samedi 2 mai 2015

"Les Déferlantes" de Claudie Gallay

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L'histoire: La première fois que j'ai vu Lambert, c'était le jour de la grande tempête. Le ciel était noir, très bas, ça cognait déjà fort au large. Il était arrivé un peu après moi et il s'était assis en terrasse, une table en plein vent. Avec le soleil en face, il grimaçait, on aurait dit qu'il pleurait. C'est à La Hague – un bout du monde à la pointe du Cotentin – que la narratrice est venue se réfugier. Elle arpente les landes, observe les oiseaux migrateurs… et Lambert, homme mystérieux et tourmenté aperçu un jour de tempête, et qui n'a cessé depuis lors d'éveiller sa curiosité.

La critique de Mr K: Aujourd'hui un livre qui a fait couler beaucoup d'encre. Mon premier contact avec lui a eu lieu par hasard lors du passage de l'épreuve de français du Diplôme National du Brevet version Professionnelle d'il y a trois ans. Un extrait de ce récit était proposé aux candidats pour la partie analyse de texte et j'avais trouvé le style assez étonnant et rafraîchissant. Le temps a passé et j'ai lu ici ou là des avis très partagés sur ce roman fleuve (540 pages tout de même!) de Claudie Gallay. Beaucoup ont adoré et ont trouvé Les Déferlantes immersif au possible, beaucoup ont aussi arrêté en cours de route ayant eu l'impression de perdre leur temps… Emmaüs avait encore frappé l'année dernière et une amie avait vraiment dévoré ce livre, je décidai donc de tenter à mon tour l'expérience.

La narratrice se trouve dans un petit villa de bord de mer dans le Contentin. Seulement entourée de la Nature sauvage et de personnalités du secteur, elle surnage dans sa vie devenue inutile selon elle depuis la disparition de son compagnon. Très pudique, c'est une taiseuse, elle ne s'épanche pas et vit simplement, de façon contemplative, observant les gens comme elle observe les oiseaux (c'est son métier). Le temps s'écoule lentement, sans surprise, dans une monotonie morne mais rassurante pour cette femme convalescente. Un jour, elle fait la rencontre de Lambert, un homme étrange, secret (un peu comme elle) qui va faire ressurgir du passé des événements dramatiques et changer à jamais les rapports de la petite communauté locale.

Pour ma part, j'ai été happé immédiatement par ce roman. Le rythme est très lent certes, il se calque sur la nature de son héroïne et on se balade lentement sur la côte, on suit le quotidien du petit bar du coin, du faible d'esprit qui retape un vieux bateau, on observe la nidification des oiseaux, le travail d'un sculpteur au succès à venir… il ne se passe pas pas grand chose mais il se dégage un magnétisme certain de cette histoire plutôt banale au prime abord. Mais plus on s'enfonce dans le récit, plus on se rend compte que par petite touche l'héroïne évolue, sort de sa coquille pour s'intéresser aux autres puis à Lambert. D'où vient-il? Quelle est la nature du drame qu'il a vécu? Quel secret va-t-il découvrir? L'omerta est de mise dans la petite communauté de La Hague, les rancunes sont tenaces, la jalousie et les remords aussi.

Entre deux expéditions sur la côte pour son travail, l'héroïne au détour d'un coup au bar ou d'une soirée jeu de cartes va s'apercevoir que tout ce petit monde est lié par des liens plus ou moins visibles et avouables. L'apparence simplicité des rapports humains cache un vécu rude et souvent solitaire. Cela fait écho avec son propre vécu et son rapprochement progressif avec Lambert va lui permettre d'enfin pouvoir essayer de passer à quelque chose d'autre. Elle devra pour cela lever quelques mystères et se faire violence. Beau parcours que celui de la narratrice, une personnalité éteinte révélée par le prisme des autres protagonistes.

L'écriture est vraiment particulière et elle ne plaira pas à tout le monde. Texte descriptif à souhait entre nature et sentiments profonds, les phrases sont ici courtes et lapidaires. Elles rebondissent de mots en mots, le rythme est haché et assez déconcertant pour qui est habitué à lire des romans plus classiques. J'ai bien aimé ce caractère d'urgence, cette tension accumulée par les différents protagonistes et l'écriture la rend à merveille. Ce roman se lit effectivement très rapidement et d'une traite comme le proclame la quatrième de couverture et on a l'esprit qui chavire au fil des secrets qui s'éventent et des révélations. J'ai aimé aussi cette immersion totale dans ce microcosme replié sur lui-même à la fois froid, accueillant et autosuffisant. Par moment, certains personnages partent pour reprendre leur souffle mais ils ne tardent jamais vraiment à revenir comme hypnotisés par les lieux. Ça m'a presque donné envie d'aller y faire un tour pour aller voir le phare, l'auberge et l'île d'Aurigny.

Une excellente lecture que je ne peux que conseiller aux amateurs de grand air et d'histoires intimistes!

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vendredi 1 mai 2015

"Fidèle au poste" de Amélie Antoine

fidèleauposteL'histoire : Mai 2013, Saint-Malo. Chloé et Gabriel forment un couple uni. Mais tout bascule lorsque Chloé disparaît brutalement. Gabriel tente alors de continuer à vivre, et il fait la rencontre d’Emma, une photographe venue s'installer dans la ville.
Mais Chloé s'est-elle véritablement volatilisée ?
Emma est-elle vraiment celle qu’elle semble être ?
Et si la réalité n'était pas telle que le jeune veuf la voit ?

La critique Nelfesque : Une lecture malouine ! Quelle bonne idée ! En tant que bretons, nous ne pouvions refuser la proposition d'Amélie Antoine, de lire son roman disponible en ebook et format papier.

