lundi 16 février 2015

"La Chambre des officiers" de Marc Dugain

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L'histoire: En 1914, tout sourit à Adrien, ingénieur officier. Mais, au début de la guerre, lors d'une reconnaissance sur les bords de la Meuse, un éclat d'obus le défigure. En un instant, il est devenu un monstre, une "gueule cassée".
Adrien ne connaîtra ni l'horreur des tranchées ni la boue, le froid, la peur ou les rats. Transféré au Val-de-Grâce, il rejoint une chambre réservée aux officiers. Une pièce sans miroir où l'on ne se voit que dans le regard des autres. Il y restera cinq ans. Cinq ans entre parenthèses. Cinq ans pour penser à l'avenir, à l'après-guerre, à Clémence qui l'a connu avec son visage d'ange. Cinq ans à nouer des amitiés déterminantes pour le reste de son existence...

La critique de Mr K: Retour au temps de la Grande Guerre avec La chambre des officiers de Marc Dugain trouvé par hasard dans une brocante. Il s'agit d'un premier roman qui a tout de même reçu le Prix des Libraires lors de sa sortie. De très bonne augure, avec en prime un sujet qui me passionne. À noter que je n'ai pas vu l'adaptation faite au cinéma et qui paraît-il est excellente. Si l'occasion se présente, j'y jetterai un œil même si je dois avouer qu'après ma lecture enthousiaste j'ai peur d'être déçu.

Adrien est un jeune de son temps à qui tout réussit. Il est beau, a bon caractère et a reçu une excellente éducation dans son Périgord natal. Il y a d'ailleurs de très belles pages sur ses souvenirs de cueillettes de champignons qui m'ont fait penser aux propres souvenirs de Nelfe qui comme chacun sait est pétrocorienne. Jeune officier, Adrien a terminé ses études d'ingénieur et a trouvé un travail où il exerce ses talents depuis deux mois. Mais le destin cruel va le détourner de cette réussite toute tracée. La guerre éclate et il tombe sous un éclat d'obus sans même avoir vu le moindre soldat allemand. Il est défiguré et va passer cinq années dans un hôpital, opération après opération les médecins vont essayer de lui redonner visage humain. Ce traumatisme va le changer à jamais.

Ce livre est d'une grande sensibilité et d'une grande beauté, c'est encore plus impressionnant quand on sait que c'est le tout premier de son auteur. Cette histoire lui a été inspiré par son grand-père qu'il accompagnait au château des "Gueules cassées", le domaine de Moussy-le-vieux situé à 35km au nord de Paris où les grands mutilés de la face de 14-18 venaient en convalescence entre chacune des multiples interventions chirurgicales qu'ils avaient à subir pour retrouver un semblant de visage. Adrien et l'histoire qu'il a vécu résume à lui seul le cas de ces milliers soldats mutilés qui projetaient à la face du monde l'horreur de la grande boucherie que fut la Première Guerre mondiale.

Ce livre est écrit à la première personne pendant la majeure partie du récit. Seule la dernière partie, plutôt dispensable d'ailleurs car elle raconte ce que sont advenus les différents protagonistes, est écrite à la troisième personne du singulier. Après l'accident, on émerge du noir avec Adrien et on suit ses premières sensations et sa redécouverte de son corps. Au soulagement de vérifier le bon fonctionnement de son corps, suit l'horreur et la nécessaire acceptation de son nouvel état. Il passe par une phase de dépression mais grâce à la chaleur de l'amitié naissante avec Weil, Penanster et Marguerite, il va dépasser cet état et essayer de réapprendre à vivre.

On alterne alors petites joies du quotidien, soutien mutuel, une première sortie ratée, des opérations douloureuses et pas forcément concluantes, la redécouverte de l'amour charnel, les petits plaisirs de la vie comme boire ou fumer... autant de petites étapes dans la reconstruction de l'individu. Car ces quatre là refusent de se laisser mourir et de céder au désarroi, ils veulent vivre et continuer d'exister. Et pourtant, ils auraient dix fois plus de raisons que n'importe qui de s'arrêter, de mettre fin à leur jour (on assiste à quelques suicides dans le livre)... Le ton est à la fois pesant mais optimiste. Le mélange est détonnant et rafraîchissant.

Très bien écrit, le style est simple et accessible. Il est à la portée de tous et porte un message universel, profondément humaniste qui contraste avec la douleur et l'atrocité du background. Très beau roman donc à mettre aux côtés des excellents Au revoir là-haut et Les Croix de bois. Allez-y, vous ne le regretterez pas!


mercredi 11 février 2015

"La Dimension fantastique" volume 2, Anthologie présentée par Barbara Sadoul

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L'histoire: Vieillards ressuscités, esprits malfaisants, hallucinations macabres, monstres invisibles doués d'une puissance démoniaque, cannibales, vampires, créatures d'ombre et de mort...
Un monde étrange côtoie le nôtre. Un monde hideux où le soleil accable, où les rires glacent le sang, un monde où les plus affreux cauchemars, les terreurs les plus folles, nés de nos cerveaux surchauffés, terrassent la réalité.

La critique de Mr K: Retour dans le fantastique avec le volume 2 de l'anthologie parue chez Librio sous la houlette de Barbara Sadoul. Moitié moins de nouvelles ici avec seulement six textes mais quels textes! Là-encore, on voyage dans le temps et l'espace avec des auteurs français, anglais et américains s'étalonnant sur deux siècles-clef, le XIXème et le XXème.

La première nouvelle est d'Honoré de Balzac qu'on ne présente plus et qui livre à travers L'Élixir de longue vie une histoire de vieillard qui ne veut pas mourir et qui pense avoir trouvé grâce à une mystérieuse fiole le pouvoir de se jouer de la mort et d'accéder à l'immortalité. Pour autant, rien ne va se passer comme il l'avait prévu. On commence fort avec cette courte histoire qui traite d'une des plus grandes peurs de l'être humain: la Mort. Il y est aussi question d'avidité avec un fils qui a hâte d'enterrer le vieux père qui s'éternise sur cette bonne vieille Terre et qui va transgresser nombre d'interdits par des actes peu recommandables. J'ai trouvé le style de Balzac plutôt léger voir alerte à certains moments. Une belle surprise!

