vendredi 17 avril 2015

"La Voie du Sabre" de Thomas Day

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L'histoire: Pour parfaire l'éducation de son fils Mikédi, le chef de guerre Nakamura Ito le confie à un rônin du nom de Miyamoto Musashi. Un samouraï de légende, le plus grand maître de sabre qu'ait connu l'Empire des quatre Poissons-Chats. Ensemble, pendant six longues années, le maître et l'apprenti vont arpenter la route qui mène jusqu'à la capitale Edo, où l'Impératrice-Dragon attend Mikédi pour en faire son époux. Mais la Voie du Sabre est loin de trancher l'archipel en ligne droite : de la forteresse Nakamura aux cités flottantes de Kido, du Palais des Saveurs à la Pagode des Plaisirs, Mikédi apprendra les délices de la jouissance, les souffrances du combat et la douceur perverse de la trahison.

La critique de Mr K: Suite à une belle déception avec la lecture de Stairway to hell l'année dernière, je me devais de donner une deuxième chance à Thomas Day, auteur assez reconnu dans le milieu français de la littérature de genre. Le hasard d'un chinage a voulu que je tombe sur La Voie du Sabre qui semblait mêler culture japonaise et fantasy, deux aspects qui m'ont intéressés de suite tant ce pays me fascine et tant la fantasy m'a réveillé à la lecture à mon plus jeune âge.

Il s'agit d'un roman initiatique contant les aventures d'un jeune héritier de bonne famille (fils aîné d'un seigneur de guerre) confié au soin d'un Ronin, Miyamoto Musashi, considéré comme le plus grand combattant de son époque. Le vieux maître (il aurait plus de cent ans) est assez étrange. Il étonne par son apparence négligée (il est sale, dépeigné, très souvent hirsute...) et son comportement (il est limite alcoolique et aime la compagnie des filles de joie). Il s'est écarté du Bushido (règlement sévère dirigeant l'existence des samouraïs) pour suivre la Voie du Sabre sensée représenter la vertu et l'abnégation. Il va tenter de l'inculquer à son jeune élève empli de lourds préjugés dus à son vécu et son éducation. Il se révèle aussi impulsif et ambitieux ce qui déplaît fortement à son Ronin de maître et qui va finir par causer sa perte.

Ce livre est raconté à la première personne, c'est le jeune apprenti qui en trois rouleaux (le livre est divisé en trois "périodes") raconte les différentes étapes de son cheminement intérieur. C'est donc à travers son regard que l'on voit les actions et les pensées en marche dans ce roman qui mêle à la fois intimisme des relations entre le tuteur et son protégé et actes de bravoure ou non. Longue et sinueuse est la route vers la connaissance dit-on, vous verrez qu'elle se fait ici en plus tortueuse et déviante. J'ai retrouvé en effet dans cette histoire quelques éléments de la relation étrange qui se noue entre un certain Obiwan Kenobi et son jeune Padawan Anakin Skywalker. Le jeune est tout aussi doué qu'impétueux et l'on sent bien que malgré les efforts et les limites posées par son maître, il ne peut que s'écarter de la voie tracée. Le malaise, l'impatience et le déni montent en puissance chez le jeune narrateur qui loin de se conformer aux exigences de son apprentissage semble s'en écarter de part ses pensées puis par ses actes. Déformation professionnelle oblige, plus ma lecture avançait plus le jeune apprenti m'a irrité, énervé et finalement dégoûté tant il sombre dans la suffisance et la tyrannie envers son prochain. Quand il touche enfin ses rêves de puissance, on sait que cela ne peut que mal finir.

Par contre, j'ai adoré le personnage du vieux sage. Complètement décalé, cela le rend humain. Il faut le voir faire la leçon à quelques malandrins suite à une soirée bien arrosée, on oscille entre humour mais aussi admiration devant une force mental intacte et un sens de la justice épidermique. Car on comprend bien vite que cet homme là s'est mis au ban de la société japonaise pour des raisons morales, son code d'honneur a changé et il doit pour cela aller à l'encontre des normes communes (notamment la place des Samouraïs et le respect qui leur est dû). On rentre immédiatement dans cet univers grâce aux multiples références à la culture traditionnelle japonaise, un lexique approprié est d'ailleurs présent en fin de lecture pour éclairer les zones d'ombre qui pourraient apparaître au fil de la lecture. On assiste donc à un beau voyage, passant d'une île de l'archipel japonais à une autre (4 îles principales le composent je vous le rappelle) de villages paysans en palais princiers en passant par des pagodes-écoles à des temples de sectes bouddhiques et des lupanars exubérants. Cela donne lieu à de belles descriptions maîtrisées, concises et efficaces et à des rebondissements très nombreux qui gardent le suspens intact jusqu'à la dernière page. La langue est ici moins outrancière que dans le précédent livre que j'ai pu lire de lui et cet apaisement se fait au profit d'un récit court en terme de pages (300 environ) mais dense en contenu et en émotions.

Me voilà rabiboché avec Thomas Day, je ne crie pour autant pas au génie car on retrouve nombre d'éléments narratifs et créatifs entraperçus ici et là mais l'ensemble est cohérent et immersif à souhait. Le plaisir de lecture est constant et je l'ai lu quasiment d'une traite ce qui est gage de qualité. Avis aux amateurs, ce livre est pour vous.

