mercredi 22 octobre 2014

"La Prophétie de l'oiseau noir" de Marcus Sedgwick

la prophetie de l'oiseau noirL'histoire: Tom va mourir. Alexandra le sait.
Elle a encore vu l'oiseau noir, le messager de la mort. Elle a vu le revolver, la balle qui file vers son frère sur le champ de bataille.
Car elle a un don: voir la mort prochaine des êtres qui l'entourent.
Mais cette fois, elle ne laissera pas l'oiseau noir lui prendre son frère. Elle ira retrouver Tom, au cœur de la Grande Guerre. S'il n'est pas déjà trop tard...

La critique de Mr K: Retour dans la littérature jeunesse aujourd'hui avec ce roman de Marcus Sedgwick, auteur anglo-saxon plutôt connu outre-manche pour ses écrits pour adolescents et jeunes adultes. Il aborde dans La Prophétie de l'oiseau noir un sujet difficile: La Première Guerre mondiale et la boucherie qu'elle s'est révélée être. Il y rajoute un petit aspect fantastique avec une Cassandre des temps modernes incarnée ici par l'héroïne Alexandra.

Troisième enfant d'une famille anglaise bien installée, elle vit jusque là une vie des plus banales pour une jeune fille de l'époque. Son plus grand frère Edgar est dans une école d'officiers de l'armée royale et Tom (son préféré) veut suivre les traces de son père en faisant médecine. Mais la guerre vient tout chambouler et fait ressurgir un ancien don qu'elle avait enfoui au plus profond d'elle. Elle a la capacité de voir la mort des êtres qu'elle croise! Ses deux frères vont s'engager pour le front et la peur ne la quitte plus. Il lui faudra braver les interdits paternels et les us de l'époque pour mener sa quête afin d'essayer de sauver son frère.

La grosse réussite de ce livre est la reconstitution historique qui nous est proposée. L'auteur aborde 14-18 par le biais d'un point de vue novateur, celui d'une jeune fille aspirante infirmière qui va tour à tour être au contact de poilus rapatriés en Angleterre puis directement sur le terrain. Pas de suite d'événements historiques donc mais plutôt un témoignage fort prenant à travers le fonctionnement d'un hôpital de guerre qui doit accompagner les mourants et les mutilés. Cela donne lieu à des scènes poignantes et réalistes à souhait. Cette plongée est sans concession et l'on rentre parfaitement dans l'esprit des gens de l'époque entre exaltation pour aller au combat mais aussi toute la souffrance et les déceptions qui en ont aussi résulté. Dans la deuxième partie, l'action se déroule en France sur le front nord-est et l'auteur nous donne à lire des descriptions fort réussies de l'arrière immédiat du front entre grondements de l'artillerie, exode des populations civiles et mouvements de troupes. En cela ce livre est une belle réussite.

Autre point positif, le portrait d'une famille anglaise du début du XXème siècle qui apparaît en filigrane au fil du déroulé du récit. Autre temps, autres mœurs, l'autorité paternelle est omnipotente et même si le père d'Alexandra ne veut que son bien, il la freine dans sa découverte de soi et la réalisation de son idéal: soigner les autres et leur apporter du réconfort. Rajoutez là-dessus sa propension à voir l'avenir funeste de chacun et cela finit forcément en clash. La mère et le frère aîné ne lui sont d'aucun réconfort, Alexandra doit donc se débrouiller seule. Heureusement, elle fera des rencontres qui lui permettront d'avancer comme une consœur apprentie infirmière et le mystérieux Jack.

Voilà par contre où le bât blesse: le côté convenu du récit. L'immersion dans l'époque est bien réussie mais le récit en lui même ne sort jamais des sentiers battus. Aucune surprise et des personnages plutôt caricaturaux qui empêchent finalement l'histoire de vraiment décoller et de procurer l'évasion promise en quatrième de couverture. La prophétie en elle même n'est finalement qu'un prétexte pour aborder cette période mais ne vous attendez pas à des révélations fracassantes. Pour autant, on ne lit pas ce livre difficilement et on est tenu en haleine jusqu'au bout mais sans réelle passion. La faute sans doute aussi à une écriture plate et sans réel relief affectif en ce qui concerne les personnages, reste de belles pages sur la guerre et ses victimes.

Au final, c'est un livre qui gagne à être lu par des primo-lecteurs ou des lecteurs n'ayant lu que peu d'ouvrages. Il y trouveront une histoire sympathique, bien menée et une belle évocation de la Première Guerre mondiale. Pour les autres, cette lecture s'avère dispensable à part, si comme moi, vous êtes un passionné de ce conflit et de tout ce qui y touche de près ou de loin.


dimanche 19 octobre 2014

"Le Jeu du jugement" de Bernard Taylor

le jeu du jugement

L'histoire: Pourquoi maman et papa ne s'aiment-ils plus? Pourquoi faut-il qu'on vive avec papa? Il est super-gentil, mais vraiment on ne peut pas sentir Netta.
Et qu'est-ce qu'on s'ennuie à la campagne! Papa nous y a emmenés parce qu'il voudrait qu'on aime notre nouvelle maman, cette horreur de Netta.
Aujourd'hui papa est parti voir grand-mère et, dans la maison, il n'y a plus que Netta et nous quatre les enfants.
Netta va être tellement surprise quand on va lui parler du jeu qu'on a imaginé. Qu'est-ce qu'ils sont mignons, va-t-elle penser. Mais c'est pas du tout un jeu, c'est sérieux...

