samedi 20 mai 2017

"Chambre 2" de Julie Bonnie

chambre2

L’histoire : Une maternité. Chaque porte ouvre sur l'expérience singulière d'une femme tout juste accouchée. Sensible, vulnérable, Béatrice, qui travaille là, reçoit de plein fouet ces moments extrêmes.

Les chambres 2 et 4 ou encore 7 et 12 ravivent son passé de danseuse nue sillonnant les routes à la lumière des projecteurs et au son des violons. Ainsi réapparaissent Gabor, Paolo et d'autres encore, compagnons d'une vie à laquelle Béatrice a renoncé pour devenir normale.

Jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus supporter la violence du quotidien de l'hôpital.

La critique de Mr K : Il y a un peu moins d’un an, je tombai sur cette ouvrage lors d’un chinage de plus. La quatrième de couverture m’avait fait forte impression, dégageant une ambiance particulière et un contenu hautement corrosif avec au centre des préoccupations, le corps des femmes, ce qu'il subit et ce qu’on lui fait subir. Je m’attendais à être désarçonné et interloqué, je n’ai pas été déçu retrouvant dans ce très bel ouvrage la fougue d’une Virginie Despentes au mieux de sa forme avec en plus un soupçon de tendresse qui rend l’ensemble inoubliable.

Dans Chambre 2 se croisent en fait deux existences bien distinctes pour la seule et même personne. Béatrice a quitté le foyer familial très jeune pour s’adonner à sa passion : la danse. Elle intègre une troupe itinérante et parcourt l’Europe. Elle découvre la solidarité, la vie de Bohème, l’amour, la maternité mais aussi les drames et la déchéance. En parallèle, on la suit des années plus tard comme assistante-puéricultrice au service maternité d’un l’hôpital où elle nous propose de partager son quotidien, ses doutes et angoisses. Peu à peu, au fil des courts chapitres qui s’égrainent, se dégage un sentiment de malaise et de mal-être percé de ci de là par quelques poches d’espoir et de bonheur. Sans en dire trop, sachez que le cœur et l’âme sont mis à mal par une réalité bien souvent brute et impitoyable.

J’ai aimé ces deux aspects du roman. De manière général, j’aime parfois lire pour me faire mal, me coltiner des réalités qui me sont inconnues et prendre conscience de certaines choses. L’homme que je suis ne connaîtra jamais la maternité (à priori la science ne va pas vite dans ce domaine LOL) mais cet ouvrage lève le voile sur ces moments de magie, de joie mais aussi malheureusement parfois de déséquilibre, de peine et de folie. Certains passages dans le domaine sont éprouvants avec dans chacune des chambres explorées par l’héroïne des femmes très différentes qui livrent une expérience particulière, un échange singulier parfois avec les personnels et à chaque fois un moment d’humanité dans sa richesse et sa diversité. C’est dur car, loin d’être glamour, le passage en maternité peut se révéler traumatisant pour un certain nombre de femmes : le deuil d’un enfant, la connerie de certains personnels (on a envie d’en buter certaines dans ce livre), le décrochage de la réalité parfois quand on touche du doigt un rêve qui s’échappe au final. C’est brut de décoffrage, ça détonne dans le milieu bien souvent gnangnan des maternités et des jeunes mamans et papas.

Béatrice, sous les mots de Julie Bonnie, apporte son regard mais aussi sa mélancolie à ce tableau complexe et touchant. Certes on souffre avec elle, mais on en apprend beaucoup sur ce moment clef de l'existence, lorsqu'on devient parent (ce qui n’est d’ailleurs pas encore le cas pour moi, d’où ma découverte de nombreux aspects dont on parle peu). C’est sûr que ce livre n’est pas des plus rassurants dans le domaine mais il a le mérite de briser les tabous et de parler vrai, à la manière justement d’une Virginie Despentes que je citais en préambule. Mesdames, chapeau en tout cas, ce livre ouvre les yeux au mâle que je suis sur les efforts physiques et mentaux que subit une femme enceinte et même si je me doutais d'un certain nombre de choses, ce rappel à l’ordre littéraire s’est avéré formateur et éprouvant. Voici un livre qu’il faudrait faire lire absolument aux machos de tout bord, saturés de testostérone et incapables de regarder plus loin que leur gland. Ce témoignage-fiction est une merveille d’émotion et de "viscéralité", j’adhère totalement au dispositif et les vierges effarouchées n’auront qu’à passer leur chemin. Nombre de lectrices semble-t-il ont été choquées par la crudité des propos tenus dans l’ouvrage de Julie Bonnie... Autant ne pas lire ce livre dans ce cas là...

Au delà des femmes, il y a un très beau focus sur l’existence de Julie. Très intéressant en effet de faire le parallèle entre sa vie d’avant et celle qu’elle mène aujourd’hui. Clairement, ça ne respire pas la joie de vivre (évitez cette lecture si vous êtes au bord de la rupture nerveuse) mais c’est beau, puissant et très bien construit. À la manière d’un puzzle, les éléments s’emboîtent pour former un parcours de vie cohérent malgré la marginalité qui se dégage du personnage principal. C’est un vrai plaisir de suivre le parcours atypique de Béatrice et on se plaît à assister à ses spectacles, à côtoyer ses amis voyageurs et vivre les expériences fortes qu’ils partagent. Cela renvoie inévitablement à la notion de passé merveilleux que l’on regrette et qui force beaucoup d’entre nous à faire le point sur le présent. C’est drôlement malin et bien ficelé dans ce roman.

Un souffle frais et novateur s’étend sur l’écriture qui se révèle moderne, hachée et très sensuelle. La vulgarité n’est pas de mise mais la crudité frappe fort et juste dans les descriptions et les dialogues. Bien que profondément mélancolique, Chambre 2 dégage une forte humanité et une énergie du désespoir hors du commun. Franchement, ce fut une réelle claque littéraire, une certaine révélation et un plaisir de lecture intense. À tenter absolument si vous avez le cœur bien accroché !