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mardi 14 avril 2015

"Les Domestiques" de Gustavo Bossert

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L'histoire: Isabel et Pablo Marti se sont retirés dans les collines argentines, espérant y mener enfin une vie paisible, et n'entendent laisser personne faire irruption dans leur nouvelle maison. Aussi, lorsque les Ramirez, un couple de domestiques, se présentent à leur porte, les Marti pensent à un fâcheux malentendu; ils leur proposent toutefois de les héberger la nuit, qui s'apprête à tomber. Mais, le lendemain, c'est en tenue de majordome que Javier leur sert le petit-déjeuner. Et, du statut d'intrus à celui de parasites, puis d'ennemis, les Ramirez ne semblent vraiment pas décidés à quitter les lieux qu'ils ont si insidieusement investis...

La critique de Mr K: Belle petite claque que ce livre qui tient toutes les promesses entraperçues en quatrième de couverture. Le hasard fait vraiment bien les choses et je me souviendrai longtemps de la cruelle mésaventure qui arrive à ce petit couple de personnes âgées dans Les Domestiques.

Isabel et Pablo Marti ont eu une vie bien remplie avec son lot de bonheurs et de coups durs. Pour profiter au maximum de leurs dernières années, ils se sont installés dans une petites maison bien à l'écart du village. Ils sont encore en forme malgré quelques tracas de santé et une maladie vaincue pour Isabel. Malgré quelques visites aux copains et au magasin général, ces deux là vivent quasiment en autarcie, entre amour fusionnel, petits plaisirs littéraires et le jardinage en compagnie de leur chat noir. Tout bascule le jour où un couple mystérieux vient sonner à leur porte avec à la main une petite annonce disant que les Marti recherchent un couple de domestiques. Il n'en est rien et ces derniers leur offrent le gîte pour la nuit car il est tard. Le lendemain, mus semble-t-il par la folie, les deux intrus sont en tenue et ont commencé à travailler. Ce n'est que le début des ennuis…

Quelle descente aux Enfers! On a beau s'y attendre, on est pris à la gorge par la tension sous-jacente de cette situation hors-norme tirant vers le délire psychotique. Par petites touches successives, avec un sens du suspens rare, Gustavo Bossert explore au scalpel les relations humaines et les affres du passé. Qui sont ces deux domestiques? Quel est leur projet final? Les petits vieux vont-ils pouvoir retrouver leur calme et leur habitation? Plus on avance dans la lecture, plus on se demande où veut nous mener l'auteur qui se plaît à enfoncer le clou jusqu'à l’écœurement. Le lecteur est envahi par un sentiment de révolte, d'injustice et de malaise. C'est suffisamment rare pour être notifié, j'ai même été en colère par moment tant on est pris par l'intrigue.

Pour accentuer encore plus ces impressions, au détour de quelques pages, l'auteur nous raconte la vie qui continue au village et même si l'on s'interroge sur l'absence prolongée du couple au marché, au bar et même à l'Église, on ne s'inquiète pas, on pense qu'ils profitent désormais de davantage de quiétude grâce à l'embauche de ce couple si charmant, si attentionné. Et pourtant, tout va de mal en pis chez les Marti et on se demande bien comment tout cela va finir. Aucun temps mort, un suspens insoutenable, impossible dans ces conditions de relâcher le livre avant l'ultime page qui vous réservera une surprise bien spéciale et implacable.

Une vraie petite bombe que ce roman noir sud-américain, un bijou de finesse et d'intelligence servi par une langue accessible et immersive à souhait. Un bonheur de lecture que je vous invite à découvrir au plus vite.

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dimanche 12 avril 2015

"BETA... Civilisations - Volume 1" de Jens Harder

beta couvL'histoire : Beta s’intéresse à l’évolution des hominidés sur quatre millions d’années et zoome sur 30 000 ans d’histoire des civilisations humaines, jusqu’au début de l’ère chrétienne.
Dans cette première partie, Jens Harder aborde des sujets tels que le développement des primates, l’invention du feu, l’apparition du langage, la sédentarisation, l’architecture, l’élevage, le développement des cités, l’émergence et le déploiement des différentes formes d’art.

La critique Nelfesque : "Beta" est le second volume d'une trilogie "Alpha Beta Gamma" dont nous avons déjà le premier volet dans notre bibliothèque. Pourquoi vous parler de "Beta" en premier alors que nous n'avons pas encore chroniqué "Alpha" ? Tout simplement parce que j'ai reçu cet ouvrage dans le cadre de "La BD fait son Festival sur Priceminister" et que je me dois d'en faire un billet dès à présent. Cependant, la chronique concernant "Alpha" ne tardera pas et les volumes peuvent se lire indépendemment les uns des autres si tant est que l'on connaisse un tant soit peu l'Histoire de l'évolution du monde depuis ses origines.

Nous sommes ici en présence d'un ouvrage à part, que l'on a du mal à qualifier de BD, même si sa matière première est le dessin. Ce n'est pas non plus un roman graphique. "Beta" est la compilation d'une somme de connaissances immense mises en images avec talent et de nombreuses références. En effet, Jens Harder, revient ici sur l'évolution de l'Homme et du monde du Tertiaire (60 millions d'années avant notre ère) à l'Antiquité classique (300 ans avant JC). Dans ce laps de temps, les époques phares sont mises en avant : la Protohistoire (avec le Paléolithique, le Mésolithique et le Néolithique) et l'Antiquité (Ere des cités-Etats, Haute Antiquité et Antiquité classique). Viendront dans un prochain tome l'Antiquité tardive, le Moyen Age, la Renaissance, le Siècle des lumières et l'Epoque moderne.