La critique de Mr K: Fruit d'un craquage récent, Le Jeu du jugement m'avait interpelé par sa quatrième de couverture intrigante, diffusant un malaise profond et lourd en promesses cauchemardesques. J'étais loin de la vérité tant on s'abime ici dans les tréfonds d'âmes torturés de personnages plus branques les uns que les autres et les méfaits de dysfonctionnements familiaux chroniques. Prenez votre respiration, on plonge en Enfer!

Robert vit désormais seul avec ses quatre enfants (Kester, Michaël, Ben et Daisy) dont il a obtenu la garde suite aux déficiences criantes de son ex épouse dans l'éducation de sa progéniture (la maman est vraiment barrée et a lâché sa famille du jour au lendemain pour partir s'éclater!). Pour autant, il ne veut pas les priver de leur mère et régulièrement, essentiellement les deux aînés, les enfants passent du temps avec elle. Il ne sait pas que cette dernière vit le rêve de pouvoir réunir la famille comme avant et manipule les esprits de Kester et Michaël. Le père de famille, prof d'anglais vit une nouvelle histoire d'amour avec Netta une collègue du lycée où il travaille. Il ne rêve que d'une chose: créer une nouvelle famille où sa nouvelle fiancée soit acceptée par ses mômes. Il est loin de se douter de la tournure que les événements vont prendre!

Tout commence par un premier chapitre où les deux aînés s'amusent à torturer une colonie de chenilles. Effet garanti, on se dit de suite qu'ils ne sont pas nets! Puis, la pression monte peu à peu, très lentement. L'auteur nous décrit le quotidien de Robert et de ses enfants. Rien de vraiment extraordinaire, simplement une nouvelle vie difficile à accepter pour Kester et Michaël. C'est lors de leur séjour chez leur mère que le lecteur commence à être secoué. Malsaine et manipulatrice, sa relation avec ses enfants m'a mis vraiment mal à l'aise, elle dérape quasiment constamment et beaucoup de tabous sont levés. L'horreur est profondément humaine dans ce livre, pas d'effets de manche mais simplement des codes sociaux complètement bouleversés et amoraux. La haine est de mise, les pulsions de morts sont exacerbées.

A la mi-livre, l'auteur passe à la vitesse supérieur. On s'attend désormais au pire tant ces deux gamins sont dérangés. Aveuglé par son nouvel amour et l'attention constante que lui réclame ses deux plus jeunes enfants, Robert ne voit rien et ceci malgré les remarques de plus en plus insistantes de sa nouvelle compagne. La colère et la frustration vont frapper lorsqu'il sera parti au chevet de sa mère malade. Kester et son bras droit Michaël vont perdre tout sens commun et exprimer leur haine. Préparez-vous à des moments de pure cruauté, savamment orchestrés, jamais dans la démesure plutôt dans l'analyse clinique et froide d'actes guidés par des pulsions irrépressibles. C'est bien pire que n'importe quel livre gore lambda! Franchement, rien que d'y penser me fait frémir!

Le côté remarquable de cet ouvrage réside dans le traitement des personnages. Bernard Taylor est un fin tacticien. Il ne révèle les éléments de psyché de chacun que par petites touches intelligentes et emboîtées les unes dans les autres. Cette famille qui peut paraître banale au premier abord est très bien décrite et les rapports qu'entretiennent les quatre gamins entre eux sont d'une rare finesse. Cela a une importance cruciale pour le dernier acte qui m'aura marqué comme rarement. Jalousie, envie, désir de reconnaissance, confiance en soi... autant de sentiments exacerbés par la puberté qui sont ici au cœur d'une trame dramatique. On ressort de cette lecture littéralement rincé mais assez épaté par cet opéra sanglant intimiste.

L'écriture en elle-même n'est pas phénoménale, pas de quoi sauter au plafond, c'est plutôt dans la structuration du récit que Bernard Taylor sort son épine du jeu. Rien n'est laissé au hasard et le dénouement est imparable. Les amateurs de terreur intimiste seront ici conquis et bien des fois j'ai pensé à l'excellent et dérangeant film Eden Lake. À vous de voir si vous voulez tenter l'expérience!

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samedi 18 octobre 2014

Vide médiathèque et petits nouveaux

Ce matin, j'étais sur le pont dès potron-minet pour le vide médiathèque d'une ville voisine. Afin de renouveler ses stocks, la médiathèque proposait une vente aux collectivités et scolaires hier et continuait aujourd'hui sur sa lancée en entrée libre. Beaucoup de bonnes choses ont dû partir hier mais je ne suis pas rentrée les mains vides !

mediatheque

Oui, je sais, on ne peut pas dire que je suis en manque de lecture mais quand il y a des affaires à faire, je ne peux pas m'en empêcher ! Essayez de deviner combien j'ai dépensé pour ce petit butin ?

