lundi 9 juin 2008

"Wang" de Pierre Bordage

bordage_1

Résumé (tome 1):

XXXIIIème siècle, le REM, immense et infranchissable rideau électro-magnétique, protège l'Occident des empires voisins.

Une fois par an, une porte s'ouvre dans ce mur. Mais qu'advient-il de ceux qui ont fui de l'autre côté? On parle d'esclavage. On dit aussi qu'ils s'affrontent dans des arènes, tels les gladiateurs de la Romme antique. Mais nul n'en est revenu pour témoigner.

Wang doit fuir Grand-Wroclaw, en Silésie, pour avoir transgressé la loi d'Assöl le Mongol, un parrain de clan. son exil va le mener au-delà du rideau...

 

bordage2

Résumé (tome 2):

2214, le monde est divisé par le REM, un rideau électro-magnétique infranchissable.

A l'Ouest des nantis qui ont fait de leur espace un havre de paix et de prospérité. de l'autre côté, des peuples bafoués, des esclaves que l'on importe pour satisfaire les aspirations ludiques des Occidentaux en mal de sensations. Car les immigrés, en devenant les soldats des jeux uchroniques -les guerres fictives qui reconstituent les conflits du passé-, ne sont plus que des ports en sursis.

Leur seul espoir repose sur Wang, leur capitaine de champ qui, en devenant le germe du chaos, tente un impossible pari: faire tomber le REM. Mais n'est-il pas lui-même un pion manipulé par le réseau clandestin des "ruches"?

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La critique de Mr K:

Le formidable talent de conteur de Pierre Bordage nous plonge dans ce tiers-monde glauque et malfaisant et nous nous retrouvons, bousculés, aux côtés de Wang, aussi anxieux que lui de savoir ce que cache la gigantesque muraille de lumière qui masque la moitié du monde. Un réel sens narratif, une conscience aiguë des ressorts de l'épique, qualités auxquelles s'ajoutent vraisemblablement un intérêt non feint pour la société, le monde dans lequel il vit, d'où l'intérêt prospectif (visionnaire?) de ses récits. Wang est une saga, une belle, une grande aventure pleine de rebondissements. C'est aussi un avertissement, un message emprunt d'une profonde humanité, d'une sensibilité certaine. Le puriste que je suis (voir mon profil) a été déçu par la fin qui semble avoir été "expédiée" en deux chapitres... Dommage car un tel dénouement  aurait mérité davantage de soin. Je vous le recommande donc, même si pour découvrir l'univers de ce fabuleux écrivain, je vous conseille de commencer par la trilogie des "guerriers du silence" et "les fables de l'humpur".

Posté par Mr K à 15:32 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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vendredi 16 mai 2008

"La Consolante" d'Anna Gavalda

la_consolante

Il n'y a pas de quatrième de couverture pour ce livre, le mystère reste donc entier...

A la demande de son éditeur, Anna Gavalda a rédigé une présentation qui n'aide pas à y voir plus clair :

J'ai écrit le livre, j'ai dessiné la couverture et maintenant mon éditeur me demande de rédiger moi-même les prières d'insérer.
Le dilettante ? T'as raison...
Mon éditeur que je viens d'appeler à l'instant pour lui demander si on disait «un» ou «une» prière d'insérer et qui m'avoue qu'il ne sait pas. Que personne n'a jamais su. Bon, je sens que les pointillés du contrat, je vais les remplir toute seule aussi...
Je suis donc allée vérifier dans un dictionnaire et voilà ce que j'ai trouvé :
Faire ses prières. S'emploie, surtout à l'impératif, comme formule de menace pour inciter à se préparer à la mort, à une sévère punition.
C'est vrai ?
C'est ça, le genre de ce mot quand on l'emploie au pluriel ?
Gloups. Qu'est-ce que je fais là ?
Heureusement, la suite :
Equivalent noble de «Numéroter ses abattis».
Voilà qui m'inspire plus. Les miens ou ceux de mes personnages ? À l'heure où j'écris ces mots, ils n'existent pas encore et je ne suis guère plus vaillante... Mais retournons la bidoche et numérotons donc, numérotons ce qui bouge encore...

