dimanche 25 mai 2014

"Love & pop" de Ryû Murakami

loveandpopL'histoire: Par l'intermédiaire de messageries téléphoniques, de jeunes lycéennes acceptent des rendez-vous avec des inconnus pour pouvoir s'acheter des produits de marque. Le roman raconte la journée d'une jeune fille qui, désirant absolument s'offrir une topaze impériale, accepte coup sur coup deux rendez-vous avec des hommes. Mais les rencontres ne vont pas se passer comme elle l'avait prévu.

La critique de Mr K: Un Murakami peut en cacher un autre, ceux qui nous suivent connaissent mon fort penchant pour Haruki Murakami. J'avais déjà entendu parlé de Ryû Murakami et notamment de son Bébés de la consigne automatique (dans ma PAL aussi) mais je ne l'avais pas pratiqué jusqu'ici. L'occasion de le découvrir s'est présentée avec ce livre trouvé une fois de plus chez notre fournisseur officiel et dont la thématique m'attirait.

On partage une journée entière en compagnie d'Hiromi Yoshii, jeune lycéenne de deuxième année qui a décidé de partir en séance shopping avec trois de ses amies. Très vite, elle tombe en pâmoison devant une bague qu'elle veut acheter au plus vite, c'est-à-dire avant la fermeture du soir! Appartenant à la génération du "tout, tout de suite", quel meilleur moyen de réunir la somme requise en si peu de temps, si ce n'est en vendant sa petite personne au plus offrant... Avec l'aide de ses copines, puis seule, elle va répondre à quelques annonces. Commence alors une lente plongée en eaux troubles qui va lui réserver bien des surprises...

C'est un certain aspect du Japon (plutôt méconnu d'ailleurs) que Ryû Murakami nous invite à découvrir ici et c'est loin d'être le plus reluisant. On baigne constamment entre la curiosité malsaine et un grand sentiment de solitude qui semble habiter la plupart des protagonistes, à commencer par ces hommes en quête de présence féminine pour le moindre acte quotidien (aller louer une vidéo, faire ses courses, manger du raisin, aller au restaurant...). Ces "clients" sont plus bizarres les uns que les autres, la longue litanie des annonces qui s'étire sur parfois quatre à cinq pages nous dévoile des marasmes affectifs et sociaux forts, des frustrations et des désirs inassouvis. Il se dégage de l'ensemble un côté pathétique et inquiétant, surtout qu'au fil des pages, la tension monte et on perçoit la violence latente de la situation.

Jeune et pas forcément innocente, Hiromi va surfer sur le phénomène et tenter de faire fortune en un temps record pour répondre à un désir consumériste. Mais voilà, de consommatrice à objet de consommation, il n'y a qu'un pas que sa morale ne détecte pas au premier abord. Plutôt détachée, cachée derrière les apparences de la jeune fille parfaite japonaise (effacée et disponible), elle pense que rien ne peut l'atteindre et que finalement ce ne sera pas si difficile que cela d'arriver à ses fins. Cependant, les deux "rencontres arrangées" ne vont pas se dérouler comme prévu, changeant irrémédiablement l'héroïne.

J'ai adoré ce livre que j'ai lui aussi avalé d'une traite, entrecoupée d'une courte phase de sommeil. Rien à voir avec Haruki Murakami dans la langue, celle de Ryû est plus abrupte, moins imagée mais frappe en plein cœur par son caractère d'urgence. La réalité est ici crûe et prégnante, rien ne nous est épargné. D'ailleurs dès la quatrième de couverture, l'éditeur annonçait la couleur avec cette citation de l'auteur: La littérature n'a que faire des questions de moralité. Mêlant récit et extraits d'infos, de radios et les fameuses petites annonces, l'immersion est totale dans ce Japon côté face. On est au centre d'une fourmilière dans laquelle semble se débattre Hiromi, jeune fille engluée dans ses contradictions. La lecture s'est révélée aisée et agréable même si certains passages sont assez rock&roll!

Au final, ce fut une expérience vraiment rafraîchissante quoiqu'éprouvante par moment, je m'attacherai à suivre cet autre Murakami qui propose un univers radicalement différent d'Haruki Murakami et sa poésie de tous les instants. Ryû Murakami semble plus adepte de la littérature qui frappe fort et juste, j'aime aussi ça par moment. Je mettrai à l'épreuve ce nouvel engouement avec le fameux volume toujours dans ma PAL, lecture prévue dans les mois à venir.

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samedi 24 mai 2014

"L'Ordre et le chaos" de Maud Tabachnik

ordre et chaos

L'histoire: À quarante ans, après la mort de sa mère, Merryl réalise enfin son rêve : quitter son pays de Galles natal et prendre la route à bord d’un camping-car. Mais ce qu’elle découvre n’est pas la liberté, plutôt l’injustice et la brutalité des hommes. Prise dans l’engrenage de la violence et de ce qu’elle croit être la légitime défense, Merryl devient la criminelle la plus recherchée du royaume. Mais comment l’inspecteur Milland, ex-star de Scotland Yard, pourrait-il imaginer, en remontant une route jonchée de cadavres, que cette folie meurtrière est l’œuvre d’une femme ?

