mardi 10 septembre 2013

"Avis de tempête" de Serge Brussolo

avisdetempeteL'histoire: Imaginez une épave flottante, un bateau abandonné par son équipage, il y a de cela des années, et qui continue malgré tout à dériver en haute mer, au hasard des courants. Ses cales sont remplies de lingots d’or, trésor de guerre offert au premier qui osera s’en emparer. Mais attention! Aborder ce vaisseau fantôme, c’est pénétrer dans une épave où rode l’ombre d’un criminel de guerre que la solitude a rendu fou. Méfiez-vous! Car la peur vous attend, tapie entre les flancs de ce bateau qui n’en finit plus de faire naufrage. La peur, mais aussi la folie et la mort, trois passagères clandestines qui vous feront payer cher l’audace d’être monté à bord...

La critique de Mr K: Quoi de meilleur qu’un petit Brussolo pour passer un bon moment en cette fin de période estivale! En trois lectures dont deux polars bien ficelés, j’ai été conquis par le style de cet auteur hautement prolifique qui a un don certain pour pondre des histoires déroutantes et mener en bateau ses lecteurs. Dans ce volume, on retrouve le héros de "Bunker" dans une nouvelle aventure sud-américaine pas piquée des hannetons!

Ne vous laissez pas abuser par le résumé de quatrième de couverture, le passage dans le fameux bateau fantôme ne concerne que le dernier quart du roman. Tout commence par un premier chapitre haletant mettant en scène Arcaño, un apparatchik d’un régime totalitaire mourrant, fuyant la populace en colère, se réfugiant dans son yacht pour échapper à la révolution qui va renverser son dictateur de patron. Il a de l’or, beaucoup d’or qu’il a accumulé et entassé dans la soute de son bateau. Malheureusement pour lui, une terrible tempête va mettre fin à son rêve de retraite dorée... Le récit reprend trois ans plus tard et nous retrouvons Caine, écrivaillon de seconde zone, dans le pays imaginaire Terremoto portant toujours les stigmates de la révolution et vivant dans une autarcie tant politique que technologique. La chasse au trésor peut commencer et rien ne sera épargné au héros principal.

On retrouve dans cette aventure le personnage ambigu de Caine que j’avais bien apprécié dans Bunker. Baroudeur jusqu’au bout des ongles, on a parfois du mal à voir ses réelles motivations. Les frontières entre le bien et le mal sont parfois bien floues et ce périple va mettre à mal sa morale et ses désirs. Il croise sur son chemin des personnages complètement barrés qui vont tour à tour l’aider ou lui mettre des bâtons dans les roues. Il y a Kitty, ex-mannequin reconvertie dans l'activité de guide de plaisance qui va faire la totalité du chemin avec lui et se révéler bien surprenante au delà de son aspect de bimbo décérébrée. Il y a Sozo, un être difforme, vivant reclus dans la jungle, fuyant son passé et cachant un lourd secret. Puis il y a Carlita, égérie de l’ancien régime, cachée au fin fond d’un hôpital psychiatrique à moitié désaffecté bordé par une forêt menaçante. Au delà de ce triptyque de personnage singulier, le lecteur est plongé dans un univers violent et déviant. La population de Terremoto, endurcie et marquée par les épreuves, fait preuve d’une violence sans nom quand elle met la main sur d’anciens membres du régime dictatorial. Cela donne lieu à des descriptions parfois bien gores, limite farfelue tant Brussolo se complait dans le scabreux et dans le délirant. Ces passages ont le doux parfum d’une bonne série B.

On nage donc dans le glauque et plus on avance dans le récit plus on se rend compte que cette chasse au trésor s’apparente à un gigantesque test. Comment va en ressortir Caine? Va-t-il arriver au bout de sa quête? Sa soif d’or va-t-elle le perdre? Il va devoir tour à tour combattre des singes sauvages amateurs de chair humaine, des gardiens d’Hopital Psychique pervers, un ermite fou, les flots déchaînés des courants d’El Niño, des squales bien partant pour faire de lui leur déjeuner et enfin, une épave pleine de promesse. Le tout est concentré sur 250 pages ce qui donne un récit sans temps mort, à la langue simple et directe, efficace comme un uppercut dans le foie lorsque l’auteur se targue de descriptions borderlines sur l’état psychique du héros ou sur la nature sauvage (de très belles évocations de la forêt tropicale et de l’Océan Pacifique).

Au final, je n’ai pas vu le temps passer et il ne m’a fallu que deux sessions de lecture fiévreuses pour en venir à bout. Certes ce récit ne révolutionne pas le genre mais on y trouve ce supplément d’âme qui fait que ce roman se situe au dessus de la moyenne. Beau périple en tout cas, glauque à souhait et au suspens constant jusqu’à la toute fin. Ça ne se refuse pas, non?

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur:
- "Le Syndrome du scaphandrier"
- "Bunker"
- "Les Emmurés"

Posté par Mr K à 18:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

samedi 7 septembre 2013

"Les évaporés" de Thomas B. Reverdy

001

L'histoire: Ici, lorsque quelqu'un disparaît, on dit simplement qu'il s'est évaporé, personne ne le recherche, ni la police parce qu'il a pas de crime, ni la famille parce qu'elle est déshonorée. Partir sans donner d'explication, c'est précisément ce que Kaze a fait cette nuit-là.

