mardi 17 mai 2016

"Retour à Watersbridge" de James Scott

retour à watersbridgeL'histoire : Dans la neige, Elsphet Howell, sage-femme, regagne sa ferme du nord de l'Etat de New York. Là-bas, le sang a coulé : toute sa famille a été massacrée. Seul Caleb, 12 ans, a échappé à la fusillade ; il a tout vu de la grange où il s'était réfugié. Mère et fils partent alors à la poursuite des trois tueurs à travers une contrée hostile et glacée. Cette soif de vengeance dissimule bien des secrets.

La critique Nelfesque : "Retour à Watersbridge" de James Scott est un coup de poker. Ne connaissant ni le titre, ni l'auteur (et pour cause puisqu'il s'agit ici de son tout premier roman), je ne me suis fiée qu'à la quatrième de couverture et me suis lancée dans cette lecture vierge de toute critique. Pari gagné !

Nous sommes ici dans l'Amérique de la fin du 19ème siècle. Très éloignée de celle que nous connaissons de nos jours, elle est soumise aux éléments naturels, à la rudesse de la vie quotidienne de ses habitants et aux pratiques d'une époque définitivement révolue.

C'est par un soir d'hiver de 1897 qu'Elsphet rentre seule à pied d'un périple de plusieurs heures de train et de marche dans la neige. Ce trajet, elle le connaît bien puisqu'elle est sage-femme et loue ses services régulièrement aux médecins alentours. Ce jour là cependant, à son retour, elle ne s'attendait pas à découvrir sa petite fille de 8 ans morte au seuil de sa maison et son aînée inerte dans la cuisine. Elle qui pensait apprécier la chaleur de son foyer ne trouve ici qu'horreur et désolation. Elle n'imaginait pas non plus se faire tirer dessus, paralysée par l'effroi, et commencer ici une lutte pour la vie et la vengeance.

"Retour à Watersbrige" démarre très fort avec le massacre de la famille Howell, mi indienne - mi américaine "pure souche". La liaison entre Elsphet et son mari a déjà fait beaucoup parler mais les années passant et les enfants naissant, les époux mènent une existence paisible au fin fond de la montagne, éloignés des on-dit, dans leur petit nid douillet et précieux. Une quiétude qui va brutalement prendre fin avec le massacre de toute la famille. James Scott ne fait pas dans la dentelle et la scène d'introduction est un véritable crève coeur.

Caleb, 12 ans, réussit à se cacher lors de l'attaque de la maison et échappe à cette boucherie. Il va alors soigner sa mère, s'occuper des corps de son père et de ses soeurs. Lui, proche de la nature, l'enfant discret de la famille, rentre de plein fouet dans le monde des adultes, dans ce qu'il a de barbare et violent, et va devoir prendre des décisions vitales dans cette immensité blanche et froide. Une erreur, une hésitation et la mince membrane qui lie sa mère à la vie peut se rompre à jamais. Caleb va grandir plus vite que les autres et perdre son innocence.

La nature tient une place importante dans cet ouvrage de James Scott. Autant les premières pages du roman peuvent laisser penser à un thriller, autant l'ouvrage dans son ensemble tient plus du roman noir. Combat quotidien contre la mort, avec le froid pour seul compagnon de route, les non-dit et les secrets collés aux corps entre Caleb et sa mère, l'auteur met tout en place pour que le lecteur soit perdu dans un univers glacé autant dans les coeurs que dans le paysage. Avec la vengeance comme seul point de mire, nous suivons Elsphet et Caleb jusqu'à Watersbridge, ville où ils vont changer d'identité pour mener leur enquête.

Des personnages pudiques, un père et une mère plein de secrets et des relations difficiles, voilà ce que nous propose James Scott dans "Retour à Watersbridge". Avec pour toile de fond une petite ville isolée et une nature hostile, il resserre peu à peu son emprise sur des lecteurs pris au piège par les éléments et la folie des hommes. Un bien beau premier roman qui explore le fond de l'âme humaine et donne à voir une Amérique d'un autre temps et aux autres moeurs.

Posté par Nelfe à 17:10 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

lundi 16 mai 2016

"Les Maraudeurs" de Tom Cooper

maraudeurs

L'histoire : À Jeanette, en Louisiane, on survit tant bien que mal grâce à la pêche, de génération en génération, mais depuis le passage de l’ouragan Katrina rien n’est plus pareil. Et quand la marée noire vient polluer les côtes, les habitants sont de nouveau confrontés au pire.

Parmi eux, Gus Lindquist, un pêcheur manchot accro aux antidouleurs, qui rêve depuis toujours de trouver le trésor caché de Jean Lafitte, le célèbre flibustier, et parcourt le bayou, armé de son détecteur de métaux. Ou encore Wes Trench, un adolescent en rupture avec son père, et les frères Toup, des jumeaux psychopathes qui font pousser de la marijuana en plein cœur des marécages. Leurs chemins croiseront ceux de Hanson et Cosgrove, deux losers prêts à tout pour devenir riches, et de Brady Grimes, mandaté par la compagnie pétrolière pour inciter les familles sinistrées à renoncer aux poursuites en échange d’un chèque.

Mais tous n’en sortiront pas indemnes…

La critique de Mr K : Les Maraudeurs est le premier roman de Tom Cooper, nouvelliste talentueux qui s'essaie pour la première fois au récit long. La collection Terres d'Amérique chez Albin Michel frappe une nouvelle fois un grand coup avec un texte entre naturalisme et destins croisés qui m'a accroché immédiatement, m'a captivé durant toute ma lecture et m'a laissé pantelant une fois le livre refermé.

Comme le précise la quatrième de couverture, nous suivons plusieurs personnages qui à priori au départ n'ont rien à voir les uns avec les autres et ne sont pas destinés à se croiser. En effet, quoi de commun entre un commercial de chez BP, un couple de frères jumeaux complètement branques, un vieux pêcheur manchot, un jeune homme en rupture avec son paternel, et un duo de losers? Pas grand-chose, si ce n'est que les circonstances vont tantôt les rapprocher, tantôt les opposer. Au fil des chapitres, des rencontres et des aléas de la vie, chacun va voir sa vie changer, ses buts modifiés et pour certains, l'imprévisibilité et la brutalité de l'existence va leur être fatale.

Le premier gros point fort de ce roman réside dans l'amour que porte Tom Cooper à ses personnages. Ces derniers ne sont pas d'énièmes succédanés de personnalités tirant vers la caricature et le vide. Tous possèdent un charisme, une profondeur qui accroche le lecteur. Beaucoup en ont bavé et tentent de vivre une vie à peu près normale (j'ai bien dit "à peu près"): disparition d'un être cher à cause de l'ouragan Katrina, perte d'un membre (ici un bras) et la nécessaire adaptation dans la vie de tous les jours, la marée noire qui réduit l'activité des pêcheurs de Jeannette (nom de la bourgade où se déroule l'essentiel du roman), le complexe d’œdipe difficile à résoudre entre un père et son fils au dessus desquels plane l'ombre d'une disparue, la survie en milieu hostile (le bayou est impénétrable), la nécessaire protection de son bien (ici un champs de cannabis) au détriment de la morale et aux confins de la folie et pour tous, des rêves soit en devenir soit depuis longtemps oubliés.

