

ouvert

Vous n'en voyez qu'une petite partie, c'est normal, c'est pour garder le suspens. Je parlerai de ces lectures tout bientôt et vous retrouverez mes chroniques ici même et sur Entrée Livre. J'en ai déjà terminé un que je mettrai en ligne d'ici peu et un second est en passe d'être un coup de coeur.

Restez à l'affût! Nelfe se dévoue pour vous et vous dira quoi lire à la rentrée (accessoirement, elle se prend aussi pour Alain Delon)!

jeudi 9 août 2012

"Le proscrit" de Sadie Jones

le-proscritL'histoire: A Waterford, dans la banlieue de Londres, tout le monde va à l'église et fête Noël dans l'insouciance. Une façade d'hypocrisie qui se fissure le jour où Lewis, dix ans, assiste impuissant, à la noyade de sa mère.

Privé du réconfort d'un père à peine revenu de la guerre, homme froid, autoritaire et accablé par le veuvage, Lewis se rétracte dans la douleur et sombre peu à peu dans le doute, la solitude, puis la révolte...

En 1957, quand il sort de prison où il vient de passer deux ans, il n'a que dix-neuf ans... Alors qu'au village personne n'attend son retour, le proscrit, l'exilé tourmenté, pourrait bien tout faire exploser...

La critique Nelfesque: Lecture commune mise en place par Jules, j'ai profité de mes congés estivaux pour me plonger dans ce roman dont la quatrième de couverture m'avait accrochée.

Mise à part le style thriller/polar, j'affectionne les drames dans la littérature contemporaine, et tout particulièrement quand il est question d'enfants. Nous suivons ici, Lewis, un petit garçon tout ce qu'il y a de plus normal avec une mère aimante et des jeux d'enfants. Malheureusement, la noyade de sa mère, à laquelle il assiste impuissant, va chambouler sa vie. Non seulement il perd l'être qu'il aime le plus au monde mais il perd également sa seule source d'affection. Il va dorénavant déambuler dans une vie froide et sans amour avec un père glacial qui ne va pas tarder à se remarier avec une femme plus jeune, pleine de bonnes volontés, mais qui va se planter sur toute la ligne.

"Le proscrit" est l'histoire d'une descente aux enfers pour un petit bout de chou qui voit sa vie basculer par manque d'attention et tomber dans des dérives "délinquantes" pour l'attirer. L'alcool, l'automutilation, l'agression verbale et physique seront autant d'appels à l'aide que personne n'entendra...

Cette lecture émeut au plus profond et l'on a une tendresse particulière pour ce jeune héros que l'on suit jusqu'à l'âge adulte et que l'on veut voir s'en sortir. Méchanceté gratuite des enfants, incompréhension des adultes (on est bien là avant Dolto il n'y a pas de doute), Lewis ne trouvera aucune main à se raccrocher si ce n'est celle de la petite Kit dont il est l'exemple depuis qu'ils sont tout jeunes.

"Le proscrit" est un roman que je conseille pour la complexité psychologique des personnages, pour l'émotion qu'il suscite et pour l'écriture de Sadie Jones qui s'accorde à merveille avec l'histoire et nous livre une oeuvre loin du pathos et des personnages loin du manichéisme.

L'avis de ma compagne de LC: Jules

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mercredi 8 août 2012

"Bye bye Blondie" de Virginie Despentes

BBBVDL'histoire: Une fille qu'on rencontre en HP n'est pas une fille qui rend heureux. Il voulait jouer contre le reste du monde, avoir raison contre toutes les évidences, il pensait que c'était ça l'amour. Il voulait prendre ce risque, avec elle, et qu'ils arrivent sur l'autre rive, sains et saufs. Mais ils réussissent juste à s'entraîner au fond. Il est temps de renoncer...

Gloria a été internée en hôpital psychiatrique. Contre toute attente, la punkette «prolo» y a rencontré Éric, un fils de bourgeois aussi infréquentable qu'elle; ils se sont aimés comme on s'aime à seize ans. Puis la vie, autant que les contraintes sociales, les a séparés. Vingt ans après, à nouveau, leurs chemins se croisent.

La critique de Mr K: Une sacrée claque à mettre une fois de plus au crédit de Virginie Despentes avec ce Bye Bye Blondie, romance amoureuse crépusculaire mettant en scène une héroïne déglinguée qui survit comme elle peut. Gloria est despentienne à souhait: punk rockeuse tant au niveau vestimentaire que dans l'esprit (elle rentre dans tout ce qui bouge), en marge avec sa famille, elle vivote et se défonce. Suite à un dérapage de trop, elle se retrouve internée et c'est là qu'elle va rencontrer Éric, le premier être qui l'attire vraiment et l'apprécie malgré ses défauts (bavarde, agressive et forte en gueule). Mais l'idylle est de courte durée et ce n'est que quinze ans plus tard que les amants vont se retrouver, mais beaucoup de choses ont changé depuis...

