lundi 15 décembre 2014

"Fils de l'Enfer" de Catacchio et Accardi

couv enfer L'histoire: Prague, 1609.
Un terrible assassin rôde dans la ville, écorchant vives ses victimes.
Est-ce de la sorcellerie?
C'est à Scota l'alchimiste que l'on confie, au péril de sa vie, le soin de résoudre l'énigme...

La critique de Mr K: Voici aujourd'hui une bande dessinée une fois de plus dégotée par hasard dans une brocante de la région. Les dessins ne m'ont pas tenté plus que ça de prime aborSansd par contre le background (l'époque, l'alchimie, Prague...) m'ont attiré de suite. Je m'attendais à une œuvre policière, historique versant dans le fantastique. Contrat rempli même si cette œuvre ne brille pas par son originalité dans son déroulé.

Plusieurs jeunes femmes juives sont découvertes horriblement assassinées dans le ghetto juif de Prague au XVIIème siècle naissant. Malgré l'exécution de deux jeunes malandrins pour détourner la hargne de la foule, les crimes continuent, le souverain de la ville doit alors faire appel à un alchimiste qu'il a écarté de sa cours quelques années auparavant. Esprit moderne donc inspirant la méfiance, Scota n'a pas d'autre choix que d'enquêter tout en surveillant ses arrières car le moindre faux pas pourrait bien lui être fatal.

image 1 enfer

Les auteurs se sont très bien documentés sur l'époque et les mœurs. Très belle reconstitution historique que cette BD qui restitue à merveille l'époque: les bâtiments, les tenues, les mœurs des différentes catégories sociales... tout est fidèle à la réalité historique. Ainsi les juifs sont parqués dans un quartier à part pour qu'ils ne se mélangent pas aux bons chrétiens pour autant le roi ne peut se passer d'eux pour financer son goût immodéré pour l'art et les dépenses somptueuses qui en découlent. Il en va de même pour tous les soit-disant mécréants qui peuvent tomber sous le coup d'un tribunal de l'inquisition sous le moindre prétexte fallacieux. La superstition règne en maître et en ces temps où la science ne fait qu'émerger, il n'est pas rare qu'un bruit, une rumeur provoque émeute et justice du talion aveugle et injuste. En cela, pour l'ambiance et le climat délétère qui baigne cette BD, Fils de l'enfer est une réussite.

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Pour autant, ce n'est pas une grande réussite de part d'abord une histoire convenue qui même si elle est bien traitée ne réserve aucune surprise. On se surprend à deviner les circonvolutions de l'intrigue à l'avance et la fin est cousue de fil blanc. Le dénouement est abrupt et attendu, on ressort quelques peu déçus de cette lecture pourtant menée à 100 à l'heure. Là-dessus, rajoutez des dessins plutôt décevants, quasiment bâclés sur certaines pages (comprendre que c'est un style qui plaira ou non selon les goûts de chacun) et on ne garde pas un souvenir inoubliable de cette histoire intrigante mais finalement sans réel relief.

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On passe un moment certes agréable mais pas mémorable, encore heureux que j'ai acquis le présent volume pour une somme modeste. À vous de tenter ou non l'expérience...

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dimanche 14 décembre 2014

"Le Cheminot" d'Asada Jirô

Le Cheminot

L'histoire: Sur une petite ligne de chemin de fer sur le point d'être désaffectée, quelque part en Hokkaidô, au bout du monde, un vieux chef de gare... Alors que les souvenirs se pressent en cette nuit de réveillon, une tempête de neige fait surgir du passé le fantôme de la petite fille du vieil homme, Yukiko, morte en bas âge, en même temps que tout ce qui était resté enfoui au fond de lui pendant un demi-siècle. Repli du temps juste avant la mort, comme pour achever un souvenir qui aurait ici le goût de l'enfance.

La critique de Mr K: Petite incartade japonaise aujourd'hui avec ce recueil de deux nouvelles, Le Cheminot, d'Asada Jirô, un auteur que je découvrais pour la première fois. La quatrième de couverture m'a intrigué de suite, un pitch à la japonaise où il est question du temps qui passe, de souvenirs qui ressurgissent... il n'en fallait pas moins pour l'amoureux de lectures asiatiques que je suis. Il ne m'a pas fallu beaucoup de temps pour le parcourir, j'ai été constamment partagé entre émotion à fleur de peau et questionnement intérieur.

Deux nouvelles au programme dont la première est largement résumée au dessus avec cette histoire de vieil homme attaché à sa fonction de chef de gare d'une station perdue au fin fond de l'Hokkaidô (île du nord de l'archipel japonais qui en compte quatre principales, désolé c'est de la déformation professionnelle!) et qui un soir va se retrouver confronter à ses souvenirs les plus intimes. La deuxième histoire voit le héros (un vaurien avide de mauvais coups) sortir de prison après un énième plan raté avec la pègre locale. Le policier qui le raccompagne lui annonce que sa femme est morte durant son incarcération. On apprend alors très vite que Goro a contracté un mariage blanc avec une jeune immigrée chinoise venue chercher fortune au Japon et qui par ce biais a pu rentrer sur le territoire, vivant du commerce de son corps sous l'égide de la Triade. Il ne l'a jamais rencontrée et va devoir faire comme si cette union était légitime et désirée. Elle lui a même écrit une lettre d'amour (titre de la nouvelle justement!). La lecture de cet écrit va modifier sa perception des choses, il va tomber amoureux de cette jeune fille à travers ses mots. Le lecteur assiste alors à un retournement de situation des plus saisissants.

