mardi 18 décembre 2012

"Bunker" de Serge Brussolo

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L'histoire: Une angoissante course au trésor dans une maison hantée par des fantômes à croix gammée. Une ancienne cité balnéaire où la jungle crève les trottoirs, où les singes envahissent les cabines téléphoniques. Un vieillard mythomane, concierge d'un bunker abandonné, sentinelle d'apocalypse veillant sur les ruines d'un laboratoire digne des "médecins" maudits du IIIème reich! Au bout du compte, un cocktail au goût de sang.
Quand la folie tire les ficelles du crime, tout est possible, même le pire... Surtout le pire!

La critique de Mr K: Cela faisait bien longtemps que Nelfe et moi n'étions pas retournés chez l'abbé. Devant l'arrivée des grands froids et le relatif calme en terme de travaux dans la maison, nous avons craqué! Au détour d'un bac consacré aux polars, je suis tombé sur ce volume dont la quatrième de couverture m'a tout de suite accroché: Amérique du Sud, jungle, nazisme et chasse au trésor... Tous les éléments d'un bon cocktail littéraire étaient réunis. Je ne me suis pas trompé!

La scène d'ouverture plante direct le décor, nous assistons à l'exécution de la maîtresse officielle d'un chef de guerre local à la cruauté redoutable. Ce premier chapitre est âpre, violent et nous présente Miss O, une passionaria révolutionnaire assoiffée de vengeance. Très vite, nous l'abandonnons au profit de Caine, le héros d'un récit qui va à cent à l'heure. Écrivain à la petite semaine, il est en Amérique du sud pour enterrer son mentor (ex prof de fac) et respecter ses dernières volontés. Ce dernier enquêtait sur Arturo Aguilados, un tyran local amateur des théories raciales d'Hitler et retranché dans un bunker (la fameuse casamuertas) qu'il s'est construit sur une petite île au large d'une cité balnéaire apparemment tranquille. Il y aurait commis des expériences innommables et surtout, il y aurait dissimulé un caché un trésor que beaucoup convoitent.

Très vite, la tension monte. Brussolo est un maître dans le genre et il le prouve ici de la plus belle des manières. L'ambiance est glauque à souhait avec cette cité reconquise peu à peu par la jungle, abandonnée par ses habitants fuyant la violence du gang tenant la mine d'or de la région, le terrorisme incarné par Miss O et la nature qui reprend ses droits. On suffoque avec le héros dans ce climat tropical impitoyable qui transpire des pages. Les personnages sont ambigus à souhait et on ne sait vraiment pas sur quel pied danser. Bien que court, ce récit n'est pas avare en rebondissements et bien malin serait celui qui devinera la fin avant la toute dernière page. Pour ma part, j'ai été littéralement cueilli et séduit par un parti pris pas si courant dans l'édition actuelle.

Le style est percutant et brut de décoffrage. C'est du polar pur et dur, la langue est abrupte, parfois crue. Les personnage sont ciselés en quelques formules bien senties et bien que caricaturaux parfois, ils sont attachants et bougrement vivants. L'addiction est venue très vite et je dois avouer que j'ai veillé bien tard deux nuits de suite pour savoir le fin mot de l'histoire. Une belle expérience entre dépaysement et roman noir que je ne saurais que trop vous conseiller!

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jeudi 13 décembre 2012

"La bête au bois dormant" série le Poulpe, Robert Deleuse

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L'histoire: Gabriel apprenant la mort de Serge Roussel, un de ses anciens camarades de camp disciplinaire, décide d'aller y voir de plus près. Il découvre que son ami était guide en montagne et que pour améliorer son ordinaire, il avait accepté de faire passer des clandestins d'Italie en France. Jusqu'au jour où il se fait éliminer. Enquêtant au sein de compagnies de transports européennes, le Poulpe se retrouve confronté à la bête immonde pas très endormie, dont l'ombre portée obscurcit l'ensemble du globe.

La critique de Mr K: Un petit plaisir aujourd'hui avec une nouvelle aventure du Poulpe à mon actif. Pour ceux qui nous suivent régulièrement, vous connaissez la petit tendresse qui m'envahit lors de mes lectures mettant en scène cet enquêteur hors norme, combattant de première ligne face à l'intolérance et au fascisme ordinaire. Gabriel revient ici et il n'est pas content! Un de ses anciens potes de rébellion est retrouvé mort et les coupables n'ont qu'à bien se tenir... Sauf que très vite, on se rend compte que l'adversaire est de taille!

