jeudi 5 février 2015

"Robe de marié" de Pierre Lemaitre

robe de mariéL'histoire : Nul n'est à l'abri de la folie. Sophie, une jeune femme qui mène une existence paisible, commence à sombrer lentement dans la démence : mille petits signes inquiétants s'accumulent puis tout s'accélère. Est-elle responsable de la mort de sa belle-mère, de celle de son mari infirme ? Peu à peu, elle se retrouve impliquée dans plusieurs meurtres dont, curieusement, elle n'a aucun souvenir. Alors, désespérée mais lucide, elle organise sa fuite; elle va changer de nom, de vie, se marier, mais son douloureux passé la rattrape... Les ombres de Hitchcock et de Brian de Palma planent sur ce thriller diabolique.

La critique Nelfesque : J'avais cette "Robe de marié" de Pierre Lemaitre dans ma PAL depuis quelques temps et j'en avais entendu beaucoup de bien. Le voici sorti de ma pile à lire sous l'impulsion d'un challenge que je compte bien reconduire dans les prochains mois.

Les critiques positives sur ce roman sont tout à fait fondées. Point de marketing viral injustifié pour ce thriller psychologique qui sort complètement des sentiers battus. Et ça fait du bien !

Sophie est atteinte d'un trouble bien étrange. Peu à peu, elle voit sa vie de jeune fille banale mariée à un homme ordinaire et menant une existence des plus conventionnelles sombrer dans la folie pure. Tout commence par des détails, des troubles de la mémoire, des oublis à droite à gauche, des "où ai-je mis ce papier, j'étais sûre qu'il était là!?". Ce qui peut nous arriver à tous lorsqu'on a eu une dure journée ou lorsqu'on est fatigué. Sauf que Sophie est de plus en plus encline à ses troubles de la mémoire, si bien que sa vie professionnelle et personnelle s'en retrouve gravement affectée.

Par certains aspects, "Robe de marié" m'a fait penser à "Avant d'aller dormir" de Steve Watson. La même urgence de percer sa mémoire, le même besoin de retrouver une identité, à défaut de la sienne, le même désir vital de comprendre ce qui se passe. La différence est qu'ici c'est efficace ! Je vous laisse découvrir ma chronique concernant le précédent ouvrage que j'avais lu à sa sortie et auquel je n'avais pas du tout accroché.

Pierre Lemaitre insuffle dans ses pages un rythme indéniable. Les évènements se succèdent, les actions de Sophie sont de plus en plus folles et ses absences de plus en plus dangereuses. Le lecteur se demande jusqu'où l'auteur va pousser la folie de son héroïne. Puis à mi roman, on bascule totalement dans un autre type d'ouvrage en faisant la connaissance d'un second personnage important dans le déroulement de l'histoire : Frantz. Les lumières s'allument dans nos cerveaux, tout devient limpide au fil de pages. Sophie quant à elle est toujours aussi perturbée jusqu'à un final où tout ce beau monde, les personnages principaux, l'auteur et le lecteur, vont se retrouver pour un feu d'artifice.

Excellent roman sur la folie, la survie et la vengeance, "Robe de marié" (sans e, n'est-ce pas troublant ?) tient le lecteur en haleine du début à la fin. Page turner efficace, il ne vous lâchera plus jusqu'à la révélation finale. Malin ce Pierre Lemaitre ! Avec une plume simple et juste, il va fouiller dans chacun de nous, dégoter nos peurs primales et les faire subir à sa pauvre héroïne Sophie, un personnage féminin fort bien dépeint, ni niaise ni hystéro, à laquelle on s'attache dès les premières pages. Quand la folie dépasse la fiction, jusqu'où peuvent aller les êtres humains pour survivre ? Lisez le et vous comprendrez...

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Livre lu dans le cadre du challenge "Destockage de PAL en duo" avec ma copinaute faurelix que je remercie grandement pour ce choix. Tu me connais bien, tu ne t'es pas trompée en me conseillant ce roman ci !


mardi 3 février 2015

"Les Cauchemars de Lovecraft : L'Appel de Cthulhu et autres récits de terreur" de Horacio Lalia

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L'histoire: Il n'existe aucun langage pour décrire d'aussi atroces contradictions des lois les plus élémentaires de la force et de l'ordre cosmique.
Ce ne fut, peut-être, qu'un effet de l'imagination ou un phénomène d'écho, mais un des hommes que j'ai pu interroger me confia qu'il avait entendu un faible battement de grandes ailes, entrevu des yeux luisants ainsi qu'une énorme forme blanche, derrière les arbres les plus lointains.

La critique de Mr K: Nouvelle chronique d'un cadeau d'anniversaire aujourd'hui avec le présent que m'a fait mon plus vieux pote. Il s'agit d'une adaptation BD d'une série de texte de Lovecraft, un de mes auteurs fétiches dans le domaine du fantastique. Les Cauchemars de Lovecraft présente ainsi 18 récits mis en image de fort belle manière par Horacio Lalia, dessinateur argentin que je ne connaissais pas auparavant et qui désormais aura une place à part dans mon panthéon personnel. Cet ouvrage révèle un talent assez exceptionnel au niveau du dessin pur et dur ainsi qu'un sens aigu, précis, efficace et respectueux de l'adaptation.

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(clic sur les planches pour voir en plus grand)

L'univers de Lovecraft est vraiment particulier. Il a crée de toute pièce une mythologie entière constituée de monstres antédiluvien (les grands anciens dont le plus connu est Cthulhu) qui ont régné sur notre monde et n'attendent que de revenir sur Terre. On retrouve toujours au centre de ses histoires un groupe de personnes ou un personnage retiré(s) du monde qui compulse(nt) fiévreusement un des livres interdits inventés eux aussi de toute pièce par Lovecraft (le plus connu est le Nécronomicon) et cherche à nouer le contact avec les entités des mondes inférieurs. On navigue constamment entre délire paranoïaque, folie, satanisme, rituels ésotériques et l'horreur la plus indicible qui soit.

