lundi 3 octobre 2016

"La Destiné, la Mort et moi, comment j'ai conjuré le sort" de S. G. Browne

La-destinée-la-mort-et-moiL'histoire : Incarnant le Sort depuis des millénaires, Sergio est en charge de l'attribution des heurs et malheurs qui frappent la plupart du genre humain, les 83% qui font toujours tout foirer.
Il doit en plus subir l'insupportable bonne humeur de Destinée qui, elle, guide les grands hommes vers la consécration d'un Prix Nobel ou d'un Oscar. Et pour finir d'aggraver les choses, il vient de tomber amoureux de sa voisine, une jeune mortelle promise à un avenir glorieux.
Entamer une relation avec elle viole la Règle n°1 et une bonne dizaine d'autres, ce qui pourrait bien pousser son supérieur hiérarchique Jerry - Dieu tout-puissant - à lui infliger un sort pire que la mort...

La critique Nelfesque : Avec un changement de maison d'édition, passant de Mirobole à Agullo, S. G. Browne revient en force avec ce troisième roman traduit en français. "La Destinée, la Mort et moi, comment j'ai conjuré le sort" est un petit bonbon d'humour et de second degré. Adepte des titres à rallonge dans leurs versions françaises, j'avais adoré son style dans "Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour" et "Le Jour où les zombies ont dévoré le Père Noël". Mélangeant loufoquerie et portrait de la société, cet auteur n'a pas son pareil pour dépeindre la nature humaine. Ce dernier opus ne déroge pas à la règle.

Le lecteur est invité ici à suivre le quotidien du Sort. Personnage fort important dans la vie de beaucoup d'humains sur la planète, il nous est pour autant inconnu. Et pour cause. Avec Destinée, Mortimer alias la Mort, Paresse, Gourmandise, Honnêteté, Sagesse, Vérité et bon nombre d'autres entités, il a pour vocation de régir nos vies. Chacun naissant avec un chemin bien tracé par Jerry (aka Dieu, rien que ça), tous passent leur éternité à s'assurer que tout se déroulera comme prévu dans nos petites vies préprogrammées. Une mécanique bien huilée en somme !

Sauf que... Le Sort commence à en avoir gros sur la patate de mener sa vie de Sort et de voir tous ses "clients" foirer leur vie alors que selon lui de légers changements permettraient de les placer sur la voie de la Destinée. Peu à peu, il commence à s'aventurer sur une pente glissante, celle de modifier le cours de la vie de certains des humains dont il a la charge, provoquant ainsi des réactions en chaîne mettant à mal l'avenir de l'humanité (l'effet papillon, tout ça). Non comptant de violer une des lois les plus importantes de Jerry (nom de lui-même !), il va tomber amoureux de sa nouvelle voisine humaine. Comment alors lui cacher ses activités, lui expliquer qu'elle couche avec une créature apparue en même temps que la vie sur Terre et envisager d'arrêter de se téléporter aux quatre coins de la planète sous peine de se faire pincer en apparaissant dans le plus simple appareil en plein milieu du salon.

Comme à son habitude, S. G. Browne utilise l'humour pour mettre en lumière des problématiques bien plus sérieuses. On peut passer complètement à côté en lisant ce roman comme un simple divertissement mais pour qui veut bien être attentif, c'est aussi l'occasion d'une double lecture. Avec un style inimitable et un titre improbable, l'auteur nous amène à réfléchir sur la condition humaine, sur les notions du sens de la vie, de la morale mais aussi sur ce qui caractérise l'Homme, les étapes importantes de sa vie. De la philosophie, de la théologie, un peu d'Histoire et de psychologie aussi.

"Tout un programme" me direz-vous ! Mais tout cela avec beaucoup d'humour, des situations cocasses et des dialogues savoureux. A ce prix là, vous reprendriez bien un peu de sciences sociales non !?


samedi 1 octobre 2016

"Après le tremblement de terre" d'Haruki Murakami

murakami haruki après tremblement terre

L'histoire : Japon, 1995. Un terrible tremblement de terre survient à Kobe. Cette catastrophe, comme un écho des séismes intérieurs de chacun, est le lien qui unit les personnages de tous âges, de toutes conditions, toujours attachants, décrits ici par Haruki Murakami. Qu'advient-il d'eux, après le chaos ? Séparations, retrouvailles, découverte de soi, prise de conscience de la nécessité de vivre dans l'instant. Les réactions sont diverses, imprévisibles, parfois burlesques...

La critique de Mr K : Suite à notre passage au festival international de photo de La Gacilly et l'obtention de superbes marque-pages aux couleurs du japon (pays invité de l'édition 2016), je ressortis de ma PAL un ouvrage trop longtemps oublié dans celle-ci de mon auteur nippon favori. J'ai enchaîné les lectures sublimes et planantes avec Murakami mais jusqu'à maintenant je n'avais jamais goûté à ses nouvelles. C'est désormais chose faite avec Après le tremblement de terre et force est de constater que le talent du maître s'y exprime aussi pleinement.

Six nouvelles composent ce recueil et le drame de Kobe en 1995 relie de près ou de loin les six personnages principaux qui nous sont donnés à découvrir. On retrouve une fois de plus le goût prononcé de Murakami pour l'étrange, la romance contrariée et l'érotisme. Ainsi, un homme quitté brutalement par sa femme se voit confier une étrange mission, une réunion d'amis devant un feu de camp sur la plage donne lieu à des révélations surprenantes, un homme élevé dans l'amour de Dieu cherche son père, une chercheuse en médecine s'octroie un peu de temps libre en Thaïlande après une conférence internationale, un homme se retrouve nez à nez avec un crapaud géant très bavard dans son appartement et un trio d'amis doit éprouver son amitié au fil de son existence. Six histoires qui font la part belle à l'introspection, aux sentiments qui nous animent et à nos réactions face à l'indicible.