Une fois de plus, on va voyager avec sieur Lecouvreur. Tout commence comme d'habitude au Pied de porc, le rade attitré du Poulpe, QG improvisé, aux habitués qu'il fait bon de recroiser. Pour les besoins de son enquête, il ira cette fois ci dans le Sud et l'Ouest, et finira chez les helvètes pour un final déconcertant. Pas de rôle important pour Chéryl, sa shampouineuse chérie, petit déception pour moi. On enchaîne avec les chapitres les rencontres ubuesques, véritable plongée dans un univers "grolandesque" à souhait même si la cruauté la plus perfide nous attend au détour de quelques pages bien senties.

Le récit est un peu plus long que d'habitude et les méandres qui le compose sont nombreux et inattendus. Je reste tout de même pour une fois sur ma fin avec un dénouement tarabiscoté et incomplet comme si l'auteur avait voulu en finir vite. Du coup, le lecteur reste dans l'expectative sur le destin de certains personnage et l'enquête à mes yeux n'est pas vraiment clôturée. Au début, j'ai même pensé qu'il y avait sans doute une suite mais après quelques recherches web... nada! Je dois me rendre à l'évidence, ce Poulpe est quelque peu bâclé dans la dernière ligne droite. Dommage car le background était remarquable et les attentes nombreuses.

Pour autant, ce fut une lecture plaisante et un plaisir sans nom de replonger dans le quotidien de Gabriel Lecouvreur. Les dialogues font mouche comme de bonnes répliques d'Audiard et les caractérisations de personnages (en quelques phrases, parfois juste en quelques mots) sont d'une efficacité éprouvée et appréciée. Un petit plaisir coupable en somme.

Autres Poulpe chroniqués au Capharnaüm Éclairé:
- Nazis dans le métro
- J'irai faire Kafka sur vos tombes
- Du hachis à Parmentier
- Vomi soit qui malle y pense
- La petit fille aux oubliettes

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mardi 4 décembre 2012

"Contes fantastiques" de Walter Scott

844578558L'histoire: 4 contes fantastiques écrits par l'un des fondateurs du genre outre-Manche.

La critique de Mr K: À l'occasion du déballage de carton qui a suivi notre déménagement, je suis tombé sur cette ouvrage sans couverture issu des "livres du grand père". Sachez qu'ici, ces derniers sont une véritable institution vu le nombre de caisses que les copains et nous devons transporter d'un lieu à un autre à chaque déménagement (à priori, on est pas prêt de recommencer... ouf de soulagement pour les intéressés!). Ils pèsent lourds mais sont d'une valeur sentimentale inestimable. Du sieur Scott, je n'avais lu jusque là que le célébrissime Ivanhoé que j'avais adoré du temps de mon adolescence. Je décide donc de replonger dans son univers...

Le présent volume est constitué de quatre nouvelles: La veuve des Highlands, Les deux bouviers, Histoire racontée par Willie Le Vagabond et Les aventures de Martin Waldeck. Le lecteur se retrouve en présence de textes plus ou moins courts (de 13 pages pour le plus court à 95 pour le plus long). Scott mélange avec finesse des récits purement picaresques avec des éléments fantastiques qui ici sont très succincts mais distillent une ambiance bien particulière entre mystère et superstition. Ces quatre histoires ont pour cadre l'Écosse et ses coutumes, mettent en scène des personnages du crû (des bouviers -conducteurs de troupeaux-, des appelés au service militaire face aux ennemis anglais...) qui vont être confrontés au fantastique au détour d'un chemin ou de leur destin. Mais pas seulement, car derrière ses histoires en apparence anodines, on peut y voir une analyse assez fine de la nature humaine et des travers de notre espèce: l'amour possession d'une mère pour son fils, la jalousie et l'envie mères de tous les vices, l'avarice... autant de paraboles qui donnent une dimension universelle à ces historiettes.

Il faut tout de même s'accrocher car le livre est ancien et le style aussi (comprendre que le temps ne l'a pas forcément bonifié). Les descriptions sont lourdes et pas forcément toujours très utiles à part si vous devez rédiger un mémoire sur les us et coutumes des Highlands. Par contre, pour les amoureux de l'Écosse, vous aurez vraiment l'impression d'y être. Autre défaut tout relatif, la linéarité des récits qui ne réservent aucune réelle surprise et respectent à la lettre les canons du schéma narratif traditionnel, peut-être même trop... Ce classicisme absolu est donc très présent et pourra rebuter certains. Pour autant, le contenu et le message eux n'ont pas vieilli, pour moi l'effort mérite d'être tenté...