On enchaîne avec Gottfried Wolfgang de Pétrus Borel qui nous conte la mésaventure d'un jeune étudiant allemand à Paris au temps de la Révolution française, douce époque entre toutes où les têtes tombaient au rythme de la lame de la guillotine. En rentrant chez lui un soir et en passant place de Grève, il va venir en aide à une jeune femme désemparée qui va se révéler ne pas être l'innocence incarnée. Ce texte très court est ultra-efficace et la chute vient cueillir un lecteur hypnotisé par le style impeccable de cet auteur que je ne connaissais pas. Deuxième effet Kisscool!

Sredni Vashtar de Saki est elle aussi une très courte nouvelle marquée du sceau de l'humour dévastateur d'un auteur injustement méconnu. Sredni Vashtar est le nom qu'a donné un jeune orphelin à un furet qu'il a capturé et qu'il cache à l'abri du regard inquisiteur de sa tante adoptive acariâtre. Un jour, cette dernière va finir par le découvrir... Tout en tension allant crescendo, l'auteur n'a pas son pareil pour planter une situation et dérouler une intrigue à suspens avec une économie de mots incroyable. Une vraie réussite et encore une fois, une belle découverte!

S'ensuit La chambre perdue de Fitz James O'Brien qui fait la part belle à la paranoïa et à l'étrangeté. Un homme vit dans une maison cossue où il loue une chambre. Tout se passe pour le mieux jusqu'au jour où il entend des bruits étranges et qu'il découvre la vraie nature des colocataires des lieux qui sont tout sauf humains! Très grande claque avec cette nouvelle aux accents lovecraftiens dans la construction du récit et le style d'écriture. On erre de Charybde en Sylla avec le narrateur qui sombre peu à peu dans l'incompréhension puis la folie. Sans aucun doute, le texte le plus puissant de ce volume. À ne surtout pas rater!

On retombe dans du plus classique avec Les filles de la nuit de Jean-Louis Bouquet qui nous raconte une histoire de marionnettes aux pouvoirs ésotériques qui fascinent le narrateur et vont le mener à sa perte. Je n'ai pas été convaincu par ce récit que j'ai trouvé plutôt convenu, sans relief et au style peu accrocheur. Une petite déception en somme.

L'ouvrage se termine par une nouvelle de Théodore Sturgeon, auteur immortel que j'aime tant depuis ma lecture du cultissime Cristal qui songe! Hier, c'était lundi nous prouve une fois de plus que Sturgeon est un écrivain d'exception. Harry Wright se réveille entre deux jours. Hier, c'était lundi... mais aujourd'hui? Harry découvre l'envers du décor de notre monde où des petits hommes jouent les ingénieurs et préparent chaque jour pour le lendemain! Cette nouvelle est totalement délirante et s'inscrit complètement dans le fantastique quotidien propre aux novélistes américains tels que Matheson par exemple. On est complètement baladé durant tout le récit et la fin est tout bonnement géniale! Ouah!

Au final, encore une lecture plaisir avec un recueil équilibré avec en bonus en fin d'ouvrage de micro-biographies des auteurs (ce n'était pas le cas dans le volume 1). La parfum inégalable du fantastique est très bien restitué et reste longtemps en tête après cette lecture. Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

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vendredi 6 février 2015

"Fondu au noir" de Jean-Jacques Reboux

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L'histoire: Dix mille dollars pour recueillir les souvenirs d'un cinéphile alcoolique, quand vous êtes un chômeur mordu de cinéma et que votre femme vous réclame la pension des gosses, c'est le paradis. Et quand on vous offre en prime une balade romantique avec la créature la plus vénéneuse de la terre, vous vous voyez déjà au ciel. Molly ondulait des hanches à m'en donner le tournis. Je l'aurais suivi en enfer. Et c'est justement là qu'elle m'emmenait...

La critique de Mr K: Cet ouvrage est mon deuxième de Jean-Jacques Reboux après son excellent opus du Poulpe La Cerise sur le gâteux. Bien connu des amateurs de roman noir et de polar, Reboux m'avait jusque là évité dans les rayonnages discount et autres contrées riches en occasions livresques. C'est chose réglée aujourd'hui avec cette très bonne acquisition qui même si elle tarde à démarrer, se révèle angoissante à souhait quand la mécanique infernale qui attend le héros se met en place.

Samuel Flicker est un ancien journaliste désormais sans emploi, qui a du mal à joindre les deux bouts. Son ex-patron lui propose alors une offre très intéressante: l'interview d'un certain Drexter, un vieil employé de cinéma qui en sait beaucoup sur le milieu et connaît beaucoup d'anecdotes croustillantes. Samuel fonce sur l'occasion, lui le gros mordu de cinéma qui a tant besoin d'argent pour se renflouer et envoyer une pension alimentaire à sa femme et ses enfants. Tout se passe pour le mieux jusqu'à sa rencontre avec Molly, créature fatale qui l'entraîne dans une folle équipée sauvage ponctuée d'une nuit des plus ardentes! Au réveil, elle a disparu et les flics du comté l'arrêtent. Commence alors sa lente descente aux enfers...

L'auteur lui-même l'avoue, il a écrit ce roman en hommage aux classiques du roman noir américain. Du coup, ce livre pourrait paraître impersonnel et je pense que je devrais me pencher à nouveau sur le cas Reboux pour juger plus amplement et exhaustivement de son style. Ici, on est plongé dans une ambiance délétère et glauque quasiment dès le départ. Ce dernier (comme dit précédemment) est un peu longuet, l'auteur s'attardant sur le fameux interview. Quand on voit ce qui se passe ensuite, je ne peux m'empêcher de penser qui aurait dû abréger... Pour autant, l'ennui ne gagne pas le lecteur et on cerne très vite la personnalité de Samuel qui finalement n'est qu'un pauvre type sans envergure qui ne ferait pas de mal à une mouche. Le parfait pigeon en quelque sorte...