Côté lecture :

mediatheque roman


- "Suttree" de Cormac McCarthy parce que j'ai adoré "La Route" et que la 4ème de couv' de ce roman ci m'a fait de l'oeil.
- "Et pendant ce temps-là, les araignées tricotent des pulls autour de nos bilboquets" de Raphaële Moussafir pour le titre ! Et parce que j'ai été charmée par l'adaptation cinématographique de "Du vent dans mes mollets".

Côté BD :

mediatheque BD


- "Les formidables aventures de Lapinot - Amour et Intérim" de Lewis Trondheim parce que j'adore ce dessinateur et que je lis quotidiennement son blog.
- "Aristide broie du noir" de Séverine Gauthier et Jérémie Almanza pour les dessins qui m'ont donné envie de le découvrir.

Côté musique :

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- "Going to where the tea trees are" de Peter Von Poehl parce que je ne l'avais pas en physique.
- "In Case we die" de Architecture in Helsinki pour les 3 F Télérama et parce que j'avais aimé les quelques titres déjà entendus.

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Rajoutez à la pêche du jour un beau soleil qui réchauffe bien et on peut dire que le week-end commence bien !

mercredi 15 octobre 2014

"L'Amour tarde à Dijon" - Série Le Poulpe- de Jacques Vallet

le poulpe L'histoire: Deux frères cultivateurs en Bourgogne sont retrouvés cuités à mort. Les gendarmes classent l'affaire. Pas le Poulpe qui doute de la réalité d'un suicide. Son arrivée à Dijon coïncide avec une mutinerie à la maison d'arrêt et un scandale à la cathédrale Saint-Bégnine; elle provoque même une brusque effervescence meurtrière. Qu'est-ce qui met ainsi la gendarmerie de Saint-Seine en folie? Quel rôle tient la belle ingénieur du service architecture de la ville? Quel est le lien entre la pompe d'un chanoine et la pompe à fric d'un yakusa? Suivez le Poulpe...

La critique de Mr K: Un été sans lecture d'un volume de la série du Poulpe, c'est un peu comme un repas sans fromage, ça manque de saveur! Hasard du calendrier, nous avons justement reçus des amis de Madame originaires de Dijon, l'occasion était trop belle d'aborder le présent volume, "L'Amour tarde à Dijon" qui se déroule justement dans la belle cité bourguignonne. Décollage immédiat pour une nouvelle aventure rocambolesque et haute en couleur!

Une fois de plus, c'est en feuilletant le journal dans son bistrot préféré que Gabriel Lecouvreur tombe sur un fait divers qui va retenir son attention et le lancer vers une nouvelle enquête. Deux agriculteurs sont retrouvés alcoolisés à mort et le verdict tombe: suicide collectif! Étrange étrange se dit Le Poulpe, il paraît impossible de pouvoir réussir une mort pareille sans aide extérieure! Il n'en faut pas moins pour que notre justicier libertaire se déplace en Bourgogne pour fouiner. Il n'est pas au bout de ses surprises.

Il va de suite attirer la méfiance sur lui.Qui est ce parisien venu mettre son nez là où il ne faut pas? Cela donne lieu à des rencontres des plus tendues, farfelues et parfois ubuesques. Un souffle grolandais tourne les pages avec nous et c'est avec jubilation que le lecteur attend la prochaine péripétie. De troquets aux chambres d'hôtel, en passant par ses sempiternels coups de téléphone à son amoureuse de coiffeuse (Aaaah Chéryl!), bon gré mal gré, le Poulpe se rapproche de la vérité. Une révélation qui mettra une fois de plus à mal l'establishment et les apparences d'une ville bien sous tout rapport. Ça castagne aussi sec et les bons mots pleuvent pour le plus grand plaisir du lecteur embarqué comme toujours dans un rythme haletant ne laissant que peu de répit. Le final vient nous cueillir avec une ouverture bienvenue qui ravira les amateurs de réalisme (vous repasserez pour le happy end!).

Jacques Vallet fournit donc un très bon volume poulpesque, son écriture répond complètement au cahier des charges imposé par la maison d'édition. Gabriel est plus que jamais railleur et aventureux, les personnages secondaires sont de petites merveilles d'incongruité et le récit se tient de bout en bout. La lecture s'est révélée une fois de plus aisée, agréable et drolatique à souhait.

Un petit bonheur de Poulpe une fois de plus!