La critique Nelfesque : Un bijou, ce livre est un bijou... Comme tout livre d'Anna Gavalda, je ne l'ai pas lu mais dévoré ! Une écriture fluide et simple. Elle écrit comme j'aimerai écrire, écrire comme on parle, sans rentrer dans le pompeux et le ronflant. Elle ne se lit pas écrire, comme d'autres s'écoutent parler et c'est très agréable. Il y a de la vie de tous les jours dans ses écrits.

L'histoire est banale. Charles est architecte et a des chantiers un peu partout sur la planète. Il a une femme et une fille, essaye de concilier le tout et finalement passe à côté de pas mal de choses. Un jour il apprend la mort d'une personne qui lui était chère dans sa jeunesse et sa vie va changer... Je n'en dit pas plus pour ne pas en dire trop. Toujours est-il qu'on se retrouve complètement dans ce livre. Même si on n'est pas architecte (quoique ^^), qu'on n'est pas marié et qu'on n'a pas d'enfants, une chose nous est commune, on a tous perdu un être cher... Et on suit l'histoire de Charles comme si on était sur nos propres traces : le travail de deuil, les questionnements, le désespoir et ce qui nous raccroche à la vie...

N'allez pas croire pour autant que ce bouquin pousse au suicide ! Pas du tout ! Car Anna Gavalda a cette finesse d'écriture qui fait passer du rire aux larmes (et réciproquement) en un détail, un personnage, une réplique. Il y a de la finesse dans ce livre, de la beauté, des sentiments, de la vie...

Posté par Nelfe à 19:51 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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vendredi 2 mai 2008

L'enfer a ses bourreaux...

clive_BL'auteur:

Clive Barker est un auteur anglais, né à Liverpool en 1952. Alors qu'il est encore jeune, il tombe sur une anthologie fantastique, regroupant des nouvelles d'horreur. Ainsi, naît sa vocation pour le métier d'écrivain. C'est en 1984 que sera publié le premier volume d'un recueil de textes : Le Livre de sang. En deux ans, cinq autres tomes suivront. L'année suivante, Clive Barker verra la publication de son premier roman : Le Jeu de la damnation.

Clive Barker est devenu célèbre pour ses romans, mais c'est avec le théâtre et le cinéma qu'il débutera dans le genre fantastique. Avec des amis, il crée une troupe de théâtre à Londres et joue Frankenstein in love ou The History of devil. Dans les années soixante-dix, il réalisera deux courts-métrages d'horreur : Salomé et The Forbidden.

1987 est une grande année. Clive Barker connaît un énorme succès avec son film d'horreur, Hellraiser : le pacte et son personnage de Pinhead (qui donnera des cauchemars à plus d'un!). En 1990, il enchaîne avec Cabal. Malheureusement, là c'est un échec monumental qui le fera renoncer à l'idée de réaliser d'autres films, dommage car beaucoup de personnes telles que moi considèrent que ce film est un authentique chef-d'oeuvre du genre tant au niveau scénaristique que graphique (ne pas louper David Cronenberg en épurateur psychopathe possédé!!!). Cependant, il continuera dans le milieu du cinéma en tant que producteur ou scénariste (Candyman ou Le Maître des illusions).

Clive Barker à partir de 1987, enchaînera les romans dont certains connaîtront un réel succès. En 1991, il écrit Imajica, un roman de 1200 pages considéré comme son oeuvre majeure et couronné par le Prix Julia Verlanger et le Grand Prix de l'Imaginaire. En 1992, il tente de toucher un tout nouveau public : les enfants. Il écrit Le Voleur d'éternité et retentera l'expérience dix ans après avec Abarat : l'histoire de Candy, une jeune fille, qui découvre un univers parallèle peuplé d'étranges créatures. Pour incarner ce royaume, les mots manquent à l'auteur, il décide alors de peindre plus de 300 tableaux et mélange ainsi, mots et images pour le plus grand plaisir des enfants. Gageons que sa carrière est loin d'être terminée!

livre_de_sangL'histoire: Un train qui s'enfonce dans la nuit, chargé d'une marchandise immonde... le train de l'abattoir!... Une maison hantée par un démon maléfique et cruel qui s'acharne à rendre fous ses habitants... Une énorme truie dont l'appétit monstrueux exige des sacrifices humains... Des géants sanguinaires faits d'hommes enchaînés, de corps convulsés...

