vendredi 22 août 2014

"La Patience du diable" de Maxime Chattam

la patience du diableL'histoire: Le Mal peut-il contaminer ceux qui le traquent ? Un go-fast pris en flag qui transporte bien pire que de la drogue... Deux ados qui tirent sur les passagers d’un TGV lancé à pleine vitesse... Des gens ordinaires découverts morts... de terreur. Le Diable mène le bal, le monde est devenu fou. Lieutenant à la Section de Recherche de Paris, Ludivine Vancker comprend bientôt qu’un fil sanglant relie ces faits divers. Rien ne pourra l’empêcher de remonter la piste à sa source. Aux racines de la peur.

La critique Nelfesque: "La Patience du diable" est la suite de "La Conjuration primitive" sortie l'an dernier. Une suite sans en être vraiment une puisque ce sont bien 2 romans différents qui peuvent être lus indépendamment l'un de l'autre mais où l'on retrouve certains personnages dont Ludivine et Segnon que nous avions quitté au terme d'une enquête haletante dans un final éprouvant.

L'histoire commence avec une tuerie dans un train. Aux bouts des armes, 2 adolescents. Une scène d'une violence pure où les principaux acteurs sont des gamins que rien ne disposait à commettre de telles actes. Peu à peu la violence se propage comme une épidémie et des actes similaires, des actes de folie, des pétages de plombs, sont perpétrés aux 4 coins de la France.

Qu'est ce qui pousse des personnes lambda, des hommes et des femmes que l'on croise dans la vie de tous les jours, à de tels agissements? La violence engendre-t-elle la violence? Une même personne serait-elle à l'oeuvre pour tirer les fils de cette gigantesque machination? Le diable en personne? Ludivine, Seignon et la cellule de gendarmerie mise en place sur la première enquête va essayer de faire le lien, comprendre ce qui se passe et enrayer cette machine lancée à vive allure.

Ce nouveau Chattam est encore une fois très efficace. "La Patience du diable" est un bon page turner, Chattam a une écriture simple et efficace qui tient en haleine et les amateurs de thriller trouvent en lui une valeur sûre pour passer un bon moment d'horreur. Il faut aimer le sang, les tripes, les situations gores pour se lancer dans cette lecture. Si vous êtes sensibles, mieux vaut vous abstenir sous peine de faire quelques cauchemars.

Ce n'est pas le premier roman de cet auteur que je lis et dès les premières pages, il n'y a pas de doute, c'est bien du Chattam. La scène du TGV est une tuerie dans tous les sens du terme et "La Patience du diable" commence sur les chapeaux de roue. Je constate avec le temps que Chattam a tendance à répéter sa recette qui fonctionne bien mais qui peut aussi lasser. Les mêmes ficelles sont utilisées, l'horreur prend de l'ampleur plus on avance dans l'ouvrage et certaines scènes peuvent paraître "too much". Rien de nouveau sous le soleil dans le processus d'écriture mais après tout quand ça fonctionne on ne peut pas vraiment se plaindre. Chattam a suivi des études en criminologie et ça se sent. Il détaille beaucoup, utilise la psychologie des personnages pour construire ses récits et appuie sur des détails bien précis. Lors de ma première lecture, "L'Ame du mal", j'ai été conquise par cette construction de roman. Je dois avouer qu'au bout de 6 ouvrages, ça ne fonctionne plus autant qu'avant sur moi. Je savais où l'auteur voulait me mener, j'ai trouvé qu'il enfilait les clichés comme des perles et j'ai deviné l'identité du grand méchant très vite dans ma lecture. Dommage...

Vous l'aurez compris, je n'ai pas vraiment accroché à ce présent roman. Sans pour autant dire que c'est un mauvais roman, car ce n'est aucunement le cas, les assoiffés de thrillers dont je fais partie le trouveront "tout juste bon". L'histoire est bien trouvée, les scènes clés sont efficaces mais il manque le petit supplément d'âme, le détail d'écriture ou de construction du récit qui fait basculer le roman sympa en p***** de roman qui déchire. Si vous n'avez jamais lu de Chattam, si le thriller n'est pas l'un de vos genres préférés et donc que vous n'en avez pas lu des centaines comme moi, ça pourrait fonctionner. En ce qui me concerne, j'attends maintenant plus qu'un page turner sanglant pour être bluffée.

Un bon rythme, des scènes chocs et un fond intéressant qui consiste à dire que l'horreur est partout, en chacun de nous, et que le monde et nos rapports aux autres évoluent dans un terrain violent où sont mises en avant des situations affreuses et inimaginables. Les guerres, la crise, les agressions, les violences quotidiennes, les meurtres, les malversations ... sont autant de causes qui font monter la pression et élèvent notre seuil de tolérance à l'horreur. Chattam a su mélanger tout cela pour donner à penser que l'issue qu'il développe dans son roman est tout à fait envisageable dans le monde d'aujourd'hui. Malgré cela, c'est avec un sentiment mitigé que j'ai fermé ce livre et je crois que mon avis ici exprimé va dans ce sens. Un roman sympa... sans plus.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "L'Ame du mal"
- "In tenebris"
- "Maléfices" (ah mais mince, je ne l'ai jamais chroniqué celui là...)
- "Les Arcanes du chaos"
- "La Conjuration primitive"

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mercredi 20 août 2014

"La Guerre du froid" de Robert Silverberg

la guerre du froid

L'histoire: En 2650, la Terre est sous les glaces et les villes, devenues souterraines, refermées sur elles-mêmes depuis trois siècles, ont tout oublié de la nature. Huit new-yorkais, bravant la loi, tentent de joindre Londres par radio: condamnés pour haute trahison, ils sont exilés dans le froid, face aux loups, aux chasseurs nomades retournés à la préhistoire.
Ramèneront-ils un jour les hommes vers le soleil?