Autres Poulpe chroniqués au Capharnaüm Éclairé:
- Nazis dans le métro
- J'irai faire Kafka sur vos tombes
- Du hachis à Parmentier
- Vomi soit qui malle y pense
- La petit fille aux oubliettes
- La bête au bois dormant
- Arrêtez le carrelage
- Légitime défonce
- La Cerise sur le gâteux

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vendredi 10 octobre 2014

"L'Empire de la Négation" - Chroniques de la Lune Noire de Froideval

L'Empire de la NégationLe contenu: L'empire d'Haghendorf n'est plus. De ses cendres s'élève une nouvelle puissance sous le règne de Wismerhill Ier.
Les royaumes frontaliers, inquiets, s'interrogent sur ses buts et ses desseins. Ainsi Hishtarland décide-t-elle d'envoyer la sublime Houri Netsharine, pour mettre au jour les rouages du nouveau pouvoir. Elle va, au péril de sa vie et de son âme, découvrir tous les mystères d'un territoire immense où sévit le terrible culte de la Lune Noire: armées légendaires et religion, races et créatures étranges.
La belle espionne nous livre un extraordinaire témoignage sur les arcanes de l'Empire de la Négation.

La critique de Mr K: Voici un très beau volume entre BD et livre documentaire sur une série de BD que j'ai adoré: Les Chroniques de la Lune Noire. Mélange détonant de fantasy et d'humour, beaucoup plus adulte que la série des Lanfeust notamment, j'avais craqué pour ces BD à la fois denses en terme de scénario et assez épatantes dans le traitement visuel qui alliait virtuosité technique et détails nombreux. Le présent add-on est un cadeau d'anniversaire que j'ai bien trop tardé à lire tant il s'avère rempli de qualité. Pardon donc au copain Franck, le tort est aujourd'hui réparé!

C'est à travers les yeux d'une ravissante maîtresse-assassin que Froideval nous propose une balade dans le nouvel empire établi par Wismerhill, notre semi-elfe de héros dans les Chroniques de la Lune Noire. Mêlant textes et illustrations, L'Empire de la Négation nous est décrit à travers un carnet de voyage que la missionnée envoie à ses maîtres. Tout y passe! La géographie générale entre description paysagère et urbaine, les mystérieux portails de téléportation, les mœurs rugueuses des habitants. Elle fait aussi forcément un bon rapport sur les forces de l'Empire qu'elles soient internes ou alliées à lui (gardes de l'empereur, troupes d'élite, alliés orques et autres créatures magiques). Cela permet de replonger dans la flamboyance de l'œuvre originelle qui n'était pas du tout avare en terme de batailles gigantesques et autres affrontements dantesques. Aaaah, ces planches entières de bastons homériques!

Empire 1

Houri Netsharine finit par arriver au terme de son voyage et met les pieds à la Capitale. S'ensuit une belle description du palais de l'empereur et de sa garde rapprochée. Comme tout espion digne de ce nom, elle observe finement son environnement et essaie de trouver d'éventuelles failles pour pouvoir frapper au moment opportun. Malheureusement pour elle, il s'avère très vite que sa mission risque d'être compliquée voir impossible! Le présent ouvrage se termine par un portrait de l'empereur lui-même et de sa mystérieuse concubine-succube. L'auteur nous réserve une surprise avec les quatre dernières pages nous narrant la fin de mission de l'assassine narratrice. Je vous laisse découvrir par vous-même la conclusion!

Empire 2

Cette lecture fut un grand plaisir. Bonheur tout d'abord de retrouver un univers qui m'avait séduit et conquis, c'est un peu l'envers du décor qui nous est proposé ici et c'est toujours agréable d'explorer les secrets que l'on ne fait qu'apercevoir dans une œuvre originale. L'ami Froideval est un malin et distille au compte goûte les informations avec son sens du détail et de la minutie qui le caractérise. La forme du récit est originale et permet de maintenir un certain suspens et l'on ne se retrouve pas devant un énième catalogue géographique d'héroïc-fantasy. La démarche est louable et je dois avouer que le pari est réussi!

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On ressort bien instruit du nouveau pouvoir en place et durant l'heure de lecture, on se prend à l'idée de relire la série d'origine. Je me laisserai sans doute tenter lors de prochaines vacances. En attendant, cet ouvrage loin d 'être un gadget commercial de plus et il saura trouver la grâce de tous les amateurs des Chroniques de la Lune Noire.

methatron

A lire également:
Les chroniques, volumes 1, 2 et 3
Les chroniques, volumes 4, 5 et 6
Les chroniques, volumes 7, 8 et 9
Les chroniques, volumes 10, 11 et 12
Les chroniques, volumes 13 et 14
Les chroniques, volume 0


jeudi 9 octobre 2014

"L'oeil du prince" de Frédérique Deghelt

l'oeil du princeL'histoire: Années 1980: Mélodie, une jeune cannoise, commence son journal intime.
1964: Yann, un Français habitant New York, semble avoir laissé sa vie derrière lui. Vingt ans plus tard à San Francisco, Benoît voit son couple se déliter alors même que sa carrière de pianiste connaît une envolée. Pendant la Seconde Guerre mondiale, deux résistants, Alceste et Agnès se découvrent amoureux grâce à leur correspondance. Celle-ci sera ouverte, un demi-siècle plus tard, par une vieille dame aux pensées habitées par les hommes qu'elle a aimés.