À partir de la page 96, tout bascule! L'histoire prend vraiment un tour étonnant et l'on sait alors que tout va aller de mal en pis. Un meurtre a été commis et Samuel se retrouve dans la peau du principal suspect. Des preuves l'accablent, des personnes le coulent ou nient l'avoir rencontré, le sort s'acharne et le poids d'une affreuse machination l'écrase de plus en plus. Peu à peu, le héros sombre psychologiquement et c'est là une des grosses qualités du roman. En effet, Reboux décrit à merveille la déchéance et l'incompréhension d'un quidam lambda dépassé par les événements et les ramifications secrètes d'une machination sacrément bien ourdie! Inutile de vous dire que l'oppression est forte, que le lecteur est pris au piège et qu'il veut absolument connaître les ficelles cachées qui ne seront révélées que dans de simples articles de journaux fictifs reproduits en toute fin de roman. Entre temps, on aura connu avec Samuel les affres des interrogatoires, de la prison, d'un procès, d'un asile psychiatrique pour aboutir à un final sombre entre tous ou nul espoir n'est permis. Noir c'est noir...

Une fois rentré dans cet écrit, impossible de le relâcher. Le style bien que manquant d'originalité est efficace et on est immergé à merveille dans une ambiance très américaine à la mode classique. Très peu de descriptions mais beaucoup de réflexions internes du héros, peu à peu nous accompagnons la chute de Samuel. On en prend donc plein le cœur et l'âme, c'est pantelant que je suis ressorti de cette lecture. Un bon roman que je vous invite à découvrir au plus vite.

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jeudi 5 février 2015

"Robe de marié" de Pierre Lemaitre

robe de mariéL'histoire : Nul n'est à l'abri de la folie. Sophie, une jeune femme qui mène une existence paisible, commence à sombrer lentement dans la démence : mille petits signes inquiétants s'accumulent puis tout s'accélère. Est-elle responsable de la mort de sa belle-mère, de celle de son mari infirme ? Peu à peu, elle se retrouve impliquée dans plusieurs meurtres dont, curieusement, elle n'a aucun souvenir. Alors, désespérée mais lucide, elle organise sa fuite; elle va changer de nom, de vie, se marier, mais son douloureux passé la rattrape... Les ombres de Hitchcock et de Brian de Palma planent sur ce thriller diabolique.

La critique Nelfesque : J'avais cette "Robe de marié" de Pierre Lemaitre dans ma PAL depuis quelques temps et j'en avais entendu beaucoup de bien. Le voici sorti de ma pile à lire sous l'impulsion d'un challenge que je compte bien reconduire dans les prochains mois.

Les critiques positives sur ce roman sont tout à fait fondées. Point de marketing viral injustifié pour ce thriller psychologique qui sort complètement des sentiers battus. Et ça fait du bien !

Sophie est atteinte d'un trouble bien étrange. Peu à peu, elle voit sa vie de jeune fille banale mariée à un homme ordinaire et menant une existence des plus conventionnelles sombrer dans la folie pure. Tout commence par des détails, des troubles de la mémoire, des oublis à droite à gauche, des "où ai-je mis ce papier, j'étais sûre qu'il était là!?". Ce qui peut nous arriver à tous lorsqu'on a eu une dure journée ou lorsqu'on est fatigué. Sauf que Sophie est de plus en plus encline à ses troubles de la mémoire, si bien que sa vie professionnelle et personnelle s'en retrouve gravement affectée.

Par certains aspects, "Robe de marié" m'a fait penser à "Avant d'aller dormir" de Steve Watson. La même urgence de percer sa mémoire, le même besoin de retrouver une identité, à défaut de la sienne, le même désir vital de comprendre ce qui se passe. La différence est qu'ici c'est efficace ! Je vous laisse découvrir ma chronique concernant le précédent ouvrage que j'avais lu à sa sortie et auquel je n'avais pas du tout accroché.

Pierre Lemaitre insuffle dans ses pages un rythme indéniable. Les évènements se succèdent, les actions de Sophie sont de plus en plus folles et ses absences de plus en plus dangereuses. Le lecteur se demande jusqu'où l'auteur va pousser la folie de son héroïne. Puis à mi roman, on bascule totalement dans un autre type d'ouvrage en faisant la connaissance d'un second personnage important dans le déroulement de l'histoire : Frantz. Les lumières s'allument dans nos cerveaux, tout devient limpide au fil de pages. Sophie quant à elle est toujours aussi perturbée jusqu'à un final où tout ce beau monde, les personnages principaux, l'auteur et le lecteur, vont se retrouver pour un feu d'artifice.

Excellent roman sur la folie, la survie et la vengeance, "Robe de marié" (sans e, n'est-ce pas troublant ?) tient le lecteur en haleine du début à la fin. Page turner efficace, il ne vous lâchera plus jusqu'à la révélation finale. Malin ce Pierre Lemaitre ! Avec une plume simple et juste, il va fouiller dans chacun de nous, dégoter nos peurs primales et les faire subir à sa pauvre héroïne Sophie, un personnage féminin fort bien dépeint, ni niaise ni hystéro, à laquelle on s'attache dès les premières pages. Quand la folie dépasse la fiction, jusqu'où peuvent aller les êtres humains pour survivre ? Lisez le et vous comprendrez...

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Livre lu dans le cadre du challenge "Destockage de PAL en duo" avec ma copinaute faurelix que je remercie grandement pour ce choix. Tu me connais bien, tu ne t'es pas trompée en me conseillant ce roman ci !

mardi 3 février 2015

"Les Cauchemars de Lovecraft : L'Appel de Cthulhu et autres récits de terreur" de Horacio Lalia

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L'histoire: Il n'existe aucun langage pour décrire d'aussi atroces contradictions des lois les plus élémentaires de la force et de l'ordre cosmique.
Ce ne fut, peut-être, qu'un effet de l'imagination ou un phénomène d'écho, mais un des hommes que j'ai pu interroger me confia qu'il avait entendu un faible battement de grandes ailes, entrevu des yeux luisants ainsi qu'une énorme forme blanche, derrière les arbres les plus lointains.

