mercredi 3 février 2010

"In the air" de Walter Kirn

in_the_air_livreL'histoire: Depuis des années Ryan Bingham ne touche plus terre : son boulot - il se charge d'organiser des licenciements - le conduit d'entreprise en entreprise, de chambre d'hôtel en chambre d'hôtel, d'aéroport en aéroport. Il ne supporte plus son métier, n'a plus de maison, plus d'épouse, plus d'attache familiale et ne se sent chez lui que dans le cocon d'une cabine pressurisée, face au sourire d'une hôtesse de l'air ou à un plateau-repas mal réchauffé. Son but dans la vie : accumuler un million de miles sur sa carte de fidélité d'une compagnie aérienne. Il y est presque, mais des turbulences pointent à l'horizon...

La critique Nelfesque: Le film du même nom est sorti la semaine dernière et il est prévu que nous allions le voir ce week-end. En attendant, je me suis plongée dans le livre à partir duquel l'adaptation a été faite.

Ce fut un lecture plaisante. Rien de transcendant mais une bonne lecture "de plage". Je m'attendais à une critique du monde du travail, sur ce point j'ai été déçue. Je m'attendais à un personnage ironique et imbu de sa personne. Là encore j'ai été déçue. Ryan est un homme quelconque. Un homme certes privilégié, au compte en banque chargé et à la vie facile mais finalement un homme banal... Ce qui l'est moins c'est son obsession à arriver à son million de miles. Je me suis demandée pourquoi courait-il après ce but virtuel, ce million que l'on ne peut ni toucher ni appréhender. Cette réponse je l'ai trouvé à la toute dernière page. M'a-t-elle émue? Pas vraiment...

Alors, ai-je aimé ou non ce livre? Ma première approche semble pencher pour la seconde proposition. Nous suivons 17 jours de la vie d'un homme transparent, à la limite du déprimant, à la vie vide et plate. Pas de quoi casser des barreaux de chaises... Les problèmes de "petits garçons riches" ne me font ni chaud ni froid. Et pourtant, je suis peut être maso, mais j'ai trouvé ce roman distrayant de part ses touches d'humour distillées ça et là qui sauvent à mon sens le livre. L'écriture n'est pas sensationnelle mais elle est fluide et "In the air" se lit très facilement. Ce n'est pas le chef d'oeuvre de l'année, je l'aurai sans doute oublié d'ici peu, il ne m'a pas marqué mais il m'a fait passer quelques heures agréables.

Est-ce que je le conseille? Cet été, sur la plage, avec le sable qui colle aux jambes mouillées et le bruit de la mer en fond, pourquoi pas.

Je vous laisse avec un petit extrait qui m'a bien plû. J'aurais aimé que tout le livre soit de cette trempe!

"Comme la plupart des grands voyageurs à qui j'ai parlé, il m'arrive de me faire peur en m'imaginant des scénarios de crash hyperdétaillés. Dans mon préféré, je me trouve là où il est en ce moment [ndrl: les toilettes de l'avion] quand survient le plongeon de la mort. Projeté de côté, je griffonne au savon une phrase sur le miroir: "Je vous aimais tous. Je suis désolée, maman." Le fantasme a ses variantes: mon testament change. Une fois je me suis contenté de dessiner un coeur. Tellement mignon de ma part. Et dernièrement, c'était six zéros et un un. El Supremo, qu'écrirait-il? "On se retrouvera en enfer, Saddam"?"

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lundi 1 février 2010

"Le Chat du Rabbin - tome 2" de Joann Sfar

Le_Malka_de_LionsL'histoire: Alger, au début du 20e siècle. Les autorités coloniales françaises décident de faire passer un test de français aux rabbins. Même avec l'aide de son chat qui parle, le rabbin a peur d'échouer et de devoir céder sa place à un jeune rabbin français... Il s'en ouvre à son cousin, le malka des lions, dresseur de fauve, aventurier et qui se recueille dans les marabouts. Mais voilà que la fille du rabbin, Zlabya, tombe amoureuse du jeune rabbin français...

La critique Nelfesque: Non non, je ne fais pas une fixette sur Joann Sfar... On arrête pas en ce moment avec lui mais c'est indépendant de notre volonté! Il n'a qu'à pas être aussi talentueux aussi!