La critique de Mr K: Ce livre est ma première lecture de cette auteure connue notamment pour La grand mère de Jade, roman qui a fait sensation et qui pour le moment est coincé dans la PAL de Nelfe. L'occasion m'a été donnée de lire celui-ci et m'est avis que ce ne sera pas le dernier vu le grand plaisir qu'il m'a procuré entre trame complexe, émotions à fleur de mots et une écriture d'une beauté marquante.

L'œil du prince est un terme technique venu tout droit de l'univers théâtral qui désigne un angle de vue permettant de visualiser la perspective du décor sans déformation. C'est aussi la place d'où l'on voit le mieux le spectacle, autrefois réservée au souverain. C'est justement ce qui a poussé l'auteur à diviser son livre en cinq parties égales présentant cinq trames différentes mais qui, vous l'avez compris, vont se rejoindre et interagir entre elles. Il y est essentiellement question d'amour (ceci sous toutes ses formes) à travers de multiples époques et espaces. En fait, c'est l'humanité dans ses relations à l'autre notamment dans le cadre de la famille qui est ici décortiquée et livrée sans complaisance ni fard au lecteur.

Dans sa construction tout d'abord, ce livre est remarquable. Je n'en dirai pas beaucoup plus pour éviter les spoilers mais sachez qu'il y a un petit organigramme en début d'ouvrage qui met très vite le lecteur sur la voie sans pour autant livrer toutes les clefs de lecture et il y en a! Les interactions sont nombreuses (un peu à la manière d'un Cloud Atlas en simplifié) et les retours en arrière s'avèrent parfois essentiels pour bien capter l'ensemble de l'œuvre. On nage constamment entre histoire plutôt banale en apparence et relations complexes traversant les générations. Des bonds et rebonds ont lieu dans toutes les vies ici exposées dans leur pureté et nudité, la comédie humaine fait le reste. Jeune fille fragile à la découverte d'elle-même, mari narcissique et possessif, retrouvailles entre vieux amis, correspondance de guerre amoureuse et fatale, souvenirs d'une vieille dame, autant d'âmes torturées mais tellement humaines qui plongent avec délice le lecteur captivé dans un récit profond.

Quelle maestria en effet dans la description des sentiments humains! On ne tombe jamais dans le pathos ou l'exagération, la justesse est de mise de la première à la dernière page. Je vous préviens, on ne baigne pas dans le bonheur et c'est une certaine mélancolie qui règne sur ces quelques 380 pages. Pour autant, ce spleen ambiant n'est pas désespérant, ces hommes et ces femmes qui se débattent avec la vie nous touchent, nous émeuvent profondément jusqu'au plus profond de nos entrailles. Il y a un peu de chacun de nous chez eux, des joies, des peines, des processus mentaux, des actes manqués, des comportements induits par un passé parfois trouble. On se reconnaît complètement là dedans et c'est la grande force de ce livre à la puissance évocatrice vraiment hors du commun. On en jubilerait presque si ce n'était pas aussi triste par moment!

L'écriture est de toute beauté. Légère et accrocheuse, on baigne dans des phrasés ouatés et les pages se tournent toutes seules. Les personnages sont ciselés de main de maître, la trame est d 'une redoutable efficacité ménageant un suspens terrible entre trahisons, frustrations et révélations chocs. L'auteur ne lésine pas et fait montre d'un talent certain pour proposer du neuf dans un genre plutôt codifié ne réservant que rarement des surprises. Ici, on est surpris et émerveillé par la même occasion à chaque chapitre sans tomber dans la surenchère et l'artificiel. Je n'irai pas par quatre chemin, ce fut une merveilleuse lecture et une belle découverte d'auteur pour moi. Tentez l'aventure, vous ne le regretterez pas!

mardi 7 octobre 2014

"Cataract City" de Craig Davidson

cataract city

L'histoire: "Je connais deux garçons qui suivent un sentier secret pour aller pêcher des perches dans le bassin du Niagara, leurs cannes à l'épaule comme des carabines. Je connais le flot sans fin des chutes qui rugit dans mes veines. Je connais des forêts infestées la nuit de loups gris."

Duncan Diggs et Owen Stuckey ont grandi à Niagara Falls, surnommée par ses habitants Cataract City, petite ville ouvrière à la frontière du Canada et des Etats-Unis. Ils se sont promis de quitter ce lieu sans avenir où l'on n'a d'autres choix de travailler à l'usine ou vivoter de trafics et de paris.
Mais Owen et Duncan ne sont pas égaux devant le destin. Tandis que le premier, obligé de renoncer à une brillante carrière de basketteur, s'engage dans la police, le second collectionne les mauvaises fréquentations. Un temps inséparables, sont-ils prêts à sacrifier le lien qui les a unis ?

La critique Nelfesque: "Cataract City" de Craig Davidson est un roman de la Rentrée Littéraire 2014. Je n'avais jamais lu d'ouvrage de cet auteur, que vous connaissez peut-être pour avoir écrit "Un Goût de rouille et d'os", adapté au cinéma et ayant eu d'excellentes critiques, et je dois dire que j'ai été très agréablement surprise.