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"Rolala Nelfe mais qu'est ce que tu nous proposes là ? Ca a l'air hyper scolaire et barbant !" Et bien non, détrompez-vous ! Ce volume est, il est vrai, très dense et documenté et l'on apprend beaucoup de choses aux détours de chaque page. A mon âge, les leçons de SVT et d'Histoire sont loin derrière moi et j'ai oublié beaucoup de choses. "Beta" est un excellent moyen de se remettre en tête les dates et surtout les phases évolutives de notre Histoire. Mais là où Jens Harder est très fort et évite le côté ennuyeux de la chose, c'est qu'il profite de chaque étape pour mettre en lumière des actions ou évènements contemporains découlants de certaines découvertes de l'époque ou encore insère des références artistiques plus actuelles. Par exemple, lorsqu'il est question de la cohésion de la horde des australopithèques leur donnant la force et le courage les poussant à se dépasser, nous apercevons aux détours d'une case, une scène de "La Planète des singes" et un concert de Kiss. Lorsque l'homo erectus se met à construire des huttes, Jens Harder dessine au milieu d'autres constructions l'école du Bauhaus (référence en Architecture). La domestication du feu nous amène à la flamme des Jeux Olympiques, l'homo sapiens sapiens quittant son continent Africain est illustré par une partie de Colons de Catane... Ainsi le lecteur fait des bons dans le temps et assiste quasiment à un film en accéléré sur l'évolution. Il y a d'ailleurs un côté très hypnotique et psychédélique dans cette frénésie de mélanges d'époques et dans le trait du dessinateur.

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Justement, parlons du dessin et de la mise en page de "Beta" ! Cet ouvrage est un magnifique objet. 350 pages de connaissances mais aussi de créativité artistique indéniable. Afin de ne pas parasiter le lecteur avec un foisonnement de couleurs, le choix de la bichromie alternant le bronze, l'argenté et le doré confère à l'ensemble une finesse et un dépouillement indéniables. La brillance de l'impression donne également du relief à chaque case et sublime le trait. Une réussite esthétique autant que pédagogique.

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Bravo à Monsieur Harder pour "Beta" et sa démarche de trilogie qui intéresseront autant les jeunes que les moins jeunes et montrent, si preuve il faut, qu'un ouvrage au contenu exigeant peut être lu avec plaisir par tous. Une vulgarisation pointue qui parle autant aux scientifiques qu'aux néophytes, aux lecteurs de BD qu'à ceux d'essais, aux écoliers qu'aux retraités. Un ouvrage à découvrir d'urgence !

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samedi 11 avril 2015

"Train perdu wagon mort" de Jean-Bernard Pouy

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L'histoire: Au cœur de la nuit, un wagon se détache d'un train-couchettes et s'arrête soudain. D'abord persuadés qu'il s'agit d'une panne, les occupants découvrent qu'ils sont perdus au milieu de nulle part. Abandonnés, oubliés par les secours, certains partent en éclaireurs et disparaissent. Leurs cadavres sont retrouvés, dans une ville déserte et en ruine. La terreur s'empare alors des survivants...

La critique de Mr K: Retour vers un auteur que j'apprécie tout particulièrement avec cette étrange histoire qui m'a de suite séduite et intriguée lors d'un énième passage chez l'abbé. Jean-Bernard Pouy est surtout connu pour sa création du Poulpe, série de polars au héros libertaire vers laquelle je reviens régulièrement. Il se tourne à nouveau vers le roman noir avec ce Train perdu wagon mort au pitch assez incroyable et dont la lecture fut rapide et plaisante.

Le personnage principal, un professeur de fac spécialisé dans les relations internationales, se rend à un colloque dans un pays imaginaire du centre de l'Europe. Le voyage est long, l'action débute en pleine nuit dans un wagon-lit plongé dans le noir et les bruits de respiration. D'un coup, un freinage intense se fait sentir puis plus rien! Le train s'est arrêté au milieu de nulle part, sans prévention ni alarme. En fait, ils sont seuls, leur wagon est isolé au milieu de la campagne sans aucune trace d'occupation humaine, le reste du train semble avoir continué sa route sans se préoccuper de ces dix-neuf naufragés du rail. Passé quelques heures, le jour se lève et toujours pas de secours! La tension va commencer à monter peu à peu chez ses passagers lambda livrés à eux mêmes. Surtout qu'une menace sourde et invisible pèse sur eux.

Ce qu'il y a de plus effrayant dans ce court roman, c'est son extrême banalité dans le traitement. Ces personnes perdues pourraient être vous ou moi. Des êtres humains livrés à eux mêmes face à l'inexplicable, face à un événement à priori anodin qui va se transformer en une situation surréaliste très éloignée de ce que l'on peut vivre dans notre Europe pacifiée. En effet, quels sont ces mystérieux avions de chasse qui survolent en rase motte le wagon? Où ont disparu les éclaireurs partis chercher des secours? Et d'ailleurs pourquoi ces derniers ne sont-ils pas déjà là? On s'interroge tout autant qu'eux et Pouy se garde bien de nous livrer les clefs avant l'ultime chapitre. Le petit groupe s'organise, des leaders sortent du bois, certains perdent leur calme, d'autres s'enfoncent dans le mutisme... Autant d'attitudes et de comportements différents qui représentent bien la diversité des réactions humaines face à l'adversité.

