jeudi 28 août 2014

La PAL grandit !

achats

Petites PAL deviendront grandes. Et puis si elles le sont déjà, et bien elles le seront encore plus ! On va pas s'embêter avec ça quand même. Comme dirait mémé : "Quand y a de la gêne, y a pas de plaisir". Voilà un problème de moins ^^

Hier après-midi, nous nous sommes dirigés vers notre Emmaüs chéri. Nous savions que c'était mauvais signe pour nos PAL. Nous n'y allions pas pour cela à la base mais allez résister à une telle tentation !

PAL +2 pour moi. + 11 pour Mr K (ah ah aucune volonté !)

En détail pour moi :

Bouquins cc

- "Au commencement était la vie" de Joyce Carol Oates : parce que j'ai vraiment beaucoup aimé Délicieuses pourritures du même auteur.
- "Disgrâce" de J.M. Coetzee : parce que j'ai craqué sur la couverture (et puis c'est un Prix Nobel de littérature).

Et pour Mr K :

Bouquins jj

- "L'arrière-monde" de Pierre Gripari : un livre qui m'intrigue beaucoup pour un auteur que j'adorais étant enfant avec ses recueils de contes (Ah, l'inénarrable sorcière du placard à balai !). Ici, on change du tout au tout avec des nouvelles qui ont l'air bien barrées... wait and see !
- "Le pêcheur" de Clifford D. Simak : un livre d'un de mes auteurs préférés de SF ça ne se refuse pas ! Il est question dans ce volume d'exploration mentale de l'espace et de possession par un esprit alien... Tout un programme !
- "Apparition" et "Le trône de satan" de Graham Masterton : histoire de conjurer la mauvaise impression que cet auteur m'avait laissé lors de ma dernière lecture, je tombais deux fois dans le piège de quatrième de couvertures séduisantes où il est question de diable et de maison hantée. À moi, les nuits agitées !
- "L'aube incertaine" de Roland C. Wagner : disparu trop tôt, ce fer de lance de la SF française méritait bien que j'adopte ce petit volume qui m'a l'air des plus sympathiques entre roman policier, SF et saillies humoristiques.

Bouquins jj 2

- "Pour adultes seulement" de Philip Le Roy : l'occasion fait le larron et j'avais adoré "Le Dernier testament" du même auteur. Ici il est question de flics ripoux et le roman semble prendre la forme d'un road movie déjanté. Ça promet !
- "Séquestrée" de Chevy Stevens : une victime d'un serial killer s'échappe après 12 ans de séquestration pour autant elle n'en a pas fini avec lui. Recommandé par Lisa Gardner que j'affectionne, je me suis laissé tenter. Il s'agit d'un coup de poker.
- "Le murmure des loups" de Serge Brussolo : parce qu'un Brussolo ça ne se refuse pas et qu'en plus, je n'en avais plus dans ma PAL !
- "Bande originale" de Rob Sheffield : une histoire d'amour vu à travers le prisme du rock and roll. Très alléchant comme pitch, je ne pouvais pas passer à côté !

Bouquins jj 3

- "Le racisme expliqué à ma fille" de Tahar Ben Jelloun : je n'en avais lu que des extrait jusqu'alors, il était temps de réparer ce tort. Surtout que cela semble plus que nécessaire par les temps qui courent...
- "L'autre monde" de Michal Ajvaz : une grosse curiosité m'a poussé à acquérir ce livre qui apparaît comme un ovni. Le narrateur fait de constants aller retour entre le présent et un passé fantasmé. Ce sera un saut dans l'inconnu que cette lecture !
- "Pas nette la planète !" de Plantu : un recueil de plus dans ma collection, celui-ci est beaucoup plus vieux que mes précédents achats, il date de 1984 ! Cela promet un beau voyage dans le temps !

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Et bien je crois qu'il va falloir qu'on s'y mette maintenant ! Bonnes lectures à tous !


mardi 26 août 2014

"La jeune copte, le diamantaire et son boustrophédon" de Christin et Puchulu

couv bdL'histoire: Une histoire aux multiples facettes, comme ces diamants volés par la jeune héroïne.

La critique de Mr K: Ma collection BD scénarisée par Christin s'agrandit avec ce nouveau volume de la collection Portraits souvenirs des éditions Dargaud, La jeune copte, le diamantaire et son boustrophédon. Comme à chaque fois, il s'agit de dresser le portrait d'un quidam lambda pour éclairer une partie du passé, une histoire se mêlant à l'Histoire entre récit palpitant et immersion dans une période donnée. Place aujourd'hui à Briska et à un coup de projecteur sur l'immédiat après guerre au Moyen-Orient.

Tout commence par une fuite et un grand saut dans l'inconnu. Briska, une jeune copte bourgeoise, s'enfuit de la demeure familiale avec son amant musulman étudiant pauvre pour échapper aux préjugés et aux tabous. Elle emporte avec elle des diamants familiaux à l'origine obscure pour assurer leur avenir. Ils embarquent sur un paquebot où ils vont faire la connaissance de monsieur Shapira, un diamantaire juif qui va les aider à écouler les bijoux. Commence alors la mise en place d'un plan dans toutes ses ramifications. Ils ressortiront à jamais changés et la deuxième partie de la BD est consacrée à leurs engagements politiques respectifs.

