dimanche 16 juin 2013

"Midnight express" de Billy Hayes avec la collaboration de Willliam Hoffer

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L'histoire: Livré pendant cinq ans à la violence et la perversion de ses geôliers turcs pour avoir tenté de passer clandestinement deux kilos de haschisch aux États-Unis, William Hayes fait l'expérience horrifiante d'une justice corrompue et hiérarchisée à outrance. Il ne devra sa survie physique et mentale qu'à son courage et à sa volonté de ne pas se laisser dévorer et anéantir par la privation de liberté et d'intimité.

La critique de Mr K: C'est une fois de plus chez notre cher abbé que j'ai dégoté cet ouvrage. Je ne savais même pas que le terrible film d'Alan Parker (réalisateur notamment de The Wall) était tiré de ce témoignage qui a du attendre un certain temps avant de se voir traduire en français. Le métrage m'avait fait fort impression et il a trotté dans ma tête longtemps après son visionnage notamment grâce à une BO assez exceptionnelle et des images brutes de décoffrage montrant la survie d'un homme dans des conditions extrêmes. C'est dire si j'attendais beaucoup de cette lecture qui me permettait au passage de renouer avec un genre que j'affectionne beaucoup mais que je pratique peu: la lecture de témoignage.

Tout commence à l'aéroport lorsque le héros se fait chopper avec deux kilos de hasch scotché tout autour de son buste. Pas de pot pour lui, la police est sur les dents et recherchent avant tout de dangereux malfaiteurs et aucunement, un petit dealer de seconde zone. N'en déplaise aux biens pensants, deux kilos ce n'est rien comparé aux tonnes passées en contrebande par les trafiquants dits "professionnels". Le témoignage passe sous silence le fait que William Hayes n'est pas à son coup d'essai étant un spécialiste de la chose, son truc étant d'habitude de passer la came dans un faux plâtre! Mais passons, l'essentiel est ici ailleurs et cette expérience va définitivement lui faire passer son goût pour le risque!

Dès le troisième chapitre, c'est la plongée infernale dans les prisons turques. La description est implacable, parfois dure à appréhender tant on rentre dans un monde parallèle, fonctionnant en vase clos avec des pratiques parfois ubuesques. Enfermé dans le pavillon des étrangers, il va faire de belles rencontres mais aussi des plus inquiétantes. La corruption règne en maître et l'argent ouvre bien des portes en terme de nourriture, de cigarette et de hasch! Et oui, les prisonniers pour oublier leur condition fument énormément de cannabis alors que la plupart sont justement enfermés pour détention de drogue! Bien évidemment les gardiens ferment les yeux, voir encouragent cette consommation, y voyant une manière facile d'arrondir leurs fins de mois. Le quotidien des prisonniers est ici remarquablement rendu et cette routine prend des allures d'épreuve de tous les instants. Bien des passages m'ont chamboulé et on se rend compte qu'il faut profiter de chaque instant de liberté tant on peut la regretter amèrement quand on la perd.

Condamné à 20 ans pour ce deal malheureux, en plus de l'injustice de cette peine (c'est tout de même long et un meurtre est à l'époque puni de la même peine), William va très vite se rendre compte que son sort dépend de la conjoncture internationale et notamment des rapports qu'entretiennent ensemble la Turquie et les USA. Vu que la période n'est alors pas au réchauffement, il va devoir rêver à l'express de minuit c'est-à-dire l'évasion. On rentre alors dans son esprit rongé par l'angoisse et l'envie de liberté. Il imagine toute une série de plans plus fous les uns que les autres. Il verra des tentatives réussies par certains, d'autres lamentablement ratées. Il finira par réussir à s'échapper de cet enfer après une condamnation supplémentaire et rentrera au pays définitivement transfiguré.

J'ai adoré ce livre. Il parle admirablement de la liberté perdue, de l'espoir qu'il faut conserver coûte que coûte pour éviter de sombrer, les passages narrant ses correspondances épistolaires avec ses proches sont d'autant plus touchant. J'ai terminé le livre avec une boule au ventre comme après une très vieille lecture qui m'avait aussi pris aux tripes: «L'épreuve» de Béatrice Saubin (suite chroniquée ici). L'écriture est simple et directe, les détails nombreux mais jamais gratuits. Les pages se tournent toutes seules très vite et l'effet est garanti pendant de nombreux jours après la fin de la lecture. Un indispensable dans le genre que je vous conseille grandement.


mercredi 12 juin 2013

"Deception point" de Dan Brown

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L'histoire: Quand un satellite de la NASA détecte une météorite d'une exceptionnelle rareté enfouie sous les glaces du cercle polaire, cela tombe à pic pour l'agence spatiale, impatiente de faire oublier une série d'opération ratées.