Brut de décoffrage à travers des dialogues crûs parfois drolatiques qui plantent immédiatement une situation et lui donnent un réalisme de tous les instants, l'auteur n'en oublie pas de soigner les pensées intérieures et le passif de chacun. Il se dégage de l'ensemble un portrait sensible et complet d'une communauté humaine recentrée sur elle-même, vivant dans le passé glorieux désormais révolu à cause de Katrina et de l'exploitation pétrolière (BP est largement cité dans les pages de l'ouvrage). Les pêcheurs de crevettes (on ne peut s'empêcher de penser à Forrest Gump de Robert Zemeckis) sont en faillite ou au bord de l'être, les magasins ferment les uns après les autres et les gens se replient sur eux-même, Les Maraudeurs est donc aussi un bel hommage à une région typique des États-Unis que le destin n'a pas gâté. C'est une autre Amérique qui nous est ici donnée à voir entre fragilité, force des traditions familiales (dynasties de pêcheurs notamment) et coexistence avec la nature profonde et quasiment indomptée.

L'autre grand personnage de ce récit, c'est bien évidemment le bayou qui est retranscrit avec un naturalisme saisissant qui prend à la gorge. Après un paragraphe descriptif en fermant les yeux, on pourrait presque entendre le bourdonnement des insectes, le ressac de l'eau, les glissades en surface des alligators, voir l'enchevêtrement des arbres formant une jungle chaude, humide et répulsive pour les bipèdes que nous sommes. L'immersion est totale, bluffante dans son genre et on en redemanderai presque tant on vient à bout du livre très rapidement. La langue est un savant mélange de simplicité et de précision, pas besoin ici de lignes interminables pour planter le décor et l'ambiance. Tom Cooper venant de la nouvelle, il économise ses mots et va à l'essentiel. L'efficacité est garantie et le bonheur de lecture constant.

Au final, ce titre est sans doute mon préféré dans cette collection que je pratique maintenant depuis un certain temps et qui fête d'ailleurs ses trente ans cette année. Cet auteur est vraiment à suivre tant il se dégage de ce roman tragi-comique une ambiance hors du commun, des figures marquantes et un regard acéré sur l'espèce humaine. Un petit bijou à découvrir au plus vite!

Posté par Mr K à 17:21 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
samedi 14 mai 2016

"Métaquine" de François Rouiller

M1FR

L'histoire : Régis, dernier de la classe ne veut pas prendre de Métaquine® le médicament qui transforme les cancres en écoliers modèles. Des millions d’enfants inadaptés bénéficient pourtant du traitement, au grand soulagements des profs et des parents. Mais Régis craint que la chimie dissolve le Duché, la contrée fabuleuse d’où son imagination tire châteaux, dinosaures et compagnons de jeu invisibles.
La mère du gamin s’est enfermée sous un casque de cybertox, son beau-père rumine des fantasme de tueur en feuilletant d’abjects magazines. Il n’y a guère qu’une voisine, neuropsy à la retraite, pour l’aider à défendre ses rêves. Ou peut-être, en ville,cette politicienne remuante qui milite contre la distribution de psychotropes à l’école.
Mais que peuvent deux idéalistes face à un géant pharmaceutique et aux milliards de son budget marketing, alors qu’on découvre à la Métaquine® des vertus toujours plus prometteuses et que la planète entière a déjà gobé la pilule ?

La critique de Mr K : Chronique d'un livre hors-norme aujourd'hui avec les deux volumes de Métaquine, premier roman de François Rouiller qui rentre d'entrée de jeu dans la cours des grands auteurs de SF en activité. Pharmacien de formation, grand amateur de SF, illustrateur, critique et désormais écrivain, il propose avec ce diptyque une plongée sans concession dans un futur proche inquiétant, reflet de nos propres errances contemporaines en matière de politique, d'économie et de rationalisation à tout crin. On ne ressort pas indemne d'une telle lecture et Métaquine marque un jalon essentiel de plus dans mes lectures SF. Quelle expérience!

Nous suivons essentiellement six personnages principaux. Un jeune garçon (Régis) qui refuse de prendre le fameux médicament miracle qui modifie le comportement et les capacités du patient. Pour l'aider il peut compter sur la vieille voisine (Sophie) ancienne neuropsychologue à la retraite qui suite aux révélations du garçon va réveiller son esprit critique. La mère de régis (Aurelia) est quant elle une cybertox totalement dépendante de son addiction au Simdom (réalité virtuelle à la Second life), elle cherche son nouveau moi dans cet univers virtuel qui l'a libérée de sa condition d'humaine. Son compagnon Henri veille sur son corps durant ses immersions de plus en plus prolongées, subvient au besoin de Régis aussi. Il commence depuis peu à psychoter de la cafetière, ses fantasmes étant peuplés de fusillades de masse, de meurtres à l'encontre des employés de la boîte où il travaille et de rêves de destruction. Nous suivons aussi une enseignante militante (Clotilde) candidate aux élections locales pour un parti marginal qui combat l'influence de la société Globantis sur les politiques d'éducation, pourvoyeuse de la Métaquine et qui en Curtis a trouvé le commercial idéal, charme et cynisme compris dans le paquetage. Chaque chapitre est l'occasion de changer de point de vue, faisant évoluer l'histoire à un rythme lent et implacable, accumulant indices, fausses pistes, divergences et convergences.

M2FR

Intercalés entre certains chapitres, un mystérieux lanceur d'alerte Ferdinand A. Glapier intervient sous forme de cours textes tirés de son blog. Il livre alors des éléments de réponse sur les forces en jeu, sur la notion de mass-média, de mensonge, de manipulation, de répartition des pouvoirs. Flirtant avec le conspirationnisme (tendance Mulder dans X-Files, on est loin de Soral je vous rassure!), il révèle les rouages du monde, comment il a évolué et les mécanismes qui l'animent: collusion du pouvoir avec les grands groupes industriels, manipulation des masses par la publicité et les grands médias qui servent la messe en continue, la dictature de l'égalitarisme et même l'asservissement à un psychotrope puissant de nos chères têtes blondes. Dire que nous sommes à l'aulne de ce type de monde n'est pas exagéré pour tout spectateur attentif à la société du spectacle qui s'étale devant mes yeux écœurés ces derniers temps (en vrac: Hanouna, l'enterrement de la gauche par le grand tout mou, l'émergence des réactionnaires de tout bord et la dérision de mise pour parler de mouvement alternatifs citoyens -Nuit debout en première ligne-, la démission des parents face à l'éducation de leurs mômes qui poussent n'importe comment, le virtuel et la technologie à tout va qui remplace l'humain et l'écoute…). Oui, Guy Debord avait vu juste et même plus encore. Ce livre est un peu à sa manière un bel hommage à son titre majeur, La société du spectacle, un des meilleurs livres que j'ai jamais lu. Attendez vous à de la réflexion sans concession, en toute vérité, sans vernis ni adoucissant mais aussi sans exagération ni compromission. Homme, tu n'es qu'un homme et franchement ici, ce n'est pas rassurant!