La critique de Mr K: Je suis un grand amateur de Silverberg depuis ma lecture du volume paru chez Omnibus, Voyage au bout de l'esprit, et dévoré il y a déjà bien longtemps! Je ne savais pas avant de tomber sur La Guerre du froid qu'il avait écrit pour les plus jeunes. Sautant sur l'occasion de repratiquer un écrivain à la langue sensible et poétique, je n'hésitais pas une seconde et acquérais ce présent volume.

Les puissances du Nord ont été vaincues par la nouvelle ère glaciaire et ont enterré leurs cités sous la terre. Ils sont coupés du monde et ont prohibé tout contact avec l'extérieur. Un groupe d'idéalistes néo new-yorkais ayant constaté un radoucissement du climat tentent de communiquer avec Londres. Pour cela, ils sont bannis par le conseil municipal constitué de vieillards omnipotents qui ne voient pas d'un bon œil le moindre changement ou évolution de la situation qui leur convient parfaitement, leur permettant d'asseoir leur position. Jim, son père et leurs compagnons vont alors commencer un périple à travers la neige et la glace jusqu'à l'ancienne capitale anglaise. Longue et ardue sera leur quête entre imprévus, rencontres et surprises.

Voici un roman qui se lit très vite et très facilement. Il convient très bien pour une première approche SF pour néo-lecteur. L'histoire est certes convenue mais elle est bien maîtrisée et très accessible malgré des thématiques importantes, réflectives et engagées. On retrouve le goût pour le consensus, l'échange et la discussion que Silverberg prône dans nombre de ses écrits. Loin pour autant de verser dans le naïf et le pacifisme forcené, il se dégage ici une réelle humanité qui s'exprime à travers ce voyage quasi initiatique.

De nombreuses péripéties attendent nos exilés entre rencontres de nomades retournés à l'âge de pierre, animaux polaires déplacés vers des terres plus australes, les pépins classiques rencontrés par toute expédition et la fatigue morale et physique qui peut en découler. Dans la gestion de son récit, Silverberg fait preuve de sa finesse habituelle dans le traitement de la psychologie de ses personnages. Ne vous attendez pas à de grosses surprises si vous êtes un lecteur affirmé mais l'ensemble ici est suffisamment dense pour passer un agréable moment et procurer l'envie de continuer la lecture.

J'ai aussi adoré les passages plus descriptifs que j'ai trouvé à la fois succincts et percutants. Pas de grands paragraphes interminables mais quelques phrases disséminées ici et là illustrant à merveille l'aventure qui nous est livrée: la ville souterraine isolée de tout, le grand ascenseur permettant de rejoindre la surface, les glaciers immenses qui ont recouvert une bonne partie de l'hémisphère nord, la banquise et son climat difficile, le mode de vie des autochtones... Autant de petit tableaux saisissants de réalisme et teintés de poésie à l'occasion.

Au final, on passe un très bon moment et même si la fin m'a semblé quelques peu expédiée, on reste sur une bonne impression et une belle vision post-apocalyptique. Avis donc aux amateurs et aussi aux plus jeunes qui souhaiteraient s'essayer à la SF.

dimanche 17 août 2014

"L'Arabe du futur" de Riad Sattouf

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L'histoire: Ce livre raconte l'histoire vraie d'un enfant blond et de sa famille dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d'Hafez Al-Assad.

La critique de Mr K: Une très belle découverte aujourd'hui avec cette BD de Riad Sattouf, L'Arabe du futur, qui m'a été prêté par l'amie Tiphaine. Merci à elle pour cette plongée à la fois tendre et sans concession dans la mémoire familiale de l'auteur, j'ai littéralement dévoré les 158 pages de ce premier volume sous-titré: Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984). Vivement le volume 2 pour suivre la fin de l'histoire mais rassurez-vous, on peut lire ce tome seul sans avoir de regret ou d'attente insoutenable!

Le petit Riad est issu d'un mariage mixte. Son père est syrien et sa mère est bretonne (un très bon point pour lui!). Il est beau comme un dieu et a un succès sans faille avec toutes les dames qui croisent sa route et le trouvent trop mignon. La BD commence donc légèrement, avec la description de la cellule familiale et l'insouciance du très jeune héros (2 ans au tout départ). Très vite cependant, il se retrouve en Lybie car son père a accepté un poste là-bas comme maître de conférence. Toute la famille le suit donc dans un pays sous dictature d'inspiration marxiste. L'expérience se révélera enrichissante mais aussi très rude, ils iront ensuite en Syrie où ce ne sera guère mieux malgré quelques fulgurances joyeuses et l'arrivée du petit frère.