Murakami n'a pas son pareil pour évoquer l'absurdité de l’existence et la nécessité de vivre le présent et prendre conscience de ce que l'on a. Les personnages sont bien souvent confrontés à une forme de solitude profonde qui semble les enfermer dans une bulle dont ils ne peuvent sortir. Heureusement, bien souvent le temps joue en leur faveur et leur permet d'accéder au bonheur. Étrange mélange donc, avec une ambiance cotonneuse garantie 100% japonaise qui contribue à placer ces nouvelles dans un mix improbable de mélancolie et d'espérance. Chacun se débat avec sa vie et ses proches, et l'auteur réussit le tour de force de rendre ces courts textes denses et évocateurs malgré la brièveté de chaque micro-récit (25 pages environ pour chaque et un total de 150 pages). On suit avec envie ces parcelles de vie et c'est pantelant que l'on se retrouve au bord du chemin soit avec l'assurance d'une suite bien tracée soit à la croisée d'une décision que Murakami nous laisse imaginer. Loin d'être frustrant, ce procédé donne un caractère profondément humaniste à ces nouvelles.

Les drames sont évoqués avec brio avec en premier lieu le fameux tremblement de terre qui donne son titre à l'ouvrage. Peu de description de la catastrophe en elle-même mais plutôt une exploration des réactions qu'elle a pu susciter chez certains : indifférence, questionnement, traumatisme voir délire absurde. Chacun étant différent, cela donne des trajectoires assez divergentes et totalement imprévisibles pour certaines. Aucune nouvelle n'est vraiment supérieure aux autres ici même si mon côté fleur bleu à une préférence pour le trio d'amis qui se rencontrent, se côtoient, se déchirent et se retrouvent. On flirte avec la senteur si particulière qui m'avait envoûté dans le fabuleux Ballade de l'impossible.

On en redemande encore et encore mais le genre de la nouvelle réside justement dans la brièveté et l'intensité, deux défis relevés avec brio par Murakami toujours aussi inspiré, magicien des mots et des âmes qui nous convie à un autre festin littéraire dont on ressort une fois de plus émerveillé et déstabilisé. Décidément, cet auteur n'a pas fini de me séduire et de me transporter. Encore un ouvrage à lire absolument. Ca devient une habitude avec Haruki Murakami.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
"1Q84 : Livre I, Avril-Juin"
"1Q84 : Livre II, Juillet - Septembre"
"1Q84 : Livre III, Octobre - Décembre"
"Kafka sur le rivage"
"La Ballade de l'impossible"
"Sommeil"
"La Course au mouton sauvage"
"L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage"
"Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil"
- "Le Passage de la nuit"

jeudi 29 septembre 2016

"Un Bon écrivain est un écrivain mort" de Guillaume Chérel

un bon écrivain

L’histoire : Un journaliste doit animer une conférence littéraire à Saorge, un ancien monastère franciscain transformé en résidence d’auteurs. Seront là Michel Ouzbek, Christine Légo, Amélie Latombe, Delphine Végane, Frédéric Belvédère… Une dizaine d’écrivains connus, plus quelques auteurs régionaux. Le tortillard est arrivé à l’heure, comme prévu. Tout était prévu, en fait : la rencontre devant un public ravi de voir des écrivains de best-sellers, le déroulé du débat sur la "véracité dans l’art d’écrire", le cocktail dînatoire puis la séance de dédicaces. Mais rien ne s’est passé selon le programme. Une fois au monastère, l’histoire a dérapé. Les écrivains connus ont disparu, les uns après les autres. C’est bien connu, un bon écrivain est un écrivain mort.

La critique de Mr K : Retour chez la maison Mirobole avec un livre d’un genre bien particulier paru ce mois de septembre. Avec ce pastiche de roman policier, l’auteur s’est donné comme objectif de dynamiter la rentrée littéraire en se gaussant de ses collègues écrivains et en calquant son propre récit sur l’intrigue des Dix petits nègres d’Agatha Christie. L’idée de départ est excellente, les débuts prometteurs car complètement déjantés mais on perd en densité et en inspiration dans la deuxième partie de l’ouvrage. Mon avis est donc forcément mitigé...

Les dix écrivains les plus en vogue se sont vus fixés rendez-vous pour le week-end dans un vieux monastère de province planté en haut d’un pic rocheux par un mystérieux expéditeur nommé Un Cognito. Tous sont curieux de savoir de qui il s’agit et voient dans cette rencontre littéraire la possibilité de faire encore plus parler d'eux. Mais malheureusement très vite, les choses dérapent entre une conférence qui tourne court, un commanditaire invisible et quelques événements troublants qui vont vite devenir inquiétants puis très menaçants.

Comme dit précédemment, Guillaume Chérel commence très fort. Le temps de quelques chapitres, il nous dresse un portrait au vitriol de figures connues du milieu littéraire en transformant légèrement leur nom de famille et en nous expliquant leurs origines et motivations face à l’écriture. C’est tordant et tellement vrai entre l’imbu de sa personne qui écrase les autres, le faux bobo complètement barré, la créature télévisuelle implacable, l’égocentrique dévastatrice qui déteste les hommes, le provocateur pseudo-philosophe... Chacun voit son cas personnel disséqué par quelques formules bien à propos, aussi courtes qu’incisives et implacables. Je me suis régalé. Surtout que les auteurs présents dans ces pages sont loin d’être mes préférés. Guillaume Chérel bien des fois énonce très haut des idées et des ressentis qui sont les miens aussi. On jubile donc beaucoup au départ.

