dimanche 9 avril 2017

"Le Jour J du jugement" de Graham Masterton

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L’histoire : Les treize chars avaient débarqué en Normandie le 13 septembre 1944. L'un d'entre eux, un Sherman, était resté, abandonné là depuis la fin de la guerre sur le bas-côté de la route.
Les gens évitaient de s'en approcher. Ils disaient que, par les nuits les plus sombres, on pouvait entendre les morts, l'équipage, parler entre eux à l'intérieur du char.
Dan McCook voulut en avoir le cœur net. C'était déjà une erreur : Mais, surtout, jamais il n'aura dû desceller le crucifix qui fermait la tourelle.

La critique de Mr K : J’éprouve toujours un grand plaisir à retourner dans les griffes de Graham Masterton. Bon écrivain dans le style, il procure à coup sûr des frissons bien placés et une évasion immédiate et efficace. Dans le genre épouvante / horreur, il fait partie des meilleurs à mes yeux. La quatrième de couverture m’a drôlement interloqué quand je tombai par hasard dessus lors d’une énième visite chez l’abbé, il ne m’en fallait pas plus pour embarquer le volume et en débuter la lecture quelques jours après cette acquisition.

Dan est cartographe et séjourne en Normandie pour réaliser des métrés pour illustrer un futur ouvrage de référence sur le débarquement. Par la même occasion, il goûte au doux charme de la région entre gastronomie, jolis paysages et ambiance de terroir. Au hasard d’une rencontre de fortune, on lui raconte une bien étrange histoire de tank hanté datant de la Seconde Guerre mondiale, un véhicule mystérieusement oublié. Sa curiosité piqué, il va commettre l’irréparable en brisant un sceau condamnant à jamais l’ouverture du tank, il ne sait pas encore qu’il a commis l’irréparable et que des forces obscures vont se déchaîner.

On retrouve toutes les qualités de l’auteur dans sa manière de gérer son intrigue. Non avare de détails, il va tout de même à l’essentiel en proposant avec Le Jour J du jugement un récit vif, aux multiples rebondissement sans laisser de réel temps mort au lecteur pris en otage. La preuve en est que je l’ai lu quasiment d’une seule traite seulement gêné dans mon avancement par un repas et quelques menus travaux de jardinage. Il s’en passe des vertes et des pas mûres dans ce roman mêlant références historiques, démonologie ancienne et choc des cultures entre l’américain et la population du crû. Certes on n’échappe pas à certains clichés, ainsi le héros a comme voiture de location une 2CV, il croise des gars portant le béret et la baguette est omniprésente sur toutes les tables. Personnellement, j’ai trouvé cela plutôt rigolo.

On flippe bien à certains moments avec des scènes peut-être moins gores que d’habitude (et encore certains passages sont bien salés dans ce domaine), l’auteur jouant plutôt sur la peur ancestrale du noir, de l’ombre cachée derrière la porte, des voies étranges que l’on croit entendre (le passage avec le magnétophone est un modèle du genre) et celle terrible de la possession de son âme et de son corps par des êtres pervers et démoniaques. Mission réussie dans le domaine avec des passages totalement barrés, une tension qui monte crescendo sans jamais baisser en intensité. Un regret cependant, une fin trop rapide, un peu téléphonée et finalement plutôt convenue. Pas de quoi regretter la lecture des 190 pages de l’ouvrage car la fin est logique mais j’aurais aimé davantage d’originalité voir un dénouement bien plus thrash. C’est mon côté sadique qui s’exprime !

On passe quand même un super moment avec un personnage principal bien planté dont les positions évoluent grandement au fil du récit, j’ai aussi beaucoup aimé le prêtre Aubry sorte de grand-père bienveillant qui va apporter nombre de réponses au jeune américain en pleine crise de foi. Mention spéciale aussi au démon libéré qui m’a bien plu par son côté joueur sanguinaire qu’aucune barrière morale humaine ne parvient à dévier de son but. On frissonne face à ses actes, on se prend parfois à sourire de ses mots si bien trouvés, le maître des tentateurs semble veiller sur les lignes qui courent devant les yeux enfiévrés du lecteur. Les autres personnages ont tous leur intérêt malgré parfois quelques passages un peu caricaturaux, attendus, un peu comme quand on regarde régulièrement des films d’horreur (c’est notre cas à Nelfe et à moi) et que finalement, même si on apprécie le spectacle, on trouve qu’il se répète et fait penser à des choses déjà lues / vues. Reste aussi de très belles évocations de la campagne normande entre atmosphère glauque à la tombée de la nuit, grisaille pénétrante et villages reculés aux pierres anciennes. L’ambiance est remarquable durant tout l’ouvrage et contribue vraiment à distiller un certain malaise au lecteur. Encore un bon point !

On retrouve ici le talent d’écriture de Graham Masterton qui est loin d’être un tâcheron en la matière. Cet ouvrage n’est certainement pas son meilleur mais il tient la route et remplit son office en matière de divertissement horrifique. Un petit plaisir coupable que je vous invite à entreprendre si le cœur vous en dit et que vous êtes amateur d’horreur en littérature.

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
Apparition
- La Cinquième sorcière

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vendredi 7 avril 2017

"Zombie Island" de David Wellington

Zombie IslandL'histoire : A la suite d'une catastrophe mondiale les pays les plus développés sont envahis par des hordes de zombies cannibales. Seules quelques enclaves subsistent, en Somalie notamment. A la recherche d'un remède au virus, un groupe d'adolescentes surarmées, menées par un vétéran, se rend à New York. Tous se croient préparés au pire. Mais dans l'île de Manhattan en ruine, ils vont bientôt découvrir que la non-mort est loin d'être le destin le plus terrifiant...

La critique Nelfesque : Je me suis lancée dans "Zombie Island" comme dans une lecture divertissement. Je n'attendais rien de phénoménal ni dans le style ni dans l'histoire (et il n'y a rien de phénoménal), je ne cherchais pas non plus un roman qui révolutionne le genre (ce qui n'est pas non plus le cas) mais j'avais une furieuse envie de zombie et de déconner un peu (oui parce que moi, quand j'ai envie de me marrer, je regarde un bon film d'horreur ou je lis une histoire d'épouvante (cherchez pas, c'est inexplicable)).