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jeudi 18 mai 2017

"Quand on n'a que l'humour..." d'Amélie Antoine

QUAND ON A QUE LHUMOUR_1400pxL'histoire : C’est l’histoire d’un humoriste en pleine gloire, adulé de tous, mais qui pense ne pas le mériter.
Un homme que tout le monde envie et admire, mais que personne ne connaît vraiment.
Un homme blessé qui s’est accroché au rire comme on se cramponne à une bouée de sauvetage.
C’est aussi l’histoire d’un garçon qui aurait voulu un père plus présent.
Un garçon qui a grandi dans l’attente et l’incompréhension.
Un garçon qui a laissé la colère et le ressentiment le dévorer.
C’est une histoire de paillettes et de célébrité, mais, surtout, l’histoire d’un père et d’un fils à qui il aura fallu plus d’une vie pour se trouver.

La critique Nelfesque : Amélie Antoine est une auteure dont la destinée littéraire ferait pâlir d'envie plus d'un écrivain en herbe. Après avoir auto-édité son premier roman, "Fidèle au poste", elle a eu beaucoup de succès auprès des lecteurs numériques et s'est faite remarquer par les éditions Michel Lafon. 250.000 ouvrages ont été vendus, le roman a été traduit en anglais et a traversé l'Atlantique. Il est maintenant question de son arrivée prochaine sur nos écrans de cinéma puisque "Fidèle au poste" est en cours d'adaptation. J'ai eu la chance d'être en contact avec Amélie Antoine depuis le début, et j'ai été l'une des premières blogueuses à lire et chroniquer son ouvrage en auto-édition en mai 2015 (lien en fin d'article). C'est donc avec une joie sincère que je continue de suivre les aventures et l'ascension d'Amélie ainsi que la publication de ses nouveaux ouvrages. C'est le cas aujourd'hui avec "Quand on n'a que l'humour..." qui vient de sortir au début du mois dans nos librairies françaises.

Rassurez-vous, vous me connaissez, point de favoritisme. Je continue de donner un avis sincère et personnel sur ses ouvrages. Si un jour cette auteure (ou tout autre que j'aime beaucoup par ailleurs) écrit un torchon, je saurais le dire ! Mais ce n'est pas le cas ici...

 Edouard Bresson est un humoriste français connu et reconnu. Adulé par tous, il a peu à peu gravi les marches de la notoriété et aujourd'hui la France entière s'accorde à dire qu'il est le plus doué de sa génération. Tout le monde l'adore et il est incontournable. Arthur, son fils, a beaucoup de mal avec cette notoriété et n'a pas le même rapport à son père que le reste de la population. Là où les gens l'admirent et l'idéalisent, Arthur ressent de la rancoeur. Pour en arriver là, Edouard a dû mettre sa famille de côté et Arthur n'a pas l'impression d'avoir eu un père comme les autres, un père qui l'aime. Seulement, donner un avis négatif sur le grand Edouard Bresson n'est pas compris en société et Arthur préfère ne pas mentionner ses liens familiaux avec lui. Etrangers l'un à l'autre, chacun fait sa vie, entre désir de faire autrement et évitement. Jusqu'à ce qu'un événement vienne tout chambouler et que la vérité sur les sentiments de chacun ne vienne éclater au grand jour.

Encore une fois, Amélie Antoine crée la surprise. Alors que l'on pourrait s'attendre à un roman gentillet sur les relations père / fils qui se terminerait irrémédiablement en happy end dégoulinante de guimauve, l'auteure creuse plus profondément les liens familiaux et l'idée même que chacun se fait de sa propre histoire. Les personnages sont fouillés et les apparences sont trompeuses. La vie n'est pas si simple et les incompréhensions sont nombreuses. Dit comme cela, ça enfonce un peu des portes ouvertes mais qui n'a jamais été confronté à des situations inextricables ou semblant être perdues d'avance. Ici Amélie Antoine dénoue les fils de la vie de ses personnages et explique avec justesse et finesse les liens de cause à effet. Rien n'arrive jamais par hasard et la vie nous offre ses leçons chaque jour.

Avec une écriture simple et une histoire à l'apparence légère, l'auteure nous donne à lire ici un roman simple et efficace. Simple par son déroulement, efficace par sa construction mais aussi apaisant par les relations présentées ici et qui évolueront tout du long entre le fils et son père. Un roman de l'intime, une sorte de roman réconfort qui se lit avec plaisir, un roman sur les apparences et sur les difficultés à exprimer ses sentiments. On ressort de "Quand on n'a que l'humour..." avec du baume au coeur.

Petit bonus pour les lecteurs amateurs d'énigmes. Un fil conducteur peut vous orienter sur l'issue de l'histoire si vous êtes attentif... Mais chut je ne vous ai rien dit !

Egalement lu et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Fidèle au poste"

Posté par Nelfe à 18:21 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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mercredi 17 mai 2017

"Frankenstein" de Benoit Becker : T5 "Frankenstein rôde" & T6 "La Cave de Frankenstein"

franky

L’histoire : Quand on est camelot, rien de plus simple que d'avoir un remède à tous les maux : écorce de saule pour la migraine, deux doses d'assurance pour la grippe et trois rations de mensonge pour les rhumatismes. Pourtant, à force de traîner de villages en villages, Wou-Ling va tomber sur le plus impitoyable des clients : le monstre de Frankenstein !

Mais peut-on guérir un être immortel en échappant à la malédiction qui frappe tous ceux qui l'approchent ? Faire appel à un chirurgien pour changer de visage ? Très utile quand on est en cavale... ou qu'on s'appelle Frankenstein ! Mais comment trouver un chirurgien... dont les doigts ne tremblent pas de peur en le voyant ?