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Comme toujours, on peut faire confiance à Christin pour nous livrer un récit dense et documenté. La caractérisation des personnages (même les plus secondaires) est remarquable, en quelques planches, quelques dialogues et autres textes, on saisit de suite leur situation et leurs aspirations. L'ensemble se complexifie par la suite avec une dimension plus engagée et politique de bon aloi qui fait sortir cette œuvre de la simple histoire de couple en fuite. J'ai eu un véritable coup de cœur pour Briska, héroïne au charme certain, à l'esprit vagabond et aventureux. Peu à peu, ce voyage va forger ses idées et ses combats à venir. Loin d'être lisse, sa part d'ombre est toujours envisagée par le lecteur tout au long de la lecture et donne à ce personnage une saveur toute particulière. Elle symbolise à elle seule la jeunesse avide de changement. Monsieur Shapira à l'inverse représente l'ancien monde, il porte sur ses épaules le poids d'une longue lignée juive qui a subi de terribles souffrances durant la Seconde mondiale. Il est donc question avec lui de la création de l'État d'Israël mais une création qui ne doit pas se faire à n'importe quel prix selon lui. Loin d'écarter d'un revers de main les populations arabes, il rêve d'un État binational où chacun vivrait en paix. Douce utopie qui ne se réalisera jamais.

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La reconstitution historique est une fois de plus sérieuse et réussie. Les décors, les moyens de transports, les idéologies en vogue sont admirablement retranscrits. Le dessin concis et fin de Puchulu s'avère un miroir fidèle et brillant au scénario échevelé qui nous est servi. La fuite du couple amoureux, les tensions ethniques et religieuses, la realpolitik, les enjeux internationaux... autant d'aspects différents intervenant dans ce récit qui sont magnifiés par les deux auteurs pour nous proposer une BD à la fois séduisante esthétiquement et exigeante en terme de réflexion. Accessible et pédagogique, elle permet de lever les oublis qui planent sur cette période charnière dans l'Histoire de toute une région (Égypte et ses voisins).

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Ce fut donc un petit bonheur de plus, à ranger aux côtés des autres pièces de ma collection. Une belle lecture que je vous encourage à entreprendre pour tout amateur de récits haletants et de petits focus historiques.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même scénariste:
- La maison du temps qui passe
- La croisière des oubliés
- Partie de chasse
- La diva et le kriegspiel
- La Demoiselle de la Légion d'Honneur

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samedi 23 août 2014

"La Belle de l'étoile" de Nadia Galy

la belle de l'étoileL'histoire: Après la mort de l'homme qu'elle aimait, une femme choisit de s'exiler à Saint-Pierre-et-Miquelon, île battue par les vents, espace sans frontières. Ce sera son refuge pour relire la correspondance de son amant, qu'elle se fait expédier de Paris, et y répondre, comme s'il était encore vivant.

La critique de Mr K: Découverte d'une nouvelle auteure aujourd'hui avec La Belle de l'étoile de Nadia Galy qui sort en cette période de rentrée littéraire. Saluée par la critique et les lecteurs pour ses deux premiers romans, cette architecte de formation (elle a participé notamment à l'édification de l'aéroport de Saint-Pierre-et-Miquelon où se déroule l'action du présent roman) s'attaque à la thématique difficile du deuil avec ce roman court de 231 pages. Avec ce genre de problématique c'est soit tout l'un, soit tout l'autre. L'ayant lu en un temps record, je ne peux que m'enthousiasmer devant un récit brillant et nuancé, baignant dans une atmosphère vraiment dépaysante.

L'héroïne suite au suicide de son amant, le départ de son fiancé et un séjour dans une clinique psychiatrique, décide de partir loin pour oublier et se reconstruire. Mais voilà, faire son deuil est quelque chose de lent, long et difficile. Au contact des habitants de Saint-Pierre, des éléments déchaînés et de la nature, elle va peu à peu évoluer, explorer ses souvenirs, dépoussiérer quelques cadavres familiaux et sortir de sa chrysalide de souffrance.

Ce roman se lit quasiment d'une traite tant j'ai été pris par le souffle intimiste et dramatique de cette histoire. Le deuil est remarquablement traité avec une psychologie explorée au scalpel et cela non dénué d'humour. On rit peu cependant car le drame est vivace et les pensée sombres mais le personnage (et donc l'auteure!) fait preuve d'un sens de l'autocritique et de l'autodérision parfois délectable. Pour autant la traversée est difficile et les paysages intimes qui nous sont livrés sont à vif. Par petites touches successives, on aperçoit une lueur d'espoir, une petite porte ouverte vers un futur possible, une échappée vers un avenir meilleur et apaisé. La langue simple, aérienne et parfois délurée nous permet d'accompagner cette femme avec un plaisir de tous les instants et une certaine légèreté plutôt étonnante à la vue du sujet traité.