"Fidèle au poste" est un roman étonnant et qui cache bien son jeu. Je ne suis pas une adepte de ce genre d'histoires que je classe facilement dans les bleuettes faciles et sans âme, aussi vite oubliées que lues (oui je sais c'est mal !), et il faut bien avouer que cet ouvrage ne révolutionne pas la littérature. Un homme qui perd sa femme, c'est triste. Un jeune couple qui se voit séparer par le destin, c'est triste. Comment vivre lorsque son amour s'en est allé ? C'est triste ...

Ce roman est construit d'une façon très particulière, le narrateur changeant à chaque chapitre. Ainsi le lecteur est tour à tour en compagnie de Gabriel, fraîchement veuf, Chloé, fraîchement morte et plus tard, Emma, fraîchement débarquée à Saint Malo. Nous suivons donc les "vies" et ressentis de ces 3 personnages et, à ce stade du roman, les chapitres consacrés à Chloé m'ont fait penser à du Van Cauwelaert. En effet celle ci est spectatrice du deuil de Gabriel, telle une âme qui ne pourrait s'envoler. Ca se lit facilement, c'est mignon, un peu trop conventionnel à mon goût mais pas de quoi crier au scandale pour autant.

Cependant, force est de constater que "Fidèle au poste" a un petit plus qui a su me charmer. Par un habile retournement de situation à mi-roman, l'auteure surprend son lecteur et donne une autre dimension à son oeuvre. Je ne vous dirai pas ce qu'il en est, ce serait dommage de vous gâcher la surprise mais en même temps il est très difficile de parler de l'histoire dans son ensemble sans évoquer ce revirement.

Le roman change alors de tournure et j'ai beaucoup plus accroché à cette seconde partie qui, en plus d'être bien ficelée, mène le lecteur à une réflexion et à une vraie critique ("Critique de quoi ?" Ah ben je peux pas t'en dire plus !). C'est malin, bien amené et l'idée étant exploitée vraiment jusqu'au bout avec un final machiavélique, l'adepte de roman noir que je suis ne peut qu'applaudir des deux mains.

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"Fidèle au poste" est un roman en deux temps. Avec cet ouvrage, Amélie Antoine nous livre une histoire à la fois fraîche, dramatique et noire qui donne à voir différente facette de sa plume. Une lecture courte mais efficace que je vous conseille et une auteure que je suivrai à l'avenir.

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mercredi 29 avril 2015

"Les Vieilles" de Pascale Gautier

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L'histoire: Il y en a une qui prie, une autre qui parle à son chat, et certaines qui regardent les voisines de haut en buvant leur thé infect. Leurs maris ont tous disparu. Elles sont vieilles, certes, mais savent qu'elles pourraient bien rester en vie une ou deux décennies encore, dans ce pays où il n'est pas rare de devenir centenaire. Alors elles passent leur temps chez le coiffeur, à boire et à jouer au Scrabble, à essayer de comprendre comment fonctionne un téléphone, à s'offusquer de l'évolution des mœurs… Elles savent que le monde bouge, mais comment changer, à leur âge? Aussi l'arrivée de Nicole, une "jeunesse" qui entame tout juste sa retraite, et l'annonce d'une catastrophe imminente vont perturber leur quotidien.

La critique de Mr K: Une lecture bien rafraîchissante aujourd'hui avec cette chronique douce-amère du quotidien de quelques mamies d'aujourd'hui. Attention, la couverture est trompeuse, on est loin d'être dans une œuvre comique, je l'ai même trouvé très rude par moment. De plus, ne vous attendez pas à l'abattage d'idées reçues annoncé au dos, ça fait peut-être vendre mais ce n'est pas le cas. Pour autant, j'ai passé un très bon moment en compagnie de Mauricette, Lucette, Régine, Nicole et consorts.

Dans la commune du Trou, 90% de la population est à la retraite. Il y fait beau 365 jours par an comme proclamé à l'office du tourisme et l'héliotropisme fonctionne à plein, c'est le rêve pour couler une douce retraite loin de l'agitation et du mauvais temps. Les jeunes sont partis depuis longtemps et les actifs travaillent dans le commerce, les services de santé et… les pompes funèbres qui tournent à plein régime (spéciale dédicace à l'employé complètement givré du Crématorium). Au fil des chapitres, nous rentrons dans la vie de tous les jours de petites vieilles très différentes, aux parcours de vie dissemblables au possible et au caractère bien trempé. Leur point commun: plus d'homme à la maison, elles ont toutes veuves! Je vous jure que pour un lecteur-garçon ça fait tout drôle, on sent presque le souffle de la Mort sur la joue vous disant: Voilà ce qui t'attend mon petit gars!

La vie de chacune des mamies est bien réglées entre parties de Scrabble endiablées (si si, c'est possible et on rit beaucoup!), popote pour soi et son chat, réflexion sur la Mort, sur Dieu, commérages et ragots autour d'un bon thé, abrutissement devant la télévision, petit tour en voiture, repas de famille le dimanche et autres activités. Tout est bousculé par l'arrivée de Nicole, la néo-retraitée qui intrigue de part sa jeunesse et ses manières quelques peu différentes. Rajoutez là-dessus une menace venue de l'espace annonçant la fin du monde de manière imminente et vous obtenez un bon effet shaker sur ces bonnes vieilles âmes et des moments d'anthologie. Chacun réagissant un peu comme il peut dans ce genre de cas, cela va aller du grand n'importe quoi aux réactions les plus stoïques.