La critique de Mr K : Avec ce volume, se termine la réédition des six romans que Benoit Becker consacra au mythe de Frankenstein dans les années 50. Dans la droite lignée des deux opus précédents, on oscille ici entre hommage respectueux et histoires fantastiques classiques très bien servies par l’écriture à la fois alerte et envoûtante d’un auteur décidément inspiré par le classique culte de Mary Shelley.

Dans Frankenstein rôde, nous suivons les pas d’un vendeur ambulant chinois et sa jeune protégée aveugle (clin d’œil à l’histoire originelle) qui se retrouvent pris en plein orage en rase campagne autrichienne. Ils finissent par trouver refuge dans un vieux château en décrépitude. Très vite, ils vont se rendre compte que ce havre de paix pourrait se transformer en tombeau. De facture très très classique, ce premier récit est ultra-balisé et ne réserve quasiment aucune surprise avec des séquences quasi imposées dans ce genre de littérature : la nature impénétrable, le déchaînement des éléments, les personnages mystérieux qui cachent un lourd secret, une menace diffuse et pénétrante qui grandit au fil des péripéties et les passages obligés d’introspection des héros face à une menace inconnue mais bien réelle. Très gothique dans sa manière de représenter les lieux, le temps et les protagonistes, il se dégage de cette première partie de recueil un charme désuet qui pour autant possède un pouvoir d’attraction indéniable et capte l’attention du lecteur de bout en bout. Une bonne distraction qui se termine de façon bien macabre et logique.

La Cave de Frankenstein se déroule lui dans la ville d’Anvers dans un quartier nécessiteux. Samuel un brocanteur juif proche de la retraite va se retrouver confronté à la créature qui veut plus que jamais que les hommes ne le fuit plus. Il va devoir faire appel à un ami ancien chirurgien désormais clochard alcoolique. Malheureusement pour eux, à vouloir pactiser avec un monstre sans âme, on finit toujours par le regretter... Plus original, ce récit réserve quelques surprises avec notamment des personnages qui sortent quelque peu des sentiers battus (pas trop quand même, on n'est pas face à un récit ultra-original non plus) et notamment un ancien docteur déchu qui va devoir essayer de renouer avec sa passion première. Pour autant, la tâche s’avère très difficile surtout lorsqu’on est proche de la démence lors de crises de manque terrifiantes et très bien rendues par l’auteur. La trame plus "urbaine" inscrit la créature dans un cadre novateur mais pas pour autant plus rassurant, la présence lourde et menaçante est ici une fois de plus inquiétante à souhait avec le renfort de quelques familiers qui feront frémir un certain nombre d’entre vous dans le dernier acte haut en couleur.

Au delà des deux récits, c’est avec une certaine émotion qu’on retrouve le monstre artificiel de Frankenstein toujours aussi mystérieux, inspirant une peur viscérale à tous ceux qui croisent sa route. Muet, imposant, implacable, ses apparitions sont rares mais font toujours leur petit effet. Le contre-point de la peur exprimée par les personnages, perdus face à cette menace insidieuse, partageant leurs appréhensions les plus intimes (avec notamment en commun dans ces deux récits la relation père/enfant en sous-texte), rallonge la sauce angoissante et mène à des scènes fortes qui restent ancrées dans la mémoire du lecteur longtemps après sa lecture (la jeune aveugle dans le salon en flamme, l’opération chirurgicale sur le monstre, la découverte d’une vieille tombe abandonnée dans la forêt, les angoisses des personnages...). L’ensemble est efficace, bien mené. Seul petit bémol, quelques lourdeurs dans le rythme et certains passages s’apparentant à du délayage intempestif avec par exemple un personnage tellement flippé qu’il met trois pages à descendre trois marches, paralysé par des sentiments contradictoires. Une fois ça va, mais quand l’opération s’opère deux / trois fois dans le même roman, on frise le sentiment de déjà lu...

Reste une lecture assez jubilatoire dans le genre si on aime et voue un culte au mythique Franky, de belles pages d’horreur pure et une lecture prenante. Le genre de lecture-récréation qu’on ne peut que conseiller !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé :
- "Frankenstein" de Benoît Becker : T1 "La Tour de Frankenstein'' & T2 "Le Pas de Frankenstein"
- "Frankenstein" de Benoît Becker : T3 "La Nuit de Frankenstein'' & T4 "Le Sceau de Frankenstein"

dimanche 14 mai 2017

Quand Nelfe rend visite à l'abbé !

Je vous en parlais hier sur notre Instagram, j'ai fait une petite virée chez Emmaüs. L'air de rien, histoire de voir si il y avait de nouvelles choses à se mettre sous la dent côté littérature... Mr K étant malade depuis vendredi, je n'avais pas envie de rester traîner à la maison en compagnie de ses virus. Comme cela faisait un moment que je n'avais pas été fouiner dans le coin, l'occasion était donc toute trouvée.

La moisson fut sympathique :

Acquisitions nelfesques ensemble

Comme vous pouvez le voir, je suis restée raisonnable. D'autant plus que je n'ai pas pensé uniquement à moi et que quelques titres sont réservés à Mr K (notez comme je suis un amour d'épouse...).

Se retrouvent donc dans ma PAL :

Acquisitions nelfesques 1

- "Désolations" de David Vann parce que j'aime beaucoup cet auteur (tout simplement). J'ai déjà lu quelques uns de ses titres et à chaque fois ce fut une claque. Mr K m'a offert "Dernier jour sur terre" pour mon anniversaire et je compte bien le lire en premier mais je dois avouer que l'on n'a jamais assez d'ouvrages de cet auteur dans sa bibliothèque ! Une île, un couple, une nature hostile, des difficultés à communiquer. Tout cela me donne furieusement envie d'en savoir plus !

- "Il est de retour" de Timur Vermes parce que je viens de terminer un ouvrage traitant de la seconde guerre mondiale et qu'il fallait forcément que j'en rentre un nouveau ! Ici, on est dans la satire et je pense que je vais bien m'amuser tout en me faisant froid dans le dos (oui j'ai conscience que s'amuser avec un tel sujet parait étrange mais quand un éditeur place cet ouvrage entre Chaplin et Borat, normalement on ne doit pas faire que pleurer en le lisant). Sorte d'uchronie hitlérienne, la montée des extrémismes et la critique de la société et des politiques est au coeur de l'ouvrage. Ça promet !