Le rythme est lent, il épouse à merveille l'impression de langueur et de temps ralenti qui habite le récit. L'espérance de secours à venir perd de plus en plus d'épaisseur pour laisser la place au doute qui ronge les âmes puis les corps (les ressources en eau et en nourriture s'amenuisent). C'est aussi l'occasion pour les personnages de se remettre en question que ce soit au niveau d'eux mêmes que de leurs vies respectives. Des affinités se créent, peu ou pas d'inimitié car l'action se déroule sur quelques jours. En approchant de la vérité, le lecteur se dit qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce monde en vase clos, uniforme et morne dans lequel semblent patauger des personnes complètement larguées dans tous les sens du terme. La fin est une vraie belle réussite qui en surprendra plus d'un même si personnellement je l'ai pressenti aux deux-tiers du livre pour cause de déjà-lu. Reste un final éblouissant qui explique tout de manière assez maline.

Ce fut donc une lecture à la fois étrange et agréable, peu commune en tout cas et assez marquante par moment pour le côté paranoïaque et réflectif. À lire pour tous les amateurs de romans noirs "à la française".

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mercredi 8 avril 2015

"La Perfection du tir" de Mathias Énard

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L'histoire: Tout est dans la concentration. Tout est dans la patience, le calme, la maîtrise du souffle. Les bons jours, un seul tir parfaitement réussi suffit à lui donner la joie du travail accompli. Alors, le narrateur redescend de ce toit d'immeuble où il s'était embusqué pour tuer – dans cette ville livrée à la guerre civile -, et il rentre chez lui, retrouver sa mère à demi folle. Puis survient Myrna, une jeune fille de quinze ans embauchée pour prendre soin de la mère malade. Myrna dont la naissante féminité devient pour lui un objet de fascination, un rêve d'amour – l'autre chemin vers la perfection?

La critique de Mr K: À la base, la lecture de La Perfection du tir est un petit coup de poker. La couverture et la quatrième de couverture m'avait attirées l'œil lors d'une énième errance chez l'Abbé. Comme en plus, j'ai eu d'excellentes expériences de lecture dans la collection de poche Babel, je n'hésitai pas plus d'une seconde pour acquérir le présent ouvrage. J'ai vraiment bien fait tant cette lecture fut plaisante malgré un propos dur et impitoyable, une immersion réaliste et sans chichi dans un monde en guerre.

Le personnage principal est un sniper. Nous ne connaîtrons jamais son nom ni celui de son pays mais peu importe, l'intérêt est autre. Il tire sur ses ennemis sans faire de distinction entre combattants et civils. Cela l'apaise, le construit même. Effrayant évidemment pour tout être civilisé, surtout que peu à peu, suite aux révélations qu'il va nous faire sur sa mère devenue folle et ses rapports avec elle, on se rend compte que ce jeune homme d'à peine 20 ans est dérangé, frustré et au bord de l'implosion. Il va devoir faire appel à quelqu'un pour pouvoir s'occuper de sa génitrice lors de ces longues absences au front, c'est là qu'il va faire la rencontre de Myrna, jeune adolescente au charme trouble qui va bousculer ses certitudes... mais peut-on vraiment changer dans un monde abandonné au mal, livré à la loi du plus fort?

Terrible descente en enfer que ce roman. Nous rentrons de plein pied dans un monde en guerre. Chacun se méfie de tout le monde et l'univers décrit se divise en deux entre ennemis / amis. Pas de place à la nuance, la barbarie et la mort règnent en maîtres. Au delà de la loterie funeste des tirs du héros qui dégomme tout ce qui se présente à lui dans la zone ennemie qu'il doit surveiller, c'est le cortège des vexations et des exactions qui se succèdent, longue litanie d'actes inhumains propres aux zones de conflit. C'est rude dans sa banalité et son automatisme. Le héros y participe pleinement, justifie ses actes dans sa pensée à sens unique sans aucun recul ni remord. Une partie du roman sort un peu du cadre de la ville pour nous montrer une opération de normalisation dans la montagne, loin d 'être hors-sujet, elle permet d'éclairer un peu la mentalité de ses hommes conditionnés mentalement pour haïr et détruire son prochain. Vraiment impressionnant et efficace!

Pour autant, notre héros ne se contente pas d'être décrit comme une machine à tuer. On sent les carences qu'il a pu accumuler en termes affectif et éducatif. Ses rapports à sa mère sont biaisés par la maladie mentale qui s'est emparée d'elle, il doit désormais s'en occuper et il en est incapable. Cela donne des scènes de cruauté et d'incompréhension fortes, très dures à lire, vraiment éprouvantes. Le fils doit se contenir pour ne pas faire exploser la violence qui l'habite et c'est Myrna qui va servir de soupape de sécurité pour éviter le drame familial. Cette jeune fille l'apaise, le séduit et le soulage, un peu de tout cela en même temps en fait. Il ne comprend pas ce qui lui arrive d'ailleurs, le lecteur le sait bien mieux que le personnage lui même. S'ensuit un ballet trouble avec des rapports complexes entre employeur/employé, combattant/civil, séduction/répulsion. D'une grande richesse cette relation tisse une toile émotionnelle étendue qui m'a profondément désarmé et surpris. C'est suffisamment rare pour le noter!

Pour accentuer tous ces effets contradictoires, l'auteur se repose sur un style simple, épuré mais d'une précision de métronome. Jamais vraiment de phrases chocs inutiles mais des évocations parfois floues, en arrière plan ou tout en ellipse pour raconter l'horreur, la méfiance et le doute. Malgré un propos difficile, déviant par moment, il se dégage une impression de pure humanité (pas le meilleur côté je vous l'accorde) et d'une grande élégance dans le traitement littéraire. C'est sans doute un des meilleurs livres qui m'ait été donné de lire pour parler de guerre et de comportements humains en période de crise profonde. Un petit chef-d'œuvre à côté duquel il ne faut pas passer!