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Le présent ouvrage m'a permis de redécouvrir certains classiques du maître comme L'Appel de Cthulhu (un de ses textes les plus célèbres), Je suis d'ailleurs (relu en fin d'année dernière dans un recueil de nouvelles fantastiques), La Couleur tombée du ciel (un des plus angoissants) ou encore L'Abomination de Dunwich (un de mes récits préférés avec Dagon). J'ai aussi découvert quelques textes plus méconnus comme Le Molosse, Le Trou des sorcières ou encore Le Festival. Le résultat est le même quoiqu'il en soit, on frémit beaucoup et on ne peut qu'admirer le talent déployé par Lalia qui retranscrit à merveille l'univers et les personnages torturés de Lovecraft.

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Tour à tour vous entendrez des bruits suspects et terrifiants dans les murs, vous assisterez au réveil de grands anciens, suivrez la folie communicative de chercheurs mis au ban de l'université, explorerez des mondes parallèles au notre, plongerez dans les abîmes de la terre et bien plus encore. Le quotidien devient inquiétant, les lieux encore plus avec des illustrations bien gothiques de forêts, cimetières et autres universités. Même la ville deviendrait inquiétante au détour de la nouvelle Air froid, la ville qui est rarement le décor premier auquel on pense dans le genre. Vous n'échapperez pas pour autant aux cabanes isolées au fond des bois ou l'inévitable grande maison bourgeoise hantée! Les ambiances sont remarquablement traduites par un auteur manifestement amoureux du matériau originel et très soucieux de coller au maximum au plaisir de lecteur qu'il a du ressentir.

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C'est d'ailleurs une BD qui se regarde et se lit beaucoup. Les textes de Lovecraft envahissent largement les planches et contribuent à distiller la peur et l'étrange au détour de toutes les cases. Ainsi le côté littéraire (voir pompeux pour ses détracteurs) de Lovecraft est respecté et l'immersion est totale. Les dessins sont ultra-réalistes et très fournis en détails, idéal pour l'entreprise menée. La lente déstructuration des personnages et leur chute dans la folie sont très bien rendues, les passages plus fantastiques sont traités pas forcément de manière frontale, laissant l'imagination du lecteur faire le reste. Je trouve ce parti pris particulièrement judicieux quand on se frotte au fantastique, il est bon de laisser son esprit vagabonder entre mots / images de l'auteur et vision personnelle fantasmée. Rajoutez à cela que cette œuvre est admirablement reliée et éditée, vous obtenez en plus un très bel objet qui ornera fièrement votre Bdthèque.

Que dire de plus, si ce n'est que cet ouvrage est à mes yeux à classer dans les indispensables, que tous les amateurs du genre se doivent d'avoir au moins parcouru une fois. Très très beau cadeau en tout cas vers lequel je reviendrai régulièrement pour me procurer quelques frissons et angoisses supplémentaires. Un must parmi les must!

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lundi 2 février 2015

"Le Poison d'amour" de Eric-Emmanuel Schmitt

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L'histoire: Quatre adolescentes de seize ans liées par un pacte d'amitié éternelle tiennent le journal de leur impatience, de leurs désirs, de leurs conquêtes et de leurs rêves. Comment éviter les désastres affectifs dont les parents donnent l'image quotidienne dans leur couple?
Hier encore des enfants, les voilà prises à entrer dans ce domaine mystérieux, cette folie qui peut les transformer en monstres.
Tandis qu'au lycée on s'apprête à jouer Roméo et Juliette, imprévisible et fatal, un drame se prépare...
Si tu ne m'aimes plus, c'est que tu ne m'as jamais aimé.

La critique de Mr K: Voici le second volet du diptyque sur la passion initié par Eric-Emmanuel Schmitt avec l'excellent L'Élixir d'amour, lu et adoré l'année dernière. Je suis passé à côté de celui-ci sorti aussi en 2014 (oui, Schmitt est très prolifique!), je me suis rattrapé en ce début d'année 2015 et j'ai bien fait! Décidément cet auteur ne m'a encore jamais déçu et Le Poison d'amour fait partie de ses pièces maîtresses d'une œuvre dense et de qualité.

Toute l'action se suit à travers les journaux intimes et quelques discussions textorisées de quatre amies unies comme les doigts de la main. C'est du moins ce que l'on pense pendant une bonne partie de l'ouvrage... Elles traversent les affres de l'adolescence, âge ingrat par excellence, et doivent composer leur avenir entre le lycée, l'amour et leurs aspirations futures. Julia, Colombe, Raphaëlle et Anouchka sont des jeunes filles de leur temps, plutôt issues d'un milieu bourgeois (le langage employé le sous-tend fortement) et vont expérimenter sur les 166 pages de ce roman bien des aspects de l'amour et de l'amitié.

Autant L'Élixir d'amour était lumineux, autant Le Poison d'amour est plus sombre et tendu. On sent au fil de notre lecture que les apparences sont trompeuses, qu'une menace sourde pèse sur l'univers de ces quatre filles en fleur, amies mais si différentes. Il y a Julia qui rêve d'être la star d'un soir à travers son rôle de Juliette dans l'immortelle œuvre de Shakespeare sur la passion et qui semble habitée par une obsession qui phagocyte ses rapports avec ses copines. Colombe découvre l'amour et ses développements parfois drolatiques, parfois dramatiques. Raphaëlle la plus garçonne du groupe va s'ouvrir à la féminité sans se douter que cela va bouleverser à jamais son existence. Quant à Anouchka, elle doit affronter la séparation de ses parents et se remettre en question. Si proches et si lointaines à la fois, les relations qu'elles ont tissées entre elles sont au centre d'un récit tortueux qui s'accélère dans la dernière partie dans une explosion de tension et de confusion, à l'image finalement de l'adolescence, terre des pulsions d'amour et de mort, d'Eros et de Thanatos.

Cette lecture s'est révélée magique et profondément marquante. Économie des mots, simplicité des formules, humanisme omniprésent et fraîcheur des personnages ont contribué à mon grand bonheur de lecteur. Très réaliste dans son traitement, l'auteur s'est révélé capable de retranscrire à merveille ce qui peut se passer dans la tête de nos ados qu'on adore aimer ou détester selon le contexte! Derrière une simplicité d'accès étalée en pleine page, on se surprend à prendre peur des implications de telle parole, de tel acte. L'intrigue se densifie, les questions se multiplient et honnêtement, je n'ai pu détacher mes yeux des pages avant la conclusion de l'histoire. L'addiction a été terrible et sublime à la fois. Terrible car l'aspect destructeur de la passion est ici disséqué et exposée dans toute sa cruauté, sublime devant tant de talent déployé et des personnages attachants au possible.