On croise pas mal d’êtres à part, névrosés et obsédés par leur petite personne. L’auteur en profite aussi pour égratigner notre société consumériste, l’événement de la rentrée littéraire en lui-même et notamment son traitement par les médias qui focalisent bien trop souvent sur les grosses cylindrées et n’accordent pas assez d’importance à des œuvres plus discrètes en terme de notoriété mais tout autant voir bien plus enthousiasmantes pour le lecteur avide de nouvelles sensations (je vous invite à cliquer sur notre tag Rentrée littéraire 2016 pour faire vous aussi quelques découvertes). Ce livre est donc au delà du traitement spécial réservé aux auteurs, une peinture sans fard de l’ambiance mielleuse, condescendante et teintée de pensée unique qui règne aussi dans les milieux dits "plus cultivés", où finalement l’apparence et le creux règnent en maître. En cela, cet ouvrage est une vraie réussite, une bonne attaque contre la bien pensance qui rafraîchit et surtout fait énormément rire.

Là où le bât blesse, c’est quand l’histoire commence à virer au jeu de massacre. Et pourtant, on est bien content de les voir disparaître les uns après les autres ! L’auteur a tout fait pour entretenir cette attente sadique et expiatoire chez le lecteur. Malheureusement, le souffle retombe assez vite après l’annonce faite aux écrivains qu’ils vont payer pour leurs pêchés. L’écriture redevient plus sage, plus convenue. Certes, on s’attend à ce qu’ils passent de vie à trépas mais on n’est jamais vraiment surpris, certains passages ressemblent à du remplissage et la nature globale de cette vengeance ne m’a pas séduit. C’est tout le problème d’un pastiche, pour qu’il soit réussi il faut faire durer les références et l’humour mêlé (un peu à la H2G2 en SF) et ici l’auteur m’a perdu en chemin. Heureusement, l’ultime rebondissement se déroulant après les faits relève un niveau qui a grandement perdu au fil de la lecture.

Je suis donc un peu déçu surtout que Mirobole est vraiment une maison d’édition que j’adore. Rien à redire sur le style de Guillaume Chérel qui sait écrire et manipule à merveille le langage courant et les noms propres pour créer situations cocasses et mener son récit, mais le contenu pour moi s’essouffle et fait perdre son intérêt à l’ouvrage. Là encore, c’est une question de goût et les avis plutôt positifs de certains de mes confrères blogueurs m’incitent à vous dire de tenter l’aventure si l’envie vous en prend...

lundi 26 septembre 2016

"Le Clin d'oeil du héron" de Jean-Claude Dunyach

le clin d'oeil du héron

L'histoire : J’ai souvent parlé de magie avec Ayerdhal. Pas la force extérieure manipulée par des thaumaturges, mais celle qui naît dans le cœur et la volonté des hommes et que j’ai voulu illustrer dans ce recueil. Il en a donné sa propre définition dans Parleur ou les chroniques d’un rêve enclavé : "Parleur parlait et nous suivions. Il y avait quelque chose de magique dans cette sujétion, quelque chose qui ne tenait pas seulement de ce charisme, dont Mescal me parla par la suite, et qui ne dépendait pas uniquement du parfait usage qu’il faisait de ces connaissances humaines. Aujourd’hui, je sais que cette magie s’appelle intégrité et qu’elle fonctionne par la conscience que nous en avons, car tous nous connaissons les limites de notre propre honnêteté. Nous ne savions pas au juste ce que Parleur pensait, mais nous n’avions jamais détecté le moindre décalage entre ses paroles et ses agissements."

La critique de Mr K : Ce volume est le huitième du genre à paraître chez l'Atalante pour l'auteur qui affectionne tout particulièrement le genre de la nouvelle. Pour ma part, je n'avais lu de lui jusqu'alors qu'un excellent pastiche de fantasy intitulé L'Instinct du troll qui compilait quatre nouvelles contant les mésaventure d'un troll qui se retrouvait du jour au lendemain responsable d'un stagiaire pas très doué... Ici point de tout ceci mais sept nouvelles ayant en fil rouge commun la magie (au sens large) et définitivement tournées vers la SF et l'anticipation.

Un couple amoureux fou voit leur affection mise à l'épreuve par les merveilles de la technologie moderne qui permet à chacun de prolonger sa vie et de littéralement fusionner avec l'être aimé, deux sœurs en séjour à Amsterdam vont être confrontées à un illusionniste qui va leur rendre service, une astrophysicienne enceinte découvre avec son équipe un nuage spectral étrange, serait-il possible que ce soit Dieu ? Un jeune homme un peu paumé va trouver dans une ruelle un mystérieux passage avec un gardien énigmatique, cette rencontre va changer à jamais sa perception de la vie. On retrouve aussi une histoire bizarre mélangeant magie et incarnation terrestre des anges, une compagnie capable de ressusciter les stars disparues mais aussi une traqueuse à qui l'on confie une enquête déjà résolue cachant une manipulation à grande échelle.

Comme vous pouvez le constater, on retrouve de grands thèmes de SF classique comme la course au progrès et ses conséquences entre déshumanisation des populations, consumérisme institutionnalisé et planète en péril. C'est aussi au détour de certaines nouvelles des réflexions sur la place de l'être humain dans l'univers et la quête de sens que nous poursuivons tous au milieu des multiples signaux "pseudo" enchanteurs que médias et société nous renvoient. Peu de place à l'optimisme donc mais de beaux portraits de personnages bien différents qui se débattent avec réussite ou non d'ailleurs avec leur existence et le monde qui les accueille. Il est aussi beaucoup question du réel et du virtuel, de la frontière de plus en plus ténue qui peut exister entre les deux et la confusion qui peut en découler. C'est très intéressant de se projeter avec l'auteur vers ces futurs plus si lointains que ça...