Une bonne lecture, certes pas inoubliable, mais intéressante et vraiment dépaysante de part la culture et les moeurs qu'il aborde. À chacun de se laisser tenter ou pas...

mardi 27 novembre 2012

"Globalia" de Jean-Christophe Rufin

globalia L'histoire: La démocratie dans Globalia est universelle et parfaite, tous les citoyens ont droit au "minimum prospérité" à vie, la liberté d'expression est totale, et la température idéale. Les Globaliens jouissent d'un éternel présent et d'une jeunesse éternelle. Évitez cependant d'en sortir car les non-zones pullulent de terroristes et de mafieux. Évitez aussi d'être, comme Baïkal, atteint d'une funeste "pathologie de la liberté", vous deviendriez vite l'ennemi public numéro un pour servir les objectifs d'une oligarchie vieillissante dont l'une des devises est : "Un bon ennemi est la clef d'une société équilibrée".

La critique de Mr K: Cela faisait un petit bout de temps que ce livre me faisait de l'oeil dans ma PAL avant notre déménagement. Le temps a passé, j'ai du me sevrer de lecture pendant un mois à cause des travaux importants que nous devions réaliser et je me suis dit qu'un Rufin serait parfait pour reprendre une des activités que je préfère. Grand bien m'en a pris tant cette incursion dans l'anticipation de cet auteur plutôt spécialiste des romans d'aventures est réussie, inquiétante et prenante.

Globalia nous transporte sur Terre dans un futur possible où la démocratie est absolue, tellement d'ailleurs que le lecteur se rend vite compte qu'elle s'apparente davantage à du fascisme car sous le vernis de la liberté totale d'expression des manipulateurs œuvrent. Au centre de cet univers carcéral-libéral émergent dès les premiers chapitres trois personnages clefs qui n'arrivent plus à vivre dans cette société. Baïkal jeune homme rebelle à qui on a refusé de poursuivre ses étude en Histoire (le passé est à bannir, seul le présent compte) tente à tout prix de rejoindre les non-zones, les espaces de la planètes non couvertes par les bulles protectrices de Globalia, espaces sauvages et inconnus qui fascinent notre héros autant que sa copine Kate qui ne rêve elle que de s'échapper pour rejoindre son bel amant. Ils ont à leurs trousses les autorités de Globalia qui vont tout faire pour se servir d'eux pour consolider leur cause. Là-dessus vient se rajouter le personnage de Puig, journaliste viré pour avoir découvert le pot-aux-roses dans une affaire d'attentat terroriste monté de toute pièce par les autorités. Ces trois là sont faits pour se rencontrer, ça tombe bien... c'est ce qu'il va se passer!

Pour un retour à la lecture, il s'est avéré payant et distrayant à souhait. La SF est un genre que j'affectionne tout particulièrement et je dois avouer que même si cet auteur ne m'a jamais déçu, j'appréhendais cette incursion dans un genre qu'il n'avait jamais approché auparavant. Dieu m'en garde, Rufin assure autant que dans le romanesque. Bien sûr, en filigrane, il y a cette histoire d'amour remarquablement maîtrisée par l'auteur et son goût pour la description pleine de vie de ces personnages et des lieux qu'ils parcourent. Ce qu'il y a ici de profondément nouveau est sa capacité à nous transporter vers un ailleurs futuriste à la fois réaliste (ce n'est pas antinomique) et propice à l'évasion. On y croit et on est plongé dans un ensemble parfaitement pensé et emboîté. Résultat des courses, les pages se tournent toutes seules et petit à petit notre vision de Globalia s'enrichit pour nous donner une vision d'ensemble riche et très préoccupante. Le background épouse la trame et donne un grand roman d'anticipation mais aussi d'amour et de solidarité.

J'ai aussi beaucoup apprécié le personnage de Ron Altman qui se révèle être un personnage complexe et creusé à l'extrême. Plus qu'un simple "méchant", il est le double maléfique de Baïkal, son doppelganger à la fois créatif et destructif. A la manière de la Shiva hindouiste, il crée un univers et même des personnes (voir le contrat qu'il propose au héros) mais peut, quelques temps après détruire ou se détourner de ses créations. La nuance est donc de mise du début à la fin tant au niveau des personnages que de la société globalienne dans sa description et son fonctionnement. Cela laisse amplement le temps au lecteur de douter, de s'interroger, de prendre position, de retourner sa veste, de re-retourner sa veste... Bref, on a face à soi un livre à la fois réflectif et purement récréatif.