Simon McNeal, vrai ou faux médium, réceptacle de ces récits atroces, sera-t-il un objet de vengeance de la part de ces hordes de morts qu'il a évoquées?

Plus sombres qu'un cauchemar, puisées dans les ténèbres de l'âme, voici les histoires écrites sur le Livre des morts se révoltent et se vengent des vivants!

Critique:

Ayant dégoté ce petit recueil (250 pages) dans un café-brocante de Bécherelle (cité du livre située en centre Bretagne), je me lançai dans sa lecture. En deux jours, j'avais accompli mon office! Bien sympathique malgré des histoires plutôt inégales (sur les 6, deux sont vraiment des erreurs de jeunesse pour moi), cet ouvrage est le premier de son auteur. On y sent déjà la "patte" du futur maître: un style direct et incisif, un subtil mélange pervers entre violence, désir et autodestruction (je vous rassure je suis toujours sain d'esprit!). Le voyage est donc sombre et tortueux mais ravira les amateurs. A conseiller aux amateurs de Lovecraft, King (premiere période) et Masterton. Quant aux autres, le dernier Gavalda a l'air formidable vu l'expression ravie de Nelfe quand elle le lit... La critique est à suivre...

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mercredi 30 avril 2008

Heureux les simples d'esprit...

8_me_couleur Dans une dimension lointaine et passablement farfelue, un monde en forme de disque est juché sur le dos de quatre éléphants, eux-même posés sur le dos d'une tortue.

A Ankh-Morpork, l'une des villes de ce Disque-Monde, les habitants croyaient avoir tout vu. Et Deuxfleurs avait l'air tellement inoffensif, bonhomme chétif fidèlement escorté par un Bagage de bois magique circulant sur une myriade de petites jambes.

Tellement inoffensif que le Praticien avait chargé le calamiteux sorcier Rincevent de sa sécurité dans la cité quadrillée par la guilde des voleurs et celle des assassins; mission périlleuse et qui va les conduire loin: dans une caverne de dragons et peut-être jusqu'aux rebords du disque.

Car Deuxfleurs appartenait à l'espèce la plus redoutable qui soit: c'était un touriste...

La critique Nelfesque: Voyant Mr K mort de rire à la lecture de Terry Pratchett et ayant acquis un exemplaire de "La Huitième couleur" d'occaz chez Gibert depuis plusieurs années, c'était le moment de faire le grand saut. Et ce n'est pas peu dire quand on sait que "Le Disque-Monde" compte une trentaine de tomes... Vous comprenez mieux maintenant pourquoi j'ai mis du temps à me décider!

Après tant d'hésitation, une décision: je ne lirai pas les 37 tomes (à ce jour)! Pourquoi? Tout simplement parce que je n'ai pas adhéré au style d'écriture de l'auteur: des descriptions farfelues à n'en plus finir, des personnages dont la façon de parler ressemble à celle de ma poissonnière... J'ai tout de même persévéré car l'histoire me plait bien: Deuxfleurs en touriste candide, son coffre sur pattes en chien fidèle, Rincevent en mage raté mais finalement pas tant que ça, un monde à découvrir et des dieux qui tirent les ficelles. C'est très bien mené. Je le conseille donc pour tout ceux qui aime la fantasy, pour les autres il se lit très bien mais je doute que vous alliez vous aussi jusqu'au tome 37...