À la veille de l'élection présidentielle, alors que son avenir politique est en jeu, le président des États-Unis envoie dans l'Arctique Rachel Sexton, analyste des services secrets, vérifier l'authenticité de cette découverte. Elle y rejoint une équipe d'experts, dont le charismatique Michael Tolland.

Ce que Rachel va découvrir est presque inconcevable: une mystification audacieuse qui menace de déclencher un scandale mondial.

La critique de Mr K: Un plaisir coupable aujourd'hui avec Dan Brown dégoté à un prix très attractif chez notre abbé chéri. Cet auteur à succès est ma petite faiblesse que je confesse sans honte avec notamment un Symbole perdu sympatoche, un Ange et démon que j'avais trouvé bien ficelé et un Da Vinci code virevoltant à souhait. Reste un auteur que je trouve prévisible, aux personnages bien lisses avec une tendance certaine au manichéisme ricain. Mais vu le peu de temps que j'avais passé à lire ses précédents opus, je n'ai pu résister. Au final, un bon moment de lecture détente, une lecture rapide mais pas inoubliable.

L'histoire une fois de plus se déroule sur un temps très court (à peine 48h) et présente une course contre la montre trépidante. Une découverte va révolutionner notre rapport à l'univers mais n'est-ce pas un leurre cachant un complot déstabilisateur? On suit ici une jeune femme travaillant pour les renseignements américains que le président himself envoie sur les lieux de la découverte pour en affirmer ou en infirmer la validité. Peu à peu, on va se rendre compte qu'un danger plane et qu'une ombre menace Washington et l'Amérique (ouh la la, on flippe grave!).

L'intrigue est rondement menée comme d'habitude avec Dan Brown qui mélange allégrement éléments scientifiques et courses poursuites si caractéristiques de ce romancier. Ce sont les montagnes russes et l'on est pressé de passer au chapitre suivant pour en savoir plus. Pas de réelle surprise sauf l'ultime révélation sur le commanditaire de l'affaire. Je dois avouer que j'ai été cueilli et agréablement surpris. On passe de l'Arctique froid et solide (sic) aux arcanes du pouvoir américain, entre la Maison Blanche, le Pentagone et la NASA. La lutte pour le pouvoir est âpre et sans pitié, l'envers du décor est des plus retors et glaçant. Mention spéciale à l'adversaire politique du président en place qui est un personnage détestable au plus au point. Pas de spoiling pour autant, ce n'est pas lui le grand manitou de toute la machination! Et toc!

Là où le bas blesse, c'est tout d'abord dans la caractérisation des personnages et leur crédibilité. L'héroïne tout d'abord est une spécialiste des renseignement, agissant pour la raison d'état et grande professionnelle de la défense nationale. Et pourtant, ça ne l'empêche pas de se comporter comme une midinette de quatorze ans quand elle rencontre le bel océanographe ténébreux au douloureux passé. Tout cela sonne creux, Dan Brown enfile les clichés type collection Harlequin, certains passages faisant irrémédiablement penser que ce livre a été aussi écrit pour des personnes esseulées transposant leur rêve de rencontres romantiques dans leur lecture. C'est risible et bien dommage vu l'ampleur du complot qui est au centre du récit. Certaines scènes de confrontations face au mystérieux commando chargé de les éliminer ne tiennent pas debout et on n'y croit pas une seconde tant on frise le ridicule (notamment lors de la poursuite sur la banquise en début d'ouvrage). Bref, on retrouve les mêmes scories que dans les opus précédent de Brown.

Mais cependant, la magie opère, la curiosité l'emporte sur tous les défauts évoqués plus haut et j'ai terminé cette lecture plutôt content sans avoir eu l'impression de perdre mon temps. Certes j'oublirai bien vite cet ouvrage mais j'ai passé du bon temps et qui a dit qu'on était obligé de toujours lire de très bons livres? Une bonne lecture-plage mais sans soleil ni sable, une petite lecture coupable je l'avoue qui permet de laisser le cerveau à la cave tout en stimulant un plaisir plus immédiat mais tout de même bien réel. À vous de voir!