La critique de Mr K: Nouvelle chronique d'un cadeau d'anniversaire aujourd'hui avec le présent que m'a fait mon plus vieux pote. Il s'agit d'une adaptation BD d'une série de texte de Lovecraft, un de mes auteurs fétiches dans le domaine du fantastique. Les Cauchemars de Lovecraft présente ainsi 18 récits mis en image de fort belle manière par Horacio Lalia, dessinateur argentin que je ne connaissais pas auparavant et qui désormais aura une place à part dans mon panthéon personnel. Cet ouvrage révèle un talent assez exceptionnel au niveau du dessin pur et dur ainsi qu'un sens aigu, précis, efficace et respectueux de l'adaptation.

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(clic sur les planches pour voir en plus grand)

L'univers de Lovecraft est vraiment particulier. Il a crée de toute pièce une mythologie entière constituée de monstres antédiluvien (les grands anciens dont le plus connu est Cthulhu) qui ont régné sur notre monde et n'attendent que de revenir sur Terre. On retrouve toujours au centre de ses histoires un groupe de personnes ou un personnage retiré(s) du monde qui compulse(nt) fiévreusement un des livres interdits inventés eux aussi de toute pièce par Lovecraft (le plus connu est le Nécronomicon) et cherche à nouer le contact avec les entités des mondes inférieurs. On navigue constamment entre délire paranoïaque, folie, satanisme, rituels ésotériques et l'horreur la plus indicible qui soit.

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Le présent ouvrage m'a permis de redécouvrir certains classiques du maître comme L'Appel de Cthulhu (un de ses textes les plus célèbres), Je suis d'ailleurs (relu en fin d'année dernière dans un recueil de nouvelles fantastiques), La Couleur tombée du ciel (un des plus angoissants) ou encore L'Abomination de Dunwich (un de mes récits préférés avec Dagon). J'ai aussi découvert quelques textes plus méconnus comme Le Molosse, Le Trou des sorcières ou encore Le Festival. Le résultat est le même quoiqu'il en soit, on frémit beaucoup et on ne peut qu'admirer le talent déployé par Lalia qui retranscrit à merveille l'univers et les personnages torturés de Lovecraft.

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Tour à tour vous entendrez des bruits suspects et terrifiants dans les murs, vous assisterez au réveil de grands anciens, suivrez la folie communicative de chercheurs mis au ban de l'université, explorerez des mondes parallèles au notre, plongerez dans les abîmes de la terre et bien plus encore. Le quotidien devient inquiétant, les lieux encore plus avec des illustrations bien gothiques de forêts, cimetières et autres universités. Même la ville deviendrait inquiétante au détour de la nouvelle Air froid, la ville qui est rarement le décor premier auquel on pense dans le genre. Vous n'échapperez pas pour autant aux cabanes isolées au fond des bois ou l'inévitable grande maison bourgeoise hantée! Les ambiances sont remarquablement traduites par un auteur manifestement amoureux du matériau originel et très soucieux de coller au maximum au plaisir de lecteur qu'il a du ressentir.

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C'est d'ailleurs une BD qui se regarde et se lit beaucoup. Les textes de Lovecraft envahissent largement les planches et contribuent à distiller la peur et l'étrange au détour de toutes les cases. Ainsi le côté littéraire (voir pompeux pour ses détracteurs) de Lovecraft est respecté et l'immersion est totale. Les dessins sont ultra-réalistes et très fournis en détails, idéal pour l'entreprise menée. La lente déstructuration des personnages et leur chute dans la folie sont très bien rendues, les passages plus fantastiques sont traités pas forcément de manière frontale, laissant l'imagination du lecteur faire le reste. Je trouve ce parti pris particulièrement judicieux quand on se frotte au fantastique, il est bon de laisser son esprit vagabonder entre mots / images de l'auteur et vision personnelle fantasmée. Rajoutez à cela que cette œuvre est admirablement reliée et éditée, vous obtenez en plus un très bel objet qui ornera fièrement votre Bdthèque.

Que dire de plus, si ce n'est que cet ouvrage est à mes yeux à classer dans les indispensables, que tous les amateurs du genre se doivent d'avoir au moins parcouru une fois. Très très beau cadeau en tout cas vers lequel je reviendrai régulièrement pour me procurer quelques frissons et angoisses supplémentaires. Un must parmi les must!

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lundi 2 février 2015

"Le Poison d'amour" de Eric-Emmanuel Schmitt

le poison d'amour

L'histoire: Quatre adolescentes de seize ans liées par un pacte d'amitié éternelle tiennent le journal de leur impatience, de leurs désirs, de leurs conquêtes et de leurs rêves. Comment éviter les désastres affectifs dont les parents donnent l'image quotidienne dans leur couple?
Hier encore des enfants, les voilà prises à entrer dans ce domaine mystérieux, cette folie qui peut les transformer en monstres.
Tandis qu'au lycée on s'apprête à jouer Roméo et Juliette, imprévisible et fatal, un drame se prépare...
Si tu ne m'aimes plus, c'est que tu ne m'as jamais aimé.

La critique de Mr K: Voici le second volet du diptyque sur la passion initié par Eric-Emmanuel Schmitt avec l'excellent L'Élixir d'amour, lu et adoré l'année dernière. Je suis passé à côté de celui-ci sorti aussi en 2014 (oui, Schmitt est très prolifique!), je me suis rattrapé en ce début d'année 2015 et j'ai bien fait! Décidément cet auteur ne m'a encore jamais déçu et Le Poison d'amour fait partie de ses pièces maîtresses d'une œuvre dense et de qualité.

Toute l'action se suit à travers les journaux intimes et quelques discussions textorisées de quatre amies unies comme les doigts de la main. C'est du moins ce que l'on pense pendant une bonne partie de l'ouvrage... Elles traversent les affres de l'adolescence, âge ingrat par excellence, et doivent composer leur avenir entre le lycée, l'amour et leurs aspirations futures. Julia, Colombe, Raphaëlle et Anouchka sont des jeunes filles de leur temps, plutôt issues d'un milieu bourgeois (le langage employé le sous-tend fortement) et vont expérimenter sur les 166 pages de ce roman bien des aspects de l'amour et de l'amitié.