Avec Dunyach, on passe par toutes sortes d'émotions contradictoires avec par moment des sourires et de la légèreté puis quelques lignes après, les affres de l'existence humaine et son lot de doutes et d'échecs. C'est très particulier et même si toutes les nouvelles ne sont pas du même niveau, on passe un bon moment, pris dans des textes concis mais non dénués de nuances et de circonvolutions scénaristiques parfois déroutantes. Bien moins amusant que l'opus précédemment cité, on retrouve dans Le Clin d'oeil du héron la verve dans l'écriture, une accessibilité de toutes les lignes et des formulations qui claquent là où ça fait du bien.

Une bien belle lecture pour tous les amoureux de courts récits et du genre SF qui trouvent là un bel ambassadeur que j'approfondirai de mon côté en essayant de dégoter quelques autres recueils de ses nouvelles. À bon entendeur...

samedi 24 septembre 2016

"Un Enfant plein d'angoisse et très sage" de Stéphane Hoffmann

Un Enfant plein d'angoisse et très sageL'histoire : Dans ce portrait d’une famille où la tendresse passe mal, on croise une chanteuse qui ne veut plus chanter, un Anglais qui n’aime que les chaussettes et la reine, un petit chien bien imprudent et une égoïste qui veut être ministre. On fait des virées à Londres et Monaco et une traversée du lac Majeur. Il y a encore des blessures d’amour mal guéries et, bousculant tout ce monde, un enfant qui cherche la liberté.

La critique Nelfesque : Portrait de famille, blessures d'amour mal guéries et un enfant au milieu ? Il ne m'en faut pas plus pour me lancer dans une lecture d'un auteur que je ne connais pas encore. Rajoutez à cela une couv' déjantée et je saute le pas !

Dans "Un Enfant plein d'angoisse et très sage", nous suivons Antoine, un gamin de 14 ans, qui a passé ses jeunes années balloté entre une pension pour riche et la maison de sa grand-mère pendant les vacances. Sa mère et son père se souciant de lui comme de leurs premières culottes, il a jusqu'alors vécu sans amour et personne ne lui a jamais vraiment porté attention. Alors il a grandi "sans". Sans parents et sans gestes tendres. Sa grand-mère, Maggie, est une ancienne chanteuse à succès retranchée aujourd'hui dans les montagnes. Egoïste et froide, elle s'occupe de son petit-fils parce qu'il le faut. Elle oublie ses anniversaires, le laisse seul. Il n'est pas maltraité mais il ne vaut guère plus qu'un meuble. Sa mère est carriériste et n'a toujours pas assimilé qu'elle avait un fils, son père est absent et ne l'a jamais vu.

Pour palier au manque, Antoine a développé un caractère affirmé. Décalé par rapport aux autres, il n'aspire qu'à une chose : être tranquille. Qu'on lui fiche la paix et qu'on le laisse se gérer tout seul. Le monde des adultes ne le fait pas rêver et il porte un regard acéré sur les grandes personnes. Oui mais voilà, d'un seul coup ses parents se réveillent et son père souhaite le connaitre et vivre avec lui...

Avec une plume légère et pleine de cynisme, Hoffmann dresse le portrait d'un pré-adolescent éclairé sur la vie et le monde des adultes. Ce petit bonhomme est l'intérêt principal du roman. Il fait naître chez le lecteur empathie et tendresse. Avec sa vision du monde, il nous éclaire sur l'égoïsme et le narcissisme de la société actuelle où seuls compte la réussite, l'argent et le succès. Des choses bien futiles et éphémères.

"Un Garçon plein d'angoisse et très sage" fut une lecture sympathique. Antoine est au coeur de ce roman et son personnage atypique et bien ancré dans la réalité jette un regard neuf sur l'univers des adultes avec humour. Une bonne idée avec quelques fulgurances intéressantes et bien senties mais un roman qui s'oubliera vite...

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jeudi 22 septembre 2016

"Le Sang du monstre" de Ali Land

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L'histoire : Après avoir dénoncé sa mère, une tueuse en série, Annie, quinze ans, a été placée au sein d'une famille d'accueil dans un quartier huppé de Londres. Elle vit aujourd'hui sous le nom de Milly Barnes et a envie, plus que tout, de passer inaperçue. Si elle a beaucoup de difficultés à communiquer avec ses camarades de classe, elle finit néanmoins par se prendre d'affection pour une ado influençable du voisinage. Sous son nouveau toit, elle est la proie des brimades de Phoebe, la fille de son tuteur, qui ignore tout de sa véritable identité. À l'ouverture du procès de la mère de Milly, qui fait déjà la une de tous les médias, la tension monte d'un cran pour la jeune fille dont le comportement devient de plus en plus inquiétant.

La critique de Mr K : Attention chef d’œuvre ! Ce premier roman est une véritable bombe à retardement, l'exemple typique du livre qui une fois ouvert vous hypnotise durant la lecture et vous obsède quand vous devez malheureusement le refermer avant la fin pour rejoindre le monde réel. En nous faisant partager le quotidien ravagé de Milly Barnes, la néo-écrivaine Ali Land frappe un grand coup avec Le Sang du monstre !

C'est donc à travers la vision de cette jeune fille de quinze ans que cette triste histoire nous est racontée. Après avoir vécu l'horreur durant des années auprès de sa mère, Milly l'a dénoncée auprès des services de police et se retrouve placée dans une famille d'accueil dont le père de famille Mike est aussi son psychologue, chargé de la suivre et de la conseiller jusqu'au procès de sa serial killeuse de génitrice où elle doit témoigner. Effacée et perturbée, l'adolescente va avoir fort à faire avec sa nécessaire intégration dans cette nouvelle famille, son nouveau lycée et le souvenir vivace de sa mère qui s'adresse directement à elle (gloups !).