L'aspect récit est lui aussi très réussi. L'histoire bien qu'avançant très lentement comme dit plus haut est d'une densité stupéfiante. Autour des six personnages principaux gravitent un certain nombre de personnages clefs qui provoquent des péripéties en pagaille et ne ménagent pas le lecteur. Le premier volume, Indications, prépare le terrain, installe la caractérisation des personnages et perce à jours des relations naissantes et anciennes. On s'attache directement à tous les protagonistes qui possède chacun leur part d'ombre et de mystère. Il faut savoir être patient car au départ, la dispersion des éléments peut se révéler troublante. J'ai pour ma part rajouté quelques micro-signets sur des passages clefs pour pouvoir y revenir plus tard. Surtout que l'on change vraiment d'optique dans la seconde partie (volume 2), Contre-indications, dans laquelle l'auteur opère un virage quasi mystique avec un monde en plein bouleversement, où les réalités se chevauchent et vont changer le monde connu à jamais. Bien barrée, cette partie flirte avec le mystique et le cyberpunk, ouvrant une fenêtre sur l'esprit humain, la communion des âmes et la règle inéluctable du changement. Je suis resté scotché par ce final totalement délirant mais néanmoins logique quand on remet en place les pistes ouvertes depuis plus de 800 pages.

Livre dense, livre somme, Métaquine est un bonheur renouvelé de lecture à chaque chapitre. L'écriture ambitieuse et exigeante n'en n'oublie pas le plaisir de lire car il reste accessible malgré tout, le lecteur navigue à vue, manipulé qu'il est par un auteur novateur d'une intelligence impressionnante dans la livraison des trames du récit et dans la profondeur des réflexions apportées (et que l'on peut poursuivre ensuite en compulsant le blog affilié à l'ouvrage).

Quelle claque mes amis! Ce ne sera que la deuxième de chez Atalante après le génialissime Futu.re! Pas de choix possible, pauvre lecteur! Tu aimes la SF? Tu trouves que quelque chose cloche dans l'évolution du monde actuel? Cours, va chercher bonheur dans ta meilleure librairie, lis Métaquine! Je vous garantis que vous me remercierez tant cette expérience est à la fois unique entre sensibilité et peinture visionnaire. Un must!

Posté par Mr K à 17:11 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,
jeudi 12 mai 2016

"Le reste est silence" de Carla Guelfenbein

001

L'histoire : Tommy a douze ans et une maladie cardiaque qui lui interdit les jeux turbulents des garçons de son âge. Caché sous une table, il s’amuse à enregistrer sur son Mp3 le joyeux verbiage d’un banquet nuptial. Et voilà que l’on parle de sa mère, brutalement disparue dix ans plus tôt. Une brèche s’ouvre dans les secrets si bien gardés d’une famille recomposée, comme il en existe tant. La vie que tous croyaient ordonnée et paisible dérape, et les liens se distendent à mesure que l’histoire se tisse. Dans les non-dits de l’autre, chacun cherche sa propre vérité. L’enfant découvre à travers la mort violente de sa mère l’improbable "faute" de la judéité. Le père voit se raviver l’abyssale impuissance à protéger ceux qu’il aime. Et la belle-mère d’affronter une fragilité qui lui vient de l’enfance, une incapacité d’aimer et d’être aimée.

La critique de Mr K : Lors d'un énième craquage chez l'abbé, je vous avais parlé de toute une série de livres édités chez les éditions Actes sud dont je me portais acquéreur. Le reste est silence de Carla Guelfenbein est le premier sur lequel je jetais mon dévolu, le moins que je puisse dire c'est qu'il m'a fait un sacré effet! C'est la larme à l’œil que je terminais cette lecture au charme puissant et durable, belle exploration d'une cellule familiale recomposée qui dysfonctionne. Intimisme et banalité des faits se conjuguent en un récit d'une rare puissance qui emporte tout sur son passage, y compris le lecteur désarmé face à tant de talent!

C'est à travers le point de vue de trois personnages différents que nous suivons ce récit d'une chronique familiale à priori anodine. Tommie, un jeune garçon fragile passe son temps à enregistrer les conversations des adultes et à observer leurs réactions. Ce hobby va se révéler désastreux quand il va se rendre compte qu'on lui a toujours caché la vérité concernant la mort de sa génitrice quand il avait trois ans. Ce suicide déguisé en accident va l'ébranler dans ses certitudes. Surtout que son petit monde se fissure de toute part. Son père (Juan) est accaparé par son travail de chirurgien cardiaque, il passe plus de temps au chevet de ses jeunes patients et sa deuxième épouse (Alma) s'éloigne de lui à la faveur de la redécouverte d'un premier amour.

Tour à tour, nous suivons les atermoiements de chacun, les doutes qui les accompagnent et des scènes de flashback qui éclairent peu à peu la situation présente sous un jour nouveau. Les quarante premières pages peuvent d'ailleurs sembler un peu obscures au début tant l'auteur se plaît à ne pas donner toutes les cartes au lecteur qui doit poursuivre sa lecture pour se voir révéler des éléments clefs qui expliquent par la suite les premières réactions des personnages. Un peu à la manière d'un puzzle, c'est le flou intégral qui règne dans l'esprit du lecteur mais dès le départ on sent comme une ombre planer sur ce tableau plutôt vivant d'une famille lambda.

Pourtant, il y a de l'amour et de l'affection entre Juan et son fils même s'ils sont tous les deux taiseux, entre Tommie et Lola (fille d'Alma) qui se sentent frère et sœur malgré leur absence de toute parenté sanguine, entre Alma et Tommie rapport mère-fils qui s'est installé naturellement et qui inonde certaines pages d'une douce chaleur. Mais au fil du récit, ce sont surtout les malentendus et les non-dits qui ressortent, ces silences et ces absences de communication qui vont précipiter un drame terrible dont on ne soupçonne la nature qu'à la toute fin d'un roman qui se densifie de page en page, espèce de mécanique infernale à la Cocteau se terminant dans la peine et la souffrance. J'ai été clairement bousculé par cette histoire pourtant au départ plutôt simple et c'est le cœur en miette que l'on termine cette lecture éprouvante et belle à la fois.

Très vite on s'attache à ses trois destinées très différentes et pourtant intrinsèquement liées. Tommie m'a rappelé nombre de gamins en perdition dont je peux avoir la charge dans mon travail. Fasciné par la figure paternelle, il ne souhaite rien de plus que de briller à ses yeux et ne semble ne pas y parvenir. Alma est à la poursuite de l'amour qu'elle ne semble jamais pouvoir vraiment conserver, gâté par des blessures secrètes datant de sa prime enfance. Et Juan est obnubilé par son travail et les vies qu'il tente de sauver, il semble aveugle et insensible aux malheurs et fêlures familiales qui l'entoure. Le fatum joue à plein et le lecteur assiste impuissant à la déliquescence des liens familiaux, l'errance des âmes et les rouages de l'intimité d'une famille sont méthodiquement dynamités par des secrets inavouables.

Le reste est silence est terrifiant d'efficacité et d'une rare beauté, la langue de Carla Guelfenbein est d'une grande poésie entre rêverie et révélations choc. On passe un effroyable et merveilleux moment de littérature. À lire absolument car déjà culte pour moi!