Je le passe à Mr K qui va le dévorer en moins de 2 ;)

 

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mercredi 23 avril 2008

La planète des chiens...

simakL'auteur:

Instituteur, puis journaliste dans un canard local du Michigan, SIMAK écrit "Cubes of Ganymede", sa première nouvelle, en 1931. Il l’envoie au magazine d’Hugo GERNSBACK, Amazing Stories, qui ne la publiera jamais. Mais SIMAK est publié par d’autres revues, comme Astounding Stories of Super Science et Wonder Stories. Il faut reconnaître que ses premiers textes sont un peu simplets et manichéens, à l’image des premiers pulps.

Fin 1937, Clifford D. SIMAK dirige la rédaction d’un journal du Minnesota. La pratique du journalisme a affermi son style : il décide de retenter sa chance auprès d’Amazing Stories. Cette fois, il est bien accueilli. Il devient l’un des auteurs phare de l'époque aux côtés de Robert HEINLEIN, Alfred VAN VOGT, Isaac ASIMOV et Theodore STURGEON.

De 1938 à 1943, SIMAK publie une vingtaine de nouvelles dans Astounding Science Fiction [nouveau nom de Astounding Stories] dont City, premier texte du célèbre roman "Demain les chiens". Progressivement SIMAK s’éloigne d’Astounding pour collaborer avec Galaxy SF, autre revue [58 nouvelles publiées entre 1941 et 1948]. Ces romans ont de plus en plus de succès.

En 1962, SIMAK abandonne son poste au Minneapolis Star pour se lancer dans le journalisme scientifique. En 1964, il reçoit le prix Hugo pour "Au Carrefour des Etoiles".A partir des années 70, SIMAK se renouvelle peu et ne publie plus qu’un texte ou deux par an, se consacrant à son métier et à ses passions : la pêche, les parties d’échec, la collection de timbres et la culture des rosiers.

Humaniste et optimiste, SIMAK est connu pour son style "naturaliste" : on y croise imperturbablement de vieux hommes en rockingchair, des fermiers et des paysages bucoliques, autant que des extra-terrestres. Son imagination est optimiste, et elle inclue l’histoire de l’Humanité dans un dessein beaucoup plus vaste. il a abordé à peu près tous les thèmes de la SF classiques.

demain_les_chiensL'histoire:

Qu'est-ce que l'homme? Qu'est-ce qu'une cité? Qu'est-ce que la guerre?

Voilà les questions que les chiens se posent, le soir à la veillée, après avoir écouté des contes fascinants mettant en scène ces mots magiques mais devenus incompréhensibles.

L'Homme fut-il réellement le compagnon du chien avant que celui-ci accède à l'intelligence? Disparut-il un jour pour une autre planète en lui abandonnant la Terre?

"Non, répondent les chiens savants, l'homme ne fut qu'un mythe créé par des conteurs habiles pour expliquer le mystère de notre origine."

Critique:

Excellent livre qu'on ne relâche qu'une fois terminé (Nelfe va bientôt me prendre pour un "autiste littéraire"). Considéré à raison comme un chef d'oeuvre, il est à ranger aux côtés des "guerriers du silence" de Bordage, "Crystal qui songe" de Sturgeon, "le meilleur des mondes" d'Huxsley et j'en oublie...

Comme à son habitude, l'écriture est simple et emprunte de poésie. Les personnages sont bien cernés sans pour autant alourdir le roman. Sous la forme de huit contes mis boût à boût et permettant de faire des "bonds" de plusieurs siècles voir millénaires, vous assisterez à l'évolution ou "dévolution" de l'humanité et de leurs meilleurs amis canins. Je conseille ce livre tout particulièrement aux fans de "la planète des singes" de Pierre Boule et "les fables de l'Humpur" de Pierre Bordage. Ce livre devrait plaire même à ceux qui n’aiment pas la science-fiction, car il parle de tout autre chose : de l'humanité, des autres, de leur perception différente du monde et des finalités différentes de leurs objectifs et de leur vie. Presque une métaphore des différences entre humains.