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lundi 10 juin 2013

"Pierre de Lune" de James Herbert

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L'histoire: D'épouvantables visions hantent Jonathan Childes, des images sanglantes d'effroi et de meurtre. C'est à la suite de telles visions que, sur ses indications, la police a pu retrouver autrefois les corps mutilés des victimes de crimes apparemment rituels. Childes a été innocenté – comment en savait-il si long? - mais une fâcheuse réputation le poursuit.

Et voilà que cela recommence, sur la petite île où il s'est réfugié, comme s'il était en communication télépathique avec quelques monstres assoiffé de sang. D'autres meurtres ont lieu, d'autres événements dramatiques... et Childes en est toujours averti le premier, nargué dirait-on par le criminel. La menace bientôt se précise, se transforme en terreur pure lorsque la monstrueuse créature surgit dans l'île même où Childes croyait trouver la paix...

La critique de Mr K: Cela faisait un petit bout de temps que je n'avais pas lu un ouvrage de cet auteur que j'affectionne tout particulièrement (voir critique d'un autre titre ici). Il est surtout reconnu pour ses romans de terreur où les scènes gores sont légions dans un style à la fois simple et virtuose, alignant les chapitres à une vitesse effrénée sans jamais laisser de repos au pauvre lecteur. Ce roman est légèrement différent faisant la part belle à la psychologie et au paranormal. Attention, accrochez votre ceinture, vous embarquez pour un voyage où rêves, visions et réalités se mêlent étroitement!

Pauvre Jonathan Childes! Les premiers chapitres nous présentent un homme apaisé, professeur en informatique, installé dans les îles anglos-normandes, vivant tranquillement sa nouvelle vie. Il fréquente une femme qui l'aime, il est très complice avec sa fille restée à Londres avec son ex femme, son couple n'ayant pas résisté aux épreuves passées (et quelles épreuves!). Mais voilà, un beau jour (ou peut-être une nuit?), le voilà de nouveau assailli par des visions bien sombres: le corps d'un enfant inhumé et mutilé, un vieillard assassiné... Les vieux démons sont de retour, il semble que quelque chose ne soit pas réglé...

À partir de là, la vie du héros dérape. Toutes ses certitudes s'évaporent laissant place au doute et à l'angoisse. L'équilibre est devenu instable pour paraphraser Stanislas (Sic! Faut que j'arrête les vannes pourries!) et Jonathan s'enfonce en plein cauchemar. La menace se fait de plus présente mettant en danger ses proches et malgré tout ce qu'il essaie de faire, rien ne semble pouvoir empêcher l'inéluctable. Cela dure jusqu'à un dernier chapitre des plus terrifiant et une ouverture finale des plus intéressante.

Je ne tournerai pas autour du pot, Herbert n'a pas son pareil pour maintenir le suspens et au contraire de nombreux auteurs il assure quand il s'agit de boucler son intrigue. Remarquablement construit avec des chapitres qui se renvoient la balle de manière diabolique, il joue avec nos nerfs avec ce récit fantastique enraciné dans un quotidien banal. Franchement, je n'étais pas rassuré par moment et on est parfois surpris par le chemin emprunté par le héros. Les chapitres décrivant les faneuses visions sont morbides à souhait mais peu à peu on se rend compte que la dimension psychologique est très dense. Les personnages sont très bien rendus sur ce plan là et on se prend au jeu.

Au final, j'ai passé un excellent moment entre frissons et révélations. A découvrir absolument si le genre vous plait et que vous voulez être surpris. Une petite bombe en quelque sorte!

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dimanche 9 juin 2013

"Les Débutantes" de J. Courtney Sullivan

les debutantesL'histoire: "Bree, Celia, April et Sally avaient quitté leurs chambres de bonne et emménagé à l'étage principal. Elles laissaient leurs portes ouvertes pendant la journée et criaient simplement pour se parler. Elles se vautraient sur les divans du salon après le repas du soir, se racontant des ragots et se lisant à voix haute des passages du New-Yorker et de Vogue."

Elles se sont connues et aimées à l'université de Smith, haut lieu de la culture féministe. Le temps, le mariage, la vie d'adulte les ont séparées, jusqu'à la disparition de l'une d'entre elles.
Face aux déceptions de l'existence, rien n'est plus précieux que les souvenirs et les amies des années de fac. Bree, Celia, April et Sally vont s'en rendre compte.

La critique Nelfesque: Je souhaitais lire ce roman depuis sa sortie en broché l'an dernier, c'est donc avec plaisir que je me suis attaquée à ce pavé poche de 550 pages.