Autour d'elle gravite une galerie de personnages qui vont à leur échelle l'aider à passer ce cap difficile de manière directe ou indirecte: le père pudique et discret, Fériel la figure maternelle manquante, Gloria une jeune paumée à la recherche d'affection, les collègues de travail... malgré le caractère solitaire et introspectif de l'héroïne, le rôle de ces personnages secondaires m'a paru essentiel dans l'évolution du personnage principal qui passe vraiment par tous les états.

Autre élément remarquable de ce roman, la gestion des décors et la vision que nous propose Nadia Galy de Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire français méconnu. Évocatrices en diable, ces pages nous transportent dans des paysages hivernaux rudes et sauvages qui font écho à la tristesse et la détresse de l'héroïne. Je ne me suis pas lassé de ces paragraphes traitant de l'arrivée de tempêtes hivernales, de la vie dans une bourgade enneigée et la rudesse d'un climat forçant le repli sur soi des communautés humaines. Vrai voyage vers un ailleurs pas si lointain, j'ai vraiment apprécié ce voyage près des terres septentrionales et je pense me repencher sur la question dans les mois à venir.

Au final, j'ai passé un très agréablement moment avec ce roman qui au départ pourrait faire penser à un énième journal dépressif de quelqu'un au bord du gouffre. Il n'en est rien tant le parcours intimiste est marqué de progrès sensibles, assénés par une langue vertueuse et engageante à souhait. Il serait dommage de passer à côté de cette belle expérience littéraire!

vendredi 22 août 2014

"La Patience du diable" de Maxime Chattam

la patience du diableL'histoire: Le Mal peut-il contaminer ceux qui le traquent ? Un go-fast pris en flag qui transporte bien pire que de la drogue... Deux ados qui tirent sur les passagers d’un TGV lancé à pleine vitesse... Des gens ordinaires découverts morts... de terreur. Le Diable mène le bal, le monde est devenu fou. Lieutenant à la Section de Recherche de Paris, Ludivine Vancker comprend bientôt qu’un fil sanglant relie ces faits divers. Rien ne pourra l’empêcher de remonter la piste à sa source. Aux racines de la peur.

La critique Nelfesque: "La Patience du diable" est la suite de "La Conjuration primitive" sortie l'an dernier. Une suite sans en être vraiment une puisque ce sont bien 2 romans différents qui peuvent être lus indépendamment l'un de l'autre mais où l'on retrouve certains personnages dont Ludivine et Segnon que nous avions quitté au terme d'une enquête haletante dans un final éprouvant.

L'histoire commence avec une tuerie dans un train. Aux bouts des armes, 2 adolescents. Une scène d'une violence pure où les principaux acteurs sont des gamins que rien ne disposait à commettre de telles actes. Peu à peu la violence se propage comme une épidémie et des actes similaires, des actes de folie, des pétages de plombs, sont perpétrés aux 4 coins de la France.

Qu'est ce qui pousse des personnes lambda, des hommes et des femmes que l'on croise dans la vie de tous les jours, à de tels agissements? La violence engendre-t-elle la violence? Une même personne serait-elle à l'oeuvre pour tirer les fils de cette gigantesque machination? Le diable en personne? Ludivine, Seignon et la cellule de gendarmerie mise en place sur la première enquête va essayer de faire le lien, comprendre ce qui se passe et enrayer cette machine lancée à vive allure.

Ce nouveau Chattam est encore une fois très efficace. "La Patience du diable" est un bon page turner, Chattam a une écriture simple et efficace qui tient en haleine et les amateurs de thriller trouvent en lui une valeur sûre pour passer un bon moment d'horreur. Il faut aimer le sang, les tripes, les situations gores pour se lancer dans cette lecture. Si vous êtes sensibles, mieux vaut vous abstenir sous peine de faire quelques cauchemars.

Ce n'est pas le premier roman de cet auteur que je lis et dès les premières pages, il n'y a pas de doute, c'est bien du Chattam. La scène du TGV est une tuerie dans tous les sens du terme et "La Patience du diable" commence sur les chapeaux de roue. Je constate avec le temps que Chattam a tendance à répéter sa recette qui fonctionne bien mais qui peut aussi lasser. Les mêmes ficelles sont utilisées, l'horreur prend de l'ampleur plus on avance dans l'ouvrage et certaines scènes peuvent paraître "too much". Rien de nouveau sous le soleil dans le processus d'écriture mais après tout quand ça fonctionne on ne peut pas vraiment se plaindre. Chattam a suivi des études en criminologie et ça se sent. Il détaille beaucoup, utilise la psychologie des personnages pour construire ses récits et appuie sur des détails bien précis. Lors de ma première lecture, "L'Ame du mal", j'ai été conquise par cette construction de roman. Je dois avouer qu'au bout de 6 ouvrages, ça ne fonctionne plus autant qu'avant sur moi. Je savais où l'auteur voulait me mener, j'ai trouvé qu'il enfilait les clichés comme des perles et j'ai deviné l'identité du grand méchant très vite dans ma lecture. Dommage...