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vendredi 11 avril 2008

Les sorcières selon Terry Pratchett

pratchett0L'auteur:

Terry Pratchett est né le 28 avril 1948 dans le Buckinghamshire en Angleterre. Il publia sa première nouvelle à l'âge de treize ans. En 1965 il devint journaliste pour le "Bucks free press" et vit son premier cadavre 3 heures plus tard. Il écrivit aussi des critiques pour un éditeur. Grace à ses contacts dans l'édition il put publier un livre qui eut de bonnes critiques et qui l'encouragèrent à continuer dans cette voie. En 1980 il prit la fonction d'attaché de presse pour un groupe de trois centrales nucléaires. Mais en 1983 il écrit son premier livre sur le disque-monde, The colour of magic, et ceci changea sa vie.

En 1987, après avoir écrit cinq livres sur le disque-monde, il devint évident qu'écrire la série du disque-monde était plus amusant que d'exercer un "vrai" travail. Alors il se consacra à l'écriture à plein-temps, pour le plus grand plaisir de ses nombreux fans. Ses livres ont régulièrement une place dans la liste des bestseller.

De nos jours, Terry Pratchett vit à Wiltshire (toujours en Angleterre) avec sa femme Lyn et sa fille Rhianna. Il consacre, aujourd'hui, ses loisirs à la culture des plantes carnivores (qui sont beaucoup moins intéressantes que les gens ne se l'imaginent) et, selon lui, il n'y a pas assez d'orangs-outans sur terre.

Résumés de la trilogie:

La huitième fille

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Sentant venir sa mort prochaine, le mage Tambour Billette organise le legs de ses pouvoirs, de son bourdon, de son fond de commerce. Nous sommes sur le Disque-Monde. (Vous y êtes? Nous y sommes.) La succession s'y opère de huitième fils en huitième fils. Logique. Ainsi procède le mage. Puis il meurt.

Or il apparaît que le huitième fils en cause est... une fille. Stupeur, désarroi, confusion : jamais on n'a vu pareille incongruité.

Trop tard ; la transmission s'est accomplie au profit de la petite Eskarina. Elle entame son apprentissage sous la houlette rétive de la sorcière Mémé Ciredutemps...

 

Trois soeurcières

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"Le vent hurlait. La foudre lardait le pays comme un assassin maladroit...

La nuit était aussi noire que l'intimité d'un chat. Une de ces nuits, peut-être, où les dieux manipulent les hommes comme des pions sur l'échiquier du destin. Au coeur des éléments déchaïnés luisait un feu, telle la folie dans l'œil d'une fouine. Il éclairait trois silhouettes voutées. Tandis que bouillonnait le chaudron, une voix effrayante criailla :

"Quand nous revoyons-nous, toutes les trois ?"

Une autre voix , plus naturelle, répondit :

"Ben, moi, j'peux mardi prochain."

Rois, nains, bandits, démons, héritiers du trône, bouffons, trolls, usurpateurs, fantômes, histrions et tables tournantes : rien ne vous est épargné. Shakespeare n'en aurait pas rêvé tant. Ou peut-être si ?

Avec en exclusivité, le ravitaillement en vol d'un balai de sorcière...

Mécomptes de fées

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Une mission de tout repos pour trois sorcières de haut vol (Air Balai) : empêcher les épousailles d'une servante et d'un prince. Pas de quoi impressionner Mémé Ciredutemps, Nounou Ogg et Magrat Goussedail. Oui, mais :

  1. - Ça se passe à l'étranger (beurk!), dans la cité lointaine de Genua.

  2. - Que faire d'une baguette magique de seconde main qui ne sait que transformer les choses en citrouilles ?

  3. - Comment s'opposer au pouvoir irrésistible des contes s'ils sont manipulés par la redoutable " bonne fée " Lilith ? N'est-ce pas le merveilleux destin d'une servante que d'épouser un prince ? Comme celui des mères-grands de se faire dévorer par le loup ?

Tel n'est pourtant pas l'avis de madame Gogol, la sorcière vaudou des marais de Genua.