Comme dit auparavant, ce livre ne s'apparente pas à une comédie pure, loin de là. Certes, il y a des moments drôles comme la partie de Scrabble, le regard que porte les vieilles sur le Don Juan de 90 ans du quartier qui lorgne la petite nouvelle, la vision du chat Mitsou sur sa maîtresse et ses voisines… mais j'ai trouvé l'ensemble plutôt mortifère et mélancolique. La grande faucheuse est omniprésente dans les pensées des personnages, elles ne sont plus de la prime jeunesse et chacune la conçoit différemment. Il y a celle que le grand sommeil terrorise et qui cherche par tous les moyens à ne pas y penser, une autre cherche son réconfort dans sa foi et la promesse d'un au-delà radieux (c'est pas gagné avec le curé intégriste qui préside aux messes auxquelles elle participe), une autre s'en contre-fiche, enfin une autre y voit l’occasion d'être débarrassée de son abominable belle-fille. L'atmosphère est donc lourde et la nostalgie des temps passés de leur jeunesse dorée envahit le lecteur attristé par ce sentiment de solitude et de délaissement qui transparaît chez ces petites vieilles attachantes bien que certaines soient assez imbuvables dans le genre (il y en a notamment une qui est l'incarnation de la misanthropie la plus profonde). Chacun je pense y trouvera des aspects de sa propre vie et ce livre éclaire quelque peu les relations que l'on peut tisser ou avoir tissé avec nos anciens. La vérité est parfois dure à accepter mais c'est la vie comme se plaît à le répéter une de nos héroïnes.

Au final, c'est une lecture touchante que ce livre qui ne brille pas vraiment par son style (l'écriture est plutôt banale avec quelques passages de haute volée tout de même) mais plus par son esprit caustique et profond dans son exploration de la psyché de ces chères petites vieilles. On passe donc un bon moment entre tendresse et profonde mélancolie. De bonnes tranches de vie que je vous conseille de découvrir pour passer un moment agréable, sensible et touchant.

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mardi 28 avril 2015

"Billets d'Amour" de Roman Ronzeau

billets-damourL'histoire : "J'étais métamorphosé, mon comportement devenait erratique. On voulait tout le temps être collés, ne plus faire qu'un avec l'autre.
J'avais été frappé par le Grand Amour.
J'étais perdu."

La critique Nelfesque : Mr K m'a offert "Billets d'Amour" de Romain Ronzeau pour mon anniversaire. Aussitôt reçu, aussitôt lu : elle n'a pas fait long feu !

En voyant le titre et la quatrième de couverture, je me suis demandée quelle mouche avait piqué Mr K pour m'offrir une BD aussi cucul. Ce n'est pas vraiment notre genre de faire passer des messages par cadeaux interposés et encore moins le mien de faire dans la guimauve alors pensez bien qu'avec un bouquin rose contenant le mot "amour" dans le titre, j'étais méfiante. Et puis j'ai ouvert l'ouvrage, découvert que Romain Ronzeau officiait sur son blog depuis de nombreuses années et je me suis laissée prendre par cette douce dinguerie !

"Doux dingue", c'est exactement l'expression qui qualifie ce recueil de billets de blog. Des petites histoires courtes d'1 à 7 pages qui retracent la rencontre et les débuts de relation de Romain avec sa copine. C'est tendre, c'est frais et c'est surtout très drôle. Dans de telles conditions, oui, ok, je veux bien lire un bouquin rose avec le mot "amour" dans le titre !

Pourtant grande adepte des blogs BD, tels que celui de Boulet, Pénélope Bagieu, Diglee, Margaux Motin, Reno entre autres, je ne connaissais pas Romain, erreur réparée depuis. Je suis plus que ravie de l'avoir découvert puisque son style et son ton correspond tout à fait à ce que j'aime. Merci Mr K !

Dans ce recueil, nous sommes dans le futur où Romain a deux enfants, ados scotchés à leurs tablettes / smartphones. Pour la énième fois, il s'aventure à leur raconter ses débuts avec leur mère ce qui a le don de les saouler. Ce postulat de départ est prétexte pour revenir sur diverses anecdotes de sa vie amoureuse. Des petits détails que nous avons tous vécu en couple, l'exacte copie ou quelque chose s'en rapprochant. Je me suis totalement retrouvée dans ces petites histoires, parfois du côté de Romain, parfois du côté de son amie.

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Le personnage de Kritix Girls par exemple est moi tout craché (et bon nombre de nanas avec leurs mecs (mais que voulez-vous amis hommes, c'est parce qu'on vous aime et qu'on veut que vous soyez au top de vos capacités !)). D'ailleurs en parlant de vous, il y a quelques bonnes planches sur la mauvaise foi masculine... Ne vous inquiétez pas, on en prend aussi pour notre grade avec nos lubies complètement farfelues. Quelques pages plus loin, ce sont les soirées séries qui ne peuvent que faire écho à notre propre addiction. Les tasses attitrées pour boire le thé et qu'un jour fatalement il va falloir prêter, l'enfilage de couette moment redouté de toute personne aimant se prélasser dans son lit... autant de choses du quotidien que nous avons aussi vécu. Et comment ne pas penser à nous lors de la présentation du syndrome Télérama, nous qui depuis des années décortiquons ici même les films que nous allons voir au cinéma !

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"Cela fait beaucoup de clichés tout de même !" pourriez-vous penser. Pas sûre. Fatalement puisque parfois inconsciemment, et alors que l'idée même nous rebute, nos vies n'ont rien d'originales et ressemblent à celles de milliers d'autres personnes (oui je sais c'est dur...). Romain racontant ici des anecdotes tout à fait personnelles, cela ne peut que nous sauter aux yeux. Et pourtant il flotte entre ces pages, comme dans nos histoires de couple, des petites choses personnelles, liées à nos personnalités, à nos histoires vécues. Des réactions singulières qui font sauter l'idée de clichés et rendent uniques nos relations.

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Il n'y a d'ailleurs pas que de l'humour entre ces pages, bien que ce soit cette dimension là qui m'ait le plus plu ici. Il y a aussi beaucoup de poésie et d'amour avec des petits moments volés et suspendus où l'on parcourt les dessins le sourire aux lèvres.