Le roman est court mais d'une densité incroyable. Les personnages sont très fouillés, l'écriture à fleur de peau (marque de fabrique de cette auteur) dresse d'un trait juste et direct une jeune femme sans réels repères, très attachante et un homme épris d'amour ne sachant plus comment dompter sa maîtresse endiablée (aucune connotation SM dans cette dernière expression!). Gloria illumine de son fiel et de sa fougue les pages de ce livre. Éric est attiré vers elle comme un papillon de nuit sur une ampoule, leur relation embrase les pages et emporte avec lui le lecteur non prévenu. Il faut s'y attendre avec Virginie Despentes c'est tout ou rien... Ici c'est un grand tout avec un grand A comme Amour, l'histoire de ce couple est d'une rare intensité et d'une beauté crue, les étreintes sont décrites avec sensualité et force sans jamais tomber dans le vulgaire. On ressent pleinement l'osmose qui peut exister entre deux êtres au début d'une relation passionnée. On est chamboulé, retourné, plein d'espérance et l'auteur se joue de nous en autopsiant les réactions de l'héroïne et en la suivant au quotidien. Petites pierres par petites pierres, Despentes construit une bien belle et bien sombre histoire.

Quitte à me répéter, on ne sort pas indemne d'une lecture de Despentes. On aime ou on n'aime pas, pour ma part j'ai déjà eu l'occasion dans ce blog de dire tout le bien que je pense d'elle. Que dire? Ce roman est un de ses meilleurs, elle a su me bousculer tout d'abord en m'invitant à pénétrer l'esprit d'une femme, à en percer les secrets et à comprendre ses motivations. Elle a su aussi séduire mon côté fleur bleue avec cette romance à la fois désespérée et lumineuse. Tout va vite et fort, on est dans l'extrême, il ne faut perdre une seconde, le bonheur est si fragile nous semble nous dire les personnages... Love, sex, drugs, punk rock and jet set sont les éléments de ce cocktail explosif que je vous invite à tester au plus vite!

Oeuvres de Virginie Despentes aussi chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Les chiennes savantes
- Les jolies choses
- King Kong theorie
- Apocalypse bébé

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vendredi 3 août 2012

"Dernières nouvelles de la Terre..." de Pierre Bordage

derniere-nouvelle-terre-10L'histoire: N'est-il pas trop tard? Pour faire un enfant, pour revoir les siens après trente ans de vie extraterrestre, pour dire non à la guerre et à l'endoctrinement... dans les mondes où nous projette Pierre Bordage, la dégradation de l'espèce humaine et de la terre a atteint son apogée. Se rebeller c'est mourir, au mieux se venger.

Comment respirer, comment sortir de "notre insondable prison"?

Pierre Bordage nous offre, en guise d'évasion, une nouvelle noire, une version de la quête de Perceval digne d'un jeu vidéo, un récit de pirates, une nouvelle historique où il campe Jules Verne enfant. Seuls les conteurs peuvent faire en sorte que "la minuscule planète bleue perdue dans un bras spiral de la Voie lactée" ne quitte pas les mémoires.

La critique de Mr K: Un petit plaisir aujourd'hui avec un recueil de nouvelles d'un de mes auteurs préférés: Pierre Bordage. 15 textes composent le présent volume, 15 nouvelles écrites pour l'occasion ou tirées d'ouvrages collectifs. On passe allègrement d'un genre à un autre même si la SF domine largement la sélection qui nous est ici délivrée. J'avais bien aimé le recueil Nouvelle vie et autres récits, c'est donc avec une joie non feinte que je décidai d'entamer ma lecture.