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lundi 6 avril 2015

"Le Survivant" de James Herbert

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L'histoire: Un boeing 747 qui s'écrase près d'Eton: l'une des plus effroyables catastrophes de l'histoire de l'aviation. 332 morts et un seul survivant. On avait enterré les morts, et les vivants essayaient d'oublier. Seul un homme s'obstinait : Keller, jailli des flammes de l'avion, poussé par des forces invisibles, cherchant à comprendre pourquoi, lui, avait échappé à l'accident. Le jour de vérité approchait, une vérité insupportable pour les innocents habitants d'Eton. Une vérité à laquelle Keller se refusait à croire…

La critique de Mr K: James Herbert est pour moi le genre d'auteur qui nous procure de petits plaisirs coupables efficaces, un écrivain vers lequel on revient régulièrement pour retrouver quelques sensations fortes et des intrigues à la fois classiques et glaçantes dans leur déroulement. Ce volume n'a pas dérogé à la règle et m'a tenu en haleine de bout en bout.

Keller a survécu à l'impensable! Pensez donc, un crash aérien juste après le décollage de son avion (il en était le copilote)! Tout le monde est mort sauf lui! Rajoutez là-dessus qu'il a perdu la mémoire et qu'il lui est impossible de savoir pourquoi il s'en est sorti, et vous obtenez un être humain complètement largué qui cherche à obtenir des réponses. Les semaines se passent et il commence à avoir des flashs, à entendre des murmures et, en ville, les morts violentes et inexplicables s'accumulent... Bizarre, vous avez dit bizarre? Vous êtes encore bien loin de la vérité.

Elle est bien longue à se dessiner d'ailleurs entre les chapitres mettant en scène le héros à la recherche d'éclaircissements sur les causes du drame et ceux suivant très ponctuellement le destin fatal de quelques habitants d'Eton, victimes d'une mystérieuse entité. En effet, très vite on se rend compte que derrière le thriller plutôt classique se cache une intervention surnaturelle même si cette fois ci elle est légèrement différente de ce que l'on lit / voit d'habitude. Un bon point pour Herbert qui sème les fausses pistes pour mieux nous égarer dans des supputations sans fin. Bien malin serait celui qui devine les tenants et les aboutissants avant les derniers chapitres de ce volume.

On retrouve la finesse de caractérisation des personnages propre à Herbert qui fait dans le court et le concis, tout en efficacité et en retrait des stéréotypes. Ces personnages sont emplis de fêlures et cachent des zones d'ombre parfois peu enviables, parfois plus surprenantes. Les effets de surprises sont donc assez nombreux tout au long du récit qui se révèle tortueux et parfois très cruel envers ses protagonistes. Keller est vraiment attachant par exemple, il passe par tous les états en l'espace de quelques jours (sauf le grand bonheur extatique bien évidemment) et rien ne semble lui être épargné. Surtout qu'il doit composer avec une ville aux abois, des médias intrusifs et de nébuleuses forces qui le dépassent. Étrange atmosphère aux senteurs de fin du monde où même les dépositaires des forces divines ne peuvent rien faire (terrifiante scène dans une Église).

Difficile donc de relâcher ce livre tant l'histoire est addictive et les pages se tournent toutes seules. Moins gore qu'à son habitude, Herbert fait plus dans la terreur psychologique et les effets d'épouvantes à l'ancienne ce qui n'est pas plus mal et crédibilise davantage une histoire qui devient de plus en plus tourmentée et effrayante. Une bien belle expérience délicieusement horrible que tout amateur du genre se doit de lire.

Oeuvres déjà chroniquées du même auteur:
-Le Sombre
-Pierre de Lune
-La Lance

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samedi 4 avril 2015

"La Longue Mars" de Terry Pratchett et Stephen Baxter

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L'histoire: La Primeterre est dévastée. L'éruption du Yellowstone a noyé les États-Unis sous la cendre et rendu inhabitable une grande partie de la planète. Des flots de réfugiés se massent dans les terres parallèles adjacentes, bientôt surpeuplées. Il faut s'adapter pour survivre. Dans ce contexte post-apocalyptique, l'énigmatique Lobsang décèle l'émergence dans l'humanité de jeunes surdoués à l'intelligence incomparable. Est-ce une chance ou une menace? Il invite Josué Valienté, lui-même marginal dans son enfance, à enquêter auprès de la jeunesse atypique de Belle-Escale. Une jeunesse à laquelle Maggie Kauffman, commandant du dirigeable Armstrong II, aura affaire dans les circonstances les plus calamiteuses… De son côté, Sally Linsay reçoit un message de son père, avec qui elle n'a plus de contact depuis le jour du Passage. Le génial inventeur nourrit le projet de se rendre sur Mars afin d'en explorer les profondeurs parallèles, convaincu d'y faire une fabuleuse découverte. Laquelle? Et surtout à quel prix?

La critique de Mr K: Cette lecture a un goût tout particulier. C'est le troisième volet d'une saga qui pour l'instant m'a charmé et envoûté comme rarement et on sait en commençant La Longue Mars qu'après il faudra attendre un certain temps pour lire le tome 4 seulement disponible en anglais pour l'instant. Et puis… il y a la disparition récente et encore douloureuse de Terry Pratchett parti trop tôt. Le tome 5 prévu sera-t-il finalement écrit par Baxter en solo ? Pour autant, je n'allais pas bouder mon plaisir à replonger dans cette histoire de mondes parallèles qui s'avère toujours aussi passionnante et bien écrite.