Je vais me répéter mais il faut lire Jean Christophe Rufin, le gouter, le déguster et le digérer. Il n'a pas son pareil pour littéralement transporter dans son univers le lecteur, le déraciner mais aussi l'interroger sur le monde actuel. Une belle œuvre d'anticipation que je conseille vivement à tous.

Lus, appréciés et chroniqués du même auteur:
- Rouge Brésil
- La Salamandre
- Le parfum d'Adam

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jeudi 22 novembre 2012

"Le portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde

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L'histoire: Par la magie d'un voeu, Dorian Gray conserve la grâce et la beauté de la jeunesse. Seul son portrait vieillira. Le jeune dandy s'adonne alors à toutes les expériences, s'enivre de sensations et recherche les plaisirs secrets et raffinés. "Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais", "il faut guérir l'âme par les sens, guérir les sens par l'âme".

La critique de Mr K: Retour vers un classique de la littérature aujourd'hui avec cet ouvrage d'Oscar Wilde que beaucoup décrivent comme un authentique chef d'oeuvre intemporel. Il m'avait jusque là échappé malgré mon goût prononcé pour le XIXème siècle et ses univers artistiques uniques. En vrac, le symbolisme, le romantisme, l'émergence de l'art moderne pictural et les débuts de l'art déco. Je dois avouer qu'en fin de lecture, c'est un sentiment de déception qui l'emporte malgré des qualités indéniables... La faute essentiellement au temps qui passe, le livre ayant à mes yeux vieilli en terme de forme ce qui risque de rebuter un certain nombre d'entre vous.

L'histoire en elle-même est une vraie réussite. Cette variation autour de l'immortalité et des sacrifices auxquels on doit consentir pour y accéder est un modèle du genre. Le personnage de Dorian est ciselé avec finesse par un Oscar Wilde littéralement "amoureux" de son personnage. Il faut dire que nombre de critiques soulignent la transposition dans cette oeuvre de la vie et des expériences de Wilde. On suit donc ce dandy éternellement jeune dont la figure rappelle celle du vampire. Mais derrière ce masque se cache une vérité bien sombre qui éclabousse le lecteur à la toute fin du roman. Ce livre est aussi l'occasion de participer à une plongée dans l'Angleterre puritaine de l'époque qui est ici décrite avec réalisme et cynisme par un auteur qui a rencontré beaucoup de soucis avec les autorités par ces moeurs considérés comme déviants à l'époque par la société en place. Ce livre peut donc être perçu comme un brulôt anti-réactionnaires si l'on sait lire entre les lignes et surtout, si on a le courage d'aller jusqu'au bout...

Eh oui, au final, j'ai souffert... Et pourtant, tout était réuni pour que je passe un excellent moment mais voilà... Le style est ampoulé et lourd ce qui rend la lecture parfois éprouvante. Oscar Wilde sait qu'il a du talent, s'en satisfait et s'auto-parodie par moment en surchargeant le palais du lecteur qui se retrouve essoufflé à chaque fin de page (les aphorismes ça va un temps). J'ai failli arrêter ma lecture un sacré nombre de fois ce qui m'arrive rarement. Mais bon gré, mal gré, j'en suis venu à bout. On peut rajouter aussi que certains personnages secondaires sont vraiment caricaturaux et rendent superficiels certains éléments secondaires de l'intrigue générale.

Au final, c'est un livre qu'il faut certes avoir lu mais qui m'a déçu. J'espère ne pas m'attirer les foudres des fans intégristes de Wilde! Pour ma part, Goethe et son "Faust", Lautréamont et son "Les chants de Maldoror" restent les maîtres de l'époque aux côtés de l'inénarrable Chateaubriand.

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mardi 20 novembre 2012

"Home" de Toni Morrison

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L'histoire: Toni Morrison nous plonge dans l'Amérique des années 1950.

La critique Nelfesque: La quatrième de couverture est pour le moins énigmatique mais le décor  est planté: avec "Home" nous sommes dans l'Amérique des 50's. Je suis aventureuse, je suis dingue, je me lance dans cette lecture comme on se jette dans le vide, l'inconnu droit devant.