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Riad Sattouf s'était fixé comme objectif de "Raconter le Moyen-orient à travers le regard candide d'un enfant […]. Un enfant dénué de la grille de lecture que l'on acquiert une fois adulte, et qui dépend de l'endroit où on a grandi. Je voulais raconter des faits, sans jugement". Le contrat est largement rempli selon moi! La figure tutélaire du père, un homme plein de contradictions, adepte du panarabisme et traditionnel mais aussi passionné par le progrès et l'éducation. Difficile d'ailleurs de se faire un avis tranché sur Abdel-Razk Sattouf tant il m'a marqué dans des directions différentes. Il peut être aussi tendre que dictatorial avec sa petite famille. La figure maternelle tempère l'ensemble malgré un effacement important face à son mari. Pour autant, elle ne se laisse pas toujours faire et veille fortement au bon développement des petits et à leur épanouissement. En cela, ce premier tome relate à merveille le microcosme d'une famille multiculturelle mais soudée.

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L'autre point fort de cette œuvre est l'évocation qui y est faite du Moyen-Orient de l'époque, fruit d'une observation enfantine naïve mais non dénuée de nuance. Fourmillant de détails critiques, acerbes (petites flèches désignant des objets dans les cases), Sattouf nous propose de replonger dans son enfance dans des pays que nous connaissons mal à part quand une guerre, une révolte voir une révolution s'y déclenche. Certes, on cerne très vite la nature autoritaire du régime en place, la cruauté des mômes entre eux et la désolation qui peut y régner, mais on fait aussi la rencontre de vraies personnes avec des noms (et non un énième chiffre comptabilisant des victimes quelconques et anonymes). Et oui, cet ouvrage est aussi une belle galerie de portraits allant des simples gens aux puissants qui sont évoqués à travers le rappel de quelques faits politiques et autres discours de propagande. À travers ses anecdotes et l'histoire de sa famille, Riad Sattouf propose au lecteur une véritable petite leçon d'histoire politique, sociologique et intimiste du monde arabe.

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Je connaissais pas Riad Sattouf le dessinateur (j'avais vu et moyennement apprécié son premier film Les Beaux gosses) mais je dois reconnaître qu'il a un talent incroyable pour raconter les histoires. L'immersion est immédiate et totale, difficile dans ces conditions de lâcher le volume avant de l'avoir intégralement parcouru. Le dessin est simple mais pas simpliste et la limpidité est le maître-mot de Riad Sattouf. Baignant dans une atmosphère de bichromie changeante au gré des lieux traversés, on passe de la comédie pure (les tribulations du jeune Riad ne sont pas forcément toutes dramatiques) à des moments beaucoup plus sombres. Le juste équilibre est très bien trouvé et cette BD procure un plaisir rare de lecture entre divertissement, découverte et prise de conscience.

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Premier volume d'un triptyque devant s'achever en 2016, L'Arabe du futur est à découvrir au plus vite tant il conjugue à merveille beaucoup de qualités que l'on retrouve rarement rassemblées. Un must!

mercredi 13 août 2014

"Adolf (roman hystérique)" d'Olivier Costes

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L'histoire: Fraîchement arrivé au lycée, Adolf est un ado moustachu, envahissant et totalement ingérable, aussi cruel que raciste. Pourtant, la directrice, Mme Maréchal, octogénaire prête à tout pour défendre la devise de son établissement, Travail, Famille, Poterie, est très accommodante. Plutôt que d'affronter le tyran en herbe, elle préfère collaborer avec sa clique aussi grotesque que maléfique: Hermann, Heinrich, Martin, Klaus... et la blonde Eva...

La critique de Mr K: Attention roman jubilatoire! Bel angle d'accroche que celui choisi par Olivier Costes et Osaka éditeur pour parler de la montée des extrêmes avec "Adolf (roman hystérique)". Imaginez un peu, vous reprenez quasiment tous les éléments biographiques du führer du IIIème Reich et vous les transposez dans une petite fiction se déroulant à notre époque dans un lycée des plus classiques (quoique...). Le résultat est bluffant et oblige le lecteur à faire constamment des aller-retour entre l'Histoire et le récit.

Le jeune Adolf veut dératiser son lycée (comprendre exterminer les juifs) et remporter le championnat de football (la 2nde guerre mondiale). Il aura fort à faire avec le grand Charles parti en voyage linguistique en Angleterre en laissant son lieutenant Jean sur place pour veiller à la résistance face aux avancées de ce phénomène inquiétant. Autant de parallèles qui se glissent à chaque ligne voir chaque phrase et qui m'ont beaucoup diverti. Ce livre permettra sans doute à un grand nombre de réviser leur Histoire sans se prendre la tête avec un récit à la fois fourni et intelligent, constellé de jeux de mots plus réussis les uns que les autres et une documentation assez remarquable sur la personnalité d'Hitler, éléments régurgités ici dans un personnage aussi repoussoir que ridicule mais qui en 1932 a su séduire une majorité d'électeurs.