La Primeterre (notre planète) est en piteux état. Suite à une éruption volcanique géante, elle est devenue inhabitable. Commence alors la plus grande vague migratoire de l'Histoire de l'humanité. Cela ne va pas sans poser des soucis de place, de logistique mais aussi de géopolitique. La concurrence reste rude entre les puissances: les USA et la Russie sont à terre, les chinois veulent tirer leur épingle du jeu. L'exploration des mondes parallèles continue donc avec comme objectif pour Maggie Kauffman (commandant de vaisseau US) d'atteindre le 250 000 000 ème monde parallèle, limite jamais franchie et synonyme de gloire pour le pays qui l'atteindra en premier. L'expédition ne sera pas de tout repos avec passager clandestin, mondes hostiles et confrontation dramatique face à des mutinés d'un vaisseau considéré comme perdu depuis des années.

On retrouve aussi Lobsang et Josué aux prises avec nos successeurs, de jeunes gens aux capacités cérébrales étendues (des protohumains diront les spécialistes) arrogants et menacés par la realpolitik en œuvre autour de leurs personnes. Faut-il les étudier? Les supprimer? Les laisser vivre à leur guise? Autant de questionnement autour de l'évolution de notre espèce tant au niveau de ses capacités que de ses dérives. La thématique est passionnante et remarquablement servie par les vulgarisations scientifiques d'un Baxter toujours aussi talentueux dans le domaine. On frôle entre deux rencontres et péripéties, le récit philosophique voir métaphysique, on réfléchit beaucoup entre prospective et vision éclairée du présent. C'est assez bluffant et addictif à souhait.

Sally quant à elle accompagne son père avec qui les rapports sont tendus. Plutôt mauvais dans son rôle de géniteur (le grand absent), c'est lui qui avait livré gratuitement à l'humanité les plans des passeurs, machines permettant à tout à chacun de traverser les multivers en toute liberté. Le voila lancé maintenant sur la piste d'un mystérieux artefact qui serait présent sur l'une des nombreuses Mars. On alterne ici récit intimiste (parfois très touchant) d'une relation père/fille complexe et la course vers les étoiles et un secret bien caché. Là encore, le lecteur se verra guidé par des explications précises et assez jubilatoires sur le fonctionnement de l'univers et des astres qui le compose.

Toutes ces intrigues se croisent, se rejoignent et se séparent pour un ensemble finalement très homogène et d'une rare richesse. On retrouve le souffle de l'aventure avec un grand A, des personnages très attachants (j'adore Sally et Josué notamment), l'humour distillé par petites touches marqué du sceau de Pratchett, l'immersion dans un multivers foisonnant, un humanisme mesuré ne tombant jamais dans la facilité et des enjeux passionnants. On termine sur les genoux, heureux et pantelants d'avoir entrepris un voyage à nul autre pareil. À ne pas louper pour tous les adeptes de SF!

Chroniques des deux premiers tomes de la trilogie:
-La Longue Terre
-La Longue Guerre

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jeudi 2 avril 2015

"Eragon" de Christopher Paolini

eragonL'histoire : Un garçon...
Un dragon...
Une épopée...

Voilà bien longtemps que le mal règne dans l'Empire de l'Alagaësia... Et puis, un jour, le jeune Eragon découvre au cœur de la forêt une magnifique pierre bleue, étrangement lisse. Fasciné et effrayé, il l'emporte à Carvahall, le village où il vit très simplement avec son oncle et son cousin. Il n'imagine pas alors qu'il s'agit d'une œuf, et qu'un dragon, porteur d'un héritage ancestral, aussi vieux que l'Empire lui-même, va en éclore... Très vite, la vie d'Eragon est bouleversée. Contraint de quitter les siens, il s'engage dans une quête qui le mènera aux confins de l'Alagaësia. Armé de son épée et guidé par les conseils de Brom, le vieux conteur, Eragon va devoir affronter, avec son jeune dragon, les terribles ennemis envoyés par le roi dont la malveillance démoniaque ne connaît aucune limite.
Eragon n'a que quinze ans, mais le destin de l'Empire est désormais entre ses mains !

La critique Nelfesque : La SF, la fantasy, le fantastique, c'est plus le domaine de Mr K. De mon côté, je suis plus terre à terre mais ne boude pas mon plaisir à l'occasion lorsqu'une envie de merveilleux pointe le bout de son nez. C'est ce qui s'est passé ici avec le début de la saga Eragon et son premier tome "Eragon" que j'ai dans ma PAL depuis quelques mois. Une envie de retomber en enfance, une envie de dragons ! Et hop, c'est parti !

Beaucoup m'ont dit "si ce premier tome te plaît, la suite n'en sera que mieux". En effet le présent tome est considéré comme le plus faiblard de la série. J'ai donc de bonnes heures d'évasion et d'aventures devant moi car ce tome ci a déjà su me convaincre.

Un univers fantastique qui se tient, une kyrielle de personnages et de peuples tous plus intéressants les uns que les autres, un Eragon, jeune dragonnier apprenti, et une dragonne, Saphira, à la fois sage et impétueuse. Il n'en faut guère plus à la novice en fantasy que je suis. Peut être serait-il judicieux de mettre ce roman dans les pattes de Mr K pour avoir l'avis d'un expert mais à mon sens cette saga commence bien et n'a pas à rougir.