Vous l'aurez compris, je n'ai pas vraiment accroché à ce présent roman. Sans pour autant dire que c'est un mauvais roman, car ce n'est aucunement le cas, les assoiffés de thrillers dont je fais partie le trouveront "tout juste bon". L'histoire est bien trouvée, les scènes clés sont efficaces mais il manque le petit supplément d'âme, le détail d'écriture ou de construction du récit qui fait basculer le roman sympa en p***** de roman qui déchire. Si vous n'avez jamais lu de Chattam, si le thriller n'est pas l'un de vos genres préférés et donc que vous n'en avez pas lu des centaines comme moi, ça pourrait fonctionner. En ce qui me concerne, j'attends maintenant plus qu'un page turner sanglant pour être bluffée.

Un bon rythme, des scènes chocs et un fond intéressant qui consiste à dire que l'horreur est partout, en chacun de nous, et que le monde et nos rapports aux autres évoluent dans un terrain violent où sont mises en avant des situations affreuses et inimaginables. Les guerres, la crise, les agressions, les violences quotidiennes, les meurtres, les malversations ... sont autant de causes qui font monter la pression et élèvent notre seuil de tolérance à l'horreur. Chattam a su mélanger tout cela pour donner à penser que l'issue qu'il développe dans son roman est tout à fait envisageable dans le monde d'aujourd'hui. Malgré cela, c'est avec un sentiment mitigé que j'ai fermé ce livre et je crois que mon avis ici exprimé va dans ce sens. Un roman sympa... sans plus.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "L'Ame du mal"
- "In tenebris"
- "Maléfices" (ah mais mince, je ne l'ai jamais chroniqué celui là...)
- "Les Arcanes du chaos"
- "La Conjuration primitive"

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mercredi 20 août 2014

"La Guerre du froid" de Robert Silverberg

la guerre du froid

L'histoire: En 2650, la Terre est sous les glaces et les villes, devenues souterraines, refermées sur elles-mêmes depuis trois siècles, ont tout oublié de la nature. Huit new-yorkais, bravant la loi, tentent de joindre Londres par radio: condamnés pour haute trahison, ils sont exilés dans le froid, face aux loups, aux chasseurs nomades retournés à la préhistoire.
Ramèneront-ils un jour les hommes vers le soleil?

La critique de Mr K: Je suis un grand amateur de Silverberg depuis ma lecture du volume paru chez Omnibus, Voyage au bout de l'esprit, et dévoré il y a déjà bien longtemps! Je ne savais pas avant de tomber sur La Guerre du froid qu'il avait écrit pour les plus jeunes. Sautant sur l'occasion de repratiquer un écrivain à la langue sensible et poétique, je n'hésitais pas une seconde et acquérais ce présent volume.

Les puissances du Nord ont été vaincues par la nouvelle ère glaciaire et ont enterré leurs cités sous la terre. Ils sont coupés du monde et ont prohibé tout contact avec l'extérieur. Un groupe d'idéalistes néo new-yorkais ayant constaté un radoucissement du climat tentent de communiquer avec Londres. Pour cela, ils sont bannis par le conseil municipal constitué de vieillards omnipotents qui ne voient pas d'un bon œil le moindre changement ou évolution de la situation qui leur convient parfaitement, leur permettant d'asseoir leur position. Jim, son père et leurs compagnons vont alors commencer un périple à travers la neige et la glace jusqu'à l'ancienne capitale anglaise. Longue et ardue sera leur quête entre imprévus, rencontres et surprises.

Voici un roman qui se lit très vite et très facilement. Il convient très bien pour une première approche SF pour néo-lecteur. L'histoire est certes convenue mais elle est bien maîtrisée et très accessible malgré des thématiques importantes, réflectives et engagées. On retrouve le goût pour le consensus, l'échange et la discussion que Silverberg prône dans nombre de ses écrits. Loin pour autant de verser dans le naïf et le pacifisme forcené, il se dégage ici une réelle humanité qui s'exprime à travers ce voyage quasi initiatique.

De nombreuses péripéties attendent nos exilés entre rencontres de nomades retournés à l'âge de pierre, animaux polaires déplacés vers des terres plus australes, les pépins classiques rencontrés par toute expédition et la fatigue morale et physique qui peut en découler. Dans la gestion de son récit, Silverberg fait preuve de sa finesse habituelle dans le traitement de la psychologie de ses personnages. Ne vous attendez pas à de grosses surprises si vous êtes un lecteur affirmé mais l'ensemble ici est suffisamment dense pour passer un agréable moment et procurer l'envie de continuer la lecture.

J'ai aussi adoré les passages plus descriptifs que j'ai trouvé à la fois succincts et percutants. Pas de grands paragraphes interminables mais quelques phrases disséminées ici et là illustrant à merveille l'aventure qui nous est livrée: la ville souterraine isolée de tout, le grand ascenseur permettant de rejoindre la surface, les glaciers immenses qui ont recouvert une bonne partie de l'hémisphère nord, la banquise et son climat difficile, le mode de vie des autochtones... Autant de petit tableaux saisissants de réalisme et teintés de poésie à l'occasion.