Ancienne infirmière en pédopsychiatrie, Ali Land s'est toujours intéressée aux déséquilibres mentaux des adolescents, cet âge ingrat où tout se bouscule et où les frontières entre le bien et le mal se font parfois plus ténues. C'est le thème qu'elle a retenu pour ce premier roman et on la comprend tant elle semble maîtriser le sujet et nous entraîne au plus profond de l'esprit de Milly qui tour à tour nous émeut, nous étonne et nous inquiète. Face à un passé si lourd, difficile de savoir comment s'y prendre avec soi-même et les autres. Cette chronique de vie balance donc continuellement entre micro-événements et la façon dont la jeune fille les appréhende. Prenant et fascinant, le lecteur sent que tout peut basculer d'un moment à l'autre à la faveur d'une expérience malheureuse, d'une incompréhension ou d'une brimade de trop.

Milly se raccroche à ce qu'elle peut pour surnager face aux difficultés qui s'accumulent et Mike est rassurant par sa présence paternelle (elle n'en a jamais vraiment eu à la maison). Elle rencontre une fille de son âge qui traîne seule et qui va devenir sa seule amie. Il y a aussi une professeur référente qui va remplacer inconsciemment sa mère dans la tête de Milly car elle est attentionnée et la pousse à développer ses talents de dessinatrice en participant à un concours. Mais malgré ses petites bouffées d'oxygène, un mal mystérieux, une mélancolie la ronge. Difficile de lutter avec son passé et les zones d'ombre qu'elle essaie d'entretenir pour se voiler la face et éviter d'affronter la réalité...

La tension est donc extrême durant toute la lecture, l'auteure débutant l'histoire au moment de l'emménagement de Milly dans son nouveau foyer. Autant Mick semble ravi de la recevoir et manifeste beaucoup d'empathie, autant sa femme est détachée et à l'ouest ; et leur fille Phoebe s'avère totalement jalouse et au fil du roman revancharde, voire sadique. Les débuts sont très difficiles avec quelques passages réellement traumatisants pour le lecteur notamment quand une cabale infantile et destructrice se met en place contre l'héroïne. Les gamins sont vraiment épouvantables entre eux quand ils décident de s'acharner sur l'un d'entre eux qui se révèle timide ou tout simplement différent. Milly va en faire l'affreuse expérience et l'esprit de sa mère qui rode encore dans ses souvenirs ne va pas arranger les choses, remettant en cause encore et toujours sa fille, l'avilissant et lui faisant perdre pied dans des pensées dépressives et noires. Les pages défilent, la gamine devient de plus en plus borderline et on se doute que le dérapage est possible à tout moment.

Pour ne rien arranger, l'approche de l'échéance judiciaire stresse Milly avec son cortège de questions auxquelles elle devra répondre et ses avocats qui l’entraînent à affronter les futures questions de la partie adverse. Peu à peu, on se rend compte qu'une vérité va émerger, qu'elle n'a pas tout dit à la police et que lorsque la révélation va éclater, sa vie en sera à jamais changée, qu'elle basculera définitivement d'un côté ou de l'autre. Mais que d'atermoiements, de détours jusqu'à ce moment critique ! L'auteure se plaît tout au long des 348 pages à distiller des éléments de réponse par petites touches légères, à la limite du perceptible mais qui au final construisent un fascinant portrait d'une jeune fille esseulée et bien étrange. Prisonnier d'une langue à la fois fluide, très accessible et très nuancée, on n'est pas loin de passer une nuit blanche tant on est happé par une histoire qui prend aux tripes et un rythme lancinant qui hypnotise littéralement le lecteur. L'expérience est réellement troublante et durable. On ressort chamboulé et retourné par ce thriller d'une rare intensité.

Le Sang du monstre rentre directement dans mes incontournables et je vais fortement inciter Nelfe à le lire. Une sacrée claque et un très grand moment de lecture que les amateurs du genre ou pas se doivent de lire. Une pure merveille !

mardi 20 septembre 2016

"Comment tu parles de ton père" de Joann Sfar

Comment tu parles de ton pèreL'histoire : "Papa est né l'année où tonton Adolf est devenu chancelier : 1933. C'est l'année où pour la première fois on a découvert le monstre du Loch Ness. C'est l'année, enfin, où sortait King Kong sur les écrans. Mon père, c'est pas rien."

La critique Nelfesque : Joann Sfar est un artiste du genre prolifique. Écrivain, réalisateur, dessinateur, pour cette Rentrée Littéraire, il est omniprésent sur les étals des librairies : avec "Le Niçois", roman édité chez Michel Lafon en mai dernier, "Fin de parenthèse", BD sortie il y a quelques jours en librairie et dont je vais vous parler très prochainement (teaaaser) et ce présent ouvrage sorti mi-août. Je ne parle même pas de son expo sur Salvador Dali inaugurée début septembre à l'Espace Dali à Paris... Cet homme est partout ! Cela agace sans doute certains, de mon côté je m'en réjouis puisque Sfar je l'aime sous toutes ses formes. Pour son talent, ses qualités humaines et ses oeuvres qui me touchent. Alors, qu'en est-il de "Comment tu parles de ton père" ?

Ce livre est à part. Ce n'est pas un roman, ce n'est pas un essai. Ce sont les confidences d'un homme qui vient de perdre son père et qui veut lui rendre un dernier hommage sincère. Lui dire qu'il pense à lui, lui dire ce qu'il retiendra de lui, lui dire ce qu'il lui a appris et qu'il l'aime. Sans édulcorer la réalité, sans essayer de donner une portée universelle à ses propos, Sfar nous chuchote ses pensées personnelles parfois de façon décousue, comme un besoin viscéral. Une longue lettre qu'il aurait pu garder pour lui seul, qu'il aurait pu écrire pour son père sans jamais la faire éditer et qu'il partage tout de même avec nous.

