vendredi 30 août 2013

"Les chiens de l'hiver" de Dan Simmons

001

L'histoire: Professeur de littérature anglaise à l'université du Montana, Dale Stewart est aussi l'auteur d'une série de romans à succès: Jim Bridges, le roi de la montagne. Mais Dale se trouve aujourd'hui à un tournant crucial de sa vie: dépressif et suicidaire, il a vu sa femme puis sa jeune maîtresse le quitter, et va probablement perdre son emploi. Il éprouve alors le besoin de retourner dans l'Illinois, sur les lieux de son enfance, pour écrire un roman "sérieux" mettant en scène la bande de gamins dont il faisait partie à l'époque.

Mais à peine arrivé, Dale est victime d'une succession de faits bizarres. La maison qu'il a louée – celle de son défunt ami Duane, un garçon surdoué mort à onze ans déchiqueté par une moissonneuse-batteuse – lui paraît hantée. Des chiens noirs démoniaques rôdent autour de la maison et il reçoit sur son ordinateur de mystérieux messages en vieil anglais. Perdu entre la réalité et ses hallucinations, Dale va voir resurgir l'horreur...

La critique de Mr K: Retour vers un de mes auteurs préférés aujourd'hui avec ce Dan Simmons dégoté chez l'abbé (comme c'est original!). Avec ce livre, Dan Simmons nous fait partager son goût pour les récits d'épouvantes et le surnaturel. Ici, un écrivain lambda qui a connu son heure de gloire retourne dans son village d'enfance pour se ressourcer et essayer de se sortir de sa dépression chronique suite à ses déboires sentimentaux. Les souvenirs ressurgissent très vite et bientôt, des choses étranges commencent à se dérouler autour de lui: il communique avec ce qui semble être un esprit et des chiens bien inquiétants font leur apparition autour de la ferme qu'il a louée pour l'occasion.

Autant vous le dire de suite, ce livre est une très belle réussite. Le suspens est vraiment insoutenable et ce n'est vraiment qu'à l'ultime fin de l'ouvrage que tous les tenants et aboutissants sont livrés.

La première grande réussite de ce livre sont ses personnages avec en premier lieu, le héros (anti-héros?) Dale Stewart. En à peine deux chapitres, on se dit que c'est pas gagné pour lui et qu'il l'a en même temps un peu cherché. Séparé de sa femme et donc privé de ses filles qu'il adore, sa maîtresse le largue à son tour à cause de leur grande différence d'âge et de la lassitude. Rajoutez à cela, une carrière littéraire plutôt à l'arrêt et les premiers symptômes de la dépression, vous obtenez un personnage bancal, totalement borderline par moment. On sombre avec lui dans ses doutes, ses fausses vérités et vous verrez que les révélations sont légion! Très réaliste dans son traitement, le choc en est plus grand quand les éléments fantastiques commencent à se multiplier et à devenir inquiétants autour de lui. Je me suis attaché à ce personnage hors norme qui même s'il est loin d'être parfait reflète à merveille les contradictions de l'être humain et son goût pour la vie. Autour de lui, quelques personnages récurrents gravitent: l'étrange agente immobilière, une bande de skins-bouseux très agressifs envers Dale Stewart, la sex-symbol de l'école primaire devenue adulte et toujours aussi troublante, un shérif vindicatif au comportement suspect... Autant de personnages (et j'en oublie!) qui entretiennent le mystère dans ce roman vraiment envoûtant à l'ambiance parfois proche de la série Twin Peaks de Lynch.

L'autre point fort du livre est son histoire et le climax distillé par Dan Simmons. D'un simple histoire de maison hantée, on rentre ici dans une histoire plus large qui mélange allégrement souvenirs, hallucinations, expériences éprouvantes, moments futiles de bonheur, érotisme mortifère et réflexions intérieures du héros. L'ambiance est cotonneuse à souhait avec une touche de tension qui ne va que grandissante au fil des pages: du brouillard, de drôles de bruit, une ferme qui cache bien des secrets et que le narrateur-héros explore peu à peu, des habitants au comportement déviant, des flash-backs sur le passé de Dale qui font penser qu'il n'est pas si blanc que cela... On chavire définitivement dans le fantastique quand d'étranges chiens font leur apparition et semblent évoluer au fil du temps (taille, aspect, attitude...). Là dessus, se rajoute un mystérieux échange via DOS entre le héros et un inconnu qui semble en savoir beaucoup sur lui et qui s'exprime en vieil anglais, tout en mêlant à ses propos des références ésotériques sur le livre des morts égyptiens. Peu à peu, Dale est envahi par la paranoïa, la méfiance et la peur. On bascule alors avec lui de l'autre côté de la barrière qui nous sépare des aliénés mentaux. Le lecteur perdu mais cependant accroché, fait alors toutes sortes d'interprétations toutes plus folles les unes que les autres et au final, elles se sont toutes révélées fausses pour ma part! Le voile levé, j'ai été satisfait par une fin à la fois logique et ouverte.

Que dire sinon que j'ai dévoré une fois de plus ce livre de Dan Simmons. J'ai retrouvé son écriture à la fois exigeante et accessible. Évocatrice à souhait, sans lourdeurs inutiles, tout en étant suffisamment précise pour aborder des thèmes et des croyances assez pointues, elle embarque le lecteur vers les chemins de la félicité littéraire. L'intrigue se dévoile très lentement avec des bouleversements que l'on ne voit pas forcément venir et des interrogations qui se multiplient, j'ai vraiment été tenu en haleine pendant l'intégralité du roman. Stephen King peut bien être cité en quatrième de couverture: "Je suis époustouflé par ce qu'écrit Dan Simmons...". Je ne peux qu'abonder en son sens (pour une fois!) surtout quand on a lu d'autres chef d'œuvre du bonhomme avec notamment L'Échiquier du mal, Endymion ou encore Terreur. Ce livre est une vraie petite bombe que tout amateur du genre se doit d'avoir lu! À bon entendeur!