La critique Nelfesque: Maud Tabachnik est une auteure de thriller que j'ai toujours voulu découvrir. Après la mauvaise expérience de Mr K avec "Tous ne sont pas des monstres", j'ai été quelque peu refroidi mais la 4ème de couverture de "L'Ordre et le chaos" a fini de me convaincre. C'est maintenant que je tente l'expérience!

Ce roman ci est à la frontière entre thriller et roman noir. Le personnage principal, Merryl, est une femme en souffrance. Elle vient de perdre sa mère qu'elle n'avait jamais quitté mais là n'est pas le plus dramatique, bien au contraire. La vie qu'elle a vécue à ses côtés était un tel enfer, inconscient jusque là, que sa mort est une vraie délivrance. Brimades, vexations, oppressions, chantage affectif, humiliations... Merryl est passée par tout cela et par là même à côté de sa vie.

Elles qui ont toujours vécu chichement, se refusant tout plaisir, pour Merryl c'est un véritable choc de découvrir que sa mère constituait un "petit" pécule en réquisitionnant son propre salaire et n'était rien de moins qu'une folle, égoïste et castratrice. Elle décide de vendre leur maison, d'acheter un camping-car toutes options et partir à l'aventure sur les routes. Son rêve de toujours est enfin là, à portée de main: découvrir le monde et profiter de la vie! Maud Tabachnik entraîne alors ses lecteurs dans un road movie sur les routes de l'Angleterre profonde à la découverte de ses petits villages et de ses paysans.

Oui mais voilà, la prison qu'avait constitué sa mère autour d'elle était aussi une protection et Merryl va vite le découvrir en même temps que la cruauté des gens ou au mieux leur indifférence. Elle pensait naïvement que le monde n'était qu'amour, piou piou, échanges enrichissants et licornes colorées mais elle va vite déchanter. Et Merryl, quand elle déchante, elle devient colère, elle devient vengeance et elle tire dans le tas!

Efficace, ce roman se lit très vite et très facilement. L'écriture est simple et claire, le style cinématographique est plaisant et permet de donner du rythme à l'ensemble. Je n'ai donc pas été rebuté comme Mr K a pu l'être mais je ne dirai pas que c'est un roman à lire absolument pour autant...

Le manichéisme "Merryl la gentille déçue vs les méchants vivant dans un monde hostile" fini par lasser et les personnages caricaturaux au possible ôtent toute empathie de la part du lecteur. Les situations sont alors prévisibles et j'ai trouvé que ce parti-pris ne servait pas du tout le roman. Bien au contraire.

Alors oui, "L'ordre et le chaos" se lit bien mais il se lit juste bien. Ce n'est pas le thriller de l'année, c'est un roman sympa à lire le temps d'un voyage en train ou affalé au soleil sur la plage. Il a un petit côté défouloir qu'on ne va pas bouder mais il est aussitôt lu, aussitôt oublié. La fin pourra surprendre certains lecteurs je pense bien que ce ne fut pas mon cas (en grande amatrice du genre que je suis, on ne me la fait plus! héhé!). Cela ne lui enlève pas pour autant toute sa puissance et ce dernier souffle salvateur, développant jusqu'à son paroxysme la psychologie de Merryl, me fait dire que cette lecture valait tout de même l'aventure.

A lire si vous êtes en manque de thriller en ce moment mais ne vous attendez pas à plus qu'à un divertissement qui fait passer le temps. A vous de voir...

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mercredi 21 mai 2014

Déstockage de Serpent à Plumes

C'est LE bon plan littéraire du moment! Si vous avez un magasin Noz près de chez vous, courrez-y! En ce moment, de très nombreux titres du catalogue du Serpent à plumes, filiale des Editions du Rocher, sont à des prix très attractifs. De 2.50€ à 2.90€ le roman neuf, initialement à 20€ en moyenne. A ce prix là, on se fait plaisir!

Arriva ce qui devait arriver, on a fait une razzia qui fait pleurer nos PAL mais danser la gigue à nos portes monnaies.

Voici le tableau de chasse:

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- Au bord du gouffre de David Wojnarowicz
- Sirtaño ou la légende du serpent-roi de Renaud Joubert
- Les Couloirs du temps de Iouri Mamleïev

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- La Plage de Marie Hermanson
- Axolotl Roadkill d'Hélène Hegemann
- La Sarabande des soupirs de Gianni Celati

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- Animals tristos de Jordi Punti
- Cinéma mental de Gianni Celati
- La Madone au manteau de fourrure de Sabahattin Ali

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- Finnigan et moi de Sonya Hartnett
- Une Fille de pasteur de George Orwell
- Le Tumulte des roses de Manuel Peyrou

12 romans neufs pour le prix d'1. C'est pas trop beau ça!? Franchement, pourquoi se priver? De quoi faire des découvertes, tenter des auteurs jusqu'alors méconnus et surtout se faire du bien au moral en pensant aux longues heures de lecture au soleil qui nous attendent (quand le soleil reviendra...).