Toni Morrison à 80 ans, prix nobel de littérature en 1993, nous livre là son dixième roman. J'avoue mon ignorance sur ce coup là, "Home" fut pour moi la découverte de cet auteur. Son écriture est belle, fluide, visuelle. "Home" est la confession de Frank Money, parcourant les Etats-Unis à une époque où le racisme est une violence ordinaire. Sur sa route de Seattle à Atlanta où il va retrouver sa soeur Cee après son appel à l'aide, il va nous conter ses souvenirs de la guerre de Corée, guerre dont il est revenu traumatisé, mais aussi ses souvenirs d'enfant noir parmi les Blancs.

Les années 50 aux Etats-Unis est une période difficile de l'Histoire pour les hommes de couleurs: les Noirs sont persona non grata aux restaurants, ont des places réservées dans les bus, ne sont pas non plus les bienvenus dans les milieux culturels... En plein maccarthisme, les noirs américains sont rabaissés et les lois raciales font légion. 

C'est dans cette ambiance haineuse que Frank parcourt le pays, son "Negro Motorist Green Book" à la main. Entre noirs la solidarité est de mise et les restaurants et pensions accueillants les gens de couleur sont autant de bonnes adresses qui passent de main en main. Entre angoisses dûes à la guerre et peur pour sa soeur grandement malade, il va braver les difficultés pour l'ultime voyage, celui qu'il fera avec sa petite soeur sur les routes de son enfance.

Sa route sera un exutoire à sa vie passée, un long chemin fait de souffrances et de résignations pour trouver le pardon, celui qu'il doit donner aux hommes blancs et à sa vie pour avancer et se délester de sa rancoeur. Avec sa soeur, il retournera à la source, Lotus, ville où ses parents se sont réfugiés chez ses grands-parents après avoir été chassés du Texas, ville où ils se sont épuisés dans les champs de coton, ville où sa grand-mère désignera Cee comme la cause de tous ses malheurs et lui en fera payer le prix...

Un roman dur qui avait tout pour me plaire mais qui au final me laissera, contre toute attente, distante. Même si l'écriture de Toni Morrison est de qualité, même si les faits relatés sont émouvants, je n'ai pas été touchée. Le roman est court (153 pages) et tout n'est qu'effleuré. Je ne suis pas fan du pathos à outrance mais il y a un tel détachement dans cette oeuvre qu'on survole les faits sans grande émotion. Sans doute trop épuré pour moi.

Je ne suis pas habituée des notes (je déteste cela) mais pour permettre aux organisateurs des Matchs de la Rentrée Littéraire de "compter les points", exceptionnellement et par respect des règles, je me prête au jeu. J'attribue donc à ce roman 8/20.

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lundi 12 novembre 2012

"Toi" de Zoran Drvenkar

ToiL'histoire: Imagine une tempête de neige sur l’autoroute. Un bouchon qui s’étire sur plusieurs kilomètres, aucune visibilité. Un homme sort de sa voiture et en silence assassine méticuleusement, à mains nues, vingt-six personnes dans les véhicules alentours. C’est le début d’une série de meurtres sans mobiles apparents commis par celui que la presse surnomme Le Voyageur.

Imagine maintenant cinq adolescentes. Cinq amies avec leurs espoirs et leurs peurs, leurs envies et leurs problèmes. Cinq jeunes filles que rien ne peut séparer, qui vont être prises au piège d’une situation qui les dépasse. Prises en chasse par un homme à qui tu ne voudrais pas avoir affaire, elles vont se jeter dans une fuite en avant sauvage et désespérée.

Imagine enfin un voyage jusqu’à un hôtel isolé en Norvège où tous ces protagonistes vont se retrouver pour une confrontation à la tension extrême et un dénouement qui te laissera sans voix.

La critique Nelfesque: J'ai découvert Zoran Drvenkar l'an dernier, lors de la sortie en France de son roman "Sorry" que j'avais adoré. C'est donc tout naturellement que je me suis jetée sur ce nouveau roman, "Toi", sorti en librairie le 8 novembre. Je n'ai pas regardé la quatrième de couverture, j'ai seulement noté la couleur criarde de la couv' et le titre énigmatique.