Cette BD, très centrée sur le couple puisque c'en est le sujet principal, présente aussi quelques planches sur des sujets plus généraux faisant partis de notre quotidien tels que la presse et ses marronniers. Comme quoi être en couple, c'est aussi s'ouvrir aux autres et à la neige qui tombe en plein hiver sur Paris (dingue !!! ). C'est aussi l'occasion pour Romain Ronzeau de partager avec nous ses planches des 24 heures de la BD.

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Bien que Romain ait son propre style, je n'ai pu m'empêcher de penser à Boulet dans certaines cases que ce soit au niveau du dessin (comme ce personnage désintégrant une bouteille en plastique) ou au niveau du fond (comme cette BD post apocalyptique se déroulant dans les WC et que je vous laisse découvrir). Ce n'est pas une critique, loin de là, j'adore Boulet. Boulet est mon Dieu ! (voilà, ça, c'est dit !).

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Vous l'avez compris, "Billets d'Amour" est un ouvrage qui m'a beaucoup plu et qui plaira, à n'en pas douter, aux personnes de ma génération (grosso modo de 1975 à 85) qui sont restés des grands enfants. Une BD qui a du coeur. Pleine de tendresse et d'autodérision. Merci Romain !

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dimanche 26 avril 2015

"Le Jardin des pendus" de Ian Rankin

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L'histoire: Le Gros Cafferty, chef de la pègre d'Édimbourg, est sous les verrous. Mais d'autres malfrats veulent profiter de l'opportunité pour s'emparer de ce juteux territoire. Faut-il laisser les loups se dévorer entre eux? L'inspecteur Rébus n'est pas loin de le penser. Pourtant, lorsque sa propre fille se fait écraser par un chauffard et qu'une jeune Yougoslave échappée d'un réseau de prostitution demande sa protection, Rébus n'a plus le choix… Entre secrets d'État et criminalité organisée, l'inspecteur va mener l'enquête la plus éprouvante de sa carrière.

La critique de Mr K: Qu'il est bon de replonger dans le Edimbourg crépusculaire cher à l'inspecteur Rébus et à Ian Rankin. Ça faisait déjà un an que je n'y étais pas retourné, mauvais lecteur que je suis! Heureusement, un hasard heureux a voulu que je réussisse à dégoter le présent volume qui me permettra de faire le lien avec trois autres romans qui se suivent. Ce Jardin des pendus est en plus précédé d'une excellent réputation sur la blogosphère et auréolé du Prix du meilleur Polar étranger du festival de Films policier de Cognac en 2003. Inutile de vous dire alors que je partais très optimiste et que je n'ai pas été déçu.

Le sort s'acharne sur Rébus dans cette enquête multiforme. Il n'a pas le temps de se féliciter d'avoir mis derrière les barreaux le chef de la pègre d'Édimbourg (Cafferty) que déjà des bandes rivales placent leur pions pour essayer de grignoter le territoire laissé à l'abandon: intimidations, coups de force, apparition de nouveaux trafics (drogue, prostitution) et même des yakuzas japonais qui semblent s'intéresser à ce marché en devenir que représente l'Écosse. Rajoutez à cela sa fille victime d'un accident, plongée dans le coma et un personnage énigmatique, accusé de crime contre l'humanité qui coule une retraite paisible en Écosse et vous vous retrouvez face à un roman très dense ou notre pauvre inspecteur déjà bien abîmé par la vie va devoir affronter ses limites, sa morale et sa hiérarchie.

Dense et long (environ 500 pages), ce roman ne s'en lit pour autant pas plus lentement tellement le lecteur est pris en otage par le sens du suspens et du récit de Rankin. Rébus reste fidèle à lui-même, à la différence qu'il est en plein sevrage alcoolique (son gros souci récurrent). Cela le montre plus fragile, plus alerte aussi en terme de ressenti et nous le rend encore plus sympathique. C'est véritablement le monde qui s'effondre lorsque Sammy (sa fille) se retrouve entre la vie et la mort. Pourtant, comme à son habitude, il se réfugie dans le travail, se cache derrière ses responsabilités au mépris de ses proches (son mariage raté ne lui a pas servi de leçon). Il peut cependant compter sur son ami Jack qui l'a aidé à arrêter la boisson et sur la charmante Patience, une ancienne amante pour qui il garde une tendresse particulière -elle aussi d'ailleurs-. Rankin au détour de ce volume nous livre une clef de la psyché de son héros à travers un événement peu reluisant de sa jeunesse, du temps où il appartenait encore à l'armée anglaise. Mise en perspective avec toutes mes lectures précédentes, cela donne encore plus de relief à ce personnage si complexe et torturé. Vous lirez dans ce volume des passages d'une grande tristesse et la mélancolie s'installera durablement, croyez-moi.

On explore une fois de plus une Écosse peu reluisante. On fait connaissance notamment avec une bande de jeunes loups aux dents longues ne reculant devant rien pour se faire une place au soleil. Cela donne une galerie de personnages peu recommandables se croyant au dessus des lois et totalement désinhibés. On se prend à s'agacer puis à s'énerver face à ces petites frappes qui n'hésitent pas à narguer la police. On retrouve aussi des gros poissons du crime organisé qui manipulent à la fois ces jeunes pousses et la police. Cette dernière ne lâche pour autant pas le morceau, patauge pas mal et finira (grâce à Rébus) à prendre les malfrats à leur propre piège. Peu de place pour l'espoir donc dans ce roman avec un héros qui accuse le coup et des malfaiteurs bien retors. Reste quelques passages obligés au pub pour un peu de chaleur et encore…

Plusieurs trames se chevauchent et s'entrecroisent dans cette enquête aux ramifications nombreuses et parfois étonnantes. Loin de se contenter de recettes éculées, Rankin s'amuse à multiplier les fausses pistes. Le lecteur est donc régulièrement égaré puis repris par un énième rebondissement qui semble mener Rébus à la solution. Cette dernière n'arrive finalement qu'au dernier instant, de façon lapidaire et brutale. Rien à redire, l'effet est garanti et l'amateur que je suis à encore été conquis. Vous l'avez compris, quitte à me répéter, il faut lire Rankin pour son talent d'écrivain policier vraiment efficace et son humanité qui se traduit en premier lieu par l’inspecteur Rébus au charisme incroyable et intact.