"Zombie Island" est le premier volume d'une trilogie de David Wellington, "Zombie Story". Le monsieur a aussi à son actif une pentalogie sur les vampires, "Vampire Story" (côté titres, l'auteur fait dans l'originalité), mais je dois avouer que les vampires c'est nettement moins mon truc (ou alors les classiques).

Les zombies envahissent le monde et les survivants sont à la recherche non seulement d'un endroit safe pour tenter de survivre relativement tranquillement mais aussi de médicaments et plus précisément ici d'un traitement contre le sida. La trithérapie en période de paix, c'est déjà pas évident mais quand en plus on ne peut pas mettre le nez dehors sans être acculés d'êtres dévoreurs de chair humaine, c'est encore plus compliqué.

On suit ici donc plus précisément un groupe de personnes venant de Somalie à bord d'un bateau et souhaitant accoster à New-York. Composée de Dekalb et d'un groupe d'adolescentes armées jusqu'au dent et entraînées au combat, cette bande  n'a qu'une idée en tête : ramener son traitement à la big boss restée au pays. Quitte à perdre quelques éléments en chemin, quitte à mourir elles-même. Dekalb est un petit plus pragmatique et préférerait éviter de se faire croquer en route...

Parallèlement, nous faisons la connaissance de Gary, un personnage qui clairement sauve le roman. Si il n'était pas là, l'histoire serait assez banale. En voyant ses semblables humains se faire dévorer les uns après les autres, Gary ne se résigne pas. Si il doit devenir zombie, chose qui parait inéluctable, il le deviendra par ses propres moyens et non pas en servant de casse-croûte à un être au QI d'huitre. Médecin dans la vie, il va trouver un moyen de devenir zombie sans entacher ses qualités mentales. Comprenez qu'il veut bien pourrir sur pied mais pas perdre sa tête ! Cette action va faire de lui une sorte de zombie évolué qui va avoir un pouvoir unique sur ses nouveaux amis peu adeptes du déo.

Tous ces personnages vont bien sûr se rencontrer et une nouvelle intrigue à base de Maître du Monde et de Super Zombie Surpuissant va prendre le pas. Bon, disons le clairement, c'est un peu beaucoup WTF mais c'est fun, l'écriture est fluide et on passe un bon moment (si tant est que l'on ne soit pas rebuté à l'évocation du sang ou de scènes d'antropophagie (ben oui, ils sont pas très vegan ces zombies)). L'histoire est prenante, le personnage de Gary bien que complètement cramé de la tête est attachant et nous ferait presque oublier l'écriture parfois très limite de David Wellington. Ce n'est pas de la grande littérature encore une fois et mieux vaut ne pas être très regardant de ce côté là.

Vous l'aurez compris, "Zombie Island" n'est pas LE roman zombiesque à lire absolument mais pour une chouette récré, il fait bien le taf. Reste à voir si le second volume "Zombie Nation" continue dans cette veine...

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lundi 3 avril 2017

"Un seul parmi les vivants" de Jon Sealy

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L’histoire : Caroline du Sud, 1932. Par un soir d’été caniculaire, le vieux shérif Furman Chambers est tiré de son sommeil par un coup de téléphone : deux hommes ont été froidement abattus à la sortie d’une ancienne auberge qui sert désormais de couverture au trafic d’alcool de Larthan Tull, le "magnat du bourbon".

Quand Chambers arrive sur les lieux, le nom du coupable circule déjà : Mary Jane Hopewell, un vétéran de la Grande Guerre, qui vit en marge de la société. Mais le shérif décide de mener l’enquête et se retrouve plongé dans une spirale de violence qui va bouleverser le destin de personnages inoubliables.

La critique de Mr K : Attention petit chef d’œuvre ! Sous ces dehors de classicisme en terme de thématiques et de personnages se cache un petit bijou d’humanité, placé sous le signe de la Grande Dépression et de la noirceur. Émotions multiples, sous-texte passionnant, Un seul parmi les vivants est une vraie réussite comme vous allez pouvoir le lire.

Tout commence par un double meurtre sordide à la sortie d’un bar. Deux jeunes gens sont à terre, un homme est en fuite... Tout le désigne comme coupable et sa vie marginale ne plaide pas en sa faveur. Le shérif a cependant des doutes, tout se sait dans cette petite bourgade industrielle en pleine perte de vitesse où le baron de la distribution clandestine d’alcool (Prohibition oblige) règne en maître sur son empire et des intérêts plus gros sont en jeu. Cette affaire va réveiller de vieilles rancœurs, remettre en question l’ordre établi et précipiter la chute de nombres de personnages que l’on apprend vite à aimer ou détester.

Ce roman développe à merveille un microcosme urbain en pleine déliquescence. La crise frappe durement et le quotidien est bien difficile pour certaines familles. La précarité est prégnante avec son cortège de spectres effrayants comme la mort d’un enfant en bas âge, les fins de mois difficiles, l’alcool ou tout simplement l’appréhension du lendemain. Les portraits sont saisissants et lèvent le voile sur les personnalités torturées qui nous sont données à découvrir. La vie est dure, les cœurs secs parfois et les drames jamais très loin. Pourtant chacun trime et se débat avec une énergie parfois proche du désespoir et donne une densité incroyable à l’ensemble.

Le shérif dans tout ça doit mener une enquête difficile qui se confronte aux mensonges et duperies, l’ordre établi qui s’accroche aux lambeaux de ses souvenirs et à son propre passé qui est loin d'être tout blanc. Abîmé par le temps qui passe, affaibli par une vie de couple insipide, l’enquêteur va devoir faire des choix cruciaux et parfois même détourner les yeux. C’est l’homme dans toute sa complexité qui nous est donné à voir à travers lui, un être perfectible mais déterminé à mener à bien sa mission malgré les risques à prendre. Tout le monde se connaît dans cette bourgade et il est difficile d’avancer sans blesser qui que ce soit dans ses recherches, une chape de plomb pèse lourdement sur cette communauté refermée sur elle-même. Un grain de sable va bousculer cet équilibre et conduire le lecteur vers une fin d’une noirceur glaçante.

