mercredi 27 juin 2018

"De l'odeur de l'encre" de Lisa Barel

barel-encre1ter-5a9d1ebca3dab

L’histoire : Il ne suffisait pas de vouloir, il fallait se donner les moyens. Quelque chose bougeait de l’intérieur, quelque chose vivait de plusieurs manières. Ça voulait tout et ça ne savait pas trop comment l’atteindre. Je me laissais guider, entreprendre par la chose. En moi, ça bougeait. Personne ne pouvait se douter à quel point. Personne ne pouvait se douter que c’était peut-être grave. Car, en effet, c’était grave. Ça voulait tout, ça voulait surtout. Je savais ce que ça voulait et je n’y pouvais rien. Ça bougeait, voilà. On n’y avait vu que du feu. Un jour, il serait trop tard.

Ce second roman relate le destin troublé d’une femme amoureuse et sensible aux prises avec des traumatismes de l’enfance. On suit ses escapades à vélo, on lit ses lettres et on vit son quotidien à l’hôpital psychiatrique. A la fois combative et fragile, elle nous entraîne dans sa lutte contre ses démons et nous déclare que malgré la maladie c’est encore le sentiment amoureux qui se distingue de tout.

La critique de Mr K : Chronique d’un objet littéraire non identifié aujourd’hui avec De l’odeur de l’encre de Lisa Barel sorti au début du mois aux éditions du Serpent à plumes. L’auteure nous propose une plongée sans concession dans l’esprit d’une femme amoureuse qui sombre dans la folie criminelle. Livre très étrange où elle brouille les pistes à travers différents points de vue, on passe un moment à la fois étrange et fascinant.

L’héroïne anonyme est malade. Perturbée, confuse et totalement décalée avec la réalité, elle raconte ce qu’elle vit et ressent. Le parti pris de l’écrivain est particulier car tour à tour on passe d’un récit à la première personne très immersif à un récit plus distancié qui permet de se faire une idée plus précise du personnage. On navigue dans le flou tout du long tant on passe du coq à l’âne, d’une focalisation à une autre et d’un sujet à un autre. C’est très réussi même si c’est déstabilisant. Au final, cela dresse un portrait ultra-réaliste d’une personne diminuée mentalement qui tente de survivre avec plus ou moins de réussite. Angoissant au départ puis franchement inquiétant, on explore sans fard l’évolution du personnage qui vire très vite à la folle furieuse qui trucide à tout va, guidée par ses pulsions de mort mais aussi d’amour. Malheur à celles et ceux qui croisent sa route et ont tendance à passer de vie à trépas.

Personnage complexe, tantôt attachant, tantôt repoussoir, on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser avec elle. En quête d’amour et de reconnaissance, elle n’est pas forcément consciente de ses tares et de ses limites. Cela donne des passages touchants où le pathétique se dispute à la curiosité morbide. En effet, on glisse progressivement vers l’innommable avec un personnage qui se transforme littéralement, quittant les berges de la morale établie pour nous embarquer dans une contrée sauvage où plus aucune limite n’est posée. C’est fulgurant voir choquant par moment mais totalement brut et d’une force impressionnante. On prend des coups et on se prive pas pour en redemander. De l'odeur de l'encre est un livre pour maso assumé !

Je n’en dirai pas plus pour ne pas déflorer cet ouvrage qui ne ressemble à rien d’autre (la narration et la langue méritent vraiment le édtour) et propose une expérience totale au lecteur. Si vous avez le cœur bien accroché, courrez-y !

Posté par Mr K à 19:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

vendredi 22 juin 2018

"Sauvez-moi" de Jacques Expert

sauvezmoijacquesexpert

L'histoire : Nicolas Thomas vient de fêter son cinquante-deuxième anniversaire lorsqu’il passe les portes de la centrale de Clairvaux. Après trente ans d’incarcération, il est enfin libre. Personne ne l’attend. Tous ceux qu’il connaissait l’ont abandonné depuis longtemps, depuis le jour où il a été reconnu coupable d’avoir sauvagement assassiné quatre jeunes femmes dans des conditions terribles.
Sophie Ponchartrain est commissaire divisionnaire à Paris. Lorsqu’elle apprend la libération conditionnelle de Nicolas, elle se souvient de cette journée harassante de garde à vue où elle lui a arraché des aveux. C’est à elle seule, jeune recrue à la criminelle, qu’il avait confessé ses crimes avant de revenir soudainement sur sa déclaration. C’est en clamant son innocence qu’il a été condamné à la perpétuité.

L’affaire ne tarde pas à la rattraper. En effet, quelques jours après sa libération, Nicolas disparaît. Et un nouveau meurtre est commis, en tous points semblable à ceux dont il a été accusé trente ans plus tôt.
Sophie reçoit alors une nouvelle lettre de Nicolas, dans laquelle il nie être l’auteur des meurtres. Elle se conclut par ces mots : "Sauvez-moi !"

La critique de Mr K : Place à la chronique du dernier Jacques Expert aujourd'hui, cet ancien journaliste que j'écoutais jadis sur France Info qui s'est désormais converti dans l'écriture de thrillers et qui m'a séduit à chaque lecture par le passé. Sauvez-moi s'inscrit dans la lignée de ses précédents ouvrages mais est-ce pour autant une réussite ?

Dans cet ouvrage, tout débute par un homme que l'on enferme pour des crimes atroces. Ce dernier ne cesse de clamer son innocence mais les faisceaux de présomptions sont contre lui et le voila enfermé pour 30 ans. C'est grâce à la jeune enquêtrice Pontchartrain que le soit-disant monstre a pu être condamné. Le criminel est libéré trente ans après mais dès sa sortie de prison disparaît. En parallèle, les crimes recommencent comme si l'homme n'attendait que sa remise en liberté pour rééditer ses exploits macabres. Pontchartrain devenu commissaire reprend l'enquête et va tout faire pour l'arrêter à nouveau.

Il n'y a pas à dire, Expert s'y connaît pour mener sa barque. Chapitres courts, personnages ciselés au cordeau, renversements de situation et révélations sont au RDV et captent immédiatement le lecteur. Utilisant le changement de point de vue de manière régulière, l'auteur nous invite à suivre l'enquête à travers les yeux des policiers, de leurs adjoints mais aussi parfois du tueur, des victimes et de tierces personnes. Roman polyphonique, ces ajouts et touches supplémentaires donnent une cohérence d'ensemble réussie, rendant l'histoire crédible et addictive.