Faut-il être fan de Joann Sfar pour apprécier cet ouvrage ? Certes, "Comment tu parles de ton père" n'est pas trépidant ou croustillant, il ne s'y passe pas grand chose et les faits qui y sont relatés sont plus du registre de l'anecdote et de la vie ordinaire mais avec ces 150 pages, l'auteur dit sa peine, sa nostalgie, des sentiments que nous avons tous éprouvés à la perte d'un être cher. Entre rires et larmes et toujours avec une plume légère, second degré parfois et sans pathos, il nous raconte son existence. La perte de sa mère, son quotidien avec son père, sa vie de famille, ses peines de coeur...

Lu en une après-midi, je n'ai pas pu décrocher de ce livre. J'ai été émue, j'ai pleuré (particulièrement au chapitre 24 tant ce dernier a fait remonter des souvenirs douloureux), j'ai ri du ton employé et du caractère sanguin de Sfar père. Il se dégage beaucoup de douceur de ces pages, beaucoup de nous aussi. A travers son ouvrage pour son père, il parle de nos pertes, nos deuils... Un concentré de vie de tous les jours, un petit moment avec Joann que je vous conseille de partager. On en ressort apaisé. En faisant son deuil, Joann Sfar nous aide à faire le nôtre.

lundi 19 septembre 2016

"Le Journal de Zlata" de Zlata Filipovic

zlata

L'histoire : 1991, Zlata a onze ans lorsque la guerre éclate à Sarajevo. Du jour au lendemain, l'insouciance de la jeunesse laisse place à l'indignation. Les jeux, l'école et les rires ont disparu devant les tirs incessants, la mort des proches, les nuits d'angoisse dans les caves. Pour dire sa colère, il ne reste à Zlata que son journal, tendrement surnommé Mimmy. "L'horreur a remplacé le temps qui passe", écrit-elle avec une lucidité poignante.

La critique de Mr K : Voici un livre culte dont j'avais beaucoup entendu parlé via des collègues et des connaissances du web. À chaque fois, le même son de cloche : tu verras ce livre est poignant entre tous, c'est la vision de la guerre par une enfant lucide et la Anne Frank de la guerre en Yougoslavie. L'occasion s'est présentée lors d'un chinage de plus d'adopter Le Journal de Zlata et d'enfin pouvoir lire ce phénomène. Franchement, ce fut une grosse claque comme on en connaît rarement, un texte d'une pureté formelle et au contenu à haute émotion qui nous tient au cœur et aux tripes.

Le journal débute début septembre 1991 à l'aube de la rentrée des classes. Zlata a hâte d'aller à l'école. Excellente élève, grande lectrice, elle aime apprendre et a l'avenir devant elle. Elle a beaucoup d'amis et comme tous les enfants de son âge, elle vit au rythme de sa vie de famille et de ses amis qu'elle a nombreux. Elle aime Michaël Jackson, regarde les clips sur MTV, joue à la poupée Barbie et regarde le monde avec un optimisme attendrissant. Tout va basculer lors de l'invasion de son pays par les troupes serbes et le siège de Sarajevo où elle habite. C'est le début de l'horreur qui va monter crescendo et fissurer toutes les certitudes de Zlata qui va devoir survivre avec sa famille et va grandir d'un coup, trop vite même face aux événements dramatiques qu'elle va vivre avant son extraction avec sa famille vers la France.

Rapidement, le simple journal d'une petite fille de onze ans change de forme et de thématique. Du simple journal quotidien d'une enfant innocente, les écrits se teintent de réflexions sur la politique et la guerre. Elle peint aussi de saisissants tableaux des relations humaines des habitants de Sarajevo et notamment de son quartier entre entre-aide et débrouille au jour le jour. Elle ne nous épargne rien de ses émotions et sentiments. Au départ, le choc de la guerre la fait décrire le moindre bombardement, le moindre blessé ou mort par balle (les snipers sur les collines environnantes n'épargnent aucune personne passant dans leur visée), les coupures de gaz et d'électricité. Et puis le temps passe, les exactions continuent et l'exceptionnel devient banal. Il perdure toujours un peu d'espoir dans l'esprit de Zlata mais elle s'habitue sans se résigner au conflit et aux horreurs qu'il produit.

Le quotidien est donc très difficile et entravent les aspirations de Zlata : retourner à l'école, continuer de suivre ses cours de piano, aller voir ses grands-parents de l'autre côté du pont ou les autres membres de sa famille en dehors de Sarajevo (impossible vous imaginez bien), visiter ses amis et s'amuser tout simplement. Elle voit ses parents s'inquiéter de plus en plus et ne peut que constater les ravages de la guerre tant au niveau de la ville que dans l'esprit des gens. Cette lente et progressive dégradation des choses est remarquablement décrite dans la langue simple et cristalline de Zlata qui comme beaucoup d'enfants de là-bas a appris à écrire très tôt, ce qui explique le niveau d'écriture de la jeune fille. Cela rend le texte riche et vivant à la fois, d'une puissance émotionnelle impressionnante qui nous bouscule dans nos retranchements.

Mais ce journal est une manière pour Zlata de tenir et de garder le cap dans un monde en pleine déliquescence autour d'elle. Elle n'épargne d'ailleurs pas le spectacle pitoyable des politiques de son pays (ces chers bambins comme ils étaient surnommés alors) et la lenteur de l'ONU pour intervenir et tenter de stopper les massacres. Elle se concentre alors sur ses apprentissages rendus très difficiles par la guerre mais aussi sur l'aide apportée par leurs voisins et amis. Les solidarités sont fortes, émouvantes et Zlata se plaît à nous les décrire, tissant un maillage dense de relations et d'entraide. Un repas, un enterrement d'animal familier, un anniversaire ou encore la quête de l'eau, c'est autant d'actes du quotidien qui prennent un sens et une profondeur incroyable dans des textes incisifs, bouleversants et éclairants sur une réalité dans un lieu et un temps donné.