La lecture fut très rapide et le plaisir s'est renouvelé à chaque nouvelle, à part peut-être pour une ou deux (Pedrito, De ma prison) que j'ai trouvé un ton en dessous. Bon rapport qualité / quantité ici donc, ce qui n'est pas le cas de nombre de livres composés de nouvelles. On retrouve dans les histoires toutes les thématiques chères à l'auteur: la planète Terre, le futur et ce que l'homme va en faire, le thème de l'enfance qui revient ici à plusieurs reprises (très très belle nouvelle que La voix du matin que je vais du coup traiter en classe avec mes loupiots), l'écrivain et ses admirateurs (Sources, la nouvelle courte et efficace qui entame le volume), la guerre est elle aussi très présente avec la fabuleuse nouvelle Une plage en Normandie et la très réussie Fort 53 (variation SF autour du mythe du Graal), l'aventure avec un grand A avec une nouvelle épique (Eh! Oui, ça existe!) mettant en scènes flibustiers et créatures mythiques (Le chant de l'Esgasse) et aussi la religion avec le très beau texte La nuit des trois veilleurs.

Une nouvelle sort du lot car elle appartient clairement au roman noir. Mauvaise nouvelle frappe là où ça fait mal et nous rappelle que Bordage est aussi un très bon écrivain de polar. Il est ici incisif et implacable. Le lecteur est promené du début à la fin et on referme cette nouvelle avec une sueur glacée tant la pression monte en puissance. Il est question de vengeance et d'innocence bafouée, je n'en dirais pas plus pour ne pas spoiler...

Au final, ces Dernières nouvelles de la Terre est un excellent recueil de nouvelles qui ne fait que conforter ma profonde admiration pour l'homme et l'oeuvre. L'optimisme n'est certes pas au rendez-vous et l'ambiance est bien sombre mais ces récits sont à la fois récréatifs et réflectifs. D'un abord aisé, le style de l'écrivain fait une fois de plus merveille, nous plongeant dans des mondes, des univers et même des genres différents. Cet ouvrage me paraît être un très bon choix pour une première entrée en matière dans l'univers de cet auteur captivant. Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

Autres Bordage chroniqués par mes soins au Capharnaüm éclairé:
- Wang
- Abzalon
- Orcheron
- Les derniers hommes
- Ceux qui sauront
- Porteurs d'âmes
- L'Evangile du Serpent
- Griots célestes
- Nouvelle vie et autres récits

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lundi 30 juillet 2012

"genetiks™ [I]" de Marazano et Ponzio

genetiksL'histoire: Thomas Hale est chargé de recherches pour le laboratoire Génétiks™. Sans réelle vie privée, entièrement voué à son travail, ses relations semblent se limiter à ses collègues et à son père, Nathan Hale, un peintre adulé devenu paralytique suite à un accident de voiture. Thomas est souvent l’objet de cauchemars. Il voit des silhouettes évoluer dans une brume irréelle. Réminiscence du passé? Mais de quel passé puisqu’il n’en a aucun souvenir? Sa vie bascule le jour où Génétiks™ devient la première entreprise à parvenir à identifier la succession complète des gènes codant du génome d’une cellule humaine. Premier problème, la cellule décodée appartient à Thomas. Second problème, Thomas en a fait don par contrat à son entreprise. Va-t-il accepter, comme on l’y pousse, à devenir le premier homme privatisé, propriété d’un groupe industriel?

La critique Nelfesque: Nous sommes rentrés des Utopiales 2011 avec entre autres dans nos valises le premier tome de la série BD "génétiks" de Marazano et Ponzio. Il s'agissait d'un exemplaire cadeau et ce fut l'occasion d'une découverte intéressante.

Je ne me serai pas procurée de moi-même cet ouvrage car le dessin ne me plait pas du tout. Certes, ça ne fait pas tout dans une bande dessinée mais c'est tout de même un point très important. J'ai donc fait fi de cela afin de me concentrer sur l'histoire. En effet, le dessinateur utilise pour cette série la technique de rotoscopie, technique cinématographique qui consiste à relever image par image les contours d'une figure filmée en prise de vue réelle pour en ne transcrire la forme et les actions dans un film d'animation. Ce procédé permet de reproduire avec réalisme la dynamique des mouvements des sujets filmés. Certains adhèrent, d'autres non. Je fais partie de cette seconde catégorie. Certes cela donne du dynamisme mais je trouve les dessins beaucoup trop froids et figés.

Et l'histoire alors? Nous sommes ici dans un thriller scientifique, un genre que je n'ai pas l'habitude de lire que ce soit en littérature ou en BD. Thomas Hale est chercheur au sein du laboratoire "genetiks". Comme tous les employés, il a donné lors de son arrivée dans l'entreprise un échantillon de son ADN. Le laboratoire a traité cet échantillon, comme les centaines d'autres en leur possession, et ont trouvé dans l'ADN de Thomas des données primordiales pour leurs recherches. Thomas se retrouve donc "acheté" par la firme et ne dispose plus librement de sa personne. Ce premier tome pose les bases de questionnements tels que l'éthique, le vieux fantasme de l'immortalité, les mutations génétiques...