On se passionne assez vite pour le personnage sorti de prison qui crie son innocence depuis des décennies. Intéressant de voir son parcours, d'essayer de démêler le vrai du faux. Intéressant aussi de suivre l'enquêtrice principale à la carrière dorée, mélange dérangeant d'autoritarisme et de confiance en soi exacerbée, troublante aussi la personnalité de son assistance en admiration devant elle mais qui commence à trouver des failles chez sa patronne... Tous les personnages bien que caricaturaux marquent le lecteur par leur caractère, leurs actes et quand au fil du déroulé, leurs destins finissent par s'entremêler, la vérité faisant son chemin, on se rend compte que l'auteur est assez doué dans le rôle de grand manipulateur.

Très classique dans sa forme et son développement, on est tout de même finalement rarement surpris par le scénario global (surtout si on est habitué à lire ce genre d'ouvrage). C'est le principal défaut de ce livre qui finalement ne prend jamais de gros risques. Très codifié en terme de caractérisation des personnages, des situations et des rapports de force entretenus tout du long ; on parcourt l'ouvrage avec un léger sentiment de déjà lu, de recettes réutilisées (avec réussite tout de même). C'est dommage car le postulat de base est intéressant, reste un matériau lisse et finalement expédié de manière lapidaire dans les trente dernières pages. Dommage dommage... Surtout que certains points restent obscurs et méritaient un meilleur traitement.

D'une lecture aisée et plaisante, Sauvez-moi est un thriller efficace et bien mené mais pour moi sans génie et sans exclamation de bonheur en refermant le livre. La faute a des éléments convenus et un dénouement abrupt qui manque de densité. De plus, le personnage de la commissaire m'a très vite gavé. Je n'ai rien forcément contre les personnages repoussoirs mais on atteint ici des sommets et la conclusion du roman ne fait que renforcer mon opinion sur elle. Une lecture sympathique donc mais sans éclat et qui ne restera pas dans ma mémoire comme le meilleur de son auteur.

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- La Femme du monstre
- Tu me plais
- Qui ?

Posté par Mr K à 19:07 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,
samedi 16 juin 2018

"La plus jeune des frères Crimson" de Thierry Covolo

couv-web-covolo-360x575

L'histoire : Sam traverse les États-Unis pour retrouver son "super" pote Billy et finit sur le toit d’un château d’eau. Sally tombe en panne en pleine nuit sur une route déserte alors que la police traque un Petit Poucet qui sème les cadavres comme d’autres des cailloux. Tom rattrape sa fournée gâchée de cookies avant l’arrivée de Carrie dont il est amoureux depuis l’adolescence et qui tapine à Vegas...

Tout ça, bien sûr, c’est rien que des histoires. Et si rien ne s’y passe comme prévu, c’est parce que si elles ne surprenaient pas l’auteur il n’aurait aucun plaisir à se les raconter.

La critique de Mr K : Avec La plus jeune des frères Crimson de Thierry Covolo, j’ai découvert une nouvelle maison d’édition : Quadrature. D’origine belge, elle propose uniquement des recueils de nouvelles et s'est donnée pour mission de faire aimer ce format plutôt mal-aimé en France malgré souvent un sens de la narration diabolique accentué par la nécessité d'une économie de mots. Direction les USA avec cet auteur lyonnais publié essentiellement dans des revues auparavant, passionné de littérature américaine, cela se ressent fortement lors des dix nouvelles qui composent cet ouvrage.

Tour à tour, on fait connaissance avec des personnages incarnant l'Amérique, la poursuite d'un rêve, d'une espérance. Ainsi un homme recherche à travers le pays un vieil ami, une femme tombe en panne au milieu de nul part et se fait embarquer par un mec louche et lourdingue, une autre personne se rappelle d'une personne disparue dont il était très proche, une jeune femme négocie son pucelage pour échapper à un mariage forcé, trois frères fomentent un plan pour pénétrer dans l'appartement d'une vieille femme, un barman amoureux transi d'une prostituée lui concocte des cookies, un homme coincé dans le trou du cul des USA rencontre une jeune femme qui porte des bottes trop grandes, un convoyeur d'appelés pour le combat voit son destin contrarié par un événement imprévu, un musicien noir tente de se faire une place au soleil dans l'Amérique des années 30 et la nouvelle éponyme traite elle de l'amour fraternel et de mythomanie exacerbée...

Voici donc dix nouvelles bien différentes dans leur traitement mais dont le fond les rapproche et donne à voir un certain visage de l'Amérique plus ou moins contemporaine. Elles explorent nombre de thématiques comme la famille, la culpabilité, l'existence et le sens qu'on doit lui donner. En sous-texte, le rêve américain que l'on réalise ou non. La plupart des protagonistes sont embourbés dans leur vie, certains s'en contentent, vivotant au jour le jour. Mais un éclair fugace, un maigre espoir de renouveau croise leur route modifiant quelques peu leur routine et laissant apercevoir des perspectives. D'autres font face à un grain de sable dans leur existence bien huilée et vont devoir se frotter à l'imprévu, le stress voire l'échec total. Sous leur aspect simple, ces nouvelles font leur petit effet avec parfois des rebondissements bien vus, surprenants même.

On s'inscrit ici dans la pure tradition US, c'est étonnant quand on sait que l'auteur est lyonnais. Il retranscrit à merveille l'ambiance, le pays et les mœurs sans tomber dans le cliché systématique (je ne me lasse pas des scènes dans les motels, les restaurants de bord de route, la vie dans la campagne profonde US notamment). C'est bien simple, parfois on a l'impression d'être dans un recueil de l'excellent collection Terres d'Amérique de chez Albin Michel avec une immersion bluffante et des textes courts qui accrochent immédiatement le lecteur. Le style concis, direct et profond donne une profondeur, une sensibilité de tous les instants envers les destins qui nous sont livrés et qui nous touchent durablement.