On retrouve dans ce recueil de nombreuses thématiques chères à la culture japonaise. L'importance du passé et le respect de la tradition avec un vieil homme toujours en poste malgré les nombreuses années qui passent, c'est assez courant au pays du soleil levant que les seniors continuent à travailler après leur retraite officielle. Le travail est ici synonyme quasiment d'identité avec une osmose entre l'homme, les trains, la station et un paysage nuageux et nébuleux. L'ambiance de la première nouvelle est vraiment ouatée, teintée d'émotions pures et de rapports humains simples mais évocateurs au possible. Une connivence forte existe par exemple entre les mécanos, les chauffeurs et le vieux chef de gare. Pas besoin d'une avalanche de mots et d'effets de style impressionnants, la simplicité des mots et des formules restitue un conte initiatique profondément humain qui m'a charmé au plus haut point.

Le deuxième récit se situe plus dans le milieu urbain. Malgré la foule et l'activité foisonnante que l'on côtoie, il ressort aussi une grande mélancolie et un grand sentiment de solitude que Goro a contribué à faire prospérer par une attitude égoïste et égocentrique tout au long de sa courte vie. Quelques mots d'une inconnue reconnaissante de l'avoir épousée pour tenter sa chance au Japon vont le marquer dans son esprit et c'est alors un véritable voyage intérieur qui nous est ici conté avec nuance et une force à l'image de la vague de Kanawaga. Révélation (rédemption?), réflexion sur soi, transformation, autant d'interrogations sur l'existence que cette nouvelle souligne avec puissance. L'empathie est totale et à l'image de la première nouvelle, c'est encore la rencontre et l'échange avec l'autre par delà la mort qui va bouleverser à jamais à la fois le héros et le lecteur conquis.

La langue est sublime entre simplicité et parfois tendresse. Peu de mots comme dit précédemment mais une densité folle pour des thèmes universels qui interrogent le lecteur sur sa nature et ses aspirations. Une belle et vraie expérience que ce livre que je vous encourage fortement à découvrir si l'occasion se présente!

mercredi 10 décembre 2014

"Tout ce qui meurt" de John Connolly

Tt ce qui meurtL'histoire : Charlie Parker, un flic new-yorkais qu'on surnomme Bird, est parti se souler après une dispute avec sa femme, un soir de décembre. En rentrant chez lui, titubant, Bird ne sait pas encore qu'il vient de franchir pour longtemps la porte de l'enfer : dans la cuisine, maculée de sang, gisent les corps atrocement mutilés de sa femme Susan et de sa fille Jennifer. Rongé par la culpabilité, Bird démissionne de la police et part sur les traces du monstrueux assassin.
De New York à La Nouvelle-Orléans, il suit celui qu'on appelle le Voyageur, fin stratège et amateur de poésie macabre qui sème derrière lui des cadavres, comme autant d'appâts. La traque mène alors les deux hommes dans les bayous de Louisiane, qui digèrent lentement les victimes écorchées du Voyageur...

La critique Nelfesque : Je connaissais John Connolly (à ne pas confondre avec Michael Connelly) pour son excellent livre jeunesse "Le Livre des Choses Perdues". Pourtant adepte de littérature policière, je ne savais même pas que ce même auteur avaient écrit des dizaines de romans dans ce genre là. Honte à moi ! C'est lors d'une discussion avec Xavier Mauméjean à la dernière édition des Utopiales que je décidais de découvrir cette autre facette de l'auteur. Il m'a tellement vanté cette saga "Charlie Parker", dont "Tout ce qui meurt" est le premier d'une longue série, que je n'ai pas pu résister longtemps.

A la lecture de ce tout premier roman je me dis que j'aurai peut être dû... L'histoire a pourtant tout pour me plaire : une découverte traumatisante et gore à souhait, un serial killer affublé d'un petit nom qui sème la peur et la désolation partout où il passe, un héros ancien flic cassé, une enquête à la Nouvelle-Orléans qui fleure bon le vaudou. On est pile poil dans le stéréotype du thriller page turner que j'adore lire pour passer un bon moment. Je suis comme ça moi, je passe des bons moments avec des personnages littéraires peu recommandables! S'il vous plaît, n'appellez pas les urgences psychiatriques tout de suite...

"Tout ce qui meurt" commence plutôt bien. On rentre très vite dans le vif du sujet avec la découverte des corps de Susan et Jennifer dès les premières pages. Connolly ne s'encombre pas de détails et ne tourne pas autour du pot. C'est efficace et j'aime ça ! Malheureusement assez vite, je comprends que je vais compter les heures avec ce roman qui sera sans doute beaucoup plus fastidieux à lire que ce que j'avais pressenti au départ.