Franchement, une claque de plus à mon actif avec cet auteur qui n'en finit pas de me ravir à chaque lecture. Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

Egalement lus et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Evangile selon Pilate
- La Part de l'autre
- Oscar et la dame rose
- Crime parfait, Les Mauvaises Lectures : deux nouvelles à chute
- L'Elixir d'amour

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samedi 31 janvier 2015

"Au commencement était la vie" de Joyce Carol Oates

Au commencement était la vieL'histoire : Kathleen a onze ans.
Sa mère vient de les quitter pour disparaître à jamais. Son père, dans une crise de démence alcoolique, a battu à mort sa sœur Nola et blessé si grièvement la petite Kathleen qu'elle doit être hospitalisée. Un mois d'hôpital avant l'Assistance publique. Un mois vécu comme un rêve interrompu. Ce rêve, elle croit le reprendre en devenant infirmière et pense trouver le bonheur dans l'amour qu'elle voue à un médecin.
Mais le destin, dans une infernale et implacable logique, va la ramener au commencement de sa vie marquée par l'abandon et la mort.

La critique Nelfesque : De Joyce Carol Oates, je ne connaissais que "Délicieuses pourritures" que j'ai lu il y a 3 ans. J'avais adoré ce bouquin et quand je suis tombée sur "Au commencement étant la vie", j'ai tout de suite su à la lecture de la 4ème de couverture, que celui ci me plairait (sans parler du titre que je trouve superbe). Et bien c'est peu de le dire ! Et à la fin de ma lecture, je me suis empressée d'aller lire les résumés de tous les autres ouvrages de l'auteure (une bonne cinquantaine !) pour en mettre quelques autres dans ma wishlist.

Ce roman est vraiment une expérience émotionnelle. Ce n'est pas une simple lecture où on découvrirait pas à pas l'histoire de Kathleen, cette petite gamine de 11 ans faisant ses premiers pas vers l'âge adulte. C'est vraiment un coup de poing dans le bide.

Le roman commence très fort avec un premier chapitre à vous glacer le sang. Kathleen et sa jeune soeur sont victimes de la violence de leur père, un soir ordinaire. Outre l'atrocité de cette scène, l'issue fatale pousse le lecteur au bord de la nausée. Vraiment, je ne suis pas une petite nature et j'en ai lu des trucs affreux mais là ça va bien au delà. Comprenez que ce n'est pas tant dans les descriptions que l'auteure choque le lecteur mais plus dans ce qu'elle lui donne à ressentir. Nous sommes là témoin d'un moment clé de la vie de Kathleen qui va conditionner toutes ses années à venir.

Le dernier chapitre est en miroir avec ce dernier. Sans trop en dire, il laisse le lecteur dans le même état que quelques pages plus tôt. Entre les deux, la vie de Kathleen se déroule telle que la vie d'une personne brisée peut se dérouler. L'hôpital, l'orphelinat, les familles d'accueil, tel est le quotidien de Kathleen qui va peu à peu se forger une identité et tout faire pour être aimée. On s'attache à son personnage, on rêve pour elle, on croit en l'avenir comme elle, malgré tout. Cette gamine qui a mal commencé sa vie met énormément de soin à être aimable, à bien faire les choses, à donner une bonne impression, à s'appliquer dans le moindre de ses actes à chaque heure de sa vie, sans relâche. Trop peut être, trop sans doute, dans un monde où il est tellement plus facile de se gausser des êtres qui sont différents que de les aider.

J'ai lu ce roman de 150 pages d'une traite. J'en suis ressortie complètement sonnée. Abasourdie par la violence ordinaire présente dans ces quelques pages, hypnotisée par un destin que j'ai dévoré presque de façon malsaine, comme une voyeuse, et écoeurée par les choix de Kathleen impardonnables mais tellement compréhensibles... En fermant mon livre, j'étais mal, physiquement mal. Consciente d'avoir vécu une expérience littéraire hors du commun qui laisse des traces dans la vie d'un lecteur.

Je vous conseille vivement ce roman. Vraiment. Pour l'expérience, parce qu'il ne peut pas laisser indifférent, pour réveiller chez vous cette part d'humanité qui parfois dans le quotidien peut être cachée sous une couche de choses futiles accumulées avec le temps. Parce que la vie est belle souvent mais peut parfois se révéler être d'une laideur abjecte pour certains et qu'il ne faut pas l'oublier. Ne passez pas à côté de ce roman.

Egalement lu et chroniqué de la même auteure au Capharnaüm éclairé :
- Délicieuses pourritures

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jeudi 29 janvier 2015

"L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage" de Haruki Murakami

l'incolore tsukuru tazaki et ses années de pèlerinage

L'histoire: Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d'université jusqu'au mois de janvier de l'année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort.
À Nagoya, ils étaient cinq amis inséparables. L'un, Akamatsu, était surnommé Rouge; Ômi était Bleu; Shirane était Blanche et Kurono, Noire. Tsukuru Tazaki, lui, était sans couleur. Tsukuru est parti à Tokyo pour ses études; les autres sont restés.
Un jour, ils lui ont signifié qu'ils ne voulaient plus jamais le voir. Sans aucune explication. Lui-même n'en a pas cherché.
Pendant seize ans, Tsukuru a vécu comme Jonas dans le ventre de la baleine, comme un mort qui n'aurait pas encore compris qu'il était mort.
Il est devenu architecte, il dessine des gares.
Et puis Sara est entrée dans sa vie. Tsukuru l'intrigue mais elle le sent hors d'atteinte, comme séparé du monde par une frontière invisible.
Vivre sans amour n'est pas vivre. Alors, Tsukuru Tazaki va entamer son pèlerinage. À Nagoya. Et en Finlande. Pour confronter le passé et tenter de comprendre ce qui a brisé le cercle.