Lu et chroniqué au Capharnaüm éclairé:
"Nom de code: Witch"
"Le fond de l'enfer"
"Rebus et le loup-garou de Londres"
- "L'Étrangleur d'Edimbourg"
- "La Mort dans l'âme"

 

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vendredi 24 avril 2015

"X" de J.J. Connolly

connolly xL'histoire : X est un dealer londonien anonyme et qui tient à le rester : dans son milieu, la notoriété relève en effet de la faute professionnelle. Et des fautes professionnelles, X veille soigneusement à n’en commettre aucune. Il se contente d’être un intermédiaire, ce qui lui évite de fréquenter la rue et ses camés trop bavards, il ne flambe pas, préférant rester discret sous ses allures d’homme d’affaires. La pègre le tient en haute estime pour son intelligence et sa rigueur. Sachant qu’on ne fait en général pas de vieux os dans le business, X met le maximum d’argent de côté pour pouvoir prendre le large le jour de ses 30 ans. Il en a 29 et il ne lui reste plus que quelques semaines à tirer quand son boss, le mafieux Jimmy Price, lui demande un dernier service qui va bouleverser la donne d’une manière fort inattendue.

La critique Nelfesque : Retour en terres Sonatine que j'affectionne tout particulièrement avec cet énigmatique "X" de J.J. Connolly. Alors attention, ne pas confondre avec Michael Connelly ou encore avec John Connolly, ce qui fut mon cas au début de cette lecture. Et oui, méfiez-vous, dans le cas présent, il y a bien deux J ! Mais revenons à nos moutons, blancs comme la coke qui circule dans ce roman !

"X" est le premier ouvrage de J.J. et accrochez-vous à vos baskets parce qu'il est très réussi. Véritable immersion dans le monde de la drogue et de la mafia londonienne, il est sans concession et décoiffe littéralement le lecteur. Gouaille, jargon mafieux, quiproquos, tension : tout y est.

Avec une juste dose d'humour et de sauce polar, J.J. Connolly fait une entrée remarquée dans le monde littéraire. De mon côté j'ai savouré chaque scène, chaque réplique et la façon qu'à X de gérer les situations, sans cesse sur le fil. Car X, ok il aime son "boulot", il est même plutôt très bon dans son domaine et tout le monde salue son professionnalisme mais il faut avouer qu'il fait un travail quelque peu risqué et voudrait bien prendre sa retraite avant de se faire coffrer. Dans le domaine de la drogue où détournements, meurtres et délations sont monnaie courante, si une porte de sortie avec à la clé un petit oreiller bien rempli pour poser sa tête le restant de sa vie se profile, il faut savoir l'ouvrir. Oui mais voilà, quand un baron de la mafia vous confie une dernière mission qu'il vous présente comme un service personnel, comment refuser ? X se retrouve alors embarqué dans une histoire de fugue / kidnapping sur fond de junkies, de cramés de la tête et de mafia allemande. Tout un programme !

Tour à tour, nous faisons la connaissance de chaque membre de l'organisation, du grand parrain au petit sbire de quartier. Ma préférence va pour Mort, un gars fidèle et loyal mais qui peut péter un plomb à tout moment. Un bon gros taré à qui il vaut mieux ne pas lancer le mauvais regard. Mais à qui peut-on vraiment se fier ? Des hommes tels que Mort capables du meilleur comme du pire ou des parrains de la mafia paternalistes et protecteurs ? X va l'apprendre à ses dépends dans ces 440 pages que constituent ce roman.

L'écriture de J.J. Connolly est parfaite pour ce style d'histoire. Concise, précise, rythmée, elle nous entraîne dans un monde où tout va trop vite et où il faut réagir sans attendre. Cette urgence de chaque instant, ce besoin de dynamisme, le lecteur le perçoit sans difficulté et est pris dans un tourbillon d'actions / réactions. X devient un pote qu'on a envie de voir s'en sortir indemne et ce malgré son CV de gars peu fréquentable.

Vous l'aurez compris, "X" est une belle surprise et un roman à 100 à l'heure qui tient en haleine le lecteur avide de sexe, drogue et rock'n'roll. Une oeuvre à lire si vous aussi vous aimez les romans qui vont droit au but, sans fioriture et avec efficacité ! On en redemande !

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mardi 21 avril 2015

"La Belgariade" de David Eddings

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L'histoire: Et les dieux créèrent l'homme, et chaque dieu choisit son peuple. Ah! Que le monde était jeune, que les mystères étaient limpides! Mais Torak, le dieu jaloux, vola l'orbe d'Aldur, le joyau vivant façonné par l'aîné des dieux, et ce fut la guerre. Le félon fut châtié; à Cthol Mishrak, la Cité de la Nuit, il dort toujours d'un long sommeil hanté par la souffrance. Le fleuve des siècles a passé sur les royaumes du Ponant. Les livres des présages ne parlent plus qu'aux initiés, mais ils sont formels: Torak va s'éveiller. Et justement l'Orbe disparaît pour la seconde fois. Que le maudit la trouve à son réveil et il établira son empire sur toute choses. Belgarath le sorcier parviendra-t-il à conjurer le sort? Dans cette partie d'échecs cosmique, il a réussi à préserver une pièce maîtresse: le dernier descendant des gardiens de l'Orbe, désigné par les présages, mais qui n'est encore qu'un petit garçon jeté sur les routes par une venteuse nuit d'automne. Un simple pion, et si vulnérable…

La critique de Mr K: Chronique un peu particulière aujourd'hui avec un cycle entier lu durant nos dernières vacances en Thaïlande lors des escales prolongées en aéroports moyen-orientaux ou encore sur le sable de plages paradisiaques du sud-est asiatique. J'avais dégoté à un prix défiant toute concurrence La Belgariade ainsi que sa suite La Mallorée lors d'une énième escapade chineuse. Belle intuition que fut la mienne en achetant cette décalogie tant cette première partie s'est révélée à la fois dense en terme de rebondissements et dotée de qualités scripturales indéniables procurant un bon plaisir de lecture.