Lus, appréciés et chroniqués du même auteur:
- Ilium
- Olympos
- Terreur
- L'Homme nu

Posté par Mr K à 19:40 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , ,

jeudi 29 août 2013

"La Vie à côté" de Mariapia Veladiano

la vie à côtéL'histoire: Rebecca est laide. Extrêmement laide. Elle vit, avec prudence et en silence, dans la maison au bord du fleuve, aux côtés d'un père, médecin et trop absent, et d'une mère qui "a pris le deuil à sa naissance". Rebecca se tient elle aussi hors du monde, enfermée pour ne pas être blessée, élevée par la sainte et tragique servante Maddalena. C'est sans compter sur l'impétueuse tante Erminia, qui décide de l'initier au piano. Rebecca va dès lors concentrer sa vie entière dans ses mains... Une autre vie est possible, un autre langage, une vie à côté.

La critique Nelfesque: Voilà un très joli roman de la Rentrée Littéraire. J'ai tout de suite été charmée par la quatrième de couverture étant moi même pianiste et ayant été séduite par cet instrument très jeune. Je ne connaissais pas Mariapia Veladiano et après avoir lu "La Vie à côté", je n'exclue pas de me pencher plus sérieusement sur sa bibliographie.

Dans ce roman, nous suivons Rebecca tout au long de sa vie et les choix qui ont été fait pour elle par ses parents depuis sa naissance. La réaction de ses parents face au bébé dans le couffin, sa sortie de la maternité, la décision de la mettre ou non à la maternelle, la rentrée à l'école primaire, le collège... Ces étapes, tout à fait ordinaires dans une vie lambda, sont, dans une vie "à côté", un véritable problème. Rebecca a en effet une particularité, cruelle et injuste, celle d'être laide. L'auteur n'y va pas par quatre chemins, Rebecca n'a pas juste un physique ingrat, ses traits ne s'adouciront pas avec l'âge, elle est irrémédiablement difforme.

Comment faire lorsque l'on est parents d'un "monstre"? Le physique est-il vraiment important dans une vie? Comment le vivre au quotidien et quelle image donne-t'on aux autres? Voici autant de questions posées dans ce roman. L'auteur place le lecteur du point de vue de Rebecca, jeune fille "normale" et sensible voyant sa vie conditionnée par son physique et le lecteur ne peut rester insensible.

Sans jamais rentrer dans le pathos, "La Vie à côté" est un roman absolument cruel qui donne à lire des situations à la limite du soutenable. Le rejet d'une mère, les moqueries à l'école, le harcèlement... tant d'obstacles et de désillusions qui ne devraient pas être soumis à une petite fille. C'est alors dans la pratique du piano que Rebecca va trouver sa place et se rapprocher de sa mère qui semble depuis sa naissance avoir fait le deuil de son enfant. Repliée dans son silence depuis de nombreuses années, rien ne semble plus la toucher et sa vie se résume aujourd'hui aux quatre murs de sa chambre. A son décès, Rebecca va avoir accès à son journal et va tenter de comprendre l'attitude de sa mère.

Avec une tante musicienne et un père jouant à l'occasion, Rebecca va tout mettre en oeuvre pour faire de la pratique du piano sa planche de salut. Grâce à lui elle veut reconquérir le coeur de sa mère, être la fierté de ses parents, voir le monde extérieur. Elle va faire des rencontres magiques et enrichissantes, un florilège de personnages atypiques et cabossés va graviter autour d'elle. Sa pratique du piano, c'est sa façon de vivre sa vie à côté, sa vie différente de celle des autres mais méritant d'être vécue.

J'ai vraiment été touchée par cette lecture. Je sais ce qu'est la vie au quotidien de l'apprentissage de l'instrument, les pressions et le stress qu'engendre le fait de vouloir faire de la musique autre chose qu'un simple passe temps, la notion de "nécessité" dans son jeu et la sensation de liberté qu'apporte la pratique de la musique dans une vie, un exutoire à tous nos soucis. Mariapia Veladiano a su retranscrire à merveille le lien si particulier qui lie un musicien à son instrument en y rajoutant une dose supplémentaire d'urgence. Une histoire qui émeut, une enfant que l'on voudrait aimer, une écriture simple et si belle, un roman à découvrir.

J'ai lu "La Vie à côté" dans le cadre du Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre. L'avis de mes compagnons de lecture est à retrouver sur la fiche consacrée sur le site.

mardi 27 août 2013

"Block 109" de Brugeas et Toulhoat

BLOCK_109_pg00

L'histoire: 1953...

Après avoir détruit l'Occident, le IIIème Reich agonise à son tour sous les coups de l'Armée Rouge. Pour Zytek, le maître de l'Allemagne, il ne reste qu'une seule solution: une attaque virale majeure.

Malgré le refus du Haut conseil, le virus provoque déjà des ravages dans les ruines de Marienburg. Les contaminés, transformés en monstres sanguinaires, s'attaquent aux soldats isolés des deux camps. Seule l'escouade du sergent Steiner parvient à s'échapper d'une funeste rencontre.

Ce dernier et ses camarades sont-ils la dernière chance de l'humanité? Et quel est véritablement l'objectif de Zytek, l'omnipotent seigneur du Reich?

La critique de Mr K: Voici une BD dont j'avais entendu le plus grand bien il y a déjà quelques temps et que j'ai offert à un bon pote pour son anniversaire en début d'année. Il l'a appréciée et me l'a prêtée pour que je puisse me faire mon propre avis sur cette uchronie qui m'a irrémédiablement fait penser à K Dick et sa fameuse nouvelle "Le maître du haut chateau" ou encore"Fatherland" de Harris.