L'auteur nous présente un nouveau personnage, puis un autre, puis un autre, encore un autre, 3 ou 4 par ci, une bande de malfrats par là... Et peu à peu on se noie dans une kyrielle de personnages et on en oublie presque qui est qui. Mieux vaut être concentré lors de sa lecture car Connolly nous présente au détour des pages des policiers de plusieurs états mais aussi deux familles adeptes du grand banditisme. Perso, j'en ai perdu mon latin... Rajoutant à cela que peu enthousiaste avec ma lecture j'ai passé plusieurs jours dessus, j'ai sorti les rames et j'ai failli prendre l'eau.

Ce roman date de 1998 et peut-être qu'en son temps il a eu un bel accueil mais aujourd'hui tant de bons bouquins sont sortis dans ce genre de littérature et sur des thèmes similaires (je vous laisse piocher dans la rubrique thriller du blog), que si je notais mes lectures je ne mettrais à "Tout ce qui meurt" qu'une petite moyenne. De facture classique, je n'ai pas eu de réelles surprises à la lecture de ce roman. Les personnages sont caricaturaux, l'histoire est cousue de fil blanc et la fin bien que sympathique aurait pour le coup méritée d'être plus longue.

Loin de moi l'idée de dire que cet ouvrage est mauvais, il est "sympathique" mais dans le genre j'ai lu 1.000 fois mieux. Dommage... Je vais tout de même continuer cette saga à l'occasion. Non pas que je sois maso mais vu ce que m'en a dit Mauméjean, son enthousiasme pour cette série et le fil conducteur sous-jacent, j'ai fortement envie de voir où tout cela va mener le lecteur. Même si pour cela il faut passer par quelques déconvenues...

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mardi 9 décembre 2014

"Une Enquête philosophique" de Philip Kerr

enquête philosophiqueL'histoire: Je tue, donc je suis.
L'inspecteur principal "Jake" Jacowicz mène l'enquête. Une dure à cuire drôlement futée, dont la particularité est de détester les hommes. Son adversaire est à la hauteur: un serial killer qui figure sur une liste ultra-secrète de criminels sexuels potentiels, tous affublés -sécurité oblige!- d'un nom de philosophe. Le méchant, baptisé Wittgenstein, ayant infiltré l'ordinateur central du ministère de l'intérieur, entreprend d'éliminer ses compères un à un. Le duel hautement philosophique et pervers qui se livre ici oscille entre le cynisme et une extrême drôlerie.

La critique de Mr K: Le problème avec une PAL trop fournie c'est que parfois on ne sait pas par quoi commencer! Dans ces moments d'égarements avec Nelfe nous avons une combine. On laisse l'autre dépoussiérer trois volumes qui le tenterait et l'autre doit choisir celui qu'il va lire. Vous l'avez deviné Une Enquête philosophique est de ceux-là! Bien en a pris, il n'avait que trop attendu (environ 4 ans!) et c'est une très belle réussite!

Une belle expérience qui pourtant n'était pas gagnée d'avance. En effet, j'ai eu du mal à rentrer dedans. Passé la description clinique d'un corps lors d'une autopsie, on passe directement à une conférence très technique que donne l'héroïne sur les techniques de mise en application de la loi et de méthodologie en matière d'enquête criminelle. C'est dense, parfois abscons quand on ne travaille pas dans le milieu mais à fortiori je me suis rendu compte que cela servait l'intérêt de cette enquête pas tout à fait comme les autres. Notre enquêtrice de choc a fort à faire avec ce mystérieux serial killer qui sévit rapidement et sans laisser de trace. À force de provocations, elle va pouvoir établir un lien avec lui, commence alors un petit jeu pervers digne de la relation trouble entre l'agent Sterling et Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux. Et non, je n'exagère pas, on est ici au même niveau de finesse.

L'intérêt du livre réside beaucoup dans les relations qu'entretient Jake avec les autres et notamment les hommes pour qui elle voue une haine féroce. Pas lesbienne pour autant (on évite ici l'évident cliché), un passé douloureux donne un début d'explication à ce comportement déviant qui lui joue des tours notamment avec ses supérieurs de New Scotland Yard. Travailleuse et fonceuse, on se prend vite de sympathie pour cette âme à la dérive dont la vie personnelle est inexistante et qui se raccroche à son travail. Un chapitre sur deux, Philip Kerr nous donne à lire le carnet de pensées personnelles du tueur qui lui aussi est une âme abîmée et esseulée. Bien que ténus, des ponts se forment au fil de la lecture pour livrer une fin d'une grande mélancolie et d'une portée qui va au delà du thriller moyen.

L'action se passe en 2013 mais ce livre a été écrit en 1992... Cela donne une mise en perspective intéressante de notre époque à travers l'esprit quasi visionnaire de Philip Kerr. Il avait anticipé les dérives policières et sécuritaires, la banalisation de la pensée raciste et le repli sur soi d'un grand nombre de personnes que l'on peut constater avec les avancées en matière de nouvelles technologies. La société britannique présentée dans cet ouvrage fait peur: mélange des différents pouvoirs politiques tendant vers l'autocratie (Sans séparation des pouvoirs point de liberté, Montesquieu), répression systématique et fin de la politique d'éducation et de prévention, invention du coma préventif pour les criminels les plus dangereux mettant à mal les principaux droits de l'homme et surtout la peur omniprésente et transmise par des médias adeptes du faits divers sanglant érigé à l'état d'exemple et de règle. On a froid dans le dos tout au long du roman surtout que l'héroïne fervente supportrice de la méthode musclée commence à se questionner fortement sur le bien fondé de cette orientation politique.