Comment peut-on s'évaporer si facilement? Et pour quelles raisons? C'est ce qu'aimerait comprendre Richard B. en accompagnant Yukiko au Japon pour retrouver son père, Kaze. Pour cette femme qu'il aime encore, il mènera l'enquête dans un Japon parallèle, celui du quartier des travailleurs pauvres de San'ya à Tokyo et des camps de réfugiés autour de Sendai.

Mais, au fait: pourquoi rechercher celui qui a voulu disparaître?

La critique de Mr K: Une très belle lecture aujourd'hui avec ce premier contact avec l'auteur Thomas B. Reverdy qui nous convie ici à une promenade au sein d'un pays lointain et ésotérique : le Japon. Cette contrée lointaine a toujours provoqué chez moi une certaine fascination, depuis notamment un cours qu'un prof hors-norme nous avait fait en Terminale: la mentalité japonaise, les moeurs entre tradition et extravagance, le respect de la nature et le culte de l'énergie nucléaire, la culture religieuse très forte et la modernité au coin de la rue, sa littérature à la fois poétique et évocatrice (Murakami est un maître ), la nourriture, les films de genre ultra-gore (Tokyo gore police par exemple), Miyasaki... Autant d'éléments dissonants, contrastés qui m'attirent et qui ici se retrouvent concentrés dans un roman fort bien mené.

C'est par le prisme de plusieurs personnages, plusieurs visions que nous pénétrons dans le Japon d'aujourd'hui. Yukiko et son ex petit-ami détective viennent chercher des réponses quant à la disparition de Kaze que nous suivons aussi tous les quatre chapitres. Il y a aussi un jeune garçon des rues, orphelin réfugié climatique suite au tsunami qui provoqua Fukushima, qui intervient de temps en temps pour compléter un tableau qui se veut exhaustif sur ce pays pas tout à fait comme les autres. Les chapitres sont très courts, pas plus de six pages chacun, et s'apparentent à de petits bonds décrivant à chaque fois une réalité, un sentiment et des émotions. Par ce balaiement régulier, un rythme quasi hypnotique s'installe et le lecteur ne peut décrocher tant il est immergé dans un univers à la fois captivant, poétique mais aussi inquiétant.

On retrouve ainsi beaucoup d'aspects que l'on connait déjà du Japon et de ses habitants. La fierté intrinsèque des japonais et la volonté de ne j'avais perdre la face à travers cette étrange disparition qui porte préjudice à l'image de la famille de Yukiko, la gentillesse et le devoir de bien recevoir ses hôtes, la foule anonyme et impassible des grandes villes (des scènes entières sur ce thème sont d'admirables réussites), les paysages urbains mêlant grisaille et activité incessante, des restaurants et troquets survoltés, des villes hyperactives où l'activité est continue contrastant avec une campagne paisible baignant dans une culture plurimillénaire. C'est avec un plaisir sans borne que nous suivons Yukiko, jeune expatriée reprenant contact avec sa culture et son pays. Richard est son pendant occidental qui lui, va à la découverte de l'univers de sa bien-aimée alors qu'il n'aime pas voyager! Cela donne lieu à des scènes tendres, parfois drôles avec des incompréhensions dues à la rencontre de deux cultures bien différentes.

Ce livre nous décrit aussi un Japon inconnu que les autorités semblent essayer de cacher aux yeux des occidentaux. Un pays au main des mafias Yakuzas garantes de l'ordre et du bon fonctionnement de la société. Un pays où les réfugiés de Fukushima vivent dans la misère la plus totale dans une quasi indifférence générale. Le tableau est apocalyptique par moment et très dur à supporter tant on se rend compte que bien des choses nous sont cachées et que derrière l'image de ce pays riche et développé existe la pauvreté, le danger extrême des radiations et le destin fatal réservé à de nombreux japonais.

Ce livre est donc un parfait condensé de ce pays et invite à un voyage à nul autre pareil qui ne peut laisser indifférent. La langue est poétique à souhait et peu à peu je me suis laissé gagner par cette torpeur toute japonaise que je n'avais pas expérimenté depuis ma dernière excursion chez Murakami. Simple et pure en terme d'écriture (attention cependant, vous allez réviser par moment vos connaissances en japonais, pas de lexique en fin d'ouvrage), cette oeuvre se concentre sur l'essentiel. Ici l'histoire n'est qu'un prétexte à la découverte d'une culture et d'un peuple et même s'il ne se passe pas grand chose et que la fin est elliptique, on ressort heureux et un peu effrayé de ce roman à la fois atypique et passionnant.

Une très belle expérience littéraire que je ne peux que vous conseiller!

Posté par Mr K à 19:50 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
jeudi 5 septembre 2013

"Le plus petit baiser jamais recensé" de Mathias Malzieu

CVT_Le-plus-petit-baiser-jamais-recense_4254

L'histoire: Un inventeur-dépressif rencontre une fille qui disparaît quand on l'embrasse. Alors qu'ils échangent le plus petit baiser jamais recensé, elle se volatilise d'un coup.
Aidé par un détective à la retraite et un perroquet hors du commun, l'inventeur se lance alors à la recherche de celle qui «fait pousser des roses dans les trous d'obus qui lui sert de coeur.
Ces deux grands brûlés de l'amour sauront-ils affronter leurs peurs pour vivre leur histoire?

La critique de Mr K: Je dois avouer que je ne savais même pas que Mathias Malzieu avait sorti un nouveau roman avant que mes parents et ma frangine m'en parlent. Finalement, c'est elle qui me l'a prêté, mon budget livre étant restreint momentanément (c'est ça les néo-proprios!) et ma PAL démesurément élevée m'interdisant tout achat supplémentaire (ça c'est le séjours répétés chez l'abbé!).