Dans ce second tome du Chat du Rabbin, "Le Malka des lions", le chat a toujours la parole et se montre comme à son habitude très curieux. Son maître apprend une nouvelle qui ne lui fait pas du tout plaisir et le perturbe: il doit passer un examen pour être nommé rabbin officiel de sa communauté par le Consistoire Israëlite de France. Il est déjà rabbin depuis de nombreuses années mais se prête au jeu de la dictée. Le chat va donc l'aider à réviser en continuant de donner son avis: "Tu es rabbin ici depuis 30 ans et ceux-là qui n'ont jamais fichu un pied chez nous veulent dire qui est rabbin ou pas. Et pour faire la prière en hébreu à des juifs qui parlent arabe, ils veulent que tu écrives en français; alors pour moi, ce sont des fous." Les pensées du chat sont savoureuses.

C'est donc toujours avec humour et réflexions bien senties que nous apprenons bon nombre de coutumes et de lois juives. Ce deuxième tome s'avère tout aussi intéressant que le premier et annonce clairement le troisième tome (que je chroniquerai dans quelques jours). Ici, il n'y a plus la surprise du chat qui parle et je le considère plus comme une transition mais ne serait-ce que pour la connaissance qu'il nous apporte, il vaut le coup d'être lu.

Le rabbin va-t-il être remplacé? Le chat gardera-t-il ad vitam eternam la parole? Et quant est il de sa relation avec sa maîtresse?

Une BD toute en finesse, aux dessins si particuliers de Sfar et au ton léger mais tout de même porteur d'interrogation. Une BD à lire!

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lundi 25 janvier 2010

De la souffrance de n'être qu'un enfant

copainL'histoire: Au sud des Etats-Unis, la pire des enfances attendait Harriet Cleve, dans l'ombre d'un frère assassiné, d'un meurtre jamais élucidé. Une famille détruite, un père enfui, une mère et une soeur anéanties. Lors de l'été de ses douze ans, la jeune fille se révolte. Elle veut savoir, et se venger. Elle sait que pour y parvenir, elle doit renoncer à sa propre adolescence et à ses rêves, affronter et défier le monde inconnu et menaçant des adultes. Et pour commencer, trouver de l'aide auprès d'un ami.

La critique Nelfesque: Quel bonheur que ce livre! Durant toute la lecture de ce roman, j'ai eu l'impression d'être dans du coton. Un coton ouatté. Dans la chaleur étouffante et enveloppante  de cette ville du sud des Etats-Unis, dans les années 70.

Ce que je retiendrai de ce "Petit copain" de Donna Tartt n'est pas le côté polar où Harriet cherche le coupable du meurtre de son grand frère, le trouve (ou croit le trouver), le traque et élabore sa vengeance. Si vous vous attendez à une révelation au bout des 850 pages et enfin savoir qui à tuer Robin, vous pouvez passer votre chemin. Ceux qui lisent ce roman dans cette optique là seront forcément déçus. Ca n'a pas été mon cas. J'y ai vu plutôt une chronique de la vie ordinaire, une histoire familiale forte avant et après le drame, une petite fille au fort caractère et aux raisonnements d'adulte et un ami fidèle mais si "enfant" par rapport à elle. Le mystère autour de la mort du frère d'Harriet n'est pour moi que l'explication au comportement des membres de la famille mais en rien un but à élucider.

Les personnages sont savoureux et leur psychologie est fouillée. Harriet est une petite fille déterminée qui ne supporte pas les faiblesses et souffre du manque d'intérêt qu'elle suscite autour d'elle. Hely, son ami, est un petit garçon tout ce qu'il y a de plus banal, adorant James Bond et se prenant pour lui, il cherche à impressionner Harriet d'apparence si forte, avec une maladresse enfantine touchante. Charlotte, sa mère, dépressive depuis la perte de son fils, erre dans la maison et est continuellement à côté de ses pompes. Ida, la bonne des Cleve, femme de couleur, tient la maison à bout de bras. Eddie, sa grand-mère est une femme droite et fière, issue d'une famille bourgeoise, elle a gardé une certaine attitude supérieure sur ses semblables...