Malgré quelques lourdeurs stylistiques que je trouvais âpres en début de lecture, je me suis habitué au style de Philip Kerr pour finalement ne plus pouvoir lâcher le volume tant on est happé par l'histoire et son background. Le suspens est insoutenable et les répercussions réflectives nombreuses. On termine sa lecture heureux d'avoir pu lire une œuvre aussi intelligente que sensible au rythme de références philosophiques très bien choisies et éclairantes quant à la nature de l'homme et des sociétés qu'il a engendré. Le tout est abordable et très malin.

C'est donc une lecture que je qualifierai d'obligatoire pour tous les amateurs du genre tant elle détonne et fait réfléchir. Un petit bijou, je vous dis!

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lundi 8 décembre 2014

"Les Enfers du Rock" de Philippe Manoeuvre, illustrations de Marie Meier

couvLe contenu: Petite visite au pays du rock avec ses liens tenus avec l'Enfer. Texte de Manoeuvre à droite, illustration de Meier à gauche, voici un petit volume qui sonne comme une invitation au voyage dans les terres de la transgression. Fucking rock-and-roll!

La critique de Mr K: Véritable institution en matière de rock en France, je n'ai jamais lu Philippe Manœuvre ailleurs que dans la revue Rock and Folk que je parcourais religieusement et régulièrement il y a déjà un certain temps. L'occasion d'acquérir le présent livre s'est présentée à moi une fois de plus au détour d'un étal discount du secteur. Rock? Enfer? Franchement, je ne pouvais passer à côté, surtout que derrière les formulations chocs dont Manœuvre a le secret, se présentait l'occasion de réviser mes bases historiques et d'admirer le travail de Marie Meier que je découvrais par la même occasion.

Les Enfers du Rock est divisé en neuf chapitres consacrés chacun à une grande figure du panthéon du rock. Dans les faits, on connaît la propension de l'auteur à la digression et il n'est pas rare qu'il déborde allègrement sur le contexte historique ou artistique de l'époque. Sans compter qu'on ne peut aucunement résumer un grand mouvement musical comme le rock à seulement neuf pointures. L'ouvrage commence par le concert au stade de France d'AC/DC et toute l'influence diabolique en terme de symboles et de paroles de ce groupe australien culte. Il revient aussi sur Richard Ramirez, un serial killer grand obsessionnel du groupe et qui terrifia les faubourgs de LA dans la première partie des eighties.

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Sonne alors la nécessité pour Philippe Manoeuvre d'un grand et bon retour au source avec notamment Robert Johnson qui au détour d'un carrefour aurait rencontré le Diable qui lui aurait appris à jouer divinement (sic) de la guitare en échange de son âme. C'est l'occasion pour l'auteur de recadrer le propos et de revenir aux racines du rock: le blues. Il enchaîne alors sur les expériences mystico-religieuses d'un certain nombre d'artistes que l'ésotérisme attirait fortement et qui fascinait aussi beaucoup les sociétés de l'époque. Ainsi la figure du grand mage Aleister Crowley (que Jimmy Page adorait à sa manière) transparaît tout au long de l'ouvrage. Étranges destins aussi que tous ces rock stars morts à 27 ans, coïncidence ou signe du destin? Le rock s'est aussi construit sur des bases rationnelles et Philippe Manoeuvre se plaît à en raconter des vertes et des pas mûres sur la vie mouvementée des rock stars.

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C'est donc au fil des chapitres, une belle exploration temporelle à laquelle nous convie cet auteur amoureux de sa matière et qui la vit littéralement au fil des pages: Elvis, Les Cramps, Buddy Holly, Screamin' Jay hawkins (un de mes préférés de l'époque, vraiment frappa-dingue dans son genre!), Jimmy Hendrix (sur lequel le livre s'appesantit beaucoup à raison). Puis vient un diptyque diabolique que j'apprécie au plus au point: les Rolling Stones et Led Zeppelin (my favorit band!). Années 70 obliges, on navigue entre génie créateur et folie pas si douce que ça par moment! Sexe, drugs and Rock and roll n'ont jamais pris autant leur sens qu'avec ceux-là. La révolution métal (tribu que j'aime beaucoup, pour ceux qui nous suivent régulièrement cela ne les surprendra pas!) est aussi évoquée avec Black Sabbath mais je trouve que de manière générale, il ne va pas assez loin dans sa réflexion préférant revenir sur ce groupe mythique sans développer leurs fils spirituels, préférant régler ses comptes avec Marilyn Manson de façon d'ailleurs assez injuste... L'ultime chapitre est consacré à l'immortel Jim Morrisson avec toute une série d'anecdotes que les fans comme moi connaissent déjà mais qui ne manqueront pas de réjouir les novices!