La critique de Mr K: Le Père Noël m'a fait un très beau cadeau avec le dernier Murakami, L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage. J'en avais beaucoup entendu parlé mais ma douce compagne m'avait dit de réfréner mes ardeurs et d'attendre au moins janvier avant de l'acquérir. Je peux maintenant vous l'avouer... Je crois que régulièrement, Nelfe est de mèche avec le Saint homme!

Au centre de l'histoire, on retrouve un jeune homme déboussolé et esseulé. Tsukuru Tazaki ne s'est jamais remis de sa rupture nette et sans explication avec ses quatre grands amis de lycée. Du jour au lendemain, ils refusent de le revoir et le jeune héros s'enfonce dans une déprime languissante de quelques mois. Puis, la vie fait son chemin, bien que profondément seul et effacé, il finit ses études et travaille. Sa vie se déroule sans surprise et sans réelle passion (à part son goût pour les chemins de fer) jusqu'à sa rencontre avec une femme qui va le pousser dans ses retranchements intérieurs et va l'obliger à bouger hors des lignes mentales qu'il s'est jusque là imposé. Commence alors une quête initiatique pour lever la vérité sur les raisons de cette rupture et lui permettre de découvrir sa vraie personnalité.

Ce livre est magnifique de bout en bout et décidément Murakami est à part et exceptionnel. Il y a tant de choses qui m'ont plu dans ce livre, tant d'émotion à fleur de peau, de finesse dans la caractérisation des personnages, tant de beauté larvée entre les mots et les phrases... Le style Murakami se fait ici encore plus abordable qu'à l'habitude avec un récit plus terre à terre qui ne verse à aucun moment dans la fantaisie ou le fantastique. L'exploration est concentrée sur l'humain, son ressenti, son évolution. Pas besoin pour autant d'être spécialiste en psychologie, le maître vous guide tranquillement sur les rivages intérieur de Tsukuru.

Ce personnage m'a profondément touché et ému tant il change durant les 368 pages du livre. Très vieux garçon au départ, il va peu à peu se découvrir grâce à l'entremise de Sara, une femme qu'il vient de rencontrer. Le plus remarquable est la manière dont Murakami peint la manière dont Tsukuru tombe amoureux. C'est puissant et simple à la fois. Rarement la naissance d'un amour aura été décrit avec autant de tact et de réussite. C'est un bonheur constant que de voir les sentiments de Tsukuru émerger et modifier en profondeur sa vision de la vie et de lui-même. Au cours de sa quête de vérité, il va aussi remettre en question ses certitudes quant à ses anciens amis qu'il va rencontrer un à un pour essayer de s'en sortir, de lever les blocages qui le gênent depuis si longtemps. Cela donne de très belles pages mêlant nostalgie et espoir, amitié et ressentiment... On est vraiment plongé au cœur d'un pèlerinage spirituel d'une rare intensité et qui éclabousse le lecteur par sa pureté et son cheminement.

Au final, j'ai littéralement dévoré cet ouvrage qui part bien des côtés (notamment les thématiques abordées) m'a fait penser à La Balade de l'impossible. Ce livre a réveillé des réflexions sur ma propre existence, mes expériences, mon ressenti et je l'ai refermé la gorge nouée par l'émotion. Une autre perle littéraire de Murakami!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "1Q84 : Livre I, Avril-Juin"
- "1Q84 : Livre II, Juillet - Septembre"
- "1Q84 : Livre III, Octobre - Décembre"
- "Kafka sur le rivage"
- "La Ballade de l'impossible"
- "Sommeil"
- "La Course au mouton sauvage"

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dimanche 25 janvier 2015

Une tentation nommée l'Abbé !

Je vous entends d'avance... Irrécupérables! Surtout Mr K! Pour ma défense, c'est Nelfe qui a insisté pour qu'on y aille (oui je sais, je suis une balance). Je ne m'attendais franchement pas à craquer autant car notre Emmaüs est en pleine reconstruction et la place réservée aux livres s'est réduite à la portion congrue. Mais voilà, le responsable du rayon est un gros malin et il s'est arrangé pour mixer ses vieilles acquisitions avec des nouveautés bien sympathiques qui vont une fois de plus exploser nos PAL. Je vous rassure, on arrive encore à marcher sans souci dans la maison et au rythme de lecture que je suis, le ratio est presque nul. Voici donc nos derniers adoptés!

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Les acquisitions de Mr K:

- Silo de Hugh Howey: Un roman prometteur à la lecture de la quatrième de couverture et précédé d'une belle réputation! Du post-apocalyptique enrobé d'une ambiance étouffante et paranoïaque. Je suis déjà dans sa lecture. Verdict à suivre dans les prochaines semaines!
- L'Orange mécanique d'Anthony Burgess: Jamais lu, quelle honte! Le tort sera levé d'ici quelques temps, j'ai hâte de tâter de ce livre dont l'adaptation de Stanley Kubrick m'a marqué à jamais.
- Cauchemar... cauchemars! de Jean-Pierre Andrevon: Le résumé est très intrigant avec cette histoire d'un jeune homme en totale perte de repères à la quête de son identité. Ça promet d'être une lecture bien barrée comme je les aime!
- Terre il faut mourir de James Blish: L'auteur du livre-culte Un cas de conscience nous propose ici un recueil de nouvelles autour de la disparition du berceau de l'humanité. On nous promet des récits ingénieux et profonds. Je vais vérifier cela!
- Les Visiteurs de Clifford D. Simak: Je ne peux décemment pas résister à un ouvrage de cet auteur pour qui j'ai une affection toute particulière. Il est ici question d'étranges apparitions extra-terrestres et d'enlèvements. Nous verrons bien où cela nous mène!