Les six planches de départ re-contextualisent le récit en nous décrivant les événements s'étant déroulés de mars 1941 (assassinat par un sniper d'Adolf Hitler) jusqu'à 1953, année qui marque le début du récit proprement dit. Vous l'avez compris, le IIIème reich a survécu à la Seconde Guerre mondiale contrairement à son führer. C'est Heydrich qui est aux commandes et un énigmatique personnage dénommé Zytek a crée un mystérieux ordre teutonique en référence aux chevaliers du même nom. Son pouvoir ne fait que croître et ses intentions au premier abord extrémistes pourraient bien se révéler plus nuancées. Il faudra bien 200 planches pour que les auteurs mènent leur intrigue jusqu'au bout et nous assènent une fin sans faux-fuyant ni équivoque.

Block 109 planche 1
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

L'atmosphère de fin de règne est ici remarquablement rendue. Les soviétiques avancent malgré la défense acharnée des allemands et le conflit semble être à un tournant de son déroulement. D'étranges et sanguinaires créatures issues d'expériences contre-nature sont en liberté et dévorent tout ce qui passe à leur portée notamment dans l'ancien métro désaffecté qu'elles ont investi. On suit le point de vue d'une escouade quasiment livrée à elle-même depuis le renoncement de certains officiers. On alterne avec le ressenti des autorités et notamment de Zytek qui s'apparente beaucoup à un personnage principal tant il est omniprésent. Peu à peu, on se rend compte qu'il y a une lutte interne dans le régime: d'un côté les SS qui suivent les pas d'Hitler à travers son successeur Heydrich et de l'autre, un opportuniste à priori sans scrupule en la personne de Zytek qui veut déclencher une apocalypse bactériologique. Au milieu de ce grand jeu géostratégique, on suit le parcours de simples soldats auxquels les tenants et aboutissants échappent totalement et qui par leurs actes vont modifier les plans prévus.

block109 planche 2
(Cliquez pour agrandir l'image)

Cette BD est vraiment brute de décoffrage. L'action est remarquablement bien décrite même si les dessins m'ont parfois paru inachevés. Il m'a donc fallu un petit temps d'adaptation pour me mettre au diapason. Malgré ce léger défaut, le scénario est vraiment très bien pensé et m'a accroché du début à la fin. Les méandres narratifs sont nombreux et la fin m'a littéralement cueillie. En plus, c'est un récit unique (ce qui se fait de plus en plus rare en BD aujourd'hui) et même si depuis des cross-over ont été réalisé sur cet univers singulier, ce volume se suffit à lui-même.

Une belle découverte que je vous conseille très fortement notamment à tous les amateurs et amatrices d'uchronies.

samedi 24 août 2013

"A suspicious river" de Laura Kasischke

LK

L'histoire: Leila a vingt-quatre ans. Elle est réceptionniste au Swan Motel, à Suspicious River, une petite ville tranquille du Michigan. Et pour quelques dollars de plus, elle peut être comprise dans le prix de la chambre. Elle vend son corps sans passion, sans tristesse, sans avidité de l'argent non plus. Sainte martyre, Leila est au delà de son propre corps, plus sensible à la matière du monde qu'aux hommes. La clé de sa descente aux enfers gît dans l'enfance, et Leila sait, sans doute, qu'elle rejoue le destin tragique de sa mère, la parabole d'Eros et Thanatos au terme de laquelle, peut-être, elle découvrira qui elle est...

La critique de Mr K: Attention livre rude à ne pas mettre entre toutes les mains! Pur hasard du calendrier, en ce moment, je suis abonné au thème de la prostitution car avec Nelfe nous sommes allés voir Jeune et Jolie d'Ozon cette semaine (chronique à venir) et ma lecture du moment traitait justement du même thème. C'est mon premier contact avec cette auteur américaine et même si ce livre est bien particulier dans son genre, je pense que je retournerai vers elle tant son écriture s'est révélée immersive et poétique à la fois.

Ce livre tourne autour du personnage de Leïla, une jeune femme de 24 ans qui s'ennuie dans sa vie de couple (si on peut appeler son union avec Rick un mariage tant il a été contracté dans des circonstances particulières). Elle est réceptionniste au Swan Motel, établissement miteux comme l'Amérique en compte des milliers. Elle tapine régulièrement pour tromper la routine, changer son quotidien aliénant, elle se cherche au gré de ces passes improvisées. Pourtant, elle n'a pas vraiment besoin d'argent, elle n'est pas nymphomane et ne souffre d'aucun trouble psychique particulier. Complètement perdue, sans réel but dans la vie, elle survit et tente de découvrir sa vraie personnalité par le biais d'aventures sexuelles tarifées sans lendemain. Au gré de flashbacks aussi nombreux que révélateurs, nous allons découvrir en même temps qu'elle qui elle est vraiment, ce qu'elle a vécu. Ses activités extra-conjugales vont bien évidemment l'entraîner dans des relations malsaines pour arriver jusqu'à un point de non retour. La fin se révèle ouverte même si le doute est léger quant au devenir de Leïla.

Je vous le dis tout de go, le plus désarçonnant dans ce livre est le personnage de Leïla. Pendant les trois quart du livre, elle semble totalement absente de sa vie, elle vit les événements avec un détachement confondant, sans envie et sans dégoût. Cela donne une impression de malaise qui va grandissant et qui m'a déstabilisé au plus profond de moi. Comment peut-on subir autant d'atrocités et d'actes abjects sans réagir, sans envie de changer de vie, de progresser et d'essayer de s'en sortir. Il ne se passe pas grand chose dans ce roman mais l'héroïne s'enfonce de plus en plus. Comme si Leïla n'était mue que par la négation de soi, une forme de nihilisme total sans espoir de rédemption ou de bouleversement. Je dois avouer que je suis passé par tous les états avec elle et puis... peu à peu, la lumière se fait par petites touches sur son passé et l'on comprend son attitude et son détachement. On peut dire qu'elle a accumulé les expériences traumatisantes depuis l'enfance et en ressort une jeune adulte totalement déséquilibrée et parfois amorphe face à l'existence. Ce portrait de femme fragile est par moment irritant, dérangeant mais au final bouleversant de réalisme et de crudité.