Et pour Mr K alors ?

Acquisitions nelfesques 2

- "Ortog et les ténèbres" de Kurt Steiner parce que l'histoire m'a tout de suite accrochée et que j'ai su en lisant la 4ème de couv' que ça lui plairait aussi. Une héroïque mission dans l'espace, une quête de l'être aimé au XXXème siècle et une épopée au royaume des morts à travers les cercles infernaux du feu, du poison et de la démence : c'est pour lui !

- "Temps glaciaires" de Fred Vargas. Avant de partir j'ai cru entendre "Hey si tu trouves le Vargas où il y a "glaciaire" dans le titre, tu prends ! Je l'ai pas !". Ah ben ça tombe bien dis donc ! Et dire que de mon côté je n'en ai jamais lu un seul...

- "Procédure d'évacuation immédiate des musées fantômes" de Serge Brussolo parce que rien que le titre intrigue. On a quelques ouvrages de cet auteur à la maison et encore une fois de mon côté je n'ai jamais mis le nez dedans mais force est de constater qu'ici la 4ème de couverture donne furieusement envie ! Voyez plutôt :
"Dans un Paris en partie vitrifié par un récent conflit nucléaire, la crise énergétique fait rage. Pour remédier à la pénurie, un groupe de savants a imaginé de convertir l'âme des morts en électricité. Désormais, les kilowatts sortent tout droit des cimetières ! L'énergie-fantôme, c'est la mort mise au service de l'électroménager, c'est l'au-delà commandé par un interrupteur, le fleuve des morts qui court sur le filament d'une ampoule électrique, le carburant d'outre-tombe grâce auquel vous pourrez, demain, mettre un fantôme dans votre moteur ! Mais comme l'apprendra Georges, le médium-dépanneur qui guérit les téléviseurs par simple imposition des mains, l'énergie-fantôme, c'est aussi... l'enfer !"
C'est pas dit que je ne lui pique pas celui-ci !

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Et enfin, petit bonus pour moi côté couture avec l'achat de 4 patrons vintage qui font leur entrée dans mon atelier :

Acquisitions nelfesques 3

Des pantalons esprit sarouel parfaits pour l'été, des blouses col Mao et deux robes ambiance Mad Men en vacances. J'adore ! En actualisant les tissus, ça peut donner des choses bien sympa. Allez hop, je m'y mets ! Je ne parle pas vraiment de couture ici mais si ça vous intéresse, sur IG, vous verrez que la lecture n'est pas ma seule passion. Bon, là j'ai conscience qu'il y a du challenge (les pantalons sont "super-easy" selon Burda alors je veux bien les croire) mais j'ai bien envie de tenter. Et puis rien que pour les patrons, mes yeux forment des coeurs infinis ! Merci l'abbé !

samedi 13 mai 2017

"Le Cœur sauvage" de Robin MacArthur

9782226322821

L’histoire : Bûcherons, fermiers, vieux hippies, jeunes artistes ou adolescentes rebelles, les personnages de ces nouvelles vivent à la frontière de la civilisation et du monde sauvage, dans des endroits reculés du Vermont. Tous cherchent à donner un sens à leur solitude et à leurs rêves, au cœur d’une nature à laquelle ils sont, souvent malgré eux, viscéralement liés. L’eau noire et glacée des lacs, l’odeur des champs en juin, la senteur de la résine, les forêts à perte de vue...

La critique de Mr K : Pour ceux qui nous lisent régulièrement, vous connaissez mon attachement à la collection Terres d’Amérique de chez Albin Michel. Nombre de recueils de nouvelles et de romans ont su me séduire par l’audace et la vivacité de la langue de leurs auteurs mais aussi la profondeur et l’humanité des personnages qui nous sont bien souvent livrés sans fard mais avec une poésie des mots de chaque instant, de chaque ligne. Avec ce nouveau recueil de nouvelles que j’ai eu l’occasion de lire, on touche au sublime et c’est avec le souvenir vivace d’une lecture exceptionnelle que je m’apprête à vous en parler...

Ce recueil de Robin MacArthur nous propose de rentrer dans l’intimité d’américains moyens habitant tous dans le secteur de Silver Creek aux États-Unis, dans une région marquée du sceau de la nature sauvage et des activités agricoles. Nous sommes donc loin des métropoles et leurs foules inextricables qui s’agitent comme des fourmis. Les histoires personnelles sont très différentes mais leur portée universelle donne à réfléchir et constituent une fois le livre terminé un réseau d’émotions et de réactions très humaines, souvent en relation avec la nature présente dans chacune des historiettes de manière prégnante ou en arrière plan, transcendant les destins déchirés qui nous sont donnés à lire.

Les thématiques abordées dans Le Cœur sauvage sont donc assez variées même si on retrouve quelques lignes de force comme l’attachement à ses racines et la nécessité parfois de devoir s’en affranchir, le retour au pays parfois difficile après une décennie d’absence, le passage difficile de la séparation avec ses parents, l’adultère et les ravages qu’il peut causer dans de vieilles relations d’amitié, la peste brune qui se répand et cause nombre de scissions au sein des familles, le fatum qui semble s’acharner sur certains sans qu’ils puissent faire quoi que ce soit pour sortir du cercle vicieux où ils sont empêtrés, le deuil et comment le surmonter, l’attente insoutenable du retour d’un être cher, l’amour éternel entre deux vieux tourtereaux (une des plus belle nouvelles du recueil), l’identité de la femme et sa résistance au machisme ambiant... C’est autant de petite pépites littéraires qui nous font vibrer et parfois totalement fondre.