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- Lumière froide de Marvin Kaye et Parke Godwin: Une histoire de maison hantée dans laquelle vont pénétrer cinq personnes voulant percer les secrets du lieux. À priori, ils ne vont pas être déçus! J'espère qu'il en sera de même pour moi.
- Les Contes noirs du golf de Jean Ray: Mauvais golfeur devant l'éternel, Jean Ray règle ses comptes avec cette discipline sportive dans un recueil de nouvelles alternant les genres. Entre épouvante et facétie, l'auteur n'a pas su choisir. Très prometteur!
- Train perdu wagon mort de Jean-Bernard Pouy: Un livre bien noir écrit par une référence du genre ne se refuse pas. La preuve, il rejoint ma PAL et je pense pour pas longtemps! Mais pourquoi ce wagon et ses passagers se retrouvent-ils perdus au milieu de nulle part?
- Sans portes ni fenêtres de Peter Straub: Un jeune garçon cherche à manipuler son cadet pour se livrer à des expériences. Ce livre a l'air bien malsain et sa quatrième de couverture m'a fait penser au Jeu du jugement lu et apprécié l'année dernière. Wait and see!
- Les Neuf dragons de Michael Connelly: Une des dernières enquête d'Harry Bosch qu'il me reste à lire. Ça faisait trop longtemps que je ne l'avais pas pratiqué! Hâte d'y être aussi!

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- Le Club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia: Gros succès public, l'histoire ne disait rien à Nelfe. Je me suis laissé tenter, il n'est pas dans mes priorités mais vu le prix défiant toute concurrence, je trouvais dommage de passer à côté...
- Mort aux cons de Carl Aderhold: Un homme décide de supprimer tous les abrutis qui croisent son chemin, le défouloir prend vite les allures d'une mission. J'adore le postulat de départ et c'est un véritable coup de poker que cet achat!

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Les acquisitions de Nelfe :

- La Gifle de Christos Tsiolkas : Bon ok c'est un pavé de presque 600 pages mais qu'est ce que la série du même nom sur Arte m'avait plu ! On verra bien côté style littéraire. Je tente l'expérience ! 
- Fragiles de Philippe et Martine Delerm : Parce que dans la famille Delerm, je prends tout le monde: le père, la mère et le fils. Cet ouvrage écrit par Philippe Delerm et illustré par sa femme Martine sera une lecture rapide mais de qualité, je n'en doute pas.
- Les Dossiers du Canard : 1982 Les Dessins de l'An II : Parce que c'est mon année de naissance ! Et que nous sommes fidèles à ce journal.
- Sont absents de la photo de classe des magazines et patrons couture que j'ai eu pour une bouchée de pain. J'en parlerai dans un billet dédié à mes pérégrinations sewing quand je me serai décidé à ouvrir une catégorie dédiée ici...

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Il ne reste désormais plus qu'à les intégrer dans nos PAL et à les lire. Quand on pense en plus que nous n'en avons eu que pour seulement 20€, il aurait été vraiment dommage de se priver! Ceci explique en partie cela...

samedi 24 janvier 2015

"La dimension fantastique" volume 1, Anthologie présentée par Barbara Sadoul

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L'histoire: Fantômes, revenants, monstres, automates grinçants, objets menaçants, personnages aux pouvoirs surnaturels... Ils sont tous là! Ils approchent! Ce sont nos peurs qui se réveillent et prennent forme, grouillent et rampent à nos pieds... Entendez-vous les loups! Surgis de l'imagination des plus grands écrivains classiques et modernes, ces personnages sont éternels. Ils raniment, le temps d'une lecture, la magie mais aussi les terreurs de l'enfance.

La critique de Mr K: Cette anthologie parue aux éditions Librio est le premier tome d'une série de trois consacrée au genre très particulier de la nouvelle fantastique. Une fois de plus, c'est au cours d'une errance toute innocente chez l'abbé que je dégotai ce volume et ses deux petits frères, je me propose aujourd'hui de parler de l'aîné. Dans les semaines à venir viendront les deux suivants.

Auteur jeunesse, spécialiste du fantastique, comédienne et professeur de théâtre, Barbara Sadoul nous convie ici à un voyage fort en émotion dans les domaines du fantastique et ceci en terres littéraires françaises, allemandes et américaines notamment. Elle couvre donc un espace géographique large mais aussi une temporalité étendue depuis le XIXème siècle (âge d'or dans le domaine) au début du XXème siècle. À travers une préface courte et enlevée, elle plante le décor avec un mini-historique du genre et quelques références bien senties. Je ne suis pas forcément adepte de préfaces que je lis ou non selon l'humeur mais celle-ci a le mérite de bien nous préparer à la suite sans atermoiements inutiles.

L'ouvrage commence par la nouvelle L'Homme de sable de Hoffmann. Un échange épistolaire nous fait part d'une peur irraisonnée envers un croquemitaine qui erre dans la maison d'un des deux protagonistes. Rajoutez à cela un mystérieux horloger au sourire rapace et la folie qui gagne peu à peu un des personnages et vous obtenez un petit classique du genre quelques peu ampoulé dans le style mais diablement efficace dans sa phase finale. On enchaîne ensuite avec le texte culte de La Cafetière de Théophile Gautier d'ailleurs tombé à l'épreuve de français du DNB professionnel il y a deux ans. Un invité se retrouve plongé dans un univers fantasmagorique dans la chambre où il passe la nuit. Le style de Gautier se fait ici léger et inquiétant à souhait à travers une histoire allant crescendo. Un vrai bijou d'angoisse et d'immersion dans un quotidien devenant mystérieux.

On passe à l'inénarrable Edgar Allan Poe avec la nouvelle Le portrait ovale avec cette histoire de fascination poussée à l'extrême entre un jeune homme et un tableau bien étrange. Quelle idée lui a pris de se réfugier en pleine nuit d'orage dans ce château inhabité? Il y en a qui cherchent vraiment les ennuis! Très court, ce texte est d'une redoutable grâce mortifère et quand le passé ressurgit, le lecteur est littéralement cueilli. Une merveille de plus au chapelet de cette anthologie! Plus légère est l'histoire suivante Le Monstre vert de Gérard de Nerval où il est question d'une sarabande fantomatique de bouteilles et d'une engeance particulièrement monstrueuse. Pour ma part, je suis resté sur ma faim tant je n'ai pas été renversé par le style et l'histoire. Correct mais sans plus. On revient à du plus efficace avec La montre du doyen de Erckmann-Chatrian qui nous met aux prises avec une ville plongée dans la terreur par un mystérieux assassin qui frappe sans être inquiété. Une troupe de musiciens errants sert de bouc émissaire, le héros doit agir vite pour trouver le vrai coupable. On alterne ici scènes de vie et enquête policière, la peur n'apparait qu'en filigrane mais se révèle bien sentie au moment opportun. Un très beau texte qui m'a marqué et emporté.