L'écriture est vraiment particulière, très belle et aérienne, facile d'accès, la poésie ici se fait sombre et malsaine. On explore les tréfonds de l'âme humaine et la place est mince pour l'espoir et les plaisirs de la vie. Régulièrement, l'auteur fait référence à la fameuse rivière du titre qui coule tout près du motel. Elle file ainsi une métaphore sur l'existence, l'empirisme et les choix (ou non-choix) que l'on peut faire dans une vie humaine. La tonalité générale est inquiétante, angoissante parfois, on nage en eau trouble et l'on croise des personnages peu recommandables notamment des clients pervers du motel traités avec finesse par la plume de Laura Kasischke. Jamais vulgaire, ce livre propose des passages bien crûs que les âmes les plus sensibles risquent d'avoir du mal à digérer. Cependant rien n'est gratuit et les scènes érotiques et / ou violente servent le récit et le portrait.

Au final, malgré une ambiance délétère et une héroïne parfois agaçante, j'ai adoré ce livre que j'ai trouvé sans concession et d'une beauté mortifère. Quand c'est fait avec talent, les histoires déviantes ont un charme que les bluettes n'atteindront jamais. Un livre que je conseille très fortement au plus courageux(ses) d'entre vous tout en sachant qu'on ne ressort pas indemne de cette expérience!

mardi 20 août 2013

"Oms en série" de Stefan Wul

SW-OES1-BL'histoire: Que sont devenus les hommes?

Les survivants du grand cataclysme ont été recueillis par les draags, géants bleus aux yeux rouges, qui les ont emmenés sur leur planète, où le temps s'écoule beaucoup plus lentement que sur la Terre.

Asservis, domestiqués, ils sont devenus des oms, des êtres dégénérés au service de leurs nouveaux maîtres.

Mais peu à peu, menés par le jeune Terr, petit om d'une intelligence supérieure, ils retrouveront le goût de la liberté et affirmeront leur humanité face aux draags.

La critique de Mr K: Voici un très joli petit bouquin que j'ai dévoré en quelques heures! Une fois de plus, je l'avais dégoté chez l'abbé et il trainait déjà depuis quelques mois dans ma PAL avant que je jette enfin mon dévolu dessus. Nous avons ici affaire à un récit de SF très classique dans son déroulé mais à la forme à la fois inventive et spontanée.

Suite à un grand cataclysme, l'espèce humaine a été emportée sur une autre planète par la race géante des draags qui les a domestiqués. L'humanité n'est plus l'espèce la plus évoluée et se retrouve cantonnée dans le rôle d'animal de compagnie ou d'esclave. Le savoir s'est perdu, peu savent lire et écrire et les draags les entretiennent dans l'ignorance afin que les êtres humains ne répètent pas les erreurs du passé et ne soient un danger pour leur nouvelle planète d'adoption. Devenus des oms, des êtres soumis et désorganisés, le salut va venir d'un messie incarné par un jeune homme curieux aux capacités intellectuelles plus élevées que la moyenne. Le temps de la rébellion est venu et longue sera la route pour l'organisation de la résistance et la libération des oms.

Au risque de rendre certains d'entre vous sceptique quant à l'utilité de cette lecture, il n'y a pas vraiment d 'originalité dans l'histoire qui nous est ici livrée. Peu ou pas de surprise, on suit la transformation du jeune Terr en chef rebelle avisé, les erreurs et progrès inhérents à toute sorte d'organisation de résistance face à un système oppresseur. À travers plusieurs personnages secondaires (draags et humains), on voit la situation évoluer vers un affrontement inéluctable qui ici prendra une forme quasi pacifique. On est loin ici de la SF typée action ou space-opéra. On est plus dans l'esprit d'ouverture qui soufflait sur les création du genre de la fin des seventies comme dans le mythique dessin animée Gandahar. D'ailleurs Oms en série a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1973 par René Laloux avec Roland Topor au dessin. Un classique aussi que je n'ai toujours pas vu!

Le style de Stefan Wul est un bonheur de tous les instants. Très accessible, il ajoute un relief conséquent à cette histoire, par petites touches successives qui peu à peu éclairent le lecteur sur les tenants et aboutissants. Les descriptions du monde imaginaire et de ses habitants étranges que sont les draags sont concises et à la fois très immersives. Très vite, le background est exposé et il est très difficile d'échapper aux pages de ce livre. L'addiction est rapide et sans douleur. On suit alors la trame narrative avec plaisir et les rebondissements sont nombreux quoique prévisibles comme dit précédemment. Pour autant, on continue sa lecture sans frustration ni ennui et au final, quand on a refermé l'ouvrage, on n'a pas perdu son temps. Il se dégage d'Oms en série une sensation de paix et d'entente universelle qui fait bon d'éprouver en ces temps de crise et de crispation généralisés.

Un bon bol d'évasion mâtiné d'humanisme tel est le choix que je vous propose aujourd'hui! En rajoût, vous trouverez ci-dessous la BA originale du film qu'en a tiré René Laloux.

Posté par Mr K à 19:21 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

vendredi 16 août 2013

"Anges" de Julie Grelley

angesL'histoire: "Pour être sûr qu’un amour est véritable, il faut que le désir ait disparu. Et pour que le désir ait disparu, il faut que la beauté ait disparu…"

Colline, trente-trois ans, cent dix kilos, employée modèle d’un magasin de bricolage, est en liberté conditionnelle. Il fut un temps où elle s’appelait Lynn, et défilait sur tous les podiums de haute couture. Avant qu’elle ne se décide à s’auto-détruire et à enlever de jeunes garçons, pour mieux les sacrifier à sa mission christique…

La critique Nelfesque: Oh my god! Amis lecteurs je vous présente ici un roman puissant, un roman qui m'a bluffée et qui me fera surveiller de près les prochaines publications de Julie Grelley.