Je me suis beaucoup attachée au personnage d'Harriet. Je me suis retrouvée un peu en elle et je n'ai pas pu m'empêcher de transposer son histoire sur la mienne. Elevée, comme elle, au milieu de plusieurs grandes tantes et dans un schéma très matriarcale, j'ai connu une enfance entourée de personnes âgées et de douceur bienveillante. A la perte de sa tata préférée, j'ai ressentie sa douleur. Cette tata, la seule qui l'aimait vraiment telle qu'elle était et en tant que personne, chez qui elle aimait courir prendre le goûter. Cette tata qui a sacrifié sa vie pour ses soeurs et qui était si pleine d'amour. Sa perte est un vrai crève coeur pour Harriet et une vraie douleur pour le lecteur. On ne peut rester insensible face à sa douleur.

A la moitié du livre, vient se supperposer à l'histoire familiale d'Harriet, celle des Ratliff. Les Ratliff sont des pauvres qui vivent en caravane et dont plusieurs membres ont fait des séjours en prison. Certains sont drogués jusqu'aux yeux, dealer, l'un deux est attardé mental, un autre prêcheur repenti. Des coupables idéales pour Harriet...

Ce que je retiendrai de ce livre, c'est la souffrance de l'enfance. Un âge où l'on ressent les choses, où l'on a envie d'hurler mais où l'on est traité comme un bébé. A son appel à l'aide lors du départ d'Ida, le rayon de soleil de la maison, on lui répond que ce n'est qu'une bonne, qu'elle trouvera du travail ailleurs. Pour elle, Ida n'est pas "qu'une" bonne, mais personne ne veut l'entendre... A son affolement à se rendre au camps de vacances qui ressemble plus à un camp pour catho intégristes qu'à un lieu d'amusement, on lui répond qu'elle va adorer être ici et que dans une semaine elle fera le cinéma inverse pour rester. Sauf que ce n'est pas vrai... A ses larmes lors de l'enterrement de sa tante Libby, on lui reproche son "hystérie". Mais ce n'est pas de l'hystérie...

On voit souvent, avec nos yeux d'adultes, le côté insousciant de l'enfance. On en retient les jeux et l'amusement. Mais nous avons oublié que c'est aussi un dur moment d'incompréhension et de souffrance de n'être qu'un enfant, face à des adultes qui sont convaincus de savoir ce qui est bon pour lui...

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mercredi 20 janvier 2010

"World War Z" Max Brooks

WWZL'histoire:

La guerre des Zombies a eu lieu, et elle a failli éradiquer l'ensemble de l'humanité.

L'auteur en mission pour l'ONU -ou ce qu'il en reste- et poussé par l'urgence de préserver les témoignages directs des survivants de ces années apocalyptiques, a voyagé dans le monde entier pour les rencontrer, des cités en ruine qui jadis abritaient des millions d'âmes jusqu'aux coins les plus inhospitaliers de la planète. Il a recueilli les paroles d'hommes, de femmes, parfois d'enfants, ayant dû faire face à l'horreur ultime. Jamais auparavant nous n'avions eu accès à un document de première main aussi saisissant sur la réalité de l'existence -de la survivance- humaine au cours de ces années maudites.

Depuis le désormais tristement célèbre village de Nouveau-Dachang, en Chine, là où l'épidémie a débuté avec un patient zéro de douze ans, jusqu'aux forêts du Nord dans lesquelles -à quel prix!- nombre d'entre nous ont trouvé refuge, en passant par les États-Unis d'Afrique du Sud où a été élaboré l'odieux plan Redecker qui finirait pourtant par sauver l'humanité, cette chronique des années de guerre reflète sans faux-semblants la réalité de l'épidémie.

Prendre connaissance de ces comptes-rendus parfois à la limite du supportable demandera un certain courage au lecteur. Mais l'effort en vaut la peine, car rien ne dit que la Zème Guerre mondiale sera la dernière.

La critique de Mr K:

world_war_z_2Encore une bonne lecture, j'ai littéralement dévoré le livre du fils de Mel Brooks (pas mal sur un CV tout de même!). Auteur d'un "Guide de survie en territoire zombi" chez le même éditeur, il nous livre ici une uchronie réussie à souhait. Étant grand amateur de zombis au cinéma (maître George Roméro je vous salue bien bas!), jusqu'à maintenant je trouvais que le genre s'accomodait très mal avec la littérature à de rares exceptions près.