Le temps s'écoule lentement, prolongeant le plaisir jusqu'à tard dans la nuit. Le bonheur de lire est ici durable, prenant et sans relâchement possible tant on est captivé et curieux d'en savoir davantage. De plus, on ne sait pas vraiment sur quel pied danser, l'auteur aimant chauffer le chaud et le froid, le ton pouvant osciller d'un drame pur à des scénettes quasi comiques. On passe donc par différents états tout au long de la lecture avec à chaque dénouement une micro surprise ou une situation finale qui vous tétanise et provoque la réflexion. Je ne peux que vous conseiller de tenter l'aventure si le genre vous plait car ce recueil est une véritable pépite dans son domaine.

Posté par Mr K à 16:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mardi 12 juin 2018

"Anansi boys" de Neil Gaiman

anansiboysgaiman

L’histoire : Le père de Gros Charlie n'était pas ordinaire : il était Anansi, le Dieu Araignée, l'esprit de rébellion, un dieu filou capable de renverser l'ordre social, de créer une fortune à partir de rien et de défier le diable... Un héritage bien encombrant ! Une mythologie moderne où l'on trouve une sombre prophétie, des désordres familiaux, des déceptions mystiques, et des oiseaux tueur. Sans oublier un citron vert.

La critique de Mr K : Lire un Neil Gaiman est toujours lourd de promesse pour moi, chacune de mes expériences avec lui s’est révélée exaltante, délirante et source d’un grand plaisir. C’est avec une impatience non-feinte que j’entamai Anansi boys, un ouvrage qui dormait depuis trop longtemps dans ma PAL et qui se déroule dans le même univers que le cultissime American gods. Ça n’a pas loupé, ce fut une fois de plus une lecture de dingue, plaisante à souhait !

Gros Charlie n’est pas un être ordinaire, il est le fils d’un Dieu légèrement branque qui vient juste de mourir. Ayant rompu avec son paternel depuis un certain temps, le chagrin ne l’envahit pas vraiment même s’il ressent tout de même un petit pincement au cœur. En retournant dans l’ancienne maison familiale et en rencontrant trois voisines très âgées (toute ressemblance avec les sorcières de Macbeth est tout sauf fortuite !), il apprend l’existence de son frère Mygal qui a hérité de tous les pouvoirs d’Anansi alors que lui doit se contenter à priori d’un fort beau brin de voix. Il décide de le rencontrer et de discuter du temps perdu.

Bien mal lui en a pris au départ ! Mygal est tout l’inverse de lui l’homme rangé et raisonnable à la vie bien réglée. Très vite, le frangin charismatique et fort en gueule lui ruine sa vie lui embarquant sa fiancée, provoquant des remous à son travail et le faisant même arrêter par les flics. Aaaah la famille ! Ce n’est déjà pas facile en temps normal mais il suffit que le divin pointe le bout de son nez pour que tout dérape dans les grandes largeurs. C’est le début d’une histoire débridée où l’humour se dispute à des rebondissements ubuesques qui hypnotisent très vite le lecteur, ne lui laissant aucun répit jusqu’à la dernière page.

On retrouve avec un plaisir certain l’univers qui m’avait tant marqué lors de ma lecture d’American gods. Cependant, on n’est pas ici dans le même ton et la même optique, l’auteur plaçant son œuvre dans le registre de la dérision durant tout l’ouvrage et se plaisant à malmener comme jamais son personnage principal. Ce dernier est très attachant et sa confrontation avec le frangin complètement barré est dantesque, le contraste fonctionne à plein régime et livre des moments irrésistibles. On ne peut vraiment pas faire plus différents l’un de l’autre que ces deux là et malgré les déconvenues successives qui nous sont livrées, ils ne sont pas frères pour rien et le développement de l’ouvrage va faire la part belle aux révélations étonnantes et à un rapprochement que l’on n’espérait plus.

Autour d’eux gravitent des personnages tout aussi hauts en couleur avec notamment une belle-mère bien épouvantable comme il faut, un patron corrompu aux accents de serial-killer en puissance, une fiancée plutôt coincée qui va s’ouvrir aux plaisirs inavouables (oulala !), une fliquette décontractée au charme certain et aux méthodes parfois peu orthodoxes et des Dieux revanchards qui guettent la moindre faiblesse de l’engeance d’Anansi pour lui tomber dessus. Avec tous ces ingrédients, on ne peut pas s’ennuyer surtout que Gaiman s’amuse énormément en écrivant et se permet tout et n’importe quoi, se déportant des lignes toutes tracées et proposant un récit virevoltant, sans temps morts et aux multiples références cachées délicieuses à découvrir.

Et puis, Anansi boys est d’un accès très aisé, la langue simple, efficace, directe ne l’empêche pas d’être lourde de sous-entendus et de sens cachés. On se plaît à se laisser divertir et porter par une histoire drolatique qui ménage aussi de beaux moments d’émotions. J’ai eu le sourire durant toute ma lecture qui n’a jamais baissé en intensité et m’a vraiment captivé. Un pur bonheur à découvrir si ce n’est déjà fait !

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- "De bons présages" (en collaboration avec Terry Pratchett)
- "Stardust"
- "American gods"
- "Coraline"
- "Neverwhere"

Posté par Mr K à 17:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
dimanche 10 juin 2018

''L'Armure de vengeance" de Serge Brussolo

ldp17096-2003

L’histoire : Par une nuit sans lune Jehan de Montpéril, le chevalier errant, est chargé d'escorter au fond de la forêt six fossoyeurs porteurs d'un cercueil bardé de fer.

C'est une armure vide qu'il s'agit d'enterrer. Une armure maléfique, une armure tueuse qui, dit-on, bouge toute seule et répète, passé minuit, les gestes de mort appris sur le champ de bataille. Malgré cela, bien des chevaliers la convoitent, au risque de voir leur famille décimée par le vêtement de métal ensorcelé. Qu'importe ! N'a-t-il pas la réputation de rendre invincible celui qui s'en revêt ? Une malédiction pèse-t-elle vraiment sur l'armure ? Ou bien quelqu'un se sert-il de cette légende pour mener à bien une vengeance mystérieuse ?

La critique de Mr K : Retour vers un de mes auteurs préférés aujourd’hui avec un Serge Brussolo qui s’aventure avec L’Armure de vengeance dans le thriller médiéval. Connaissant l’imagination débordante du bonhomme et son écriture incisive, j’étais quasiment sûr de me régaler. Je ne me suis pas trompé !