C’est une des plus grandes force de ce recueil : l’empathie que l’on peut ressentir envers les personnages qui peuplent ces histoires ordinaires mais pourtant touchantes au possible. Selon les nouvelles, on se surprend à sourire, pleurer, s’énerver, s’attendrir... Toutes les palettes d’émotions y passent sans que l’on puisse les retenir tant l’écriture limpide, lumineuse et poétique accompagne à merveille le lecteur dans la découverte de ces destins. L’ordinaire devient extraordinaire et les hommes et femmes que l’on rencontre prennent une toute autre ampleur que celle que l’on escomptait au départ. La douleur d’une mère devient celle de toutes les femmes, l’amour passionné entre deux vieilles âmes devient l’amour que tout être amoureux porte à son prochain. C’est bouleversant de justesse et de concision.

Tout l’art de la nouvelle réside dans la capacité d’un auteur à boucler en quelques pages (ici entre 10 et 30 maximum) une histoire, un instantané de vie et surtout à rendre crédible et attachant des personnages dont finalement il ne font que brosser un portrait rapide. La mission est ici relevée avec brio avec des personnages denses, des situations complexes et étayées, et une ambiance générale prenante avec en toile de fond la nature qui est ici transfigurée et devient quasiment un personnage à part entière. Les forêts, les champs, les rivières, les lacs sont alors plus qu’un décor mais une partie des âmes écorchées qui nous livrent leurs secrets. Ce naturalisme léger et poétique de bon aloi est une merveille d’immersion et d’intelligence, relevant les histoires et approfondissant encore plus le fond et le contenu. Franchement bravo !

Que dire de plus sinon que ce recueil est un beau condensé de l’existence humaine, une plongée élégante dans l’Amérique d’aujourd’hui et une ode à la liberté. Une pure merveille que je vous encourage à découvrir au plus vite !


jeudi 11 mai 2017

"Choucroute maudite" de Rita Falk

Choucroute maudite

L’histoire : Bienvenue dans le village de Niederkaltenkirchen, Bavière, pour une comédie policière haute en couleur.

Le commissaire Franz Eberhofer, viré de Munich pour raisons disciplinaires, se la coulait douce dans sa bourgade natale : les patrouilles finissaient invariablement devant une bière chez Wolfi, en promenade avec Louis II – son chien –, dans la boucherie de son copain Simmerl ou à table avec sa mémé sourde comme un pot. Ça, c’était jusqu’à ce que les membres de la famille Neuhofer claquent l’un après l’autre, avec la mère retrouvée pendue dans les bois, le père électricien électrocuté, et le fils aîné aplati façon crêpe sous le poids d’un conteneur. Ne reste plus que Hans, le fils cadet.

L’enquête s’annonce déprimante. Mieux vaut prendre des forces et avaler consciencieusement les robustes charcuteries locales.

La critique de Mr K : Retour dans la galaxie Mirobole aujourd’hui avec Choucroute maudite, une comédie policière bien déjantée comme il faut et qui procure un sacré plaisir de lecture en compagnie de personnages vraiment branques et attachants. Attention, une fois que vous avez pénétré dans l’univers farfelue de Rita Falk, il est quasiment impossible de détacher ses yeux du livre avant la toute dernière page.

Franz a été mis au placard dans sa ville natale. Suite à une enquête qui a plus que mal tourné, le voila devenu policier municipal chargé de faire traverser les mômes sur le chemin de l’école, de régler les différents familiaux et vicinaux, ainsi que toute une série de tâches administratives purement déprimantes. Bref, on est bien loin de la carrière haletante qu’il souhaitait entreprendre en rentrant dans la police. Mais bon... il s‘occupe tout de même entre sa famille bien space, les tournées au bar avec les potes et les promenades avec son chien. Mais v’la-t-il pas qu’une série de meurtres étranges se produit dans la si riante et campagnarde ville de Niederkaltenkirchen. Pas n’importe quels crimes en plus, trois morts dans la même famille en un temps record. La coïncidence est bien trop grande et Franz soupçonne très vite les pseudos crimes maquillés en accidents d’être les éléments d’une seule et même machination. L’enquête promet d’être complexe, surtout quand soit même on est au bout du rouleau...

La grande force de cet ouvrage réside dans ses personnages. Honnêtement, on passe son temps à se gondoler entre le flic déprimé amateur de bonne chair et de bière, le papa allumé fumeur de joints qui ne sait comment montrer à son fils qu’il l’aime, les copains relous qui ne vous aident pas, la belle-sœur roumaine allumeuse et la mémé complètement sourde, obsédée par les promos de toutes sortes, amatrice de coups de kick-boxing dans les tibias des malheureux qui croisent sa route et auraient le mauvais goût de la contredire ou de lui déplaire. Il se dégage de l’ensemble une folie douce qui vous emmène loin dans le délire et le sourire ne se démarque jamais de votre visage.

Alors certes, l’intrigue policière en elle-même est plutôt mince et la solution apparaît très vite dans l’esprit d’un lecteur expérimenté dans le domaine des enquêtes policières mais on ne peut que succomber au charme de ce roman qui accumule les situations ubuesques sans retenue et avec un amour profond pour les personnages qui se débattent comme ils peuvent avec leurs existences. Et puis, si comme moi, vous êtes amateur de belles tablées, entre repas gargantuesques et bonnes descentes liquides, vous serez comblés car la mémé est un cordon bleu et le héros lève très bien le coude. Les instantanés de vie livrés ici sont à la fois réjouissants, crédibles et parfois très touchants (les rapports parents/enfant, la quête si compliquée de l’amour).

Le point de vue adopté y est aussi pour beaucoup, toute l’histoire nous est retranscrite à travers les yeux du héros, policier déchu, bouffi par l’alcool et la nourriture qui erre dans la campagne avec son chien telle une âme damnée. Pour autant, il n’est pas vraiment malheureux, il trouve l’occasion de draguer, flemmarde pas mal, s’occupe de sa grand-mère et essaie de faire son travail du mieux qu’il peut. On prend donc en pleine tête toutes ses réflexions, bien souvent familières et décalées qui font la part belle à l’humour et parfois au désenchantement. L'alchimie fonctionne, on prend fait et cause pour lui et l’accroche est durable et dense.