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Concis et très bien écrit, ce livre se lit en un temps record et on ne peut qu'être gagné par l'enthousiasme de l'auteur. Pour autant, s'il s'agit d'un excellent essai de vulgarisation, il ne satisfera pas les inconditionnels. Nulle révélation ici, plutôt un micro état des lieux des liens indissolubles entre le rock et la transgression de manière générale. Pour accompagner ces textes cependant efficaces et sincères, vous contemplerez de très belles illustrations de Marie Meïer qui a un talent certain même si j'ai trouvé son travail inégal sur le présent volume. Pas de quoi bouder son plaisir pour autant car cela convient très bien pour planter l'ambiance sombre et décadente voulue par son auteur.

Belle et sympathique lecture que cet ouvrage qui trouvera son chemin dans les bibliothèques des amoureux du rock qui plus que jamais n'est pas mort!

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jeudi 4 décembre 2014

"Fables nautiques" de Marine Blandin

fables-nautiques couvertureL'histoire: Construit sur un ancien cimetière animalier, un espace nautique à l'architecture surréaliste devient le théâtre de phénomènes et situations pour le moins étranges. Une baleine mystérieuse, des disparus inexpliqués, une clé de casier jetée il y a bien longtemps dans la fosse à plongée réputée pour ne pas avoir de fond... Cette piscine renferme décidément bien des secrets!

La critique de Mr K: Je vous convie à un voyage au fin fond de l'étrange aujourd'hui avec ces Fables nautiques de Marine Blandin. J'avais offert ce volume il y a déjà quelques temps à Nelfe qui ne l'a guère apprécié. J'ai voulu tenter l'expérience à la vue des dessins délirants que j'avais pu entre-apercevoir et les avis positifs que j'avais pu lire ici ou là. Belle inspiration de ma part tant j'ai été conquis par cette œuvre vraiment originale!

Tout commence dans un cimetière pour animaux où une petite fille inconsolable vient déposer une carotte sur la tombe de son lapin. Moment émouvant, la menace pèse que ce lieu de recueillement disparaisse au profit d'une infrastructure de loisir nautique. Bingo! Quelques planches après, l'action est transportée dans une piscine gigantesque à la forme digne de l'imaginaire des architectes les plus fous! Multiples bassins aux formes étranges et au fond indiscernable, personnages plus ou moins délirants vacants à des activités diverses et variées, nature foisonnante et un dehors à priori inaccessible! Tout cet équilibre précaire va être bousculé par la recherche d'une clef de casier introuvable et une course-poursuite haletante entre un maître nageur et une petite vieille têtue!

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Après lecture, je comprends mieux pourquoi Nelfe n'a pas trop aimé cette BD. Elle est complètement délirante et il est impossible de se raccrocher à quoique ce soit de connu pour essayer d'y trouver du sens. En fait, le mieux est de se laisser emporter au gré des images et des quelques paroles échangées. La grosse particularité des Fables nautiques tient au fait que les bulles sont réduites au minimum, le parcours de lecture s'apparentant davantage à une divagation dans l'imaginaire débridée de l'auteur. Cette dernière nous ballade entre relations et activités absurdes, symbolisme ésotérique et quête insensée. Mais si on persévère et que l'on se laisse manipuler jusqu'au bout, c'est à un très voyage du style Alice au pays des merveilles que nous sommes conviés!

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Vous croiserez nombre de personnages hors norme dans ce récit. Un maître nageur prénommé Moutte qui poursuit une petite vieille venant régulièrement rendre hommage à son lapin mort depuis fort longtemps, une meute de nageurs à tuba que rien ne peut détourner de son couloir de nage, une troupe de nageuses synchronisées complètement barrées dont la meneuse souhaite plus que tout quitter ce monde clos, trois baigneuses de jacuzzi semblant diriger à la baguette tout ce petit monde (elles m'ont fait penser aux sorcières de Macbeth de Shakespeare), les fantômes des animaux morts qui semblent chercher le repos, une baleine apparaissant à l'improviste et au rôle nébuleux... Autant de figures improbables qui contribuent à l'étrangeté de l'entreprise de Marine Blandin. Très vite, on se questionne sur le pourquoi et c'est en grande partie grâce à l'exploration des fosses sous-marines de cette piscine que les clefs de la compréhension globale nous seront données.

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Économie de mots donc mais pas de talent! Les dessins d'apparence simple sont d'une profondeur réelle à l'image de cet univers clos mais disproportionné où l'insolite cache un lourd secret révélé dans les ultimes planches. On navigue dans un univers où la logique n'est plus la même, un monde curieux, singulier parfois effrayant souvent rigolo. Une grande part de l'enfance transparaît dans les dessins et les relations entretenues entre les personnages mais on sent bien que l'on dépasse le simple récit plaisant. Derrière se cache une réflexion sur la réalité, la convergence des points de vue et finalement l'humain et ce qu'il est capable de faire subir à la nature.