Posté par Mr K à 17:16 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
mardi 10 mai 2016

"Bienvenue à Calais" de Marie-Françoise Colombani et Damien Roudeau

Bienvenue à CalaisLe contenu : Textes et croquis, sur le vif, pour écrire et décrire la situation des migrants à Calais.
Ce livre est le fruit d'une immersion des coauteurs dans ce "no man's land" pour donner à un problème politique et social, des noms, des visages, des souffrances, des rêves.
Les bénéfices et les droits d'auteur de ce livre sont reversés à l'association L'Auberge des migrants.

La critique Nelfesque : "Bienvenue à Calais" est un court essai de 56 pages faisant le constat de la gestion actuelle de la "crise migratoire" et des flux de migrants arrivant régulièrement sur notre sol français et plus particulièrement ici dans le Nord-Pas-de-Calais. Un constat froid, des chiffres, des faits. Des mots qui mis bout à bout font froid dans le dos...

Il ne faut pas plus d'une dizaine de pages pour avoir la nausée. Pour qui s'intéresse à la cause des migrants, ce qui est mon cas, rien de nouveau sous le soleil. Marie-Françoise Colombani décrit tout simplement l'actualité, les actions mises en place (ou non) par notre gouvernement, les conditions de vie des familles, hommes, femmes et enfants présents dans la junte, l'hostilité de certains habitants voisins, l'aide des associations, des quidam qui veulent bien donner de leur temps, de leur désarrois parfois aussi face à certains actes et les conditions de vie ici. Une mise à plat du contexte qu'il est important de décrire et de présenter à l'ensemble des personnes qui liront cet ouvrage tant on peut entendre tout et son contraire dans les médias (suivant les chaînes que l'on regarde). Ici nous sommes dans l'information pure, sans parti pris, sans commentaire. La réalité. Implacable.

Bienvenue à Calais 1

Agrémenté de croquis d'illustration de Damien Roudeau mettant des visages sur des prénoms et rendant visuel et plus percutant ce paysage de désolation, l'essai se transforme peu à peu en témoignage. Par de courtes présentations de 2 ou 3 phrases, nous faisons la connaissance de quelques réfugiés, leur histoire, leurs espoirs. Des témoignages bouleversants, qui font monter les larmes aux yeux et pétrifient le lecteur. Que ferions-nous à leur place ? Ne chercherions pas nous aussi à fuir notre pays, tout abandonner et essayer de retrouver une vie meilleure ailleurs, la peur au ventre et le coeur lourd ?

Face aux bombardements de la coalition, à la barbarie de Daesh et à la folie meurtrière de ceux qui les gouvernent, des hommes et des femmes prennent leurs enfants sous le bras (des mineurs continuent la route seuls sans famille) et arrivent chez nous qui avons la chance de vivre dans un pays en paix. Ils sont alors parqués dans des camps qui dans leur organisation, toute proportion gardée, font atrocement écho à ceux de la seconde guerre mondiale. Dénuement, manque d'hygiène, mépris : voici leur quotidien. Dans le froid, dans la boue, ils tentent malgré tout de recréer un semblant de vie normale en attendant de pouvoir partir pour l'Angleterre, leur eldorado. Tentant leur chance chaque jour, certains se font écraser, d'autres sont abusés. Avec des conditions de vie que nous n'accepterions pas pour nos animaux de compagnie, nous fermons les yeux, préférant ne pas voir, et laissons par lâcheté, par désintérêt ou par ignorance crasse, des centaines de personnes mourir sous nos fenêtres.

J'entends souvent des gens dire ce qu'ils auraient fait pendant la guerre, se révolter du traitement réservé aux juifs, handicapés, tsiganes, homosexuels (etc) pendant la seconde guerre mondiale et, sûrs de leur fait, s'exclamer "plus jamais ça". Non il n'est pas pensable aujourd'hui que l'on traite des personnes ainsi, comme des sous-hommes. Les mêmes s'émeuvent de l'exode de familles entières fuyant le territoire occupé dans les années 40. Et pourtant... Le constat de cet essai n'est-il pas tout aussi révoltant ? Les familles syriennes pèsent-elles moins lourds que Pierre et Paulette partant sur les routes avec leurs enfants ? Peu de personnes s'indignent sur ce sujet, se portent volontaire pour aider, s'informent tout simplement et passent le message comme nous le faisons modestement aujourd'hui grâce à cet ouvrage.

Espérons que "Bienvenue à Calais" permette d'éveiller les consciences, que bien au chaud dans nos chaumières et avec nos privilèges dans ce pays des droits de l'homme, nous ouvrions les yeux et exigions de nos politiques qu'ils agissent enfin. Pour eux. Pour nous. Pour l'humanité.

Bienvenue à Calais 2

La critique de Mr K : Document coup de poing avec ce petit livre paru en début d'année chez Actes Sud sur le scandale des conditions d'existence de certains êtres humains sur notre sol français, le cher pays de notre enfance. Loin des clichés véhiculés par les médias, les auteurs s'attachent à décrire la situation dans sa globalité, de manière factuelle avec des statistiques froids mais évocateurs. La dernière partie (sans doute la plus effroyable) raconte par de courts textes de 3 à 15 lignes, le parcours de certains migrants qui par bien des égards se rapprochent de nous et font écho aux pulsions qui nous animent.

On a tous en tête des images de ce qui se passe à Calais. Bien souvent, elles sont noyées sous un flot de commentateurs, de politiques et d'agités du bocal. On traite cette information de façon passionnée et finalement sans distanciation, faisant la part belle aux délires paranoïaques et la déshumanisation d'individus jetés sur les routes comme nos concitoyens dans les années 40. Mais avoir la mémoire courte semble être le credo du moment… Ici, point de tout ça, pas d'angélisme non plus, simplement des constats clairs avec des chiffres qui donnent parfois le tournis et une description des conditions de vie dantesques de ces naufragés de l'existence.

Parmi eux des médecins, des profs, des artistes, des cuisiniers… on est loin des masses de mendiants et de miséreux que se plaît à colporter les extrêmes et la masse abrutie par la crise, la télévision et la consommation à tout crin. Des destins singuliers nous sont livrés en fin de livre et je peux vous dire que nous ne sommes pas dans un film édulcoré, beaucoup ont connu l'incurie de l'injustice et des avilissements qui auraient mis à bas n'importe lequel de ces français soit disant en souffrance qui passent leur temps à rejeter la faute sur ces pauvres diables à la quête d'un Eldorado (le Royaume-Uni) qui se dérobe à eux… Loin de moi l'idée de nier une réalité parfois difficile pour un certain nombre de français mais force est de constater qu'il faut raison et proportion garder. Lisez les courtes lignes de fin d'ouvrage et on en reparlera!

Bienvenue à Calais 3

Des hommes et des femmes regroupés en associations ou parfois de leur propre chef font leur possible pour améliorer l'ordinaire. On retrouve alors l'humanité et l'esprit fraternel que sont censés inspirer nos fameux Droits de l'homme, clef de voûte en théorie de notre société. Combat de Don Quichotte face à ses fameux moulins, ils ne baissent pas les bras. Loin d'être un hommage dithyrambique, ce livre expose ces petites actions quotidiennes qui sont de simplement prêter ses toilettes ou sa salle de bain à une famille, d'apporter du café chaud, de recueillir illégalement des enfants séparés de leur famille depuis plusieurs mois… autant d'actions qui semblent aller de soi si l'on respecte le contrat social qui nous lie tous.