On assiste plus ou moins à ce phénomène de montée des extrémistes depuis quelques années dans notre pays. Des choses au départ inacceptables ou indicibles sont devenues tolérées voir acceptées par un nombre de plus en plus grandissant de personnes avec le concours des médias (au premier rang desquels les chaînes d'information en continu). Là où ce livre est salvateur (n'oublions pas qu'il s'adresse essentiellement à un jeune public d'au moins 13 ans) c'est qu'il montre à la perfection les mécanismes de la manipulation par la peur et la haine de l'autre et de la répression. Ceci pas seulement chez les extrémistes affichés, mais aussi parmi la plèbe, les anonymes qui ont laissé faire, laissé proliférer un tel obscurantisme mâtiné de bêtise crasse et de peur infondée (c'est un peu la définition du racisme, non?). Sartres ne disait-il pas que le véritable salaud est celui-ci qui n'agit pas?

Ce fut donc une excellent lecture entre cynisme, satire et Histoire. Un bon moment qui ne peut que faire écho à l'actualité toujours aussi sombre et la manie de l'espèce humaine à retomber dans ses travers passés. La maxime qui énonce que le passé éclaire le présent prend ici tout son sens et ceci de manière accessible et ludique. Un bien bel ouvrage que je ne peux que conseiller!

samedi 9 août 2014

"L'attrape-coeurs" de J.D. Salinger

Salinger

L'histoire: C'est l'histoire d'un garçon perdu et à la dérive, qui cherche des raisons pour continuer à vivre dans un monde devenu hostile et corrompu.

La critique de Mr K: Il s'agit d'un compte rendu de relecture aujourd'hui avec ce classique de Salinger, "L'Attrape-coeurs", que j'avais lu lors de mon adolescence et que j'avais beaucoup aimé. Une fois de plus, c'est le hasard du chinage qui mettait ce volume sur mon chemin, n'ayant pas ce titre dans notre bibliothèque, il me semblait criminel de ne pas l'acquérir...

Holden Caulfield est un adolescent américain de 16 ans issu d'un milieu favorisé. Il vient de se faire renvoyer de son collège et hésite à rentrer directement chez lui. Il prend le train pour New York. Ces trois jours de fugue sont l'occasion de petites aventures, de rencontres, et finalement révèlent un profond désarroi.

Ce livre n'a pas pris une ride depuis son écriture en 1945. Il faut dire que sa thématique est intemporelle, il est question ici du passage à l'âge adulte ou du moins de sa prise de conscience par un jeune en pleine rupture avec le monde qui l'entoure. Il déteste l'école, Holden a du mal à se situer et il a déjà connu des drames dont la perte de son jeune frère qu'il aimait plus que tout. Le lecteur est partagé entre sa rébellion légitime et son immaturité latente.

Holden m'a tout de même profondément touché par le caractère d'urgence qui souffle sur le roman car il a fugué de son école et va devoir l'annoncer à ses géniteurs trois jours après. Il va se passer énormément de choses pendant cette parenthèse de liberté et l'on tend alors vers la parabole initiatique avec des passages tantôt drôles (les moments où Holden râle sur le cinéma, ses idées étranges, ses mensonges notamment), tantôt plus dramatiques. Avec l'âge, ce sont les chapitres consacrés à son rapport aux filles (le RDV avec Sally est assez croustillant dans son genre!) et aux femmes qui m'ont le plus marqué notamment celui avec la prostitué où il se rend compte qu'il lui reste bien du chemin à parcourir avant de s'accepter en tant qu'homme.

Vous me direz, rien de vraiment neuf dans l'histoire. Là où ce livre rentre dans le club très sélect des classiques, c'est dans son traitement. Il est écrit à la première personne du singulier et dans un style familier qui nous immerge immédiatement dans la psyché de Holden qui capte la vie avec la spontanéité propre à son âge. Il faut s'y faire au départ car c'est peu commun mais une fois emporté pas son flot de mots et d'expressions, il est difficile de relâcher cet ouvrage qui est une merveille de rythme, d'intelligence et de profondeur. Je suis passé comme dit précédemment par tous les états et c'est un peu sonné mais heureux de cette redécouverte que je suis ressorti de cette lecture.

L'Attrape-coeurs est un classique qu'il faut je pense absolument avoir lu tant il n'a rien perdu en vérité et fraîcheur. Un bijou entre les bijoux!

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mercredi 6 août 2014

Eerie & Creepy présentent "Richard Corben Vol.1"

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Présentation: Richard Corben est un maître incontesté du neuvième art et de l'illustration fantastique, reconnu aux quatre coins de la planète BD. Dès ses débuts pour Warren Publishing, son style unique le distinguait radicalement de ses pairs. Entre 1970 et 1978, il a illustré plus de quarante histoires, en grande majorité publiées dans les magazines Eerie et Creepy, les titres phares de l'éditeur.

Le présent ouvrage est le premier des deux volumes d'une édition intégrale consacrée à cette période fondatrice de son œuvre.