On alterne donc phases d'espoir et moments d'abattement. C'est très touchant de part la langue employée, sans ambages ni recherche stylistique qui renforce encore plus le réalisme de ce que vit la fillette. Ce témoignage est assez unique et explique bien des choses sur notre nature et nos capacités de destruction et parfois de soutien les uns envers les autres. Une sacrée expérience pour un sacré livre. À lire absolument pour se rendre compte aussi de la chance que l'on a d'avoir ce que l'on a même si c'est peu et même si notre époque n'est pas évidente. Une lecture salutaire et unique.

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samedi 17 septembre 2016

Chasse aux livres à domicile !

Le week-end dernier c'était au tour de la médiathèque de notre commune de procéder au désherbage de ses rayonnages. Pour ma part, je n'étais pas optimiste quant à la possibilité de trouver des titres qui me tenteraient vu le caractère "rural" de notre lieu de villégiature et le peu d'activités dédiées à la culture de manière générale. Je m'attendais plutôt à des titres soit hyper connus (déjà lus ou qui ne m'intéressent pas), à des romans de terroir (genre qui fonctionne pas mal en Bretagne et qui me laissent de glace) et à une majorité de livres pour enfants. Nelfe ayant une force de persuasion hors du commun, elle réussit tout de même à m'entraîner vers ce micro-événement "littéraire" local...

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Grand bien lui a pris tant l'offre proposée s'est révélée finalement variée et de qualité. La responsable a du goût et ça se sent d'office. Par habitude, je ne lis que des livres que j'achète en seconde main (plus les SP) et je ne fréquente plus les bibliothèques depuis un certain temps. Il s'avère qu'une fois de plus lors d'un chinage, j'ai croisé des auteurs que j'affectionne beaucoup et que des titres m'ont séduit par leur quatrième de couverture intrigante. Au final, je suis ressorti avec six romans (un pour Nelfe) et une BD. Je vous invite à me suivre dans la découverte des nouveaux pensionnaires de nos PAL respectives !

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- L'Amour est une île de Claudie Gallay. Depuis mes lectures enthousiastes des Années cerises et des Déferlantes, je voue un culte à cette auteure à l'écriture envoutante et simple à la fois. Impossible donc de ne pas acquérir ce titre qui me faisait de l'oeil et qui explore les passions, rêves et mensonges au coeur d'un été lourd de secret avec en toile de fond le festival d'Avignon. Sacré programme en perspective que je suivrai avec délice avant la fin de l'année.

- La Quarantaine de J. M. G. Le Clézio. Un bel ouvrage pour un auteur décidément à part dans le paysage littéraire français avec son goût pour le voyage, la rencontre de l'autre et une écriture poétique à souhait. Il est ici question de mise en quarantaine avant la reprise d'une vie "normale" avec la compilation de souvenirs et notes éparses. Sans aucun doute, une de mes futures "grandes" lectures. 

- Hors champ de Sylvie Germain. À la table des hommes sorti en début d'année m'avait laissé un sentiment mitigé entre un jeune héros très charismatique, touchant comme jamais, et un background plutôt simpliste et surtout déjà lu et vu. Je retente ma chance avec ce titre traitant de l'effacement et de l'oubli de certaines personnes dans notre société occidentale contemporaine. Je gage sur la qualité certaine d'écriture de l'auteur pour nous faire explorer les peurs et doutes du genre humain. 

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- La Caverne des idées de J. C. Somoza. Coup de poker que ce livre qui m'a séduit par son histoire d'enquête policière sous fond de Grèce antique, période fascinante pour l'historien que je fus durant mes études. Qui a tué le jeune éphèbe ? C'est ce que vont s'atteler à découvrir deux êtres que tout oppose : un fin limier et un philosophe platonicien, mentor du disparu. Ce livre plein de promesse ne tardera pas à sortir lui aussi de ma PAL !

- Ainsi mentent les hommes de Kressmann Taylor. Trop content d'être tombé sur ce recueil de nouvelles après la gigantesque claque renouvelée lors de ma relecture de Inconnu à cette adresse et la découverte du très bel ouvrage jeunesse sorti chez Flammarion lors de la rentrée littéraire 2014, Monsieur Pan !Les courts textes réunis ici mettent en scène de jeunes adolescents confrontés à des adultes mensongers qui vont les pousser à s'isoler en dehors du cercle de l'humanité, dans la nature pour désamorcer douleur et désarroi. J'ai sacrément hâte de débuter cette lecture tant je trouve cette auteure redoutable d'efficacité dans le traitement de la nature humaine. Yes !

- Roi du matin, reine du jour de Ian McDonald. Ce livre nous raconte le destin de trois femmes irlandaises considérées comme folles par certains, sorcières par d'autres. Gnomes, extra-terrestres, monstres venus d'on ne sait où, mythomanes mêlant mensonges et réalité... l'éditeur nous promet un voyage qui dépote entre histoire et mythologie de ce pays si mystérieux. Je suis très curieux de lire ça !

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- Un Fauve en cage, une aventure de Jérôme K. Jérôme par Dodier. L'occasion fait le larron et cela fait bien longtemps que je n'ai pas suivi une enquête de ce jeune enquêteur légèrement maladroit, amateur des policiers US à l'ancienne qui collectionne les sons de sirènes des polices du monde entier. Dans ce volume, il recueille une jeune femme amnésique sur qui plane un danger insaisissable. Là encore, un ouvrage qui ne tardera pas à quitter ma PAL !