"génétiks" est une BD cinématographique et l'on s'imagine aisément cette histoire sur grand écran. Les rebondissements sont nombreux, le sentiment d'oppression présent... en un mot ce premier tome est haletant et annonce une histoire surprenante. Je lirai sans doute à l'occasion la suite, sans pour autant vouloir la conserver dans ma bibliothèque faute aux dessins qui vraiment m'insupportent. Dommage...

Planche_bd_GENETIKS
(clic pour voir en plus grand)

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vendredi 27 juillet 2012

"L'île au trésor" de Robert Louis Stevenson

ileautresorL'histoire: Dans l'auberge tenue par ses parents, le jeune Jim Hawkins fait la connaissance fortuite d'un vieux marin moribond et pétri d'alcool sur qui pèse une terrifiante menace. Après le décès du marin et celui de son propre père, Jim découvre dans les bagages de Billy Bones une carte au trésor, promesse de fortune et d'aventures. Il partage sa découverte avec le docteur Livesey et le chevalier Trelawney, qui embarquent avec lui sur l'Hispaniola. Long John Silver, dont le perroquet ne quitte jamais l'épaule, fait également partie du voyage. Arrivés sur l'île, une bande de pirates dont John Silver se révèle être le capitaine, tente de s'emparer du trésor, multipliant contre l'équipage de Jim les attaques et les traîtrises.

La critique de Mr K: Mme M., la documentaliste de mon bahut, fait les soldes à sa manière! Dans sa remise sont délaissés des centaines d'ouvrages décrépis, à exemplaires multiples, que l'on étudiait en classe avec nos chers têtes blondes. L'édition vieillissant et les gamins ayant changé, j'ai récupéré entre autre pour ma part un exemplaire de L'île au trésor de Stevenson avec sa magnifique couverture kitsch de l'édition de 1975 du Livre de Poche. Je sais que je m'enfonce en disant cela mais je la trouve vraiment tripante et représentative du contenu.

Ce bouquin est un monument! Il avait marqué mes débuts de lecteur à 8 ans, aujourd'hui la trentaine passée, je l'ai redécouvert et le charme opère toujours autant! Je l'ai littéralement dévoré en un après-midi, le samedi soir ayant été rude suite à une fête chez les voisins, j'étais en repos forcé... mais je m'égare! Je me suis plongé avec délice dans cette histoire de quête au trésor et de piraterie. Clairement, avec ce classique on est face à un des meilleurs roman d'aventure jamais écrit. Ce qu'il y a de fascinant, ce sont les différents degrés de lecture qu'il possède.

Tout d'abord, il y a le côté aventure pure et dure qui fonctionne toujours à plein. On embarque avec le jeune Jim sur l'Hispaniola et l'on vit les péripéties avec lui: la rencontre avec la figure tutélaire de Long John Silver (il aurait mérité qu'on écrive sa bio tant il semble à peine effleuré dans l'ouvrage), la traversée de l'océan vers l'île mystérieuse, la mutinerie et l'échappée belle vers le fortin, la révélation sur le trésor... C'est aussi l'histoire de la vie, la voie vers la maturité à laquelle nous convie l'auteur à travers la figure de ce gosse qui devient homme peu à peu en affrontant de nombreux périls.

L'écriture n'a pas pris une ride, on est plongé dans l'époque sans fioriture avec une économie de description qui permet aux plus fragiles des lecteurs de s'accrocher à une histoire maîtrisée pleine de rebondissements et à un message universel: qui en effet, n'a jamais rêvé d'un trésor caché dans sa prime jeunesse? L'écriture est magnifique de simplicité et d'accessibilité sans pour autant sacrifier l'émotion et l'évocation: on boit du rhum avec les pirates, on se perd dans la jungle de l'île, on surnage au milieu des courants côtiers avec Jim et on guète l'homme à la jambe de bois sur la falaise attenante à l'auberge de l'amiral Benbow, on tremble face à l'aveugle et la malédiction de la tâche noire.

Cette lecture fut pour moi l'occasion d'un retour en arrière vers une expérience qui fut essentielle dans ma vie de lecteur, un flashback vers l'enfance et l'opportunité de faire un point sur mon parcours de lecteur... Nostalgie quand tu nous tiens! J'aimerais tellement revenir à cette divine époque où je lisais tellement intensément ces romans d'aventure qu'ils peuplaient ensuite mes nuits à travers mes rêves. Une oeuvre cultissime entre toutes!