Une mystérieuse armure noire semble semer la mort sur son passage. Réputée ensorcelée, nul ne semble pouvoir lui échapper du plus humble des vilains aux seigneurs les plus renommés du crû. Suite à un nouveau drame sanglant, Jehan de Montperil se retrouve mêlé à des événements qui le dépassent, lui l’ancien bûcheron anobli pour faits de guerre dont les grands talents de déduction seront mis à mal face à une menace de plus en plus insidieuse. L’armure semble avoir choisi ses nouvelles victimes et il doit tout faire pour l’empêcher de passer à l’acte sous peine de passer de vie à trépas...

Comme à chaque lecture de Brussolo, on rentre immédiatement dans le vif du sujet et le plaisir de lire se poursuit durant toute la lecture sans aucun temps mort. Adeptes du rebondissement vous serez gâtés, l’auteur ne lésinant pas ici et proposant de multiples pistes qui égareront les plus expérimentés des lecteurs. Je me suis royalement fait balader tout le long de l’ouvrage, la faute à des personnages qui réservent bien des surprises et cachent des ambiguïtés et des secrets qui bouleversent les schémas établis mentalement au fil de la lecture. C’est bien simple, on ne sait plus à quel saint se vouer et très honnêtement, on en redemande tant l’ensemble tient debout et montre une maîtrise du suspens peu commune.

Période rude par excellence, il est difficile pour le héros de mener correctement son enquête qui se heurte vite aux croyances, superstitions et l’ordre social sclérosé qui ne s’embarrasse pas de morale et de preuves en matière de recherche de la vérité. Le Moyen-Age est très bien retranscrit dans cet ouvrage (la vie dans un château fort, l’ambiance des foires de l’époque...), le background est crédible sans être envahissant et donne une saveur particulière à l’ensemble. Serge Brussolo s’en amuse beaucoup, n’hésitant pas à distiller par ci par là des détails peu ragoûtants sur les us et coutumes d’une période que j’affectionne tout particulièrement (je suis médiéviste de formation). Certains passages ne manqueront donc pas de vous tirer quelques hauts de cœur et exclamations diverses mais tout cela se fait toujours au bénéfice d’un récit qui ne baisse jamais en intensité.

On passe vraiment par tous les états lors de cette lecture, les personnages se débattent comme ils peuvent avec leur condition, les idées préconçues et les coups du sort qui semblent s’abattre sur eux comme les foudres du Ciel. Volontiers angoissant, très intrigant, l’ouvrage se lit avec une facilité déconcertante et un plaisir renouvelé. On finit ce roman heureux et séduit par un dénouement inattendu qui tient toutes ses promesses déjà entr'aperçues dès la lecture de la quatrième de couverture. Un excellent thriller historique à côté duquel vous ne devez pas passer si vous êtes amateurs !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
"La Fille de la nuit"
"La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond"
"Le Livre du grand secret"
"Trajets et itinéraires de l'oubli"
"Le Nuisible"
"Le Murmure des loups"
- ''Le Cycle des ouragans"

Posté par Mr K à 17:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

mardi 5 juin 2018

"Les Secrets" de Amélie Antoine

LES_SECRETSL'histoire : Vous l’aimez plus que tout au monde.
Vous lui faites aveuglément confiance.
Vous ne rêvez que d’une chose :
fonder une famille ensemble.
Mais rien ne se passe comme prévu.

JUSQU’OÙ IRIEZ-VOUS POUR ÉVITER DE TOUT PERDRE ?

Une histoire racontée à rebours, car il n’y a qu’en démêlant les fils du passé que l’on peut comprendre le présent.

La critique Nelfesque : "Les Secrets" est le 3ème ouvrage d'Amélie Antoine que je lis, après "Fidèle au poste" en mai 2015 et "Quand on n'a que l'humour" en mai 2017 (depuis sorti en poche sous le nom de "Les Silences"). Quoi de plus normal donc que de profiter de ce mois de mai 2018 (ah ben finalement, on est en juin au moment de la mise en ligne de cette chronique) pour vous parler de son dernier né déjà disponible en librairie depuis 2 mois.

Contrairement aux deux romans précédents, je suis plus restée en retrait avec cette histoire-ci. Faute à son thème principal en premier lieu puisqu'il est ici question du désir d'enfant et de la souffrance que cela génère chez une femme, et plus globalement un couple, qui ne peut pas en avoir. Mon instinct maternel étant ce qu'il est, cette lecture n'allait pas de soi pour moi mais comme il s'agit d'Amélie Antoine et que j'ai un attachement particulier pour cette auteure, j'ai tenté l'aventure et force est de constater que même si j'ai retrouvé la patte d'Amélie que j'aime toujours autant, Mr K aurait peut-être été plus inspiré de le lire que moi. Chez nous, c'est l'homme qui a des envies de couches et de biberons.

Nous faisons la connaissance de Mathilde, Adrien, Elodie et Yascha. Peu à peu on va assister à la rencontre de Mathilde et celui qui deviendra son mari, à leurs premiers émois, leurs premières envies de couple, la construction de leur futur à deux et le grand drame de leur vie mais tout cela d'une façon singulière sous la plume d'Amélie Antoine. Mathilde est complètement obnubilée par son désir d'enfant. Elle est rongée de l'intérieur et est psychologiquement meurtrie.

Cette histoire de départ malheureusement banale et pourtant si cruelle pour de nombreux couples trouve son intérêt, en effet, dans la construction du roman. En commençant par la fin, en remontant le fil, Amélie Antoine revient sur la vie d'un couple, sur ses échecs et ses réussites, ses joies et ses secrets. En annonçant à Adrien qu'elle est enceinte, Mathilde offre à son mari un cadeau inespéré après des années de galères et d'infertilité. Nous allons les suivre au plus près, vivant avec eux leur parcours du combattant. Mathilde est malheureuse de ne pas pouvoir avoir d'enfant et son mal être transpire de chaque page. Elle ne voit pas sa vie ainsi, le destin l'ampute d'une partie d'elle-même qu'elle n'est pas prête à abandonner et ses choix et ses réactions sont dictés par l'urgence. Amélie Antoine retranscrit à merveille cette urgence de la situation et le combat intérieur qui fait rage chez Mathilde.