L’auteur, Jon Sealy, s’y entend à merveille pour faire monter la tension une fois les principaux ressorts de l’histoire installés. Le meurtre, une histoire d’amour adolescente, un ancienne bavure policière, le shérif, un caïd au bord du gouffre. Tout va concourir à s’entremêler et déclencher une série de péripéties redoutables pour les nerfs du lecteur englué dans une toile bien développée dont on ne peut s'échapper. Dialogues au cordeau, intrusion dans les esprits et descriptions immersives captent l’attention et insinuent une multitude d’émotions contradictoires qui laissent le lecteur accroché tout au long des 358 pages d’un ouvrage difficile à relâcher.

Le style est très incisif, accessible et nuancé, produisant un déclic très rapide et emportant l’adhésion dans sa capacité à raconter une histoire prenante, captivante et lourde de sens notamment sur le rapport entre riches et pauvres, l’existence en temps de crise et une certaine Amérique des années 30. C’est beau, puissant, intemporel dans son portrait de l’âme humaine et terrifiant d’efficacité dans son dénouement. Un uppercut littéraire au talent immense vous attend ici. Courez-y !

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samedi 1 avril 2017

"De Bons présages" de Terry Pratchett et Neil Gaiman

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L’histoire : L'Apocalypse est pour demain. Avec ses trompettes, ses flammes de l'Enfer, son courroux du ciel et tout le tremblement. L'éternel lutte entre les forces du Bien et celles du Mal arrive enfin à son terme. On va pouvoir savoir qui est l'heureux gagnant.

Sauf que certains ont pris goût à l'humanité et s'imaginent qu'on pourrait éventuellement essayer de penser les choses avec un peu plus de subtilité. N'en déplaise à leurs maîtres respectifs, l'ange Aziraphale (bouquiniste à temps partiel) et le démon Rampa (qui aimerait bien écouter autre chose que Queen sur l'autoradio de sa Bentley) se sont mis d'accord pour repousser l'apocalypse d'une éternité ou deux.

Encore faudrait-il pour ça mettre la main sur l'Antéchrist. Mais allez trouver un garnement pareil dans un bled paumé de l'Angleterre. Et puis, gare ! il est flanqué d'un terrible molosse des enfers dont le nom même fait frémir : Toutou.

La critique de Mr K : Je ne me suis jamais vraiment remis du décès de Terry Pratchett, un auteur talentueux à l’écriture magique et à l’humour qui dériderait un mort. Dans mon malheur, un espoir ; l’homme fut prolixe en œuvres et pas seulement dans ses ouvrages se déroulant dans l’univers déjanté du Disque-monde. Ainsi, j’ai beaucoup apprécié sa tétralogie SF (il me reste le quatrième tome à lire d'ailleurs) écrite déjà en collaboration avec Stephen Baxter (La Longue Terre, La Longue Guerre et La Longue Mars). Lors d’une rencontre avec l’auteur Guillaume Chérel pour une sortie chez Mirobole éditions à la librairie L’Archipel des mots à Vannes, je tombai inopinément sur De Bons présages, mis en avant par une libraire transie d’amour envers Pratchett (une note ne tarissant pas d’éloge étaient glissée sur la couverture de l’objet du délit !). La quatrième de couverture acheva de me convaincre avec un mix improbable mais diablement séduisant (sic) d’apocalypse, d'Antéchrist, de buddy guy movie entre un ange et un démon sous le sceau du délirant Pratchett et l’écriture ensorcelante de Neil Gaiman, autre auteur que j’aime beaucoup. Ce n’est pas exagéré que de dire que ce livre était fait pour moi...

L’Apocalypse aura donc lieu en fin de semaine (après le thé) et rien ne semble se passer comme prévu, le pire étant qu’à la manière du merveilleux film La Vie est un long fleuve tranquille, deux bébés ont été échangés à la naissance dont le futur Antéchrist, fils du Diable en personne qui doit mener les opérations et réduire l’humanité en esclavage. Avouez que c’est ballot de s’en rendre compte à moins d’une semaine de l’ultime guerre céleste opposant le Bien et le Mal. Ce recueil relate les putatifs derniers jours de notre monde avec une foule de personnages totalement branques et moult références eschatologiques, bibliques et plus encore. C’est dense, fouillis, tordu et terriblement drôle. Passez votre chemin si vous aimez les narrations à sens unique, vous reposer sur vos lauriers quand vous lisez car ici tout est diablerie stylistique, rebondissements abracadabrantesques et référencés tout azimut, chaque page (chaque phrase même) réservant des surprises et des vannes totalement ubuesques dans la pure lignée des œuvres précitées de Pratchett.

On croise quand même un sacré beau monde durant les 430 pages de ce livre à nul autre pareil. À commencer par un duo fort disparate composé d’un ange et d’un démon qui se connaissent depuis des millénaires et sont censés être opposés. Le temps ne fait rien à l’affaire et des rapprochements se sont opérés, des idées ont émergé dont celle saugrenue s’il en est que l’homme mériterait peut-être d’être sauvé malgré ses errances répétées et ses coups de canifs dans le contrat signé avec Dieu. Pour autant, ce n’est pas gagné pour eux, difficile en effet de désobéir sans conséquences fâcheuses quand son patron est Dieu ou le Diable. Cela donne lieu à nombre de réflexions de hautes volées teintées d’humour totalement anglais, no-sense à la Monty Python dont je suis adepte, des situations cocasses alternant avec des rencontres peu communes avec notamment une descendante d’une Nostradamus femme, un corps d’inquisiteurs que la tentation de la chair guette de très près, un Antéchrist de onze ans (et sa bande de gentils garnements) qui hésite à passer du côté obscur (ils sont sympas les gens quand même !), un chien infernal qui se complaît dans son rôle de meilleur ami de l’homme ou encore les quatre cavaliers de l’Apocalypse amateurs de grosses bécanes chevauchant vers leur destinée suivis par des motards décérébrés... On nage en plein délire, les références et les digressions s’accumulent mais on en redemande.