En amatrice de romans noirs, j'ai aimé les destins tragiques des deux protagonistes de l'histoire, Duncan et Owen, mais aussi le fatum qui pèse sur la ville de Cataract City et ses habitants. Une chape de plomb, une ambiance oppressante, qui semble les clouer sur place, incapables d'entreprendre quoi que ce soit sinon dans le trafic et se levant chaque matin pour le train-train qu'offre la grosse usine de confection de pâtisseries du coin. Une ville ouvrière comme il en existe beaucoup où le chômage et les crises pèsent encore plus qu'ailleurs.

Duncan et Owen se connaissent depuis tout jeunes. Copains de cours de récré, ils ne se quittent jamais, comme deux âmes qui se soudent pour s'entraider et affronter l'avenir moins seules. Ensemble, ils appréhendent la vie, ses joies, ses peines, ses déceptions, sa roulette russe. Ce roman est très riche et offre plusieurs histoires dans une même oeuvre, comme une kyrielle de petits romans qui suivent le même point de mire en 480 pages. Tour à tour victimes d'un enlèvement, perdus dans la nature hostile de cette région, joueurs de basket, boxeurs, entraîneurs de lévriers, receleurs... le lecteur, par le biais de ces deux personnages principaux, passe d'un thriller à un roman de grands espaces puis à un contemporain... A titre personnel, je me suis perdue parfois dans ces pages, à l'image de ces deux garçons plusieurs jours dans la mangrove et n'ai commencé à vraiment apprécier ce roman et en découvrir toute sa portée à la moitié du livre. On classera toutefois celui ci dans les romans noirs tant d'un bout à l'autre de l'ouvrage la tension est palpable.

La vie réserve des surprises et les amis de toujours vont être séparés peu à peu. L'un devient flic, l'autre gangster. Classique... Mais diaboliquement efficace. 8 années de prison pour Duncan vont-elles tout détruire ou renforcer les liens qui les unissent ? A sa sortie, tout est possible, une nouvelle vie s'offre à lui mais peut-on vraiment remettre les compteurs à zéro à Cataract City ?

Je vous conseille vraiment ce roman. Ne vous laissez pas abattre par les descriptions parfois longues et redondantes, par les détails techniques de l'élevage des lévriers de course et autres secondes qui s'écoulent dans la neige. Vous verrez que le jeu en vaut la chandelle et que le dénouement est jubilatoire. Un roman à découvrir !

samedi 4 octobre 2014

"American Gothic" de Xavier Mauméjean

2013 04 American Gothic-1L'histoire: Hollywood à l'heure du maccarthysme. Des enquêtes s'entrecroisent autour d'un mystérieux auteur de contes et légendes urbaines, chefs-d’œuvre d'un nouvel art brut.
Jack L. Warner, le puissant patron de la Warner Bros., veut supplanter son rival Disney. Il décide d'adapter pour le grand écran Ma Mère l'Oie, un recueil de contes, anecdotes et légendes urbaines dont les américains raffolent. Warner ordonne qu'on enquête sur l'auteur, un certain Daryl Leyland. La mission est confiée à l'un des obscurs scénaristes qui attendent la gloire: Jack Sawyer. A lui de "nettoyer" la biographie de Leyland, rectifiant tout ce qui heurterait le conformisme moral et politique.
American Gothic voyage à travers les États-Unis et leur histoire à la recherche de Daryl, ce génial gamin triste de Chicago, et de son complice le dessinateur Van Doren.

La critique de Mr K: Une véritable claque littéraire aujourd'hui que cet American Gothic de Xavier Mauméjean. Homme charmant et disponible (belle rencontre aux Utopiales de Nantes de l'année dernière) et écrivain au talent immense (Lilliputia a été une belle révélation), il récidive ici avec un livre étrange mettant en lumière une certaine Amérique, une nation naissante et balbutiante qui se forge une mythologie, une culture commune.

Dans l'idée d'adapter au cinéma le plus grand succès littéraire de son temps aux USA, le grand patron des studios Warner diligente une enquête pour en savoir plus sur ce mystérieux Daryl Leyland, auteur sorti de nul part au talent quasi inné qui ravit les foules et nourrit l'imaginaire des américains à travers un recueil de contes, légendes et autres charades. Cette enquête va se révéler très difficile à mener et laisse beaucoup de zones d'ombre sur une vie malmenée où la tristesse et la souffrance ont la part belle. Belle revanche sur la vie donc que ce succès partagé avec son ami Van Doren. Pour autant, la nature profonde d'une personne ne le quitte jamais...

Rien que dans sa forme, ce livre est un micro-ovni. Chaque chapitre correspond à un mémo, un témoignage, un extrait de l'œuvre de Leyland. Très vite, on se rend compte que ce livre est un patchwork de parcelles de vie que nous allons devoir assembler, une œuvre multipliant les témoignages indirects et les retours entre passé et présent. Le personnage de Leyland est vraiment mystérieux, sa psyché complexe et sa trajectoire de vie hautement improbable. Pour encore mieux brouiller les pistes et mieux nous manipuler, l'auteur se plaît à mêler son récit fictif à la grande Histoire, ses personnages croisant à de nombreuses reprises et à des moments bien précis de grands noms. Par endroit, j'ai même cru que Leyland et son livre ont pu exister tant sa biographie fictive s'est révélée incroyable crédible. Le travail de documentation de Xavier Mauméjean a dû être titanesque et son œuvre est marquée du sceau du réalisme.