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Ce fut donc une lecture vraiment rafraîchissante, originale au possible et à tenter si le cœur vous en dit. Ce n'est pas tous les jours que l'on peut être ébranlé et surpris!

mercredi 3 décembre 2014

"Trois coeurs, trois lions" de Poul Anderson

trois coeursL'histoire: Holger Carlsen, Danois vivant aux États-Unis, décide de rejoindre sa terre natale pendant la Deuxième guerre mondiale. Alors qu'il est impliqué dans des actions de résistance, sur le point de mourir, il se réveille dans un monde étrange, médiéval, peuplé de nains et de sorcières... Dans cet univers, la Loi et le Chaos se livrent une lutte sans merci et il semble que Holger ait un rôle essentiel à jouer dans ce combat. Mais qui est réellement Holger Carlsen, héros malgré lui?

La critique de Mr K: Retour aujourd'hui à la SF avec un ouvrage de Poul Anderson dont j'avais apprécié La Patrouille du temps, un récit classique dans la thématique des voyages dans le temps. Avec Trois coeurs, trois lions, j'abordais un autre versant de l'œuvre de cet auteur, celui de la fantasy, un genre que j'aime beaucoup mais que je trouve bien trop souvent enfermé dans des codes qui brident l'imaginaire.

Le pitch de départ est simple et a tout pour plaire. Un homme de notre époque se retrouve embarqué dans ce qui semble être une autre dimension, un autre monde où la réalité diverge particulièrement de la nôtre. Ingénieur de métier, Holger Carlsen va vite se rendre compte que les lois physiques ne sont plus exactement les mêmes et qu'il est entré de plein pied dans un univers où la magie règne en maître, où les chevaliers font régner l'ordre et la justice et où l'on peut rencontrer nombre de créatures interlopes et extraordinaires. Mais que fait-il ici? Au fil de ses pérégrinations, il va devoir se redécouvrir et trouver un but à sa nouvelle existence.

Le livre commence dare-dare. Après un court chapitre où un mystérieux narrateur nous fait un petit point topo sur le jeune héros, ce dernier est très vite plongé dans la contrée onirique de Faërie. Poul Anderson remplit bien son contrat et nous fait partager avec une grande maîtrise le décalage et le déphasage du héros par rapport au monde qui l'entoure. Pataud et désorienté, il croise déjà un drôle de nain pas farouche et une sorcière peu ragoûtante. S'ensuit alors tout un voyage abracadabrantesque avec passage obligé en auberge, lutte contre un dragon cracheur de feu, combat homérique contre un troll, séduction par des créatures malicieuses et fatales, et tout une autre palanquée de péripéties des plus rafraîchissantes! Le rythme est haletant, pas le temps de s'ennuyer surtout que Poul Anderson ne fait pas l'erreur de se prendre trop au sérieux et une petite dose d'autodérision dans les personnages donne à cette entreprise une saveur toute particulière.

Bien qu'assez classique dans sa conception et son déroulé (pas de réelle grande surprise dans cette lecture), l'aventure surprend par son côté léger. Il y a une touche de ton épique mais les personnages ramènent l'entreprise au niveau terrestre. L'immersion est totale dans ce monde qui par bien des aspects ressemble un peu à notre bonne vieille Terre. Ainsi, vous y croiserez des éléments de la quête arthurienne mais certains personnages feront directement référence à des royaumes moyen-âgeux ayant vraiment existé. Il ressort donc une drôle d'impression qui mêle fiction et réalité historique, je dois avouer que cet aspect m'a touché et a rendu ma lecture encore plus enthousiaste.

Ajoutées à ce récit principal, les éditions Folio SF ont mis à la la suite deux nouvelles qui n'ont qu'un rapport lointain avec Trois coeurs, trois lions. Il y est question d'une auberge fabuleuse qui a la particularité de se mouvoir à travers le temps et où les habitués sont de célèbres personnages de l'histoire. Vous pourrez par exemple discuter avec Villon ou encore assister à des échanges fort à propos entre Léonard de Vinci et Albert Einstein. Très dépaysant et très réussi.

L'écriture de Poul Anderson fait une fois de plus merveille. Son apparente simplicité n'est en fait prétexte qu'à fournir des personnages ciselés et bien amenés avec une économie de mots peu commune. Les phases plus descriptives sont dans la même veine et provoque l'adhésion immédiate du lecteur prisonnier qui ne peut décemment s'échapper avant d'avoir lu le mot fin. Cet ouvrage fait partie des meilleurs représentants du genre des années 60. Si le cœur vous en dit, vous ne serez pas déçu!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- La Patrouille du temps
- Les Croisées du Cosmos

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lundi 1 décembre 2014

Challenge "Destockage de PAL en duo"

Je vous disais hier sur notre page Facebook que mon rythme d'article sur le blog était sérieusement ralenti. C'était sans compter l'arrivée d'un nouveau challenge dans la blogo littéraire qui me redonne de la motivation. Pas contraignant, plein de bonne humeur, je signe ! Et quand en plus, je le fais avec ma copinaute faurelix, je signe doublement ! Toujours partantes pour ce type d'échanges et en général carrément branchées par les mêmes bouquins, nous nous sommes inscrites ensemble au "Destockage de PAL en duo".

destock

Sur une idée très sympathique de Zina et Licorne, voici le principe de ce challenge léger qui nous aidera à faire table rase au plus vite de cette ÉNORME pile de livres à lire que nous avons tous !