La quatrième de couverture de ce roman laisse entrevoir une histoire fraîche d'amitié féminine, presque un roman léger, insouciant où les jeunes années permettent toutes les folies. Ce qu'elle laisse en pointillé, c'est le drame qui se profile à l'horizon et qui va faire grandir ce groupe d'amies. Enfin, ce qu'elle ne dit pas et que j'ai préféré ici, c'est l'ambivalence des rapports amicaux, la période où ces femmes suivent chacune un chemin différent tout en restant fidèles les unes aux autres. De la coïncidence qui en fait des voisines de chambres à l'université, elles vont apprendre à se connaitre, s'apprivoiser, se faire confiance et devenir une famille, au delà des différences. "Les Débutantes" est un très beau roman d'amitié.

Ce n'est pas pour autant un roman chick-lit! Ce n'est ni un roman jeunesse, ni non plus juste un roman léger que l'on lit sur la plage. Bien sûr il y est question d'amitié, de situations cocasses sans conséquences mais aussi de sujets plus profonds, d'estime de soi, de rapport aux autres, de vision de la vie, de choix à faire...

J'affectionne tout particulièrement ce genre de romans qui d'une situation anodine de la vie de tous les jours, une expérience que tout un chacun a pu vivre, entraine le lecteur dans un tourbillon de sentiments jusqu'à le faire complètement intégrer l'histoire. C'est ce que j'ai vécu ici en suivant tour à tour les points de vue de Bree, Celia, April et Sally. Très vite, ces quatre jeunes femmes deviennent nos amis, on se surprend à s'attacher à elles et à presque vivre leurs moments d'intimité. Courtney Sullivan, avec sa plume simple et sans emphase, d'une construction parfaite, nous ramène à nos années universitaires et nous fait revivre ses moments où les ami(e)s comptent le plus au monde.

Bree, Celia, April et Sally ne se connaissent pas et intègrent ensemble l'Université Smith, une université faite par les femmes pour les femmes. Chacune va ici s'épanouir dans un univers féministe où l'homme n'est pas rabaissé ou occulté mais où la femme apprend à se connaître et à penser par elle-même. Ici, les jeunes filles de bonnes familles côtoient les moins gâtées de la vie, elles partagent des valeurs et des préoccupations communes et chacune peut s'émouvoir et s'engager pour une cause qui lui tient à coeur. En début de lecture, ce mode de vie en communauté parait étrange, certaines situations poussées (comme l'accueil des nouvelles arrivées à Smith ou l'omniprésence du lesbianisme assez cliché) mais très vite le lecteur se familiarise avec cette faculté et ne peut pas y rester indifférent.

Ainsi, Bree, Celia, April et Sally, tour à tour fiancées, homosexuelles, féministes "pures et dures" ou simples suiveuses (et parfois même tout cela en même temps (!)), vont faire l'expérience de la vie, de leur sexualité mais aussi découvrir toutes ses faces obscures comme la violence, le mensonge, la jalousie... C'est un concentré de vie qui est ici dépeint.

Nous suivons aussi ces 4 amies "pour la vie" après leurs études. Chacune va faire ensuite sa route, parfois proche, parfois éloignée des 3 autres. Des tensions vont apparaître mais elles seront toujours là les unes pour les autres. Elles ne se suivent plus quotidiennement mais "de loin" en gardant dans leurs coeurs une place particulière pour ces amies de toujours (ça ne vous rappelle rien!?). Un drame va alors les réunir, effacer les tensions et faire place au pardon.

"Les Débutantes" m'a étonnée, fait vibrer, émue parfois et restera longtemps dans ma mémoire. De façon très juste, l'auteure nous narre l'amitié entre femmes mais aussi au sens large. Cette relation particulière, sans attache de sang ou couchée sur papier, qui relie les Hommes jusqu'à leurs derniers souffles. Un roman vrai, beau, à lire!

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lundi 3 juin 2013

"L'Atlantide" de Pierre Benoît

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L'histoire: Au cours d'une exploration dans le Sahara, deux officiers français, André de Saint-Avit et Jean-Marie-François Morhange sont capturés et se retrouvent dans un palais merveilleux, un véritable paradis terrestre. Ils apprennent alors qu'ils sont prisonniers d'une femme, la reine, la sultane, la souveraine absolue du Hoggar, Antinéa, petite-fille de Neptune, la dernière descendante des Atlantes, et que, dès qu'ils l'auront vue, ils renieront tout pour elle, famille, patrie, honneur...