Autant L'Élixir d'amour était lumineux, autant Le Poison d'amour est plus sombre et tendu. On sent au fil de notre lecture que les apparences sont trompeuses, qu'une menace sourde pèse sur l'univers de ces quatre filles en fleur, amies mais si différentes. Il y a Julia qui rêve d'être la star d'un soir à travers son rôle de Juliette dans l'immortelle œuvre de Shakespeare sur la passion et qui semble habitée par une obsession qui phagocyte ses rapports avec ses copines. Colombe découvre l'amour et ses développements parfois drolatiques, parfois dramatiques. Raphaëlle la plus garçonne du groupe va s'ouvrir à la féminité sans se douter que cela va bouleverser à jamais son existence. Quant à Anouchka, elle doit affronter la séparation de ses parents et se remettre en question. Si proches et si lointaines à la fois, les relations qu'elles ont tissées entre elles sont au centre d'un récit tortueux qui s'accélère dans la dernière partie dans une explosion de tension et de confusion, à l'image finalement de l'adolescence, terre des pulsions d'amour et de mort, d'Eros et de Thanatos.

Cette lecture s'est révélée magique et profondément marquante. Économie des mots, simplicité des formules, humanisme omniprésent et fraîcheur des personnages ont contribué à mon grand bonheur de lecteur. Très réaliste dans son traitement, l'auteur s'est révélé capable de retranscrire à merveille ce qui peut se passer dans la tête de nos ados qu'on adore aimer ou détester selon le contexte! Derrière une simplicité d'accès étalée en pleine page, on se surprend à prendre peur des implications de telle parole, de tel acte. L'intrigue se densifie, les questions se multiplient et honnêtement, je n'ai pu détacher mes yeux des pages avant la conclusion de l'histoire. L'addiction a été terrible et sublime à la fois. Terrible car l'aspect destructeur de la passion est ici disséqué et exposée dans toute sa cruauté, sublime devant tant de talent déployé et des personnages attachants au possible.

Franchement, une claque de plus à mon actif avec cet auteur qui n'en finit pas de me ravir à chaque lecture. Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

Egalement lus et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Evangile selon Pilate
- La Part de l'autre
- Oscar et la dame rose
- Crime parfait, Les Mauvaises Lectures : deux nouvelles à chute
- L'Elixir d'amour

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samedi 31 janvier 2015

"Au commencement était la vie" de Joyce Carol Oates

Au commencement était la vieL'histoire : Kathleen a onze ans.
Sa mère vient de les quitter pour disparaître à jamais. Son père, dans une crise de démence alcoolique, a battu à mort sa sœur Nola et blessé si grièvement la petite Kathleen qu'elle doit être hospitalisée. Un mois d'hôpital avant l'Assistance publique. Un mois vécu comme un rêve interrompu. Ce rêve, elle croit le reprendre en devenant infirmière et pense trouver le bonheur dans l'amour qu'elle voue à un médecin.
Mais le destin, dans une infernale et implacable logique, va la ramener au commencement de sa vie marquée par l'abandon et la mort.

La critique Nelfesque : De Joyce Carol Oates, je ne connaissais que "Délicieuses pourritures" que j'ai lu il y a 3 ans. J'avais adoré ce bouquin et quand je suis tombée sur "Au commencement étant la vie", j'ai tout de suite su à la lecture de la 4ème de couverture, que celui ci me plairait (sans parler du titre que je trouve superbe). Et bien c'est peu de le dire ! Et à la fin de ma lecture, je me suis empressée d'aller lire les résumés de tous les autres ouvrages de l'auteure (une bonne cinquantaine !) pour en mettre quelques autres dans ma wishlist.

Ce roman est vraiment une expérience émotionnelle. Ce n'est pas une simple lecture où on découvrirait pas à pas l'histoire de Kathleen, cette petite gamine de 11 ans faisant ses premiers pas vers l'âge adulte. C'est vraiment un coup de poing dans le bide.

Le roman commence très fort avec un premier chapitre à vous glacer le sang. Kathleen et sa jeune soeur sont victimes de la violence de leur père, un soir ordinaire. Outre l'atrocité de cette scène, l'issue fatale pousse le lecteur au bord de la nausée. Vraiment, je ne suis pas une petite nature et j'en ai lu des trucs affreux mais là ça va bien au delà. Comprenez que ce n'est pas tant dans les descriptions que l'auteure choque le lecteur mais plus dans ce qu'elle lui donne à ressentir. Nous sommes là témoin d'un moment clé de la vie de Kathleen qui va conditionner toutes ses années à venir.

Le dernier chapitre est en miroir avec ce dernier. Sans trop en dire, il laisse le lecteur dans le même état que quelques pages plus tôt. Entre les deux, la vie de Kathleen se déroule telle que la vie d'une personne brisée peut se dérouler. L'hôpital, l'orphelinat, les familles d'accueil, tel est le quotidien de Kathleen qui va peu à peu se forger une identité et tout faire pour être aimée. On s'attache à son personnage, on rêve pour elle, on croit en l'avenir comme elle, malgré tout. Cette gamine qui a mal commencé sa vie met énormément de soin à être aimable, à bien faire les choses, à donner une bonne impression, à s'appliquer dans le moindre de ses actes à chaque heure de sa vie, sans relâche. Trop peut être, trop sans doute, dans un monde où il est tellement plus facile de se gausser des êtres qui sont différents que de les aider.

J'ai lu ce roman de 150 pages d'une traite. J'en suis ressortie complètement sonnée. Abasourdie par la violence ordinaire présente dans ces quelques pages, hypnotisée par un destin que j'ai dévoré presque de façon malsaine, comme une voyeuse, et écoeurée par les choix de Kathleen impardonnables mais tellement compréhensibles... En fermant mon livre, j'étais mal, physiquement mal. Consciente d'avoir vécu une expérience littéraire hors du commun qui laisse des traces dans la vie d'un lecteur.