Autre aspect fort intéressant de ce livre, la lumière qu'il porte sur la jeune nation américaine et les fabriques de mythes que furent la littérature puis le cinéma. Miroir d'une société et son extension, l'art est ici générateur d'espoir, de morale (le conte et ses fonctions catharsiques), de plaisir mais aussi de tractations financières. Quelques chapitres s'attardent sur le succès de Daryl Leyland, l'effet d'engouement sur les foules et la récupération de son œuvre par la télévision puis peut-être le cinéma. Cela donne de très belles pages sur le fonctionnement des majors et sur la nature humaine, notamment le besoin de reconnaissance et d'appartenir à quelque chose qui nous dépasse.

La lecture fut extrêmement rapide et teintée de jubilation page après page. Il m'a été quasiment impossible de reposer ce roman tant l'addiction a été instantanée. L'écriture de l'auteur est une merveille entre souplesse, exigence et accessibilité. Les mots coulent, les phrases s'enrobent de leurs plus beaux atours et la fiction prend vie devant nos yeux avec délicatesse. Un pur moment de bonheur littéraire qui permet une communion immédiate entre l'auteur et son lecteur captif et heureux de partager une telle histoire, une telle expérience dirai-je même!

Véritable chef d'œuvre, aux pistes de lecture multiples, American Gothic trônera fièrement dans ma bibliothèque et je le considère déjà comme un classique. Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

Déjà lu et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Lilliputia

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vendredi 3 octobre 2014

Mr K craque... again!

Oui, je le confesse, je suis un multi-récidiviste! Impossible pour moi d'aller chez l'abbé sans craquer. Il va peut-être falloir que je pense bientôt à consulter... En attendant, voici un bref résumé de ma collecte de mercredi!

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- La château de Lord Valentin de Robert Silverberg. J'adore cet auteur et ce livre me faisait de l'oeil dans le Bac SF. L'histoire m'a interpellé avec un soupçon de l'univers du cirque qui m'a toujours plu en littérature... Wait and see!
- Le Jeu du jugement de Bernard Taylor. À priori, une histoire de sales mioches n'aimant pas leur belle-mère et qui lui réserve un sort peu enviable! Impossible de résister à un tel pitch. Ce sera une de mes prochaines lectures!
- Rendez-vous avec Rama de Arthur C. Clarke. Une histoire de vaisseau spatial fantôme écrite par l'auteur de 2001, L'Odyssée de l'espace... Ça ne se refuse pas!
- La Ligue des gentleman extraordinaires d'Alan Moore et Kevin O'Neill. Depuis ma lecture enfiévrée de V pour Vendetta, je considère Alan Moore comme un demi-dieu! Alors même si le film tiré de cette BD est vraiment un nanar, je me laisse tenter, en plus les dessins sont sympathiques!

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- La fille de la nuit de Serge Brussolo. Histoire classique d'une femme amnésique poursuivie par des tueurs... Oui mais voilà, c'est Brussolo qui est aux manettes et il ne m'a jamais vraiment déçu dans le polar!
- Chicagone, série Le Poulpe de François Joly. Bon ben... Je l'avais pas lu et le jeu de mot du titre est une fois de plus très bien trouvé. Et puis, un petit voyage à Lyon en compagnie de Gabriel Lecouvreur ça me tente bien!
- Moloch de Thierry Jonquet. Un auteur que je porte aux nues, un livre non lu de lui et pas cher... What else?
- Sept jours pour expier de Walter Jon Williams. Une histoire étrange entre chronique du sud à la Steinbeck et le technothriller. Il n'en fallait pas moins pour aiguiser ma curiosité!
- Stairways to hell de Thomas Day. Ce sera ma première incursion chez cet auteur dont j'ai entendu beaucoup parler. Il y a des chances pour que j'aille le voir en dédicace aux Utopiales à la fin du mois. Ce serait dommage de ne pas avoir de livres de lui! En plus, ca a l'air totalement déjanté, style Sin City!

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- Tendre jeudi de John Steinbeck. Un grand saut dans l'inconnu que ce titre mais comme je redécouvre avec un plaisir certain cet auteur depuis quelques mois, je n'allais pas laisser passer l'occasion!
- Le Cheminot de Asada Jirô. Un recueil de nouvelles qui parle du temps qui passe et de la jeunesse perdue... Une ambiance bien japonaise comme je les aime. À voir!
- Du moment que ce n'est pas sexuel de Gudule. J'ai dévoré en son temps Le club des petites filles mortes du même auteur depuis je n'avais jamais recroisé la route de cette dame hors norme. L'occasion fait le larron et cette histoire d'amour bien thrash me semble idéale pour des retrouvailles!
- Caïn de José Saramago. Une histoire bien étrange qui commence lors du premier crime et parcourt ensuite les temps bibliques. Bien barré et donc pour moi! Conseillé et repéré par ma douce!