L'expérience binôme dure 3 mois, c'est le temps que nous avons pour farfouiller dans la pal de l'autre et trouver sa prochaine lecture. Mais attention, pas n'importe quelle lecture, nous présenterons à notre partenaire 2 livres ayant un thème commun (qui sera changé tous les 3 mois).
Notre partenaire aura donc le choix entre ces deux lectures, ou les deux s'il le souhaite …

Pour ce premier trimestre, le thème indiqué est : AUTEUR HOMME FRANÇAIS

Il faut donc trouver deux livres dans la PAL de notre binôme dont l'auteur est un homme français, jusque-là fastoche ! Si toutefois il n'y a pas 2 auteurs hommes français, JOKER et uniquement dans ce cas-là, nous choisissons nous-même le thème pour les deux livres de notre partenaire.

Si cette mission nous a plu (et jusque là c'est bien parti pour), nous pourrons renouveler l'expérience avec le même partenaire... ou pas ! Il n'y a aucune obligation de renouvellement, l'inscription est pour 3 mois ! Et ça c'est cool !

Première mission : du 1er décembre 2014 au 28 février 2015 !
ORDRE DE MISSION : AUTEUR HOMME FRANÇAIS

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C'est ainsi que faurelix et moi nous sommes vues attribuer le nom de code "First Class" pour notre binôme. Je n'aurai pas dit mieux !

Après avoir fouillé dans sa PAL, voici les 2 romans que je lui propose de lire :

- "Le Serment des limbes" de Jean-Christophe Grangé sans surprise pour elle je pense puisque Grangé est un de mes chouchous en matière de thriller français. Avec celui ci, j'étais restée sur le cul. Un roman haletant !

le serment

- "Le Cercle" de Bernard Minier que je n'ai pas lu et que je ne connaissais pas jusqu'à hier soir quand j'ai mis le nez dans sa PAL. Si il plaît à faurelix, il y a de forte chance qu'il se retrouve dans la mienne. Pas sûre que ça arrange mes affaires ce challenge en fait !

cercle

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De son côté, faurelix a choisi pour moi les deux romans suivants :

- "Robe de marié" de Pierre Lemaître qui est arrivé assez récemment dans ma PAL :

robe

- "Fleur de tonnerre" de Jean Teulé que Mr K a lu, petit clin d'oeil à notre BZH :

fleur

Comme le but premier est de casser ma PAL et que le Teulé est déjà dans la bibliothèque car déjà lu par l'un d'entre nous, je vais choisir "Robe de marié" de Pierre Lemaître ! Oh non, ENCORE un thriller ! Trop dur !

Pour découvrir le choix de faurelix, je vous laisse vous rendre sur son blog. Si ce challenge vous plait, n'hésitez pas à vous y inscrire. Plus on est de fous, plus on rit ! Bonnes lectures !

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dimanche 30 novembre 2014

"Chagrin d'école" de Daniel Pennac

pennacL'histoire: Un livre de plus sur l'école, alors? Non, pas sur l'école! Sur le cancre. Sur la douleur de ne pas comprendre et ses effets collatéraux sur les parents et les professeurs.

La critique de Mr K: Lecture un peu différente aujourd'hui avec cet ouvrage de Pennac. Chagrin d'école a fait grand bruit à sa sortie, ne faisant pas l'unanimité chez mes pairs notamment. N'étant pas forcément un grand amateur d'essai sur l'éducation et voulant surtout lire pour m'évader, je l'avais squizzé. L'occasion s'est présentée de l'obtenir à un prix défiant toute concurrence (big up à l'abbé!); du coup j'ai sauté sur l'occasion surtout que j'apprécie beaucoup la personnalité de Pennac et bien évidemment son œuvre romanesque.

Je m'attendais essentiellement à des souvenirs d'enfance et à des traumatismes d'écolier-cancre. Il est vrai qu'il partage avec nous (surtout au début) quelques souvenirs de jours de classe difficiles et son incapacité chronique à apprendre. Cela donne des pages douces-amères des plus appréciables et qui nous permettent de s'immerger dans l'esprit d'un cancre, d'un élève en difficulté, à la différence que Pennac a eu la chance d'avoir des parents qui le suivaient un minimum (ce qui n'est pas le cas de 80% des parents de mes élèves), parents qui lui ont transmis le goût de la lecture ce qui le sauvera pour plus tard.

À partir de son expérience et de ces pages intimes, le livre vire à l'essai et c'est je pense à partir de là que la polémique a dû naître. Ben oui, il a eu des mauvais profs et il explique le pourquoi du comment. Il n'y va pas par quatre chemins, il ne règle pas pour autant ses comptes et essaie de ressortir de cela une méthode, une façon d'appréhender l'élève en difficulté pour le sortir de l'ornière. Là où le bât blesse, c'est que toutes ces théories et pratiques sont déjà largement répandues dans le cadre des lycées professionnels (là où je travaille). Nous recevons quasiment tous les damnés du système à bout de souffle du collège unique et si on se contente de réitérer les erreurs du passé scolaire de nos chérubins, on va droit dans le mur et l'on risque de se retrouver à faire de la garderie. Personnellement, le rôle de garde-chiourme, je le réserve plutôt aux forces de l'ordre ou aux parents... D'où des stratégies type projet et séquences différenciées dans les LP avec plus ou moins de réussite selon les classes, les équipes et bien évidemment les élèves.