On ressort profondément bouleversé de cette très courte lecture. On a beau se douter des réalités qui peuvent exister sur notre territoire national, là on n'est plus en Europe, plus au XXème siècle. La description des latrines et des douches font penser aux camps de concentration que l'on a connu durant la Seconde Guerre mondiale ou plus proche de nous les malheureusement trop méconnus camps mis en place en Tchétchénie à partir de la fin des années 90 pour "normaliser" la population résistante à l'occupant. Le parquage, l'insalubrité des conditions de vie, les vexations, la séparation des familles, les mafias qui s'engraissent, les politiques qui récupèrent le tout, les simplets qui attisent la haine… tout cela nous saute à la gueule sans fioriture ni arrangement avec la réalité. Un livre fort et plus que nécessaire pour peut-être retrouver notre humanité perdue et le sens civique pour ne pas dire humain qui devrait tous nous guider… J'ai parfois vraiment honte de mon pays.

Posté par Nelfe à 19:57 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

dimanche 8 mai 2016

Pour quelques petits craquages de plus...

En mai, fais ce qu'il te plaît dit l'adage bien connu. Je l'ai pris au mot avec ces petites acquisitions pas piquées des vers et accumulées au fil de trouvailles faites au détour d'une promenade ou de chinages désintéressés (si si, je vous l'assure!). Le stock augmentant, il était temps pour moi de vous les présenter pour mieux les intégrer à ma PAL juste après. Au programme: des auteurs chéris qui se présentent de nouveau à moi, des livres à la réputation déjà bien fournie et des coups de poker qui je l'espère s'avéreront payants en terme de plaisir de lecture. Suivez le guide!

Acquisition mai 1
(Ooooooh, qu'ils sont beaux!)

Belle photo de famille, non? Il faut dire qu'on a un magnifique tapis qui va super bien dans la pièce et de surcroît très photogénique! J'imagine que vous avez déjà repéré des auteurs déjà croisés sur le blog et qui font écho à vos propres pulsions de lecteur? Hé hé, cherchez pas, ce sont mes nouveaux adoptés!

Acquisition mai 4
(Si c'est américain, c'est bien! Bruce Campbell alias Ash dans la série des Evil Dead de Sam Raimi)

- Sacrés Américains de Ted Stanger. J'avais été partagé par son précédent ouvrage sur la France et les français, le trouvant parfois pertinent, parfois très caricatural notamment sur les aspects culturels de notre beau pays. Je suis curieux de voir ce qu'il propose avec cet essai drolatique (c'est la marque de fabrique du bonhomme, ancien correspondant US à Paris) sur ses compatriotes. Vous serez les premiers informés dès que je l'aurai lu!

- Marionnettes humaines de Robert Heinlein. Difficile de résister à Heinlein qui fait partie du panthéon des auteurs cultes de la SF. Alors quand en plus l'histoire parle d'invasion extra-terrestres manipulateurs de l'esprit humain sans que personne ne se doute de quoique ce soit (sauf le héros bien sûr!), je ne peux que me précipiter sur ce pauvre livre égaré dont la quatrième de couverture est attractive au possible. Hâte d'y être!

Acquisition mai 3

(22 v'la les flics, les psychopathes et les meurtriers!)

- Le Bal des débris de Thierry Jonquet. Un auteur qui ne m'a jamais déçu et m'a souvent cloué sur place avec des personnages bien tordus et un jugement sans appel sur notre société actuelle en arrière-plan. Je ne connaissais pas ce court roman qui se déroule dans un hôpital qui sera le théâtre d'une course effrénée à la suite de diamants volés. À priori court et efficace selon des critiques de blogs-amis, je me lance bientôt!

- Les Morsures du passé de Lisa Gardner. Aaaah, Lisa Gardner! Quand on me parle d'elle, je m'enflamme de suite! Autant, elle a su me proposer des livres vraiment puissants et réussis, autant elle est tombée parfois dans le pathos et l'artificiel (voir mes chroniques). Ce titre est considéré par beaucoup comme son meilleur, un véritable cauchemar dont on ne sort pas indemne. Comme je ne suis pas rancunier, je me suis laissé tenter. Le verdict (quelqu'il soit) tombera bientôt.

- Touche pas à mes deux seins de Martin Winckler. Bon ben pas d'excuse là... C'est un Poulpe et en grand amateur des aventures de Gabriel Lecouvreur, je ne pouvais résister. Selon le résumé, on plonge pour une fois dans le passé du Poulpe, sur ses années de formation et ses premiers amours. Tout un programme que j'ai vraiment hâte de découvrir!

- Le Nuisible de Serge Brussolo. Encore un auteur que j'adore. Brussolo, en plus d'être prolifique et remarquable d'efficacité dans la gestion du suspens, surprend souvent à la fin de ses romans pour ne pas dire tétanise dans ses romans policier / polar. Il est ici question d'un mystérieux corbeau qui révèle des vérités à un auteur à succès. Ce dernier va alors entrevoir sa part d'ombre et s'en servir pour régler ses comptes. Cela promet beaucoup, une sorte de voyage à la confluence de la folie et des choix que l'on doit parfois faire. M'est avis qu'il sera vite lu celui-là!

Acquisition mai 5
(Un beau mix de tout plein de bonnes choses!)

- Chambre 2 de Julie Bonnie. Un authentique coup de poker que cette acquisition basée uniquement sur une couverture intrigante (voir fascinante) et une quatrième de couverture du même acabit. Une femme travaillant dans une maternité se raconte et témoigne de ce qu'elle vit et voit dans chaque chambre de l'établissement. Perçu comme un vibrant hommage au corps des femmes et un regard impitoyable sur ce qu'on peut lui imposer, je m'attends à un grand choc salutaire. Wait and see!

- À l'est d'Eden de John Steinbeck. Alors on touche à du classique en puissance par un auteur auquel je voue un culte sans borne. Steinbeck c'est l'art d'écrire à l'état pur, des personnages ciselés avec une économie de mots et une poésie peu commune. Je viens d'ailleurs de terminer Tendre jeudi la semaine dernière, la chronique est déjà écrite et sera publiée dans les semaines à venir. Bref, quel bonheur de tomber sur ce titre, célèbre par son adaptation avec l'éternellement jeune James Dean, récit d'une chronique familiale et d'une région où a grandi l'auteur. Cela sent le chef d'oeuvre! D'ailleurs ce roman a permis à Steinbeck de recevoir le prix Nobel de littérature, ce n'est pas rien tout de même! Aaaaarg! 

- La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jerusalmy. Précédé d'une réputation flatteuse, ce livre semble avoir tout pour me plaire. Avec Villon comme personnage principal (il faut lire le remarquable ouvrage de Teulé sur ce poète-bandit hors du commun!), l'auteur nous invite à une plongée dans la Jérusalem d'en bas, les jeux d'alliances, les complots et contre-complots avec au centre de l'histoire les livres, l'humanisme et la lutte contre les dogmes politiques et religieux liberticides de l'époque. Ça ne donne pas envie?  