"Anges" est son premier roman qui date maintenant de quelques années et quelle maîtrise pour une première oeuvre! L'histoire est dure et je le dis tout de suite: âmes sensibles s'abstenir, ici peut être même plus qu'ailleurs. Colline, narratrice et personnage principal du roman, est une femme de 33 ans "pas très bien dans sa tête". C'est le moins que l'on puisse dire... Depuis gamine elle a une idée en tête: fabriquer son propre ange, pour elle, rien qu'elle. Et comment fabrique-t'on un ange? En kidnappant un jeune enfant de sexe masculin et en faire un être divin assexué. Oui, oui vous avez bien lu, il s'agit bien d'émasculer un pauvre gamin...

Dans la tête de Colline, là où le lecteur est au première loge, cette démarche n'est pas folle. Il ne s'agit pas ici de faire du mal mais de libérer un petit être. C'est une mission divine qu'a Colline et pour la mener à bien elle déploie toute son énergie.

Lors de sa première tentative, lorsqu'elle était encore adolescente, elle n'a pas pu aller au bout de son processus, prise sur le fait par sa soeur et ses parents alors qu'elle n'en était encore qu'à préparer sa victime, attaché nu dans la grange familiale. Le petit Jérémie a eu "la chance" d'être sauvé et Colline est depuis surveillée par les autorités et incomprise de sa famille. Depuis cette période, elle, jadis mini-miss et mannequin sublime promise à un grand avenir dans la profession, fait tout pour casser son image, s'enlaidir à l'extrême. Mutilations, boulimie, elle pèse aujourd'hui plus de cent kilos, a les dents jaunes, porte des cicatrices et ne ressemble plus du tout à la jeune fille d'antan.

Le rapport au corps de Colline est particulier et la beauté pour elle se situe au delà de l'apparence physique. Dans son délire christique, elle n'hésite pas à souffrir physiquement et moralement et à faire souffrir également. Depuis sa tentative avortée, elle a retenté l'expérience sans succès et pense aujourd'hui avoir découvert en David son ange, pour lequel tous ses défunts anges n'auront pas soufferts pour rien. Sa technique est améliorée, son alibi est assuré...

Julie Grelley nous offre là un roman qui fait froid dans le dos. Tout d'abord parce qu'il présente une folie féminine, chose rare en littérature où l'on est plus habitué à voir des hommes déments et où les serial killers ne peuvent pas être des femmes (c'est bien connu, les femmes sont douces et bienveillantes... la preuve...). Ensuite parce que la folie nous est livrée de l'intérieur. Le lecteur côtoie cet état au plus près, connait les moindres recoins de la psyché de Colline et avance dans sa lecture au bord de la nausée.

"Anges" est cru, brutal, malsain. L'auteure ne ménage pas le lecteur et lui livre tel quel la folie à l'état pur. Sans fioritures, sans détours, avec des mots simples et des phrases courtes, Julie Grelley signe là un roman magistral dont on ne ressort pas indemne. Une putain de claque! C'est rare, ça surprend, ça retourne mais ça fait du bien!

Posté par Nelfe à 18:08 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mercredi 14 août 2013

"Tout est fatal" de Stephen King

tefsk

L'histoire: Ça vous dirait de vivre votre propre autopsie?
De rencontrer le diable?
De vous tuer par désespoir dans les plaines enneigées du Minnesota?
De fuir la police en compagnie de Dillinger?
De devenir assassin via l'internet ou de trouver la petite pièce porte-bonheur qui vous fera décrocher le jackpot?
Alors, laissez-vous guider par Stephen King.

La critique de Mr K: J'avoue, j'ai beaucoup pratiqué Stephen King lors de mes débuts de lecteur au collège. J'ai dévoré ses premiers recueils de nouvelles, flippé en lisant Shining, Simetière, Ça et consorts... Et puis je me suis lassé, déçu par son écriture devenue trop prévisible et des histoires de plus en plus vaines. Ça faisait donc un sacré bout de temps que je n'avais pas remis le couvert avec le King et c'est une fois de plus lors d'une visite fructueuse chez l'abbé que je me laissai tenter. L'avantage d'un recueil de nouvelles c'est que si un récit est décevant, on peut toujours se rattraper avec le suivant. Cet ouvrage ne contredira pas cet adage, Tout est fatal étant constitué de bons ratages, de récits sympathiques et de nouvelles réellement très réussies. En tout, ce sont 14 textes qui sont ici compilés sur un total de 700 pages. Pour ne pas tomber dans la routine, j'ai intercalé d'autres lectures toutes les quatre nouvelles.

Dans la série des ratages, on trouve "L'homme au costume noir" où un jeune garçon rencontre le diable au détour d'une partie de pêche fructueuse. Remplie de clichés et con-con, rien de neuf à se mettre sous la dent et une morale bien mielleuse en toute fin qui gâche le plaisir. "Tout ce que vous aimez sera emportés" n'est pas beaucoup mieux, le lecteur est invité à suivre les derniers moments d'un désespéré... Honnêtement, j'avais hâte qu'il en finisse tant, une fois de plus, Stephen King empilait les poncifs empêchant par là-même toute forme d'empathie envers le héros... Un comble! "Quand l'auto-virus met cap au nord" quant à lui reprend le thème souvent traité du tableau hanté. J'ai trouvé cette nouvelle surfaite, légèrement pompeuse et au final ennuyeuse car on devine tout à l'avance, un comble dans le genre fantastique. Ces trois nouvelles sont donc à oublier.