N’allez pas croire pour autant qu’il ne se passe rien. Certes l’action est lente mais peu à peu, la fin menace et tout se précipite. D’étranges événements se déroulent un peu partout (on croise à l’occasion quelques victimes de l’Apocalypse pas piqués des vers dont une télé-agente qui n’a vraiment pas de bol !), l’orage gronde et inexorablement tous les principaux protagoniste se retrouvent concentrés dans un coin paumé d’Angleterre où se jouera le sort de toute vie sur Terre. Je vous laisse découvrir le génial artifice final qui réglera la situation.

Bien que chargé et fleurissant en concepts désopilants, De Bons présages se lit très facilement si on s’en donne les moyens. Loin d’être indigeste, l’ensemble pourrait être qualifié de livre-somme entre récit alternatif de l’Apocalypse, saillies drolatiques à la Groland pour une bonne critique de notre monde / du genre humain et jeu constant avec nos marqueurs sociétaux et religieux. C’est grandiloquent et irrévérencieux, drôle et ironique, en deux mots : jubilatoire et génial ! Si le cœur vous en dit, foncez ! Vous ne le regretterez pas, ça ne ressemble à rien d’autre.

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mardi 28 mars 2017

"Chanson douce" de Leïla Slimani

Chanson douce

L'histoire : Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.

La critique Nelfesque : Cela fait un petit moment que j'avais entendu parler de "Chanson Douce" de Leïla Slimani. En premier lieu parce qu'il avait fait grand bruit lors de sa publication en pleine Rentrée Littéraire 2016, ensuite parce que ce roman a reçu la même année le célèbre Prix Goncourt. Ce qui a engendré encore plus de lectures, dont la mienne. Après le très bon Goncourt des Lycéens, "Petit pays" de Gaël Faye, j'avais envie de voir si son aîné était tout aussi bien mérité.

"Chanson douce" a la réputation d'être un roman très fort. Beaucoup de mamans lectrices n'ont pas pu le lire ou ont été choquées par son histoire et notamment la scène très dure qui débute ce roman. Et pour cause, on commence ici avec la découverte d'une scène macabre où les deux enfants en bas âge d'un jeune couple ont été massacrés par leur nounou. Pourquoi cet acte et comment est-il arrivé ?

Je n'ai pas d'enfants et j'aime les romans noirs, les scènes chocs et les romans qui font réfléchir sur la nature humaine. Avec cet ouvrage de Leïla Slimani j'ai été servie ! L'écriture est simple et tout à fait accessible. N'ayez donc aucune crainte en voyant le bandeau "Prix Goncourt" ici, il est très facile à lire de par sa construction et le vocabulaire employé. L'auteure nous présente ici une histoire ordinaire, banale, un drame qui pourrait arriver dans n'importe quel foyer. Et c'est sans doute cela qui glace le plus le lecteur...

La recherche d'une nounou c'est une rencontre qui nait d'un besoin. Ici Myriam va reprendre son métier d'avocat et une solution doit être trouvée pour permettre à toute la petite famille de continuer à fonctionner correctement. Après plusieurs entretiens, le choix se porte sur Louise, une femme plus âgée, douce et très proche des enfants. Avec elle tout parait naturel. Très arrangeante, elle aime faciliter la vie de ses employeurs et va au delà de ce pour quoi elle a été engagé. La famille de Myriam, c'est sa famille. C'est ainsi que petit à petit elle va prendre de plus en plus de place dans ce foyer jusqu'à y faire planer une ombre malsaine. Lorsque les jeunes parents se rendent compte que la situation dérape, il est déjà trop tard et le drame implacable et froid des premières pages est inéluctable.

Cette lecture est forte car elle va chercher chez chaque lecteur sa capacité de compréhension. Il n'y a pas de suspens ici, un meurtre a eu lieu et on connaît déjà le nom du coupable. La seule question qui subsiste est "pourquoi ?". Sur 220 pages, ce qui est finalement très court, Leïla Slimani va nous présenter la situation, nous faire rentrer dans la bulle de cette famille, nous donner à voir son mode de fonctionnement et surtout nous présenter Louise. En peu de pages, elle détourne le cerveau du lecteur sans jamais donner de réponses précises. L'homme n'est pas une machine avec des fonctions bonnes ou mauvaises, la nature humaine est bien plus complexe et les "et si..." sont légion. Etait-il possible d'éviter ce drame ? Si oui, à quel moment ? En n'engageant pas Louise ou bien plus tôt dans sa vie personnelle ? Chaque acte extrême a un point de départ, une racine, un terreau à analyser pour qui veut bien y mettre les mains et essayer de comprendre.

logo-epubDans ce roman humain par les sentiments qu'il dégage et pourtant tout ce qu'il y a de plus factuel dans son approche, l'auteure questionne l'homme avec pudeur et discrétion. Elle met le doigt sur nos souffrances, nos ambiguïtés et nos contradictions. Ambiance glaçante, drame inéluctable, le lecteur est happé dans cette histoire sordide et cette atmosphère malsaine dont on ne peut plus détacher le regard avant la dernière page. Un roman qui fait froid dans le dos...


lundi 27 mars 2017

"La Quête de l'Oiseau du Temps" de Le Tendre et Loisel

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L'histoire : Le légendaire chevalier Bragon pense en avoir fini avec sa vie aventureuse dont les exploits ont fait les heures les plus riches des conteurs d'Akbar. À présent qu'il est vieux, il n'aspire plus qu'au repos, retiré qu'il est dans sa ferme des hauts plateaux du Médir. Mais la tranquillité n'est pas de mise pour les héros.