La critique de Mr K: Mille mercis au Label Delirium pour ce premier volume de rééditions consacrées à Richard Corben dans sa première période. Ils avaient déjà fait du très bon boulot de dépoussiérage avec les deux volumes de Creepy que j'avais acquis et chroniqués ici même. Avec "Richard Corben", on touche au sublime avec un artiste hors norme que j'admire entre tous. Pour moi c'est le best du best dans le genre horreur et SF depuis mes lectures passionnées de Nuits blèmes, Fils du monde ou encore Rolf (ouvrages lus il y a longtemps donc non chroniqués et vu leur prix sur les sites, je crois que je vais passer mon tour...).

Ici il s'agissait donc pour les éditeurs de présenter l'œuvre de Corben lorsqu'il collaborait aux magazines Eerie et Creepy. On a donc affaire à des récits courts du type nouvelles à chute dans les domaines de l'horreur, du fantastique, du polar ou encore de la SF. Dans ce volume 1, vous retrouverez 32 historiettes toutes plus étranges les unes que les autres et d'une beauté mortifère dans leur exécution. Tour à tour, vous suivrez notamment une reine froide et avide dans sa quête de la jeunesse éternelle, un apprenti bibliothécaire confronté à des créatures voraces en terme de lecture, un grand patron dont l'avarice sera puni au centuple, un mort-vivant SDF qui se nourrit de la haine des gens, un amateur de magie vaudou, un loup garou un peu trop aventureux, un père-noël serial killer, un jeune garçon qui fuit la réalité en explorant ses rêves, une momie malicieuse... Vous l'avez compris, il y a de quoi faire! Pour éviter d'avaler le présent volume en une nuit, je me suis imposé une règle drastique: pas plus de trois histoires par soir pour prolonger le plaisir! Je m'y suis tenu bon gré mal gré et au final, ce ne fut que du bonheur!

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Tout d'abord, quelque soit le récit, on retrouve toujours une réflexion sur le genre humain tournant autour des notions de besoin et de désir avec évidemment à chaque fois un dérapage qui se termine mal! J'aime beaucoup ce mélange de psychologie humaine, de fatum inéluctable et de châtiment à la mesure du crime. On baigne constamment entre surprise, angoisse, horreur et on en redemande! N'y voyez pas un besoin sadique irrépressible mais plutôt un plaisir coupable et délectable à souhait. Le genre veut que les personnages soient plutôt caricaturaux, en exagérant le trait on peut marquer davantage l'aspect "moral" de certaines historiettes et c'est là que je trouve que Corben se détache du lot. Dans un nombre important des récits proposés dans ce volume, on navigue entre le bien et le mal sans réellement de repères auxquels se raccrocher, cela donne aux histoires une densité nettement supérieure à la moyenne et une force émotionnelle vraiment troublante, la trilogie Enfant présentée en toute fin de volume est un modèle du genre dans une variation autour du mythe de Frankenstein et de sa créature.

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Visuellement, cet ouvrage est une gigantesque claque esthétique. On retrouve le génie du dessin entre récits noir et blanc et des plus récents en couleur. Artiste polyvalent (il lui arrive d'écrire les scénarios) venu de l'animation, il n'a pas son pareil pour représenter des personnages tortueux et des univers à la Lovecraft ou à la Poe. Unique dans son coup de crayon, inventif dans la représentation de l'action, des personnages au style singulier que l'on reconnaît de suite, autant d'ingrédients qui font rentrer ce volume dans mon panthéon personnel de la BD. J'ai bien fait de me réguler avant d'entamer ma lecture, m'est avis qu'il n'aurait pas tenu longtemps malgré ses 175 pages!

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Au final, ce fut une lecture remarquable entre BD, roman graphique (trois histoires sont liées) et adaptation de classiques de la littérature fantastique. Agréable, soignée et fidèle aux œuvres originale, cette réédition est vraiment de grande qualité et conviendra à tous les amateurs du genre!

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mardi 5 août 2014

"L'Assassinat d'Hicabi Bey" de Alper Canigüz

l'assassinat d'Hicabi BeyL'histoire: Alper Kamu est un curieux petit garçon qui s’est promis de résoudre un meurtre commis dans son quartier à Istanbul. Il a trouvé Ertan le Timbré à côté du cadavre encore chaud d’Hicabi Bey, policier à la retraite, la télévision allumée à plein volume, mais le cinglé du voisinage était plutôt là pour regarder l’équipe du Besiktas perdre en Ligue des champions. Déjà tête à claques d’existentialiste, Alper le désormais détective va sécher la maternelle et balader son revolver en plastique Dallas Gold dans une mégapole bigarrée, pleine d’amantes fatales, d’épiciers lyriques et de directeurs sournois...

La critique Nelfesque: Après "Des 1001 façons de quitter la Moldavie" de Vladimir Lortchenkov aux Editions Mirobole, j'avais fortement envie de me replonger dans un roman drôle et caustique qui m'emmène au delà des frontières françaises. Avec "L'Assassinat d'Hicabi Bey", j'ai été servie et je ne peux en préambule que souligner la cohérence du catalogue Mirobole qui sait décidément bien choisir ses publications.