Heureusement la majeure partie des récits sont plutôt sympathiques même si on est loin d'être face à des oeuvres de génie et que certaines pompent allègrement des thèmes déjà traités comme c'est le cas pour "Salle d'autopsie quatre" où un homme passé pour mort par les médecins va se faire autopsier de son vivant. Bien que maîtrisé et plutôt haletant, on ne peut s'empêcher de le comparer au récit d'Alan Poe ("L'enterré vivant"), dix fois plus puissant et évocateur. "La Mort de Jack Hamilton" est un récit du style road movie plutôt bien mené où nous suivons la fuite de Dillinger et sa bande suite à un casse qui a mal tourné, pas exceptionnel mais les pages se tournent vite et la fin est réussie (chose plutôt aléatoire dans l'oeuvre du King). "Salle d'exécution" met un journaliste d'investigation au prise avec un tribunal d'exception d'une dictature sud-américaine qui lui reproche ses révélations fracassantes. Le suspens est à son comble malgré des moments de grande propagande américaine digne de l'époque de la Guerre Froide. Reste un beau plaidoyer pour la liberté d'expression. "Tout est fatal", la nouvelle éponyme, voit un homme lambda se faire proposer un contrat pour devenir tueur à gage sur internet. Farfelue, déroutante, cette nouvelle est sympathique de part son côté paranoïaque, dommage que la fin soit si ouverte, on a l'impression que Stephen King en avait marre et qu'il a du coup bâclé la fin. "LT et sa théorie des AF" frôle la catastrophe tant le récit est minimaliste et finalement vain, par contre on rit beaucoup à l'écoute des anecdotes que le héros raconte à propos de sa vie de couple, c'est ce qui sauve cette nouvelle du naufrage! "1408" est la nouvelle à l'origine d'un film que Nelfe et moi avions vu au cinoche et que nous avions trouvé très moyen. Il en est de même avec la nouvelle qui se révèle convenue bien que remarquablement construite, la première partie étant un modèle de mise en haleine avant que le héros rentre dans la fameuse chambre hantée! Enfin, "Petite chansseuse", variation autour de la chance et de la cupidité bien que concise avec une héroïne bien caractérisée, s'embourbe une fois de plus dans les idées reçues.

Vous l'avez compris, rien d'exceptionnel à part les quatre nouvelles qui suivent! Tout d'abord le cross-over de la série littéraire de Stephen King La tour sombre avec "Les petites Soeurs d'Eluria" où on y retrouve Roland le Pistolero en prise dans une ville déserte à des mutants verts (cousins de Hulk) et des sorcières bien particulières! Un vrai ovni dans ce recueil que cette nouvelle typée Grind House, très bien écrite, délirante à souhait au héros attachant au possible. Peut-être un jour vais-je me décider à suivre plus attentivement les aventures du Pistolero. "Déjeuner au Gotham café" est une de mes préférée! Un homme a RDV au restaurant avec sa future-ex femme pour discuter du règlement de leur divorce mais arrivé sur place rien ne va se passer comme prévu. Le début commence tout doucement avec une belle description du couple et de son fonctionnement. L'intervention d'un troisième larron (ici un maître d'hôtel un peu spécial) va faire rentrer le récit dans la folie pure. Un petit bijou de montée en pression et un final quasi apocalyptique... Huge! "Cette impression qui n'a de nom qu'en français" tourne autour de la notion de déjà vu, récit à tiroir où on nage constamment entre réalité et rêve en suivant un couple allant fêter leurs 25 ans de mariage sur les lieux de leur lune de miel. Un événement fatal semble se profiler par petites touches, le final est terrible et surprenant, une très belle réussite! Enfin, "Un tour sur le bolid'", nous parle de la mort d'un proche et de la façon d'y faire face en suivant l'histoire d'Alan, un étudiant apprenant que sa mère est hospitalisée et qui va faire du stop pour la rejoindre. Il va être pris par deux conducteurs plus que décalés qui vont l'amener à réfléchir sur lui, ses rapports avec sa mère et sur ce qui est important dans l'existence. Un monument de finesse dont le King fait trop rarement preuve.

Au final, je ne pourrais pas vous dire que ce recueil de nouvelles soit indispensable. Il y a vraiment à boire et à manger et l'on passe du meilleur au pire. Du même auteur, préférez "Danse macabre" qui reste son meilleur dans le genre compilation de nouvelles ou sinon dirigez -vous vers Clive Barker qui me paraît plus mature et finaud. Reste que King est un raconteur d'histoires doué à l'écriture très accessible (idéal à lire en période estivale) même si au détour de certaines lignes je ne peux que penser que derrière l'écrivain se trouve un esprit quelque peu passéiste et un auteur en panne d'idée qui se répète d'une nouvelle à l'autre (au moins cinq de ces personnages arrêtent de fumer, schémas de pensée identiques...). À vous de voir si vous tentez ou non cette lecture, je sais je ne vous aide pas trop sur ce coup là!

lundi 12 août 2013

"La Demoiselle de la Légion d'Honneur" de Annie Goetzinger et Pierre Christin

demoisellelegiondhonneurL'histoire: Parce que ma vie, même si j'avais tout fait pour oublier que je la vivais, je la sentais quand même qui s'écoulait hors de moi, absurde ruisselet aux rives imprécises...

La critique de Mr K: Une nouvelle BD du scénariste Pierre Christin à mon actif aujourd'hui! On le retrouve ici avec la dessinatrice Annie Goetzinger pour une deuxième collaboration après ma lecture enthousiaste du volume "La Diva et le Kriegspiel". "La Demoiselle de la légion d'honneur" appartient lui aussi à la collection Portraits souvenirs de la maison d'édition Dargaud et ce volume n'a fait que renforcer tout le bien que je pouvais penser d'eux. Une fois de plus, c'est au travers le destin d'une femme lambda que les auteurs nous invitent à traverser tout un pan de siècle pour mieux explorer les périodes obscures de notre Histoire commune.