Bon, ma PAL se remplit encore... mais il est tellement difficile de résister face à des titres évocateurs ou des auteurs que l'on pratique et apprécie. Pas de quoi s'ennuyer en tout cas! Ils vont rejoindre leurs petits frères et sœurs en attendant ma voracité de lecture!

mardi 30 septembre 2014

"Les Banksters" de Marc Roche

bankstersL'histoire: "Je suis un libéral qui a toujours admiré le monde financier et ses opérateurs. Je n'aurais pas, sinon, choisi de couvrir pour Le Monde depuis vingt-cinq ans l'univers de Wall Street et de la City.

Mais depuis la crise, je suis un libéral qui doute, un déçu du capitalisme, un angoissé de l'avenir. J'ai cherché à comprendre les racines profondes de cette transformation personnelle. Ce carnet de route sans complaisance est à la fois un voyage intérieur et une enquête sur un monde très fermé, celui des banksters, dominé par l'opacité et... l'impunité.

Car tout a changé le 15 septembre 2008."

La critique de Mr K: Chronique un peu particulière aujourd'hui avec un essai économique mâtiné de souvenirs personnels : "Les Banksters" de Marc Roche. Je suis plutôt du genre à m'évader en lecture au travers de romans mais cet opus m'a attiré par son côté vécu qui promettait de montrer une vision différente de l'économie et plus particulièrement des tenants et aboutissants de la crise que nous traversons actuellement. Relativement court (229 pages), il promettait d'être concis et surtout abordable de part la profession de son auteur. L'idée de me retrouver confronté à un livre dogmatique et théorique me faisant horreur, j'ai été très vite rassuré...

Le livre est divisé en deux grandes parties aux titres évocateurs au possible, jugez plutôt: Aveuglements et Résistances. Chacune d'entre elles est divisée en une dizaine de chapitres qui explorent un domaine particulier de la grande finance ou des souvenirs personnels liés à elle. Ainsi, l'auteur débute par son aveuglement à ne pas voir les symptômes d'une crise profonde caractérisée par le sentiment d'impunité qui meut beaucoup de financiers et autres traders. Il fait alors des focus sur les "familles" se partageant les royalties et autres parts de marché notamment les dettes des pays qui sont des marchés forts juteux qu'il faut entretenir (cela donne lieu à des pages des plus effrayantes). Il est aussi question de certains médias complaisants faisant eux-même partie du système et se révélant de puissants soutiens (voir le passage sur la campagne eurosceptique du Financial Times). Tout une série de dysfonctionnements et de mutations de l'esprit capitalistes sont ainsi décryptés et mis à plat par l'auteur.

Très vite, Marc Roche pointe aussi les limites de cette fuite en avant qui a des conséquence catastrophiques dans ces sphères que l'on pense épargnées. Souvent, les traders sont mis au pilori alors qu'en fait ils ne font qu'obéir aux ordres et directives de leurs patrons en bisbille avec les États et autres organisations internationales. Véritables fusibles, ce sont des arbres qui cachent la forêt, des boucs émissaires tout trouvés qui permettent de concentrer les projecteurs sur eux plutôt que sur les vrais coupables protégés dans l'ombre. Pour autant, l'auteur ne crie pas au complot, c'est plus la dénonciation d'une dérive du capitaliste auquel il a cru et continue de croire. D'ailleurs, il termine son essai en proposant dix commandements, dix principes qui pourraient selon lui écarter le spectre d'une nouvelle crise financière (en moyenne, il y en a une tous les huit ans).

Malgré un sujet des plus complexes et pas forcément des plus attirants, j'ai dévoré ce livre. Tout d'abord, j'ai apprécié son accessibilité. Pas besoin d'aller faire des recherches sur le net pour comprendre tel élément de lexique financier, l'auteur limite leur utilisation aux plus importants et fait en sorte que son propos soit intelligible par le plus grand nombre. L'effort est louable et salutaire tant on peut entendre un certain nombre d'énormité dans les médias. Ce qu'il y a aussi de très intéressant dans son approche, c'est que nous ne sommes pas face à une dénonciation caricaturale et dogmatique (on est loin de Mélenchon) ou une éloge du capitalisme (Le Tsar Cosy peut aller se rhabiller!). Certes l'auteur est capitaliste mais il est dépassé par son évolution qui n'a plus grand chose à voir avec ses convictions de jeunesse et le contenu de son livre est pour cela éclairant. Le libéralisme est devenu liberticide, un comble quand on connaît les racines de ce courant de pensée!

La lecture de ce volume fut donc un plaisir de pédagogie et d'éclairage. Il n'y a pas de grosses révélations, beaucoup des choses que vous y lirez sont connues mais l'avantage de cet ouvrage est de toutes les résumer et les rassembler en un seul ouvrage. Un bel exercice de style que je vous conseille grandement si le sujet vous intéresse!