Alper Canigüz est un auteur turque dont "L'assassinat d'Hicabi Bey" est le second roman. Côté littérature turque, je dois admettre que je ne suis pas une spécialiste. En revanche, côté thriller et roman à l'humour décalé, en tout modestie, je commence à toucher ma bille... Néanmoins, cet auteur a su me cueillir par son originalité, son écriture singulière et surtout son petit héros Alper. Je vais suivre dorénavant son actualité avec beaucoup d'intérêt !

Car oui, le gros potentiel de ce roman tient dans son personnage principal. Haut comme 3 pommes, âgé de 5 ans, Alper est un petit gars bien différent des autres enfants de son âge. Il a l'esprit d'un homme de 50 ans dans un petit corps d'un mètre dix et cela provoque de drôles de réactions chez ses interlocuteurs. "A cinq ans, on est au coeur de l'âge mûr. Ensuite commence la chute." sont les premières phrases de ce roman. Ca a le mérite d'annoncer la couleur ! D'ailleurs, connaissez-vous beaucoup de gamins de 5 ans passant leurs journées à lire du Dostoïevski et du Nietzsche "pour la rigolade (je plaisante, il sait de quoi il parle le moustachu - c'est fou ce que la poltronnerie peut rendre créatif !)" ? Les pensées d'Alper et sa répartie sont savoureux et j'ai passé 250 pages à rire !

Bien que cultivé et ayant un vocabulaire évolué (bien plus que certains adultes), Alper n'en reste pas moins un enfant et sa fraicheur et ses envolées grossières parfois redonnent un peu de réalisme à une oeuvre farfelue. Ne lisez pas "L'Assassinat d'Hicabi Bey" si vous souhaitez une histoire plausible, vous n'arrêterez pas de pester. Mais si vous êtes à la recherche d'une lecture peu commune mêlant humour, esprit critique et dépaysement, celui ci est fait pour vous.

Canigüs pousse ses lecteurs à la réflexion par le biais de la dérision. A la fois, l'histoire au premier degré est drôle et décalée mais c'est aussi une véritable critique de la Turquie d'aujourd'hui que nous propose l'auteur. Sans rentrer dans les détails, nous sommes ici dans un quartier d'Istanbul, loin des secteurs riches, où petites frappes, violence, drogue et chômage rodent. Sans parler de la critique des relations humaines et de ses limites : trahisons, mensonges, manigances, douleurs ...

Comme quoi ce n'est pas parce qu'un enfant a 5 ans qu'il n'a pas d'autres préoccupations que la composition de son quatre heures ou le dernier dessin animé à la TV. Un chemin que bon nombre d'adulte ferait bien de prendre ! "L'Assassinat d'Hicabi Bey" est à lire, assurément ! Original, drôle, caustique, décalé ! Vous faut-il d'autres arguments pour courir chez votre libraire !?

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dimanche 3 août 2014

"Le Syndrome Copernic" d'Henri Loevenbruck

«Le syndrome Copernic» d'Henri Loevenbruck

L'histoire: Un matin d'été ordinaire, trois bombes explosent dans une haute tour du quartier de la Défense. Toutes les personnes qui étaient entrées dans le gratte-ciel périssent dans l'effondrement. Toutes, sauf une, Vigo Ravel, quelques minutes avant l'attentat, a entendu des voix dans sa tête qui lui ordonnaient de fuir. Et il a survécu.
Il comprend alors qu'il détient un secret qui pourrait changer la face du monde. Mais il ne suffit pas de connaître un secret si grand soit-il. Encore faut-il en comprendre l'origine. Qui sont ces hommes qui le traquent? Quelle énigme se cache derrière le Protocole 88? Que signifient les voix que lui seul semble pouvoir entendre?
Il est des mystères qui valent tous les sacrifices. Même celui de l'âme.

La critique de Mr K: Loevenbruck le retour au Capharnaüm Éclairé! J'avais grandement apprécié L'Apothicaire et Le mystère Fulcanelli, l'occasion faisant le larron, je tombai sur Le Syndrôme Copernic au cours d'un énième chinage et je sautai sur l'occasion pour l'acquérir. Depuis avril, le pauvre m'attendait impatiemment dans ma PAL...

Vigo est le seul rescapé d'un attentat terroriste sans précédent sur le sol français. Des voix lui ont parlé dans sa tête et il a pu s'échapper de l'Enfer à la dernière minute. Oui! Vigo est dérangé, plus que cela il est schizophrène! C'est du moins le diagnostic du docteur Guillaume. Mais voilà, ce dernier est mort dans l'effondrement de la tour et quand Vigo se renseigne sur les victimes, il ne trouve nulle trace du fameux docteur ni même de l'existence du cabinet médical où il se rendait une fois par semaine pour son injection hebdomadaire. Livré à lui même, sans repères ni personne à qui se raccrocher, Vigo va tenter de découvrir la vérité sur son identité, sa maladie et sur le fameux Protocole 88.