La critique de Mr K: Retour aujourd'hui sur un vieil ouvrage paru en 1919 au lendemain de la Grande Guerre. Ce fut un véritable best-seller en son temps, les gens l'ayant lu essentiellement pour tourner la page de ce conflit atroce qui toucha quasiment toutes les familles de France. Pierre Benoît est alors un écrivain très connu et apprécié du grand public, il est membre de l'académie française et ce livre a permis à de nombreux français d'oublier le passé en se transposant dans un récit d'aventure haut en couleurs.

On suit ici le périple de deux officiers français envoyés en mission dans le Sahara occidental alors sous le joug français. En effet, la France a encore son empire colonial à l'époque. Cette mission d'exploration routinière aux accents géologiques (il s'agit notamment d'étudier certaines roches en cours de route) va basculer dans l'aventure avec un grand A quand ils vont croiser la route d'un mystérieux touareg qu'ils vont sauver de la noyade. Faisant ceci, ils ne se doutent pas qu'ils vont rencontrer la souveraine de l'Atlantide ni plus ni moins!

Depuis tout loupiot, je suis un passionné de ces grands mystères non résolus de l'Histoire de l'humanité: le triangle des Bermudes, les statues de l'île de Pâques, le trésor des Templiers... Le mythe de l'Atlantide tient une place à part tant on le retrouve dans nombre de civilisations différentes tout autour du globe. Pierre Benoît apporte ici sa pierre à l'édifice avec une théorie complètement différente que je n'avais envisagé jusqu'à présent. Il vous faudra bien évidemment lire cet ouvrage pour en savoir davantage! Sachez simplement qu'on ne s'y attend pas et que l'explication est finalement plutôt crédible en terme géographique.

Au delà du mythe, nous avons ici affaire à un roman d'aventure de fort belle facture. Les personnages sont ciselés à merveille et on ne peut qu'être fasciné par Antinéa, reine de l'Atlantide. Mêlant à merveille le charme vénéneux, la sensibilité de la femme et le pouvoir despotique, cette figure tragique restera gravée longtemps dans ma mémoire. Le background et le contexte sont remarquablement rendus sans lourdeur ni propagande coloniale. Nous suivons avant tout ici deux êtres humains dans un parcours quasi initiatique qui les emmènera aux confins du désert et au plus profond d'eux mêmes.

La langue est merveilleuse de souplesse et de finesse rappelant par moment celle d'un autre académicien que j'apprécie au plus haut point: Jean Christophe Rufin. Comme quoi, on peut faire partie des immortels et se révéler vivant, audacieux et accessible en terme de style d'écriture. L'Atlantide se lit très vite et je lui ai fait son affaire en deux soirs! C'est le sourire au lèvre que je le refermai ayant l'impression d'avoir lu un bel ouvrage d'aventure, haletant à souhait et d'une intelligence rare. Avis aux amateurs!

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mercredi 29 mai 2013

"Chroniques martiennes" de Ray Bradbury

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L'histoire: Les fusées calcinaient les champs rocailleux, changeaient la pierre en lave, le bois en charbon, l'eau en vapeur, le sable et la silice en une matière verte et vitreuse dont les éclats, un peu partout, reflétaient l'invasion comme des miroirs brisés.

Les fusées arrivaient avec des roulements de tambour dans la nuit. Les fusées arrivaient comme des sauterelles, par vagues, soulevant d'énormes fleurs de fumée ardente. Et, des fusées, s'élançaient des hommes armés de marteaux pour façonner cet univers insolite à l'image de leur monde familier, en écraser toute l'étrangeté.

La critique de Mr K: Une relecture aujourd'hui avec ce grand classique de la SF que j'avais lu adolescent. Je l'ai conseillé à un élève non-lecteur le mois dernier et devant son avis enthousiaste (il l'a tout de même lu en une semaine ce qui est un exploit selon ses propres mots) et son plaisir très communicatif, j'ai ressenti l'irrépressible envie de me replonger dans cet ouvrage aussi marquant qu'intriguant. En plus, je l'avais dégoté il y a quelques mois dans une édition assez délectable (collection 1000 soleils chez Gallimard avec une couverture de Bilal s'il vous plaît!) garnie d'un mini dossier scientifique sur la vie extra-terrestre. Que du bonheur je vous dis!