On retrouve dans ce roman un héros une fois de plus torturé et étrange à la Tim Burton. Le malheureux cette fois-ci tombe amoureux instantanément d'une jeune fille qui a la fâcheuse tendance à disparaître quand on l'embrasse! Avouez que c'est ballot! Dès le deuxième chapitre, il part donc à sa recherche, aidé pour cela par quelques personnages hors du commun. Dur dur pourtant de chercher l'invisible mais grâce à de la patience et de l'ouverture d'esprit, il va trouver des traces et des indices qui le mèneront à lever le voile sur une vérité cachée (j'ai deviné à la moitié de l'ouvrage... qu'en sera-t-il pour vous?). Il sera aidé par un vieux détective qui lui "prêtera" un perroquet aux pouvoirs extraordinaires (plus utile et efficace qu'un magnétoscope et un limier réunis!) et par sa fidèle pharmacienne qui le conseillera tout au long de sa quête et le rassurera lors de ses crises existentielles, le héros étant un romantique-dépressif chronique.

Si vous avez déjà pratiqué Malzieu, vous ne serez pas surpris... peut-être pas assez d'ailleurs tant on retrouve les mêmes ficelles et les mêmes procédés littéraires. Ainsi, la langue française est réinventée par le biais de mots-valises évocateurs à souhait, des formulations syntaxiques aussi étranges que touchantes et une histoire farfelue mélangeant l'intimisme et le conte de fée. C'est frais dans le ton et le style mais si comme moi vous avez déjà lu et aimé cet auteur vous risquez de trouver l'ensemble redondant. Personnellement, je lui préfère Maintenant qu'il fait toujours nuit sur toi et La mécanique du coeur que je trouve plus aboutis et plus touchants même si celui-ci est aussi très bon dans ses domaines et dépasse allégrement bon nombre d'ouvrages traitant des mêmes thèmes.

J'ai tout de même dévoré ce volume malgré ce sentiment de "déjà-lu" et je ne peux que le conseiller aux grands enfants qui subsistent en vous. C'est poétique, envoûtant et féérique comme seul Mathias Malzieu sait le faire. Un petit bonheur de lecture.

Autres romans de Mathias Malzieu chroniqués sur le blog:
- La Mécanique du coeur
- Métamorphose en bord de ciel
- Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi

Posté par Mr K à 17:39 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
mercredi 4 septembre 2013

"Avoir un corps" de Brigitte Giraud

avoir un corpsL'histoire: "Des vêtements à peine écartés, des ventres et des reins maladroitement caressés. Des intentions plus que des actes. On donne, on offre, on laisse à l’autre le soin de prendre, de saisir, de posséder. Mais l’autre est dans le trouble de la conquête, avec le trop-plein de lumière qui éclaire la chambre. Il est difficile d’accéder au secret en plein jour. Alors les yeux se ferment, les doigts s’agrippent et les cuisses s’extraient des pantalons. Il cherche, soulève, accélère. Je veux bien, veux tout, ne résiste pas."
Avoir un corps est la trajectoire d’une enfant qui devient fille, puis femme, racontée du point de vue du corps, une traversée de l’existence, véritable aventure au quotidien où il est question d’éducation, de pudeur, de séduction, d’équilibre, d’amour, de sensualité, de travail, de maternité, d’ivresse, de deuil et de métamorphoses. L’écriture au réalisme vibrant, sensible et souvent drôle, interroge ce corps qui échappe parfois, qui ravit ou qui trahit. Un roman qui rappelle que la tête et le corps entretiennent un dialogue des plus serrés, des plus énigmatiques.

La critique Nelfesque: "Avoir un corps" est le dernier roman que j'avais à lire dans le cadre du Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre. Je l'avais conservé comme dernière oeuvre à découvrir car j'avais quelques appréhensions la concernant. Et bien j'avais raison...

On est typiquement devant le genre de roman auquel je n'adhère pas du tout. Tout est basé sur l'expérience personnelle, et est donc subjectif, l'histoire est banale mais l'auteure tient là un concept! Pour certains, c'est suffisant, le concept faisant du roman une performance artistique... Pour moi c'est surtout un prétexte à fournir une oeuvre proche de la branlette intellectuelle et assez vide de sens.

L'histoire est universelle (enfin il faut tout de même être une femme pour se sentir concernée) et ne mérite pas que l'on écrive 240 pages là dessus. La narratrice est une femme qui tout le long de sa vie nous explique les changements qui s'opèrent en elle du point de vue de son corps. Le lecteur assiste donc aux grandes étapes de sa vie: l'enfance, l'adolescence, la découverte de la sexualité, la maternité, le vieillissement...

Je me suis retrouvée dans certains passages, toutes les femmes se retrouveront dans certains passages... Ce que je reproche à cet ouvrage c'est d'être plus un "manuel d'utilisation" qu'un roman. Brigitte Giraud a choisi un ton détaché et le personnage principal est quasiment déshumanisé, ce qui empêche toute empathie aux lecteurs. "Le corps ceci... Le corps cela..." Les choses ne sont pas aussi simples dans la vie, certes il y a la biologie, les réactions physiques, mais il y a aussi la psychologie et ici l'accent est mis sur la première approche.