Au final, on arrive au dernier chapitre sans s’en rendre compte avec un plaisir qui ne se dément jamais et un final réussi. Et dire que ce tome n’est que le premier d’une série qui fait fureur outre-Rhin... Espérons qu’il en soit de même par chez nous pour que nous puissions suivre les aventures de ce commissaires hors du commun et surtout retrouver Mémé qui est sans conteste LA star de cet ouvrage !

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mardi 9 mai 2017

"Dexter revient !" de Jeff Lindsay

Dexter 2L'histoire : Voici notre cher Dexter - expert judiciaire de la police de Miami le jour, tueur en série la nuit - doublement menacé. D'un côté le sergent Doakes, insensible à son apparence de gentleman, traque le "Passager Noir", l'autre moi sanguinaire et justicier de Dexter. De l'autre, un psychopathe particulièrement pervers laisse Dexter sans voix alors que son appétit meurtrier se réveille. Lequel de ces monstres rattrapera l'autre le premier ?

La critique Nelfesque : Après avoir lu "Ce cher Dexter" l'an dernier, il était temps de s'attaquer à "Dexter revient !", second tome de la saga Dexter bien connue pour son adaptation télévisuelle.

Un ton en dessous du tome précédent, l'enquête est, disons-le, assez anecdotique. On part ici dans un sens, puis dans un autre, pour revenir sur les premiers éléments d'intrigues à la toute fin et voir l'ensemble assez bâclé. Bon... Effectivement côté thriller et suspense, j'ai connu beaucoup mieux.

Toujours est-il que c'est avec plaisir que le lecteur continue son bout de chemin au côté de Dexter, personnage énigmatique et intrigant, si fascinant par son côté froid et dénué de sentiments. Le point fort ici encore réside dans le fait que le lecteur est dans la tête de Dexter et le moins que l'on puisse dire c'est que ce n'est pas triste ! Le côté décalé et humour noir est ce qui marche le mieux. Certaines situations sont truculentes et les personnages qui l'entourent ne sont pas en reste pour lui donner la réplique. Entre Deb, sa soeur, cash et garçon manqué, Masuoka, complètement obsédé, Batista, encore en retrait et à découvrir, Rita, dans son monde idéalisé, Dex a de quoi faire et naviguer à vue suivant les désirs des uns et des autres.

Dans l'histoire de ce tome, le sergent Oakes est sur les talons de Dexter. Persuadé qu'il a quelque chose à se reprocher et que tout est trop beau chez lui pour être honnête, il ne le lâche pas d'une semelle et le file dans le moindre de ses mouvements. Plus que jamais Dexter doit alors jouer son rôle de genre idéal et ne montrer aucune faiblesse dans son jeu d'acteur. Personne n'est dupe, chacun attendant le faux pas de l'autre, et livre au lecteur une guerre des nerfs assez efficace.

Côté enquête, ça aurait pu être bien gore mais à mon sens ici tout est beaucoup trop survolé pour vraiment nous mettre dans l'ambiance. Un tueur sévit dans les parages et aime démembrer avec soin ses victimes avant de leur arracher la langue et les dépecer. Hum, bon appétit ! Il y a un petit côté "Seven" dans ce procédé surtout lorsque l'équipe découvre un corps encore en vie mais psychologiquement très atteint (tu m'étonnes !). Écris noir sur blanc ça fait froid dans le dos, dans le roman, ça fait mauvais remake. Bref, pas un seul frisson. Dommage.

Vous l'aurez compris, pour du pur thriller qui fait froid dans le dos et fait passer de bonnes nuits blanches à cauchemarder, vous pouvez repasser. En revanche, si vous êtes fan de la série TV et avez envie de découvrir un peu plus les personnages en les accompagnant encore un peu, la saga littéraire et "Dexter revient !" en particulier (ben oui parce que c'est quand même de ce tome ci que l'on parle aujourd'hui) sont faits pour vous. A réserver toutefois aux gros lecteurs qui ne passeront pas 15 jours sur le roman et s'amuseront pendant 1 jour ou 2 à se balader dans la tête du plus charmant psychopathe que la Terre n'ait jamais porté ! Enjoy !

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lundi 8 mai 2017

"De l'arsenic pour le goûter" de Robin Stevens

arsenicgoûter

L’histoire : "Je n'aimais pas du tout ce grossier Mr Curtis, et d'après les vibrations de colère que je percevais chez Daisy, j'ai compris qu'elle partageait mon opinion. Son rire contenu, comme s'il lançait des plaisanteries que les autres ne pouvaient pas comprendre... Les joues roses de Lady Hastings... Pas de doute, il se passait quelque chose."

Nouvelle affaire pour les détectives privées Daisy et Hazel !

Daisy fête son anniversaire avec la famille au grand complet dans sa maison de Fallingford. Mais l'ambiance est étrange : M. Curtis, un invité surprise que tout le monde déteste, ne semble vraiment pas digne de confiance.

Le thé est servi, M. Curtis tombe gravement malade, empoisonné. Que s'est-il passé ?

Difficile d'enquêter quand on imagine que tout le monde a une bonne raison d'être coupable...

La critique de Mr K : Voici le deuxième tome d’une série de livres policiers écrits à destination de la jeunesse par Robin Stevens, un écrivain qui m’avait séduit par la qualité de son écriture (entre classicisme et références détournées) et l’intrigue maligne qu’il avait su proposer à nos chères têtes blondes (voir chronique d'Un Coupable presque parfait). Ayant dévoré Conan Doyle en étant pré-ado, j’avais goûté avec plaisir à un ouvrage bien mené aux personnages attachants. C’est donc avec un à priori positif que j’entamai cette lecture.