A travers de mini-récits mettant en scène des personnages divers et variés (humains et martiens selon le chapitre), on suit une évolution possible de la vie sur Mars à partir du moment où l'homme y envoie sa première fusée d'exploration. On fait tout d'abord connaissance avec les martiens qui ont semble-t-il un mode de vie hédoniste. Le hasard (ou la destinée?) font que les habitants de la planète rouge que l'on croise se nomment Mr et Mme K. Ca ne s'invente pas! Rassurez-vous, Nelfe et moi sommes biens des terriens, à plus forte raison des bretons... surtout moi en fait! Mais je m'égare... Ces martiens vivent tranquillement, en paix, écoutent de la musique, mangent des fruits d'or et regardent s'écouler les fleuves à vin. Et puis un beau jour, les terriens atterrissent et l'indifférence que cela génère chez les martiens (et la surprise chez les humains d'ailleurs) va se transformer en intérêt. Je n'en dis pas plus mais sachez que dès lors plus rien ne sera pareil et que l'évolution va s'accélérer.

Durant tout le livre, des petites chroniques vont s'accumuler pour nous permettre de suivre l'Histoire de Mars. C'est l'occasion au détour de certains récits pour l'auteur de dénoncer certain travers de son époque et de l'être humain en général. J'ai particulièrement aimé la chronique où les Noirs décident de tous quitter la Terre pour un avenir meilleur dans les étoiles. Pour autant, Bradbury ne tombe pas dans le manichéisme facile, les êtres humains et martiens sont ici traités avec nuance et intelligence, on ne peut parler ni d'invasion ou de conversion, plus simplement d'une rencontre qui va à jamais modifier deux civilisations bien distinctes.

Dans ce livre, le style de l'auteur est impeccable de sobriété et de finesse. Il est très facile de se laisser pénétrer par les différents récits et les non initiés à la SF seront surpris de découvrir que ce genre peut se révéler simple d'accès et très poétique. Au détour d'une phrase, d'une description de la planète Mars (il y a vraiment de très beaux moments), on se prend au jeu et l'on voyage littéralement. Trait rare aussi à la SF, l'humour est très présent notamment lors des différentes rencontres des expéditions avec les autochtones, des passages faisant irrémédiablement penser au meilleur des Monty Python dans la plus pure tradition no-sense.

À l'arrivée, on se rend compte que cet ouvrage est de ceux qui ne prennent pas une ride, où le talent supplante la surenchère stylistique au profit de la beauté primaire et de l'humanisme. Une oeuvre intemporelle et touchante au possible qu'il faut avoir lu. Tenez-le vous pour dit!

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mardi 28 mai 2013

"Le Bricolage" selon Serre

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L'histoire: Le bricolage peut se révéler dangereux, ici pas le moindre risque si ce n'est de "s'échauffer" la pulpe des doigts...

La critique de Mr K: Nouveau flashback dans mes souvenirs d'enfance avec cet album de dessin humoristique de Serre, un auteur à l'imagination fertile et au trait inimitable. Il m'a été offert par mes parents qui l'avait en double. Quel bonheur de replonger dans ces pages qui mélangent absurde, humour et tendresse. Voici quelques exemples de ce que vous pourrez y trouver!

1

(C'est ballot...)

2

(Ca me rappelle vaguement quelque chose...)

3

(Deux précautions valent mieux qu'une...)

4

(Jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien...)

6

(La vie est une question de priorités...)

Si cela vous a plu, sachez que le dessinateur a sorti un certain nombre de recueils portant sur des thèmes aussi variés que Les Vacances, Petits anges, Zoo au logis, La Bouffe... vous y retrouverez tout son talent pour croquer nos défauts et nos petits vices qui font de notre espèce un cas vraiment à part. Un bonheur de toutes les pages auquel je vous convie fortement!

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samedi 25 mai 2013

Razzia chez l'Abbé!

A chaque fois que l'on y va, on se dit: "Il nous faut être raisonnables, nos PAL ne se désemplissent pas assez vite, nos bibliothèques sont pleines à craquer...". Une fois sur place... Patatra! Il y a tous ces pauvres ouvrages qui nous tendent leurs petites pages de manière pathétique... Impossible de résister et le résultat des courses est là!