Clairement ce livre est loin d 'être le meilleur de l'auteur et même si je l'ai lu assez rapidement, l'ennui a pointé régulièrement le bout de son nez: 508 pages qui auraient pu être condensées en 300 facilement car Loevenbruck en voulant nous plonger dans l'esprit d'un pseudo schizophrène se répète beaucoup (préférez Les Racines du mal de Dantec, un bouquin culte et inégalé!), alourdit le récit à un tel point qu'on finit même par moment par se demander s'il ne faudrait pas achever le héros! J'exagère quelque peu mais les atermoiements de ce dernier deviennent vite saoulants au bout de 200 pages et il faut tout de même attendre la 300ème pour avoir un début de révélation. Ce premier indice m'a personnellement mis sur la voie de la vérité cachée et révélée dans les toutes dernières pages, peu ou pas de surprises de mon côté donc. La fin m'a aussi paru bâclée et envoyée en 20 pages comme si l'auteur en avait ras le bol et souhaitait en finir au plus vite. Dommage car le background était intéressant.

Pour autant, Le Syndrome Copernic n'est pas une bouse intersidérale. L'écriture de Loevenbruck reste toujours aussi accessible et je pense que des néo-lecteurs se laisseront entraînés sans peine dans cette aventure baignant dans une paranoïa bien de notre temps. Même si l'auteur en rajoute un maximum, les personnages sont plutôt bien caractérisés et évoluent bien, voir radicalement pour certains d'entre eux: je garderais en souvenir le personnage de la policière venant en aide à Hugo en début de roman et les membres de l'organisation Sphinx. Autre réussite de ce roman, le rendu très réaliste d'une capitale française subissant une menace terroriste et l'ambiance qui peut en résulter. Cela traduit une fois de plus tout le talent de l'auteur pour rendre compte d'une époque et d'un climax, il l'avait déjà bien montré dans mes deux précédentes lectures.

Cette lecture fut donc une semi déception pour ma part, l'auteur m'ayant habitué à bien mieux. Dispensable mais pour autant tout à fait fréquentable, cet ouvrage a le mérite de se lire facilement. À chacun de se décider s'il veut tenter l'aventure ou non.

Egalement lus et chroniqué au Capharnaüm éclairé:
- "Sérum - Saison 1, Episode 1"
- "Sérum - Saison 1, Episode 2"
- "Le Mystère Fulcanelli"
- "L'Apothicaire"

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lundi 28 juillet 2014

"Le Bar sous la mer" de Stefano Benni

le bar sous la merL'histoire: Pour sauver un vieil homme qui s'est jeté à l'eau, un promeneur plonge et découvre que le vieillard nage tout simplement vers un bar au fond de la mer! Il l'accompagne et va vivre là une bien étrange nuit, car les clients de ce bar branché sur les hautes ondes de l'imaginaire se révèlent des conteurs comme on rêve d'en rencontrer. Qui parodie quoi (ou qui) ? Au lecteur de jouer le jeu et d'entrer dans ce labyrinthe de pastiches où se mêlent savoureusement humour et littérature.

La critique de Mr K: Encore une pierre à l'édifice du fameux adage: le hasard fait bien les choses. Ce livre m'avait séduit par sa quatrième de couverture intrigante et surtout par sa très belle couverture qui va s'avérer jouer un rôle très important pour la lecture à suivre. Attention Le Bar sous la mer est une petite bombe à la fois drôle, littéraire et marquante.

En deux pages, l'auteur nous emmène donc dans un étrange bar se situant au fond de l'eau, suivant le narrateur, nous nous installons dans la salle et chacun des personnages représentés sur la couverture va raconter une histoire, se révélant à chaque fois un conteur des plus savoureux et souvent surprenant. On se rend compte très vite que nous avons affaire ici à un recueil de nouvelles déguisé en roman, chaque historiette de 5 lignes à 40 pages maximum nous embarquent dans un univers et un genre différent ce qui donne à l'ensemble une allure générale farfelue qui ne doit en rien cacher l'aspect littéraire de cette entreprise où l'auteur clame son amour des livres par des pastiches plus réussis les uns que les autres. Contes, histoires d'épouvante, romantisme, roman épistolaire, rabelaiseries... tout y passe pour le bonheur du lecteur!

En vrac vous assisterez à un duel culinaire digne de L'Iliade d'Homère, à un dérèglement climatique sans précédent, à la découverte de la planète Terre par un extra-terrestre, à la traversée par deux petits vieux d'une rue bondée, à une enquête dans une école menée par une gamine émule de Miss Marple, à la lente destruction de la liberté de pensée dans un pays en crise, à la déclaration d'amour d'une baleine sacrée auprès d'un capitaine au long cours maniéré, à l'agonie de la morale autour d'une piscine de villa hollywoodienne et encore tout plein d'autres histoires plus abracadabrantesques les unes que les autres. Chacune vous l'avez compris correspond à un genre ou une œuvre particulière. Je n'ai pas réussi à identifier chacun des pastiches mais le plaisir de lire s'est renouvelé à chacune de ces nouvelles.