" Enco an piti zassiette di gombo, ma chè ? "

La critique de Mr K :

Attention lecteur courageux, si tu pénètres dans l'univers fantasico-comique de cet auteur anglais, tu en ressortiras à jamais changé! Amateur de fantasy depuis mon enfance, je trouvais le genre sclérosé et enfermé dans des schémas narratifs récurrents: la froideur et le sérieux étant de mise, je me suis quelques peu détourné du genre. C'est seulement, il y a trois ans en compulsant le site le cafard cosmique que j'appris l'existence du maître Pratchett!

Ces trois opus consacrés aux sorcières et leurs moeurs étranges font partie d'une oeuvre monumentale au sens propre: les chroniques du Disque-monde. Ce monde imaginé par Pratchett est rond et plat, navigue dans l'espace sur le dos de quatre éléphants, eux mêmes juchés sur la carapace d'une tortue stellaire (A'Tuin)!!! Tout un programme et le reste est à l'avenant! Les chroniques sous leur apparente édition anarchique se doivent d'être lus par deux, trois ou quatre selon les personnages principaux qui parfois reviennent pour de nouvelles aventures. Il y a la trilogie de Rincevent, un mage qui ne connait qu'un seul sort mais ignore lequel tant qu'il ne l'aura pas prononcer! La trilogie sur la mort (prénommée Mortimer) travailleur de force et accablé de chagrin depuis la mort de sa fille! J'en oublie bien d'autres... Pour plus d'information, je vous renvoie à ce site où tout cela vous sera exposé plus clairement.

Dans cette trilogie peuplée de sorcières malicieuses vous verrez: des sorcières qui passent le temps à se chamailler (Il y a du Audiard dans les dialogues), à s'ennivrer à la taverne et à faire régler la terreur sur les "bouseux" (grâce à leur chapeau pointu et leur gouaille naturelle). Vous y verrez aussi des âmes damnées dépressives, des bouffons fraichement sortis de leur guilde ayant une crise de foi, des monarques ridiculement cruels, des chèvres savantes commentant les agissements de leur maîtresse, une sorcière vaudou amatrice de rhum-banane, une marraine fée décidée à faire en sorte que le bonheur règle et ceci par tous les moyens, un zombi nommé Baron Saturday (les amateurs de James Bond reconnaîtront la référence!). Pendant ce mois et demi de lecture (avec quelques pauses), j'ai beaucoup ri et surtout je me suis évadé comme jamais depuis Tolkien et Vance. Se situant entre le roman picaresque et la fantasy pure, le tout servi par une langue simple mais non dénuée de subtilité; sous le prisme d'un humour parfois féroce, Pratchett réussit le tour de force à la fois de faire rire mais aussi d'aborder des sujets comme la perte d'un être cher, les relations hommes femmes, le théâtre... A lire donc et ceci de 7 à 77 ans tant les niveaux de lecture sont étendus.

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vendredi 7 mars 2008

"La décision" de Paul Fournel

Elle avait décidé que, lorsque la pointe de ses seins tomberaient plus bas que la pliure de ses coudes, la vie ne vaudrait plus la peine d'être vécue.
Elle avait décidé que jamais son ventre ne devrait faire plus de deux plis lorsqu'elle était assise sur le bord de son lit devant l'armoire à glace.
Elle avait depuis longtemps tracé une ligne imaginaire sur ses cuisses au-delà de laquelle ses fesses ne devaient pas descendre.
Il y avait aussi une qualité de peau d'orange qu'elle ne tolèrerait pas, une forme de petite enflure au-dessus du genou également.
Elle savait, pour avoir obsessionnellement étudié la question, que tout cela n'était passible d'aucun régime, d'aucune crème, d'aucun diurétique, d'aucun sauna, d'aucun coupe-faim, d'aucun biscuit-repas au son, d'aucun gant de crin. Elle savait que c'était l'âge, et l'âge était une maladie dont elle ne devait pas se remettre.
Elle avait lutté si fort, s'était tant et tant battue contre elle-même à chaque repas, à chaque sortie, à chaque envie, qu'elle ne supportait pas ces déchéances-là. Elle ne tolérait pas son ventre flasque, ses joues creuse, ses mollesses, c'était un désaveu qu'elle n'accepterait pas de son corps après les soins qu'elle avait eus pour lui, après autant de grillades haricots verts, après autant d'oeufs durs crudités, après autant de radis sans beurre.
Lorsque le matin arriva où, au terme d'une inspection soignée, elle dut constater que l'innacceptable était advenu, elle décida, assise nue sur le bord du lit, les épaules basses, le dos arrondi et le ventre sorti, de se suicider. Elle opta pour l'empoisonnement pur et simple, et choisit sans hésiter le poison.