Aux lecteurs effrayés par le thème, je dirais de ne pas passer leur chemin sans avoir tenté l'expérience. Nous ne sommes pas dans le gore "craspouet" mais plutôt dans le récit de guerre teinté de géopolitique. Brooks se veut réaliste (hormi le fait que les morts se lèvent après dodo pour manger de l'humain) et réussit pleinement son pari. La forme tout d'abord est originale: il s'agit d'un recueil de témoignages oraux compilés à la manière d'un manuel d'histoire traitant d'une guerre quelconque. Loin de tomber dans les poncifs du genre, tour à tour politique, médecin, soldat, vétéran, religieux, mère au foyer, otaku japonais et bien d'autres nous livrent leurs impressions et vécus si différents les uns des autres. Le tout formant une matrice séduisante en diable et diaboliquement (sic) efficace: on s'y croirait. Rien ne nous est épargné: souffrances morales de la perte de l'être cher, déracinement, dépression, les bévues militaires à grande échelle, le cynisme des États-majors, les présidents va-t-en guerre, la figure du résistant, le racisme mais aussi parfois l'espoir, l'entre-aide et l'amour. Tout ce qui rend l'humain si détestable et attachant à la fois.

Là où Brooks marque encore plus de points, c'est qu'à travers ces témoignages c'est toute la géopolitique du monde actuelle qui est explorée: le conflit israëlo-palestinien (Israël s'isole), Cuba qui via le conflit va s'enrichir, le Japon sans armée qui doit évacuer son territoire, les américains submergés par le flot des réfugiés mexicains qui se verront utilisés comme appât, l'Inde et le Pakistan et leurs conflit frontalier du Kashmir, la Chine et le problème sanitaire (leur méconnaissance de la gestion d'une crise d'ampleur mondiale) etc... Sans morale aucune je vous rassure mais plutôt un instantané de ce que pourrait provoquer comme réactions en chaîne une épidémie à l'échelle mondiale (en France on s'en fout, il nous reste des vaccins en trop!).

Ce livre n'est donc pas un simple divertissement mais aussi un récit parfois bouleversant grâce au réalisme des témoignages et des réactions des uns et des autres (individus et États). L'auteur lui ne trahit jamais son propos et pousse sa logique à son paroxysme. On ressort de cette lecture ébahi par tant de virtuosité et de maîtrise. Avis aux amateurs et aux autres...

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mercredi 13 janvier 2010

"Le jeu de l'ange" Carlos Ruiz Zafon

zafon_jeu_de_langeL'histoire:

Dans la turbulente Barcelone des années 20, David, un jeune écrivain hanté par un amour impossible, reçoit l'offre inespérée d'un mystérieux éditeur: écrire un livre comme il n'en a jamais existé, "une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et d mourir, de tuer et d'être tués", en échange d'une fortune et, peut-être, de beaucoup plus.

Mais du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique de destruction se met en place autour de lui, menaçant les êtres qu'il aime le plus au monde. En monnayant son talent d'écrivain, David aurait-il vendu son âme au diable?

Pour reprendre sa liberté et sauver la femme qu'il aime, David puise ses forces dans la Barcelone envoûtante du Cimetière des livres oubliés, où se côtoient des êtres abandonnés de l'humanité mais aussi des personnages attachants, uniques, puissants ...

La critique de Mr K:

Quel livre! Un vrai petit bijou quitte à me répéter (mes deux dernières lectures étaient déjà pas mal!). Lu en deux jours, je n'ai pu en détacher les yeux tant j'ai été littéralement absorbé par l'histoire et l'écriture d'un auteur que je ne connaissais pas du tout. Je remercie encore mes parents pour ce cadeau de Noël qui flirte avec le fantastique, le romantisme et l'Histoire.