Ce roman attise la curiosité du lecteur et réveille son côté voyeur. Mélange d'excitation et de malaise, nous poursuivons le fil de cette histoire où Mathilde décide d'être maître de son destin, en risquant son couple, en insufflant une dose de mensonge à sa vie, en tentant le tout pour le tout. Tout sauf ne jamais avoir d'enfant.

Jusqu'où peut-on aller par amour ? Quelle dose d'abnégation peut-on mettre dans une relation, pour le bien de l'autre, pour le bien de son couple ? "Les Secrets" brasse pas mal de questions autour de cette thématique de la vie à deux, de la confiance, des projets qui se construisent et parfois tombent à l'eau... Pas le meilleur roman d'Amélie Antoine à mes yeux, pas non plus un sujet qui me passionne mais une bonne lecture tout de même. A suivre...

Posté par Nelfe à 18:25 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,
samedi 2 juin 2018

"Les Autres" d'Alice Ferney

alice ferney

L’histoire : Théo fête ce soir ses vingt ans et rien ne devrait troubler ce moment de convivialité et de réjouissance. Rien sinon le jeu de société que son frère lui offre, qui révélera à chaque participant la façon dont les autres le perçoivent, menaçant de remettre en cause l’idée qu’il se faisait de lui-même et des sentiments réciproques l’attachant à ses proches. Au fil de la partie, le jeu devient le révélateur de secrets de famille jusque-là soigneusement occultés par la honte, la déception ou la souffrance... et nul ne sortira indemne de la soirée.

La critique de Mr K : Chronique d’un ouvrage étrange et marquant aujourd’hui avec ma troisième lecture d’un roman d’Alice Ferney après deux belles découvertes qui ont ravi mon cœur de lecteur par le passé (voir les liens vers les chroniques précédentes en fin de chronique). Dans Les Autres, elle s’attelle à un sujet de poids : la famille et ce qu’elle peut parfois cacher en terme de non-dits et de dissimulations importantes dans le cadre d’un huis clos grinçant et déstabilisant. Par le biais d’une narration singulière qui prend toute son importance au fil du déroulé, je me suis retrouvé pris dans les filets de cette romancière décidément très douée et qui à chaque fois réussit le tour de force de nous immerger totalement dans son récit. Accrochez-vous, ça dépote !

Théo a vingt ans et à l’occasion d’une soirée, il s’entoure des êtres qui sont le plus cher à ses yeux : sa fiancée Estelle parfaite sur tous les points, Moussia sa mère aimante et attentionnée, Niels son grand frère vaniteux et égocentrique, Marina son amie d’enfance mère célibataire d’un petit garçon, Claude le meilleur ami de Niels et sa fiancée Fleur qui débarque à la soirée sans connaître personne. Seule Nina la grand-mère ne peut assister à la célébration, elle s’est retirée dans sa chambre car elle est très fatiguée (elle est centenaire tout de même !).  Après un dîner enjoué, Niels propose de jouer au jeu de société qu’il vient d’offrir à son cadet, un jeu basé sur le caractère des personnes et sur une série de questions qui permettent à chacun de confronter l’image qu’il pense renvoyer avec ce que pensent vraiment les autres de soi. Bien évidemment, la partie va virer au vinaigre, déraper joyeusement puis totalement basculer dans la dispute organisée et la révélation de très lourds secrets. La petite bande n’en sortira pas indemne...

La construction du roman est particulière. Divisé en trois grandes parties, tour à tour la soirée nous est décrite sous trois points de vue différents : les choses pensées par chacun des personnages, les choses dites par les mêmes protagonistes et enfin les choses rapportées par un narrateur omniscient. La lecture en elle-même s’apparente vraiment à la dégustation d’un mille-feuille car chaque partie vient compléter la précédente, apporter des éléments nouveaux et des réflexions nouvelles. Ainsi, la première phase finie, certains éléments manquent, les ellipses sont nombreuses et l’on se demande bien comment certaines choses ont pu être révélées, quelle logique suit cette soirée qui part à vau-l’eau. Et puis les dialogues viennent en rajouter une couche et même si l’auteure nous raconte exactement les mêmes choses, on se prend à redécouvrir certains personnages, certaines pensées et paroles. Étonnant, voir brillant, le procédé donne une densité incroyable à ce qui est au départ finalement un simple récit de soirée familiale qui déborde et livre à nu les sentiments et actes passés de chacun. L’apothéose est atteinte avec les éléments supplémentaires que rajoute le narrateur omniscient qui rentre dans les consciences et le passé de chacun livre un tableau exhaustif et révélateur des forces en présence.

Car la partie vire très vite à la bataille rangée, ressurgissent au détour d’une remarque et d’une réaction des sentiments enfouis depuis longtemps, des rancœurs que l’on croyait enterrées et des rapports depuis très longtemps figés dans l’habitude et le quotidien. La mayonnaise monte lentement, très lentement mais l’on sent très vite que l’on va atteindre des sommets de finesse dans la description de la psyché des personnages et de leur façon de fonctionner. Au fil des couches, on change régulièrement d’avis sur chacun d‘entre eux, ils s’avèrent complexes et leurs motivations changeantes. Drôle d’impression donc pour le lecteur qui ne sait plus vraiment à quel saint se vouer, sur quoi s’appuyer tant tout élément semble pouvoir s’autodétruire dans la version suivante. Le tout est maîtrisé de main de maître et l’on ne se lasse pas de ce jeu de la vérité qui met à mal les certitudes et met profondément à l’épreuve des personnages vite dépassés par les révélations.

Le début peut paraître un peu abscons, il faut se donner les moyens de rentrer dans l’histoire. On assiste à un chant polyphonique de pensées intérieures qui vont très vite s’enrichir les unes les autres pour mener à un récit plus classiques des événements. Le feu d’artifice destructeur peut alors débuter et l’on se régale. L’écriture y est pour beaucoup, on retrouve les qualités hors norme de cet écrivain qui aime à peindre des personnages pour mieux les malmener par la suite. Jamais exagéré, avec le ton et le style qu’il faut, Les Autres m’a enchanté et totalement embarqué malgré une ambiance pesante et des sujets graves que je ne dévoilerai pas ici pour ne pas spoiler. Un excellent ouvrage que je ne peux que vous conseiller.