Au final, on passe un très bon moment et même si la fin m'a semblé quelques peu expédiée, on reste sur une bonne impression et une belle vision post-apocalyptique. Avis donc aux amateurs et aussi aux plus jeunes qui souhaiteraient s'essayer à la SF.


dimanche 17 août 2014

"L'Arabe du futur" de Riad Sattouf

sattouf couv'

L'histoire: Ce livre raconte l'histoire vraie d'un enfant blond et de sa famille dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d'Hafez Al-Assad.

La critique de Mr K: Une très belle découverte aujourd'hui avec cette BD de Riad Sattouf, L'Arabe du futur, qui m'a été prêté par l'amie Tiphaine. Merci à elle pour cette plongée à la fois tendre et sans concession dans la mémoire familiale de l'auteur, j'ai littéralement dévoré les 158 pages de ce premier volume sous-titré: Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984). Vivement le volume 2 pour suivre la fin de l'histoire mais rassurez-vous, on peut lire ce tome seul sans avoir de regret ou d'attente insoutenable!

Le petit Riad est issu d'un mariage mixte. Son père est syrien et sa mère est bretonne (un très bon point pour lui!). Il est beau comme un dieu et a un succès sans faille avec toutes les dames qui croisent sa route et le trouvent trop mignon. La BD commence donc légèrement, avec la description de la cellule familiale et l'insouciance du très jeune héros (2 ans au tout départ). Très vite cependant, il se retrouve en Lybie car son père a accepté un poste là-bas comme maître de conférence. Toute la famille le suit donc dans un pays sous dictature d'inspiration marxiste. L'expérience se révélera enrichissante mais aussi très rude, ils iront ensuite en Syrie où ce ne sera guère mieux malgré quelques fulgurances joyeuses et l'arrivée du petit frère.

sattouf 1

Riad Sattouf s'était fixé comme objectif de "Raconter le Moyen-orient à travers le regard candide d'un enfant […]. Un enfant dénué de la grille de lecture que l'on acquiert une fois adulte, et qui dépend de l'endroit où on a grandi. Je voulais raconter des faits, sans jugement". Le contrat est largement rempli selon moi! La figure tutélaire du père, un homme plein de contradictions, adepte du panarabisme et traditionnel mais aussi passionné par le progrès et l'éducation. Difficile d'ailleurs de se faire un avis tranché sur Abdel-Razk Sattouf tant il m'a marqué dans des directions différentes. Il peut être aussi tendre que dictatorial avec sa petite famille. La figure maternelle tempère l'ensemble malgré un effacement important face à son mari. Pour autant, elle ne se laisse pas toujours faire et veille fortement au bon développement des petits et à leur épanouissement. En cela, ce premier tome relate à merveille le microcosme d'une famille multiculturelle mais soudée.

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L'autre point fort de cette œuvre est l'évocation qui y est faite du Moyen-Orient de l'époque, fruit d'une observation enfantine naïve mais non dénuée de nuance. Fourmillant de détails critiques, acerbes (petites flèches désignant des objets dans les cases), Sattouf nous propose de replonger dans son enfance dans des pays que nous connaissons mal à part quand une guerre, une révolte voir une révolution s'y déclenche. Certes, on cerne très vite la nature autoritaire du régime en place, la cruauté des mômes entre eux et la désolation qui peut y régner, mais on fait aussi la rencontre de vraies personnes avec des noms (et non un énième chiffre comptabilisant des victimes quelconques et anonymes). Et oui, cet ouvrage est aussi une belle galerie de portraits allant des simples gens aux puissants qui sont évoqués à travers le rappel de quelques faits politiques et autres discours de propagande. À travers ses anecdotes et l'histoire de sa famille, Riad Sattouf propose au lecteur une véritable petite leçon d'histoire politique, sociologique et intimiste du monde arabe.

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Je connaissais pas Riad Sattouf le dessinateur (j'avais vu et moyennement apprécié son premier film Les Beaux gosses) mais je dois reconnaître qu'il a un talent incroyable pour raconter les histoires. L'immersion est immédiate et totale, difficile dans ces conditions de lâcher le volume avant de l'avoir intégralement parcouru. Le dessin est simple mais pas simpliste et la limpidité est le maître-mot de Riad Sattouf. Baignant dans une atmosphère de bichromie changeante au gré des lieux traversés, on passe de la comédie pure (les tribulations du jeune Riad ne sont pas forcément toutes dramatiques) à des moments beaucoup plus sombres. Le juste équilibre est très bien trouvé et cette BD procure un plaisir rare de lecture entre divertissement, découverte et prise de conscience.