C'est une fois à la maison que je me suis attachée à découvrir l'histoire de ce roman avec les quelques phrases à l'arrière du livre. "Etrange cette façon de tutoyer le lecteur" me dis-je. Je tords le nez, je n'aime pas trop ça mais ce que j'ignore encore c'est que ce procédé est utilisé durant tout le roman!

Il m'a bien fallut une centaine de pages pour m'habituer à l'écriture de l'auteur et commencer à apprécier ma lecture. Au départ, j'ai été décontenancée par ce tutoiement permanent que j'ai ressenti limite comme une agression, chose sans doute voulue par Zoran Drvenkar. Autant dire donc que c'est efficace! Le "tu" est d'autant plus difficile à cerner qu'à chaque chapitre le sujet diffère. On s'y perd et mieux vaut s'accrocher pour la suite de la lecture.

C'est ce que j'ai fait et j'ai bien fait! Peu à peu, cette deuxième personne du singulier s'éclipse, elle n'apparait plus importante face aux personnages présentés et aux moindres recoins de leurs psychologies explorés. Le lecteur est littéralement dans la tête de chaque personnage de cette histoire et ces derniers n'en deviennent que d'autant plus attachants. On ne sait pas très bien où l'auteur veut nous emmener, les scénettes se suivent sans lien apparent entre elles, les personnages se multiplient et en tant que lecteur, il faut bien l'avouer, on est paumé... Puis peu à peu encore une fois la lumière se fait et "Toi" s'apparente à un énorme puzzle où les indices sont donnés au compte goutte à l'aide de flash back et de visions multiples de la même scène et laisse présager d'un final en apothéose.

"Toi" est un roman qui se mérite, ce n'est pas une lecture aisée mais pour qui fait l'effort de poursuivre, il se révèle vraiment addictif. Chaque personnage a son importance, chaque détail également et le final est étonnant. Un roman à dévorer!

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jeudi 8 novembre 2012

"Coule la Seine" de Fred Vargas

97822914L’histoire: "Ton collègue blond est assez emmerdant mais je l’aime bien, et puis il est généreux. Il se pose des questions sans fond, il s’inquiète et ça fait le bruit des vagues. Toi en revanche, tu fais le bruit le vent. Ca se voit à ta manière de marcher, tu suis ton souffle. Ton ami blond voit une flaque. Il s’arrête, examine la chose et il la contourne, il prépare bien son affaire. Toi, tu ne vois même pas cette flaque mais tu passes à côté sans le savoir, au flair. Tu piges? T’es comme un magicien..."

Il a raison ce clochard, le commissaire Adamsberg est un véritable magicien. Trois nouvelles pour le prouver, trois enquêtes du commissaire, à Paris, là où coule la seine.

La critique de Mr K: Retour dans l’univers de Vargas et de son personnage clef, Jean Baptiste Adamsberg, commissaire le plus nébuleux de la planète policière qui nous revient ici dans trois nouvelles réunies dans ce volume. Trois enquêtes où ses capacités de déduction et sa finesse d’esprit seront mis en exergue par le rythme de la Seine.

Les trois récits sont centrés sur Paris ce qui détonne un peu des autres ouvrages que j’ai pu lire de Vargas. Pas de voyages ici mais des déambulations au gré du macadam de paname avec des rencontres inoubliables et des dialogues qui touchent toujours autant par leur naturel et leur caractère évocatoire. J’ai particulièrement apprécié les passages où Adamsberg discute avec un étrange SDF qui est au centre d’une affaire plus complexe. Le face à face est haletant et lourd de secrets qui ne demandent qu’à être libérés.

On retrouve le style bien particulier de l’auteur qui s’adapte parfaitement au genre de la nouvelle. Il ressort de cette lecture une impression d‘immédiateté et de réalisme qui immerge littéralement le lecteur avec douceur et une ambiance jazzy unique. L’humanité profonde qui se dégage du commissaire rayonne et la lecture se fait douceur, friandise trop courte mais tellement succulente.

Un bon plaisir de simplicité que je vous convie à découvrir au plus vite tant ce livre est un petit bonheur de tous les instants.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même auteur:
- L'Homme à l'envers
- Sous les vents de Neptune
- Dans les bois éternels
- Un lieu incertain
- L'homme aux cercles bleus

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dimanche 4 novembre 2012

Challenge "Livra'deux pour pal'Addict" - On remet ça!