La Belgariade compte cinq romans:

- Le Pion blanc des présages
- La Reine des sortilèges
- Le Gambit du magicien
- La Tour des maléfices
- La Fin de partie de l'enchanteur

À la base de cette épopée fabuleuse, une prophétie annonçant le retour d'un dieu fou et mégalomane. Pour l'arrêter, un être innocent issu d'une dynastie disparue depuis fort longtemps. Je vous l'accorde rien de particulièrement innovateur dans le pitch de départ mais n'oublions pas que nous sommes dans le genre fantasy qui n’est pas réputé pour son originalité de manière générale. Le jeune Garion se retrouve très vite plongé dans une aventure à nulle autre pareille pour l'assistant de cuisine qu'il était jusque là. Commence alors le long chemin vers l'âge adulte avec son lot de désillusions et de révélations. Il devra accepter ce qu'il est, dompter les pouvoirs enfouis qui dorment en lui et accomplir sa destinée qui est peu commune.

Pour mener à bien cette quête, il va s'entourer de personnages hauts en couleurs qui vont chacun à leur manière l'aider: sa tante Pol qui cache bien des secrets, le conteur Belgarath qui s'avère être un sorcier pluri-millénaire, un marchand-voyageur à la gouaille inextinguible, une princesse incendiaire au charme fou, un forgeron à l'âme pure comme le cristal, un fanatique passe-muraille, une voix intérieure à la fois impérieuse et bienveillante et bien d'autres encore… dont un homme parlant aux chevaux, une montagne de muscle au cœur d'or, un archer juvénile et niais, ou encore un chevalier sans peur et sans reproche assailli par le doute. Sacré équipe qui aura fort à faire aux forces du Mal.

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Mais que de circonvolutions scénaristiques avant d'arriver à l'acte final! Une carte est fournie avec chaque volume ce qui n'est pas plus mal, vu le chemin parcouru par les protagonistes. Un peu à, la manière du Seigneur des anneaux ou encore la saga du Trône de fer, le lecteur se plaît à suivre le parcours des héros à travers monts et vallées, marécages spongieux, plaines arides, côtes sauvages et inhospitalières, souterrains secrets, villes tentaculaires… On partage notre temps entre évocation de souvenirs, récit de voyage pur (on en visite des auberges, lieu obligé dans le genre!) et moultes périls affrontés. On croise beaucoup d'êtres humains vivants selon des croyances et des coutumes bien différentes selon le dieu qu'ils servent (Arendais, Marags, Sendariens et consorts). Cela donne lieu à des frictions mais aussi parfois à des rapprochements surprenants symbolisés par la communauté entourant Garion (ça flirte bon avec une certaine communauté de l'Anneau tout cela!). En face d'eux, ils affronteront nombre de périls comme une reine-serpent des plus retorse, des brigands, les Murgos ensorceleurs de Torak, les fanatiques du dieu ne reculant devant rien pour mener à bien la prophétie noire de leur dieu (des passages sont assez rock and roll!) et bien d 'autres choses que je vous laisse découvrir par vous-même.

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La tâche pourrait paraître ardue quand on voit la somme de pages que représente ce premier cycle mais il n'en fut rien. D'un accès aisé et limpide, la lecture coule d'elle-même et la mise en place est immédiate. L'auteur obtient un très bon équilibre entre descriptions et action, le tout donnant une œuvre virevoltante mais aussi parfois introspective pour certains personnages qui bien que basés sur des archétypes se nourrissent les uns les autres, tissant par là même une toile de relations réalistes et qui tiennent la route jusqu'à la fin. D'ailleurs certains passages qui pourraient sembler relever du détail prennent toute leur importance bien après. Il se dégage aussi de ces êtres une profonde humanité pour la simple et bonne raison que l'humour est ici omniprésent. Non pas à la manière d'un Terry Pratchett pratiquant avec talent l'art du pastiche, ici point de cela mais plutôt des discussions et des liens que l'on peut avoir vu et entendu autour de soi. Des remontrances de vos parents aux chicaneries entre amis, rien ne nous est épargné dans cette aventure où les actes de bravoures côtoient un quotidien relaté avec fidélité et tendresse. Drôle de mélange qui rend cette œuvre pourtant classique dans son déroulé et ses aspirations (pas de réelles surprises pour le lecteur, seul gros défaut de cette saga) très attachante et impossible à abandonner tant on est accroché par cette lecture.

Très belle incursion chez Eddings pour ma part qui se continuera cet été avec La Mallorée. Gageons que la deuxième partie soit aussi enchanteresse que la première. Avis à tous les amateurs, cette série est à lire!

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lundi 20 avril 2015

"Gretel and the dark" de Eliza Granville

gretelL'histoire : Voici la sombre et fascinante histoire de deux mondes parallèles.

Vienne, à la fin du XIXe siècle. Josef Breuer – célèbre psychanalyste – est sur le point d’être confronté au cas le plus énigmatique de sa carrière. Trouvée près d’un asile d'aliénés, maigre, la tête rasée, la jeune fille prétend n’avoir pas de nom, pas de sentiments – d’être, en fait, une machine revenue pour tuer le Monstre. Intrigué, Breuer est déterminé à comprendre les racines de ses maux.