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Grâce et dénuement
- Dans la guerre

Posté par Mr K à 17:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mercredi 30 mai 2018

"Une Femme entre nous" de Greer Hendricks et Sarah Pekkanen

hgfen

L’histoire: En ouvrant ce livre, vous allez imaginer beaucoup de choses.
Vous allez penser que c’est l’histoire d’une femme délaissée par son mari.
Vous allez croire qu’elle est obsédée par la maîtresse de celui-ci, une femme plus jeune qu’elle.
Enfin, vous vous attendrez à une histoire classique de triangle amoureux.
Un conseil : oubliez tout ça !

La critique de Mr K : Retour au thriller aujourd’hui avec Une Femme entre nous, ouvrage écrit à quatre mains par un duo bien déterminé à nous faire frémir ! Derrière une histoire à priori classique de couple en perdition et de tromperie, se cache un récit à rebondissements efficace, surprenant parfois et surtout maîtrisé de bout en bout. Suivez avec moi les pas de Jessica, Nellie et Richard dans une valse endiablée des sentiments et des pulsions.

L’ouvrage débute par des chapitres alternant deux points de vue différents. Jessica vit très mal son divorce avec Richard, elle ne supporte pas l’idée qu’il puisse refaire sa vie avec quelqu’un d’autre. Elle ressasse ses frustrations, son chagrin et nourrit une rancœur particulière envers sa future remplaçante à laquelle elle semble préparer une surprise plus que désagréable. Nellie quand à elle prépare son mariage avec le beau Richard, prince charmant des temps modernes, aussi attentionné que prévenant. Derrière les apparences chacun cache son jeu entre vérités enfouies, perceptions et ressentis altérés et révélations fracassantes à venir.

On suit donc une femme blessée par l’échec de son mariage qui par petites touches bien senties revient sur les moments forts qu’elle a vécu avec Richard et la lente déliquescence de leur vie de couple avec en point de mire la volonté de faire un enfant et de constituer un véritable foyer. Le ver est dans le fruit, on le sent bien surtout qu’en parallèle, on vit les moments de grâce d’une nouvelle histoire d’amour qui pervertit l’esprit de l’épouse bafouée qui ne vit plus que par une volonté farouche de détruire ce nouveau bonheur naissant. Paranoïa, alcool, médicaments, folie galopante ne sont pas loin et contrastent avec la fraîcheur et la spontanéité de Nellie, la jeune femme tombée sous le charme d’un Richard qui veut tourner la page. Récit volontiers niaiseux pour le coup, tout cela semble trop beau pour être vrai tant les deux tourtereaux enfilent les perles et les clichés dans un conte de fées très contemporain : Les cadeaux et les déclarations d’amour, les points de convergences en terme de goût et de conversation. La tension monte d’autant plus que Jessica semble bien décider à fouler au pied ce bonheur récent...

Tout est très bien mené pendant le premier tiers du roman qui bascule ensuite vers d’autres horizons, l’équilibre instauré et les hypothèses du lecteur étant remis en question par un coup de théâtre qui remet tout en perspective : la nature de chacun, le mariage à venir et même l’identité des protagonistes. Bon, avec l’avertissement malencontreux des éditeurs en quatrième de couverture, je m’en suis un peu douté et comme je commence à avoir quelques expériences dans la lecture de thriller, je ne me suis pas fait avoir. À force de prévenir les lecteurs, ces derniers sont plus prudents et je n’ai donc pas été bluffé outre mesure (ce qui n’est pas le cas de nombres de blogueurs et blogueuses qui ont chroniqué aussi ce livre). Pour autant, ce renversement de situation est très plaisant et donne à voir une autre facette de chacun et l’on se demande bien où tout cela va nous mener. D’ailleurs cela va très très loin avec un deuxième, un troisième puis un quatrième coup de théâtre qui chacun leur tour rebattent les cartes et brouillent encore plus les pistes. Pour le coup, je me suis fait avoir à chaque fois ensuite !

Bien mené, redoutablement addictif (je vous mets au défi de reposer le livre avant la dernière page), on se plaît à rentrer dans l’intimité des personnages, à sonder leur âme et à découvrir toutes les aspérités de leur existence. Passé un premier acte plutôt convenu, ça fuse dans tous les sens et l’on ne sait plus à quel saint se vouer. Chaque détail compte et quand l’ensemble finit par s’imbriquer, on se retrouve bien penaud et heureux de s’être laissé mener en bateau. L’écriture est agréable, (on ne tombe pas dans le génie pour autant) et des situations / réactions sont très caricaturales (des scènes "obligées" dirons-nous, ce besoin d’absolution / rédemption qu’on retrouve dans la culture US dominante) mais au final, tout est détourné et déstructuré pour livrer des vérités pas forcément très bonnes à entendre pour les personnages. D’ailleurs aucun n’en sort véritablement indemne et les méfaits de l’amour ne sont plus à prouver quand celui-ci sort des rails.

Une Femme entre nous est une bonne lecture qui ravira tous les amateurs de suspens et de coups du sort qui peuvent faire basculer une vie et un esprit.

vendredi 25 mai 2018

"Ces Messieurs de Saint-Malo" de Bernard Simiot

bernardsimiot

L’histoire : Seul de tous les petits commerçants de Saint-Malo, Mathieu Carbec, dont les grands-parents vendaient naguère de la chandelle, a eu l'audace d'acheter trois actions de la Compagnie des Indes orientales que vient de fonder Colbert. Ce sera le point de départ d'une grande saga familiale au moment où la bourgeoisie maritime se rue à la conquête des piastres, des charges et des titres nobiliaires.

Négociants, armateurs, corsaires ou négriers, les Carbec, parmi tant d'autres, se lanceront sur toutes les mers du globe, sans se soucier de savoir si leurs écus ou leurs fleurons sentent trop les épices ou la traite, la ruse ou la fraude...

La critique de Mr K : On embarque tous pour la grande aventure avec ma chronique du jour. Voila un ouvrage qui faisait partie des plus anciens de ma PAL, il y résidait déjà facilement depuis plus de dix ans ! Pourtant par sa thématique et sa très bonne réputation, il avait tout pour en sortir très vite mais les aléas de lecture sont ce qu’ils sont. Le mal est aujourd’hui réparé grâce à l’intercession de Nelfe qui me l’a désigné comme nouvelle lecture. Au final, encore une sacrée expérience entre amour, aventure et Histoire.