Le corps, l'homme, l'enfant... Il n'y a pas de prénoms, pas d'accroches, pas d'attaches. Les pages s'enchaînent, vous pouvez sauter des paragraphes entier, vous ne manquerez rien de crucial. La vie défile de manière clinique et plate... C'est dommage que Brigitte Giraud ait eu l'idée avant moi (et avant vous lectrices) parce que décrire froidement ses premières règles, ses premiers émois amoureux, ses jeux d'enfants, c'est à la portée de tout le monde. Par contre, j'aurai vraiment préféré qu'elle s'abstienne en ce qui concerne la grossesse... Oui, vraiment...

Certains aimeront ce roman. Ca fait bien d'aimer des objets artistiques abscons... Personnellement, en tant que femme, je n'ai pas été touchée et je ne vois pas non plus ce que "Avoir un corps" pourrait apporter comme vision plus fine de la féminité à un homme. Ce n'est pas parce qu'on sait ce qu'il se passe dans un corps de femme qu'on connait les femmes. Espérons que ce n'était pas cela que l'auteure souhaitait apporter à ses lecteurs.

Une lecture à mon sens dispensable mais ce n'est pas l'avis de tout le monde. L'avis de mes compagnons de lecture est à retrouver sur la fiche consacrée sur le site d'Entrée Livre.

mardi 3 septembre 2013

"Shelter" de Chantal Montellier

tumblr_ml1l1vSZDd1rnbxwxo1_500

L'histoire: Théresa et son mari sont invités un soir chez des amis, alors qu'ils s'arrêtent dans un centre commercial pour acheter une ou deux bricoles, une bombe atomique explose à l'extérieur et de lourdes portes blindées condamnent les galeries marchandes.
Les clients vont alors devoir s'organiser sous le joug de la direction qui, progressivement, met en place un substitut de gouvernement fachiste. Theresa se demande alors, avec d'autres, comment réagir !

La critique de Mr K: Une bonne lecture réflective aujourd'hui avec cette bande dessinée sortie en 1980 qu'un bon ami m'a prêté avec enthousiasme. Chantal Montellier que j'avais découvert bien plus jeune dans la revue À Suivre adopte un dessin réaliste, souvent en noir et blanc qui évoque beaucoup le style de Tardi. Elle n'a jamais hésité à travers son oeuvre à exposer ses idées féministes et ses engagements politiques. Dans cette bande dessinée, on retrouve nombre de ses préoccupations à travers un récit plutôt classique dans sa facture mais d'une noirceur absolue.

Thérésa et Jean sont invités pour la soirée chez des amis. Avant de les rejoindre, ils doivent passer au centre commercial Shelter pour acheter deux / trois bricoles. Histoire anodine en apparence si ce n'est qu'en arrière fond, au détour de deux trois bulles, on apprend qu'une menace d'attaque nucléaire est prise au sérieux en France. En effet, des événements apocalyptiques sont relatés à la télévision faisant cas de centaines de morts après une attaque nucléaire. Le couple doit se dépêcher car un couvre-feu a été instauré à 18h, mais au cours de leur séjour dans le centre commercial, une sirène d'alerte retentit et le complexe est bouclé. Ils vont devoir comme un millier de personnes vivre enfermés pour très longtemps car le patron de Shelter leur annonce que toute la ville a été détruite et que les radiations interdisent toute sortie sous peine de contamination!

2731600187-1984-large

Vous l'avez compris très vite, nous nous retrouvons confronté à un récit se déroulant en huis clos. Comment se comporte un groupe humain face à une menace, concentré qu'il est dans un espace confiné? Comment les autorités se comportent-t-elles pour gérer la situation? Le propos est très dur et dénonce clairement une certaine fascisation de l'État qui rappelle clairement le régime nazi ou l'univers décrit par Orwell dans 1984. Sinistre et noire, cette oeuvre s'apparente à un cri contre la normalisation et l'uniformisation, contre la policiarisation de la société. Le scénario est particulièrement bien écrit, touche juste et vous mettra très mal à l'aise durant certains passages. Quelques planches se révèlent un peu caricaturales voir outrancières mais les personnages restent remarquablement traités et exploités pour aboutir à une fin sans concession.

001

Belle réflexion sur la liberté et le contrôle des populations par une démocratie en dépérissement face à une crise extrême, cette lecture se révèle encore aujourd'hui essentielle et toujours d'actualité. Un must que je ne peux que vous conseiller chaudement.


lundi 2 septembre 2013

"Le Cas Eduard Einstein" de Laurent Seksik

eduardeinsteinL'histoire: Le fils d'Einstein a fini parmi les fous, délaissé de tous, jardinier de l'hôpital psychiatrique de Zurich. Sa mère, qui l'a élevé seule après son divorce, le conduit à la clinique Burghölzli à l'âge de vingt ans. La voix du fils oublié résonne dans ce roman où s'entremêlent le drame d'une mère, les faiblesses d'un génie, le journal d'un dément.

Une question hante ce texte : Eduard a-t-il été abandonné par son père à son terrible sort ? Laurent Seksik dévoile ce drame de l'intime, sur fond de tragédie du siècle et d'épopée d'un géant.

La critique Nelfesque: Albert Einstein, je connais vaguement. Comme tout le monde... E=MC²... Mes connaissances en Einstein sont à vrai dire assez limitées. Comprenez ici que je ne suis pas une acharnée d'Einstein ou une fan devant l'absolu. C'est donc sans réelles attentes que j'ai commencé à lire ce roman de Laurent Seksik et, il faut bien l'avouer, j'en suis ressortie plus intelligente! Si si!