Vous avez un Noz dans les alentours? Qu'est ce que vous faites encore devant l'écran de votre ordinateur!? Go go goooo!

mardi 20 mai 2014

"Tu ne m'échapperas pas" de Lisa Gardner

lisagardnerL'histoire: "À toutes les unités, à toutes les unités... On nous signale une fusillade à la cité scolaire."
Baskerville, bourgade tranquille de l'Oregon. Il est 13 h 50 lorsque Rainie Conner reçoit l'appel : on a ouvert le feu sur des collégiens. Quand l'inspectrice arrive sur place, deux adolescentes et leur enseignante gisent à terre. Le meurtrier est là. Il n'a que treize ans. Pis, c'est le fils du shérif - le supérieur hiérarchique et l'ami de Rainie... Pour la jeune femme, qui s'est engagée dans la police afin d'oublier le drame qui l'a marquée, l'épreuve ne fait que commencer. Il lui faut mener l'enquête alors que la pression exercée par les parents, les médias et le FBI se fait chaque jour plus forte... Pourra-t-elle faire face, elle qui se sait si fragile psychologiquement et ne cesse d'être hantée par les ombres de son passé?

La critique de Mr K: Ah! Un Lisa Gardner! Voilà une écrivaine au talent machiavélique que j'aime pratiquer à l'occasion. Dans mes deux précédentes lectures, j'ai jubilé face à ses thrillers haletants et aux multiples rebondissements. Mais voilà, il y a une fin à tout et je dois bien avouer que je suis resté sur ma faim même si ce livre s'avère être un divertissement juste sympathique. Une icône tombe!

Dans Tu ne m'échapperas pas, tout commence par une fusillade en milieu scolaire comme cela arrive encore trop souvent aux États-Unis. Une professeur et deux petites filles ont été tuées et un jeune garçon du nom de Danny est arrêté les armes à la main, le regard hagard. Il avoue bien vite le triple meurtre et on se dit que l'affaire va être vite pliée. Mais voilà, quand on en arrive là, on n'est qu'à la page 100 et on se doute bien que derrière cet aspect simpliste se cache quelque chose de plus gros et de plus sombre. D'autant plus qu'à l'occasion de fins de chapitre, un mystérieux inconnu rode dans les parages s'intéressant de très près à notre héroïne d'inspectrice et aux conséquences de la tuerie. Bizarre, vous avez dit bizarre? Effectivement, le mystère s'épaissit et on ne peut que continuer en attendant que l'auteur nous livre toute la vérité.

On retrouve ici les qualités des précédents opus que j'ai pu lire de Lisa Gardner. Un style direct et franc qui n'épargne personne et un don certain pour planter une situation dramatique. On touche en plus ici à un sujet brûlant et cet aspect est bien traité: l'horreur de l'assassinat de jeunes enfants, le traumatisme qui en découle pour la communauté et les dérives vengeresses d'une foule en colère. Nous suivons une fois de plus le point de vue de l'enquêtrice et le voile ne se lève que par toutes petites pièces, on enrage d'en savoir si peu et pourtant la lecture se poursuit plutôt agréablement. Il ne m'a pas fallu beaucoup de temps pour en venir à bout, pour autant je ressors déçu de cette lecture.

J'ai tout d'abord trouvé les personnages principaux plutôt insipides. On lorgne bien souvent vers le soap à deux dollars notamment l'attirance mutuelle qui s'installe entre Rainie et Quincy le super flic du FBI. On flirte avec la collection Harlequin et cela discrédite ces deux personnages plutôt attachants de prime abord. De manière générale, j'ai trouvé les protagonistes plutôt plats et caricaturaux, l'empathie ne fonctionne pas et on en arrive presque à se désintéresser d'eux, ce qui est tout de même un comble pour ce genre de littérature. Je dois aussi vous dire que même si l'intrigue se tient et marque le lecteur dans sa chair, je l'ai trouvé plutôt convenu et sans surprise. Les rebondissements ne sont pas si nombreux et j'ai deviné à l'avance certains d'entre eux. Cela m'a quelques peu gâché le plaisir.

Au final, cette lecture m'a contrarié tant j'en attendais plus. On vire dans le thriller commun, chose à laquelle je ne m'attendais pas du tout de la part de Lisa Gardner. Attention, on est loin de la purge littéraire mais Tu ne m'échapperas pas s'apparente davantage à un petit roman de plage qu'à un thriller percutant. Vous voilà prévenus!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Disparue
- Sauver sa peau
- La maison d'à côté

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dimanche 18 mai 2014

"Joyland" de Stephen King

joylandL'histoire: Les clowns vous ont toujours fait peur?
L'atmosphère des fêtes foraines vous angoisse?
Alors, un petit conseil: ne vous aventurez pas sur une grande roue un soir d'orage...