Quelque part en Allemagne, bien des années plus tard. Krysta est une petite fille dont la mère a mis fin à ses jours et qui tyrannise ses gouvernantes et son père, médecin dans un étrange dispensaire... Plongée dans le souvenir des contes de fées que lui racontait sa nounou d’antan, elle lutte pour trouver sa place quand, un matin, on découvre son père mort étranglé dans son lit. Désormais, la petite fille est véritablement seule au monde, sans rien ni personne pour la protéger.

La critique Nelfesque : Nouveauté chez Mirobole Editions, "Gretel and the Dark" de Eliza Granville intrigue déjà par son titre. On s'imagine plonger dans un roman où les contes auront la part belle avec cette référence directe à "Hansel et Gretel" des frères Grimm, où la noirceur sera au rendez-vous et où rien ne nous sera épargné (y a qu'à voir la tête du pauvre Mr Biscuit).

Dès les premières pages, le lecteur est captivé par l'écriture de l'auteure et la proposition à 10.000 lieues de ce que l'on peut lire habituellement. Très vite immergé dans un univers fantastico enfantin, on ne sait pas très bien où Eliza Granville va nous mener. Les histoires sont ici bien noires et les personnages ne vivent pas dans un conte de fées. Entre réalité et univers fantasmés, le lecteur se perd, ne sachant plus vraiment où est le vrai du faux.

"Gretel and the dark" est un roman inclassable, une lecture intrigante et dérangeante aux pays des asiles d'aliénés du XIXème siècle et des expériences dans l'Allemagne nazie. Entre ces deux histoires, la frontière est mince. Les personnages se télescopent et l'expérience est totale.

Les références sont nombreuses, "Hansel et Gretel" bien sûr mais aussi "La Princesse au petit pois" d'Andersen, "Jack et le haricot magique", "Barbe Bleue" de Perrault... Des histoires enfantines mais aussi très noires qui viennent se mêler à celles tout aussi rudes de Lilie et Krysta. Lilie vient d'être retrouver nue, rasée et couverte de bleus à proximité d'un hôpital psychiatrique. Quant à Krysta, elle est la fille d'un médecin officiant dans une étrange clinique qu'elle prend pour un zoo humain. Le décor est planté ... L'ambiance est glauque, les paysages brumeux et les personnages attachants. Ces jeunes filles que presque deux siècles séparent sont semblables dans leurs souffrances et Eliza Granville n'a pas son pareil pour mettre en place une atmosphère fascinante, grave et troublante. 

"Gretel and the dark" n'est pas un roman comme les autres. Je ne suis d'ailleurs pas totalement certaine d'avoir tout compris dans ces 450 pages. Il faut savoir s'abandonner à sa lecture et accepter de parcourir des chemins parfois incompréhensibles pour mieux cerner l'histoire dans son ensemble. C'est un roman qui se mérite mais qui, une fois apprivoisé, promet des heures d'évasion comme seule la lecture peut nous en procurer. Une oeuvre à découvrir !

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vendredi 17 avril 2015

"La Voie du Sabre" de Thomas Day

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L'histoire: Pour parfaire l'éducation de son fils Mikédi, le chef de guerre Nakamura Ito le confie à un rônin du nom de Miyamoto Musashi. Un samouraï de légende, le plus grand maître de sabre qu'ait connu l'Empire des quatre Poissons-Chats. Ensemble, pendant six longues années, le maître et l'apprenti vont arpenter la route qui mène jusqu'à la capitale Edo, où l'Impératrice-Dragon attend Mikédi pour en faire son époux. Mais la Voie du Sabre est loin de trancher l'archipel en ligne droite : de la forteresse Nakamura aux cités flottantes de Kido, du Palais des Saveurs à la Pagode des Plaisirs, Mikédi apprendra les délices de la jouissance, les souffrances du combat et la douceur perverse de la trahison.

La critique de Mr K: Suite à une belle déception avec la lecture de Stairway to hell l'année dernière, je me devais de donner une deuxième chance à Thomas Day, auteur assez reconnu dans le milieu français de la littérature de genre. Le hasard d'un chinage a voulu que je tombe sur La Voie du Sabre qui semblait mêler culture japonaise et fantasy, deux aspects qui m'ont intéressés de suite tant ce pays me fascine et tant la fantasy m'a réveillé à la lecture à mon plus jeune âge.

Il s'agit d'un roman initiatique contant les aventures d'un jeune héritier de bonne famille (fils aîné d'un seigneur de guerre) confié au soin d'un Ronin, Miyamoto Musashi, considéré comme le plus grand combattant de son époque. Le vieux maître (il aurait plus de cent ans) est assez étrange. Il étonne par son apparence négligée (il est sale, dépeigné, très souvent hirsute...) et son comportement (il est limite alcoolique et aime la compagnie des filles de joie). Il s'est écarté du Bushido (règlement sévère dirigeant l'existence des samouraïs) pour suivre la Voie du Sabre sensée représenter la vertu et l'abnégation. Il va tenter de l'inculquer à son jeune élève empli de lourds préjugés dus à son vécu et son éducation. Il se révèle aussi impulsif et ambitieux ce qui déplaît fortement à son Ronin de maître et qui va finir par causer sa perte.

Ce livre est raconté à la première personne, c'est le jeune apprenti qui en trois rouleaux (le livre est divisé en trois "périodes") raconte les différentes étapes de son cheminement intérieur. C'est donc à travers son regard que l'on voit les actions et les pensées en marche dans ce roman qui mêle à la fois intimisme des relations entre le tuteur et son protégé et actes de bravoure ou non. Longue et sinueuse est la route vers la connaissance dit-on, vous verrez qu'elle se fait ici en plus tortueuse et déviante. J'ai retrouvé en effet dans cette histoire quelques éléments de la relation étrange qui se noue entre un certain Obiwan Kenobi et son jeune Padawan Anakin Skywalker. Le jeune est tout aussi doué qu'impétueux et l'on sent bien que malgré les efforts et les limites posées par son maître, il ne peut que s'écarter de la voie tracée. Le malaise, l'impatience et le déni montent en puissance chez le jeune narrateur qui loin de se conformer aux exigences de son apprentissage semble s'en écarter de part ses pensées puis par ses actes. Déformation professionnelle oblige, plus ma lecture avançait plus le jeune apprenti m'a irrité, énervé et finalement dégoûté tant il sombre dans la suffisance et la tyrannie envers son prochain. Quand il touche enfin ses rêves de puissance, on sait que cela ne peut que mal finir.