Le soir même, elle mangeait trop babas, deux éclairs, une tartelette, et buvait une demi-bouteille de champagne.

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mercredi 13 février 2008

Rock et fantasy

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Le résumé:

La vie de Théo a basculé : un groupe de rock, une petite amie, un bébé en route et soudain, tout s'écroule. Son groupe l'abandonne, sa fiancée le plaque, sa mère disparaît : le cauchemar. Et voilà que surgit une petite créature magique qui l'envoie, allez savoir comment, dans un monde digne d'un conte de fées déjanté peuplé de personnages bizarres. Théo va très vite comprendre qu'il n'est pas dans un dessin animé mais dans un univers bien réel où l'accueil qu'on lui réserve est franchement désagréable. Guidé par quelques compagnons facétieux (un elfe gothique, une fée colérique et des trolls jumeaux gardes du corps), Théo découvrira en Faërie le mystère de sa destinée.

L'auteur:

Fils d'une famille modeste, Tad Williams exerce toutes sortes de métiers après sa scolarité ; de vendeur de chaussures à employé dans une fabrique de tuiles. Puis il devient chanteur et parolier d'un groupe de rock, illustrateur et cartooniste, présentateur de radio et de télé, ou encore employé d'Apple. C'est à l'âge de 25 ans qu'il se découvre une véritable passion pour l'écriture, il commence alors la rédaction de La Ligue du parchemin qui sera son premier succès. Doté de talents multiples, il a fondé une compagnie de télévision interactive et écrit autant des scénarios pour le cinéma et la télévision que des romans et bandes dessinées. Tad Williams est l'auteur de deux des séries les plus importantes de l'imaginaire contemporain : L' Arcane des épées pour la high fantasy, et Autremonde, consacrée aux univers virtuels.

Critique:

Une belle réussite que ce livre. L'auteur nous plonge dans un monde unique en son genre, proche par la terminologie et les descriptions d'un Seigneur des Anneaux ou parfois des Chroniques de Krondor. C'est ainsi que vous croiserez des elfes, des "sprites", des gobelins et autres ogres... L’aventure de Théo est une recette parfaite dans laquelle ne manque aucun ingrédient : de l’humour, de l’esprit, de l’amour, de l’émotion, des farfadets en veux-tu-en-voilà, des nymphes mystérieuses, des charges héroïques, des moments de tendresse, et un anti-héros musicien raté qui - mais bien entendu - découvre son destin au bout du chemin.

La facture de l'ouvrage est donc des plus classique, le changement vient par le ton adopté par l'auteur: la dérision quasi permanente. Autant les descriptions sont d'un sérieux à tout épreuve et très évocatrices (certains diront qu'il y en a trop), autant dès que certains personnages prennent la parole, on se retrouve plongé dans la science du dialogue propre à Audiard (aaahh! Cette chère et truculente sprite!). Nous n'atteignons cependant pas les qualités hors-norme de conteur de Terry Pratchett (la barre est très haute!) mais on s'en approche! Laissez-vous tenter par le voyage... vous ne serez pas déçu!