Lu dans ma prime jeunesse, L'homme à la cervelle d'or d'Alphonse Daudet (elle fait partie des Lettres de mon moulin) a gardé tout son charme et sa poésie. Belle parabole sur le temps qui passe et sur l'avidité du genre humain, on a affaire ici à un fantastique plus merveilleux qu'effrayant et permet de faire une pause entre tueurs, spectres et créatures diverses qui peuplent l'ouvrage. Une très belle relecture qui me donne bien envie de relire l'ouvrage originel dont elle est issue. On embraye sur L'orgue du titan de George Sand. Lors d'un séjour en Auvergne, un organiste et son jeune apprenti vont vivre une expérience mystique près des roches Tuillières (que nous avons vu avec Nelfe lors d'un séjour estival il y a quelques années). J'ai été quelque peu déçu par le style de l'auteur que j'ai trouvé lourdaud et lent, sans pour autant densifier les tenants et aboutissants de l'histoire. Une mini-déception en somme! Dans Véra, Auguste Villiers de l'isle-Adam nous fait vivre l'effroi du veuvage, le héros n'arrive pas à surmonter la mort de sa tendre femme et vit dans l'illusion. Une très belle nouvelle qui mêle souffrance et folie de fort belle manière. Un beau coup de cœur pour ma part!

S'ensuit un classique de plus avec l'archi-connu La chevelure de Guy de Maupassant où un homme tombe sous la coupe d'une mystérieuse chevelure trouvée dans un meuble ancien. Plongée sans concession dans la folie tel que peut le faire le maître du genre, on a beau connaître l'histoire, le résultat est toujours là: un trésor de narration et d'intérêt. Un must dans le genre! On passe ensuite à Je suis d'ailleurs de mon chouchou américain H.P Lovecraft, histoire bien tordue d'un être non défini prisonnier d'un château et qui tente de découvrir un ailleurs plein de promesses en grimpant en haut d'une tour délabrée. Gare à la chute en fin de texte qui plonge le lecteur dans des interrogations sans fin! Sans doute, la plus belle claque de cet ouvrage malgré le fait que ce soit une fois de plus une relecture! Je le dis et je le répète, tout amateur de fantastique doit lire Lovecraft! On revient avec du plus classique dans son déroulé avec La Choucroute (mon plat préféré! Sic!) de Jean Ray, où le narrateur descend à un arrêt de gare mystérieux où il va être confronté à une ville fantôme où les choucroutes prennent feu! Dis comme cela, ça a l'air bien ringard mais l'effet est ici garanti avec une angoisse suintante à souhait et un final échevelé. Une belle surprise!

Seule incursion dans le fantastique faisant référence aux légendes locales, dans Le Meneur de loups, Claude Seignolle (un spécialiste du genre) nous entraîne dans un hiver bien rigoureux et dans une famille de pauvres paysans qui va recevoir la visite d'un mystérieux berger dont le troupeau est peu recommandable. Cette nouvelle est un petit bonheur de rusticité, de peurs ancestrales, de rencontre mystérieuse avec un final surprenant et très humain. Pour clôturer ce premier volume, Richard Matheson et sa nouvelle Escamotage est idéale. Un homme voit peu à peu son univers familier disparaître. Belle ambiance schizophrénique avec un texte qui fait la part belle à l'incompréhension et la paranoïa. Sans doute la plus flippante des nouvelles, servie par un style toujours aussi économique en mot mais très efficace.

Vous l'avez compris, ce fut une très agréable lecture qui fait la part belle à la redécouverte de textes essentiels. Très peu de déceptions (deux petites) et une atmosphère qui baigne le lecteur bien après avoir refermé cet ouvrage. Il propose un très bon premier contact avec un genre toujours aussi fascinant et apprécié des jeunes. Il conviendra très bien aussi aux néo-lecteurs et aux fans absolus du genre qui veulent se replonger avec délice dans leurs souvenirs! J'ai déjà lu le volume deux et je peux déjà vous dire qu'il est du même acabit. Chronique à suivre!

jeudi 22 janvier 2015

"Baise-moi" de Virginie Despentes

baise-moi

L'histoire: Elle est surprise d'être aussi vulnérable, encore capable de douleur. Au début, on croit mourir à chaque blessure. On met un point d'honneur à souffrir tout son soûl. Et puis on s'habitue à endurer n'importe quoi et à survivre à tout prix. On se croit endurcie, souillée de bout en bout. L'âme en acier trempé.
Nadine et Manu sont deux filles de leur époque, à une nuance près: elles refusent de subir la vie, ses frustrations et ses défaites. Alors, elles forcent le destin à accomplir leur volonté, persuadées que tout ce qui ne les tuera pas les rendra plus fortes.
De casses de supermarché en revanches sanglantes, elles deviennent des prédatrices insatiables et sans scrupules, parsemant leur sale balade de sentences bien brutales, syncopées et implacables.

La critique de Mr K: Aujourd'hui, chronique d'un livre pas comme les autres, érigé selon les goûts de chacun au statut d’œuvre culte ou de montagne d'immondices. Pour ma part, à part un livre très moyen (Les Chiennes savantes), j'ai toujours beaucoup apprécié mes incursions chez Virginie Despentes. Étonnamment, Baise-moi m'avait échappé, pour autant l'histoire ne m'est pas inconnue ayant été voir le métrage au cinéma lors des tous premiers jours de sa sortie cinématographique avant qu'il ne soit classé X et remisé dans les salles obscures interlopes spécialisées dans le porno. J'avais vraiment aimé ce brûlot anarchiste ne ressemblant à rien d'autre malgré une technique plus que limite... Lu pendant la période de Noël, on ne peut pas vraiment dire que l'esprit du 25 décembre souffle sur ce livre vraiment hors norme et qui m'a bien bousculé!