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Premier volume d'un triptyque devant s'achever en 2016, L'Arabe du futur est à découvrir au plus vite tant il conjugue à merveille beaucoup de qualités que l'on retrouve rarement rassemblées. Un must!

mercredi 13 août 2014

"Adolf (roman hystérique)" d'Olivier Costes

adolf

L'histoire: Fraîchement arrivé au lycée, Adolf est un ado moustachu, envahissant et totalement ingérable, aussi cruel que raciste. Pourtant, la directrice, Mme Maréchal, octogénaire prête à tout pour défendre la devise de son établissement, Travail, Famille, Poterie, est très accommodante. Plutôt que d'affronter le tyran en herbe, elle préfère collaborer avec sa clique aussi grotesque que maléfique: Hermann, Heinrich, Martin, Klaus... et la blonde Eva...

La critique de Mr K: Attention roman jubilatoire! Bel angle d'accroche que celui choisi par Olivier Costes et Osaka éditeur pour parler de la montée des extrêmes avec "Adolf (roman hystérique)". Imaginez un peu, vous reprenez quasiment tous les éléments biographiques du führer du IIIème Reich et vous les transposez dans une petite fiction se déroulant à notre époque dans un lycée des plus classiques (quoique...). Le résultat est bluffant et oblige le lecteur à faire constamment des aller-retour entre l'Histoire et le récit.

Le jeune Adolf veut dératiser son lycée (comprendre exterminer les juifs) et remporter le championnat de football (la 2nde guerre mondiale). Il aura fort à faire avec le grand Charles parti en voyage linguistique en Angleterre en laissant son lieutenant Jean sur place pour veiller à la résistance face aux avancées de ce phénomène inquiétant. Autant de parallèles qui se glissent à chaque ligne voir chaque phrase et qui m'ont beaucoup diverti. Ce livre permettra sans doute à un grand nombre de réviser leur Histoire sans se prendre la tête avec un récit à la fois fourni et intelligent, constellé de jeux de mots plus réussis les uns que les autres et une documentation assez remarquable sur la personnalité d'Hitler, éléments régurgités ici dans un personnage aussi repoussoir que ridicule mais qui en 1932 a su séduire une majorité d'électeurs.

On assiste plus ou moins à ce phénomène de montée des extrémistes depuis quelques années dans notre pays. Des choses au départ inacceptables ou indicibles sont devenues tolérées voir acceptées par un nombre de plus en plus grandissant de personnes avec le concours des médias (au premier rang desquels les chaînes d'information en continu). Là où ce livre est salvateur (n'oublions pas qu'il s'adresse essentiellement à un jeune public d'au moins 13 ans) c'est qu'il montre à la perfection les mécanismes de la manipulation par la peur et la haine de l'autre et de la répression. Ceci pas seulement chez les extrémistes affichés, mais aussi parmi la plèbe, les anonymes qui ont laissé faire, laissé proliférer un tel obscurantisme mâtiné de bêtise crasse et de peur infondée (c'est un peu la définition du racisme, non?). Sartres ne disait-il pas que le véritable salaud est celui-ci qui n'agit pas?

Ce fut donc une excellent lecture entre cynisme, satire et Histoire. Un bon moment qui ne peut que faire écho à l'actualité toujours aussi sombre et la manie de l'espèce humaine à retomber dans ses travers passés. La maxime qui énonce que le passé éclaire le présent prend ici tout son sens et ceci de manière accessible et ludique. Un bien bel ouvrage que je ne peux que conseiller!

samedi 9 août 2014

"L'attrape-coeurs" de J.D. Salinger

Salinger

L'histoire: C'est l'histoire d'un garçon perdu et à la dérive, qui cherche des raisons pour continuer à vivre dans un monde devenu hostile et corrompu.

La critique de Mr K: Il s'agit d'un compte rendu de relecture aujourd'hui avec ce classique de Salinger, "L'Attrape-coeurs", que j'avais lu lors de mon adolescence et que j'avais beaucoup aimé. Une fois de plus, c'est le hasard du chinage qui mettait ce volume sur mon chemin, n'ayant pas ce titre dans notre bibliothèque, il me semblait criminel de ne pas l'acquérir...

Holden Caulfield est un adolescent américain de 16 ans issu d'un milieu favorisé. Il vient de se faire renvoyer de son collège et hésite à rentrer directement chez lui. Il prend le train pour New York. Ces trois jours de fugue sont l'occasion de petites aventures, de rencontres, et finalement révèlent un profond désarroi.

Ce livre n'a pas pris une ride depuis son écriture en 1945. Il faut dire que sa thématique est intemporelle, il est question ici du passage à l'âge adulte ou du moins de sa prise de conscience par un jeune en pleine rupture avec le monde qui l'entoure. Il déteste l'école, Holden a du mal à se situer et il a déjà connu des drames dont la perte de son jeune frère qu'il aimait plus que tout. Le lecteur est partagé entre sa rébellion légitime et son immaturité latente.