Un jour vient à lui Pélisse, jeune vierge sauvage et rousse aux formes généreuses, accompagnée de son Fourreux, animal étrange aux mystérieux pouvoirs. Elle lui apporte un message de sa mère, la princesse-sorcière Mara, elle-même ancienne maîtresse de Bragon. La situation est grave : Ramor, le dieu maudit, va bientôt sortir de la conque où les dieux l'avaient enfermé pour contenir sa soif de pouvoir. La destruction et la mort s'étendraient alors sur Akbar sans que quiconque puisse s'y opposer.

Il ne reste que huit jours avant la "Nuit de la saison changeante" où s'achèvera l'enchantement qui retient Ramor prisonnier. Mara a besoin de l'Oiseau du Temps, car il est le seul capable d'arrêter le temps, ce qui lui permettrait d'achever, avant la fin des huit jours, la trop longue incantation qui lie Ramor à la conque. Mais la première épreuve de la quête sera d'aller récupérer la Conque de Ramor, jalousement gardée par Shan-Thung, le prince-sorcier de la Marche des Terres Éclatées.

Sollicité par son ancien amour, agacé par la fougue et l'insolence de Pélisse qui prétend être sa fille, Bragon sort sa fidèle faucheuse de son étui et s'embarque sans plus d'hésitation dans ce qui sera la plus hasardeuse des entreprises jamais vues sur Akbar : La Quête de l'Oiseau du Temps !...

La critique de Mr K : Nouvel emprunt au CDI de mon bahut : l’intégrale de La Quête de l’Oiseau du Temps de Le Tendre et Loisel. Il s’agit d’une relecture pour enfin savoir le fin de mot l’histoire m’étant arrêté au volume 3 à l’époque. Mieux vaut tard que jamais me direz-vous, à la vue de l’œuvre dans son entier, j’avais bien trop attendu tant cette bande dessinée est une merveille d’intelligence, d’humour et d’esthétisme.

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La trame est plutôt classique : le monde d’Akbar est en grand danger, dans huit jours un dieu vengeur emprisonné dans une conque va se libérer et asservir le monde, rien de moins ! La princesse-sorcière Mara va rassembler une petite troupe et l’envoyer en quête du mystérieux oiseau qui donne son nom aux albums pour pouvoir arrêter le flux du temps et réaliser l’incantation qui convient pour éviter l’apocalypse. Mais vous imaginez bien que cette quête se révélera ardue, riche en rebondissements et le final laissera des traces (y compris sur le lecteur !). On retrouve ici tous les ingrédients qui font une bonne BD de fantasy.

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En premier lieu, une joyeuse bande constituant un groupe disparate où chacun est complémentaire. Une jolie fille gouailleuse accompagnée d’une mystérieuse créature toute mignonne (Kawaï comme on dit maintenant), un vieux chevalier grognon au cœur gros comme ça qui passe son temps à râler (j’adore ce personnage), un mystérieux inconnu masqué aussi couard qu’obsédé par les formes généreuses de l’héroïne et toute une galerie de personnages secondaires tous plus farfelus et délirants les uns que les autres avec notamment un ancien écuyer revanchard, une sorcière obnubilée par sa mission de sauveuse du monde, un chasseur solitaire reclus dans un territoire perdu... L’ensemble forme une communauté imaginaire crédible, originale et très engageante pour un lecteur conquis par ce microcosme crée de toute pièce.

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Ce qu’il y a de génial dans cette série, c’est son aspect drolatique. Bien que n’épargnant par leurs personnages de moments de bravoure intense (on a parfois le souffle coupé au détour d’une ou deux mésaventures), les auteurs n’ont pas voulu fournir une BD qui se prenne trop au sérieux. L’aventure est belle mais l’humour omniprésent lui donne un cachet sympathique qui empêche le sourire esquissé en début de lecture de s’effacer du visage ravi du lecteur. Réparties truculentes, situations ubuesques s’enchaînent pour notre plus grand plaisir empêchant cette histoire de tomber dans les clichés d’une fantasy sans finesse sombrant dans des situations déjà vues et ennuyeuses aux yeux du fan que je suis. Les nanas ont ici de la répartie, les gros bras souvent mis en porte-à-faux voir pire (j’adore Bulrog) et les créatures croisées sont souvent attendrissantes et totalement barrées. Et même si parfois, elles n’apparaissent que sur une case ou deux d’une planche, le souvenir perdure et on rigole encore en y repensant.

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Les deux auteurs nous proposent vraiment une immersion totale avec des planches parfois de toute beauté. Bien que le style ait changé légèrement entre le premier et le quatrième tome, on prend quelques claques esthétiques qui se combinent entre elles pour fournir un scénario intéressant bien que plutôt convenu. Heureusement, le quatrième et ultime tome réserve son lot de surprises et c’est avec une certaine émotion qu’on le referme. J’en avais même les yeux tout humide, chose très rare pour moi en matière de lecture de BD de ce style.

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Rien à reprocher donc à cette tétralogie à la fois immersive en terme d’aventure et comique dans les rapports tissés entre les personnages. Dessins et textes sont au diapason pour fournir un excellent moment de détente dont on se souvient bien longtemps après notre lecture. Cette œuvre est absolument à découvrir si vous êtes amateur de ce type d’univers car dans le domaine on ne fait pas mieux !

samedi 25 mars 2017

"Les Damnés de l'artère" de Pascale Fonteneau

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L’histoire : Ah ! Bruxelles, sa Grand-Place, ses trams, ses gaufres, son métro et ses fonctionnaires européens... Tout pour plaire. Et puis voilà, une bonne intention et tout part de travers. Alors, pendant que les Japonais admirent le Manneken Pis, Cheryl se farcit les squats, le Berlaymont soit disant désert, les communautés religieuses et même la basilique de Koekelberg ! Et tout ça sans connaître un seul grand principe révolutionnaire ! Dingue. Mais pas plus dure qu’une belle coupe au carré ou un chignon perlé.