La critique Nelfesque: En premier lieu et avant de donner mon avis sur "Joyland", je tiens à dire que si vous avez toujours eu peur des clowns et si l'atmosphère des fêtes foraines vous angoisse, vous pouvez lire ce livre. Je ne sais pas ce qu'a fumé la personne qui a rédigé la 4ème de couverture ou si même, pire, elle a bien lu le roman, parce qu'il n'est pas du tout question de clown dans cet ouvrage! Quant à l'atmosphère de cette fête foraine, elle est tout sauf angoissante. Une vraie publicité mensongère que ces quelques lignes! Moi qui au contraire attendez des clowns pour renouer avec l'ambiance "Ca", j'ai bien été déçue sur ce point.

Cela faisait de nombreuses années que je n'avais pas lu d'ouvrage de Stephen King. J'en ai été très fan à mon adolescence puis peu à peu j'ai commencé à me lasser, voyant de grosses ficelles reprises maintes et maintes fois, étant déçue par les fins de roman bâclées... Le cycle "Désolation" / "Les régulateurs" en 96 a signé ma rupture avec l'auteur.

Et aujourd'hui, arrive en librairie un nouveau roman qui attise ma curiosité, me donne envie de renouer avec l'univers de SK. Une fête foraine, des clowns (je croyais en trouver...), une ambiance malsaine... Je me lance avec l'espoir de retrouver l'engouement de mes jeunes années. Bien que n'ayant pas trouvé dans "Joyland" les ingrédients promis dans le résumé, j'ai retrouvé, contre toute attente, l'envie de poursuivre ma lecture au fil des pages, une véritable empathie pour les personnages et la joie d'une sensation depuis longtemps perdue.

Vous l'aurez compris, j'ai aimé "Joyland"! J'ai aimé me perdre dans ses pages, suivre Devin dans son quotidien d'étudiant et sa découverte de Joyland, un parc d'attraction dans lequel il va travailler pendant l'été 1973. Jeune homme attachant et respectueux, presque trop gentil, il va durant cet été vivre en accéléré une expérience enrichissante et grandir en quelques mois comme jamais il ne l'avait fait jusqu'alors. Autour de lui gravite toute une clique de saltimbanques originaux, gais et sympathiques qui vont le prendre sous leurs ailes et lui raconter les secrets du parc d'attraction, et plus particulièrement ceux de la Maison de l'Horreur.

Il fera aussi la connaissance d'Erin et Tom, ses colloc' et collègues le temps d'un été et amis pour la vie, Mike et sa maman, petit garçon handicapé aux pouvoirs surprenants... Les personnages gravitant autour de Dev sont des plus attachants. On ressent une vrai sympathie pour eux tout le long de la lecture, ce qui facilite l'identification aux personnages et l'appât du lecteur pour ce roman qu'il ne peut plus lâcher.

Habituée aux romans d'horreur avec Stephen King, ici on en est bien loin. Ce sont les rapports humains qui sont le point central de "Joyland" et la découverte d'un autre monde, celui des forains. Il y a bien une petite dimension fantastique mais pour moi on est ici dans de la littérature contemporaine.

C'est un Stephen King apaisé et recentré que j'ai retrouvé dans "Joyland" avec beaucoup de plaisir et de tendresse. Il nous prouve ici qu'il n'y a pas besoin d'en faire des tonnes dans le gore et l'épouvante pour faire vibrer les lecteurs et qu'un peu de finesse est la bienvenue dans ce monde de surenchère. Un roman que je vous conseille, même si d'ordinaire vous détestez Stephen King. Je prends les paris qu'il saura ici vous charmer!

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samedi 17 mai 2014

"Combat de fauves au crépuscule" d'Henri-Frédéric Blanc

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L'histoire: "Comment lui, si prudent, si futé, si prompt à déjouer les manœuvres sournoises des autres, lui dont l'intelligence et l'imagination créatrice étaient réputées dans tout le milieu publicitaire parisien, lui qui possédait le don de flairer les bons coups avant ses concurrents et d'agir plus vite qu'eux, comment avait-il pu se faire piéger aussi bêtement?"
En cherchant un appartement, Charles Cuvelier, jeune loup de la pub, se retrouve bloqué dans un ascenseur, à la merci des occupants de l'immeuble. Cette fois le stratège surdoué va devoir lutter pour sa vie.

La critique de Mr K: Voilà une très belle surprise que m'a réservé un séjour de plus chez l'abbé. J'aime beaucoup la collection Acte Sud (elle édite notamment Laurent Gaudé), la couverture m'a attiré l'œil de suite avec ce chat malicieux et la quatrième de couverture n'a fait qu'attiser ma curiosité. Vu le prix modique, il me semblait dommage de ne pas tenter l'aventure... Bien m'en a pris!