Holden m'a tout de même profondément touché par le caractère d'urgence qui souffle sur le roman car il a fugué de son école et va devoir l'annoncer à ses géniteurs trois jours après. Il va se passer énormément de choses pendant cette parenthèse de liberté et l'on tend alors vers la parabole initiatique avec des passages tantôt drôles (les moments où Holden râle sur le cinéma, ses idées étranges, ses mensonges notamment), tantôt plus dramatiques. Avec l'âge, ce sont les chapitres consacrés à son rapport aux filles (le RDV avec Sally est assez croustillant dans son genre!) et aux femmes qui m'ont le plus marqué notamment celui avec la prostitué où il se rend compte qu'il lui reste bien du chemin à parcourir avant de s'accepter en tant qu'homme.

Vous me direz, rien de vraiment neuf dans l'histoire. Là où ce livre rentre dans le club très sélect des classiques, c'est dans son traitement. Il est écrit à la première personne du singulier et dans un style familier qui nous immerge immédiatement dans la psyché de Holden qui capte la vie avec la spontanéité propre à son âge. Il faut s'y faire au départ car c'est peu commun mais une fois emporté pas son flot de mots et d'expressions, il est difficile de relâcher cet ouvrage qui est une merveille de rythme, d'intelligence et de profondeur. Je suis passé comme dit précédemment par tous les états et c'est un peu sonné mais heureux de cette redécouverte que je suis ressorti de cette lecture.

L'Attrape-coeurs est un classique qu'il faut je pense absolument avoir lu tant il n'a rien perdu en vérité et fraîcheur. Un bijou entre les bijoux!

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mercredi 6 août 2014

Eerie & Creepy présentent "Richard Corben Vol.1"

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Présentation: Richard Corben est un maître incontesté du neuvième art et de l'illustration fantastique, reconnu aux quatre coins de la planète BD. Dès ses débuts pour Warren Publishing, son style unique le distinguait radicalement de ses pairs. Entre 1970 et 1978, il a illustré plus de quarante histoires, en grande majorité publiées dans les magazines Eerie et Creepy, les titres phares de l'éditeur.

Le présent ouvrage est le premier des deux volumes d'une édition intégrale consacrée à cette période fondatrice de son œuvre.

La critique de Mr K: Mille mercis au Label Delirium pour ce premier volume de rééditions consacrées à Richard Corben dans sa première période. Ils avaient déjà fait du très bon boulot de dépoussiérage avec les deux volumes de Creepy que j'avais acquis et chroniqués ici même. Avec "Richard Corben", on touche au sublime avec un artiste hors norme que j'admire entre tous. Pour moi c'est le best du best dans le genre horreur et SF depuis mes lectures passionnées de Nuits blèmes, Fils du monde ou encore Rolf (ouvrages lus il y a longtemps donc non chroniqués et vu leur prix sur les sites, je crois que je vais passer mon tour...).

Ici il s'agissait donc pour les éditeurs de présenter l'œuvre de Corben lorsqu'il collaborait aux magazines Eerie et Creepy. On a donc affaire à des récits courts du type nouvelles à chute dans les domaines de l'horreur, du fantastique, du polar ou encore de la SF. Dans ce volume 1, vous retrouverez 32 historiettes toutes plus étranges les unes que les autres et d'une beauté mortifère dans leur exécution. Tour à tour, vous suivrez notamment une reine froide et avide dans sa quête de la jeunesse éternelle, un apprenti bibliothécaire confronté à des créatures voraces en terme de lecture, un grand patron dont l'avarice sera puni au centuple, un mort-vivant SDF qui se nourrit de la haine des gens, un amateur de magie vaudou, un loup garou un peu trop aventureux, un père-noël serial killer, un jeune garçon qui fuit la réalité en explorant ses rêves, une momie malicieuse... Vous l'avez compris, il y a de quoi faire! Pour éviter d'avaler le présent volume en une nuit, je me suis imposé une règle drastique: pas plus de trois histoires par soir pour prolonger le plaisir! Je m'y suis tenu bon gré mal gré et au final, ce ne fut que du bonheur!

corben 2

Tout d'abord, quelque soit le récit, on retrouve toujours une réflexion sur le genre humain tournant autour des notions de besoin et de désir avec évidemment à chaque fois un dérapage qui se termine mal! J'aime beaucoup ce mélange de psychologie humaine, de fatum inéluctable et de châtiment à la mesure du crime. On baigne constamment entre surprise, angoisse, horreur et on en redemande! N'y voyez pas un besoin sadique irrépressible mais plutôt un plaisir coupable et délectable à souhait. Le genre veut que les personnages soient plutôt caricaturaux, en exagérant le trait on peut marquer davantage l'aspect "moral" de certaines historiettes et c'est là que je trouve que Corben se détache du lot. Dans un nombre important des récits proposés dans ce volume, on navigue entre le bien et le mal sans réellement de repères auxquels se raccrocher, cela donne aux histoires une densité nettement supérieure à la moyenne et une force émotionnelle vraiment troublante, la trilogie Enfant présentée en toute fin de volume est un modèle du genre dans une variation autour du mythe de Frankenstein et de sa créature.