La critique de Mr K : Ceux qui nous suivent depuis un certain temps connaissent mon amour immodéré pour les aventures du Poulpe et mon attachement tout particulier à Cheryl, la petite amie attitrée de Gabriel Lecouvreur, délicieuse et gouailleuse coiffeuse parisienne qui lui vient bien souvent en aide en lui fournissant réconfort et soutien. Les Damnés de l’artère de Pascale Fonteneau s’apparente à un spin-off car il la met en lumière et lui donne le rôle titre en laissant le poulpe au café Pied de Porc à la Sainte Scolasse à ruminer ses pensées en lisant le journal et en sirotant une bonne bière...

Et pourtant, au départ rien ne prédestinait Cheryl à vivre des aventures rocambolesques dans la capitale belge. Partie seulement pour assister à des conférences en rapport avec la coiffure et à des présentations de produits dernier cri, elle se retrouve embarquée dans une sombre histoire de meurtre maquillé en suicide (un homme a été brûlé vif à l’insu de son plein gré sur le quai de la gare bruxelloise). En compagnie d’une amie de circonstance (sacré binôme de coiffeuses délurées que Cheryl et Anastasia), elle va rencontrer une bande de gentils loubards, un vieil idéaliste de la Révolution et un prêtre bien atteint au niveau du ciboulot. Cependant au fil du récit, l’histoire prend une tournure plus grave, les ramifications de l’affaire prennent une tournure inattendue et notre jolie Cheryl n’est vraiment pas au bout de ses peines...

Disons-le tout de go, on n'est pas face à un grand crû. La faute tout d’abord à l’envie de donner du sens là où il n’y en a pas forcément en intercalant des citations du théoricien révolutionnaire Victor Serge (aka Viktor Lvovitch Kibaltchitch) en guise d’intermède entre deux scènes. Je trouve que c’est donner trop de profondeur à une suite d’événements qui tiennent bien plus du roman policier classique que du parcours initiatique de révolutionnaire en goguette. Certes Cheryl est une femme libérée (et c’est pas si facile...) mais elle ne croit pas au Grand Soir, sa vie étant vouée à ses clients, ses copines et son Gabriel. Le procédé m’a paru maladroit et sans objet, il aurait bien convenu par contre dans un récit du Poulpe classique tant on connaît le penchant libertaire du Poulpe. Un coup dans l’eau pour le coup !

Ensuite, j’ai trouvé l’histoire plutôt bateau, sans réels grands rebondissements malgré quelques saillies bien rigolotes et parfois même bien thrash (le meurtre originel est vraiment affreux et très bien rendu). Il ne se passe finalement pas grand-chose mais une ambiance bien branque se dégage de l’ensemble grâce notamment à des personnages hauts en couleur qui se débattent avec leurs existences dans un monde décidément pas tendre. Tant pis donc si l’ensemble tient plus du bric à brac foutraque, que certains artifices narratifs soient limites en terme de crédibilité, on passe malgré tout un bon moment en compagnie d’une équipe de bras cassés bien attachante dans l’ensemble.

Cheryl garde tout son charisme même si finalement je la trouve plutôt effacée par rapport à ce que j’avais pu entr'apercevoir dans mes lectures du Poulpe (elle a ici moins de franc-parlé et paraît moins engagée). On la suit cependant avec plaisir dans cette aventure belge qui la verra tour à tour se faire une super copine, venger la mort d’un ami et transmettre sa joie de vivre à toutes les heureuses personnes qui croiseront sa route. Le personnage est vraiment à suivre et il me semble d’ailleurs que d’autres volumes lui ont été consacrés, qui sait un jour peut-être mes pas me remettront sur le chemin de Cheryl en aventure solo !

Bien mené quoiqu’un peu creux, bien écrit mais sans génie réel, ce livre est à réserver avant tout aux fans de Cheryl (dont je fais partie vous l’aurez compris !) et du Poulpe. Les autres pourront passer leur chemin et se diriger vers la série d’origine avec d’authentiques chefs-d’œuvre d’humour et d’enquêtes déviantes.

Autres Poulpe chroniqués au Capharnaüm Éclairé :
Nazis dans le métro
J'irai faire Kafka sur vos tombes
Du hachis à Parmentier
Vomi soit qui malle y pense
La petit fille aux oubliettes
La bête au bois dormant
Arrêtez le carrelage
Légitime défonce
La Cerise sur le gâteux
L'Amour tarde à Dijon
- Chicagone

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mercredi 22 mars 2017

"Cet été-là" de Lee Martin

Cet été-làL'histoire : Tout ce qu'on a su de cette soirée-là, c'est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu'elle n'était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l'Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l'enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n'a jamais su ce qui était arrivé à Kathy. Que s'est-il réellement passé cet été là ?
Trente ans après, quelques-uns des protagonistes se souviennent. Le frère de Katie, son professeur, la veuve d'un homme soupçonné du kidnapping, quelques voisins, tous prennent la parole, évoquent leurs souvenirs. Des secrets émergent, les langues se délient. Qui a dit la vérité, qui a menti, et aujourd'hui encore, qui manipule qui ?

La critique Nelfesque : Après toutes ces années, vous commencez à savoir que j'aime les thrillers et les romans noirs ("oui, ça on a vu !"). J'aime encore plus quand les deux s'imbriquent et donnent à lire une histoire glaçante avec une intention de démêler les fils petit à petit, sans tambours ni trompettes. Quand l'auteur prend le temps de nous dépeindre une ambiance, un lieu, des gens. C'est exactement ce parti qui est pris par Lee Martin dans son roman "Cet été-là", premier ouvrage traduit en français et récemment publié chez Sonatine.

Katie Mackey a disparu. Un soir d'été, du haut de ses neufs ans et pieds nus, elle est partie à vélo en début de soirée pour rendre ses livres à la bibliothèque. Plus personne ne la reverra ensuite. On retrouvera son vélo à proximité et tout semble dire qu'elle a été enlevée. Oui mais pourquoi et par qui ?