Il y a des jours où il n'est pas bon sortir de chez soi, Charles Cuvelier va l'apprendre à ses dépens. Publiciste renommé et redoutable, il se rend dans un immeuble afin de visiter un appartement à louer. Erreur fatale, il prend l'ascenseur et le coup de la panne prend une autre dimension. Coincé dans cet espace clos, le jeune loup va devoir s'accrocher à la vie. Loin de lui venir en aide, la proprio du dernier étage et quelques autres hurluberlus vivant là semblent se complaire dans la situation inconfortable dans laquelle se retrouve Charles. Ce dernier essaie nombre d'approches différentes, diverses tentatives de séduction mais il rencontre un mur. Peu à peu, son mental se fissure et le huis-clos vire au cauchemar.

Très court (106 pages), "Combat de fauves au crépuscule" se dévore d'une traite. On est constamment balancé entre répugnance pour le personnage principal (pur produit de la société consumériste que nous subissons) et l'inhumanité du traitement qu'il subit. Plus les pages se tournent, plus nous le voyons plonger. Il passe du simple souci à l'inquiétude grandissante quand il se rend compte que ses tours ne fonctionnent pas sur ses "kidnappeurs". Mais rien n'y fait, son charme et son éloquence ne fonctionnent pas et le récit s'envenime très vite pour mener à des sommets insoupçonnés. La froideur des lieux et des gens qui y vivent l'atteignent le plein de fouet, on sent bien que Charles peu à peu se rapproche du gouffre, de la folie. Ses contradicteurs mettent en relief la chute du héros par leur froideur et leur normalité. On nage en pleine folie ambiante dans un quotidien implacable et désespérant. La révélation finale est de toute beauté et vient couronner d'une aura plus forte cette petite histoire à visée universelle.

Ce livre se lit avec une facilité déconcertante. La langue est accessible, sans chichi (sans grand relief diront les plus durs) et on est immergé complètement dans le récit. On accompagne avec douleur et un soupçon de perversité le puissant d'hier devenu simple mortel. C'est l'occasion en filigrane de se poser des questions sur la réussite mais surtout sur la solitude de nos civilisations modernes. L'esprit humain est ici mis à nu avec une simplicité déconcertante et rafraichissante. On n'en ressort pas forcément indemne tant l'auteur fait appel à notre ressenti et notre libre-arbitre. Les limites ne sont plus très claires et c'est ce qui rend cette histoire aussi haletante que novatrice.

Ce fut donc une très bonne lecture à la fois récréative et réflective. Un petit bonheur de littérature et de condensé de l'âme humaine, un petit bijou quoi!

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jeudi 15 mai 2014

"Tunnel" d'André Ruellan

tunnelL'histoire: En 2025, à Paris, rue de Rivoli... Une croix d'acier tous les cent mètres. Sur vingt kilomètres. Et sur chaque croix, un homme qui saigne et meurt. Un "Crâne".
Qui sont-ils, ces hommes à la tête rasée que traque la police? Des voyous venus des mpontagnes d'ordures de la banlieue et qui, de nuit, se glissent dans Paris pour tuer? Ou bien des révolutionnaires porteurs de l'espoir d'un avenir plus humain? Qu'importe ce soir à Manuel Dutôt qui ne songe qu'à sauver sa femme carole – plongée dans le coma et qui attend un enfant. À l'arracher à la mort que prescrit une loi impitoyable. Dans cette ville maudite, Manuel fuit, erre, croit enfin trouver refuge dans les ruines puantes de Clichy.
Il est sur le territoire des Crânes...

La critique de Mr K: Une nouvelle couverture de Caza, une quatrième de couverture flirtant bien avec la série B et l'annonce d'un brin de dénonciation de l'autoritarisme... Il n'en fallait pas moins pour que je me laisse tenter par le présent volume lors d'une énième visite chez notre abbé préféré. André Ruellan, ancien médecin reconverti nous invite à un voyage dans un futur des plus ténébreux et angoissant avec Tunnel, un ouvrage qui va vous plonger dans un Paris à nul autre pareil.

En 2025, le monde a bien changé et notamment dans l'ancienne capitale parisienne. Dirigée par un conglomérat autoritaire, les libertés individuelles n'existent quasiment plus, laissant place à un modèle global et consumériste. La répression est terrible pour les opposants, en témoignent les routes parsemées de croix où se meurent lentement de mystérieux prisonniers au crâne rasé. Manuel et Carole font partie de ce nouveau monde mais très vite leur vie bascule quand Carole est victime d'un accident et se retrouve plongée dans un profond coma. Selon la loi en vigueur, elle doit être euthanasiée. Fou de douleur, son mari se refuse à accepter cette fatalité, enlève le corps de sa femme et s'exile dans la banlieue extérieure, territoire échappant au contrôle de Paris, zone de non-droit réputée extrêmement dangereuse. Il va y faire la rencontre des Crânes...