Aline Erckmann est pupille de la nation. Orpheline suite à la défaite française en Indochine, elle est placée là où vont les filles de soldats morts pour la patrie française avec les honneurs et devient une demoiselle de la légion d'honneur. Dans cette institution très rigoriste pour jeunes filles, elle va passer toute son adolescence et va être en quelques sorte "façonnée". Garants de sa bonne "éducation" , l'inspectrice générale (genre de Folcoche fonctionnaire) et les éducatrices vont s'efforcer d'en faire une femme soumise, n'obéissant qu'aux devoirs incombant à son sexe, réfrénant ses désirs et aspirations. Très vite, elle sera présentée à l'héritier d'une grande famille de la nomenklatura française de l'époque et se mariera comme dans un rêve sans réellement s'en rendre compte. Mais derrière la façade féérique se cache des réactionnaires extrémistes et une vie qui s'envole.

planche_demoiselle_legion_honneur(cliquez sur l'image pour voir en plus grand)

La grande force de Christin réside dans son talent pour caractériser ses personnages et nous proposer une histoire ancrée dans le réel. Le personnage d'Aline est un modèle du genre que l'on retrouve souvent dans les grands fresques littéraires historiques. Rien ne la distingue vraiment mais à travers son destin contrarié, les auteurs abordent des sujets sensibles comme la place de la femme française dans l'après Seconde Guerre mondiale et les choix qui pouvaient s'offrir à elle. Témoin de son temps et de sa vie, le personnage principal pendant une bonne partie de la BD semble absente de son existence et suit les courants sans réellement s'impliquer. Sa belle famille l'utilise comme un bel objet de décoration pour leurs réceptions et les prises de contact de son mari qu'elle se contente de suivre sans vraiment poser de questions. Pour cela, elle se révèle bien énervante même si les planches qui se suivent ne font qu'évoquer les normes sociales d'une époque rétrograde. Le déclic finit bien par venir et elle doit alors prendre son courage à demain pour réunir ce qui lui reste de dignité et d'amour maternel pour retrouver son enfant et se construire enfin une vie où elle décidera seule de son avenir. La fin du récit se termine sur une note optimiste malgré un récit tortueux et vertigineux à la fois.

En suivant Aline, on explore aussi les phases cachées et peu avouables de notre histoire avec notamment une plongée sans concession dans la guerre d'Algérie et le ressentiment nourri par les pro Algérie française mais aussi dans le monde colonial français en pleine déliquescence. Au détour des planches, il est question de complot visant à déstabiliser le pouvoir gaullien accusé de traitrise envers la patrie, des coutumes ancestrales de certaines tribus africaines, de la prise du pouvoir à Cuba par Castro, de scandales politiques, de mai 68, de la lutte des classes et plus particulièrement des mœurs nauséabonds régnant au cœur des grandes familles aristocratiques... Le tout est remarquablement traité avec un souci du détail et un traitement historique sans faille. Belle manière en tout cas de réviser cette période clef que fut la Guerre Froide pour la planète entière car vous l'avez compris, le lecteur voyage beaucoup en compagnie de l'héroïne.

planche demoiselle legion honneur

(cliquez sur l'image pour voir en plus grand)

L'aspect technique est lui aussi très réussi. Les dessins de Goetzinger sont simples mais toujours justes et évocateurs à souhait. On est vraiment plongé dans une époque et son talent complète à merveille celui de Christin. Les pages se tournent rapidement, sans effort et le suspens est maintenu jusqu'au bout. Les allers-retour constant entre la grande Histoire et la vie d'Annie se font naturellement et on ressort à la fois plus instruit mais aussi transporté par cet récit très bien mené.

Une belle expérience de lecture pour un ouvrage que je vous invite à découvrir au plus vite.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même scénariste:
- La maison du temps qui passe
- La croisière des oubliés
- Partie de chasse
- La diva et le kriegspiel

Posté par Mr K à 17:33 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
dimanche 11 août 2013

"La Transcendante" de Patricia Reznikov

transcendante

L'histoire: Pauline vient de vivre un drame, l’incendie de son appartement dont elle est sortie avec de graves blessures. Seul un livre a survécu de cet amas de cendres, "La lettre écarlate" de Nathaniel Hawthorne. Elle décide alors d’aller sur les traces de l’écrivain à Boston où elle fait la rencontre d’une vieille originale qui la prend en main et lui fait visiter sa ville, tous les lieux où a vécu Hawthorne, dont Salem sa ville natale.
Et peu à peu au milieu de ce jeu de pistes littéraire qui l’étourdit, son empathie pour Hester Prynne, l’héroïne de "La lettre écarlate" et sa rencontre avec un homme dans une étrange librairie l’amènent à envisager différemment sa vie.

La critique Nelfesque: "La Transcendante" de Patricia Reznikov est un des romans qui vous attend dans le grand tourbillon qu'est la Rentrée Littéraire, aux éditions Albin Michel. Avec un sujet lourd et à la fois complexe, avec en trame de fond "La Lettre écarlate" de Nathaniel Hawthorne, je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre avec ce roman. Etalage de savoir de la part de l'auteure ou prétexte pour mettre en place une histoire commune à chacun, la souffrance de l'existence? C'est pleine de doute que j'ai commencé ma lecture.

Un adjectif me vient en tête quand je songe à cette lecture: paisible. C'est un sentiment de sérénité qui m'a accompagné durant toute ma lecture et qui reste prégnant une fois la dernière page tournée. Le lecteur découvre en même temps que Pauline, le personnage principal de "La Transcendante", la ville de Boston, son atmosphère, son Histoire, sa culture à travers l'oeuvre et la vie de Nathaniel Hawthorne. Tout en douceur et aux côté de Georgia, étrange américaine farfelue et francophile, ancienne professeur de littérature à la retraite, nous nous baladons dans les rues de Boston, chaudes et bienveillantes où passé et présent se côtoient et où la littérature et le mouvement transcendantaliste (mouvement littéraire, spirituel, culturel et philosophique qui a émergé aux États-Unis, en Nouvelle-Angleterre, dans la première moitié du XIXe siècle) sont omniprésents. Les anecdotes de Georgia, nous pousserait presque à aimer Boston, tout du moins à vouloir la découvrir un jour en vrai.