Dans "Le Cas Eduard Einstein", il n'est pas question des travaux du génie que l'on connait tous. Ne partez pas en courant, l'auteur ne fait pas mention de ses études et ce ne sont pas des pages de formules qui vous attendent ici. Il est bien entendu question de l'homme de sciences mais dans sa vie privée, la partie immergée de l'iceberg, et plus précisément de son premier mariage et de son fils Eduard.

Eduard, enfant brillant, promis à une carrière dans la médecine et ayant du reste effectué sa première année, va à l'âge de 19 ans littéralement "péter un câble". Elevé avec son frère par leur mère après la séparation de leurs parents, il est de plus en plus ingérable. Il se montre odieux, se présente nu devant des invités à la maison, part dans des délires paranoïaques et croit qu'il peut se transformer en loup... Avouez qu'en tant que progéniture d'un homme à fort QI on ne s'attendait pas à cela...

Albert Eintein est très mal à l'aise avec les problèmes de son fils. Il connait bien quelques spécialistes mais il est très vite démuni et préfère prendre la fuite. La période post Seconde Guerre mondiale en Allemagne n'aide pas vraiment les choses non plus et Einstein part vivre aux Etats-Unis laissant ex-femme et enfants (devenus grands) en Suisse. A bout de bras, Mileva va tenir son fils et prendre toutes les décisions le concernant.

C'est un roman passionnant que "Le Cas Eduard Einstein". On y cotoie des grands noms de la psychiatrie et de la recherche, on entre dans la vie privée d'un des plus grands noms de l'histoire des sciences et on s'émeut de la vie d'Eduard, dans un autre monde. Internement en hôpital psychiatrique, électrochocs... Autre époque, autres moeurs, autres remèdes...

Albert rencontre Mileva à l'Ecole Polytechnique de Zurich où elle est la seule femme de la classe. Vouée à une grande carrière, elle restera dans l'ombre de son mari jusqu'à leur séparation 20 ans plus tard. Entre temps, ils ont eu Hans Albert et Eduard. Tous trois, très proches, vont "faire sans" Albert. Celui ci vivra à Berlin, se remariera, partira pour les Etats-Unis et aura tout au long de sa vie une position politique forte. Contre les inégalités et l'injustice, il connaitra l'Allemagne nazie et la ségrégation aux Etats-Unis.

J'ai vraiment aimé cette lecture. Moi qui ne serait sans doute pas allée spontanément vers ce roman, craignant une oeuvre fastidieuse à lire ou bourrée de références scientifiques, je me suis passionnée pour cette famille hors norme et en même temps banale avec ses joies et ses peines. Le temps des presque 300 pages que compte "Le Cas Eduard Einstein", j'ai pris la mesure de ce que la notoriété peut faire de bien mais aussi de destructeur. J'ai été émue par Mileva, courageuse et protectrice, attendrie par Eduard, touchant dans ses réactions et questionnements. Quant à Albert, il m'a à la fois désapointée dans son rôle de père et impressionnée par son engagement politique et moral pour le respect des Droits de l'Homme. Une oeuvre à lire.

J'ai lu "Le cas Eduard Einstein" dans le cadre du Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre. L'avis de mes compagnons de lecture est à retrouver sur la fiche consacrée sur le site.

samedi 31 août 2013

"J'ai perdu tout ce que j'aimais" de Sacha Sperling

j'ai perduL'histoire: Pour se remettre du succès inattendu de son premier roman et de la déception du deuxième, Sacha s'est enfui un an à Los Angeles. De retour à Paris, l'accueil est glacial. Ses amis d'enfance lui reprochent de s'être inspiré d'eux pour façonner ses personnages, d'avoir révélé leurs secrets, d'avoir raconté leurs frasqsues. Et que peut un écrivain quans ses personnages se révoltent contre lui? Les choses ont bien changé depuis l'époque du lycée, et l'ex-petite vedette littéraire semble sombrer dans la paranoïa... A mois que sacha ait raison d'avoir peur.

La critique Nelfesque: Sacha Sperling est l'auteur de deux romans avant "J'ai perdu tout ce que j'aimais", sortie de la Rentrée Littéraire: "Mes Illusions donnent sur la cour" et "Les Coeurs en skaï mauve". Sacha Sperling, narrateur de ce dernier roman, est également auteur de deux romans et la biographie de ce dernier résonne étrangement avec celle de l'auteur. C'est un roman étonnant et intrigant que nous offre ici Sacha Sperling. Où s'arrête la réalité? Où commence la fiction?

Durant tout le roman, Sacha Sperling tente d'embobiner son lecteur, de le perdre entre deux mondes, de le faire s'interroger sur ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas. Pour ma part, "J'ai perdu tout ce que j'aimais" est le premier roman de Sperling que je lisais. Je suis donc partie vierge de toutes références passées mais, après investigations, il se trouve qu'en effet les personnages de ce présent roman sont également ceux de "Mes Illusions donnent sur la cour". Ceux ci, amis de Sacha, sont mécontents du succès de l'auteur après la sortie de ce premier roman en librairie. Ils s'estiment floués par leur ami d'enfance, leurs vies données en pâture à des milliers de lecteurs. Maintenant que Sacha est rentré de son année d'exil, ils comptent bien lui dire le fond de leurs pensées!

Sacha est un personnage très parisien avec des amis très parisiens, un microcosme branchouille bobo argenté qui traine dans des soirées où alcool et drogue coulent à flot. Lui, pas très bien dans ses baskets depuis son retour, va devenir de plus en plus parano à mesure qu'il va mettre de la coke dans son nez et de la beuh dans son tabac. D'autant plus qu'il va commencer à recevoir des sms menaçants de la part d'un expéditeur anonyme qui semble être bien informé sur son passé et son quotidien...