Raconté à la première personne, cet opus nous narre l'histoire de David depuis son enfance difficile jusqu'à une rencontre fatidique qui va sceller son destin. S'ensuit une course poursuite contre le temps, lutte impossible qui se termine au dernier chapitre par un retournement de situation tout bonnement bluffant de tristesse et d'espoir. C'est une histoire d'amour avant tout: l'amour d'un homme pour une femme, d'un homme pour les livres, d'un homme pour une "femme-livre"? L'auteur au gré son écriture sans faille, imagée à souhait et poétique (plus quelques touches d'humour) nous manipule pour mieux nous surprendre dans une atmosphère sombre (Barcelone et ses quartiers chauds, l'époque de la dictature militaire de Miguel Primo de Rivera, Cristina et ses deux facettes) mais néanmoins parfois solaire (Isabella personnage d'une pureté à faire pleurer, le vieux libraire Semperé). De chapitre en chapitre, le lecteur est donc malmené pour son plus grand plaisir.

Les personnages sont légion et ciselés d'une main d'orfèvre. Figures tragiques (le héros, Cristina, Pedro), solaires (Isabella, Semperé) mais aussi enigmatiques (l'éditeur); tous sont d'un réalisme poussé à son paroxysme et donne du crédit à cette histoire de malédiction qui n'est pas sans rappeler le film de Polanski (La 9ème porte). Les lieux ne sont pas en reste: c'est Barcelone qui prend vie devant nos yeux et la maison que le héros acquiert est lugubre et mystérieuse à souhait sans pour autant tomber dans le pathos lourdaud habituel au genre. Au fur et mesure du déroulement, une angoisse étreint le coeur du pauvre lecteur qui se sent s'enfoncer en compagnie du héros, sans pouvoir lui venir en aide et inquiet de son devenir.

Je suis sorti de cette lecture bouche bée et complètement abasourdi par tant de talent et dire que ce n'est que son deuxième ouvrage... J'ai déjà mis Nelfe sur la brêche pour qu'elle passe me prendre "L'ombre du vent" dans la librairie la plus proche. Quant au "Jeu de l'ange" c'est du bonheur de lecteur sur 540 pages, du plaisir, du tragique, du rire parfois. À lire!


mardi 12 janvier 2010

Miaou de Joann Sfar

le_chat_du_rabbin_1L'histoire: C'est bien connu : les chats qui parlent, ça n'existe pas. Sauf un : le chat du rabbin. Raisonneur, contestataire et dialecticien hors pair, cet animal doué de raison accompagné de son rabbin de maître n'a pas la langue dans sa poche... Quand philosophie rime avec fantaisie, c'est qu'il y a du Joann Sfar dans l'air !

La critique Nelfesque: Je viens de commencer la série "Le chat du Rabbin" en l'empruntant à la bibliothèque. J'aime beaucoup Joann Sfar, ses dessins et son univers. J'attends d'ailleurs avec impatience la sortie de "Gainsbourg" mais on vous en reparlera d'ici peu dans "la kinoton du projectionniste". Je suis loin de connaître l'oeuvre complète de ce dessinateur et c'est donc un peu au hasard que j'ai pris ce premier tome.

J'ai été agréablement surprise par ce chat qui acquiert la parole en mangeant le perroquet. Ce n'est pas une grosse perte, celui-ci parlait trop alors qu'il n'avait rien à dire. Le chat, lui, a plein de chose à dire. Parce qu'il n'est plus qu'un simple matou sans parole, le rabbin ne veut plus qu'il reste avec sa maîtresse (sa fille) par crainte qu'il lui mette de mauvaises choses dans la tête. Pour pouvoir récupérer sa place, il décide donc de devenir un bon juif et de faire sa bar-mitsva. Mais la pillule est difficile à avaler par le rabbin et le volume consiste à essayer de lui faire changer d'avis. Le chat, tel Candide, s'interroge faussement et amène le rabbin à la réflexion finalement exactement là où il veut. Il remet en question pas mal de préceptes de la Torah que Joann Sfar connaît bien puisqu'il est né dans une famille juive tout en nous apprenant bien des choses sur l'usage de la parole, de la vérité et du mensonge.

Une BD philosophique et théologique sur un fond humoristique que je conseille à tous les amateurs de Sfar et à ceux du bon mot.