Du coup, mon avis est plutôt mitigé sur cet ouvrage. Pas de réelle nouveauté pour moi (attention, je ne dis pas pour autant que tout est parfait dans la voie professionnelle, il y a des imbéciles et des incompétents dans tous les corps de métier de toute façon) mais une belle approche cependant du cancre dans sa psychologie et sa représentation de l'école (il y a vraiment des pages d'une grande beauté et touchantes au possible). Beaucoup de professeurs ont toujours aimé l'école, se sont révélés de parfaits élèves... Comment pourraient-ils alors imaginer / comprendre les difficultés rencontrées par certains éléments hostiles viscéralement au système scolaire? Cet ouvrage a le mérite de révéler cette vérité et même si elle ne fait pas plaisir à tout le monde, elle est étayée et bien amenée.

L'écriture de Pennac reste un bonheur de tous les instants. On retrouve ce brin de fantaisie qui le caractérise même si ici il est moins présent pour cause de genre à réflexion. Le style est donc souple, la réflexion bien emmenée et accessible à tous y compris à ceux et celles qui ne travaillent pas dans l'éducation. Rappelons que Pennac a été lui-même professeur et qu'il s'avère ici un grand et fin pédagogue. J'ai donc lu ce livre avec plaisir même si je suis finalement resté un peu sur ma faim, j'en attendais sans doute trop alors qu'il s'adressait sans doute avant tout au grand public.

À découvrir par tous ceux et celles que le sujet intéresse tant il est traité avec intelligence, tact et pudeur. Un bel ouvrage pour la plus grande des causes.

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mercredi 26 novembre 2014

"Personne n'en saura rien" de Sylvie Granotier

personne n'en saura rienL'histoire: Mélusine, Jeanne, Irène... Aucune n'est ressortie vivante de l'arrière de cette camionnette qui sillonnait les côtes françaises. L'assassin n'a jamais été inquiété. Isabelle a seize ans quand elle croise sa route. Elle est prête à tout pour survivre.
Aujourd'hui, elle est seule à savoir qui se cache derrière ce gros type solitaire jugé pour viol sur mineure. Pourtant elle se tait et c'est lui qui a peur. La victime est-elle bien celle que l'on croit?

La critique de Mr K: "Personne n'en saura rien" est une histoire de face à face. Isabelle est une rescapée, elle a réussi à échapper à l'ogre des temps modernes Jean Chardin. Le procès commence et étonnamment les rôles semblent s'inverser entre la victime et le bourreau. Il est sur ses gardes et pétrifié alors que la jeune fille a un comportement peu commun entre silence et instrumentalisation. Le récit alterne donc scènes de procès et flashbacks, la vérité est peu à peu levée au fil des révélations successives...

Je suis plus que mitigé sur cet ouvrage qui m'a laissé de marbre. Pourtant il se lit vite et avec un certain intérêt. Ce dernier réside essentiellement dans le jeu de l'auteur consistant à lier les souvenirs épars des uns et des autres et le jugement en cours. J'ai particulièrement aimé les passages concernant Jean Chardin dont l'enfance porte en germe le monstre en devenir qui croît peu à peu en lui. Bien mené à défaut d'être original, le parcours de ce personnage tour à tour émeut, effraie et révulse le lecteur. En parallèle, nous vivons les derniers instants de quelques unes de ses victimes et rentrons dans la tête d'Isabelle. Là, je dois avouer que je m'en suis complètement désintéressé! Terrible quand même! L'auteur enfile cliché sur cliché, on navigue dans le commun et finalement l'accroche n'est pas là. On en viendrait presque à regretter qu'elle ait survécu. Bon... j'avoue que j'exagère un peu mais vu le rôle que lui a attribué Sylvie Granotier, je m'attendais vraiment à une figure beaucoup plus puissante et plus soignée dans sa caractérisation.

Là où le bât blesse c'est surtout sur la promesse non tenue par la quatrième de couverture! Le suspens n'a rien de sombre et d'intense, tout retombe comme un soufflé. On se doute dès la première moitié de ce qui se trame. D'ailleurs en relisant le résumé au dos, je me rends compte que tout est dit implicitement... Vraiment ballot pour un roman de la série Special Suspense! Raté à ce niveau là, il ne reste pas grand chose pour sauver ce volume qui ne m'a pas donné spécialement envie de découvrir davantage cette auteure qui en plus n'écrit pas de manière marquante. Il y a des passages vraiment fulgurants (toujours autour de Jean Chardin) mais le reste m'a semblé plat et sans rythme. Dommage, dommage car le thème et l'histoire me séduisaient sur le papier...

Au final, je considère cette lecture comme purement alimentaire et je ne peux vraiment pas vous la conseiller tant il se fait beaucoup de choses bien mieux et plus haletantes dans le domaine. Les forcenés du genre en tout cas feraient mieux de passer leur chemin!

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