Nous faisons ici la connaissance d'Eragon. Pré-ado de milieu rural, il est orphelin et élevé par son oncle et rien ne le prédisposait à vivre de grandes aventures. Mais c'était sans compter sur la plume de Christopher Paolini... Alors qu'il part chasser, comme à son habitude, sur la Crête, il tombe sur une pierre étrange. Intrigué, il la ramène chez lui et celle ci va très vite attirer son attention. En plus d'être inhabituelle et extrêmement belle, elle émet de drôles de sons. Ce n'est pas une pierre, c'est un oeuf ! Le jour de son éclosion, tout va s'accélérer. A la fois fasciné et apeuré, Eragon va décider de cacher ce bébé dragon qui deviendra grand... Très grand...

Avec eux, le lecteur parcourt des kilomètres dans les airs et sur terre. Les paysages défilent, le danger rode. Eragon fait la connaissance de Brom qui va devenir son maître et mentor et va apprendre les rudiments du dragonnier.

Bien que l'histoire soit complètement différente, la construction m'a quelque peu fait penser à "L'Apprenti épouvanteur" de Joseph Delaney. Un jeune garçon se retrouve investi d'une mission et se révèle être bien plus fort qu'il ne le pensait. Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous. C'est vrai que ce schéma est assez classique dans le genre mais n'est ce pas comme cela que l'on fait des héros ?

Une lecture fort plaisante pour des lecteurs peu habitués au genre, elle saura charmer également les enfants du même âge qu'Eragon qui s'identifieront sans mal à ce petit gamin qui s'apprête à vivre de grandes émotions. De mon côté, j'ai rajeuni de 20 ans en le lisant et je compte bien faire perdurer cette sensation avec les tomes suivants !

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mardi 31 mars 2015

"Ganesha" de Xavier Mauméjean

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L'histoire: Londres, fin du XIXème siècle. Qui est réellement Joseph Merrick, celui qu'on surnomme "l'Homme-Éléphant"? Homme ou bête? Monstre de foire ou curiosité scientifique? Une simple anomalie de la nature ou... un dieu? Lorsqu'il rédige ses Mémoires, il n'a pas trente ans et réside depuis peu à l'hôpital de Whitechapel sous la protection du médecin Fréderick Treves. Un refuge qui lui permet d'observer splendeurs et misères de la capitale, et d'enquêter: quatre affaires, autant de saisons dans une année. De leur résolution dépendra peut-être plus que son destin, car "le monde s'efface dans les rêves de l'éléphant..."

La critique de Mr K: Bien étrange expérience que cette nouvelle lecture de Xavier Mauméjean, un auteur qui m'avait bien transporté dans mes lectures précédentes que furent Lilliputia et American Gothic. Dédicacé par l'auteur lors de nos dernières Utopiales, je n'ai pu retarder plus avant la lecture de Ganesha, une de ses premières œuvres, récompensée en 2000 par le prix du roman fantastique à Gerardmer. Bien que plus ésotérique et exigeante envers le lecteur, cet ouvrage est une fois de plus une belle réussite entre plaisir de l'évasion et érudition perlée à chaque page.

Joseph Merrick réside désormais à l’hôpital au bon soin du docteur Crook qui lui voue une certaine curiosité. Son physique disgracieux ne l'empêche pas d'avoir un esprit vif et plein de répartie, il est très cultivé et est doté d'un esprit de déduction très fin faisant irrémédiablement penser à un certain détective anglais très connu de l'époque. À l'aide de ses amis (un jeune garçon travaillant à l'hôpital et un mystérieux aventurier) et de ses relations (du beau linge vient le voir à son chevet tout de même!), il va enquêter sur des affaires tantôt étranges, tantôt effroyables: meurtres, disparition, dédoublement de personnalité... Car Joseph Merrick n'est pas seulement ce qu'il paraît être au premier regard, n'est-il pas Ganesh le Dieu à tête d'éléphant?

Très énigmatique que cette lecture comme je le disais en début de chronique. On oscille entre plusieurs genres: des descriptions cliniques sur le héros, des digressions sur le panthéon hindouiste, des passages sur l'époque victorienne, l'organisation de l'hôpital, une plongée dans les quartiers populaires, dans les mondes interlopes, sur le monde des foires (thème récurrent de l'œuvre de Mauméjean)... le tout sous la forme de petits paragraphes resserrés à l'écriture souple mais gorgée de références. Plus d'une fois d'ailleurs, je me suis surpris à faire quelques recherches parallèles sur le net pour ne pas passer à côté de certains détails. Peu à peu, l'ensemble prend corps et l'on se concentre sur les fameuses enquêtes qui loin de nous épargner, nous plongent dans des abîmes bien sombres avec notamment un tueur d'enfants plutôt retors!

Au prime abord, il faut bien l'avouer, il faut s'accrocher. L'auteur prend un malin plaisir à brouiller les pistes, à multiplier les références, il perdra d'ailleurs sans doute quelques lecteurs au passage. Mais si l'on persévère et qu'on prend le temps parfois de relire certains passages, on découvre une mine d'informations, de détails et une finesse d'esprit assez extraordinaire. À travers le regard de Joseph Merrick, Xavier Mauméjean nous donne à voir une société anglaise décortiquée au scalpel à la fois attirante et repoussoir, entre modernité en marche et vieilles superstitions. Elephant man est beaucoup moins pathétique que dans le film éponyme de David Lynch, il a son destin en main et même si son quotidien est difficile (son infirmité est vraiment handicapante), il ne cède pas au désespoir et répond aux quolibets grâce à son sens de l'à propos très vif.

Une fois plongé dans la première affaire, difficile de relâcher ce volume qui s'apparente à une belle fantasy autour d'un personnage culte et d'une époque attirante. Une belle lecture pour un livre vraiment réussi si on se donne la peine de se laisser convaincre.