Je vous conseille vivement ce roman. Vraiment. Pour l'expérience, parce qu'il ne peut pas laisser indifférent, pour réveiller chez vous cette part d'humanité qui parfois dans le quotidien peut être cachée sous une couche de choses futiles accumulées avec le temps. Parce que la vie est belle souvent mais peut parfois se révéler être d'une laideur abjecte pour certains et qu'il ne faut pas l'oublier. Ne passez pas à côté de ce roman.

Egalement lu et chroniqué de la même auteure au Capharnaüm éclairé :
- Délicieuses pourritures

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jeudi 29 janvier 2015

"L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage" de Haruki Murakami

l'incolore tsukuru tazaki et ses années de pèlerinage

L'histoire: Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d'université jusqu'au mois de janvier de l'année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort.
À Nagoya, ils étaient cinq amis inséparables. L'un, Akamatsu, était surnommé Rouge; Ômi était Bleu; Shirane était Blanche et Kurono, Noire. Tsukuru Tazaki, lui, était sans couleur. Tsukuru est parti à Tokyo pour ses études; les autres sont restés.
Un jour, ils lui ont signifié qu'ils ne voulaient plus jamais le voir. Sans aucune explication. Lui-même n'en a pas cherché.
Pendant seize ans, Tsukuru a vécu comme Jonas dans le ventre de la baleine, comme un mort qui n'aurait pas encore compris qu'il était mort.
Il est devenu architecte, il dessine des gares.
Et puis Sara est entrée dans sa vie. Tsukuru l'intrigue mais elle le sent hors d'atteinte, comme séparé du monde par une frontière invisible.
Vivre sans amour n'est pas vivre. Alors, Tsukuru Tazaki va entamer son pèlerinage. À Nagoya. Et en Finlande. Pour confronter le passé et tenter de comprendre ce qui a brisé le cercle.

La critique de Mr K: Le Père Noël m'a fait un très beau cadeau avec le dernier Murakami, L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage. J'en avais beaucoup entendu parlé mais ma douce compagne m'avait dit de réfréner mes ardeurs et d'attendre au moins janvier avant de l'acquérir. Je peux maintenant vous l'avouer... Je crois que régulièrement, Nelfe est de mèche avec le Saint homme!

Au centre de l'histoire, on retrouve un jeune homme déboussolé et esseulé. Tsukuru Tazaki ne s'est jamais remis de sa rupture nette et sans explication avec ses quatre grands amis de lycée. Du jour au lendemain, ils refusent de le revoir et le jeune héros s'enfonce dans une déprime languissante de quelques mois. Puis, la vie fait son chemin, bien que profondément seul et effacé, il finit ses études et travaille. Sa vie se déroule sans surprise et sans réelle passion (à part son goût pour les chemins de fer) jusqu'à sa rencontre avec une femme qui va le pousser dans ses retranchements intérieurs et va l'obliger à bouger hors des lignes mentales qu'il s'est jusque là imposé. Commence alors une quête initiatique pour lever la vérité sur les raisons de cette rupture et lui permettre de découvrir sa vraie personnalité.

Ce livre est magnifique de bout en bout et décidément Murakami est à part et exceptionnel. Il y a tant de choses qui m'ont plu dans ce livre, tant d'émotion à fleur de peau, de finesse dans la caractérisation des personnages, tant de beauté larvée entre les mots et les phrases... Le style Murakami se fait ici encore plus abordable qu'à l'habitude avec un récit plus terre à terre qui ne verse à aucun moment dans la fantaisie ou le fantastique. L'exploration est concentrée sur l'humain, son ressenti, son évolution. Pas besoin pour autant d'être spécialiste en psychologie, le maître vous guide tranquillement sur les rivages intérieur de Tsukuru.

Ce personnage m'a profondément touché et ému tant il change durant les 368 pages du livre. Très vieux garçon au départ, il va peu à peu se découvrir grâce à l'entremise de Sara, une femme qu'il vient de rencontrer. Le plus remarquable est la manière dont Murakami peint la manière dont Tsukuru tombe amoureux. C'est puissant et simple à la fois. Rarement la naissance d'un amour aura été décrit avec autant de tact et de réussite. C'est un bonheur constant que de voir les sentiments de Tsukuru émerger et modifier en profondeur sa vision de la vie et de lui-même. Au cours de sa quête de vérité, il va aussi remettre en question ses certitudes quant à ses anciens amis qu'il va rencontrer un à un pour essayer de s'en sortir, de lever les blocages qui le gênent depuis si longtemps. Cela donne de très belles pages mêlant nostalgie et espoir, amitié et ressentiment... On est vraiment plongé au cœur d'un pèlerinage spirituel d'une rare intensité et qui éclabousse le lecteur par sa pureté et son cheminement.

Au final, j'ai littéralement dévoré cet ouvrage qui part bien des côtés (notamment les thématiques abordées) m'a fait penser à La Balade de l'impossible. Ce livre a réveillé des réflexions sur ma propre existence, mes expériences, mon ressenti et je l'ai refermé la gorge nouée par l'émotion. Une autre perle littéraire de Murakami!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "1Q84 : Livre I, Avril-Juin"
- "1Q84 : Livre II, Juillet - Septembre"
- "1Q84 : Livre III, Octobre - Décembre"
- "Kafka sur le rivage"
- "La Ballade de l'impossible"
- "Sommeil"
- "La Course au mouton sauvage"

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dimanche 25 janvier 2015

Une tentation nommée l'Abbé !

Je vous entends d'avance... Irrécupérables! Surtout Mr K! Pour ma défense, c'est Nelfe qui a insisté pour qu'on y aille (oui je sais, je suis une balance). Je ne m'attendais franchement pas à craquer autant car notre Emmaüs est en pleine reconstruction et la place réservée aux livres s'est réduite à la portion congrue. Mais voilà, le responsable du rayon est un gros malin et il s'est arrangé pour mixer ses vieilles acquisitions avec des nouveautés bien sympathiques qui vont une fois de plus exploser nos PAL. Je vous rassure, on arrive encore à marcher sans souci dans la maison et au rythme de lecture que je suis, le ratio est presque nul. Voici donc nos derniers adoptés!