Emaüs

En vrac donc pour Mr K et moi:
- "Pour seul cortège" de Laurent Gaudé
- "Train" de Pete Dexter
- "Vous descendez?" de Nick Hornby
- "Deception Point" de Dan Brown
- "Midnight Express" de Billy Hayes avec la collaboration de William Hoffer
- "Hamster Jovial et ses louveteaux" de Gotlib
- "Tunnel" d'André Ruellan
- "La Démangeaison" de Lorette Nobécourt
- "La Petite fille de Monsieur Linh" de Philippe Claudel
- "L'Amour tarde à Dijon" - Série Le Poulpe - de Jacques Vallet
- "Avis de tempête" de Serge Brussolo
- "La Captive de l'hiver" de Serge Brussolo
- "Tout est fatal" de Stephen King
- "Neige" de Maxence Fermine
- "Kangouroad Movie" d'A.D.G.
- "Les Enfants de minuit" de Salman Rushdie
- "Métal Hurlant" n°22, 27, 31, 34 et 35

On est mal...

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vendredi 24 mai 2013

"L'Eternel" de Joann Sfar

EternelL'histoire: "Les vampires, ça n’existe pas.
La psychanalyse, ça ne marche pas.
On était vraiment faits pour se rencontrer."

La critique Nelfesque: J'aime beaucoup Joann Sfar, que ce soit en bande dessinée (avec entre autres l'incontournable "Chat du Rabbin") ou en film (THE claque avec "Gainsbourg, vie héroïque"). "L'Eternel" est son premier roman. Autant le dire tout de suite: "Vivement les autres!!!".

Comme je l'ai si finement laissé entrevoir, j'ai vraiment été très enthousiaste à la lecture de ce roman et celle ci étant encore fraîche, je vais essayer de ne pas trop me laisser porter par mon engouement dans ce billet. Ca va être dur!

Tout commence avec l'histoire de 2 frères, Ionas et Caïn, partis à la guerre. Résolument différents dans leur façon d'être et de voir la vie, suite à une attaque ennemie, ils vont chacun avoir un destin bien particulier. L'un, coureur de jupons, va devoir épouser la promise de son défunt frère, l'autre va devenir "éternel". C'est ce dernier, Ionas, que le lecteur va suivre sur plusieurs centaines d'années. Désarçonné, il va devoir apprendre à "vivre" sa nouvelle condition. Qu'est-il vraiment? Que va devenir son quotidien? Comment va-t-il faire le deuil de sa vie passée? Sera-t-il seul jusqu'à la fin des temps?

Dès les premières pages, on reconnait bien la patte de Sfar, nous entrainant entre rêve et réalité, entre conte noir et monde actuel... Le lecteur est trimballé dans un univers de fiction très rythmé et visuel. Au fur et à mesure de la lecture, des tas d'images défilent dans sa tête. M'est avis qu'il pourrait y avoir une adaptation de ce roman. Par Sfar himself, là ça serait le pied!

En distillant son humour décalé à la fois tendre et cru (mais jamais vulgaire), il fait de son histoire de créatures fantastiques un monde foisonnant où chaque personnage a son intérêt propre et auprès duquel le lecteur aime déambuler. Vampires, loups-garous, mandragores, hommes-poissons et savants fous hantent gentiment ses pages. Attention tout de même, "L'Eternel" est loin d'être un livre pour enfants! Les personnages sont drôles mais leur nature reste sombre et certaines de leurs idées ou certains actes peuvent être considérés comme violents. Ca charcute sévère par moment et c'est ce côté jusqu'au-boutiste, cette fidélité de l'auteur à lui-même, qui ont su me charmer.

On retrouve des thèmes chers à Joann Sfar tels que la judaïté. Ionas, avant d'être vampire, était (et demeurera) juif. S'en suivent des cas de conscience, des questionnements et toute une Histoire qu'il partage avec Rebecka, sa psychanalyste dans la seconde partie du roman (oui parce que les vampires peuvent suivre une thérapie... si si...). On retrouve aussi tout l'univers fantastique qu'il chérit et certains se lasseront peut être de retrouver ses formules habituelles. A mon sens, le roman est pour lui un nouveau support qui laisse à chaque lecteur la liberté de se créer sa propre image de l'histoire proposée et ici plus que dans la BD ou le ciné, son imaginaire est mis à contribution. C'est par les mots cette fois ci que Sfar doit convaincre et, bien qu'assez surprise au départ par son écriture, je dois dire qu'au final j'ai été assez conquise. Alors c'est sûr, Sfar n'est pas à l'Académie Française, ce n'est pas un grand écrivain mais il a sû me faire voyager et me scotcher pendant 500 pages et je ne lui en demandais pas plus.

"L'Eternel" n'est pas un roman bit-lit, même si on y parle d'amour aux détours des pages. Ce n'est pas non plus ni un roman horrifique ni une parodie malgré l'humour bien présent ici. Sfar a sû nous livrer un roman ovni aux frontières de tous ces genres sans pour autant rentrer dans une catégorie bien définie. Peut être que "conte fantastique pour adultes" serait le plus approprié. En tout cas, ce fut une belle surprise pour moi!