Au centre de cette saga familiale hors norme, on trouve la famille Carbec avec successivement Mathieu, Jean-Marie et pléthore de personnages qui donnent une densité incroyable à l’ensemble. Famille roturière ayant débutée dans la vente de chandelles, les Carbec grimpent peu à peu les échelons de la société malouine : commerçants de denrées rapportées des lointaines colonies puis armateurs, ils témoignent de la naissance d’un nouveau système économique où l'entrepreneuriat privé est roi et où la recherche de la richesse individuelle se heurte aux privilèges et à l’État royal. Et puis, il y a les aléas de la vie avec son cortège d’espoir, de renouveau mais aussi de pertes irréparables et de drames. Les 730 pages ne sont pas de trop pour que l’auteur nous compte une histoire familiale prenante et addictive dès les premiers chapitres.

Je comprends désormais mieux pourquoi un professeur de faculté spécialisé en Histoire moderne nous avait conseillé Ces Messieurs de Saint-Malo lors de ma troisième année de cursus universitaire. J'avais été étonné qu’un historien conseille une fiction à ses étudiants tant notre caste est à cheval sur la vérité historique et que généralement nous nous méfions de ce type de livre (comme en plus j'adore râler...). Grand bien m’a pris de suivre ses conseils tant ici le background est d’une justesse et d’une richesse de tous les instants. Le livre s’apparente à un mix très réussi de drame romanesque avec un nombre incalculable de rebondissements et de points pédagogiques sur le fonctionnement de la société de l’époque. Jamais lourd et pesant, l’ouvrage trouve le juste équilibre entre les apports théoriques et leur insertion dans l’histoire des Carbec.

On est donc littéralement plongé dans ce XVIème siècle flamboyant où le Roi Soleil domine l’Europe au prix de guerres incessantes avec ses voisins. La ville de Saint-Malo grouille d’activités liées à la mer entre les traditionnels pêcheurs de Terre-Neuve, la course qui prend une importance de plus en plus prégnante (rappelons que les corsaires sont des pirates tolérés pour piller les navires de la puissance ennemie du moment) et rapporte gros aux armateurs malouins, le commerce international qui se précise vers les Indes puis se développe ensuite vers l’Amérique avec notamment le tristement célèbre commerce triangulaire. Tout est ici détaillé entre les atermoiements de chacun face aux fortunes qu’ils mettent en jeu, les rouages administratifs à traverser pour pouvoir se lancer en affaire et la vie quotidienne qui suit son cours.

Société machiste et patriarcale par excellence, on suit la destinée des hommes dans leurs activités risquées et leur vie intime. Pour autant, on retient surtout de cette lecture des portraits de femme saisissants, des êtres à priori effacés mais qui démontrent par leur attitude et leurs actes la nature réelle du courage car il en faut pour faire sa place dans la France d’alors, il en faut pour avoir des rêves et les mener à bien. Clacla et Marie Léone sont deux beaux exemples d’abnégation, de ruse et de malice qui triomphent des préjugés et de la morale étriquée de l’époque. De manière générale, on se prend très vite au jeu, les personnages sont tous intrigants et attisent une curiosité qui ne se dément jamais. D’ailleurs, même les moins fréquentables ont leur intérêt, et l’ensemble présente une cohérence et une force d’évocation rare. C’est bien simple, en lisant, on sentirait presque l’odeur de la mer, des embruns, des épices du bout du monde, des repas gargantuesques de l’aristocratie mais aussi des tensions sociales, des querelles personnelles qui peuvent aller très loin et les injustices criantes d’une époque pas encore rentrée dans celle des Lumières.

Le rythme est trépidant et malgré de nombreux passages explicatifs évoqués au dessus, on ne perd jamais de temps avec Simiot qui pose nombres de pistes et d’éléments culturels qui vont éclairer la suite du récit. Difficile dans ces conditions de relâcher un livre qui a une emprise certaine sur le lecteur et qui est écrit dans une langue à la fois exigeante et très accessible. On passe vraiment un moment délicieux avec cette lecture à la fois distrayante, envoûtante et profondément érudite. Un bijou dans son genre qui comblera tous les amoureux de saga familiale, d’histoire et de navigation. Avis aux amateurs !

Posté par Mr K à 19:28 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mercredi 23 mai 2018

Craquage chez l'abbé (part II)

Mieux vaut tard que jamais, voici enfin le billet sur la deuxième partie du craquage assez conséquent que nous avons commis à notre Emmaüs chéri en février dernier ! Place aujourd'hui à la selection de livres contemporains après les mondes imaginaires entraperçus lors du précédent post.

Acquisitions ensemble
(Oooooh... ils sont beaux !)

Comme vous pouvez le constater, on s'est bien lâché ! Entre découvertes aléatoires et livres recherchés, nous nous sommes gâtés avec notamment quelques pièces attendues depuis des années et qui vont rejoindre la PAL pour quelques moments d'éternité tant ils risquent de ne pas y rester très longtemps. Comme la gestion d'une PAL est une chose très compliquée et source de discorde, je ne donnerai ni de titres ni de délai pour éviter de m'enfoncer... Quoi ? Nelfe me dit que je le fais déjà tout seul... Pas faux... Allez, trêve de bavardages et passons aux choses sérieuses. Roulement de tambour, les présentations peuvent commencer !

Acquisitions 3
(À tout seigneur tout honneur, débutons par les grands formats !)

- La Variante chilienne de Pierre Raufast. Un drôle de roman que celui-ci qui m'a interpellé par sa quatrième de couverture intrigante. Un homme collectionne ses souvenirs dans des bocaux et à chaque fois qu'il en ouvre un, c'est l'occasion pour l'auteur de tisser des histoires qui s'entremêlent et se répondent entre elles. Comme j'aime beaucoup cette maison d'édition (c'est celle de Xavier Mauméjean, un auteur que je ne saurais que trop vous conseiller), je me suis jeté à l'eau. La lecture sera mon seul juge n'ayant pas cherché ici ou là à en savoir plus.

- Les Échoués de Pascal Manoukian. Ouvrage sur le drame des migrants, il se déroule en 1992 bien avant le raz de marée humanitaire qui se joue encore aujourd'hui. À travers quelques personnages déracinés, l'auteur nous invite à partager ces trajectoires brisées qui se lancent à l'assaut de la forteresse Europe avec leur lot de malheurs et de désillusions. Un livre à priori poignant et qui fera sans doute douloureusement écho à notre actualité honteuse où on l'on peut par exemple en France être poursuivi pour délit de solidarité. Un livre qui je l'espère marchera sur les pas du fabuleux Eldorado de Laurent Gaudé.