Dans une première partie, on suit les destins séparés de deux jeunes femmes plus que borderline. Passées maîtresses dans l'art de l'autodestruction, leur vie sur Terre s'apparente à un Enfer quotidien auquel elles se sont habituées. Alcool, sexe, addiction, machisme ambiant de la banlieue, déchéance morale et physique... Elles touchent le fond et survivent comme elles peuvent. Un élément déclencheur effroyable (un viol particulièrement éprouvant à lire dans la pure mouvance de la scène choc d'Irréversible de Gaspard Noë) va provoquer la réunion de ces deux âmes perdues qui vont partir en croisade contre le monde et les hommes. Elles vont suivre alors une route extrême, semer la mort et la désolation derrière elle pour un dernier baroud d'honneur, un ultime kiff destructeur et chaotique.

Ce qu'il y a de plus marquant dans cet ouvrage, ce sont les deux personnages principaux. Manu et Nadine sont typiquement des figures despentiennes. Nadine se prostitue, est adepte de rock et de films pornographiques. Un esprit sans relief, elle se laisse dominer par les situations et les hommes, vit sa vie par procuration, traîne sa mollesse et une espèce de non-prise sur son existence. Ça contraste avec Manu, jeune tête-brûlée, qui brûle la chandelle par les deux bouts et qui vit à cent à l'heure sans se préoccuper de l'avenir. La rencontre des deux va provoquer une fusion des plus destructrices et une espèce de révélation personnelle chez les deux jeunes femmes qui vont brusquement partir en live. Gare à tous ceux qui vont croiser leur route, nul n'est épargné: hommes, enfants, femmes... personne n'est à l'abri de leur folie et attendez-vous à des passages bien salés!

Clairement, les âmes sensibles ne doivent surtout pas s'attarder sur cet ouvrage. On explore ici le pire du pire avec des descriptions pornographiques réalistes et ragoûtantes au possible, des comportements déviants extrêmes, l'absence de toute morale avec la négation régulière des frontières entre le bien et le mal, des meurtres sadiques / gratuits qui provoquent horreur et incompréhension... autant d'éléments glauques qui accompagnent la course en avant infernale des deux furies. Honnêtement, ça prend à la gorge et on sort écœuré de cette lecture. Surtout qu'on n'a pas l'habitude de lire / voir des femmes commettre de telles atrocités. Cependant, on est fasciné par ces trajectoires brisées, déshumanisées qui témoignent d'une grande solitude, d'une rupture des liens sociaux dans la grande couronne parisienne et les pulsions de mort qui régissent la vie de certaines personnes.

La grande question reste posée: Ai-je aimé ce livre? Il m'a littéralement fasciné, j'aime le soufre en littérature et on peut dire que Despentes nous sert et nous ressert bien dans le domaine! Mais, il y a un trop plein à mes yeux d’éléments tape à l’œil, on entr'aperçoit au détour de certaines pages des passages plus introspectifs / réflectifs qui auraient mérités d'être davantage développés pour élargir le champs de réflexion et comprendre encore mieux les pulsions qui meuvent Nadine et Manu. Je crois qu'avec ce livre, on peut vraiment parler d'expérience unique et ultime.

À chacun de trouver le courage ou non de pénétrer dans cet ouvrage...

Oeuvres de Virginie Despentes aussi chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Les chiennes savantes
- Les jolies choses
- King Kong theorie
- Apocalypse bébé
- Bye bye Blondie

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mardi 20 janvier 2015

"Le Sort en est jeté" de Dermot Bolger

lesortenestjetécouvL'histoire : Ce silence était surnaturel. C'était un faux silence, recouvrant un chaos de voix discordantes. Je dérangeais les spectres de cette maison. Ils attendaient et me soufflaient de m'enfuir dans la nuit.
Joey est un jeune homme que la vie a rendu fragile et influençable. Dans son nouveau lycée, il rencontre Shane qui, dès le début, a une emprise malsaine sur lui: trop de morts mystérieuses, des mensonges, une âme en perdition...
Joey saura-t-il s'en détacher avant de sombrer à son tour dans le jeu du Diable?

La critique de Mr K : Une très belle découverte aujourd'hui avec ce thriller flirtant avec le fantastique venant tout droit d'Irlande et sorti depuis peu chez nous aux éditions Flammarion. C'est ma première lecture de cet auteur connu et prolifique dans son pays, la thématique me plaisait bien et ça faisait un petit bout de temps que je ne m'étais pas plongé dans un ouvrage de littérature jeunesse. Grand bien m'en a pris, "Le Sort en est jeté" s'est révélé une belle expérience qui prend toute sa mesure dans un final haut en couleur.

On suit l'histoire de Joey, un lycéen qui change d'école en tout début de récit. Il a perdu son père tout petit et se faisait régulièrement harcelé dans son ancien établissement. Il part donc avec l'idée de reprendre tout à zéro pour une nouvelle vie. Très vite, il tombe sous le charme d'une de ses camarades de classe (Aisling) et se rapproche de Shane, un adolescent au charisme certain qui semble bien mystérieux. Très vite, on se rend compte que Shane n'est pas forcément ce qu'il semble être et qu'il entraîne Joey sur des chemins dangereux... La tension monte alors durant tout l'ouvrage jusqu'à la révélation finale.

Chaque chapitre nous permet de suivre l'action à travers les yeux d'un des personnages. Ce procédé est malin et multiplie les points de vue, enrichissant par la même occasion les perspectives du lecteur. On alterne donc la vision de Joey, de Shane, de Aisling mais aussi d'autres personnages. Cela n'exclut pas les flashback, ce qui induit des aller-retours parfois saisissants entre passé / présent, adultes / adolescents, vivants / morts... La compréhension reste facile, les mots sont simples ainsi que les formulations. Clairement, le public est ciblé et personnellement, je trouve que l'auteur loin de les prendre pour des imbéciles peut susciter des réflexions intéressantes chez nos jeunes pousses.

En effet, au travers d'une histoire plutôt basique, il aborde un certain nombre de thématiques qui sont au centre des problématiques des adolescents: la perte d'un être cher (les trois personnages principaux sont dans ce cas), la gestion de ses émotions (impulsivité, ingratitude, la question du respect), la découverte de soi (à travers l'amour, le questionnement sur ses origines). Tout est ici brassé intelligemment et finement à travers une espèce de quête personnelle mêlée d'accents policiers à travers la présence d'un étrange vieil homme dans une maison à priori abandonnée...