- Moon Palace de Paul Auster. On ne peut pas dire non à cet auteur: univers étrange, écriture unique et immersive. On est toujours surpris et une lecture de Paul Auster est toujours une promesse d'exploration de l'âme humaine. C'est donc sans même lire la quatrième de couverture que j'adoptais Moon Palace qui suit le destin d'un américain depuis son enfance, une vie riche où l'on retrouvera sans nul doute les thèmes chers au coeur de l'auteur dont la solitude et la chute. Belle pioche encore!

Acquisition mai 2
(Et pour finir en beauté, des Actes sud à prix modique! Yes yes yes!)

- Le jaune est sa couleur de Brigitte Smadja. Jonas va mourir et sa meilleure amie (la seule a être au courant) va l'accompagner. Évocation du passé, recherche d'un ami perdu et moments de complicité se complètent dans un roman sortant des sentiers battus de la littérature de deuil, proposant à priori des personnages denses et romanesques. Comme j'adore cet éditeur, je fonce les yeux fermés!

- La Souris céleste de Jean Cavé. Seul recueil de nouvelles de mon chinage du jour, le résumé annonce la couleur dès le départ avec des nouvelles complètement branques faisant la part belle à la jalousie, l'adultère, aux êtres en perdition dans le réel ou leurs fantasmes. J'aime être dérouté et les courts récits ont l'avantage d'aller à l'essentiel et de multiplier parfois les émotions. Qui lira, verra comme on dit!

Pas mal ma nouvelle portée, non? Certes cela n'arrange pas le sort de ma PAL mais les promesses sont riches et mon impatience est grande. Si seulement, je pouvais être payé pour lire, j'abandonnerai de suite mon travail (que j'adore pourtant!) pour me plonger avec délice dans ces récits variés et accrocheurs (en plus ma PAL baisserait plus rapidement!). Pour la suite, vous savez ce qu'il vous reste à faire: guetter les chroniques et peut-être vous laisser tenter à votre tour!

mercredi 4 mai 2016

"La Cinquième sorcière" de Graham Masterton

la-cinquieme-sorciere-113954-250-400

L'histoire : Los Angeles est plongé dans une vague de terreur. Une alliance de criminels s'est emparée de la ville. Tous ceux qui s'y opposent connaissent un destin épouvantable dont les causes ne sont pas humaines : accidents étranges, maladies soudaines, morts inexplicables et horribles... Dans ces conditions, nul ne tient tête aux barons du crime, qu'accompagnent quatre femmes mystérieuses, des figures fantomatiques aux pouvoirs démentiels. Seul à s'opposer au cartel maudit, le détective Dan Fisher a rendez-vous, au cœur du cauchemar, avec la cinquième sorcière!

La critique de Mr K : Retour vers un auteur que j'affectionne beaucoup dans le genre récit horrifique: Graham Masterton. Je vous l'accorde c'est rarement de la grande littérature, ça flirte souvent avec le grand guignol mais ça a l'avantage de se lire vite, de procurer un plaisir coupable immédiat et durable et finalement ça remplit pleinement son office en matière de frisson et d'évasion. Cette Cinquième sorcière n'échappe pas à la règle, je l'ai lu en deux jours sans réellement avoir eu envie de relâcher l'ouvrage avant d'avoir eu le fin mot de l'histoire.

Dan Fisher est détective à la criminelle de Los Angeles. Endeuillé par la mort accidentelle de Gayle, sa douce fiancée dont la responsabilité du trépas lui incombe pleinement, il noie son chagrin dans le boulot. Et il va en avoir, les trois principaux caïd de la ville se sont adjoints les services de quatre sorcières aux pouvoirs démentiels. Ils sèment la mort et la désolation dans les rangs de la police et les autorités ne savent plus quoi faire si ce n'est céder aux caprices des nouveaux maîtres de la ville. C'est plus que ne peut en supporter notre fringant héros, qui avec l'aide de son fidèle coéquipier Ernie et de sa charmante voisine adepte d'ésotérisme, va partir en croisade pour remettre de l'ordre dans tout ce chaos ambiant. Problème: il est seul contre tous et ne peut même plus se fier à ses sens. Ça promet d'être coton!

Disons-le tout de go, le récit se lit d'une traite et sans réelle difficulté. La trame est fléchée du début à la fin, d'ailleurs aucune réelle grande surprise ne vient émailler les faits décrits, surtout si vous êtes un vieux briscard du genre. Les méchants sont ici très très méchants (et même plus encore!) et les preux le sont aussi vraiment. Manichéisme quand tu nous tiens! En même temps, je vous avais prévenu dès le début, on est dans de la pure série B des familles. Certes, on ne nage pas dans l'originalité mais l'ensemble est efficace et assez dense en terme de contenu. Il s'en passe des vertes et des pas mûres et croyez-moi, il faut avoir le cœur bien accroché par moment tant les passages gores pullulent et sont très réussis.

Les sorcières sont ici bien éloignées des guérisseuses montrées du doigt dans notre bon vieux Moyen-âge obscurantiste. Les diablesses communiquent avec les Démons, Lucifer lui-même et aiment par dessus tout le pouvoir. Elles ne lésinent donc pas sur les moyens pour asseoir leur domination en compagnie de leurs compagnons malfrats. Vous assisterez à de furieuses scènes de massacre (la Police de Los Angelès recrute si ça vous intéresse!), à l'extraction d'animaux parasites de personnes totalement hagardes (crapauds, asticots, mouches i tutti quanti), la convocation de démons furieux se livrant à des orgies de sacrifices, au contrôle des esprits et des corps… le tout dans une furia de cruauté et de violence dont Masterton a le secret. On flirte souvent avec la limite du crédible mais personnellement j'adhère comme quand je regarde un bon film sanguinolent à la Peter Jackson ou le Sam Raimi des débuts.

Les personnages se débrouillent comme ils peuvent et pendant les 2/3 du livre, on se demande bien comment ils vont s'en sortir face à une adversité implacable qui ne semble posséder aucune faiblesse réelle. Une éclaircie se fera jour cependant et dans un dénouement assez rapide (trop, diront les mauvaises langues), le monde finira pas être sauvé… mais de quelle manière! Malgré le côté caricatural qui ressort du trio de forces positives, il se dégage une belle énergie (celle du désespoir) de ces personnages vifs qui tentent bon gré mal gré de renverser la vapeur. J'ai tout particulièrement apprécié Annie et son chat, voisins étranges d'un Dan Fisher profondément rationnaliste qui par la force des choses va devoir remettre en question ce en quoi il croit depuis toujours. Le récit avance sereinement vers une fin attendue mais cependant salutaire. J'ai refermé le livre le sourire aux lèvres avec la sensation d'avoir passé un bon moment, sans prise de tête et en total décrochage avec la réalité. C'est déjà pas mal, non?