La construction de ce roman est parfaite. Chaque personnage est caractérisé et le lecteur se retrouve souvent intimement lié à lui. Des moments d'introspection, de pensées profondes et inavouables sont disséminés ça et là dans le roman et permettent au lecteur de bien prendre en considération chacun d'entre eux, de les jauger, de les juger et de parfois essayer de se mettre à leur place. Il y a le professeur qui donne des cours particuliers aux enfants de la commune, son voisin qui a un problème d'addiction mais semble toujours prêt à aider les autres, la femme de ce dernier simple et pragmatique, le frère de Katie qui s'en veut terriblement d'avoir fait remarquer ce soir là à sa soeur qu'elle était en retard sur le retour de ses prêts, leurs parents prêts à tout pour connaître la vérité...

Lee Martin nous dépeint ici une petite communauté de l'Indiana, une ville où tout le monde se connaît et où rien ne se passe véritablement si ce n'est la vie. Les habitants sont nés ici, ne bougeront probablement pas et mourront dans leur ville. Non pas parce qu'ils l'aiment particulièrement mais parce que c'est comme ça. Alors entre temps, on se débrouille, on s'entraide, parfois on resquille et pour tromper les apparences dans un lieu où tout le monde sait tout sur tout le monde, on se ménage des petits jardins secrets. Tel personnage nous fait penser à telle personne de notre entourage, tel autre nous attendrit et fait monter en nous une grosse boule d'amour et d'empathie. Mais que cache parfois un excès de gentillesse ? De l'intérêt ? Un besoin d'être aimé ? Ou des contrées honteuses et insoupçonnées ?

"Cet été-là" est un excellent roman noir en cela qu'il tient le lecteur en haleine non pas par le rythme que l'auteur lui donne mais par l'intensité des émotions qu'il lui procure. Ici, peu de suspens ou de rythme haletant mais un simple voyage dans une petite ville des Etats-Unis où chaque habitant tient sa part de responsabilité dans la disparition d'une enfant. Effroyable vie ordinaire...

Comme dans la vie de tous les jours, chaque lecteur y ira de sa théorie, clouera au pilori son coupable, trouvera étrange voire malsain tel ou tel homme. Le lecteur jugera d'après les informations que certains personnages donnent ici 30 ans plus tard. Dans notre monde moderne, plus personne ne peut s'empêcher de juger, de donner son avis. "Ce n'est qu'un avis, cela ne fait de mal à personne" et pourtant... Combien ont vu leur réputation et leur vie ruinées par les on-dit. A chacun de se faire sa propre opinion ici en âme et conscience. Le roman nous interroge à plusieurs occasions et même quand le mot fin est là les doutes persistent. L'histoire de la fumée et du feu qui peut briser la vie d'un honnête homme...

La part d'ombre dans chaque personne, les concours de circonstance, le déterminisme, le manque de repères et d'amour. Il y a un peu de tout cela dans "Cet été-là". Un roman polyphonique à lire d'urgence si vous aimez les ambiances troublées, les chaudes soirées d'été et si vous pensez que dans la vie tout n'est jamais tout blanc ou tout noir. Lee Martin réussit le pari de nous téléporter au coeur des années 70, dans une petite ville discrète et calme, et de nous y piéger sans possibilité de retour. Comme un retour aux sources, comme une introspection. Le lecteur achève ce roman complètement habité...

mardi 21 mars 2017

"Génération Clash" de G.-M. Dumoulin

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L’histoire : Donner la meilleure éducation possible à ses enfants : voilà ce dont rêve chaque parent. Alors, dans ce futur pas si lointain, les professeurs ont été remplacés par des machines ultra-perfectionnées, faisant de chaque enfant un génie en puissance. Et c’est bien là le problème : puisqu’ils sont plus intelligents que les adultes, pourquoi devraient-ils leur obéir ? Pourquoi ne prendraient-ils pas le pouvoir ? Évidemment, ils n’ont que 12 ans...

La critique de Mr K : Retour sur une lecture SF aujourd’hui avec ce premier tome d’une trilogie tout juste rééditée chez French Pulp Editions. C’est ma première visite dans la bibliographie de G.-M. Dumoulin, auteur très prolifique (plus de 200 ouvrages !) et même si je n’ai pas été convaincu à 100% par ce volume, il est indéniable que l’auteur a du talent et du mordant.

Génération Clash est un roman d’anticipation se déroulant quelques décennies après les temps présents. La technologie a bien évolué et s’est développée dans tous les secteurs de la vie humaine mais va-t-elle dans le sens du progrès pour l’humanité ? C’est la question principale qui se pose quand on se rend compte que ce sont les machines qui désormais enseignent et éduquent les enfants. Ceux-ci voient leurs connaissances, compétences et capacités bondir, les résultats suivent et l’on peut se dire que le pari éducatif est gagné. Pour autant, quelque chose a disparu, une naïveté, une innocence qui va transformer ces jeunes pousses en esprits retorses avec comme objectif d'éradiquer les adultes du pouvoir tant ils sont perçus comme des freins et des obstacles à leur existence.

Cet ouvrage n’est finalement qu’une mise en bouche, l’auteur y lance ses personnages et son intrigue d’où le sentiment qu’il ne s’y passe pas grand-chose mais il faut bien débuter un jour. Du coup Dumoulin s’attelle à nous présenter ses personnages par petites touches et c’est seulement à la moitié du livre que l’on commence à se faire une idée précise des forces en présence et du background général. Au menu, des jeunes déboussolés qui tentent de sauver leur peau , des gangs qui se font la guerre, une oligarchie d’adultes avachis dans leur vanité qui contrôle la société et ne sent pas qu’un mouvement est en marche et qu’il pourrait tout remettre en question. Peu à peu, les tenants et aboutissants apparaissent et l’on ne peut que s’extasier à l’idée que ce livre a déjà plus de trente ans !

La langue inventive, imagée et rythmée de l’auteur permet une lecture rapide et enthousiasmante. Dumoulin nous plante un décor et un monde crédible, propose des personnages plutôt fouillés aux relations complexes et ménage des ficelles scénaristiques riches en promesses. Le bât blesse tout de même au niveau de l’originalité que je n’ai pas vraiment trouvé dans cet ouvrage faisant bien le boulot mais sans réelle étincelle qui vous laisse scotché dans votre meilleur fauteuil. Bon, c’est vrai que je suis un vieux briscard dans ce genre de littérature, il en faut pas mal pour me surprendre... Et puis, ce n’est que le premier volume d’une trilogie, j’espère que la suite portera le matériel de base à des niveaux insoupçonnés, plus thrash et porteur de sens.