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Les acquisitions de Mr K:

- Silo de Hugh Howey: Un roman prometteur à la lecture de la quatrième de couverture et précédé d'une belle réputation! Du post-apocalyptique enrobé d'une ambiance étouffante et paranoïaque. Je suis déjà dans sa lecture. Verdict à suivre dans les prochaines semaines!
- L'Orange mécanique d'Anthony Burgess: Jamais lu, quelle honte! Le tort sera levé d'ici quelques temps, j'ai hâte de tâter de ce livre dont l'adaptation de Stanley Kubrick m'a marqué à jamais.
- Cauchemar... cauchemars! de Jean-Pierre Andrevon: Le résumé est très intrigant avec cette histoire d'un jeune homme en totale perte de repères à la quête de son identité. Ça promet d'être une lecture bien barrée comme je les aime!
- Terre il faut mourir de James Blish: L'auteur du livre-culte Un cas de conscience nous propose ici un recueil de nouvelles autour de la disparition du berceau de l'humanité. On nous promet des récits ingénieux et profonds. Je vais vérifier cela!
- Les Visiteurs de Clifford D. Simak: Je ne peux décemment pas résister à un ouvrage de cet auteur pour qui j'ai une affection toute particulière. Il est ici question d'étranges apparitions extra-terrestres et d'enlèvements. Nous verrons bien où cela nous mène!

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- Lumière froide de Marvin Kaye et Parke Godwin: Une histoire de maison hantée dans laquelle vont pénétrer cinq personnes voulant percer les secrets du lieux. À priori, ils ne vont pas être déçus! J'espère qu'il en sera de même pour moi.
- Les Contes noirs du golf de Jean Ray: Mauvais golfeur devant l'éternel, Jean Ray règle ses comptes avec cette discipline sportive dans un recueil de nouvelles alternant les genres. Entre épouvante et facétie, l'auteur n'a pas su choisir. Très prometteur!
- Train perdu wagon mort de Jean-Bernard Pouy: Un livre bien noir écrit par une référence du genre ne se refuse pas. La preuve, il rejoint ma PAL et je pense pour pas longtemps! Mais pourquoi ce wagon et ses passagers se retrouvent-ils perdus au milieu de nulle part?
- Sans portes ni fenêtres de Peter Straub: Un jeune garçon cherche à manipuler son cadet pour se livrer à des expériences. Ce livre a l'air bien malsain et sa quatrième de couverture m'a fait penser au Jeu du jugement lu et apprécié l'année dernière. Wait and see!
- Les Neuf dragons de Michael Connelly: Une des dernières enquête d'Harry Bosch qu'il me reste à lire. Ça faisait trop longtemps que je ne l'avais pas pratiqué! Hâte d'y être aussi!

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- Le Club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia: Gros succès public, l'histoire ne disait rien à Nelfe. Je me suis laissé tenter, il n'est pas dans mes priorités mais vu le prix défiant toute concurrence, je trouvais dommage de passer à côté...
- Mort aux cons de Carl Aderhold: Un homme décide de supprimer tous les abrutis qui croisent son chemin, le défouloir prend vite les allures d'une mission. J'adore le postulat de départ et c'est un véritable coup de poker que cet achat!

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Les acquisitions de Nelfe :

- La Gifle de Christos Tsiolkas : Bon ok c'est un pavé de presque 600 pages mais qu'est ce que la série du même nom sur Arte m'avait plu ! On verra bien côté style littéraire. Je tente l'expérience ! 
- Fragiles de Philippe et Martine Delerm : Parce que dans la famille Delerm, je prends tout le monde: le père, la mère et le fils. Cet ouvrage écrit par Philippe Delerm et illustré par sa femme Martine sera une lecture rapide mais de qualité, je n'en doute pas.
- Les Dossiers du Canard : 1982 Les Dessins de l'An II : Parce que c'est mon année de naissance ! Et que nous sommes fidèles à ce journal.
- Sont absents de la photo de classe des magazines et patrons couture que j'ai eu pour une bouchée de pain. J'en parlerai dans un billet dédié à mes pérégrinations sewing quand je me serai décidé à ouvrir une catégorie dédiée ici...

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Il ne reste désormais plus qu'à les intégrer dans nos PAL et à les lire. Quand on pense en plus que nous n'en avons eu que pour seulement 20€, il aurait été vraiment dommage de se priver! Ceci explique en partie cela...

samedi 24 janvier 2015

"La dimension fantastique" volume 1, Anthologie présentée par Barbara Sadoul

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L'histoire: Fantômes, revenants, monstres, automates grinçants, objets menaçants, personnages aux pouvoirs surnaturels... Ils sont tous là! Ils approchent! Ce sont nos peurs qui se réveillent et prennent forme, grouillent et rampent à nos pieds... Entendez-vous les loups! Surgis de l'imagination des plus grands écrivains classiques et modernes, ces personnages sont éternels. Ils raniment, le temps d'une lecture, la magie mais aussi les terreurs de l'enfance.

La critique de Mr K: Cette anthologie parue aux éditions Librio est le premier tome d'une série de trois consacrée au genre très particulier de la nouvelle fantastique. Une fois de plus, c'est au cours d'une errance toute innocente chez l'abbé que je dégotai ce volume et ses deux petits frères, je me propose aujourd'hui de parler de l'aîné. Dans les semaines à venir viendront les deux suivants.

Auteur jeunesse, spécialiste du fantastique, comédienne et professeur de théâtre, Barbara Sadoul nous convie ici à un voyage fort en émotion dans les domaines du fantastique et ceci en terres littéraires françaises, allemandes et américaines notamment. Elle couvre donc un espace géographique large mais aussi une temporalité étendue depuis le XIXème siècle (âge d'or dans le domaine) au début du XXème siècle. À travers une préface courte et enlevée, elle plante le décor avec un mini-historique du genre et quelques références bien senties. Je ne suis pas forcément adepte de préfaces que je lis ou non selon l'humeur mais celle-ci a le mérite de bien nous préparer à la suite sans atermoiements inutiles.