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
- Apparition

Posté par Mr K à 17:03 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
lundi 2 mai 2016

"Bad Land" de Frédéric Andréi

9782226322845-j

L'histoire : Plutôt mourir que de renoncer à la terre de ses ancêtres ! Indienne blackfoot aussi butée que richissime, la belle Tina est prête à tout pour racheter ces terres aux blancs et les restituer à sa communauté. Sur le point d’accoucher, elle part braver les blizzards du Montana pour récupérer, avant qu’il ne soit trop tard, ces milliers d’hectares et leur précieuse mine d’or, objet de toutes les convoitises. Laissant son mari, l’ex-journaliste Nicholas Dennac, sans nouvelle et fou d’inquiétude.

Témoin d’un attentat perpétré en plein rodéo à Las Vegas, Nicolas se retrouve pendant ce temps dans le collimateur du FBI, qui le soupçonne d’en savoir un peu trop sur cette affaire pas très claire…

La critique de Mr K : Ce roman est le deuxième de Frédéric Andréi après Riches à en mourir qui avait marqué un certain nombre de blogueurs. Pour ma part, je ne l'ai pas lu et je me suis demandé un temps si je n'allais pas en pâtir pour apprécier ou non le présent ouvrage. Il n'en a rien été, de légers flashbacks et rappels permettent au néo-lecteur de pouvoir profiter au maximum du récit et de ses personnages. Au final, mon avis est mitigé malgré une lecture plutôt enthousiaste et rapide.

La belle Tina, jeune femme richissime au caractère vif et son compagnon reconverti dans la menuiserie sont à Las Vegas pour assister à un championnat de rodéo (oui, je sais, sur le papier ce n'est pas passionnant!). Enceinte jusqu'au yeux, elle rentre plus tôt dans son ranch pour régler une affaire de vente de terrain qui pourrait garantir un avenir plus sûr à son peuple (elle est d'origine amérindienne). Nicholas va être lui témoin d'étranges événements dans les coulisses du spectacle et va se retrouver lié à une affaire de terrorisme en plein territoire américain. Très vite, un compte à rebours s'amorce entre traque terroriste, magouilles politiques, grizzly affamé et reconquête de biens volés. Le rythme s'accélère et va crescendo jusqu'à des révélations finales en cascade.

J'ai mis du temps à rentrer dans ce roman. La faute à un style pas accrocheur, plutôt convenu et basé sur des effets que j'ai trouvé tape à l’œil et parfois contre-productifs. Par exemple, l'accumulation de références à la marque à la pomme pour tout ce qui relève de la technologie, on sent le placement de produit à plein nez et franchement ça devient lourd au bout d'un moment. Surtout que ce matériel extraordinaire fonctionne sans discontinuer et même en plein blizzard! Ils sont forts chez Apple! Pour reprendre Ash, le sagace héros de la franchise Evil Dead: Achetez américain, c'est bien! Sans m'appesantir davantage, j'ai trouvé les formulations parfois inutilement vulgaires, les phrases mal construites parfois brouillonnes et sans rapport avec le sens profond du propos. Ça m'agaçait au départ puis le récit se densifiant, je me suis laissé prendre au jeu de cette course poursuite haletante.

L'aspect chasse au terrorisme est très bien rendu, la tension des équipes travaillant sur le dossier est palpable et l'ambiance générée bien flippante dans ce pays qui ne s'est jamais vraiment remis du 11 septembre 2001. On se tire dans les pattes entre FBI et services secrets américains, la piste islamiste est privilégiée et d'ailleurs tout porte à le croire. Cependant, plus on avance dans la lecture, plus on se rend compte que l'affaire est loin d'être simple, que des hommes puissants (tendance marionnettistes) manipulent tout le monde. On navigue alors dans les arcanes des médias et de la politique, la plongée est ahurissante et on se demande bien où les ramifications s'arrêtent. C'est bien rendu à défaut d'être original, la construction et la révélation du grand secret du livre est nette et sans bavure. J'aime!

Au rayon des déceptions se trouve le personnage de Tina que j'ai trouvé sans finesse et agaçante au possible par moment. Pourtant sur le papier, elle a tout pour plaire: une revanche à prendre sur l'Histoire pour son peuple d'origine, un caractère affirmé comme je les aime (hein Nelfe!) et une relation complexe avec Nicholas, son compagnon d'origine française. Malheureusement ici, c'est parfois too much et on n'y croit pas. Dommage, là où certaines scènes devraient être dramatiques ou piquantes pour notre curiosité, je n'ai qu'éprouvé indifférence voir cynisme à son égard. Les choses s'améliorent à partir de la deuxième partie de l'ouvrage, le personnage vivant un véritable chemin de croix et se révélant à elle-même. Cela rattrape tout le reste notamment une scène dans la neige mystique à souhait! Pour contrebalancer cette semi déception, le personnage de Nicholas Dennac relève le niveau bien que classique. Perdu dans sa relation ambiguë avec sa compagne (passion rime avec élans de tendresse et engueulades), il s'accroche à cette femme qui représente tout pour lui malgré son aspect crispant. Son passé de journaliste fait aussi merveille quand il mène de front la recherche de sa femme en pleine tempête et quête de renseignements pour une enquête anti-terroriste, son esprit vif et analytique fonctionnent à plein. Un bémol tout de même, on ne peut y croire une seconde, les séquences What the fuck s'enchainant (voir ma diatribe plus haut concernant Apple) mais il est bon parfois de se laisser porter par une histoire aussi délirante soit-elle sur certains détails.

Bref, je râlais pas mal en début d’ouvrage mais la seconde moitié m'a littéralement emporté malgré les défauts sus-cités. La faute à une science du récit et du rythme implacable qui est le sceau des bons page-turner et des indices savamment disséminés qui entretiennent suspens et interrogations. Je suis ressorti plutôt content du récit malgré une fin abrupte et un style d'écriture décevant. Ce Bad Land, loin de pouvoir rivaliser avec du Grangé par exemple, reste un excellent détente neurone parsemé de fulgurances parfois saisissantes qui procure un désir de lire évident. Une bonne partie du contrat est remplie, non?

Posté par Mr K à 17:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
dimanche 1 mai 2016

Le Challenge sans nom - V2

Hey, mais on est le 1er mai !? La date du début de notre seconde édition du "Challenge sans nom" avec faurelix ! Après un démarrage en trombe avec notre premier challenge home made, nous voici de nouveau prêtes à repartir à l'aventure. Et de l'aventure, cette fois, il y en aura...

Rappel du principe du CSN (comme on va se côtoyer longtemps lui et moi, on est intime maintenant et il a le droit à son petit sigle) : on choisit chacune 2 romans dans la PAL de l'autre selon un thème imposé et on s'engage chacune à en lire un dans un délai de 2 mois.

Notre challenge se veut libre, on peut donc lire les 2 si on le souhaite, raccourcir le délai ou le rallonger à notre guise. Pas de contrainte.

Challenge sans nom - A l'autre bout du monde

Pour cette seconde édition, le thème est "A l'autre bout du monde". Pour un voyage dans des contrées lointaines, pour la découverte de nouveaux horizons mais aussi peut-être pour des expéditions à l'autre bout des mondes ou dans une temporalité autre que celle que nous connaissons (hey, ça fleure bon les Utopiales ça !).

Le challenge commence maintenant et prendra fin le 1er juillet prochain (enfin... si on en a ENVIE !)