Je remets le couvert pour un nouveau challenge "Livra'deux pour pal'Addict". J'y ai déjà participé par le passé avec ma copinaute fée-tish. Elle m'avait fait découvrir un roman présent dans ma PAL depuis un moment à l'époque: "Oscar et la dame rose" d'Eric-Emmanuel Schmitt.

Pour cette nouvelle édition, c'est avec miss bunny que je vais partager ce moment de lecture.

Livra'deux pour pal'Addict

Le principe? En binôme, chacun choisi dans la PAL de l'autre, trois livres :
- qu'il a lu et aimerait faire découvrir à son partenaire
- dont il aimerait avoir l'avis d'un ami
- dont les titres l'interpellent pour leur résumé...

Sur ces trois livres, chacun en choisit un et dans un délai imparti, le lit et en fait un billet sur son blog.

Contrairement à ma participation avec fée-tish, le choix des lectures pour miss bunny fut plus compliqué car nous n'avons pas forcément les mêmes goûts mais j'ai trouvé dans sa PAL trois titres que j'ai également lu et que je lui propose de découvrir.

Les 3 livres choisis par miss bunny:
- "Jane Eyre" de Charlotte Brontë
- "Le bruit et la fureur" de William Faulkner
- "Marche ou crève" de Richard Bachman

Mes 3 propositions pour miss bunny (3 styles différents):
"Des fleurs pour Algernon" de Daniel Keyes (parce que c'est un incontournable de la SF à mon sens et qu'il est boulversant)
- "Le Livre des Choses Perdues" de John Connolly (parce que c'est un roman fantasy jeunesse étonnant!)
- "L'Elégance du hérisson" de Muriel Barbery (parce que c'est un roman que l'on aime ou que l'on déteste et que j'ai rarement ressenti pareil émotion)

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Je choisis sans hésiter de lire "Le bruit et la fureur" de William Faulkner. Merci de me le faire sortir de ma PAL :)

le bruit et la fureur

Nous avons jusqu’au 31 janvier pour lire un roman parmi les propositions. C'est pourquoi je lirai peut être également "Marche ou crève" de Richard Bachman.

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mardi 9 octobre 2012

"Stabat Mater" de Tiziano Scarpa

stabatmaterL'histoire: Cecilia, la narratrice, est orpheline. Elle a été abandonnée à sa naissance et recueillie par l'hospice de la Pietà, à Venise. Chaque jour, masquée et dérobée au regard du public, Cecilia joue du violon. Dans cet univers confiné, la musique est sa seule source de joie et de réconfort, tandis que chaque nuit elle parle et écrit à cette mère inconnue dont l'absence la fait cruellement souffrir. L'année de ses seize ans, un nouveau professeur de musique vient remplacer le vieil abbé qui officiait auparavant: un jeune prêtre aux cheveux roux, Antonio Vivaldi.

La critique Nelfesque: J'étais très enthousiaste à l'idée de lire "Stabat Mater", un roman se situant dans la Venise du XVIIIème siècle et ayant pour thème principal la musique et Vivaldi.

Sur l'époque et le lieu, je n'ai rien à redire. J'ai adoré suivre les "aventures" de Cecilia dans cet orphelinat, ses sorties hors les murs de l'hospice avec tout le cérémonial qui va avec, les us et coutumes des vénitiens de l'époque... Les descriptions plongent bien le lecteur dans l'ambiance XVIIIème et ce court roman de 153 pages est une mine d'information. Toutefois, à trop vouloir être juste à ce niveau là, l'écriture de Tiziano Scarpa, à mon sens, perd de son pouvoir d'empathie, d'identification et tout simplement je n'ai pas été touchée par le personnage de Cecilia. J'ai parcouru ces pages plus par soif de connaissance que par réel engouement pour ce qui peut arriver au personnage principal. Dommage...

J'ai également aimé le rapport à la musique et ce qu'elle représente pour Cecilia. Son apprentissage, sa relation avec son instrument, ce que la musique amène de lumière dans sa vie. Pour avoir moi-même suivi un enseignement classique, j'ai retrouvé des similitudes avec ma propre expérience, mon ressenti. Mais il y a un mais... Encore... Je pensais être plus plongée dans l'univers de Vivaldi, que ce dernier prenne une place importante dans le roman. Au final, il n'est qu'anecdotique, ses oeuvres étant plus évoquées que l'homme. Frustration pour moi...

Ce roman se lisant très rapidement, je vous conseille tout de même de le parcourir pour l'immersion dans une époque et une ville mythiques. A découvrir donc.

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