Ces balades sont toutes conditionnées par "La Lettre écarlate" de Hawthorne et par le désir de Pauline de découvrir quelque chose sur cette oeuvre. Quoi exactement? Elle ne le sait pas elle-même... Elle a échoué à Boston, dans un désir de comprendre mais sans réellement savoir quoi ni comment. Ce roman étant le seul vestige de l'incendie de son appartement et de sa vie en général, elle est intimement persuadée qu'il y a un message à comprendre, un chemin à suivre, presque une volonté divine derrière sa venue. L'auteure, par la voix de Pauline, nous relate alors quelques longs passages du fameux roman de Hawthorne jusqu'à lui faire raconter l'intégralité par le menu. Ce procédé, rare dans la littérature, peut sembler rébarbatif et inutile mais, peu à peu, les liens se font entre l'histoire du roman et la vie de Pauline. Histoire que l'on retrouve également dans celle de Georgia et dans celle de chacun d'entre nous, une blessure difficile à cicatriser mais qui fait de l'homme ce qu'il est. Un mal nécessaire pour avancer.

Les personnages de "La Transcendante" sont particulièrement intéressants. Pauline est perdue et est parfois abrupte, voire insolente, envers Georgia. Elle retourne contre elle ce qu'elle ne comprend pas, sans chercher à comprendre les raisons de sa "loufoquerie". J'ai eu du mal à concevoir cette attitude qui ne sert pas vraiment le personnage de Pauline mais fait de celui de Georgia un être d'autant plus attachant. Comme une bonne fée, elle pardonne toujours à Pauline ces états d'âme et finira par lui montrer ce qu'elle était venue chercher.

Pauline va également rencontrer Blake, nietzschien convaincu, qui vit dans l'instant et ne prend en compte ni passé ni avenir. Avec son caractère tout en retenu et sa philosophie de vie diamétralement opposée à celle de Georgia, il a le mérite de proposer à Pauline une autre façon de voir la vie et une clé qui lui permettra de tourner la page sur un passé douloureux.

"La Transcendante" est un roman étonnant. Difficile à critiquer tant il foisonne de détails et de sentiments en moins de 300 pages. Certains le trouveront pompeux, c'est un peu ce que j'ai pensé au début de ma lecture, d'autres lui préfèreront le caractère bienveillant et l'atmosphère douce et sereine qui se dégagent de ces pages, ce que je retiendrai finalement de cet ouvrage. Dans tous les cas, il ne laissera personne indifférent...

J'ai lu ce roman dans le cadre du Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre. L'avis de mes compagnons de lecture est à retrouver sur la fiche consacrée sur le site.

vendredi 9 août 2013

"Colère du présent" de Jean-Bernard Pouy

001

L'histoire: À Arras, chaque 1er mai, tout ce qu'il y a de gauchistes, d'anars, d'alters, de militants écolos, bio ou pas, se regroupent lors du Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale.

Mais cette année-là, au lieu de rentrer sagement chez eux, les participants décident que la fête doit continuer. Ils se mettent à construire des barricades et à isoler le quartier. Leur revendication? Déclarer Arras "Commune libre". Mais on ne s'émancipe pas si facilement... En face, on prend ça très au sérieux et, pour gérer la crise, on envoie l'armée, qui découvre ainsi de nouveaux ennemis...

La critique de Mr K: Bonne pioche une fois de plus lors d'une visite chez l'abbé avec cet ouvrage de 2011 signé Jean-Bernard Pouy, considéré par beaucoup comme un auteur incontournable du policier français. Rappelons qu'il est entre autre l'initiateur de la série du Poulpe et qu'il est connu pour son engagement très à gauche et son style d'écriture sans concession. En cette période flirtant avec le fascisme larvé des années 30, la quatrième de couverture m'a interpelé et je n'étais pas contre me plonger dans une ambiance "mai 1968". Il y a de ça mais pas que...

Un festival gauchisant dégénère donc et donne lieu à une rébellion pacifiste qui décide de couper un quartier tout entier du reste de la France et de se déclarer "Commune libre" vivant sous le seul joug de l'autogestion. Bien évidemment, le pouvoir élyséen s'en émeut et envoie rapidement la grande muette sur place pour régler au mieux le problème. Marc de la Villardeuse (le général de brigade chargé de cette délicate intervention) va alors découvrir un ennemi bien plus retors qu'il avait prévu, qui va mettre à mal ses convictions les plus profondes.

Ce livre est divisé en chapitres très courts qui passent d'un camp à un autre de manière régulière. L'auteur s'attarde d'ailleurs beaucoup plus sur ce qui se passe au sein de l'état major des armées avec des focus très poussés sur le général précédemment cité. Loin de se complaire dans la dénonciation de l'armée, qui n'échappe cependant pas au passage au ton corrosif de Pouy, l'auteur s'attache à nous montrer l'individu qui se cache derrière son rôle de général. Un homme avec ses faiblesses et ses convictions. Peu à peu, il prend la mesure de ses opposants et va évoluer dans sa façon de voir les choses. Pour autant, il a un devoir à accomplir et cela va donner libre cours à un conflit intérieur fort bien décrit et crédible. Derrière une ambiance dans l'ensemble plutôt lourde, des touches comiques sont parsemées de-ci de-là via les rapports qu'il entretient avec ses subordonnés (tous plus abrutis les uns que les autres, notamment son aide de camp), les dialogues sont croustillants à souhait et renvoient irrémédiablement au dialoguiste Audiard dans ses plus belles années. La fin du récit est un modèle du genre qui souligne à merveille l'absurdité de la situation, à savoir tout un bataillon prêt à en découdre face à des individus certes déterminés mais pacifistes.

Cette lecture a été très rapide et plaisante au possible. Le livre ne fait que 180 pages et le style est incisif et abordable. On retrouve ici tout le talent de Pouy pour mener son intrigue, l'épaissir et la densifier sans pour autant sacrifier sa verve, son insolence et sa spontanéité. Une belle expérience entre plaisir pur et réflexion que je vous invite fortement à découvrir.

Posté par Mr K à 15:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,