Pour conclure, on peut dire que Génération Clash est une sympathique récréation littéraire qui comblera les amateurs d’anticipation intelligente qui n’ont pas encore un gros bagage de lecteur derrière eux. Pour les autres, je préfère attendre la suite pour donner un avis plein et entier sur une œuvre qui en tout cas ne peut laisser indifférent et possède un charisme certain par les thématiques qu’elle aborde et l’écriture virevoltante et feuilletonnesque de l’auteur. Wait and read...

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samedi 18 mars 2017

"Elle voulait juste marcher tout droit" de Sarah Barukh

Elle-voulait-juste-marcher-tout-droitL'histoire : 1946. La guerre est finie depuis quelques mois lorsqu’Alice, huit ans, rencontre pour la première fois sa mère. Après des années à vivre cachée dans une ferme auprès de sa nourrice, la petite fille doit tout quitter pour suivre cette femme dont elle ne sait rien et qui lui fait peur, avec son drôle de tatouage sur le bras.
C’est le début d’un long voyage : de Paris à New York, Alice va découvrir le secret de son passé, et quitter à jamais l’enfance.
Comment trouver son chemin dans un monde dévasté par la guerre ?

La critique Nelfesque : Passionnée par la Seconde Guerre mondiale, j'ai déjà lu bon nombre d'ouvrages sur le sujet. Que ce soit des romans, des documents, des essais... j'avale à peu près tout ce qui passe à ma portée traitant du sujet (idem côté documentaires, films, expo...). C'est donc tout naturellement que je me suis dirigée vers "Elle voulait juste marcher tout droit" de Sarah Barukh à sa sortie. Son titre m'a tout d'abord interpellée, me mettant tout de suite en tête l'air de la célèbre chanson de Raphaël (bon courage pour s'en débarrasser ensuite), puis pour son sujet bien sûr qui n'était pas sans faire écho à "Le Gardien de nos frères" d'Ariane Bois lu l'an dernier et qui traite également de l'après-guerre et de la "gestion" des enfants qui ont perdus leurs parents et leurs familles...

Nous suivons ici l'enfance d'Alice en pleine période de guerre. Placée chez une nourrice dans un petit village des Pyrénées, elle vit à la ferme, va à l'école, essaye de se faire des amies même si n'ayant pas de maman comme tout le monde elle suscite curiosité et méchanceté des enfants de son âge. Dans un environnement relativement calme et entourée de beaucoup d'amour, on sent tout de même qu'une menace pèse sur cette enfant. Les allemands arrivent au village, un homme est recherché puis abattu, Jeanne ne cesse de lui dire que c'est la guerre et qu'elle doit être prudente. Mais c'est quoi la guerre en fait ? Qui sont ces hommes en costumes noirs avec un drôle d'accent qui mangent des glaces sur la place du village ?

Plus d'une fois Alice ressent la peur et n'a qu'une envie, celle de retrouver Jeanne. Alors sur les petites routes de campagne, elle s'active et presse le pas. Mais un jour en rentrant à la ferme, elle y retrouve deux femmes qu'elle ne connaît pas. L'une d'elle est sa mère, lui dit-on. Mais comment est-ce possible que cette dame toute maigre, au teint blafard et sans cesse sur le qui-vive soit la même femme élégante et belle qu'on lui a dépeint ? Et pourquoi doit-elle tout quitter et partir à Paris pour la suivre ?

Commence alors la fin de l'insouciance pour Alice. Alors que jusqu'ici elle n'avait qu'entraperçu l'horreur, elle va peu à peu comprendre ce qu'est la guerre et pourquoi sa mère est dans cet état là aujourd'hui. Les temps sont durs, il faut trouver à manger, se reconstruire, rechercher les disparus... Alice ne comprend pas tout, on ne lui explique rien mais elle va devoir marcher tout droit...

Sa route l'emmène des Pyrénées à Paris, puis aux Etats-Unis où une autre facette de sa vie l'attend et une aventure incroyable auprès de sa famille paternelle. On passe par toutes les émotions avec ce roman : peur, tristesse mais aussi joie et empressement. Sarah Barukh nous raconte la guerre et l'après-guerre par les yeux d'un enfant et là réside tout l'intérêt du roman. Du haut de ses 8 ans, elle est pleine de fraîcheur et communique au lecteur sa joie de vivre et ses doutes. L'auteur joue à 100% le jeu de l'empathie et force est de constater que le pari est réussi. Mais comment peut-il réellement en être autrement ? Le thème est dur : la reconstruction des enfants qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale auprès de ceux qui ont vécu l'horreur et ont été traumatisés à jamais.

J'évoquai en début de chronique la similitude avec "Le Gardien de nos frères" d'Ariane Bois pour le thème abordé. Là, s'arrête la comparaison. "Elle voulait juste marcher tout droit" est un roman qui se lit très facilement, avec une écriture simple. Le lecteur est touché, on joue sur la corde sensible et vraiment ça fonctionne très bien mais tout se déroule sans surprise. Il se passe des choses ici, ça bouge, il y a des rebondissements mais ça ne prend pas viscéralement aux tripes. On s'émeut mais on effleure les choses. Un peu comme dans un film grand public bien fait mais qui n'apporte rien de spécial au cinéma (d'ailleurs je ne serai pas étonnée de voir un jour ce roman être adapté car il s'y prête tout à fait).

Loin de moi l'idée de faire un procès d'intention, la démarche n'est sans doute pas la même et la portée non plus. Ce roman de Sarah Barukh qui, sans tomber dans le pathos, réussit à toucher le lecteur et à le tenir en haleine, reste un bon moment de lecture qui s'avale à vitesse grand V. Prenant et bien fait ! C'est déjà pas si mal pour un premier roman.