Sacha se sent de plus en plus seul, devient de plus en plus méfiant et hautain envers ses proches et flirte dangereusement avec la ligne jaune. Dans cette période complexe, il va faire la connaissance d'un dealer dans un parc qui va l'aider à solutionner son problème et d'une jeune femme dont il va tomber amoureux. Ainsi entouré, il se sent plus fort et épaulé mais jusqu'à quand?

L'auteur nous présente ici un personnage tourmenté et rongé par les remords. Avec une écriture simple et limpide il sait faire monter la pression et peu à peu le lecteur s'attache à Sacha, malgré ses défauts, et souffre avec lui. Paranoïa, schizophrénie, trahison... Sacha va passer par tous les états et bien qu'ayant deviné pas mal de choses avant la révélation finale j'ai pris plaisir à lire ce roman bien construit et prenant. Jusqu'à un certain point...

Ce point me laissera au final un arrière goût désagréable et un avis en demi teinte. Ce tout petit point tient en quatre malheureuses pages, les quatre dernières (et oui, vous avez bien lu... Les boules!!!). Là où j'aurai aimé que l'auteur aille au bout de son concept et qu'il offre à ses lecteurs un final bien glauque et destructeur, Sacha Sperling donne un grand coup de frein, laisse de la gomme sur le route, fait marche arrière et nous écrit une fin bien fadasse! Pourquoi!? Pourquoi bâcler ainsi une oeuvre qui aurait pu être une petite bombe? Pourquoi prendre ses lecteurs pour des imbéciles en leur expliquant par le menu ce qu'ils ont de toute façon deviné et les priver d'une vraie fin!? Monsieur Sperling, nous pensez-vous à ce point idiots pour que vous sabordiez ainsi toute la construction de votre roman dans les quatre dernières pages en changeant radicalement de cap!? En colère, j'ai terminé cette lecture, en me disant qu'il n'aurait pas fallu beaucoup plus pour que "J'ai perdu tout ce que j'aimais" soit un excellent roman. Dommage...

J'ai lu "J'ai perdu tout ce que j'aimais" dans le cadre du Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre. L'avis de mes compagnons de lecture est à retrouver sur la fiche consacrée sur le site.

vendredi 30 août 2013

"Les chiens de l'hiver" de Dan Simmons

001

L'histoire: Professeur de littérature anglaise à l'université du Montana, Dale Stewart est aussi l'auteur d'une série de romans à succès: Jim Bridges, le roi de la montagne. Mais Dale se trouve aujourd'hui à un tournant crucial de sa vie: dépressif et suicidaire, il a vu sa femme puis sa jeune maîtresse le quitter, et va probablement perdre son emploi. Il éprouve alors le besoin de retourner dans l'Illinois, sur les lieux de son enfance, pour écrire un roman "sérieux" mettant en scène la bande de gamins dont il faisait partie à l'époque.

Mais à peine arrivé, Dale est victime d'une succession de faits bizarres. La maison qu'il a louée – celle de son défunt ami Duane, un garçon surdoué mort à onze ans déchiqueté par une moissonneuse-batteuse – lui paraît hantée. Des chiens noirs démoniaques rôdent autour de la maison et il reçoit sur son ordinateur de mystérieux messages en vieil anglais. Perdu entre la réalité et ses hallucinations, Dale va voir resurgir l'horreur...

La critique de Mr K: Retour vers un de mes auteurs préférés aujourd'hui avec ce Dan Simmons dégoté chez l'abbé (comme c'est original!). Avec ce livre, Dan Simmons nous fait partager son goût pour les récits d'épouvantes et le surnaturel. Ici, un écrivain lambda qui a connu son heure de gloire retourne dans son village d'enfance pour se ressourcer et essayer de se sortir de sa dépression chronique suite à ses déboires sentimentaux. Les souvenirs ressurgissent très vite et bientôt, des choses étranges commencent à se dérouler autour de lui: il communique avec ce qui semble être un esprit et des chiens bien inquiétants font leur apparition autour de la ferme qu'il a louée pour l'occasion.

Autant vous le dire de suite, ce livre est une très belle réussite. Le suspens est vraiment insoutenable et ce n'est vraiment qu'à l'ultime fin de l'ouvrage que tous les tenants et aboutissants sont livrés.

La première grande réussite de ce livre sont ses personnages avec en premier lieu, le héros (anti-héros?) Dale Stewart. En à peine deux chapitres, on se dit que c'est pas gagné pour lui et qu'il l'a en même temps un peu cherché. Séparé de sa femme et donc privé de ses filles qu'il adore, sa maîtresse le largue à son tour à cause de leur grande différence d'âge et de la lassitude. Rajoutez à cela, une carrière littéraire plutôt à l'arrêt et les premiers symptômes de la dépression, vous obtenez un personnage bancal, totalement borderline par moment. On sombre avec lui dans ses doutes, ses fausses vérités et vous verrez que les révélations sont légion! Très réaliste dans son traitement, le choc en est plus grand quand les éléments fantastiques commencent à se multiplier et à devenir inquiétants autour de lui. Je me suis attaché à ce personnage hors norme qui même s'il est loin d'être parfait reflète à merveille les contradictions de l'être humain et son goût pour la vie. Autour de lui, quelques personnages récurrents gravitent: l'étrange agente immobilière, une bande de skins-bouseux très agressifs envers Dale Stewart, la sex-symbol de l'école primaire devenue adulte et toujours aussi troublante, un shérif vindicatif au comportement suspect... Autant de personnages (et j'en oublie!) qui entretiennent le mystère dans ce roman vraiment envoûtant à l'ambiance parfois proche de la série Twin Peaks de Lynch.