corben 1

Visuellement, cet ouvrage est une gigantesque claque esthétique. On retrouve le génie du dessin entre récits noir et blanc et des plus récents en couleur. Artiste polyvalent (il lui arrive d'écrire les scénarios) venu de l'animation, il n'a pas son pareil pour représenter des personnages tortueux et des univers à la Lovecraft ou à la Poe. Unique dans son coup de crayon, inventif dans la représentation de l'action, des personnages au style singulier que l'on reconnaît de suite, autant d'ingrédients qui font rentrer ce volume dans mon panthéon personnel de la BD. J'ai bien fait de me réguler avant d'entamer ma lecture, m'est avis qu'il n'aurait pas tenu longtemps malgré ses 175 pages!

corben 4

Au final, ce fut une lecture remarquable entre BD, roman graphique (trois histoires sont liées) et adaptation de classiques de la littérature fantastique. Agréable, soignée et fidèle aux œuvres originale, cette réédition est vraiment de grande qualité et conviendra à tous les amateurs du genre!

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mardi 5 août 2014

"L'Assassinat d'Hicabi Bey" de Alper Canigüz

l'assassinat d'Hicabi BeyL'histoire: Alper Kamu est un curieux petit garçon qui s’est promis de résoudre un meurtre commis dans son quartier à Istanbul. Il a trouvé Ertan le Timbré à côté du cadavre encore chaud d’Hicabi Bey, policier à la retraite, la télévision allumée à plein volume, mais le cinglé du voisinage était plutôt là pour regarder l’équipe du Besiktas perdre en Ligue des champions. Déjà tête à claques d’existentialiste, Alper le désormais détective va sécher la maternelle et balader son revolver en plastique Dallas Gold dans une mégapole bigarrée, pleine d’amantes fatales, d’épiciers lyriques et de directeurs sournois...

La critique Nelfesque: Après "Des 1001 façons de quitter la Moldavie" de Vladimir Lortchenkov aux Editions Mirobole, j'avais fortement envie de me replonger dans un roman drôle et caustique qui m'emmène au delà des frontières françaises. Avec "L'Assassinat d'Hicabi Bey", j'ai été servie et je ne peux en préambule que souligner la cohérence du catalogue Mirobole qui sait décidément bien choisir ses publications.

Alper Canigüz est un auteur turque dont "L'assassinat d'Hicabi Bey" est le second roman. Côté littérature turque, je dois admettre que je ne suis pas une spécialiste. En revanche, côté thriller et roman à l'humour décalé, en tout modestie, je commence à toucher ma bille... Néanmoins, cet auteur a su me cueillir par son originalité, son écriture singulière et surtout son petit héros Alper. Je vais suivre dorénavant son actualité avec beaucoup d'intérêt !

Car oui, le gros potentiel de ce roman tient dans son personnage principal. Haut comme 3 pommes, âgé de 5 ans, Alper est un petit gars bien différent des autres enfants de son âge. Il a l'esprit d'un homme de 50 ans dans un petit corps d'un mètre dix et cela provoque de drôles de réactions chez ses interlocuteurs. "A cinq ans, on est au coeur de l'âge mûr. Ensuite commence la chute." sont les premières phrases de ce roman. Ca a le mérite d'annoncer la couleur ! D'ailleurs, connaissez-vous beaucoup de gamins de 5 ans passant leurs journées à lire du Dostoïevski et du Nietzsche "pour la rigolade (je plaisante, il sait de quoi il parle le moustachu - c'est fou ce que la poltronnerie peut rendre créatif !)" ? Les pensées d'Alper et sa répartie sont savoureux et j'ai passé 250 pages à rire !

Bien que cultivé et ayant un vocabulaire évolué (bien plus que certains adultes), Alper n'en reste pas moins un enfant et sa fraicheur et ses envolées grossières parfois redonnent un peu de réalisme à une oeuvre farfelue. Ne lisez pas "L'Assassinat d'Hicabi Bey" si vous souhaitez une histoire plausible, vous n'arrêterez pas de pester. Mais si vous êtes à la recherche d'une lecture peu commune mêlant humour, esprit critique et dépaysement, celui ci est fait pour vous.

Canigüs pousse ses lecteurs à la réflexion par le biais de la dérision. A la fois, l'histoire au premier degré est drôle et décalée mais c'est aussi une véritable critique de la Turquie d'aujourd'hui que nous propose l'auteur. Sans rentrer dans les détails, nous sommes ici dans un quartier d'Istanbul, loin des secteurs riches, où petites frappes, violence, drogue et chômage rodent. Sans parler de la critique des relations humaines et de ses limites : trahisons, mensonges, manigances, douleurs ...

Comme quoi ce n'est pas parce qu'un enfant a 5 ans qu'il n'a pas d'autres préoccupations que la composition de son quatre heures ou le dernier dessin animé à la TV. Un chemin que bon nombre d'adulte ferait bien de prendre ! "L'Assassinat d'Hicabi Bey" est à lire, assurément ! Original, drôle, caustique, décalé ! Vous faut-il d'autres arguments pour courir chez votre libraire !?

Posté par Nelfe à 19:55 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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