De manière générale, cet auteur ne perd pas son temps en fioritures et se concentre sur l'essentiel: l'immersion et l'action. On rentre dans le vif du sujet dès le premier chapitre avec une première scène marquante se déroulant rue de Rivoli. L'immersion est fulgurante dans ce futur où la technologie la plus poussée n'arrive pas à masquer les cris des mourants sur leur croix. Véritable référence à l'histoire de Spartacus, le lecteur sent poindre un malaise qui ne va aller que grandissant au fil de sa lecture. Bien que relativement courtes, les descriptions de ce futur sont efficaces et très vite, je me suis fait une idée précise de cet univers déviant et terrifiant. Tout à tour, vous côtoierez le luxe et l'uniformisation de néo-Paris, puis vous irez dans la ceinture parisienne qui s'est transformée en véritable décharge publique, où seule semble régner la loi du plus fort et du Talion. Belle réussite sur ce plan pour ce roman qui parvient vraiment à nous transporter dans un ailleurs bien dépaysant quoique loin d'être joyeux.

Là où le bas aurait tendance à blesser, ce serait en terme de personnages et d'histoire. Je les ai plutôt trouvés creux et stéréotypés dans l'ensemble malgré quelques nuances des plus agréables par moment. On ne verse pas vraiment dans le manichéisme à tout crin mais on s'en rapproche dangereusement ce qui peut laisser une impression de platitude à l'ensemble. Dommage quand on voit les possibilités qui s'offraient avec un background tel que l'a imaginé André Ruellan. J'ai été aussi rarement surpris par les démêlés du scénario qui ne surprennent jamais vraiment avec une trame qui ressemble beaucoup à de nombreuses autres histoires que j'ai pu lire en SF ou autres transfictions. Comme les personnages sont monolithiques, on finit par s'attendre à leurs réactions et on peut même parfois deviner ce qui va arriver.

Pourtant ce livre se lit bien, la langue n'est pas forcément exceptionnelle avec parfois des lourdeurs de style, notamment les descriptions de blessures et autres maux. On sent bien alors que l'auteur a été médecin dans une autre vie. Ces scories sont compensées par un récit sans temps morts et un rythme assez enlevé malgré parfois des ellipses qui m'ont semblé hasardeuses.

Au final, la lecture de ce livre m'est apparue plaisante mais pas sensationnelle. Une sorte de petit plaisir coupable que tous les amateurs de série B SF peuvent tenter si l'histoire les inspire.

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lundi 12 mai 2014

"L'Elixir d'amour" d'Éric-Emmanuel Schmitt

elixirL'histoire: "L'amour relève-t-il d'un processus chimique ou d'un miracle spirituel? Existe-t-il un moyen infaillible pour déclencher la passion, comme l'élixir qui jadis unit Tristan et Iseult? Est-on, au contraire, totalement libre d'aimer?".
Anciens amants, Adam et Louise vivent désormais à des milliers de kilomètres d'un de l'autre, lui à Paris, elle à Montréal. Par lettres, tout en évoquant les blessures du passé et en s'avouant leurs nouvelles aventures, ils se lancent un défi: provoquer l'amour. Mais ce jeu ne cache-t-il pas un piège?

La critique de Mr K: C'est toujours avec un petit sourire aux lèvres que je commence un Éric-Emmanuel Schmitt. Il touche à tous les genres littéraires (roman, nouvelle, théâtre) et je n'ai jamais été déçu. Ici, on a affaire au roman épistolaire, un style bien particulier et qui m'a ravi par le passé avec notamment Inconnu à cette adresse ou encore les classiques Les liaisons dangereuses et Dracula. Je me lançai donc plein d'optimisme dans cette lecture qui ne devait durer que deux heures! En effet, 160 pages composent l'ensemble mais les lettres que s'envoient les deux protagonistes sont assez courtes et je n'ai pu détacher mes yeux des pages tant j'ai été captivé par cet échange épistolaire.

Adam et Louise se sont aimés ardemment pendant cinq ans. Cette dernière décide de rompre et pour mieux rebondir de partir à Montréal pour refaire sa vie professionnelle. Adam souhaite entreprendre avec elle une nouvelle histoire placée cette fois-ci sous le signe de l'amitié. Le démarrage est timide, puis peu à peu, Louise accepte. Ils commencent alors à se livrer l'un à l'autre comme jamais auparavant et se questionnent mutuellement sur l'amour, sa nature et ses finalités. Peu à peu, leurs vies personnelles évoluent et les rapports de force semblent fragiles tant la correspondance qui nous est ici livrée met à nue les âmes et les actions des deux protagonistes. On se dirige tout droit vers une révélation finale qui remettra chacun à sa place et éclairera le lecteur sur l'amour et ses conséquences.

Ce petit livre s'apparente à un puzzle. Lettre après lettre, les scripteurs lèvent le voile sur leur caractère et leurs idées sur l'amour. Il est jouisseur et passionné, elle semble plus raisonnable et détachée. Étrange donc se dit-on que ces deux êtres essaient de nouer une amitié tant ils semblent éloignés spirituellement l'un de l'autre. Mais ils ont un commun une somme d'expérience qui semble pouvoir combler ce trou affectif pas si différent de l'amour sauf "par la peau" comme le dit Adam dès ces premières lettres. Peu à peu, les débats tournent autour de leurs nouvelles vies et de la notion d'amour. Peut-on le provoquer? Adam en est sûr et va s'employer à essayer de le prouver à Louise en expérimentant une technique sur Lily, une jeune femme qu'il va rencontrer par l'entremise de sa correspondante. Commence alors la lente déconstruction de tout ce qui a précédé pour mener tout droit à une fin qui vient cueillir le lecteur comme un néophyte.