------------------

Pour faurelix, j'ai choisi "L'héritière de Jacarta" de Tamara McKinley parce que j'aime beaucoup cette auteure, que le premier livre que j'ai lu d'elle ("La Dernière valse de Mathilda") m'avait vraiment transportée en Australie et qu'on ne peut pas passer à côté d'elle quand on parle de voyage en littérature. 

héritière de jacarta

Mon deuxième choix est "Replay" de Ken Grimwood parce qu'un peu de voyage temporel, ça ne fait pas de mal ! C'est le seul roman de ce type dans la PAL de faurelix. On s'éloigne de son genre de prédilection mais je suis persuadée qu'elle aimera ce roman. Je l'ai lu pour ma part lors de notre dernier voyage en Thaïlande et l'avais découvert, pour le coup, "à l'autre bout du monde".

replay

------------------

De son côté, faurelix a dégoté dans ma PAL "Eclair d'été" de Tamara McKinley (c'est juré, on ne s'était rien dit avant) parce qu'il est effectivement difficile de passer à côté quand il est question de voyage. Au programme, un trip de l'Irlande à l'Australie et une petite romance en cette saison qui devrait bien passer.

Eclair d'été

En second choix, elle me propose "Wisconsin" de Mary R Ellis parce qu'elle a hésité longtemps avec d'autres titres mais une fois tombée sur celui-ci, elle a craqué pour son histoire. M'est avis que si je le lis et qu'il me plaît, il atterrira directement dans sa wishlist... (tu parles d'un challenge pour faire baisser nos PAL toi !)

Wisconsin

------------------

Pour cette édition ci, je choisis de lire "Wisconsin" de Mary R Ellis. J'avais prévu de le lire très prochainement en LC avec une de nos fidèles lectrices (coucou Nath) et comme j'ai un rythme de lecture ralenti ces derniers temps, je le prends comme un signe du destin !

Pour découvrir le choix de faurelix, je vous laisse vous rendre sur son blog. Et hop, c'est parti !

Posté par Nelfe à 19:01 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,
vendredi 29 avril 2016

"Tu n'as rien à craindre de moi" de Joann Sfar

Tu n'as rien à craindre de moi sfarL'histoire : C'est l'histoire des meilleurs moments de l'amour : ils se rencontrent, se regardent, se parlent des nuits entières, s'aiment sans cesse. Il la peint, elle s'amuse à être peinte... et après ?

La critique Nelfesque : Joann Sfar est un touche-à-tout. Dessinateur de talent, incroyable réalisateur, surprenant auteur, il est aussi prolixe sur les réseaux sociaux où on peut lire son avis et ses questionnements sur l'actualité, la politique, la religion mais également connaître ses goûts musicaux, ses coups de coeur ciné... Sfar, c'est un peu un copain... mais avec un cerveau (non, les amis revenez !) tant il pousse loin la réflexion. Qu'il soit en petit comité ou en ITW, il est fidèle à lui-même, en toute simplicité et sans arrière pensée. Proche de ses admirateurs et accessible, il n'en est pas moins quelqu'un de profond avec une vision sur le monde qui lui est propre. Avec "Tu n'as rien à craindre de moi", Joann Sfar nous le prouve encore une fois.

Seabearstein est artiste peintre. En couple avec Mireille Darc (pas la vraie comme il dit, mais sa fiancée qu'il aime appeler ainsi), il prépare une exposition pour le musée d'Orsay et pour cela s'apprête à peindre sa dulcinée dans le plus simple appareil. Commencent alors des questionnements, des tabous, des "brides d'inspiration". Sa fiancée ainsi peinte sera à la vue de tout un chacun et ça Seabearstein ne peut le supporter. Mireille Darc est belle, très belle mais elle est à lui et il garde jalousement sur elle son oeil lubrique et amoureux.

Tu n'as rien à craindre de moi sfar 2

Cette bande dessinée déroutera plus d'un lecteur. Il y est question de la vie d'un couple mais cette dernière n'est pas relatée d'une façon classique (on n'en attendait pas moins de Sfar). Bien que témoin des moments forts de leur vie à deux, le lecteur survole des instants fugaces et tenant plus de l'émotion et du sensoriel que du factuel. Point ici de premier repas dans la belle famille ou de récit d'emménagement dans les moindres détails. Sfar s'attache aux ressentis de ses personnages et particulièrement de celui de Seabearstein dans lequel il met une part de lui-même, de son talent, de ses obsessions. "Tu n'as rien à craindre de moi" n'est pas une BD facile qui s'appréhende dès la première planche, c'est une sorte de compilation de moments solitaires et à deux qui s'égrainent au fil des pages comme de minuscules sauts de puce. La sensation en fin de lecture est unique et l'envie de s'y replonger pour découvrir des détails passés inaperçus est immédiate.

Tu n'as rien à craindre de moi sfar 3

Amour, sentiment de solitude ou de dépendance, sensualité, sexualité, fantasmes et mensonges sont au coeur de cet ouvrage mais pas seulement. Quand on connaît Sfar, cela fait longtemps que l'on s'est rendu compte que certains sujets revenaient quasi systématiquement dans ses oeuvres. Des petites choses qui font que certains se sont lassés ou agacés, des "marronniers" spirituels, des schémas de pensée ou des raisonnements qui tournent en monologues philosophiques. On retrouve dans cet album la question de la religion et plus particulièrement du judaïsme. Sfar n'est jamais avare de considérations sur ce sujet. Quel place tient un juif dans le monde ? Y-a-t'il un dénominateur commun psychologique au peuple juif ?... Il y a une véritable quête de sens dans les ouvrages de Sfar et dans celui-ci en particulier, quitte à perdre en chemin ceux qui ne se sentent pas intéressés par le sujet, à l'image de Mireille Darc ici qui au détour d'une bulle apostrophe Seabearstein ainsi : "On peut tout de même se promener aux Galeries sans créer une guerre de religions !". La religion est au coeur de cet ouvrage, comme dans la vie de celui qui en pratique une ou tout simplement se questionne. Autant dire que Sfar se questionne beaucoup et nous bouscule avec ses cheminements de pensée et les réactions parfois surprenantes de ses personnages.

Tu n'as rien à craindre de moi sfar 1

Enfin, et surtout, il est beaucoup question d'Art. Seabearstein est peintre, il est artiste dans l'âme et pratique son art comme une nécessité. L'Art est vital pour lui. Quand l'expression de celui-ci se retrouve intrinsèquement lié à une femme qui devient à la fois sa maîtresse et sa muse, tout se complexifie. La création artistique est imbriquée à l'existence de ces personnages, de cet homme et de cette femme, de ce couple, de ce moment de vie volé au temps. Se posent alors les questions de processus créatifs, de la position du modèle et du peintre, de la Beauté...

Tu n'as rien à craindre de moi sfar 4

"Tu n'as rien à craindre de moi", vous l'aurez compris, est un ouvrage singulier. Complexe et pur, philosophique et cru mais surtout libre. Libre dans son expression et dans son ton. Une oeuvre à part que je vous conseille de découvrir quand vous vous sentirez prêt pour apprécier au mieux ce moment de lecture !

Posté par Nelfe à 17:39 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,