Sfar est décidément un artiste qui fait de tout ce qu'il touche une oeuvre de grand talent. Je vous le recommande donc chaudement (mais ça je crois que vous l'aviez déjà compris).

Ce livre a été lu dans le cadre de ma participation à la découverte d'ouvrages du printemps avec Entrée Livre. Les critiques de mes compagnons de Comité de Lecture ainsi que d'autres avis sont à retrouvés sur la fiche consacrée sur Entrée Livre.

mercredi 22 mai 2013

"Les Emmurés" de Serge Brussolo

9782253172062

L'histoire: À l'origine, la mission de Jeanne était simple: s'installer quelque temps dans un immeuble où furent commis, des années plus tôt, plusieurs crimes inexpliqués, afin d'y écrire un reportage, si possible sensationnel...

Mais aussitôt franchi le seuil de l'étrange maison Malestrazza, la jeune femme va deviner que les maléfices ne sont pas uniquement dus aux fantasmes du voisinage. Est-il vrai que l'assassin habiterait toujours là, caché dans un appartement secret? Y-a-t-il, comme on le prétend, des cadavres emmurés aux différents étages? Et que lui veut au juste le fils de la concierge, ce gamin trop imaginatif, qui spontanément s'offre à lui faire découvrir les arcanes de la bâtisse?

La critique de Mr K: Trouvé une fois de plus chez l'abbé, ce livre est le troisième que je lis de cet auteur après Le Syndrome du scaphandrier et Bunker. Retour vers le roman noir avec celui-ci et le moins que l'on puisse dire... c'est que c'est réussi!

Pourtant ça partait mal avec une héroïne que je qualifiais directement de "moule" dès la dixième page tant je la trouvais agaçante. Pas très engageante la fifille, mi pleureuse mi victime, franchement j'avais envie qui lui arrive tout plein de choses bien désagréables afin qu'elle apprenne la vie... On peut dire que Brussolo a exaucé mon voeu à la puissance dix et je regrette un peu mon agressivité de départ. Dès que Jeanne pénètre dans l'étrange bâtisse, changement de ton, c'est le début de la descente aux Enfers. La quatrième de couverture m'avait fortement interpelé, je n'ai pas été déçu!

Sans trop révéler l'intrigue, sachez qu'elle va faire la connaissances de personnages bien branques avec en tête de liste la concierge (celle de Mr Jean me paraît bien sympathique d'un coup) et son fils. Ce dernier gagne en profondeur au fil du récit et il va falloir vous accrocher pour suivre l'auteur dans son délire bien glauque. Je m'imaginais comme Jeanne que la bâtisse serait vieille, sale, décrépite... que nenni! Mme Cliquet (la concierge) est une maniaque qui ferait passer ma belle-mère pour quelqu'un de non concerné par le ménage (c'est vous dire! Là vous êtes obligé de me croire...). Le milieu est aseptisé et les habitants qui persistent à y habiter (pas vraiment le choix financier de partir) ont des moeurs étranges et s'enferment chez eux à la nuit tombée. Pendant les 286 pages du recueil, nous allons explorer la maison de Malestrazza de fond en comble ainsi que les méandres de l'esprit humain. Rien de reluisant je vous assure!

On retrouve dans cet ouvrage tout le talent de Brussolo pour planter une situation, un décor et des personnages en quelques pages. À part les débuts pénibles de l'héroïne, tout s'emballe très vite et le mystère plane. Les éléments de réponse et les fautes pistes s'enchainent, le lecteur se perd à de nombreuses reprises, égaré volontairement par un auteur entier et sans concession. Certains passages sont d'une rare violence psychologique et Jeanne va passer par tous les états pour se transformer irrémédiablement en une autre elle-même. Le lecteur lui, est pantois devant tant de destruction intime et de révélations dantesques sur la réelle nature des événements qui se jouent dans cette maison. Attention, ayez l'esprit ouvert, la révélation est surprenante.

Une très bonne lecture, rapide (deux soirs), distrayante à souhait, parfois dérangeante. J'ai été abasourdi, ravi par la fin qui me convenait parfaitement. Troisième belle découverte donc avec cet auteur qui se révèle décidément efficace et abordable. Un petit bonheur bien déviant comme je les apprécie!

Posté par Mr K à 18:45 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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