Par son caractère court et épuré "L'élixir d'amour" fait merveille. Schmitt n'a pas besoin d'accumuler les lignes pour réussir à cerner ses personnages. En très peu de mots, on se fait très vite une idée assez précise de Louise et Adam. Le genre épistolaire aidant, se rajoute sur la trame une impression d'urgence et d'immédiateté qui prend au cœur le lecteur otage d'une mécanique implacable et très bien huilée. On navigue en eaux troubles, on se laisse prendre par les subtilités de cette joute réflective et parfois cynique, comme il peut s'établir entre deux anciens amants. On rit, on s'émeut, on se rembrunit à loisir au fil des lettres échangées. On fait corps avec ces deux inconnus qui nous touchent au plus profond de soi et on s'interroge sur sa propre situation. Je suis ressorti étrangement léger et heureux de cette lecture.

Livre profond, construit d'une manière astucieuse et d'une précision de métronome, la langue simple et délicate de l'auteur met en relief cette histoire sans âge et universelle d'une manière instantanée et à haute valeur émotionnelle. Ce plaisir insidieux et durable est à découvrir au plus vite!

Egalement lus et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Evangile selon Pilate
- La Part de l'autre
- Oscar et la dame rose
- Crime parfait, Les Mauvaises Lectures : deux nouvelles à chute

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samedi 10 mai 2014

"Pacco fait son show : Boys Vs Girls"

paccoL'histoire: La version 100% collector du spectacle d'humour!!!
Son premier spectacle sur scène comme si vous y étiez, toi et lui dans la salle, sauf que là tu peux être où tu veux, à ton boulot, dans le métro, dans ton lit, en solo ou en bonne compagnie... C'est toi qui vois!!!

Tu te poses des questions sur le couple...
Tu te demandes pourquoi t'es pas en couple ou pourquoi se mettre en couple.
Tu ne sais même pas ce que c'est qu'un couple.
Tu te poses des questions sur le couple.
(C'est une question piège.)
Ton couple est en crise. (mais tu ne le sais pas encore.)
Tu veux te mettre en couple avec quelqu'un qui est déjà en couple.
Tu n'as même jamais entendu parler du couple.
Tu penses que les blagues sexistes c'est mal,
mais que c'est quand même vachement drôle.
Tu n'as jamais rigolé de ta vie.
Si tu as répondu ou oui ou non ou je sais pas à une de ces questions...
... Alors cette BD est pour toi!!!

La critique Nelfesque: J'ai gagné cette BD sur le blog de Pacco il y a déjà pas mal de temps. Je l'ai lu assez vite mais j'ai hésité à en faire une chronique sur le blog. Mais pourquoi ça? Parce qu'un bon gros "mouaaaaaais booooof" s'est emparé de moi au cours de ma lecture et la fin a été assez laborieuse. Peu importe, que j'aime ou pas une oeuvre, j'aime en dire quelques mots ici alors c'est parti.

Vous l'aurez compris, avec les grosses sirènes du marketing, cette BD parle du couple. Si vous ne l'aviez pas saisi, y a un léger soucis... Les gags s'enchainent, parfois drôles et vrais, parfois lourds et clichés. Je suis une habituée des blogs BD et il faut bien avoué que le quotidien des dessinatrices blogueuses, leurs manies, leurs amours, je les ai lus et relus des centaines de fois. Ici, on pourrait se dire qu'étant traité par un homme, cette vision prendrait un autre sens. Oui, pas faux, en sortant les gros sabots c'est une autre vision.

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Un peu déçue par cette lecture car Pacco est quelqu'un que j'aime bien mais je me rends compte que c'est plus par petites touches ou lors de collaborations avec d'autres dessinateurs qu'en intégrale parce que là je frise l'overdose. Une overdose de Pacco, une overdose de mise en avant, une overdose de "moi je". Beaucoup trop de dessins le mettant en scène. C'est un peu le principe d'un one man show me direz-vous mais imaginez-vous un one man show que vous subissez et qui ne vous fait pas rire. L'horreur! Alors comme le dit Pacco en 4ème de couv', "C'est toi qui voit"!!! Pour moi c'est tout vu, désolée mais je passe mon tour. A vous de voir maintenant...