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lundi 11 janvier 2010

"Bas les masques" de Plantu

9782021004113Pour nos lecteurs réguliers ce ne sera pas une surprise: j' aime le dessin de presse. J'en bouffe matin, midi et soir à chaque fois que je fais le tour de mes boîtes mails et des sites d'infos. Un dessin vaut bien mieux que la bouillie journalistique qu'on nous sert bien souvent. Alors quand belle-maman m'a offert le dernier recueil de Plantu pour Noël, vous pensez bien que j'ai été content! Aaaahh... les belles-doches, les esprits médisants oublient bien souvent qu'au moins une fois par an, elles peuvent se révéler de bon goût... Ca va chauffer ce soir quand Nelfe va rentrer à la maison!

Je m'égare... J'ai connu Plantu assez jeune dans le CDI de mon collège qui possédait dans son stock un recueil de dessin traitant de la différence nord-sud. Mon prof d'histoire-géo nous avait fortement conseillé d'y jeter un coup d'oeil afin d'approfondir nos connaissances sur le monde contemporain et surtout affiner notre sens critique (à l'époque j'avais rien compris à ce qu'il voulait dire...). Depuis ce temps, mon amour immodéré pour cet auteur ne s'est jamais démenti... Dessinateur hors pair, humaniste constant (et non de l'instant comme certains...), c'est à allure régulière qu'on peut le retrouver dans les librairies (une cinquantaine de productions en plus de 30 ans) et surtout, en première page du Monde.

plantu_19

Après une introduction bien sentie de l'auteur sur les apparences trompeuses, les mensonges et autres manipulations (Plantu a lu sa propre nécrologie et a ressuscité -3 jours après, l'histoire ne le dit pas!?-), je plonge avec délice dans les oeuvres du maître de la caricature dont le crédo est de "caricaturer les aspects caricaturaux des sociétés humaines", inutile de vous préciser qu'il y a de la matière. À travers ce livre, Plantu revient sur une fin d'année 2008 et une année 2009 riche en événements divers et marquants en plusieurs chapitres successifs: l'International avec l'élection d'Obama, les élections en Iran, la "diplomatie" version chinoise, les gesticulations de Nicolas S. pour se faire une place au soleil, Benoît XVI et ses prises de position contreversées, le conflit istraelo-palestinien... Vient ensuite un chapitre concernant la crise économique où nous retrouvons des dessins concernant les avantages obtenus par les banques, les constructeurs automobiles, les bourses sombrant à la manière du Titanic, des patrons à poils (série de dessins très drôles et ironiques), la famille Paul Emploi et ses déboires pour gérer son budget etc...

6a00d8341c65d453ef00e54f0a54408833_800wiPuis c'est le tour de l'environnement avec le Grenelle de l'environnement. Les élections européennes avec la percée des écologistes et le plantage du PS. Arrive le passage au crible de la société française: l'affaire de la burqa, les expulsions par le ministre des charters, les prisons françaises, les méthodes gouvernementales, le PS impuissant et désorganisé (et encore je suis gentil...), l'omniprésidence de Nicolas S.... j'en passe des vertes et des pas mûres. En tout: 190 pages que j'ai littéralement avalées, digérées et grandement appréciées.

En deux heures, c'est le meilleur journal d'info que vous pourrez lire. En plus d'un petit voyage dans le temps appréciable (en cette époque où l'on vit dans l'émotion de l'immédiateté et où l'oubli est de plus en plus rapide), Plantu nous livre un regard implacable sur notre monde mais néanmoins teinté d'humanisme et de sensibilité. Certes ça ne va pas mais des solutions existent... Reste à trouver les hommes de bonne volonté mais là.... c'est déjà plus difficile! À lire et relire sans modération.

 

 

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mercredi 6 janvier 2010

"Les visages" de Jesse Kellerman

visagesL'histoire:

Lorsque Ethan Muller, propriétaire d'une galerie, met la main sur une série de dessins d'une qualité exceptionnelle, il sait qu'il va enfin pouvoir se faire un nom dans l'univers impitoyable des marchands d'art. Leur mystérieux auteur, Victor Crack, a disparu corps et âme, après avoir vécu reclus près de quarante ans à New York dans un appartement miteux. Dès que les dessins sont rendus publics, la critique est unanime: c'est le travail d'un génie.