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vendredi 27 mars 2015

"Silo" de Hugh Howey

silo-couverture

L'histoire: Dans un futur post-apocalyptique indéterminé, une communauté d'hommes et de femmes a organisé sa survie dans un silo souterrain géant. Du monde extérieur, devenu hostile, personne ne sait rien, sinon que l'atmosphère y est désormais irrespirable. Les images de mauvaise qualité relayées par d'antiques caméras, montrant un paysage de ruines et de dévastation balayé de vents violents et de noirs nuages, ne semblent laisser aucune place à l'illusion. Pourtant, certain continuent d'espérer. Ces individus, dont l'optimisme pourrait s'avérer contagieux, représentent un danger potentiel. Leur punition est simple. Ils se voient accorder cela même à quoi ils aspirent: sortir.

La critique de Mr K: Belle découverte que cette occasion trouvée à un très bon prix chez notre abbé chéri fin janvier où nous avions une fois de plus craqué! La quatrième de couverture m'a séduit immédiatement et Nelfe m'avait plus ou moins parlé de phénomène littéraire concernant cet ouvrage. C'est plus tard que j'appris que Hugh Howey était capitaine de yacht, qu'il s'était auto-publié et qu'il a depuis connu un grand succès avec Silo qui se décline désormais en une trilogie que je ne manquerai pas de compléter vu le goût de revenez-y certain que m'a procuré ce premier tome (qui d'ailleurs pouvait se suffire à lui-même).

Ce volume est constitué de cinq grands chapitres, plus ou moins cinq grandes nouvelles qui tissent une histoire plutôt classique (ce sera mon seul reproche). Le monde extérieur n'est plus vivable et une communauté humaine s'est installée dans un silo souterrain géant qui s'étale sur 140 niveaux. On trouve de tout: une cafétéria avec vue imprenable sur le monde extérieur inhabitable, un shérif et ses bureaux (plus une cellule), des fermes hydroponiques, des mines et des mécanos, une manufactures pour la fabrication de pièces et objets, un mystérieux niveau réservé aux instances dirigeantes qui proscrivent absolument toute idée d'évasion et d'espoir, se contentant de faire appliquer des règles fixées il y a des décennies. Tout contrevenant est relâché en dehors du silo et se voit ainsi condamné à une mort certaine, empoisonné par un air devenu irrespirable. Pour autant, on ne peut empêcher les personnes de réfléchir et de se poser des questions, le changement est en marche...

Il s'agit du premier livre de SF édité par Acte Sud et franchement c'est une belle réussite. Pas étonnant d'ailleurs que ce soit eux qui l'ait signé tant cette œuvre sort des sentiers battus et se révèle très "littéraire" dans sa forme. Ne vous attendez-pas à une débauche d'action et de détails très science-fictionnels... Hugh Howey semble avant tout chose s'attacher à ses personnages et l'évolution de leur psychologie. Ils sont nombreux et c'est peu à peu qu'on apprend à les connaître avec leurs fêlures et leurs aspirations. Attention cependant à ne pas trop vous attacher à eux car l'auteur n'hésite pas à en sacrifier un certain nombre pour le bienfait de l'histoire générale. Vous côtoierez la shérif, le maire, les mécanos prolos du fin fond du silo, des enfants perdus, de mystérieux commanditaires et bien d'autres personnes que je vous laisse découvrir. Tout ce petit monde vis en vase clos ce qui apporte une touche indéniable de paranoïa et de claustration à un ouvrage à nul autre pareil.

En effet, l'auteur s'attache aussi beaucoup à nous décrire ce monde isolé, tourné sur lui-même et ses certitudes qui lui sont assénés par une rigueur implacable. On voyage beaucoup à l'intérieur du silo, on découvre des us et coutumes proches des nôtres mais tout de même modifiées à cause des conditions de vie étriquées et soumises à un avenir qui semble bouché. Ainsi la démographie est contrôlée pour éviter la surpopulation (un système de loterie permet d'élire les heureux élus pour former une famille), les rations calculées pour éviter toute pénurie et les esprits maintenus dans une ignorance crasse de ce qui s'est passé auparavant et des réalités du monde extérieur. Drôle d'ambiance donc qui fait sortir ce roman du lot et maintient un mystère durant tout ce premier volume qui en appelle clairement d'autres pour lever le voile sur des éléments non dévoilés et seulement évoqués au détour d'un paragraphe et d'une page. Si si, il y a un côté frustrant!

Le suspens ne retombe jamais durant ces quelques 550 pages qui se dévorent littéralement, la faute à un sens du récit certain, un goût pour le réalisme et des scènes chocs d'une rare intensité. L'écriture est agréable, exigeante par moment (surtout au départ, cela devient plus classique sur les deux derniers chapitres) et évocatrice à souhait. On partage vraiment la vie de ce silo et on en explore vraiment tous les aspects. Il y a un côté livre-somme avec un background très bien travaillé. Les mauvaises langues diront qu'il n'y a rien de nouveau (beaucoup d'éléments et de thématiques ont déjà été explorées) mais en toute honnêteté, je ne me suis pas ennuyé une seconde et l'ensemble se tient, maintenant une balance équilibrée entre récit vif et passages plus descriptifs forçant la réflexion. Beau mélange qui a fonctionné pour moi à plein.

Ce fut donc une lecture des plus plaisantes, longue, parfois plombante, parfois emplie d'espoir, où l'émotion fait la part belle à la réflexion et l'anticipation. Un bel ouvrage que je prolongerai dans les mois à venir en essayant de me procurer les tomes suivants.

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