L'ouvrage commence par la nouvelle L'Homme de sable de Hoffmann. Un échange épistolaire nous fait part d'une peur irraisonnée envers un croquemitaine qui erre dans la maison d'un des deux protagonistes. Rajoutez à cela un mystérieux horloger au sourire rapace et la folie qui gagne peu à peu un des personnages et vous obtenez un petit classique du genre quelques peu ampoulé dans le style mais diablement efficace dans sa phase finale. On enchaîne ensuite avec le texte culte de La Cafetière de Théophile Gautier d'ailleurs tombé à l'épreuve de français du DNB professionnel il y a deux ans. Un invité se retrouve plongé dans un univers fantasmagorique dans la chambre où il passe la nuit. Le style de Gautier se fait ici léger et inquiétant à souhait à travers une histoire allant crescendo. Un vrai bijou d'angoisse et d'immersion dans un quotidien devenant mystérieux.

On passe à l'inénarrable Edgar Allan Poe avec la nouvelle Le portrait ovale avec cette histoire de fascination poussée à l'extrême entre un jeune homme et un tableau bien étrange. Quelle idée lui a pris de se réfugier en pleine nuit d'orage dans ce château inhabité? Il y en a qui cherchent vraiment les ennuis! Très court, ce texte est d'une redoutable grâce mortifère et quand le passé ressurgit, le lecteur est littéralement cueilli. Une merveille de plus au chapelet de cette anthologie! Plus légère est l'histoire suivante Le Monstre vert de Gérard de Nerval où il est question d'une sarabande fantomatique de bouteilles et d'une engeance particulièrement monstrueuse. Pour ma part, je suis resté sur ma faim tant je n'ai pas été renversé par le style et l'histoire. Correct mais sans plus. On revient à du plus efficace avec La montre du doyen de Erckmann-Chatrian qui nous met aux prises avec une ville plongée dans la terreur par un mystérieux assassin qui frappe sans être inquiété. Une troupe de musiciens errants sert de bouc émissaire, le héros doit agir vite pour trouver le vrai coupable. On alterne ici scènes de vie et enquête policière, la peur n'apparait qu'en filigrane mais se révèle bien sentie au moment opportun. Un très beau texte qui m'a marqué et emporté.

Lu dans ma prime jeunesse, L'homme à la cervelle d'or d'Alphonse Daudet (elle fait partie des Lettres de mon moulin) a gardé tout son charme et sa poésie. Belle parabole sur le temps qui passe et sur l'avidité du genre humain, on a affaire ici à un fantastique plus merveilleux qu'effrayant et permet de faire une pause entre tueurs, spectres et créatures diverses qui peuplent l'ouvrage. Une très belle relecture qui me donne bien envie de relire l'ouvrage originel dont elle est issue. On embraye sur L'orgue du titan de George Sand. Lors d'un séjour en Auvergne, un organiste et son jeune apprenti vont vivre une expérience mystique près des roches Tuillières (que nous avons vu avec Nelfe lors d'un séjour estival il y a quelques années). J'ai été quelque peu déçu par le style de l'auteur que j'ai trouvé lourdaud et lent, sans pour autant densifier les tenants et aboutissants de l'histoire. Une mini-déception en somme! Dans Véra, Auguste Villiers de l'isle-Adam nous fait vivre l'effroi du veuvage, le héros n'arrive pas à surmonter la mort de sa tendre femme et vit dans l'illusion. Une très belle nouvelle qui mêle souffrance et folie de fort belle manière. Un beau coup de cœur pour ma part!

S'ensuit un classique de plus avec l'archi-connu La chevelure de Guy de Maupassant où un homme tombe sous la coupe d'une mystérieuse chevelure trouvée dans un meuble ancien. Plongée sans concession dans la folie tel que peut le faire le maître du genre, on a beau connaître l'histoire, le résultat est toujours là: un trésor de narration et d'intérêt. Un must dans le genre! On passe ensuite à Je suis d'ailleurs de mon chouchou américain H.P Lovecraft, histoire bien tordue d'un être non défini prisonnier d'un château et qui tente de découvrir un ailleurs plein de promesses en grimpant en haut d'une tour délabrée. Gare à la chute en fin de texte qui plonge le lecteur dans des interrogations sans fin! Sans doute, la plus belle claque de cet ouvrage malgré le fait que ce soit une fois de plus une relecture! Je le dis et je le répète, tout amateur de fantastique doit lire Lovecraft! On revient avec du plus classique dans son déroulé avec La Choucroute (mon plat préféré! Sic!) de Jean Ray, où le narrateur descend à un arrêt de gare mystérieux où il va être confronté à une ville fantôme où les choucroutes prennent feu! Dis comme cela, ça a l'air bien ringard mais l'effet est ici garanti avec une angoisse suintante à souhait et un final échevelé. Une belle surprise!

Seule incursion dans le fantastique faisant référence aux légendes locales, dans Le Meneur de loups, Claude Seignolle (un spécialiste du genre) nous entraîne dans un hiver bien rigoureux et dans une famille de pauvres paysans qui va recevoir la visite d'un mystérieux berger dont le troupeau est peu recommandable. Cette nouvelle est un petit bonheur de rusticité, de peurs ancestrales, de rencontre mystérieuse avec un final surprenant et très humain. Pour clôturer ce premier volume, Richard Matheson et sa nouvelle Escamotage est idéale. Un homme voit peu à peu son univers familier disparaître. Belle ambiance schizophrénique avec un texte qui fait la part belle à l'incompréhension et la paranoïa. Sans doute la plus flippante des nouvelles, servie par un style toujours aussi économique en mot mais très efficace.

Vous l'avez compris, ce fut une très agréable lecture qui fait la part belle à la redécouverte de textes essentiels. Très peu de déceptions (deux petites) et une atmosphère qui baigne le lecteur bien après avoir refermé cet ouvrage. Il propose un très bon premier contact avec un genre toujours aussi fascinant et apprécié des jeunes. Il conviendra très bien aussi aux néo-lecteurs et aux fans absolus du genre qui veulent se replonger avec délice dans leurs souvenirs! J'ai déjà lu le volume deux et je peux déjà vous dire qu'il est du même acabit. Chronique à suivre!