On retrouve, dans De l'arsenic pour le goûter, Daisy et Hazel (respectivement présidente et vice-présidente du club des détectives) dans le manoir familial de la première. Ce sont les vacances de Pâques et Daisy va y fêter son treizième anniversaire lors d’un goûter organisé par Lady Hasting, sa bourgeoise de mère qui l’infantilise trop. Nombreux sont les invités et parmi eux, un certain Monsieur Curtis qui fait l’unanimité contre lui par son attitude et son comportement fortement déplacés dans le cadre strict de la société de l’époque (rappelons que l’action se déroule au début des années 30). Le premier acte met en place la situation, présente au détour de certains paragraphes les différents protagonistes et replacent les jeunes filles et leur caractère respectif dans l’esprit des lecteurs.

Arrive finalement le fameux goûter fatidique pendant lequel l’indélicat individu se retrouve empoisonné et succombe dans d’atroces souffrances. L’arsenic n’est pas forcément délicat dans son action qui ressemble à s’y méprendre à une bonne vieille dysenterie des familles. Ni une ni deux, les deux amies commencent à enquêter. Après tout, elles avaient bien aidé la police lors de la première affaire dans laquelle elles s'étaient retrouvées mêlées et, un orage terrifiant s’abattant sur la région, les forces de l’ordre ne pourront pas arriver avant deux jours ! C’est le début de l’investigation qui commence avec les constatations nécessaires, le dressage d’une liste de suspects et la recherche d’indices. Mais comment mener une enquête de manière sûre quand on soupçonne les propres membres de sa famille et que l’on a seulement treize ans ? Ce sera rude et les péripéties seront nombreuses avant l’ultime révélation qui fera son petit effet...

Une fois de plus, cet ouvrage de Robin Stevens aiguisera à merveille les appétits des futures amatrices de romans policiers en devenir. Il s’oriente clairement vers le public féminin à travers le point de vue adopté et notamment les rapports père-fille qui sont admirablement développés dans ce volume. Il n’y a rien de sexiste pour autant dans le contenu mais les plus jeunes pourront facilement s’identifier aux héroïnes : soit à la douce et posée Hazel ou alors à la fougueuse et déterminée Daisy (qui va tout de même en affronter de belles une fois de plus). Les deux jeunes filles sont toujours aussi charismatiques, le duo fonctionne à la perfection surtout qu’interviennent ici deux de leurs camarades invitées pour l’occasion qui détonent par leur crédulité et leur sottise. Cela renforce le charme du duo principal et les met en valeur.

Le jeu de piste est savamment orchestré dans la droite lignée d’auteurs comme Agatha Christie et Conan Doyle, il se dégage une fois de plus un charme désuet, so british alors que l’auteur est américain. L’addiction est quasi immédiate car on rentre vraiment dans une époque et ceci sans lourdeurs excessives et effets de manche gratuits. Formidablement reconstitués, l’ambiance, l’atmosphère et les codes en vigueur dans cette maisonnée bourgeoise donnent un charme fou à cette histoire de meurtre bien mystérieuse. Bien qu’habitué au genre, la révélation finale a réussi à me surprendre malgré mon âge, on se prend vraiment au jeu des déductions des deux gamines qui bien que jeunes ont un grand sens de l’orientation et de la réflexion. C’est à la fois fun et très sérieux, et l’on passe vraiment un bon moment.

L’écriture est très accessible mais pas simpliste, parfois légère et décalée, cela n’empêche pas certains passages d’être plus graves notamment par rapport aux questions liées au meurtre ou aux rapports conflictuels entre les deux parents de Daisy. La nuance est de mise ainsi que la profondeur derrière une aventure policière qui pourrait paraître banale au premier abord. Ce récit à la Cluedo a beaucoup de saveur, possède une efficacité redoutable et apportera suspens et émotions divers au jeune lecteur amateur d’enquêtes et de mystère. Une très bonne lecture à faire découvrir.

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vendredi 5 mai 2017

"Niourk" de Stefan Wul

 

niourkbilal

L’histoire : Un jour, dans la tribu de Thoz, le Vieux décide de tuer l’Enfant noir. Simplement parce qu’il le gêne, parce qu’il est différent des autres. Alors, l’Enfant noir s’enfuit. Il s’enfuit vers Niourk, l’ancienne ville de New York où ne subsistent plus que des ruines et d’étranges mécanismes.

Quête semée d’embûches : sur cette terre ravagée par un cataclysme, l’Enfant noir doit faire alliance avec un ours, et combattre de monstrueuses pieuvres mutantes. Grâce à elles, il acquiert une intelligence fabuleuse, des pouvoirs multipliés. Quand il revient vers sa tribu, l’Enfant noir est devenu l’égal d’un dieu...

La critique de Mr K : Voici un roman jeunesse précédé d’une flatteuse réputation que je trouvai inopinément lors d’un chinage de plus. Je connais déjà l’auteur notamment grâce à son titre le plus connu Oms en série (aka La Planète sauvage dans sa version cinématographique) qui m’avait grandement charmé lors de ma lecture. La couverture de Bilal aidant, l’oeil accroché par le visuel puis l’esprit charmé par la quatrième couverture, je décidai de me lancer dans l’aventure post-apocalyptique proposée ici.

Dès le premier chapitre, on plonge dans le chaos. Les hommes semblent être revenus à l’état sauvage. C’est ce que l’on peut constater avec les premières pages qui font la part belle à la description du mode de vie de la tribu Thoz où se trouve un mystérieux enfant noir, mis au ban de cette société primitive à cause de sa différence. Peuple de chasseurs cueilleurs, ils vivent dans la plus grande précarité et selon un schéma de vie simplissime : la chasse est la vie, les femmes servent à la procréation, les hommes ramènent la pitance pour eux et leurs chasseurs de collègues, les femmes et les enfants se contentant des rogatons, s’il y en a.