- L'Esprit de l'ivresse de Loïc Merle. Un livre qui traite d'une révolte imaginaire dans les quartiers difficiles de France, sempiternels oubliés de notre République pas si égalitaire que cela (voir le sort réservé au rapport Borlo par Micron Ier). C'est une thématique - la banlieue, les cités - qui me touche particulièrement pour y avoir enseigné en début de carrière pendant de nombreuses années. Le point de vue ici est différent car tout est raconté à travers les yeux d'une seule personne qui assiste impuissante à l'inéluctable embrasement de son quotidien. L'auteur ayant été journaliste dans une première vie, je suis curieux de voir le résultat. 

- Touriste de Julien Blanc-Gras. Voici un auteur qui m'avait fait forte impression lors de ma lecture de Briser la glace. Belle plume, ton original alliant drôlerie et prise de conscience écologique, je me jetai sans réfléchir sur ce titre qui me tendait ses petites pages. Il s'agit ici d'un roman géographique où le narrateur décide de voyager un peu partout dans le monde et de raconter son parcours de touristes entre découvertes, déconvenues et parfois quelques situations hors du commun. M'est avis que ce titre ne restera pas longtemps dans ma PAL, je prévois de le lire justement quand viendront les prochaines vacances.

- Le Livre de la jongle de Stéphane de Groot. Pour terminer chez les grands, un livre détente où Stéphane De Groot en amoureux de la langue française s'amuse à revisiter dans l'esprit si drôle et absurde qui l'habite des expressions populaires. J'ai déjà feuilleté un peu l'ouvrage, ça annonce du lourd, du très très lourd même. Je suis très parti pris avec lui car je suis fan du bonhomme et j'avais déjà adoré son Voyages en absurdie. Hâte de découvrir cet ouvrage plus ancien mais qui va (j'en suis sûr) tenir toutes ses promesses.

 

Acquisitions 2
(Petits mais costauds!)

- Le Feu d'Henri Barbusse. Enfin, je l'ai trouvé. Voila un ouvrage que je recherchais depuis très longtemps en chinage et qui m'échappait jusque là. Passionné d'Histoire et aimant les romans-témoignages touchant à la Première Guerre mondiale, ce livre est considéré comme un classique. Prix Goncourt en 1916, suscitant la polémique car décrivant l'horreur à l'état pur alors que le conflit est en cours, échappant à la censure, voici un livre essentiel que je vais enfin découvrir. Là encore, il ne fera pas de vieux os dans ma PAL.

- L'Enfant de la haute mer de Jules Supervielle. Livre-poème composé de textes en prose décalés flirtant avec le conte, j'ai sauté sur l'occasion de lire du Supervielle. Auteur visionnaire à sa manière, il m'a permis d'obtenir mon concours de professeur dans la phase écrite (très beau sujet de français d'analyse de texte) et m'a ensuite ravi lorsque je découvrais d'autres oeuvres de lui au hasard de mes lectures. Ce livre semblait m'être destiné tant il était un peu à part dans son bac, me faisant de l'oeil et attirant sur lui mon regard puis mon coeur. Ce sera sans aucun doute un grand moment que de plonger dans cet univers si magique et onirique à nouveau. 

- Le Lion et La Rose de Java de Joseph Kessel. On ne présente plus ce monstre sacré qu'est Kessel. J'avais lu Le Lion, il y a très très longtemps lorsque j'étais en collège. Je vais le relire avec un plaisir immense et j'imagine que je vais le redécouvrir. L'autre titre m'était parfaitement inconnu mais je me suis dit que c'était l'occasion de lire autre chose du maître et de goûter à une découverte pour le coup total. Wait and read !

- Simples contes des collines de Rudyard Kipling. Encore un écrivain hors norme avec l'auteur du Livre de la jungle qui se livre parfois à l'exercice de la nouvelle comme dans ce recueil qui se propose de dresser un portrait atypique des Indes britanniques où les personnages sont partagés entre leurs aspirations, l'ordre établi et leur destinée. Je m'attends là aussi à du très bon tant Kipling a une plume singulière et envoûtante. 

- La Fille du capitaine de Pouchkine et Premier amour de Tourgueniev. De la littérature russe pour terminer enfin avec deux ouvrages de chez Librio pour deux auteurs classiques réputés que je n'ai pour l'instant jamais pratiqué. La honte va être enfin réparée avec ces histoires d'amour, d'honneur et de doute. Fervent amateur de Dostoievski, Tolstoï mais aussi des nouveaux auteurs russes émergents comme Glukhovsky, Starobinets ou encore Galina et Lipskerov ; j'ai hâte de me replonger dans cette littérature si particulière où l'on cisèle les hommes à la manière de diamants bruts.

 

Acquisitions 1
(La sélection officielle cannoise nelfesque)

- Amours de Léonor De Récondo. (Hop je prends la main rapidement pour présenter mes 2 ouvrages) Pour celui-ci, je n'ai pas lu la 4ème de couverture. J'ai une confiance aveugle en ma copinaute faurelix qui avait adoré ce roman. Elle m'avait d'ailleurs dit de ne pas lire la 4ème. Je suis sage, j'obéis ! Je sais pour le coup ça ne vous aide pas trop...

- De flammes et d'argile de Mark Spragg. Quoi !? Un Gallmeister tout seul, perdu, au milieu de livres d'occasion !? Je ne peux pas le laisser là ! Oui encore une fois, je vous aide beaucoup... (Et hop, je redonne la main à Mr K. A vous les studios !)

De biens belles acquisitions qui viennent grossir nos PAL respectives de fort belle manière. Depuis février dernier, nous n'avons pas recraqué, il faut garder la tête froide et essayer de vider nos réserves même si la tentation est forte notamment lors de vides greniers très à la mode aux beaux jours. Nous verrons combien de temps nous tiendrons (déjà 3 mois !)... En attendant, nous avons un choix certain pour nos prochaines lectures et des heures incalculables de plaisir en prévision. Chroniques à venir dans les semaines, mois et années à venir !