La mécanique se dérègle le jour où un flic à la retraite reconnaît sur certains portraits les visages d'enfants victimes, des années plus tôt, d'un mystérieux tueur en série. Ethan se lance alors dans une enquête qui va bien vite virer à l'obsession. C'est le début d'une spirale infernale à l'intensité dramatique et au coup de théâtre final dignes des plus grands thrillers.

La critique de Mr K:

Bonne lecture que ce cadeau de Noël offert par ma chère et tendre! Bon, je ne partage tout de même pas l'avis affiché sur la couverture. Bon thriller certes mais faut pas pousser: ce n'est pas la révolution! À croire que je me plais à être à contre-courant suite à mon avis mitigé sur Avatar!

D'une lecture aisée, ce volume se révèle bien ficelé au niveau de l'intrigue avec un grand classique de la narration: les va et vient d'un chapitre à un autre entre le présent et le passé. Le tout s'assemblant au fur et à mesure comme les pièces d'un gigantesque puzzle à l'instar des oeuvres découvertes par le héros dans l'histoire, oeuvres qui s'emboîtent les unes aux autres (110 000 au total!) pour former un ensemble dont je ne dirai rien de plus... Y'a qu'à le lire! Rapidement, on a envie d'en savoir plus et il est encore ici difficile de lâcher le livre avant la fin. À ce propos, celle-ci est plutôt réussie mais tout de même loin d'être aussi originale que proclamée comme telle par divers blogs et critiques. Émouvante oui! Révolutionnaire non!

La langue est plutôt quelconque et j'ai eu du mal à y trouver toutes les qualités littéraires décrites ici ou là mais force est de constater que le style bien que lisse est efficace notamment dans les phases dialoguées et que l'on se retrouve instantanément dans la peau d'Ethan partageant ses aspirations et ses doutes. Chose très plaisante: le héros-narrateur interpelle régulièrement le lecteur, lui demande son opinion et quelque part le fait participer à l'histoire (pratique que l'on retrouve dans certains films de Mel Brooks avec la finesse légendaire qu'on lui connaît! -sic-). Ce système d'énonciation un peu particulier est vraiment la marque d'originalité de ce recueil et sa force.

Une lecture que je conseille donc ne serais-ce que pour faire connaissance avec ce nouvel écrivain (prometteur tout de même) et passer un bon moment par ce temps froid.

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dimanche 3 janvier 2010

"Valse avec Bachir" d'Ari Folman et David Polonsky

Valse_couvertureL'histoire: En 1982, jeune appelé, Folman est envoyé à Beyrouth alors que la guerre du Liban fait rage. Comme bien d'autres soldats du contingent israëlien, il sera le témoin impuissant des massacres de Sabra et Chatila. Alors que les milices chrétiennes libanaises exécutent froidement des centaines de réfugiés civils palestiniens en représailles à l'assassinat de leur leader Bachir Gemayel, le haut commandement de Tsahal, parfaitement informé des événements, ne s'interpose pas. De retour au pays, traumatisé, Folman laisse son insconcient jeter un voile d'oubli sur ce qu'il a vécu.

La critique Nelfesque: Il s'agit là de la bande dessinée issue des dessins préparatoires du film d'animation "Valse avec Bachir", suppervisé par Ari Folman et son directeur artistique, David Polonsky. Je n'ai pas vu le film donc je ne peux pas faire de comparaison mais une interview très intéressante d'Ari Folman à la fin du livre permet de comprendre les mécanismes de réalisation de cette ouvrage et les changements qui ont dû être apporté aux dessins préparatoires pour une meilleure lisibilité et une meilleure comprehension de l'histoire par le lecteur.

Nous suivons Folman, après la guerre du Liban, dans son besoin de savoir et sa course à la récupération de sa mémoire. A travers divers témoignages d'anciens amis ou militaires présents sur les lieux, nous redécouvrons avec lui l'horreur de la guerre et des massacres à Beyrouth. Dans des couleurs étrangement chaudes, ocres, la froideur des exécutions nous est retranscrite de façon percutante. Les mécanismes de la mémoire et de l'oubli, volontaire mais inconscient, nécessaire à la survie ou à la préservation de ses facultés mentales, sont expliqués et détaillés. Cette BD, tout comme son pendant cinématographique je pense (il faut absolument que je vois ce chef-d'oeuvre acclamé à Cannes en 2008), est très marquante.