Par contre, j'ai adoré le personnage du vieux sage. Complètement décalé, cela le rend humain. Il faut le voir faire la leçon à quelques malandrins suite à une soirée bien arrosée, on oscille entre humour mais aussi admiration devant une force mental intacte et un sens de la justice épidermique. Car on comprend bien vite que cet homme là s'est mis au ban de la société japonaise pour des raisons morales, son code d'honneur a changé et il doit pour cela aller à l'encontre des normes communes (notamment la place des Samouraïs et le respect qui leur est dû). On rentre immédiatement dans cet univers grâce aux multiples références à la culture traditionnelle japonaise, un lexique approprié est d'ailleurs présent en fin de lecture pour éclairer les zones d'ombre qui pourraient apparaître au fil de la lecture. On assiste donc à un beau voyage, passant d'une île de l'archipel japonais à une autre (4 îles principales le composent je vous le rappelle) de villages paysans en palais princiers en passant par des pagodes-écoles à des temples de sectes bouddhiques et des lupanars exubérants. Cela donne lieu à de belles descriptions maîtrisées, concises et efficaces et à des rebondissements très nombreux qui gardent le suspens intact jusqu'à la dernière page. La langue est ici moins outrancière que dans le précédent livre que j'ai pu lire de lui et cet apaisement se fait au profit d'un récit court en terme de pages (300 environ) mais dense en contenu et en émotions.

Me voilà rabiboché avec Thomas Day, je ne crie pour autant pas au génie car on retrouve nombre d'éléments narratifs et créatifs entraperçus ici et là mais l'ensemble est cohérent et immersif à souhait. Le plaisir de lecture est constant et je l'ai lu quasiment d'une traite ce qui est gage de qualité. Avis aux amateurs, ce livre est pour vous.

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mardi 14 avril 2015

"Les Domestiques" de Gustavo Bossert

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L'histoire: Isabel et Pablo Marti se sont retirés dans les collines argentines, espérant y mener enfin une vie paisible, et n'entendent laisser personne faire irruption dans leur nouvelle maison. Aussi, lorsque les Ramirez, un couple de domestiques, se présentent à leur porte, les Marti pensent à un fâcheux malentendu; ils leur proposent toutefois de les héberger la nuit, qui s'apprête à tomber. Mais, le lendemain, c'est en tenue de majordome que Javier leur sert le petit-déjeuner. Et, du statut d'intrus à celui de parasites, puis d'ennemis, les Ramirez ne semblent vraiment pas décidés à quitter les lieux qu'ils ont si insidieusement investis...

La critique de Mr K: Belle petite claque que ce livre qui tient toutes les promesses entraperçues en quatrième de couverture. Le hasard fait vraiment bien les choses et je me souviendrai longtemps de la cruelle mésaventure qui arrive à ce petit couple de personnes âgées dans Les Domestiques.

Isabel et Pablo Marti ont eu une vie bien remplie avec son lot de bonheurs et de coups durs. Pour profiter au maximum de leurs dernières années, ils se sont installés dans une petites maison bien à l'écart du village. Ils sont encore en forme malgré quelques tracas de santé et une maladie vaincue pour Isabel. Malgré quelques visites aux copains et au magasin général, ces deux là vivent quasiment en autarcie, entre amour fusionnel, petits plaisirs littéraires et le jardinage en compagnie de leur chat noir. Tout bascule le jour où un couple mystérieux vient sonner à leur porte avec à la main une petite annonce disant que les Marti recherchent un couple de domestiques. Il n'en est rien et ces derniers leur offrent le gîte pour la nuit car il est tard. Le lendemain, mus semble-t-il par la folie, les deux intrus sont en tenue et ont commencé à travailler. Ce n'est que le début des ennuis…

Quelle descente aux Enfers! On a beau s'y attendre, on est pris à la gorge par la tension sous-jacente de cette situation hors-norme tirant vers le délire psychotique. Par petites touches successives, avec un sens du suspens rare, Gustavo Bossert explore au scalpel les relations humaines et les affres du passé. Qui sont ces deux domestiques? Quel est leur projet final? Les petits vieux vont-ils pouvoir retrouver leur calme et leur habitation? Plus on avance dans la lecture, plus on se demande où veut nous mener l'auteur qui se plaît à enfoncer le clou jusqu'à l’écœurement. Le lecteur est envahi par un sentiment de révolte, d'injustice et de malaise. C'est suffisamment rare pour être notifié, j'ai même été en colère par moment tant on est pris par l'intrigue.

Pour accentuer encore plus ces impressions, au détour de quelques pages, l'auteur nous raconte la vie qui continue au village et même si l'on s'interroge sur l'absence prolongée du couple au marché, au bar et même à l'Église, on ne s'inquiète pas, on pense qu'ils profitent désormais de davantage de quiétude grâce à l'embauche de ce couple si charmant, si attentionné. Et pourtant, tout va de mal en pis chez les Marti et on se demande bien comment tout cela va finir. Aucun temps mort, un suspens insoutenable, impossible dans ces conditions de relâcher le livre avant l'ultime page qui vous réservera une surprise bien spéciale et implacable.

Une vraie petite bombe que ce roman noir sud-américain, un bijou de finesse et d'intelligence servi par une langue accessible et immersive à souhait. Un bonheur de lecture que je vous invite à découvrir au plus vite.

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