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jeudi 8 mai 2014

"Les opéras de l'espace" de Laurent Genefort

les opérasL'histoire: Axelkahn est un ténor hors du commun, presque un dieu vivant. Ses interprétations des airs d'opéras les plus périlleux sont des instants volés à l'éternité. Tout cela grâce aux biopuces que lui ont implantées les mystérieux Yuweh. Jusqu'au jour où ces greffes tombent en panne, renvoyant Axelkahn à sa condition de simple mortel. Il ne lui reste plus qu'à tenter de retrouver un Yuweh, dont la légende raconte qu'il aurait disparu au cœur des Bulbes Griffith, gigantesque artefact spatial composé de stations reliées entre elles par des filins créant une inextricable toile d'araignée. Il forme donc une troupe de théâtre aussi hétéroclite qu'attachante et se lance en quête d'une hypothétique guérison.

La critique de Mr K: Une très belle découverte aujourd'hui que je dois à un partenariat Livr'addict grâce à l'intercession de Nelfe. Pour ceux qui nous suivent depuis un certain temps, vous savez que je pratique de manière régulière le genre SF et une fois de plus la maison d'édition Folio SF frappe un grand coup avec ce roman singulier et enthousiasmant de la première à la dernière page. Immédiatement embarqué par l'auteur, avec "Les opéras de l'espace", j'ai fait un voyage à nul autre pareil qui me restera en mémoire longtemps tant cette histoire s'est révélée profonde et d'une virtuosité narrative sans faille.

Axelkahn, le divo interplanétaire le plus célèbre ne peut que constater que sa voix s'affaiblit et qu'il ne pourra bientôt plus pratiquer son art. C'est le choc pour cet homme replet et suffisant pour qui tout était dû jusqu'ici. La chute et les désillusions qui l'accompagnent sont rudes et il se retrouve très vite dans la peau d'un humain lambda, à l'orée d'une nouvelle vie bien différente et qui le terrifie. Pour autant, il lui reste un espoir, une petite possibilité de récupérer sa voix. Pour cela, il va devoir entreprendre un voyage périlleux au cœur de l'espace dans un ensemble de colonies terriennes parties cherchées un avenir meilleur au sein des bulbes Griffith, amas de sphères rappelant une grappe de raisin, un monde nouveau et sauvage où Axelkahn aura fort à faire pour mener à bien sa quête.

Niveau SF, on est servi et de la plus belle manière. À la manière d'un Pierre Bordage, Genefort réussit à nous immerger avec talent et délicatesse dans un univers cohérent et passionnant. Quel bonheur d'errer de station en station dans les bulbes Griffith en compagnie du héros et de ses compagnons. Les descriptions glissent avec un bonheur de tous les instants, fourmillants de détail et de vie. Ce monde hors norme s'agite devant nous et le lecteur se retrouve ailleurs, plongé dans un univers où les règles ont changé tant pour la nature (qui survit comme elle peut) que pour les communautés humaines qui survivent entre commerce et piraterie. On apprend au détour d'un paragraphe que la Terre a été livrée toute entières aux multinationales et que les hommes se sont lancés à la conquête de nouveaux mondes. Nous voyageons beaucoup, rencontrons nombre de sociétés et peuplades aux mœurs de plus en plus étranges au fur et à mesure qu'Axelkahn se rapproche du centre des bulbes où il devrait trouver les réponses à ses questions.

Là où tout bascule et rend cet ouvrage unique, c'est quand la troupe de théâtre est montée. L'expédition d'exploration se transforme alors en une tournée périlleuse dans des mondes renâclant voir bannissant les artistes. En effet, les communautés humaines se concentrent sur les activités de survie et le spectacle est bien souvent considéré comme du temps inutilement dépensé dans un univers au fragile équilibre. La vie d'une troupe entre voyage, déballage, spectacle, écriture, préparations diverses mais aussi gestion de la foule et des puissants est ici remarquablement rendue. On s'y croirait et cela donne une impression étrange qui mêle à la fois le dépaysement lié au caractère SF des mondes explorés et le caractère plus classique de ces artistes qui se battent pour se faire une place comme tant d'autres avant eux pendant l'époque moderne ou encore le XIXème siècle. Le mélange des deux est détonnant, jamais insipide et fournit une réflexion intéressante sur la part de l'imaginaire et de la fantaisie dans nos vies. Le tout sans lourdeur ni morale. Parce qu'en plus, Genefort a un style brillant et happant en diable. L'écriture évocatrice comme jamais sert un récit certes classique (on est rarement surpris) mais d'une richesse foisonnante, d'un rythme enlevé et d'un fond réflectif vraiment universel. On nage avec délice dans cette oeuvre attachante et accessible. La preuve en est qu'il ne m'a fallut que deux jours pour la dévorer, y pensant même quand j'avais reposé mon livre. Les personnages sont légions et attachants avec une mention particulière pour Axelkahn qui entreprend sans le savoir une espèce de voyage initiatique et tous les autres membres de la troupe, espèce de condensé de parias que l'aventure théâtrale va à jamais transformer.

Sans exagérer, on tient là un grand et beau livre de SF qui ravira les amateurs du genre mais permettra aussi aux novices de prendre un plaisir sans borne tant l'auteur est accessible et malin dans sa manière de mener son récit. Un bijou qu'il serait dommage de laisser passer.

Posté par Mr K à 17:43 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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