On retrouve donc dans ce livre tout le côté bancal de cet âge ingrat: les moments d'exaltation face à la découverte des premiers émois amoureux, l'amour inconditionnel et le rejet des parents, la peur et l'appréhension face à l'inconnu... toutes ces petites choses qui font qu'on aime ou déteste travailler / vivre avec des jeunes de cet âge là. J'ai pour ma part éprouvé beaucoup d'empathie pour Joey et Aisling dans lesquels j'ai pu me retrouver ou certains de mes amis de lycée. L'auteur est vraiment formidable de ce point de vue et il se dégage un réalisme de tous les instants dans les paroles et les actes de ces jeunes en recherche de réponses.

Comme dit précédemment, l'écriture est simple et agréable. Les mots glissent sans effort et même si l'on peut déplorer parfois quelques longueurs, on s'accroche et on se demande bien où tout cela va nous mener surtout que l'auteur joue sur plusieurs tableaux à la fois entre le drame intimiste déchirant ces êtres en devenir et un background sombre faisant appel à des figures du fantastique le plus pur. Étrange mélange qui fonctionne à plein et qui trouve sa conclusion sur 40 pages finales haletantes qui réservent bien des surprises (surtout chez les lecteurs les moins confirmés, j'avais pour ma part deviné une ou deux choses...). L'effet est cependant garanti et on referme ce livre avec un sentiment de satisfaction certain.

Belle lecture que cet ouvrage que je ne peux que vous conseiller notamment pour ceux et celles qui voudraient essayer de faire davantage lire leur rebelle de canapé d'ado!

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lundi 19 janvier 2015

"Les Fantômes d'Eden" de Patrick Bauwen

les fantômes d'edenL'histoire : Il était une fois, en Floride, cinq ados partis à l'aventure.
Ils vous feront rire. Pleurer. Frissonner.
Mais ce qu'ils affronteront les changera à jamais.
Et l'un d'eux sera assassiné.

C'est sur ce crime que j'enquête.
Parce que le mort, c'est moi.

La critique Nelfesque : Je n'avais jamais lu de roman de Patrick Bauwen jusqu'alors. Pourtant plébiscité par les critiques et les blogolecteurs notamment pour "L'Oeil de Caine" ou "Monster", bien m'en a pris de le découvrir avec ce présent ouvrage, "Les Fantômes d'Eden", pour lequel j'ai eu un véritable coup de coeur.

Celui ci reprend les personnages rencontrés dans "Monster", toutefois, il n'est pas utile d'avoir lu ce dernier car il s'agit d'une histoire complètement différente ou un focus est fait sur l'enfance des personnages.

Je suis friande de romans noirs ou thrillers ayant pour protagonistes des enfants. Entendons-nous bien, je ne parle pas des victimes (je ne suis pas une psychopathe, revenez !) mais de la genèse de folie meurtrière ou de justification de psychoses ayant pour source l'enfance. Avec "Les Fantômes d'Eden" j'ai été servi !

Nous suivons une bande de copains pré-ado dans une petite ville des Etats-Unis. Proche des Everglades, l'ambiance moite et mystérieuse est palpable au détour de chaque page. Cette petite bande vit des jours paisibles entre amourettes de mômes, aventures fantasmées, quiétude de l'enfance... jusqu'au jour où d'étranges rumeurs se répandent. Ils vont alors décidé de mener l'enquête et "Les Fantômes d'Eden" prend alors une délicieuse flagrance des "Goonies" ! Nous suivons ces 5 petits aventuriers en herbe avec beaucoup de plaisir et une certaine appréhension dans certaines situations. Retrouvant peu à peu nos propres souvenirs d'enfance, avancer avec ces nouveaux copains est un véritable plaisir de lecture.

Quelques dizaines d'année plus tard, l'un d'eux est retrouvé mort d'un infarctus au bord d'un lac. Commence un va et vient entre la période actuelle où tout ce petit monde est devenu adulte et les souvenirs d'enfance. Que sont-ils devenus ? Comment ont-ils évolué ? Qui est prêt à aider qui ? Et surtout peut-on réellement se fier à ses amis d'hier ?

C'est Paul Becker, rencontré dans "Monster" pour ceux qui l'ont lu, qui est le personnage principal de l'histoire. Médecin à Eden, divorcé, profondément marqué par les évènements survenus dans le précédent roman et obèse, il décide de tout plaquer et de quitter sa ville natale sans laisser d'adresse. Croulant sous les dettes, cette fuite est pour lui sa seule façon de survivre et de reprendre sa vie en main. Oui mais voilà tout ne se passe pas comme il l'aurait voulu puisqu'un jour un mystérieux tueur se rend dans son chalet au bord du lac pour le liquider. Il reviendra alors à Eden sous une autre identité et métamorphosé pour assister à son enterrement et mener sa propre enquête.

Patrick Bauwen nous plonge ici dans l'Amérique des 70's. Pas celle des hippies et de la Guerre du Vietnam mais celle d'une petite ville de province, dans le bayou et par le prisme de l'enfance. Une ville lambda où vivent des enfants lambda mais pour autant une ville où les secrets de famille gangrènent les habitants. Dès les premières pages, on se prend d'affection pour le personnage de Paul et tout ce qui touche à son enfance est lu avec beaucoup d'intérêt. D'autant plus que la plume de Patrick Bauwen nous promène dans tous les sens du terme. Au fil de la lecture, les rues d'Eden n'ont plus de secrets pour le lecteur qui prend un réel plaisir à découvrir cette bourgade et s'imprègne de son atmosphère. Ce roman de plus de 600 pages est alors un vrai plaisir de lecture qui se savoure plus qu'il ne se dévore. Totalement dépaysant !

Chapitres courts, mise en perspective de la vie de Paul enfant et adulte, rythme indéniable, les pages défilent sans que l'on s'en rende compte. "Les Fantômes d'Eden" est un page-turner certes mais bien différent de ce que l'on peut lire habituellement. Ici, l'enquête est haletante mais elle n'est pas seulement le but du roman (la fin est d'ailleurs un peu... trop !). Les pauses dans le récit pour retourner dans les années 70 sont autant attendues et il y a presque deux romans en un. A lire absolument ! Foi de dévoreuse de thrillers !

Egalement lu et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Oeil de Caine

Posté par Nelfe à 18:06 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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