L'autre point fort du livre est son histoire et le climax distillé par Dan Simmons. D'un simple histoire de maison hantée, on rentre ici dans une histoire plus large qui mélange allégrement souvenirs, hallucinations, expériences éprouvantes, moments futiles de bonheur, érotisme mortifère et réflexions intérieures du héros. L'ambiance est cotonneuse à souhait avec une touche de tension qui ne va que grandissante au fil des pages: du brouillard, de drôles de bruit, une ferme qui cache bien des secrets et que le narrateur-héros explore peu à peu, des habitants au comportement déviant, des flash-backs sur le passé de Dale qui font penser qu'il n'est pas si blanc que cela... On chavire définitivement dans le fantastique quand d'étranges chiens font leur apparition et semblent évoluer au fil du temps (taille, aspect, attitude...). Là dessus, se rajoute un mystérieux échange via DOS entre le héros et un inconnu qui semble en savoir beaucoup sur lui et qui s'exprime en vieil anglais, tout en mêlant à ses propos des références ésotériques sur le livre des morts égyptiens. Peu à peu, Dale est envahi par la paranoïa, la méfiance et la peur. On bascule alors avec lui de l'autre côté de la barrière qui nous sépare des aliénés mentaux. Le lecteur perdu mais cependant accroché, fait alors toutes sortes d'interprétations toutes plus folles les unes que les autres et au final, elles se sont toutes révélées fausses pour ma part! Le voile levé, j'ai été satisfait par une fin à la fois logique et ouverte.

Que dire sinon que j'ai dévoré une fois de plus ce livre de Dan Simmons. J'ai retrouvé son écriture à la fois exigeante et accessible. Évocatrice à souhait, sans lourdeurs inutiles, tout en étant suffisamment précise pour aborder des thèmes et des croyances assez pointues, elle embarque le lecteur vers les chemins de la félicité littéraire. L'intrigue se dévoile très lentement avec des bouleversements que l'on ne voit pas forcément venir et des interrogations qui se multiplient, j'ai vraiment été tenu en haleine pendant l'intégralité du roman. Stephen King peut bien être cité en quatrième de couverture: "Je suis époustouflé par ce qu'écrit Dan Simmons...". Je ne peux qu'abonder en son sens (pour une fois!) surtout quand on a lu d'autres chef d'œuvre du bonhomme avec notamment L'Échiquier du mal, Endymion ou encore Terreur. Ce livre est une vraie petite bombe que tout amateur du genre se doit d'avoir lu! À bon entendeur!

Lus, appréciés et chroniqués du même auteur:
- Ilium
- Olympos
- Terreur
- L'Homme nu

Posté par Mr K à 19:40 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , ,
jeudi 29 août 2013

"La Vie à côté" de Mariapia Veladiano

la vie à côtéL'histoire: Rebecca est laide. Extrêmement laide. Elle vit, avec prudence et en silence, dans la maison au bord du fleuve, aux côtés d'un père, médecin et trop absent, et d'une mère qui "a pris le deuil à sa naissance". Rebecca se tient elle aussi hors du monde, enfermée pour ne pas être blessée, élevée par la sainte et tragique servante Maddalena. C'est sans compter sur l'impétueuse tante Erminia, qui décide de l'initier au piano. Rebecca va dès lors concentrer sa vie entière dans ses mains... Une autre vie est possible, un autre langage, une vie à côté.

La critique Nelfesque: Voilà un très joli roman de la Rentrée Littéraire. J'ai tout de suite été charmée par la quatrième de couverture étant moi même pianiste et ayant été séduite par cet instrument très jeune. Je ne connaissais pas Mariapia Veladiano et après avoir lu "La Vie à côté", je n'exclue pas de me pencher plus sérieusement sur sa bibliographie.

Dans ce roman, nous suivons Rebecca tout au long de sa vie et les choix qui ont été fait pour elle par ses parents depuis sa naissance. La réaction de ses parents face au bébé dans le couffin, sa sortie de la maternité, la décision de la mettre ou non à la maternelle, la rentrée à l'école primaire, le collège... Ces étapes, tout à fait ordinaires dans une vie lambda, sont, dans une vie "à côté", un véritable problème. Rebecca a en effet une particularité, cruelle et injuste, celle d'être laide. L'auteur n'y va pas par quatre chemins, Rebecca n'a pas juste un physique ingrat, ses traits ne s'adouciront pas avec l'âge, elle est irrémédiablement difforme.

Comment faire lorsque l'on est parents d'un "monstre"? Le physique est-il vraiment important dans une vie? Comment le vivre au quotidien et quelle image donne-t'on aux autres? Voici autant de questions posées dans ce roman. L'auteur place le lecteur du point de vue de Rebecca, jeune fille "normale" et sensible voyant sa vie conditionnée par son physique et le lecteur ne peut rester insensible.

Sans jamais rentrer dans le pathos, "La Vie à côté" est un roman absolument cruel qui donne à lire des situations à la limite du soutenable. Le rejet d'une mère, les moqueries à l'école, le harcèlement... tant d'obstacles et de désillusions qui ne devraient pas être soumis à une petite fille. C'est alors dans la pratique du piano que Rebecca va trouver sa place et se rapprocher de sa mère qui semble depuis sa naissance avoir fait le deuil de son enfant. Repliée dans son silence depuis de nombreuses années, rien ne semble plus la toucher et sa vie se résume aujourd'hui aux quatre murs de sa chambre. A son décès, Rebecca va avoir accès à son journal et va tenter de comprendre l'attitude de sa mère.