Mais voila qu’un jour, le sage du village décide de la mise à mort de l’Enfant noir qui porterait le mauvais œil sur le groupe. Le jeune garçon décide de suivre ses traces lors d’une expédition vers une étrange cité qui serait habitée par les dieux. Une fois sur place, il va aller de découverte en découverte, ouvrant son regard et son esprit vers un glorieux passé désormais révolu. Il en reviendra définitivement changé, plus fort, plus sensible et plus intelligent. Les rôles vont s’en retrouver inversés et un long exode commence vers Niourk, cité mythique située en bord de mer. Les héros du roman ne sont pas au bout de leurs surprises !

Ce livre se lit d’une traite et sans temps mort. Histoire classique mais universelle qui voit l’opprimé prendre son destin en main et renverser la tendance, Niourk a un charme fou. L’écriture y est pour beaucoup et Wul s’avère très bon pour s’adresser à un jeune public sans pour autant trop filtrer son écrit au nom d’une quelconque morale cucul. C’est franc et direct, parfois cruel mais jamais gratuit avec au final une belle leçon de tolérance et une ode à la connaissance lors de l’évolution en accéléré du jeune héros (le passage sur l’apprentissage du langage - 2 pages - est une merveille). Le rythme est rapide, parfois haché par des ellipses bien pensées dont le contenu est révélé par la suite par le croisement d’autres points de vue (parfois très improbables d’ailleurs, le passage avec le jaguar est assez bluffant).

L’univers post-apocalyptique est ici saisissant de réalisme et montre du doigt une fois de plus l’incurie des hommes face aux dangers qui menacent notre si belle planète. Pollution et mutations ont crée un monde vide d’êtres humains, où la nature a repris ses droits sur les hommes et leurs constructions. Cela donne aussi bien de belles sessions de terreur face à des menaces naturelles que de belles pages descriptives de mondes disparus dont des métropoles totalement automatisées où ne subsistent qu’une Intelligence Artificielle continuant de fonctionner malgré le départ des êtres humains. L’auteur ne s’attarde pas trop pour autant sur les évolutions technologiques ou les scènes d’action, ce roman s’apparente plus à un voyage initiatique jalonné d’étapes clefs dans la construction et le développement de l’Enfant noir et son retour parmi les siens qui va tout changer. C’est beau, brillamment pensé et très bien construit même si je dois avouer que j’ai trouvé la pirouette finale trop rapide, l’ouvrage méritant sans aucun doute une vingtaine de pages supplémentaires pour être un réel incontournable. Reste un petit goût d’inachevé au milieu d’un océan de qualité.

Pour autant, le plaisir est là, l’efficacité au RDV et c’est un voyage bien étrange qui nous est proposé. Je pense que cet ouvrage peut être une très belle première marche pour un jeune qui déciderait de découvrir la SF en lecture. Facile d’accès, il représente avec goût et talent le genre post-apocalyptique sans galvaudage ni exagération. Une lecture intéressante et réussie que je ne peux que vous conseiller !

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mercredi 3 mai 2017

"La Compagnie d'Ulysse" de Jean-Marie Chevrier

La Compagnie d'UlysseL'histoire : C’était il y a longtemps, au tournant des années 60 et 70, entre le Paris du Quartier latin et les solitudes creusoises. Un jeune provincial timide tente de se bâtir une existence qui ressemblerait à ses rêves : vivre pleinement son époque, sa passion pour le théâtre et son goût immodéré de l’amitié. Pourquoi ne pas construire son "Ithaque", avec quelques amis comédiens improvisés, et partir sur les traces d’Ulysse ?
Mais la tornade de Mai 68, voulant faire table rase du passé, remet l’odyssée à plus tard, le détournant de ses désirs et le confrontant à une réalité plus prosaïque. Comme dans le théâtre de Tchekhov, l’Histoire passera-t-elle sous ses yeux sans même qu’il s’en aperçoive ? Sera-t-il trop tard… tout à coup ?

La critique Nelfesque : Je découvre Jean-Marie Chevrier avec "La Compagnie d'Ulysse", ouvrage faisant la part belle au monde du théâtre et à la recherche de sens dans la vie de chacun.

Un jeune étudiant en médecine fait la connaissance d'une troupe de théâtre parisienne dont il va partager la passion. Entre découverte du monde artistique, aspirations et rêves des uns et des autres, il va grandir avec ses nouveaux amis, apprendre de nouvelles choses et donner un but à sa vie.

Avec un intérêt commun pour Ulysse et la mythologie grecque, ils vont ensemble partir sur les traces de leur héros, construire leur histoire commune, monter des projets et vivre leurs rêves. A la fin de ses études, notre jeune étudiant va rejoindre la Creuse, sa région natale, où il va monter son cabinet dentaire et ainsi financer et participer à la construction de leur bateau qui permettra à tous de faire le même voyage qu'Ulysse. Dans sa petite ville désertée, il va gravir pas après pas les obstacles et devenir un homme.

Mais en plein contexte post mai 68, le village va subir des mutations. De nouveaux habitants vont arriver et peu à peu changer les mentalités des plus ancrés sur ces terres creusoises. Le jeune dentiste devient la cible de critiques, certains voyant en lui l'incarnation du capitalisme. En "amassant" de l'argent et "exploitant" un jeune du village pour la construction de son navire, le choc des cultures a lieu. Pris en étau entre ses rêves et l'actualité, difficile de continuer sereinement à oeuvrer à son projet sans se questionner sur ses agissements.

Quand devient-on un homme ? Qu'est ce qu'être un homme ? Quel sens donner à sa vie ? Quelles valeurs voulons-nous respecter et transmettre ? Telles sont les questions qui sont soulevées dans ce roman à l'écriture simple et accessible. Un voyage sur les traces d'Ulysse, un voyage dans la vie d'un homme et son cheminement de pensées et un regard distancié sur les événements de 1968 et les traces qu'ils ont laissé dans la mentalité des français. Portrait d'une époque et d'une génération.

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