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mercredi 25 juillet 2012

"Le dernier rendez-vous" de Catherine Briat

rendezvsL'histoire: Le dernier rendez-vous, celui qui change tout quand c’est déjà trop tard... Pierre a atteint cet âge où l’on sait que l’on aborde l’ultime tronçon de la route. Il est seul, en sursis, mais a encore des ressources et une volonté d’accomplissement. Sa rencontre avec Marie va le décider à vivre jusqu’au bout comme il ne l’avait jamais fait. Tous deux iront alors à la rencontre de leurs désirs les plus profonds et trouveront ce qu’ils n’avaient pas encore cherché.
Un dernier rendez vous avec l’amour, avec le temps qui reste, quand on se met à rêver d’éternité.

La critique Nelfesque: "Le dernier rendez-vous" est un roman doux, paisible. Ici, pas de rythme à 100 à l'heure, pas de mondialisation, pas de société de consommation... Catherine Briat se rapproche des valeurs sûres et des choses simples: l'amour et la découverte de l'autre.

Pierre est à la fleur de l'âge, celui où on n'est plus tout à fait jeune mais pas encore vieux pour autant, l'âge où les premiers pépins de santé arrivent, où les désillusions ont été nombreuses et où seule compte la liberté. Lors d'un voyage à Florence, il fait la connaissance tout à fait par hasard, lors d'une vraie rencontre de cinéma, de Marie, une femme plus jeune que lui, belle et simple. Là débute l'histoire. Un homme, une femme, chabadabada chabadabada...

En suivant ces deux personnages, nous passons par tous les stades d'une relation: la rencontre, les plaisirs de la découverte, les petites attentions... mais très vite, ces deux adultes qui ont vécu avant de se connaître l'un l'autre voient ressurgir leurs démons et l'état de grâce ne dure guère.

"Le dernier rendez-vous" est à l'image de la vie. Fait de hauts et de bas, de bons souvenirs et de passages amères. La lassitude s'installe, l'un ne voit pas la relation comme l'autre et l'histoire repart à l'envers.

Une relation amoureuse peut-elle se vivre sereinement? D'autant plus quand elle semble être la dernière? Compte-t-elle plus qu'une autre? Voilà ce sur quoi l'auteur nous interroge avec son roman. Des réponses bien difficiles à amener tant il y a de schémas de vie différents. Reste une très jolie lecture qui laisse une impression de plénitude une fois la dernière page tournée.

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lundi 23 juillet 2012

"Les cosmonautes du futur - Tome 1" de Lewis Trondheim et Manu Larcenet

cosmonautesL'histoire:

- Tu sais Gildas, il faudra qu'on parle vraiment un jour... ça ne peut plus durer ces histoires d'extraterrestres...
- C'est vrai, tu as raison. Dès que je peux, je les extermine tous.
- Sérieusement, Gildas... tu ne crois quand même pas qu'il y a des Aliens partout?
- Et pourquoi pas? La terre présente un énorme intérêt économique. Il y a plein de tonnes de gâteaux, de bonbons et de jeux vidéo...

La critique Nelfesque: Notre voisin, amateur de bandes dessinées comme nous (on s'est bien trouvé), m'a prêté cette BD de Lewis Trondheim et Manu Larcenet dont je n'avais jamais entendu parler.

Manu Larcenet est un auteur que j'aime beaucoup. J'aime sa façon sensible de voir la vie dans ses BD, son bonheur des choses simples, notamment dans "Le combat ordinaire" et "Le Retour à la terre". Il a aussi un côté décalé et très drôle que j'apprécie et qui dédramatise des situations souvent lourdes (humour que l'on retrouve dans "La Légende de Robin des Bois" par exemple).

On retrouve dans "Les cosmonautes du futur" les différents éléments qui font la "patte Larcenet". N'en oublions pas pour autant Lewis Trondheim qui collabore ici à la réalisation de cette bande dessinée.

Gildas et sa copine Martina ont deux conceptions différentes du monde qui les entoure. Ils sont d'accord pour dire qu'ils ne sont pas sur la bonne planète mais là où l'un pense que les "humains" qu'ils cotoient sont des extraterrestres, l'autre dit que ce sont des robots. D'abord loin d'être copains, comme les garçons et les filles de leurs âges, ils vont s'allier pour découvrir la vérité. L'enquête débute et les situations cocasses s'enchaînent. Les répartis sont savoureuses et la fin nous montre une fois de plus que souvent la vérité sort de la bouche des enfants. Une BD à découvrir.

cosmonautes 1
(clic pour voir en plus grand)

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