Avec une tante musicienne et un père jouant à l'occasion, Rebecca va tout mettre en oeuvre pour faire de la pratique du piano sa planche de salut. Grâce à lui elle veut reconquérir le coeur de sa mère, être la fierté de ses parents, voir le monde extérieur. Elle va faire des rencontres magiques et enrichissantes, un florilège de personnages atypiques et cabossés va graviter autour d'elle. Sa pratique du piano, c'est sa façon de vivre sa vie à côté, sa vie différente de celle des autres mais méritant d'être vécue.

J'ai vraiment été touchée par cette lecture. Je sais ce qu'est la vie au quotidien de l'apprentissage de l'instrument, les pressions et le stress qu'engendre le fait de vouloir faire de la musique autre chose qu'un simple passe temps, la notion de "nécessité" dans son jeu et la sensation de liberté qu'apporte la pratique de la musique dans une vie, un exutoire à tous nos soucis. Mariapia Veladiano a su retranscrire à merveille le lien si particulier qui lie un musicien à son instrument en y rajoutant une dose supplémentaire d'urgence. Une histoire qui émeut, une enfant que l'on voudrait aimer, une écriture simple et si belle, un roman à découvrir.

J'ai lu "La Vie à côté" dans le cadre du Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre. L'avis de mes compagnons de lecture est à retrouver sur la fiche consacrée sur le site.

mardi 27 août 2013

"Block 109" de Brugeas et Toulhoat

BLOCK_109_pg00

L'histoire: 1953...

Après avoir détruit l'Occident, le IIIème Reich agonise à son tour sous les coups de l'Armée Rouge. Pour Zytek, le maître de l'Allemagne, il ne reste qu'une seule solution: une attaque virale majeure.

Malgré le refus du Haut conseil, le virus provoque déjà des ravages dans les ruines de Marienburg. Les contaminés, transformés en monstres sanguinaires, s'attaquent aux soldats isolés des deux camps. Seule l'escouade du sergent Steiner parvient à s'échapper d'une funeste rencontre.

Ce dernier et ses camarades sont-ils la dernière chance de l'humanité? Et quel est véritablement l'objectif de Zytek, l'omnipotent seigneur du Reich?

La critique de Mr K: Voici une BD dont j'avais entendu le plus grand bien il y a déjà quelques temps et que j'ai offert à un bon pote pour son anniversaire en début d'année. Il l'a appréciée et me l'a prêtée pour que je puisse me faire mon propre avis sur cette uchronie qui m'a irrémédiablement fait penser à K Dick et sa fameuse nouvelle "Le maître du haut chateau" ou encore"Fatherland" de Harris.

Les six planches de départ re-contextualisent le récit en nous décrivant les événements s'étant déroulés de mars 1941 (assassinat par un sniper d'Adolf Hitler) jusqu'à 1953, année qui marque le début du récit proprement dit. Vous l'avez compris, le IIIème reich a survécu à la Seconde Guerre mondiale contrairement à son führer. C'est Heydrich qui est aux commandes et un énigmatique personnage dénommé Zytek a crée un mystérieux ordre teutonique en référence aux chevaliers du même nom. Son pouvoir ne fait que croître et ses intentions au premier abord extrémistes pourraient bien se révéler plus nuancées. Il faudra bien 200 planches pour que les auteurs mènent leur intrigue jusqu'au bout et nous assènent une fin sans faux-fuyant ni équivoque.

Block 109 planche 1
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

L'atmosphère de fin de règne est ici remarquablement rendue. Les soviétiques avancent malgré la défense acharnée des allemands et le conflit semble être à un tournant de son déroulement. D'étranges et sanguinaires créatures issues d'expériences contre-nature sont en liberté et dévorent tout ce qui passe à leur portée notamment dans l'ancien métro désaffecté qu'elles ont investi. On suit le point de vue d'une escouade quasiment livrée à elle-même depuis le renoncement de certains officiers. On alterne avec le ressenti des autorités et notamment de Zytek qui s'apparente beaucoup à un personnage principal tant il est omniprésent. Peu à peu, on se rend compte qu'il y a une lutte interne dans le régime: d'un côté les SS qui suivent les pas d'Hitler à travers son successeur Heydrich et de l'autre, un opportuniste à priori sans scrupule en la personne de Zytek qui veut déclencher une apocalypse bactériologique. Au milieu de ce grand jeu géostratégique, on suit le parcours de simples soldats auxquels les tenants et aboutissants échappent totalement et qui par leurs actes vont modifier les plans prévus.

block109 planche 2
(Cliquez pour agrandir l'image)

Cette BD est vraiment brute de décoffrage. L'action est remarquablement bien décrite même si les dessins m'ont parfois paru inachevés. Il m'a donc fallu un petit temps d'adaptation pour me mettre au diapason. Malgré ce léger défaut, le scénario est vraiment très bien pensé et m'a accroché du début à la fin. Les méandres narratifs sont nombreux et la fin m'a littéralement cueillie. En plus, c'est un récit unique (ce qui se fait de plus en plus rare en BD aujourd'hui) et même si depuis des cross-over ont été réalisé sur cet univers singulier, ce volume se suffit à lui-même.

Une belle découverte que je vous conseille très fortement notamment à tous les amateurs et amatrices d'uchronies.