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- À Marche forcée de Slavonir Rawicz. L'unique choix de Nelfe mais quel choix ! Nous avions regardé l'adaptation cinéma lorsqu'elle est passée à la télévision et nous avions été bluffé par cette histoire vraie (Les Chemins de la liberté de Peter Weir, sorti en 2010). Ce livre est le témoignage unique d'évadés du goulag russe qui ont parcouru des miliers de kilomètres à travers le désert de Gobi. Je pense que c'est le genre de lecture qui ne laisse pas indifférent. J'ai hâte de savoir ce que Nelfe en pensera, d'autant plus qu'elle affectionne les romans des "grands espaces" !

De belles pioches une fois de plus, des PAL qui grossissent un peu mais pas trop (on a vu pire au Capharnaüm éclairé en terme d'acquisitions !) et qu'il faudra faire diminuer quand la rentrée littéraire 2016 sera derrière nous. Quel bonheur que d'être lecteur !

vendredi 16 septembre 2016

"Briser la glace" de Julien Blanc-Gras

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L'histoire : Un périple sur un voilier à travers les icebergs
Un narrateur incapable de naviguer
Des baleines paisibles
Des pêcheurs énervés
Du phoque au petit-déjeuner
Des frayeurs sur la mer
De l'or sous la terre
Des doigts gelés
Des soirées brûlantes
Un climat qui perd le Nord
Des Inuits déboussolés
Une aurore boréale
Les plus beaux paysages du monde
Le Groenland

La critique de Mr K : Plus jeune, j'étais déjà fasciné par le grand Nord. Les ours blancs, les phoques, les Inuits mais aussi les aurores boréales, la banquise, les icebergs et des voyages d'exploration au récits haletants et au destin parfois tragique (de sacrées lectures aussi !). Briser la glace est ma première incursion dans l’œuvre de Julien Blanc-Gras, journaliste-reporter des temps moderne à l'écriture au ton particulier selon beaucoup. Il ne m'a fallu qu'une après-midi pour dévorer cet ouvrage vraiment prenant entre dérision et redécouverte salutaire du Groenland.

L'auteur nous invite à partager son "boat-trip" en compagnie de trois bretons (oui, il sait s'entourer !) : un peintre, le capitaine du navire et son second. Ses objectifs : découvrir des espaces septentrionaux qu'il ne connaissait pas (à priori, c'est plus un habitué des tropiques), partir à la rencontre des habitants et partager des moments conviviaux, constater de ses propres yeux le réchauffement climatique dont on parle tant et écrire le récit de ce voyage hors du commun. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'on voit du pays durant les 185 pages que comptent ce livre qui réussit le tour de force de conjuguer les qualités d'un bon carnet de voyage et une écriture drolatique à souhait malgré parfois des constats accablants et inquiétants.

Julien Blanc-Gras brise par mal d'idées reçues que les médias ou notre mémoire sélective nous imposent. Ainsi, la modernité est bien arrivée au Groenland, on retrouve smartphones, écrans plats et mêmes désirs de consommer qu'ailleurs. Le modèle occidental a bel et bien vaincu, faisant reculer traditions et modes de vie indigènes même s'ils n'ont pas complètement disparus. À travers divers portraits et récits de rencontres, on retrouve ainsi les principales caractéristiques de la civilisation inuite dont l'économie est basée essentiellement sur la pêche et la chasse. On rentre dans les maisons, on partage repas et café, on participe à une partie de chasse, on navigue au bord des côtes, on traverse des immensités désertes et on rentre même dans les mentalités. L'homme s'est adapté à son milieu et continue à le faire à cause notamment du réchauffement climatique.

Celui-ci apparaît au détour des conversations et des observations que certains locaux ont pu faire. Tel endroit n'est plus pris sous la glace durant huit mois mais plutôt quatre aujourd'hui, des ressources halieutiques qui ici disparaissent ou se raréfient, des glaciers en recul constant, des espèces terrestres au bord de la disparition... On ne verse pas pour autant dans la diatribe anti-modernité ou anticapitaliste mais plutôt dans le constat amer d'un changement inexorable. L'auteur profite au maximum (malgré les conditions rigoureuses et quelques pépins inhérents à ce genre d'expédition) de ce qu'il vit avec une fraîcheur (désolé pour le jeu de mot) joyeuse et un sens de la dédramatisation élevé.

On rit donc beaucoup aussi pendant cette lecture avec un passage dantesque au bar du coin (une femme entreprenante, un dealer de seconde zone qui se la raconte...), les difficultés d'adaptation du narrateur-auteur à la vie au bord d'un voilier (on ne compte pas le nombre de fois où il se cogne au plafond par exemple), les incompréhensions avec les habitants du cru, les rapports plein d'humanisme et les réparties bien senties avec le reste de l'équipage. On s'émerveille devant le spectacle des baleines, la beauté des paysages retranscrite avec une économie de mot judicieuse et très évocatrice, l'ingéniosité des Inuits pour s'adapter au monde qui les entoure et tout une pléthore de détails qui donne une densité assez incroyable à ce livre qui ne se prend pas au sérieux pour autant. J'ai aussi aimé l'apport historique et les rappels "culturels" au détour d'un chapitre ou d'une conversation qui permettent de recontextualiser cette terre de glace fière de son identité et qui se cherche encore un futur (peut-être l'indépendance politique totale vis-à-vis du Danemark un jour ?).

Briser la glace est une superbe lecture qui nous apporte une large palette d'émotions du rire aux larmes et permet au lecteur de mieux appréhender une terre lointaine, source d'évasion mais aussi de préoccupation pour le futur de notre belle planète bleue. Un beau et riche voyage que je vous conseille d'entreprendre à votre tour.