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Les tensions sont palpables, la vie des appelés, insouciants, est retranscrite avec finesse et l'horreur des deux dernières pages où l'on découvre des photos d'époque au lieu de cases de dessins nous font l'effet d'un uppercut.

A lire donc, mais accrochez vous!

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mardi 29 décembre 2009

"La conspiration des ténèbres" de Théodore Roszak

roszakL'histoire:

En fréquentant une salle d'art et d'essai miteuse dans le Los Angeles du début des années 60', le jeune Jonathan Gates, passionné de cinéma, est fasciné par l'oeuvre de Max Castle, un réalisateur allemand arrivé à Hollywood en 1925 et mystérieusement disparu en 1941. Jeune prodige, il a réalisé quelques films géniaux, pour la plupart perdus, avant d'être obligé de se contenter de tourner des séries B puis de tomber dans l'oubli.

L'élucidation des mystères qui entourent la vie et l'oeuvre de Max Castle va devenir une véritable obsession pour Gates. À l'issue de sa quête, qui le mènera des sommets de l'industrie cinématographique (Orson Welles, John Huston...) jusqu'au coeur des sociétés secrètes, où plane l'ombre des cathares, il apprendra l'incroyable vérité sur ce maître des illusions que fut Max Castle et mettra à jour un terrifiant complot.

La critique de Mr K:

Attention danger! Risque de contamination menant à l'addiction la plus extrême! Pendant 5 jours, je n'ai pu me détacher de ce pavé (environ 800 pages). Cadeau de Noël de mes géniteurs, je suis encore sous le choc de cette lecture! Enterrés les Dan Brown (mauvaise écriture et données trafiquées), Roszak est un Maître. Je ne le connaissais pas avant cette lecture mais cet écrivain-chercheur en sociologie nous propose avec ce volume un thriller-historico/culturel une pièce de toute beauté.

La première partie se concentre sur Jonathan et sa "formation" auprès d'une critique intransigeante Clare. Comme le papillon sortant de sa chrysalide, nous assistons à la naissance d'un individu en tant qu'être pensant qui presque par hasard va faire une rencontre déterminante pour le restant de son existence: Max Castle, espèce de cinéaste maudit au génie précoce. Au fur et à mesure de l'élaboration de son mémoire, il va découvrir des éléments troublants dans sa filmographie, interroger des témoins de l'époque et finalement mettre à jour une conspiration ourdie depuis des siècles... Je n'en dirais pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte mais sachez simplement que l'auteur tient ici toutes ses promesses avec une fin particulièrement réaliste et implacable... tout ce que j'aime! J'ai retrouvé pendant cette lecture, des émotions et des sentiments que je n'avais plus éprouvé depuis ma lecture clef: "Les racines du mal" de Dantec.

Difficile d'en dire plus tant cet ouvrage est pétri de qualités... Des personnages scuptés au scalpel, réalistes et maîtrisés à la perfection par un auteur faisant preuve d'une érudition impressionnante concernant le cinéma et ses techniques, le tout sans aucune pédanterie. Le livre est très facile d'accès mais ne tombe pas dans les facilités que l'on peut retrouver dans un Dan Brown (au par ailleurs divertissant mais granguignolesque au possible!). Roszak loin du pathos inhérent au genre, laisse le mystère s'insinuer dans l'esprit du lecteur et chaque fin de chapitre nourrit un peu plus le désir d'en savoir plus, une drogue que je vous dis! Les éléments historiques sont respectueux de la Vérité (j'étais médiéviste dans un passé pas si lointain) et la jubilation atteint son comble lors de la révélation finale.

Ce livre appartient donc à cette catégorie d'opus qu'on ne peut lâcher avant la fin, une fièvre s'emparant de moi à chaque fois qu'on m'appelait avant d'aller manger ou se balader. Les nuits se sont terminées tardivement et Nelfe a plus d'une fois râlé. Mais à part le danger de devenir autiste ou de vous engueuler avec votre conjoint, ce livre est du bonheur en barre que je ne saurais que conseiller à tous les amateurs!

Posté par Mr K à 21:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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