Il règne vraiment une ambiance étrange dans ce recueil. On passe par tout plein d'émotions différentes correspondant aux différents tons et genres abordés. L'auteur fait mouche à tous les coups et pour une fois je trouve qu'il y a un équilibre certain entre tous les récits qui nous sont proposés dans un recueil de nouvelles. On passe de la légèreté la plus aérienne aux tréfonds de l'âme humaine en quelques pages et toujours avec la même réussite. L'écriture est à l'image des nouvelles proposées, polymorphe et insaisissable. Stefano Benni semble prendre un malin plaisir à nous égarer en changeant de style comme on change de plume. Loin de se prendre trop au sérieux, l'auteur nous livre ici et là de purs moments bien délirants à l'humour lui aussi multiforme: de la causticité, une pointe d'humour noir, de l'ironie... toutes les armes littéraires sont ici présentes, maîtrisées et utilisées dans le simple but de provoquer le plaisir de lire. Rajoutez à cela l'astuce de faire parler tous les personnages de la couverture qui force le lecteur à se réinterroger sur des récits précédents et vous obtenez un petit chef d'œuvre d'inventivité.

Le Bar sous la mer est à lire tout simplement parce qu'il ne se ressemble à rien d'autre de ce que j'ai pu lire auparavant et qu'il dégage une fraîcheur, un amour de la littérature et de l'humanité rare. Un must!

Posté par Mr K à 19:29 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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dimanche 27 juillet 2014

"Coraline" de Neil Gaiman

coralineL'histoire: Coraline vient de déménager dans une étrange maison et, comme ses parents n'ont pas le temps de s'occuper d'elle, elle décide de jouer les exploratrices. Ouvrant une porte condamnée, elle pénètre dans un appartement identique au sien. Identique, et pourtant...

La critique Nelfesque: J'ai découvert "Coraline" il y a 5 ans au cinéma et j'avais adoré ce film d'animation plein de mystère et superbement réalisé. L'occasion s'est présentée de lire le roman de Neil Gaiman dont a été tiré celui ci et j'ai sauté dessus.

J'avais déjà lu du Gaiman par le passé et je n'avais pas vraiment été convaincu. Peut être le mauvais roman, peut être le mauvais moment pour découvrir cet auteur que beaucoup encensent. Avec "Coraline", j'ai aimé Gaiman sans pouvoir m'enlever de la tête les images du film de Henry Selick (qui a également à son actif "L'Etrange Noël de M. Jack" (rien que ça!)). Une adaptation très fidèle à ce roman qui a su mettre les bonnes illustrations sur les mots de son auteur.

Coraline est une petite fille curieuse de tout. Avec son âme d'aventurière, elle ne tient pas en place et lors de son emménagement dans une nouvelle maison, la tentation est trop grande d'en explorer le moindre recoin. Elle va alors découvrir un monde fantastique où tous ses désirs sont exhaussés, où ses parents ont du temps pour elle, où les chats parlent et les souris montent des spectacles de cirque. Mais les apparences sont trompeuses et Coraline va vite découvrir les limites du paraître.

"Coraline" se dévore. Relativement court (153 pages), le lecteur adulte enchaine les pages et les enfants seront, je n'en doute pas passionnés par les découvertes de son héroïne. Du haut de mes 32 ans, je ne saurai jamais les sensations de lecture que procurent ce roman sur les jeunes enfants mais m'est avis qu'il laisse des traces dans leurs jeunes vies de lecteurs.

Merveilleux, addictif mais aussi angoissant et effrayant, de nombreux qualificatifs seraient justes pour parler de "Coraline". On s'attache très rapidement à cette jeune fille, on souffre comme elle de l'indifférence de ses parents tout en l'expliquant avec nos yeux d'adultes. Qui n'a jamais ressenti ce sentiment de délaissement quand les parents ont trop de travail ou des préoccupations qui nous dépassent quand, du haut de nos 10 ans, on a envie de passer nos journées à jouer et où être fille unique n'est pas toujours évident? Avec une imagination débordante, Coraline parcourt les pièces de son nouvel appartement, explore le jardin en s'inventant des histoires. Mais un jour la réalité dépasse la fiction et une porte mystérieuse s'ouvre dans son salon. Commence alors une épopée à la hauteur de ses attentes d'où il sera difficile de revenir à la réalité.

La plume de Gaiman est simple et efficace. L'auteur sait toucher là où ça fait mal en enveloppant le tout d'un voile merveilleux et fait passer son lecteur par tous les états. Cela reste un roman jeunesse et on s'imagine bien que tout sera bien qui finira bien mais l'angoisse pointe très souvent le bout de son nez au fil des pages et la morale de l'histoire est intéressante dans un monde actuel où les paillettes et la facilité intéressent plus nos jeunes que le quotidien et les distractions durement gagnées. Je conserverai précieusement cet ouvrage pour un futur bambin en âge de le lire, pour qu'il découvre avec ses mots à lui et une histoire passionnante que tout ce qui brille n'est pas d'or et qu'il faut se méfier des apparences. Même en tant qu'adulte, il est bon de se voir rappeler parfois que l'amour de ses proches est un bien précieux.

Vous l'aurez compris, je vous conseille ce roman. Que vous ayez 7 ou 77 ans, vous retrouverez dans "Coraline" des fondamentaux essentiels à la construction de tout être humain. La vie n'est pas faite que de bonheur et d'amusement et il faut parfois passer par des chemins tortueux pour en découvrir toute sa valeur.

Posté par Nelfe à 20:05 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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