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mercredi 23 janvier 2008

"Hadès Palace" de Francis Berthelot

hadesMaxime Algeiba est un jeune artiste prometteur, à la fois mime et cortosionniste. La consécration arrive lorsqu'il est invité à se produire à l'Hadès Palace. Cette vaste demeure, fondée par le maître des lieux, Bran Hadès, héberge la crème des artistes internationaux, et les grands de ce monde se pressent pour venir les applaudir. Maxime n'hésite pas une seule seconde. Mais une fois logé dans l'antique demeure, il commence à se poser des questions: A quoi peuvent bien servir les vigiles armés qui errent dans les couloirs? D'où vient cette voix qui lui donne des ordres? Quels sombres secrets cèle cette prison dorée?

La construction du livre rappelle celle de Dante dans la Divine Comédie puisqu'on y rencontre trois lieux différents qui ressemblent fortement au Paradis, au Purgatoire et à l'Enfer. Les points de comparaison sont nombreux et je vous laisse le plaisir de la découverte.Nous suivons donc la descente en enfer de Maxime. Le héros en lui même est une énigme qui se démèle au fur et à mesure du récit. Il se révèle très atypique des poncifs habituels au genre (la Science Fiction) et vous surprendra plus d'une fois. L'auteur soigne aussi les personnages secondaires et nous livre une série de portraits à la fois déroutante et fascinante. La langue est ciselée, simple et efficace. Berthelot se livre aussi à une fantaisie narrative fort ingénieuse lors de l'avant dernier chapitre. Je recommande "chaudement" la lecture de ce livre qui fait partie d'une série de 5:

-L'ombre d'un soldat (éd. Denoël 1994)

-Le jongleur interrompu (éd. Denoël 1996)

-Mélusath (éd. Denoël 1999)

-Le jeu du cormoran (éd. Denoël 2001)

-Nuit de colère (éd. Flammarion 2003)

 

Bonne lecture!

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dimanche 20 janvier 2008

"La Mécanique du coeur" de Mathias Malzieu

la mecanique du coeur

L'histoire : Édimbourg 1874. Jack naît le jour le plus froid du monde et son coeur en reste gelé. Mi-sorcière mi-chaman, la sage-femme qui aide à l'accouchement parvient à sauver le nourrisson en remplaçant le coeur défectueux par une horloge. Cette prothèse fonctionne et Jack vivra, à condition d'éviter toute charge émotionnelle: pas de colère donc, et surtout, surtout, pas d'état amoureux. Mais le regard de braise d'une petite chanteuse de rue mettra le coeur de fortune de notre héros à rude épreuve: prêt à tout pour la retrouver, Jack se lance tel Don Quichotte dans une quête amoureuse qui le mènera des lochs écossais jusqu'aux arcades de Grenade et lui fera connaître les délices de l'amour comme sa cruauté.Tel est le synopsis inscrit en quatrième de couverture de ce merveilleux livre.

La critique de Mr K : Force est de constater que le chanteur de Dionysos se révèle être un grand écrivain. Son écriture ne ressemble à aucune autre. Adepte des métaphores filées et autres images littéraires, le lecteur se sent constamment balloté entre réalité et rêve. Le personnage évolue-t-il dans un monde réel / tangible ou bien alors dans un univers chimèrique? On se sent tantôt emporté dans une quête quasi mystique (l'Amour avec un grand A), tantôt enchaîné dans notre condition d'être humain. Ce catharsis bien étrange, nous avions déjà pu  l'expérimenter pendant la lecture de "La Triste Fin du petit Enfant Huître et autres histoires" (The Melancholy Death of Oyster Boy and Other Stories) de Tim Burton. Le parallèle se fait immédiatement dans la tête du lecteur tant au niveau des thèmes abordés (un héros "imparfait" qui doit affronter le monde pour vivre sa vie) que de l'univers qui mélange le classicisme propre au XIXème siècle cher à Burton et des éclairs de fantasy. Bien que court (178 pages), ce recueil est un condensé d'émotions et de réactions humaines. En cela, elles sont perfectibles voir parfois autodestructrices. D'où à la fin du livre, la joie d'avoir pu suivre les pérégrinations de notre Jack et une légère amertume en bouche.

La Mécanique du coeur, Mathias Malzieu, Flammarion, 2007

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